AFRIKADAA #4 IDENTITY

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AFRO DESIGN & CONTEMPORARY ARTS

N° 4

I—DENTIT Y

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Couverture: «The Fighting Solar Bro», 2011 Max Boufathal Crédit photo: Claire Soubrier Merci à tous ceux qui ont contribué à ce numero: Jay One Ramier, Max Moulay Mansour Boufathal, Alana Lockward, Simmi Dullay, Hassan Musa, Julie Crenn, Anna Djigo (culture concepts), Mario Benjamin Jean Loup Pivin, Shuck One, Fury, Ernest Duku, Yves Chatap, Cécile Fakhoury, Nadir Tazdaït, Guilhem Eustache, Nimrod, Patrick Dodd, Namsa Leuba, Cheick Diallo, Sami Belhaj, Pélagie Gbaguidi, Hervé Beuze, Migline Paroumanou Pavan, Rosanna Shaub, Alexandra Thiard, Johny Pitts, Camela Logan, Anaïs Pachabézian, Susan Turcot Directrice de publication Carole Diop Rédactrice en Chef Pascale Obolo Direction de projet Louisa Babari Direction Artistique antistatiq™ Graphisme antistatiq™ Comité de rédaction Frieda Ekotto Sylvie Arnaud Kemi Bassene Olivia Anani Camille Moulonguet Michèle Magema Patrick de Lassagne Maria Bonga Djenaba Kane Marie Ange Abiola Photographe Afrikadaa Jean-Michel Quionquion (makrovision.carbonmade.com) Tous droits de reproduction réservés. Contact: info@afrikadaa.com Février 2013 www.afrikadaa.com www.facebook.com/Afrikadaapage www.twitter.com/afrikadaa

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EDITO : Proposer une thématique «I-dentity» revient à réfléchir sur «l’identité» de notre revue. Le collectif Afrikadaa s’est inspiré des récents débats et réflexions menés au sein des sciences sociales pour questionner le point de vue des Arts contemporains, loin des passions que cette notion floue et ambiguë a pu générer. Nous croyons fortement en l’aspect immatériel de l’identité, et qu’elle ne puisse être parfaitement définie, ni mesurée, car multiple et fragmentée à la fois. Elle se modèle indéfiniment en fonction de nos expériences et de nos rencontres. Dans ce numéro, Plusieurs auteurs et artistes ont proposé différentes représentations de soi, pour la plupart complémentaires, afin de mettre en lumière notre perception à travers le regard de l’autre, ainsi que notre propre projection par l’identification. Il est dès lors question de voir au-delà d’une approche académique et constructiviste de l’identité, où la notion n’est que concept, mais également au-delà de la pratique du discours identitaire ou des politiques nationales identitaires. Comment aborder la notion d’identité sans évoquer celle de négritude ? Elle qui fut, sous la plume d’Aimé Césaire et de Léopold Sedar Senghor, l’une des premières à interroger une identité noire globale, pour une prise de conscience des valeurs culturelles et intellectuelles des sociétés africaines. L’expérience sociale spécifique, que Pape Ndiaye appelle la «condition noire» est l’un des concepts à avoir pris le relai pour définir une expérience commune des peuples noirs. Selon Simon Njami, «...L’approche sur l’art contemporain africain est du même ordre que le regard anthropométrique des premiers explorateurs du continent. Il s’agit encore d’établir une sorte de typologie des genres et des races ». L’identité de l’art contemporain africain souffrirait ainsi d’un problème d’objectivité et d’une tardive prise en compte des grands enjeux culturels du présent, car mal accompagnée dans un monde artistique mercantile où les outils de communication, de commerce et d’industrie s’associent pour promouvoir et encadrer l’artiste. Être contemporain ne consiste pas seulement à approuver aveuglément son temps sans discernement mais c’est aussi être en phase avec son époque tout en cherchant ce que le présent peut dissimuler dans l’inconscient ou l’imaginaire collectif. Quels sont les éléments de déconstruction des composants d’une exception culturelle dépassée, pour une refonte de ces mêmes valeurs qui puisse répondre aux attentes des sociétés actuelles? Ces questions seront cruciales pour affronter les crises d’identité sexuelle, culturelle et raciale du monde d’aujourd’hui. Stuart Hall nous dit dans Who needs identity que «L’identité est une notion que l’on ne peut plus penser comme on le faisait avant, mais sans laquelle, certaines questions essentielles ne peuvent plus du tout être pensées».

To offer a thematic Identity comes to meditate on «I-dentity» of our magazine. The Afrikadaa Collective inspired itself of the recent debates and reflections driven among the social sciences to question an artistic vision of the subject, far from the passions that this vague and ambiguous notion could generate. We believe heavily (Identity) in its immaterial aspect and that it cannot be entirely defined or measured, because of its multiplicity and fragmentation. It models itself indefinitely, on the basis of our experiences and our meetings. Several authors and artists proposed various and complementary representations of self in this edition, in order to put in light our perception through the eyes of others, as well as our own identification. It is question then to see at beyond an academic and constructivist approach, where the notion is only conceptual, but also beyond the identity discourse related in the society or national identity politics. How to approach the notion of Identity without evoking Négritude? It is the one of the first to interrogate a global Black Identity, for an awaking of cultural and intellectual African values. The specific social experience that historian Pap Ndiaye calls the «Black Condition « is now one of the concepts, which try to define a common Black experience. According to art critic Simon Njami, «the approach on the African contemporary Art is the same stereotype than first explorers anthropometries of the mainland. It is still a question of establishing a kind of typology on gender and race”. The identity of the African contemporary Art would suffer of a lack of effective networks and a late coverage of big cultural issues. The artistic productions of the continent need to be accompanied in an artistic global market, where modern communication tools promote artists as commercial products. However, to be contemporary does not consist only in approving its time without discernment but it is also to evolve in line with its era while looking what the present can dissimulate in the unconscious or the collective imaginary. Which are the elements to deconstruct the components of French cultural exception for example, for a recast of these same values, and a solid answer to current society’s expectations? These questions will be crucial to face the sexual, cultural and racial identity crises of the world of today. Stuart Hall says in Who needs identity: “Identity is an idea which cannot be thought in the old way, but without which certain key questions cannot be thought at all”. Pascale OBOLO / Kemi BASSENE

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AFRIKADAA

I—DENTITY Art Art talk

06

L’identité en eaux troubles /par Frieda Ekotto

08

Hassan Musa, à rebours des identités / par Julie Crenn

14

Unir le divers /par Patrick de Lassagne

16 22

Mario Benjamin et Jean-loup Pivin non-identifiés / par Camille Moulonguet Fury and Shuck one : L’identité mise en jeu / par Camille Moulonguet The black body / by Kemi Bassene

26 28

Decolonizing Sarah Bartmann or how to create epistemic shifts by rethinking emails as theory / By Alanna Lockward and Simmi Dullay

34

Places La Galerie Cécile Fakhoury d’Abidjan :un espace résolument contemporain / par Anna Djigo (Culture Concepts)

Concept

38

Portraits au féminin / par Sylvie Arnaud

40

Duplicity / par Michèle Magema

44 48 4

Portfolio Ernest Duku «Artiste voyant» / Par Marie Ange Abiola Black faces in color / Par Frieda Ekotto avec la contribution de Nimrod


52

L’oeil Phantom-matic de Namsa Leuba / par Maria Bonga

56

Rosana Shaub : Faces, our Map of hidden Identity /by Alexandra Thiart

60

Focus The Furious Max / par Carole Diop

Architecture 66

Nadir Tazdait :Un constat de modernité / par Carole Diop

70

The FOBE house / par Carole Diop

74

Design S’asseoir, se coucher et rêver / par Marie Ange Abiola.

76 80

Cheick Diallo « L’hybridité contre le stéréotype » par Djenaba Kane

Exhibition review Photo off «Result of reality» / par Marie Ange Abiola

82

Moussa Sarr «La raison du plus fort» / par Marie Ange Abiola

84

Quand les murs protestent / par Sami Belhaj

88 90 94

Carnet de bord Mémoires d’artistes 1/2 / par Carole Diop Mémoires d’artistes 2/2 / propos et photos de Migline Paroumanou Pavan

Afrikadaa s library

105 Agenda 109 AFRIKADAA s Playlist By Johny Pitts

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ART TALK

L’identitEé en eaux troubles

Par FRI EDA EKOTTO, professeur de littérature comparée, d’études afro-américaines et africaines: University of Michigan Ann Arbor.

‘‘L’historicité qui nous emporte et nous détermine est belliqueuse ; elle n’est pas langagière. Relation de pouvoir, non relation de sens’’ . Michel Foucault

de rappeler, mais je me contenterai de la formule césairienne. Elle cor re spond à l’image que le monde se fait de l’identité « nègre ». Or il reste à comprendre les différent s changement s sur venu s depuis, voire le s décalage s .

Un philosophe qui mériterait le détour e st le zaïrois

Yves Valentin Mudimbe.(3)Il redéfinit le sujet africain moderne à par tir de la bibliothèque coloniale, qui est le dépôt de savoir O n app e lle « ident ité » le f ait de dé sig n er une p er s onne

à même de circonscrire nos enjeu x identit aire s .

comme un individu , ainsi que la reconnais s ance de ce fait .

Pareille définition implique de relire Aimé Cé s aire. Il eut le

i d e n t i t a i re s o n t c o n n u d e s d é ve l o p p e m e n t s i m p ré v u s ,

courage de proclamer haut et for t : « Nèg re je suis, nèg re je

not amment avec la mondialisation.

re sterai. »(1) En se déclarant tel, Cé saire accepte l’his­t oire de

l’homme noir. Il l’élève et la sor t du stig mate de l’humi­l iation,

subi le s histoire s impériale s comme c’e st le ca s de s Africains

ainsi que nou s le rappelle Nimrod dans Aimé Cé saire, Non à

su b -s a ha­r ien s . À chaq ue m om ent his toriq ue , l ’ident ité s e

l’hu­m iliation.(2) Se fait jour une historicité qu’il conviendrait

modifie . Le s ident ité s contemporaine s se forgent à par t ir

(1 )

de s e space s cu lture ls plu s ou moins surdéter miné s par le

C f. A i m é C é s a i r e , Nèg r e je s u i s , n èg r e je r e s t e rai. Ent ret iens avec Fra nçoise Vergès, Pa r is: A lbi n Michel, 20 05.

(2 )

C f . Ni m r o d , A i m é C é s a i r e , No n à l’hu m i l i a t io n , A rles: Actes Sud-Ju n ior, 2012.

6

(3 )

A u co u r s d e l a d e r n i è re d é ce n n i e , l e s d i s co u r s

C’e st une que stion épineu se pour tou s ceu x qui ont

Cf. Y.V. Mud i mbe T he I nvent ion of A f r ica: G nosis, Ph ilosophy a nd t he O rder of K nowledge, Bloom i ng ton : I nd ia na Un iver sit y P ress, 1988.


‘‘Les identités au préfixe « afro » sont de nouvelles formes d’identité que l’Europe ne peut plus ignorer ...’’ capit alisme mondial et son cor tège de relations sociale s et

sujet afropéen, ainsi que le s analyse la Franco- Camerounaise

p olit ique s . Comme le soulig nent Pu shpa N aidu Parek h et

Léonora Miano dans se s e ssais ?(5)

Siga Fatima Jag ne, dans leur préface du Postcolonial African

Wr i t e r s : A B i o - B i b l i o g r a ­p h i c a l C r i t i c a l S o u rce b o o k , l e

peut- être néce s s aire. Le s identité s au préfixe « af ro » sont

fondement des études coloniales, à savoir l’idée de résistance

de nouvelle s for me s d’ident ité que l ’Europe ne peut plu s

au pouvoir impérial, e st rendu plu s incompréhensible encore

ignorer : elle doit les intégrer dans sa politique. Ces Afropéens

par le s opérations économique s , politico -sociale s . Pour le s

s o nt l e n o uve au v i s a ge d e l ’ Eu ro p e . C i to n s l e s p o r t , l a

Africains colonisé s, l’identité varie et sa f luidité dépend plu s

ga stronomie, la culture et le sec teur a s sociatif. Il en e st de

ou moins de s force s économique s et culturelle s en pré sence.

même de l’identité sexuelle. En Afrique et dans la dia spora ,

D’a i l l e u r s l e s t h é o r i e s p os tco l on i a l e s s e s ont p e u à p e u

l’iden­t ité queer, bisexuelle, transgenre et intersexuelle, le tout

éloig née s de s notions e ssentialiste s de l’identité forgée par

nommé LGBTIQ au x Ét at s-Unis, s’expri­m e de plu s en plu s .

l’histoire et la géopolitique. Le s nouvelle s forme s d’identité

réexaminent de s paradig me s colonialis te s et impérialis te s

qu’on cons t ruit un discours la concer nant , un f lot tement

en terme s d’altérité, de dif férence, d’auto­r ité et de mobilité

s’ins­t alle, un glissement vers l’ailleurs, qui souligne une impos­

interculturelle.(4)

sibilité de fait . Sans prétendre à l’ex­h au stivité, le point de vue

U n e c a r to g r a p h iq ue de l ’i dent i té af rop é e n n e e s t

L’identité e s t un ser pent de mer, car toute s le s fois

le plu s immédiat sur son identité propre, qui que l ’on soit ,

L’i d e nt i té , e n ce d é b u t d u X X I e s i è c l e , p o u r l e s

Af r i c a i n s s u b - s a h a r i e n s e t l e u r d i a s p o r a , s ’i n s ­c r i t d a n s

re s te l ’appréhension du temps et de l ’e space d ans le squels on vit .

plu sieurs regis tre s allant du pré sent au pa s sé pour aboutir au futur. À par t ir de la racine af ric aine cont inent ale s’éla­ borent des identités politiques et idéologiques. Un/une Afroeuropéen(ne) incor pore l ’idéo­logie du pays d’ac­c ueil, parle s a langue, ainsi que l ’indique Frant z Fanon d ans le premier chapitre de Peau noire ma sque blanc intitulé « Le Noir et le langage » : « Parler, c’est être à même d’em­p loyer une cer taine synta xe, posséder la morphologie de telle ou telle langue, mais c’e st sur tout a ssumer une culture, suppor ter le poid s d’une civilis ation» p13 . Il e s t e s sentiel de s avoir comment chacun forge son identité. Quels peuvent en être le s enjeu x pour un (4 )

Voi r les t r avau x de s t hé or icie n s de la post colon ie c o m m e A nt o n i N k w a m e A p pi a h , Ho m i Bh a b h a , Fr a nt z Fa non , St u a r t Hal l, Gayat r i Spiva k , Tr i n h-M i n h-ha , Ca role Dav is-Boy et bien d’au­t res.

7

(5 )

C F. L é onor a M ia no. Ha bit e r la f r ont iè r e. Pa r i s :

L’A rche, 2012.


Hassan ART TALK

Musa

A Rebours des Identites Par J ULI E CREN N

Peint re, c allig raphe et g raveur Ha s s an

n’ayant aucune ressource, il va collec ter

collec te, a ssemble et construit le fond

M u s a ( n é e n 1 9 51 à E l N u h u d a u

d if férent s matér iau x e t o ut il s afin de

de se s peinture s avec divers morceau x

Soudan), est diplômé en 1974 de l’Ecole

poursuivre son œuvre initialement

d e t i s s u s q u’i l s é l e c t i o n n e ave c s o i n

d e s B e a u x- a r t s d e K h a r t o u m . I l e s t

développée au Soudan. Il pratique

pour leurs couleurs, leurs tex ture s,

d ’a b o rd e m p l oyé co m m e d é co r at e u r

do n c « l ’a r t d e l a ré c u p é r at i o n », u n

l e u r s m ot i f s e t l e u r s s y m b o l i q u e s . I l

p o u r l a té l év i s i o n s o ud a n a i s e p u i s en

concept dont il se méfie car la critique

n’i n s t a u re p a s u n t r av a i l d e co u t u re

t ant que re spons able de la promot ion

occident ale af fuble bien t rop souvent

« bien finie », ceci afin de se dissocier de

du livre pour Khar toum University

u n e é t i q u e t t e g é n é r a l i s t e à l ’a r t

toute for m e ar t is anale, fonc t ionne lle,

Pre ss . Ju sque 1979 (date de son dépar t

co nte m p o r a i n af r i c a i n .(1) I l ré c u p è re ,

d é co r at i ve o u t r a d i t i o n n e l l e . I l co u d

pour la France) il e st journaliste pour la page culturelle du quotidien Al-Ay yam. E nt re 1 982 e t 1 989, i l e s t d é co r ate u r et g r aphis te au sein d ’une comp ag nie de théâtre et de danse. Depuis le début des années 1980, il enseigne les ar t s pla stiques ; il obtient son doc torat en histoire de l’ar t en 1990 à l ’université de M ont pellier. D u fait de son parcours pluriel, il jouit à la fois du s t at u t d ’a r t i s te , m a i s au s s i d u s t at u t d’historien et de critique d’ar t . L o r s q u ’ i l a r r i v e e n F r a n c e e n 1 9 7 9,

8

(1) À p r o p o s d e l’a r t d it d e r é c u p é r a t io n , H a s s a n Mu s a , l o r s d’u n e n t r e t i e n ave c J. O u bl i é , d i t : « Je d i r a i q u e l’o b j e t t r o u vé a r r i ve a ve c s e s p r o p o s i t i o n s . Je l e p r e n d s p a r c e q u’i l m e s e m b l e a c c e s s i b l e . C’e st p ou rq uoi, je ne pa rle r a i pa s de log ique de ré cupé r at ion. Je me méf ie de ce ter me, ca r il y a des t héor icien s qu i de pu is quelques a n nées d isent que la ré cupé r at ion est u n a r t d’A f r icai n , u n a r t d e p a u v r e. J ’u t i l i s e d e s c h o s e s a c c e s sible s , c e r t e s , m a i s je m’e n s e r s p o u r le u r ef f ic a c it é. Je n e s u i s pas d a ns le déchet. À l’opposé, il nous plaît de c roi re que la t oi le v ie rge e st v ide. Mais elle est cha rgée d’u ne v i rg i n it é à p a r t i r d e l a q u el le le p ei nt r e c o m m e n c e s o n œ u v r e. » Voi r : OU BLI E , Je ssica . « Ent ret ie n ave c Ha s sa n Musa ». Mouvement des I nd igènes de la Ré publ ique, 17 ma r s 20 06.

le s tissu s de manière a sy métrique, sans s e s o uc i e r d e l a p ré c i s i o n d e s p o i nt s ou même du fait que les coutures soient alignées et droites. Une m a n i è re d e p ro cé d e r q u i a j o u t e u n e v a l eu r e s t h é t iq ue à s on œ uv re , ce l l e c i s e révè l e ê t re u n vé r i t a b l e co l l a ge textile. Il choisit systématiquement d e s m o rc e a u x d e t i s s u s d e g r a n d e s dimensions afin de conférer à ses peinture s une plu s g rande profondeur de v ue , ain si que de s similitude s ave c l’ar t de la tenture et de la t apisserie.


Hassan Mu sa mêle une imagerie

visuelle collec tive. Il se c arac térise lui-

N ou s somme s tou s le s jours pris d ans

co nte m p o r a i n e t r i v i a l e vé h i c u l é e p a r

même comme un « faiseur d’image s ».

l e d é l u ge d e s i m a ge s d e p ro p a g a n d e

l e s m o t i f s i m p r i m é s (d e s o b j e t s d u

Simon Njami écrit à propos de Mu sa :

envahissant notre environnement vit al.

quotidien, des f leurs, des légumes,

Dans ses peintures, il soulève des

Je ne peu x pa s ju s te fer mer me s yeu x

d e s f r u i t s o u e n co re a n i m au x q u i au

que stions complexe s , liée s à l’invisible,

(m ê m e s i j e l e f a i s a i s , j e co nt i n u e r a i

sein de ses compositions tiennent

au non-dit , à l’essence des objet s et des

de le s voir !), alors , je g arde me s yeu x

une fonc tion symbolique) à une

concept s . Ce qui renvoie à une origine

o u ve r t s à c h a c u n e e t t o u t e s s o r t e s

i co n o g r a p h i e p l u s l a r ge , e x t r a i t e d e

géographique, chargée de clichés

d’image s avec l’intention de le s rendre

l a B i b l e , d e s m é d i a s , d e l ’h i s to i re d e

s o c io l o g iq ue s e t a nt h rop o l o g iq ue s e t

au monde, image pour image, œil pour

l ’a r t o cc i d e n t a l e o u d e l ’ H i s t o i re d e

constitue en chacun la par t du collec tif

œil. » �

m anière g l o b a l e . Le s m ot if s imprim é s

et qui se trouve désigné comme

sur le s t is su s t rouvé s sont le point de

sig nific at if et e xemplaire au x yeu x de

dép ar t de s a réf l e xion p la s t ique . Une

l ’é t r a n g e r. [ … ] S a m a n i è r e d e t r a i t e r

imagerie ready-made qu’il compose

la question de l’identité africaine

av e c u n e i c o n o g r a p h i e p e r s o n n e l l e ,

e st trè s réaliste. Il ne por te pa s le

p o u r gé n é re r d e s p e i n t u re s t e x t i l e s ,

f ant a sm e d ’u n e af r ic anité en devenir.

m u l t i ré fé re n t i e l l e s e t p o l y s é m i q u e s .

Il fait le constat de la domination

D u f a i t de s a for m at ion a r t i s t iq ue e t

c u l tu re l l e o cc ide nt a l e , de s a c a p ac i té

de son parcours, il s’e st , dè s le dépar t ,

d ’a b s o r p t i o n d e s a u t r e s c u l t u r e s e t

plongé dans une réf lexion autour d’une

du ré sult at mét is sé ainsi obtenu : une

m ém oire v i sue ll e o ccident a l e , e t p l u s

c u l t u re co m p l e xe , p a r t a gé e p a r to u s ,

par ticulièrement de l’iconographie

une culture du marché capit aliste

j u d é o - c h ré t i e n n e . U n t r av a i l d i f f i c i l e

international, avec des élément s

à imposer, le s s téréot y pe s ont la dent

empruntés aux traditions extra

dure . En ef fet , lorsqu’il a ef fec tué se s

occidentales, arabe, africaine, a siatique.

premières démarches auprès de galeries

(2)

d’ar t en Fr ance, il ét ait conscient que

H a s s a n M u s a o p è re à u n c ro i s e m e nt

le s galeriste s ne trouveraient pa s d ans

sy mbolique et à une confront ation

son travail ce qu’ils at tend aient de lui,

de deu x cultures, de deu x types

c ’e s t- à - d i re u n a r t « t y p i q u e m e n t »

d e p e n s é e s ; l ’u n e h é g é m o n i q u e ,

ou « authentiquement » africain.

l ’aut re tou jours envis agé e de manière

U n a r t à t r aver s l e q ue l il s ou lig n er a it

périphérique et stéréotypée. Il réf léchit

u n e xot i s m e e t u n e e t h n i c i té q u i l u i

au x modes de communication et

s er a ient « propre s ». D e s cliché s qu’il

de transmission de ces conceptions

re f u s e e t co nte s te ave c v i g u e u r. S e s

réduc trices entièrement intégrées dans

peintures textiles amènent le regardeur,

l’imaginaire collec tif. « Je considère mes

p a r l e b i a i s d e ré fé re n ce s m ê l é e s , à

p e i nt u re s co m m e u n e te nt at i ve p o u r

re p e n s e r l e s r a p p o r t s (é co n o m i q u e s ,

ré s o ud re u n c ho ix hu m a in p e r s on n e l .

culturels et humains) entre le Nord et

(2) BUSCA, Joëlle. « L’H istoi re de l’A r t Rev isitée : Ha ss a n M u s a », p u b l i é s u r l e Bl o g d e l’a r t i s t e , j u i n 2 0 0 7. D i s p o n i bl e s u r I n t e r n e t : h t t p: //a r t e x c l u . b l o g s p o t . com /20 07/07/ l h istoi re - de -la r t-rev isit e -ha ssa n-mu sa.ht m l.

le Sud . Pour cela il puise dans l’histoire de l’ar t occident al pour retravailler de s i m a ge s f a i s a nt a p p e l à u n e m é m o i re

9

Identité africaine ? Une grande par tie de son travail repose sur une réf lexion dirigée vers les problématiques liées à l’identité, il pose plu s par ticulièrement la que stion d’une définition supposée de « l’identité a f r i c a i n e ». U n e i d e n t i t é c o m p r i s e comm e u n e con s t r uc t ion o cc ident a l e avec laquelle il ne souhaite pa s entretenir de relation pour ne pa s être e n fe r m é o u c l a s s i f i é . D a n s p l u s i e u r s te x te s , l ’ar t is te af fir me d’ailleurs qu’il a d é c o u ve r t l ’ i d é e d ’u n e p ré t e n d u e « identité africaine » lorsqu’il e st ar rivé en France. Au Soudan, il se considérait comme un ar t is te occident al , puisque l o r s q u’i l é t a i t é t u d i a n t à l ’é co l e d e s B e a u x- a r t s , l e s m o d è l e s o cc i d e n t a u x é t a i e n t o m n i p ré s e n t s e t i n é v i t a b l e s . À ce moment , il se pens ait comme un ac te u r de l a s cèn e a r t i s t iq ue g l o b a l e , et non pa s uniquement comme un a r t i s te s o u d a n a i s o u af r i c a i n . D e p u i s s on ar rivé e en Fr ance, il in s t all e donc une dis t ance c rit ique avec le s not ions d e r a c i n e s , d e c u l t u re e t d ’ i d e n t i t é afin de s e concent rer su r s a situ at ion a c t u e l l e , ce l l e d ’u n a r t i s te s o u d a n a i s i n s t a l l é e n Fr a n ce , ce l l e d ’u n c i toye n du m on de . I l e s t au cœ u r m êm e d ’u n


que stionnement ac tif chez le s ar tiste s

» s i m p l e m e n t p a r c e q u e d ’a u t r e s

te l p a r p u re ré b e l l i o n . Po u r t a nt , s o n

i n s c r i t s d a n s u n e d i a s p o r a c u l t u re l l e ,

l ’e nv i s a g e n t ! Tu e s c e q u e t u c ro i s

c o m b a t c o n t r e l e s p r é j u g é s n ’e s t

s’inter roge ant sur une dou b le cu lture

être, car d ans l’ét at ac tuel de s chose s ,

p a s v a i n , l ’a b o l i t i o n d e s b a r r i è r e s

qu’il réinjec te avec per tinence et

être « Autre » sig nifie être exclu ,

nationale s ou identit aire s e st plu s que

ironie dans se s peinture s tex tile s .

simplement parce que te s Ancêtre s ont

néce ssaire aujourd’hui. Un combat par

I l m ê l e a c t u a l i t é e t H i s t o i re , c ré a n t

eu une histoire dif férente de l’Histoire

l e s m ot s e t l e s im age s . I l n’h é site pa s

a in si u n e sp ace c r it iq ue où u n t r av a il

O f f i c i e l l e , ce l l e q u i s e do n n e co m m e

e n e f fe t à p re n d re l a p a ro l e l o r s d e

d e re co n s t r u c t i o n d ’u n e m é m o i re e t

référence de l’Universel. De nos

dif férente s manife s t at ions liée s à l ’ar t

d ’u n e c o n s c i e n c e c o l l e c t i v e d e v i e n t

jours , avoir une his toire « dif férente »

co n t e m p o r a i n af r i c a i n , af i n d e f a i re

p o s s i b l e . E n 1 9 95 , i l é c r i t u n t e x t e

équivaut à ne pa s en avoir, not amment

évoluer le s conscience s et de faire

i n t i t u l é « D i x Tr u c s p o u r n e p a s

l o r s q u e l a d i t e H i s t o i re e s t ce l l e d e s

avancer la c rit ique . Dans un ent ret ien

devenir A r t is te Af ric ain », d ans lequel

dominant s . […]

réalisé pour la revue Africultures,

il formule un aver tissement (sou s

– A r rê te de c h e rc h e r te s r ac i n e s p a r

il poursuit son raisonnement en

f o r m e d e d i x c o n s e i l s) a d r e s s é a u x

ter re chaque fois qu’il e st que stion

af firmant : « Je ne dirais pa s que

jeune s ar tiste s . Une mise en garde afin

d ’i d e nt i té ! Tu e s u n h o m m e , p a s u n

j ’a i d e u x c u l t u re s , j e n’e n a i q u’u n e !

q u’i l s n e t o m b e n t p a s d a n s l e p i è ge

légume ! Tu e s debout sur le macadam

E l l e e s t co m p l e xe c a r c ’e s t l a m ê m e

d u s té ré ot y p e d e l ’i m a ge d e l ’a r t i s te

de Babel et tu parle s toute s se s langue s

q u e to ut l e m o n d e p a r t a ge : i l s’a g i t

africain façonnée par le s Occident au x .

!�

d e l a c u l t u re d e m a rc h é , ce l l e d ’u n e

H a s s a n M u s a y s o u m e t u n s e nt i m e nt

Ha ssan Mu sa souhaite en finir avec un

société de consommation qui a

de m éfi a n ce q u a nt à l ’ H i s to i re é c r i te

s y s tè m e de c até go r i s at i o n ré duc te u r,

co n s t r u i t s e s re p è re s d a n s l a l o g i q u e

p a r l e s O cc i d e nt au x e t d e s t i n é e au x

p e s a n t e t f i g é a f i n d ’e x p l o r e r d e

d u m a rc h é c a p i t a l i s t e i n t e r n a t i o n a l ,

O cc i d e nt au x , d a n s l aq u e l l e l ’ H i s to i re

nouvelle s combinaisons et d’échapper

avec quelque s élément s de la tradition

de l ’« aut re » e s t s im p l ifié e , idé a l i s é e

a u x c l i c h é s d e « l ’a r t i s t e a f r i c a i n ».

m é d i ter r a n é enn e , chré t ienn e , e tc . Ce

et par conséquent appauvrie. Un

D’ailleurs, il ne revendique aucunement

qu’on appelle l’Occident ».(3)

discours réduc teur que l’ar tiste combat

s e s o r i g i n e s af r i c a i n e s o u s o n s t at u t

p a rce q u’i l p e r p é t u e u n e d i c h oto m i e

d’ar t is te dia sporique . Il e s t avant tout

d o m i n a n t- d o m i n é , e t p a rc e q u ’ i l

un ar tiste évolu ant d ans la mondialité,

accentue une identité exotique dont il

un citoyen du monde, ancré dans

se défend .

la mouvance globale. Son héritage

– Ne crois pa s tout ce qu’on te raconte

culturel multiple, le pa ssé colonial et les

sur l ’ H is toire ! L’his toire (tout comme

in ju s t ice s l ié e s au x q ue s t ion s r ac i a l e s

l ’A r t , l a f e m m e , l e s r e l i g i o n s e t l e s

et identit aire s, sont au cœur de sa

s t at i s t i q u e s) n’i n t é re s s e l e s h o m m e s

prat ique et de s a réf le xion t hé orique .

que d ans la me sure où ils p euvent en

Dépa s ser la c atégoris at ion de l ’ar t is te

tirer des repères pour occuper l’infinité

« a f r i c a i n » l u i p e r m e t d ’a c q u é r i r

de l ’e space et du temps et en exclure

u n e p l u s g r a n d e l i b e r t é fo r m e l l e e t

d ’au t re s h o m m e s . L’ E u ro p e co l o n i a l e

co n ce pt u e l l e . E n ce l a , l a c r i t i q u e l u i

e t n é o co l o n i a l e t i e nt à n o u s i nf l i ge r

at tribue souvent le sobriquet d’ar tis te

s a p ro p re H i s t o i re co m m e l ’ H i s t o i re

« conte st at aire », ce qui à notre avis e st

de l ’ Universe l et depu is , nou s f aisons

une nouvelle for me de c atégoris ation,

par tie de la par tie exclue.

une c aric ature de l ’ar t is te « af ric ain »

– Ce s s e de te pren d re p ou r « l ’Aut re

r e f u s a n t d ’ê t r e c o n s i d é r é c o m m e

10

Contre l’Artafricanisme Dans cette perspective critique, il

a

développé

le

concept

de

l ’A r t a f r i c a n i s m e , c o r r e s p o n d a n t à l ’e n go u e m e n t d e s O cc i d e nt a u x p o u r l’ar t contemporain africain, ainsi qu’au x stratégie s de monstration du même ar t pour un public occidental. Ha ssan Mu sa considère l’Ar t africanisme comme une nouvelle catégorie ar tistique fabriquée et dédiée au x Occidentau x en mal d ’ i d e n t i t é c u l t u r e l l e e t d ’e x o t i s m e .

(3) T O U YA , L u c i e ; KO U D E DJ I , T h i e r r y W i l l i a m . « J e Pa r s d’u n P r i n c i p e t r è s Si m ple : le s gen s sont i ntelligent s ! Ent ret ien avec Ha ssa n Mu sa ». A f r icu lt u res, novemb r e 2 0 0 5. D i s p o n i bl e s u r I n t e r n e t : ht t p://w w w.af r icu lt u res.com /i ndex. a sp?menu=af f iche _ a r t icle&no = 4094.


Autoportrait avec idées noires - 2003, inks on textiles - 146x233cm - hm/01/098 - courtesy Hassan Musa

Sa propre pratique e st développée

i nve nté p a r l e s ge n s q u i s ’e n s e r ve nt

p or tent en e l l e s de s p o i nt s com m u n s

par rappor t à la théorisation de ce

et qui le manipulent aujourd’hui.

q u’i l s o u l i g n e a i n s i : « Ce q u’i l y a de

courant. Il fait alors une critique

M o n t r av a i l e s t av a nt to ut ce l u i d ’u n

co m m u n e nt re l ’e x p é r i e n ce d e B a ke r

acerbe de l ’histoire de s expositions de

ar t is te qui e s t af fe c té par s a situ at ion

e t ce l l e de S aw tc h e , e s t q ue c h ac u n e

l ’A r t af ric anism e dont le premier jalon

d ’h o m m e d a n s l e m o n d e . C’e s t p o u r

d ’e l l e s a é t é m i s e s u r s cè n e e n f a ce

e s t deven u u n e référence en Fr ance :

cette raison que je pense que la

d ’u n p u b l i c e u ro p é e n m a s c u l i n . M a i s

M a g i c i e n s d e l a Te r r e , o r g a n i s é e

m anip u l at ion de s im age s e s t u n ge s te

l a d i f fé re n ce e n t re l e s d e u x fe m m e s

par Jean-Huber t Mar tin en 1989 au

politique qui a des conséquences

r é s i d e r a i t e n l ’a t t i t u d e a f f i c h é e p a r

C e n t re G e o r g e s Po m p i d o u . D a n s u n

politiques. Je dénonce cela. Car

c h a c u n e d ’e l l e s p a r r a p p o r t a u f a i t

tex te « Qui a I nventé le s Af ric ains ? »,

cer taines machines propagandistes

d ’ê t re con s idéré e com m e u n e fem m e

H a s s a n M u s a su r n om m e J e a n - H u b e r t

av a n ce nt m a s q u é e s e n i m p os a nt l e u r

noire. »(5) Joséphine Baker et Saw tche

M a r t i n l e « m a î t re » d e s e x p o s i t i o n s

vision de s chose s de f açon tot alit aire .

a p p a r a i s s e n t co m m e d e u x i cô n e s d u

d ’a r t e x t r a - o c c i d e n t a l a u s e i n d e s

M a i s l e m o n d e n ’a p p a r t i e n t p a s à

pant hé on de l ’ar t is te, qu’il repré sente

musées occidentaux. Ce surnom,

ces personnes détenant le pouvoir

de manière récurrente dans ses

e m p r u n t d e l ’h i s t o i re d e l ’e s c l av a ge ,

te c h n i q u e e t m até r i e l . Le m o n d e e s t

p e i nt u re s te x t i l e s . P re n o n s l ’e xe m p l e

af fiche le sentiment de révulsion

u n b ie n com m u n de l ’h u m a n i té . To ut

d e l ’œ u v r e i n t i t u l é e A u t o p o r t r a i t

q u e l ’a r t i s t e p e u t é p r o u v e r f a c e à

comme le s image s . À nou s de t rouver

Ave c I d é e s N o i re s , o ù i l a p p a r a î t a u

ce t A r t af r i c a n i s m e d éve l o p p é p a r l e s

notre place et de la garder.�

centre de la composition, a ssis de trois-

critique s, le s commissaire s, le public et

q u a r t s . L a f i g u re d e M u s a e s t p e i nte

le s historiens occident au x . Un concept

Il est intéressant de noter qu’il a

sur un fond noir, t andis que de par t et

dénué de toute « authenticité » puisque

obser vé avec attention l’historiographie

d’autre de son cor ps sont repré sentée s,

le s ar tiste s (qu’ils soient né s en Afrique

de s expositions et de toute s le s autre s

sur fond s blanc s , à g auche S aw tche, à

ou pa s) sont choisis et exposé s par le s

for me s de mons trat ion de l ’exot isme :

droite Joséphine Baker. Leurs corps nu s

institutions culturelle s .

objet s, humains, animaux etc. Des

sont comme e squis sé s . Saw tche e st de

L’Ar t africanisme e st à envisager comme

recherche s qui l’ont mené à développer

face t andis que Baker e st pré sentée de

un manife s te ar t is t ique et conceptuel,

une

iconographique,

p rof i l . U n e fe m m e e x h i b é e d e fo rce ,

d o n t l e s i d é e s e t l e s p ré ce pt e s s o n t

t hé orique et c rit ique sur deu x fig ure s

u n h o m m e a r t i s t e r e f u s a n t d ’ê t r e

a p p l i q u é s a u q u o t i d i e n p a r l ’a r t i s t e .

de l ’his toire noire : S aw tche (dite « la

considéré comm e un êt re e xot ique et

I l n e s’ag it en aucu n c a s d ’u n e sim p l e

Vé n u s H o t t e n t o t e ») e t J o s é p h i n e

une femme qui a su exploiter un st atut

posture rebelle ou contestataire.

