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141 VITALITÉ • DÉTRESSE • FAITS & TÉMOIGNAGES

L’ÉGLISE DANS LE MONDE • N°141 • DECEMBRE 2008 • 6 e

« Nous ne fuirons pas »

Portrait

Père Joseph Zhu Yu Té, prêtre clandestin en Chine

Décryptage La liberté religieuse : une urgence


Edito La liberté religieuse

libres de croire ?

Deuxième numéro de notre nouvelle formule, il faut bien reconnaître que jusqu’à maintenant, les réactions ont été pour la plupart très positives. Faut-il mettre ça sur le compte de la charité ou simplement accueillir avec joie la satisfaction du plus grand nombre ? Quoi qu’il en soit, un grand merci à tous ceux qui nous ont encouragés ! L’AED vient de publier, vous le savez sans doute, le Rapport 2008 sur la liberté religieuse dans le Monde. Même s’il concerne toutes les religions, force est de constater que les principales victimes par Marc Fromager Directeur National de l’AED de l’absence de liberté religieuse sont les chrétiens. Dans une revue intitulée « L’Église dans le Monde », on est donc au cœur du sujet, sur lequel on revient dans la rubrique Décryptage. À cette occasion, Mgr Casmoussa, évêque syrien-catholique de Mossoul, est venu illustrer concrètement ce sujet à propos de son pays, l’Irak. Vous le retrouverez dans la Tribune et son pays dans le Carnet des Continents. Nous vous proposons également de vous rendre en Russie, où était récemment une délégation de l’épiscopat français menée par le cardinal Vingt-Trois, en Inde où la situation ne s’arrange pas, ainsi qu’au Soudan et au Venezuela. Trois mois après les Jeux Olympiques, vous rencontrerez également en Portrait le père Joseph, un prêtre clandestin chinois, qui a offert sa vie pour l’Église. Thomas aurait-il fondé l’Église en Chine ? Les chrétiens vont-ils disparaître d’Orient ? Où en sommes-nous du rapprochement entre catholiques et orthodoxes ? Toutes ces questions, posées à travers les différentes rubriques de cette revue, se retrouvent, parmi d’autres, dans les recensions du kiosque. Bonne lecture à tous !

Sommes-nous

LE RAPPORT 2008 SUR LA LIBERTÉ RELIGIEUSE DANS LE MONDE

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SOMMAIRE

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Association publique universelle de l’Église catholique, l’AED est une Œuvre de l’Église et pour l’Église. Sa mission est de venir en aide aux chrétiens qui souffrent à cause de leur foi. Envoyez votre chèque à :

Directeur de la publication Rédacteur en chef Marc Fromager Rédactrice en chef adjointe Anne-Céline Durrande Comité de rédaction Marc Fromager, Anne-Céline

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Le DVD : Chine, un réveil de la foi

Durrande, Père Joël Courtois,

UN REVEIL DE LA FOI

es reux témoignag A travers de nomb tants, percu émouvants et exceptionnel vous ce documentaire ieur. Chine de l’intér fait découvrir la ue antireligieuse Malgré une politiq dans le 60 ans, perce menée depuis ment spirituel et notam pays un réveil re de chrétiens chrétien. Le nomb er, mais le plus ment d’aug cesse . ne ère clandestine e souvent de mani ureus l’histoire doulo Ce film retrace is et la réalité de des croyants chinoe aujourd’hui. leur vie quotidienn tages, l’Église repor ces de Au cœur té recherche d’uni catholique à la sa partie clandestine et entre sa partie pour enjeu essentiel « officielle », un en Chine. l’avenir de la foi

Secrétaire de rédaction Véronique Belle

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carnet des continents

europe

afrique

russie . ....................................................................................... 10/13 soudan . ................................................................................ 14/17

asie inde .................................................................................................... 18/21 amerique venezuela ...................................................................... 22/25 moyen-orient irak ...................................................................... 26/29

Père Samer Nassif, Didier Rance

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lEs points chauds...................................................................................... 04/05 LE MONDE EN BREF. ................................................................................................... 06 tribune libre parole : mgr casmoussa ......................................................... 07 DECRYPTAGE La liberté religieuse . ...................................................... 08/09

Pierre Bouhey

AED - 29 rue du Louvre 78750 Mareil-Marly www.aed-france.org

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actualité

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chin

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rendez-vous liturgie du monde

rite romain .................................................... 30/31

kiosque écouter, lire, voir .................................................................................... 32 courrier du lecteur témoignages ..................................................... 33 portrait PÈRE joseph zhu yu té ......................................................................... 34 agir aux philippines . ...................................................................................... 35 prière.......................................................................................................................................... 36

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les points chauds

Vitalité

Inquiétude

Détresse

Bosnie-Herzégovine Treize ans après la fin de la guerre, à peine 2 % des réfugiés catholiques ont pu rentrer chez eux. Mgr Franjo Komarica, évêque de Banja Luka, déplore que ni le gouvernement bosniaque ni la communauté internationale ne fassent quoi que ce soit pour permettre le retour dans leur patrie.

PAKISTAN

TURQUIE

Une école de jeunes filles tenue par des religieuses a été détruite début novembre par des groupes intégristes musulmans. 150 autres écoles chrétiennes ont été attaquées ces dernières années.

Les Franciscains de Turquie sont d’infatigables constructeurs du dialogue islamo-chrétien. Leur présence est empreinte du désir de rencontrer l’autre comme un frère, et de parcourir le chemin de la connaissance réciproque.

GUATEMALA

IRAK

Les évêques sont préoccupés par l’augmentation de la violence dans le pays qui gêne aussi le travail pastoral de l’Eglise.

Angola

Alors que plus de 2000 familles chrétiennes sont revenues dans la ville de Mossoul, deux sœurs irakiennes chrétiennes ont été assassinées le 12 novembre.

La nouvelle de la prochaine visite de Benoît XVI en Angola a été accueillie avec joie et surprise par toute la population. Cette visite « est un encouragement à poursuivre le processus d’évangélisation du pays »

RÉP. DÉMOCRATIQUE DU CONGO Le 12 octobre déjà, Benoît XVI avait appelé les fidèles à prier « pour la réconciliation et la paix » sur le territoire et pour les populations en proie à une grande souffrance. Les informations sur la reprise des combats dans cette partie du pays, a expliqué le cardinal Martino, « constituent une sonnette d’alarme et un grave motif de préoccupation ». « Le monde ne peut 04 ■ L’eglise dans le monde N°141

continuer à regarder sans réagir, des victimes innocentes mourir sous le coup de violences et d’actes barbares, ni se désintéresser du sort de dizaines de milliers de déplacés fuyant la guerre, exposés aujourd’hui aux intempéries, aux maladies et à la faim ». Le Conseil pontifical Justice et Paix souligne « l’im­ portance de trouver une solution à la crise qui tienne

en juste considération les préoccupations de paix et de sécurité de tous les pays et de tous les habitants de la région des Grands Lacs, en Afrique, car il ne peut y avoir de paix tant que cette paix n’est pas une paix globale, fondée sur le dialogue et la réconciliation, conditions indispensables pour la stabilité et un développement solidaire ». Le 30 octobre, dans son appel pour la paix au Congo,

Inde Selon John Dayal, un responsable chrétien, « des dizaines de milliers de réfugiés se cachent encore dans la forêt. Beaucoup sont blessés ». Pour lui, les réfugiés y sont encore pourchassés pour être mis à mort, sous le regard de policiers passifs.

le cardinal Renato Raffaela Martino a demandé aux belligérants de « renoncer à la logique de la confrontation » et à la communauté internationale d’intervenir « de tout son poids dans la résolution de cette crise » ■

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le monde en bref

Brèves

Pékin et Taïwan Amélioration des relations Le Saint-Siège salue l’amélioration des relations entre Pékin et Taïwan. « Un dialogue franc et constructif », a affir­ mé le Pape, est la « clef » pour arriver à « résoudre les conflits qui menacent la stabilité de notre planète ». L’Église catholique « est désireuse de promou­ voir des solutions pacifiques aux conflits de toutes sortes  » et elle est particulièrement attentive et « encou­ rage même les signes les plus faibles

de dialogue et de désir de réconcilia­ tion. Le Saint-Siège soutient par consé­ quent les efforts des gouvernements pour être des défenseurs convaincus de la dignité humaine et des bâtisseurs de paix courageux ». Au président Ying-jeou Ma, premier catholique élu à la tête de la République, le Pape a dit être satisfait de l’action de son gouver­ nement en faveur de la liberté religieuse. ■

Singapour

Un réseau de catholiques dans le monde des affaires À Singapour comme ailleurs dans le monde, le développement des réseaux est à la mode. Rien n’avait été encore mis sur pied pour les catholiques dans le monde des affaires. Le 30 octobre dernier, ce vide a été comblé avec le lancement de CBN ou Catholic Business Network. Deux objectifs à ce réseau : aider les entrepreneurs catholiques et les salariés qui travaillent pour eux « dans leur cheminement avec Dieu », les encourager à vivre les valeurs catholiques, en matière d’éthique et de moralité au travail ». Le deuxième objectif est d’inciter ces catholiques à utiliser leurs talents et leurs ressources au service de la communauté. Mgr Nicholas Chia, archevêque de Singapour a salué cette initiative, expliquant qu’un tel réseau pou­ vait être profitable tant à la société qu’à l’Église. ■

Pakistan Fidèles au Christ malgré les menaces fondamentalistes A l’occasion de la présentation fin octobre, du Rapport sur la liberté religieuse dans le monde publié par l’AED, Mgr Lawrence Saldanha, archevêque de Lahore, a témoigné de la pression subie par les chrétiens par les extrémistes musulmans au Pakistan. « Les fondamentalistes islamiques veulent imposer leurs idées sur l’islam. Ils défendent des conceptions très rides et prétendent surtout voir s’instaurer le droit islamique. Il arrive de plus en plus fréquemment aujourd’hui que les extrémistes obligent les chrétiens à passer à l’islam. C’est là un sérieux problème pour nous. Tout est bon pour convertir à l’islam chrétiens et hindous. Il s’agit d’un phénomène assez répandu, une violation de la liberté religieuse. Appartenir à une minorité est un problème surtout parce que, bien qu’étant pakistanais, nous sommes traités sur notre terre comme marginaux ». 06 ■ L’eglise dans le monde N°141

Diocèse de Fengciang. Devant l’église Saint Pierre.

