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AFRO DESIGN & CONTEMPORARY ARTS

OCT/ NOV/ DÉC

N°6

E —MOTIONAL 1


=Couverture: Leon Andrianomearisoa - photo Antananarivo 1977 Courtesy: Private collection Merci à tous ceux qui ont contribué à ce numero: Jay One Ramier, Malick Ndiaye, Marc Johnson , Joel Andrianomearisoa, Jean Loup Pivin, Nimrod, la Tate Modern, Le MAC/VAL, Loren Hansi Momodu,Eric Fantou, Charlotte Flossaut, Meschac Gaba, Ellen Gallagher, Lionel Zinsou, la Fondation Zinsou, la Maison Revue Noire, Alexandre Gouzou, Steve Mc Queen, Simmi Dullay, Ingrid Mwangi, Toma M. Luntumbue, John Akomfrah, Trevor Mathison, Francine Mabondo, Karen D. Mc Kinnon, Bouna Médoune Seye, Azzedine Abdelouhabi, Antonia Alampi, Beirut Art Space, Galerie Bookoo, Adonis Flores, Romarick Tisserand, Laura Salas Redondo, Bilie Zangewa, Chriss Aghana Nwobu, Ifeanyi Oganwu, Mukwae Wabei Siyolwe, Tamara Leacock, Wagner Carvalho, Annabel Guérédrat, Artincidence, Sandrine Ebène de Zorzi, Erick Hahounou, Clarck House Initiative, Zasha Colah, Sumesh Sharma Direction de publication Carole Diop Pascale Obolo Rédactrice en Chef Pascale Obolo Direction de projet Louisa Babari Direction Artistique antistatiq™ Graphisme antistatiq™ Comité de rédaction Frieda Ekotto Kemi Bassene Olivia Anani Camille Moulonguet Michèle Magema Caecilia Tripp Patrick de Lassagne Djenaba Kane Anne Gregory Communication et relations presse Virginie Echene Tous droits de reproduction réservés. Contact: info@afrikadaa.com Octobre 2013 www.afrikadaa.com www.facebook.com/Afrikadaapage www.twitter.com/afrikadaa

2


EDITO : Dans un monde en crise, pris au piège de sa déshumanisation, AFRIKADAA a voulu s’ interroger sur les émotions dans l’art contemporain. Autant l’impact émotionnel de l’art fait l’objet de nombreuses études, autant la représentation des émotions dans l’art reste un terrain vierge. Tout tend aujourd’hui à utiliser l’émotivité pour faire entendre son point de vue, et je dirais même, que l’un ne va pas sans l’autre. C’est ce qui détermine une nouvelle sémantique contemporaine. L’œuvre d’art a pour vocation d’exprimer les sentiments, les émotions de leurs auteurs. Celle-ci permet d’établir un lien entre l’artiste, le plasticien, le compositeur et tout autre créateur en relation avec son public. Dans ce numéro, nous envisageons ces différentes relations. L’image est l’expression d’une émotion. Cette émotion n’est pas nécessairement intellectuelle. Elle peut être sensorielle, personnelle, intime même. Ce dernier opus d’AFRIKADAA constitue une tentative d’explorer les formes d’émotions dont l’image est le témoignage, le réceptacle et la source. Rassemblant les contributions d’une sélection d’artistes, issus de contextes chronologiques et géographiques différents, elle présente la communauté qui se fait jour, au coeur de l’art, dans le traitement de l’image. L’art ne peut exister sans le pathos. À travers les émotions, l’art nous dit sa méthode pour changer le monde. “L’émotion est nègre comme la raison héllène” (L. Senghor). Faced with a world in crisis trapped inside its own inhumanity, Afrikadaa aims to examine the role of emotions in contemporary art. Although the emotional impact of art has been the subject of numerous studies, its representation within the practice of art has remained enigmatic. Everything and everyone today tends to use emotionalism to get their point across; I would add that the two go hand-in-hand, thus defining a new semantic within contemporary art. The purpose of art is to express the feelings and emotions of the artist. It links the artist, the visual artist, the composer (and other creative forces) to their audience. We will explore these relationships in this issue. Emotions aren’t necessarily intellectual – they could be attached to the senses, personal, intimate even. This issue of AFRIKADAA magazine endeavors to explore the different manifestations of emotion of which the image is both the receptacle and the source. With a selection of contributions from chronologically and geographically diverse artists, we attempted to highlight the emerging community at the heart of art. Art cannot exist without pathos. Through emotions, art suggests to us, a new way of changing the world. “Emotion is Negro, as reason is Hellenic” (L. Senghor). PASCALE OBOLO

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AFRIKADAA E-MOTIONAL ART TALK 06 L’UNIQUE DÉPART ! - PAR FRIEDA EKOTTO 08 10 14 20 24 28 34 36 38 44 46

MICHÈLE MAGEMA : IMAGES ET CORPS INSTABLES - PAR TOMA M. LUNTUMBUE EMOTION : AN ALLEGORY FOR READING - BY FRIEDA EKOTTO LE CONCEPT DE FRONTIÈRE DANS LA DIFFUSION DE L’ ART CONTEMPORAIN - PAR MALICK NDIAYE THE ART OF JUSTICE: BLACK ICONOGRAPHY AND THE AUSARIAN RESURRECTION - BY MUKWAE WABEI SIYOLWE LOUISA BABARI : LA MÉTAPHYSIQUE DU GRIS - PAR ALEXANDRE GOUZOU BLACK MATTER : DECOLONIAL AESTHESIS SIMMI DULLAY IN CONVERSATION WITH W.MIGNOLO VOYAGE AUX QUATRE COINS - PAR PATRICK DE LASSAGNE BEIRUT IS IN CAIRO…BEIRUT IS A SHE… « ART IN THE STATE OF EMERGENCY » - BY CAECILIA TRIPP JOHN AKOMFRAH : THE NUCLEUS OF AN IDEA - PAR KAREN D. MC KINNON CORRESPONDANCES ÉMOTIONNELLES - PAR KEMI BASSENE LA DOUBLE VIE DE LIONEL ZINSOU - PAR CAMILLE MOULONGUET

PLACES 52 56

ORIENT ART EXPRESS : ART, FRONTIÈRE ET CONFLUENCE - PAR LOUISA BABARI GALERIE BOOKOO : QUAND ART RIME AVEC PARTAGE - PAR CAROLE DIOP

CONCEPT 58 62 64

DUPLICITY : « ARTISTE ENTRE OEUVRE ET EMOTION » - PAR MICHÈLE MAGEMA

- NIMROD : “L’ENRAGEMENT AMOUREUX” (EXTRAIT)

- BOUNA MÉDOUNE SEYE : “MARCHAND DE FOTES” (EXTRAIT)

NEXT STOP LOVE : BUS STOPS OF EMOTIONS EMOTIONNAL POETRY

PORTFOLIO 70 78 82 4

ADONIS FLORES / CAMOUFLAGE CRUDO - PAR ROMARICK TISSERAND ET LAURA SALAS REDONDO BILIE ZANGEWA : EMOTIONS TO THE TIP OF THE NEEDLE - PAR CAROLE DIOP EMOTIONAL INVESTMENT - BY ANNE GREGORY


88

CHRISS AGHANA NWOBU: AN OPEN HEART DIALOGUE - BY DJENABA KANE

FOCUS 94

SENTIMENTAL - JOEL ANDRIANOMEARISOA - PAR JEAN LOUP PIVIN

ARCHITECTURE 102

LE MÉMORIAL DE LA HONTE ? - PAR CAROLE DIOP

DESIGN 104 108 110

IFEANYI OGANWU : SHAPING MATTER - PAR OLIVIA ANANI L’ASSISE DES SENTIMENTS - PAR LOUISA BABARI WEARING E-MOTION - BY TAMARA LEACOCK

EXHIBITION REVIEW 112 122 124 128 132

BANG ! BANG ! TO DARKNESS, CHARLOTTE AND OTHER SONGS; THE BODY AT RISK - STEVE MC QUEEN AT SCHAULAGER - BY MARC JOHNSON EL SY PEINTRE EPISTOLAIRE - PAR CAROLE DIOP ELLEN GALLAGHER : BLACK TO THE FUTURE - BY KAREN D. MC KINNON BLACK LUX – A “HEIMAT FEST”- HOME IS NOT ONLY A WORD - AFROPOLITAN BERLIN CURATED BY WAGNER CARVALHO & TUNÇAY KULAOGLU A REVIEW BY CAECILIA TRIPP DECOLONISING IMAGINARIES - AFRIKADAA AND CLARCK HOUSE INITIATIVE AT KADIST ART FOUNDATION - BY ZASHA COLAH & SUMESH SHARMA

CARNET DE BORD 138

GABA’S MUSEUM IS NOT JUST A ROOM - BY FRANCINE MABONDO

AFRIKADAA’S LIBRARY 140

AGENDA 142

AFRIKADAA PLAYLIST  148

5


ART TALK

L’UNIQUE DÉPART ! Par Frieda Ekotto professeur de littérature comparée, d’études afro-américaines et africaines University of Michigan Ann Arbor.

“La mort déclare chaque fois la fin

à la perte historique voire à la perte

dans son roman Le Départ. Pour le

du monde en totalité, la fin de tout

personnelle. Le mot « départ » désigne

poète, essayiste et romancier tchadien, la

monde possible, et chaque fois la fin du

philosophiquement ce qui est inconcevable,

question du départ du continent africain

monde comme totalité unique, donc

le nihilisme de la vie, dit Jankélévitch

dit le silence de l’indicible dans « la beauté

irremplaçable et donc infinie.”

– la mort – l’inévitable, l’irrévocable,

et le malheur»3. Son ouvrage porte sur

Jacques Derrida, “Chaque fois unique, la

l’irréversible, l’instant mortel. Tout départ

l’impossible absolu, ainsi que le silence

fin du monde.”

est émotionnellement une épreuve. En lui

qui tout ensemble le précède et le suit. Le

s’inscrit un non-retour possible, une fin en

narrateur enfant, puis adulte, entreprend

“Je connais des lointains de toutes

soi.

de le relater. L’entreprise est-elle seulement

sortes.”

Cette épreuve devient un lieu commun, un

possible ?4

Nimrod, Le Départ.

topos, un habitus pour certains, comme

En ce qui concerne Nimrod, le départ se

le souligne à sa façon Nimrod dans L’Or

manifeste aussi par une extrême tristesse

Faut-il vivre dans l’oubli de la mort ? Cette

des rivières : « C’est alors que ma mère a

chez l’enfant narrateur, pour qui chaque

question me taraude depuis longtemps.

bâti sa deuxième maison, celle où je vis

Adieu est l’occasion de rêver de l’horizon –

« Parler est impossible », écrit Derrida

depuis quarante ans. C’est d’elle que j’ai

le désir, en d’autres termes, l’inatteignable

à l’occasion de la mort de Paul de Man,

initié tous les départs » . Ce désespoir

par excellence. Grâce à l’écriture, il s’évade

« mais se taire le serait aussi, ou s’absenter

devant l’incertitude. En effet c’est la quête

dans l’imaginaire. Chaque mot ressort une

ou refuser de partager sa tristesse »1. En

incessante pour un impossible ailleurs.

sensation d’impuissance, mot qui rencontre

2

lisant Derrida, des bribes de souvenirs me remontent, éclatent dans les mots et rompent le silence. Bien que je reste profondément troublée par la difficulté qu’on a, dans toutes les langues, de dire la mort : cet éternel départ. L’émotion que me provoque ce terme départ à la fois explicite et vague ordinairement associé au mouvement et, singulièrement, à la marche, à l’idée

un autre encore plus puissamment tressé

“Tout départ est émotionnellement une épreuve. En lui s’inscrit un non-retour possible, une fin en soi.” L’émotion constante ! Le départ constitue

d’égarement, à la perte de soi-même,

l’horizon inaccessible dont parle Nimrod

1

2

Jacques Derrida, Pour Paul de Man,

Paris, Galilée, 1988, p. 15.

6

Nimrod, L’Or des rivières, récits, Arles,

Actes Sud, 2010. p. 12.

dans l’intensité de la force du premier, et cela tout au long de la narration.Toutes ces associations sont envoûtantes et ralentissent la lecture et font rejaillir la souffrance du départ. Le Départ est un 3

Patrick Sultan, «  La beauté et le

malheur », La Quinzaine littéraire du 1er au 15 juillet 2005.

4

Cette question est celle que Jaques

Derrida pose dans le cadre du séminaire organisé par Alexis Nouss et Gad Soussana. Montréal, L’Harmattan, 2001, p. 90.


texte bouleversant qui interpelle toute

l’on découvre après-coup. La pratique de la

personne ayant connu l’émotion du

lecture à laquelle nous convie Nimrod obéit

grand événement qu’est le départ. Texte

à cette règle du retard du sens que signale

autobiographique, qui, depuis les yeux

ici le narrateur : « Je connaîtrai nombre

d’un enfant, raconte les douleurs et les

d’autres départs. Une chose est sûre : ils ne

silences qui accompagnent de multiples

se répètent jamais »5.

mouvements d’un espace à l’autre. D’une

part il y a la sœur Royès, débordante

Une faille que je ne souhaite pas non plus

d’énergie, le père pasteur souvent absent,

colmater, mais qui en retour me hante, me

mais que le fils admire. D’autre part, il y a

ramène à mes pertes personnelles, à de

la mère présente, la force tranquille de la

nombreux départs et qui me laissent sans

famille, mais silencieuse. On se demande

mots. Je reste en marge et j’apprends à

s’il est possible de parler de l’angoisse

vivre avec mes fantômes, signe que moi,

dans l’ordre esthétique ? Comment dire

je suis au bord de la vie, dans la vie jusqu’à

l’indicible ? D’où procède ce désir de

mon départ – jusqu’à « ma mort » comme

l’inaccomplissement du désir ? L’idée que

dirait Derrida. La fin pour moi et l’émotion

l’œuvre ne jaillit pas toute seule comme un

pour ceux qu’on quitte. Dans son texte

cri, qu’au lieu d’être un symptôme elle est

Apories, Derrida parle du « passage de la

un témoignage. C’est pour un sujet qu’elle

mort : au-delà » comme limite même de

témoigne, là même où il se perd. Ce que

l’impossibilité de sa propre mort. Il écrit :

mime ce récit, c’est une sorte d’autoanalyse

« […] Ma mort est-elle possible ? Pouvons-

dans laquelle le sujet n’est en rien maître

nous entendre cette question ? M’est-il

des associations qu’un mot ou qu’une

permis de parler de ma mort ? Que veut

image provoque. Bien entendu, l’illusion

dire ce syntagme, « ma mort ? »6 Juste une

d’une écriture faite d’association libre est en

émotion !

fait calculée, déterminée par une logique du texte qui n’obéit pas à l’improvisation. De toute façon, Freud nous a appris que toute association libre est liée de manière inconsciente à un ensemble d’éléments que

7

5

Ibid., p. 33.

6

Jacques Derrida. Apories : Mourir —

s’attendre aux « limites de la vérité », Paris, Galilée, 1996, p. 1.

“On se demande s’il est possible de parler de l’angoisse dans l’ordre esthétique ? Comment dire l’indicible ? D’où procède ce désir de l’inaccomplissement du désir ?”


ART TALK

MICHÈLE MAGEMA

Images et corps instables Par Toma M. Luntumbue

Michèle Magema n’affiche ni revendique de

volontairement brouillés.

La video Anne ou la Madone inconsolable,

filiation artistique particulière. Nombre de ces

Les dispositifs imaginés par l’artiste nous

2013 est une suite de séquences présentant

œuvres sont le fruit d’un syncrétisme multi-

mettent en présence d’images de corps

trois triptyques. Chacun des triptyques est

référentiel, puisant dans l’histoire, la mémoire

organisées dans de savantes compositions.

composé de trois plans fixes, dans des tons

collective, l’histoire de l’art, dont elle interprète

Un accessoire, un plan de couleur, le rapport

légèrement sépia et aux contours légèrement

les motifs sans tomber dans un système,

figure/fond concourent à une organisation

flous.

ni un programme figé. Cette discontinuité,

de l’espace qui ne cède rien au hasard. Les

Dans le premier triptyque, on peut voir l’artiste

bien qu’elle constitue en soi une insécurité

images de Michèle Magema contiennent

entièrement nue, le corps recouvert d’un voile

permanente, semble pleinement assumée.

une théâtralité étrange, d’une séduction

translucide, les deux mains jointes au niveau

Certaines de ses vidéos ou ses images fixes

contenue, faite de gestes peu signifiants en

du pubis. Sur l’image centrale, l’artiste se

charrient des réminiscences qui renvoient à des

apparence, dont certains aspects s’affirment

tient sur un socle cubique blanc. Sur les deux

pratiques d’appropriations récurrentes dans

clairement par leur dimension performative.

panneaux latéraux, elle est debout derrière le

l’art contemporain. Mais l’appropriation chez

Actions, postures, lenteur des gestes, attitudes,

même socle. Un léger mouvement du corps

cette artiste se traduit dans la propension à

déplacements, position dans l’espace :

fait doucement bouger le voile. Le triptyque

la citation fragmentaire de motifs, de gestes

l’implication physique de l’artiste dans ses

disparaît ensuite, en fondu, pour laisser place à

qui sont associés, amalgamés les uns aux

œuvres corrobore l’hypothèse du corps, bien

la séquence suivante.

autres pour construire un sens nouveau. Ces

plus que l’image, comme argument directeur

Dans le second triptyque, l’artiste est visible de

emprunts ne sont pas toujours reconnaissables

de ses œuvres.

dos, le visage incliné vers l’avant. Sur l’image

pour les observateurs et sont parfois même,

8

centrale, elle se tient debout, immobile, tandis


que sur les deux images latérales, elle est

façons dont s’établit le dialogue de Magema

d’elle. L’auréole de l’enfant tombée au sol

agenouillée sur le socle.

avec une gestualité inspirée de l’iconographie

achève de lui donner son caractère résolument

Dans le troisième et dernier triptyque, où la

de la tradition des beaux-arts.

iconoclaste.

séquence est la plus longue, les trois plans

La vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant

Magema détourne le tableau de Ernst, en en

sont construits identiquement mais la posture

trois témoins : André Breton, Paul Eluard et le

simplifiant le dispositif par l’isolement de la

du corps est différente. Dans le plan central,

peintre, 1926, est un tableau anticlérical du

figure de la vierge, qu’elle décontextualise

l’artiste est debout, voilée, les bras croisés sur

surréaliste Max Ernst revisité par l’artiste, avec

par la contiguïté avec deux autres images « 

la poitrine, en signe d’affliction. La référence

des emprunts dans la composition du tableau,

appropriées » : le motif académique d’Adam

à une figure de madone éplorée est évidente.

au niveau de la couleur mais comportant des

et Eve, An Apple, dans l’image gauche de The

Sur l’image de gauche, l’artiste est inclinée

omissions délibérées et une ré-interprétation

Tryptic#, 2011, et de l’allégorie de la liberté,

fortement vers l’avant, les bras croisés sur

confinant au détournement.

Freedom, dans l’image droite.

ses genoux, le visage tourné vers le bas.

En effet dans la photographie inspirée

On la voit ensuite, sur le panneau de droite

par l’œuvre de Max Ernst, les trois figures

A la Renaissance, Alberti théorisa le

cherchant l’équilibre, dans une posture en

de Breton, Eluard et du peintre Ernst ont

mouvement de corps, de la chevelure, des

lotus, remettant inlassablement son voile,

disparu. Tandis que dans le tableau original,

vêtements. La mise en scène du corps, son

faisant des gestes amples, puis finissant par se

la vierge lève le bras droit frappeur bien haut,

placement, le langage des gestes, furent

recroqueviller sur elle-même en rapprochant

maintenant l’enfant jésus, couché sur le ventre,

codifiés afin de rendre la représentation des

sa tête du sol.

en pressant fortement sur le dos au niveau de

émotions la plus juste. La matérialité, la densité

Ce qui ressort, au delà de l’ordonnancement

l’omoplate de sa main gauche, dans l’image

du corps devaient être exprimées par l’appui

précis de tous les éléments et du prétexte

photographique de Magema, la paume de la

des figures sur le sol. Des peintres comme Piero

religieux que suggère le titre, c’est,

main est simplement dressée, le bras gauche

della Francesca et avant lui Giotto s’amusèrent

paradoxalement, la vulnérabilité du corps,

portant une poupée à la peau noire. Si la

à souligner ou nier le poids du corps. Alberti le

non pas parce qu’il est nu, pudique, voilé,

Vierge peinte par Max Ernst présente une

théoricien de la peinture, préconisa la position

mais parce qu’il est instable, saisi de petits

allure autoritaire, celle incarnée par Magema,

stable des pieds. Le corps étant une mécanique

mouvements parfois imperceptibles, qui

réellement enceinte au moment de la prise

pesante et productrice d’énergie, capable

trahissent un inconfort pouvant mettre

de vue, plus sculpturale (raideur du corps,

d’exprimer, l’inertie et l’effort. 1

l’observateur mal à l’aise. Celui-ci peut

geste suspendu, buste droit), arbore un visage

légitimement s’interroger sur l’intentionnalité

serein, sans affect, qui la rapproche d’une

Dans les 2 photographies Goodbye Rosa-

de ce qu’il perçoit et donc indirectement aussi

figure allégorique. Dans l’œuvre de Ernst

2005, Michèle Magema est photographiée

sur sa propre capacité d’adhésion à ce qui

(Pour peindre son sujet, Ernst s’est approprié

sous un abribus. Sur la première image, elle

ressemble au fil de la lecture de l’oeuvre à un

la Vierge au long cou du Parmigiano, 1535) la

est debout, légèrement appuyée à une des

rituel intime.

correction infligée à l’enfant Jésus dégage une

parois de l’abribus, en tailleur blanc, la coiffure

tension dramatique. Le corps de la vierge est

recouverte d’un fichu blanc. Elle regarde sur

Spanking, l’élément central de l’œuvre

penché vers l’avant, elle est presque courbée.

le côté. Sur le banc, derrière elle, il est écrit

photographique The Tryptic#, 2011, offre une

Elle semble emportée, hystérique, comme

en caractères noirs sur fond blanc le mot

vision particulièrement éloquente d’une des

possédée par la colère, plus rien n’existe autour

Déférence. Sur la seconde image, elle est assise, vêtue de vêtements sombres, la coiffure couverte également, les mains jointes sont 1

Nadeije Laneyrie-Dagen, L’invention

du corps, La représentation de l’homme du Moyen âge au début du XXe siècle, Flammarion, 2006

9 Cycles 2013, installation video. ©Michèle Magéma


posées sur les genoux. C’est le même abribus.

raciste, une anonyme couturière noire refuse

droits civiques et l’ensemble de l’histoire afro-

Un petit panneau est posé sur le banc sur

de céder sa place à un homme blanc dans un

américaine face à un présent très complexe.

lequel elle est assise. Il y est écrit, en caractères

autobus. C’est à la suite de ce geste de Rosa

noirs sur fond blanc, le mot Différence.

Parks que devait se déclencher le mouvement

Comme chez Marshall les images constituent

La posture adoptée dans chacune des deux

des droits civiques qui allait bouleverser

pour Michèle Magema un matériau utilisé

photographies est sobre sans être austère.

l’histoire des Etats-Unis.

pour composer des dispositifs particuliers.

L’image s’organise autour de la structure de

L’artiste afro-américain David Hammons est un

Qu’elles soient appropriées ou construites

l’abribus. La figure décentrée sur la droite de

des premiers à consacrer une œuvre (1993) à

par l’artiste, elles entrent dans une vaste

l’image n’affaiblit en rien la composition.

cette figure historique marginale.

entreprise de questionnement autour de la

Au delà de l’hommage à Rosa Parks, cette

Né en 1943, Hammons a expérimenté

mémoire collective, de l’identité et de l’histoire

œuvre peut être interprétée comme une

« l’apartheid » made in USA. Fin analyste de

dans laquelle toute une rhétorique gestuelle

pensée à tous les oubliés de l’histoire, les

certains faits sociaux ou politiques et soucieux

accompagne la construction de sens. Michèle

femmes, les pauvres, les peuples dominés ou

de toucher le public par des œuvres directes,

Magema s’ingénie à hybrider son discours et

vaincus. Pour Michèle Magema l’histoire est

une grande partie de son travail a consisté en

ses références. Mais les traitements de et par

une construction complexe où les systèmes de

des interventions dans la rue. Son hommage à

l’image ne sont qu’une tentative pour penser

valeur du passé et ceux du présent entrent en

Rosa Parks prenait la forme d’un gigantesque

le monde à côté d’autres. Ses dispositifs alliant

conflit.

panneau publicitaire de la ville de Springfield

images vidéos, photographies et textes qui

(Illinois), sur lequel Hammons avait fait

peuvent devenir complexes, imposent aux

inscrire, à côte d’une image photographique

spectateurs de reformuler leur position par un

représentant Rosa Parks assise dans un

jeu d’associations et une distance critique.

“Pour Michèle Magema l’histoire est une construction complexe où les systèmes de valeur du passé et ceux du présent entrent en conflit.” Lorsque Michèle Magema se pose en tant que sujet dans ses œuvres, une apparence de neutralité stricte se dégage de sa présence physique, mais au cœur de son travail se trouve une forme d’engagement critique notamment sur la question des politiques des représentations. Avant d’être célébrée comme une figure symbolique universelle, Rosa Parks aura vécu discrètement, presque marginale, mieux connue au milieu de sa communauté. Pourtant à sa mort, en 2005, les drapeaux seront mis en berne, dans tout le pays, sa dépouille restera exposée durant deux jours au Capitole pour un hommage public. En 1955, à Montgomery (Alabama), dans le sud

10

autobus, en lettres rouges, un laconique : Thank you Sister Rosa Parks. Le caractère

Biographie de l’auteur :

elliptique de ce message témoigne de la

Artiste et commissaire d’expositions, Toma

démarche distanciée de Hammons qui s’est

Muteba Luntumbue est né à Kinshasa,

toujours refusé à limiter sa pratique artistique à

RDC. Il vit et travaille à Bruxelles où il

son identité noire.

enseigne l’Histoire de l’art à l’ERG, Ecole de Recherche Graphique et à l’Ecole nationale

Un autre grand artiste afro-américain, Kerry

supérieure des arts visuels de La Cambre. 

James Marshall avait quant à lui réalisé une

En tant que commissaire, il a organisé les

série d’oeuvres-requiem pour les années 60,

expositions suivantes : 

une décennie synonyme du mouvement

- Ligablo,  Bibliothèque royale Albert Ier,

des droits civiques. Conçue comme une

Bruxelles, 2010

installation, We mourn our loss, (Nous pleurons

- Démarcations, Centre Wallonie-Bruxelles,

notre perte), 1997 était un panthéon des

Paris, 2005

personnalités culturelles et politiques afro-

- Transferts, Palais des Beaux-Arts, Brus-

américains disparues entre 1959 et 1979.

sels, 2003

Marshall convoquait le genre de la peinture

- Table Manners, [8 African design-

d’histoire, qui fournit un large répertoire de

ers], Kapel van de Groeningenabdij,

postures, d’attitudes, pour questionner la

Courtrai,Belgique 2003 

représentation (ou l’absence) de la population

- Exitcongomuseum, Musée royal d’Afrique

noire dans l’histoire de l’art et d’autre part,

centrale de Tervuren, 2000-2001.

reconsidérer l’héritage du mouvement des


Anne ou la Madonne inconsolable, 2003, Video 2min. ©Michèle Magéma

Goodbye , 2005, 2 photographies 1,70 X 1,30. ©Michèle Magéma

11


ART TALK

EMOTION

AN ALLEGORY FOR READING

By Frieda Ekotto Professor of Afroamerican and African Studies - French and Comparative Literature - The University of Michigan, Ann Arbor

Emotion is Negro, just as reason is Hellenic

Drawing from Senghor’s analysis of René

both establishes equality and problematizes

Léopold Sédar Senghor

Maran, Nimrod suggests that for Senghor

his own assertion:

the “soul” of a work is manifest in its syntax “L’émotion est nègre, comme la raison

(12). In Senghor’s reading of Maran the

[The] main point appears in the statement itself.

héllène.” The great philosopher and writer

relationship between the rhythm of the

The expression just as establishes a parallel

(and the future president of Senegal)

lines and the ideas expressed create the

between black and western. This parallel

Léopold Sédar Senghor wrote this ostensibly

soul of the text—which reflects both the

presupposes a partly scientific, partly ideological

outrageous statement around 1939. It has

individual and an African mode of being

separation. […] Being Cartesian presumes

frustrated people ever since. Most have read

which is expressed. More concretely, it is in the

seeking out counterpoints. Thus just as is a term

it as exemplifying one of the problems of the

syntax—the rhythm of the language—that

that indicates both opposition and relation.

Negritude movement: In order to articulate

the writer melds Wolof or Malinke into a new

But that is not all. The as is the pivot of a

a notion of “blackness”, Negritude artists and

kind of French, thus creating in this rhythmic

perfect Alexandrian line. It neatly separates

philosophers often simultaneously reified

shifting of language concrete examples

the roles through a break that comes precisely

racist colonial notions of “blackness.” So

of the enriching possibilities of métissage.

after the sixth syllable. The die is cast. Yes, a

it is not surprising that this sentence from

Perhaps more importantly, however, is the

statement such as this formed as an aphorism

Senghor’s “What the Black Man Contributes”

fact that writers such as Maran are illustrating

is an intellectual game, one which, though the

has created an outrage, or, as novelist and poet

Senghor’s philosophical assertion about the

outcome is predictable, procures a great deal

Nimrod put it in his book Léopold Senghor:

generative and emotive possibilities of the

of pleasure for its author. A good deal of its

In Memoriam, a scandal. And yet, Senghor’s

African mode of being. Emotive nuances

success lies in the fact that it should, theoretically,

articulation of notions of blackness remains

are created by relationships that depend on

awaken our suspicions. Senghor set himself a

crucial, because they sought to establish the

rhythmic connections. This is in contrast with,

brilliant trap. (21-22, italics his)

unique modes African knowledge function in

and complementary to, Cartesian oppositional

parity with European ones. We must return to

categories.

In reading this line through its syntax, Nimrod

Senghor’s statement on emotion and reason

Returning to “L’émotion est nègre, comme la

shows how Senghor used the rhythm of

and excavate its intentions.

raison héllène.” Nimrod insists that we read as

language for its own rhetorical effect. In other

Nimrod does this particularly well in his work,

Senghor did: according to rhythms. Through

words, we should not read the statement

Tombeau de Léopold Sédar Senghor. He

a close reading of the syntax of this single

for its “rationalist” fact, but as a risky

reads the sentence in terms of its rhythm.

sentence, Nimrod demonstrates how Senghor

intellectual game that both uses and critiques

12


Negritude artists and philosophers often simultaneously reified racist colonial notions of “blackness.” Cartesian language. In other words, Nimrod is suggesting that Senghor dropped this “rhetorical bomb” (23) to bring our attention both to the fallibility of Cartesian oppositional categories and to the possibility of relationships created by rhythm. If we consider the rhythmic relationship between these two sentences that Nimrod detailed above, we find not only a (risky) critique of essentializing categories, but also a movement between two entities in an equal relationship that is both oppositional and creative. This brings us back to Senghor’s ultimate goal: the possibility of métissage, of mixing together European and African modes of knowledge. Senghor’s statement can therefore be read in the generative mode of Negritude. His goal was to show how African philosophy could be integrated into French through creative manipulation of French language, the very tool the French Empire used to “civilize” its subjects. “L’émotion est nègre, comme la raison héllène” is not an espousal of categorization, but a critique of it, even as it stresses the importance of both the intellect and the emotions.

13


ART TALK

LE CONCEPT DE FRONTIERE DANS LA DIFFUSION DE L’ART CONTEMPORAIN Par Malick Ndiaye, chercheur associé au CRAL, EHESS / CNRS et à l’INP

Parmi les modalités de la diffusion de l’art contemporain dans le contexte de la globalisation, le concept de frontière a joué un rôle ambigu et ambivalent. La légitimité de le considérer comme un agent à part entière au même titre que le commissaire d’exposition repose sur le système même qui fonde l’art contemporain international. La frontière hante la pratique artistique : géographie alternative, refus du provincialisme artistique, nomadisme, mobilité et obstacle à la mobilité. Les exemples ne manquent pas pour évoquer ce qui semble être le spectre de la création contemporaine depuis les années 1980. Dans ce contexte, la biographie des arts dits « périphériques » s’est forgée sur le terrain de la migration vers le marché occidental où elle est appréhendée dans la dynamique globale des études sur les mondialisations. Dans le domaine des arts

14

contemporains africains, l’idée de frontière comme canevas de la création se traduit par le fait qu’elle donne à ces mêmes artistes (qui œuvrent à briser ses limites) une dimension mondiale, internationale et cosmopolite. C’est grâce à l’existence de la frontière – paradoxalement – que les artistes aspirent et appartiennent à l’universel. Je tenterai d’esquisser dans ce texte une petite histoire de la frontière qui recoupe l’histoire partielle de la mondialisation et de la diffusion des arts contemporains africains.

harmonieuse des espaces culturels et historiques, la brutalité verticale de l’ordre colonial »1. Iba Ndiaye et Ernest Mancoba font partie de cette génération d’artistes exilés dans le Paris des années 1930/40. Au début des années 1960, cette génération participe aux expositions de la Biennale de Paris2 dont la stratégie d’ouverture s’oriente

L’internationalisme asymétrique

Paris, 1963). Skunder Boghossian, Ethiopie (4ème

Durant les années 1930/40, de nombreux intellectuels et artistes africains se sont retrouvés déterritorialisés dans un contexte où la frontière est « une balafre de l’histoire qui aurait substitué à l’horizontalité

Faye, Ibou Diouf, Amadou Yéro Bâ, Seydou

1

Yacouba Konaté, Croquis de

frontières, profils de passeurs. Zürich, Münster. Lit Verlag GmbH & Co. KG Wien. 2009, p. 10. 2

Iba Ndiaye, Sénégal (3ème biennale de

biennale de Paris, 1965). Les peintres Ousmane Barry, Mamadou Cheikh Niang et Papa Ibra Tall qui sera le commissaire du groupe d’artistes sénégalais, Sénégal (5ème Biennale de Paris, 1967). Les peintres Benoit Babanzanga, Severin Ngamokuba et le sculpteur Jean Ngynamau,


vers les nations dénommées à l’époque « tiers-monde », et dont plusieurs pays venaient alors d’accéder à l’indépendance. Bien que cet internationalisme semble, selon les propos de Georges Boudaille, conditionné par un malaise du jugement esthétique3, il n’en demeure pas moins que ces expositions ouvrent déjà une brèche dans le cloisonnement des frontières artistiques quand les notions de Centre et de Périphérie conservaient toute leur évidence. Dans ce contexte historique, le Centre et la Périphérie sont liés à la formation de blocs dont les limites internes coïncident aux contours des aires culturelles. Les « formations sociales du capitalisme périphérique » sont certes aussi diverses qu’inégales entre les Amériques, l’Asie, l’Orient Arabe et l’Afrique noire. Mais ceci ne change en rien le fait que la structure sociale mondiale s’organisait en des relations asymétriques en termes de développement, entre le Centre européen capitaliste et les économies de la Périphérie aussi hétérogènes qu’elles pouvaient l’être4. La présence des artistes « périphériques » dans ces rencontres internationales reste épisodique et résiste encore très mal à la Congo (5ème Biennale de Paris, 1967.)

3

«   C u r ie u s e m e nt , a lo r s q u e

l’évolution de l’art dans les pays industrialisés rejetait dans une sorte de folklore ou d’art populaire toute autre forme d’expression, le

dissymétrie géopolitique des relations de pouvoir. Il faut attendre Magiciens de la terre (1989) pour que la notion de frontière ne soit plus un simple facteur de régulation des artistes à la conquête d’un public international, elle est cette fois exposée comme objet d’étude. En décloisonnant les frontières artistiques, cette exposition a aussi rendu visible pour la première fois l’internationalisme asymétrique.

“La frontière échappe à l’idée de structure et acquiert un statut de concept qui se livre facilement à la métaphore.” Dans l’histoire des pratiques curatoriales, Magiciens de la terre est à l’intersection de deux méthodologies identifiées par Okwui Enwezor5. Il y a d’une part une méthode qui œuvre entre les canons dans le champ formel de l’histoire de l’art et une autre qui opère entre les cultures et que Gerardo Mosquera traduit par le terme de « transcultural curating »6. Magiciens de la terre a initié les questions d’éthique et d’esthétique du « transcultural curating » dont Intense proximité de la Triennale (Palais de Tokyo, Paris. 2012) manifeste l’ultime stase la plus aboutie.

jury s’efforçait de se libérer de sa mauvaise

La spatialisation du langage curatorial

Dans la nouvelle géopolitique artistique qui s’annonce, Magiciens de la terre introduit une question d’ordre philosophique que l’esthétique s’était elle-même posée mais qui était doublée ici des frontières culturelles de la création.7 Au regard de cette interrogation ressortant d’un « désarroi critériologique face à la diversité des expériences esthétiques »8, la généalogie des expositions post Magiciens de la Terre prolonge l’histoire de la frontière dans une spatialisation du langage curatorial. La frontière échappe à l’idée de structure et acquiert un statut de concept qui se livre facilement à la métaphore. Loin de jouer un rôle d’intérêt mineur dans le langage, la métaphore conceptualise notre expérience et révèle nos manières de percevoir et de comprendre9. Elle s’impose dans le vocabulaire curatorial 7

Suivant la proposition de Lawrence

Weiner, les organisateurs de l’exposition avaient envoyé à tous les artistes le questionnaire « qu’est-ce que l’art ? ». 8

Yves Michaud, Critères esthétiques

et jugements de goût. Editions Jacqueline Chambon, 1999, p. 52. 9

« Parce que beaucoup des concepts

qui sont pour nous importants sont soit abstraits, soit non clairement définis dans

conscience et couronnait le plus grand

5

« A Conversation with Okwui Enwezor

notre expérience (les émotions, les idées, le

nombre possible d’artistes venus du Tiers-

Carol Becker ». Art Journal, Vol. 61, No. 2

temps etc.), nous devons les saisir au moyen

monde». Georges Boudaille, Biennale de

(Summer, 2002), p. 26.

d’autres concepts que nous comprenons en

Paris, Une anthologie : 1959-1967. Paris,

6

Gera rdo Mosquera , « Some

termes plus clairs (les orientations spatiales,

1977, non paginé.

problems in transcultural curating » in

les objets, etc.)». Georges Lakoff et Mark

Samir Amin, L’Accumulation à

Jean Fisher, Global vision, toward a new

Johnson, Les métaphores dans la vie

l’échelle mondiale. Volume 2. Paris. Union

internationalism. Londres. 1994. pp. 133-

quotidienne. Paris, Editions de Minuit. 1985

générale d’éditions, 1976, pp.-10-63.

139.

pour la traduction française, p. 125.