B a k e r. ( 4 ) H a s s a n M u s a c o m p a r e

e xot i q u e p o u r c ré e r au - d e v a nt d e l a

L’A r t a f r i c a n i s m e n o u s p e r m e t d e

volontiers le s deu x femme s, qui, si elle s

scène. Trois personnage s, trois époque s

re p en s e r u n s y s tèm e o bs o l è te dont il

o n t co n n u d e s v i e s t rè s d i f fé re n t e s ,

réflexion

e s t n é ce s s a ire e t u rgent de revoir l e s J’ai été éduqué en Afrique. Et pour t ant ,

(4) Po u r u n e é t u d e p l u s approfond ie de l’h ist oi re de Saw t che, vo i r : h t t p: // w w w. a f r i c u l t u r e s . c o m /

l ’a r t a f r i c a i n e s t u n o b j e t q u i a é t é

php/i ndex.php?nav =a r t icle&no = 9784.

fondement s .

11

(5) M USA, Hassa n. « About Black

Wo m a n h o o d : E xch a n ge w it h B a r b a r a T hompson », publ ié su r le Blog de l’a r t i s t e , o c t o b r e 2 0 0 8 . D i s p o n i b l e su r I nt er net : ht t p://a r texclu.blogspot. f r/20 08/10/about-black-woma n hoodexcha nge -w it h-bt.ht m l


Great american nude III, 2005 - Inks on textiles -222x360 cm - hm/01/08- courtesy Hassan Musa

dif férentes. Joséphine Baker jouait avec

ar t is te s af ric ains , il ne veut pa s entrer

d’appar tenir à telle ou telle culture . I l

s o n c o r p s , a l o r s q u e l e s E u ro p é e n s ,

d ans une cla s sific at ion ar t is t ique qu’il

e s t ré g u l i è re m e n t i nv i t é à p a r t i c i p e r

quelque s année s auparavant , ont joué

e s t im e d angereu s e , voire douteu s e . I l

au x g rande s manife st ations ar tistique s

ave c le cor ps de S aw tche . En ce sens ,

proclame : « Ce souci de faire un show

a xé e s su r l ’ar t contemp or a in af ric a in .

elle incarne l’Ar t africanisme puisqu’elle

de la réalité place l’ar tiste africain dans

O r, i l n e s e s e n t p a s p l u s a f r i c a i n

s ’e s t

attentes

une posture pornographique devant un

qu’européen, il vit et pratique dans un

européenne s et a su jouer de son corps

s p e c t at e u r e u ro p é e n m é t a m o r p h o s é

e s p a ce q u e H o m i K . B h a b h a n o m m e

prétendument e xot ique p our accé der

en voyeur occ a sionne l . Cet te re lat ion

l ’ « e nt re - d e u x ». B h a b h a é c r i t q u e :

au succès et à la reconnaissance

e s t t ro u b l a n t e t a n t e l l e r e s t i t u e c e

« Ce s e space s “entre- deu x” of f rent un

internationale.

regard que le public européen de s

t e r r a i n p o u r é l a b o re r d e s s t r at é g i e s

foire s du XIXème siècle posaient

d ’i n d i v i d u a l i t é e t d e re p ré s e n t at i o n s

s u r d e s A f r i c a i n s c o m m e l a Vé n u s

communes initiant des signes nouveau x

Hot tentote ou le s famille s A shati dans

de la dif férence culturelle et des

le zoo parisien. »

sites innovateurs de collaboration

De la même manière que de Joséphine

e t d e c o n t e s t a t i o n . » (6) U n e s p a c e

B a ke r a u t i l i s é l a s c è n e e u ro p é e n n e

symboliquement identifié dans son

pour se faire connaître, l’ar tiste profite

Autopor trait Avec Idée s Noire s,

d e s e x p o s i t i o n s a r t af r i c a n i s t e s p o u r

l or s qu’il s e repré s ente ent re S aw tc h e

l a v i s i b i l i t é q u ’e l l e s a p p o r t e n t . E n y

(af r i c a i n e) e t J o s é p h i n e B a ke r (n o i re

p a r t i c i p a n t , i l s ’o c t ro i e u n e t r i b u n e

a m é r i c a i n e). A u s e i n d e c e t e s p a c e ,

grâce à laquelle il peut diffu ser

l ’a r t i s t e v a p u i s e r d a n s d i f f é r e n t e s

conformée

aux

Baker – Musa : déjouer le système dominant I l e s t a l o r s i n t é r e s s a n t d ’é t a b l i r u n rappor t entre Joséphine Baker et Ha ssan Mu sa lui-même, notamment à partir de sa participation à l’exposition Africa Remix en 2005. Une manifestation itinérante mondiale, sponsorisée, entre autre s , par le géant pét rolier Tot al . L’Occident pré sent ant à l ’O cc i d e n t l ’a r t d e s « a u t re s », d e l ’Af rique. Ha s s an M u s a considère qu’il ne fait pas partie de la famille des

12

ses idées critiques. Il entretient alors un rappor t complexe avec la n ot i o n d ’i d e nt i té c u l t u re l l e e t l e f a i t

(6) BH A BH A, Hom i K. « Beyond t he Pale : A r t i n t he Age of Mu lt ic u lt u r a l Tr a n sl a t io n », i n 19 93 B i e n n i a l E x h i b i t i o n . N e w Yo r k : Abr a m s : W h it ney Mu seu m of A mer ica n A r t , 1993, p.63.


cultures et dans un répertoire

De s maisons d’ar tiste s, de s ré sidence s,

c o n t r e l ’A r t a f r i c a n i s m e e s t u n e

personnel afin de procéder à un

de s ex positions , de s projet s collec tifs ,

manière de libérer l ’ar t contemporain

dépa ssement identit aire et culturel.

des biennales ; des initiatives soutenues

africain des idées reçues et des

Il a pour tant accepté de par ticiper

par le s ac teurs culturels africains sur le

s téré ot y p e s p er s i s t a nt s . Le s o b je c t if s

à Africa Remix, car s’il ne s’inscrit

continent . Nou s pensons not amment à

sont multiples : se débarrasser

p a s c o m m e é t a n t a c t e u r d e l ’a r t

un ar tiste qui nou s a quit té s bien trop

d ’u n e c o n c e p t i o n e x o t i q u e d e l ’a r t

co n t e m p o r a i n af r i c a i n i l n e p o u r r a i t

tôt, Goddy Leye (1965 -2011). Enseignant

contemporain africain, fournir une

qua siment jamais présenter son travail à

e t ac te u r c u l t u re l e n g a gé , i l a fo n d é

c r i t i q u e d ’a r t f o r m u l é e p a r d e s

un large public. Se s rare s par ticipations

en 2003 la plateforme ar tistique

c rit ique s is su s du cont inent , proposer

au x expositions ar tafricanistes sont

Ar tbaker y à Douala (Cameroun), un lieu

des expositions qui ne soient pas

t o u j o u r s a c c o m p a g n é e s d ’u n p ro j e t

d’échange s et d’expériment ations pour

s e u l e m e n t u n e r é u n i o n d ’a r t i s t e s

critique. Il se glisse dans le s interstice s

les ar tistes et les critiques. Sur le même

africains ou encore met tre en avant le s

d u s y s t è m e d o m i n a nt p o u r l ’e n r aye r

principe d’engagement culturel, il nou s

pratique s plutôt que le s origine s .

a u m o y e n d e s e s p e i n t u re s t e x t i l e s

f a u t n o t e r l ’e x i s t e n c e d e B a n d j o u n

e t d e d i s co u r s p e r t i n e nt s . J o s é p h i n e

St at i o n , à B a n d j o u n (C a m e ro u n), u n e

B a ke r a s u j o u e r d e s o n i m a ge e t d e

initiative de Bar thélemy Toguo. Il s’agit

son identité en t ant que femme noire.

d ’u n e r é s i d e n c e p r i v é e a y a n t p o u r

Elle a ssumait par faitement sa minijupe

fo n c t i o n d e p ré s e nte r, d e co n s e r ve r,

à b a n a n e s e t s e s re p ré s e n t at i o n s e n

de déve lopper et de promouvoir l ’ar t

c a g e (c o n t r a i r e m e n t à S a w t c h e q u i

a c t u e l a f r i c a i n .( 7 ) I l e s t i m p o r t a n t

l e s su bis s a it viol em ent ). H a s s an M u s a

d ’a p p u y e r e t d e m e t t r e e n a v a n t

é c rit q ue : « Cet te c age repré s ent a it ,

l e s p ro j e t s e t l e s œ u v r e s d ’a r t i s t e s

d a n s l ’e s p r i t d u p u b l i c e u r o p é e n ,

comm e G oddy Leye , H a s s an M u s a ou

u n e m é t a p h o re c l é d e l a c u l t u re d e

e n c o r e B a r t h é l e m y To g u o , l u t t a n t

d o m i n at i o n q u’a e n ge n d ré l a s o c i é té

ac tivement contre la « ghet toïs ation »

capitaliste en Europe. En tant qu’espace

de l ’ar t contemp or ain af ric ain . Lut ter

d ’o p p re s s i o n e t d ’o rd re o ù l ’o n p e u t cl a s ser et contenir l e s énergie s et l e s être s du monde “dé sordonné”, la c age apparaissait comme la place appropriée p ou r l e s Af ric ains . »� L’ar t is te combat cet te « cage » africaniste dans laquelle l a s o c i é t é e t l ’h i s t o i re vo u d r a i e n t l e contraindre. Les artistes s’inscrivant dans la mouvance

anti-Artafricanisme

a i m e n t à d é j o u e r e t à d é s t r u c t u re r c e t e n f e r m e m e n t e t l ’ i d é e d ’u n e authenticité africaine. De plu s en p lu s d ’ar t is te s af ric ains , ainsi que de s critique s et commissaire s d’exposition, sont à l ’origine d’initiative s redonnant u n e ju s te p lace à l ’ar t ac tue l af ric ain .

13

(7) D i s p o n i ble s u r I nt e rnet : ht t p://w w w.bandjou nst at ion.com / p r oje t / le p r oje t .ht m l. Au p r oje t a r t i s t ique s’a c c orde u n projet ag r ic ole. A ce sujet il écr it : « Pou r dé pa sser - et t r a n s c e nd e r - c e t a mbit ie u x ch a nt ie r a r t ist ique et cu lt u rel, j’ai en out re dé cidé de valor iser t rois hect a res de terr a i n e n p r oje t à l a foi s a r t i s t iq u e e t a g r i c ol e . C e vol e t d’i n t é g r a t io n e n v i r on ne me nt a le e t d’ex p é r i me nt at ion s o c i a l e s e ve u t u n e xe m pl e p o u r l a jeu nesse locale af i n de créer des lien s dy na m iques et équ it ables ent re les i nv it és et leu r s hôtes et démont rer qu’il faut au s si c r oi r e à l’ag r ic u lt u r e p ou r at tei nd re not re autosuf f isance ali ment a i r e . C’e s t e n f i n u n a c t e p ol i t i q u e for t où not r e p é pi n iè r e d’a r t i s t e s fé condera u ne pépi nière caféière, u n acte cr it ique qu i a mpl if ie l’acte a r t ist iq ue et dé nonc e c e q ue L é op old Sé d a r Seng hor appelait “la dét ér ior at ion des t e r mes de l’é cha nge”, où les pr i x à l’ex p or t i m p o s é p a r l’O c cid e nt p é nal isent et appauv r issent du r ablement nos ag r icu lteu r s du Sud. »


ART TALK

UNIR LE DIVERS

Par PATRICK DE LASSAGN E

Il faut , je crois , unir le divers , lut ter pour ce que je nomme

l ’ i n co n s c i e n t (d i t « co l l e c t i f ») c e t t e i m a g e s u b s i s t e e n

« l e d ro i t à l a re s s e m b l a n c e » a f i n d ’a l l e r a u - d e l à d e s

t a nt q u e re p ré s e nt at i o n d e l ’h o m m e n o i r, d e l ’ê t re n o i r.

dif férence s , et éviter de « s’emmurer d ans le par t iculier »

Et e l l e a l a p e au du re . En d ’aut re s ter m e s e t de l a m êm e

comme le dit Cé s aire . S ans pour aut ant se dis soudre d ans

m a n i è re q u’ Enge l s d i s a i t « L a fem m e e s t l e p ro l é t a i re de

l’universel.

l’homme » : le noir fut le prolét aire du blanc en fait et/ou en

« Changer en échangeant » comme le dit Glissant , car nou s

repré sent ation. Voir Robinson et « Vendredi ».

ne somme s « jamais ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre » pour paraphra ser Verlaine.

Ré d u i re ce s e x t rê m e s a m a l g a m é s , re s t a u re r u n e d i g n i t é noire, sur monter ce s cont r adic t ions tend ant vers l ’aporie,

Pet it détour et pré alable : L ar r y H olme s af fir mait avec un

découpler la fu sion et la confu sion entre cla s se et « race »

subtil humour :

implique donc qu’il faut lutter y compris pour une

« C’e st dur d’être un noir, ça t ’e s déjà arrivé de l’être ? Moi

dissociation ment ale entre la race et la cla sse.

oui, une fois, quand j’étais pauvre ». Cela infère que la R ACE* noire ét ant considéré e et dite inférieure, ét ait pour cet te raison même réduite à un statut de CL A SSE inférieure. Donc tout au plu s a s similée à une force de travail (dixit le Code noir). R ACE noire au x diverse s et hnie s ar raché e à s a ter re africaine, expor tée sur une autre, faite e sclave, condamnée au x plu s durs labeurs . Sou s- cla s se noire qui au x USA entre a u t re s , n e p o u v a i t s ’a r r ac h e r q u e t rè s p é n i b l e m e nt à s a

‘‘C’est dur d’être un noir, ça t’es déjà arrivé de l’être ? Moi oui, une fois, quand j’étais pauvre ’’.

p auv re té e t s on e s c l av a ge m a l g ré s e s « Fo u r ac re s a n d a mule ».

Car l’infériorisation par l’autre, l’infériorisation de soi, subies, et intériorisée s mènent au complexe de race aut ant que de

Pour synthétiser le déjà trè s synthétique propos de Holme s,

cla sse. A une pathologie sociale comme psychologique. Donc

cet a s ser vis sement fit d’elle une « race- cla s se-inférieure »,

comme le sug gère Mar x :

u n e s o u s- c l a s s e . U n e « r ace d é c l a s s é e » - d e f a i t . D a n s

« Ce s rappor t s pétrifié s il nou s faut le s obliger à danser en

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leur chant ant leur propre mélodie ».

l ’ident ifier à s a propre ident ité - au s si mouvante soit- elle,

A in si de s m é d iateu r s , de s p a s s eu r s s ont n é ce s s a ire s p o u r

d i re l ’o d y s s é e d e s a co n s c i e n ce , s o n é p o p é e i nt i m e , s o n

a r t i c u l e r, re m e t t re à p l at l ’i d e nt i té n o i re , l ’ê t re n o i r, e n

h i s t o i re , s a s p l e n d e u r e t s e s g l o i re s , s a g r a n d e u r e t s e s

fonc tion de critère s rationnels - comme Fanon l’a tenté en

i cô n e s , s o n ré e l e t s o n p os s i b l e , c ’e s t dé j à l e c h a n ge r e n

s on tem ps : « S an s p a s s é n è g re , s an s aven i r n è g re (…) p a s

l’accept ant comme tel, en le prenant pour ce qu’il e st et non

encore blanc, plu s tout à fait noir, j’ét ais un damné ».

ce pour quoi on l ’a pris , ce pour quoi l ’on a bien vou lu l e

I l n e s ’a g i t p l u s d e d é f i n i r ce t t e i d e nt i t é e t ce t ê t re e n

prendre ! “Un noir imaginaire”.

f o n c t i o n d ’u n e p r é t e n d u e e s s e n c e , l a n é g r i t u d e - p a r e xemple ; pa s s age cer te s néce s s aire, mais qui devint au s si l ’opium du p eup le nè g re, comm e l ’a t rè s bien dit Adotevi d a n s s o n e s s a i « N é g r i t u d e e t n é g ro l o g u e s ». I l n e s’a g i t p a s p l u s d e l a co n cevo i r d ’u n e m a n i è re q u i l a l i m i te , v i a une percept ion et une analyse fondée sur l ’his toire de se s repré sent at ions – au s si prétendum ent obje c t ive s soit- e ll e - qui implique de fait une vision néo-colonialiste réduc trice

‘‘Passer par les abstractions provisoires que cela requiert, l’identifier à sa propre identité - aussi mouvante soit-elle ...’’

(qu’elle s’ig nore comme telle ou non). Afin que l ’on ne pu is s e plu s tenir l e s prop os - ré duc teu rs L’êt re noir e s t une tot alité, qui e s t et fut « produite » par

bien malg ré eu x - de L ar r y H olme s : « C’e s t dur d’êt re un

l’homme lui-même, et qui ne peut être réduite à l’une de se s

noir, ça t ’e st déjà ar rivé de l’être ? Moi oui, une fois, quand

par tie s . C’e st une tot alisation en cours qui e st un proce ssu s

j ’é t a i s p auv re ». M a i s à te r m e ce u x – c h ro m at i q u e s - d e

historique, le proce ssu s de s ac te s de l’homme. Elle e st au ssi

J e an G enet , af fir mant ave c non moins d’humour : « M ais ,

u n e p s yc h é e n m ê m e t e m p s q u’u n e p r a x i s . D e s u rc ro î t ,

qu’e st-ce que c’e st donc un noir ? Et d’abord , c’e st de quelle

cet te identité e st plurielle. Il faut donc met tre au point une

cou l eu r ? ». Pou r qu’u n e s o ciété p os t- r acia l e advienn e u n

médiat ion ent re le « tout » de cet te ident ité, t rop réduite

jour, comme Barack Obama le sug gère avec force et l’appelle

à cer t aine s de se s par tie s sou s la forme de cliché s, de lieu x

de se s vœu x ; et qu’enfin s’accomplisse « le rêve » de M ar tin

communs; et le s aut hent ique s racine s de cet te ident ité en

Luther King.

devenir.

C o n c l u o n s ave c ave c D e re k Wa l c o t t « F a n t ô m e s n o i r s , fantôme s blanc s je vou s pardonne… ».

En somme, ins t aurer une médiat ion ent re son êt re, pa s sé,

***

ac tuel , figé, réifié, et son devenir, afin de tendre vers une

P rô n e r u n d ro i t à l a re s s e m b l a n ce e t l u t t e r p o u r, c ’e s t

désaliénation, une libération, une re(con)naissance. Pour cela

vou loir Unir le D ivers . Et le divers- uni , c ’e s t déjà le début

il faut être radical, donc prendre le s chose s par la racine. Et

d’une authentique communauté humaine.

pour l’homme, la racine, c’e st l’homme ! L’être noir ne peut être la somme de se s repré sent ations et se s cliché s! Il faut

*Race e st ici un ter me employé par convention et faute de

donc sor t ir de ce condit ionnement conceptuel . Il ne s’agit

meilleure définition.

plu s de se raconter l’histoire de s idée s sur l’homme noir, ni de le s inter préter, c’e s t fait! M ais de pa s ser par toute s le s

Patrick de La ssagne est scénariste et romancier. Il est l’auteur

c até gor ie s op ér atoire s de s s cien ce s hu m a i n e s e t de l ’a r t :

de Zonzon , Po lice d i s t r ic t , C l a s s e d angereu s e , K ill c ré o l e .

ontologie, épis témologie, sociologie, ét hique, ps ychologie,

Finaliste du Grand Prix du Meilleur Scénariste Sopadin 2009

poé sie, cinéma pour… Le transformer !

pour le film «Le family show».

Pa s s e r p a r l e s a bs t r ac t ion s p rov i s o i re s q ue ce l a re q u ie r t ,

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ART TALK

Mario Benjamin & Jean Loup Pivin NON IDENTIFIES Par CA MI LLE MOULONGUET Photos : COURTESY REVUE NOI RE ET L’ARTISTE

Mario Benjamin présente à la Maison Revue Noire jusqu’au 23 Février 2013 une série de figurations abstraites où dans un brouillage maximum, les visages apparaissent inéluctablement. La Revue Noire a également consacré un livre singulier et prenant à cet artiste, le premier sur son œuvre. Jean Loup Pivin, co-fondateur de la Revue Noire, partage cet entretien avec Mario Benjamin et l’ouvre aux vertus de la conversation. 16


A l o r s q u e vo u s ê te s i n sta l l é s à Pa r i s p o u r q u e l q u e s mois, vous sentez-vous très loin de « la Chambre de MarioBenjamin » paru en 2012 aux éditions de la Revue Noire ?

que je vais commencer à peindre, je déter mine un peu le s terme s technique s du projet et puis il y a ce qui va ar river, ce qui va se déclencher, en brut alis ant la technique, je fais déraper le s chose s . Par exemple, dans cet te série là , j’ai joué

M ario Benjamin : Cela fait trois mois que je suis à Paris et je

entre le blanc ex trême et le bleu outre mer et à un cer t ain

me sens bien, je suis anonyme tout en ét ant en permanence

moment j’ai laissé tomber et j’ai décidé de de ssiner avec le

accompagné. Je suis à la Cité des Ar t s, c’est un lieu tellement

mélange des deu x. En fait , il y a deu x moment s : les décisions

v a s te ave c p l u s de 3 0 0 ré sident s e t ç a c ré e u n e cer t a in e

technique s que je prend s avant et puis il y a le moment où

banalité, un anony mat tot al . Je ne me sens pa s loin de ma

je me sers de s accident s , de la bombe, de s proje c t ions de

c h a m b re h a ï t i e n n e c a r j e co m m e n ce à m’i nt ro d u i re ave c

co u l e u r s q u i vont to u jo u r s dé b o uc h er su r q ue l q ue c h os e

de s élément s, quelque s petit s truc s dans l’appar tement que

d ’a l é ato i re . Au b o u t d e t ro i s- q u at re to i l e s , u n e f r ac t u re

j’occupe aujourd’hui. La France m’of fre tellement de paix. Je

technique se c rée qui va déter miner tout ce qui va suiv re

n’ai pa s un étonnement béat pour la France car c‘e st un pays

aprè s . J ’ai pris de t rè s mauvaise s habitude s , pour peindre,

que je connais depuis plu s de 20 ans mais c ’e s t le fait que

je dois boire, je dois fumer, je prend s cet te drogue pour me

cet te expérience dure qui change tout . J’ai peint à Paris le s

fraca sser et ça marche tellement bien. A Paris, je prend s du

œuv re s qui sont exposée s en ce moment à la Maison Noire

whisk y, le whisk y e st mon alcool préféré il e st trè s direc t . Ce

alors qu’avant je ne peig nais qu’en Haïti. J’ai du évacuer tout

qui a été dif férent d ans cet te ex périence, c ’e s t que j ’ai pu

le bruit qu’il y avait autour de moi pour faire ce s peinture s .

travailler sans la hantise d’être dérangé. Quand je bois je ne

Ici je travaille en côtoyant en per manence le s archive s de

suis pa s saoul, je suis simplement plu s éveillé. Je peu x avoir

la ville de Paris et l’ac tualité de cette ville. On e st dans une

une vie trè s ordinaire aprè s . Je peu x avoir de s ét at s d’âme

réalité, un vis à vis intéressant et je suis à ma g rande surprise

ou une liber té dans la pensée trè s intense s mais comme ça

nour ri par Paris .

se pa s se en va se clos , il suf fit que je sor te de mon atelier et cet te ex périence e s t ter minée . Le s ennuis viennent de s

Jean Loup Pivin : il faut contextualiser au ssi, c’est la première

autre s, quand tu e s seul tu n’a s plu s aucun ennui, tu vis ton

fois que Mario par t long temps de son pays à la dif férence de

t r uc s eu l e t p er s onn e n e te repro c h e q uoiq ue ce s o it . Le

beaucoup d’ar tiste s qui ont vécu de s année s à l’étranger.

poid s de la famille e st trè s for t pour moi en Haïti ; c’e st moi au ssi qui suis trop disponible comme un gentil garçon.

Mario Benjamin : J’ai bénéficié de parent s très éduqués, mon père avait fait un voyage de deu x ans en It alie pour étudier

Jean Loup Pivin : C’e st étonnant cet te solitude dans laquelle

l a mu sique alors que ce n’e s t pa s du tout rent a b l e d ’ê t re

tu a s l’air de te plaire.

mu sicien. C’ét ait ju ste pour le plaisir et ce sont de s gens qui ont toujours ser vi de commut ateurs , g râce à eu x , j’avais la

M a r i o B e n j a m i n : Ç a n e m’a p a s f a i t d u b i e n d ’ê t re e n

pos sibilité d’acheter de s liv re s tout simplement en sig nant

i n t e r a c t i o n ave c l e m o n d e ; j ’a i é t é i n t e r n é p rè s d ’u n e

à la librairie. J’achet ais de s livre s d’ar t et je connaissais déjà

ving t aine de fois . D’ailleurs ç a devient su spe c t , je n’ar rive

Paris et l’histoire de l’ar t à travers ce s livre s .

pa s à devenir fou ici. L’hospit alisation psychiatrique e st trè s liée au pouvoir et à la ment alité de s gens . Je ne nie pa s avoir

E st - ce q u e l e l i e u a ch a n g é q u e l q u e ch o s e d a n s l a

é té d a n s de s é t at s d ’ém er ve il l em ent , de c r i s e s de l a r m e s

pratique de votre peinture ?

mais c’ét ait qu and j’ét ais plu s jeune. M aintenant c’e s t plu s n a u s é e u x , c ’e s t l i é a u x ge n s q u i v i e n n e n t m’e m m e rd e r.

M ario Benjamin : M a peinture e s t un t rait obse s sionnel et

L a d e r n i è re fo i s i l s m’o nt c a r ré m e nt c a s s é l a m a i n p o u r

finalement Paris n’y change rien car me s t ableau x sont de s

m’interner. A Paris, il n’y a plu s cette engeance qui me trouve

projec tions de moi même, du même cor pu s . A chaque fois

ner veu x : il ne mange pa s il ne dor t pa s .… Ici si tu ne mange s

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pa s tout le monde s’en fout . Quand t a famille commence à

M a r i o B e n j a m i n: A r t i s t i q u e m e nt , ce te r m e n’a p o u r m o i

croire que c’e st bien pour toi de rentrer à l’hôpit al c’e st là

aucun sens . Tout ce qui e st fait ou a été fait sou s ce concept

que le s problème s commencent .

e s t t rè s m auv a i s . C h e z m o i e n H a î t i l e v au do u p e ut ê t re

Jean Loup Pivin, en créant La Revue Noire en 1991, de quoi vouliez-vous parler ? J e a n Lo u p Pi v i n : Le s p re m i e r s n u m é ro s d e Re v u e N o i re pré sent aient la moder nité de tout un cont inent qu i viv ait sou s l’image de l’exotisme. On a joué un rôle de présentation de ce qui se pa ssait là ba s dans la modernité. Je m’intére sse à l’ar t d’Afrique et non pa s à l’ar t noir, à la Revue Noire on ne croit pa s à ça . Comme si le s noirs avaient une vision, une approche. Le problème de s pays af ric ains c’ét ait d’accéder à la moder nité et il n’y avait pa s de culture autre que celle d u d é s i r d ’a p p a r t e n i r a u m o n d e , d ’ê t r e a c t e u r. J ’av a i s donné pour titre à la première manife st ation de Photoquai

pré te x te à tout p a rce que c ’e s t t rè s b ien v u de f a ire u n e œuv re vaudou . Tu vois la dif férence tout de suite entre le s vrais mystique s et ceu x qui font ça pour faire joli. Jean Loup Pivin : Les ar tistes vont là où ils vendent e t l ’e x o t i s m e e s t u n a r g u m e n t d e v e n t e t r è s f o r t . L a p h ot o g r a p h i e e n Af r i q u e n’a p a s é t é t o u c h é e p a r ce t t e t e n d a n ce . E n Af r i q u e , l e m a rc h é d e l a p h oto g r a p h i e a toujours été un marché local, alors que le marché de l’ar t a toujours été un marché ét ranger. C’e s t la dif férence ent re l ’a r t e t l a p h ot o g r a p h i e d o nt l e s f ro n t i è re s e n o cc i d e n t s’ef facent petit à petit . Mario Benjamin, existez - vous sur le marché étranger ?

en 20 07 « Le m onde re g arde le m onde » p ou r donn er u n cont rep oint à u n O ccident q u i n e s av a it re g a rder q ue l u i

Mario Benjamin : Je ne suis pa s sur le marché de l’ar t en t ant

même et qui ne reg ard ait vers l ’ex térieur qu’à t ravers son

que v al eur matérie ll e mais je suis d ans un cer t ain marché

propre regard. Depuis que nou s existons, on a publié près de

q u a n d m ê m e , p l u s i n s t i t u t i o n n e l . O n n e p e u t p a s d i re

600 photog raphe s et on a montré à quel point le regard que

q ue m on t r av a i l n’a p a s de v i s ib i l i té , j ’en su i s au jo u rd ’h u i

l’Afrique por t ait sur elle même n’a rien à voir avec la vision

à ma dou zième biennale, cepend ant je re s te acc roché à la

anthropologique de l’Occident et son dé sir du sauvage. On

réalité commerciale de mon pays qui e st le seul où je vend s

s’est toujours débrouillé pour que notre édition soit bilingue,

vraiment le travail que je fais . D’ailleurs en Haïti, je n’ai rien

c’e st indispensable, car notre public s’e st révélé être au trois

de ce que j ’ai f ait , tout a été vendu . I l f aut dire que je ne

qu ar t anglophone. Je pense que le s f rancophone s , c’e st un

suis pa s un ar tis te trè s prolifique, ce s toile s que j’ai faite à

petit monde qui e st terminé.

Paris, je le s ai réalisée s sur 10 jours avec trois jours de travail

Pour vous la négritude est un mouvement obsolète ? Jean Loup Pivin : La nég ritude e st un mouvement politique qui a permis de met tre l’Occident et la France en par ticulier, f a c e à s e s co n t r a d i c t i o n s . O n n e p o u v a i t p a s à l a fo i s

ef fec tif. Jean Loup Pivin : Il adore dire qu’il fait ça en deu x coups de pinceau alors que ça macère tellement . Sur ce s toile s , c’e st étonnant de voir que le travail s’abstrait de plu s en plu s .

re co n n a î t re l ’é g a l i té e t n e p a s do n n e r l ’i n dé p e n d a n ce . A

Et pour ces portraits très abstraits vous utilisez des

l ’époque de Senghor et Cé s aire, à Paris il n’y av ait pa s de

photographies ?

r ac i s m e e t ce j u s q u e d a n s l e s a n n é e s 5 0 . O u s s m a n S ow racont ait que qu and il ét ait d ans le mét ro, il ét ait reg ardé

Mario Benjamin : Oui c’e st une façon de commencer.

comme un Dieu . Ce qui sonne le gla s de la nég ritude c’e st le fe s tival d’Alger en 1962, ce ra s semblement n’avait plu s de

Jean Loup Pivin : Je le s ai vue s enfin! Il a fallu que le bouquin

sens car les algériens ne pouvaient pa s se reconnaître dans le

soit fini pour que je le s vois , c ’e s t v raiment son sec ret de

concept de nég ritude.

fabrication.

