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AUDIENCE NUMÉRO TROIS

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TRIMESTRIEL

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OCTOBRE - NOVEMBRE - DÉCEMBRE 2016

ALAIN JUPPÉ ENTRETIEN EXCLUSIF

" IL FAUT REDONNER AUX FRANÇAIS L'ENVIE D'AVANCER ENSEMBLE "

FACE-À-FACE RENCONTRE

EXCLUSIF

BERNARD LAPASSET

DELPHINE ERNOTTE

POUR PARIS 2024, IL VEUT LA MÉDAILLE D’OR !

TÊTE-À-TÊTE AVEC LA PDG DE FRANCE TV

TÉMOIGNAGE

VÉRONIQUE ROY BU R I N , M È R E D ’U N D J I H A D I S TE M ORT E N S Y R I E . . .

NOUVEAU


AUDIENCE N U M É R O

T R O I S

OCTOBRE NOVEMBRE DÉCEMBRE 2016

04 C DANS L’ÈRE

ENTRETIEN 29

Tour d’horizon des actualités du droit

Bernard LAPASSET « Notre projet représente, une formidable opportunité de transformer durablement notre pays... »

06 DÉCRYPTAGE

Le droit de grève, une liberté encadrée

08 REPORTAGE

À la découverte des palais de justice de Lille

L’INFOGRAPHIE 34 La vie au travail dans tous ses états !

10 PORTRAIT

Mark Parker, À la virgule près

12 ÉCLAIRAGE

Clause de réserve de propriété, l’arme absolue ?

14 HISTOIRE

Il était une fois... Le juge et l’équité

GRAND ENTRETIEN " IL Y A URGENCE À RETISSER DU LIEN, À RETROUVER L’ENVIE DE PARTAGER SUR UN PROJET COMMUN "

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Quand le droit ne tourne pas rond...

VU ET APPROUVÉ

20 LE SAVIEZ-VOUS ?

Focus sur la série Lebowitz vs Lebowitz

En voiture... Vos droits au volant !

22 GRAND ENTRETIEN

ZONE DE NON-DROIT

Alain JUPPÉ

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Des œufs à Spinoza... Il n’y a qu’un pas !

Confessions d’un homme aux grandes ambitions...

La nouvelle patronne des médias nous livre sa vision de la télé...

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Quizz : les chiffres de la Loi Travail

Zoom sur la réforme des Prud’hommes

Delphine ERNOTTE CUNCI

BILLETS D’HUMOUR

À VOUS DE JOUER !

18 ANALYSE

26 FACE-À-FACE

BILLET D’HUMEUR Critique médiatique À bat le buzz !

TÉMOIGNAGE

FACE-À-FAC E " LES JOURNALISTES SONT LES GARANTS D’UNE DÉMOCRATIE SAINE "

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AUDIENCE N°3

Véronique ROY BURIN Son fils est mort pour l’État islamique. Elle a décidé de briser la loi du silence...

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editorial

L

e cabinet ADEKWA Avocats, implanté dans la région Nord de la France (pardon, Hauts-de-France !), et depuis peu sur Bordeaux a créé le magazine AUDIENCE en janvier 2016.

AUDIENCE cristallise notre liberté d’expression et notre indépendance.

La confiance immédiate de ceux qui, acteurs de leurs vies, et donc de la nôtre, ont accepté dès l’origine de répondre à nos questions nous touche énormément : de Jean-Louis Borloo à Pierre Gattaz en passant par Jacques Toubon.

Sans indépendance, il y a ni conseil ni défense crédible.

L’objectif est atteint : AUDIENCE #3 est aujourd’hui diffusé à plus de 7 000 exemplaires et nombreux sont ceux qui nous encouragent.

Aujourd’hui, pour AUDIENCE #3, c’est Alain Juppé, prêt à " garder les buts " du pays que nous aimons, qui nous répond délicatement avec des mots simples et justes. C’est aussi Delphine Ernotte Cunci qui, au-delà de l’exemplarité de son parcours, nous rappelle le rôle du service public et la responsabilité qui pèse sur ceux qui ont pour métier de nous informer.

Après une pause olympique estivale appréciée, l’actualité (ou ce qui nous en est rapporté) revient au galop. Les " petites phrases " aussi … « L’essentiel n’est pas de gagner mais de participer » (même pas certain qu’elle soit de Pierre de Coubertin !).