4

15


à côté d’autres partitions binaires spatiotemporelles : Transfert. Transmission. Fusion. Insertion : Self and Other. Inklusion / Exklusion. Authentic / Ex-Centric. Around & Around. Distant relatives / Relative Distance. Correspondances. Transatlantiques. South meets West. Fault lines. Crossing Africa. Plateforms. The Short Century. Seven stories about modern art in Africa10 etc. 10

Transfert (Palais des Beaux Arts de

Bruxelles, 2003). Transmission. (Rooseum, Malmô, Suisse, 1991). Fusion: West African Artists at the Venice Biennale : Museum for African Art, New York en 1993. In/ Sight: African Photographers (1940 to the Present): G uggenheim Museum. 1996. Insertion: Self and Other: Apexart, New York. 2000. Inklusion : Exklusion, Kunst im Zeitalter von Postkonialismus und globale Migration (Intrusion: exclusion, l’art à l’âge du postcolonialisme et de la mondialisation), Cologne (Allemagne) 1997. Authentic/Ex-Centric

La philologie des titres n’est pas suffisante pour révéler les vraies orientations des expositions. Cependant le titre a une destinée générative, puisque le langage des commissaires traduit dans une grande mesure ce qu’Ulf Hannerz appelle « le management du sens »11. Au-delà du simple fait d’exprimer un sens – qui d’ailleurs cherche à se fixer dans un univers soumis à la perturbation12 -, le lexique spatialisé traduit l’obsession angoissante de l’équation territorialisation/ déterritorialisation de l’esthétique. Le référentiel de la frontière dénote un réel besoin de médiation qui domine dans les années 1980/90 où l’internationalisme commence à s’imposer comme un des indicateurs de l’art contemporain. Au moins jusqu’à Intense proximité, la subversion des frontières artistiques et culturelles est un enjeu au cœur des ressources développées par le commissaire d’exposition superstar, agent dont

l’émergence des artistes non occidentaux accompagne l’ascension. En plaçant ces artistes au centre de sa production de sens, le commissaire d’exposition s’est imposé en tant qu’ « agent d’échange, de connexion et de transformation »13. Son rôle de médiateur - d’auteur ou de producteur auteurisé14 de l’exposition  transculturelle se fortifie dans le calendrier des institutions artistiques où la mondialisation a pris une dimension importante. Le « Nouvel internationalisme »

Pendant que les bordures de la frontière se modèlent dans la « textualisation de l’espace »15, la théorie critique se penchait sur la nature de l’internationalisme dans la géo-artistique post Magiciens de la terre. C’est ainsi qu’en collaboration avec la Biennale de Venise, le programme International Art de l’Institute of International Education (IIE) de New York organise une rencontre intitulée « Expanding Internationalism »16. Quatre

: Forum For African Arts, Ithaca (NY) et

arches du Viaduc des Arts à Paris. 2005. The

exposition lors de la 49ème Biennale de Venise

Short Century: Independance and Liberation

(Italie) 2001. Around & Around : Stuttgart (1994)

Movements in Africa (1945-1994). Prestel,

13

; Douala (1995) ; Berlin (1999) ; Stuttgart (1999).

Munich et New York ; Haus der Kulturen der

Larsen, «The middleman: Beginning to

Correspondances Afriques : Iwalewa-Haus,

Welt, Berlin ; Museum of Contemporary Art,

think about mediation », in Paul O’Neil (ed.)

Bayreuth (Allemagne). 2003. Transatlàntico :

Chicago ; P.S.1 Contemporary Art Center & The

Curating Subjects. Londres. Open editions.

Centro Atlàntico de Arte Moderno, Las Palmas

Museum of Modern Art, New York 2001. Seven

2007, p. 24.

de Gran Canaria (Espagne). 1998. Transatlantic

Stories About Modern Art in Africa. New York

14

Dialogue : Contemporary Art In and Out of

et Londres (1995) Suisse (1996). Guggenheim

un cas singulier: entretien. Paris. L’Échoppe.

Africa : Ackland Art Museum, Washington D.C.

Museum, New York (1996). Documenta XI

1995, p. 9.

; Smithsonian Institution ; DuSable Museum

Plateforms (2001).

15

of African American History, Chicago. 1999.

11

Cf. Ulf Han nerz, « Cult ural

The Poststructuralist Turn in the Philosophy

Der Black Atlantic : Haus der Kulturen der

complexity: studies in the social organization

of Culture, Frankfurt, Peter Lang GmbH,

Welt, Berlin. South meets West. Berne (Suisse)

of meaning ». New York. Columbia.

1999, p.14.

9. Novembre 1999 - 25 Juin 1999. Fault Lines.

University Press, cop. 1992.

16

Contemporary African Art Shifting Landscape.

12

Georges Matoré, L’espace humain.

1990 à Venise. Ce projet a lieu l’année

Iniva. Biennale de Venise. 2003. Distant

L’expression de l’espace dans la vie, la pensée

même de l’initiative du Studio Museum in

Relatives/Relative Distance. Le Cap, Afrique

et l’art contemporain. Paris, Librairie. A. G.

Harlem de présenter – pour la première fois

du Sud. 2006. Crossing Africa : sous l’une des

Nizet, 1976, p. 16.

– une exposition représentative d’artistes

16

Sore Andreasen & Lars Bang

Nathalie Heinich, Harald Szeemann:

Ewa Rewers, Language and space:

Elle s’est tenue au mois de Mai


ans après cette rencontre de Venise, l’Institute of International Visual Arts (InIVA) consacre son premier symposium au « Nouvel Internationalisme »17. Les participants appellent à un recodage du terme international dans la pratique de l’art contemporain. Ils partent du constat que l’internationalisme tel qu’il se manifeste alors dans les rapports artistiques n’est pas un substantif invitant au dialogue, mais plutôt la connotation d’un rapport d’hégémonie qui, par conséquent, nécessite d’être démantelé. A l’occasion du symposium, Olu Oguibé reproche aux organisateurs de la rencontre de Venise (1990) de ne pas redéfinir l’internationalisme ni de questionner ses fondations et sa philosophie, mais de porter le projet d’étendre – expanding ses frontières afin d’annexer de nouveaux territoires vassaux18. En 1998, partant du constat que les œuvres expriment de manière pertinente la nature du lieu de façon dialectique, l’InIVA poursuit la réflexion par un projet qui offre aux artistes une plateforme d’expression de leur propre idée de l’internationalisme. En invitant des de l’Afrique sub-saharienne à la Biennale de Venise. Cette rencontre est destinée à analyser dans quelle mesure le modèle du festival international d’art peut refléter la diversité multiculturelle du monde. Avec le soutien de la Fondation Rockefeller, elle réunit 60 curators de 29 pays. 17

Coordonné par Ar ts Council

artistes comme Marlene Dumas, Susan Hiller ou Huang Yong Ping19, l’InIVA s’inscrit dans un canevas où sont revisités plusieurs terminologies : différence, indétermination, rhizome, interstice, marge, hybridité, nomadisme, exil, maison, nation, traduction, contemporain, etc. Sous l’angle de la création artistique, la réflexion sur les frontières est multiforme. La série de performances Transit (19961999) de Barthelemy Toguo, sans compter ses sculptures fétiches sous forme d’immenses tampons qui visent les passeports sont emblématiques des réflexions sur les zones de passage en écho à l’actualité sociopolitique. Dans Wir (2003), Aimé Ntakiyica se représente en tenues folkloriques européennes : toréador, écossais et tyrolien pour lequel il adopte de profil la posture de la statue africaine : jambes cambrées et fesses ressorties pour montrer que nous sommes les autres20. D’autres artistes déclinent la question de la frontière sous une perspective temporelle, physique, psychologique, identitaire, etc. Malgré cette diversité, ils se rangent tous dans une posture commune qu’il serait judicieux de qualifier d’esthétique du doute et de l’indétermination. Le « cosmopolitisme banal »21 De l’internationalisme asymétrique de 19

Gavin Jantjes (éd.). A fruitful

Magiciens de la Terre, l’histoire de la diffusion des arts contemporains africains aboutit au cosmopolitisme banal d’Africa remix où le national perd toute pertinence. L’exposition de 2005, contrairement à celle de 1989, prône la cosmopolitisation « analysée comme un processus multidimensionnel, au cours duquel la ‘’nature’’ historique des mondes sociaux et la fonction des Etats dans ces mondes ont été irréversiblement modifiées »22. Ce nouveau scénario dé-culturalise la notion de frontière qui glisse du modèle bipolaire de Samir Amin (Nord-Sud, Centre-Périphérie, Europe-Afrique) vers une structure hiérarchique certes, mais hétérogène. Il s’agit désormais d’un clivage entre les réseaux et non entre les aires culturelles qui sont d’ailleurs marquées par une « hétérogénéité spatiale »23. Dans ce paradigme, « la notion de frontière est ambivalente : elle sépare et unifie tout à la fois. Elle est toujours la frontière de quelque chose et appartient ainsi aux deux cultures frontalières, aux deux sémiosphères contigües. La frontière est bilingue et polyglotte»24. Aujourd’hui, chez plusieurs artistes présents dans les expositions internationales, la frontière, loin d’être un obstacle, est un espace mouvant et le lieu de la construction du sens. Les nouvelles frontières deviennent pour eux, à l’instar de ce qu’elle est pour les écrivains selon 22

Ulrich Beck, Qu’est-ce que le cos-

mopolitisme ? Flammarion. 2006, p. 24.

of England et tenu à la Tate Gallery, le

incoherence. Dialogues with artists on

23

symposium se tient du 26 au 27 avril 1994.

internationalism. London. Institute of

Bourdeau-Lepage. Economie des villes

international visual arts. 1998.

contemporaines. Editions Economica 2009,

18

Olu og u i b é, « a b r ief not e

on internationalism », in Jean Fisher,

20

(ed.,) Global Visions: Toward a new

l’artiste a eu l’idée de réaliser cette série.

internationalism in the visual arts. London.

21

Kala Press. IniVa. 1994, p. 52.

cosmopolitisme ? Flammarion. 2006.

17

Du nom du projet pour lequel Ulrich Beck, Qu’est-ce que le

Jean-Marie Huriot et Lise

p. 166 24

Youri Lotman, La sémiosphère,

Presses Universitaires de Limoges, 1999, p. 30.


Stephen Glingman : l’espace de navigation. L’espace de navigation ne signifie pas traverser ou être traversé, mais être dans l’espace de la traversée (being in the space of crossing.25) La frontière, comme zone de la traversée et intervalle composite de signes est le nouvel espace de signification de l’artiste et une des facettes de la catégorie art contemporain. Du display au marché de l’art Arrivés à ce moment historique caractérisé par une intense proximité, quelques obstacles s’élèvent néanmoins devant les créations artistiques africaines. A l’échelle du continent, la production est vaste et diversifiée, mais la mondialisation artistique n’est pas au rythme de la globalisation du marché. Et si les artistes sont insérés dans les circuits de l’art global, ils rencontrent des difficultés à se faire une place

une envolée des prix (2002-2007) puis une

conquérir. Mais l’invisibilité dans ces palmarès

chute de - 25 % (2007-2010) suivie d’une légère

est la conséquence de plusieurs facteurs que

hausse de 19,6 % depuis janvier 201027. La

l’actualité des artistes dans les expositions

dispersion de la collection Pigozzi a encouragé

internationales ne fera pas disparaitre. Les

les maisons de vente à se lancer à la conquête

indicateurs de visibilité (foires, ventes, galeries,

de ce marché « mineur ». Mais le bilan de 2010

expositions, revues etc.) sont essentiellement

qui voit beaucoup d’entre elles essuyer de forts

concentrés en Europe et en Amérique du

taux d’invendus pousse Artprice à constater

Nord et résistent à la diversification des

que « l’art contemporain africain peine à se

biennales localisées hors de ces zones

vendre »29. Il faut, en outre, considérer que

géographiques depuis les années 1990. Les

depuis 1999 l’indice des prix ne dépasse pas

études sociologiques menées au début du XXIe

un certain barème outrepassé par quelques

siècle insistaient sur la réussite très inégale des

artistes comme William Kentridge qui est un

artistes influencée par leur pays d’origine et

des rares à figurer sur les palmarès annuels

leur lieu de résidence31. Au regard des récents

de représentativité (cf. Artindex Monde 2012).

palmarès de reconnaissance et du visage du

Les classements de réputation montrent la

marché de l’art, force est de constater que la

différence, certes, entre le monde du display

nationalité continue de jouer encore un rôle

et celui des ventes. Ils autorisent à évoquer

dans la représentativité des artistes.

28

30

la mondialisation au pluriel et rappellent à nos sens qu’il reste quelques frontières à

dans le marché de l’art. Leurs œuvres sont-

ventes internationale. » http://artafricain.info/

elles encore occultées par la forte appréciation

lart-contemporain-africain/

des objets d’art africain traditionnels qui

27

bénéficient d’un capital temps leur permettant

Chiffres d’artprice. L’art contem-

porain africain peine à se vendre [nov. 10]

de surfer sur ce que Raymonde Moulin

http://web.artprice.com

nomme la rareté et le jugement de l’histoire ?

28

Dans le sillage de la dispersion de la collection Pigozzi26, l’art contemporain africain a accusé

Bonhams, le 8 avril 2009 avec

Africa Now: African Contemporary Art (64 % de lots vendus). On peut citer encore Bonhams et Africa now (10 mars 2010),

Stephen Glingman, The grammar

Phillips de Pury avec sa vente théma-

of identity. Transnational fiction and the

tique Africa (15 mai 2010 avec 38,7 %

nature of the boundary. Oxford University

d’invendus), Gaïa avec Afriques (31 mai

Press. 2009, p. 24-25.

2010 avec 82,9 % d’invendus), Artcurial

25

26

Cette vente est organisée le 24 juin

avec Africa scenes 1 (24 octobre 2010 avec

“La diffusion des artistes africains s’appuie sur un système complexe où ils sont des épiphénomènes de politiques artistiques au service de la mondialisation” La diffusion des artistes africains s’appuie sur un système complexe où ils sont des épiphénomènes de politiques artistiques au service de la mondialisation, ce qui favorise leur visibilité dans quelques expositions mais n’encourage pas leur réelle représentativité

1999 à Londres par Sotheby’s. « Encore

74,2 % d’invendus). Sources d’Artprice.

très confidentielle à l’époque, cette offre

29

n’attirait qu’un petit nombre d’amateurs et

porain africain peine à se vendre [nov. 10]

31

une enchère record ne grimpant pas au-delà

http://web.artprice.com

l’abolition des frontières dans le monde de

de 10 000 £ (moins de 16 000 $). Ce record

30

Kunstkompass puis Kunstmarkt-

l’art contemporain international : la place

était alors signé pour une technique mixte

Kompass de la revue allemande Capital,

des pays ‘’périphériques’’ à ‘’l’ère de la

de l’artiste sud-africain Willie BESTER, qui

Power 100 de la revue britannique Artreview

globalisation et du métissage’’», Sociologie

affrontait pour la première fois une salle des

et récemment Artindex du Journal des arts.

et sociétés, vol. 34, n°2, 2002, p. 15-40.

18

Chiffres d’artprice. L’art contem-

dans les collections. Les fondations privées Alain Quemin, « L’illusion de


(Cartier, Pinault, Blachère, etc.) semblent développer davantage de ressources que les institutions publiques nationales. Le fait

Malick Ndiaye.

qu’elles se déclinent plus en centres d’art

Postdoctorant Labex C.A.P (Création, Arts et Patrimoines).

accroit leurs possibilités d’accompagner la

Centre de Recherches sur les Arts et le Langage (CRAL) CNRS-

production dans ce domaine. Mais depuis

EHESS. UMR8566. Chercheur associé à l’Institut National du

quelques années, la posture de plusieurs

Patrimoine

musées nationaux a radicalement changé puisqu’ils se dotent de programmes de

Malick Ndiaye est titulaire d’un Doctorat en Histoire et Critique

recherche dans lesquels la pratique curatoriale

des arts de l’Université Rennes 2 et lauréat du concours de

s’accompagne d’une théorie critique sur les

recrutement post doctoral du LABEX « Créations, arts et patri-

mondialisations. Le nouveau programme

moines » pour le Centre de Recherches sur les Arts et le Langage

art et mondialisation du Centre Georges

(CRAL, UMR8566 CNRS/EHESS). Spécialiste de l’art contemporain

Pompidou en est un exemple. Le Mela-

et des études postcoloniales, il a été chercheur dans le pro-

project32 qui regroupe musées, universités,

gramme « Art et Mondialisation » de l’Institut National d’Histoire

instituts de recherche et entreprises présente,

de l’Art et ancien conservateur stagiaire (spécialités : musée,

quant à lui, une carte de la mondialisation

art contemporain) de l’Institut National du Patrimoine (Pro-

encore très inégale au point de vue de ses

motion Germaine Tillion-2011-2012). Il collabore avec diverses

connexions (voir carte). On pourrait estimer

revues (Afrikaada, Africultures, Critique d’art, Cahiers d’études

que ces programmes de recherche sur les

africaines, Ethiopiques…) et participe à plusieurs rencontres

mondialisations sont apparus trop tard dans

internationales sur l’art contemporain, les musées ou les sociétés

le monde trop vieux du processus historique

postcoloniales.

de décloisonnement des frontières artistiques. Mais ils sont nécessaires pour exercer une influence sur les politiques d’acquisition et peut être pourront-ils influer sur le marché à court terme. Il est cependant de plus en plus certain que le changement viendra des politiques culturelles africaines susceptibles de faire naitre de véritables structures et préparer le terreau sur lequel devra se développer un marché de l’art dynamique. 32

19

http://www.mela-project.eu/


ART TALK

THE ART OF JUSTICE By Mukwae Wabei Siyolwe

Black Iconography and the Ausarian Resurrection

It has been a long week and today is a

America who decided to respond to the

early dinner and will finally bring the day

special day. It is August 28, 2013. This

oppression encountered by people of color

to a dramatic close at an exhibit of fine art

day marks the 50th anniversary of the

globally. They were motivated to take

by this collective titled, “The Art of Justice”

famous “I have a dream speech”. The most

action through their art during the week of

at the Mount Rainier Artists Loft Gallery.

performative of all post-modern speeches

the verdict of the Trayvon Martin case and

The serendipity of all three sites and these

ever given by Rev. Dr. Martin Luther King, Jr.,

the simultaneous ailing health of Nelson

artists dawns on me as having metaphysical

and the culminating moment of the March

Mandela in South Africa. They wanted

meaning and directs me to a conundrum

on Washington in 1963. A mass spectacle

to index this moment with a movement

of the problem of identity over time, the

and social march advocating for jobs and

towards higher ground.

problem of change, the problem of, “the

an end to Jim Crow apartheid laws of racial segregation and discrimination, which would be the decisive action for the passing of the Civil Rights Act of 1964. An Act, that outlawed overt discrimination against racial, ethnic, national and religious minorities, and women. Today this act is being eroded and there is collective emotional outrage by many but particularly by a group of artists in

20

more things change the more they stay the

“As artists we are able to transcend crimes against our collective through the faculty of the imagination” We are marching from the new Martin Luther King, Jr. Monument all the way to the front of the White House, then onto Senbeb restaurant of the Ausar Auset Society for an

same”. As we march and chant ourselves into a trance we see a repeated image on every t-shirt, on every person, on every corner being sold by a black vendor, our agents for marketing the social ideology, symbolism and fixed representations of whom we are. A new icon, a signifier of the psychological response to a recent event of the black


struggle is born. Trayvon Martin a young

possible in the land of the free and home of

behind the big house to console or reassure

black boy looking out into the world, full

the brave?

us that change is coming, exhausted we

of oblivious optimism and unaware of the

Today marks fifty years of social action and

move on, move forward and hungry to

legacy slavery has imposed on his young

as we march on this last of summer days of

a place of refuge Senbeb where we will

black body. His beautiful face like a Christ,

2013, I briefly have my moment to lead the

find nourishment for the body and spirit.

Ausar, Osiris dismembered and resurrected

marchers chanting in a vocal register one

Refreshed and revived we find ourselves

yet again, holy and framed with a halo, an

can only say comes from an a noumenal

at the fine art exhibit that showcases

infamous gray hoodie, and like Ausar or

plane spurred on by this new injustice, this

art exploring justice, equality and social

Christ he will remain permanently benign

new icon, who like that of Emmett Till, will

consciousness and in the words of the

and youthful. The myth of Ausar renamed

motivate yet another generation to March

curators, “honor the contributions of those

Osiris by the Greeks needs to be briefly recounted. Ausar is a Kametic deity who is dismembered by his own brother Set who wants his throne. Most mysteriously his wife Isis finds the pieces of the scattered body but the only body part that is missing is the phallus. Am I reading too much into the myth but is this not the story behind this new black icon? Or is the work of scholar John Henrik Clarke or psychiatrist Dr, Francis Cress Welsing resurfacing in my “brain computer”? If we study the ancient myths and icons more deeply we see that black manhood, the phallus, has been criminalized for some time now. Obscured in Obama’s so-called post racial America, Jim Crow is alive and well and black male racial profiling in particular lives on, highlighted most vividly by the dramatic car chase and beating of Rodney King in Los Angeles in 1991. Proof that stalking, stopping and frisking, beating and charging without warrant, still

People In the Hood, Susan Walen Fiber Art

remains part of the American way of life since slavery. In the case of Trayvon and

on Washington.

who came before us to protect and honor

countless others it is now well documented

“What do we want? Justice for Trayvon!

their legacy”. We have reached higher

to be called a psychopathology. The

When do we want it ? Now!” We are

ground.

spectacle of a dead young black male,

outside the White House now standing

In the gallery I stand and look for all the

never witness to his own lynching, has now

with a small band of the most sincere, die-

Rasa, emotions in Sanskrit, that one would

been legitimized, sanitized and televised

hard of peace movement demonstrators

expect from a bad situation. Being an actor

for public consumption complete with a

and it feels all too familiar, like we have all

I know what emotions look and feel like and

trial by a jury not of his peers. How is this

been here before. With no response from

where in the body they come from when

21


Profiled - Larry Poncho Brown Mixed Media Collage on Canvas

exploring any artistic expression. However

against our collective through the faculty

a long hard look within and process what

at the gallery what I see is not collective

of the imagination and visualize not only

it means to be flawed and human yet still

disgust (bibastam), or outrage (raudram),

what happened five hundred years prior

dare to be a god woman and god man,

or fear (bayanakam), but grief, pity and

to this moment but we are able to put all

like Ausar and Auset, visualizing a better

compassion (karunam), courage (viram),

those negative emotions we face daily,

world devoid of discrimination, ignorance

even a little laughter (hasyam) and wonder

recycle, remix them back into symbols,

and bigotry according to Ran Un Nefer

(adbutam), but most of all peace (santam)

icons that transcend the profane by

Amen. Let us gather our members, no pun

and love (sringaram). You see as twisted

interpreting and translating what people

intended and move to higher ground.

as this sounds the story of Ausur points

need to know about the world and our

us to the fact that without injustice we

place in it. The art and action inspired by

Mukwae Wabei Siyolwe

would not know justice or even recognize

the death of Trayvon Martin and others

To my son H.W.M. H and all our sons.

the importance of peace to transcend our

proves to us that we are all unified and it is

human condition. The meanings at the

most apparent when marching with over

exhibit are multivalent – social, political

two hundred and fifty thousand people and

The Art of Justice Fine Art Exhibition

and spiritual and all are expressive of ideas,

the spirit of the late, great Rev. Dr. Martin

Art Exploring Justice, Equality and

values and power whose custodianship is

Luther King, Jr., whose visceral immediate

Social Consciousness

given exclusively for centuries to the “artist�

energy today moves all but only the cold-

3311 Rhode Island Avenue, Mt,

in Africa.

blooded, die-hard racist.

Rainier, MD 20712

As artists we are able to transcend crimes

For us it is a day to take a deep breath and

www.theartofjustice.org

22


Involuntary Kinder “HOOD”, Kwame Shaka Opare

23


ART TALK

LOUISA BABARI

La métaphysique du gris Par Alexandre Gouzou All images courtesy of Louisa Babari

Louisa Babari tente d’échapper aux définitions par une pratique artistique protéiforme. Sa dernière oeuvre est un travail de collages qui livre une multitude de pistes autobiographiques. Construction d’un langage visuel qu’elle puise aux origines du cinéma et dont l’esthétique couvre un champ d’émotions noir et blanc, régi par le gris. AFRIKADAA : Tout d’abord, peux-tu parler

l’expérimentation cinématographique. Peu

Suite à cela, qu’est-ce qui a dirigé ton

un peu de ton parcours artistique ?

à peu, je me suis mise à travailler la vidéo et

attention vers le collage ?

je me suis intéressée au son. Au son en tant Louisa Babari : Je viens du cinéma, et plus

que narration à part entière. Le son n’est pas

L.B. : Cet album de collages se situe lui

particulièrement d’un cinéma qui se voulait de

pour moi le parent pauvre de l’image, mais

aussi dans un champ de questionnement

recherche. Ce qui m’a intéressé et m’intéresse

un moyen d’expression aussi essentiel que

du cinéma. Car finalement, malgré toutes

toujours, c’est de travailler la narration d’une

l’image. Le son ne doit pas être illustratif, mais

mes dissidences conceptuelles vis-à-vis du

manière expérimentale. Notamment des

à égalité avec l’image. Et plus mon travail

cinéma, je me rends compte que j’interroge

formats d’écriture qui impliquent une absence

avance, et plus je vais vers une disparition de

toujours ce médium. Pour moi, ce travail a

de dialogues, ceci afin de produire un cinéma

l’image.

été l’occasion de faire un film de papier… Ce livre est une façon d’appréhender la narration.

« visionnaire ». Quand je dis visionnaire, je

“Ce travail a été l’occasion de faire un film de papier…”

Une narration plan par plan. Ce n’est pas un

pas de scénario à proprement parler. J’ai

A : C’était un projet qui tenait à cœur

transposer l’univers du plan dans un livre

axé mon expression cinématographique

à Marguerite Duras : réaliser un film

essentiellement sur la notion de plan. Ce qui

uniquement constitué d’une image noire

m’a posé un certain nombre de problèmes,

et d’une bande son. Combien de films as-tu

notamment en France dans un cinéma qui

réalisés ?

me réfère à ce que disait Tarkovski, quant il parlait d’un cinéma de « vision ». Il ne s’agit pas de visionnaire au sens d’anticipation. C’est dans ce cadre que j’ai inscrit ma démarche. Tout devait passer par l’image, et je n’écrivais

faisait la promotion du dialogue, voire du bavardage, et qui donnait peu de place pour

24

L.B. : Cinq films.

story-board, loin de là. Il ne s’agit pas non plus d’une continuité au sens strict. Chaque plan est une histoire à part entière, qui se raccorde à une ligne narrative ouverte. Il s’agissait de d’images fixes. A : Ce que je trouve intéressant dans ta démarche, c’est que d’une certaine façon, tu reviens aux origines du cinéma. Tu reviens au travail manuel du montage, où le négatif était palpable, où il fallait le couper, coller


ensemble les deux morceaux de celluloïd

L.B. : Oui, exactement.

pour relier un plan à un autre. Monter un film, c’était aussi faire du collage.

six premières années de ma vie en Union Soviétique, avec de nombreux allers et retours

A : C’est donc la main qui t’emmène, un

en Algérie, car mon père était algérien.

peu comme les peintres, un peu comme

Il y a toujours eu chez moi cette double

L.B. : Oui, c’est peut-être un retour aux

l’écriture… Beckett à qui l’on demandait

appartenance à l’Union Soviétique et à

origines… D’ailleurs je peux ajouter une

d’expliquer ses intentions, disait : « ça

l’Afrique du Nord. Et la question des frontières

chose : au départ, je ne suis nullement

s’organise entre le stylo et la page ». D’où ce

et de la migration s’est toujours posée dans

intéressée par le collage en tant que tel. Je

que tu disais sur le processus inconscient…

mon travail. Que ce soit l’identité culturelle,

n’ai pas d’intérêt particulier pour l’art du

l’origine, la langue, mon bilinguisme, mon

collage… Ou pour les artistes qui ont utilisé

L.B. : Justement, je me suis rendue compte

arrivée en France, etc. Quant on vient de

ce moyen d’expression. Il y a des artistes du

aussi qu’à travers ce processus inconscient, il

la Russie soviétique, et quand on a un père

collage que j’estime, bien entendu. Des artistes

y a eu un phénomène autobiographique très

Algérien, on est forcément immergé dans

russes comme Guenadi Berezkine. Mais je ne

fort. Mais pour moi totalement relié à l’univers

l’histoire et l’idéologie. Emigrer, c’était pouvoir

m’inscris pas dans une tradition. Et, à ce titre, je ne pourrais pas dire que j’ai subi des influences marquées. A : Revenons à la question des origines, mais cette fois, de celles qui t’ont décidée à entreprendre ce travail… L.B. : Tout s’est fait d’une manière, je dirais presque, inconsciente… Par exemple, il m’a été impossible de faire entrer de la couleur. Cela devait rester noir et blanc. Ce que tu disais sur ce retour aux origines du cinéma s’applique encore ici. Des images découpées, mises les unes à la suite des autres, en noir et blanc, et surtout, sans sons, comme dans le cinéma muet. " Sans titre ", Louisa Babari

A : Y a-t-il eu un déclencheur, pour démarrer ce travail ? L.B. : Pas particulièrement… Je me souviens juste d’un jour, j’étais à mon bureau, j’ai vu une feuille de papier noir, et d’une façon presque hypnotique, j’ai commencé à découper des images et à les assembler. AFRIKADAA : Ça s’est fait avec le geste de découper…

25

fictif… Au bout d’un moment, je ne savais plus

sortir de ces blocs. Voilà pourquoi la dimension

ce qui était du domaine de la biographie et

historique, et tout ce qui est de l’ordre de la

de la fiction, dans la mesure où un troisième

coercition idéologique et politique a un rôle

acteur s’est réveillé, l’histoire avec un grand

dominant dans ce travail. Cela a été la grande

h. J’ai sciemment favorisé la dimension

hantise de mon enfance. Parce qu’il y a eu

historique…

beaucoup d’allers et retours entre l’URSS où la famille était restée, et les terres d’émigration,

A : Pourquoi cela ?

les terres d’accueil. On s’est toujours senti menacé, il y a toujours la menace du

L.B. : Je suis née à Moscou, et j’ai vécu les

politique… Encore maintenant.


AFRIKADAA : Du point de vue de l’esthétique de ton livre, je remarque une certaine gamme de tons et de papiers… L.B. : J’ai essentiellement travaillé avec des revues des années soixante-dix. Avec ce noir et blanc et ce gris particulier… Ce qui m’intéressait était la matière, la texture de ce papier. Bien entendu aussi, et là encore c’est le travail de l’inconscient, il se trouve que ce papier date du temps de mon enfance… Et je dois dire que le gris est ma couleur préférée. A : Le gris, cela appartient sans doute à l’antre, il y a quelque chose d’indistinct dans le gris, qui réfère à la fois à « la

" Sans titre ", Louisa Babari

grisaille » soviétique, mais aussi la difficulté A : Perec parlait de l’histoire avec une

c’est une binarité entre aller et retours, sans

de distinguer le bien du mal, le bon du

grande hache…

ouverture… C’est une perspective fermée qui

mauvais… On échappe du coup à un

ne mène à aucun point. Une ligne de fuite. Le

univers manichéen.

L.B. : C’est bien de cela qu’il s’agit.

A : Autre chose m’a frappé, dans la composition de tes planches, c’est la dimension de l’éclat, du bris. Comme si les bris de la composition référaient aussi aux brisures qu’occasionne l’Histoire (les destins brisés) ou aux bris de miroir (miroir du passé) ou bris de glaces – terme qui renvoie à toutes sortes de connotations : glace comme glaciation du passé ou du souvenir, mais aussi comme synonyme de la Russie soviétique… Mais parlons plus précisément de quelques planches… Prenons cette planche qui montre une autoroute, et cette autre qui donne à voir un bateau encadré par les doigts d’une main, et percé d’un triangle… L.B. : Pour moi, ce ne sont pas tant des images relatives au voyage, ou au déplacement géographique ou à la fuite, ce sont plutôt des images de mondes clos… L’autoroute

26

bateau, c’est pour moi rallier une rive, rallier un ailleurs… Mais le bateau tient également

L.B. : Oui. Et là, il y a un élément important

du domaine de l’antre… Quant au triangle,

pour moi, qui est mon origine africaine qui m’a

c’est une forme géométrique qui m’a toujours

permis d’échapper à un certain manichéisme,

fascinée. Le triangle représente pour moi

à une certaine appartenance idéologiquement

la trinité, laquelle permet d’échapper à la

très clivée et territorialisée. Ce qui m’a sauvée,

binarité, et d’entrer dans la complexité… Le

c’est que j’avais un ailleurs possible, et cet

triangle c’est la puissance de l’imaginaire.

ailleurs a été mon ascendance africaine (même si cela n’a pas été toujours assumé, parce

A : J’avais aussi pensé que ce triangle

que c’était très compliqué d’avoir un père

pouvait référer au triangle des Bermudes,

étranger en Union Soviétique). Alors, même

cette zone ou interzone, qui a nourri

si mon appartenance à l’Afrique arrive par le

l’imaginaire, puisqu’on a dit que des

socialisme, elle représente un ailleurs, une

navires, et même des avions y avaient

autre culture.

disparu… L.B. : Oui, je te rejoins là, le triangle est une zone indéfinie qui est propre à l’imagination. Ce qui nous ramène à Tarkovski, avec Solaris et son océan intelligent, où les disparus reviennent hanter les vivants…

A : Revenons aux planches… Tu peux dire un mot sur celle où figurent deux hommes aux yeux cachés par des rectangles noirs, entourant une jeune femme ? L.B. : Pour moi cette image évoque un


transmettre qu’à travers la construction d’une démarche plastique. En ce sens, le terme esthétique était celui qui convenait le mieux. A : Quels sont tes prochains projets ? L.B. : Depuis quelques années j’ai investi le champ sonore. Comme le collage, le son me permet de continuer à questionner le cinéma. Travailler le son pour construire des narrations. Ainsi je peux réaliser des films sans images… La chose qui m’importe, c’est d’en faire un usage poétique, ce qui me ramène à la dimension de l’inconscient, de la mémoire, et de l’imaginaire.

Née à Moscou, Louisa Babari vit et travaille à Paris. Après ses études contemporaines " Sans titre ", Louisa Babari

processus sexuel entre les personnages.

livre de plusieurs façons. De la page une à

Cacher leurs yeux, c’était donner à la sexualité

la dernière, ou d’une façon aléatoire… La

une zone d’ombre mais aussi et surtout de

deuxième phase en effet, c’est de faire une

préservation et d’intimité. Et soit dit entre

exposition, où les planches, imprimées sur une

nous, je ne crois pas du tout que les yeux

plus grande échelle, organisent un récit dans

soient le miroir de l’âme. C’est un cliché qui me

l’espace en trois dimensions.

paraît faux (il y a des clichés vrais). On peut très bien dissimuler son âme à travers son regard.

A : Peut-on avoir quelques éclaircissements sur le titre Esthétique de l’antre ?

A : Comptes-tu exposer ces planches ou resteront-elles à jamais fixées à leur support

L.B. : D’abord, parce que l’antre me ramenait

de livre ?

directement à la caverne, et en l’occurrence à la caverne de Platon. Ces ombres dansant sur

L.B. : C’est un projet en deux phases. La

les parois de la caverne, c’était pour moi une

première phase est de travailler ces plans

évocation du cinéma, peut-être la première

au sein d’un livre. Ces plans ne font pas

évocation du cinéma, qui chose curieuse

partie d’une narration linéaire, mais sont

provient des origines même de la philosophie,

disposés dans un certain ordre. Il n’y a

et non de l’histoire des arts. Et j’étais et

pas de chronologie, c’est une suite non

reste très attachée à l’idée de concevoir une

chronologique, qui contient ces 43 séquences

esthétique. Cette autobiographie fictionnelle

formées de plans. On peut donc « lire » le

ou fiction autobiographique ne pouvait se

27

« Russe et cinéma » à l’Institut des Langues et Civilisations Orientales, elle investit les champs du cinéma expérimental et de l’installation sonore. En août 2013, elle collabore avec l’artiste Jay Ramier sur « Roaming for » œuvre sonore destinée au Festival d’Art contemporain à Oujda au Maroc, sur le thème de la frontière. Son projet éditorial « Esthétique de l’antre » sortira en 2014, en tirage limité à 50 exemplaires. Il sera édité par les photographe et artiste, Alberto Garcia Alix et Frédérique Bangerter, pour la maison d‘édition Cabeza de Chorlito, à Madrid. Alexandre Gouzou est écrivain et photographe. Il fut l’un des fondateurs de la revue littéraire Episodes et son premier recueil de nouvelles « J’aurais voulu que tout soit autrement » est publié aux Editions Liana Levi en 2003. Sa pratique photographique sonde les architectures et questionne la contemporanéité des œuvres et du portrait.


ART TALK

BLACK MATTER

DECOLONIAL AESTHESIS SIMMI DULLAY IN CONVERSATION WITH WALTER MIGNOLO Walter Mignolo and Simmi Dullay, South Africa 2013

The role of the artist is to break

Mignolo is advisor. The event is situated

plantations of modernity”. Her curatorial

boundaries and borders that separate

around decolonial video/performance

practice has been able to conjoin the

-Ngugi wa Thiongo

art, body politics, and race. Be.Bop and

conceptual and the practical, thus giving voice

its consequent collaborations have been

and opening spaces for decolonial aesthesis.

significant in the conceptualisation of

Through her curatorial vision Alanna

decolonial aesthesis. Walter theorizes

Lockward has been successful in connecting

I met Walter Mignolo and Alanna Lockward

Alanna’s vision in the Decolonial Dossier

the histories of Africa, the Caribean and

at a Decolonising Feminism conference

of Social Text Journal. http://www.

Europe in order to nourish the struggle

in Bremen in 2011. I was subsequently

socialtextjournal.org/periscope/2013/07/

against the silencing and the injustice that the

invited by Alanna Lockward who founded

the-decolonial-aesthesis-dossier.php

Afropean communities are enduring.

and curated a roundtable of Black artists

The artistic practices grouped around

By grounding her work on the notion of

and scholars from the Diaspora in her

‘Afropean decolonial aesthetics’ are open

diaspora, Alanna Lockward enables us to

conceptualisation, organisation, and

possibilities of sensing and doing that

see aesthesic practices that disobey the

curatorship of Black Europe Body Politics

overcome the conditions of oppression

normative framework of modern aesthetics.

(Be.Bop) and Afropean of which Walter

reproduced by what Alanna calls the “art

They disobey not through a meta-critique,

Durban 2013 Aug/Sep.