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M a r i o B e n j a m i n : C e s o n t d e s p h ot o s q u e j ’a i f a i t e s d e

liv re il y a quelque chose de plu s f rais . Je veu x que ce soit

m o dè l e s , j ’a i s o uvent t r av a il l é ave c l e s m ê m e s p e r s on n e s

quelque chose de plu s chaotique, même si c’e st un élément

pendant long temps. Je ne photographie que des hommes. Je

q u e j ’a i to u j o u r s re p o u s s é l o i n d e m o i , j e p e n s e q u e , e n

travaille beaucoup avec de s gens que j’ai vu dans la rue que

reg ard ant ce liv re, ç a me re s semble plu s et c’e s t ce que je

j’ai payé et qui se sont laissés photographier. Je finis par bien

voulais en évit ant de par ticiper.

le s connaître. Ils sont tou s haïtiens . Mon premier travail de peintre était hyperréaliste et je suis par ti de ça . J’ai continué

Jean Loup Pivin : La Revue Noire n’a jamais fait un travail qui

à commencer avec un modèle sauf que c’e st devenu de plu s

se voulait scientifique, si le s forme s ar tistiques existent c’est

en plu s abstrait , mais le fond e st le même.

ju stement là où le langage atteint ses limites. Ce ne sont pa s

La couleur aussi est très éloignée de la réalité? M a rio B en ja m in : A l ’ép o que je n e m e s er v a i s p a s encore du f luore scent , le f luore scent e s t apparu d ans mon t ravail a u t o u r d e s a n n é e s 9 0 e t c ’e s t d e ve n u o b s e s s i o n n e l . J e dois comm encer ave c une couleur f luore scente, c ’e s t une ha bitude , ç a m e p lait . J ’ai encore du p laisir à mater cet te co u l e u r ; à l a f i n d u t r av a i l o n n e p e n s e m ê m e p l u s a u f luore scent d’une cer t aine façon. Jean Loup Pivin, en faisant ce livre que vouliez-vous dire ? Jean Loup Pivin : C’e s t un liv re trè s personnel qui parle de la vie de M ario B enjamin et de la d iversité de son œuv re . L’a r t i s t e p l a s t i c i e n J o e l A n d r i a n o m e a r i s o a e n a f a i t l a m aq ue t te . C’e s t lu i q u i a t rouvé l e t it re « L a c ha m bre de M ario B enjamin » p our m ont rer que l ’on rent r ait d ans un l i e u d ’i nt i m i té , c ’e s t l a c h a m b re i m a g i n a i re m a i s au s s i l a chambre de l’isolement . On n’ a pa s cherché à faire un livre m onog r ap hique et d id ac t ique qu i ret r acer a it toute s a vie mais il n’en re ste pa s moins qu’il y a le s élément s e ssentiels de son parcours et que, à priori, il y a un bon équilibre entre le s dif férent s élément s . On e s t d ans une logique d’édit ion q u i e s t q u e l ’on f a i t de s l i v re s q u i s ont de s œ uv re s , ce l a rent re p a r f a i tem ent d a n s l e t r av a i l de M a r io. M a r io s’e s t i m p l iq u é s a n s s’i m p l i q u e r, o n au r a i t a i m é q u’i l s’i m p l iq u e encore un peu plu s . M ario Benjamin : C’ét ait par choix , je voulais bénéficier du regard de Revue Noire sur mon travail. Et depuis que ce livre existe, je trouve que mon site a be soin d’être revu , dans ce

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de s s truc turations anthropologique s ou de s s truc turations h i s to r iq ue s q u i p e uve nt f a i re u n o uv r a ge , p o u r p a r l e r de que l qu’un il f aut avoir la vision , p ou r nou s tou jou rs , c ’e s t une vision plu s sensible. Le s bouquins qui ont marqué notre édition comme les bouquins sur Ou smane Sow ou sur Kacimi jouent beaucoup sur le s couleurs, le s atmosphère s tout en cherchant à mont rer un t ravail . Ce n’ét ait pa s nor mal que Mario n’ait pa s de livre à ce moment de sa car rière. Il y avait cet te double volonté à la fois de parler de son travail, tout en conser vant une approche sensible. M a r i o B e n j a m i n , re t ro u ve z- vo u s u n e p a r t d e vot re identité dans ce livre ? Mario Benjamin : Je suis un ar tiste anti-identitaire. Je n’ai pa s une identité haïtienne, je n’aime pa s cette approche, c’est un regard facile sur le s gens . Mon identité c’e st l’identité d’un mec qui vit en 2013 qui regarde la télé tou s le s jours, par fois l a r a d i o , q u i s e d é p l a ce . J e s u i s d a n s l a co m m u n i c at i o n co m m e to ut l e m o n d e e t e n p e r p é t u e l re n o uve l l e m e nt , je ne me défend s de rien , je deviens ce que je deviens . L a p re m i è re fo i s q u e j e s u i s ve n u e n Fr a n ce d a n s b e auco u p d ’e n d ro i t s j ’é t a i s c h e z m o i , j ’a i e u l a m ê m e s e n s at i o n e n It a l ie . H a ï t i a to u jo u r s eu ce r a pp or t cosm op o l i te ave c l e monde, plu s for tement bien sûr pour ceu x qui avaient le s m oyen s de q u i t ter l ’il e o u de s’ac h e ter de s l iv re s . J e su i s beaucoup au ssi le f ruit du monde occident al, quand on me parle de mon identité c’e st un sujet que je trouve lourd , on ne demanderait pa s à un ar tis te allemand de parler de son ident ité . M oi je ne s ais pa s qui je suis , je deviens dif férent c h a q u e fo i s , d a n s c h a q u e s i t u at i o n . Ce l i v re e s t u n t rè s beau por trait car il e st sig nificatif, il rentre d’emblée par sa couver ture dans un sujet trè s lourd en tout ca s encore pour


m a f amill e : ce l u i de l ’hom os e xu a lité . Ç a a é té u n a s p e c t

p u i s q u e l ’o n s a i t t rè s b i e n q u’i l s n’av a i e n t p a s d ’a u t re s

dif ficile de ma vie . Cet te cham bre là ét ait un p et it dép ôt

source s, ça me fatigue. Ce qui m’intére sse c’e st de fabriquer

e t q u an d je l ’a i inve s t ie e t q ue j ’a i m i s ce s i m age s c ’é t a i t

de s c hos e s qu i s ont en devenir, e t ç a n e m e dér a nge p a s

par provoc ation pour que ma mère ne vienne plu s… J’ai fini

d’avoir l’inimitié de s scientifique s et de s critique s d’ar t . Par

à l ’hôpit al ps ychiat rique en fais ant ç a . C’e s t e x t rêmement

exemple, je ne cite jamais . Le problème de la cit ation pour

impor t ant pour moi que ça devienne une couver ture.

moi e s t t rè s simple, il y a de s gens qui ne connais sent pa s l e s gens que vou s cite z . Le s gens par tent du princip e que

Jean Loup Pivin : on ne se connaît pa s trè s bien avec Mario,

tout le monde a lu ce que vou s avez lu , il y a une époque où

n o u s n e s om m e s p a s de s v ieu x am i s , don c c ’e s t a m u s a nt

la culture humaniste, la culture bourgeoise ét ait qua siment

d’avoir eu cette intuition pour la couver ture.

unifié e, ju squ’en 1950 qu a siment tout le monde avait lu la m êm e c hos e ! Au jo u rd ’hu i c ’e s t im p os s ib l e de c ro i s er l e s

M ario Benjamin : Ce livre montre une dimension de moi peu

culture s de chacun . Un « bon » ar t icle doit êt re un ar t icle

connue, personne ne connaît cette maison.

documenté, c’e s t une pseudo -rigueur qui va probablement

Jean Loup Pivin, quand vous écrivez sur un artiste, estce une manière de vous livrer ? Je an Loup Pivin: Tout ce que j’ai éc rit sur le s ar t is te s sont toujours des choses sensibles. Je ne décris jamais une œuvre,

abimer le su jet . Par e xemple pour le mu sé e de l ’e sclavage en G u ade lou p e on nou s a deman dé de p ar t icip er et on a rem o de l é l e pro je t s cient ifique en u n pro je t cu l tu re l t rè s large où l’ar tistique inter vient , il n’y a pa s que l’historien qui parle.

je m’interdis de faire de s rapprochement s, je ne dis pa s que

Mario Benjamin, quel est le rôle de l’autre dans votre

cer tains ar tistes ne me font pa s penser à d’autres mais moi ce

travail ?

n’e st pa s par rapprochement que je veu x parler de s ar tiste s . Je ne suis pa s un critique d’ar t, j’écris à côté, sur la rencontre,

Mario Benjamin: Quand j’ai peint ma mère, c’ét ait avec tout

l e s c h o c s d ’i m a ge s . Q u e ce s o i t d e l a m auv a i s e o u d e l a

l’amour que j’avais pour elle à l’époque. J’avais 14 -15 ans et

bonne poé sie, je cherche à é c rire . J e rent re d ans que lque

je l’idolâtrais . J’ai commencé à avoir de s problème s avec ma

chose qui e st un peu de moi au ssi, on ne comprend bien que

mère quand j’ai eu cet te femme plu s âgée dans ma vie, elle

ce qui nou s touche. Lorsqu’il y a eu cette Première réunion

ét ait écrivain. Et puis il y a eu l’ar tiste américaine Loïs Jone s

de l’Aica ( A ssociation Internationale de s Critique s d’Ar t) en

qui a été mon profe sseur de peinture.

92 , j ’avais été choqué par ce s gens qui voulaient déjà êt re de s critique s d’ar t alors qu’ ils ne connaissaient rien de rien

Jean Loup Pivin : C’ét ait une trè s mauvaise ar tiste même si

de la création contemporaine africaine. Ils disaient qu’il nou s

elle fait par tie de la ba se de la culture noire-américaine.

fallait à la Revue Noire de s appareils critique s, ce s appareils exis tent qu and on connaî t tout mais nou s nou s faisons un

Mario Benjamin : Ceci dit elle a été une bonne

travail de découver te. Dans chaque pays on montrait à peu

i m p re s s i o n n i s te , e l l e a e n s e i g n é p e n d a nt p l u s d e 5 0 a n s .

prè s une cinquant aine d’ar tiste s, avec de s pays comme Haïti

Q u a n d j e l ’a i re n co nt ré e , e l l e av a i t d é j à p l u s d e 8 0 a n s ,

il y avait peut être moins de découver te s et encore, sur la

elle m’a appor té une fac ture de peint re que je n’avais pa s .

plupar t des autres pays personne ne connaissait rien sur rien,

J’avais le sens du volume etc. mais elle m’a ouver t le s yeu x.

même d ans le pays le s gens n’ét aient pa s connu s . C’e s t la

Heureu sement que je l’ai rencontrée ! C’e st trè s curieu x, on

raison pour laquelle j’ai un rejet profond de cet te approche

regarde le monde avec sa logique et on pa sse à côté de plein

c rit ique et qu and je vois aujourd’hui le s universit aire s qui

de c h os e s , l e s i m p re s s ion n i s te s s o nt l e s p re m i e r s a avo i r

s ont devenu s de s sp é cialis te s d’ar t contemp or ain af ric ain

int ro du it ç a d a n s l a p e intu re o ccident a l e . O n n e vo i t p a s

à travers de s bouquins, à travers beaucoup de notre regard

le s ombre s bleue s ou violet te s avec le sens commun. En fait

20


c’e st plu s subtil mais quand tu n’e s pa s au courant tu ne vois

faite s en Haïti bien que ce soit un peu happé aujourd’hui par

pa s . Quand elle a ouver t me s yeu x, j’ai commencé à voir ce s

le commerce. Moi ce que je défend s, c’e st que j’ai toujours

couleurs qui ét aient toujours là mais que je ne voyais pa s .

été avec tout . J’ai g randi dans un quar tier qui exist ait depuis 5 an s ave c au x a l entou r s 3 cin ém a s en p l e in a ir. J ’a ll a i s l e

J e an Loup Pivin : M ais on ne peut pa s dire qu’elle fût son

soir avec me s frère s et on regardait le cinéma depuis la rue

maître sinon ça se sentirait dans la peinture de Mario. C’était

parallèle. On a eu Bruce Lee, on a eu Louis de Fune s, toute s

simplement un t rè s b on profe s seur et le propre d’un bon

ces choses ont fait par tie de notre vie. Moi personnellement ,

profe sseur c’e st de ne pa s jouer le s maître s .

j’ai plu s grandi avec Edith Piaf qu’avec le Kompa, donc quand on me parle d’identité cela m’ag resse car c’est comme si l’on

M a r i o B e n j a m i n: L o i s J o n e s a co n n u l a s é g ré g a t i o n , s a

a déjà décidé pour moi de ce que je suis .

peinture a un sens par rappor t à ce contex te car elle a fait u n re to u r au x s o u rce s , à l ’a n cê t re n o i r af r ic a i n . E l l e a e u

Je an Loup Pivin : L’ident ité, c’e s t plu s une projec t ion d ans

re co u r s à to ute u n e s y m b o l iq ue af r i c a i n e e m p r u nté e c a r

le futur de ce que l ’on e s t et cer t ainement pa s un machin

en fait cet te d ame ét ait ex trêmement racis te, elle n’aimait

q u’o n re g a rde d a n s l e p a s s é . S i t u m a rc h e s e n re g a rd a nt

p a s l e s n o i r s . S o n a s p i r at i o n p rofo n d e ce n’é t a i t p a s d u

en ar rière tu te c a s s e s l a g ueu l e à tou s l e s cou ps e t si tu

tout l ’Af rique . De même pour Cé s aire, je me suis toujours

te projet te s vers l ’avant tu ne tombe s pa s . Le jour où on a

heur té à ce qu’il dit et la for me ne me plait pa s non plu s ,

plu s de projec tion dans le futur on a plu s d’identité du tout ,

mais ce cri là, cette quête là, à son époque ét aient ju stifié s .

parler d’identité c’est une façon de geler ce que l’on pourrait

To u jo u r s e s t- i l q ue je n e m’i de nt ifi e p a s à ç a . J ’a i é té au

être. Nou s par t ageons au ssi cela avec M ario.

Benin récemment et l’une des par ties dont j’ai le plu s profité c’est quand je suis tombé sur un immense g raphe de Marilyn M onro e d an s u n bar. C’ét ait mag nifique . M ai s ç a c ’e s t u n t r u c q u’o n n e te m o nt re r a p a s à l a b i e n n a l e , o n ve u t te montrer un Benin indigène alors que les gens sont tou s sur le fant a sme américain, le s jupe s, le s cheveu x ! Le s occident au x qu and ils parlent de ce s pays là , enlèvent ce s chose s . C’e s t un refu s d’accepter que le s Af ricains comme le s Allemand s sont d ans le monde de l ’infor mation . Au Benin j’ai vu d ans un fa st-food une télévision qui retransmet t ait un feuilleton am éric ain sou s-t it ré en ar ab e . Ç a d it bien ce qui se pa s se v raiment . Qui e st on pour décider pour le s gens de la façon dont ils doivent êt re, ce qui e s t leur ident ité ou ce qui ne l’e st pa s ? Vous p ar exe mple, Mario Benjam in, vo us i nté gre z l e vaudou dans votre travail ? M ario Benjamin : Au delà de mon côté psychotique où je me suis senti connec té … J’ai été au s si connec té avec Bouddha , je pour rais vou s parle z de Siddhar tha comme de ma g rand mère … Le vaudou , je m’en suis ser vi dans mon travail en t ant qu’objet visuel . Il y a de s chose s mer veilleu se s qui ont été

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L’identitEé mise en jeu / Par CA MI LLE MOULONGUET Photos : JEAN MICH EL QUIONQUION

« City of the Red Light » est une exposition qui ra ssemble deu x

compris alors qu’il e st impor t ant d’ef fec tuer un retour vers

mouvement s de l’histoire de l’ar t sur une même toile. Fur y,

son histoire, de retrouver d’où l’on vient afin d’exister, et de

l ’ar tis te pop de renommée inter nationale, a fait planer se s

montrer que nou s avons une histoire, nou s au ssi. Il fallait à

personnages dans les univers urbains de Shuck one, le célèbre

l’époque montrer à l’oppre sseur qu’on avait une conscience,

g raf fiti ar tis t , à la galerie E s t ace, le s mois de Novembre et

que l ’on s av ait d’où l ’on venait et que la d ia sp or a venue

Décembre der niers . Revenons sur cet te exposition à la fois

d’Af rique avait une voix . Sur le s murs de Pointe-à- Pit re je

aérienne et org anique où la rencont re avec l ’aut re se fait

lisais une quête à la fois identitaire et politique. Quand je suis

sur le mode de l ’accueil . C’e s t cer t ainement ce qui fait la

ar rivé à Paris, j’avais 13 ans et j’ai découver t le s premiers t ags

puissance de cette œuvre commune. Shuck One nou s parle

dans le métro et sur les murs, avec les mêmes revendications,

de son travail et de cette collaboration.

le s même s soucis de repré sent ation dans la société, et cet te

Qu’est-ce qui est à l’origine de ton œuvre ? Je suis né à Pointe-à-Pitre dans le s année s 70 et sur le s murs de la ville, il y avait de s trace s lais sée s par le s phra se s de s indépendantistes. J’ai cherché le sens de ces phra ses et de ces revendications. Pour comprendre ces messages, il faut revenir au x source s de l ’impérialisme f ranç ais , au colonialisme. J’ai

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q uê te cor re sp on d a it au m ouvem ent H ip - hop. J e m e su i s tot a l em ent et natu re ll em ent in s c rit d an s ce m ouvem ent . C’e s t à ce moment là que j’ai choisi le nom Shuck qui veut dire «to shuck head» et qui est au ssi un refrain repris dans les champs de maïs « shuck along », alors que le s homme s et le s femme s faisaient l’ac tion de « décor tiquer » le maïs . Par mon his toire, mon nom, je me situe d’emblée d ans une cer t aine suite, un lien humain trè s for t entre le pa ssé, le pré sent et le


futur. Quelles ont été les étapes de ta trajectoire ? J’ai commencé à car tonner mon nom dans le métro de 85 à 90 ju squ’à devenir un de s « kings » du métro. A la suite de ça j’ai créé le collec tif DC M puis Ba salt . Avec le s DC M on ét ait reconnu s pour une cer taine puissance calligraphique stylisée, on ét ait de v rais vandale s . Puis Ba salt e st ar rivé. On a choisi ce nom car le ba salt e st une pierre volcanique qui lorsqu’elle éclate e st de toute s le s couleurs , avant de devenir violet te et noire en refroidissant : on avait déjà à cet te époque là une cer t aine démarche, une cer t aine conscience. On occupait un ter rain vague dans le 17ème sou s l’ancienne petite ceinture. O n a f a i t p a s m a l d e J a m , p a s m a l d e te r r a i n s v a g u e s , d’expositions et Ba salt e st devenu en cinq ans la référence française sur la scène internationale du g raf fiti. J’ai continué m o n t r av a i l ave c B a s a l t e n f a i s a nt p l u s i e u r s ré a l i s at i o n s impor t ante s d ans le monde et en France not amment d ans le Mu sée de s Monument s Français et au Palais de Chaillot et en 1991 à l’occa sion de l’exposition « 10 ans du Graf fiti Ar t » confront ant de s ar tiste s américains et français . Ba salt a été pré senté comme la révélation de cette exposition. A la suite de cela on a continué notre chemin, le g roupe s’e st séparé et chacun a pris une par t de son acquis dans le g roupe. C’e st là que j’ai commencé une carrière en solo. Et puis le s chose s se sont construites, j’ai continué à faire des murs, j’ai continué à faire du légal et de l’illégal en même temps que je commençais à travailler sur toile.

ce qui a été fait avant soi, que ce soit dans le g raf fiti ou dans d’aut re s mouvement s ar t is t ique s . Le suppor t a changé et qu’e st-ce qui e st re sté ? Je travaillais toujours autour d’une identité, j’ai fait pa s mal d’expositions autour du monde noir, car je continue à m’inté- re s ser à me s origine s , c’e st à dire à la dia spora venue d’Afrique. J’ai réalisé pa s mal de chose s sur le thème du monde noir, sans pour cela entrer d ans un ét at d’e sprit d’ag re s seur ou de vic t ime. C’e s t plu s un élan pour faire avancer l’histoire du monde, en parlant de celle du monde noir vue par un ar tiste noir, avec le prisme du g raf fiti. Pour aut ant ma vision e s t fond ament alement mét is sée et me s g rande s référence s sont de s ar tiste s comme Bob Marley qui ont été dans une lut te milit ante, vindicative mais sans se fermer au x autre s . Ce s élément s, je le s ai intég ré s dans de s g rande s ex posit ions comme au M u sée de l ’Homme où j’ai réalisé une sculpture repré sent ant une femme d’Afrique, et dans des commandes privées ou publiques. Le graf fiti est une par t impor tante dans ma vie mais je ne peu x pa s ne pa s parler d’où je viens : le s Antille s, l’Afrique et au ssi ce qui a permis à mon ar t et à mon âme d’être nour ris . Au cours ce passage de la communauté avec les collectifs Basalt et DCM, au travail individuel, a-t-il été difficile de trouver ou réintégrer une identité propre ? Même en ét ant d ans de s g roupe s j’avais déjà une réf lexion personnelle qui m’amenait à voir d’autre s chose s . Il e st trè s impor t ant pour moi de me projeter ailleurs, un peu comme d ans ma peinture. Ce qui m’a sur tout per mis cet te mise en perspec tive, c’est que je n’ai voulu rester ni dans un ghetto de

Qu’est ce que la toile a changé dans ta pratique ?

riches, ni dans un ghetto de pauvres. Je pense qu’il faut pa sser

Le pa ssage à la toile ét ait une transition trè s dure au début

cor re spondrait pour moi à un bloc age . Ce qui m’a amené

de s a n n é e s 9 0 c a r o n é t a i t t rè s p e u à t r av a i l l e r s u r ce suppor t . Cet te matière compor t ait une force, une énergie trè s dif férente s de celle du mur. A par tir de là , cer t ains se sont avéré s être à l ’aise à la fois sur le mur et sur la toile. J ’a i e u l a c h a n ce d ’e n c h a i n e r p a s m a l de ré a l i s at ion s e t d’expositions avec ce suppor t . Avec la toile, non seulement ma culture a évolué mais au ssi ma vision des choses, mon style et mon cer veau en ont pris un sacré coup. Me s technique s ont considérablement évolué car je me suis nour ri de plein d’autres choses. Pour être un bon ar tiste sur toile il faut savoir

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dans le s milieu x mais ne pa s y re ster. Appar tenir à un milieu à continuer ma c ar rière ar tis tique, c’e s t mon his toire et le fait de nour rir ma peinture, me s réf lexions en permanence. J ’e s s aie de donner une v raie âme sensible à ma peinture, qu’elle parle d’urbanité, de racisme, de sexisme... Avant tout il faut avoir une culture propre à soi et connaitre son histoire ainsi que celle de s autre s .


Quel est ton public ?

peinture en ca ssant les barrières avec une peinture énergique, prog re s sis te dotée d’une force qui lui e s t bien par ticulière

C’e st un public trè s varié au niveau de s visiteurs , en ce qui

et originale. Je ne suis pa s à par t dans l’univers, j’appar tiens

concerne le s collec tionneurs, c’e st un public plu s élitiste. Je

à l’univers à ma propre manière. Me sentir à par t pour moi

g arde toujours la connexion avec le public avec lequel j’ai

c’e st un enfer mement et je ne me sens pa s à l’aise avec ça .

g r andi c ar c ’e s t eu x qui m’ont p er mis d’e xis ter, ils m’ont

La quête identit aire e st aujourd’hui trè s for te dans le monde

transmis indirec tement ou direc tement une cer t aine

car on a l’impre ssion que le monde nou s dépa sse alors que je

énergie, une cer t aine force qui m’a propulsé en avant . C’e st

pense que c’est nou s qui nou s faisons dépa sser par les choses

à travers un g roupe que l’on sait ce qu’on vaut , et c’e st dans

du monde et c’e st à nou s de rat traper le s chose s et non le

la confront ation qu’il y a une cer t aine évolution possible.

contraire. Qu and tu connais ton histoire, ton identité tu la

Y a t’il une nouvelle génération de collectionneurs qui a grandit avec la culture hip-hop et qui est en âge de collectionner ? Oui elle est là, j’ai grandi avec elle. Beaucoup de collectionneurs ont mon âge, ils ont évolué dans d’autres sphères de la société mais ont baig né d ans la même culture . Ils se donnent le s moyens de contribuer à leur culture. A chaque générat ion sa collec tion, leurs parent s collec tionnaient de s chose s, eu x collec tionnent autre chose. C’e st impor t ant de g randir avec se s propre s référence s . Le graffiti est-il arrivé à son apogée aujourd’hui ? Le g raf fiti e st par ti d’un st ade éphémère et c’e st à nou s le s ar tistes avec notre propre conscience, notre propre culture de faire évoluer le g raf fiti. En évoluant , il pa ssera de l’éphémère à la prospérité et toute chose qui a spire à la prospérité se développe. En se nourrissant , en g randissant , il deviendra un ar t majeur peut être dans dix ans ou trente ans . En tout ca s pour l’inst ant c’e st un ar t en pleine ébullition, en plein e ssor économique cer te s, mais ce n’e st pa s un ar t qui a touché son aboutis sement . Il n’e s t pa s encore ar rivé à son sommet . Je ne peu x pa s dire par exemple que mon ar t e st abouti car j’ai encore je l’espère, beaucoup de temps à vivre et je pense que plu s on re ste dans le challenge de l’aboutissement plu s on va chercher loin le s chose s et c’e st là que c’e st intére ssant . Qu’est-ce que pour toi l’identité ?

connais très tôt et après tu la fais évoluer. C’est ce que tu fais de ton identité qui te por te en haut . Pour partager une toile avec un autre artiste faut- il passer par un moment de perte d’identité ? L a d i m e n s i o n de l ’aut re e s t p o u r m o i t rè s i m p or t a nte : êt re soi face à un aut re c ’e s t une f açon de connaî t re se s valeurs, savoir qui l’on e st , c’e st au ssi une façon de redonner, d’é changer. Au cours de cet te collaborat ion ave c Fur y, je n’ai pa s vécu de per te d’ident ité, d ans le g raf fit i on a une grande pratique du travail à plu sieurs. Quand je travaille avec quelqu’un, je travaille dans un cer t ain équilibre et dans une cer t aine réf lexion et avec la perspec t ive de chercher une originalité dans l’oeuvre commune. Fur y e st venue vers moi il y a quelque s année s et j’ai trouvé son travail intére ssant et puis on a mis un peu de temps à se revoir. Dans un premier temps , elle e st venue à mon dépôt pour se nour rir de mon univers, puis je me suis rendu dans son atelier pour faire de même avec son univers pop et à par tir de là , on a commencé à faire quelques pièces qui étaient très lyriques comme « City of the Red Light », « Annonciation » et que l’on faisait in situ . Nos première s pièce s ét aient vraiment trè s belle s mais trè s légère salors que nou s avons chacun de s parcours de vie trè s for t s et deu x culture s trè s riche s à par t ager. C’e st comme ça que deu x ou trois années ont pa ssé et on a décidé de franchir un autre st ade. On a travaillé dif féremment , je commençais le s œuv re s , je préparais s a venue et vice vers a en couche s de s tratific ation . Ce qui e s t intére s s ant c’e s t que le travail de Fur y en sérig raphie et au ssi à la bombe, se s personnage s,

Pour moi la définition de l ’identité c’e s t un peu comme le

avaient quelque chose de familier. Nou s avons beaucoup de

Tout-Monde à la manière dont l’exprime Edouard Glissant. Le

chose s en commun, comme la ville de Tok yo, les films « Enter

Tout-Monde c’est l’ac tion d’exister dans l’univers à travers ma

t he void » ou « Apoc aly pse N ow ». Fur y vient du Pop ar t ,

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elle e st dans la génération ju ste avant moi, nos deu x ar t s se suivent et c’est un lien, c’est un pont , c’est une émulation. Ça nou s a por té à nou s surpa sser et à aller plu s loin ensemble. Le s œuv re s que nou s avons créée s ensemble sont le ré sult at d’un v rai travail d’approfondissement . Le fait de faire quatre ou cinq voyage s entre le s ateliers conférait à chaque pièce une épais seur à tra-vers le trans fer t de s donnée s et au s si dans le temps qui séparait nos inter ventions sur le s toile s . Ce qui e st impor t ant dans ce s œuvre s-là, c’e st la dimension du dialogue, qu’il soit spirituel ou technique. Et puis il y a au ssi le travail indispensable du galeriste Régis E st ace qui nou s a pou ssé dans ce travail qui n’ét ait pa s toujours évident .

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ART TALK

THE BLACK BODY TEXT AN D PHOTOS BY KEMI BASSEN E

Last month, the Departments of African American studies and Arts of Harvard University and NYU offered a series of conferences addressing the imaginary, the construction, and the display of the black body in the West It was across 20 panels, that artists, curators and thinkers, discussed the Western portray of the black body, for three days, in Paris. The first day was an autopsy of legendary

e nve l op e t h ro u g h con q ue s t s . Rom a n

black skin color in several subcategories

images and written monstrosities on the

and Ot toman empire s, Argentinian and

go i n g f ro m d a r k b l ac k to ye l l ow i s h ,

B lack body t hrough panels reminding

Nor th American wars of independence,

bluish or between red and yellow ( Anie

exoticism, construc tion of the “savage”,

have a ll dre s s e d t he B lack body wit h

Montig ny on The Black s of Qat ar). The

fant a sie s of t he European ethnologis t

t heir unifor ms , af ter having deprive d

complexity of co-habit ation is a subjec t

photographer and the immense heritage

it of freedom. The panel Curating The

until now carefully avoided by both par t s

of European mu seums on work s of ar t

B lack Body showed how complex and

in Africa . But how will a loud and visible

and African archive s .

s t ill pre co ciou s it is to appro ach t h e

n ew B l ac k s e g m ent i n contem p or a r y

s u b je c t w i t h N o r t h Af r i c a . T h e c a s e

ar t de al wit h a g rowing and rich , but

c an be e x pande d in all A r abic worl d ,

s t i l l h u r t f u l m i d d l e - e a s t e r n m a r ke t?

where “the Black body pains to lose it s

A not her point is t hat black A rabs are

dark mystical soul”, a s Algerian panelist

Arabs pre-eminently in identity.

In exile, without it s cultural instrument s Roman Catholicism combined with

Nadira L AGGOUNE said . While Europe

repre s sive A rab M u slim culture s have

perceived only one color on the Black

moved, mu z zled and renamed the Black

body, the Arabs showed dif ference s on

26

An inventor y of Aesthetic s and the Black body


«We a re t h e p e o p l e we a re t a l k i n g

N ig g a s in Paris . H e u se d t he ter m of

recur rent image of a mut ant power ful

about », wa s the opening s t atement of

Va g a b o n d C u l t u re t o d e s c r i b e t h e

sexu ally and physic ally. But t he mu sic

ac t ivis t M ichae la A nge la Davis in t he

phenomena . R appers , in N e al ’s vision

of Nina Simone, the poems of Senghor

panel exploring Black Style, Beauty and

are investing new territories, which they

and w rit ing s of J e an P rice M ars have

G r ace . Dav is b e lieve s s t rong ly in t h e

hope will allow them the missing st atu s

contributed to redefine the Black body

mys t ic al subs t ance of Black s t yle. Her

of contemporar y ar tist s .

and reverse the fate of the Hot tentot

t houg ht ref l e c t s a proud ce l e br at ion

Ve n u s i m a ge , w i t h o ut c r i t i c i z i n g t h e

of s trug gle s led by her communit y to

The representation of Caribbean

W i l l e n d o r f Ve n u s o r t h e L e s p u g u e

pre ser ve milit ant Black ae sthetic s .

c u l t u re i n t h e U n i te d St ate s s t a r te d

St atue s , h er e q u iv a l ent s in Eu rop e an

With Davis , it ’s u sele ss to “reproduce”

wit h B ob M ar l ey an d t he op ening of

culture.

the hear t of a Black body, becau se the

Commodore s in 1980, and continue s to

re s u l t i n g h e a r t b e at w i l l o n l y p a l e i n

t his d ay wit h Rihanna’s per for mance s .

Panels invited all to adopt a lit tle more

comparison to the original. It ’s all about

In my ter ms! This is how cultural critic

p re c aut io n w i t h t h e word P OS T, for

self-confidence: “Pu sh my black body in

Joan Morgan de scribe s Rihanna’s rule s .

post-black and post-racial term u sers, in

the indigo; I will make the blue color the

“She sells int imac y. It ’s c rucial for her

a culturally mixed Europe who imposed

most de sirable one for you”.

to manage her ow n image .” The new

between two wars, a prohibition to stay

Fa shion de sig ner XU LY BET invited to

dogma is desire and provocation. We are

in Europe to the Black body. Academic

e x p l o re t h e su b je c t w i t h a d if fe re nt

far from the coolne ss and the mystical

Black studies mu st also mea sure

vision:

“s a n g-f ro i d ” s h owe d by M i l e s D av i s ,

intent ionally or not , how t heir work s

“From the beginning , I avoided locking

“the Sunday painter ”. Rober t O’Meally

can gain a monet ar y value for a critical

myself in the black body with my

de scribe s that Black body at titude is a

market , re ady to include any relevant

c re at ion s”, h e s aid . “ To f re e you r s e lf

politic al readine s s , a disc rete me s s age

thought s in it s global ae sthetic s code s,

f rom preconceived idea s , you need to

that means: “I can do more…” A s

once format ted .

open windows , and explore non- Black

Fre derick Dougla s s wou ld s ay, « a s t ill

I nte ll e c tu a l s o lid a r it y w ill b e t h e key

area s, to confront the body memor y to

tong ue make s a wise he ad ». For many

to a d v a n ce i n a b e t t e r re a d i n g a n d

d if ferent e x p erience s”, h e adde d . H e

thinkers , Black Dandyism and Swag ger

exploitation of inherent cultural

explained how, for twenty years, he tried

seem to embody these aesthetic s of the

re source s for Black communitie s .

to shape his brand to be an e st ablished,

body.

Ef for t s of collaboration seem necessar y

c ros s- cu l tu r a l f a s hion hou s e in Paris .

b e t we e n e x te r n a l co nt r i b u t i o n s a n d

However, even if he seems to s ay that

Panels showed, with photography

l o c a l vo i ce s , m a i n l y i n Af r i c a a n d i n

“ac tivism doe s not nece s sarily liberate

archive s , dif ficultie s faced by previou s

Europe.

the body ”, I still found his work to be a

generations of black ar tist s to prac tice,

A piece of walk of a Black body at Saint-

sure expansion and a celebration of the

but also difficulties on the restitution of

G e r m a i n - d e s - P ré s w i l l s t i l l h ave i t s

Black body.

their work s a s an academic knowledge.

ref lec tions in the suburbs .

James Barnor explained challenges Marc

Duke

faced while working with the Black body

Universit y explored in the panel (M is)

in Lon don an d L agos , in a wor l d not

reading of Plea sure, Feminine Ar tifice,

accu stomed to see a Black body being

B l a c k- C a r i b b e a n - A m e r i c a n D i a s p o r i c

mag nified . The por t rait s of Je an- Paul

Per formances in Popular Visual Culture,

Goude won’t need to be du sted to see

the fant a sy of Hip Hop in exile with Jay

how the We s t pu she s the s tereot y pe s

Z’s and Kanye West mu sic collaboration:

to t h e i r h i g h e s t l e ve l , a s to b u i l d a

27

Anthony

Neal

from


ART TALK

DECOLONIZING SARAH BARtMANN*

OR HOW TO CREATE EPISTEMIC SHIFTS BY RETHINKING EMAILS AS THEORY By ALANA LOCKWARD and SIMMI DULLAY

28


without hyphenation is still white

emails) in theorization. We create from

feminism an d t herefore cont inue s to

the immediac y and precariou sne ss

e xc l ude u s a s i n t h e m os t “b r i l l i a nt ”

of O t h e r n e s s a n d a re ce n t t u r n of

m o m e nt s of f i r s t , s e co n d a n d t h i rd

af fairs ha s given u s the oppor tunity to

wave. A s long a s mains tream feminis t

combine t herapy and t heor y t hrough

theories repress and deliberately negate

email exchange s .

any connec tion to the knowledge

Tere s a M aría Día z Nerio, Hommage à Sara Bar tman, 20 07 Per for mance 4 0’, Video 5’ no -sound .Cour te s y of t he ar t is t and Ar t L abour Archive s .

The following is an experiment al approach to the ju x t aposition of fru strations, ambitions and scholarship shared by both of u s af ter our fateful encounter at a meeting on “Decolonizing G e n de r ” t h at to o k p l ace i n B re m e n , G er many, in 2011 . D uring t he proce s s of discu s sing openly in the forum and also in private, t he self-righteou sne s s and racism of some white female scholars we decided to w rite a for mal re sp onse to t his inde e d s y mptomat ic and “global ” s t ate- of-af fairs . Lit tle did we k n ow t h at c i rc u m s t a n ce s wo u l d accelerate the urgenc y of such a t a sk in the unpredic t able manner that life u se s to pu sh u s into ac tion. For t h e s a ke of a p end ing arg um ent , we wou ld like to s t ate t hat feminism

29

creation of the Civil Right s Movement

The following account by Simmi Dullay

and the decolonial liberation uprisings

document s an email exchange on Sarah

of t he Tricont inent a s t he origins and

Bar tmann, how she is construc ted and

source of what is also known a s radical

who ha s the legitimacy to represent and

feminism or third wave, the feminism of

narrate Bar tmann´ s experience and how

identitie s , of O ther ne ss , of queer ne ss ,

this perpetuate s the white ga ze on the

t hen we find it suit able to make t his

Black body. This correspondence began

situ at ion p a l p a b l e by m e an s of u sing

at the Depar tment of Gender Studies of

a ter minolog y that ref lec t s this realit y

a South Af rican universit y on Oc tober

such a s white feminism.