En outre, personne ne peut être indifférent à l’optimisme gagnant de Bernard Lapasset et aux confidences émouvantes de Véronique Roy Burin…

Une phrase de loser ? Ce serait méconnaître l’exacte devise des Jeux : « citius, altius, fortius* ».

Enfin, en relisant AUDIENCE #1, il y a des parenthèses de vie que l’on n’oublie pas… **

Or, cette invitation à participer en se dépassant soi-même, quel que soit le résultat, tend bien vers l’excellence : être acteur de sa vie c’est sans doute se dépasser et participer sans qu’il soit besoin d’être premier de sa classe.

* Plus vite, plus haut, plus fort ** Jeanne Pelat, Résiste, Éditions Bayard, 2015

GHISLAIN

HANICOTTE Réactions audience@adekwa-avocats.com

ÉDITION

SIÈGE

DIRECTION DE LA PUBLICATION

157, avenue de la Marne 59700 Marcq-en-Barœul T 03 20 65 65 80 F 03 50 65 65 99 www.adekwa-avocats.com

Ghislain Hanicotte

PARUTION

IMPRESSION

DB Print

COMITÉ DE RÉDACTION

Octobre 2016 Dépot légal à parution ISSN 2491-388X

Ghislain Hanicotte, Philippe Vynckier, Frédéric Cavedon, Victor Mollet

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AUDIENCE N°3


NON, LE DRONE N’EST PLUS UN JOUET !

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vec pour objectifs affichés de concilier sécurité, sûreté et protection de la vie privée, le Sénat a opté, à l’orée de l’été, pour un encadrement spécifique des drones. Une décision qui intervient alors que certains de ces petits engins volants ont pris pour habitude de tutoyer les A380 ou de survoler les centrales nucléaires. La nouvelle réglementation prévoit ainsi un enregistrement obligatoire des drones à partir de 1kg et une véritable immatriculation au-delà de 25kg. Les propriétaires de ces appareils devront en outre suivre une ou plusieurs formations, en ligne pour la plupart, et qui dépendront là encore du poids de la machine. Des dispositifs de bridage limiteront les performances des appareils afin que ces derniers ne puissent s’envoler trop haut ou trop loin et échapper au contrôle de leur pilote. L’ensemble de ces mesures, après validation par l’Assemblée, seront appliquées au 1er janvier 2018.

C

DANS  FEU VERT POUR LES VÉHICULES SANS CHAUFFEUR

V

errons-nous bientôt circuler des voitures sans conducteur ? Le gouvernement a en tout cas présenté, en plein chassé-croisé estival, une ordonnance en ce sens qui ouvre la voie aux expérimentations de voitures autonomes sur les routes françaises. Attendu depuis plus d’un an, le texte vise à autoriser à des fins expérimentales la circulation de tout véhicule à délégation partielle ou totale de conduite. Une mesure qui entend favoriser une mobilité apaisée, une régulation des trafics et des transports et une optimisation des temps de parcours et de la consommation de carburant. A fortiori, outre les retombées économiques espérées, ce nouveau virage a également pour objectif de sauver des vies et de réduire le nombre de blessés sur les routes. Jusqu’à preuve du contraire, la machine n’est en effet sujette ni à la fatigue, ni aux distractions ou à la consommation excessive d’alcool ou de stupéfiants… La conduite autonome demeure quoiqu’il en soit un enjeu majeur des prochaines années pour le secteur de l’automobile français, alors qu’Outre Atlantique, le constructeur Tesla a déjà largement entamé ses premiers tests… et par là même connu son premier accident mortel.

LES ROBOTS BIENTÔT CONSIDÉRÉS COMME DES PERSONNES ?

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942 : les premières lois pour robots sont écrites…par l’auteur de science-fiction Isaac Asimov. Aujourd’hui, cette anticipation est en passe de devenir réalité. Mais qui du concepteur, du constructeur, du propriétaire sera responsable en cas d’incident ? Et si le robot lui-même est directement maître de ses actes, comment indemniser les victimes ? Au parlement européen, le groupe de travail sur la robotique et l’intelligence artificielle a réfléchi à ces questions et établi un rapport qui somme la Commission de l’UE d’élaborer une directive propre aux règles de droit civil sur la robotique. Le texte, qui sera débattu le 12 décembre, préconise de doter les robots d’une personnalité juridique, autour d’un champ d’application éthique précis, avec des droits et des devoirs bien établis, y compris celui de réparer tout dommage causé à un tiers. Comment ? Face à la complexité de l’imputabilité des faits causés par les robots, les fabricants seraient obligés de contracter une police d’assurance pour les machines qu’ils fabriquent. Le texte prévoit également… Une problématique ô combien centrale puisque s’ils nous ressemblent plus que jamais, qu’ils ne cessent de voir leurs capacités décupler et que leur place dans notre société ne cesse de se renforcer, les robots restent pour l’heure des objets juridiques non identifiés…

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AUDIENCE N°3


C

QUAND LES SPAMS MÈNENT EN PRISON...