28


rather they disobey by enacting a sensibility

statement that nothing exists outside of

sarcophagi while I type furiously in the

that is inseparable from the embodied

language, Nothing, not even the mundane

glare of the computer screen trying to race

experience and the embodied knowledge

exasperation of getting stuck in traffic can

against the dying battery. But it seems

of those who have been discriminated and

be understood outside of apartheid; as

I have to rely on memory. My thoughts

displaced by modern/colonial violence.

the road systems were meant to cater for a

wander again and I glance at Mignolo’s

‘Afropean decolonial aesthetics’ names the

white minority. The same is applicable to

impressive biography which begins with a

coming together of aesthetic practices that

national electricity, and water distribution,

doctorate in Semiotics from the École des

are born out of the embodied experience of

causing sever outages and general chaos

Hautes Études, Paris. Walter spoke about his

the colonial wound. In the same way that

in a time where most people are highly

coming to Paris, and his initial excitement of

we speak of border thinking, these aesthesic

dependent on electricity.

finding himself in the capital of culture and

practices make us speak of ‘border aesthesis’

A few years back the violent and tragic

its intellectual centre as a defining moment

and ‘embodied aesthesis’. The embodiment of

incident of a parent trampled to death

of coming to consciousness. It was in Paris

these practices becomes the locus where the

at a stampede during registration at the

that Mignolo had a similar wakening as

open wounds of the modern/colonial forms

University of Johannesburg is another

Frantz Fanon, leading him to question

of oppression are not just expressed in the

modality of apartheid planning and

eurocentricity and the limitations of its

abstraction of concepts but appear in voice

architecture since higher education was

knowledge.

and flesh. -Mignolo

meant for whites only. Not much has been

The entire neighbourhood has been

done to remedy these logistics, or to offer

plunged into darkness, I contemplate

a dignified and worthwhile education to all

the exchanges, talks and strategies of

South African citizens.

decolonial aesthesis with Walter during his recent visit to Pretoria. It is Friday night and despite the area being uncannily still, the general electric buzz is absent, the sound of cicadas amplified, and the dogs bark leaving hollow echoes in the darkness. Despite the darkness, the house is buzzing with activity in preparation for my mother’s sixtieth birthday celebration. The power cables were stolen around

Pretoria 2013 August We find ourselves in Pretoria, the capital that founded the apartheid regime. We

“Despite the positive changes, South Africa Post-Apartheid still thrives on the conditions of apartheid segregation which remain based on the intersectionalties of race, gender, patriarchy, etc.”

two o’clock -- a reminder of apartheid

are not far from one of the main massive apartheid prisons; Pretoria Prison Central, known for its one of a kind gallows; a hanging device that would hang 7 people at a time. It is also the prison in which Biko was brought to die from sever torture and neglect during interrogation. Today the prison stands as a Memorial Monument, a grotesque reminder of the thousands of blacks South Africans that were hung in

and coloniality; which exists in the white

I am getting increasingly frustrated, the

these gallows; among them the youngest

glare of a country whose infrastructure

darkness grows denser. I keep getting

and (wrongly accused) first Umkhonto

was catered solely for 9.2% of the white

distracted by the noise in the kitchen. The

Wesizwe trained freedom fighter to be

population, excluding the rest of South

court yard is covered with gazebo tents

executed, Solomon Mahlangu.

Africa.

outside in the garden and gas cookers have

Today, as I write, knowing that I have far

Despite the positive changes, South

been pulled out to cook for forty guests in

exceeded the deadline for this article,

Africa Post-Apartheid still thrives on the

candlelight. The menu is Indian curries and

I glance at the calendar and it is the 6

conditions of apartheid segregation which

specialities ranging from Paneer, dhalroti,

September 2013, I don’t believe this is a

remain based on the intersectionalties

entrails, tripe, brain and tongue, trotters

coincidence since it precisely marks 36 years

of race, gender, patriarchy, etc. The

and other traditional foods. My thoughts

ago that Steve Biko was last conscious. On

exhisting conditions supporting Derrida’s

wander to Mignolo’s Anthropos and the

the 7 Sep 1977, a police physician’s report

29


states that Biko “sustained a head injury during interrogation”, the prison physician did not tend to him despite Biko showing signs of neurological damage (revealed from later investigations). The prison guards left him naked, lying on the cell floor, shackled to a metal griddle Black Bullets 2012, 4:33min, sound, Jeannette Ehlers, Courtesy of the artist and Art Labour Archives

for days. Eventually Biko slipped into a perpetual state of semi consciousness. On the 11 September a prison physician

criminals due to the irrational greed of

after posting a blog claiming that raping

recommended that Biko needed medical

Apartheid which makes black people illegal

babies is a black cultural phenomenon;

treatment. Instead of driving to the nearest

in their own country. Pretoria might seem

three white university students urinated

hospital, Biko was thrown naked and

changed, but continues to be a bastion

in food and forced elderly black cleaning

unconscious into the back of a van and

of apartheid coloniality… Solomon’s last

staff to consume the urine soaked meat

driven 12 hours to Pretoria. On the 12th

words on the short walk to his execution

with garlic, on all fours like dogs. East of

of September Biko died of brain damage,

still rings with an urgency of justice to be

Pretoria has an all-white settlement known

alone and naked on the cold floor in a

done:

as Kleinfontein, which claims to uphold

prison cell. http://africanhistory.about.com/

My blood will nourish the tree that will bear

conservative Afrikaans Calvinist apartheid

od/stevebiko/a/bio-Biko.htm

the fruits of freedom. Tell my people that I

values, to “protect” Afrikaans culture

This is one of the narratives that my father,

love them. They must continue the fight. –

which is perceived to be under threat by

Pritz Dullay (who worked with Steve Biko),

Mahlangu 1977

the new South Africa. Our universities

would tell us in exile, to explain solitude

His voice echoes louder today as South

have somehow been allowed to continue

and the reasons we had to leave our home

Africa maintains a logic cemented

with an apartheid ideology of archaic

and family to flee to Denmark.

in apartheid architecture and a near

racist pseudo-knowledge, exacerbated

These larger political narratives are

unchanged geography that reflects the

by the corporatization of education in

part of events that directly shaped my

dominantly white economy which retains

which knowledge, critical thinking, and

consciousness. In 1978 due to the Apartheid

ownership of South Africa’s wealth by

consciousness has no merit, and quality

regime and the police clamping down, the

the same families as during apartheid --

is measured by outcome and deadlines.

escalated violence, assassination attacks,

through institutionalization, socialization,

Despite recent findings that more blacks

arrests and harassment, and the finality and

and punishment.

are accepted at university, I know from

violence of Biko’s murder, forced us to leave

Despite existing in post-apartheid

experience that many departments at

the country and go into exile in Denmark.

South Africa, the remnants of apartheid

university attract a large number of black

We returned in 1992 to Durban and I have

bureaucracy are not merely latent, but

students in first year who somehow gets

only recently found myself in Pretoria due

remain part of our day to day lives.

filtered out and fail and eventually end with

to the difficulties of employment which

Following are a few examples of racist

nearly only white students who manage

cannot be separated from the colonial

encounters that I can mention off the tip

to attain postgraduates degrees. The

apartheid legacy.

of my tongue in Gauting: 1992 a young

interectionalities of racism that students

As I write this article today, I am in

white man went on a mass murder

face are entrenched in the structural

conversation with Biko, with Mahlangu, and

shooting in the center of Pretoria,

burocracy and administration of the

all the political prisoners; those murdered

killing 8 blacks and wounding 25; a

systemic institution of apartheid. Also, the

in cold blood, as well as the thousands of

professor in politics from the University

necessity of being conscious of the physical

blacks who were, and continue to be, made

of Johannesburg resigned last week,

harm of black students who are in danger

30


of their lives which some of the following

a Latin American Scholar to standing on

could be conceptually applied to the

accounts will prove:

African soil and specifically what it meant

praxis found in which many of the black

A young white male was mercilessly

to him to be in South Africa. As Walter

diaspora artists are working, like Jeannette

beaten at the University of Johannesburg

was invited by CISA, Indian Studies in

Ehlers whose work reveals the repressed,

by other white males for standing

South Africa, he began speaking of the

unspoken, and the unseen. I rearticulate

with a black girl. In February, the same

entry point he had into the country -- the

Occult Instability as pertinent due to the

university had an incident of a black male

Indian Ocean. The Indian Ocean, is my own

massive machinery produced by the white

forced into a cold shower for some four

point of entry because my ancestors were

imagination and its violence upon blacks...

hours http://www.thoughtleader.co.za/

brought to South Africa to replace slavery

an inversion of black magic.

lazolandamase/2008/05/05/university-

as indentured servants working on the

The abject images of empire, colonialism,

students-racist-don%E2%80%99t-blame-

sugarcane plantations since slavery had

and fetishism named by Max Webber as

the-kids-ask-the-parents/

recently been made illegal. Reading Agnes

Phantasmagoria produces a space in which

Many white liberals point out that we have

Sam’s introduction to ‘Jesus is Indian’ (1989),

Occult Instability would have possibility to

black management in positions of power

I came across information about Apartheid

disrupt.

and hence “racism” cannot be a central or

legislation prior to the “official” history of

Positioned within Tricontinental aesthetics/

valid issue.

Apartheid.

political decolonial aesthesis, in South

White racism today, (more than ever) exists through a master/slave dialectic. Blacks must internalize their enslavement to survive and look to the white master for verification of their negated humanity. It is this dialectic that keeps South Africa locked in an economy of Apartheid, reproducing a whitewash of history......a

Africa, many powerful examples of art have

“As I write this article today, I am in conversation with Biko, with Mahlangu, and all the political prisoners; those murdered in cold blood”

violent silence of erasure, a whiteout...in

arisen from the void of apartheid/colonial dehumanisation and its impoverishment. One example is the gumboot dance....... born from deep inside the cold stone walls of our diamond, coal, and gold mines. Black men (the very men that white people try to strip of their identity, other than as an object of labour benefiting whiteness),

which meaning is lost in fragmentation......

Indian Indentured labourers in South

recreate their humanity through cultural

and in which semiotic rules render “black”

Africa were the first ones to carry passes,

production in the form of dance and music,

as synonymous with “slave”, locked and

as early as 1898, when a law restricted

from nothing but their gumboots, and

paralyzed in white noise.

their movement and also prohibited their

their bodies....producing the sharp sound

This example of paralysis can be likened

ownership of property, land or citizenship

of men making the walls reverberate from

to the distinction by Malcom X on the

as the only racialized segment of the

their steps and their voices which resonate

differences between the “field Negro” and

population in South Africa at the time.”

through the tunnels that cut open, and

the “House Negro”.

In Pretoria, Indian South Africans were

shaped the veins of our land........ Their

Over the few days spent talking with Walter,

barred from entering up until as late as the

voices amplified, not just carried by the

conversations continued that would stop,

1960’s and it is quite visible that very few

acoustics of the mines, but accentuated

pause, and pick up quite seamlessly as

Indian South Africans live here.

by the humanity of decolonial aesthesis

we spoke of the different trajectories of

Considering race and representation in

through their performance of sensing the

decolonisation, aesthesis, resistance and

globalization’s image saturated society

environment and channelling the loss,

solidarity. I find this significant as spoke

beckons us to re-examine the relationship

longing, and energy needed to exist in the

within the context of what Walter calls the

between capitalism, visual culture, and

dark chambers inside the earth.

“genealogy of border thinking”.

empire, making me revisit black decolonial

Cultural production, interpreted as

I asked Walter about his relationship as

theory in Fanon’s occult instability, which

decolonial aesthesis, enters into a

31


decolonial healing beginning with the right

Tricontinental/Latin American scholars,

bringing different diciplines together under

and expression of self-determination. The

activist artists, decolonial revolutionaries,

the paradigm of social justice.

significance of abstract thought, is, to a

and anti-imperialist struggles.

We are not multi-disciplinary,

large extent, what distinguishes us from

Our collaboration (in Be.Bop.) and with

interdisciplinary but undiciplinary.-Mignolo

animals and makes us human. The necessity

each other as part of the dislocation, or

I consider Walter Mignolo’s first visit

of creation and recreation in the face of

what Walter conceptualizes as “delinking

to South Africa and our South/South

nihilism, and colonial negation, is inherent

of colonialism”, and in extension: Black

collaborations as an extension of the

in Max Webber’s term “Phantasmagoria”

Consciousness, Black Diaspora, Black

cultural and revolutionary work in the

with its exhibitionism of ownership

exile and other anti-colonial resistance,

solidarities forged in the 1959 Bandung

and objectification. Equally inherent is

is a collaboration of great significance

Conference -- the second largest scale Afro-

its linguistic meaning that defines the

that takes and makes space, in which the

Asian conference. Followed by the 1959

Aesthetic of the ghosting, a haunting, of

possibility of radical and epistemic shifts

Paris Conference (The Congress of leading

something that is not alive but neither

occur; breaking away from dominant

Black Writers, Artists and intellectuals)

dead. On a socio-political level a term

colonial knowledge production to a

culminating in the 1966 Tricontinental

defining the colonial world exhibitions:

collective corporeal phenomenology

Havana Conference between South

World exhibitions have been regarded

making contemporary decolonial praxis

America, Africa and Asia. Our collaboration

as the most meaningful invention of

possible. Our collaborations are a decolonial

and engagement in other projects, such

“modernity”, famously de?ned by Walter

praxis centred in Anibal Quijano’s historicity

as Black Europe Body Politics curated by

Benjamin as “the world dominated by its

of indigenous/black ontologies of

Alanna Lockward, is an extension of this

phantasmagorias” (Hermansen & Hvattum,

knowledge production.

tradition of bringing Blacks from across

2004: xi), since the nineteenth century.

Walter speaks of inscribed bodies and

the diaspora, and exiled, together to

These present not only the exhibition of

the inherent awareness of decolonial

address our own concerns and discover

commodities, but also the expansion of

body-politic embedded by geopolitics,

our commonalities, through meeting and

products and capital markets. Moreover,

as another central point of decolonial

through the various expressions of cultural

from world exhibitions emerges the

knowledge and aesthesis; simply summed

production: from writing, art making,

meaning of celebrating national events,

up as “COLONIALITY OF KNOWLEDGE IS

performance and in producing education,

as well as reflecting the turning point in

COLONIALITY OF BEING. DECOLONIAL

industrialization. However, camouflaged

KNOWLEDGE MEANS TO DECOLONIZE

by the cover of modernization, world

BEING”.

exhibitions can represent the ideologies of

CONNECTION WITH LATIN AMERICA:

nationalism, imperialism and colonialism.

The Tricontinental connection with South America, Caribbean, Asia and Africa, had

Johannesburg/Egoli; City of Gold August

already been established. My personal

2013

interest in coming here was due to the connections made in the seventies, when

Listening to Walter Mignolo talk in

there was a lot of contact, especially

Johannesburg at Wits -- in an enormous

between African and South American

colonial building with larger than life

philosophy; with questions such as “Is

columns, in what is known as Egoli; the city

there a Latin American philosophy? Is

of gold, created and sustained by mining

there an African philosophy?”’ were being

in South Africa -- reminded me of my

addressed. Now this is a new phase, where

strong affinity and solidarity with the Black

we are making new connections and are

32

Rhetoric That Preaches Revolution 2008, 24min, sound, Adler Guerrier, Courtesy of the artist and David Castillo Gallery


which is part of what Mignolo calls

Mafeje Institute, the African Decolonial

Walter Mignolo received his BA in

epistemic disobedience, (and even a way of

Research Network here in Pretoria, the

Philosophy from the Universidad Nacional

healing Colonial wounds). This decolonial

WISER institute who are also promoting

de Córdoba, Argentina in 1969. In 1974

experience is something Mignolo identifies

many events despite it being in the

he obtained his Ph.D. from the École des

as inherent in the decolonial imagination;

postcolonial arena. All Africa and South

Hautes Études, Paris. He subsequently

thinking, and beingwhich he contextualises

America, but especially because of South

taught at the Universities of Toulouse,

as decolonial aesthesis.

Africa’s recent history with Apartheid; is the

Indiana, and Michigan.

Mignolo speaks about the historic

birth place where the violence of coloniality

Since January 1993, Walter D. Mignolo has

significance of being on African soil, as

and its particular brand of Apartheid is

been the William H. Wannamaker Professor

it was contact, during the seveneties,

exacerbated and hence its decolonial

of Literature and Romance Studies at Duke

between South American and African

struggles (including anti-apartheid) are

University, USA, and has joint appointments

writers, philosophers, and revolutionaries

fresh and have powerful possibilities.

in Cultural Anthropology and Romance

which informed the current Latin American

Those of us who teach with social justice,

Studies.

discourse of decolonisation. He speaks not

as the focal point within the corporate

W. Mignolo co-edits the web dossier,

only about the intellectual discourses but of

education, encounter suspicion, rejection,

Worlds and Knowledges Otherwise. He

the realization of many Latin Americans and

and silencing when presenting knowledge

is the academic director of “Duke in the

Black Brazilians discovering and claiming

production beyond the Eurocentric canon

Andes”, an interdisciplinary program

their African descent.

in academia. My questions are how do we

in Latin American and Andean Studies

Walter speaks about the hope that South

escape this deafening “white noise” and

in Quito, Ecuador, at the Universidad

Africa held from 1994’s first free election

the resounding blinding “enlightenment”

Politécnica Salesiana. Since 2000, he has

signifying the end of apartheid:

of the renaissance? Would Biko call for an

directed the Center for Global Studies and

South Africa is a place where the world

“endarkenment” of the matter? Is Mignolo’s

the Humanities, a research unit within the

anticipated that decoloniality would

“epistemic disobedience” and undiscipline

John Hope Franklin Center for International

develop organically, like in Bolivia after

born of the dark matter of the black subject

and Interdisciplinary Studies. He has also

Herbe Moralis. Which is unfortunately

or would it be a subject matter of darkness?

been named Permanent Researcher at

not the case, for various reasons, but

What does it mean when we speak of

Large at the Universidad Adina Simón

mainly because of conservative forces that

consciousness as emerging from darkness

Bolívar in Quito, Ecuador.

emphasize development and progress

in relation to Mignolo’s hypothesis on

which maintains its position, as well as the

Decolonial Thinking and what meaning,

Simmi Dullay lectures in Art History at

Kantien/Humboldtian university which

in terms of knowledge, can we derive

the University of South Africa (Unisa). She

is now merging within the corporate

from this in relationship to Biko’s Black

obtained her MFA Cum Laude at Durban

university; training people to be useful

Consciousness? If elementary philosophy

University of Technology, in 2010. She

to society and teaching that the more we

is contemplating fundamental problems

investigates exile using interdisciplinary

have the happier we will be. Despite this,

of existence, then contemplating the black

methods based on visual methodologies,

since I have been in South Africa over the

condition is inherently philosophical.

Black Consciousness, decolonization praxis,

last few weeks, I gave four talks, and those

Reference list:

auto-ethnography & memory work. Her

talks were packed, and a lot of people

South African History Online http://www.

research draws productively on art, cultural

present at the first two talks returned. This

sahistory.org.za/

and gender studies, critical philosophy &

gives me reason to believe that there is a

Tronkal, L. Interview with Walter Mignolo,

sociology. Dullay taught at the University

strong interest in coloniality/decoloniality.

07/01/10 part 2, Art & Theory

of Kwa Zulu Natal on Education, Social

One the one hand it is a minority, but it is

Wu-P,S. Journal of Asian Architecture and

Justice & Diversity as well on Philosophy &

a strong minority. You also have the Archie

Building Engineering, JAAB vol. 5. No. 2.

Sociology in Education.

33


ART TALK

VOYAGE AUX QUATRE COINS

Par Patrick de Lassagne

LA PORTE « Au commencement était l’émotion.» Céline LA PORTE

aube grise. Il avait longuement observé ce

fixer, jusqu’à le perdre de vue, tandis qu’il

ciel noir- son propre néant- dans la peinture

disparaissait au détour d’un immeuble.

lézardée de la porte, dans la mousse vert-de-

***

gris qui avait envahi ses rebords métalliques,

La porte oui… Cette porte se referma sur moi,

« Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des

dans les points de rouille qui avaient attaqué

puis s’ouvrit et se referma dans mon dos pour

pierres » G. de Nerval

ses rivets.

toujours. Je n’ai jamais récidivé. L’émotion

Durant ses nuits d’insomnie, lorsqu’il fixait

première d’un détenu incarcéré c’est bien sûr

depuis sa fenêtre cet indépassable horizon,

la fulgurante sensation de l’enfermement due

il s’était souvent égaré dans les improbables

à la privation de liberté. Puis la durée : celle de

reliefs de la porte. La semi pénombre et les

l’attente de la décision de justice et celle de la

lueurs incertaines de l’éclairage au sodium

peine à purger. Mais une fois ce prix payé, il y

ajoutaient leur fantasmagorie à l’improbable

aussi la plus belle des émotions, ce privilège

topographie de ces limbes verticaux. Un

unique : la liberté. Si l’un des plus beaux mots

bestiaire fantastique, d’étranges figures du

au monde, toutes langues confondues, est

zodiaque s’y entremêlaient. Projeté dans

féminin, ce n’est sûrement pas un hasard.

ces lieux d’horreur et de vastes solitudes, il

Comme une épouse, comme une mère,

s’était un jour surpris à crier silencieusement :

la liberté vous étreint, vous serre dans ses

« Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mais son

bras avec tendresse et amour. Le jour de ma

inaudible lamento s’épuisa de lui-même et le

libération j’ai donc pris la liberté par la taille

silence retomba.

et sa main dans la mienne et m’en suis allé au

Dans la rue, franchissant le mur des sons,

devant de mon destin. C’était par un frais et

Patrick s’éloigna. La porte continua de le

beau matin de Février 1980. J’ignorai encore

L’enfer est-il l’envers du ciel ? Pour Patrick, le jeune homme souriant, mince et frêle, qui s’apprêtait à quitter l’un pour l’autre, l’enfer achevait de se matérialiser dans cette immense porte qu’il franchissait. Dans un bruit de basse, elle roula sur ses gonds, puis se referma lourdement. C’est alors que les bruits de la rue assaillirent le jeune homme. Durant de longs mois, derrière la porte, il n’en avait perçu que la rumeur lointaine. Cette soudaine déflagration le paniqua. Debout sur le trottoir, il resta immobile à la subir. Dans son dos, austère, sombre, massive, il le savait, la porte le fixait. D’un côté elle était un ciel noir. De l’autre une

34


pourtant que la prison ne me lâcherait jamais.

par mon instituteur de la maison d’arrêt où je

tu te dis que plus aucune porte séparant l’uni ne

Qu’elle me poursuivrait malgré moi, peut-être

suivais mes cours dont le niveau s’arrêtait en

te retiendra plus prisonnier puisqu’aussi bien tu

justement à proportion que je tenterais de

classe de 3ème) la filmographie des plus grands

en as la clef. Mais tu songes avec une certaine

l’oublier.

cinéastes et acteurs ou actrices. J’avais eu trois

tristesse que ta mère n’est plus à tes côtés pour

J’ai connu la prison durant ma dix-huitième

fois quinze jours pour faire cela. Les livres étant

voir tout cela. Qu’au seuil de l’adolescence tu l’as

année, y ai fêté mes dix neuf ans et y ai passé

prêtés par l’administration pénitentiaire quinze

perdue et que tu as sombré dans la délinquance.

Noël. Elle ne m’a plus lâché jusqu’à ZONZON,

jours maximum à chaque détenu, il fallait

Et qu’à la faible lueur de cette étoile morte qui te

onze ans plus tard. Pièce écrite en 1991durant

donc les rendre impérativement après cette

parvenait encore, tu as cherché ton chemin dans

ma trentième année. Un an d’écriture. Durant

durée. J’avais par chance obtenu l’accord de

le ciel noir de la délinquance. Que tu t’es enfoncé

ce dur labeur Marc Andréoni, mon co-auteur,

mes deux co-détenus pour qu’ils « cantinent »

dans une nuit épaisse et t’y es perdu. Tu te

s’était amusé à me dessiner assis sur une chaise

le dictionnaire à leur tour. Et j’avais recopié de

demandes enfin comment malgré la lâcheté de

devant une porte de prison posée au centre

mon écriture la plus serrée possible ce qui me

sa famille qui a envoyé ta mère accoucher seule

d’une page, au milieu de nulle part, sans mur,

semblait l’essentiel de l’histoire du cinéma. A

à l’Assistance Publique, l’a abandonnée à l’Armée

ni paroi ni d’un côté ni de l’autre, et derrière

ma sortie de prison, je décidai donc d’aller voir

du Salut sur la péniche Louise Catherine (qui

laquelle s’étendait un horizon infini. Il avait

les meilleurs des films selon ce dictionnaire.

vient justement d’être classée unique monument

bien sûr voulu me faire passer un message…

J’en vis 210 durant la première année.

historique flottant de la ville de Paris), puis au

Pour autant si cette détention fut une épreuve,

Cinémas d’art et essai, clubs de cinéphiles,

Palais de la Femme, ce foyer de filles-mères

elle fut salvatrice. Elle me mènerait loin… A

cinémathèques des facultés de Censier et

parisien, tu te demandes donc comment cette

Hollywood vingt-ans après cette incarcération.

Jussieu, j’en prenais plein la vue pour pas cher.

femme a pu être si forte pour tenir la main d’un

En effet en1998, après la sortie du film Zonzon

« Du sang pour dracula » de Andy Wharol

futur orphelin jusqu’à l’orée de ses quinze ans. Tu

que j’adaptai de la pièce, quelle ne fut pas

à « Mean streets » de Scorcese en passant

te dis que cette histoire de couleur de peau vous a

mon émotion lorsque j’appris de la bouche

par tant d’autres si célèbres et marquants de

coûté bien cher à elle et toi, et qu’à sa mémoire et

de Noëlle Deschamps (meneuse hors pair de

Murnau à Kubrick.

en son honneur et pour tes enfants, tu raconteras

l’association Equinoxe) que Jeanne Moreau avait sélectionné Zonzon et trois autres films des ateliers Equinoxe. José Giovanni et Jacques Audiard s’étaient penchés sur le scénario de Zonzon comme intervenants au cours de cet atelier. Jeanne Moreau emmenait donc ces films pour les montrer à l’occasion de la remise de son Oscar d’honneur à Hollywood. Le couronnement de son écrasante carrière semblait très sincèrement moins lui importer que montrer cette sélection de films de l’association Equinoxe qu’elle présidait. Nous voyageâmes en première classe pour rejoindre ce lieu de légende du cinéma mondial. C’était déjà pour moi quelque chose de surréaliste. Dans l’avion je repensais à ce qui m’avait mené là : le dictionnaire du cinéma que j’avais recopié vingt-ans plus tôt en détention. J’avais noté dans un cahier d’écolier (fourni

35

tout cela dans un livre qui s’intitule « Sang bleu,

“la plus belle des émotions, ce privilège unique : la liberté.” *** « Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente ». Camille Claudel. Allongé sur ton lit dans cette suite de cinquante mètres carrés tu te demandes comment il est possible que ton séjour dans neuf mètres carrés ait pu te mener là. Ou du moins que c’est justement ce voyage aux quatre coins des neuf mètres carrés d’une cellule qui t’a précisément mené dans cette suite de cinquante mètres carrés du Sunset Marquis, un hôtel d’Hollywood célèbre pour recevoir les Rolling Stones. Tu souris en pensant que Zonzon figure dans le dictionnaire du cinéma de Jean Tulard. Cadeau inespéré. Et

sang noir ». Qu’il traitera de l’abandonnisme, de la délinquance, de la prison, de la négritude, de la recherche d’un père inconnu, abordera le métissage et la noblesse, parlera de la traversée des classes, de l’échec scolaire, de l’autodidactisme, ces thèmes si étrangement contemporains… Et tandis que tu es sur ton petit nuage et que tu te rends dans une Cadillac avec chauffeur à la remise de l’Oscar d’honneur de Jeanne Moreau par Sharon Stone, tu te dis soudain que de là haut ta mère doit veiller sur toi, et que d’une manière ou d’une autre elle te protège, à l’image de la jolie phrase de Rousseau dans L’Emile ou de l’éducation: « (…) C’est à toi que je m’adresse tendre et prévoyante mère, qui sus t’écarter de la grande route, et garantir l’arbrisseau naissant du choc des opinions humaines»


ART TALK

BEIRUT IS IN CAIRO... BEIRUT IS A SHE...

Art in the state of emergency By Caecilia Tripp

A conversation between Antonia Alampi, curator at ‘Beirut’ and artist Caecilia Tripp Beirut is a new art initiative and exhibition space that reflects upon institution building as a curatorial act. Sarah Rifky and Jens Maier-Rothe founded it on May 1, 2012, joined by Antonia Alampi as Associate Curator.

C.T : How did Beirut art space come into

C.T : In your presentation, you speak of the

(your) life and what are the ideas behind its

curatorial act. What does that mean to you ?

name ?  

A.L : We like to perform roles in place,

A.L : It happened one night on a Cairo

plays and institutions. We care, concern

balcony during a conversation between

and are responsible for them.

Sarah Rifky and Jens Maier-Rothe. I

 

joined the team as an associate blind

C.T : How do you see your curatorial practice

date later on. Visions started manifesting

in a state of emergency ?

in October 2012 and are in due course. Questions about the name occur all

A.L : Si è continuamente in ascolto. You

the time. Beirut art space is a she. she

are anxious, you feel a necessity, you are

is ambiguous, impulsive and emotional

in the search for a relevance in what you

but reflexive, social and affectionate,

do and you try to formulate a narrative

precarious but fertile. She has strong

out of the chaos. You speak questions

beliefs, but she questions them. She has

to the present, and wish they might

objectives and likes to transform in a

influence the future. You hope to find

different form and language when she

and offer reasons to stay.

feels it is necessary. C.T : Beirut also hosts CIRCA (Cairo

36


International Resource Center for Art) can

inspire political imagination. It will do

intuitive, at times purely poetic, at times

you tell us more about its aims?

so through artworks by Luis Camnitzer,

conflictual, but rational. It is always

 

Dina Danish, Redmond Entwistle, Malak

unpredictable, but usually takes affinity or

A.L : It is an entity existing in linguistic

Helmy, Adelita Husni-Bey, Parallel Lines,

contrast as its point of departure.

formulations.  It is thoughts and ideals in

Mladen Stilinović and Katarina Zdjelar. C.T : Thank you Antonia for this deep insight

search for a form. She too likes to mutate.  

C.T :  Beirut works both, on a local and on an

into ‘Beirut’ and her vision,

C.T : You work with a lot of different

international level; can you describe how

hoping she will trigger a lot of movement,

partnerships, always trying to redefine

they relate to each other? I was inspired by

emotion and new imaginaries.

the way in which you think of yourself as

“How we see” last years’ screening and talks

an institution, questioning recently in a

program around Harun Farocki’s work, and

seminar “What is an (art) institution ?” 

your mentioning of “History as a process of

 

permanent revision” ?

Page 36 On the left : Labour in a Single Shot, Cairo 2012, Harun Farocki at factory visit in Alexandria, image courtesy of Beirut On the right : Goldin+Senneby, The Decapitation of Money, 2010. Installation, 28 mins. Courtesy of the artist and Beirut

A.L : Time is fluctuating and

in context and in comparison, create a

“Beirut is ambiguous, impulsive and emotional but reflexive, social and affectionate, precarious but fertile.”

temporary co-dependence with the aim

 

of realizing something you cannot on

A.L : It always varies, has different

your own.

extents scopes and intentions, defines

 

itself depending on people, places and

C.T :  What is your program this coming fall ? 

questions. At times mindful, at times

unpredictable, we recognize the need to think outside of fixed positions and challenge assumptions. It’s a matter of survival.  We believe in partnerships and exchange as being fecund and generative, in many ways. They impose auto-reflection and challenge, thoughts

A.L : “An Institution’s Sense Organs”, a talk by Ashok Sukumaran on 11th of September, will be marking the opening of Beirut Season 4. It will discuss the difficult formation of collectivity and the uncomplicated expression of individuality.  ‘Writing with the other hand is imagining’ will be the opening exhibition. It is composed of three acts, with a choreographed rotation of works. It will muse over language and speech, art and alphabetization, art in conflict with homogenization, art that aims to

37

On this page: Beirut, outside view, 2012


ART TALK

JOHN AKOMFRAH By Karen D. McKinnon All images courtesy of Smoking Dog Films

The nucleus of an idea

American Filmmaker Karen D. McKinnon speaks to visionary British Filmmaker John Akomfrah. John has been breaking the moulds and shaping British and International film landscapes through his hauntingly beautiful films on Black British Identity and migration. John, one of the Founders of the famed Black Audio Film Collective in the 1980s, talks about his unrelenting commitment to ‘recycling’ of archival material and dwells into his upcoming exhibitions, After Year Zero and The Unfinished Conversation. KM: Could you tell us about the Black Audio Film Collective ? JA: The most important reason why the whole thing came together was friendship and the desire to form alliances with people who were of the same kind of cultural, political temperament. I think that’s more than anything than what I can discern it

38

down to. Because we met, most of us met

JA: Smoking Dogs was a sort of moving

at Portsmouth (Polytechnic) in the early 80s

image nucleus inside Black Audio Film, so

and to this day, it’s still a mystery to me how

we just carried on working it in that sense,

and why we came together, we needn’t

it’s a continuation of what we’d do in a

have to, there were all kinds of things.

collective but not inside the ethos of that culture. I think we see some of the things

KM: How did Smoking Dog Films come out

we are doing as a continuation of some of

the collective ?

the aims and ambitions of Black Audio but also an adapted form, new times… Those

JA: Formally, we ended the collective in

times certainly changed. When we were in

‘97. I mean I think all collectives kind of

the early 80s, proximity and access to the

have a lifespan, especially when people get

technology was a huge question, how to

together at a certain age in their early 20s,

acquire the equipment, how to make it was

things begin to change in your life as you

a big, big job, so a lot of our time was taken

enter your early 30s, priorities change as

up with trying to get 16mm cameras. Digital

well, and to hold 7, 8 people to the same

technology has transformed our practice

project for 16 or 17 years is quite a number.

beyond recognition, and so that series or

I think inevitably we sort of felt that the key

plank of the old Black Audio Film Collective,

reasons for coming together, were ones

gone. And we just had to move on and try

we had sort of achieved in a way. By ‘97

to find other ways of working. And, I think

the question of black representation was

we have. Black Audio was by then, by the

on the agenda and there were artists of

time we ended also working principally

colour working in a moving image culture, painting, sculpture and mix media who had taken on the questions we wanted to raise. There was stuff happening in cinema and television, so there wasn’t a feeling of being some kind of lone flower in a desert. KM: Exactly.

Still from The Stuart Hall Project


in television. We weren’t doing the

artist. I don’t wake thinking, am I this...

on the March on Washington. And that’s

mixed economies of work we were doing

it’s not a schizophrenic relationship to the

what television should be about. It should

before, working with the gallery system,

platform. Since I don’t have that, I don’t see

be about those moments when someone

cinema and TV. We were almost working

the need to keep banging on about it. We

says there’s something important that

exclusively within television. One of the

try at any one time to have a multiplicity of

happened and we have to commemorate

things we felt we wanted to do was return

address forms, and it’s necessary because

it. So a lot of it is based on cultural, political

to that mixed economy.

there are so many different interests even

and affective psychic ambitions because

now within Smoking Dogs. Trevor Mathison

one looks around to see the most effective

KM: It seems very important to you that you

is not the same as me because he’s still very

platforms for those ambitions.

work in a mixture of places such as galleries,

passionate about sound and he wants to

cinema ?

do first and foremost sound related stuff.

KM: Do you find that sometimes funders

Television doesn’t do sound related stuff

insist on you defining yourself ?

JM: It’s critical. I think the moment of

except as something subservient to the

naming oneself through a platform is sort

image. So in order to keep that relationship

JA: The question doesn’t go away. And it’s

of over for me, anyway. People don’t say

going, that practice going, of course, we are

one of the motifs that’s over-determined

what do you do ? But, where do you work?

then therefore drawn into sonic spaces that

our lives from the very first… discussion

I work here. The platforms are not anymore

are legitimate and not just back doors into

with other members of the avant-garde

that important to me and to my colleagues

cinema. We work in that space because

about whether or not people of colour

because once you’re conversant with the

someone in the group is still passionate and

could be a part of the avant-garde. That

norms and the rules by which they operate,

interested. I like what happens in cinema

still hasn’t stopped. There is a sense, I think

you can decide which of those rules and

still despite the fact that less and less of

it has been shaken but I am not sure that

norms you can abide by and which you can

it is happening. I like the platform, the

it has entirely disappeared and that sense

ignore. That is, providing you’re sufficiently

collective work, the forms of spectatorship

is that there are prescriptions and forms of

fluent with the language, and even the

and I think there is still something to be said

activity that are only appropriate for people

multiple languages involved and after 30

for the cinematic experience so we continue

of colour. I’m not sure we completely

years, we are. I don’t see the need to say

to try and work in that space and television.

destroyed that stereotype and even

whether I’m a TV director, filmmaker or

Last week, we did something for the BBC

though I’m not consciously still fighting

Stills fromThe Unfinished Conversation

39


against that, clearly part of the project is to

issue. So Robert Frost would say, “I have

end there. Sometimes we go as far as

dismantle it, because it’s a fiction. It has no

still miles to go before I sleep,” but you can

shooting something and then thinking, well

basis in reality, and there’s no evidence to

see the end of the day. {} I think, as you get

okay this isn’t quite working either because

support this but it continues to flourish.

a bit older that you’re aware that this is a

it’s not ready and so just park it until it is.

gift and that it shouldn’t be squandered.

I don’t think there’s anything I have gone

KM: Do you think it’s tied to money, tied to class ?

to the level of shooting, for instance, that I KM: Do you stop before you get to the

haven’t used. There are things that I might

realization of the idea ?

shoot and then park for sometimes 15

JA: All of those things, but I think it is also

years. But at some point, I’ll get back to it.

tied to a certain kind of racial economy, in

JA: They go several distances, shall we say.

I remember in the 90s, I did this 10-minute

which certain identities are deemed to be

Some things you just chew over, and for a

film for an arts strand on television and

of certain values, have certain propensities

month, I’m just going to try and work on in

shot quite a bit of it, which was suppose to

and contributions to make. And yes, if you

my own mind whether it is possible to do

include scenes of my mother. That didn’t

are Steve McQueen, occasionally, you get to

them or not. Sometimes things never quite

make it into that film but it never left my

break them. You get to say well I don’t have

migrate from that space to anywhere else.

head. I thought at some point I’m going to

to, you can say that I am Julian Schnabel, I

They get killed. And sometimes they get

make something else with that stuff. And 15

make art and I make films, you don’t need

moved onto the next level where you either

years after her death, I realized I don’t need

to tell you which of two is more important.

write them down or speak to a colleague,

to make something else, I’ll just redo the

saying I’ve got this idea, I’ve written it

old one, put finance into it.