14 t h , 2011 .

It mu st be made clear that this naming s t rateg y is a tool to cont inue t h e d i a l o g u e s t a r t e d a l re a d y i n t h e eight ie s by pioneers like Audre Lorde, who voiced the need to challenge and dismant le t he hegemony of racialized p owe r s t r uc t u re s s o i nt r i n s i c to t h e histor y of the women´s liberation movement. White feminism ha s listened to Lorde and w rit ten many new page s on queer theor y, it ha s metamorphosed

S a r a h B a r t m a n n . U n at t r i b ute d c a r to o n , Pa r i s ,

into a giant white elephant in the room

1814. Source: Rachel Holme s .

that refu se s to position it s privilege, to name it self white, and yet again insist s

Eve r y w e e k t h e c o - o rd i n a t o r (w h o

o n l e a d i n g t h e d i s co u r s e s of B l a c k

happens to be a young white woman)

p e op le s’ and B lack wom en s t rug gle s

send s out an email on the preparation

and of all those construc ted a s Others .

of our tutorial. I decided to reac t to her la s t tutorial email , since t he previou s

Our second contribution is to continue w i d e n i n g Au d re Lo rd e ´ s s p e c t r u m i n Black Feminis t epis temolog y by means of underlining t he key rol e of shor t n ote s (i n h e r c a s e p o e t r y ( 1 ), i n o u r s , (1) “Over the last few y e a r s , w r i t i n g a n ove l o n t i g h t f i -

na nces, I ca me to appreciate t he enormou s d i f fe r e nc e s i n t he m at e r ia l de m a nd s b et we e n p o et r y a nd prose. A s we re clai m ou r l it e r at u re, poet r y ha s been t he major voice of poor, work i ng cla ss, a nd Colored women. [ … ]. T he act u al requi rements to produce t he vis u a l a r t s a l s o h elp d e t e r m i n e , a lo ng cla ss l i nes, whose a r t is whose.” L orde 1984: 116


ye ar I had alre ady raised my concer ns

an d e xhibit ing h er b o dy, d i sp l aye d in

about t he Eurocent ric content of our

fo r m a l d e hyd e a s s c i e n t i f i c e v i d e n ce

reader. I brought up questions of topical

constructed

relevance agains t the backg round that

compared to whitene ss . It is this

the majority of our student s are African,

W H I T E N E S S w h i c h re m a i n s i nv i s i b l e

‘Co lou re d ’ an d S out h Af ric an I n d ian

in yo u r te x t an d t h erefore yo u r te x t

women, whom I prefer to refer to as Black

cont inue s to rape, dis sec t and exhibit

ba sed on Steve Biko’s conceptualization

Ba ar tman while exonerating whitene s s

of B l a c k C o n s c i o u s n e s s . T h i s i s t h e

t hroug h su rg ic a lly rem oving evidence

par ag r aph I quote w rit ten by t he co -

of agenc y. Why do you so ea sily make

ordinator that prompted my reac tion:

the connec tion between the Black

“What I u sually do in the

body and dise a se, t he abje c t ne s s and

t u t o r i a l i s b e g i n by d i s c u s s i n g ‘ T h e

discourse of Black equating vic timhood .

Body ’ in relation to the

s t o r y of

It is p a s t t hre e in t h e m or ning , but I

Saar tjie Baar tman, I u se this a s a way in

h ad to re s p o n d , b e c au s e we c a n n ot

to discu ssing how Baar tman’s race

seriou sly be te aching B lack women in

a n d g e n d e r p ro v i d e d s i t e s fo r h e r enslavement , that her race and gender (and to an

extent her ancestral

histor y) were u sed to ‘dif ferentiate her from We stern norms’ -

t h a t

her body wa s se en a s an aber rat ion ... a n d t h i s w a s d i re c t l y l i n ke d t o h e r race and sex (and gender)... and that a s s u m pt i o n s g rew i n re l at i o n to h e r sexuality... and also follow on into discu s sions of Ba ar t man’s cont rac t ion of STIs ... and begin making

l i n k s

to how cer t ain se xu alit ie s and se xu al prac tice s become pathologized (and of ten

b l a m e d for t h e s p re ad

of STIs ...this is picked up the following week in relation to

HIV/AIDS).”

My w rit ten re sponse to t he collec t ive email wa s: “A major par t of t he per petu at ion of imperialism, coloniality, dominance and privil e ge is c ar rie d t hroug h lang u age, and this piece of w riting that you [the co-ordinator] sent out to the tutors

30

Sarah Bar tmann´ s g rave in Hackey, South Af ric a . Source: Wik ipedia .

s i g n i f i e s p a r t of t h e d e n i a l o r t h e amnesia of colonialism, of whiteness and the refu sal of t aking re sponsibility. I am sad to come ac ros s a kind of nar rative that is blat antly racist in it s omission, a s it wa s not ‘Baar tman’s race nor gender that provided site s for her enslavement t h a t h e r r a c e a n d g e n d e r, a n d t o a n e x te nt h e r h i s to r y, we re u s e d to ‘dif ferentiate her from Western ‘norms’ ...t hough it wa s t hrough AGG R E S SIVE EU RO C ENTR I C I S M , t h ro u g h Eu rop e’s ETHNOCENTRICISM , it s PATRIARCHAL paradig ms and global annexations that o b j e c t i f i e d B a a r t m a n , t h at r ac i a l i ze d an d fe t i s hize d B a a r t m a n into s l aver y, rape, prostitution and premature death. D e s p i te B a a r t m a n s de at h i n p ove r t y, fe s tered away by exploit at ion, dise a se a n d d i s l o c at i o n , g a i n a n d p rof i t w a s s till spun of her cor pse. The la s t thing to p en et r ate her w a s t he s har p s te e l knife of colonial necrophilia dis sec ting

as

racial

abjection

pos t-A par t heid Sout h Af ric a t his k ind of colonial amne sia .” And now the aforementioned paragraph of t he coordinator ´ s email analysed by Alanna Lock ward:

“What I u sually do in the

t u t o r i a l i s b e g i n by d i s c u s s i n g ‘ T h e Body ’ in relation to the

s t o r y of

Saar tjie Baar tman, I u se this a s a way in to discu ssing how Baar tman’s race and gender...” Gender is not an organic natural thing , neither is “race”, therefore this sentence should read:

“The way in which

Ba ar tman´ s wa s racialized by the white n or m at ive (co l on i a l i s t a n d ge n o c id a l) ga ze”, among many other options . “...provided site s for her enslavement ...“ By who? Who enslaved her? The pa ssive voice in this sentence naturalizes enslavement of Others by white s a s the most logical thing in the planet .


and also follow on into discu s sions of Baar tman’s

contrac tion of STIs ..”

Sarah Bar tmann did not “contrac t ”, she w a s infe c te d by Eu rop e an s , by white men! Intere s ting how the author give s Bar tmann agenc y only here. This is the fir s t a n d on ly t im e w h ere t h e ac t ive form is u sed with regard s to her. “...and begin making links to how cer tain sexualitie s and sexual prac tice s become...” They do not “become” they are ac tively construc ted in this way in a continuity t hat it is only a “discover y ” for white people.

Above, Hendrik Witbooi, Nama-Khoisan Capt ain f rom t he s ame people a s Sarah Bar tmann, who

“. . .we re u s e d to ‘d i f fe re nt i ate

w rote o n e of t h e f i r s t d e co l o n i a l m a n i fe s to s

h er f rom We s ter n nor m s’ - t hat h er

ag ains t Ger man colonizers on Augu s t 4t h, 1 892

body wa s seen a s

an aber ration...“

and wa s k illed during t he Herero - Nama War in 1905. Source: Gugelberger, George M / Witbooi,

Again, it wa s seen by who? The pa ssive

Hendrik 198 4: Nama Namibia . Diar y and let ters

for m nor malize s t he white g a ze ag ain

o f C h i e f H e n d r i k W i t b o o i . B o s t o n: B o s t o n

and again.

Universit y Pre s s .

“...and this wa s direc tly linked to

“...that her race and gender (and to an

her race and sex (and gender)...”

ex tent her ance stral histor y)...” Who made this link? “A n c e s t r a l h i s t o r y “ o p e r a t e s a s a n o t h e r i z i n g p a r a m e t e r, B l a c k p e o p l e

“...and that a ssumptions grew ...”

have “ance s t r y ” but no re al “his tor y ” which is par t of the ubiquitou s legac y

A s sumptions? Who made them? What

of the Kantian ethno-racial tetragon, a s

about talking about the context of these

conceptualized by Walter Mig nolo and

s o c a l l e d “a s s u m p t i o n s ” i n p s e u d o -

the a-historical charac ter of the African

scientific “race” ideologie s?

continent a s perpetuated by Hegel and

cha ll enge d by O lufemi Taiwo, am ong

Others .

31

“...in relation to, to her sexuality...

“. . . p a t h o l o g i s e d ( a n d o f t e n

b l a m e d fo r t h e s p re ad of S TI s ... t hi s is picked up the

fo l l ow i n g we e k

in relation to HIV/AIDS)...“ This sentence and it s conte x t spe ak s volumes about the white ga ze relentless deter minat ion to focu s any argument on Blackne s s toward s the pathological a n d i t s t r a u m a . H ow a b o u t t u r n i n g t he nar r at ive of S arah B ar t mann into a celebrat ion of re- exis tence and t alk about how her remains have returned to South-Africa thank s to Black feminist a s all over the world and finally under the direc t inter vention of Nelson Mandela? We will never cea se to a sk que s t ions , w h i t e s i s t e r s , we a re yo u r o u t s i d e r sisters and our freedom is a legac y too wide to ig nore, it is a preciou s gif t that we mu st pa ss on to the nex t generation of Black Consciou sness feminist scholars so they will realize that this is not only


about Sarah Bar tmann: it is about u s and about our common legacie s . (*) We h a ve c h o s e n t o s p e l l S a r a h B a r t m a n n´s n a m e i n t h r e e d i f fe r e n t ways. T he f irst one in the title is t he G e r m a n one, a s L o ck wa rd wou ld h ave it a nd a l so a s Sa r a Ba r t m a n , i n Fr e n ch , a s i n t h e p e r fo r m a n c e pie c e by Te r e s a M a r í a D í a z Ne r io, a n d i n t he way it is w r it ten i n Sout h-A f r ica , S a a r t ji e B a a r t m a n . T h i s p a p e r w a s presented at t he one d ay Sy mposiu m: “ R e t h i n k i n g G l o b a l Fe m i n i s m ”, orga n i zed by P rof. G u r m i nde r K . Bha mbr a at t he Sociolog y De pa r t ment o f t h e U n i v e r s i t y o f Wa r w i c k , o n Novembe r 25t h,, 2011. h t t p : // w w w 2 . w a r w i c k . a c . u k / f a c /s o c / s o c i o l o g y/r s w/re s e a rc h _ c e n t re s/t h e o r y/ conf/rs/ A second present ation took place a t t h e 18 t h A n n u a l C o n f e r e n c e of ISA PS (I nter nat ional Societ y for A f r i c a n P h i l o s o p h y a n d S t u d i e s) a t t h e U n i v e r s i t y o f Kw a z u l u - N a t a l , Pieter ma r itzbu rg, on Apr il 18th, 2012. Bibliog r aphy Bi ko , S t e ve (19 78). I Wr i t e W h a t I Li ke, w it h per sonal memoi r by A lf red St ubbs, New York: Ha r per & Row. D u l l a y, S i m m i ( Fo r t h c o m i n g . Su b m it t e d o n 11.11. 2 012) Ref le c t io n o n B e . B o p 2 01 2 I n S o u t h A f r i c a a n d B e r l i n . I n : B e. B o p 2 012 . Bl a c k Eu rope Body Polit ics: Test i mon ials of a n Event. Dossier reali zed by A la n na L o c k w a r d . P r e p a r e d fo r I DE A a r t s + s o c ie t y b y O v i d i u Ti c h i n d el e a n u . Cluj-Napoca , Ru ma n ia. ht t p://idea.ro/ rev ist a /?q= en /colophon

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War wic k , Rooseve lt Acade my, Trans ar t

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N etwork B l ac k D i a s pora an d G e r m any.

W i l l i s , D e b o r a h ( E d .) (2 010) . T h e Bl a c k Ve n u s 2 010. T h e y c a l l e d h e r “ H o t t e n t o t ”. P h i l a d e l p h i a : Te m p l e Un iver sit y P ress,

Alanna Lockward is an author and curator b a s e d i n B e r l i n . S h e i s t h e fo u n d i n g d i rec tor of Ar t L ab ou r Arc h ive s (1996 , Santo Domingo, Dominican Republic) an exce pt i on al p l atfor m t h at h a s s p i ral e d a ro u n d t h e a m a l g a m at i o n of t h e o r y, p o l i t i c a l ac t i v i s m a n d a e s t h e t i c s . S h e h a s b e e n awa rde d by t h e D a n i s h A r t s Council , the Nordic Council of M inisters and Allianz Kulturstiftung , among ot h e rs . H e r p ro d u c t i o n B E . B O P 20 1 2 . B L AC K E U RO P E B O DY P O L I T I C S w a s p re s e nte d wit h ove r wh e l m i n g s ucce s s at B a l l a h au s N au ny n s t ra s s e . H e r b o o k “Apremio. Apuntes sobre el pensamiento

Hol mes, R achel (20 07). T he Hot tentot Venu s. T he Life a nd Deat h of Sa a r t jie Ba a r t ma n: Bor n 1789 – Bu r ie d 20 02. Joha n nesbu rg: Jonat ha n Ball.

y l a c re ac i ó n co nte m p o rá n e a de s de e l

L o ck w a r d , A l a n n a ( Fo r t h c o m i n g. S u b m i t t e d o n 2 9.10 . 2 01 2) . B l a c k E u r o p e B o d y Po l i t i c s . To w a r d s a n Af ropean Decolon ial Aesthetics. I n : D e c o l o n i a l A e s t h e t i c s D o s s i e r. M i g n o l o , Wa l t e r a n d Vá z q u e z , R o l a n d o ( E d s .) . S o c i a l Te x t J o u r n a l , P e r i s c o p e . h t t p : / / w w w. socialtext jou r nal.org /per iscope/

C a ri b b e a n” ) wa s p u b l i s h e d i n 20 06 by

L o r d e , Au d r e 198 4: A g e , R a c e , C l a s s a n d S e x : Wo m e n R e d e f i n i n g D i f fe r e n c e. I n : Si s t e r O u t sid e r, L o s A ngeles: Freedom , P. 114 -123.

presented in the Caribbean , the African

M ig n ol o , Wa l t e r (2 012). D e c ol o n i a l A i s t he si s a nd O t he r O pt ion s Relat e d to Aesthet ics. I n: BE.BOP 2012. Black Eu rope Body Pol it ics. L ock wa rd ,

Black feminism and decolonial aesthetics

32

associated scholar of the Young Scholars S h e g r a d u a t e d a t UA M -Xo c h i m i l c o , Mexico City, a s communication scientist and received her M . A . in Ar t in Context at the University of the Ar t s Berlin . She is currently writing a dissertation on the h istor y of t he A M E ( Af ric an M ethodist Episcopal Church) i n the Caribbean and Namibia at the Depar tment of American

The Authors

C a r i b e ” ( P re s s u re . N ot e s o n T h o u g h t a n d Co nte m p o ra r y Cre at i o n f ro m t h e Ce n de ac , i n Sp ai n . B etwee n 20 02-20 08 h e r u n p re ce de nte d c u rate d exh i b it i o n “ P a r e s & N o n e s ( E ve n s a n d O d d s) . Contemporary

I nstitute and Dutch Ar t I nstitute and is

Photography

from

H aiti an d t he Dom i n ic an Re pub l ic ” wa s continent , the US and Europe . Lockward h a s l e c t u re d o n c r i t i c a l r a c e t h e o r y, at the H umboldt University, Gold smiths U n i ve r s i t y o f L o n d o n , U n i ve r s i t y o f

Studies at H umboldt University Berlin . Simmi

Dullay

is

an

independent

Tr i c o n t i n e n t a l c u l t u r a l p ro d u c e r. S h e obtained her M FA Cum Laude at Durban U n ive rs ity of Tec h n o l og y, i n 201 0. S h e investigates exile a s a tool for personal and social transformation using a v a r i e t y o f i n t e rd i s c i p l i n a r y m e t h o d s b a s e d o n v i s u a l m e t h o do l o gi e s , B l ac k c o n s c i o u s n e s s , d e c o l o n i z at i o n p r a x i s , a u t o - e t h n o g r a p h y & m e m o r y wo r k . H e r re s e a rc h d r aw s p ro d u c t i ve l y o n ar t , c u ltu ra l & ge n de r stud i e s , c rit i c a l p h i l o s o p h y a n d s o c i o l o g y. S h e h a s ex h i b ite d h e r a r t wo r k ex te n s ive ly i n A s i a , S c a n d i n av i a a n d Af r i c a . D u l l ay t e a c h e s a t t h e U n i ve r s i t y o f S o u t h Af ri c a (U n i s a ) a s A r t H i s to r y Le c tu re r and Visual Ar t s Lec turer. She ha s taught on a variety of subjec t s , from gender to e d uc at i o n , s o c i a l j u s t i ce a n d d ive rs it y a s we l l a s on p h i l osop hy an d soc iol og y in education. She is advisor and S o ut h Af ri c a n P ro j e c t M a n age r of t h e Transnationa Decolonial I nstitute , T. D. I . http://transnationaldecolonialinstitute . wordpress.com/about/ She is currently a doc toral candidate at Unisa .


33


PLACES

La Galerie CEcile Fakhoury d’Abidjan

Un Espace Résolument Contemporain Par AN NA DJIGO (CULTURE CONCEPTS) Photos : ARSÈN E EHOUM AN, GALERI E CÉCI LE FAKHOURY

d a n s u n s t y l e p rovo c ate u r e t v i s ue l l em ent hy pn ot i s a nt . D u Pop Ar t ? Non, pa s tout à fait . Du «Photomaking », selon l ’ar tiste. Un travail fa scinant , dif férent . A l’image de la galerie qui le reçoit . Abidjan, Côte d’Ivoire. “ The Place” is .. L a Galerie Cécile Fakhour y, A r t Co nt e m p o r a i n . A u v u d e l a f a ç a d e , d é j à , l ’o n e s t i n t r i g u é .

The work is ver y contemporar y. So is the place.

H aute u r de s m u r s , s y m é t r ie , p ré c i s ion . Et du g r i s . B e auco u p de g ris . Un bât iment s truc turé, tout en c ar ré s et rec t angle s . Solide.

D e p u i s s o n i n a u g u r at i o n e n s e pt e m b re 20 1 2 , l a G a l e r i e Cé c i l e

Face à ce t te b ât i s s e , to ute à l a fo i s im p os a nte e t s im p l e – m a i s

Fa k h o u r y f a i t p a r l e r d ’e l l e , d a n s u n p ay s , l a Côte d ’ Ivo i re , o ù l a

p o u r l e m o i n s i n s o l i te , d a n s ce q u a r t i e r ré s i d e nt i e l d e Co co dy

scène ar tistique semble prendre un nouvel élan. Et dans une ville,

– m a l g ré l a s i g n a l é t i q u e , l e v i s i te u r n e p e u t s’e m p ê c h e r d e s e

Abidjan, où le s e space s d’exposition demeurent limité s , la Galerie

demander: « O ù suis-je ? ». D é couver te d’une por te vit ré e, ave c

Cécile Fakhour y appor te du changement , et ce, à bien de s niveau x.

un nom, inscrit en rouge « Paul Sika ». L’ar tiste exposant . Puis , on

L’exposition inaugurale, déjà , faisait écho à cet te idée d’évolution.

pénètre l’e space, et là , la magie opère... De s murs blanc s , un sol en

Un t ravail conjoint de s peint re s ivoiriens Frédéric Bruly Bou abré

b éton , une b e ll e hauteu r sou s p lafond , de la lumière et de l ’ar t .

et Aboudia : le maî t re et le jeune prodige . Telle une invit at ion à

Tout le long de s murs . M irage technicolor ! De s photog raphie s ,

entrer dans une ère nouvelle. Un lieu-pa sserelle, galerie de s Temps

riche s en cou leurs , mise s en e xerg ue par un s ys tèm e d’é clair age

Moder ne s .

sophistiqué, per met t ant à chaque œuv re de raconter son histoire. C ar il s’agit bien d’une his toire que nou s pré sente l ’ar t is te, d ans

L’e space de par sa conception et son architec ture dif fère de s lieu x

ce t te s érie , « Lil l ia n’s A pp e a l ». C a r ic i , Pau l S ik a , d an s u n genre

d’e x posit ion t radit ionnels de la ville . L a simplicité me surée de la

mêlant photog raphie et g raphisme, nou s raconte – entre rêve et

g a l erie envoie u n m e s s age : dé sir de f a ire honn eu r au x œ uv re s .

ré a l i té – ce t te n o uve l l e c u l t u re u r b a i n e a b i d j a n a i s e…. To ut ce l a ,

6 0 0 m è t re s c ar ré s , ouver t s à l ’ar t e t am énagé s p ou r l ’accue illir.

34


Résolument moderne, la galerie, a un

d ’o r i g i n e p l u r i e l l e – l o c a l e , p a n af r i c a i n e ,

au x Et at s- U n i s , j ’a i c h e rc h é à déve l o p p e r

côt é m i n i m a l i s t e q u i t r a n s p o r t e ve r s u n

internationale

langage,

une ac tivité dans ce domaine lorsque je suis

a il l e u r s t rè s co ntem p or a in . C a r o u i , il n’y

l ’expre s sion c réative, se nour ris sent d’une

venue m’installer à Abidjan. La struc ture de

a nul doute quant au positionnement

i n s p i r a t i o n u n i ve r s e l l e . To u t e n i nv i t a n t

la galerie s’e st rapidement imposée. Malg ré

é t a b l i p a r l ’e s p a c e , t a n t i l r a p p e l l e l e s

le monde à découvrir la pluralité des

d i x a n n é e s c o m p l e xe s , l a C ô t e d ’ I v o i r e

galerie s ultra-moderne s new yorkaise s,

c ré at ions inspiré e s par l ’Af rique, ré alisé e s

re ste un C ar refour de l’Af rique de l’Oue st ,

connues pour leur a spec t sophistiqué,

en son sein ou emmenée s vers elle.

avec un public curieu x et dé sireu x de voir

réputées pour leur concept « Less is

Fo n d at r i ce de l a g a l e r i e , Cé c i l e Fa k h o u r y

se développer une scène culturelle for te.

more ». Un positionnement avec l ’objec tif

nou s parle de sa vision et de son approche :

dont

le

d e f a i re d é co u v r i r au p u b l i c , u n e g a l e r i e conceptuelle. Aménagement , pré sent ation, accueil, documentation disponible.

A F R I K A DA A : C é c i l e F a k h o u r y : vous offrez, au public abidjanais, un nouvel espace d’art contemporain.

P rop osit ion ver s u n « pré s ent-futu r p os t-

A : Av e c u n e a r c h i t e c t u r e minimaliste de l’espace, la Galerie C é c i l e Fa k h o u r y s e d é m a r q u e d e s a u t re s e s p ace s d ’ ex p o s i t i o n . Q u e souhaitiez-vous offrir au public, en termes d’ « expérience » ?

moder ne »... si contemporain.

CECILE FAKHOURY : L a galerie a pour but

I l y a , e n s u i te , l a vo l o nté d e s a c ré at r i ce ,

de p ar t icip er à u n e m e ill eu re visibilité de

C . F. : J e s o u h a i t a i s u n l i e u t r è s s o b r e

C é c i l e F a k h o u r y – g a l e r i s t e d e m é t i e r,

l’ar t contemporain sur le sol af ricain et en

pour accueillir, au mieu x , le s proposit ions

f r a n ç a i s e e t c i t oye n n e d u m o n d e – d e

par ticulier, sur le sol ivoirien, en proposant

d e s a r t i s te s . I l y a do n c u n e g r a n d e s a l l e

p r o m o u v o i r l ’a r t c o n t e m p o r a i n , e t c e ,

de s e x p osit ion s de qu a lité , con s t r u ite s et

d’exposition de 30 0 m2, une belle hauteur

dans un esprit pluridimensionnel. Son

s o u t e n u e s . Le s i n i t i at i ve s c u l t u re l l e s s u r

sou s plafond , de s murs blanc s et du béton

o b je c t if : f a ire d ’A b id ja n , u n e p l atefor m e

place sont pré sente s mais re stent limitée s ,

au sol. Ceci dit , cet espace est un lieu

pour le marché. Promotion, échange,

et encore p lu s qu an d il s’ag it d ’init iat ive s

que l e s ar t is te s s’approprient . Au g ré de s

v i s i b i l i t é . C ré e r u n vé r i t a b l e m a rc h é d e

c o m m e r c i a l e s . Ay a n t t r av a i l l é d a n s d e s

expositions , il pour ra être transfor mé. Par

l’ar t . Repré senter et pré senter de s ar tiste s

g alerie s et maisons de vente en Fr ance et

l’architec ture, la galerie se démarque. Pour

35


b e a u co u p d e v i s i t e u r s , ce t t e co n ce pt i o n

place sur la scène ar tistique inter nationale.

à ce déve l opp em ent . C h acu n de ce s p ay s

minimaliste est nouvelle, il est donc

Et mon expérience à Abidjan me fait croire

por tent un grand évènement culturel

i nté re s s a nt d e f a i re d é co uv r i r à u n l a r ge

que le marché de l ’ar t en Côte d’Ivoire se

comme une biennale, un salon ou une

public une autre manière d’exposer.

développera . Le pays e st en plein e s sor, et

rencontre, qui dépa sse les frontières

la cu lture, l ’ar t et son marché, g r andiront

af r ic a i n e s . L a Côte d ’ Ivo i re s e p os i t ion n e

d an s s on sill age . A bid jan doit r ap idem ent

doucement sur ce terrain mais ne fait

s e p o s i t i o n n e r c o m m e l ’u n e d e s p l a c e s

p a s e n c o r e p a r t i e d e s p ay s m o t e u r s . I l

c u l t u r e l l e s i m p o r t a n t e s d e l ’A f r i q u e d e

y a ce p e n d a n t à A b i d j a n u n d y n a m i s m e

l’Oue st .

palpable. Nou s pouvons prendre l’exemple

A : De quelle manières votre e x p é r i e n ce d e ga l e r i s te , n o u r r i t e l le vot re vision ? Com m ent votre expérience abidjanaise vous influence t-elle ? C . F. : M e s d i f fé re nte s e x p é r i e n ce s m’o nt appor té une vision a ssez globale du marché d e l ’a r t e t j e c o n s t a t e d e p u i s p l u s i e u r s a n n é e s u n e n o u ve l l e c a r t o g r a p h i e d e l a s cè n e a r t i s t i q u e m o n d i a l e . L a m i g r a t i o n

de la réouver ture de la Fondation Donwahi

A : Vo u s a v e z u n M a s t e r e n Commerce de l’Art Contemporain : que dire du marché de l’art en Côte d’Ivoire et dans la sous-région ? Quel rôle votre galerie pense-t-elle jouer dans ce secteur ?

avec une programmation de

grande

q u a l i té p ro p os é e p a r S i m o n N j a m i e t I l l a Donwahi . En donnant une bonne visibilité au x ar t is te s , en m ont r ant de s e x p osit ions cohérentes, en se positionnant sur un

d e l a c ro i s s a n c e m o n d i a l e ve r s l e s p ay s émergent s a par ticipé à la mutation

C . F. : J e co n s t ate q u e l a s cè n e c u l t u re l l e

c ré n e au i nte r n at i o n a l , l a g a l e r i e s o u h a i te

g é o p o l i t i q u e d e l ’a r t . A i n s i , u n e p a r t i e

e n Af r i q u e g r a n d i t u n p e u p l u s c h a q u e

é c l a i re r l e m i e u x q u’e l l e p e u t u n e s cè n e

d u m o n d e c o m m e l ’A f r i q u e d e l ’O u e s t

j o u r. L e N i g é r i a , l e S é n é g a l , l e M a l i o u

culturelle dy namique Ivoirienne.

commence prog re s sivement à défendre sa

e n c o re l e B é n i n p a r t i c i p e n t a c t i v e m e n t

36


paramètre s sont déjà pré sent s pour que ce

A : Sur quelle base définissez-vous le choix des artistes que vous exposez ?

projet se pérennise.

C . F. : Le dialogue créé par le s ar tiste s de la

A : Quelle sera la première ex p o s i t i o n d e l a s a i s o n 2 0 1 3 à l a Galerie Cécile Fakhoury ?

g alerie se veut ré solument contempor ain . Obser vateurs du monde dans lequel ils vivent , ils par ticipent à la mémoire vive de

C . F. : L a s a i s o n 20 1 3 d é b u t e r a av e c u n

leur pays , définie dans leur lien au monde.

ar t is te Séné g alais qui vit à Berlin : Cheik h

Et c ’e s t ce l i e n au m o n d e q u i g u i d e m e s

Ndiaye. Il travaille depuis plu sieurs mois sur

choix : un langage et un dialogue universels

cet te exposition où il proposera une série

sont leur dénominateur commun.

d e p e i n t u re s e t u n e i n s t a l l a t i o n I n S i t u . J’e spère accueillir à la galerie de nombreu x

A : Vous en êtes, aujourd’hui, à la d e u x i è m e ex p o s i t i o n d e l a ga l e r i e avec l’œuvre du photographe Paul S i k a . Q u e l s s o n t l e s r e to u r s d u public ? C . F. : Le s re to u r s s o nt b o n s ! O n a e u e t o n c o n t i n u e d ’a c c u e i l l i r b e a u c o u p d e m o n d e . L e s a p rè s - m i d i , d u m e rc re d i a u s a m e d i , Pau l S i k a e s t p ré s e nt à l a g a l e r i e et propose de s tours de l ’ex posit ion . Cela per met au public d’appréhender le t r avail d e m a n i è re e x p l i c i te . I l e s t du rô l e d ’u n e g a l e r i e d ’a i d e r à l a c o m p r é h e n s i o n d e s œ u v re s e x p o s é e s . Le t r av a i l d ’u n a r t i s t e peut plaire ou déplaire, l’idée e st d’accéder à u n e b o n n e l i s i b i l i t é , e t ce l a p a s s e p a r l ’acc u e i l , l a p r i s e d e co nt ac t e t l ’é c h a n ge avec chaque visiteur, la mise à disposit ion de tex te s explicatifs, de dossiers de pre sse… Et je crois que le public e st sensible à cet te mise à disposition de l’infor mation.

A : Vo t r e b i l a n , a p r è s 4 m o i s d’existence ? C . F. : D re s s e r u n b i l a n au j o u rd ’h u i s e r a i t prématuré mais je peu x dire que le s début s sont promet teurs . La galerie reçoit un t rè s b o n acc u e i l d u p u b l i c , i l y a u n b o n é cho d ans la pre s se, la g alerie fonc t ionne b i e n . J ’a i l a co nv i c t i o n q u e d e n o m b re u x

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lec teurs d’Af rikadaa !

Site web : w w w.cecilefakhour y.com


CONCEPT

PORTRAITS AU FEMININ

Par Sylvie Arnaud

Jeanne-Paule Jeanne- Paule, n’a plu s guère le temps de faire marche arrière, le rendez-vou s ayant été fixé de puis for t long temps à seize heure s. C’e st pour tant au bout de dix minute s de marche, donc relativement tôt qu’elle se rendit compte que le s collant s lisse s faisaient remonter sa jupe droite toute neuve. Si ce n’était que cela.. Mais la jupe tourne en plu s, de quar t, voire de moitié. Tant pis! Il e st trop tard pour remonter dans l’appar tement, sixième étage, sans a scenseur; re ster encore quinze plombe s devant le miroir, se décider de si ça va avec ou pa s: temps néce ssaire de pré paration, d’anticipation, d’émer veillement ou de dé se spoir... Navrant. Son constat en pleine rue devant le Mc Donald du coin fut celui-ci: «Pour le s rendez-vou s impor tant s, préférez au neufs, le s déjà por té s, déjà aimé s, le s qui vou s vont comme un gant!». La nouveauté stupéfiant en premier lieu soi-même, prière de ne pa s re ster tétanisée. Comment il e st vrai, vouloir prendre l’empreinte de la femme sûre d’elle, arrivée, on ne sait où, quand on a été Jeanne-Paule ving t-se pt ans durant? En apprenant de l’obser vation minutieu se de s autre s, probablement... Agir, en douceur, profe ssionnelle de son propre corps: fléchir légèrement le s genou x, réaju ster la jupe. En pleine rue d’aprè s-midi, soleil automnal, la faire rede scendre, en profiter tant qu’on y e st pour remonter le collant qui lui de scend, deu x taille s trop g rande s. Ajouter à cela le sourire entendu au x chose s qui s’accordent. L’incident n’arrivera plu s, soyez-en sûre, cer taine s chose s n’arrivant qu’une fois. Jeanne- Paule re prend la marche, moins hâtive cette fois38

ci; elle devait dominer quelque chose d’inhabituel en elle, cette précipitation soudaine la rendit maladroite et violente. Le rendez-vou s fut une réu ssite. Quand il la vit, il lui décrocha un sourire si puissant qu’elle vacilla, son visage était si brillant, et se s yeu x, n’en parlons pa s. Vou s comprenez, en plein Paris, tant de lumière... du jamais vu. Elle dut détourner la tête. Intérieurement elle remercia, elle ne sait pa s qui, mais elle remercia. Prit une inspiration, fit l’enjambée du chat botté pour vite coller sa peau à la sienne et cacher se s yeu x qui trahissaient son étonnement. Jeanne-Paule avait du chien, mais ne le savait pa s, l’homme le sut. Il la prit sou s son aile, elle fit de même. Ils se comblèrent. Combien de temps ? L’histoire ne le dit pa s. Pour Jeanne-Paule ce ne fut pa s une fin, tout ju ste un début. Elle s’embellit, s’enlaidit, prit se s marque s. Elle le fit homme, et, comme on dit en retour, il la fit femme. Elle pouvait maintenant marcher nue dans le s rue s, mais s’abstint, évidemment. Sa garde-robe s’allégea quand son timbre de voix s’ag g rava légèrement. En vieillissant, elle laissa tomber le Paule, devint Jeanne, se souvint avec plaisir de s jours où, maladroite, elle cherchait à calquer son pa s sur celle d’une autre, se tordait la cheville gauche, toujours la même, à trop chercher à bien marcher. A l’instant, elle remarqua une jeune femme, elle avant, et eut de l’af fec tion à son endroit. Stable, elle avançait. Sylvie Arnaud


Susan Turcot, dessin au charbon, 35 X 50 CM

39


CONCEPT

DUPLICITY Par MICH ELE M AGEM A

Michèle Magema est une jeune artiste qui vit et travaille à Paris. Son travail artistique mêle pratiques vidéographiques, photographiques, installations pour réinterroger l’Histoire face aux histoires individuelles. Michèle se met en scène afin de recréer un monde chargé de symboles poétiques, méthaphoriques et allégoriques. L’artiste engagée a récemment rejoint le collectif Afrikadaa. Elle crée pour sa première participation, une rubrique qu’elle intitule “ Duplicity”. Elle propose à un artiste, un échange autour de la thématique du numéro en cours. Michèle donne son point de vue et l’artiste invité s’exprime par trois propositions visuelles. Pour “I-dentity”, Michèle invite l’artiste Pélagie Gbaguidi. Une identité : 1=1

car une identité a sa propre unicité. En conséquence, aucune identité ne peut se prévaloir d’être supérieure à une autre.