Kenya

Religieuses italiennes enlevées Deux missionnaires de nationalité italienne ont été enlevées le 10 novem­ bre à El-Wak, au nordouest du Kenya. Les deux religieuses, Petites sœurs de Charles de Foucauld y œuvrent depuis plusieurs années, où elles travaillent avec les réfugiés soma­ liens. La zone d’El-Wak est en proie à une grave sécheresse depuis quel­ ques mois et les deux mis­ sionnaires s’y trouvaient pour effectuer un état des lieux. Elles auraient été enlevées au Kenya par des hommes armés non identifiés, qui seraient ensuite passés avec leurs victimes en Somalie. ■

tribune

Libre parole

« Nous ne fuirons pas l’Irak » P Monseigneur Georges CASMOUSSA Évêque syrien-catholique de Mossoul

Evêque syrien-catholique de Mossoul, Mgr Georges Casmoussa est né le 25 octobre 1938. Il a été ordonné prêtre en 1962 et sacré évêque en 1999. Il est aujourd’hui coordinateur du Conseil des Evêques de Ninive, qui rassemble les évêques catholiques et orthodoxes de Mossoul.

endant le Ramadan (entre le 1er et le 8 octobre), nous avons été la cible d’une véritable cam­ pagne de persécution. Douze chrétiens de Mossoul ont été tués : 12 ouvriers chrétiens qui ont été froidement assassi­ nés sur leur lieu de travail ; des maisons de chrétiens ont explosé. Désormais, il s’agit d’intimider toute la communauté chrétienne pour l’obliger à partir. On reçoit tous des lettres de menace “Quit­ tez la terre de l’islam” accompagnées de cartouches. La communauté chrétienne est soumise à de très fortes pressions par les fondamentalistes. Les chrétiens ne bénéficient pas de fait de la liberté de croire, de pratiquer, certains nient même leur droit d’exister en Irak. Pas moins de 1894 familles chrétiennes ont fui Mossoul et sa banlieue depuis début septembre. Des centaines de familles chrétiennes ont dû se réfugier dans des régions plus sûres. Cela nous bouleverse, c’est une attaque très symbolique car Mossoul est le cœur et le berceau de la chrétienté en Irak. Ainsi, la chrétienté irakienne, vieille de 2000 ans, est-elle est train de se vider de sa substance. Si l’exode continue, d’ici à dix ans, il n’y aura plus de chrétiens en Irak. Je demande donc au gouvernement irakien de tenir ses promesses de protection des chrétiens : nous voulons l’égalité de droit et de fait. La liberté religieuse ce n’est pas la

liberté d’aller à l’église, c’est la liberté d’expression, de pensée et d’action, de droit. Aujourd’hui, je n’ose croire qu’il existe un plan d’élimination des chrétiens de la terre d’Irak et de tout le Moyen Orient, je n’ose le croire. Nous devons garder l’espérance. Nous espérons rentrer chez nous et refaire notre vie. Mais, il ne faut pas couper le dialogue. Il ne faut pas nous décourager, il ne faut pas baisser les bras devant le terrorisme, il ne faut pas avoir peur. Il me faut continuer ma mission, je n’ai pas le droit de me décourager. Nous avons des responsabilités pastorales, nous devons continuer à témoigner pour encourager le peuple et lui donner des raisons de vivre. Pas question de fuir, donc. Fuir notre terre, c’est nous fuir nous-mêmes. Levain, nous devrions rester dans la pâte de notre pays pour le fermenter. La vocation chrétienne n’est-elle pas une vocation de levain, de témoignage favorable au pluralisme, d’assainissement culturel et humain ? La persécution est un ferment de chrétiens. Cette situation des chrétiens en Irak a fortifié leur foi et leur attache­ ment à l’Église. D’ailleurs, dans ces jours très pénibles, en plein exode, les gens viennent à l’église comme une révolte contre cette actualité pénible pour se retrouver socialement, entre familles et s’échanger des nouvelles. La situation n’altère pas leur Espérance ! ■

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décryptage

Comprendre

Marc Fromager Directeur National de l’AED.

Alors qu’elle pourrait apparaître comme le combat partisan de factions confessionnelles, force est de constater que la liberté religieuse nous concerne tous, y compris au quotidien, et que son respect est devenu plus que jamais une nécessité urgente..

La liberté religieuse : une urgence !

L

e droit à la liberté de reli­ gion a été défini par l’article 18 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (10 décembre 1948) et implique «  la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ». L’Église catholique n’est

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pas étrangère à cette évo­ lution, elle qui a théori­ sé la première le respect absolu de la conscience, en particulier depuis Thomas d’Aquin. Mais c’est au XXe siècle, du­ rant le concile Vatican II, qu’elle a précisé sa conception de la liberté religieuse dans Digni­ tatis humanæ. Or ce droit fondamen­ tal est aujourd’hui l’un des moins respectés. Les principaux motifs de négation de la liberté religieuse sont religieux ou idéologiques, ce que

reflète de manière signi­ ficative la liste des pays les plus concernés : Arabie Saoudite, Irak, Iran, Pakistan, Soudan (islam), Inde (hindouis­ me), Corée du Nord, Chine, Vietnam (com­ munisme). Cette néga­ tion ou restriction peut être le fait des États mais aussi de groupes extrémistes. L’enjeu est ni plus ni moins que la paix : « Il ne peut y avoir de paix sans compréhension et sans coopération entre les religions. Il ne peut y

avoir de compréhension ni de coopération entre les religions sans liber­ té religieuse » affirme Mgr  Mamberti, «  minis­ tre des Affaires étrangè­ res  » du Saint-Siège, ce que l’actualité démontre chaque jour davantage. Mais cette négation peut également s’opé­ rer «  de manière plus sournoise, par la pré­ dominance culturelle de l’agnosticisme et du relativisme  » (Benoît XVI), ce qui concerne a priori davantage les sociétés occidentales. Au-delà des railleries dont seuls les chrétiens semblent pouvoir être la cible, ce relativisme ambiant va effective­ ment poser des problè­ mes pour l’Église, de manière très concrète, notamment pour la famille et la bioéthi­ que. « Nous savons que le couple et la famille affrontent aujourd’hui de vraies bourrasques  » a dit Benoît XVI lors de son voyage en France. Par ailleurs, que reste­ ra-t-il de la famille lors­ que le dimanche aura disparu ? Concernant la bioéthique, on peut parler de réelle fracture anthropologique, qui ne manquera pas d’exposer l’Église de plus en plus à la critique.

Se posera alors (ou se pose déjà) la question de la réelle liberté de l’Église en France de prendre position sur ces questions de société. L’Église a-t-elle encore le droit d’exprimer son point de vue ? N’est-elle pas finalement comme réduite au silence par cette culture de mort ? Il faudrait alors nous situer nous-mêmes face à cette interroga­ tion : nous qui ne som­

R

mes pas contraints au silence, que faisonsnous de cette liberté ? Même sans obstacles extérieurs, n’y a-t-il pas d’importants freins intérieurs ? N’avonsnous pas trop souvent comme intégré cette invitation pressante au silence que le monde nous distille ? Ainsi pouvons-nous vérifier que cette ques­ tion de la liberté reli­ gieuse nous concerne

tous, même si ce n’est pas aujourd’hui de ma­ nière aussi dramatique partout. La défense de cette liberté apparaît donc, outre le service immédiat que nous pouvons apporter à des personnes qui souffrent aujourd’hui, comme une nécessité pour no­ tre propre avenir. ■

Marc FROMAGER, Directeur de l’AED

apport 2008 sur la liberté religieuse dans le Monde

L’AED vient de publier un Rapport sur la liberté religieuse dans le monde, dont l’approche factuelle permet de décrire sans parti pris la situation de 191 pays, quelles que soient les religions concernées. Il apparaît néan­ moins très clairement que les principales victimes de l’absence de liberté religieuse dans le monde sont les chrétiens. L’absence de liberté religieuse fait aujourd’hui d’innombrables victimes. C’est pour elles que l’AED publie ce Rapport en espérant qu’il produira une prise de conscience et un effet de stimulation auprès des autorités politiques, ce qui contribuera à améliorer les conditions de vie de millions de personnes. C’est

audacieux mais c’est le moins qu’on puisse faire pour ceux qui vivent des souffrances inima­ ginables et qui risquent concrè­ tement leur vie. Parmi eux, nous pensons particulièrement aujour­ d’hui aux chrétiens d’Irak et de l’Inde. ■ 528 pages + carte du monde de la liberté religieuse + nombreuses statistiques (appartenance religieuse, nombre de chrétiens et de catholiques, nombre de réfugiés et déplacés…) Prix : 20 € franco de port à commander à : AED, 29 rue du Louvre, 78 750 Mareil-Marly ou sur www.aed-france.org L’eglise dans le monde N°141 ■ 09


europe

Russie

Russie

La sagesse gouverne t-elle le monde ?

L

e nouveau fonctionnement du tandem Vladimir Poutine – Dmitri Medvedev, dont les rôles sont inversés depuis les élections du 2 mars 2008, s’est rapidement vu confronté à une importante crise : celle de la guerre de Géorgie et la reconnaissance de deux nouveaux États – Ossétie du Sud et Abkhazie –. Cette crise, d’un point de vue religieux, a fait entrer l’Église dans un jeu subtil entre les pays en faction d’une part, l’Occident d’autre part. L’Église orthodoxe russe cherche à se positionner dans ce contexte, comme un partenaire sur lequel on peut s’appuyer pour dialoguer. C’est cette tentative de dialogue que l’on retrouve aussi dans l’amélioration des relations entre Rome et Moscou, et dans la figure d’Alexandre Soljenitsyne qui vient de repartir vers le Père. Prêtres orthodoxes du diocèse de Krasnoïarsk.

Repères Surface 17 075 400 km2 Population 142 480 000 habitants Religions orthodoxes : 40% catholiques : 1,4 % protestants : 4,66 % Langue officielle russe

L’Église orthodoxe dans la crise géorgienne

L

es responsables de l’Église orthodoxe russe ont appelé les peuples de Russie et de Géorgie à préserver leur amitié. Ils mettent en garde contre toute tenta­ tive d’attiser la haine après le conflit qui a opposé les deux pays. Au tout début du conflit en Ossétie du Sud, le 8 août, le patriarche de Moscou, 10 ■ L’eglise dans le monde N°141

Alexandre Soljenitsyne.

