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pp.3-5 Forces&Faiblesses

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Présentation

Présentation

Au pays du foie gras, des gosses en haillons rôdent dans les poubelles. Au pays où un industriel peut se permettre l’hélico pour se rendre au boulot, le réseau routier est médiocre… C’est le pays de l’opulence et l’extrême pauvreté. Mais Madagascar veut réconcilier ses paradoxes. Elle se secoue, s’étire, s’ébroue pour devenir ce qu’elle doit être : un géant. par Shyama SOONDUR et Renaud MARIE

Le plan Ravalomanana

Madagascar

s’éveille route Digue est probablement l’une des plus connues d’Antananarivo. Elle mène à un marché d’artisanat étalé sur des kilomètres, regorgeant de modestes représentations de la grande créativité des Malgaches. Sur le chemin de ces merveilles, tout Madagascar défile sous les yeux. Les buildings modernes dépassent de plusieurs têtes les petites maisons aux toits rouges, serrées les unes contre les autres et s’accrochant aux flancs des collines qui dessinent le paysage de Tana. Pourtant, ce n’est pas l’espace qui manque. Il est partout, vous gonflant les poumons d’un sentiment enivrant de liberté. Tout semble possible à Madagascar. Tana offre un contraste permanent entre le beau et le laid, le très riche et le miséreux. Sur la route pour Digue, des bolides à la coque reluisante et aux vitres teintées coupent le chemin aux vétustes taxis à la silhouette de grenouille fatiguée. Hypermarchés et boutiques grand luxe dominent les petits abris de fortune, palaces des pauvres devant lesquels jouent des enfants gris de crasse. La misère a une odeur à Madagascar. Celle des égouts. Elle a un visage. Celui des enfants aux traits de vieillards, mendiant leur existence avec l’agressivité d’un cogneur sur le ring. Comme lui, ils luttent. Pour un jour de misère de plus. Madagascar figure parmi les plus pauvres d’Afrique. Deux Malgaches sur trois vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’île dépend de l’aide étrangère depuis plusieurs années. Les soins sont une nécessité dont beaucoup se passent. «La santé est payante à Madagascar», nous explique notre chauffeur de taxi. «Si vous avez la fièvre, vous pouvez vous faire soigner gratuitement. Sinon, à moins d’avoir l’argent nécessaire pour aller à l’hôpital, il faut souffrir en attendant de mourir.» Les hôpitaux se font payer à l’avance à Madagascar. Le paludisme est un des principaux tueurs. Un enfant malgache sur dix meurt avant d’avoir atteint l’âge de cinq ans. Le VIH/ Sida gagne du terrain. L’espérance de vie est en dessous de 60 ans. Le pays compte dix médecins pour chaque 100 000 habitants. L’école est un luxe que beaucoup ne peuvent se payer. Des efforts récents ont permis d’augmenter le taux d’inscription à l’école primaire à environ 90 %. Mais, pauvreté oblige, les abandons sont nombreux. À la campagne, les écoles n’offrent que neuf ans de cours. Après, si l’on veut continuer, il faut aller en ville. «C’est difficile de survivre en ville. L’ouvrier malgache gagne le salaire minimum qui lui suffit à peine pour acheter un sac de riz. Comment envoyer les enfants à l’école dans ces conditions ?» relève notre taximan. Le Malgache souffre d’un pouvoir d’achat sans cesse érodé par l’inflation. Curieusement, sa monnaie, l’ariary, s’apprécie par rapport à l’euro et la roupie mauricienne. Cela amène beaucoup à interroger les chiffres avancés par le pouvoir pour évoquer l’inflation. Mais la misère des Malgaches leur a enseigné la débrouillardise. On pêche des tilapia dans les rizières inondées par les dernières averses. Les jours de marché, lorsque les paysans descendent en ville, on peut tout acheter sur la rue contre quelques milliers de

Madagascar

s’éveille

La

Temps forts de la visite

La célébration de la Fête nationale de l’île Maurice sera le point focal de la quatrième visite officielle du président de la République malgache. Mais elle sera surtout l’occasion pour Marc Ravalomanana de présenter à l’Assemblée nationale son projet économique. La délégation présidentielle comprend trois membres du cabinet — le ministre des Affaires étrangères, Marcel Ranjeva, le ministre des Finances et du Budget, Benjamin Andriamparany, et le ministre de l’Économie, du Plan, du Commerce et du Secteur privé, Harison Randriarimanana. Une délégation d’industriels fait également le déplacement. Au programme du premier jour de visite, l’inauguration de la «Vitrine de Madagascar» à l’ambassade malgache à Floréal. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, offrira le soir un banquet en l’honneur du président. La ville de Port-Louis conférera au président malgache la citoyenneté d’honneur. Il s’entretiendra lundi avec le président et il aura un long tête-à-tête avec Navin Ramgoolam mardi.