“Comment définir mon identité: par ma ou me s langue(s),

Cepend ant chaque ident ité conser ve s a propre spé cificité

mon sexe, mon occupation et mon expérience de

tout en ét ant en interac tion avec d’autre s .

t r av a i l , m o n â ge; ( … ) M o n i d e n t i t é m’a p p a r a î t co m p l e xe , multidimensionnelle. Le s mot s me manquent , écrivait Dyane

Il me parait ainsi bien complexe de définir une identité, t ant

Ad am , d ans Femme s f rancophone s et pluralisme en milieu

elle e st plurielle. Au ssi je me méfie de s raisonnement s bien

minoritaire (Réseau des chercheures féministes de l’Ontario

p en s ant s su r l ’ident ité et je prop os e ici de m’intére s s er à

français . Colloque, Éditeur Le s pre sse s de l’Université

l’identité d’une ar tiste, comme la somme de l’ensemble de s

d’Ott awa, 1996).

carac tères qui lui sont attribués et qui inf luencent son travail et sa relation au monde.

Loin du débat f ranco - f ranç ais sur l ’I dent ité nat ionale, ne f au d r a i t- i l p a s ré p o n d re à ce t te vo l o nté d e s e d é f i n i r à

Ainsi, il me semble nécessaire en tant qu’ar tiste de continuer

tout prix par une mét aphore ? “ Le s ident ité s ne peuvent

à h a b i te r s a p ro p re i d e nt i té p o u r f a i re ac te d e c ré at i o n .

conduire à aucune solution, elle s se réduisent toute s à celle

N e s’agit-il pa s alors de t rouver l ’har monie ent re soi et la

–ci 1=1”.

re p ré s e nt at i o n d e s o i f ace à l ’i d e nt i té a r t i s t i q u e d e s o n g r o u p e d ’a p p a r t e n a n c e : A r t c o n t e m p o r a i n a s i a t i q u e ,

En effet, il n’y a pa s de hiérarchie de valeur entre les identités

40

occident al, américain, orient al, africain?


CONCEPT

CONSTATATION D’IDENTITE :

PÉL AGIE GB AGUIDI

IDENTITE REMARQUABLE :

FEM ME

IDENTITE FONCTIONNELLE:

A RTIST E

MOUVANCE IDENTITAIRE:

A RT CON T E M POR A IN

IDENTITE GEOGR APHIQUE:

BÉ NIN/ BEL GIQU E

IDENTITE NUMERIQUE:

W W W.GB AGUIDIPEL AGIE.CO M

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> C A RTE D’IDENTITE: Pélagie Gbaguidi est née à Dakar,Sénégal,en 1965. Diplô m ée des Beaux Arts de Liège en 1995, elle vit et travaille à Bruxelles. Artiste griotte conte m p oraine, son travail artistique est un engagem ent qui s'adresse à la collectivité, créant une passerelle entre le traditionnel et le conte m p orain.

>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>>> 41


42


©pelagiegbaguidi

“Je ne comprends pas! où sont les yeux ? où sont les cheveux ? Je lui répondis que j’habitais à l’île de le Réunion, et j’avais fini par avoir des antennes. Ma tête était donc enfouie dans le sol.’’ extrait d’une conversation...

Dakar 1965 Je m’appelle Pélagie. C’est la première fois que je vous écris. Je suis née Pelagos sous le signe de l’eau. De l’eau à moi il n’y a qu’un signe : le culte des ancêtres. Je suis Béninoise. Et vous ,qui êtes vous ? Identité Je pense profondément que l’identité tout court dépasse de loin les clivages partisans de « CE QUI EST AFRICAIN OU PAS, DE CE QUI EST à L’ INTERIEUR OU à L’EXTERIEUR D’ UN TERRITOIRE … » Je pense à aiguiser la conscience éveillée de « ce que je suis » pour la transmettre aux générations futures et « ce que je suis » dépasse ma race ma culture mes croyances mes gênes c’est par cette autre chose innommable que je voudrais que l’on se souvienne.

43


PORTFOLIO

Ernest Duku ARTISTE VOYANT Par Marie Ange Abiola

Er ne s t D u ku e s t considéré comme un

s u r f a c e l e s m ê m e s : ro u g e s , j a u n e s ,

l’infini, la vie et la mor t , employés

ar t is te majeur par mi le s ar t is te s de s a

violet s. L’ar tiste les façonne de manière

dans les installations Une vanité et

génération, alors même qu’il se perçoit

de n e j a m a i s o bte n i r l a m ê m e te i nte .

A m u l e t i s s i m o . L’a r t i s t e q u e s t i o n n e

co m m e u n a r t i s t e e n d e ve n i r n o u r r i

Ce s t able au x peuvent êt re considéré s

l ’ét at de s société s qui se sont lais sée s

p a r u n e af r i c a n i t é vé c u e . I l t r av a i l l e

co m m e d e s ré s i d u s d e s a fo r m at i o n

dominer par le s amulet te s .

sur l ’idée du s y mbole qui selon lui e s t

architecturale, le ramenant au x

L’œ uv re Fé t ic h i o i nte r ro ge l e fé t ic h e .

la ba se de s organisations humaine s, de

p ré m i ce s d e l a p e i n t u re , m i m é t i s m e

Terme courant provenant du Por tugais,

l’écriture, de la parole et de l’histoire.

d e l a n a t u r e , t e l l e q u ’a p u l ’ê t r e

e m p l oyé p o u r q u a l i f i e r d e s o b j e t s , i l

l’architec ture avant elle.

fut a s socié à l ’ar t primit if, pu is à l ’ar t

« Ar tiste voyant », tel que le concevait Ar thur Rimbaud , Er ne st Duku produit dif férent s niveau x de lec ture dans de s œuv re s complexe s au x couleurs salie s . La mu sicalité de se s titre s multilingue s, au x mot s - valise s , e s t au coeur d’une réf lexion qui permet de théoriser picturalement le monde, stimulant le public à se questionner lui-même d ans s a percept ion à l ’œuv re et à son environnement . Les couleurs qu’il emploie sont en

44

nè g re et l ’ar t premier. Le sens , donné

‘‘...Un artiste en devenir nourri par une africanité vécue’’. L’œuv re d’ Er ne s t D u ku e s t cons t itué e d ’é l é m e nt s c h a ot i q u e s , d e m o rce a u x é p a r s q u ’ i l t e n t e , d e r e c o n s t i t u e r. A u ce n t re d e ce t r av a i l , s e t ro u ve n t deu x élément s de la symbolique de

en Occident, a une connotation péjorative, étrangère la plupar t du temps à la conception de l’objet . Ernest Duku,

réf léchit sur le s notions de

s i g n i f i a nt e t d e s i g n i f i é , e t d e m a n d e si l ’on peut comprendre l ’impac t d’un objet (sig nifiant ) a lor s que l e r app or t au signifié (le terme fétiche) est erroné. L’ i n t e r r o g a t i o n s e t r a n s p o s e s u r l e devenir de l ’objet qu and son c ré ateur a cce pt e l u i - m ê m e ce t t e a m b i v a l e n ce


terminologique, dénaturant son

D u k u e s t i n t é re s s é p a r l e s co n ce pt s

parole et de la pensée, pour se diriger

rappor t à lui.

de l a p r at i q ue a r t i s t i q ue . Ce s o nt l e s

finalement vers la construc tion de

L’i m p o r t a n ce d e l a t e r m i n o l o g i e e s t

m ot ivat ions de s ar t is te s qu’il obser ve

l’Histoire. Car l’Histoire du monde,

d o n c p ré s e n t e d a n s l e s œ u v re s p a r

qui produiront ou non son intérêt pour

telle qu’elle e st définie, n’e st peut-être

leurs titre s . Tout comme Francis Ponge

l ’œ uv re . S a co n ce pt io n e s t h é t iq ue s e

qu’une suite d’évènement s sélec tionnés

d a n s s e s p o è m e s Le Pa i n , L’h u î t re o u

t rouve êt re à cheval ent re la peinture

dont on veut bien se souvenir. Histoire,

encore Le cageot , impor tent chez

au sens cla ssique et la sculpture.

religion, le travail d’Erne st Duku laisser

Duku, une mu sicalité sonore et visuelle.

S o n t r av a i l s e co n s t r u i t auto u r d ’u n e

à penser que l ’ident ité, n’e s t plu s une

C e l l e s - c i p e u ve n t ê t re d é t a c h é e s d e

ré f l e x i o n , d o n n é e i m m até r i e l l e , p o u r

question individuelle mais bien une

la matérialité pic turale, et doivent

laque ll e il f a brique u n su pp or t . Page s

produc tion collec tive.

pouvoir évoquer à quiconque des

d ’u n l i v re , s u r l e s q u e l l e s i l g r ave d e s

élément s de cont ac t .

élément s codifiés, les questions

Sans chercher à émuler de s technique s

q u’i l p o s e s u r l e s y m b o l e , vo n t a l l e r

artistiques déjà existantes, Ernest

ve r s l ’é c r i t u re , l a co n s t r u c t i o n d e l a

Parole du ventre amulettissimo @ equation tum tum 2011 Ernest Dükü

45


PLACES

Spiritus Sanctnoum @ à la vôtre 19 x 13 cm 2009 Dessin Ernest Dükü

Parole d'ombre 180 x 112 x 5 cm 2005 Technique mixte Ernest Dükü

Fa Luxor @ Odioka dream 18x 13x2cm 2010 Ernest Dükü

Ô thot portrait @ message à Herodote 17x12x2cm 2010 Ernest Dükü

46


Ô baby don't worry @ it's amulettissimo time 31 x 20 x 43 cm 2010 copyright Ernest Dükü

47


Black faces in color

PORTFOLIO

Pa r F R I E D A E KO T T O , p r o f e s s e u r d e l i t t é r a t u r e c om pa r é e , d ’ é t u d e s a f r o - a m é r i c a i n e s e t a f r i c a i n e s University of Michigan Ann Arbor. Photos : COURTESY PATRICK DODD

ont été cons truit s par le colonisé puis

f ranç aise et d’un père af ro -améric ain .

le post-colonisé, de Cé saire à Fanon, de

I l p a s s e s a j e u n e s s e e n Fr a n ce : i l y

Senghor à Diop. Ils sont le fruit de l’effort qui

a p p re n d à p e i n d re . I l s ’i nté re s s e au

contredit les idées à l’origine du mythe du Nègre.

t r av a il de J e an D u buf fet (19 0 1 -1985),

En pou s s ant leur c rit ique à l ’ex t rême,

son inspiration majeure. Dans les années

ils ont dénudé le Nèg re de tout my the.

90, il rencontre la famille de son père

Lafer rière le réhabilite dans son my the.

à Ann Arbor, Michigan, au x Ét at s-Unis .

Dodd montre que son œuvre nous l’offre

Patrick y fait se s étude s universit aire s .

comme un nouvel espace d’ex­plo­ration. D’où

Titulaire d’un PhD sur L’e s ­t hétisme de

l a pré g nance de ce t te vi sion d an s s a

l a l e nte u r c h e z D a ny L afe r r i è re , i l y

propre création.

e x a m in e les mécanismes racio-idéologiques

propres à l’écri­vain haïtien. Il démontre que

for me ; le fond lui vient de s que stions

s on d i s co u r s de ré ­s i s t a n ce réside dans

r ac i a l e s : e l l e s font de l u i u n a r t i s te

la destruction de la dichotomie race/raciste,

eng agé . Le moteur de s a c ré at ion e s t

s a l u t a i r e . Av e c d e s t e x t e s e t d e s

opprimé/oppresseur, femme/hom­me, maître/

fait d’image s de N oirs que l ’Occident

peinture s, Dodd réitère un slogan cher

esclave. L afer rière brise le s discours qui

os t r aci s e . S a démarch e c ré e u n cho c

au x Noirs : « Ne jamais oublier, car le s

48

Il s’inspire de Dubuf fet pour la

«Amadou Diallo», courtesy Patrick Dodd

P a t r i c k D o d d e s t n é d ’u n e m è r e


e nf a nt s d u co nt i n e nt n’o u ­b l i e nt p a s

c riminels . O n ex pose chacun de leurs

M i c h i g a n , A n n A r b o r, au x Ét at s- U n i s ,

leur malheur. » Il réinvente de nouvelle s

for fait s comme si l ’on voulait faire de

en 20 0 8 . S e s t roi s re cue il s de p o é sie ,

possibilités picturales. Dans son

la dia spora un problème. Or qu and un

P i e r r e , p o u s s i è r e (1 9 8 9), P a s s a g e à

réper toire, on voit de s Noirs en prison,

Noir e st abat tu comme Amadou Diallo

l’infini (1999) et La traversée de s jardins

au chômage ou violenté s . O utre Dany

de 4 4 balle s, nulle ne songe à blâmer la

(20 01), ont re spec t ivement reçu le prix

L afer rière, Dodd puise ég alement se s

police new yorkaise. Au con­t raire, elle

de l a Vo c at ion , l e pr ix Lo u i s e L a b é e t

thèmes dans les idées qui appar tiennent

bénéficie d’un non-lieu confor t able.

le prix A liénor. Se s romans Le s jambe s

à Frant z Fanon et Aimé Cé saire — qu’il

Puisque notre visage est sombre,

d ’A l ice ( 20 0 1 , B o u r s e T hyd e M o n n i e r

a rencontré dans son bureau de For t de

D o dd l e re h au s s e de co u l e u r s v i ve s .

d e l a S o c i é t é d e s G e n s d e s Le t t re s),

France.

Pour lui, il faut colorer le Noir, y met tre

Le dépar t (20 05) et Le bal de s prince s

Pat rick Dodd a p eint A madou

un rouge vif, par exemple. L a série de

D i a l l o (1 9 75 -1 9 9 9) a s ­ sassiné par la

( 20 0 8) é vo q u e n t , d a n s u n e f re s q u e

vis age s peinturé s incite à le s regarder,

h i s t o r i q u e e t p o é t i q u e , l ’e x i l e t l a

à le s admirer. L’humanité qui y brille e st

guer re civile au Tchad . En 20 08 , il s’e s t

bouleversante.

dis t ingué, avec Ros a Park s : « non à la

Le regard est impor tant pour les

discrimination raciale » (un roman pour

ar tiste s . Qui regarde qui et pourquoi ?

la jeune s se), Le bal de s prince s (roman)

Dodd ju x t apose le reg ard et la parole

et l ’e s s ai , L a nouvelle chose f ranç aise,

comme si l ’image dev ait tou jours ac­

par le s prix Benjamin Fondane, Édouard

comp ag n er l e ver b e p ou r l ’e x p liq uer.

G l i s s a nt e t A h m ado u Ko u ro u m a . S o n

Ce s visage s et le contour de leurs yeu x

der nier liv re (roman pour la jeune s se)

montrent qu’au-delà de la couleur noire,

vient de paraî t re Aimé Cé s aire : « N on

de s ê t re s h u m a in s p e n s e nt ave c u n e

à l ’humiliat ion » (2012).

remarquable dignité. Les yeu x des Noirs sont réels . Ils sont là , ils obser vent , ils voient même si le s autre s ne le s voient pa s . Avec Patrick Dodd , c’e st le regard qui parle car la vision e st une voix plu s «L’attente», courtesy Patrick Dodd

audible.

p o l ice n ew yor k a i s e . Da ny L afer r ière

Si Patrick Dodd puise ses thèmes

reprend au ssi l’histoire de Diallo dans la

d e p ré d i l e c t i o n s d a n s l a l i t t é r a t u re ,

réécriture de son roman Cette g renade

s on t r av a il s’avè re ê t re d a n s l e m êm e

dans la main d’un jeune noir est-elle une

te m p s u n e s o u rce d ’i n s p i r at i o n p o u r

ar me ou un f ruit ? (1993). En insis t ant

de s écrivains , tel que le poète, doc teur

sur le nombre de balle s qui ont c riblé

e n p h i l os o p i e , ro m a n c i e r e t e s s ay i s te

le corps du jeune Guinéen, Dodd fait la

N i m ro d à q u i i l a i n s p i ré l e te x te q u i

critique de la violence policière dirigée

va suiv re.

co nt re l e s j e u n e s N o i r s d e D e t ro i t ,

N i m ro d e s t n é e n 1 959, a u Tc h a d e t

N e w Yo r k , C h i c a go o u Lo s A n ge l e s .

vit au jourd’hui en Fr ance . il a f ait une

Le s N oirs sont pré senté s comm e de s

ré s i d e n ce d ’é c r i ­t u re à l ’u n i ve r s i té d u

49

«Free youself», courtesy Patrick Dodd

w w w.ar tistpatr ickdodd.c om


PATRICK DODD J USQU ’AU BOUT par Nimrod A ssurément , c’e st un géant . Sa posture le souligne, ses ta­­b leau x au ssi. Ce métislà pourrait venir d’Au stralie, mais le fait q u’i l s o i t Af ro -a m é r i c a i n e t Fr a n ç a i s m u l t i p l i e à l ’e nv i s e s a p p a r te n a n ce s . E l l e s s ont im p éria l e s , tout comm e l e sont le s Améric ains et le s Franç ais . En Patrick Dodd se peint le g rand Maori, le g rand Mongol, le g rand Malais, le g rand Papou , le g rand Polyné sien. Se s œuvre s s ont aut ant d ’au­t op or t r a it s à g r an d s re nfo r t s de l i t té r at u re , d e p o l i t i q ue , de f ait s- divers , de bavure s policière s , d’hommage s au x auteurs , au x mulet s , a u x m a c a d a m s , a u x go r i l l e s e t a u x noirceurs g ravées d’un grand balai clairobscur. Tantôt se s toile s disent le g rand rêve a b o r i gè n e , t a nt e l l e s d é s i g n e nt l’autre, le primitif capit al. L’hu­m anité — quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne — s’y reconnaît aisément .

Patrick Dodd frappe dans le haut

jaune, le haut rouge, le haut ver t, le haut violet. Comme les peintres médiévau x, il a souci de garder à la couleur sa pureté. Ce s ang-mêlé nou s dit que la c réation e s t une haute exigence de pureté. Ou de bât ardise. Il sait aller ju squ’au bout .

J u s q u ’a u b o u t d e l a fo r m e .

J u s q u’a u b o u t d u m o d e l é . J u s q u’a u b o ut du v i s a ge . J u s q u’au b o ut d e l a b o u c h e . J u s­q u ’a u b o u t d e s m a i n s . Ju squ’au bout de la pos ture. Ju squ’au b out de l ’add it ion . J u s q u’au b out de l a m u l t i p l i c a t i o n . J u s­q u’a u b o u t d u gigantisme. Ju squ’au bout de l’éblouis­ se­m ent .

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51


PORTFOLIO

L’oeil phantom-matic de NAMSA LEUBA

Par Maria Bonga Photos: NA MSA LEUBA

R i c h e d ’u n ré e l m é t i s s a g e c u l t u re l , Na sma Leuba ressent le besoin instinctif de s’ém a n c ip er d a n s de s m é t rop o l e s o ù l e s co m m u n au té s s e d é co u v re nt e t co h a b i te nt e n s e m b l e , p o u r m ie u x s’apprivoiser. Un séjour de deu x ans en G uiné e marque le début de s a quête identit aire. Vo t r e s é r i e d e p h o t o g r a p h i e s s’appelle « The African Queens ». « T h e Af r i c a n Q u e e n s » s o n t d e s i m a ge s i n s p i ré e s p a r d e s s t at u e t t e s représentant des divinités. La série à été produite en deu x journée s, cet été, lors de ma ré sidence d’ar tiste à Paris .

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers ces prises de vues ? Je pense qu’il faut s avoir apprendre à regarder ce qui nou s entoure. À travers l’objec tif, j’e ssaie de m’auto analyser et je me met s en discu ssion. C’e st un ar rêt en image. Je sors d’un cer t ain ter ritoire de spiritualité pour pa sser à la pla sticité. La spiritualité est la tradition. La

pla sticité e st la modernité. Quelle est la photo de cette série q ui vo us é m e u t l e p l u s e t q u i s e rapproche de la « Reine Africaine » qui vous habite ? Chacune d’elle pourrait m’habiter. Une reine peut-être héroïque, prophéte sse, g uer r ière e t ré si s t ante . M on ident ité n’est pa s figée. Je réagie selon la manière dont je suis perçue. Af i n d e m i e u x co m p re n d re vot re réflexion, pourriez-vous nous décrire la femme agenouillée avec la longue ro b e m u l t i co l o re . Q u e l l e e st s o n histoire?

M a concentration se por te sur le côté i nv i s i b l e d e s é m ot i o n s q u e m e fo nt

C’e st une Reine Noire de scend ante du

re s s e nt i r l e s p h oto s . J e m e s e r s d e

Royaume Mandingue, M aître sse du feu ,

mon expérience pour visualiser et

Gardienne de la Sage sse. Elle e st

comprendre une image. Parallèlement ,

agenou ill é e p ou r donn er confiance à

l ’a r t d e l a p h oto g r a p h i e m e p e r m e t

son peuple et pour que chacun devienne

d’ex térioriser me s sent iment s et mon

maître de son de stin.

vécu, de raconter mon histoire à travers

Le ma sque contient de s parole s

d i f fé re n t s c l i c h é s e n u n e s o r t e d e

i n c a nt ato i re s e t d e s p l a nte s p o u r l a

syncrétisme. Le s photos sont imaginée s

protéger.

puis réalisée s .

Le bois e s t un bois s ac ré, un at t ribut

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mystique et religieu x.

cet te fa scinante et dérout ante série de cliché s . Ce travail lui per met d’obtenir

L ’ i n s p i rat i o n à l ’ o r i g i n e d e ce tte réalisation a-t-elle été puisée dans des références culturelles essentiellement africaines ?

une année de ré sidence à la New York School of Visu al Ar t s où elle séjour ne ac tuellement. Une seconde résidence se profile en Afrique du Sud, mise en place

O u i m a i s ave c u n e co m p o s i t i o n d e

par la Fondation Suisse pour la culture,

l ’ i m a g e t r a i t é e d ’u n e m a n i è re p l u s

Pro Helvetia .

o ccident ale . M a curiosité m’a p ou s sé à m’intére s s er à la con s t r uc t ion et à

w w w.namsaleuba .com.

la dé cons t ruc t ion du cor ps ainsi qu’à l a f i g u re e t à l a re p ré s e n t a t i o n d e l ’invisible. D’une cer t aine manière, j’ai cherché à toucher l’intouchable. Q u e l s s o n t l e s p h oto g ra p h e s d u moment qui vous inspirent ? N a m s a Le u b a e s t u n e p h ot o g r a p h e Ola Breuning , pour son univers coloré ;

s u i s s e d ’o r i g i n e g u i n é e n n e i n s t a l l é e

Stephen Burger, pour sa rigueur ;

à N ew York et diplômé e de la H aute

Luka s Wa ssmann, pour sa créativité ;

E c o l e d ’A r t e t d e D e s i g n ( E c a l ) à

Vivian Sassen, pour ses jeux de

L au s anne, en Suis se. Son travail de fin

contra ste.

d’étudequi t raite du fét iche, qu’elle a

Vo u s fa i te s p a r t i e d e ce s ra re s photographes qui travaillent encore avec du matériel argentique. Qu’estce qui motive ce choix ?

é t u d i é e n é t ro i te co l l a b o r at i o n ave c d e s a nt h ro p o l o g u e s , a é té re co n n u . I l s ’a g i t d ’u n d o c u m e nt a i re s i n g u l i e r su r l e s r itue l s e t l e s t r ad it ion s d ’u n e tribu af ric aine. Cet ouv rage de longue

L’argentique of fre une qualité de travail

haleine, t rè s minut ieu x , met en scène

incomparable, un g rain que l’on n’arrive

dans un contexte occidental, différentes

p a s à o bte n i r ave c l e n u m é r i q ue . Le

s t atuet te s s ac rée s qu’elle sor t de leur

r a p p o r t ave c u n a p p a re i l a rge nt i q u e

cadre religieu x et à qui elle procure une

e st plu s réf léchi sur la composition car

seconde vie. Son étude visuelle sur le s

on prend moins de photos et l ’on ne

rite s en G u in é e , lu i v aut l ’admir at ion

mitraille pa s lors du shooting.

et le sout ien de l ’Ec al, de l ’ent reprise

Av e z - v o u s d’autres photographiques ?

projets

En ce moment , je travaille sur la mise en scène de me s dif férente s identité s , à t ravers le s drape au x du s ac rifice, le drapeau Guinéen. Ce travail sera exposé, au mois de mai, à New York .

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E l i n c h ro m o u e n co re d e l a B a n q u e C antonale Vaudoise en Suis se, qui lui dé cer n ent t rois prix p ou r s on œuv re int itu l é e : « Ya K ala B en », « Re g ard s Croisé s » en malinké. En 2012, elle a le privilège d’être sélec tionnée par mi dix photog r aphe s lauré at s p ar l e Fe s t iv al d ’ Hyère s , où e ll e pré s ente au pu b lic ,


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55


PORTFOLIO

Faces our Map of By Alexandra Thiart Photos : courtesy of th e artist Rosanna Schaub

56

hidden Identity


Bor n in Sout h Af ric a in 1971 , Ros anna

famou s Swiss ar tist s worldwide.

in which she invested painstaking

Schaub has lived multiple identities in her

Ros anna t hen change d side s ag ain at

hundred s of hours . Af ter that , she ha s

Professional Career in Europe, af ter she

t he be ginning of t he new millennium

e xe rc i s e d m a ny d i f fe re nt te c h n i q u e s

moved to Swit zerland in her childhood .

and became a stylist working for award

such a s wood car ving or multi-tex ture s

“ The Painter ” is her late s t ident it y. It

winning Photographers like Marco Grob

on met al. From small sizes like 20x 20cm

tur ned out to be t he mos t pa s sionate

or Franco Tettamanti. She collec ted and

up to canva ses more than 2 meters high.

and long la sting de stination. The root s

combined the outfit s for the identitie s

Va n G o g h h a s c u t h i s e a r of f m o s t

go back to her early illu stration cla sse s

which the Adver tisers wanted to show

probably in a moment of unique ment al

she at tended at t he Zürich Universit y

of f in their commercial ad s .

disturbance. Rosanna’s por trait s stric tly

of the ar t s .

As

a

cut out t h e e a r s for a ver y s ys tem ic

Back in t he Eight ie s , Ros anna le ar ned

gove r n m e n t a l d r u g s a d d i c t s u p p o r t

purpose. The face, a s a map to identity

the meticulou s and tediou s hand craf t

center in Zürich, Ros anna wa s able to

is for Rosanna a visu al jour ney. People

of tex tile produc tion. She learned how

wit ne s s over a longer period of t ime,

can ea sily lie with word s. Their eyes can

to c re ate t h e p at ter n of f a br ic s an d

both opposite pole s of the society. She

not . There is a truth beyond the sur face

f a s h i o n d e s i g n f ro m w h i c h c l ot h e s

could not ig nore the disruption behind

of the skin that can only be unpacked by

are made to give a coat of identit y to

the shiny facade.

traveling through the eyes, into the true

people.

The tur ning point in Rosanna’s tirele ss

inner world .

I n t he N inet ie s Ros anna had her ow n

s e a rc h of h e r ow n i d e nt i t y w a s t h e

F a c e s a r e m a p s of t h e s o u l . T h e y

f a shion la b e l “Ros anna G ate s” se lling

mir ror. Work ing so many ye ars in t he

mea sure known and unknown territories

out in boutiques and depar tment stores.

super ficial world of “ref lec tion” on the

Ros anna wa s t hen nominated for t he

out side, Rosanna star ted looking for the

renowned Prix Bolero award . Again she

inside. It wa s t he moment of ult imate

helped women to find a trendy disguise

goodbye to beautification.

for their identity. Rosanna designed the

Taking of f all covers – you might name

collec tions in a studio which she shared

it clothes - she found the window to the

with Urs Fischer, today one of the most

soul in t he face s of people . To reve al

a

p a r t- t i m e

employee

at

ident it y in ever yd ay f ace s is now her obse s sion . H er drawing s romance t he har s h side of t he s ou l . S he e x amin e s the place s where there is no hiding any more. Reducing to the ma ximum, which that identity can be. Ros a nn a’s a r t i s t ic wo r k on f ace s h a s developed considerably over t he pa s t 1 0 ye a r s . H e r f r i e n d Co r n e l i a H e s s e H oneg ger, also an ar t is t who eng age s

57

in scient ific drawing s of nature in our

w hic h lie s u n der t h e s k in l ayer s , an d

endangered post-indu strial world, wa s a

reveal put atively concealed feelings . In

demanding mentor for Rosanna through

gouaches the faces seem a s if they were

out t im e encou r ag ing her to e x p lore

not covered by skin at all. They dissolve

fu r t h er an d fu r t h er. Ros anna s t ar te d

to color sur faces: Eyes, nose and mouth

w i t h u l t r a re a l i s t i c p e n c i l d r aw i n g s

have no visible limit ations , but submit


w i t h t h e s u r f ace to v a g u e , c h a n g i n g

Ros anna’s e arly approach to ident it y.

Rosanna feels her identity today

forms. It is a s if the paper soaked up the

It ref lec ted t he dilemma of our t ime s

is becoming more radical, in a

liquid and relea se s the face s by it self.

where you can be more than one person

f u n d a m e nt a l l y s h if t i ng wor l d . G l o b a l

Ma sk s have increa singly become

at a time. The façade of cong ruity is no

shif t s to local. The ma sculine shif t s to

i nf l u e nt i a l fo r Ros a n n a’s wo r k . B e i t

longer a su st ainable concept .

the feminine. The linear role s during a

Af r i c a n m a s k s o r A s i a n m a s k s , t h e i r

In 2010 Rosanna Schaub wa s nominated

d ay shif t to parallel role s in t he s ame

r o l e i s t o t a ke aw ay i n d i v i d u a l i t y.

“New ar tist to be watched” by leading

moment . The “me” shif t s to “mult iple

Rosanna’s work in this regard is reversed

Swis s newspap er Tage s A nzeiger, and

m e - s ”. I n a l l t h i s , o n e ’s i d e n t i t y i s

engineering. Her monochrome paintings

l a s t ye a r s h e s t a r te d a n e w p ro j e c t

b e co m i n g m o re p e r s o n a l t h a n e ve r.

give identit y back . You could de sc ribe

on vic tims and of fenders . Reading the

Wit h her por trait s and by making our

her approach a s the ar t of unma sking.

t r ace s of ident it y in pe ople’s f ace s is

map of identitie s more visible, Rosanna

The ar tistic discu ssion about the human

Ro s a n n a’s f i n d i n g e n g i n e t o d e t e c t

searche s to contribute means of

face is an old subjec t in the histor y of

friends and enemies, muses and

orient ation.

t he ar t , since t he ancient ma s ters to

enter tainers. A s a painter she says: “I am

Fr a n c i s B a co n a n d M a r l e n e D u m a s .

a stor y creator. I re-create the true stor y

Ro s a n n a co n f ro n t s t h e v i e we r w i t h

of the “me” in people. In fac t there is a

sight s of inner conf lic t when she divides

stunning benefit in this identity driven

f ace s in an alm os t cu bis t impu lse, or

ar t . I c re ate s om e b o dy n ew: him s e lf.

she challenge s him with a style close to

By doing so, I c re ate some body new:

anatomic al s tudie s . Cut t ing face s wa s

myself.”

58


59


FOCUS

THE FURIOUS MAX Par CAROLE DIOP Photos : Claire Sourbrier

Max Boufathal est né en 1983 à Paris. Il vit et travaille

aut res créatures chimériques .

actuellement à Bruxelles .

L’a r t i s t e e s t dé s o r m a i s re p ré s e n t é p a r l a ga l e ri e

En 2002 , il intègre l ’école des Beaux-Art s de N antes

I s abe l l e S u ret à Pari s où i l conf i rme son goût pou r

où i l déve l oppe u n e app roc he t rè s s i ngu l i è re d an s

le gigantisme. En 2010, il participe au sein du

l a c o n c e p t i o n d e s e s s c u l p t u re s . C i n q a n s p l u s

co l l e c t i f d ’a r t i s t e s “Af ri c a Li g h t ”, a u x b i e n n a l e s

t ard , i l obt i e nt avec m e nt i on l e D i p l ô m e N at i o n a l

i n t e r n at i o n a l e s d e D a ka r e t d e B a m a ko p o u r l a

d’ E xp re s s i on Pl a st iq ue (D N S E P) pou r l a q u a l ité de

danse .

ses réalis ations .

En 2011 , l ’exposition «The fighting sol ar bros» a été

A peine diplômé , soutenu par les institutions , M ax

présentée en France puis en Belgique et en Hollande.

s ’e n gage d a n s d ’i m p o r t a n te s ré a l i s at i o n s e t c ré e p o u r l e C A P C , l e m u s é e d ’a r t c o n t e m p o ra i n d e Bordeaux, des sculptures hors norme, représentants des oiseaux titanesques , des divinités , monst res et

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- Peux-tu nous décrire ton parcours ? J’ai toujours su que je serais sculpteur. Mon père ét ait de ssinateur et ma mère e st st yliste. J’ai toujours fait du de ssin et du modelage de modèle vivant . Au moment où , il a fallu faire de s étude s supérieure s, le choix a été a ssez simple. Si je n’avais pa s fait le s Beau x-ar t s de Nantes, je n’aurais cer tainement pa s fait d’étude s . - Tes œuvres sont souvent oniriques, chimériques, vouées au spirituel. Où puises - tu ton inspiration ? En m oi ! C’e s t l ’en d roit l e p lu s rich e

Te s sculptures sont impressionnantes, titanesques.

n’ar rive pa s à comprendre comment on

réponse s en rêve s à de s problème s de

J ’a i b e au co u p d ’ad m i r at i o n p o u r l e s

- Quel est ton processus de création ?

ma vie quotidienne. Les archétypes et la

bâtisseurs , le s g rand s projet s , le s

my thologie sont une source universelle

com p l ot s , l e s Rom a in s , l e s h é ros , l e s

En amont , une s t ratégie guer rière qui

d’inspiration.

d i e u x p a rce q u e to u t s i m p l e m e nt j e

me per met d’envis ager et de planifier

c rois que j ’ai du mal à comprendre le

mon métier à long terme, ensuite je ne

gigantisme. Je me sens moi-même

me pose pa s beaucoup de que stion, je

s o uve nt r id ic u l e o u i n s i g n ifi a nt e t je

dois en faire le plu s pos sible! J’ai une

q u’u n ê t re h u m a i n p u i s s e p o s s é d e r. I l m’a r r i ve s o u ve n t d e t ro u ve r d e s

- Couvertures de survie, plastique, plâtre, ces matériaux dominent dans ton travail ...

peut ne jamais douter de rien.

g amme de matériau x , une g amm e de J ’u t i l i s e d e s m a t é r i a u x q u e l ’o n

cou l eurs et en av ant cocot te! Pa s de

peut trouver facilement dans de s

dessins préparatoires mais beaucoup de

supermarché s, maga sins de bricolage et

recherche s d’image s not amment pour

sur internet mais la condition primordiale

le s squelet te s et l ’anatomie. Le travail

e s t que cela me coûte qu a siment rien.

d’atelier e st ma par tie préférée, c’e st là

Le s m atériau x que j ’ut ilis e s ont ceu x

que j’invente le s forme s .

d e s at e l i e r s d e l o i s i r s c ré at i f s p o u r enfant s et j’éprouve un malin plaisir à

- Combien de temps te faut t’il pour

le s por ter au rang de matière s noble s

réaliser une œuvre?

voir cla ssiques. Il ne me faut pa s d’outils plu s compliqués qu’une paire de ciseau x

Ce l a d é p e n d d e l a co m p l e x i té d e l a

e t m o n t r av a i l n e d e m a n d e a u c u n e

sculpture, les peau x d’ours me prennent

connaissance, il doit être à la por tée de

t ro i s m o i s en m oyenn e a l or s q ue l e s

toute s le s imaginations . Quoi de mieu x

oiseau x le s plu s g rand (4m d’envergure)

que le car ton et le sac-poubelle ?

ne me prennent que deu x semaine s .