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a justice américaine ne plaisante pas avec l’envoi de courriels intempestif. Elle a en effet condamné Sanford Wallace, plus connu sous le sobriquet de « Spam King » à deux ans et demi de prison. Sa faute ? Avoir envoyé la bagatelle de 27 millions de messages indésirables sur Facebook. Un chiffre d’autant plus délirant que le plaisantin a réalisé cet exploit en moins de six mois. Durant cette période, le roi du spam avait pris pour habitude d’abreuver le mur des utilisateurs de messages invitant ardemment à consulter un lien, lien qui redirigeait automatiquement vers une page contenant uniquement de la publicité et qui pouvait ainsi rapporter quelques deniers à l’apprenti pirate. Sanford Wallace a également reconnu s’être introduit à trois reprises dans les serveurs de Facebook pour y installer des programmes qui ont permis à eux seuls la diffusion de plus de 500 000 spams.

L’ÈRE LA HADOPI RESSUSCITÉE...ET ON SE DEMANDE BIEN POURQUOI !

L

a Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi), censée lutter contre le téléchargement illégal, n’est pas encore morte. Alors que fin avril, l’Assemblée nationale avait voté sa disparition définitive en 2022 dans un hémicycle littéralement désert (à 4 contre 3 !), le Sénat l’a finalement ressuscitée dans la foulée. Souvent raillée et moquée pour son inefficacité, l’Autorité qui soufflera ses 7 bougies en décembre se targue pourtant d’avoir franchi le cap des 7 millions d’avertissements envoyés dans le cadre de sa fameuse politique de riposte graduée censée refroidir les éventuels pirates. Un chiffre élevé qui n’est cependant que peu suivi d’effet. Car si les contrevenants sont théoriquement passibles de peines pouvant aller jusque 1 500 euros d’amende, dans l’immense majorité des cas, le procureur opte pour un simple rappel à la loi. Et selon une étude de l’INSEE consacrée au sujet, la Hadopi n’a eu strictement aucun effet sur la fréquentation des salles obscures. Pis, l’Institut laisse même entendre que l’action de la Hadopi serait défavorable aux films français. Notons au passage que l’enveloppe octroyée à l’Autorité pour l’année 2016 s’élève à 8,5 millions d’euros.

OUI, ON A LE DROIT D’INSULTER SES PROFS SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX !

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lors que la rentrée s’est déroulée sous le signe de la sécurité, et d’une grève prématurée, le tribunal administratif de Versailles a condamné l’État à verser 1 500 euros à un élève exclu à tort, selon les juges, du prestigieux lycée Lakanal de Sceaux (Hauts-de-Seine) en 2013. À l’époque, le lycéen en question avait pris part à la création de deux comptes Facebook fictifs aux noms de professeurs de l’établissement. Les profils alors créés abritaient entre autres de nombreux propos dégradants et insultants ainsi que des photomontages obscènes. Après enquête interne, six élèves furent sanctionnés en conseil de discipline, dont deux à une exclusion définitive. La plainte déposée par les enseignants s’était quant à elle traduite par un simple rappel à la loi. Mais l’un des deux élèves exclus a contesté cette décision et donc obtenu gain de cause, même si la sanction pécuniaire a symboliquement été annulée. Le lycéen dénonçait en effet une sanction « disproportionnée » et soutenait que les propos litigieux, ayant été tenus « dans le cercle fermé de pages Facebook » privées, ne pouvaient être qualifiés d’injures « publiques ». Le tribunal administratif a donné raison au plaignant au motif que le rectorat a commis une « erreur d’appréciation » en confirmant l’exclusion définitive de l’élève. Les juges ont estimé que ce dernier n’avait pas d’antécédents disciplinaires, s’était excusé et que « la seule publicité donnée au site » résultait des professeurs ou de l’administration, « mais non de l’élève ». Une décision qui ne manque pas d’interroger, alors que les réseaux sociaux s’invitent quotidiennement en salle de classe, du collège au lycée en passant par l’université, pour commenter, parfois en direct, les péripéties scolaires… Notons que l’injure publique envers un fonctionnaire est passible d’une amende de 12 000 euros et l’usurpation d’identité numérique d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