KM: You’re involved in quite a few projects.

down, what do you think ? Sometimes things make it beyond that and we might

So there is a traffic between ideas, either

JA: I think, as you get older, the question of

try to raise some money to realize a portion

the thoughts you have that you don’t get

time and temporality starts to become an

of it or develop it, and they could also just

to realize there and then but then have legs

Still from Handsworth songs and the nine muses

40


to run long enough to catch up with them

40s but who are not around to see things

that it’s value was deconstructing things

later on or gestating projects, be they shot

through their eyes and see what it was they

or offering new alternatives, etc. I think

material or written material sitting in a vault

were trying to do and decide to say, okay

for us and for me it was necessary to get

for a while. But, they always come back into

I can see the limit here. I can see how far

rid of this idea that there was a sort of

circulation. I like the idea of recycling a lot.

you took it. And I can also see what you

wholesomeness to the image. That you

It’s one of the informing ethics for what I do

silenced in order to get to this point, so how

can get to a point where images are wholly

and why I do it.

about we help each other here? I‘m not

good or unimpeachable. I don’t believe

going to insult you by pretending I know

that and because of that I don’t believe the

better than you, but I think I can help.

dichotomy between positive images and

KM: I know using archival material and recycling is an important part of your practice.

negative images is a good thing to have. KM: Do you ever find yourself in an

Now, once you commit yourself to that, it

antagonistic relationship, especially when

does mean rising to the challenge of finding

JA: Absolutely. Yes, I mean there are all sorts

a certain view of things is presented or

ways of working with things however horrid

of theoretical, cultural political reasons why

constructed to influence perception ?

one may find those images. So it’s not like a

we’ve gone to the archive and why we used material on the African Diaspora from the archives. Loads of running alongside that is also an ethical and aesthetic choice which says we have to find ways of conferring value to the past, because without that most of what we are, especially as people of colour, don’t really make much sense. Unless you can find ways to rescue the so called damage of mythologies, insults of the yesteryear by reconfiguring or rethinking them in the light of what we know now, I don’t know whether there’s

Still from The Stuart Hall Project

any point to do quite a lot. Those are deeply held beliefs, acts of faith almost if

JA: No, I think, no, the reasons are actually

vacating of responsibility. In fact for me it’s

you will, about how one coexists with one’s

quite …. You see one of the conversations

the precondition for taking responsibility,

path and the use of archival material is part

that we had quite a lot when I started,

for locking into dialogue. We spent the first

of that; it’s in that realm.

when the first Black Art conference in

few years of the existence of the collective

Wolverhampton in ‘82 when most of the

between ‘83-‘85 working on a tape slide

In other words, the reasons why we turn to

people I know in the art world, especially

series called expeditions, to try and answer

the archive are not merely for aesthetic or

Black in the art world first met the Keith

for us this question of where you move

theoretical or even political reasons, there

Pipers, Eddie and the Sonias (Boyce). You

to once you’ve said, I’m not looking for

are deeply held faiths, articles of faith that

know that the argument then was: How

positive or negative images. What is the

go with that and there’s nothing better

is the form and function relevant to what

next place one goes to as a practice, as an

than that communion of dialogue with

we do? We were broken up into different

arts practice, where do you go from there ?

someone who sometimes is not around.

factions and they were clearly people who

And we made, I can’t remember how many

To see material that is shot by or edited by

believed that we do should be there for

now, in those 5 years a range of stuff, most

a group of people who were alive in the

elevating the race quote. People believed

of which were never shown. The only two

41


that made it outside of it were shown and

narcoleptic entity. I don’t quite understand

functions. UN, oh there’s Ghana! Oh there’s

are owned by the Tate are the two-part

how else to describe that and Transfigured

the President! There he comes with the flag!

expedition series, called Signs of Empire,

night is important for me because it’s piece

And when the citizens say, oh can I have

Images of Nationality. And then, there

of music that seemed to have launched

some food, some water, education, how

you could see us explicitly trying to work

New Music in our world. It’s a Sean Burke

about some healthcare? He (the State) just

through this business of the colonial past

piece based on a Richard Dehmel poem,

goes fast asleep. Most people talking about

and its legacy in architecture, images and

where two lovers are walking through a

Post-Colonial Africa always talk about the

photographs, trying to find this language,

forest and the woman turns to the guy,

violence and the Egyptian Tahrir square

trying to find a way of addressing this. And,

and she says oh you know, I know where

scenario, but actually for the vast majority

I think we did okay. We weren’t wholly

New Love is but I have to tell you that I’m

of people in the so called third world,

successful. I don’t think you’re wholly

carrying another man’s child. He says, oh

the relationship to their State is one of

successful when you’re in your 20s.

well don’t worry because our love and the

supreme indifference. It very rarely knows

night will transfigure this scene and turn

that they’re there, and if it does it doesn’t

it into something good. He will be or she

do anything for them. And it doesn’t

will be our child. And it’s something in

even get to the point where it kills them

JA: There’s an exhibition in Berlin called

that poem that seems to me to mirror the

or anything. It just doesn’t do anything

Year Zero in September. The Otolith Group,

promise the Post-colonial State made with

for them. It doesn’t touch their lives in

myself, Kader Attia, Jihan El-Tahri are all

its citizens.

any way or provide water, food, clothing,

KM: What you are working on now ?

trying to find a way to arrive at how to talk about that explosion in the Post-war period that led to all these incredible developments around the world. Bandung in Indonesia, and the All African People’s conference in Ghana in ’58 and of course the Civil Rights movement. There was a set of triggers in the Post-war period that led to all sorts of things, and I think the idea of

health, nothing. So it’s almost like a kind of

“There was stuff happening in cinema and television, so there wasn’t a feeling of being some kind of lone flower in a desert.”

Year Zero is to say if you can find a moment

narcoleptic relation to real. I can’t think of another way of describing it, so I’m trying to do something that describes that at the moment. KM: How did the Stuart Hall film come about? JA: Yes, the Stuart Hall film was the most

for you where some of these start off what

Its citizens said or rather the State said to

demanding. It’s taken 3 years of watching,

would it be ? And I’m doing something

the citizens, you know, I’m not that good

listening, writing and talking to him.

not on the beginning of things but the

at this. I’ve just left the British thing or the

end. It’s call Transfigured Night and it will

French thing. I’m really not completely

KM: Did you feel a bigger pressure because

be a two screen piece about the transition

formed. Then, the citizens said well fine, no

he has been part of your professional life for

from Independence and the Joie de vivre

problem, we’ll go along with this. But, it

so long?

of Independence to the despair of the 70s.

wasn’t really a great result for most people

Something happened in the 70s in Africa,

or the vast majority of people in Africa. I’m

JA: I just felt this compulsion to return to

in particular, and that’s what I’m grappling

talking about the ordinary person in Africa

the debt, to honour the debt, considerable

with. It’s a project about narcolepsy really,

who got abused by the State, these Post-

debt we owe him in all sorts of ways. I think

particularly, the Post-colonial state in Africa.

Colonial entities. And the interesting thing

when one talks about formations, whether

It seems to me when you look at how it

is when their relationship with that State

it is Post-war England or Black Britishness,

behaved in that period one of the few

took on these kind of narcoleptic form, the

it’s just difficult to think of anything that

metaphors that sums it up is that is was a

State would wake up and attend all these

I’m connected to that has given me life

42


that he hasn’t had something to do with. I

I have arrived, I knew I was black so that’s

that stature, things have a way of coming

can’t think of anything. Now, he may not

the project. But you still had all sorts of

to you. I mean the trouble with doing

be in that position with everybody but he

stuff between ‘68 and 2000 when he was

something on somebody like Stuart Hall is

certainly is with me. So it was important to

active. What do you do with that? You put

knowing what not to do. It’s tough because

do something on him at least while he was

it aside… but once again, as you know I

there’s so much of it around.

around and let him know that people think

really do believe in this idea of recycling.

he’s important in these ways.

And in this case it’s more than recycling, it’s actually looking for clues in the past,

KM: I know you talk a lot about free jazz.

for how and why we came to be what we became. So I’m not doing the past a favour

JA: I love, love, love free jazz. It’s my

here. I’m asking it to help us out, to give

favourite...I learned most things I know

us a clue and when you have something of

from free jazz, and the main thing is just

Stills fromThe Unfinished Conversation

to be comfortable with moments and go with moments, try and explore them to see where possibilities are and don’t get panicked by things that don’t appear to be working. And sometimes it takes longer as this clearly did, and sometimes I think Lina (Gopaul) and I felt we were in for the long haul and whatever it was, we’d see it through. The initial brief was with some arts council funds to do a gallery-based piece. In the course of doing that, we said there’s something else here. They’re always going to talk to each other but they’re not the same thing because we had unearthed so much and clearly some of it, even now, didn’t fit the timeframe and duration frame of either project (John refers to the 3-screen and the single screen Stuart Hall project). But we finished it and I think by halfway through, I just thought something else needs to be done with this material and the 3-screen is only going to get us this far. I had already decided by then, to concentrate, having used the notion of identity as an unfinished conversation. The question then was when to end the unfinished conversation, and clearly at the point where he felt he had arrived, that was the end of the project and by ‘68 he said,

43

John Akomfrah’s work can be next

at Haus der Kulturen der Welt, Berlin, in

seen at:

the exhibition “After Year Zero” until 24th november 2013.

THE UNFINISHED CONVERSATION The three-screen installation, The

AFTER YEAR ZERO

Unfinished Conversation investigates

from 19 September 2013 to 25 November

identity, ethnicity and the nature of

2013

memory. After premiering at the Liverpool

Haus der Kulturen der Welt

Biennial 2012, the video installation has

John-Forster-Dulles-Allee 10

been edited into a single screen and was

10557 Berlin TIERGARTEN

nominated for the Grand Jury Prize at

Germany

Sundance 2013. from 21 September 2013 – 23 March 2014

Karen D. McKinnon is an American writer

Tate Britain

and filmmaker based in London. She is

Millbank

currently writing her feature film project

London SW1P 4RG

and developing films for both cinema and

United Kingdom

galleries.

“The Unfinshed Conversationh is on view


ART TALK

CORRESPONDANCES ÉMOTIONNELLES

Par : Kemi Bassene Photo : Kemi Bassene

La lettre d’un danseur et chorégraphe togolais à son amie musicienne, professeure de cinéma et citoyenne américaine, Eugenia à propos du sens du cri et des territoires de l’émotion... Lomé, le 28 avril 2013

post coloniale, éternelle « masque blanc »

sons, d’autres par leur habileté à répondre à

agréé pour l’exportation, défunte de sa

une forte demande d’harmonie sociale ?

Chère Eugenia,

justesse linguistique à transcrire une oralité

Si je crie, l’exercice de théorie et de création

«…Au début, seul mon corps devait danser.

complexe. Mais crier son art, est-ce bien

émotionnelles que constitue la danse

Mais j’ai subitement eu envie de crier..

raisonnable? J’en interroge mon langage

pour une pratique de vie sociale verra son

Ce fut un cri silencieux, une demi-pause,

émotionnel artistique, je raisonne mon cri,

champ d’application s’élargir mais sa liberté

sous l’effet de cette musique handicapée

le son du trop plein..

réduire, car je vais devoir définir les codes de

de toute intuition, parce qu’entièrement

…Tous les arts sont-ils toujours destinés à

l’émotion fictive sonore d’un récit corporel.

écrite. Elle est comme notre littérature

émouvoir ? Certains par des combinaisons de

Mais je suis en train de gommer toute

44


expression intuitive en attachant mon visage

quand ils veulent ou une syllabe multipliée

Regarde-moi. Regarde comme je superpose

et en refusant cette exclamation de ma voix.

par ma voix, car mon corps est aussi plus

les intelligences émotionnelles du passé, au

Je ne peux plus verser dans l’absurdité de

rapide que mon souffle et mon verbe et c’est

point d’être parfois effrontément noire. Ce

m’observer dans mes émotions comme

pour cela que je crie ce « oh ! » qui à lui seul

sont mes fonctions de survie. J’utilise même

personne introspective, comme le dit Auguste

est toute une phrase. Oui, je ritualise mon cri.

les voyages secrets de mon esprit (mes rêves)

Comte. Je sais que quand je danse, c’est mon

Nous conspirons avec nos émotions, comme

comme annonciateurs d’évènements et

corps qui commande à mon esprit l’émotion,

nous le faisons dans l’atelier de l’imaginaire

compléments émotionnels.

il est même à l’origine de ma conduite. Mais

que constituent nos rêves. Est-ce la puissance

Et toi tu veux dompter ton cri ! Pour mieux

je peine tant à transférer toute une émotion

syllabique héritée des rituels et cultes religieux

manipuler son écho ?

dans mes oeuvres, à manipuler un limbique.

de mes ancêtres..

Ne raisonne pas ton cri. Raisonne ton corps,

Je doute des territoires de l’émotion. Je

De la puissance de la raison?

c’est lui qui crie.

cherche la différence dans la relation entre

De la subjectivité d’une justesse émotionnelle?

Tu n’as nul besoin de leçon d’émotion pour

un son perçu et le corps, et celle entre un son

Il y’a une part de rationalité, une quête de

définir le son de l’émotion. Ne verse pas dans

produit et la pensée. Je suis par définition

raisonnement dans mon imaginaire, même

la danse de l’assimilé ! Et le corps n’est pas que

l’esclave d’un savoir académique et d’une

quand le postulat de départ est faux..

refuge de ton esprit. Il fabrique l’émotion…

culture d’initiation.

...Les textes sacrés ont souvent voulu dans leurs interprétations bannir la chaleur

En attendant de te lire…

expressive des bishops pour des collèges de prêtres mutilés de leurs émotions,

“Tu n’as nul besoin de leçon d’émotion pour définir le son de l’émotion.” La réponse d’Eugenia Atlanta, le 5 juillet 2013 Cher… Comment comprendre, lire chez l’autre une émotion que l’on n’a jamais ressentie ? Le corps est le centre de l’expression de l’émotion (Merleau-Ponty). Comment la lire si elle n’est pas jouée par le corps, qu’elle soit fictive comme au cinéma, ou qu’elle soit colère et bien réelle ? Est-ce parce que la voix ou le corps sont insuffisants que les deux dialoguent si souvent dans nos communions spirituelles ? Ou est-ce la mémoire qui se trouve quelque part dans le corps, qui le rend plus rapide que mon esprit. Mes cris ? Ils sont une improvisation musicale

45

Attentionnément,

Ils ont gommé presque toute expression intuitive corporelle dans la dernière mise à jour religieuse révélée pour promouvoir une esthétique d’idéologie politique et culturelle. Regarde ton continent. L’émotion religieuse l’a toujours emporté sur l’émotion politique. Même ton premier député noir (Blaise Diagne) qui siégea au Palais Bourbon n’a pas échappé à cette hiérarchie d’intelligence émotionnelle. Il fut apostasié et enterré hors du cimetière, lui qui fut le premier à incarner une participation politique noire africaine coloniale, bien avant Senghor. Regarde ta littérature, écoute son cri. Il est encore moins vraisemblable que l’émotion fictive d’un récit cinématographique. Le vers est dans sa sémantique, tant elle peine à trouver la grammaire descriptive d’une oralité complexe. Ce «masque blanc » comme tu dis émotionnel post colonial symbolise votre dilemme actuel entre indépendance politique et indépendance culturelle.

Eugenia


ART TALK

LA DOUBLE VIE DE LIONEL ZINSOU Lionel Zinsou et sa fille MarieCécile ont posé une pierre singulière dans l’édifice  de la création contemporaine africaine en créant au Bénin une fondation faite de rêves et de terrain.

Auteur : Camille Moulonguet

classiques, en histoire ou en économie

avec elle j’ai découvert une scène artistique

? Et je suis arrivé à la conviction que

africaine incroyablement vivante. C’est

plus je me rapprochais de l’économie

vraiment l’expérience de ma fille qui est le

plus je pourrai exercer en Afrique. J’ai

point de départ : elle est allée enseigner

fini par me persuader que c’était plus

l’histoire de l’art au Bénin et elle voulait

souple, que l’on pouvait exercer le

rapprocher ses élèves des artistes béninois.

métier d’économiste dans le domaine

L’engouement des élèves était très grand

public et dans l’entreprise, en Afrique

et l’intérêt des artistes à se raconter aux

Afrkadaa : Votre parcours, de

et en Europe, cela restait utile dans

enfants était aussi très grand et moi je me

l’enseignement à la grande entreprise,

tous les endroits. Au Bénin j’ai créé une

suis retrouvé pris comme un enfant de 12

qu’est-ce qui a mené cette transition ?

fondation et une entreprise, donc il y

ans, élève de ma fille, dans la familiarité

a quand même quelque chose que j’ai

des artistes béninois. C’était au tout début

LZ : C’est un choix finalement que j’avais

fait sur le terrain, en revanche en France

des années 2000. Maintenant ces mêmes

fait assez tôt. J’ai passé ma licence de

et en Europe, je me suis partagé entre

artistes sont primés et reconnus sur la scène

Lettres Classiques à l’École Normale

le monde académique et au bout de

artistique mondiale. C’était une initiation

Supérieure de la rue d’Ulm, et j’ai

dix ans, le monde de l’entreprise. Je

un peu fortuite, pas très structurée. Ça

dérivé vers l’économie et l’histoire, si

suis passé de l’entreprise industrielle

c’était ma rencontre avec l’art, maintenant

bien que j’avais le choix de passer une

(Danone) à l’entreprise bancaire

mon approche est je vous le disais, plus

agrégation d’histoire ou d’économie et

(Rotschild & Cie) à quelque chose qui

intellectuelle qu’esthétique car je me suis dit

j’ai choisi l’économie. L’évolution s’est

réunit un peu les deux, l’entreprise

qu’il fallait quelque chose qui encourage la

donc produite pendant mes études

d’investissement industriel (Pai). J’ai mis

rencontre de ces artistes avec un public. A

avec l’idée que je passerais assez

en pratique la liberté à laquelle j’aspirais

défaut de commandes publiques, d’intérêt

facilement avec cette matière dans

durant mes études.

du politique pour le culturel, je me suis demandé s’il ne fallait pas aller un petit

le monde de l’entreprise ou dans le monde de la politique publique. Une

A : D’où vous vient ce désir pour l’art

peu plus loin, institutionnaliser un peu et

des attractions de cette discipline était

contemporain ?

que ces rencontres éphémères deviennent quelque chose qui ait un espace et qui soit

de ne pas rester hors de l’action. C’est donc de façon assez consciente que j’ai

LZ : Mon désir pour l’art contemporain est

un lieu où l’on puisse créer et pas seulement

choisi l’économie pour avoir plus de

peut être plus intellectuel que purement

conserver. Et c’est ainsi qu’est né une idée

liberté. D’autre part, je me demandais

esthétique. Tout d’abord j’ai trouvé, parce

de ce projet un peu muséal. Il y a aussi

ce qui serait le plus utile au Bénin :

que ma fille s’y intéressait, qu’il y avait

quelqu’un qui nous a aidé à penser ça, il se

était-ce d’avoir une formation en lettres

quelque chose que j’ignorais totalement et

situe à la frontière des arts contemporains

46


une exposition de Basquiat en 2007. Il nous a prêté ses œuvres. Il était encouragé à le faire puisqu’on avait monté en 2006 la première exposition hors les murs d’œuvres du Musée Branly. Branly avait prêté au Bénin les regalia3 du royaume d’Abomey. Le fait que ces collections françaises aient pu arriver à Cotonou sans encombres, que la sécurité, l’hydrométrie, l’éclairage aient été approuvés, que les œuvres et les objets n’aient pas souffert et aient repris l’avion le jour dit sans le moindre problème, sont autant de choses qui et des arts premiers, c’est Germain Viatte1.

est probable que nous sommes l’une

Il est le premier à avoir dit à ma fille 

des seules capitales sans musée. Il nous

« institutionnalise ce que tu fais et fais en

manque des transports publics et des

un musée ». Il y a donc notre réflexion en

musées. On a décidé d’exclure ce qui

famille et l’écoute de Germain Viatte qui

était marchand tout en reconnaissant

sont à l’origine de cette Fondation.

que les artistes ont besoin d’un

A : Pourquoi avoir choisi de créer une Fondation plutôt qu’une galerie ? LZ / On s’est effectivement demandé si l’on voulait quelque chose de marchand ou quelque chose de muséal, sachant que ni l’un ni l’autre n’existait vraiment. Il n’y avait pas de galerie avec un vrai

professionnalisme marchand mais en se disant qu’on allait pas pouvoir avec une connotation marchande coopérer avec des institutions muséales alors que l’idée était quand même de produire notre public, l’intéresser en faisant venir des œuvres de l’Afrique entière ou du monde entier.

ont encouragé ce collectionneur à prêter 64 Basquiats à la Fondation. Une exposition un peu en continuité avec le projet de Basquiat interrompu par sa mort, de venir s’installer en Côte d’Ivoire… Il était partiellement haïtien même s’il était plutôt New yorkais, bref il y avait 50 raisons de penser que Basquiat c’était l’Afrique au sens le plus large. On fait ce que l’on veut, on a une liberté complète mais c’est vrai qu’il y a quand même un biais africain. Il y a aussi un biais « intérêt général » qui exclut tout intérêt marchand. Cela ne veut pas dire que l’on n’essaie pas de faciliter quand on le peut le lien entre les gens

professionnalisme du marché de l’art,

A : Quel est le fil conducteur de cette

c’est à dire défendre les artistes, les

Fondation ?

qui veulent collectionner et découvrir

et il n’existait pas non plus de structure

LZ : On s’est donné un biais un peu

François Pinault est venu un jour visiter

muséale. Il y avait une page blanche. Il

africain. Quitte à exister ici au Bénin,

assister, les accompagner et les financer

1

Directeur du Musée d’art Moderne

de 1992 à 1997, il rejoint l’équipe du Quai Branly et prend en 1999 la direction du Musée des arts d’Afrique et d’Océanie. En 2005 il est nommé conseiller auprès

autant essayer de rapprocher les artistes béninois des autres artistes africains ou

la Fondation, et quelques artistes l’ont intéressé. Il a commencé à collectionner en l’occurrence une sculptrice du

d’ailleurs, ou avec quiconque ayant un lien même imaginaire avec l’Afrique. C’est un lien large. Par exemple on a,

du Président du musée du Quai Branly et

avec un collectionneur ami2, organisé

responsable de la muséographie.

2

Le galeriste Enrico Navarra, grand

collectionneur des œuvres de Basquiat

47

chez nous des artistes. Par exemple

et dont la galerie se trouve au 16, avenue Matignon à Paris. 3

Ensemble d’objets symboliques liés

à la royauté.


des artistes directement, soit de commandes pour des expositions que l’on organise et pour lesquelles il finit par y avoir une accumulation. La Fondation n’a pas beaucoup d’espace, on a été un peu surpris par le succès. On a trouvé qu’il était dommage de ne pas présenter ces œuvres au public alors on a rénové un bâtiment que nous allons inaugurer le 11 novembre. C’est un bâtiment du patrimoine de l’architecture afro-brésilienne du début du XXème siècle, et qui est à 30km de la capitale à Ouidah6, une ville de Sénégal, Seyni Awa Camara4 et un

vitalité. Peut-être, au Bénin, sommes-

spécialiste des arts de récupération du

nous 168èmes au classement du

Bénin qui s’appelle Aston5. Notre rôle fût

développement humain de la Banque

simplement de les mettre en relation.

Mondiale, mais il n’est pas du tout sûr

C’est notre devoir de faciliter ces liens là.

que nous soyons 168èmes en sculpture,

Le projet en lui même a quelque chose

168èmes en peinture ou en art vidéo...

d’un tout petit peu plus économique

En fait il y a des motivations un peu

que marchand en mettant en place une

intellectuelles, un peu politiques, un

plus grande visibilité des artistes. Il s’agit

peu économiques derrière ce projet.

que le public du Bénin soutienne ses

Cela étant, ce projet ce n’est pas moi

artistes, les connaisse et en fasse une

qui l’est mis en place, c’est ma fille

fierté et un ferment d’identité. On avait

et c’est elle qui est en charge de la

développé l’idée politique, reprise de

programmation, du travail avec les

Vàclav Havel, selon laquelle qu’il y a des

artistes au jour le jour. Elle vit à Cotonou

moments dans l’Histoire où la création

et le projet l’occupe à plein temps, ainsi

peut être une métaphore de la liberté.

qu’une remarquable équipe.

Au fond dans la recherche d’identité, de dignité et de liberté très forte dans

A : Où en est actuellement votre collection ?

l’Afrique d’aujourd’hui, la culture est

mémoire. Dans ce nouvel espace nous allons par rotation montrer la collection permanente, pas autrement que comme une collection un peu arbitraire avec des œuvres constituées selon le gout du collectionneur. Notre collection n’est pas une collection raisonnée cherchant à couvrir de façon exhaustive tout l’art contemporain. Ce n’est pas non plus une collection déjà consacrée d’une richesse extrême. On n’a pas de Marlène Dumas, de William Kentridge et autres artistes très confirmés et très couteux : ni d’ailleurs d’œuvres de l’artiste éthiopienne Julie Merehtu. On aurait dû en acheter lorsque nous avons fait sa connaissance mais depuis qu’elle est entrée au MOMA, il y a une inflation sur ses œuvres… Légitime bien sur !

LZ : Au fil du temps on a constitué un

6

embryon de collection permanente

points d’embarquement des esclaves vers

dans laquelle il y a 300-400 œuvres

les Amériques. Sur les onze millions

une sculptrice et potière autodidacte, elle

de peinture, sculpture, objets divers,

d’Africains exilés par la traite occidentale

crée des personnages en terre cuite.

des installations et quelques centaines

près de deux millions sont partis de la baie

de photographies. Beaucoup de ces

du Bénin, dont 60 % à partir des deux

pratiqué la peinture et la musique avant de

œuvres sont dans les réserves et

principaux ports à centraliser le trafic,

se consacrer à la sculpture.

résultent soit d’acquisitions qu’on

Ouidah et Lagos

un espace de développement, de 4

5

Née vers 1945 en Casamance est

Né en 1964 au Bénin, Aston a

fait sur le marché de l’art ou auprès

48

Ouidah a été l’un des principaux


A : Mais ce collectionneur, qui est-il ? LZ : C’est un collectionneur collectif, il est composé de plusieurs influences. Nous allons dans les ventes avec des instructions assez précises de notre fille

chercher les élèves. C’est pour cela

Là en ce moment on a une exposition

et on s’en écarte allégrement. J’ai par

qu’il y a un chiffre de fréquentation

autour de l’artiste Hector Sonon sur la

exemple acheté un grand fou du village

aussi impressionnant, c’est très rare

bande-dessinée africaine qui est mal

en papier mâché de l’artiste éthiopien

que l’on fasse une exposition où il y

connue. Les cycles de conférence que

Mickaël Bethe Sélassié7, au grand

ait moins de 100 000 visiteurs. Il y a

nous donnons sont à guichet fermé.

dam de toute la famille qui trouvait

eu une exposition qui a eu un succès

Personne ne pouvait imaginer qu’il y

que cet espèce de personnage était

absolument prodigieux et qui a été

avait des centaines de gens à Cotonou

vraiment embarrassant. Et puis au bout

facile à projeter vers les gens parce qu’il

passionnés par la bande-dessinée.

du compte, c’est devenu la mascotte

s’agissait de photos. On a reproduit des

La partie mécénat c’est de mettre

absolue du public, des enfants. Donc

photographies sur des grandes bâches

tout ça à la disposition du public. Et à

vous le voyez, chacun y met du sien et la

que l’on pouvait exposer sur les places

côté de ce qui à trait à l’art on a aussi

collection résulte de cet élan collectif.

de la ville. On a eu plus d’un million

entrepris avec l’aide de financements

de visiteurs pour cette exposition de

Fondation/entreprises ou Fondation/

A : Plus collectionneur que mécène ou

Malick Sidibe ! C’est aussi parce qu’on l’a

Union Européenne, de donner des

l’inverse ?

déclinée partout, on est allé au devant

bibliothèques aux établissements

des gens. Le fait de rentrer dans un LZ : La partie collectionneur c’est la

scolaires publics qui n’en ont pas. On

espace d’exposition, ce n’est pas un

partie liberté des choix d’acquisition

en a fait 5 pour le moment mais pour

geste forcément familier pour la plupart

et la partie mécène c’est d’ouvrir au

couvrir le pays il faudrait en faire, vous

des gens. Au début il y avait écrit sur la

public avec une gratuité intégrale.

l’imaginez, beaucoup plus et pendant

porte de la Fondation « entrée libre »

Dans la Fondation, il y a une partie de

cinquante ans. La partie collection et la

et les gens n’osaient pas rentrer ils

présentation d’exposition, une partie

partie mécène sont un peu dissociées.

demandaient systématiquement « c’est

pédagogique. La Fondation est un

On fait une collection par goût mais on

gratuit ? », du coup on a mis « entrée

musée sans guardiens, il n’y a que

est conduit à accélérer un tout petit peu

gratuite », c’est plus clair et les gens

des conférenciers, que des gens qui

parce qu’il y a le mécénat et que l’on

demandaient « mais la sortie est-elle

sont prêts à vous expliquer et à vous

veut intéresser notre public.

aussi gratuite ? » … Nous faisons de la

aider à aimer ce que vous observez.

formation, des ateliers pédagogiques

J’ai toujours trouvé que la fonction de

pour les visiteurs selon leur âge, on

gardien de musée était une fonction

travaille avec les enseignants. Il y a une

triste donc il n’y a pas de gardiens, il n’

formation artistique pour les enfants

y a que des conférenciers. On travaille

qui s’appelle « les petits pinceaux ».

également avec les enseignants, on

Nous donnons accès en parallèle avec

a une équipe pédagogique, on va

nos expositions, nos évènements, à des

7

Né à Diwé-Dawa (Éthiopie) en

1951, il est connu pour ses créations de personnages et d’animaux en papier mâché, hauts en couleurs et de grand format.

49

ateliers, des master class, notamment pour « Le Mois de la Danse » que nous organisons tous les ans avec des compagnies africaines contemporaines.

A : Quelle analyse faites vous du marché de l’art africain ? LZ : A la différence de la Chine, du Monde Arabe, de l’Inde, de l’Amérique Latine, les artistes locaux ne sont pas soutenus par un marché intérieur très dynamique. C’est assez facile à expliquer car par rapport à tous ces pays qui sont en émergence, on est en retard de développement, en retard de


revenus. Il y a donc une dimension qui est économique mais j’ai l’impression que cela va un peu plus loin. En effet peu d’Etats sont dans la commande publique. A défaut d’un marché privé de l’art qui peut être suppose un état de maturité des fortunes plus grand, les commandes publiques pourraient en être le substitut. Il y a eu des Etats mécènes, il y a eu des hommes politiques qui attachaient beaucoup d’importance à la culture. Dans le domaine francophone Leopold Senghor, Felix Houphouet Boigny, obligeaient les structures d’Etat à passer commande d’œuvres nationales. Cela est allé de paire avec la création des Beaux Arts d’Abidjan, les moyens donnés au musée de l’Ifan à Dakar. Il y a eu à Bamako une politique qui a abouti à faire un beau musée national qui abrite aujourd’hui la biennale de photographie de Bamako avec le succès qui lui est associé. Il y a une politique sud-africaine du patrimoine, il y a des exemples… Mais globalement on est sûrement le continent où la commande publique est la plus rare et où les fortunes privées sont relativement peu tournées vers la création contemporaine. Je constate quand même que cela change et par ailleurs la demande internationale apparaît. Les artistes sont de plus en plus reconnus et vivent de leur travail, un éco-système est en train de se créer. Il commence à y avoir également des grands commissaires d’exposition spécialistes de la création contemporaine africaine.

50

Mon désir pour l’art contemporain est peut être plus intellectuel que purement esthétique. A la biennale de Cotonou l’an dernier il y avait un commissaire international, Abdellah Karroum. Donc le système commence à se mettre en place, à s’internationaliser, les artistes sont de plus en plus projetés dans les biennales mondiales. Cela dit, là où la demande interne est la plus vivante comme au Maghreb, en Afrique du Sud ou au Nigeria, il y a un milieu, des galeries et des collectionneurs nationaux. Et puis il y a les artistes qui créent leur Fondation comme Barthélémy Toguo ou Zinkpè 8

au Bénin9 qui a reçu des subventions d’un peu partout dans le monde pour réeliser une Fondation à Abomey. C’est une bonne chose que la société civile s’empare de l’art mais d’habitude ce sont les grands marchands, les grandes fortunes ou les grands princes qui s’en chargent et il nous manque les trois. C’est aussi pour donner mauvaise conscience aux princes que je dis ça, lesquels sont souvent indifférents à l’art contemporain. La grande bourgeoisie africaine est incroyablement indifférente 8

Crée en 1999 à Bandjoun au

Cameroun, c’est un espace dédié à l’art sous toutes ses formes : théâtre, performance, musique, expositions permanentes et

à la création contemporaine. Au fond, pour l’art contemporain c’est plutôt bon signe que les bourgeois n’aiment pas ça, mais pour l’art moderne ou pour l’art ancien c’est plus rare parce qu’au fond les valeurs consacrées normalement font partie du patrimoine. Même cet intérêt là n’existe pas. On va avoir des classes supérieures riches un tout petit peu différentes dans le futur. A : Y-a-t-il un rêve que vous aimeriez réaliser concernant cette Fondation ? LZ : On a un projet fou et il faut qu’on arrive à le réaliser un jour. C’est un projet que nous avons conçu avec Henri Loyrette et qui consiste à organiser une espèce de rencontre sous la forme d’un dialogue entre des oeuvres du fond universel du Louvre et des œuvres de l’art contemporain africain. Des œuvres seront choisies par des artistes au Louvre pour leur résonnance avec des œuvres de l’art contemporain africain. L’idée c’est de faire des rapprochements inattendus. Henri Loyrette étant parti10, il faut s’assurer que l’on va réussir à finaliser le projet. On aimerait s’exposer à la réaction de quelques centaines de milliers d’enfants africains et savoir comment ils voient des antiquités, des primitifs ou du cubisme en face de Romuald Hazoumé. Comment fait-on se rencontrer des univers ? Comment organiser notre petit choc

temporaires avec des œuvres d’artistes

10

africains et internationaux.

il est nommé conseiller d’État le 3 avril

9

Unik est un lieu de création

Après douze ans passés au Louvre,

2013 et élu président d’Admical, association

contemporaine qui réunit neuf résidences

pour le développement du mécénat

d’artistes dans la ville d’Abomey.

industriel et commercial en juin.


des civilisations ? Ce serait « le Louvre à Cotonou », Provoquer la collision entre les deux mondes. Mais en réalité, j’ai souvent l’impression que le rêve est déjà réalisé. Cela fait la neuvième année que l’on arrive à développer cette Fondation et on ira jusqu’où on peut aller. On aura peut être des relais, ça s’amplifiera… on verra bien. C’est une fondation de flux, elle ne repose pas sur une espèce d’immense dotation comme la Fondation Maeght par exemple. C’est déjà incroyablement émouvant. En novembre dernier j’ai vu les milliers d’enfants dans les rues, dans les déambulations, sur les places, ou dans l’enceinte d’un théâtre pour le premier spectacle du Mois de la Danse. Il y avait en même temps les visiteurs du peintre sud-africain Bruce Clarke dans la Fondation et puis le premier accrochage que l’on avait fait dans la maison ancienne de Ouidah. C’était pour moi bouleversant de voir le dévouement des gens qui s’en occupent, et puis ce public qui répondait présent. On voulait ça au départ mais on ne savait pas du tout où on allait. J’avais dit à ma fille si tu as 10 000 personnes, je vais me débrouiller pour que Koffi Annan, le secrétaire général de l’ONU de l’époque, vienne te voir. Si tu en as 20 000 ce serait un miracle et je ferai en sorte qu’une équipe de CNN vienne filmer ça. Et cette année là on avait 500 000 visiteurs et d’ailleurs Koffi Annan est venu de lui même et il a laissé un mot formidable dans le livre d’or. Cela veut dire qu’il y a un potentiel énorme et que nous en sommes seulement à la promesse de l’aube.

51

Page 47 : Bruce Clarke ©Jean-Dominique BURTON Page 48 : FZ©Sebastien Cailleux Page 49, à gauche : Le « fou du village » de Michael Bete Selassiéin situ ©Sebastien Cailleux Page 49, à droite : George Lilanga©Jean-Dominique BURTON Page 51, haut : Romuald Hazoumé©Jean-Dominique BURTON Page 51, bas : Lionel Zinsou et sa fille Marie-Cécile ©BAHI


PLACES

ORIENT ART EXPRESS ART, FRONTIERE ET CONFLUENCE Propos recueillis par Louisa Babari Photos courtesy Ammar Bouras

Comment contester les limites géographiques imposées par l’histoire moderne du Grand Maghreb ? C’est à cette question que répondent artistes, critiques et historiens d’art de la 4ème édition du Festival d’art contemporain Orient’Art Express qui se tient à Oujda, capitale de la région de l’Oriental marocain, du 21 août au 21 septembre 2013. L’exposition intitulée «  Espace ouvert / Espace fermé » réunit des plasticiens originaires du Maroc, d’Algérie, de Tunisie, de Libye et de Mauritanie qui produisent à cette occasion des œuvres sur le thème de la frontière. Azzedine Abdelouhabi, curateur, interroge la notion de périphérie et de centre dans la création contemporaine. Le développement des pôles et des ensembles géopolitiques à travers le monde incite dit-il à penser radicalement différent.

52

AFRIKADAA : Pourquoi avoir choisi la ville

l’exposition « Les magiciens de la terre »,

d’Oujda pour réaliser un festival d’art

j’étais étudiant et une réflexion de Baudrillard

contemporain ?

m’avait interpellé sur le rapport entre « centre et périphérie ». Nous discutions souvent

Azzedine Abdelouhabi : A l’époque de

avec des amis marocains et algériens sur


l’idée d’un lieu complètement périphérique

de la Préfecture, de la Mairie et de quelques

festival, qui reste le temps fort. Cette année,

par rapport à nos deux pays, sans parler de

associations d’Oujda. Je crois qu’il y a une

deux expositions ont été montées avec le

l’Europe et des Etats-unis. La ville d’Oujda

véritable volonté politique de mettre l’Art

travail de deux artistes locaux. Nous n’arrivons,

est complètement périphérique au Maroc et

et la culture au cœur du développement de

cependant, pas encore, à mettre en place une

dès 2010, nous avons mis en place ce festival

la région. On parle beaucoup au Maroc de

programmation plus étendue sur l’année. Le

dédié à l’art contemporain. L’environnement était particulier : il y avait tout un travail de restructuration dans la ville, et des galeries et des musées ont depuis été construits. Le contexte historique était favorable et nous avons saisi cette opportunité pour créer cet événement. A : Pouvez vous nous parler de l’espace en lui-même ? A.A:  Il y a plusieurs lieux. Deux galeries d’art ont été inaugurées en 2008. Une grande galerie qui se présente sous la forme d’un carré, d’un cube sur deux niveaux. L’espace est volumineux et la conception architecturale est contemporaine. Il y a un espace d’exposition

Artiste Amar Bouras et Azzedine Abdelouhabi

plus petit, qui se trouve à la lisière de la vieille ville d’Oujda. Et il y a l’espace public que j’aime

la « régionalisation élargie », d’une volonté

rapport triangulaire entre la société civile avec

particulièrement investir. Je travaille beaucoup

de développer chaque région. La région de

les associations, le ministère de la culture et la

dans les jardins et places publics. J’essaie de

l’Oriental se donne les moyens de développer

préfecture est encore en construction. La mise

faire le lien avec un public qui n’est pas initié à

ses infrastructures touristiques et industrielles.

en place d’une programmation annuelle se

l’art contemporain.

Le rôle primordial de l’art et de la culture a été

réalisera dans un avenir proche.

pris en considération. On ne peut envisager A : Avez vous un soutien des autorités locales

un développement économique territorial en

A : Pensez vous que le festival répond aux

en terme de développement et de politique

faisant abstraction de leurs rôles. Nous avons,

attentes culturelles de la société locale ?

culturels ?

par chance, des décideurs qui ont cette lucidité et cette vision globale des choses.

A.A :  Oui, nous avons heureusement un

A.A :  La ville d’Oujda, qui se trouve dans la région de l’Oriental et, qui historiquement est

vrai soutien de la part du Conseil régional

A : Est - ce que vos espaces d’exposition

un territoire qui fait le lien entre le Maroc et

et de l’Agence de développement de

bénéficient d’une activité artistique en

l’Algérie, a besoin de ce type de manifestation.

l’Oriental, qui a cru en notre projet et qui

dehors du festival ?