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- Peux - tu nous parler de « The fighting solar bros » ? C’est une installation de trois sculptures faisant par tie d’un ensemble plu s va ste de dou ze sculpture s : The Fant a stic Twelve avec une série sur le s ac tiviste s politique s (The Furiou s Snake s réalisé en 20 09), le s spor tifs (The M ount ains), le s religieu x (The Full Steel Stomachs) et enfin The Fighting Solar Bros sur le s mu siciens noirs améric ains: Jame s Brow n, M ar vin Gaye et Jimi Hendrix . C’e s t une tent at ive de clarification de la my thologie contemporaine noire américaine en vue d’ét ablir un mont Olympe contemporain. Le but est d’identifier les nouveau x archétypes que la société produit . Qui sont aujourd’hui nos héros de légende? Qui sont ce s homme s de l’histoire au xquels nou s nou s identifions? Comment diffu sons - nou s leur image? - Comment as tu rejoint le collectif d’artistes «Africa light»? C’e s t l ’ar t is te Ya s sine Balbzioui qui a eu l ’idée de ce collec t if. Il voulait réunir plu sieurs ar tiste s africains ou ayant de s origine s africaine s autour d’un projet de plu sieurs expositions et ré sidence s sur le continent af ric ain et européen . Nou s avons par ticipé au Off de la biennale de Dakar avec des ar tistes sénégalais et étions en ré sidence pour la biennale de danse de Bamako de 2010 pour y pré senter une ex po et qu atre per for mance s avec de s d anseurs maliens . Nou s avons édité un catalogue et réalisé une vidéo de toutes les per formances qui sont sur le facebook d’Africa Light , projet qui a duré un an et demi. - Quels sont tes projets en cours ? Je suis ac tuellement en ré sidence à Ca sablanca avec Culture Inter face s pour deu x mois où je réalise une ins t allation comprenant plu sieurs pièce s pour la Galerie Shar t . Plein d’autre s projet s dont je n’aime pa s parler avant que cela soit sig né noir sur blanc. - Le thème de ce numéro est « I-dentity » à quoi renvoie ce terme pour toi ? A mon nom que personne ne comprend . w w w.ma xboufathal.com Page 61, en haut : Bear Rag N° 0001 Page 61, en bas : Serments d’Hyppocrate Page 63 : The fighting solar bro Page 64, en haut : The furious snakes Page 64, en bas : Ghost of christmas future Page 65 : Serments d’Aristote

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NADIR TAZDAIT ARCHITECTURE

UN CONSTAT DE MODERNITE Par CAROLE DIOP

Images : PASCALE LANGR AN D ET NADI R TAZDAÏT

Né en Algérie en 1967, Nadir Ta zd aït vit et travaille à Paris

c a r r iè re . Po i nt de dé p a r t d ’u n e p r at iq ue rev i s i té e p a r l e s

depuis 1991 .

acquis du numérique, le s projet s s’enchaînent , privilégiant

D ip l ôm é de l ’é co l e d ’archite c tu re Pari s M a l aq u a i s , il s’e s t

l e t r av a i l e n é q u i p e , l ’é c h a n ge e t l a co m p l é m e nt a r i té d e

trè s tôt intére s sé au x technologie s numérique s appliquée s

compétence s .

à l ’architec ture. Une première collaboration avec Objec tile

L’a ssociation avec Pa scale Lang rand , architec te dplg , depuis

et le g roupe Decoi sur de s projet s précurseurs en

2005 s’inscrit dans cette démarche. La confrontation d’idées

m at iè re d ’a rc h i te c tu re n u m é r iq ue , l ’i n s c r i t d a n s u n s i l l o n

et de parcours a per mis une s y nergie fé conde . I ls mènent

expériment al.

ensemble plu sieurs étude s de faisabilité et rempor tent deu x

Une décennie de projet s pa ssionnant s entre agence s

consult ations pour la re s truc turation et l ’aménagement du

d’architec ture, maîtrise d’ouvrage, laboratoires de recherche

Palais La scaris en Mu sée de la Mu sique à Nice et l’unité de

et entreprise s innovante s de premier plan, l’inst alle dans la

police de qu ar t ier au Louv re. L a réalis at ion de l ’ex posit ion

création.

- fo i re S of f, of f d e l a fo i re d ’a r t co nt e m p o r a i n Fr i e ze à

En 20 0 4, Le concours d’architec ture pour le dépar tement

Londre s , suivie de deu x concours pour la Ville de Paris et

de s Ar t s de l ’Islam au Louv re, en a s sociat ion avec Thoma s

l a ré g i o n B o u r go g n e co nf i r m e n t ce t t e co m p l é m e n t a r i t é

Corba s son et Karine Char tier, marque un tour nant d ans s a

d’approche s et de compétence s .

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E nf i n , j ’a i p u m’i n s t a l l e r co m m e a rc h i te c te au d é b ut d e s année s 20 0 0 en a s sociat ion avec Pa sc ale L ang rand . Je suis re s té d a n s l e dom a in e de s é qu ip em ent s cu l tu re l s . D ep u i s nou s réalisons de s équipement s de petite échelle en France AFRIKADAA: Vous avez quitté Alger, il y plus de vingt ans pour venir vous installer en France, racontez - nous votre parcours. Nadir Ta zdaït: Rien d’exceptionnel, il ét ait courant pour le s étudiant s algériens ayant fini leur cursu s en Algérie, d’aller à l’étranger pour af finer leur for mation, découv rir d’autre s mode s de vie et puis rentrer chez eu x. L a rencont re avec ma femme, f ranç aise et la nais s ance de not re premier enf ant en a dé cidé aut rement . Ç a devenait trop dangereu x de rentrer dans le contex te de l’époque. L a c r i s e d e l ’a rc h i t e c t u re d u d é b u t d e s a n n é e s 9 0 m’a

et d’échelle moyenne en Algérie. Ce qui nou s convient bien. AFRIKADAA: Ou puisez-vous votre inspiration ? N a d i r Ta z d a ï t : J e s u i s a s s e z c u r i e u x d e t o u t , d u c o u p me s inspirations sont trè s diverse s . Comme beaucoup de m e s co l l è g ue s , l a n at u re re s te l a g r a n de p o u r voye u s e d ’i n s p i r at ion s . S i n on l e n u m é r iq ue d a n s l e q ue l je m e su i s p l o n gé t rè s t ôt ave c d e s p i o n n i e r s d u d o m a i n e co m m e Ber nard Cache et M ark Goulthor pe m’a per mis de revisiter l ’e x p r e s s i o n a r c h i t e c t u r a l e à l ’a u n e d e l a f a b r i c a t i o n numérique. Ce que je continue à faire. AFRIKADAA: La plupart de vos projets relèvent de la scénographie et la muséographie, qu’est ce qui vous à conduit à ce type de projets en particulier ? Nadir Ta zdaït: Nou s somme s le s premiers à le déplorer! Ç a a commencé avec me s diplôme s en A lgérie puis le dplg en France et ça ne m’a plu s quitté dans les dif férent s postes que j’ai pu avoir. Mon a ssociée Pa scale Lang rand ayant le même profil que moi en terme s de commande, ça devenait dif ficile de pos tuler à d’autre s thème s . C’e st un peu l ’ef fet per vers de la sélec tion de s architec te s pour le s concours public s, le s ré fé re n c e s ! S u r t o u t q u ’o n n’a p a s d e c l i e n t è l e p r i vé e .

amené à développer des compétences qui néanmoins m’intéressaient , ayant un profil de scientifique. Les nouvelles technologie s 3D constituaient un bon compromis . La rareté d e ce t te co m p é te n ce p e n d a nt ce t te p é r i o d e m’a p e r m i s d e t r av a i l l e r au s e i n d e g r a n d e s a ge n ce s e t d ’a p p ro c h e r de g r a n d s a rc h i te c te s a s s e z f ac i l e m e nt e t ju s te l e te m ps néce s s aire ( Je an N ouvel, Chris t ian de Por t z amparc , Renzo P i a n o … ). E n s u i t e , j e s u i s p a s s é r a p i d e m e n t d u c ô t é d e l ’a s s i s t a n ce à m a î t r i s e d ’o uv r a ge s u r d e g r a n d s c h a nt i e r s culturels pour compléter mon apprentissage. J’avais lu cet te b e l l e c i t at i o n d e B r a n c u s i e n t r av a i l l a nt s u r l e p ro j e t d e son atelier au pied du Centre Pompidou « Rien ne pou sse à l’ombre de s g rand s arbre s ».

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N ou s s erion s r avis d ’ab order d ’aut re s

Po u r l e re s te , i l s’a g i s s a i t de dé g a ge r

be aucoup d’A lgériens qui ont hor reur

thématiques, comme le logement

de g rand s volume s dans un édifice

d e s e xc u s e s e t a u t r e s j u s t i f i c a t i o n s

co l l e c t if p a r e xe m p l e . Ce c i é t a nt d i t ,

q u i v i e n t d ’ê t r e c l a s s é . U n e b o n n e

liée s au pa ssage colonial qui a souvent

n o u s t ro u vo n s q u e l a m u s é o g r a p h i e

n é g o c i a t i o n a v e c l ’a r c h i t e c t e d e s

« b o n dos ». J ’a i e nv i e d e re t ro uve r

et la scénographie constituent une

monument s historiques a permis de

l’e sprit de s Algériens de s année s 60 et 70 , idé a l i s te s e t gén éreu x m êm e s i , à l’époque, des erreurs ont été commises. AFRIKADAA: Vo s origines b e r b è re s i n f l u e n t - e l l e s s u r vot re architecture ? Nadir Ta zd aït: Je préfère à Berbère, le te r m e A m a z i g h . Ce s o nt l e s Ro m a i n s qui nou s dé sig naient comme berbère s . Oui, je suis sur tout profondément méditerranéen. C’est une terre qui s’est enrichie du pa s s age de s culture s , s ans jamais se renier. Elle a su au cont raire l e s i nté g re r e t l e s f a i re f r uc t i f i e r, j e su i s l ’h é r i t ie r de ce s m é l ange s q ue je revendique. AFRIKADAA: Quel regard portez-vous sur l’architecture c o n te m p o r a i n e e n A l g é r i e e t e n Afrique ?

Pascale Legrand et Nadir Tazdaït

fo r m i d a b l e fe n ê t re s u r u n m o n d e e n

trouver des sur faces en double volume.

N a d i r Ta z d a ï t : D a n s u n m o n d e

perpétuel renouvellement .

Ce qui permet au x œuvre s de re spirer.

mondialisé et connecté comme le nôtre,

A F R I K A D A A : Vo u s a v e z é t é sélectionnés pour concevoir le Musée d’Art Moderne d’Oran (MAMO).

A F R I K A DA A : Ave z- vo u s d ’ a u t re s projets en Algérie ?

il e s t dif ficile de ne pa s être inf luencé

N ad i r Ta zd a ï t : C’e s t l a ré h a b i l i t at i o n d ’u n a n c i e n « G r a n d M a g a s i n » d e l ’é p o q u e c o l o n i a l e e n m u s é e d ’a r t moderne et contemporain. Le bâtiment a de belle s propor tions et tout le t r av a il a é té de re sp e c ter l ’e sprit de s lieu x, en y appor t ant quelque s touche s ici et là. Néanmoins pour la terra sse qui pré sent ait moins d’intérêt , nou s avons un peu plu s de ssiné.

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Nadir Ta zdaït: Oui, j’ai eu un travail de s cé n o g r a p h i e à T l e m ce n , e n K a by l i e , d a n s l e c a d r e d e l ’A n n é e c u l t u r e l l e islamique 2011 et depuis peu la réhabilit ation de la gare d’Oran. AFRIKADAA: Quel rapport e n t re te n e z- vo u s ave c vot re p ay s natal ? N ad i r Ta zd a ï t : U n r a p p o r t i nte n s e e t e x i ge a nt , d u r p a r fo i s . J e s u i s co m m e

par ce qui se pa sse et se produit ailleurs . M is à par t l ’architec ture pour « init ié s » que je re sp e c te , l e s en jeu x sont autrement plu s complexe s et vit au x . Ce s ont su r to ut l e s m o de s de produc tion du cadre de vie que ce soit l ’indu s trie du bâtiment , l ’économie de la construc tion, le s mode s opératoire s d e l a co m m a n d e , l ’u r b a n i s a t i o n n o n contrôlée, qui m’inter rogent d ans une Af r i q u e q u i a s o i f d e m o d e r n i t é . C e dé sir la pou sse à chercher de s modèle s qui ne sont pa s forcément le s siens . J’ai


lu un ar ticle dans El Watan qui évoquait l e p u l l u l e m e n t d e f a ç a d e s e n m u rride au x * d ans un pays chaud comm e l’Algérie, c’e st un non sens tot al. A F R I K A DA A : Q u e vo u s é vo q u e l e mot « identité » ? Nadir Ta zdaït: L’altérité . * Le mur-rideau (aussi appelé « façade rideau ») est un type de façade légère. C’est un mur de façade qui

assure

la fermeture de l’enveloppe du bâtiment sans

participer à sa stabilité (les charges étant transférées à la fondation principale par des raccordements aux planchers ou aux colonnes du bâtiment). Les panneaux sont donc appuyés, étage par étage, sur un squelette fixe.

Page 66, Atrium du MAMO D’Oran Page 67, en haut : Eposition soff à Londres Page 67, en bas : Façade du MAMO

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ARCHITECTURE

The FOBE House

Mirage architectural en terre dEsertique Par CAROLE DIOP Photos : JEAN-M ARI E MONTH I ERS

Au Maroc, à 9 kilomètres de Marrakech, dans la commune de

pour réduire au minimum l’impac t de la construc tion sur le

Ta ssoult ante, en plein dé ser t , face au x mont ag ne s de l’Atla s,

ter rain et créer un équilibre dynamique malg ré la dif férence

se dre sse la M aison Fobe, un ensemble de quatre bâtiment s

d’échelle. Si à l’origine, le projet prévoyait la construc tion de

implantés sur un terrain de 2, 5 hec tares, ceinturé par un long

trois maisons sur cet te immense étendue, un seul ensemble

mur en pisé de 50 centimètre s de large, pour une hauteur

d’une sur face de 210 mètre s carré s sera finalement construit

de 2 mètre s . L a ré sidence principale, la maison du gardien,

pour pré ser ver le site.

le g ar age et le loc al piscine «pool hou se » composent cet ensemble.

Ce t te m o de s te m a i s o n r u r a l e , com m e a i m e à l a dé c r i re l e p ro p r i é t a i re (p ro d uc te u r e t ré a l i s ate u r d e f i l m s), e s t

L a « Fo b e H o u s e » e s t l a p re m i è re m a i s o n co n ç u e p a r

t y piquement maroc aine. Du sys tème cons truc tif (poteau x-

l’architecte Guilhem Eu stache. L’homme considère que chaque

p out re) au x matér iau x ut ili s é s (p i s é , t ade l ack , p ier re s de

région et ter ritoire méritent de s réponse s architec turale s

l ’Ourika ), en pa s s ant par le s entreprise s , le s ingénieurs , le s

en adéqu at ion avec de s exigence s climat ique s , culturelle s

ouv riers et l ’architec te loc al Hicham Belhou ari (DE SA ), la

e t é co n o m i q u e s s p é c i f i q u e s . Ce t te p re m i è re ré a l i s at i o n

maison cent pour cent marocaine.

s’inscrit dans cette logique. En ef fet, tout a été mis en oeuvre

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Le st yle architec tural s’inscrit dans une moder nité cer t aine tout en re st ant ancré dans une tradition d’habit at berbère. Il traduit la volonté de Guilhem Eu stache d’instaurer un dialogue étroit avec le ter ritoire, la végét ation et le s mont ag ne s de l’Atla s. Les orientations des différent s bâtiment s sont induites par le site. Il s’agit d’of frir les meilleures vues sur le paysage et d’optimiser la protec tion contre le soleil et le vent. Deu x murs parallèle s en béton créent une barrière visuelle et sonore à l ’oue s t . Entre le s deu x , un e sc alier mène au toit – ter ra s se qui of fre une vue spec t aculaire vers le sud de la propriété et le s mont ag ne s . L’ut il i s at ion du b l a n c , l a ré a l i s at ion de p iè ce s de g r a n de hauteur, le s jeu x d’ombre s et de lumière avec l’utilisation de s

Vue sur l’entrée de la résidence principale

moucharabieh, les fines ouver tures, la simplicité de s volume s évoquent l’architec ture méditerranéenne, comme le rappelle Guilhem Eu st ache. Architec ture qui a inspiré le s plu s g rand s (Oscar Niemeyer, Le Corbu sier, Tadao Ando, Luis Bar ragán) et inf luencé ju squ’au Land Ar t . Autre par ticularité du projet, son écriture cinématographique. L a perspe c t ive s’ouv re et l ’oeil en m ouvement révè l e l e s dif férent s élément s qui constituent la maison. L a « Fobe Hou se », au– delà de se s qu alité s architec turale s , prouve qu’avec peu de moyens et en utilisant de s technique s et des matériau x locau x, il est possible de concevoir un projet à la fois moder ne et appor t ant une réponse architec turale

Façade extérieure vue de nuit

ad apté e au ter ritoire d ans le que l il s’insc rit . Un m e s s age d’avenir pour le futur de l ’architec ture contemporaine en Afrique.

Vue depuis le séjour sur la piscine

Construction du mur en pisé

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Vue depuis la piscine

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Vue sur la maison du gardien

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DESIGN

S’ASSEOIR SE COUCHER ET RÊVER Par Marie Ange Abiola

L’e x p o s i t i o n : « S’a s s e o i r, s e co u c h e r e t rêve r » m e t e n av a nt l e s c u l t u re s , traditions et histoires du mobilier af ric a in , s er v a nt au s out ien du cor ps , contrefor t physique et spirituel. I l s ’a g i t d ’u n e e x p o s i t i o n d e d e s i g n d ans laquelle siège s et lit s per met tent de comprendre la relation à la spiritu alité et à l ’onirisme de s peuple s africains . Elle e st conçue sur deu x a xe s par allèle s: de sig n af ric ain moder ne et fac ture tradit ionnelle. Un de sig n dont la réalis at ion et la conception por tent une sig nification sur l’objet , au-delà de sa simple matérialité. L’objet n’e st pa s seulement un matériel à acquérir et à jeter, son e ssence même appar tient au domaine sacré. Cette par t de sacré transfigure l’entité individuelle

© Iviart Izamba Fauteuil Mobutu, 2005

en 20 05 , de «C adre d’Union», ar moire

pour définir une appar tenance au

Le

demeure

du designer burkinabé Alassane

p eup le , à la communauté . L’ind ividue l

d a n s c e t t e c o n c e p t i o n d e l ’a r t t e l

Drabo, ré sidant au x Ét at s-Unis, illu stre

se trouve être le messager de

qu’il est traditionnellement conçu.

cet te approche. Cet te pièce e st la

l’histoire, des traditions ainsi que

Une appar tenance occidentale se

m a t é r i a l i s a t i o n d ’u n r ê v e , o u t o u t

d e s m y t h o l o g i e s d e l ’o b j e t , d o n t l a

s u p e r p o s e , ave c u n i n d i v i d u p o uv a nt

d u m o i n s d e l a m é t a p h o r e d ’u n e «

p r o d u c t i o n n ’e s t p a s u n i q u e m e n t

être vir tuellement coupé de sa culture

Af r ique qu i doit s e r anger e ll e - m êm e

destinée à la consommation, puisqu’elle

o r i g i n e l l e , p ro d u i s a n t u n e r é f l e x i o n

». L’ar tiste expose sa volonté d’amener

répond à de s be soins physique s et

p e r s o n n e l l e s u r s o n e nv i ro n n e m e n t ,

l e s p e u p l e s af r ic a in s à concevoi r l eu r

mét aphysique s .

s a sensibilité pla s tique. L a conception,

territoire autrement et par eu x-mêmes,

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designer

moderne


© Archives Musée Dapper et Dominique Cohas

et repou s ser l ’inf luence occident ale d ans la ré solut ion de s

D r a b o , B a l t h a z a r F aye , I v i a r t I z a m b a , O u s m a n e M b ay e ,

que stions sociale s et géopolitique du continent .

Vincent N iamien , A ntonio Pépin et Chris t ian N dong Menzamet .

Le mobilier traditionnel se trouve au cœur de la vie s o c i o c u l t u r e l l e a f r i c a i n e , c o m m e p e u v e n t l ’ê t r e l e s

© archives musée Dapper – photo Hughes Dubois

vê te m e nt s e t l e s m a s q u e s t r ad i t i o n n e l s , q u i n e s o nt p a s de s o b je t s du p ant h é on con su m ér i s te c a p i t a l i s te . I l s’ag i t d’un mobilier pos séd ant aut ant de ver tu s que la s t atu aire af r i c a i n e , e t p e r m e t t a n t l a ré a l i s at i o n d e s c roy a n ce s e t cérémonie s . Dans cer t aine s culture s africaine s, le siège fait par tie intég rante de l’âme de son propriét aire. Au Ghana , « Il n’e st pa s de secret entre l’homme et son siège ». Le temps pa ssé sur la concept ion d’un objet a ég alement de l ’impor t ance, car plu s il sera long , plu s il por tera en lui la charge du sacré. En République Démocratique du Congo, les sièges et fauteuils de s homme s de pouvoir sont , aprè s leur mor t , enduit s de sang d’animau x sacrifiés, et ainsi noircis et protégés de toute contamination d’esprit s, ils peuvent perpétuer leur mémoire. Le re f l e t de l ’a s s i s e s u r l a s y m b o l i q ue du p o uvo i r e s t u n élément commun au x peuple s du monde. C e t t e m a rq u e d u p o u vo i r e s t re p r i s e p a r l ’a r t i s t e I v i a r t I z a m b a , d a n s s o n f au te u r i l f a i t d e p e au e t d e m é t a l: Le Fau te u i l M o b u t u ( 20 05), s y m b o l e d e s ac te s s a n g u i n a i re s p e r p é t ré s p a r M o b u t u e n Ré p u b l i q u e D é m o c r at i q u e d u Congo. S ont a in si pré s enté e s l e s o euv re s de Kos si A s s ou , Nicola s Sawolo Cissé, Issa Dia- baté, Cheick Diallo, Ala ssane

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© archives musée Dapper et Dominique Cohas


DESIGN

Cheick Diallo « L’ hybridité contre le stéréotype Par DJENABA K AN E

Né au Mali, Cheick Diallo arrive en France dans les années quatre-vingt. Il s’installe en Normandie et commence par étudier l’architecture. Architecte DPLG, il poursuit un cursus en design, à l’Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle (ENSCI-Les Ateliers) à Paris. Tout au long de sa carrière, il transpose dans ses oeuvres son amour pour le travail des artisans africains, richesse et inépuisable source d’inspiration. Soucieux de préserver et de promouvoir cet héritage, il crée l’Association des Designers Africains (A.D.A) qui est un collectif de designers, pour lesquels le design « artisanal » en constante évolution, sait embrasser la création contemporaine. Ce designer réputé est fréquemment invité dans des salons et musées internationaux et son travail souvent primé.

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Vous avez de plus de vingt - cinq ans de métier, vous êtes un artiste reconnu et primé en Afrique et dans le reste du monde. Quels ont été, pour vous, les évènements les plus marquants de votre carrière ? Si je devais retenir le s évènement s le s plu s impor t ant s sur venu s lors de ma carrière, je citerais : le s expositions Dak ’ar t , Africa Remix, De sig n Made in Africa , ma par ticipation à la Biennale de De sig n de Saint Etienne. Enfin, je fu s convié cette année à l’exposition collec tive inédite en France du mu sée Dapper « De sig n en Afrique » et , bien entendu , la rétrospec tive de mon travail « Made in Mali » présentée au mu sée Mandet à RIOM . Enfin, ce fût un honneur pour moi de recevoir en 2006 et 2007, le g rand prix du desig n de SIDIM (Salon International du De sig n d’Intérieur de Montréal). Cette année, en France, votre travail a été mis à l’honneur dans deux grandes expositions : une rétrospective sur vos oeuvres, au Musée Mandet à Riom et l’exposition « Design en Afrique : s’asseoir, se coucher et rêver» proposée par le Musée Dapper, à Paris. Percevez-vous un intérêt grandissant de la France pour le «design africain»?

par t de s profe ssionnels et du public. J’ai ainsi pu remarquer une aug ment ation du nombre de projet s qui me sont proposé s en Afrique et dans le re ste du monde. Vous avez créé en 2004 l’Association des Designers Africains (A.D.A) : quelles étaient vos motivations ? En créant l’A . D. A , notre objec tif ét ait de faire connaître le de sig n en Afrique, de promouvoir le savoir-faire ar tisanal dans le but de sauvegarder notre patrimoine culturel. Le de sig n e st une discipline qui tend timidement à se faire une place en Afrique. Pensez-vous que les Africains ne montrent pas de réel engouement pour ses designers et préfèrent se tourner vers des créations étrangères? Je pense que pour que le de sig n puisse avoir un réel envol en Afrique, il faudrait que la pre sse spécialisée joue à la fois un rôle prépondérant de dif fu seur, pédagogue et cat alyseur auprè s de s futurs pre scripteurs . De plu s, le pré requis e ssentiel serait que le de sig n ce sse d’être une curiosité et devienne enfin un outil et un vec teur au ser vice du développement ; car il s’agit avant tout d’un

J’ai été consacré par ce s deu x expositions et ag réablement surpris par l’engouement et l’intérêt pour mon travail de la

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enjeu économique durable.


Pouvez-vous me donner votre définition personnelle du terme « identité » ? Qu’est-ce que cela vous évoque?

commerciau x avec l’Amérique. En ce moment , je privilégie le s galerie s pour cer t ains de me s produit s et commence à collaborer avec cer t aine s marque s . Le marché local m’in-

Je suis métis comme la plupar t d’entre nou s . Nou s avons

tére sse beaucoup. C’e st ce qui fera l’e ssor du de sig n en

une double culture que nou s a ssumons pleinement : nou s

Afrique, je le pense. Aujourd’hui, le s pays où je vend s le plu s

ne nions rien, nou s ne revendiquons rien.

sont : la France, l’It alie et l’Afrique du Sud . J’ai également

Auprè s de qui d’ailleurs, devrons-nou s prouver notre exis-

une clientèle qui tend à se développer à Londre s et

tence ? Je suis ju ste un de sig ner, qui tente de faire de s

New York .

chose s utile s pour le plu s g rand nombre de personne s, qui se reconnaissent dans mon travail. Selon vous en quoi êtes-vous différents des autres designers? A v rai dire, je ne sais pa s . Ce n’e st pa s ma préoccupation première. Je me soucie plutôt de ce qui nou s unit . Le gouvernement malien, à l’occa sion du cinquantenaire de l’indépendance du pays, avait souhaité le retour du drapeau et de l’hymne dans le s école s, tent ant de donner un second souf f le à l’identité nationale. Aujourd’hui, nou s const atons que le M ali peine à recouvrer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Quel est l’impact de ces évènements récents sur votre travail ? Cer te s, nou s avons plu s de dif ficulté s à nou s procurer de s matériau x de ba se qui nou s ser vent dans la confec tion de nos objet s . Cependant , nou s nou s adaptons et nou s faisons avec ce que nou s trouvons : c’e st là l’e ssence même du desig n et de la créativité. L’exposition Made in Mali à RIOM en e st la démonstration. Vos créations sont régulièrement exposées à travers le monde. Comment se réalise l’édition et la diffusion de vos objets? Quel est le positionnement actuel du designer africain sur le marché : privilégie-t-il une entrée dans une galerie ou une diffusion en «masse» de ses créations? M a par ticipation, à d’impor t ant s salons internationau x, m’a permis de créer un ré seau commercial composé au ssi bien de g rossiste s et de dét aillant s . Je travaille également en t ant que consult ant auprè s d’entreprise s africaine s expor t atrice s privilégiant le s échange s

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Page 76, coffret Comba, 2000, Crédit photo G Soucheyre Page 77 à 79 , crédit photos courtesy l’artiste et musée de Riom

w w w.diallo-de sig n.com


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EXHIBITION REVIEW

Moussa Sarr « LA RAISON DU PLUS FORT » Galerie Martine et Thibault de la Chârtre, Paris

Texte et photos M ARI E ANGE ABIOLA

C’e st à l’occa sion du Mois de la photo à Paris, du 16 au 30 novembre 2012, que s’e st tenue l’exposition : « La raison du plu s for t » . Mou ssa Sarr est le por te drapeau d’un «mal être f ranç ais g randis s ant ». Ar t is te du par t i pris , en sout ien au peuple qui subit les aléa s des Trois couleurs, son médium est la vidéo, son sujet, la société et son traitement, l’autopor trait. Ce par ti pris pour le peuple vic time s’incarne dans un film réalisé en 2011 et intitulé Beautiful Agony. Allégorie d’une minute et qu arante seconde s , sur ce drapeau f ranç ais qui étouf fe, l ’ar t is te se met en scène le vis age recouver t par t ro i s s ac s e n p l a s t iq ue s , b l e u , b l a n c e t ro u ge . Le ge s te rappelle le s fumeurs de crack qui mettent aprè s leur prise, la tête sou s un s ac afin de décupler le s ef fet s du produit ,

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entraînant par fois leur décè s par suf focation. Le re ssenti de l ’étouf fement illu s tre l ’allégorie politique selon laquelle le pouvoir ane s thé sie le peuple. Cet te allégorie e st pré sente dans toutes les œuvres exposées, l’ar tiste incarnant le visage de l ’indig nation d’une jeune s se au fune s te avenir. Dans s a vidéo intitulée Le Loup et l’ag neau , la que stion du futur de s ma sse s provoque un rire ironique et ef frayant . Le s plans du visage de l ’ar tis te sont si impor t ant s , que l ’on ne par vient plu s à distinguer s’il s’agit de l’homme que l’on perçoit ou de l’animal que l’on entend . Par se s autopor trait s , l’ar tiste devient symboliquement l’objet d’identification, exprimant un sentiment commun.


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EXHIBITION REVIEW

Photo Off

Result of reality Par M ARI E ANGE ABIOLA

e n f o n d s o n o r e , c ’e s t d a n s c e t t e a m b i a n ce q u’e s t co n ç u e l ’e x p o s i t i o n centrale. O n y re t ro u ve Af r i p h ot o , l e p ro j e t photo d’Africultures, revue trimestrielle de s culture s af ric aine s dont la mis sion e st de créer une pa sserelle entre l ’Af r i q u e e t l ’ E u ro p e , e t l a F r a n c e

e space socio ar tis tique, la Bellevilloise

p l u s p a r t i c u l i è r e m e n t . L’a s s o c i a t i o n

ét ant l ’e space idé al pour favoriser un

re p ré s e nte l e s p h oto g r a p h e s , S a ïdo u

défrichage culturel.

Hélène Amouzou Série Entre le papier peint et le mur

Dicko, Fatoumat a Diabaté, Harand ane

Évè n e m e n t à s u i v re , l e p ro c h a i n s e

Tirage baryté 23x23 cm réalisé par l’artiste

D i c ko , Wa r re n S a re , M o u n a K a r r ay,

tiendra en novembre 2013 .

Helene Amou zou, Ishola Akpo, Germain

w w w. photoof f. com.

L a B e l l e v i l l o i s e , h au t l i e u h i s to r i q u e

Kiemtore, Nabil Boutros et Ali Chraï bi

et culturel parisien, accueillait en

dont le t ravail ex plore conjointement

novembre dernier, et alors que s’ouvrait

tradition et modernité. Le s londoniens

« Paris Photo », la troisième édition de

de Ministr y of Nomad, exposent

« Photo Of f ». C’e st dans une ambiance

M a rcoWa l ke r e t C l e m e nt J o l i n do nt

de bistrot parisien, que le public pouvait

l ’œuv re au x couleurs t rè s e x pre s sive s

découv rir galerie s et ar tiste s lors d’une

paraît intemporelle. A l’ét age, la galerie

édition intitulée « Re sult of Reality ».

Beaudoin Lebon, photographies à g r a n d t i r a ge , m o nt re l e t r av a i l h o r s

L a mar raine de l ’événement fut cet te

f ro n t i è r e s d ’ Yv e s G i l l i e , d e M a l a l a

année, Françoise Huguier, photog raphe

Andrialavidra zana, ainsi que de Mi-Hyun

inspirée par le continent africain, qu’elle

Kim. Même impre ssion «d’ailleurs» avec

parcour t sur le s trace s de Michel Leiris

la galerie Tagomago et l’ar tiste Frédéric

e t do nt e l l e a t i ré l e l i v re « S u r l e s

Delange et son travail en A sie.

t r ace s de l ’Af rique f antôm e ». Ving tdeu x exposant s témoig nent de la jeune

Sylvain Granjon, dont le travail est repris

C i - d e s s u s , Fato u m at a D i a b até S é r i e L ’ h o m m e e n

c ré at ion inter nat ionale . B ar, t able s et

sur l ’af fiche de Photo O f f, joue qu ant

animal. Plus haut, Ishola Akpo Série Les redresseurs de

c h a i s e s au ce nt re d ’u n e p i è ce , d e u x

à lui ave c se s composit ions - collage s .

balcons cernant le tout , deu x guit ariste

Photo Of f se conçoit comme un

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alavi Tirage numérique Fine Art, 30x45 cm


De haut en bas et de gauche à droite: - Warren Sare, Les lutteurs - Saïdou Dicko, Voleur d’ombres - Nabil Boutros, Égyptiens ou l’habit fait le moine - Harandane Dicko, La moustiquaire - Ali Chraïbi, Downtown memories - Germain Kiemtoré ,série Jeux d’eau - Mouna Karray, Olfa. 2006.