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AUDIENCE N°3


DÉCRYPTAGE

DROIT DE GRÈVE

Historiquement considéré comme un délit, le droit de grève est, depuis le préambule de 1946, reconnu comme une liberté fondamentale du salarié. Désormais érigé en moyen de pression ultime, il permet aux salariés d’exprimer leurs désaccords et de revendiquer l’acquisition de droits sociaux. Hier, congés payés et conventions collectives animaient le calendrier social. Aujourd’hui, réforme des retraites ou code du travail sont au cœur des tensions et animent les manifestations. Focus sur ce droit et ses limites. | PAULINE THÉRET, AVOCAT |

UN DROIT DE GRÈVE

ABSOLU ?

S

i le caractère fondamental du droit de grève est régulièrement réaffirmé à la faveur de sa reconnaissance constitutionnelle, le droit de grève ne saurait constituer un droit absolu. Sa règlementation est, en réalité, le fruit d’un consensus avec l’ensemble des autres libertés et principes essentiels qui existent au sein de notre société.

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Le droit de grève se confronte, ainsi, au principe de sauvegarde et de continuité du service public. Ce principe commande l’instauration d’un service minimum obligatoire dans certains secteurs publics, comme les écoles, les services hospitaliers ou les transports. Toutefois, dans certaines professions, la préservation de l’ordre public entraîne une interdiction absolue de faire grève. C’est notamment le cas pour la police, les CRS, magistrats, militaires ou l’administration pénitentiaire.

AUDIENCE N°3


UN DROIT PROTÉGÉ

ET ENCADRÉ

Dans le secteur privé, le droit de grève se confronte exclusivement aux libertés d’entreprendre et de travail, lesquelles sont également constitutionnellement garanties. En effet, si la grève est un phénomène de force collective, dont la réussite dépend étroitement de l’ampleur de la pression exercée sur la structure d’emploi ou sur l’État, sa mise en œuvre est individuelle et personnelle, chacun disposant du droit de jouir de sa liberté de ne pas faire grève. Le droit de grève ne saurait donc légitimer une entrave à la poursuite de l’activité. Ainsi, tant dans le secteur privé que public, le législateur et la justice veillent à garantir la nécessaire conciliation entre revendications salariales et intérêts publics comme individuels. Pour être licite, une grève doit répondre aux quatre conditions cumulatives qui suivent...

 Une cessation totale du travail. Toute manifestation qui prendrait la forme d’un ralentissement de la cadence ou d’une exécution anormale de l’activité est ainsi prohibée.  Une cessation collective et concertée. Si le droit de grève est une liberté individuelle détenue par chaque salarié, il ne peut être mis en œuvre que collectivement, et sous l’impulsion d’une volonté partagée par plusieurs salariés. Il ne peut donc, en principe, être le fait d’un salarié seul  L’existence de revendications professionnelles. Dans cette optique, toute manifestation menée pour des revendications d’ordre purement politiques ou personnelles est interdite.  Une information de l’employeur. Dans le secteur privé, cette information doit être préalable ou concomitante à l’arrêt de travail. Dans le domaine public, la préservation de l’ordre public commande le respect d’un délai de préavis de cinq jours.

La frontière entre exercice normal et abusif du droit de grève est franchie en cas de participation personnelle et effective du salarié à des faits illicites.

Sous réserve de respecter ces conditions, les salariés peuvent légitimement s’affranchir de leurs obligations de travail et de l’autorité de leurs employeurs. Et pour que cet affranchissement soit total, le code du travail institue une protection du salarié. Cette protection se matérialise non seulement par une interdiction de remplacement du salarié gréviste mais également par une restriction du pouvoir disciplinaire de l’employeur à cette occasion. Un cadre qui préserve le salarié de toute mesure discriminatoire et disciplinaire. Si le salarié est protégé de manière absolue dans sa décision de cesser l’exécution de sa prestation de travail en cas d’exercice normal de la grève, un exercice anormal ou des agissements con-conforme qui revêtent une intention de nuire commis à l’occasion de cet arrêt restent, en revanche, parfaitement répréhensibles. La censure du pouvoir disciplinaire n’est donc pas absolue et est subordonnée à un exercice licite et non abusif du droit de grève.