Alexis II, a publié un message dans lequel il s’adresse « à tous ceux qui sont aujourd’hui aveuglés par la haine  », et leur dit : «  arrêtez ! ne laissez pas plus longtemps le sang couler, ne laissez pas ce conflit s’étendre ». « Je connais les appels à la paix lancés par le patriarche-ca­ tholicos Elie II de Géorgie. L’Église russe est prête à associer ses efforts à ceux de l’Église de Géorgie pour agir en faveur de la paix », ajoutaitil, tout en regrettant que « des peu­ ples orthodoxes s’affrontent, alors qu’ils sont appelés par le Seigneur à vivre ensemble dans l’amour et dans la fraternité ». De son côté, le père Vsévolode Tchapline, porte-parole officiel du patriarcat de Moscou, déclarait à la télévision : « les peuples russe et géorgien ont toujours vécu ensem­ ble… Nous savons qu’à plusieurs

reprises, la Russie a sauvé le peuple géorgien de la servitude et de l’ex­ termination. Nous savons que, dans les épreuves, nous nous sommes toujours soutenus mutuellement, que ce soit pendant la deuxième guerre mondiale ou pendant les persécutions soviétiques contre la foi et l’Église ». Selon le père Tchapline, seul « un insensé peut déclarer que tous les Géorgiens sont des ennemis et at­ tiser les sentiments anti-géorgiens dans notre pays ». Les hommes poli­ tiques vont et viennent, les peuples restent. Il est important aujourd’hui de ne pas dilapider le potentiel que renferme notre amitié ».

Des conséquences ecclésiales Après l’indépendance reconnue de

l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, certains représentants du patriar­ cat de Moscou, s’exprimant à titre personnel, ont publiquement remis en cause le rattachement de ces régions à la juridiction du patriar­ che de Géorgie. Ainsi, selon le père Tchapline, « une décision politique a été prise, et il n’est pas possible de ne pas y accorder d’importance, ne serait-ce que parce qu’elle est fondée sur l’opinion unanime des membres des deux chambres du Parlement (russe), qui ont répondu aux sentiments existant au sein des peuples abkhaze et ossète  ». Plus tard, interrogé sur la question de savoir si les paroisses orthodoxes si­ tuées dans les deux républiques in­ dépendantistes allaient dorénavant faire partie du territoire canonique de l’Église russe, le père Tchapline a répondu : « les décisions politiques ne permettent pas de trancher les juridictions ecclésiales ni le partage des sphères de responsabilité pas­ torale. Ces questions doivent être résolues sur le plan canonique, par le dialogue entre les deux Églises ».

Une délégation orthodoxe géorgienne rencontre le patriarche russe Un événement salué par les deux parties, malgré la rancœur tenace que Russie et Géorgie nourrissent l’une envers l’autre depuis la guerre au sujet de l’Ossétie du Sud. Le pa­ triarche Alexis II a mis l’accent sur le rôle positif que jouaient les Égli­ ses. « Je crois qu’aucun cataclysme

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Russie

Russie

politique ne saurait ébranler notre unité fraternelle et notre rencontre d’aujourd’hui en est une preuve convaincante ». Le métropolite Guérasim de Zougdidi et Tsaishi, président du Département des relations exté­ rieures du Patriarcat de Géorgie, a déclaré : « Aujourd’hui, comme vous le comprenez bien, il n’y a pas de relations entre la Géorgie et la Russie, ni diplomatiques, ni politiques, ni économiques. Mal­ heureusement, les liens culturels ont également été rompus. Les seu­ les relations qui ont été préservées sont celles de l’Église. Cela devrait permettre de restaurer, petit à petit, les liens ».

Mgr Paolo Pezzi, archevêque de Moscou.

universel, en reconnaissant qu’il appartient par tradition à l’évêque de Rome. Les orthodoxes m’ont cependant assuré qu’il s’agit d’étu­ des sérieuses de fond et qu’elles ne sont qu’à leur début ». Puis, il a ajouté : la rencontre entre des théologiens, des évêques et des experts n’est pas suffisante ; il est de toute première importance de réunir les peuples. On peut prépa­ rer l’unité, mais pas l’organiser ; elle est un don de l’Esprit et nous ne pouvons que prier pour cette unité. L’Église peut être une unité dans la diversité, ou mieux, une diversité dans l’unité ». ■

À Dieu, Alexandre Soljenitsyne

Rome-Moscou : amélioration des relations Du 21 au 31 mai 2008, le cardinal Kasper, Président du Conseil pon­ tifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens, s’est rendu en Russie à l’invitation du métropolite Kirill, Chef du Département des relations extérieures du Patriarcat. Interrogé à son retour par l’agence Zenit sur l’évolution des rapports ortho­ doxes-catholiques, le Cardinal a répondu : « Beaucoup de choses ont changé en mieux, il n’y a pas de doute. Les orthodoxes sont à la recherche d’une coopération sur les valeurs chrétiennes, sur les racines communes de l’Europe, sur le témoignage moral, sur des sujets comme la famille, la bioéthique et les droits de l’homme, qui consti­

que de la Mère de Dieu à Moscou, Mgr Paolo Pezzi, est très apprécié et Benoît XVI très estimé : tous lui font confiance, aussi peut-on espérer que les portes s’ouvrent, même si la route est encore longue ». Quant aux obstacles encore à franchir sur le chemin de l’unité, le Cardinal précise : « Il y a avant tout la question du primat de Pierre : l’Église orthodoxe a mis sur pied une sous-commission pour l’étudier. J’ai fait remarquer que cela pourrait nuire au document de Ravenne où, pour la première fois, on a parlé d’un primat au niveau

Alexandre Soljenitsyne s’est éteint le 3 août. Après Jean-Paul II, il est sans doute le dernier «  géant  » du XXe siècle à tirer sa révérence. Comme Jean-Paul II, il a été l’une des rares grandes « consciences » des décennies d’après-guerre, l’un et l’autre unissant l’Occident et l’Orient - les «  deux poumons de l’Europe  », comme aimait à le dire le pape polonais - dans une même vision de l’homme et de la vie, une vision profondément chrétienne en complète opposition avec les idéologies du siècle, qu’elle soit communiste ou consuméristelibérale. Contre ces idéologies, Soljenitsyne nous a définitivement vaccinés et c’est cela finalement qu’on ne lui a pas pardonné. Certes, le monde entier a rendu hommage au courage exceptionnel de l’homme qui s’est dressé contre la mécanique implacable du totalitarisme, mais le plus souvent, ces hommages ont esquivé les motivations profondes qui l’animaient, sa volonté farouche de vivre sans compromission avec le mensonge, volonté enracinée dans une vive foi orthodoxe.

Communion dans une église provisoire de Volgograd.

tuent une priorité absolue. Sur ce front, nous avons des positions très similaires. C’est le patriarche Alexis II lui-même qui a insisté sur ce point, en se disant convaincu de la nécessité du dialogue orthodoxescatholiques et en répétant que les

12 ■ L’eglise dans le monde N°141

positions des deux Églises coïnci­ dent sur de nombreuses questions du monde contemporain. Enfin, il a exprimé l’espoir que ce dialogue favorise le développement futur des contacts entre les deux Églises. De plus, le nouvel archevêque catholi­

Exilé de Russie, il a fallu peu de temps à Soljénitsyne pour comprendre et analyser les graves faiblesses de l’Occident. Il reproche au modèle occidental d’être une « communauté d’origine idéologique  » comme le communisme : tous deux sont « issus du matérialisme et de l’athéisme ». Tout découle directement ou indi­ rectement de ce rejet de Dieu : la proclamation de l’autonomie de l’homme émancipé de toute transcendance, ce qui l’entraîne finalement à s’adorer lui-même, à ne plus voir le mal qu’il porte en lui et à limiter sa quête du bonheur aux seuls besoins matériels dans une course effrénée à la consommation. Relativisme, refus du sacrifice, liberté irresponsable, tels sont les principaux maux de notre civilisation que Soljénitsyne met en lumière dans une analyse que rejoindra Jean-Paul II […]. Depuis l’éclatement de l’Union soviétique, il s’est peu à peu retiré du monde, mais n’en a pas moins fustigé le « rouleau niveleur » de la mondialisation qui gomme les particularités nationales et culturelles à l’aune du modèle mondial anglo-saxon. Pour Soljénitsyne, « toute culture nationale est bénie », « les nations sont les couleurs de l’humanité ». Autant de prises de position qui ne pouvaient améliorer l’image « rétrograde » que nos élites s’étaient faites de cet écrivain hors du commun.

L’eglise dans le monde N°141 ■ 13


afrique

Soudan

« L’espérance vaincue ? » L

e conflit s’éternise et l’attention de l’Occident s’effrite. Depuis 2003, selon l’ONU, on compterait 300 000 morts au Darfour. Qui se préoccupe réellement du Soudan, alors que la situation se dégrade et que les pourparlers de paix piétinent ?

La population survit dans l’attente de la paix et de la justice. Camp de réfugiés à Khartoum.

Repères Surface 2 505 813 km2 Population 36 362 000 habitants Religions musulmans : 70,3 % chrétiens : 16,7 % animistes : 11,9 % Langue officielle arabe

Le Président mis en accusation

L

e 14 juillet 2008, en impu­ tant au président souda­ nais Omar El Béchir des « crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre » au Darfour, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a sans doute ouvert un nouveau chapitre dans la crise sévissant dans cette

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Soudan vaste région de l’ouest du Soudan. La demande de mandat d’arrêt formulée le 15 juillet, marque aussi un tournant pour la CPI elle-même, qui pourrait ainsi poursuivre pour la première fois un chef d’État en exercice. Le procureur Luis Morero-Ocampo affirme disposer de preuves mon­ trant qu’Omar El Béchir « a écha­ faudé et exécuté un plan visant à détruire une grande partie des groupes four, masalit et zaghawa en raison de leur appartenance ethnique  ». Issus principalement de ces trois ethnies, les rebelles affirment s’être soulevés contre la mise à l’écart de leur région par le pouvoir central. Selon le procureur, sous couvert de «  lutte contre l’insurrection  », l’armée soudanaise et ses sup­ plétifs, des milices djandjawides (hordes, en arabe) s’en sont pris à la population civile. « Pendant cinq ans (ils) ont attaqué et détruit les villages, indique le procureur dans un communiqué. Leurs éléments poursuivaient les survivants dans le désert. Quand ils arrivaient dans les camps pour personnes déplacées, ces dernières étaient soumises in­ tentionnellement à des conditions d’existence qui devaient entraîner leur destruction ».