Nous avons besoin de mettre en en place,

nous a beaucoup soutenu. Nous travaillons

que cela soit au niveau des arts plastiques, du

régulièrement avec l’Université Mohamed

A. A :  Le festival est monté par une association

théâtre ou de la musique, des évènements de

I d’Oujda. Ces institutions représentent le

«  Réseau d’art A-48 » dont je suis le

cette envergure, qui traitent de thématiques

soutien financier, le nerf de la guerre. Et

Président. Depuis 2010, nous développons

en rapport avec les attentes des populations

nous avons, bien évidemment, le soutien

une programmation annuelle en dehors du

de la région. Lorsque nous travaillons sur la

53


question de la frontière, je crois que nous

par exemple, parlent aux spectateurs. L’art

part. Ensuite, rien n’empêche l’ouverture

sommes au cœur d’une réflexion populaire,

contemporain permet ainsi de créer un débat,

vers l’autre. Ce rapport à un lieu me semble

tant du côté marocain que du côté algérien.

un échange.

fondamental. « La culture de l’envahissement »

Car cette frontière, qui a été fermée depuis

nous assomme. L’expression locale est une

1994, près de vingt ans maintenant, est vécue

A : Avez vous un jeune public qui vient au

comme une aberration. Nous sommes touchés

festival ?

car nous sommes « des gens de la frontière »

réponse qui doit être soutenue. A : Vous avez parlé du conditionnement

avec des familles de part et d’autre. Je suis,

A.A :  Lors de la première édition, nous avons

identitaire conflictuel auquel sont soumis les

personnellement, né à cinq cents mètres

eu la chance de travailler avec un préfet

artistes issus du Maghreb. Un rapport Nord -

de la frontière. Je pense que nous sommes,

qui était très ouvert sur l’art. L’événement

Sud qui catégorise les artistes du sud et qui les

avec ces thématiques, en symbiose avec les

coïncidant avec la saison estivale, nous avons

rend dépendants de certaines thématiques

préoccupations locales.

eu le public des vacanciers qui venait en

imposées par le marché de l’Art. Comment

autobus, mandatés par les ministères. Trois

faire pour sortir de cette logique ?

A : Quand la revue Afrikadaa a pris

cents jeunes qui venaient chaque jour assister

connaissance de votre festival, votre

à la présentation des œuvres. Il faut toujours à

A.A :  C’est une vraie question et le cœur de

initiative était vantée dans le sens où elle

cela une volonté politique.

ma problématique. Je n’ai pas de réponse

permettait d’établir un lien entre l’art

définitive. Je cherche des pistes de réflexion. Il

contemporain et le public local. « Quelle

A: Avez - vous eu besoin de mettre en place

faut multiplier les rencontres entre les artistes

politique culturelle contemporaine pour

une médiation culturelle ?

d’origine maghrébine, africaine. Développer

quel public ? » est le sujet qui anime les

un marché au Maghreb et en Afrique.

débats aujourd’hui. Avez-vous une politique

A.A:  Nous sommes une jeune association et

Travailler sur la formation des artistes, replacer

spécifique dans l’accueil des publics ?

nous n’avons pas beaucoup de moyens. Nous

l’art au cœur du développement social. Lui

Comment gérez vous la relation entre

tentons de mettre en place un partenariat avec

donner une place au sein de l’école. Ce qui

l’Institution et les publics ?

l’Université et l’Académie de la ville d’Oujda.

est incontestable, c’est que l’artiste d’origine

Je souhaite travailler en ce sens et mettre en

maghrébine, en France et en Europe est lié

A.A :  Nous avons une exposition qui se

place une véritable médiation. C’est important.

conceptuellement à des attentes qui ne sont

déroule dans une galerie d’art et nous

Aujourd’hui, l’événement dure deux ou trois

pas forcément celles du public maghrébin.

travaillons également sur la place qui avoisine

mois et le rapport avec le public est pour le

La production de l’artiste maghrébin en

la galerie. Nous travaillons aussi dans le parc du

moment « spontané ».

France (Adel Abdessemed, Mounir Fatémi) est

Musée Lala Meriem d’Oujda. Ce sont des lieux

préconditionnée par les institutions, le marché.

fréquentés par le public. Nous avons toujours

A : Oujda est une ville frontalière, comment

Pour être visible en France, il faut traiter de la

eu cette volonté d’aller vers le public et de

peut-on y concevoir un événement

problématique de la femme ou du rapport à la

sortir de l’espace fermé. Vers un public qui

transfrontalier ? Comment pallier la volonté

religion. Pour être visible, l’artiste maghrébin

n’a pas de code pour lire l’art contemporain.

de travailler avec des artistes locaux et de

n’a pas le droit, comme l’affirme Rachida Triki,

Lorsqu’il y a des installations, des sculptures,

favoriser une dynamique transnationale ?

de faire de la gravure ou de la sérigraphie. L’art

les gens de tout âge viennent, s’interrogent

et la culture viennent finalement, appuyer en

et posent des questions. Ces médiums sont

A.A :  Dans le cadre de cette globalisation

beaucoup plus accessibles pour un Marocain

envahissante, je pense que le « local » peut

de classe moyenne qui n’a pas de culture

apporter des réponses. Nous sommes dans

A : Avez vous, dans cette idée, le désir

artistique que la peinture ou les tableaux.

un questionnement «  centre et périphérie ».

de créer des passerelles avec l’Afrique

Les artistes utilisent des matériaux que le

Je considère que l’art doit être l’expression

subsaharienne ? Il y a encore une frontière

public voit tous les jours. Le henné, le bois,

subjective de quelqu’un et ancrée quelque

très forte à la fois dans les mentalités et sur

54

dernier lieu une position politique.


“Dans le cadre de cette globalisation envahissante, je pense que le « local » peut apporter des réponses.”

le terrain entre «  les Afriques ». Des flux se

Amy Sow (Mauritanie), Fatima Zahra Zahraoui

question du statut de l’artiste se pose

mettent cependant en place, favorisés par

(Maroc) et des critiques et historiennes

davantage. La frontière entre l’expression

des initiatives politiques ou culturelles.

de l’art pour les journées d’études Nadira

féminine et l’expression masculine se trouve

Laggoune pour l’Algérie, Rachida Triki pour la

plus généralement ici, en France. Je n’ai pas

A.A :  Je souhaite nouer des liens avec l’Afrique

Tunisie et Ghita Triki, Hakima Lebbar pour le

senti, lors de mes échanges avec les femmes

subsaharienne car c’est de mon point de vue,

Maroc. La femme au Maghreb s’est emparée

artistes maghrébines de posture spécifique.

le même espace géographique. L’histoire

de l’art et de l’expression contemporaine.

Encore une fois le discours artistique se doit

a malheureusement laissé des lignes de

Des artistes de qualité s’imposent. Nous

d’appuyer un discours politique. Peut-on

coupures mais il est aujourd’hui urgent

vivons la problématique de l’artiste plus que

laisser aux artistes le pouvoir d’y échapper ?

d’établir des axes sud-sud. Dakar et Bamako

la problématique de la femme artiste. La

ont été de ce fait des bases importantes et nous sommes au début de quelque chose. Les artistes, les commissaires africains commencent à se connaître et j’espère que nous allons développer des actions communes. A : Vous avez dans votre sélection d’artistes, trois artistes femmes. Il y a en Europe, un débat sur la place qu’occupent ou n’occupent pas les artistes femmes dans le monde de l’art contemporain. Qu’en est-il au Maroc et plus particulièrement à Oujda ? A.A :  Pour la quatrième édition du festival, nous comptons plusieurs artistes femmes dont

55

Festival Orient’Art Express 2013


PLACES

GALERIE BOOKOO QUAND ART RIME AVEC PARTAGE

Par Carole Diop Images courtasy Galerie Bookoo

Le 14 juin dernier le public dakarois découvrait un nouvel espace dédié à l’art contemporain, la galerie Bookoo. « Bookoo » terme wolof qui renvoie à la notion de partage et de solidarité. Le partage d’une passion commune, c’est justement ce qui a conduit les propriétaires, Mohamed Bamba Mbengue et Augusta Lopez, à monter ensemble cette galerie. Lui est un banquier reconverti dans le BTP, elle, une ex enseignante. Ils se rencontrent début 2013 et très vite leur projet prend corps. Pour en apprendre d’avantage sur cette galerie, nous nous sommes entretenus avec Monsieur Mbengue. AFRIKADAA : Pourquoi avoir ouvert cette

émergé le projet d’ouvrir une galerie d’art,

une vraie démarche de galeriste. Nous

galerie d’art ?

avec pour ambition d’exposer nos artistes

suivons de près le travail de nos artistes et

à l’international, tout particulièrement en

nous les accompagnons dans les différentes

Asie.

étapes de la production de leurs oeuvres.

Mohamed Bamba Mbengue : L’idée est née d’un constat que j’ai fait suite à

Nous assurons leur promotion localement

mes nombreux voyages en Asie. Lors de

A: La scène artistique contemporaine séné-

et à l’étranger, nous avons d’ailleurs des

ses voyages j’ai pu visiter un certain nom-

galaise est très dynamique, de nombreux

projets d’exposition en cours à l’étranger

bre de musées et de galeries, avec l’envie

espaces d’art existent, qu’est qui fait votre

avec des galeries partenaires et projetons de

d’y voir exposés des artistes africains. En

particularité ?

participer à de nombreux « Art Fairs ». Sur

m’installant à Dakar il y a quelques années

le plan local nous proposerons 3 à 4 exposi-

j’ai rencontré Augusta Lopez qui est dev-

M.B.M: Nous nous distinguons de ces

tions par an et participerons à la Biennale de

enue mon associée. De nos discussions a

espaces par le fait que nous sommes dans

l’art africain contemporain (Dak’Art) dans la

56


catégorie « Off ». Faire exister la galerie à l’étranger, nous tenir au courant des dernières tendances et évolutions du marché mondial de l’art contemporain est très important pour nous comme pour nos artistes. A: Vous êtes banquier à l’origine comment êtes vous arrivé à l’art contemporain ? M.B.M: Ouvrir une galerie ne relève pas de la vocation pour moi. Je me suis découvert au fil des années une passion pour l’art et ce sont mes rencontres, avec des artistes, des acteurs du milieu et d’autres passionnés qui m’ont décidé à explorer cette voie.

De la gauche vers la droite : Augusta Lopez, Mohamed Bamba Mbengue, Maoro Petroni

A: Combien d’artistes sont actuellement

A: Y a t’il beaucoup de collectionneurs à

en tant qu’artistes mais surtout en tant

représentés par la galerie Bookoo ?

Dakar ?

qu’individus.

M.B.M: Nous représentons une dizaine

M.B.M: Oui, et de plus en plus, seulement

A: Quelles sont vos ambitions pour la galerie

d’artistes, essentiellement des peintres,

ces collectionneurs passent très peu par

Bookoo dans un futur proche ?

parmi lesquels El Sy, Solly Cissé, Barkinado

l’intermédiaire de galeries pour constituer

Bocoum, … Nous sommes en train d’élargir

leur collection, il achètent directement à

M.B.M: Nous espérons devenir une

notre collection à d’autres médiums comme

l’artiste. Ce qui a un effet plutôt négatif sur

galerie de référence et nous développer à

la sculpture et bientôt la vidéo et la photog-

le marché local et la côte des artistes. Les

l’international, particulièrement en Asie.

raphie.

institutions et les entreprises sont également d’importants acheteurs et c’est cette

A: La galerie se trouve en plein cœur d’un

clientèle que notre galerie privilégie. Il nous

centre commercial, n’est-ce pas un peu

parait essentiel que les entreprises locales

incongru comme emplacement ?

contribuent à promouvoir les artistes sénégalais et plus largement les artistes

M.B.M: Pas du tout cet emplacement s’est

africains.

imposé à nous pour plusieurs raisons : Le centre commercial est ouvert 7/7

A: Ce numéro d’Afrikadaa a pour thème

Il est facile d’accès

les émotions, quels rapports humains

On bénéficie de l’affluence du centre com-

entretenez vous avec vos artistes ?

mercial On offre la possibilité à un public pas force-

M.B.M: Dans nos rapports avec les artistes

ment averti de découvrir des artistes et de

que nous représentons, nous sommes dans

s’initier à l’art contemporain

une dynamique d’échange et de partage. Nous apprenons à les connaître

57


CONCEPT

DUPLICITY

« Duplicity » est un espace d’expression ou Michèle Magéma propose à un artiste, un échange autour de la thématique du numéro en cours. Michèle donne son point de vue et l’artiste invité s’exprime par trois propositions visuelles. Pour “E-MOTIONAL”, Michèle a invité l’ ’artiste Ingrid Mwangi. Par : Michèle Magema

Artiste entre Oeuvre et Emotion L’émotion est sans conteste la matière première de l’art. Située au cœur de la relation d’altérité entre l’artiste et le destinataire, l’émotion esthétique peut se définir comme une expérience complexe de l’état d’esprit d’un individu lorsqu’il réagit à des influences externes incarnées par une oeuvre. Par conséquent, l’émotion face à une œuvre d’art, traduit d’une limite qui est négative ou positive. A première vue, il s’agit d’aimer ou ne pas aimer une œuvre, mais surtout d’avoir une réflexion sur sa conception. En effet, une œuvre est nourrie de sentiments intimes et contient une intention, prête à raconter ou à partager. De ce fait, je peux réagir émotionnellement aux contenus des œuvres (qu’ils soient représentationnels ou même abstraits), mais aussi, dans certains cas, de saisir les intentions ayant présidé l’exécution de l’œuvre. Ainsi, il semble possible de partager les sentiments et les intentions laissées par un artiste dans son œuvre. Pour ce numéro, j’ai invité l’artiste « Germano-Kéniane » Ingrid Mwangi à nous faire part de ses émotions. Elle a spécialement rédigé un poème, puis soigneusement choisi les images.

58


« …Un jour, un artiste fait grand étalage des moyens qu’il employait pour purifier et perfectionner ses couleurs. Jean Siméon Chardin, peintre du 18ème siècle, impatient de ce bavardage de la part d’un homme à qui il ne reconnaissait d’autre talent que celui d’une exécution froide et soignée, lui dit : “Mais qui vous a dit qu’on peignît avec les couleurs ? — Avec quoy donc ? répliqua l’autre, fort étonné. — On se sert des couleurs, reprit M. Chardin, mais on peint avec le sentiment.” » ( Encyclopédie Larousse en ligne)

Une artiste, une œuvre, des émotions

avec son public, par de petits piaillements

en exergue une douce violence qui y est

aiguës, presque cristallins. Crescendo elle

parfois centrale.

Depuis quelques années, il est impératif

haletait devant nous comme pour éveiller

Je reste marquée par la grande sensibilité

d’écrire Mwangi Hutter lorsqu’il s’agit

nos consciences éteintes. Décrescendo,

d’Ingrid et la vision à « quatre yeux »

de parler de l’artiste. En effet, il semble

elle reprenait son souffle. Puis, elle s’arrêta

qu’elle nous offre dans chacune de ses

que la fusion des patronymes Mwangi et

lentement. Elle se retira avec silence et

oeuvres. Telle cette interpellation face à la

Hutter syncrétise la maturation d’un travail

grâce, nous laissant à nos émotions et à la

pollution africaine dans « Dandora’s Box,

collaboratif intense entre les deux artistes.

réflexion.

2012 », qui montre la fragilité de l’homme

L’utilisation intempestive du corps comme

Dans “If you cut off my hand, 2006,

et de la nature, face à l’amoncellement des

support et objet permet ainsi à Mwangi

elle propose une succession de six

déchets qui sclérosent de nombreuses villes

Hutter dans ses performances, vidéos et

photographies (42cm x 200 cm), sur

africaines. Dans Single Entities, installation

photographies, d’interroger librement le

lesquelles il est possible de lire la phrase

vidéo, 2013, l’artiste se recouvre totalement

mythe de la pureté de la race.

suivante : « If you cut my hand I cannot

d’une tenue bicolore comme le mur du

En 2010, j’ai eu le privilège d’assister à une

reach to touch you ». Il s’agit d’une image

fond, devant lequel elle pose. Elle semble

performance de l’artiste au musée d’art

composite où sur six fragments de

faire corps avec la ville. En devenant

contemporain de Herzlia à Tel Aviv. Ingrid

corps, s’alternent deux entités masculine

une nouvelle entité statique mi- animée

y était apparue savamment vêtue d’ocre

et féminine. L’image est d’autant plus

mi-inanimée, elle se fond dans un décor où

et de pourpre, telle une reine. Rapidement

singulière que sur chaque morceau de corps

le paysage urbain africain est en perpétuelle

entourée d’un cercle de spectateurs, elle

est tatoué sans encre un morceau de phrase

reconstruction.

déambulait, les yeux fermés et masqués de

qui laisse à vif une cicatrice. Trace indélébille

feuilles d’or. Il s’agissait d’une mise en scène

sur la peau de Mwangi Hutter, cette phrase

Merci à Mwangi Hutter de pérenniser

où la question de l’altérité était centrale.

s’installe dans la peau du spectateur, le

une œuvre d’envergure, où l’aisance et

Comment rencontrer l’autre non pas par

laissant dans une confusion émotionnelle.

la justesse d’intervention sur le corps

le mot, mais par le chant ? Etait-ce même

Ce travail réinterroge sans fausse pudeur

permettent de faire parvenir au spectateur

un chant ? En effet, elle entrait en lien

la relation homme-femme en mettant

une émotion sublimée.

59


“Wrong Mind” Something has gone terribly wrong! Pain, destruction, torture! Terribly wrong! What is it? How did it go wrong! How can it go so wrong!  My friend, listen.  It is our own actions that are the cause, our very own actions.  It’s our destructive emotions that drive these actions.  Our very own minds that think of them. Think carefully. It is our very own misconception of reality that splits things apart,  that names them mine and yours, that labels friends and enemy.  It is this attitude that causes the wish to protect and defend. Realize. It’s our very own minds that create the reasons, and then the weapons and situations.   It’s the conditioning to hold onto, to hit and hit back.  At a certain point there is no space and time to question. The whole monster machinery is in place, grinding away.  My friend, be calm and see clearly.  It is our own mind, our own emotionality played out in actions that is the cause.  These are the terrors of our own deluded minds. Mwangi Hutter

60


Assemble, video installation, 2012 ŠMwangi Hutter

61


CONCEPT

NEXT STOP LOVE BUS STOPS OF EMOTIONS All images courtesy of Francine Mabondo

Four fake dolly bus stops, placed in different street locations of Wandsworth, indicating human sentiments instead of geographical locations: Love, Dignity, Fear, Solitude. There is no bus coming but if there was one where would you like it take you? Next Stop Love is an exciting art project that happened during the Wandsworth Art Festival, in May 2011. In the street, the artist interact with people taking pictures and offering them to send a special postcard. This project was funded by Wandsworth Art council and the artwork was produced by Transport for London. Francine Mabondo is an MA student in Contemporary Art theory at Goldsmiths University. Next Stop Love is her first curatorial project. ‘”My ambition is to inject some ‘life’ into our daily life and routine in order to create some spaces of unlimited freedom. I am trying to find artistic ways to express and engage with a new public, perhaps one that is less predictable and less trained to the arts. I am fascinated with the collective space and in particular the bus stop where people do not have to perform and can rest from their life. By replacing geographical locations with human sentiments I hope that people can reflect on where their life is taking them. While working on the project, I researched whether any fakes bus stops had been created before. I found out that a German nursery home had created fake bus stops to prevent Alzheimer patients from wandering off. In reality, the patients escaped the nursery home and always gathered around the local bus stop where they could get back home. The nursery home came up with the idea of the fake bus stop to allow the patients to escape and to be found. This example shows very well how unconsciously we appropriate affectively certain objects of the community. This is the relationship I would like to explore.” Francine Mabondo For more informations : nextstoploveproject.blogspot.com

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Francine Mabondo was born in 1972 in Paris from a French mother and a Congolese father. She was brought up in Paris and completed an MA in Mathematics and Economics in France. She moved to London in 1999 and started to experience different roles in the art world. She was a press officer at the 198 Gallery in Brixton. While studying History of Art at Birbeck College, she worked in the public relations Department Christies. She has helped the implementation of the Cartier Award project for Frieze Art Fair in 2009. In 2011, she started her first curatorial project Next Stop Love followed by a group exhibition in May 2012 in London. She has completed an MA in Contemporary Art Theory at Goldsmiths University in 2012 and produced a thesis on the work of Georges Adeagbo exploring the idea of ‘African time’. Francine Mabondo is a conceptual artist developing her practise through installations, paintings and writings. She is particularly interested in tracking the collective unconscious in various spaces. She is currently working on her next exhibition which will held in May 2014 during Dakar next Biennial

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CONCEPT

EMOTIONAL POETRY NIMROD L’ENRAGEMENT AMOUREUX (Extrait) « L’enragement amoureux est un poème que j’ai redécouvert ce printemps, mais je l’avais ébauché il y a bientôt 30 ans de cela. Son titre tout comme son intention soulignent assez les tourments de leur époque.Il dit tout ensemble les émotions et les sentiments, l’homme et la femme, l’amour et la mécompréhension.» - Nimrod 64

LITTÉRATURE

Très fort ta défiance mal affinée Même aux idiots on est courtois

C’est une affaire presque politique

Oui, je vaux moins qu’un putois

De se voir berné par des amours égoïstes

Je pleure pour ne pas te rendre ta bêtise

À coups de raison, elles qui en manquent

Je pleure pour que tu aies l’heur de penser

Si souvent. Je suis cet holiste

Je pleure des larmes qui sont ma franchise Je pleure pour que tu voies la beauté

Qui plie l’idée au poème car les muses Sont ma raison d’être, mon opium

Or te violer j’aurais dû m’enquérir

Mon enfer… Je plains ce tripalium

Je plaisante car je hais les violents

Que les superbes évitent ou refusent

J’aurais dû te culbuter sans rire Mais c’est l’arme des brigands

Eux qui n’ont ni corps ni âme, et qui Me rappellent ton habile évitement

Que des filles nourries au pain sec

Qui est triste, même si je ne puis

(Le cœur aussi) attendent des mecs

Lui trouver de cœur plus véhément

Aux muscles obscènes. Rien ne pallie Jamais l’esprit ni ne le dispense

Toi qui pleures par-delà une sécheresse Plus effroyable que le nid des oueds

D’amour et de tact. Je sais ce monde

Toi dont le sang régresse

Mal fait, et la délicatesse est insultée

À proportion des casses du vent

Mais satyre, je ne peux, c’est immonde Je n’offense ni les muses ni les fées

Au poète tu te devais de proclamer

Tu préfères au poète l’infâme bonde


DÉSESPOIR

Discrète plutôt quelconque N’eût été la passion

Il y a le vide il y a l’espoir

Sans rime ni raison

Qui me redisent ton Évangile

Qui me plie sous ta conque

Qui toujours agile T’y laisse choir

Me voilà servile et bête Tel un imbécile

Il est en moi, m’assènes-tu

Un amoureux, un vil

Tu t’enfuis quand tu le vois

Rebouteux des sentiments

C’est injuste car j’ai tu Le mien, et le tien aboie

Je ne t’en veux de t’aimer Quel ait été ton génie

Je me méprise, dis-tu

Je mesure son désaveu

De m’être éprise du noir

Sur mon cœur amoureux

Ces mots, tu les aurais tus Si en moi tu voulais croire Tu aimes le désespoir Tu en fais commerce Je plains ce boutoir Où tu l’exerces L’élu de tes ébats Je le plains On ne cache pas la haine Dans un gant de crin Tu travailles comme cent N’ayant foi ni amour En toi ni en personne Pour masquer un crime Qui en toi ne descend Jamais fatigue tu ne ressens La fatigue la vraie toujours Sera dans le foutre et le sang Tu les refuses car un rien Te frustre, un rien Comme tu es obtuse L’air de rien

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Nimrod est né en 1959, au Tchad et vit aujourd’hui en France. il a fait une résidence d’écriture à l’université du Michigan, Ann Arbor, aux États- Unis, en 20 08. Ses trois recueils de poésie, Pierre, poussière (1989), Passage à l’inf ini (1999) et La traversée des jardins (20 01), ont respec tivement reçu le prix de la Vocation, le prix Louise Labé et le prix Aliénor. Ses romans Les jambes d’Alice (20 01, Bourse Thyde Monnier de la Société des Gens des Let tres), Le dépar t (20 05) et Le bal des princes (20 08) évoquent, dans une fresque historique et poétique, l’exil et la guerre civile au Tchad. En 20 08, il s’est distingué, avec Rosa Parks : “Non à la discrimination raciale” (un roman pour la jeunesse), Le bal des princes (roman) et l’essai, La nouvelle chose française, par les prix Benjamin Fondane, Édouard Glissant et Ahmadou Kourouma. En avril 2013 il publie son dernier roman Un balcon sur l ’Algérois puis en juin 2013 un livre compre nant deux essais Visite à Aimé Césaire .

Nimrod©Marc Melki (photographe d’Actes Sud)

Nimrod©Marc Melki (photographe d'Actes Sud)

«   L’e n ra g e m e nt a m o u re u x   » e s t à p a ra î tre d a ns Sur les berges du Chari, distric t nord de la beauté.


PLACES

EMOTIONAL POETRY BOUNA MEDOUNE SEYE MARCHAND DE FOTES (Extrait) rire n´est pas bien pour l´être le rire s ´e n t pas bien juste pour le a cerve u et le rire sort tout ce qui est mal dans nos âmes alors le rire est très bien pour l´esprit jour 04 yen pas de

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«Maître» Photo : Nampémanla

Bouna Medoune Seye est un cinéaste sénégalais né en 1956 à Dakar. Il est également photographe, peintre, poète réalisateur, directeur artistique, scénariste et producteur.

Qui Quia photographié dans Bouna a pendant cinq ans, ce bas qui les fous et les laissés-pour-compte monde habitent les trottoirs de Dakar. Fascination peux nous du décalé qu’est Bouna,dire pour ce qu’il estime comment être une part de lui-même. les créatifs font pour sortir tout cela dans leurs têtes

h q t q ê t p q t p t p p a l´ r ju h

t


humain quand tu es moins qu´un être humain tu n´es pas humain quand tu es plus que humain tu n´es pas non plus humain alors l´humain reste juste humain toubab pas de jour 05

67


Il fut un temps dans les méandres de la ville salope ils étaient ensemble r Mais de pa les alléats du temps ,l´un est devenu un impitoyable ffaires m hom e d´a l´ t E autre l´artiste ra e st re urs qu´il a toujo été

Illustration une SEYE Bouna Medo artiste II» «l! détail de cahiers extrait des de fotes an rch du ma

68

L´un court Derriére l´argent de tel sorte qu´il oublie l´artiste Non il ne l´a pas oublié l´artiste rs reste toujou te tê sa s n da la Mais c´est u d r peu lendemain, le confort, , la servitude t l´argen la sécurité temporelle ussé Qui l´ont po mur n à mettre u e tr n e le invisib te is rt a l´ t e lui BMS 04


Si l´artiste ne peux pas être au plus haut dans son art Est ce cela veux dire qu´il doit retourner à l´école? Oui Toubab pas de jour 04

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Illustration une SEYE Bouna Medo artiste II» détail de «l! cahiers extrait des de fotes du marchan

Quand l´artiste veux se faire mal pourquoi ne pas le laisser se faire mal N´est pas Que ce mal ne regarde que lui l´artiste Toubab pas de jour 04


PORTFOLIO

ADONIS FLORES /  CAMOUFLAGE CRUDO (Texte de Laura Salas Redondo & Romaric Tisserand) Photos : courtes Adonis Flores

Les émotions se nichent au cœur bouillonnant de l’œuvre d’Adonis Flores. L’artiste cubain a vu naître son travail artistique au travers de ses expériences de jeune soldat internationaliste cubain en Angola, de la chute du mur de Berlin en 1989 et l’attentat des tours jumelles à New York le 11 septembre 2001. Chacune de ces expériences intimes et vitales ont été les détonateurs communs de notre histoire qui ont catalysé cette sensibilité visuelle exacerbée en souffle créateur. De retour d’Angola, c’est d’abord l’architecture

aphone du champ de bataille. Le camouflage

souterraine que le jeune soldat des tranchées

développe son propre langage universel.

se tourne avant que l’art ne vienne transcender

Grâce à lui, l’artiste devient ce Monsieur-

sa condition. La série des camouflages (2003-

tout-le-monde mutique qui, une fois

2006), des photos en performances qu’il

affublé d’un treillis militaire, représente à

réalisera à La Havane et durant ses résidences

la fois la force dévastatrice comme la main

jusqu’à son installation “Fe” à la Biennale de

protectrice. Comme s’il venait rappeler aux

la Havane en février 2012, ne sont que là que

vivants en temps de paix le funeste présage

pour acter la posture de l’artiste : l’extraire

de Platon : “Seuls les morts ont vu la fin de la

du traumatisme. Son exutoire, la pratique

guerre”.

de l’esprit du judoka, où il utilise la force de l’adversaire.

« La première fois que j’ai entendu le bruit d´un canon, ce fut en Angola. Cela a été le moment

Ce court texte parcourt une longue

où je me suis réveillé. (…). La guerre est un

conversation réalisée à Paris en juillet

affrontement de l’homme contre l’homme,

2013 lors de son séjour en résidence d’art

de l’homme pour l’homme. La question de

contemporain à la Fondation Brownstone dont

l’idéal, à ce moment précis, n’est pas aussi forte

le texte intégral fera l’objet d’une publication

que celle de survivre. D’une certaine manière,

collective.

il s’agit d’être le vainqueur de l’histoire. C’est une question immédiate. Peut-être que ton

Les émotions intenses, les obsessions

ennemi est juste là pour une boîte de sardines.

intimes de l’artiste ont trouvé place dans le

(…) »

personnage de ce soldat inconnu, revenu

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Adonis Flores s’engage dans la pratique artistique d’une manière absolument autodidacte, sensitive, en dehors du circuit académique de l’Instituto Superior De Arte de la Havane. Ce qui lui donne une liberté intuitive sans le poids de l’histoire. « J’ai eu une enfance très imaginative. Je vivais avec ma Grand-mère. Très jeune, j’ai été dans plusieurs cercles de discussion qu’organisait ma mère, pour m’avoir près d’elle. Elle me donnait ainsi, d’une certaine façon, une chaleur esthétique alors que ma grand-mère me donnait un amour maternel. (…) J’ai bénéficié d’une formation à l’époque dorée des années 80, où rien ne manquait à Cuba. Les tankers venaient d’URSS et nous n´avions aucun problème. Les gens allaient au marché d’état avec leur livret de rationnement pour la nourriture comme pour les habits. Tout le monde avait un niveau de vie assez identique, stable. Il n’y avait pas de classe sociale basse ou haute. Tout le monde était, pour ainsi dire, au même niveau, ce qui maintenait une certaine normalité. Ainsi fut l’époque de ma formation et de mon éducation. (…) » Il sera marqué par un ouvrage singulier. Le livre “Del pop al post” de Gerardo Mosquera, initiation personnelle à l’art contemporain qu’il dévorera comme une bible. Dans un pays à l’information extérieure est réduite, cet ouvrage fut une boite à outils inespérée. « L’art a été une pratique d’évolution


personnelle, où j’ai commencé à faire ressortir

pour moi à partir des années 1989-1990,

représente à la fois le symbole chimique du

des choses que je ressentais: mes peurs,

quand j’ai découvert ce qu’était la crise, la

fer (Fe) qui compose la pièce ainsi que « Fe »

les choses que je ne comprenais pas. Ce

guerre. J’ai commencé à utiliser des armes en

signifiant « Foi », tournée vers les Etats-Unis,

de façon très intuitive, parce que je n’avais

plastique, peindre une bicyclette en couleur

appuyant sur la forte charge sémantique du

pas de formation académique ni même de

de camouflage,… Jusqu’à arriver aux rouleaux

lieu, point de rencontre pour les citadins ainsi

connaissances de ce que pouvait être une

de papier toilettes où commença l’histoire

que symbole de rêves et de départs.

performance, même si j’avais déjà lu le livre de

de la surveillance (Visionario, Performance,

Adonis nous laisse expérimenter auprès de lui

Gerardo Mosquera. Il n’y avait pas d’images,

2003, La Havane). Cette idée du camouflage

ses cauchemars, ses illusions et ses désirs qui

seulement des mots. A ce moment là il n’y

et l’ironie qui l’accompagnait a commencé

transgressent les frontières d’un monde visible,

avait pas encore Internet, j’étais aveugle et je

à se solidifier et prendre sa forme définitive

éclairé par les désirs usés d’une révolution qui

cherchais des livres avec des images. »

(Oratoria (photographie, 2007), Oidor

éclaire un monde contemporain en marche

(L’Ecouteur) (Performance, 2006, Nottingham,

forcée.

Adonis Flores se nourrit du chaos du monde et

Angleterre), Honras fúnebres (Derniers

de ses résonances. Cette initiation didactique

honneurs) (Performance, 2004). »

lui donne une entière liberté pour s’exprimer.

BIOGRAPHIE Adonis Flores (Sancti Spiritus, Cuba, 1971).

Reformé de l’armée, architecte et autodidacte,

Son travail et ses performances vont lui

Travaille et vit actuellement à la Havane. Il

il va faire évoluer une pratique personnelle

permettre d’atteindre l’universalisme, de

a exposé ses œuvres dans de nombreuses

vers ses inquiétudes personnelles profondes.

placer l’homme originel au centre de son

institutions sur la scène nationale et

œuvre et de développer un corpus artistique

internationale, que ce soit dans le cadre

« Le déclic se produisit lorsque je vis les tours

extrêmement cohérent et vital pour lui-même

d’expositions de groupe ou solo. A pris

jumelles s’écrouler en 2001, ce fut un moment

en étant l’acteur central de ses performances,

part à des foires internationales telles

très fort pour moi. Cela m’impressionna

artiste-clone sous un camouflage anonyme.

que Show off (Paris-2007), Arco (Madrid), Art

tellement, j´avais du mal à y croire. A cette

El Arte de la primavera (L’art du printemps,

Forum (Allemagne). Ses œuvres ont été

époque, j´avais commence à travailler sur

2004, La Havane), performance où l’artiste

acquises par diverses collections publiques

quelques œuvres en lien indirect avec

reprend sa tenue camouflage de combat,

et privées incluant celles de Howard Farber

l’Angola. Mais à partir de ce moment précis, le

souvenir de son temps en Angola, et sur

des États-Unis, Laurent Farcy-Briant de

camouflage militaire est devenu évident et j’ai

laquelle il peint des marguerites avant

Londres, Anette Bollag-Rothschild de Zurich,

commencé à l’utiliser dans des performances

de déambuler dans la ville. Les gens lui

la Fondation Gilbert Brownstone à Paris, Arte

et à les documenter. »

demanderont tour à tour, s’il s’agit d’un

de Nuestra América, Casa de Las Américas à La

uniforme de jardinier ou un uniforme de soldat

Havane et aussi la FRAC île de France.

Commence alors la série Camouflage inspirée

gay, pendant que lui marche dans la ville,

de son expérience comme soldat en Angola

mélangeant le son de la vie au son de la nature

durant son service militaire avec différentes

africaine qui sonne dans ses pas... Personne

performances et séries photographiques

n’est demeuré indifférent à la tenue militaire

qui placent le travail d’Adonis Flores dans

ainsi augmentée, dans ce pays où l’uniforme

une perspective plus globale de la Guerre,

reste un référent quotidien de l’iconographie

de la Paix, de l’idéal et de la survie. A travers

révolutionnaire cubaine.

ses propres peurs et émotions, au centre d’un monde figé en train de muter en une

Fe (Biennale de La Havane 2012), œuvre

multitude d’enjeux. La cacophonie du monde.

installée sur le Malecón havanais, faisant face à cet horizon qui cache dans son infime dessin

« Les nécessités extrêmes ont commencé

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des premiers keys de Floride. La pièce de Flores


OĂ­dor / Auditeur, 2006 Performance, Sidexhow, Nottingham , Angleterre

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This page : Oratoria / Oratoire, 2007 photographie 67,5 X 90 Opposite page : Lenguaje / Langage, 2005 photographie 90 X 67,5

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This page : Honras fúnebres / Honneurs funèbres, 2007 3’’/photographie, 52 X 80 cm Opposite page : El arte de la primavera / L’art du printemps, 2004, photo performance, Cuba video, dvd ntsc, 1:03 minutes Havane 2006

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PORTFOLIO

BILLIE ZANGEWA

EMOTIONS TO THE TIP OF NEEDLE

By Carole Diop All images courtesy of Billie Zangewa

We met Billie Zangewa at the end of May 2013, while she was in Dakar for a talk she gave at Raw Material Company, in relation with « HOLLANDAISE: A Journey into an Iconic Fabric », a group show in witch she was featured. More than a visual artist, we discovered a strong but also extremely sensitive person. Her speech was very engaging emotionally, sheZangewa shared with us her All images courtes as of Billie own experience. It made us want to learn more about the artist and the woman...

Auteur : Carole Diop

AFRIKADAA - Can you please introduce

choose this medium?

the final silk cut-outs.

yourself shortly ?

B.Z - Evolution. I didn’t deliberately set out

A - Has your practice changed over time ?

Billie Zangewa - I am a visual artist working

to do what I’m doing. Certain interests and

B.Z - I have definitely become much more

primarily with silk. I was born in Malawi and

circumstances came together and over a few

skilled with the scissors and the needle. Also,

am half Malawian half South African. I live and

years led me to textiles. Silk in particular.

I am more obsessed with detail than I used to

work in Johannesburg.

A- How do you start a piece ? What is your

be.

A- When did you realise that you’d be an

work method ?

A - In your work you portray yourself in

artist ?

B.Z - I start with a feeling and this develops into

different situations and places …

B.Z - I was about 10 years old when I saw a

something visual representing or narrating that

B.Z - In the last few years it has become that

drawing by a friend, and it moved me so much

feeling. I then do some photographic research

way because I have been introspective, looking

I knew this what what I had to do with my life.

and do the working drawing from these

profoundly at myself. Also as women’s issues, in

A - You work with textiles, why did you

photos. The drawing acts as my template for

a socio-political context,  become pertinent to

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Born in 1973 in Blantyre, Malawi, brought up in

engage in discourse around femininity.

A - Would you describe yourself as a feminist ?

A - Which of your artwork pieces is your

B.Z - Not especially. I have certain views on

very young age. She studied drawing and printmaking

favourite?

femininity and being a woman today, but I

at Rhodes University, Grahamstown, South Africa, then

B.Z - That’s like asking which of my children

don’t consider myself a feminist. I believe that

returned to Botswana where she ventured in painting. Oil

I prefer. Each piece is a different experience.

there is still work to be done for the rights of

Each piece is special.

women and my wish for every one of us is to

A - You where part of the « Love and Africa »

truly love ourselves and act from that place.

me, I am using the self  as a real-life symbol to

Botswana, Billie Zangewa took interest in fashion from a

pastels then gave form to the glamorous feminine figures haunting the young artist’s mind. When she settled in Johannesburg in 1997, a brief foray in the fashion world did not distract her passion for visual arts. Encouraged

group show that took place in Houston in

A - Did you ever feel like giving up ?

by a friend to explore textile rather than pigment, Billie

2012. How important are love and emotions

B.Z – Don’t we all dream of having nothing

created a small series of embroidered silk handbags. She

in your work?

to do every once in a while? Yes, I’ve thought

gained recognition from the art world when she won

B.Z - Extremely important. There was a time

about giving up, and then I have this GREAT

the Gerard Sekoto Award in 2004. It is while preparing

time when my work was all about romantic

idea and have to act on it!

love gone wrong. Now it’s about a different kind of love; love of self, for what I do, my surroundings etc.