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CRANET DE BORD

Quand

les murs protestent texte et photos : SA MI BELHA J

Du 1 0 au 15 décembre 2012, s’e s t tenu

I l n’e s t p l u s p os s i b l e d e t r ave r s e r l a

l’ar tiste Ya sser Jradi, accompagné de son

à Tu n i s , l ’évé n em ent Ver t i ge G r af fi k ,

v i l l e o u l e s b a n l i e u e s d e Tu n i s s a n s

ami Claude Danrey« agitateur culturel et

« G r af f e n L i ve » o r g a n i s é p a r l e s

f a i re at t e nt i o n a u x é c r i t u re s q u i e n

ar tistique » e st née de cet te veine.

a ssociations Open ar t Tunisia et Kif Kif

or nent le s murs . Loin d’être de banals

C e t t e a s s o c i a t i o n f r a n c o -t u n i s i e n n e

International. Des collec tifs de graffeurs

g r af f i t i s , ce s é c r i t s s o nt l ’e x p re s s i o n

a ré a l i s é e n m a r s 20 1 2 « M E E T I N G

(SK O N E , VA J O, K I M , M K T, M I LOW,

d’un profond « moi » qui se développe

G R A F F I T I », l e p r e m i e r é v é n e m e n t

N E SS , PE ST, DUM E , STE ZO B . D. A ) ont

en une expre s sion collec tive. Le s murs

g r af fit i du p ays . N ouve ll em ent c ré e ,

fait exploser forme s et couleurs sur le s

pacifique s prote stent silencieu sement .

l’a ssociation OPEN’ART, s’est lancée elle,

mille mètre s carré s de murs et façade s

d a n s l ’o rg a n i s at i o n d e l ’évè n e m e nt «

de l ’immeuble dé s af fec té de la STA M

Le Street ar t connaît un essor impor tant

VERTIGE GR AFFIK ». Cette manifestation

( S o c i é t é Tu n i s i e n n e d ’A c c o n a g e e t

dans le s galerie s européenne s et sur le s

procure à de jeune s ar t is te s , l ’e space

de M anutent ion). Pend ant prè s d’une

m u r s de s printemps ar a b e s . L’ Eg y pte ,

et le s moyens pour peindre. Ce genre

semaine, de jour comme de nuit , quinze

l a L i b y e e t l a Tu n i s i e c o n n a i s s e n t

d’événement s e s t cepend ant remis en

ar t is te s f r anco -tunisiens ont relevé le

au j o u rd ’h u i , u n e i n s t a b i l i té p o l i t i q u e

c au se par le s autorité s tunisienne s . En

défi.

conjuguée à une remarquable agit ation

té m o i g n e l e c a s d u g ro u p e Zwe w l a ,

ar t i s t ique . Le s s t at ion s de t r an sp or t s

condamné à la prison pour leurs activités

D e s ce n t a i n e s d e m è t re s c a r ré s d e

p u b l i c s s e c o u v re n t d e d e s s i n s . I l s

- “Per turbations au x Règles“. La jeunesse

façade s et de murs à couvrir en peu de

interpellent et interrogent la société et la

et le s murs prote stent .

temps ; trans for mer le bât iment de la

jeune sse tunisienne s . Le Street ar t s’e st

S TA M en ve il l eu s e gé a nte , i l l u m i n a nt

réellement développé en Tunisie aprè s

O n d i t s o u ve n t q u e l e s m u r s n o u s

ainsi la nuit tunisoise pour le plaisir du

le fameu x 14 janvier 2011 . L’a ssociation

écoutent . Mais pensez- vou s cependant ,

public.

« KIF KIF INTERNATIONAL » dirigée par

qu’ils peuvent nou s répondre ?

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forme s, sa propre expérience et son vécu . C’e st la force et la Rencontre avec les ar tistes SK ONE et STEZO B.D. A en action.

riche sse de l’identité tunisienne.

D’où ve ne z -vou s et depui s quand pratique z - vou s le Graffiti ?

Q u e l c o n s t a t f a i t e s - vo u s d e vo t r e p ay s p o s t révolutionnaire ? Y a t- il vraiment un changement ?

SK .ONE : Ça fait pre sque neuf ans que je pratique le g raf fiti et je suis issu d’E z-zahra, la banlieue sud de Tunis . Que l le ide ntité ar ti stique che rche z - vou s à expri me r dans vos créations ?

SK .O N E : O n ne le sent pa s encore ; on re s sent toujours un manque de sécurité qui vou s met chaque jour d ans une situation ir rit ante. On réf léchit à deu x fois avant de faire un pa s .

SK .ONE : On veut ré sister, créer un échange entre le s gens, provoquer un déclic... Quand tu pa sse s devant un mur peint , il y a souvent une personne qui obser ve. Cela l’interpelle, le pou sse à réf léchir. Vou s lui posez de s que stions, sans même qu’il ait be soin de vou s connaître. Que l le s sont le s motivations qui vou s ont pou ssée s à pratiquer le Graffiti ? SK .ONE : Tout me motive, la mu sique, moi - même ... Quand

Ci-dessous : SK One

je me lève tôt le matin, je suis motivé.

Plus bas : Claude Danrey Président kif kif international

Que pensez-vous du Street art ? SK .ONE : le Street ar t repré sente pour moi l’ar t le plu s pur. «C’e st l’ar t qui vient du cœur». Est - ce que vou s vou s ide ntifie z comme un ar ti ste du Street art ? SK . ONE : Oui, Bien sûr. C’e st l’ar t qui vient de la rue. Quel rôle ont joué les artistes dans la Révolution arabe ? SK .ONE : Pendant la Révolution arabe, l’ar t était présent dans le s rue s . Le s ar tiste s ont pris par t au x manife st ations, chacun à sa manière, dans la rue, dans le s ré seau x sociau x, par tout ... Ils ont dénoncé le régime. Que pensez-vous de la scène Street art en Tunisie ? SK .ONE : Elle e st en pleine croissance. Comment l’identité tunisienne se définit-elle aujourd’hui dans le Street art? S K .O N E : Chaque ar t is te à s on propre s t yl e , s e s propre s

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D’où ve ne z -vou s e t depu i s q uand pratiq ue z- vou s le Graffiti ? STEZO B.D.A : Je vis à Paris, mais je suis d’origine tunisienne. Je suis né et j’ai grandi à Paris et je fais du Graf fiti depuis plu s de ving t ans . J’ai commencé dans la banlieue sud

gens- là ne connaissent pa s réellement la rue. Est - ce que vou s vou s ide ntifie z comme un ar ti ste de Street Art ? STE ZO B. D. A : Non, je ne me définis pa s comme un ar tiste du

de Paris .

Street ar t . Je suis un ar tiste de lettre s, un peintre. J’e ssaye de

Que l le ide ntité ar ti stique che rche z - vou s à expri me r dans vos créations ?

Quels rôles joue l’art dans la révolution arabe ?

me démarquer de s autre s .

STEZO B.D. A : Pour ma par t, je fais du graffiti pour des raisons

STE ZO B. D. A : Je n’ai pa s de réponse pour la simple et bonne

purement « ar t is t ique s ». J e ne fais pa s d’idé ologie . C’e s t

raison que je n’en ai aucune idée.

v raiment primaire... Je n’e ssaye pa s d’intellec tualiser le truc... J e veu x seulement peindre de s let t re s . E s s ayer de met t re du style dans le s forme s de s lettre s, mettre de la couleur et égayer là où c’e st g ris ... C’e st tout simplement spont ané. Que l le s sont le s motivations qui vou s ont pou ssée s à pratiquer le Graffiti ?

Que pensez-vous de la scène graffiti en Tunisie ? STE ZO B . D. A : Je vois qu’elle s’e st pa s mal développée. Le s gens ont déjà du style. C’e st cool et ça fait plaisir. Je trouve ça bien.

S TE ZO B . D. A : L’envie de p e in d re de s l e t t re s e t q u’e l l e s soient vue s dans la rue, et non sur Internet . Quand le s gens se baladent , voient me s g raphe s et qu’ils le s reconnais sent , c’e st le kif f ! Que pensez-vous du Street Art ? STE ZO B.D. A : Les gent s qui donnent une définition du Street Ar t posent pour moi un problème... Tu vois le s gens parler de street... Pour moi la Street c’est les gens qui vivent dans la rue, c’e st le s SDF, le s clochard s . C’e st ce que sig nifie Street pour moi. Les gens qui donnent une définition du « Street ar t », ces

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Ci-dessous : STEZO B.D.A


Ci-dessus : Ness Ci dessous : VA JO

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CARNET DE BORD

MEMOIRES D’ARTISTES Par Carole Diop Photo : HOA

Depuis quelques années, le musée Dapper s’implique dans des projets culturels et pédagogiques sur le continent. Outre l’adaptation de l’exposition « Afrique secrète » qui avait eu lieu au Maroc en 2002, des artistes et intervenants participent à des résidences, conférences ou animent des rencontres et des ateliers d a n s d i ve rs p ays d ’ Af r i q u e . Po u r ré p o n d re à ce tte n o u ve l l e a m b i t i o n e t d éve l o p p e r l e s é ch a n g e s ave c l e p u b l i c l o c a l , e n particulier avec les plus jeunes et les étudiants, deux expositions Masques (art traditionnel) et Mémoires (art contemporain) sont actuellement présentées au Sénégal, à Gorée, lieu symbolique de l’histoire de l’esclavage. Avec « Mémoire » Le musée Dapper souhaite contribuer à faire découvrir, dans le contexte particulier qu’offre l’île de Gorée, les oeuvres d’artistes caribéens ou réunionnais qui questionnent l ’ h i s to i re d e l ’ e s c l avag e , re c h e rc h e n t d e s t race s d a n s l e u r mémoire pour mieux appréhender leurs relation au monde. Ils s ont q uatre arti stes à avo i r travai l l é p e n d an t p l u s d ’u n mo i s en résidence sur l’île de Gorée pour produire des œuvres sur le thème des « mémoires ». Les plasticiens, Jack Beng-Thi, Bruno Pedu- rand, Hervé Beuze et le photographe David Damoison ont investi la grande Esplanade de Gorée. Leurs oeuvres marquées p a r d e s i d e n t i té s m u l t i p l e s évo q u e n t l e s re n co n t re s e t l e métissage.

Né en 1970 à For t- de- France en M ar tinique, Her vé Beu ze a

de Vaval, mannequin gigante sque et figure emblématique du

été formé à l’Institut régional de s ar t s visuels de Mar tinique

carnaval mar tiniquais .

où il enseig ne depuis quelque s année s . Si il e st un ar tiste de

L’ins t allation qu’il expose à Gorée s’intitule «Bwa brilé» (le

l’inst allation, se s travau x intèg rent également la sculpture, la

bois brûlé en c réole mar t iniqu ais). il s’agit d’une référence

peinture et le de sig n g raphique. Accordant un g rand intérêt

à la chanson « Bwa brilé » d’Eugène M ona , d ans laquelle le

à la scénographie, il conçoit depuis cinq ans l’habillage du fes-

chanteur populaire mar tiniqu ais raconte d ans une mélopée

tival culturel de la ville de For t-de-France et il e st le créateur

trè s blue s , le dur labeur de s Noirs dans le s champs au x An-

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tille s . Pour lui, « Bwa brilé » a ici un double sens : matière du

coup de similitude avec la vie mar tiniquaise. Sur un plan ar-

bois brûlé qui repré sente le charbon de bois avec sa couleur

tistique c’est une expérience capitale car l’enjeu était double,

carac téristique d’un noir profond et l’image du bra s humain

cristalliser en une pièce trois siècles d’exploitation et renouer

noirci naturellement par la pré sence de mélanine et l’ardeur

le lien avec l’Afrique mère. »

du soleil tropical. ht tp://w w w.her vebeu ze. com Hervé Beuze: « Cette résidence sur l’ î le de Gorée a été pour moi une occa sion formidable de rencontrer pour la première fois une pet ite par tie de l ’Af rique trè s s y mbolique pour la mémoire de me s ancêtre s e sclave s . J’ai pu découv rir également l’ar t de viv re de s habit ant s du lieu . J’ai re ssenti beau-

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CARNET DE BORD

MEMOIRES D’ARTISTES

Propos et photos de MIGLINE PAROUMANOU PAVAN

Les ar tistes du mu sée Dapper n’étaient pa s les seuls à Gorée,

com p r i m é e e nt re e s c l av a ge e t eng a gem ent . E n 20 07, e l l e

M ig line Parou manou- Pav an , ar t is te p la s t icienn e qu i vit e t

s ’i n s c r i t au x B e au x A r t s d e l a Ré u n i o n co m m e au d i t r i ce

t r av a i l l e à L a Ré u n i o n , s e t ro uv a i t é g a l e m e nt s u r l ’i l e e n

l i b re e t accè d e à d e s a p p l i c at i o n s e n g r a p h i s m e , vo l u m e

décembre dernier.

e t g r av u re . E n 20 1 0 , e l l e re p ré s e nte L a Ré u n i o n au x i l e s C anarie s lors de l ’ex posit ion « Horizons Insulaire s » init iée

Née en 1974 à Saint Paul de la Réunion, Migline Paroumanou-

par le critique d’Ar t Orlando Britto Jinorio et le direc teur de

Pavan vit une enfance heureu se par mi se s f rère s et soeurs .

la collec tion Lit téraire Nilo Palenzuela qui réunissent le s î le s

A 15 ans, un voyage d’ étude s linguistique s l’amène à quit ter

de langue francaise, por tugaise et e spag nole.

l ’i l e e t à d é co u v r i r l e Ke ny a , l ’Af r i q u e e t s e s co u t u m e s . Cet te rencontre bouleverse sa vision du monde. L a culture

En 2012, elle expose, dans le cadre de l’année de la femme,

M a s s a ï , « Ceu x qu i s autent tout droit et t rè s haut » e t l e

à l ’e space Le conte de L’isle à Saint Paul de L a Réunion , en

baton de rituel occupent pend ant long temps son e sprit et

p ré s e nt a nt t ro i s i n s t a l l at i o n s d ’i m p o r t a n ce (D é p e rd i t i o n

dé clenchent se s inter rog at ions ident it aire s . Le pays age du

controlée, 5ème saison, Une spirale, une âme, quatre

M a ssaï M ara , son e space, son univers animalier et sur tout le

ble s sure s) qui marquent son eng agement polit ique d ans le

corps nouveau africain qui ouvre sur un monde inconnu .

débat qui anime de manière constante le monde réunionnais.

La famille Paroumanou a la pa ssion du tissu . Migline s’initie

L’ar tiste décrit dans les pages qui suivent sa résidence, rendu

t rè s v i te au f açonn age de s vê tem ent s d a n s l e p l i e t re p l i

possible par deu x a ssociations, l’une Réunionnaise (C AK 974)

de s volume s et de s étof fe s . Elle s’ouv re d’autre s voie s vers

e t l ’aut re S én é g a l a i s e (L a C . I . F. R . A , Ate l ier de M ou s t ap ha

l ’a p p re nt i s s a ge d u d e s s i n . S’i n i t i e à l a c a l l i g r a p h i e e t au x

D i m e ). M i g l i n e a é t é a c c u e i l l i e e t a c o l l a b o ré ave c l e

sig ne s composant d’autre s mode s de pensée et de création.

re sponsable du centre de formation, Gabriel Kemzomalou.

D e 1 9 9 4 à 1 9 9 9, e l l e s u i t d e s é t u d e s d e p s yc h o l o g i e à l’université Sophia Antipolis à Nice. En 2004, l’appel du pays se fait sentir et le retour au x sources annonce l’apprentissage de diverse s technique s de modelage, la rencont re avec le s ar t is te s de l ’ î le . Elle renoue avec le s pha se s d’une his toire

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M i g l i n e P a ro u m a n o u - Pav a n : M o n voy a ge à G o ré e a é té

ont t r ansité par l ’ I l e de G oré e . D e p lu s , en m oi ré sonnait

une oppor tunité ine spérée pour me plonger dans un pa s sé

comme une néce ssité, la réalisation d’une ac tion sur ce lieu

q u i h a nte co n s t a m m e nt e t i nvo l o nt a i re m e nt m o n t r av a i l

de dépar t . Pour ce s raisons, j’ai donc décidé de travailler sur

a r t i s t i q u e : l a t r a i t e n é g r i è re . B e a u co u p d ’e s c l ave s o n t

le retour de ceu x qui sont par t is . Aujourd’hui, il e s t temps

fou lé le sol de cet te î le, ils n’y ét aient que de pa s s age, en

qu’ils rentrent chez eu x. Même de façon posthume, ils sont

par t ance pour un voyage sans retour. La plupar t ét aient de s

appelé s à revenir sur Gorée, à regag ner leur ter re d’origine,

prisonniers de guerre. D’autres, en revanche, furent capturés

l’Afrique.

et ar raché s de leur terre, sans ju stification aucune. Cer t ains arriveront à bon por t, sur l’autre terre où ils vivront un enfer. Le s autre s, ne ré sist ant pa s au x dure s conditions de voyage, trouveront la mor t en pleine mer sur le s bateau x nég riers . M o n h i s t o i re p e r s o n n e l l e m e r a m è n e à l ’e s c l av a ge , a u x s e m a i n e s d e n av i g at i o n d a n s d e s co n d i t i o n s i n h u m a i n e s , à l ’e n fe r d e l ’e x i l . C e t t e ré s i d e n ce a é t é p o u r m o i u n e o cc a s ion u niq ue de l ier m on hi s to ire p e r s on n e l l e à ce t te

“Mon histoire personnelle me ramène à l’esclavage, aux semaines de navigation dans des conditions inhumaines, à l’enfer de l’exil.”

ré a l i t é . L e s e s c l ave s d e l ’ i l e d e L a Ré u n i o n s o n t ve n u s m a j o r i t a i re m e n t d e l a côt e E s t d e l ’Af r i q u e p a r u n f l u x

Sur un plan pla stique, j’ai voulu créer une por te qui symbolise

pa ssant par le Mozambique. Mais il e st supposé qu’un petit

le pa s s age qui leur e s t dé sor mais ouver t . Ce pa s sage je l ’ai

nombre d’ent re eu x venant de la côte O ue s t , auraient été

traduit par un enc adrement de por te qui me sure 3 mètre s

débarqué s à La Réunion au lieu d’être acheminé s de l’autre

de haut sur 2, 80 mètre s de large. Cet te por te du retour e st

côté de l ’At lantique. En t ant que de scend ante d’e sclave, je

là pour accueillir le s ancêtre s . Je veu x leur rendre hommage,

me sens af filiée à tou s ce s homme s, femme s et enfant s qui

l e u r a p p o r t e r q u e l q u e c h o s e d e p o s i t i f, à ce s h o m m e s ,

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femme s et enf ant s qui ont été dé shumanisé s et e xil é s . Le c u l te au x a n cê t re s m’a p a r u ê t re l ’h o m m a ge i d é a l e t u n élément indissociable de cette inst allation. J’ai alors cherché l’universalité de s culte s de s ancêtre s pratiqué s à La Réunion, afin de pré senter mon propre rituel le jour de l’inauguration de la por te. La por te, cette brèche dans l’e space e st tournée vers l ’Atlantique. C’e st de là que j’accueille le s âme s de ce s exilé s qui rentrent enfin chez eu x. De l’autre côté de l’ile, en écho ré sonne cet appel au retour De l’autre côté de l’ile, en écho ré sonne cet appel au retour qui le s guide vers la terre d’Afrique. D’un arbre mor t tourné ve r s D a k a r, j ’a i f a i t l e l i e u d e r a s s e m b l e m e n t av a n t l e u r de s t inat ion finale . J ’ai ref leuri cet arbre de f leurs en t is su p o u r acc u e i l l i r l e s â m e s a r r ac h é e s à l e u r te r re n at a l e e t p er m et t re leur pa s s age de l ’aut re monde à leur cont inent d’origine.

“Hier, Gorée, Terre de départ, Passage ouvert en sens unique vers un ailleurs de douleur, Aujourd’hui, Gorée, tu es Terre de retour, Passage au sens inversé vers une terre aimée où fleurit la vie” Re g arder cet te por te et cet arbre insc rit s d ans le pays age d e ce t t e î l e m e p ro c u re u n e g r a n d e s at i s f a c t i o n e t u n e sérénité intérieure. Je suis en paix avec moi-même et avec me s ancêtre s d’Af rique. Le déroulement de la per for mance fut si naturel et si sincère que le lendemain , je n’ét ais plu s une touriste de pa ssage sur ce morceau de Ter re d’Afrique. J’ét ais celle qui avait fait la por te du retour. Le s habit ant s de l’ î le s’inter rogent , discutent au sujet de mon travail. Je leur explique. M ais je n’ai rien de plu s à ajouter à ce qu’ils m’en disent déjà . L’e ssentiel a été compris et j’en suis pleinement satisfaite. La por te parle d’elle même et le culte en hommage au x ancêtre s que j’ai réalisé a par ticulièrement touché me s frère s africains .

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Temoignage d’habitants : Aida, créatrice de bijoux : “Cette porte est trop bi en et nous rappelle nos ancêtres. Là où t u l’as mise, c’ e s t t r è s important, c’est l’endroit où l ’ o n fa i t d e s sac r i f i c e s p o u r le génie, et c’est pour ça que ça nous rend fiers.”

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Issa, peintre : “ C’est un monument pour L’Afrique, et pas un iquement pour le Sénégal ou Gorée.”


LIBRAIRY

BOXING ATHENAS Par M ARI E ANGE ABIOLA Photos : N’KRUM AH LAWSON DAKU

E n n o v e m b r e d e r n i e r , a u 1 2 d e l a r u e G e o r g e s H u c h o n , o n p o u va i t d é c o u v r i r u n e e x p o s i t i o n i n t i t u l é e : E x p r e s s i o n s - C a r t e b l a n c h e à Y v e s C h a ta p. L a ga l e r i e A r t r a c e s e s t t r è s é l o i g n é e d e l a c o n c e p t i o n t r a d i t i o n n e l l e d u W h i t e C u b e . L a ga l e r i s t e C o r i n n e P e r e z a c c u e i l l e a r t i s t e s, objets d’art, public et collectionneurs dans son intimité. C’est dans cette ambiance feutrée mais conviviale qu’était exposés les travaux des photographes et Steeve Bauras, N’Krumah L awson Daku sélectionnés par Yves Chatap. L’occasion pour le commissaire d’exposition et le photoraphe N’Kruma de nous présenter Boxing Athenas, le livre du reportage photographique qu’ils ont réalisé en 2010.

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Af r i k ad a a : C o m m e nt vo u s ê te s vous rencontrés ?

d a n s d i f fé re nte s s a l l e s d ’ I l e d e Fr a n ce e t

To u t é t a i t b i e n o r g a n i s é , l a p ré p a r a t i o n

ce, sur qu a siment un an. Au ter me de cet te

au co m b at , l e s e nt r a î n e m e nt s de p l u s de

année, j’ét ais au final à Vendôme, et avant

de u x h e u re s e t q u i du re nt , o ù l ’on te d i t

Yve s Chat ap : C’e s t m oi qu i t ’ai cont ac té,

l e fina l g arçon , il y a eu la b oxe féminin e .

que c’e s t la der nière séance, qu and il y en

i l m e s e m b l e . J ’av a i s d é j à v u u n e p a r t i e

D é couv r ant l ’e xis tence de s boxeu se s , j ’ai

a encore cinq autre s qui suivent… M ais elle s

du travail qu’il avait réalisé avec du papier

s y m p a t h i s é av e c u n d e s e n t r a î n e u r s , e t

n e s ont jama is d an s l a p l a inte , comm e on

t r a n s fe r t , p u i s j e m e s u i s d i t , j e v a i s l e

rep éré deu x - t roi s fill e s en p en s ant q u’il

peut l’entendre ou le voir chez les hommes.

rencontrer d’aut ant qu’il a un nom sy mpa ,

serait intére s sant de travailler avec elle s .

Q u a n d j ’é t a i s d a n s l a s a l l e , e t q u ’ i l n ’y

N ’k r u m a h ! Le co u r a nt e s t p a s s é to ut de

Q u a n d j ’a i f a i t c e p r e m i e r b o u l o t , j e

av a i t q u e ce s fe m m e s , t o u t ce q u e l ’o n

s u i t e , e n b o n p h ot o g r a p h e , i l e s t a r r i vé

m’intéressais plu s à l’intemporalité de

e nte n d a i t , c ’é t a i t l e b r u i t de s c h au s s u re s

avec se s por t folios , avec toute s le s photos

la boxe, qui e st un spor t de tradition,

au sol et l’e s souf f lement . Il n’y avait aucun

q u ’ i l av a i t à m e m o n t re r p u i s a u f u r e t

l’e space-temps de la boxe ét ant carac térisé

gémissement .

à m e s u re , j e m e s u i s re n d u co m pte q u’i l

par un espace-temps figé, riche en tradition

ét ait ef fec t ivement intére s s ant . Ensuite, il

et ex trêmement conser vateur. Et alors que

y a eu O n t he roof à A rle s et c ’e s t là que

je finis s ais ce travail, montrant que c’ét ait

notre collaboration a v raiment commencé,

u n s p o r t a v e c t r è s p e u d ’é v o l u t i o n , j e

à p a r t i r d e c e t t e p r o j e c t i o n . P u i s , l ’o n

découv re la pré sence de s fille s .

a continué à se voir régulièrement , à

L e s a n n é e s p a s s a n t , j e m e d i s q u e c ’e s t

é c h a n ge r s u r l a p h oto g r a p h i e . Et d e p u i s ,

u n e b rè c h e d a n s l a b oxe t e l l e q u ’e l l e a

on a fait pa s mal de chose s , un petit bout

été conçue et perçue. Puis en 201 0, Sarah

de chemin ensemb l e . O n se su it donc , on

Orahmoune et Lucie Ber t aud sont pa s sée s

s’encourage mutuellement , et je pense que

d a n s l ’é m i s s i o n Z o n e i n t e rd i t e , o ù l ’o n

dans ce milieu , c’e st néce ssaire.

e x p l i q u a i t q u ’e l l e s é t a i e n t b o x e u s e s a u

N ’ K r u m a h L aw s o n D a k u : C e q u e j ’a i m e

c l u b B ox i n g B e at s à Au b e r v i l l i e r s . C’é t a i t

b e a u c o u p c h e z Yv e s , c ’e s t q u ’ i l e s t

un sig ne que le s temps évoluent .

N’Krumah Lawson Daku : A la salle

a m b i t i e u x , m a i s p a s d é l i r a nt , c ’e s t-à- d i re

J e repris cont ac t ave c cet univers , le club

d ’A u b e r v i l l i e r s , q u a n d u n e f i l l e b o x e ,

qu’il a de s objec tifs mais ce n’e st pa s pour

avait changé, il avait été repeint . Il y avait

e ll e b oxe au s si p ou r l e s aut re s . Ell e s s ont

être en haut de l’af fiche ou faire la st ar. Et

encore plu s de fille s .

v r a i m e n t d a n s l a s i m p l i c i t é . L a p re m i è re

du coup, j ’appré cie son é che ll e de temps .

Pend ant un an, j’ai travaillé sur le thème de

h i s t o i r e q u e j ’a i r a c o n t é e d a n s R i n g

J e s a i s q u’on v a p ren d l e tem ps , p a s t rop

la boxe, et en parallèle, sur tout le ré se au

o f m e m o r y, c ’e s t q u ’ i l y a l a b o x e e n

non plu s parce qu’il faut avancer et faire les

d e s f i l l e s . J ’a i v r a i m e nt a p p ré c i é l e f a i re ,

gé n é r a l , e t ce q u i f a i t v iv re l a b oxe , c ’e s t

choses, mais je sais que c’e st une échelle de

la perception du cor ps chez la femme

c h aq u e s a l l e d e b oxe e n p a r t i c u l i e r, ave c

temps où l’on peut bâtir du solide, où l’on

é t a nt d i f fé re nt e d e ce l l e d e l ’h o m m e , l e

son identité, son style de combat, son

va faire de s chose s qui durent .

rappor t à la dureté du spor t , à la pratique.

s t y l e d e p r at i q u e . C h e z l e s f i l l e s , c ’é t a i t

Yve s Chat ap : L a rencontre a été belle.

M ê m e s i c ’e s t d e l a b o x e a m a t e u r, l a

encore plu s f rappant , on ne peut pa s dire

v i o l e n c e d e m e u re , e l l e s o n t d e s c a s s e s ,

q ue to u s l e s b oxe u r s b oxe nt de l a m ê m e

de s décollement s de rétine s , de s ble ssure s

m a n i è re m a i s i l y a d av a n t a ge d e s t y l e s

s é v è re s , d e s b l e s s u re s d e v e r t è b re s … L a

dif férent s chez le s femme s . Cer t aine s sont

Daku :

p re m i è re c h o s e q u i m’a f r a p p é e , e t q u e

t r è s a é r i e n n e s , d ’a u t r e s s o n t b l o q u é e s

C h r o n o l o g i q u e m e n t , l ’a v e n t u r e B o x i n g

j’avais déjà photog raphiée d ans la pratique

comme des ba stions. Autre élément

Athena s commenç a par un repor t age

m a s c u l i n e , c ’e s t l ’e x t r ê m e p u d e u r p a r

i m p o r t a n t , c ’e s t l a n o t i o n d u t e m p s e t

p h ot o s u r l a b oxe d e m a n i è re gé n é r a l e ,

rappor t à l’ef for t , à l’exalt ation de s cor ps .

d u r y t h m e , t o u t e s t co m p t é , l e n o m b re

Afrikadaa : Comment a commencé l’aventure Boxing Athenas ? N’Krumah

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Lawson

Af r i k ad a a : D ’ u n e ce r ta i n e faço n , on ne trouve chez ces filles aucune expression de virilité ou de force ?


d e s co u ps , l e r y t h m e d e s co u p s . E n s u i te , i l y a l ’o bs e s s i o n d u c h i f f re , q u i e s t ce l u i de la catégorie poid s, et chez les filles c ’e s t d ’a u t a nt p l u s d u r, q u a n d t u a s u n e compétition et qu’il faut que tu perde s un k i l o e n m o i n s d e t ro i s j o u r s e t q u e t u a s te s rè g l e s en m êm e tem ps…. Com m e c h e z le s homme s, on y trouve de s parcours

l e t i t re : T h e B ox i n g At h e n a s , e n ra p p o r t ave c l a d é e s s e é p o ny m e q u i e s t l a m até r i a l i s at i o n d e l a fo rce . C e q u i e st i nté re s s a nt d a n s vot re t rava i l , c ’ e s t l e re to u r a u p anth é o n anti q ue . La l utte gré co r o m a i n e é t a i t d é j à o u v e r te a u x femmes, surtout chez les Spartiates où les femmes luttaient. Il y a dans votre œuvre, ce retour de la femme combative.

c h a ot i q u e s , m a i s i l n’y av a i t p a s d e c a s

suit , on se sent entraîné par quelque chose. Qu and j’avais commencé à faire ce travail, j ’a v a i s u n e p r o b l é m a t i q u e , c ’e s t- à - d i r e , qu’il ne fallait absolument pa s que j’évacue j ’é t a i s e n q u ê t e d e l a r e p r é s e n t a t i o n

e t p u i s ç a n ’a p a s t a n t d ’ i m p o r t a n c e ,

d ’u n e f é m i n i t é c l a s s i q u e . Po u r m e d i r e

p u i s q u e c ’e s t t e l l e m e n t i n t é r i o r i s é , q u’i l

f i n a l e m e n t : l à n o n . C’e s t d u s e x i s m e e t

a fallu attendre le s dernière s semaine s

ton r a pp or t au su je t e s t b ia i s é . Pu i s d a n s

p o u r q u ’e l l e s m e r a c o n t e n t u n p e u d e

u n s e con d te m ps , on év ac ue l ’e s t h é t iq ue

l e u r h i s t o i re , l e u r p a rco u r s p e r s o n n e l e t

et la perception du cor ps féminin convenu .

p rofe s s ionn e l . Da n s c h aq ue c l u b, tu av a i s

A par tir de ce moment , le travail s’e st fait

une fille qui allait plu s loin que le s autre s ,

tout seul. De toute ma vie de photog raphe,

il y a la référence à l’icône. A Auber villiers , t u e n a s a u m o i n s t ro i s , q u at re . I l y a l a

N ’ K rumah L awson Daku : C'e s t parce que

favorite, Sarah Orahmoune qui boxe

j e m e s u i s d o c u m e n t é q u e j ’a i e u l ’i d é e

depuis dix ans maintenant . Lucie Ber t aud ,

d u t i t re . Q u a n d Ze u s s u t q u’i l a u r a i t u n

c ’e s t u n p e u l ’A m é r ic a i n e , t rè s i m p u l s ive ,

e n f a n t q u i p rovo q u e r a i t s a p e r t e , i l f i t

la blonde hyper coquette au x talons

tout pour qu’elle ne vienne pa s au monde.

aiguille s…. L’entraîneur e st toujours en train

Athéna naquit en déchirant le cor ps de son

de l a c an a li s er. I l y a Le ï l a , q u i , e l l e , a u n

père, sor t ant de son crâne ou de sa cuis se

parcours un peu plu s dif ficile, mais tout ça

selon le s my the s , le glaive à la main. Cet te

n’app a r a î t jam a i s v r a i m ent , i l f aut a l l e r l e

nais sance évoqu ait l’idée du par ricide.

chercher ou tendre l’oreille.

Yv e s C h a t a p : E t l ’ i n c a r n a t i o n d e l a

Cer t aine s fille s ont pou ssé la por te du club

fe m m e s u r t o u t . Af f i r m a t i o n d ’u n e

p a r h a s a rd , j u s t e p o u r f a i re l a p r a t i q u e

femm e combat ive et d if férente . Dans ce s

d ’u n s p o r t . C e q u i l e s r e t i e n t , c ’e s t

qu ar t iers-là , ce s femme s ont de s combat s

v r a i m e n t l ’e n g a ge m e n t p a r r a p p o r t à l a

plutôt sociau x . Ce s der niers se transposent

b oxe . Au b er v il l ier s , c ’e s t p ar t icu lier c ar il

d an s l a b oxe , o ù fin a l em ent e ll e s n e s ont

y a beaucoup de salle s où le s fille s ne sont

pa s dans la haine, elles demeurent dans une

pa s le s bienvenue s , on le s y accueille parce

for me de féminité, elle s re stent d ans l’idée

q u’ « i l n e f aut p a s d é co n n e r n o n p l u s »,

q u’e l l e s p r at i q u e n t u n s p o r t d a n s l e q u e l

e l l e s o nt l e d ro i t d e s ’e nt r a î n e r, m a i s o n

elle s évacuent un ma ximum de chose s .

ve u t e n f a i re d e s c h a m p i o n n e s .To u t ce l a

N’Krumah L awson Daku : C’e st avant tout

a f avorisé un conte x te p our r aconter une

la volonté d’être libre.

belle histoire sur la boxe féminine.

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N ’ K r u m a h L aw s o n D a k u : Q u a n d o n l e s

l eu r fém inité , et , d an s m e s pris e s de v ue ,

sociau x , de délinqu ante s sor tie s de prison,

Af r i k a d a a : L a p r e m i è r e c h o s e q u i f rap p e d ans cet ouv rage c'est

fe m m e s p e u ve nt d é gag e r. E l l e s n e se placent pas du côté de la colère, mais de la nécessité de se soulager.