Craintes et approbation L’archevêque catholique Antonio Menegazzo, administrateur apos­ tolique d’El Obeid, qui englobe la région du Darfour, craint la mul­

Cours de catéchisme dans une église de fortune. Camp de réfugiés à Khartoum.

tiplication des violences après cette accusation. Celle-ci risque de déclen­cher des affrontements religieux dans le pays, déjà marqué par des violences qui ont déchiré la région du Darfour. « Tout le monde est sur le qui-vive. Les manifestations ont déjà commen­ cé à Khartoum  », a déclaré le 15 juillet Mgr Antonio Menegazzo. « N’oubliez pas que dans le monde musulman, la politique est toujours liée à la religion, même si la religion n’a rien à voir dans ce cas ». Selon l’évêque Menegazzo, cette inculpation a été bien accueillie par les habitants du Darfour, et aussi par les habitants du Sud Soudan, région ravagée par une guerre civile de plusieurs dizaines d’années, qui a pris « fin » avec la signature, en 2006 d’un « accord de paix ». Dans les autres régions du plus grand pays d’Afrique, la mesure n’aurait pas été acceptée, a-t-il affirmé. Le pasteur Jude Waweru, coordina­

teur de l’Association des Conféren­ ces épiscopales de l’Afrique de l’Est, a indiqué qu’il saluait l’inculpation d’Omar El-Béchir, au nom de son organisation. « C’est ce qui doit se passer. C’est une bonne chose pour le Soudan en général. C’est la voie qu’il faut emprunter dans un pays où le peuple est opprimé  », a-t-il déclaré, affirmant que la justice faisait son travail.

Le souci du COE : le sort des rapatriés Parmi tous les conflits armés et les crises humanitaires qui accablent ce pays, la situation au Darfour occupe une place prépondérante. Le conflit dans cette région est « une tragédie en soi », mais, d’après la déclaration du SCC (Conseil des Églises du Soudan), c’est également une menace pour la mise en œuvre de l’accord de paix global. Si l’on

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Soudan

Soudan œcuménique pour prendre part à la reconstruction du pays ».

L’Église : une présence active

Des conditions de vie inhumaines des camps de réfugiés, Khartoum.

ne résout pas tous ces conflits, « il n’y aura de paix juste pour personne ». Même là où les armes se sont tues, « on attend encore de voir les fruits de la paix ». Le manque de service de santé, d’écoles et d’eau potable constituent les urgences les plus

La compassion du Pape En janvier 2008, dans son discours au Corps diplomatique, Benoît XVI avouait son inquiétude pour les populations du Darfour : « je voudrais, en premier lieu, redire ma profonde souffran­ ce, en constatant combien l’espérance semble presque vaincue par le sinistre cortège de faim et de mort qui se poursuit au Darfour ».

pressantes. Les « rapatriés  », qui avaient été évacués à cause de la guerre, parfois depuis plusieurs années, et qui reviennent actuel­ lement dans leur région d’origine, sont ceux qui souffrent le plus de cette situation. «  Les conditions de vie dans les secteurs de réinstallation sont parfois si horribles que certains de ces rapatriés envisagent de repartir vers les régions où ils avaient été évacués », a dit le pasteur Peter Tibi, de l’Africa Inland Church, secrétaire général du SCC. La déclaration du SCC reconnaît que les Églises « n’ont pas la capacité, en bien des endroits » d’accomplir leurs « multiples tâches ». Elle admet également que les Églises ne sont pas épargnées par les problèmes de tribalisme qui affectent le pays. Le Secrétaire général du COE, Samuel Kobia, a incité les Églises à réfléchir à « un plan stratégique

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En janvier 2007, l’évêque de Torit, Mgr  Paride Taban, a adressé une invitation à toutes les congrégations religieuses afin qu’elles s’établis­ sent dans le pays pour aider à la reconstruction morale et spirituelle de la population qui, en rentrant dans sa patrie, ne trouve que ruine et désolation. Les Filles de Saint Paul ont accepté cette invitation et le 25  janvier 2008, deux sœurs pauliniennes se sont rendues à Juba, prêtes à collaborer avec l’Église locale dans l’évangélisation et dans la promotion humaine à travers les milieux de la commu­ nication sociale. L’archevêque de Juba, Mgr  Paolino Lukubu, a offert aux Filles de Saint Paul une salle près de la cathédrale, faisant également fonction de bibliothèque. C’est un espace assez large mais qui a besoin toutefois d’être rénové et agrandi. Il manque surtout du matériel audiovisuel et des livres pour les séminaristes, les catéchis­ tes, les étudiants et les particuliers. En plus de Juba, sept autres diocèses du Sud-Soudan attendent la venue des Filles de Saint Paul. Les deux missionnaires qui étudient l’arabe, s’occupent d’organiser la bibliothèque et la maison. Elles commenceront leur apostolat avec la visite des paroisses et des écoles, afin d’apporter à tous la Parole de Dieu.

L’enseignement n’est pas laissé de côté En septembre 2008 s’est ouverte une université catholique à Juba. Avec l’autorisation des autorités sud-soudanaises régionales, les premiers cours de niveau secondaire ont eu lieu sur place dès la rentrée. Le père jésuite Michael Schultheiss, qui dirigeait le projet, attendait 40 étudiants. L’école de Juba dispense des cours de sciences sociales et humaines et à Wau, dès 2010, des cours de sciences agricoles et de formation d’ingé­

Plus de place pour les chrétiens Ce fait, rapporté ci-dessous, décrit, mieux qu’une longue démonstra­ tion, le peu de cas que les dirigeants font des chrétiens en un pays où l’islam est dominant ! À Khartoum, capitale du Soudan, il n’y a guère de place pour les chrétiens, même après leur mort. La transformation du cimetière chrétien de la ville en marché de voitures d’occasion montre bien les difficultés rencontrées par la communauté chrétienne, minori­ taire dans la partie nord du pays, essentiellement musulmane. Le principal cimetière chrétien – et le seul « officiel  » – de cette ville de quelque 8  millions d’habitants occupe 1,6 hectare de terrain donné à cet effet aux Églises de Khartoum par l’ancien vice-président Abel Alier en 1975. Le Conseil des Égli­

nieur. Le Collège Comboni dans la capitale Khartoum dispense des cours d’informatique. ■

ses du Soudan (SCC) en détient les droits de propriété au nom de ses Églises membres. Pour assurer une utilisation ration­ nelle de l’espace, le terrain a été divisé en deux moitiés, dont une seule était réservée aux tombes. Il était prévu d’utiliser également la seconde dès qu’il n’y aurait plus de place dans la première, ce qui va bientôt arriver. Mais en novembre 2007, la partie vide du cimetière a été occupée par des intrus qui ont commencé à y te­ nir un marché au bétail. « Imaginez un peu », déclare le pasteur Peter Tibi, secrétaire général du SCC, «  on vendait des animaux sur un lieu à caractère sacré ». À la suite de vives protestations des responsables des Églises, le marché au bétail a été déplacé un peu plus loin, mais les chèvres et les mou­ tons ont été bientôt remplacés par des voitures d’occasion. Aux yeux des vendeurs, ce vaste terrain plat

La population soudanaise fait reposer ses espoirs sur l’Eglise.

semblait idéal pour y exposer les voitures et les faire essayer. Cette occupation illégale du cime­ tière chrétien a figuré parmi les problèmes soulevés le 27 mars, lorsque Hassan El Tighani, ministre des directives et des fondations, a reçu une équipe œcuménique de représentants d’Églises, conduite par le pasteur Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises (COE). Le groupe était accompagné par des responsables du SCC, qui était son hôte au Soudan. « J’ai été choqué d’apprendre qu’un marché au bétail profanait un lieu qui devrait être sacré  », a déclaré le pasteur Kobia au ministre, en le priant instamment de trouver une solution au problème. M. El Tighani a répondu qu’il comprenait cette préoccupation et a assuré la délégation qu’il s’engageait à porter l’affaire devant le Conseil des mi­ nistres. ■

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asie

Inde

Une spirale de violence insensée et destructrice

L

a canonisation de Sœur Alfonsa, première sainte catholique de l’Inde, au lendemain de la vague sans précédent de violences anti-chrétiennes qui a secoué toute l’Inde à partir du 24 août 2008, est un signe d’espérance dans les épreuves pour toutes les communautés chrétiennes de ce pays. Mais les dizaines de martyrs, les milliers de déplacés et les destructions importantes ne seront pas oubliés de sitôt

© Crédit photo - Ucanews

Une église endommagée lors des violences. Diocèse d’Orissa.

Repères Surface 3 287 263 km2 Population 1 136 730 000 habitants Religions hindous : 80,5 % musulmans : 13,4 % chrétiens : 2,5 % animistes : 3,6 % Langue officielle Anglais (véhiculaire) + quinze langues officielles

I

nde des contrastes ! En cette fin d’octobre 2008, Chandrayaan-1, le premier satellite indien à destination de la lune s’envole du centre spatial Satish Dhawan de Shrirakota. Il devrait rester deux ans en orbite autour de notre satellite pour une mission scientifique et tout autant politique, symbole de la fierté de

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Inde ce pays. Mais, le même jour, Parag Tanna et Jatanta Saha, deux jeunes de ces traders qui faisaient l’orgueil de l’économie indienne se sont pendus, après d’autres, suite à l’ef­ fondrement des marchés boursiers qui n’épargne pas l’Inde. Autre fleuron de l’économie indienne : la Tata Nano, la moins chère des voitures qui se préparait à envahir le monde, a été présentée à la presse mondiale à grand renfort de publicité. Las ! L’usine où elle devait être construite, à Singur au Bengale, ne verra pas le jour car les paysans dépouillés de leurs terres à son profit ont obtenu l’annulation du permis de construire après des mois de lutte. Inde de la violence ! Le 30 septem­ bre 2008, une bousculade cause la mort de 147 pèlerins hindous et en blesse grièvement plus de 300 autres dans le temple de Chamunda Devi à Jodhpur, au Rajasthan, à l’occasion de la fête de Navatra. Le mois précédent, 146 personnes étaient mortes dans des conditions similaires dans un sanctuaire hin­ dou de l’Himachal Pradesh. A ces catastrophes involontaires s’ajou­ tent des actions terroristes de plus en plus meurtrières : 80 victimes à Jaïpur en mai, 50 à Ahmedabad en juillet, plus d’une trentaine à New Delhi à la mi-septembre. Les Mouja­ hidins indiens, proches d’Al Qaïda, ont revendiqué ces massacres. Au Cachemire, le couvre-feu est en vigueur depuis le 24 août dans la vallée de Srinagar alors que la pres­ sion armée des indépendantistes est forte. A ceci s’ajoute le renouveau de violences antichrétiennes qui,

parti de l’Orissa, a gagné d’autres régions de l’Union indienne (voir ci-dessous). C’est dans ce contexte lourd que le gouvernement minoritaire du parti du Congrès de Manmohan Singh, qui a perdu le soutien des commu­ nistes, essaie de tenir jusqu’aux prochaines élections générales, programmées pour mai 2009.

cipe à la coalition au pouvoir. Nul n’aurait pu prévoir la flambée de haine meurtrière qui s’est soudain déchaînée contre les chrétiens du district de Kandhamal, le 24 août 2008, suite à l’assassinat, imputé à tort aux chrétiens, d’un leader extrémiste hindou, Swami Laxa­ nanda. En quelques heures et pen­ dant plusieurs jours les assassinats,

La reconstruction passe par la reconnaissance de la dignité de chaque être.