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La frontière entre exercice normal et abusif du droit de grève est franchie en cas de participation personnelle et effective du salarié à des faits illicites. Exemple : le non-respect des libertés fondamentales d’entreprendre et de travailler, à l’image du blocage des raffineries nucléaires qui ont sévi dans le cadre du mouvement d’opposition à la loi travail. Ou encore les menaces, injures et violences sur les biens et personnes, comme l’épisode de la chemise arrachée survenue au sein de la compagnie Air France et qui a donné lieu au licenciement de cinq salariés. Ainsi, force est de constater que le droit de grève a pour objectif de résoudre les conflits par la discussion et le compromis. La grève constitue in fine un moyen de pression précieux permettant l’ouverture d’un dialogue, lequel peut être sources d’avancées sociales significatives. Elle peut toutefois également provoquer une paralysie non légitime et constituer un obstacle redoutable à de nécessaires réformes. La nécessité n’étant pas toujours un motif audible.

AUDIENCE N°3


REPORTAGE

À LA DÉCOUVERTE DU des DES Le compte à rebours est lancé ! Jean-Jacques Urvoas a annoncé la construction d’un nouveau Palais de justice à Lille. Et, selon du siècle dernier, de nombreuses villes françaises n’ont jamais changé de palais de justice, le Capitale des Flandres entame elle

AUJOURD’HUI

L

’actuel palais de justice lillois s’avère quelque peu controversé et n’a jamais su faire l’unanimité. Certains en effet, lui reprochent sa modernité décalée en rupture trop brusque avec le quartier historique du Vieux-Lille et ses façades du XVIIe siècle. D’autres aiment sa modernité utile et en son temps pratique et le qualifient de véritable réussite architecturale. En revanche, tous s’accordent pour dire que ce « Vieux Monsieur » qui domine l’avenue du Peuple Belge n’a pas aussi bien muri que ses voisins. L’actuel Palais n’offre en effet plus des conditions de travail satisfaisantes à ses occupants et ne répond plus aux normes de sécurité actuelle. Ce vieil édifice a pourtant eu son moment de gloire architecturale. Sa construction dura près de dix ans et fut mis en service le 2 janvier 1963 modifiant à jamais le visage du quartier de la Monnaie. Son architecte, Jean Willervel, souhaitait que ce Palais soit le reflet « d’une justice plus humaine, compréhensive et respectueuse de la dignité humaine ». L’édifice est d’un volume dix fois supérieur à celui qui l’a précédé. Il dispose d’un bâtiment bas de

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même hauteur que les immeubles voisins et d’une tour de cinquante mètres où sont regroupés les services de l’instruction, du parquet et du greffe. Le bâtiment est fait de béton apparent dont la rigidité est adoucie par d’immense tapisserie souple de laine aux couleurs vives. Au-delà d’un lieu justice, le Palais de justice de Lille est un véritable musée dédié à la tapisserie moderne. On y découvre ainsi des tapisseries de Millecamps, Guérin, Beaudin, Prassinos, Gilioli, Ubac ou Bazaine… Art et Justice se mêlent et se confondent, donnant ainsi au lieu une ambiance des plus singulières. L’édifice aura vu passer de nombreux visiteurs, inconnus pour certains, célèbres pour d’autres, et vu la justice évoluer et se transformer, de la présidence Pompidou jusqu’à nos jours. Il est aujourd’hui temps pour ce professionnel de la justice de prendre une retraite bien méritée et entamer, peut-être, une reconversion. Certaines grandes entreprises hôtelières se sont déjà montrées extrêmement intéressées par le site et ses volumes architecturaux. De quoi offrir à ce lieu unique une nouvelle jeunesse.

AUDIENCE N°3


DEMAIN

A

près le déménagement du tribunal administratif de Lille en mars 2016, voici venu le tour du tribunal de grande instance de Lille et du tribunal d’instance. Le nouveau palais de justice devrait ainsi réunir les deux entités en un seul et même site. Et pour ce projet, pas de rénovation mais une nouvelle création. Et une centaine de projet sont attendus !