francs malgaches. Son lit, sa chaîne hi-fi, ses vêtements, ses chaussures et même un compagnon pour le jour. Quel que soit le jour ou le lieu, le Malgache a toujours quelque chose à vendre. Une papaye cueillie dans l’arrière-cour, un pousse-pousse en bois de palissandre taillé à coup de canif, un drap brodé à la main… Un des commerces qui marche le mieux dans ce pays est bien celui des faveurs. Madagascar souffre d’une forte perception de corruption. Dans un effort de lutte contre cette perception, le pouvoir a créé BIANCO, sa propre commission anti-corruption. Les fruits et légumes n’ont pas le moindre soupçon d’insecticide ou de fertilisant chimique. «Madagascar pourrait se positionner dans le créneau d’agriculture bio», explique Alain Razafindrabe, président de l’association Jeune Patronat de Madagascar. La faible productivité qui afflige l’agriculture malgache, précisément parce que les pratiques sont traditionnelles, pourrait être une force commerciale pour le pays, dit-il. Il n’a pas tort. ▼ page 5 page 3 ●

A Tana, la jeune élite malgache rêve d’une île meilleure. Têtes pensantes et entrepreneurs, ils sont branchés sur le monde extérieur, osent remettre en question ce que leur disent les décideurs. On les rencontre dans leurs bureaux à quelque détour de chemins en montagne russe de Tana. Ou alors, derrière un desk, dans les grands bâtiments qui peuplent les parcs industriels. Que pensent-ils du programme de relance proposé par le président ? «C’est dans l’action que sera jugé le gouvernement. Il ne faut pas que les concepts phares, dont le rôle d’avant-plan réservé aux partenariats privé-public, sur lesquels se fonde le programme de relance, restent lettre morte. L’Etat doit se contenter du rôle de facilitateur», dit Alain Razafindrabe. En route pour le marché de la Digue, on est souvent pris dans l’embouteillage. Alors, le taxi fait parfois le détour par des quartiers de riches où de hauts murs gardent des villas avec piscine couverte. Être riche, c’est risqué. On est la cible de bandits et malfrats. L’autre jour, nous raconte notre taximan, un industriel a dû payer deux millions de dollars de rançon pour récupérer sa fille kidnappée… Mais Tana n’est qu’une vitrine de Madagascar. Sa capitale n’est pas fidèle à ce qu’elle est. Environ 1,3 million de Malgaches seulement y vivent. Les autres sont dispersés dans le pays. Si loin que leurs villages et hameaux ne sont même pas accessibles en voiture. Lorsque le taxibus – fourgonnette avec une unique porte d’entrée à l’arrière - vous dépose sur la route au bout de plusieurs heures, il faut encore marcher longtemps pour y arriver. La route elle-même est de qualité très inégale en dehors d’Antananarivo. Le réseau routier mesure 29 600 kilomètres. Seule une moitié est de qualité acceptable. Autrefois, Madagascar possédait un

Le président Marc Ravalomanana entraîne son pays dans un virage à 180 degrés. Société agraire et traditionnelle aujourd’hui, Madagascar sera une économie à haute performance demain. Il se donne sept ans pour parvenir. Son plan de route est dessiné dans le Madagascar Action Plan (MAP). Les objectifs sont clairement énoncés. Le Malgache mangera à sa faim. Il pourra se faire soigner. Il aura un logement décent. Il sera éduqué et pourra travailler. Les routes seront meilleures. Le téléphone, l’Internet, la radio et la télévision auront une couverture plus large. Cinq moteurs sont identifiés pour pousser le pays hors du marasme de la pauvreté. Les secteurs traditionnels (l’agriculture, les mines et les industries manufacturières) seront modernisés et consolidés. Des filières nouvelles, celle des services d’information et de télécommunication notamment, seront explorées. L’Etat laissera faire le secteur privé. Il se réserve le rôle de facilitateur. Il rationalisera les structures fiscales et procédurales seront rationalisées et investira dans les infrastructures - routes, ports, aéroports, télécommunications… Il veillera finalement à ce que le peuple malgache ait sa part du progrès. Le président Ravalomanana s’est engagé personnellement à réussir cette réforme . «Chaque ministère et département du gouvernement a un plan d’action extrêmement détaillé. Nous avons mis en place un mécanisme de contrôle et de suivi rigoureux pour assurer que personne ne traîne les pieds. Le président luimême suivra la progression des dossiers. Chaque responsable devra lui rendre des comptes», indique Prega Ramsamy, conseiller spécial du président Ravalomanana et patron de l’Economic Development Board of Madagascar. INDICATEURS Index de développement humain de l’Onu (Rang) Taille de la famille (Taux de fertilité) Taux de pauvreté

2005 146 de 177

2012 100 50 %

Nombre d’enfants par famille

85.1 % (en 2003) 5.4

Espérance de vie Alphabétisation Enfants qui terminent le cycle secondaire

55.5 63 % Brevet : 19 %

58 à 61 80 % Brevet : 56 %

Croissance économique Produit intérieur brut PIB par tête d’habitant Investissement direct étranger Climat des affaires (classement BM) Indice de perception de la corruption Foyers propriétaires d’un titre foncier

Bac : 7 % 4.6 % $5 milliards $309 $84 millions 131 2.8 10 %

Bac : 40 % 8 % à 10 % $12 milliards $476 $500 millions 80 5.2 75 %

3à4

Tana offre un contraste permanent entre le beau et le laid, le très riche et le miséreux.

Spécial Madagascar ● Hors-série - l’express du lundi 12 mars 2007

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