A - According to Paul Ekman ther are six basics emotions: anger, disgust, fear, happiness, sadness and surprise. Can you

the exhibition linked to this prize that Billie felt the need to transpose her silk work on a two-dimensional surface. Today Billie Zangewa has gained international renown for her tapestries, although she favours the term “appliqués”. Her pieces are generally preceded with

tell us …

preparatory work consisting in a pre-arrangement of

had to your work ?

What makes you angry ?

forms with pencil drawings and watercolours. The fabric

B.Z - I have had countless, because each

B.Z - Injustice and violation of human rights.

is then cut, assembled and sewn in a manner that leaves

positive response stays with me and gives

What disgusts you ?

appearing threads and stitches as if to highlight the

me courage. Positive words build love in the

Irresponsible wealth. I believe that when you

person that is speaking them and the person

reach a certain status, you should participate in

to whom they are directed. …However, I

the upliftment of society as a whole.

A - What memorable responses have you

handmade aspect of her work and translate its relative immediacy. At a time where contemporary African art practices have adopted digital culture, with its lot of multiple images broadcasted at an ever faster pace, the

must say that when artists William Kentridge

What are you afraid of ?

work of Billie Zangewa is a necessary reminder of the

and Sam Nhlengethwa came to one of my

The unknown. I have some control issues.

slow maturing of forms, and the skillfulness of a hand

openings and bought some work, it was

What makes you happy ?

applying, one by one, at human speed, patches of silky

thrilling.

My son. He’s just beautiful.

fabrics selected from across the world.

A - Could you tell us about your life as a

What makes you sad ?

woman and an artist in South-Africa where

Wars and other types of violence.

you live and work ?

When have you been surprised for the last

B.Z – It’s not easy being a woman in South

time ?

Africa. You feel vulnerable because the threat

When I gave birth to my son last year and

hangs in the air and is apparent in how men

held him for the first time. It was so profound.

relate to you. They have a lot to learn about

I never thought that my heart could expand

how to treat a woman. Of course there are

with so much love.

exceptions, not all men display misogynist

A - If you were an emotion you’d be …

behaviour. I am optimistic that this can change

B.Z - Caprice. I am very emotional and sensitive

with focused awareness and by guiding young

to what’s going on around me, so can have

boys so they grow up to be informed men. As

many emotions at once.

for being an artist, it’s great. There so many opportunities and support for us in our own country.

79 The rebirth of the black venus, silk tapestry, 127x103cm, 2010


My family circle, silk tapestry, 104x104cm, 2007

Christmas at the ritz, silk tapestry, 120x111cm, 2006

80


The sun worshipper, silk tapestry, 137x102cm, 2009

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PORTFOLIO

EMOTIONAL INVESTMENT

By Anne Gregory All images courtesy of Beverly McIver

Beverly McIver, widely acknowledged as an outstanding American painter, is even more remarkable for her singular path as an African American woman artist. Her expressionist portraits take a hard look at race, gender, socioeconomic disparity, and mental disabilities within the context of her own life. Most of her paintings are self-portraits, others portray family or friends – all are painted with a ferocious emotional honesty delivered with frenetic brushwork loaded with color. Born in 1962, McIver grew up in the south

was her ticket out of the constraints of her

of overwhelming vulnerability.”1 The

during the civil rights era. The youngest

life’s circumstances.

series evolved and the white faces were replaced with black. McIver confronts

of three girls, she was raised by a single mother, who was a domestic worker. McIver

This seminal experience became the

racial stereotypes by becoming them

was bussed to a predominately white high

subject of her first self-portraits. These early

in the paintings Barbershop and Singing

school. She was painfully aware of her social

works show her in white face paint, a blond

Off Key. “In these paintings, we see an

status – poor, black, from the projects. Then

wig, and blue eye shadow. They would be

she joined the clown club and performed in

humorous if they weren’t so heartbreaking.

white face and white gloves. Ironically, this

Painting them was McIver’s

guise gave her a new identity. Clowning

“way of expressing strength in the face

82

Curry-Evans, Kim. (2011). To Move Toward Love, Reflections: Portraits of Beverly McIver, North Carolina Museum of Art catalog. 1


Beverly’s life has filled her canvases as she sorted through conflicting identities and emotional states African American woman tackle the

potholders galore and is an avid facebook

made over a period of six years, chronicles

images of race and slavery in order

user). Their mother took care of Renee until

the family’s transition from McIver’s artistic

to claim the pain of her past while

her death in 2004. At that time, McIver

success, through the death of their mother,

rejecting them as controlling her.”

became her sister’s keeper. Her paintings

to the challenge of taking care of Renee.

about this difficult period deal with the

The film is nominated for a Emmy Award.

2

At a painting demonstration in her

grief she felt over losing her mother as well

Durham, NC gallery, Craven Allen, someone

as being overwhelmed by the challenges

An exhibit of McIver’s recent work, New

asked McIver why she uses oil. “Because

of caring for her sister. The resulting

York Stories, runs October 12 - December

it’s superior”, she chuckled. She mixes her

Depression Series is a group of large scale

28 at Craven Allen Gallery in Durham, NC.

colors from a primary palette – two reds,

self-portraits weighed down by a sense of

two yellows, two blues and white. First

defeat and utter despair.

she paints an outline of the image with cadmium red light, her favorite color. Then

In Truly Grateful, with head bowed

her brush dances inside the lines, touching

and eyes closed, McIver acknowledges the

down all over the palette, and mixing colors

journey that brought her to a good place --

directly on the canvas. The result is earthy

the present. Her life has filled her canvases

tones frosted here and there with splashes

as she sorted through conflicting identities

of contrasting color.

and emotional states. The white face/black face days are history, so, too, the depression

McIver’s oldest sister Renee is an integral

(fingers crossed). The content of her work

part of her life and work. Renee, who is

has been one cathartic tide of candid

mentally disabled, is a gentle soul with

introspection after another. Now her focus

the mentality of a third grader (she makes

is outward, and if she applies the same intense scrutiny to others, she is sure to

2 Henrich, Sarah S. (2011). Race and Slavery in the Visual Arts, Word & World Vol.31.

83

paint emotionally lush portraits that reveal an inner sanctum. A documentary called “Raising Renee”,

Credits: Page 82 : Beverly McIver © Beverly McIver Page 83 : Feeling Sharon’s Pain 1,2,3,4 2013 Oil on Canvas 30 x 140 inches 76.2 x 355.6.6 cm Courtesy of the artist and Betty Cuningham Gallery, New York © Beverly McIver. Page 85 : Bill T. Jones, 2013 Oil on Canvas 48 x 48 inches 121.92 x 121.92 cm Courtesy of the artist and Betty Cuningham Gallery, New York © Beverly McIver. Page 84 : Embrace, oil on canvas.     Courtesy Betty Cunhingham Gallery, New York  © Beverly McIver Page 86 Depression Series #3, 2010 Oil on canvas 30 x 40 inches 76.2 x 101.6 cm Courtesy of the artist and Betty Cuningham Gallery, New York © Beverly McIver. Page 87 : Depression Series #1, 2010 Oil on canvas 30 x 40 inches 76.2 x 101.6 cm Courtesy of the artist and Betty Cuningham Gallery, New York © Beverly McIver.


84


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PORTFOLIO

CHRISS AGHANA NWOBU By djanaba Kane All images courtesy of Chriss Aghana Nwobu

An open heart dialogue

Chriss Aghana Nwobu is a Nigerian documentary, art and conceptual photographer born on February 18th 1971. He is a founding member of the Invisible Borders Trans-African Photography Project and was exhibited in museums and galleries accross Europe, United States and Africa. We discover his work through a series of photographs named “MASKED BURDEN” showing expressive women’s faces as the former actors of Commedia dell’arte. AFRIKADAA ­­- Please give us a brief bio:

of the things happening around me from

gave me a better representation of modern

where are you from and how did you start in

my point of view, without doubt I knew the

history than any other art medium. The

photography ?

best way to realize that was through still

strong impact of visuals especially in a form

photography or film. So I decided to teach

that is as realistic to life as photography

I was born in 1971 in the Igbo tribe. My

myself photography.

made it a natural choice of expression for

parents are from Eastern Nigeria but I work

Professionally, I have been making photos

me. If the old saying that one photographic

and live in Lagos, Nigeria.

for six years.

image equals a thousand words is correct,

My journey into photography started

Exposure to works of other photographers

why do I need to waste my time writing

thirteen years ago when I decided to bridge

and chatting with them further helped me

a thousand words when I can make a

the gap between photographers and their

in developing a basic understanding of the

thousand photos that will equal a million

consumers.

medium and how it can be deployed.

words? Though as time evolves, everything

I felt the need to start something that

else including my art evolves also. Today I

would serve as an interface and take

Why did you choose this medium ? Before

work more as an experimental artist using

the burden off photographers by trying

photography, did you try others forms of art

the camera as one of my mediums of

to market their works to consumers

?

expression.

themselves. That was how the agency

No, I did not try any other art medium, I

IKOLLO was born and gradually it grew

Coming from Africa, the traditional

started with photography and it began

into a media content production company.

form of photography commonly seen is

to evolve. Though, I love other art forms

In the course of all these developments,

documentary, until the advent of what

especially traditional African sculptural

there was this hunger in me to tell stories

today we call “conceptual”. Photography

pieces, music, dance and painting.

88


parts to it, mirroring life in different ways Where do you get your inspiration ?

- beauty of childhood and wisdom of

I am inspired by the things around me,

the aged, the carefreeness of youth and

changes in my immediate environment

concerns of the old, it goes on and on.

and the larger world. I am driven by the suffering of my people in the midst of plenty, the internal and external exploitation and misrepresentations of

Could you tell us more about the “masked burden” series ? What was your inspiration ? What was the public’s reaction ? The idea of Masked Burden as a project

full of injustice at all levels regardless of

came from researching for another project

race, cultures or beliefs. But I find peace and

on sexual abuses against women. As I spoke

hope in those beautiful voiceless faces that

to different women, I realized many carried

seek justice through my art.

this burden masked behind beautiful faces, wealth or exalted positions. It provoked repeated questions in me and in trying to

I love and respect every work of art; there is

find answers to these questions I realized

always a message there for someone.

I also live with a masked burden. This

If they are not good enough the creators

prompted my making a self- portrait as part

would not have created them. Putting that

of the series showing that I am also bearing

into context, I will say that all dishes would

a burden that is masked just like everyone

never taste right in the mouth of everyone. I

else. No matter who we are, we all bear one

have been pointed in the direction of some

burden or the other and no society if free of

great artists, I am sometimes told I work

burdens.

like them or that there are similarities in my art and theirs. Some of these artists I never heard about. My art is driven by my mood, the understanding of the things around me, my interactions with the people I meet, issues of my environment that need to be addressed. Which of your artwork pieces is your favorite? Why ? This is a tough question … my art is a part of me so talking about a favorite is like asking a mother which of her children she likes the most. Rather, there are some images that are so strong they are always present in your visual subconscious. One of such image is the one I call “Sides of the Coin”. This single photo image has different

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and by art in general ? Art is life and life is art, so generally

Africa. I am driven by the pains of a world

Is there an artist you relate to ?

Are Nigerian people interested by your work

Nigerians appreciate art but I think that the imported religions like Christianity and Islam do not help African art. Especially the new Pentecostal movement which has established a strong presence in Nigeria has dealt a great blow to traditional African art, mainly the sculptural pieces that documented our history as a people. The Pentecostal church racketeers have in so many ways demonized anything and everything in this form of art by instilling fears in their members and making them believe that these pieces are mediums for idol worshiping and as such should not be touched since they are evil. Talking about Nigerians appreciating my art, those who are open minded and do not run away from the truth of who they are appreciate my works, while others say my works are strong

“Emotions and art are like the body and the soul, neither can live without the other.”

and very edgy.

What memorable responses have you had

photos won the “Best Storytelling” category

during your career ?

at the Intimate Lens Film Festival in Italy

Have your artwork ever been awarded in Nigeria? I have never won any award in Nigeria as an artist but I have internationally. In 2012 my

and just recently, I have been nominated I must say that I have been very lucky,

for the prestigious Prix Pitect Award 2013 in

firstly with sincere commentary from

Switzerland.

some friends who are also in the business of art and above all lots of heart warming appreciation from people of diverse

To promote art, you are involved into 2 projects: Ikollo gallery and Invisible borders. Have you reached your objectives ?

cultural backgrounds. These critiques and comments have greatly challenged

Like I mentioned from the beginning,

and helped in shaping the way my art is

IKOLLO as an agency gave birth to the

delivered.

gallery and to every other thing we do


today. It is the platform that started it all and so far it has been progressive with is initial objectives. Invisible Borders started out as an idea to travel around Africa by ten Nigerian artists, mainly photographers, to document and tell the African story from an African perspective. Like every new idea it encountered its own challenges but those challenges have built it into an enviable art platform from the African continent. Today what started out as a journey by ten Nigerian artists now has participations from different artists around the African continent and has been celebrated by world media and different art and cultural institutions around the globe. I will simply say I am very glad and honored to be one of the pioneers of this project that has no doubt added its voice to telling the Africa story. What is the major purpose of your work ? My art is me and I am my art. As a person, I hate injustice of any kind and at any level. So I see my art as a weapon to help fight social inequalities, injustice and oppressions of any kind, gender or racial discriminations. I consider my art as one of the voice of these silent majority around the world and to celebrate the beauties of humanity. What do you think about the link between emotions and art ? Emotions and art are like the body and the soul, neither can live without the other. So I like to say “a beautiful piece of art is that which consumes you as you try to consume it”. While creating, do you think first to the

90

aesthetic or emotional aspect ?

on these projects as time permits.

As humans we are emotional beings, so I

Lastly, any words of advice for aspiring artists ?

cannot divorce myself from it. My emotions are the first signature my art bears of me, so the emotional aspect is that life that is breathed into the work by the artist. As fixer for international TV and newspaper networks, do you take advantage of this

The first question I often ask every young artist I meet is “who or where do you want to be? Do you want to be among the billions that will pass through life and soon

position to promote your work ?

be forgotten or do you want to be among

No, because my contracts with my clients

the few men and women whose names

are different arrangements from my art.

are permanently engraved in history? The

Though there have been cases especially

answer to this question is the beginning

with the television, where they use my

of the discovery and realization of oneself.

photos for the publicity of a project in

When married with determination, this self

newspapers, but not to promote my art but

realization helps you make the decision

because they have a need for images with a

never to give up on anything and seeing

strong visual narrative.

everything as a challenge that should be

What are your upcoming projects ? Right now I have a number of projects that are ongoing like what I call “Style Remake”, “The Lost Virgin”, “No Hurry in Life” and “Our Blood”. Some of my projects are long term projects while others are not, so I work

overcomed. For more information about his work, please visit these websites: http://invisible-borders.com/fr/2012/03/ chriss-aghana-nwobu/ www.ikollo.com


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93


FOCUS

SENTIMENTAL

JOËL ANDRIANOMEARISOA

C’est bien le crépuscule qui n’en finit pas dans

Les feuilles blanches de papier froissé, en

En cultivant

ces pays d’hiver et qui s’écroule comme un

foisonnement de tissus noir assemblés par des

cette ambiguïté,

rideau de scène à l’été d’autres horizons.

mains habiles s’appliquent à saisir le temps, le

Andrianomearisoa nous donne

temps du temps, la nature du temps.

à voir la construction collective

Celui de l’amour.

d’une architecture sentimentale

Ou c’est l’aurore pour lui, celui qui fabrique les

obsessionnelle, sensuelle et parfois

images de corps sans diablerie autre que celle du désir de vivre. Joël. Avec le souci du précipice,

Jean Loup Pivin

du danger de ne pas sombrer. Le noir, la nuit, le sombre, le désespoir ne sont là que pour

SENTIMENTAL, est une exploration

affirmer plus encore la nécessité vitale.

sensorielle, en interaction avec chacun, une expérimentation. Un laboratoire en

Pourquoi la nature est si présente dans ces

constante évolution avec des éléments

pages noires d’une ville sans pays, qui disputent

en mouvance et des rendez-vous.

leur raison d’être à celles bariolées d’un désir

Un monde, propre à l’artiste, emprunt

champêtre? La nature est ainsi, les saisons,

d’une dualité où douceur et caresse

les pluies, les fleurs, les corps, les amitiés, les

se confrontent parfois avec froideur et

amours, la redoutée solitude qui ressemble

fragilité.

tant à … je ne sais plus quand les larmes se

Il est question de sentiment, de désir et

trompent d’objet.

de corps même ! ‘ L’amour n’est rien sans sentiment. Et

Ces arbres géants multipliés aux cieux, que

le sentiment est encore moins sans

l’on croyait issus directement de la mythologie

amour. ’

ancestrale, millénaire, s’écroulent net, en

Laurence Sterne ( 1768 -1769 ) / Un

gisants entiers englués dans la terre.

voyage sentimental.

94

sombre. Sur cette page : Leon Andrianomearisoa photographie Antananarivo 1977 Courtesy : Collection privée Page de droite : MEMORY BOX Mix média – textile, bois 2007 Courtesy : Revue Noire credit photo : JA


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Sur cette page : En l’attente de l’aube qui nous surprendra aux rives du sommeil Installation mix media – papier, clous Dimensions variables 2011 Courtesy : collection privée Credit photo : JA Page de droite : Négociations sentimentales Installation mix media – bois, miroirs de poche Dimensions : environ 5mX2,5m 2012 Courtesy : Revue Noire Credit photo : Patrice Sour

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I L OV E YO U N O I R L OV E LETTER FOR YOU Mix média – collage papier sur canvas 2012 Courtesy : Collection privée Credit photo : Patrice Sour

BAISER NOIR Mix média – collage papier sur canvas 2012 Courtesy : Collection privée Credit photo : Patrice Sour

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Timur & Mustafa Photographie Istanbul 2012 Courtesy : Revue Noire Credit photo : JA

Ngwama Photographie Kinshasa 2012 Courtesy : Revue Noire

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Le labyrinthe des passions Installation mix media – papier Dimensions variables 2013 Courtesy : Revue Noire Credit photo : JA Le labyrinthe des passions ( détail ) Installation mix media – papier Dimensions variables 2013 Courtesy : Revue Noire Credit photo : JA

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SENTIMENTAL JOEL ANDRIANOMEARISOA Maison Revue Noire 28 septembre – 31 décembre 2013 mercredi au samedi 13h – 19h redaction@revuenoire.com www.revuenoire.com L’exposition s’inscrit en parallèle à la sortie du livre monographique SENTIMENTAL (éditions Revue Noire ) déjà disponible dans les librairies d’art.

101


ARCHITECTURE

LE MEMORIAL DE LA HONTE ? Par Carole Diop

« Ce n’est pas par leur architecture mais

d’offre n’eût été lancé) du projet dont

qu’en 2013, le Président du Sénégal puisse

plutôt par la puissance de leur pensée

l’inauguration est prévue en 2014, en marge

encore, « donner son feu vert à un projet

abstraite que les nations devraient essayer

du 15e Sommet de la Francophonie devant

que lui seul avait vu ».

de se perpétuer dans la mémoire des

se tenir à Dakar.

hommes. »

Dans son article le journaliste Ibrahima

Le commissaire général du projet, Amadou

Henry David Thoreau (écrivain et philosophe

Diallo évoque le tollé soulevé par le choix de

Lamine Sall (nommé par le président Abdou

américain, il fût un abolitionniste forcené)

la jeune architecte tchèque.

Diouf à l’époque), déclarait en janvier dans une interview : « Le Mémorial de Gorée

Le 23 avril 2013, le journal sénégalais « Sud

En découvrant la genèse de « l’affaire » et

n’est pas un projet politique. C’est, au

Quotidien » publiait un article circonstancié

ses derniers rebondissements, je ne peux

contraire, un projet culturel rêvé et voulu

sur le projet du mémorial Gorée-Almadie,

m’empêcher d’éprouver honte, indignation

par les intellectuels du monde noir ». Eh

un équipement culturel d’envergure visant

et frustration, sentiments partagés par la

bien oublions la politique et penchons

à transmettre aux générations futures

majorité des architectes sénégalais. L’un

nous sur la conception de ce «joyau». Pensé

une mémoire, celle de l’esclavage. Un

d’entre eux, Jean-Charles Tall, s’est d’ailleurs

sous la forme d’un bateau dont la proue

mois après la publication d’un article très

fendu d’une lettre ouverte au président

est tournée vers l’atlantique, en référence

flatteur dans les colonnes du quotidien « Le

Macky Sall sur la question. Dans son courrier

aux négriers, l’édifice s’apparente plus à

Soleil », décrivant la rencontre à Prague

il dénonce la pratique de « la diplomatie de

une sculpture qu’à un projet d’architecture.

avec Alena Mocová, architecte de l’agence

la maquette sous le bras » qui était monnaie

L’architecte a exploité la symbolique liée à

Helika, « lauréate » (bien qu’aucun appel

courante sous l’ancien régime et s’étonne

l’esclavage mais sans la moindre subtilité,

102


comme en témoignent les murs décorés par

l’UNESCO.

des reliefs de têtes et de pieds en souvenir

15 ans après, coup de théâtre, le projet de

de la disposition des esclaves dans les

Alena Mocovà est présenté au détriment

soutes des bateaux, le summum du mauvais

du celui de Di Blasi, avec le soutien de

goût. Elle aurait pu par exemple, s’inspirer

monsieur Sall et financé par El Hadji Omar

du mémorial de l’abolition de l’esclavage

Bach, président de ‘Suisse invest - Private

de Nantes qui même si il a lui aussi fait

Capital Group’, se dit prêt à financer l’édifice

l’objet de vives critiques, a le mérite d’être

à hauteur de 13 millions d’euros - soit

parfaitement adapté à son environnement.

près de 9 milliards de Frs Cfa. Une somme faramineuse, presque le double de ce qu’a

L’idée de construire un mémorial de Gorée

couté le mémorial de Nantes.

ne date pas d’hier, le projet naît dans les années 80, sous la présidence de Abdou

Aujourd’hui, le site de 2,5 hectares devant

Diouf. Il est relancé en 98 avec l’appui de

accueillir le projet, situé sur la corniche

l’UNESCO qui organise cette année là un

Ouest et offrant un panorama exceptionnel

concours international d’architecture en

sur l’océan atlantique, est toujours vierge et

collaboration avec l’union internationale des

plusieurs questions restent en suspend :

architectes (UIA). A l’issu du concours (dont

Comment justifier que la réalisation d’un

l’organisation avait fait l’objet de critiques

projet aussi important soit susceptible d’être

de la part de certains architectes sénégalais)

confiée à un investisseur privé, sans respect

c’est le projet de l’architecte italien Ottavio

pour les lois en vigueur et l’éthique ?

Di Blasi (supposé être livré en 2006) qui

Quid du projet de Di Blasi ?

a été primé parmi les 290 sélectionnés.

La construction d’un mémorial à Dakar

Seul trace de ce projet, sa réplique de 16

est elle justifiée quand les équipements

mètres de haut (on est loin des 135 mètres

culturels qui existent (aussi bien à Dakar

du projet d’origine) construite à Gorée sur

qu’à Gorée) rencontrent des difficultés

les hauteurs de Castel . L’édifice dédié à

faute de moyens ?

l’Afrique et à sa Diaspora est parrainé par

A quoi ont servi les fonds alloués chaque

1

1

Surplombant l’île sur sa pointe

sud, le Castel constituait une position stratégique et offre aujourd’hui un large panorama sur le continent. Face à l’ouest le Fort Saint-Michel y fut construit par les Français en 1892. En 1907 on y installa un télémètre permettant de mesurer l’éloignement des navires afin de régler les canons. De l’autre côté un canon d’une portée de 14 km permit à la France de Vichy de couler un bateau anglais le 23 septembre 1940. Saboté par les Français au moment de l’indépendance, il n’avait jamais resservi.

103

année à la coordination du projet qui dépend aujourd’hui du ministère de la culture ? Ce projet phare qui suscitait l’engouement de la communauté internationale et dont la symbolique et les enjeux dépassent les frontières du continent africain est en train de devenir le symbole de l’absence d’éthique et du mépris des règles de bonne gouvernance. Doit-on le rebaptiser Mémorial de la HONTE ?

A gauche : Photo prise sur le site du futur mémorial, ©Erick hahounou De haut en bas : - Vue en perspective du projet de Alena Mocová - Vue en perspective du projet de Otavio Di Blasi

« Le Mémorial de Gorée n’est pas un projet politique. C’est, au contraire, un projet culturel rêvé et voulu par les intellectuels du monde noir. »


DESIGN

IFEANYI OGANWU SHAPING MATTER By Olivia Anan Photos : Gilles Pernet

Born in Nigeria, Ifeanyi Oganwu was trained as an architect at top schools in Chicago, London and New York. His unique approach to experimenting with materials has garnered attention at renowned international design shows such as Design Miami and Milan Design Week. For this issue, the young designer who once caught the eye of John Ronan and Zaha Hadid sat with us to talk a bit about his ongoing and future projects. 104


How did you come to architecture and

Paris, London or Miami?

then to design?

the work speaks for itself with the utmost conceptual clarity.

I grew up in my father’s architecture and

I’m yet to exhibit in London but that’s about

urban planning practice, so you could

to change with the forthcoming PAD London

How important for you is the commercial

say I came into architecture from a very

art and design fair taking place in October

part of design? Right now, your work is only

young age. My interest for design came

at Berkeley Square. My Dutch gallery Privee-

available in very limited editions, so will you

from my training in architecture, which

kollektie, who already introduced the Bulgy

consider mass production in the future?

placed a huge emphasis on interdisciplinary

mirror/console at Design Miami/Basel, will

approaches to viewing, discussing and con-

I’m very open to creating work for mass

ceiving the facets of our built environment.

production and look forward to the opporbe able to present it with a new audience;

Tell us a little more about your recent

the work will also travel again to Miami in

projects. When I met you in Paris for the

December.

tunity to do so with the right partners. Africa and Design : Do you think the con-

Designer’s Days, several of your designs,

tinent is ready for design as an industry?

among which the Contoured Crater desk

How do you think we could adapt the

and side table, the Ren table and the Tootsie

international design model to fit African

rug were exhibited at the Galerie Armel

populations’ consumption behavior, and to

Soyer. What’s the story behind each of these

give the continent’s designers an opportu-

pieces?

nity to reach the local market?

My first solo show entitled, “Look Mum,

Design has a role to play at many levels of

No Hands” held at Galerie Armel Soyer was a

the continent’s development; I believe that

great opportunity to present the ideas and

South Africa is making the push in the right

concepts driving my practice. The works

direction with Indaba and other initiatives.

selected for the show investigated the relationship between materiality and topol-

Do you follow the work of fellow designers

ogy; craft and engineering; architecture

from Africa and the diaspora? Who / whose

and design. With the works in marble – Ren

work inspires you?

table and Tootsie rug, I explored adaptability, lightness and transformability, themes

While showing work with Perimeter over the

not usually associated with the heaviness

last year plus, I had the privilege and delight

of marble. Ren is a dynamic form extracted from a single block of marble, whereas Tootsie consists of a constellation of marble

to be shown with David Adjaye and Cheick Bulgy © Ifeanyi Oganwu Priveekollektie Miami Basel 2013 Photo: Ian Scigliuzzi

tiles that are combined into a rug. Lastly,

Diallo. In April I did a show with AAF gallery Lagos entitled Designing Africa: Appropriating Culture, Mediums and Meanings, the

with the Contoured Crater desk, fifty plates

What is your personal approach to design?

exhibition brought together an exciting

of birch plywood were stacked in a gravity

And if you should name 3 rules when work-

range of young practitioners from both art

defying manner, as if stretched between

ing on a project, what would they be ?

and design, further probing their blurred

the brushed steel writing surface and the

boundaries.

mirror-polished base of steel which anchors

I don’t really have a formula but I tend to

the work and reflects the ascent.

approach most projects by reducing the

And without considerations of national-

design challenge to its essence, that way

ity, period or background, which designer

105


/architect would you say has had a major

think are doing great? Any advice for aspir-

influence on your work? Would you identify

ing young architects and designers?

yourself as part of a specific architectural/ design movement?

As an architect, what would your own dream home be like?

For the design of outdoor displays for LagosPhoto Festival 2013 taking place in

A dream home would be a large and simple

My past experience working with John

late October, I served as a facilitator at a

space with great views, lots of wonderful

Ronan Architects, Zaha Hadid Architects,

summer workshop organized by the African

furnishings and beautiful art on the walls. I

AKT II Structural Engineers, and collaborat-

Artists’ Foundation, where I acted as a crea-

love the thought of being surrounded with

ing with fashion designer Hussein Chalayan,

tive mentor for architecture students from

inspiring works that can both challenge and

have been influential to my development.

the University of Lagos and design students

enlighten.

I wouldn’t say that I’m part of a specific

from Yaba College of Technology. Together

movement but my work is aligned with

with the Lagos State Government, the AAF

digital design and fabrication.

have initiated a special program – Capac-

Tell us a little about your future projects…

ity Development Integration, with the aim

Currently working on an expansive col-

Let’s be a bit critical about Africa : What are

of offering students a way to work experi-

lection entitled Dirty Dozen, where I’m

the continent’s biggest architectural woes

mentally outside both institutional and

exploring relationships between affective

and wins, in your opinion? Which project

commercial settings. The program is at early

qualities of cinematic space and design.

would you give a prize to and which one

stages so I look forward to its maturity.

Varying in complexity and materiality, the

deserves a shame award?

collection will be a conclusion of sorts on You like experimenting with materials:

the areas of research that have run through

Coming from Nigeria I can only speak of

wood, marble, industrial materials… What

most of the projects thus far.

my firsthand experience because I haven’t

materials inspire you for African design

travelled extensively on the continent. The

today and tomorrow? For the world?

Your dream ?

planning and the implementation of zoning

For the workshop we looked at wood,

It would be great to work on a tower or

laws. I find many state and federal levels of

bamboo, rope and other sustainable materi-

bridge, perhaps a hybrid tower/bridge...

government to be ill-equipped in address-

als readily accessible in Lagos, I’m usually

I find the challenge of combining every

ing the planning issues that need to be

inspired by the performative aspects of

aspect of these typologies towards a techni-

addressed before we initiate the conversa-

a material ranging from structure to its

cally sound end result stimulating.

tion about what’s happening at the building

appearance or texture.

main issue I find has to do with poor urban

scale. On a different note, the Aga Khan Award for Architecture highlights architectural gems in the continent, raising their public interest from the international community. What are your thoughts on architecture/ design and education in Africa? How do you think we could improve the training young students in the field receive, beyond better equipment and facilities? Any schools you

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From Left to Right: Tootsie Full Circle/Splice Splice © Ifeanyi Oganwu Opposite Page: CCD © Ifeanyi

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DESIGN

L’ASSISE DES SENTIMENTS

Par Louisa Babari Photos : Thibault Montamat

Kiti Makasi aurait pu être le nom d’une

Code noir. Le nom est resté dans la famille.

mobilier à la jonction de deux cultures, du

héroïne congolaise, née dans un village de

Sandrine Ebène de Zorzi est née en 1977 à

design et du savoir faire.

la forêt de Mayombé et devenue guerrière,

Kinshasa. Sa famille émigre à Bruxelles puis

« Le projet Paris-Kinshasa affirme Sandrine

puis espionne au service de mouvements

déménage en France, à Paris. L’obtention

Ebène de Zorzi, n’est pas un projet

indépendantistes marxistes du Congo

de son baccalauréat lui fait poursuivre

d’import de mobilier africain. C’est surtout

Belge. Mais c’est le nom d’une chaise.

des études chaotiques, architecture puis

la recherche d’un éclectisme métissé, où

Une chaise, oui. Une simple chaise, oui et

histoire de l’art, qu’elle ne poursuit pas. Elle

la finesse des matériaux naturels mis en

non. Simple dans sa ligne, sobre dans sa

rentre dans un service hospitalier comme

oeuvre, le travail unique du bois brut,

relecture de l’œuvre DSW de Charles Eames,

aide-soignante mais elle a le courage de

la simplicité formelle des assemblages,

dessin qu’elle honore dans sa rondeur

monter un dossier pour entrer à l’école

triangulaire, dont elle repense les pieds,

Boulle, École Nationale Supérieure des

industriels et hollandais dont la tôle d’acier,

Arts Appliqués. Elle sera admise et sortira

peinte en noir date de 1953. La simplicité

diplômée en 2012. Charles Henri Boulle

se marie à la sobriété de sa facture, de sa

était l’ébéniste de Louis XVI. Il s’occupait

composition. Le bois est brut, massif, bois

du mobilier du Roi dont la valeur comptait

de Kambala, rouge-brun, parfois Iroko,

avec les incrustations en bois d’ébène.

grain fin, lamellé – collé. Huit kilos pour

Naissait l’ébénisterie. Sandrine Ebène de

en supporter quarante, quatre-vingts ou

Zorzi débute sa carrière auprès de maîtres

davantage. Tout dépend des émotions, de

ébénistes spécialisés dans la restauration

ce qu’elles pèsent. Chaque pièce est unique

de mobilier ancien, notamment chez

et numérotée. Elle est conçue dans un

Christophe Chauvet et aux Ateliers de

projet d’édition de mobilier entre Paris et

Restauration et Travaux Muséographiques

Kinshasa, à la frontière du Design, de l’Art

du Musée du Louvre. Elle décide de monter

et de l’Artisanat. Cette frontière se dilue,

son propre atelier d’ébénisterie et crée sa

dans la forêt tropicale de la République

marque, EbèneSand. Celle-ci met en oeuvre

Démocratique du Congo, l’une des plus

une édition de mobilier collaboratif entre

vastes du monde, et dont les elfes se

Paris et Kinshasa. La chaise Kiti Makasi est

permettent de revisiter les canons du

nomment Afromisia, Wenge, Sapelli, Sipo,

sa première réalisation. Elle est le fruit d’une

design ».

Iroko, Kambala et Ebène.

rencontre avec l’ébéniste congolais Michel

Sandrine Ebène de Zorzi aime le bois et

Ebène. C’est aussi le nom de famille de

Vamba Tiwete. Rencontres professionnelles

l’esthétique du design américain et suédois

la créatrice. Le nom du père, issu de

équitables qui permettent le travail de

des années cinquante et soixante. La chute

lointains ancêtres hollandais, souvenir

menuisiers, ébénistes et ferronniers

de Mobutu a permis une politique de

d’un bateau négrier qui s’appelait Ebène.

congolais et de développer une ligne de

reforestation massive au Congo, à la fin

108


des années 1990. Les artisans congolais essaient dorénavant de travailler avec du bois « autorisé ». Le Kambala et le Tola sont deux arbres qui poussent rapidement et qui sont résistants à l’eau et aux insectes. Le Wenge est un bois plus rare et plus cher. La petite entreprise travaille avec des familles de forestiers et achète « juste ». La chaise de Sandrine Ebène de Zorzi est bien l’héroïne de la forêt congolaise. Kiti Makasi signifie «  chaise forte » en lingala. Son assise est forte, solide. A l’image de la robustesse du Kambala, elle pose et en impose dans le temps, dans un esprit d’amarrage, de permanence. Le dossier est haut, l’assise droite. «  Il faut se tenir droit. Le cou bien droit » disait la famille qui estimait le port du cou des femmes. Le port qui donne bonne allure est resté. Etre assis droit pour suivre une même idée, être présentable aux yeux et aux oreilles des autres pour pouvoir échanger. Palabrer en communauté dans la tradition philosophique africaine et celle des salons humanistes du XVIIIe en Europe. La chaise Kiti Makasi est conçue dans cet esprit de salons et son âme évoque la puissance de l’Esprit. Elle est contemporaine à ce titre. « Innovez en dernier recours » avait dit Charles Eames. La chaise Kiti Mikasi a été présentée par la galerie Mille Design aux Puces du design, à Paris Bercy, en mai 2013. Elle sera exposée lors de l’évènement AFROPOLIS du 3 au 8 octobre 2013 au 7 rue des Filles du Calvaire, Paris 3ème (Paris fashion week) ainsi qu’au Comptoir Général en novembre 2013.

109

Kiti Makasi © Ebènesand


DESIGN

Wearing E-Motion By Tamara Leacock, Fashion designer and artist based in Brooklyn, New York

110


This summer was quite the e-motion,

distress, psychic imprisonment, cultural

plaza at the center of the city where such

keeping in mind the word’s etymology,

anxiety, social anxiety, emotions propelled

actions often take place, and sought to

“Out of motion.”

by the potential of challenging body on an

settle this Humanity vs. Monsanto debate

This summer I traveled from New York

issue that has affected bodies back home

in the most fair way as possible: a dodge

to Paris for the first time. Then from the

and around the world.

ball game. Each side enlisted help from

backstage of couture fashion week, I

the crowd, with only the side of Humanity

continued my “e-motion” from the fashion

So, led by world renown artist and activist

achieving, and in the end...fairly and

world to San Cristóbal de las Casas, where

Jesusa Rodriquez, and digital activist/

squarely, Humanity/The People of the Corn

revolution and couture are woven into the

prankster Jacques Servin of the Yes Men,

won, and most importantly, the very person

very cultural fabric of the city.

and alongside the actors/activists of

who won the game was a young woman

While in Mexico, I continued my e-motion

Fortaleza de la Mujer Maya and world

from the area who just happened to join

from merely passing through the worlds

renown activist group Yuyachkani, we

in. In this act, we brought hypervisibility to

of fashion and the wearable as passive

explored how to use our bodies, and

an all too pressing issue, but most critically

participant, to activated protestor.

the refashioning of our bodies, to raise

we succeeded in dialoguing with quite a

awareness in San Cristóbal, and Mexico

number of children who may not know the

I alongside 40 other activists, artivists,

worldwide, of the spread of genetic

politics of GM, but knew that “Monsanto

scholars from around the world, and

modification and its continued impact on

is bad because they are trying to take the

particularly across the American

humanity.

corn.”

Hemisphere, participated in a wearable art

We took to the streets, in naturally dyed

/ body art protest against the genetically

pigments, fabric, food scraps, as two

This visual / aesthetic /refashioned action

modified agriculture where we debated,

theatrical sides: HUMANITY/ People of the

was accompanied by a digital one, where

protested, and marched in the name of

Corn and a re-fashioned interpretation of

members of the collective, Sin Maíz

social visibility, land rights, and the right to

the corporate beast, Monsanto.

No Hay Vida, created a false website

live without GM.