Les victoires du BJP (nationaliste hindou) dans plusieurs élections récentes au niveau des Etats de l’Union laissent augurer une cam­ pagne dure, à l’issue incertaine.

L’horreur frappe les chrétiens de l’Orissa Avec ses 36 millions d’habitants, l’Orissa, au sud-est de Calcutta, est le dixième état de l’Inde. Les tensions entre communautés sont entretenues par le BJP qui parti­

les viols collectifs, les pillages de villages, les destructions de maisons (4000) et d’églises (plus de 150) se sont succédé sans discontinuer dans la plupart des villages de ce district rural et se sont poursuivis une bonne partie du mois de septembre. Plus de 50 000 paysans chrétiens ont ainsi dû s’enfuir dans les forêts pour sauver leurs vies et seulement 14 000 ont pu être recueillis dans les camps montés en urgence. On dénombre 37 morts et des centaines de blessés. Les rapports envoyés à

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Inde

Manifestation contre les violences anti-chrétiennes. Diocèse d’Orissa.

l’AED par les autorités catholiques de l’Inde sont plus douloureux les uns que les autres : femme brûlée vive à Bargarh, monastère des sœurs de mère Teresa attaqué à Sranasada deux mois seulement après avoir été reconstruit, reli­ gieuse catholique du centre social de Cuttack Bhabaneswar violée par un groupe d’extrémistes après la destruction du centre. Le P. Joseph Babu, secrétaire de la conférence des Evêques de l’Inde révélera que dans certaines secteurs les chré­ tiens, qui n’ont pu s’enfuir à temps, ont été convertis de force puis uti­ lisés en boucliers humains dans les attaques contre les autres villages chrétiens ou obligés sous peine de mort d’en brûler les églises.

La violence s’étend La vague de violence qui s’est abat­ tue sur les chrétiens de l’Orissa a touché d’autres Etats, à commencer par ceux voisins du Madhya Pradesh

et du Chhattisgarh. La cathédrale de Jabalpur a été pillée et incendiée le 19 septembre, juste après l’attaque du Carmel de Banduha. Elle s’est aussi étendue à des régions parfois fois éloignées de la côte Est, et en particulier au Karnakata, passé en mai 2008 sous la coupe du BJP. Plus de 25 églises ont été attaquées et détruites dans ce seul Etat, et 20 dans le Tamil Nadu. Même le Kerala, connu pour sa convivialité entre confessions religieuses est touché. Près de Kochi, la cathédrale des chrétiens syriaques datant de 825 et une église datant du XVIIe siècle ont été attaquées. Au total le bilan des violences après deux mois s’élève à près de 500 chrétiens assassinés et des centaines de blessés

La réponse chrétienne Pour le P. Babu, ces attaques contre les chrétiens de l’Inde sont la pire attaque antichrétienne des dernières

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années. De plus la zone est interdite aux étrangers, et la reconstruction sera longue et onéreuse. Ces violen­ ces antichrétiennes ont été condam­ nées par le Vatican dès le 26 août, puis à nouveau le 12 octobre par Benoît XVI sur la Place Saint-Pierre à l’occasion de la canonisation de la première sainte indienne catholi-­­ que : « J’assure les chrétiens d’Inde de mes prières en ce temps difficile. J’appelle ceux qui commettent des actes de violence à renoncer à ces actes et à rejoindre leurs frères et soeurs afin de travailler ensemble à une civilisation de l’amour », a déclaré le Pape. Mais les autorités catholiques essaient aussi de dé­ samorcer la spirale de la violence. Au Karnakata, Mgr Bernard Moras, archevêque de Bangalore, s’est dit prêt à discuter et à collaborer avec le président du BJP pour recadrer les énergies de ce parti vers le développement et le bien commun plutôt que contre les chrétiens. De son côté, et dès le 28 août, sœur Nirmala, qui a succédé à la tête des Missionnaires de la Charité à la Bse Mère Teresa, a adressé aux popula­ tions d’Orissa et de toute l’Inde un message dans lequel elle rappelle qu’« il ne faut pas utiliser la religion pour se diviser et que la violence au nom de la religion est un abus de la religion elle-même ». Sœur Nirmala a ajouté : « Au nom de notre pays et de notre noble héritage, au nom des pauvres, des enfants et de tous nos frères et sœurs victimes de cette violence insensée et destructrice : prions, ouvrons-nous à la lumière et à l’amour de Dieu ; déposons les armes de la haine et de la violence

et revêtons nous de l’armure de l’amour ; pardonnons-nous les uns les autres pour le mal que nous nous sommes fait... Demandons à Mère Teresa de prier afin que nous devenions des instruments de Dieu et de sa paix, constructeurs de la civilisation de l’amour ».

Au moins 500 chrétiens tués en Orissa Le nombre des victimes de la vague de violence antichrétienne qui a frappé récemment l’Etat indien d’Orissa s’élève à 500, affirme un représentant du gouvernement lo­ cal qui signale avoir donné l’autori­ sation d’incinérer quelque 200 corps. Selon le gouvernement, les victimes officielles des violences seraient une trentaine. Les 15 et 16 octobre, le Cpi-Ml (Parti communiste de l’Inde marxis­ te-léniniste) s’est rendu dans les villages détruits et dans les camps de réfugiés, rencontrant et interro­ geant des magistrats et des policiers. « Outre les affirmations concernant le nombre réel de morts, le compterendu affirme qu’il y a aussi une différence entre ce que dit le Gou­ vernement et ce qui se passe réelle­ ment dans les camps de réfugiés », rapporte l’agence de l’Institut pon­ tifical des missions étrangères (PIME). En effet, selon le gouvernement, les 15 camps de réfugiés (qui accueillent 12.641 personnes), auraient de la nourriture en abondance, des méde­ cins, des médicaments et des écoles pour les enfants. Or, en visitant

© Crédit photo - Ucanews

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Inde

L’Eglise appelle à se revêtir de l’armure de l’amour. Mgr Yvon Ambroise à Manapad, lors de la fête de la Sainte Croix.

certains camps, le groupe a constaté que les rations alimentaires sont insuffisantes, qu’ils manquent de médicaments et que les femmes enceintes n’ont aucune assistance. Les chrétiens qui y vivent sont quant à eux terrifiés et « craignent pour leur vie s’ils devaient oser rentrer dans leurs villages ». « Les groupes fondamentalistes veulent renvoyer les forces de police mandatées par le gouvernement central, et s’organisent en groupes armés, menaçant tous ceux qui ne

se convertissent pas à l’hindouisme, rappelle AsiaNews. Pour leur part, les responsables des camps de réfu­ giés poussent les réfugiés à regagner leurs villages, leur assurant que la vie y a repris son cours normal ». Dans son rapport, le Cpi-Ml affirme que ce pogrom contre les chrétiens a été organisé depuis longtemps par le Vishwa Hindu Parishad et le Ba­ jrang Dal, raison pour laquelle il demande à ce que le gouvernement central proclame leur mise au ban et les mette hors-la-loi. ■

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Amerique

Venezuela

Venezuela

Chavez fait monter la pression

M

algré les persécutions et l’endurcissement des pressions de Chavez contre elle, l’Église vénézuélienne poursuit sa mission d’annoncer et de servir l’Évangile, avec une attention particulière pour les pauvres et le souci de la réconciliation entre tous les Vénézuéliens L’Eglise au service des plus pauvres. Diocèse de Caracas.

Repères Surface 910 050 km2 Population 26 749 000 habitants Religions catholiques : 96 % protestants : 2 % autres : 2 % Langue officielle espagnol

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lu président en 1999 et réélu fin 2006, le président Hugo Chavez a renforcé son autorité après sa victoire durant les élections législatives fin 2005, boycottées par l’opposition. Avec un taux de 75 % d’abstention, cette assemblée, bien que légale, n’est pas représentative. On a vu qu’en décembre  2007, un référendum, pour étendre encore les pouvoirs 22 ■ L’eglise dans le monde N°141

L’Eglise appelle à un retour à la sérénité.

présidentiels, a été perdu par le pouvoir, constituant une surprise. Malgré cette défaite, le Président a accéléré sa politique de contrôle étatique sur l’économie, les médias, voire la religion. Les Vénézuéliens ne sont pas suffisamment forts dans leur foi pour résister à l’endoctrine­ ment idéologique d’un président démagogue et manipulateur. Pour diviser l’Église, Chavez a tenté de créer une Église nationale, em­ ployant l’expression d’« Église bo­ livarienne » (en référence à Simón Bolivar). Un « Parlement bolivarien interreligieux » a été créé, dans le­ quel toutes les décisions sont prises par vote, chaque confession ayant le même nombre de représentants. La Conférence des évêques du Venezuela a dénoncé la concentra­

tion des pouvoirs entre les mains du Président, les risques contre la démocratie, les intimidations contre les opposants politiques ou leur arrestation. Récemment, les évêques ont demandé au gouvernement de ga­ rantir la liberté de l’enseignement, gravement menacée par un projet de loi, et de maintenir l’enseigne­ ment religieux à l’école, tel que la loi actuelle le prévoit.

