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ENTRETIEN

entretien avec

A LAI N MARSAUD ALAIN Candidat de l’UMP de la 10e circonscription aux élections législatives www.lemagdugolfe.com

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« Un candidat issu de la métropole et ayant une réelle expérience parlementaire sera mieux entendu » Impossible d’ignorer que 2012 sera une année très politique. Suivant de quelques semaines le résultat de la Présidentielle, le 6 mai, les Législatives des 10 et 17 juin prochains seront marquées, pour la première fois, par l’élection de 11 députés représentant les « Français établis hors de France ». Investi par l’UMP pour la 10ème circonscription aux FE, Alain Marsaud est venu à la rencontre des électeurs du Golfe et des Émirats… NB : LMG présentera entre ces deux élections, les programmes des candidats à la députation de la 10e circonscription.

PAR LAURENT DEGEORGES

LMG : La première question que l’on souhaite vous poser est bien sûr, celle relative au parachutage… Alain Marsaud : … tant mieux que vous abordiez directement le sujet ! Et je vais vous dire que je suis même très content de pouvoir m’exprimer sur la question. LMG : En effet, vous n’êtes pas sans ignorer que l’investiture par l’UMP de candidats non issus des Français de l’Étranger a suscité un débat, et parfois des critiques, au sein de notre communauté… AM : Pour expliquer les choses

très clairement, il a été dit – expressément – au sein de la Commission d’investiture de l’UMP, que trois des circonscriptions des Français de l’Étranger, à savoir celle de l’Amérique du Sud, la 10e et la 11e (voir carte électorale), auraient des candidats issus du terrain politique « national » ayant une expérience politique.

« Ce député doit habiter à Paris »

LMG : Pourquoi cette distinction ? AM : D’abord, pour une raison très

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simple et logique : la géographie ! Notre circonscription englobe 49 pays d’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient. Comment un député résidant dans l’un de ces pays pourrait-il à la fois être présent à l’Assemblée Nationale pour participer aux débats (les mardis, mercredis, jeudis) ou travailler au sein des Commissions puis se rendre dans sa circonscription les autres jours de la semaine ? C’est impossible. Et cela sans compter que la plupart des liaisons aériennes entre les différents pays n’existent simplement pas ! Un (XXX) LMG Numéro 17 - Décembre 2011


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candidat habitant l’un des pays de la circonscription serait une erreur démocratique. Il ne pourrait pas s’occuper de sa circonscription. Ce député doit habiter à Paris, près de Roissy qui est le seul « hub » aérien permettant de se rendre directement dans beaucoup de ces pays ! Et puis, personne ne peut ignorer que Paris est le centre névralgique de la vie politique française, l’endroit où se prennent les décisions. Pour défendre aux mieux les intérêts de ses concitoyens, Français résidant à l’Étranger, un député devra effectuer en permanence des allers-retours entre la capitale et les différents pays de sa circonscription. LMG : Il peut cependant être aussi question de connaître « le terrain », d’avoir des attaches locales ? AM : Mais qui aujourd’hui pourrait se prévaloir d’avoir une légitimité dans 49 pays, aussi éloignés et différents les uns des autres ou de posséder des compétences précises concernant des communautés françaises dont les situations et les préoccupations sont aussi différentes ? Le député des Français de l’Étranger n’a pas vocation à être un super conseiller AFE ! Et puis, pour être ministre de la Justice faut-il être avocat ou juge ? Pour

devenir ministre de la Santé, est-il nécessaire d’être médecin ? Non. Alors pourquoi pour être un bon député des Français de l’Étranger faudrait-il l’être soi-même ? « Je viens dans les Émirats environ tous les trois mois »