À l’origine, Sa future implantation avait suscité de nombreuses interrogations. La zone de l’Union, située à la lisière de Roubaix et de Tourcoing, avait également été évoquée pour accueillir le nouveau palais de justice. En 2013, suite à la fusion des tribunaux de commerce de Lille et de Roubaix-Tourcoing, le nouveau tribunal de commerce Lille Métropole avait vu le jour au pied de la tour Mercure, dans ce même quartier de l’Union. À l’annonce du déménagement du Palais de Justice, l’idée de créer une véritable « cité judicaire » autour du tribunal de commerce avait été proposée par les élus locaux. Il n’en sera donc rien. La plaine Winston Churchill l’a finalement emporté.

Avec un budget de 100 millions d’euros pour une surface d’environ 20 000 m2 sur un terrain d’un hectare, le nouveau palais promet de longues nuits blanches aux nombreux architectes qui concourront pour ce projet. Les travaux débuteront en 2019 et la structure devrait être opérationnelle à la fin de l’année 2021. L’édifice sera construit non loin du palais actuel, en bordure du Vieux-Lille, rue Gandhi, à proximité des gares Lille Flandres et Lille Europe.

PALAIS DE JUSTICE DE LILLE les dires du garde des Sceaux, il s’agit-là du « plus grand projet immobilier judiciaire du ministère en dehors de Paris ». Si au cours la construction de son troisième palais de justice ! Petit voyage dans le temps à la découverte de ces édifices chargés d’histoire...

HIER

D

u palais de justice d’autrefois, il ne reste que quelques reliques. Les vestiges qui ornaient hier les colonnes de l’entrée du tribunal servent aujourd’hui de terrain de jeux pour les enfants. Construit entre 1831 et 1839, le site de l’ancien palais de Justice est un haut lieu de l’histoire de la ville. Il fût bâti sur le terrain occupé par le palais de la Salle, ancien château des comtes de Flandre démoli au XVIe siècle, ainsi que sur l’emplacement de la collégiale Saint-Pierre, premier lieu de culte de la ville, détruit à la Révolution. À une époque où les canaux sillonnaient encore dans la ville, le palais de justice fût ainsi installé en bordure des quais du canal de la Basse-Deûle. Le projet fut finalement confié à l’architecte lillois Victor Leplus. Sa façade sobre était rythmée de baies régulières alignées sur deux niveaux et relevée au centre

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d’un étage. Le tout, couronné par un fronton du sculpteur Lemaire. Côté quai, le bâtiment avait des allures de temple grec, dont les denses colonnes se reflétaient dans les eaux de la Basse-Deûle. Des prisons avaient par ailleurs été installées de part et d’autre de l’édifice. Des statues de Démosthène et Cicéron d’une part et d’Aguesseau et Hospital d’autre part seront érigées en avant du porche avant d’être enlevées jugée massives et disgracieuses. Le Canal de la Basse-Deûle sera asséché dans les années 1930 et comblé pour donner naissance à l’avenue du Peuple-Belge. Quelques années plus tard, ce palais néo-classique, jugé trop petit et trop vétuste sera déconstruit pour céder sa place au palais actuel…pour quelques années encore. | ALICE DELEAU & DAVID MORTIER, AVOCATS |

AUDIENCE N°3


PORTRAIT

MARK PARKER

À LA VIRGULE PRÈS Aux antipodes d’un Steve Jobs ou d’un Mark Zuckerberg qui aiment à se mettre en scène, Mark Parker se veut discret et mesuré. Il est pourtant l’un des hommes les plus influents du monde des affaires. Symbole de la méritocratie au sein de la maison Nike, celui qui a débuté sa carrière comme designer chaussures est obnubilé par la précision et le culte de la performance. | VICTOR MOLLET |

À

vos marques ! Fan d’athlétisme, Mark Parker a la vision et l’ambition d’un sprinter. Son leitmotiv ? Aller plus vite. Encore. Toujours. Arrivé chez Nike en 1979, Parker est un pur produit de la multinationale de l’Oregon. Il a gravi les échelons un à un pour atteindre les sommets de l’entreprise N°1 du sport dans le monde. La marque ne pouvait plus difficilement trouver meilleure chaussure à son pied. Dès son arrivée au poste de CEO en 2006, il impulse une nouvelle stratégie, imprime son rythme, impose son style. « Je travaille comme un rédacteur en chef : j’aide mes collaborateurs à améliorer leurs idées, et il m’aident à améliorer les miennes », confie-t-il sobrement. Sa méthode est un succès : l’entreprise a aujourd’hui doublé ses