Travailler à construire une culture de la vie La Commission épiscopale pour la Pastorale de la jeunesse a émis une déclaration demandant à tous les secteurs de la société, surtout ceux

des universités, de dénoncer la vio­ lence et l’insécurité et « de travailler à construire une culture de la vie. Pour les chrétiens la défense de la vie ne doit pas être seulement une expression de la conversion person­ nelle dans le Christ (…), mais aussi une tâche prioritaire. Nous avons à offrir à tous ceux qui travaillent dans les universités et dans les divers secteurs de la société les valeurs irremplaçables de la vie, l’espace et les initiatives pour donner au pays toutes les possibilités pour créer l’espoir, la justice et la paix. La mission de l’Église est d’annon­ cer que Dieu a révélé, par Jésus Christ, qu’il est le Dieu de la vie, qu’il manifeste sa gloire dans le fait que tous puissent vivre pleinement leur être comme une créature du Père et qu’ils peuvent développer toutes leurs potentialités dans la justice et l’amour. L’Église, conclut la déclaration, poursuit l’œuvre du Créateur en proclamant l’Évangile de la vie et en se faisant promotrice de la réalisation intégrale de chaque être humain.»

Apparition d’une église catholique dissidente, schismatique et hérétique Les évêques catholiques ont accusé le président Chavez de soutenir une Église dissidente, l’Église catho­lique réformée vénézuélienne, mouvement schismatique fondé par d’anciens catholiques, luthériens et anglicans. Le président pourrait

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Venezuela

Venezuela

Chacun doit se sentir investi d’une mission dans l’Eglise. … Ici, un séminariste avec Mgr Gutierrez, évêque de Marbel

ainsi opposer une Église qui le soutient, aux évêques qui critiquent ses diverses positions contraires à l’enseignement de l’Église. Mgr Ubaldo Santana, président de la Conférence épiscopale, a estimé que cette dénomination de catholiques est une usurpation. Il s’est étonné que « le Ministère de l’Intérieur et de la Justice se soit permis d’enregistrer une nouvelle dénomination.» Le 25 juin 2008, Jon Jen Siu Garcia, prêtre catholique, Enrique Albornoz et Alexis Bertis, pasteurs luthé­ riens, ont présenté cette nouvelle « Église » à la presse. Mgr Ubaldo Santana, évêque du diocèse de Maracaibo, auquel appartient l’un de ces prêtres, a publié un commu­ niqué rappelant que ce groupe est « schismatique et hérétique », même s’il prétend être une alternative à l’Église catholique, apostolique et romaine, en même temps qu’elle

en utilise les mêmes symboles, les mêmes “services” sacramentaires et liturgiques. Le cardinal Jorge Liberato Urosa Savino, archevêque de Caracas, a appelé les fidèles à ne pas adhérer à cette Église dissidente schismati­ que, qui a brisé l’unité ecclésiale. « La finalité politique avouée de cette association l’empêche d’être l’expression authentique de la foi chrétienne. L’authentique Église de Jésus-Christ a pour fin d’annoncer et de proclamer les dons du Christ au monde entier, indépendamment de toute liaison politique ou de l’affiliation de ses fidèles à un parti…»

Mission de l’Église En plus de l’Exhortation pasto­ rale finale intitulée « Unie dans la justice et dans la rectitude  », les

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évêques du Venezuela, au terme de leur Assemblée plénière, réunie du 7 au 12 juillet 2008, ont étudié et approuvé des documents impor­ tants pour la mission de l’Église : un Message à l’occasion des quarante ans du Document final de Medellin (1968-2008) ; une Lettre pastorale collective sur la spiritualité renou­ velée, qui devra inspirer le peuple chrétien dans l’édification d’une Église qui soit maison, école et laboratoire de communion et de solidarité ; enfin une Exhortation pastorale sur le soutien de l’œuvre d’évangélisation de l’Église catho­ lique au Venezuela, pour lancer le «  Plan pastoral de l’Église soli­ daire ».

l’ordre de l’évangélisation, nous incluons nos personnes, avec tout ce que nous sommes et ce que nous avons : talents, temps et trésors.» Concernant l’aspect économique, ils ont déclaré qu’il est néces­ saire que les croyants connaissent l’origine des fonds économiques qu’utilise l’Église. Connaître l’ori­ gine des fonds servira à mieux assumer les responsabilités spécifi­ ques à chaque niveau. Pour faciliter cette intégration des chrétiens dans l’œuvre évangéli­ satrice de l’Église, les évêques ont structuré le « Plan Église solidaire », dont l’objectif est que tout fidèle vénézuélien sente qu’il fait partie de cette institution. « Conscients que notre Église vit des situations

Pour une Église solidaire Les évêques ont introduit l’Exhor­ tation en rappelant que l’Église a reçu depuis toujours le mandat de poursuivre la Mission d’évangéli­ sation du Seigneur, devoir auquel tous sont appelés. En ce sens, il est nécessaire de vivre une communion de biens, « indispensable pour com­ prendre la vie de l’Église, car elle implique de vivre en communion avec les autres. Une vraie commu­ nauté catholique doit partager les joies, les douleurs et les besoins des autres communautés chrétiennes. Selon les évêques, le principe de la communion est valable pour tous les domaines de la vie de l’église, y compris celui économique, mais pas seulement, car quand nous parlons de biens à partager, dans

Mgr Jorge Urosa Savino, archevêque du diocèse de Caracas au Venezuela.

difficiles, notamment en ce qui concerne les domaines économique et social, nous sentons l’urgence de proposer au Peuple de Dieu une doctrine et une pratique de la solidarité à travers les biens que nous avons, selon la proposition de Dieu Créateur du monde ». Tous les fidèles sont donc appelés à « ce devoir d’aider économiquement l’Église dans ses besoins, auquel correspond aussi le devoir corré­ latif des pasteurs de faire en sorte que ces biens soient correctement administrés.» […]

Attaques contre des institutions ecclésiales Le 27 février 2008, quelques jours après que la Nonciature Apos­ tolique ait été prise d’assaut, un groupe d’étudiants et de militants des collectifs révolutionnaires a occupé le Palais épiscopal de Caracas. L’objectif était d’y diffuser un communiqué de protestation à l’égard de l’Église catholique et contre la chaîne indépendante d’informations « Globovisión ». Selon Mgr Jesús González de Zárate, évêque auxiliaire de Caracas, au siège archiépiscopal au moment de l’assaut, ces person­ nes « ont demandé aux salariés de sortir des bureaux parce qu’ils vou­ laient diffuser un communiqué.» Le cardinal Jorge Urosa Savino, archevêque de Caracas, absent au moment de l’assaut, s’adressant aux Vénézuéliens a considéré l’événement comme un fait de violence et a demandé au gouver­

nement national d’arrêter cette dérive tragique : « Je déplore et je rejette l’occupation du Palais, parce que bien qu’il n’y ait pas eu de dégâts ni d’agressions envers les personnes, c’est toujours un acte de violence de déferler dans un lieu et d’en prendre possession, de faire obstacle au déroulement des activités, d’exiger que les personnes s’en aillent ou d’en interdire l’accès. Il est important que soit injectée une grande dose de sérénité et de calme. Vi­ siblement, tous les secteurs de la société sont appelés à contribuer à ce qu’il y ait le calme, la concorde, l’harmonie et la paix. Que toutes les choses se résolvent par voie démocratique, par le dialogue, la compréhension et la recherche commune de solutions. » Selon le Cardinal, les objectifs des assaillants « sont complètement erronés  » et représentent «  une grave erreur  ». Les vrais objectifs de la révolution devraient être de vaincre la misère, vaincre la faim, la malaria et la fièvre jaune. « Les objectifs doivent consister à donner aux Vénézuéliens une habitation digne et non cette terrible situation de manque que des millions de compatriotes sont contraints à vivre à cause également d’une stagnation économique absolument exception­ nelle où vit le pays. » Ce n’est pas la première fois que le cardinal Urosa Savino et la Confé­ rence épiscopale vénézuélienne adressent un appel fort au calme, à la raison et à l’abandon de la violence qui tenaille le pays depuis longtemps. ■

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Moyen-orient

Irak

Irak

Le trop long calvaire des chrétiens L

a situation des chrétiens irakiens est grave : intimidés, menacés, ou contraints à émigrer… la paix est loin d’être rétablie en Irak, la situation politique demeure instable et la réconciliation est loin d’être acquise. Ces attaques ciblées contre la minorité chrétienne ont pour but de la pousser hors de cette contrée entre Tigre et Euphrate qu’elle habite pourtant depuis les premiers siècles du christianisme. Mgr Rahho, évêque chaldéen de Mossoul, enlevé et assassiné en février 2008.

Repères Surface 438 317 km2 Population 28 810 000 habitants Religions : musulmans : 96 % chrétiens : 3 % autres : 0,8 % Langue officielle arabe, kurde et syriaque

« Un plan d’élimination ? »

L

e 23 octobre 2008, lors de la Conférence de presse tenue par l’AED pour présenter le Rapport 2008 sur la liberté religieuse dans le monde, Mgr Georges Casmoussa, évêque syrien-catholique de Mossoul, a témoigné de la situation

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dramatique des chrétiens qui ne « bénéficient pas, de fait, de la liberté de croire, de pratiquer, certains même nient leur droit d’exister en Irak  ». Ainsi a-t-il expliqué que la ville de Mossoul a été en début de mois le théâtre d’une très violente campagne de terreur contre les chrétiens : entre le 1er et le 8 octobre, 2000 familles chrétiennes ont été obligées de fuir dans les villages environnants pour échapper aux menaces de fondamentalistes musulmans. Trois maisons de chrétiens ont été détruites, onze chrétiens ont été assassinés en plein jour, et de nombreuses familles ont reçu des menaces de mort, leur demandant de « quitter la terre de l’Islam ». «  Cela nous a bouleversés, c’est une attaque très symbolique, car Mossoul est le cœur et le berceau de la chrétienté en Irak  », expliquait Mgr  Casmoussa. Le plus grand danger pour lui, est celui d’un «  négationnisme politique  » qui refuserait aux chrétiens le simple droit d’exister en Irak. « Si la situation ne change pas, dans 10 ans, il n’y aura plus de chrétiens. Aujourd’hui, je n’ose croire qu’il existe un plan d’élimination des chrétiens de la terre d’Irak, et de tout le MoyenOrient, je n’ose le croire. Nous devons garder l’espérance  » a conclu l’évêque. Mgr  Casmoussa a également appelé le gouvernement irakien à rétablir l’ordre et le droit dans le pays : « Nous voulons l’égalité de droit et de fait pour les chrétiens », a-t-il rappelé.