LMG : Concernant plus précisément les Émirats, quel est votre rapport avec ce pays ? AM : Je suis venu la première fois aux Émirats en 1997, en tant que conseiller régional de la Haute-Vienne, dans le cadre d’une rencontre entre la Chambre de Commerce et d’Industrie de Limoges et celle de Dubai. Je suis ensuite revenu très fréquemment dans le pays, un peu grâce aux « hasards de la vie ». J’étais à l’époque directeur général adjoint de la Compagnie Générale des Eaux et, suite à un voyage dans les Émirats, j’ai incité Jean-Marie Messier, en 1998, à racheter la SIDEM, une entreprise spécialisée dans la désalinisation de l’eau par distillation. Une fois cette opération effectuée, j’ai donc été conduit à venir très fréquemment dans la région pour suivre les activités de cette entreprise, qui est depuis devenue numéro un mondial sur son créneau et dont la région du Golfe est le premier marché. Depuis cette époque, je viens dans les Émirats environ

tous les trois mois et j’ai pu assister, depuis une quinzaine d’années, à la mutation et à l’essor extraordinaire de ce pays. LMG : Lors de votre dernier mandat de député de 2002 à 2007, vous avez été président du groupe d’amitié France Émirats Arabes Unis. En quoi consistait cette fonction ? AM : Principalement à entretenir et à animer les relations entre les deux pays en étant en contact permanent avec les entreprises, les Chambres de Commerce, les représentants consulaires et bien évidemment l’ensemble des autorités du pays. C’est d’ailleurs, dans ce cadre que le Président Chirac, m’a chargé de rencontrer Cheik Zayed ainsi que l’ensemble des chefs d’État des GCC, en décembre 2002 pour leur expliquer, personnellement, la position de la France de ne pas participer à la coalition militaire contre l’Irak. Je dois concéder que cette expérience fut passionnante.

NDLR : La Compagnie Générale des Eaux devient à la même époque, en 1998, Vivendi (Environnement) avant d’adopter le nom de Veolia en 2003.

Âgé de 62 ans, ce natif de Limoges est connu pour être un magistrat et surtout pour avoir dirigé de 1986 à 1989, le Service Central de la Lutte Antiterroriste à une époque où les intérêts français et Paris étaient devenus, en raison de la politique proche-orientale du gouvernement, l’une des cibles principales de certaines factions libanaises, et de leur protecteur syrien. Au début des années 90, Alain Marsaud embrasse une carrière politique qui le conduira à être, entre autres, deux fois député de la Haute-Vienne (en 1993 et 2002). Entre ses deux mandats, il occupe le poste de directeur général de Vivendi (devenue Veolia Water), entreprise pour laquelle il prend la charge du « Pôle Eau » et dont il est toujours administrateur bénévole. Aujourd’hui, il se présente à la députation dans la 10e circonscription. Sa suppléante est Fabienne Blineau Abiramia, qui est établie au Liban depuis six ans. www.lemagdugolfe.com

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Pourquoi cette 10e circonscription ?

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a réforme de la Constitution de juillet 2008 prévoit, dans son article 24, que « les Français établis hors de France (seront) représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat ». Donc pour la première fois, les 2,5 millions de FE (Français de l’Etranger) vont élire, comme tout le monde (c’est-à-dire au scrutin uninominal majoritaire à deux tours), directement leurs représentants. Pour ceux-ci, au nombre de onze, le législateur a donc dû prévoir des circonscriptions. Tout cela avec la nouvelle contrainte imposée par la loi, que chaque député représente 120 000 électeurs. Si le découpage n’a pas posé trop de problèmes en Europe, aux Amériques ou au MaghrebAfrique francophone, il n’en va pas de même en Orient. Pour réunir 120 000 électeurs dans la même zone, il a fallu sortir la machine à

calculer. Le résultat est que les 10e et 11e circonscriptions s’étendent sur des milliers de kilomètres et regroupent des pays très différents où, bien évidemment, la situation des FE est très disparate. La 10e circonscription ou 49 pays d’Afrique et d’Asie ensemble ! : Afrique du Sud, Angola, Bostwana, Lesotho, Swaziland, Zambie, Zimbabwe, Gabon, Ghana, Cameroun, Togo, Nigéria, Bénin, Guinée Équatoriale, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Somalie, Kenya, Mozambique, Tanzanie, Namibie, Rwanda, Burundi, Congo, Ouganda, RDC, Centrafrique, Tchad, Madagascar, Malawi, Comores, Maurice, Sao Tomé-et-Principe, Seychelles, Égypte, Soudan, Irak, Jordanie, Liban, Syrie, Yémen + GCC.

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LMG Numéro 17 - Décembre 2011


LMG 17 DEC 2011 ALAIN MARSAUD ITV