We succeeded in drawing a great crowd

impersonating Monsanto and declaring

in the Plaza de la paz y la resistencia, a

pre-emptively their expansion plans. And

When we arrived to San Cristóbal de las Casas, Chiapas, Mexico, we were presented with a problem. Monsanto, the creators of Agent Orange and the company responsible for the bulk of genetically modified foods in the U.S. food supply chain, was looking at Mexico as its next market, and in particular, Mexican corn. And we were faced with the task of, through the act of a protest, through the motion of moving through the streets, donned in hypervisual garb and thus embodied sartorial protest, calling local, national and GLOBAL attention to an issue that lead to the destruction of a people. The emotions we felt? Confusion, anger,

111

Above : SinMaiz5 – Diana Taylor Opposite page : ReciclaGEM – Spring2014 – SinMaizNoHayVida2 - Tamara Leacock


the company responded accordingly, bringing this dialogue from the symbolic but nonetheless real life embodied battle on the dodgeball field of Plaza de la Resistencia to the symbolic digital embodied battle over the internet ethers. Motioning through real and digital worlds, the new e-motions that we felt? Inspiration, adrenaline, joyful confusion, solidarity, vitality, affirmation. In this overly chemicalized world, what can we do? Where do we stand? Continuing the conversation from a transnational to a hemispheric to a GLOBAL level so that Humanity DOES win in the end? How? By electing organic, staying active in our food and FABRIC consumption, making our governments and the multinational corporations listen while making sure that everyone in our lives is informed, conscious, and equipped to make the best nourishment and consumer decisions they

ReciclaGEM – Spring2014 – SinMaizNoHayVida - Mellie Yap

can through various platforms, whether it be blogs or fashion collection presentations

ethical lifestyle site, Magnifeco.com, the

sartorial traditions, and bold red, magenta,

to spread the awareness.

New York Fair Trade Coalition with amazing

black, and naturally dyed hemp, jersey, and

hosted by free NYC co-working space, the

sheet fabrics reclaimed and re-energized

And thus this week, I had the opportunity,

Wix Lounge and with amazing makeup

with the new purpose of social art.

alongside two of the art activists from the

sponsored by the Body Shop.

Mexican protest, to feature a collection of

The collection featured 7 pieces, each

The emotions felt from this action?

7 pieces, inspired by the act, inspired by

representing different aspects of vitality,

Inspiration, peace, and creative exhilaration

the necessity to continue this conversation

and in total, the ancient environmental

that we can as humanity, as individuals,

of Sin Maiz No Hay Vida on the catwalks

philosophy of maintaining the planet not

artists, activists, scholars, AND ethical

of New York Fashion Week, and inspired

simply for this generation to enjoy, but the

companies, move through our planet

by the needs to build upon the e-motions

subsequent seven.

as a space of beauty, wonder, and joy, maintained for us and the subsequent

generated through our moving sartorial protest. The collection was showcased at a

The pieces were highly embroidered with

phenomenal New York Fashion Week event,

hand-sewn smocking, reminiscent of the

Fair Fashion Runway, the best event of the

textural beauty of the corn crop, gold and

season featuring designers and companies

graphic fabric quilted into huipiles inspired

committed to ethics and humanity. The

silhouettes, hair and makeup recalling

show reflects a collaboration between

highly textured and e-motive global

112

seven generations to follow. Tamara Leacock ReciclaGEM, Creator Site: www.atelierreciclagem.com Blog: www.reciclagem-themovement.com Facebook: www.facebook.com/reciclagemny


SinMaiz13 – La Jornada – 15 August 2013

« This summer was quite the e-motion, keeping in mind the word’s etymology, “Out of motion.”» “We took to the streets, in naturally dyed pigments, fabric, food scraps, as two theatrical sides” 113


EXHIBITION REVIEW

BANG! BANG!

To Darkness, Charlotte And Other Songs; The Body At Risk

Auteur Marc Johnson Photos: © Tom Bisig, Basel

STEVE MCQUEEN AT SCHAULAGER

114

Steve McQueen (16 March - 1 September 2013) at Schaulager This Page : Charlotte, 2004, installation view, Emanuel Hoffmann Foundation, Courtesy the Artist © Steve McQueen Up opposite page : 7th november, Emanuel Hoffmann Foundation, Photo at Marian Goodman Gallery, New York, 2005, Courtesy the Artist / Marian Goodman Gallery, New York / Paris, and Thomas Dane Gallery, London, Photo: John Berens


Abstract : « BANG ! BANG ! to Darkness, Charlotte and other songs; the body at risk » is a subjective attempt to comprehend what happened in recent years in Contemporary Art especially in the form of video-art and performances. As a “textbook case”, the text’s origin describe fragments of the Steve McQueen retrospective at Schaulager, James Coleman exhibit at the Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Tino Seghal’s “This Variation” constructed installation at Documenta (13) and Anri Sala’s work at Serpentine gallery and Centre Pompidou.

A

situation

things past strike the memory of a Marian

Schaulager: a new building type?

Goodman show, seen in 2011. That was « Static ».

What is the point of a Schaulager, of a building in which art is stored but still accessible for the public to view? What ideas

1 STATIC (2009)

about art and the strategy of collecting are

35 mm colour film, transferred to HD

involved, and what is the best architectural

digital format, sound, 7 minutes 3 seconds,

and urban development concept for it?

continuous projection

HERZOG & DE MEURON

The first work we encounter in the

When we first encounter « Schaulager »

earthly material as the warehouse, the

exhibition is « Static ». The room is large,

there is this inevitable joy of fulfillment. A

distance between you and the building’s

dark yet the right side of the space opens

warm smell of mud. The kind of golem full

monumentality is broken. You access a large

to the corridor of the Schaulager. One/

of thoughts that has been anchored there to

and heavy glass door that you pull. You

transform your soul. The geometry’s façade

made it into the Schaulager.

draws a cavity that is calling you from afar. Two gigantic screens have been added

The lighting reveals itself and strengthens

to the polygon to reflect the presence of

as we go along. A surprising perspective

what’s inside. The scratched earthly material

effect accelerates our perception of this

used for the “skin” of the construction

sort of atrium rising through the full height

seems to protect this house of marvels.

of the building’s interior. As we pursue

It appears as if a projection made out of

our way to the ticket office a charming

earth from the immediate surrounding had

small yet furnished library teases from

been directly applied onto the wall. It gives

the top of its wooden furniture. A hostess

a natural quality to the building that only

is giving you a sticker, a booklet and a

Herzog & De Meuron would know how to

card with three entrances to the Steve

achieve.

McQueen’s exhibit. A café is also there on

As soon as you pass the somehow

the left, empty.  Suddenly, my excitement

guarded entrance made out of the same

encounters a thud : a remembrance of

115

Cover Exhibition Booklet Steve McQueen


third into the exhibition space, images

is a rare focus. As far as 1944, Merce

are projected on a large screen of approx

Cunningham’s piece untitled Root of an

2,5 meters in width. The work is a restless

Unfocus* was concerned with fear many

movement turned around like a question :

works presented at Schaulager were

the sound, the motion, the State ? We hear

pointing at the finitude of the human being

the deafening racket of an invisible helicopter

and recorded actions to struggle against it.

circling the Statue of Liberty on Liberty Island in New York harbour. (p. 11. of the exhibition

*The dance was concerned with fear. It began

booklet)

in conscious awareness of something outside

At first it seems related to « Drumroll » : an

the individual, and after its passage in time

experiment with the camera on the act of

ended in the person crawling out of light. The

recording. This three-channel colour video

time structure allowed for this in a way that I

projection and sound describes the artist

felt more conventional structures, i.e. theme

through the streets of Midtown Manhattan.

& variation, ABA would not. It was in 3 large

A machine tinkered rolls. An oil barrel,

sections, each section according to its tempo

three cameras filming through openings

structured in lenghts of 8 – 10 – 6 beats.

left, right and front is witnessing at a lower

The time structure was a square root one so

level, the street and the artist walking.

Section I was 8 x 8 in length, Section, II 10 x 10,

The experience of watching this work is

Section III 6 x 6. The dance was 5’ long (1,1/2’

disorienting as the projection documents

– 2,1/2’ – 1’).

the unstoppable rotation of this new type

*Merce Cunningham, Changes: notes on

of camera.

choreography, Something Else Press, New

As many of his pieces that appear detached

York, 1968.

at first glance, naive, easy even, there

The red numbers before work titles are refering to the exhibition booklet as it was ordered in Schaulager : 1 Static (2009), 2 Bear (1993), 3 Five easy pieces (1995), 4 Just above my head (1996), 5 Pursuit (2005), 6 Deadpan (1997), 7 Current (1999), 8 Giardini (2009), 9 Mees, after evening dip, new year’s day, 2002 (2005), 10 Charlotte (2004), 11 Exodus (1992/1997), 12 Once upon a time (2002), 13 Prey (1999), 14 Drumroll (1998), 15 Barrage (1998), 16 Running thunder (2007), 17 Illuminer (2001), 18 7th Nov. (2001), 19 Queen and country (2007-2009), 20 Unexploded (2007), 21 Gravesend (2007), 22 Girls, Tricky (2001), 23 Western deep (2002), Carib’s leap (2002), 24 End credits (2012), 25 More (2001).  2 BEAR (1993) 16 mm black-and-white film, transferred to video, no sound, 10 minutes 35 secondes, continous projection Bear, 16 mm black-and-white film from 1993 bears no sound. A specific projection room has been designed by the artist for his early films at Schaulager. It is seven meters long, four meters wide and three meters high. (p.20 of the exhibition catalogue). We see two nude men engaged into an ambivalent brotherhood fight oscillating between attack and reconciliation. A strange smile lights up my face while watching this work. The viewer remains standing by or passing by this architecturally constructed free standing projection. The viewer evolves

Steve McQueen, Charlotte, 2004, film stills, Emanuel Hoffmann Foundation, Courtesy the Artist © Steve McQueen

116

on a free plan. Close-ups explore the faces


and body of the artist and his opponent. Smiles, laughters, scoffs, provocations, gestures, hugs, the body, enlightenments, breath mist, sweat are the primary elements of that 10 minutes 35 seconds, continuous projection. Side Note: For the sake of the exhibition as well as out of respect for the artist’s work, the article will skip some of the works mentioned above. To keep some of the mystery intact, or perhaps to create a gargantuesque envy to discover his work, rediscover it or experience his future shows. For whom frustrated by that trashy cut you will be able to see his new feature film « Twelve Years A Slave » starring : Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Benedict Cumberbatch, Paul Dano, Garret Dillahunt, Paul Giamatti, Scoot McNairy, Lupita Nyong’o, Adepero Oduye, Sarah Paulson, Brad Pitt, Michael Kenneth Williams, Alfre Woodard soon on the big screen ! From september 5th – 15th 2013 at tiff. The Toronto International Film Festival. 18 7TH NOV. (2001) Single 35 mm slide, sound, 23 minutes 7th NOV. was the most emotionally engaging piece presented at Schaulager. A single 35 mm slide projection, sound and a bench. For about 23 minutes we hear a monologue from Marcus, the artist’s cousin, who has changed his life forever. On the date that gives the film its name, he was attempting to put the safety on a gun and inadvertently loaded a bullet which went off and fataly injured his brother. (p.23 of the exhinbition booklet). Marcus speaks rapidly and vividly as in a transe. The tone of his voice is somehow weak and he seems to be sobbing. The presence and permanence of the slide projection makes

117

End Credits, 2012, installation view, Courtesy the Artist / Marian Goodman Gallery, New York / Paris and Thomas Dane Gallery, London © Steve McQueen

you focus on the voice as your vision starts

life?

to merge with the image. I was personally seating at the back of the space, behind the

21 GRAVESEND (2007)

bench, alone. It was my second day of visit

35 mm colour film, transferred to HD digital

at Schaulager. Around 8 hours had passed

format, sound, 17 minutes 58 seconds

since I first engaged with Steve McQueen’s

Gravesend, 35 mm colour film begins

work. This piece was somehow biographical

in a highly sophisticated, robotically

and personally engaging, as I realize that

manufactured laboratory. Exchanges of

anyone, including me, could have been in

materials from one recipient to the other,

Marcus’s position.

then blindness arises. The screen : yellow-

Siegfried Kracauer in his classical « Theory of

flakes-melting. A melting liquified material

film : the redemption of physical reality » is

has been transformed and transported

refering to NANOOK, PAISAN and POTEMKIN

to a shallow plate, then the rocks. The

[...] which are deeply steeped in camera-life.

sound of hitting rocks takes you out of that

But in defining them as art, it must always

mechanically cold choreographed scene.

be kept in mind that even the most creative

An anonymous black squatting character

film maker is much less independent of

hits the rocks, somehow, gem. Close-ups

nature in the raw than the painter or poet;

are examining the hands of the worker and

that his creativity manifest itself in letting

the way he extracts the goods-gem from

nature in and penetrating it.*

the rocky-mud. Then a factory and a scene

*Siegfried Kracauer, « Theory of film : the

where the harvested material is transformed

redemption of physical reality », Princeton

into powder through mechanical process.

university press, 1997, p.46.

The sound is very present and bleak as if

That is perhaps why I felt that all the work

you were crushing glass from your own

presented seemed so profundly anchored

mouth.

in Steve McQueen’s belief, that it became

The booklet reports : The film Gravesend uses

crucial for me. Crucial to understand what

a documentary approach to focus on

was happening there on July 10th 2013 in

the mining of coltan*, employed in the

Basel. How did it relate to me? or anyone

manufacture of cell phones, laptops and other

else? How come each one of these pieces

high-tech apparatus. The film cuts between

had the power to be sealed into someone’s

two sites : a technological, highly automated


industrial plant in the West where the precious

conflict of the militia in the Democratic

24 END CREDITS (2012)

metal is processed for the final production of

Republic of the Congo, where decades of civil

Sequence of digitally scanned files, sound,

microelectronic parts, and the central Congo,

war have cost several million human lives.

continuous projection

where miners use simple shovels or their bare

*Coltan (short for columbite–tantalite

One of the most recent installations in

hands to extract, wash and collect the ore

and known industrially as tantalite) is a

the exhibition is dedicated to the African-

on leaves. In the Congo, the dirt and clumps

dull black metallic ore from which the

American singer, actor and activist Paul

of ore are barely distinguishable, while in

elements niobium (formerly “columbium”)

Rabeson (1898-1976). The thousands and

Static, 2009, installation view, Emanuel Hoffmann Foundation, Courtesy the Artist © Steve McQueen

the industralized West, the metal is weighed

and tantalum are extracted. The niobium-

thousands of pages in the file dutifully

in minute milligrams and cast in antispectic

dominant mineral in coltan is columbite,

compiled by the FBI during years of

surroundings. The realism of the film images

and the tantalum-dominant mineral is

surveillance in the McCarthy era pass by in

is intercut with a black-and-white animation

tantalite.

a screening that takes almost six hours. The

of the Congo River. Its sinuous shape conjures

Tantalum from coltan is used to

once heavily censored, now publicly accessible

associations with networking and the flow of

manufacture tantalum capacitors, used in

documents are read by male and female

communications, underscored by murmuring

electronic products. Coltan mining has been

voices. The visual and acoustic material

resembling thousands of voices in the cell

cited as a key source of financing serious

soon shifts out of kilter, essentially revealing

phone network. In the meanwhile, coltan,

conflicts such as the Ituri conflict in the

the extent of this disembodied surveillance

traded at an extremely high price, represents

Democratic Republic of Congo.

system. Instead of making a feature film,

one of the key financial factors in the armed

118

McQueen chose to pay tribute to the civil


rights activist in the form of end credits, An act of necromancy

The light realm full of whispers

discrimination, marginalization and

« I will never find the way to say how I

Darkness. A totem that some artists

persecution. A successful movie star in

love American close-ups. Point blank.

from the Marian Goodman gallery seem

the 1930s, Robeson became increasingly

A head suddenly appears on screen

to challenge since the 2000s: James

committed to political and social issues.

and drama, now face to face, seems to

Coleman, Steve McQueen, Anri Sala and

His championship of the rights of workers

address me personally and swells with an

Tino Sehgal.

and blacks, a trip to the soviet Union

extraordinary intensity. I am hypnotized.

James Coleman, who participated to

and public appearances both at home

Now the tragedy is anatomical. »

every Documenta since 1987 (except

and abroad not only made Robeson

Jean Epstein, Magnification and other

Documenta 13) made a remarquable and

one of the most celebrated figures in the

Writings, The MIT Press, October, Vol. 3,

refined exhibition at the Museo Nacional

African-American movement; he was

1977, trad, Stuart Liebman, p.9.

Centro de Arte Reina Sofía, (25 april –

also perceived as a serious threat to the

« Jamais je ne pourrais dire combien

27 august, 2012). Curated by Manuel

paranoid anti-communist, conservative

j’aime les gros plans américains. Nets.

Borja-Villel, director of the museum since

politics of the Cold War.(p.30 of the

Brusquement l’écran étale un visage et le

2008, this tremendous show divided

exhibition booklet)

drame, en tête à tête, me tutoie et s’enfle

into four different spaces of the museum

Steve McQueen was the commissioned

à des intensités imprévues. Hypnose.

was a landmark in the history of art

official UK war artist (Iraq) by the

Maintenant la tragédie est anatomique. »

and motion images of the recent years.

Imperial War Museum’s Art Commissions

Jean Epstein, Bonjour Cinéma, 1921 &

Playback of a Daydream, 1974, Clara and

Committee in 2003. End Credits (2012)

Écrits sur le cinéma, éd Pierre Leprohon,

Dario, 1975, Box (ahhareturnabout), 1977,

is a good start to fully appreciate

Paris, Seghers, 1974, t.I, p.93.

Seeing for Oneself, 1987-88, Retake with

the political engaging mind of Steve

Since every casual glance is an act of

Evidence, 2007 were shown among other

McQueen. Illuminer (2001), Queen

necromancy, each face that we love

historical works. A great catalogue, «

and Country (2007-2009) are directly

a mirror of the past*, how does Steve

James Coleman » was published as well.

referring to war. Queen and Country in

McQueen, by recording physical reality

[...] Two and half billion seconds. Hard to

a form of a commemorative Oak cabinet

and constructing his own lands, achieve

believe so few. From funeral to funeral.

and the latter as a daily life document

such wonders?

Funerals of … he all but said of loved ones.

recording war oriented TV news.

* Proust, The Guermantes Way.

Thirty thousand nights. Hard to believe so

The Steve McQueen retrospective

On what earths lies its vitality ?

few. Born dead out of night. [...] Nothing

at Schaulager reveals the

What eras could have been erecting such

to be heard anywhere. Room once full of

uncompromisingly line of engagement

consciousness ?

sounds. Faints sounds.[...] Night after night

of the artist. He is continously

On what grounds does his work

the same. Birth. Then slow fade up of a

experimenting on the camera at work,

produces the body at risk® ?

faint form. Out of dark. A window. Looking

the political, form of Governance (Static,

« Body » is to be heard both as the entire

west [...] Ditch. Bubbling black mud. Coffin

Hunger, End Credits), darkness, the

physical structure of an organism (the

out of frame. Whose? Fade. Gone. [...]

body at risk, pace and time travelling.

artist’s body and the camera), a group

Alone gone.

As you set off to encounter his work,

of individuals regarded as an entity

be prepared to be transformed in the

(the viewers) and the sound box of an

process. Not only transformed as a

instrument (the dark room) that Steve

citizen but most likely as a father, a

McQueen is taking as primary elements

Samuel Beckett, A piece of monologue, The Complete Dramatic Works, ed Faber and Faber, 2006, p 426-429.

brother, a mother, a sister or a cousin.

for the metamorphosis of our being.

Few steps (7-9) into a corridor, voices

literally bringing to light the devastating nature of this politically motivated

119


and darkness. Some sixth sense is telling

windows were covered. The largest facade

you to stop. You hear voices. Recorded ?

of the « Galerie sud » was left open only for

Perhaps! You eventually move a few steps

the viewers inside of the gallery space. A

further then you realize that you have been

thin layer of darkness (visible light filtering

encapsulated into a performance: “This

through window films) was applied.

variations” by Tino Sehgal at dOCUMENTA

In conclusion, it seems that those artists are

(13). Your eyes are becoming accustomed to

fundamentally reconfiguring time based

the Dark. You passed. You are into it. We’ve

art by using darkness, storytelling, live

all been swallowed up by the darkness.

performance, voice, and the body as their

Joy ? Serendipity ? Womb ? Let go ? Mojo

primary material. Moreover, the position of

? “The income derived from producing

the viewer is reset and leads him to engage

things of slight consequence is of great

more with the work as he moves on free

consequence,” someone is speaking. “No”

plans.

from elsewhere in the room. “The income

Richard Schechner was defining

derived from things of little consequence

performance in 1973 in the Drama Review

is of great consequence”, again. Suddenly

as a ritualized behavior conditioned/

they all move, urban, youth. After an hour

permeated by play. Drama, script, theatre,

I sort of cultivate a friendship with one of

and performance were redefined and those

the performers. She looks at me ? One of

artists are pushing the boundaries to a new

the performers is high, is threatening me,

level.

challenging my body. Are we inside a cave ?

Even more astonishing  as we remember that Steve McQueen, Anri Sala and Tino

Anri Sala has also made his statement

Sehgal are so called “artists in their mid-

regarding motion images and the

career” in between 44 years old and 37

playfulness of the darkroom. In his

years old. They have at least 3-4 decades of

Serpentine gallery show (1 October – 20

full institutional support as well as galleries

November 2011) curated by Hans Ulrich

worlwide. The icing on the cake will be the

Obrist, most of the works presented were

opening of the Kramlich Residence and

playing in echo with a live performance as

Media Collection  in Oakville, California,

their starting point. A perforated pattern

USA. One of the most important private

was carved through walls covering the

collections of media art featuring Steve

windows, and creating openings to the

McQueen, Jeff Wall, Matthew Barney,

outside that allowed the sounds of the park

Reinhard Mucha, Charles Atlas, Dara

and the gallery into the dialogue.

Birnbaum, Joseph Beuys, Andy Warhol,

In the Centre Pompidou, Paris, for his

Keith Tyson, Jeff Koons, Ryan Trecartin,

monographic exhibition, curated by

Nam June Paik, Doug Aitken, Bill Viola, Joan

Christine Macel, (3 mai 2012 – 6 août 2012)

Jonas, Yves Klein and much more.

Anri Sala created a specific disposal for his work. Most of the exhibition at the « Galerie sud » is available to the passers-by as it is in the ground floor. However for this show, the Steve McQueen’s biography

120

“The Steve McQueen retrospective at Schaulager reveals the uncompromisingly line of engagement of the artist.”


Bear, 1993, installation view, Courtesy the Artist / Marian Goodman Gallery, New York / Paris and Thomas Dane Gallery, London © Steve McQueen

Steve McQueen was born in London in 1969; he lives and works in Amsterdam and London. From 1989 to 1990, Steve McQueen studied at the Chelsea College of Art and Design, London, and from 1990 to 1993 at Goldsmiths College, London. He continued his studies from 1993 to 1994 at Tisch School of the Arts, New York University. In 1999, he was guest artist of the DAAD Artists-in-Residence programme in Berlin. Steve McQueen has received many grants and awards for his work as an artist, including the ICA Futures Award (1996) and the Turner Prize (1999). In 2009 he represented Great Britain at the Venice Biennale. In parallel with his artistic work, Steve McQueen has been making feature films, for which he has won numerous awards. In 2008 he was awarded the Camera d’Or at the Cannes Film Festival for his film Hunger, and in 2011 his film Shame was granted the FIPRESCI Prize for Best Film at the Venice International Film Festival. In 2003 Steve McQueen was commissioned official UK war artist (Iraq) by the Imperial War Museum’s Art Commissions Committee. Already an Officer of the Order of the British Empire (OBE, 2002), Steve McQueen was appointed Commander of the Order of the British Empire (CBE) in the 2011 New Year Honours for services to the visual arts. Exhibition Catalogue Steve McQueen. Works – Catalogue raisonné Accompanying the exhibition at Schaulager, Basel, the richly illustrated catalogue presents a comprehensive survey of work created by Steve McQueen between 1992 and 2012 and attests to the scope and intensity of his career to date. The catalogue comprises essays by Cameron Bailey, artistic director of Toronto International Film Festival (TIFF), Okwui Enwezor, director of the Haus der Kunst in Munich, James Rondeau, curator of contemporary art at The Art Institute of Chicago, art theorists Georges DidiHuberman, from the École des Hautes Études en Sciences Sociales in Paris, and Jean Fisher, and a conversation between Steve McQueen and Adrian Searle, art critic for the British newspaper The Guardian. Furthermore the publication includes a comprehensive exhibition history and bibliography.

121


EXHIBITION REVIEW

El SY PEINTRE EPISTOLAIRE Par Carole Diop Images : Courtesy de l’artiste et la galerie Bookoo

En juin dernier, El Hadj Sy (El Sy), figure majeure

Bien que l’artiste ait eu des a priori sur cette

la situation politique et sociale du Sénégal

de l’art contemporain sénégalais, était exposé

technique, très répandu au Sénégal, en

aujourd’hui. Peindre sous verre était pour lui

à la galerie Bookoo. L’occasion pour le public

raison de son caractère « populaire », il fini

un défi, qui l’obligeait à concevoir ses œuvres à

sénégalais de découvrir ses « Lettres de verre » .

par se laisser séduire par la fragilité du verre

l’envers.

A travers cette série composée d’une trentaine

et par ses reflets. Il voit dans la transparence

de pièces, El Sy redonne ses lettres de noblesse

de ce matériau une allégorie « inversée » de

Sy choisi de déroger à la technique

à la peinture sous verre et la réinvente.

avec un «effet miroir» puisque celle-ci sera

traditionnelle du « fixé sous verre » où l’oeuvre

1

ensuite retournée, tout en gardant en tête

est réalisée d’après maquette. Il crée ses

sur verre inversé) est une technique unique

que la couche peinture en premier, sera la

images sans préparation préalable, presque

qui impose que le tableau soit réalisé à

première couche visible. Le verre sert à la

instantanément, en utilisant différentes

l’envers. L’artiste doit composer son œuvre

fois de support et de vernis protecteur.

techniques (coulure, gravure, gestes délicats au

1

122

La peinture sous verre (ou peinture


pinceau, mosaïque…). Avec « Lettres de verre » El Sy s’adresse à des figures iconiques connues telles que les présidents Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, et Macky Sall, Pierre Lods2 ou encore la créatrice Oumou Sy, mais aussi à des inconnues (le rappeur, le talibé, le militaire). Ces « lettres » n’obéissent à aucune règle épistolaire, chacune d’elles étant unique. Le peintre crée à partir d’images et de couleurs, son propre langage, sa propre syntaxe, une « syntaxe visuelle ». A travers ses « lettres de verre » le peintre s’interroge sur la capacité des artistes, par le biais de leurs œuvres, à créer des liens entre les individus et assume une fois de plus son côté engagé.

2

Pierre Lods est le fondateur de

l’École des Peintres de Poto-Poto, qui vit éclore de nombreux talents picturaux congolais. Cette structure naît en 1951 dans le quartier Poto-Poto à Brazzaville

123

El Hadji Sy est né en 1954 au Sénégal. Diplômé des Beaux-Arts de Dakar en 1977, il s’est longtemps impliqué dans la défense et la promotion des artistes sénégalais. Les cartons, les toiles, les sacs de riz défilent. Des silhouettes peintes à grands gestes. Cette virtuosité masque parfois la vraie quête d’El Sy. Il ne veut s’enfermer dans aucun style, refuse d’être prisonnier d’une image stéréotypée de son travail. Il est aussi photographe, homme de théâtre et écrivain.


EXHIBITION REVIEW

ELLEN GALLAGHER Black to the future By American Filmmaker, Karen D. McKinnonv All Photos © Ellen Gallagher

For a young African-American woman in

major UK retrospective, AxME, at the Tate

straight hair. Part of a series referred to as

the 60s, any trip to the hair salon involved

Modern in London uses the Black and Race

the yellow paintings, Pomp-Bang, 2003,

magazines of Black life such as Ebony and

Magazines as they were called in the 1930s

and Double Natural, 2004, dominate one

later, Essence. Same is still true in present

as building material for paintings to subvert

room of the gallery. The large canvasses are

day. The salon was the hub of social and

and illuminate this call for assimilation to

called paintings but when viewed from the

cultural discussion, the place to update on

side reveal just how far they expand into

local gossip and the place where a young

3D space. The images from Ebony and Our

woman’s image was shaped. The induction

World are built into layers of plasticine and

into the salon was a rite-of-passage of its

lacquer to form sculptural figures that are in

own where young women would have their

dialog with each other and with us.

hair seared straight with hot combs lifted out of burning fires or lye applied to their

In her 2011 talk at the Tate Modern,

hair to convert them into one of the many

Gallagher speaks about coming to New

ads shouting at them from the magazines.

York City and discovering these magazines

That was unless they rebelled, of course,

(Ebony and Our World) for the first time. (1)

or their parents subscribed to a different

Gallagher who grew up in Rhode Island was

philosophy than the magazines of Black life

born to an Irish American mother and an

displayed as aspirational.

African American father. Her grandfather

American artist Ellen Gallagher in her

came to America from Cape Verde, West

124


Left IGBT Gesso, gold leaf, ink, varnish and cut paper on paper -2008 Private Collection © Ellen Gallagher This page Wiglette from DeLuxe Photogravure and plasticine -2004 © Ellen Gallagher

125


Africa, creating a direct history to her

their way around the rooftop. Bacon stops

is about us and something sinister is

African heritage. Rhode Island rejected the

abruptly as they come to the edge of the

taking place. The layers of An Experiment

segregation laws of 1892 making it one of

roof. The man widens his eyes to bulge

of Unusual Opportunity, 2008, draw us

the US States to set itself apart early on in

at the interruption of movement. I am

into the uncontrollable darkness of its

the Jim Crow era. (2)

disturbed but annoyed at myself for being

puzzle like surface. This series of paintings

disturbed at the image portrayed. I ponder

is a direct reference to a long-term US

The interventions that Gallagher makes on

if the director of this ad specifically cast this

government experiment that sunk to the

the yellow paintings pushes them into the

actor to mimic and reinforce the stereotype

lowest depths of human nature. Black men

alien, rejecting the magazine advertisers’

of the minstrel that plagued African-

from the state of Alabama with syphilis

calls to a generation to forego self for the

Americans for decades. I have asked myself

were used as unknowing subjects of this

constructed self. Gallagher reconstructs

whether I was reading too much into this

experiment to document syphilis without

that history to challenge and allow us to

ad and why I’d want to question or deny the

being told and lived under the impression

construct and reconstruct in our chosen

actor from his rightful screen time and paid

that they were receiving good healthcare.

image.

work. This is a theme that resurfaces in

Jim Crow’s name was derived from a

Image is history. History is constructed.

Gallagher’s work but here it is direct and

minstrel show performer from the 1830s.

Gallagher forces us to engage and construct

soul wrenching and confronting, facing the

Thomas D. Rice painted his face with black

our own position to history. There is no

history of slow genocide of a group of black

paint and distorted features attributed to

escape from the gaze. Gallagher obscures

men. The history comes but the darkness

Black people. (3) This went on to become a

the eyes in the yellow painting series with

shafts us and denies us comfort.

name that defined an era of segregation in

blank spaces and in other work, pink and

the South and morphed into different forms

gold is dripping from the eyes.

in the series Watery Ecstatic. This is an

in the North. Gallagher uses repetition of the minstrel lips and googly lips portrayed

Bird in Hand, 2006. In an almost mystical

by minstrels in her paintings. They are a

experience, we sink into the world of

repetitive element that can be found in a

Drexcyia. Drexcyia refers to the watery

majority of her work. They are a foundation

utopian world created from the embryos

element that ties her vast body of work

of slaves thrown overboard in the middle

together. The entrance to the show

passage. (4) This is a hard history to

reveals the early works of abstraction and

stomach but the magical beauty of this

minimalism using the repetitive minstrel

expansive pirate figure on canvas draws

lips and googly eyes. They are elements

us in before the vile examination of

that will haunt us, elude us and track us

slave history confronts us. The painting

down in their unrelenting stare at us.

combines Captain Ahab from Moby Dick with Peg Leg Bates a one-legged

I had been occupied with a television ad

acrobatic tap dancer from the minstrel

prior to seeing Gallagher’s show. Kevin

circuit.

Bacon dances the conga for an innocuous

Bone-Brite, 2009, glares at us with a

UK mobile phone company advert. As the

skeleton lying across a medical table.

conga line snakes around gathering people,

The darkness is palpable not just from

a man of African descent and stocky build

the blue ink-dipped paper that makes

holds onto Bacon’s shoulders as they wind

up the layers, but we know darkness

126

We get a closer examination of Drexcyia


Left :                                                                       So Fun from Deluxe 2004 © Ellen Gallagher This Page: Bird in Hand 2006 Tate. © Ellen Gallagher

extensive series of works that Gallagher

References:

began in the early 2000s. She grew up

1-Travelling Lines Conference, Ellen Gal-

surrounded by water in her Rhode Island

lagher in conversation with Tanya Barson.

home, and she spent a semester studying

September 2011.

Oceanography on a research vessel. We are fully immersed into the underwater Black Atlantis that Gallagher presents to us. In Watery Ecstatic, 2003, we get close-ups of the residents of this world and mythical, mystical world. The harsh reality of their creation story is always present but the beauty of the inhabitants of this world is mesmerizing. We are witnesses to their survival • Ellen Gallagher’s AxME exhibition continues on tour: SARAH HILDEN ART MUSEUM, Tampere 27 September 2013 – 26 January 2014 HAUS DER KUNST 27 February 2014 – 1 June 2014

127

“Image is history. History is constructed. Gallagher forces us to engage and construct our own position to history.”

2- Lawson, Steven F. “Segregation.” Freedom’s Story, TeacherServe©. National Humanities Center. August 2013 3- Lawson, Steven F. “Segregation.” Freedom’s Story, TeacherServe©. National Humanities Center. August 2013 4-Armstrong, Carol. “Ellen Gallagher: Mythopoetics and Materials.” AxME. Tate 2013.


EXHIBITION REVIEW

BLACK LUX

A “Heimat Fest” Home is not only a word Afropolitan Berlin curated by Wagner Carvalho & Tunçay Kulaoglu by Caecilia Tripp Photos credits: Courtesy Wagner Carvalho & Artincidence, Black Lux 2013

“You and I are history. We carry our history. We

take place in Berlin known as the “Congo

word poetry and film installations from the

act our history.” (James Baldwin)

Conference” in 1884-85, but Berlin was also

Black Diaspora living in Berlin and beyond, at

Home to African-American key figures such as

the crossroads of different geographies.

“Let no thought pass incognito, and keep your

W.E.B. Du Bois one of the fathers of the Black

notebook as strictly as the authorities keep their

Civil Rights Movement, who studied in 1892-

The opening night was crowned by the

register of aliens.”

1894 and taught at the Humboldt University

premiere of

Walter Benjamin

in Berlin.

Not only did the “Scramble for Africa”

Black Lux unites as an in-house production

“WOMEN, PART TWO: you might think i’m

for the first time dance performances, spoken

crazy but i’m serious” “You and I are close, we intertwine; you may stand on the other side of the hill once in awhile, but you may also be me while remaining what you are and what I am not.” (Trinh T. Minh-ha) Annabel Guérédrat the choreographer, is one of the global players on this homely world stage. She was born and now lives and works in Martinique, this small island of an island, which gave birth to some of the most outstanding decolonizing thinkers of our times : Aimé Césaire, Frantz Fanon and Edouard Glissant. First of all she wanted to do a piece on “Black Feminism” inspired by the philosopher Elsa Dorlin, as a critical reflection

128


on gender and race. But in course of the project, she felt that she needed to bring in her own personal experience in all its complexity, more ambiguous, more intangible, more slippery or “queery”. As a shared experience with that of many other black women such as Audre Lorde, Toni Morrison and Angela Davis, she dwells on the borderline of the political body. The result is a powerful performance Act and dance piece exploding the myth of identity in the multilingual trio with two other mesmerizing dancers, Ana Gi et Ghislaine Gau, blasting between chaos and transgression in a permanent process of becoming. Sometimes spoken softly, sometimes spoken out loud, sometimes danced wildly to Brazilian rhythms and sometimes performed by disappearance, reappearance and silence, taking away all spectatorship and making us part of a collective hybrid experience of displacement, disorder, flowing lines of flight, encounters and empowerment: “What’s your name… ? What’s your name…? What’s your name…? But what’s your name…?”

Annabel Guérédrat, conceptor of the projet & performer, Ana Pi, performer, Ghyslaine Gau, performer, Séverine Riem, light designer Production Co. Artincidence - production with the CMAC and assistance in creating the D.A.C. Martinique. With the support of the General Delegation of French alliances in Brazil and Panorama Danza Festival in Rio de Janeiro. With the provision of studios Choreographic Centres & Caen Montpellier www.artincidence.org Black Lux – Home Festival from Black Perspectives at Ballhaus Naunynstrasse, Berlin, Germany until 30th september For more information visit www.ballhausnaunynstrasse.de

129

“Black Lux unites, as an in-house production, for the first time dance performances, spoken word poetry and film installations from the Black Diaspora living in Berlin”


130


131


EXHIBITION REVIEW

DECOLONISING IMAGINARIES AFRIKADAA AND CLARCK HOUSE INITIATIVE AT KADIST ART FOUNDATION

By Zasha Colah & Sumesh Sharma, Clark House Initiative. On this page : Kemi Bassene, photograph, 2013, within the exhibition ‘Decolonising Imaginaries’, Kadist Art Foundation Paris.