Mossoul, ville martyre Comme l’indiquait Mgr Georges Casmoussa, la ville de Mossoul est particulièrement meurtrie. Sur les 47 chrétiens qui ont subi une mort vio­ lente en 2007, treize étaient de Mos­ soul. Trois des gardes du corps de Mgr Rahho – enlevé fin février 2008 et assassiné le 13  mars suivant – ont eux aussi été assassinés. Ceci avait été précédé, en janvier, dans cette ville, d’une série d’attentats visant aussi bien des maisons que des entreprises appartenant à des chrétiens. Le 2  septembre, Tarik Qattan, médecin de 65 ans, a été enlevé et assassiné, bien que la fa­ mille ait versé la rançon demandée de 20 000 dollars. Deux jours plus tôt, c’était un autre chrétien, Nafi Haddad, qui était tué.

Les attaques contre les chrétiens : fruit d’un plan politique Les violences à l’encontre de la communauté chrétienne de Mos­ soul « s’inscrivent dans un plan politique destiné à susciter l’émoi et à engendrer des conflits entre les différentes composantes du peuple  », affirme dans un com­ muniqué l’Assemblée des évêques catholiques d’Irak (Aeci), réunis le 29 octobre dernier à Arbil, en Irak, pour faire le point sur les récentes violences survenues à Mossoul. Les évêques, écrit le Service d’Information religieuse (Sir), réaffirment que « les chrétiens sont

Mgr Georges Casmoussa, évêque syrien catholique de Mossoul.

partis intégrante de tout le tissu national irakien. L’autorité publi­ que, observent-ils, aurait dû rapide­ ment intervenir afin d’éviter qu’ils ne subissent des violences et de les protéger. Ce qui s’est passé va à l’encontre du devoir de l’État de protéger tous les citoyens. L’État doit trouver une solution radicale au problème des personnes évacuées de Mossoul, à leur retour chez eux, à leur indem­ nisation pour les dommages qu’ils ont subis et à la garantie de leur sécurité ».

Les droits des minorités religieuses En même temps, l’Aeci demande à nouveau aux institutions « de redonner vie à l’article 50 de la Constitution et de l’appliquer. Cet

L’eglise dans le monde N°141 ■ 27


Irak

Irak Baath, dans la résistance aux trou­ pes américano-britanniques depuis 2003 ».

Inquiétude et sollicitude du Pape

Appartements construits pour les déplacés, à Qaraqosh.

article 50 reconnaît les mêmes droits à tous les Irakiens. La Constitution assure notre représentation et notre participation au pouvoir et aux responsabilités de l’État », écrivent les évêques irakiens qui exigent que « les droits des autres minorités religieuses et ethniques soient éga­ lement garantis  ». Mgr  Warduni, l’évêque auxiliaire de Bagdad, affirme qu’«  il n’est pas juste de continuer à parler de minorités, car nous faisons tous partie d’un seul et même Irak ; nous devons collaborer pour transformer le désir de démo­ cratie en un projet concret ». C’est dans cette optique, a-t-il ajouté, que la communauté chrétienne a fait un « important travail » en termes de «  culture, éducation, assistance sociale et sanitaire  » et qu’elle l’a poursuivi malgré les «  dangers, menaces et persécutions ».

un impôt obligatoire pour les nonmusulmans. Dans d’autres endroits, ils n’ont plus que le choix entre la conversion ou la fuite. L’État irakien ne les protège nullement. Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l’Orient, relève que certains voudraient assimiler les chrétiens aux envahisseurs « croisés », « en oubliant qu’ils ont été tout à la fois dans la résistance à Saddam Hussein, dans le gouvernement du

En effet, il ne faut pas oublier que les chrétiens, dans certaines zones, doivent payer une « capitation  », 28 ■ L’eglise dans le monde N°141

« Arrêtons les massacres, arrêtons les violences, arrêtons la haine en Irak », s’est exclamé Benoît XVI à l’issue de l’Angélus du 16 mars 2008. Trois jours avant ce « cri du cœur », la dépouille mortelle de Mgr  Paul Faraj Rahho avait été découverte sommairement enterrée dans une décharge près de Mossoul. Lors de sa visite à la Maison Blan­ che, le 16 avril 2008, à l’occasion de sa visite pastorale aux États-Unis, le pape Benoît XVI a fait part au président Bush de sa préoccupation pour les chrétiens du Moyen Orient et plus particulièrement d’Irak. Il ne manque jamais d’exprimer sa com­ passion pour ceux qui, aujourd’hui, vivent une douloureuse passion. Le 25  juillet 2008, le pape Benoît XVI a reçu en audience à Castel

Combien de chrétiens en Irak ? Les chrétiens en Irak sont une minorité, à peine quelque 3 % de la population irakienne. Il y a vingt ans, ils étaient un million et demi ; après la chute du régime de Saddam, il y a cinq ans, ils étaient huit cent mille ; aujourd’hui, ils ne seraient plus que quatre cent mille. « Depuis longtemps, l’idée d’un partage de l’Irak circule. Si bien que les sunnites, les chiites et les kurdes défendent leur pré carré, et l’on assiste à une forme de nettoyage ethnique ou religieux », analyse le père Pérennes, dominicain du Caire, vicaire pour le monde arabe.

Orphelinat dirigé par des sœurs chaldéennes à Sulamania.

Gandolfo, le premier ministre irakien, Nouri al-Maliki. Au cours des entretiens, la situation des communautés chrétiennes qui res­ sentent « un besoin de sécurité plus important » a été abordée avec in­ sistance. Le communiqué du Saint Siège évoque aussi «  le souhait que l’Irak puisse trouver la route de la paix et du développement à travers le dialogue et la collabora­ tion de tous les groupes ethniques et religieux, les minorités inclues qui, dans le respect des identités respectives, et dans un esprit de réconciliation et de recherche du bien commun, agissent ensemble pour la reconstruction morale et civile du pays ». « L’importance du dialogue inter-religieux, comme une voie de la compréhension religieuse et de la vie en commun

civile », a également été soulignée. De son côté, Nouri al-Maliki a affirmé avoir lancé un appel, devant Benoît XVI, « pour que les chrétiens qui ont quitté le pays retournent en Irak ».

Un appel solennel Au cours du Synode sur la Parole, qui vient de s’achever à Rome, une « Pé­ tition » a été adressée au pape Benoît XVI afin qu’il agisse en faveur des chrétiens persécutés, notamment d’Inde et d’Irak. Cette demande est signée par le cardinal Secrétaire d’État, Mgr Bertone, le préfet de la Congrégation oriental, Mgr Sandri et les différents chefs d’Église orientale – patriarche, archevêques majeurs présents à Rome, ou leurs

représentants. Par leur demande, ils soutiennent aussi l’action, jamais démentie, du Saint Père. Le Saint Père n’a pas tardé à répondre à cet appel, puisque le dimanche 26 octobre, à la prière de l’Angélus, il a demandé avec insis­ tance la « protection » des chrétiens d’Orient – en particulier en Irak et en Inde -, évoquant l’ « intolérance » et les « violences cruelles » dont ces derniers sont victimes. Il a souligné par ailleurs qu’ils ne réclamaient aucun privilège mais seulement de pouvoir continuer à vivre dans leur pays « avec leurs concitoyens, comme ils l’ont toujours fait ». Le Pape a renouvelé son appel « aux autorités civiles et religieuses concernées de n’épargner aucun ef­ fort afin que la loi et la cohabitation civile soient vite rétablies ». ■

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liturgie du

monde

Inde

Prière dominicale dans l’Arunachal Pradesh (Inde, rite catholique romain) 30 ■ L’eglise dans le monde N°141

D

ans l’extrême nord-est de l’Inde, coincé entre la Chine et la Birmanie, il existe un endroit où les catholiques sont passés en 25 ans de 0 à 150 000 : l’Arunachal Pradesh, un État interdit d’accès aux missionnaires jusqu’en 1990. C’est la messe dominicale à Lazu, à quelques kilomètres de la frontière birmane, l’église est bondée : l’évêque procède à près de 300 confirmations puis 30 premières

communions. On est à la montagne, la population est essentiellement tribale, et chaque tribu a sa propre culture, sa propre langue, ses propres danses et vêtements, mais tous reçoivent le même Esprit-Saint. Et la communauté est de rite catholique romain. Ici, l’assemblée dominicale en prière est très charis­ matique, au sens premier du terme : c’est le temps des premiers chrétiens, où miracles et conversions

se multiplient. L’évêque du lieu, Mgr Palliparampil, a choisi pour devise : « Que votre lumière brille ! » (Mt 5,16), ce qui était assez audacieux pour l’Aruna­ chal Pradesh, qui signifie « Pays du soleil levant »… Il semble avoir gagné son pari. La loi anti-conversion reste en vigueur, mais son application est chaque jour un peu plus démentie... ■

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KIOSQUE

Écouter, Lire, Voir

COUP DE CŒUR DE LA RÉDACTION Annie Laurent. Les chrétiens vont-ils disparaître ?

Spécialiste des chrétiens d’Orient et collaboratrice occasionnelle de l’AED, Annie Laurent se pose la question de la disparition des chrétiens dans cette région du monde qui les a vu naître. Après un rappel de l’origine et des divisions des Églises d’Orient et un diagnostic sur la difficulté à être chrétien aujourd’hui en Orient, pays par pays, l’auteur analyse quelques pistes pour l’avenir, notamment la question de l’unité, dont la nécessité paraît d’autant plus urgente que chaque Eglise s’affaiblit. A noter un chapitre original sur Israël où Annie Laurent souligne que « la part de responsabilité du sionisme dans le processus de ré-islamisation (de l’Orient) paraît indéniable ». Thèse audacieuse que l’auteur démontre calmement, sans parti pris. Seule solution pour l’avenir : le dialogue entre les différentes communautés, où les chrétiens ont un rôle vital à jouer. Ed. Salvator, Paris, 2008, 300 p., 20€

Nous lui devons la liberté. La main tendue de Jean-Paul II à l’Est

Les apparitions de la Vierge en Extrême Orient

Denis Lensel Bientôt cinquante ans après sa mort d’inanition dans un camp de rééducation Viet Minh, Marcel Van apparaît ici dans toute sa profondeur à travers trois ouvra­ ges réunis en un seul volume. Le Père Marie-Michel, fondateur du Carmel de la Vierge Missionnaire, nous expose la vie du « petit Van », ses écrits spirituels qui résultent de ses dialo­ gues avec Jésus, la Vierge Marie et Sainte Thérèse et enfin sa correspondance. En bref, la petite voie, mais dans le fracas des armes et le drame d’une Indochine martyre. Salvator, Paris, 2008, 224 p., 19,90€.