Af r i k a d a a : D a n s ce t rava i l , l e s p h oto g ra p h i e s té m o i g n e nt a u ta nt de la féminité que de la force que ces

c ’e s t l a s eu l e fois où qu an d je su i s rent ré che z moi, j ’ai posé mon s ac , et je suis allé me glis ser d ans mon lit . Yve s C h at a p : J ’a i a s s i s t é à t rè s p e u d e m at c h e s . U n c h a m p i o n n at d e Fr a n ce , e t ce q u i m’a to uc h é c ’e s t q u e , p a r r a p p o r t au x hommes, elles sont beaucoup plu s h u m b l e s . D a n s l a m e s u re o ù , q u a n d e l l e s ent rent su r l e r ing , e ll e s s e m e t tent d an s u n e s o r te de re t r a i te i nté r ie u re av a nt de co m b at t re . E l l e s s ’e nfe r m a i e nt , l e m atc h durait une quinzaine de minute s , et aprè s , o n a v a i t l ’ i m p r e s s i o n q u ’e l l e s s ’é t a i e n t réveillée s . Qu’elle aient gag né ou pa s , elle s é t a i e nt co m p l è te m e nt c h a n gé e s , co m m e si e ll e s devenaient aut re s . A lor s que che z l e s hom m e s , il y a ce r app or t à q u i e s t l e plu s for t , il y a toujours ce moment , où l’on jauge l ’autre pour dire que l ’on va g ag ner. Les femmes sont vraiment en introspec tion av a nt l e co m b at e t c ’e s t au s s i ce q u i f a i t leur force. N ’ K r u m a h L a w s o n D a k u : Pe n d a n t l e s championnat s de France, il y avait à Au ber villiers , une e sp è ce de fer veur d ans


la s alle, qu and Sarah Orahmoune mont ait .

ce n’e s t p a s l a p l u s fo r te q u i g a g n e m a i s

pa s encore à un s t ade où je m e sens prêt

L a s a l l e e nt i è re , l e s p e t i te s f i l l e s c r i a i e nt

la meilleure. Che z le s homme s , qu and l ’un

à r aconter de s chos e s p ar r app or t à m on

son nom. Et là il y a le truc qui monte, on a

gag ne, ce n’e st pa s ju ste parce que c’e st le

hi s toire . J ’at ten d s que m on e go g ros si s s e

la chair de poule, et elle ar rive comme ç a ,

m eill eu r, c ’e s t au s si et su r tout parce qu’il

suf fisamment pour faire du moi, moi, moi.

e t n e s em b l e vo ir p er s onn e t a n d i s q ue l a

e st le plu s for t .

salle continue de scander son nom. Puis à la son entraîneur : « Saïd , j’ai eu peur, j’ai cru

Af r i k ad a a : C ’ e st u n e i m p re s s i o n personnelle, mais dans votre i n ve s t i s s e m e n t , i l y a u n e s o r te

que j’allais perdre ! ». Alors qu’elle e st à un

d’engagement féministe (rires) :

fin, subitement elle pleure en s’adre ssant à

Afrikadaa : On sent toujours dans vos images, un rapport entre force et douceur. C’est une sorte de réflexion sur l’idée du Yin et du Yang ? N ’ K r u m a h L a w s o n D a k u : J e f i n i s d e

niveau v raiment incomparable.

travailler sur une photog raphie quand les choses qui se sont opposées, sont é q u i l i b ré e s . I l f au t au s s i p a r l e r d u p l a i s i r q u e l ’o n p r e n d à f a i r e d e s i m a g e s , à t ravailler. J ’e s s aye de me fixer un objec t if de qu alité, j’aime la tex ture, il faut qu’elle appor te quelque chose.

Af r i k a d a a : Q u e l l e a é té v o t r e implication dans ce travail, Yves ? Yve s C h at a p : N o u s avo n s f a i t l ’é d i t i o n ensemble, qui a été, je pense, la par t ie du travail la plu s impor tante, car nou s sommes tout de même par tis avec cinq cent s photog raphie s, pour ar river à quatre-ving t . Pour moi, l’idée ét ait de raconter l’histoire N ’ K r u m a h L a w s o n D a k u : E n s o r t a n t

d e c e s f e m m e s . P o u r m o i , c ’é t a i t u n

d e l ’é c o l e e n 20 07, j e m e s u i s d i t q u ’ i l

combat féministe. Qu and il e st ar rivé avec

f aut , d a n s l a dé m a rc h e , ê t re l e p l u s ju s te

le su jet , il m’a dit : « Re g arde ce s femm e s

pos sible. Dans mon travail, il y a une quête

à q u i l ’on n e donn e p a s l a p aro l e ». J e n e

N ’ K r u m a h L a w s o n D a k u : E l l e s m ’o n t

s u r l e m é d i u m , s u r l a p h oto g r a p h i e e l l e -

savais absolument pa s que la boxe féminine

v raiment appor té . A r rivé à la fin , qu and il

même, c’est également une quête de vérité.

e x i s t a i t d a n s ce s q u a r t i e r s . C e s o n t d e s

a f a l l u ré a l i s e r l e l i v re ave c Yve s , t ro uve r

En attendant de trouver la révélation

femme s qui arrivaient dans cet e space

d e s m oye n s e t c h e rc h e r l e s o u t i e n d e l a

q u i e s t l a m i e n n e , j ’e s s aye d e d o n n e r l a

pour trouver une autre for me de rappor t à

fé d é r a t i o n , s a n s l ’avo i r, j e m e s u i s d i t :

p a ro l e à d e s g ro u p e s , à d e s p o p u l at i o n s ,

elle s -même s , une autre for me de rappor t

leur combat , c’e st mon combat . Ce qui e st

d e s ge n s o rd i n a i re s d e p ré fé re n ce s , d e s

à l ’aut re. C’e s t ce qui m’a v raiment donné

a s s e z é t o n n a n t , c ’e s t q u a n d d e u x N o i r s

fem m e s . Q u an d j ’a i v u l e s fem m e s b oxer,

envie de soutenir la publication de ce

vo n t d é m a rc h e r l a F é d é r a t i o n Fr a n ç a i s e

r aconte r l e u r hi s to i re , c ’e s t du p a in b é n i .

liv re. Je suis inter venu d ans la concept ion

d e B oxe , c ’e s t co m m e d e u x fe m m e s q u i

Les premières inju stices sont faites

du liv re. Ce travail ne pouvait exister

viennent en demande. On veut notre place,

a u x f e m m e s q u ’e l l e s s o i e n t f i n a n c i è r e s ,

que par l e biais d ’une e x p osit ion , il f allait

on veut not re p ar t , il n’y a aucu n e r a is on

matérielles, sociales. Le combat des

a l l e r au- de l à . C’é t a i t l a p rem ière fo i s q ue

de n e p a s l ’avoir. Q u an d l e s fill e s b oxent ,

femme s , c’e st au s si mon combat . Je ne suis

l e s fe m m e s é t a i e n t p ré s e n t e s a u x J e u x

Afrikadaa : Quand on vous écoute, o n s e n t to u te l a p a s s i o n , to u te l’énergie que vous avez mise dans ce projet.

97


O l y m p i q u e s . Ce l a m’av a i t p a r u te l l e m e nt aberrant , qu’en 2012, la boxe soit le dernier

N’Krumah L awson Daku : C’e st tout à fait

N ’K rumah L awson Daku : Je suis sor t i de

spor t à devenir mix te au x J.O.

ç a , t a n t q u e t u n’a s p a s m o n t ré q u e t u

m a fo r m a t i o n e n 20 07, p e n d a n t u n p e u

bos se s , tu n’a s pa s t a place.

p l u s d ’u n a n , j ’a i p u p ro d u i re à p e u p rè s

Afrikadaa : Ce travail, ce rapport de la femme à la boxe, c’est un début ? N’Krumah L awson Daku : C’e s t un début . J’ai pour but d’at t aquer la boxe féminine p rofe s s i o n n e l l e , c ’e s t-à - d i re l a b oxe s a n s le s prote c t ions . C’e s t encore aut re chose,

tout ce que voulais . Puis , j ’ai eu la chance

Af r i k ad a a : Le fa i t d ’ ê t re N o i r e t d e t rava i l l e r s u r l e s tat u t d e l a fe m m e re n d to n t rava i l d ’ a u ta n t p l u s co m p l exe . H i sto r i q u e m e nt , l e combat des noirs et celui des femmes o n t p a r f o i s e u d e s t r a j e c to i r e s similaires dans leur lutte contre la discrimination.

i l y a b e a u co u p d e d i f fé re n c e s e n t re l a

s u i s c o n v a i n c u q u e c ’e s t l a s e u l e c h o s e d e m a v i e q u e j ’a i ré u s s i e à f a i re e t q u e c ’e s t v r a i m e n t m o n t r u c . J e f a i s e n co re b e a u co u p d ’a r ge n t i q u e , j e d é ve l o p p e e n i nté re s s é au x p ré ce pte s d u s y n d i c a l i s m e ,

I l y a l ’a rgent , u n e vio l ence p hysique p lu s

du milit ant ism e . J e p en s e que l e s ar t is te s

i m p o r t a n t e , q u a n d i l y a u n K . O, c ’e s t

p a r v i e n n e n t à c h a n g e r l e q u ot i d i e n d e s

u n v r a i K . O. C’e s t l e s co u p s e t l a fo rce

gens par la puis sance nar rative de l ’image.

d e s co u p s . P a r l e r d e p e r s o n n e s q u i o n t

A force de travail, je me suis rendu compte

c h o i s i d e v i v re d e ç a , q u i o nt acce pté l a

q u ’u n e b o n n e i m a g e r e s t a i t l o n g t e m p s

cont rep ar t ie de la vio l ence et de l ’a sp e c t

en m ém oire . J e su is donc d an s m on p et it

s h ow b i z q u i e n d é co u l e , p e u t- ê t re intére s sant . Traiter le rappor t au cor ps de

N’Krumah Lawson Daku : Je prend s encore

la femme, le fait que la femme soit perçue

plu s plaisir à être noir (rire s). Je vivais leur

dans notre société comme un ventre.

combat comme ét ant mon combat , et là je

Qu and tu pa sse s du côté profe ssionnel, tu

me sent ais trè s Noir en fait , non pa s parce

a s un rappor t au cor ps qui e st autre. Il y a

qu’il s’agit d’une situation confor t able mais

également le rappor t au social, le show e st

p a rce q u e s u b i t e m e n t ç a p re n d d u s e n s

org anisé avec beaucoup de lumière, et le s

dans ce contex te, un sens positif pour moi.

gens sont moins gêné s du spec t acle.

To ut com m e q u a n d je p h oto g r a p hie de s

Yve s C h at a p : Ent re l e m om ent o ù tu a s

a r t i s te s e t q u’o n m e d i t : « C’e s t r a re de

f a i t ce t t e s é r i e e t a u j o u rd ’h u i , e l l e s o n t

s e f a i re p h oto g r a p h i e r p a r u n N o i r ». Tu

beaucoup plu s de visibilité. Quand tu

e s N oir et tu p hotog r ap hie s de s femm e s .

a s c o m m e n c é c e t r av a i l , e l l e s b o s s a i e n t

J’adore ce moment . Je me sens utile. Je ne

m a i s p a s fo rc é m e n t d a n s l e s m e i l l e u re s

su i s p a s q ue d a n s m on p l a i s i r de p re n d re

c o n d i t i o n s , t a n d i s q u ’a u m o m e n t d e s

une image.

championnat s de France, elle s avaient

C e l a t e p o u s s e à ê t re o b s t i n é . C e q u ’ i l

beaucoup plu s de moyens .

f a u t s av o i r s u r l e s b oxe u r s , c ’e s t q u ’ i l s

98

au dépar t, puis de plu s impor tantes. Je

noir et b lanc . Dan s m on p a s s é , je m e su is

b oxe a m ate u r e t l a b oxe p rofe s s i o n n e l l e .

Afrikadaa : Finalement, ces femmes ont dû prouver aux hommes qu’elles avaient leur place dans la salle et d a n s ce tte p rat i q u e s p o r t i ve . O n a l ’ i m p re s s i o n q u e ta n t q u ’ i l n ’ y a p a s e u ce tte é p re u ve p hy s i q u e , l ’ acce ptat i o n n e p e u t ê t re re n d u e possible.

d e p o u vo i r f a i re d e p e t i t e s e x p o s i t i o n s

s e d o i v e n t d ’ê t r e f o n d a m e n t a l e m e n t déter miné s . Qui plu s e st qu and on e st une femme. Il faut réellement en vouloir.

Af r i k ad a a : J ’ a i v u q u e l a photographie était très récente pour vous.

p laisir, d ans m on p et it p ouvoir, d ans m on petit engagement . L a photog raphie e st un per pétuel changement , je n’ai pa s le temps de m’ennuyer. B ox i n g At h e n a s e s t d i s p on i b l e à L i b r a i r ie ( L e 2 9) 2 9, r u e d e s R é c o l l e t s - 75 0 1 0 Paris . Le29.f r.


99


LIBRAIRY

Grody, Steve.

Graffiti L.A.: Street Styles and Art By CA MELA LOGAN

f rom the se my riad tex t s is his methodological approach. He pre sent s not only his own photog raphs of g raf fiti, but also personal in“Since 1980, [author and photog rapher Steve Grody] ha s been dri-

ter views with the men and/or women who have created the graf fi-

ving across Los Angele s searching it s back alleys, wa shes, and aban-

ti captured in his photog raphs . Thu s , Graf fiti L. A . reveals both the

doned lot s for this vernacular ar t ” more commonly known a s g raf-

histor y of g raf fiti in this cit y and the motivations of it s creators—

fiti. Graf fiti L. A .: Street Style s and Ar t (2007), a historical and pho -

whom Grody identifie s a s “w riters”—to the reader.

tog raphic account of g raf fiti ar t in the Cit y of Angels f rom it s be-

Graf fiti L. A .’s superior qu alit y and qu antit y of photog raphs (a CD

g inning in 198 4 to t h e pre s ent , sig nifie s a rich re cord of his de -

with additional image s and inter views is included ) make it an im-

cade s-long pursuit . In this book , Grody claims that the largely un-

pre ssive tribute to this inherently illegal and ephemeral ar t for m,

documented histor y of g raf fiti in Los Angele s is central to unders-

which, with a layer of f re sh paint , can disappear within a mat ter of

t anding of the ar t for m’s position within the United St ate s a s well

minute s . What would enrich this tex t even fur ther is a more cri-

a s g raf fit i ’s of ten misunders tood “visu al langu age”. H e t ake s t he

tical consideration of Grody ’s recur rent shif t s in cla s sification of

reader on a pic ture sque jour ney into the L. A . world of this illegal

g raf fit i—f rom “visu al langu age,” to ar t for m , and back ag ain —and

and ephemeral ar t for m, laying empha sis on it s illu stration of g raf-

how this consciou s f lu x in ter minolog y might infor m the reader ’s

fiti’s key for ms (t ags , throw-ups , piece s , produc tions , bombs) and

underst anding of and relation to g raf fiti today. Audience s will va-

technical element s (line qualit y, color) to suppor t this a sser tion. In

lue G r af fit i L . A .’s e x tensive c at alog ue of image s , which l end s to

light of what Grody acknowledge s a s a wide spread surge in general

it s reading a s a vibrant exhibition on both visible and invisible w ri-

intere st in g raf fiti in recent years, Graf fiti Ar t is timely and consti-

tings on the wall.

tute s a we a l t hy cont r ib ut ion to t h e g row ing l i te r atu re on l o c a lized g raf fiti around the world . What distinguishe s Grody’s projec t

100


101


LIBRAIRY m ét a p h or e

d i s p a r a ît

ont re m p or té le Pri x C asa

la r é a lité d e la c h a m br e

la Photo g raph ie A fric ai ne

avec

le

q ui

d é ploie m e n t

de

photo graphiée par Rob er to Ste p h e n son, la isse plac e

à u n u n iv ers e x iste ntiel o n iriq u e.

Cet ou v rag e c ontie nt 115

photo graph ies couleu rs et 79

repro ductions

ses

œ u v r es.

Monographie

l’a r t ist e parue

en

M a rio

au x

M a rio

B e n ja m i n

artiste

phare

conte m p orain D e s si n at e u r s’e s t ture Son

i n it ié

à

de

de

pr o d u i s a it

de

hy p e r r é a listes, d es

constr uisa nt

et

d es

en

dé-

sy m é-

t rie et l’h a r m on ie d e ses

toiles, m û p a r l’e x ig e nc e de

trouver

la ng ag e.

son

pro pre

«La Ch a m bre d e M a rio B e nja m i n » est u n e m ét ap hor e

p our approcher inti m e m ent son

102

œ u v r e.

v i s i b i l it é

com mu nauté

des

et

N é a n m oi n s

la

le

à

la

le s bie n n e,

d r o it s

son

de

pour

e ngag e m e nt

m o n d e.

se x uelles So n

p o r t r a it s

regard

r é v è le

d e r n it é

t raté-

une

d’a r t i s t e

pr ofo n d e

p i c t u r a l e.

et

mo-

Le

liv r e d o n n e u n ap erç u d e son

priv ilé-

la

grande

son

p or t r a it s

travail

forc e d e d o n n er u n e plu s

m oig n e d e l’i nte n sité d e

a n s.

Peu apr ès, il c h a ng e son de

viste visu elle q u i s’ef-

vail

p e i n-

r e g a r d s e n g ra n d for m at. a xe

com me

elle l’affir m e, u n e ac ti-

dans

d ’a l o r s

v isag es

e s t,

cri m i n atio n s

il

gia nt p a r la su ite le d ét a il

M u h ol i

fa it d’elle u n e ic ô n e d e

l’a r t

14

imaginaire

n e le

tous

un

pr o d ig e,

l’â g e

Né à D u r b a n e n 1972, Za-

la lutte c o nt r e les d is-

est

la

de

d e B a m a ko.

sance

h a ït ie n.

à

Bie n n a le

m ilite p ou r la r e c o n a is-

de

é d i-

t io ns R e v u e Noir e.

la

g e n re su d afric a i ne. Elle

B e nja m i n

2012,

à

g ay, bise x u elle et t ra n s-

L a c h a m br e d e M a rio B e nj a m i n,

A fric a

Z A N EL E WOMEN

p u blié

M U H OLI

-

A F R IC A N

PH O T O G R A PH E R S en

2011

par

#1,

Casa

A fric a a n d L a Fá bric a. C’e s t

le

pr e m ier

t it r e

d’u ne série de livres, d irig é e p a r M asasa m et d évelo p p é e p a r Casa A fric a, q u i vise à pro m ou voir les photo g raphes

a f r ic a i n e s

les plus re m a rq u a bles, et

e n p a r tic ulier c elles q ui

o e u v r e,

acco m pag née

de

ses

pro pres

et

des

é d it ric e s

e s s a i s,

d es écrits d e Ga il S m it h Sa nd ra

M au n ac et M ó n ic a Sa ntos.


p osa nt les q uestions fon-

». Pourq uoi donc ces ind i-

de

assu m er

d a m e nt a les d e l’é g a lité, l’é c r it u r e

de

l’h i s-

toire d es a nony m es et d es d ispar us

e u r o p é e n.

du

monde

C’e s t

la

non

v oi x

d’u n Ju ste q u’il nou s est d on né d’e nte nd re, d a ns sa forc e et sa m o d estie.

vid us ne p eu ve nt- ils p as leu rs

apparte-

n a nc es m u ltiples ? Pou rq uoi sont-ils consta m m ent o blig és d’e n c hoisir u n e

au d ét ri m e nt d e l’aut r e ?

L’auteu r ap p or te u n élém e nt

de

réponse

:

«

A

c ause d e c es h a bitud es d e

p e nsé e et d’e x pression si Nègre

je

r e st e r a i,

su is,

Aimé

nègre

a ncr é es

je

C é s a i r e,

é t r oit e,

pour

un

p u blic

sur

large les

c o nt e m p or a i n e s clavage lis m e, r iq u e

é c r it s

et

la

et

du

la

sieu rs trad itions, le rom a ncier d u Ro c h er d e Tan ios (pri x G o nc ou r t 1993)

traces

puise

l’e s-

d ’A i m é

so p h ie

Césaire

c ette

pr e n d u n r elief p a r tic u-

Il

accord és à Fra nçoise Ver-

Les Id entités m eurt rières

g ritu d e » relate avec u ne

A min

g ès, le « p èr e d e la n é-

gra nd e li b er té d e ton les principau x m o m ents d e son

e st

un

essai

M a a lo u f,

é c r it

é d it é

Grasset e n 1998.

par par

c o m b at p ou r l’é ga lité d es

A m in M aalouf prend le c as

lon ia le.

m ag n e d e p a r e nts tu rcs :

p eu ples à l’èr e p ost-c oTé m oi n

p ério d e Aimé

c a pit a l de

Césa ir e

siè cle,

c elu i

de

c ette

m u t a t i o n s, évo q u e de

la

so n

fi n

d es e m pires coloniau x, e n

103

ex pé-

l’ac tu a lité ou la p h ilo-

des

lier. Da ns c es e ntretie ns

son

bie n q u e d a n s l’H istoir e,

h isto -

p ol it iq u e

dans

rience p erson nelle, aussi

c olo n i a-

p or té e

b i-

Né au x c onflue nts d e plu-

d é b at

de

e x c lu siv e,

u ne seule appar tena nce. »

pr e m ièr e fois e n Fra nc e, s’o u v r e

à

d u it l’id e ntité e ntièr e à

A l bi n M ic h el, 2005. o ù,

tou s,

gote et si m pliste q u i ré-

Verg ès, pa r u au x é d it io ns

m o m e nt

nou s

c ause d e cette conception

Ent retiens avec Fra nçoise

Au

en

d’u n

hom me

en

A l le -

« Au x y eu x d e sa so ciété d’ad o ption, il n’est p as a l le m a n d

;

au x

yeu x

de

sa so ciété d’origi n e, il

n’est plu s v ra i m e nt tu rc

en

pour

n ot io n

d é no nc e

i nterro g er

d’id e nt ité. les

illu-

sion s, les piè g es et les i n st r u m e nt atio n s.


de

c r it iq u e s

m oig n e

té-

fra nç a is, d’origi nes m a r-

Il

re-

Il

« m a g iq u es»

d es

des

t io n s

du

t iv es

et

d’a r t,

t r a n sfo r m a-

c or p s.

m onte au x sou rc es o bjecm ét a m or p hoses c h a r n elles à

travers

sculptures

des et

œ u v r e s,

parures

d’Afriq ue, d’Asie, d’Océan ie et d es A m ériq ues. Tatou ag e, sc a rific ation et

piercing, m arq ues d es sociétés

« t rad itio n n elles»

pro d u ise nt Sig nes d u c or ps, Ed it io ns M u s é e Da p p er, 2004.

dans

le s

a u jo u r d ’h u i,

s o c iét é s

o c c i-

d e ntales, u n nouveau la ng ag e c or p or el.

for m ations a r tificielles. Ce

des

l iv r e,

textes

q ui

regroupe

d’é c r iv a i n s,

d e so ciolo g ues, d’a nt h ro-

p olo g ues, d’h istorie ns et

104

à

a n a ly s e r

les c on sé q u e nc es psyc holo giq u es d e la c olo n isation su r le c olo n et so n voisi n c olo n isé. n oi r e,

e x pr i m e de

masq ues sa

pr é -

s u iv r e

le

un

«Nègre

bl a n c ».

en

les

Fa non

veut

é v i d e n c e, du

c o l o n i-

m é c a n is m es q ui

à

p sy-

m a s q u e nt

et

l’a id e r

a i n si

à

d ont il est vic ti m e. « Ce t rav a il vou d ra it êt r e u n

q u e p a r c ette

t r a n s-

e x i s t e n c e,

se li b ér er d es c o m ple xes

cia le, s piritu elle, « ci-

et

son

c h e rc h e r a

sio n

n itu d e, sa d i m e n sion so-

i nt e r v e nt io n s

il

de

les c auses d e son o p pres-

plé -

ces

lo n g

c h o s o ci au x

t h érapie. L e c or ps n’at-

par

n’a u r a

p e n seu r e ng ag é ; tout au

s é,

rarchie, acco m pag nent u ne

s e r t ie,

q u e s-

d e c esse d e r é p o n d r e c e

l’i n t e n t i o n

tion, pr écise nt u n e h ié-

g r av é e,

la

l a q u e l le

m ettre

té, ja lon ne nt u ne i nitia-

p e i nt e,

à

est

e x p é r ie n c e s,

q ui affir m ent u ne id enti-

or ne m e nt ation

t io n

t e l le

A p a r tir d e ses pro pr es

éphé m ères ou ind élé biles,

vilisé e «,

? »

N oi r,

m a r q u es,

v é r it a ble

lon isé d e so n a lié n atio n

che m ine m ent q ui fait d’u n

d ividus i nscrive nt à m ê m e

sa

fo n d a-

« Co m m e nt g u érir le c o-

o c c u p at io n

trad itionnelles «, les in-

t e i nt

des

sé e tiers-m o n d iste.

bl a n c s

d a ns les so ciétés d ites «

d es

l’u n

teu rs d u c ou ra nt d e p e n-

Peau

d e pu is la nuit d es te m ps,

c h a ir

est

L e tit r e d e so n ou v rag e

Su r tou s les c onti n e nts,

leu r

tiniq uaise et algérien ne.

Peau

n o i r e,

masques

bla nc s, é c rit p a r Fra nt z

Fa no n, é d it é p a r le Seu il e n 1952.

Fra ntz O m a r Fa non est u n p s y c h i at r e

et

e s s ay i s t e

m i r oi r

à

i n fr a st r u c t u r e

pr o g r e s siv e se

r et rou v er

le

p o u r r a it Noir

en

voie d e d ésa lié n atio n ».


AGENDA Ibrahim El-Salahi, l’une des

12/01/13 – 05/05/13

Musée Africain des cultures de l’Afrique de l’Ouest (Lyon)

150, cours Ga m betta - 69361 LYON cedex 07

www.musee-africain-lyon.org

plus importantes figures de la

modernité africaine et arabe,

et le béninois Meschac Gaba qui de par son travail Musée d’Art Africain Contemporain,

remet en q uestion des idées préconçues sur l'art africain, tout en soulignant le fait que

le musée d'art contemporain africain n'existe pas encore en Afrique.

24/11/2012 – fin 2014 TATE MODERN Bankside

London SE1 9TG

Atelier Tokoudagba, Expo-hommage à Cyprien Tokoudagba

Le musée Africain rend hommage

à Cyprien Tokoudagba, artiste béninois décédé en mai 2012. Cy prien d es

Tokoudagba

ar tistes

est

l’un

conte m p orains

béninois majeurs et connu en France depuis sa participation

en 1989 à l’exposition Les Ma-

giciens de la Terre au Centre Pompidou à Paris.

L’exposition du musée Africain

de Lyon rassem ble une vingtaine de toiles et q uelq ues sculptures

représentant

les

différents rois et dieux de la cosmogonie béninoise.

Des extraits du film de Leonard Matton réalisé à l’occasion de l’exposition Dahomey Rois et

Dieux - Cyprien Tokoudagba à la Fondation Zinsou (Cotonou,

Bénin) en 2006 - seront projetés pendant la durée de l’exposition.

105

United Kingdom

TATE AND AFRICA

Across the board, est un pro-

http://www.tate.org.uk

jet s’étalant sur deux années

initié par le musée Tate Modern (Londres), le 24 novembre

dernier en collaboration avec d’i m p or t a nts

c e ntres

d’a r t

contemporain africain situés au Ghana, au Cameroun et au Nigéria.

Dans le cadre de sa programmation, le Tate Modern souhaite mettre en lu mière les

travaux d’artistes émergents

africains, et ainsi explorer

les nouvelles pratiques artistiques du continent.

Ce pro-

jet a débuté par des perfor-

Moataz Nazr , I am Free

Otobong Nkanga

transcendance que Moataz Nasr,

mances de l'artiste nigérian et l’artiste

angolais Nástio Mosquito .

Durant l’été 2013, seront mis

à l’honneur deux grands artistes : le peintre soudanais

C’est

à

u ne

e x p érience

de

artiste égy ptien q ui revend iq ue

son

africa nité,

nous

convie avec I am Free. Désir

de pureté et d’élévation que


le pu blic éprouvera en gravissant

les

m arches

de

son

installation faisant claire-

tél: +33 (0)1 47 00 88 18

http://www.lavignesbastille.com

ment allusion à ses origines… Plaisir de liberté q ue nous

autres, pauvres humains, tentons d’immortaliser par la fusion chimérique avec le monde animal.

Exposition collective « Par nature »jusqu'au 17 mars 2013 Le CENTQUATRE 5 rue Curial Paris 19e

http://www.104.fr/

ETONNANTS VOYAGEURS, Brazzaville

Après Port-au-Prince, Bamako,

Missoula et Du blin, le fes-

Barbara Walker: As Seen

tiendra au Congo, à Brazza-

Cette première grande exposi-

2013, ont annoncé mardi ses

tiste

tival Etonnants Voyageurs se ville,

du

14

au

18

février

codirecteurs, Michel Le Bris et Alain Mabanckou.

Ce premier festival interna-

tional du livre et du film à Brazzaville, l'une des capitales des lettres africaines, sera l'occasion d'accueillir de

nombreux écrivains, cinéastes et musiciens d'Afrique et du monde entier.

14/02/13 – 18/02/2013 Black Petty Booshwah Exposition de l’artiste JayOne 16-01-2013 – 09-02-2013

Galerie Lavignes-Bastille 27, rue de Charonne Paris 11ème

106

BRAZZAVILLE

http://www.etonnants-voyageurs. com/

tion solo à Londres de l’arBarbara

Walker,

pré-

sentera de nouveaux dessins

ainsi q ue des travaux existants représentant des hommes «non

identifia bles».

Exécu-

tés à l’aide de charbon et de

graphite, ces portraits permettent de soulever des questions concernant les construc-

tions sociétales et examiner la façon dont l'identité peut être aujourd’hui perçue comme

une accumulation d'images et de

r e pr é s e nt at io n s

relles.

c u lt u-

31/01/2013 – 23/03/2013 Tiwani Contemporary

16 Little Portland Street | W1W 8BP

http://www.tiwani.co.uk


AGENDA Depuis

le

09

déce m bre

der-

nier, le célèbre musée Dapper

a ouvert ses collections pari-

Marrons, Marrons

en y installant deux exposi-

on the Caribbean Contemporary

siennes aux vents atlantiques tions

conjointes

inaug urées

en décembre 2012. Deux exposi-

L'exposition est organisée par

porain) sont présentées au Sé-

tiste et un curateur de renom-

négal, à Gorée, lieu sy m bolique pour l'histoire de l'es-

clavage. L’exposition Masques

Au cours des six dernières an-

présente

gra nde

d’Afriq ue

au

total

q uara nte

nées, Art Dubai, est la plus

masques provenant de onze pays

porain

privée du musée, montrés dans

foire

d'art

conte m-

internationale, dans

de

la

collection

le Moyen-Orient, l’Afrique du

une salle du centre sociocul-

Cette édition accueillera no-

L’autre exposition, Mémoires,

originaires

en face de l’em barcadère de

Nord et l’Asie du Sud.

turel Boubacar Joseph Ndiaye.

ta m ment

i n st a l lé e

différents

l’Ouest.

de

artistes

l’Afriq ue

de

20/03/13 – 23/03/13

sur

l’e s pl a n a d e

l’île de Gorée, est consti-

Madinat Arena, Madinat Jumeirah

travaillant à Little Haïti au cœur de Miami. C’est un grand projet lancé par « Caraïbes

en création », un nouveau prog ra m m e

de

C u ltu r esfra nc e,

l'agence gouvernementale française pour les échanges culturels internationaux. L'exposition mettra en vedette des artistes contemporains de la Caraïbes.

réalisée après un mois et demi

225 NE 59th Street

de

résidence

sur

l’île

m é-

moire. Et justement leur traRésidents tous dans des pays

http://artdubai.ae/

mée internationale vivant et

Jusqu’au 16-02-2013

vail a porté sur les Mémoires.

DUBAI

Edouard Duval Carrié, un ar-

tuée d’installations. Quatre

artistes contemporains l’ont

ART DUBAI 2013

Art Landscape

tions Masques (art traditionnel) et Mémoires (art contem-

ART DUBAI

The Global Caribbean – Focus

où les esclaves avaient été

Haitian Cultural Arts Alliance Mia mi, Floride 33137, ÉtatsUnis

Tél: 305-756-3037

http://theglobalcaribbean.org

déportés, les quatre artistes

ont rivalisé de sensibilité et

de créativité pour exprimer leurs sentiments à ce propos.

Expositions à voir jusqu’au 07 Avril 2013 Ex positions

M asq ues

et

M é-

moires du Musée Dapper (Dakar)

107

Musée Dapper

Ile de Gorée, Sénégal http://www.dapper.fr

The

Watts

Project

Roo m,

Ouatt ara


En s'appuyant sur ​​ ses racines

pact du régime de l'Apartheid

riences new-yorkaises, Ouatta-

tique, sociale et culturelle

ivoiriennes,

et

ses

ex pé-

ra Watts qui a exposé au MoMA PS1, à la Biennale de Whitney, et au New Museum à New York,

intègre des idéogrammes énigmatiques, des sy m boles religieux et les abstractions flottantes dans son travail, en

invitant diverses lectures sociales et historiques. 24-01-13 – 23-02-13

FIAF Gallery (Alliance Française)

22 East 60th Street New York, NY 10022

http://www.fiaf.org

sur la vie quotidienne polide l’Afrique du Sud.

Organisée par Okw ui Enwezor

et Rory Bester, en collaboration avec le Centre International de la Photographie de New York, cette exposition

accla mée par la critiq ue et primée explore le rôle joué

par la photographie et l'art dans l'enregistrement, la documentation et la mise en lum ière

d es

évé ne m e nts

d ra-

matiq ues q ui ont façonné la lutte contre l'apartheid. Avec

plus

de

600

photogra-

phies docu mentaires, œuvres

d'art, des films, des vidéos d'actualités,

livres,

m aga-

zines, et un assortiment de documents d'archives couvrant plus de cinq uante années de cette

période

charnière

de

l'Afrique du Sud, ces enregistrements visuels révèlent les

procédures et les processus

de l'Etat de l’Apartheid de

1948 à la première non-raciale

élection démocratique de 1994. Rise and Fall of Apartheid:

Rise and Fall of Apartheid

cracy of Everyday Life (va-

Haus der Kunst

Photography and the Bureaurious artists)

Le musée Haus der Kunst de Munich présente une exposition

historique qui présente l'une

des explorations les plus complètes sur l'héritage et l'im-

108

Du 15/02/2013 au 26/05/2013 Prinzregentenstrasse 1 80538 Munich, Germany

Tous les jours, de 10h à 20h, Jeudi : 10h à 22h

Tél. +49 (0)89 21127-113 www.hausderkunst.de


AFRIKADAA’S PLAYLIST

AFRIKADAA PLAY IDENTY « J o h ny Pi t t s i s a w r i te r a n d p h oto g r a p h e r wo r k i n g i n Lo n do n , « M y p l ay l i s t s u r ro u n d s t h e i d e a of m o d e r n c u l t u r a l i d e n t i t i e s

England . He’s cur rently working on a travel book & photo e ssay

springing f rom an inter play bet ween t he B lack dia spora and t he

l o o k i n g at ‘ B l ac k Eu ro p e’ a n d r u n s t h e we bs i te w w w. af ro p e a n .

v a r i o u s E u ro p e a n co u n t r i e s i t h a s co m e i n co n t a c t w i t h . We

co m a s we l l a s t h e Fa ce b o o k co m m u n i t y w w w.f a ce b o o k . co m/

have soulful expre ssions of solitude f rom Stockholm (Simmond s),

af ropeans»

multilingual melanges out of Berlin (Joy Denalane) and a cu ltu r ally conne c t ive Swis s- G er man re g g ae sound f rom G enev a (Phenomden) amongst others . The se sound s repre sent the power of m u s i c t o b r i n g c u l t u re s t o ge t h e r, a n d c h a l l e n ge s i m p l i f i e d notions of racial identit y.»

Stephen Simmonds «Alone» (Sweden) Les Nubians «Makeda» (France)

Joy Denalane «Vier Frauen» (Germany) Valete Nossos «Tempos» (Portugal)

Baloji «Tout ceci ne vous rendra pas le Congo» (long version) (Belgium)

Opgezwolle «Zwolle» (Netherlands) Phenomden «Eiland» (Switzerland) Michael Kiwanuka «I’ll Get Along» (Ethan Jones Session) (UK)

109

Click on the songs titles to listen to the tracks or follow this link : AFRI K ADA A: AFROPEAN I DENTITY


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Fevrier 2013 RENSEI GNEMENT S: w w w.afrikadaa.com info@afrikadaa.com w w w.facebook.com/Afrikadaapage w w w.t wit ter.com/afrikadaa

APPEL À CONTRIBUTION POUR LA PROCHAINE THEMATIQUE DE LA REVUE : AFRO-FUTURISM ©AFRIK ADA A : Tous droits de reproduc tion réser vés.

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