‘Decolonising Imaginaries’ was the second in a series of one-day exhibitions curated by by Clark House Initiative in which theoretical propositions took the form of film, image, sound and performative conversations that inhabited an on-going exhibition ‘L’exigence de la saudade’ at the Kadist Art Foundation Paris, briefly, for one day. 132


It was preceded by ‘Untitled Exhibition #1’, which proposed a dance as a day-long exhibition. In this intense solo work by the choreographer and dancer Padmini Chettur, dance and conversation were inter-spaced over the course of one day, in a disused warehouse in Bombay’s old Mill area. Within contemporary culture in India, Padmini Chettur is the strongest component of what might be called a movement art, overstepping the boundaries of art and dance. In her practice, she pushes dance over into visual and philosophical propositions about the nature of sculpture, and toward a phenomenological understanding of space, of occupying volume, of movement as displacement. In the work, she built a relationship with the rotating machines of the last working mill that one passed just before entering the warehouse, repeating the industrial sounds and the revolutions within her performance. In Bombay, the towering chimneys of the cotton mills still represent an unaccommodated emotion, for the number of people who overnight were displaced from their livelihoods and homes after the Great Bombay Textile strike in 1982. The emotion of those displacements transferred to a unique intensity in that starkly abandoned warehouse, seated on old trunks, coming to visualise displacement anew, as a way of visualising the fourth-dimension as the movement of volumes of revolving shapes Chettur first carved out of space with the slow rotation of her body around invisible axis and plumblines within the body’s structure. This work was performed again in Paris, in a stable that had lasted from the 17th century, that had been converted into a factory, till it was bought by a choreographer, its stone walls, still intact. In Paris, at the Kadist Art Foundation, a second one-day exhibition included the constituents

133

Justin Ponmany, ‘ATTENTION! Disappearing Residences’, a street intervention as part of the exhibition ‘L’exigence de la saudade’ at Kadist Art Foundation Paris, 2013.

of the Afrikadaa collective. Two films were

distinctions. Obolo’s film has an impressionist

brought together and were layered within the

aesthetic that captures the movement of the

artist Prajakta Potnis's sculptural immersive

carnival dancers but blurs to create a mass

installation, a 'room full of rooms', a room with

of colour, recreating the emotional state of

multiple slide-projections that recalled the

being within the carnival. This film, screened

homes and windows of diverse populations

within the ‘room full of rooms’ installation,

of Paris. In Paris, where there is a gaping lack

similarly had already built into its structure, the

of curators of West-African descent within

accommodation of other artists layered onto it.

institutions, even among those directly

Each time Pascale Obolo plays ‘Deambulation

reflecting a former colonial relationship, like

Carnivalesque’, she invites a different artist

the new Musee de Quai Branly, the work of

to collaborate with her to produce a new

the collective Afrikadaa is significant. This

interpretive sound for the work. Jay One

insertion within a coherent work of an artist,

Ramier and Louisa Babari, other members of

was a gesture equally of political necessity, as

Afrikadaa, collaborated to make ‘DC1’ a sound

of artistic generosity.

score for this screening. They created what they believed would be the sound memory

Having worked for years in cinema, Pascale

of slavery - of exiles, grief, deep melancholy,

Obolo, a member of Afrikadaa, visited the

but also of passing joy, and hope. It offers a

carnival in Trinidad each year. In 2008 she

contemporary reinterpretation of the legacy

created a silent film that caught the

of slavery, that persists within words and

masquerade, the painted faces, and the

language, a linguistic memory.

rhythm of the dance. Michail Bakhtin’s writing on the mediaeval carnivalesque of

The writing of Arjun Appadurai evokes the

Rabelais, was about the upturning of all social

role of the imagination as a social practice,


and of art as a powerful tool for social

collective afrikadaa, based across Paris and

her research in the busy lanes of the city

commentary, which may spur political and

Dakar, working on fragments of African

constructing her cycle in the market of a

cultural changes. This concept challenges us

cultures that intersect outside the African

central Bombay district called Dadar. Here she

to negotiate our place within this imagined

continent.

engaged a four-generation-old family that

community in consideration of our own

repaired classical music instruments. They

personal experiences as members of actual

Clark House invited art historian and author

further sought help from a local cycle dealer

families and neighborhoods, with real ethnic

of 'Black is a Colour', Elvan Zabunyan, into

and were able to create a cycle that made

and cultural histories, placing into context the

conversation with the artist Caecilia Tripp in

music when pedalled. Back at Clark House she

idea of an ‘artistic imagination’ and the ‘social

whose works there has been a consistent

persuaded Nikhil Raunak to be the performer

imagination’. In his book, ‘Decolonizing the

reference to the spirit of John Cage and

in her film, with help from a cinematographer

Mind’, Ngũgĩ wa Thiong’o writes, ‘Since culture

Edouard Glissant. To begin the conversation,

friend Ram Devineni, she shot the first edition

does not just reflect the world in

Caecilia Tripp screened the magnetic

of her film ‘Music for (prepared) bicycle’. In

images but actually, through those very

conversation she captured on film, when

exchange, she taught members of the young

images, conditions the colonial child to see

two brilliant minds, the writer Glissant and the

collective at Clark House, called Shunya,

that world in a certain way, the colonial child

poet Linton Kwesi Johnson meet and talk. This

inspiring Yogesh Barve and Amol Patil for their

was made to see the world and where he

small precise and humorous masterpiece is

own films.

stands in it as seen and defined by or reflected

titled 'Making History' (in co-direction with

in the culture of the language of imposition.’

Karen McKinnon, 2008), and unfolds gently

At the event at Kadist two other films were

Frantz Fanon resisted the definition of ‘Negro’,

through a filmed conversation and many

inserted: Amol Patil’s video ‘Molt’, in which the

he refused to be described as such because

strolls, slowly finds a shared understanding of

artist covers himself in adhesive, and then

he believed it was the atrocity of slavery and

the shades of meaning of words like identity,

crawls out of it as if he were a snake shedding

colonialism to confer a permanent existence

and a discovery of a position.

his skin. In another video ‘Impression’, Amol,

of inferiority to a group of people. To this

has an artist friend cover him up in Henna

comes the revolutionary stance of the editorial

Within the exhibiiton at Kadist a documentary

resembling traditional Indian wedding

collective Afrikadaa, committed to making

about the choreographer Chandralekha

decoration. This he then covers with adhesive

visible African and especially francophone

(courtesy Sadanand Menon, the pad.ma

and lets the Henna dry over 24 hours. The

African art. They bring to this discussion, the

archive and CAMP) was on view. An avant-

Henna dries into the resin of the Adhesive

philosophy of the jazz musician Sun Ra, and

garde anarchism is present in the dance of

leaving a decorative impression, he then

a philosophy of moving beyond identity

Chandralekha, which she shared with John

carefully removes, to form a second skin, a

through Afro Futurism, looking at identity

Cage when they met. This crossroads of

shirt. Patil comments on India’s relationship to

from the point of view of outer-space. For the

thought was explored in the discussion as a

colour and its distaste for dark skin. The

first time, Kemi Bassene introduced a fictive

means to open out other narratives within

brand, Garnier, sells skin-lightening creams in

element to his photography.

the exhibition, and the way modernism

India. These works may be read as Fanonian

unfolded in parallel geographies. Cage saw an

masks, dealing with caste and colour

Taking off from the direction of Sun Ra, and his

ally in Chandralekha as they scripted ideas of

prejudices within India, as much as they are

own interest in Afro-Futurism, Kemi Bassene

modernism in dance and music.

satires on the customs and rituals of using

made his first fictional photographs for this

henna during weddings.

one-day exhibition. Born in Dakar, and a

A second work by Tripp was inserted here,

musicologist, he had been taking photographs

about taking the music of John Cage to the

We began to feel that Kemi Bassene’s work

since the age of seven in his grandfather’s

streets of Bombay, and later to Brooklyn. In

inspired by Sun-Ra’s ‘Afro Futurism’ was

photo-studio Mama Casset in Dakar. He is a

2012,

equally relevant to the social context of

founding member of the artistic and editorial

Caecilia Tripp had visited India she began

Bombay, where suppression on the basis of

134


Come, Africa !

caste-based identities is thinly veiled.

France may display interest in India’s economy,

Kemi Bassene presented ‘Nine’ an exhibition

(though it has begun to stagger), but in

at Clark House in Bombay in 2013. Kemi had

France, descendants of immigrants from

written, ‘Nine is the link between a starting

the subcontinent will face a similar future if

point and a destination according to Songhai

their nations are celebrated for their material

thoughts’. His was one of the city’s first

successes alone, and not also given a chance

This poem ‘Aa Jaao Africa’ (Come Africa) by Faiz Ahmad Faiz, was written in Urdu in March 1955, while he was imprisoned for ‘seditious

exhibitions on Africa. Life for a someone

to express themselves in France’s intellectual,

activities’. The words that seem the most

from Africa is a difficult existence in the city

cultural and spiritual discourse. This can only

potent in the poem are perhaps these: ‘I am

of Bombay, a Cameroonian businessman

be brought about if there exists a sense of

Africa, for I have taken on your form/ I am you,

who lives in a hotel since the last 4 years

camaraderie between the people of Asia and

and my gait is your lion-walk’. The binding

without being able to rent a home, says

Africa.

of identities, of privileges and poverties of freedom, across national borders, of

people refuse to rent to a black man. Though in Islam all men are seen as brothers when

This solidarity once existed, placing

claiming - beyond allegiances and solidarities -

he went to the mosque-men jeered at him.

local politics within a broader context of

another’s identity as one’s own, is the powerful

Bassene’s exhibition reflected on imaginary

international struggles. This was the primary

strategy of the poem. 1955, the year of the

of nine contemporary Black existences in

impetus for a section of the Paris exhibition,

poem, was coincidentally also the year of the

metropolitan geographies.

‘L’exigence de la saudade’, which dwelt on

Non-Aligned Movement. At Clark House there

a shelf-system of objects, books and works

is a commissioned permanent installation of

Bassene is from Senegal a culture which also

by Indian artists from the 60s. Even though

chequered windows by Yogesh Barve. The

has a caste system akin to the Indian one. As

racial tropes had not really been employed in

work is part of a larger series called, 'equality/

curators in the city of Paris we saw the city’s

India’s freedom struggle in the 30s and 40s, a

inequality', to do with the paradoxes of

immigrants create their own segregation of

new alignment with race emerged in the 60s

attaining balance and equal arrangements

colour, how the Sri Lankan Tamils, Pakistanis

in India, with the understanding of a colonial

of rectangular shapes. Clark House was once

and Indians kept away from the Africans.

imaginary.

a shipping office. Old, dusty model ships

How those from North Africa called their land ‘Afrique Blanche’. South Asians - the world’s largest migrating population - come to witness in Bassene’s contemporary nine travellers, their own future as immigrants who replace people from Africa each day in Paris.

Come, Africa

House looked like a big ship out at sea, with an

Scraped away the grief from my eyes

exhibition is a docking at a new port, along

Broken away from the grip of pain Torn away from the web of helplessness

when men like Leopold Serdar Senghor

Come, Africa!

economic space through Francafrique, where

The earth’s heart beats with mine, Africa

exhibitions of African art and wealthy Africans

The river dances while the moon keeps time

were seen on the boulevards of Paris, and seminars with Aime Cesaire, these cultural sways did not result in the creation of a real social space within French society for French Africans, a fact of struggle even today.

135

When he saw it, Kemi Bassene thought Clark

Come, for I have raised my forehead from the dust

Despite the 1950s ‘Negritude’ movement, and Felix Houphouet-Boigny gave Africa an

and navigation maps remain in the archives.

I am Africa, for I have taken on your form I am you, and my gait is your lion-walk Come, Africa Come with a lion-walk

upper and lower deck, and where every new the cultural cross-routes of slave, colonial, immigrant or space ships. Thus playing with the idea of a deck of cards, and the windows of a ship deck, changed around the glass windows of Clark House to create a permanent installation that arose from a conversation with one of the members of Afrikada, and reminds us of a commitment to solidarity.


Caecilia Tripp, image during the making of ‘Music for (prepared) bicycle’, Clark House, Bombay, 2012

Amol Patil, ‘Molt’, 2011

136


Stills from Pascale Obolo, ‘Deambulation Carnivalesque’, 2008 (silent video, 8 minutes).

137


CARNET DE BORD

GABA’S MUSEUM IS NOT JUST A ROOM By Francine Mabondo

I

met Meschac Gaba at Tate Modern,

in time as he explored his practice. It is

room which shows images of the artist

this summer, in front of the lift. His

also the result of a working collaboration

getting married in the Stedelijk Museum in

eyes were red of exhaustion as he

with other artists and art institutions

Amsterdam. In this case, emotions are on

had just finished a talk in English for the

across the world as the project spreads

display in an almost provocative manner,

opening of the Museum of Contemporary

accross different spaces and locations.

and break s up in continuity with the rest

African Art 1997-2002. We spoke in French

The twelve rooms of the project have

of the rooms of the museum. In front of

for a few minutes and I mentioned Georges

been installed at Tate modern in a quite

photographs of Meschac Gaba’s wedding, I

Adeagbo’s work in relation to his. Later

democratic manner allowing the viewer

am unsettled and cannot escape to reflect

on that week, I thought it could be quite

to navigate and engage with the work on

on my own narrative of love and intimacy.

interesting to interview him on the subject

different levels. Playful interaction is crucial

This is emotional for me but is it the case

of the emotions especially in relation to

in Gaba’s Museum and really challenges

for the artist? When I met with the curator

his museum project. The project was not

our traditional perception of works of art

of the exhibition Kerryn Greenberg, I

evidently emotional and I wanted to dig

so often incarnated by the ‘do not touch’

questioned the presence of this room in

further on the personal intentions of the

sign. On a different level, the artist creates

the museum and she explained that for

artist, if any. Meschac Gaba’s response to

a conceptual reflection of the Museum

my offer was spot on: ‘’Chère Francine, do

inviting the viewer to rethink questions of

you know this phrase from Senghor, the

visibilities of works of art investigating in

emotion is negre?”. I knew straight away

particular the format (the museum) in which

what he meant. He was right in questioning

works are being captured. The acquisition

the perspective I was coming from. Did I

by Tate Modern of Gaba’s museum

want to interview the artist or did I want to

ingeniously creates a museum within a

scrutinize the emotional African?

museum not only allowing an unexpected

Meschac Gaba’s project Museum of

conversation between the different levels

Contemporary African Art 1997-2002 is one

of representation but also questioning

of the latest acquisitions of Tate modern’s

the relevance of the format of visibility in

International collection. The Museum of

relation to the work itself.

Contemporary African Art is a project that

The Museum of Contemporary African

has grown organically developing and

Art 1997-2002 is not evidently emotional

answering the artist’s doubts and questions

at the exception perhaps of the marriage

138


Meschac Gaba the marriage celebration is a public act that should be enjoyed collectively. This room is not particularly intimate or emotional for the artist, it is only my personal projection that is. As I am travelling inside the museum, I am under the impression of following the introspective reflections of the artist, creating as I am following, my own introspective reflections. With the marriage room, Meschac Gaba has put himself at the centre of his museum, giving birth to a prophecy by fixing his love on the wall to make it visible and real in the museum of his fantasy, transcending at the same time its meaning. But Gaba’s museum is not just a room, it is a composition of many and as I embrace the work, I feels like a fable repeating the cycle of its own narrative, at Tate but also in time and conceptually. The ‘twelve rooms of the museum’ is a format that is reminiscent of a religious and conservative narrative. The museum provides a rigid frame that retains the attention and provides credibility, acting as a secure allegorical excuse to deliver a more complex message in relation to the question of visibility. The number twelve plays also an active part as it symbolizes complete creation. By associating with it Gaba’s work echoes the aura of the genesis, the announcement of something new and significant. While the format of the work is grand and eloquent, the content is on the contrary humble and honest. This interesting combination creates a space of investigation between the title of the project and its content and if the museum is complete with its twelve rooms, the question persists recurrently. The museum of Contemporary African Art 19972002 is not evidently emotional because

139

it is distracting us with its abundance of

us. While playing and participating, the

objects and installations but the canvas, the

audience is invited to explore collectively

decommissioned bank notes, the sculptures

its own sacredness. Gaba’s museum of

and games, the books and all other objects

Contemporary African Art is not evidently

are really just traces of a more important

emotional, it is sacred.

movement, one that talks about time and the recollection of that time. So the emotion diffuses throughout the work on a collective level as opposed to a personal one. The playfully and joyous interaction of the different rooms brings out the sacred aspect of the game but also the sacred in

Left : Museum of Contemporary African Art 1997 – 2002 Centro Atlantiko de Arte Moderno © Meschac Gaba Kunsthalle Fridericianum. Photo: Nils Klinger This page : Museum of Contemporary African Art 1997 - 2002 (Marriage Room) Tate © Meschac Gaba


ARIKADAA’S LIBRARY

SENTIMENTAL - Joel Andrianomearisoa, Revue Noire Editions, 2012. Sentimental. Une violence ou une caresse. Un hommage aux garçons qui rythment la vie et l’œuvre de l’artiste.

LA REVANCHE DES EMOTIONS –

Et dont les mots de papier froissés donnent

Catherine Grenier, Editions Fichier & Cie,

une forme à l’écrit.

2008.

Joel Andrianomearisoa est non seulement l’auteur de l’ouvrage mais aussi son

L’art du XXIe siècle est né sous le signe

architecte, son metteur en scène.

de l’émotion : le pathos et le rire, les

Le sentiment, qui se dévoile à travers ces

stimulations sensorielles et l’empathie sont

pages, est le fil d’Ariane qu’il nous fait

aujourd’hui les modes d’adresse privilégiés

partager, l’espace d’un instant, ces moments

par les artistes.

secrets qui sont à l’origine de toute œuvre

Au travers d’une analyse très documentée

vraie.

de la scène artistique contemporaine, Catherine Grenier met en lumière le passage

Le travail de Joël Andrianomearisoa a été

“du concept à l’affect” dont témoignent des

présenté dans de nombreuses expositions

œuvres qui réaniment les forces vives de la

dont The Progress of Love à la Mesnil

tragédie, du drame ou de la comédie.

Collection à Houston (2012), Collective Diary

Enfants terribles de la modernité, héritiers

au Hersliya Museum à Tel Aviv (2010), Flow

de Goya et de Shakespeare, les artistes

au Studio Museum à New York (2008), Africa

convoqués par l’auteur répondent aux

Remix au Centre Pompidou à Paris (2005) et

pulsions dépressives de notre temps par

au Mori Museum à Tokyo (2006).

une interpellation directe du spectateur. Le trauma, la Vanité, le grotesque, l’animalité, l’immaturité sont les zones d’exploration dans lesquelles l’art nous invite à renouer avec une forme de connaissance sensible : la connaissance pathétique.

140

TOMBEAU DE LEOPOLD SEDAR SENGHOR, Nimrod, Editions Le temps qu’il fait, 2013. Un poète et romancier rend hommage au pionnier de la littérature africaine que fut Léoplod Sédar Senghor. Dans une vision des plus personnelles, il dévoile son Senghor à lui. Le lecteur appréciera la cohérence de ce bref essai ; il goûtera à sa langue, inattendue, polémique, décapante. « Sa démarche d’homme et sa politique s’abreuvaient aux connaissances les plus sûres. L’école en est la trame. Senghor aimait plus que tout l’apprentissage (celui qui lie le maître et le disciple, le livre et le lecteur). Né en 1959 au Tchad, Nimrod a publié Passage à l’infini (poèmes, Obsidiane, 1999, Prix Louise Labé) et Les jambes d’Alice (roman, Actes Sud, 2001, Bourse Thyde Monnier de la Société des Gens de Lettres).


monde et les mots.

American to The New Yorker. Emotional

Il interroge notamment les œuvres de

Design articulates the profound influence

Reverdy, Supervielle, Michaux, Ponge,

of the feelings that objects evoke, from our

Senghor, Dupin, Gaspar et Bernard Noël, à la

willingness to spend thousands of dollars

lumière de la poétique, de la thématique, de

on Gucci bags and Rolex watches, to the

la psychanalyse et de la génétique. L’étude

impact of emotion on the everyday objects

des manuscrits complète celle des textes :

of tomorrow.

elle permet de surprendre l’inscription de

Norman draws on a wealth of examples and

l’émotion dans la matière même de l’encre et

the latest scientific insights to present a bold

du papier, et dans le geste de l’écriture.

exploration of the objects in our everyday world. Emotional Design will appeal not only to designers and manufacturers but also to managers, psychologists, and general readers who love to think about their stuff.

LA MATIERE –EMOTION, Michel Collot, Editions Ecriture, 1997. L’émotion n’est pas un état purement intérieur, mais un mouvement de l’âme et

And I laid

du corps qui fait sortir de soi le sujet qui

Traps for the Troubadours

l’éprouve. Elle pousse à écrire, car elle ne

who get killed before they reached

peut s’exprimer qu’en s’incarnant dans la

Bombay

chair du monde et des mots : un aphorisme de René Char fait du poème une “ matièreémotion “. En traçant un trait d’union fulgurant entre le plus “ objectif “ et le plus “ subjectif “, cette formule nous invite à nous affranchir d’une pensée dualiste et à dépasser les clivages qui figent encore trop souvent le débat contemporain sur la poésie, opposant les tenants d’un “ nouveau lyrisme “ à ceux de l’ “objectivisme “, du “ littéralisme “ ou du “ matérialisme “. Michel Collot tente ici d’échapper à cette fausse alternative, en montrant comment dans l’alchimie du verbe entrent en fusion et en interaction le moi, le

141

Conceived as the catalogue of the exhibition Emotional Design: Why We Love (or Hate)

“L’exigence de la saudade”, by Zasha Colah

Everyday Things, Don Norman, 2005.

and Sumesh Sharma This publication gathers:

Did you ever wonder why cheap wine

Essays, Interview, Artists’s notes ( in English)

tastes better in fancy glasses? Why sales of

48 pages, illustrations, b&w

Macintosh computers soared when Apple

Cover: Shunya collective, Bombay

introduced the colorful iMac? New research

Texts: P. Chettur, Z.Colah, V.Grataloup,

on emotion and cognition has shown that

L. Monnier, Justin Ponmany, P. Potnis,

attractive things really do work better, as

S.Sharma, E.Villez.

Donald Norman amply demonstrates in

Editor Kadist Art Foundation. 2013.

this fascinating book, which has garnered

www.kadist.org

acclaim everywhere from Scientific

Printed in 500 copies


AGENDA AFRIQUE « JE NE PENSE QU’À ÇA »

emporte avec justesse à voir

qui célèbre l’exil au Gabon du

son interprétation sensible du

fondateur le Cheikh Ahmadou

monde.

Bamba, et qui donne lieu à une immense prière collective sur

« Je ne pense qu’à ça »

la plage de Touba, ou encore

Vincent Michéa

le Gamou : célébration de la

Jusqu’au 16 Novembre 2013

naissance du prophète.

Galerie Cécile Fakhoury -

Ces photographies permettent

Abidjan, Côte d’Ivoire -

une découverte des grands

www.cecilefakhoury.com

principes régissent la vie de la communauté : le devoir

FRANCE & EUROPE

d’offrande lié à la pratique du «madial» et surtout le

La Galerie Cécile Fakhoury

« LA VOIE DU BAYE FALL»

«jebellou» : soumission totale

est heureuse de présenter la

au marabout.

première exposition du peintre

L’exposition se compose de

Vincent Michéa en Côte d’Ivoire.

trois temps forts : au rez-

Cette exposition nous offre un

de-chaussée, le hall d’entrée

panorama de son travail, des

accueille un diaporama qui

séries réalisées par l’artiste

retrace le voyage initiatique

à différentes périodes. On y

du photographe au sein de la

retrouve des scènes de baiser

communauté, puis un espace

de cinéma, des pochettes de

consacré aux scènes collectives.

disque de musique populaire

A l’occasion du tandem Dakar-

Le parcours de l’exposition

africaine, des vues de Dakar,

Paris, c’est l’islam subsaharien

se poursuit à l’étage par

sa ville depuis près de 30 ans

que l’Institut des Cultures

une galerie de portraits à

et on y découvre ses derniers

d’Islam met à l’honneur, et

l’esthétique en clair-obscur

travaux de photomontage.

notamment les Baye Fall,

proche de la tradition picturale

Peintures, sérigraphies,

émanation du mouridisme.

classique.

affiches : les toiles de Vincent

Montrées en exclusivité pour

Michéa nous déroutent et nous

l’Institut des cultures d’Islam,

« La voie du baye fall»

transportent.

les images de Fabrice Monteiro

Fabrice Monteiro

sont le fruit d’une immersion

jusqu’au

Glissant volontiers dans son

dans cette communauté dont

Institut des Cultures d’Islam

monde en technicolor, on est

le photographe a partagé le

Entrée libre

appelé par ses images qui

quotidien pendant deux ans.

du mardi au vendredi

sonnent, rythmées par des

Il a été ainsi le témoin

de 15h00 à 20h00 –

pointillés, des lettrages,

privilégié des moments forts

le samedi de 10h00 à 20h00

des visages, des plans, des

qui rythment la vie de ces

23 rue Léon, 75018 Paris -

vues d’une ville magnifiée.

hommes et de ces femmes (les

Tel : 01 53 09 99 84

Tout est vivant, vibrant,

Yaye Fall) comme le grand

www.institut-cultures-islam.org

aussi simplement. Michéa nous

Magal de Touba : pèlerinage

142

21 décembre 2013


« PRESENT TENSE »

en général. A travers des

inédits ou peu vus en Europe

choix de thèmes et de mises

et provenant des grandes zones

en scène savamment réfléchis

géographiques représentées au

et parfois insolites, où la

sein des collections du musée

question sociale, d’identité et

du quai Branly : Amérique du

l’espace public sont souvent au

Sud et centrale, Asie, Océanie,

centre de l’œuvre, ces tensions

Afrique, Proche et Moyen-Orient,

deviennent productives et

Russie.

participent à la richesse des

La sélection 2013, rassemblée

propositions de ces artistes.

sous le slogan «Regarde-

Photographies de Délio Jasse,

moi», a un dénominateur

Dillon Marsh, Guy Tillim,

commun : toutes les séries

Jo Ractliffe, Kiluanji Kia

photographiques ont à voir avec

Henda, Mack Magagane, Malala

la figure humaine. Paysages,

La Délégation en France de la

Andrialavidrazana, Paul Samuels,

objets, mode ou architecture

Fondation Calouste Gulbenkian

Pieter Hugo, Sabelo Mlangeni,

y apparaissent comme des

célèbre, en collaboration avec

Tsvangirayi Mukwazhi, Filipe

éléments d’accompagnement de

le programme Gulbenkian Next

Branquinho, Mauro Pinto et

la personne. Dans toutes les

Future, les photographes du sud

Sammy Baloji.

séries, c’est le corps qui est

de l’Afrique. S’intéresser à

l’unité de mesure de notre

l’Afrique revient à s’intéresser

« Present tense »

univers.

à un continent où l’histoire

jusqu’au 14 décembre 2013

La sélection rend compte de

de la photographie est

Fondation Calouste Gulbenkian -

la diversité des manières de

particulièrement importante.

Délégation en France

percevoir le monde non-européen

Peu visibles en Europe bien

39 bd de la Tour-Maubourg,

aujourd’hui, de l’intérieur, par

que porteurs d’autant de

75007 Paris, France

les artistes qui y vivent, loin

talents que d’un regard

Tel : 01 53 85 93 93

des clichés que véhicule souvent

aiguisé sur leurs sociétés,

une certaine photographie

deux importantes générations

« PHOTOQUAI 2013 »

touristique. Il ne s’agit

de photographes sont ici

PHOTOQUAI présente les œuvres

pas d’avoir une illustration

présentées. Ces derniers

systématique de la photographie

développent deux tendances :

d’un large panel de pays,

alors que certains prouvent

mais de mettre en valeur des

qu’ils n’oublient pas leur passé

artistes et des œuvres sans

et leur histoire, d’autres

exhaustivité géographique.

se tournent désormais vers

40 photographes de 29

l’avenir.

pays exposent près de 400

L’exposition, qui réunit les

photographies. L’Afrique

travaux de 14 photographes,

sera représentée par Filipe

met en valeur les tensions

Branquinho (Mozambique), Thabiso

contemporaines qui existent

de photographes contemporains

Sekgala (Afrique du Sud),

dans leurs pays et les sociétés

du monde entier, talents

Adolphus Opara (Nigeria) et

143


AGENDA Nyaba Ouedraogo (Burkina Faso).

nouvelle façon de photographier

dans le même lieu.

cette ville dont on a pu

Si Andrew Tshabangu a connu

dire que «l’absence totale de

les troubles liés à l’apartheid

Jusqu’au 17 novembre 2013

personnalité est devenu sa

– qui prenait en partie la

Musée du quai Branly

personnalité.» Le photographe

religion comme prétexte pour

37 quai Branly, 75007

approche ce paysage urbain

justifier ses lois –, René Paul

Paris, France

comme il approche la nature

Savignan a, quant à lui, été

www.quaibranly.fr

polynésienne : «Je montre une

marqué par la pluralité des

sorte de zone indéterminée. Les

rites à La Réunion. Tous les

choses que nous ne remarquons

deux se sont donc immergés

pas, parce qu’elles sont

dans les rites du pays inconnu,

communes, contribuent autant au

essayant d’adopter une position

paysage que les autres».

neutre pour rendre compte des

« Photoquai 2013 »

« SECOND NATURE »

différentes pratiques telles « Second nature »

que les perçoivent les croyants

Guy Tillim

eux-mêmes, que ce soit le culte

Jusqu’au

Seconde exposition

22 décembre 2013

Centre photographique d’île de

catholique ou malgache à La

Farnce

Réunion, ou l’Église zioniste en

107 avenue de la république,

Afrique du Sud.

77340 Pontault-Combault, France.

Le projet Bridges nous livre le

monographique d’envergure en France de Guy Tillim,

malbar d’origine indienne,

prolongement de ces expériences “BRIDGES”

vécues et partagées, par

figure incontournable de la

lesquelles Andrew Tshabangu

photographie contemporaine sud-

et René Paul Savignan ont

africaine.

revisité les pratiques de leur

Cet ensemble explore la

propre pays et découvert celles

capacité de la photographie à

de l’autre. Ils dévoilent en

restituer le paysage, naturel

quatre-vingt photographies

ou urbain, en convoquant une

la ferveur des pratiquants

problématique inhérente à la

religieux des deux pays et

représentation du paysage :

toute la vivacité de ces

«Dans quelle mesure fabrique-

Pendant quinze ans, les

croyances qui se renouvellent

t-on une scène et dans quelle

photographes Andrew Tshabangu,

encore et toujours à l’aube du

mesure la laisse-t-on s’exprimer

Sud-Africain, et René Paul

XXIe siècle.

pour ce qu’elle est ?»

Savignan, Réunionnais, ont

Comme un contrepoint moderniste

réalisé des centaines d’images

BRIDGES

à ses photographies de

lors de séjours communs à La

Jusqu’au 27 octobre 2013

Polynésie, Guy Tillim a voyagé à

Réunion ou en Afrique du Sud,

du mardi au samedi 14h > 20h

São Paulo - une ville largement

documentant les pratiques

le dimanche > 14h > 19h

filmée, photographiée, décrite.

cultuelles des différentes

entrée libre

Ici aussi, il a cherché une

communautés en même temps et

La Maison des Metallos

144


94 rue Jean-Pierre Timbaud,

Particulièrement attentif à la

résiduel, sur lequel appliquer

Paris 11

recherche sur les matériaux,

désormais le filtre de la

reservation@maisondesmetallos.

aux politiques de développement

mémoire privée et publique.

org

urbain, et à la question

01 47 00 25 20

du rebut, il fait appel à

“ASIM WAQIF”

info@maisondesmetallos.org

différents media – vidéo,

Du 9 novembre au 21 décembre

01 48 05 88 27

installation, photographie,

Galerie Daniel Templon

www.maisondesmetallos.org/

sculpture.

Impasse Beaubourg 75003 Paris

prehome

Avec Venu, l’artiste met

www.danieltemplon.com

e

l’accent sur les concepts « ASIM WAQIF »

de durabilité et sur la

«CARTOGRAPHIE DE LA HOULE»

complémentarité entre les traditions architecturales vernaculaires et les nouvelles technologies. Il cherche à proposer une structure pertinente à la fois d’un point de vue écologique et culturel. L’artiste signe une fois de plus un commentaire sur le Un an après avoir créé

consumérisme contemporain. « La

L’exposition Cartographie de la

l’événement au Palais de Tokyo

détérioration et la destruction

houle réunit un ensemble de

avec son intervention Bordel

ont un rôle important à jouer

pièces qui procèdent de

Monstre, le jeune artiste

pour l’adaptation du dynamisme

projections, d’assemblages, de

indien Asim Waqif présente pour

de la société » affirme-t-il.

dispersions. Elles établissent

la première fois son travail

la cartographie d’un paysage

en galerie, en France, avec une

A mi-chemin entre photographie

fragmenté, dont certains motifs

spectaculaire installation in

et sculpture, l’œuvre

émergent sous plusieurs angles,

situ interactive.

Exploration rend hommage au

à des échelles différentes.

projet du Mausolée, la résidence

Que ce soient les dessins au

L’immense structure de bambous

artistique sauvage organisée

graphite disparaissant dans le

Venu est chargée de capteurs

en 2010 dans un supermarché

pli d’un papier suspendu, les

qui répondent au toucher,

abandonné de la Porte de la

courbes d’un relief montagneux,

aux sons, à la lumière et

Villette, au nord de Paris,

les pierres trouvées, les

aux vibrations. Le visiteur

par les graffeurs français Lek

silhouettes de rocher en

est invité non seulement à

et Sowat, devenu temple de la

matériaux de construction,

expérimenter l’œuvre mais

culture underground pendant un

un échafaudage irrégulier,

aussi à en être l’acteur, le

an. Un graffiti coloré zèbre

les collages, la composition

déclencheur.

et re-dimensionne la vision

électro- acoustique à partir

Architecte de formation, Asim

romantique en noir et blanc

des sons de pierres lithophones

Waqif puise son inspiration dans

des mythiques 40 000 m2 du

gravées sur un vinyl, toutes

notre environnement construit.

Mausolée. Un espace de liberté,

ces propositions établissent un

145


AGENDA vocabulaire spatial commun à

artistes, des curateurs, des

chiffres, sigles, perspectives,

plusieurs domaines et amorcent

centres d’art et musées de

täches et/ou coulures comme

une cartographie sémantique et

toute l’Afrique et des acteurs

autant d’éléments assemblés

visuelle.

internationaux dont les projets

par combinaisons variées de

Le travail d’Alexandra Sà

sont liés à l’Afrique. Ce

manière à évoquer les pensées,

est présenté dans plusieurs

rendez-vous vise à promouvoir

les sentiments, les fantasmes,

expositions collectives et

l’art par des talents établis

les souvenirs, des chansons et

personnelles. En 2011, elle a

et émergents parmi un public

beaucoup d’autres choses encore

reçu une bourse de recherche du

international.

qui me viennent à l’esprit en

CNAP pour les USA et a publié

Tirant son nom des 54 pays

cours de création. 

un catalogue sur son travail

sur un continent immense et

Mon vocabulaire graphique se

aux Editions Analogues.

diverse créative, 1:54 réunira

construit de cette façon et

des expositions de 15 galeries

je le décline en variations

sélectionnées avec soin.

qui vont de portraits

«Cartographie de la houle» Alexandra Sà

caricaturaux et minimalistes à

Du 20/09/2013 au 01/11/2013

“1:54, the first contemporary

des labyrinthes graphiques qui

L’ESPACE D’EN BAS

African Art Fair”

illustrent le cerveau, la pensée

2, rue bleue 75009 Paris

Du 16 au 20 octobre 2013

et les rêves. »

www.alexandrasa.fr

Somerset House Trust

Après de nombreuses années

Strand London WC2R 1LA

de recherche, Flavien Mambo

“1:54, THE FIRST CONTEMPORARY

Tel: +44 (0)20 7845 4600

Demarigny a posé les bases de

AFRICAN ART FAIR”

info@somersethouse.org.uk

son langage: sa peinture se

http://1-54.com/

construit par un jeu de lignes et de motifs spontanés, créant

« EMOTIF »

un monde graphique expressif, rempli de sens sous-jacents, alliant observation, humour, ambiguité et dont le centre d’intérêt est l’être humain. « EMOTIF » Flavien Mambo Demarigny

Le premier Salon de l’art

Jusqu’au 31 octobre 2013

africain contemporain du monde

7 Rue Bonaparte

aura lieu à Londres du 16 au 20

L’artiste Flavien Mambo

75006 Paris

octobre.

Demarigny nous confie ceci :

Tél: 01 43 29 88 94

Fondé par Touria El Glaoui

“Émotif, en une phrase, c’est

Du Lundi au Samedi

(fille du célèbre artiste

l’émotion par les motifs.

10h30 à 13h00 et 14h00 à 19h00

marocain Hassan El Glaoui)

Plus concrètement il s’agit

www.seven-gallery.com/

et conçu par David Adjaye,

de l’utilisation des lignes,

l’événement sera la plateforme

grilles, épaisseurs, applats,

pour des galeries, des

trames, visages, mains, lettres,

146


ROMUALD HAZOUMÈ - BENINESE SOLIDARITY WITH ENDANGERED WESTERNERS

Les conditions de migration complexes exigent, de la part des sociétés multiculturelles en Europe,

une compréhension

complexe du post-colonialisme. L’impact durable sur la situation mondiale des différents cycles allant de la colonisation au néo-colonialisme en passant par la décolonisation rappelle, par diverses manières, une sorte de « Liaison Dangereuse ». À l’heure actuelle, il est observé l›émergence d’un art qui prétend à la contemporanéité mondiale sans frontières ni histoire. Romuald Hazoumè - Beninese Solidarity with Endangered Westerners Jusqu’au

12 janvier 2014

Kunsthaus Graz Universalmuseum Joanneum Lendkai 1, 8020 Graz Austria kunsthausgraz@museum-joanneum. at www.museum-joanneum.at

147

Pour la première fois, Paris accueille une exposition en hommage aux photographes maliens toutes générations confondues. C’est au pavillon Carré de Baudouin dans le 20e arrondissement que les photographies de tous ces artistes de talent seront exposées, L’exposition Bamako photo in Paris est organisée par la Mairie du 20e et Françoise Huguier en partenariat avec la Mairie de Paris et avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication et Photo Off.=


ARIKADAA’S PLAYLIST

AFRIKADAA PLAY E-MOTIONAL

Artist , musician , composer , sound designer and

BY TREVOR MATHISON

sound recordist , Trevor Mathison has worked for the last twenty years in a myriad of fields .

The sound pieces proposed by

His principal tools throughout though have been

Trevor are explorator y sketches

primarily audio and digital media.

using voice and rhy thm;

A founder member of the famed cine-cultural

clic on the song title to listen to track

« James Baldwin» « Ed»

1982-1995 ), Mathison was also a founder member of the dub techno outfit , Hallucinator ( 1993-2000 ) , the artist collective, Flow Motion (1993- 2000) and, currently, Smoking Dogs Films . In 2003, he teamed up with fellow media artist, Gar y Stewart to form research, production and per formance group, dubmorphology.

photo: courtesy Trevor Mathison

«Dub@Bass»

artist collective , The Black Audio Film Collective (

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WEEK-END AUTOUR DE MARY SIBANDE ET MIKHAEL SUBOTZKY AU MAC/VAL SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013

Le MAC/VAL présente à partir du 26 octobre les travaux de Mary Sibande et Mikhael Subotzky. Deux artistes sud-africains, invités dans le cadre des saisons croisées France / Afrique du Sud, Les oeuvres réalisées par ces jeunes artistes (lauréats consécutifs du prix pour les arts visuels de la Standard Bank) durant leur résidence, permet de découvrir deux aspects de la scène artistique sud-africaine. Le public poura découvrir “The purple shall govern” une installation de Mary Sibande. L’artiste aborde les notions d’identité et de progrès social à travers le personnage de Sophie, son « alter ego » sculpté et habillé en employée de maison, les yeux fermés, rêvant à un autre possible. Mary Sibande, A Terrible Beauty Is Born, 2013. 110 x 321,5 cm. Courtesy Gallery Momo, Johannesburg

Mikhael Subotsky quant à lui poursuit sa réflexion sur le processus de la vision, et présente “Stuff Barta”une installation vidéo A l’occasion de ce week-end consacré aux deux artistes, la revue AFRIKADAA proposera dimanche 27, un programme vidéo imaginé en collaboration avec Mary Sibande, Mikhael Subotzky. Séance présentée par l’équipe de la revue, Pascale Obolo et Louisa Babari. Au programme, des films et vidéos de William Kentridge, Pascale Obolo, Jay Ramier et des extraits du documentaire Have you heard from Johannesburg ?

Mikhael Subotzky, David 2, Houtbay Beach, 2005. Courtesy Goodman Gallery

Vendredi 25 octobre : Vernissage à parir de 18H30 Samedi 26 octobre : Le dimanche 27 octobre : de 17H 00 à 18HOO « La scène artistique et l’art vidéo sud-africain » Programme vidéo en partenariat avec la revue AFRIKADAA Pour plus d’informations : http://www.macval.fr/.

Cover Afrikadaa N° 6 , E-MOTIONAL

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