Patrick Sbalchiero Ce livre nous entraîne en Extrême Orient, à travers l’évocation de vingtquatre apparitions mariales dans huit pays asiatiques. Une seule, au Japon, a bénéficié d’une reconnaissance canoni­ que, ce qui est d’autant plus paradoxal, vu l’apparente imperméabilité de la culture japonaise au christianisme. Docteur en histoire et spécialiste des apparitions de la Vierge, Patrick Sbalchiero nous fait découvrir de l’intérieur la foi vécue au quotidien de ces populations et leur rapport au surnaturel chrétien. Presses de la Renaissance, Paris, 2008, 190 p., 17€

Thomas fonde l’Église en Chine Pierre Perrier et Xavier Walter Voici un dossier extraordinaire qui pourrait paraître farfelu sans la qualité des auteurs, tous deux spécialistes en la matière, et l’accumulation des preuves, notamment archéologiques. De quoi s’agitil ? Tout simplement de l’arrivée du christianisme en Chine plus d’un siècle avant le bouddhisme ! Jésus apparaît à l’empereur de Chine juste avant l’arrivée de saint Thomas qui fonde très solidement pendant trois ans l’Église en Chine (65 à 68). À lire absolument ! Ed. du Jubilé, 2008, 318 p., 22€ 32 ■ L’eglise dans le monde N°141

De vous à nous… Dieu souffre-t-il ? Pierre Descouvemont Dans une revue qui scrute la détresse de l’Église, cette question semble pertinente, d’autant plus que certains théologiens ont mis au goût du jour cette idée que Dieu serait fragile et finalement impuissant devant le malheur des hommes. Le père Descouve­ mont, prêtre du diocèse de Cambrai et auteur de nombreux ouvrages (dont certains déjà recensés dans cette revue), revient utilement sur cette question et indique les raisons pour lesquelles l’immense compassion que Dieu a à notre égard ne l’empêche pas de demeurer infiniment heureux, bonheur dans lequel il veut nous faire entrer. Ed. de l’Emmanuel, Paris, 2008, 160 p., 15 €

États-Unis. La métamorphose hispanique Laurence Monroe Toute influence considérable sur la première puissance mondiale ne peut nous laisser indifférents. Or, Laurence Monroe, longtemps journaliste à La Croix, n’hésite pas à parler de métamorphose, en démontrant à quel point la latinisation des ÉtatsUnis atteint le pays dans son identité profonde. A travers sept grands chapitres, dont la moitié sur la religion, de profonds changements sont exposés qui sont appelés à bouleverser l’Amérique. S’il ne fallait en retenir qu’un, une meilleure compréhension de la complexité du monde au-delà des dualismes simplistes serait déjà un immense progrès ! Ed. du Cerf, Paris, 2008, 309 p., 24€.

Cette rubrique est la vôtre, pour réagir à la nouvelle formule, pour faire vos remarques, pour exprimer vos coups de cœur, vos coups de gueule… Ecrivez-nous : AED-EDM. 29 rue du Louvre. 78750 Mareil-Marly ou contact@leglisedanslemonde.org

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le n° 140 de votre revue dans sa nouvelle présentation. Je regrette l’ancienne, qui se démarquait de toutes les autres revues, ne serait-ce que par le format et par le fait qu’elle était trimestrielle, fréquence que je trouvais très intéressante. Maintenant, la nouvelle se confond avec beau­coup d’autres revues religieuses. (…) Rassurez-vous, je la lirai toujours avec autant d’intérêt. M.M. Stéphan Toutes mes félicitations pour la nouvelle présentation de « L’Eglise dans le monde ». Il fallait se cramponner pour lire les articles de l’édition précédente. Maintenant, c’est beaucoup plus facile et plus agréable, car plus aéré et attirant. Moins de citations de lettres et de discours, un peu fastidieux. Mais des explications simples. Donc bravo. G. Ras Monsieur le Rédacteur en chef et à toute son équipe, un très grand bravo pour l’Eglise dans le Monde. Tout est bien. Les détails sont trop nombreux à énumérer sur la nouvelle maquette. Merci. M. Izabel C’est avec beaucoup de joie que j’ai lu votre revue « nouvelle manière » de l’Eglise dans le Monde. A mon avis, c’est une belle réussite, beaucoup plus facile à lire. J’ai aussi bien apprécié « les points chauds » p. 4 et 5. Sr. M. P. Delibes

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Une heure avec…

Portrait

Père Joseph Zhu Yu Te

Une fidélité inébranlable

A

u cœur de la concession française de Shanghai, le Père Joseph nous accueille dans son minuscule appartement, où le salon fait office de chapelle. Sous le ventilateur qui brasse lentement l’air humide de cette fin de journée, des images de la Vierge et de Ste Thérèse de Lisieux ainsi qu’une photo de Jean-Paul II surplombent un petit autel. Nous sommes arrivés discrètement et le Père Joseph ne veut pas qu’on enregistre sa voix. Nous rencontrons un témoin qui a passé 32 ans en prison Comment fait-on pour survivre ? « Je me suis confié à l’amour de Dieu et de la Vierge » répond-il. « Si j’avais renié ma foi, j’aurai pu sortir tout de suite ! » A ce moment-là, il est difficile de ne pas remettre en cause sa propre fidélité au Christ et à l’Église. Qu’aurais-je fait à sa place ? Qu’est-ce que cette fidélité me coûte aujourd’hui, là où je suis ? Le Père Joseph reconnaît l’autorité de l’évêque «  officiel  » de Shanghai, Mgr Jin Lu Xian, mais ne reconnaît pas la structure de l’Église «  officielle  », toujours dirigée par Pékin. Son évêque est donc Mgr  Fang, l’évêque clandestin de Shanghai. Mais les deux évêques ont 92 ans ! Que fera-t-il lorsque l’évêque clandestin mourra ? Il sourit : « Je ne sais pas. Pour le moment, nous persistons ! »

34 ■ L’eglise dans le monde N°141

Le Vatican travaille en vue de l’unité de l’Église et la récente lettre de Benoît XVI aux catholiques de Chine (27 mai 2007) est un vibrant appel pour les deux parties de l’unique Église catholique qui est en Chine à se réconcilier. Mais comment pardonner ? Et surtout, comment renier le combat de toute une vie ? Certes, la situation a changé et la plupart des évêques « officiels » sont reconnus par Rome. Mgr Jin Lu Xian ira jusqu’à me dire : « Nous vénérons le Pape, nous sommes très obéissants. Au fond, nous sommes plus obéissants que les évêques français ou allemands  ». Mais en attendant, c’est toujours l’Association patriotique qui contrôle l’Église. Son pouvoir de nuisance est tel que même des « officiels » retournent aujourd’hui à la clandestinité. Le père Joseph nous donne sa bénédiction. Après tant de souffrances et de sacrifices, une offrande de soi chaque jour renouvelée, comment douter de la fécondité d’une telle vie ? Que le Seigneur bénisse l’Église en Chine ! Marc Fromager

Issu d’une famille chrétienne depuis trois siècles, le Père Joseph aurait dû être ordonné en 1957 mais ne le sera finalement que 36 ans plus tard ! Ayant refusé d’adhérer à l’Association patriotique, structure politique créée par le Parti communiste pour contrôler l’Eglise catholique, il restera 32 ans en prison. Avec ses deux oncles et quatre frères, jésuites comme lui, ils auront cumulé 168 ans de prison !

agir

avec

PHILIPPINES, soutien

à la nouvelle évangélisation des familles des rues de Manille

A

Manille, de nombreuses familles « habitent  » dans les rues. Elles vivent de la mendicité ou de la petite criminalité et se sont souvent éloi­ gnées de l’Église. Le chômage et le sousemploi sont très répandus aux Philippines. Pour le reste, les entreprises internationales qui sont très actives dans le pays ne payent souvent que de très maigres salaires, si bien qu’en 2005, environ neuf millions de Philip­ pins travaillaient à l’étranger. D’après une statistique officielle de l’an 2000, le taux de pauvreté de la population était de 40 %. Un groupe d’enseignants et d’étudiants de l’Institut pour la formation et les études religieuses (« Institute of Formation and Religious Studies  », IFRS) souhaiterait maintenant apporter de l’aide : en plus d’intervenir pour amélio­ rer la situation économique des familles des rues, il serait question de ramener ces familles à l’Église par la célébration de messes, la catéchèse et si néces­

saire en offrant du conseil aux familles. La supé­ rieure du district des Sœurs Missionnaires du Cœur Immaculé de Marie, Sœur Emelina Villegas, demande un soutien. « L’Aide à l’Église en Détresse  » lui a promis 45.000 Euros. ■

Chaque année, l’AED collecte près de 75 millions d’euros pour soutenir l’Église dans le monde Grâce à des milliers de donateurs, l’AED redonne force et vitalité à l’Église dans plus de 145 pays : • Des milliers d’églises et chapelles ont été construites ou reconstruites. • 1 séminariste sur 6 dans le monde est soutenu par l’AED. • 148 millions de « bibles pour enfant » ont été diffusées. • Des milliers de prêtres survivent grâce aux offrandes de messe transmises par l’AED. • Des centaines de programmes de radio et télévision ont été financés pour soutenir les chrétiens isolés. • Des milliers de véhicules ont été achetés pour propager l’évangile : voitures, motos, bicyclettes, bateaux à moteur… tous les moyens sont bons pour les messagers de la Bonne Nouvelle ! L’eglise dans le monde N°141 ■ 35


prière pour les

Chrétiens

persécutés en

Inde

P

ère du ciel, tu fais briller ton soleil sur les mauvais et les bons. Ton fils Jésus est mort pour tous, et dans sa résurrection glorieuse Il conserva les cinq plaies du martyre. Avec son pouvoir divin Il soutient maintenant ceux qui souffrent la persécution et le martyre pour être fidèles à la foi de l’Église. Père miséricordieux et fort, empêche qu’aujourd’hui Caïn tue à nouveau Abel le sans défense, Abel l’innocent. Que les chrétiens persécutés de l’Inde, comme Marie restent au pied de la croix du Christ martyr. Console ceux que la violence menace et que l’insécurité bouleverse. Que ton Esprit Saint d’amour rende fécond le témoignage et le sang de ceux qui meurent en pardonnant. Amen.

Le Père Joaquín Alliende, aumônier international de l’Œuvre, a rédigé cette prière pour les chrétiens persécutés en Inde, en communion avec les chrétiens du monde entier.

L'Eglise dans le Monde n°141  

Revue bimestrielle de l'Aide à l'Eglise en Détresse sur l'actualité de l'Eglise universelle.

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