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revenus et le titre Nike a multiplié sa valeur par six. Parker accélère sans cesse. Il ne veut pas rêver de demain mais anticiper son arrivée. Dessein tracé Le jeune sexagénaire ne s’attarde pas sur les succès. Il reste mesuré, toujours discret. Le PDG reste en retrait. Seule la marque doit briller. D’une voix douce, il s’évertue à distiller ses consignes avec doigté et clarté. Aucune place n’est laissée à l’à peu près. Parker détient un sens du détail affirmé et une précision décuplée. Pour cultiver sa pensée et affiner ses idées, il s’enferme dans son bureau haut en couleurs. Un véritable capharnaüm mainstream où s’entassent les objets d’arts en tout genre. Portraits pop-art, buste de Lincoln, posters des

AUDIENCE N°3


Rolling Stones, harem de figurines Kaws, peintures orientales, sculptures loufoques, objets dédicacés… Parker se nourrit de cet havre bariolé aux allures de réserve de musée. Carnet en moleskine sous le bras, il gribouille sans cesse esquisses et croquis, en quête insatiable de nouveaux produits. « Je pense beaucoup à l’équilibre. Nous avons besoin de garder un œil sur un équilibre global pour réussir », dévoile-t-il, concentré sur ces tracés.

Fort de ces contrats signés, Nike s’affirme comme le leader incontesté dans le textile sportif, le running et le basketball et détient 90% du marché des baskets aux USA. Pour son exercice 2016, le fabricant tutoie les 33 milliards de chiffre d’affaires. Ultime objectif de Mark Parker ? Franchir le pas des 50 milliards de revenus en 2020. Aller plus vite. Encore. Toujours. Course aux podiums

L’efficacité en ligne de mire La stratégie globale (volonté) de Mark Parker est simple : Nike doit être plus qu’une pompe à fric. Pour y parvenir, son mot d’ordre est clair : « More! ». Plus d’innovation. Plus de style. Plus de créativité. Le patron ne badine pas avec les étapes de réflexion et de sophistication. 600 salariés exclusivement dédiés à la création s’affairent quotidiennement dans l’Innovation Kitchen, le laboratoire rattaché au siège de la marque. Le patron y promeut le croisement des talents : designers et autres experts en matériaux côtoient médecins et aérodynamiciens. Collants antisudation, maillots ultramoulants, semelles amortissantes, process industriel… Nike dépose plus d’un brevet par jour et s’octroie au minimum dix-huit mois de R&D avant de sortir un nouveau modèle de chaussure. Une phase de recherche qui a un prix. Toutes les pointures passées par la case labo ne sortent des stores officiels à moins de 130 euros. Un montant qui ne refroidi pas les invétérés, soucieux de voir leur équipement estampillé du fameux Swoosh, et, accessoirement, validé par un bataillon de scientifiques deux fois plus nombreux que l’ensemble des chercheurs travaillant pour les cinq principaux concurrents. Sous haute surveillance Mark Parker y tient, l’Innovation Kitchen est surveillée comme une prison de haute sécurité. À l’exception des athlètes sous contrat avec la marque qui viennent y tester les prototypes, aucun visiteur n’est autorisé à pénétrer dans le bunker qui ne cesse d’inventer et de créer. C’est dans ce bastion d’innovation et de conception que les modèles phares et historiques de la marque sont nés et se sont développés. Et après avoir imaginé la Nike Air avec son fameux coussin d’air puis la Flyknit qui épouse la cheville, le fabricant propose maintenant la Nike HyperAdapt et son laçage autoajustable. Un premier pas vers les productions adaptatives. Car Parker le rappelle à l’envie : « Nous sommes entrés dans l’ère de la performance personnalisée ». Et pour que ses produits soient visibles parle plus grand nombre, le businessman n’hésite pas à sortir le carnet de chèque et aligner les millions pour habiller les équipes nationales, clubs et sportifs. L’inflation est démente mais les contrats sont très rentables.

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Le cœur de cible de la marque demeure toujours les athlètes, mais Mark Parker tient à l’esthétique de ses produits. Le virage mode entrepris à son arrivée est assumé et contrôlé. Si Nike trust toujours les podiums des JO, la firme convoite désormais ceux des fashion weeks. Kim Jones (Louis Vuitton), Olivier Rousteing (Balmain), Jun Takahashi (Undercover), Riccardo Tisci (Givenchy) : ils ont tous collaboré avec la multinationale. Et leurs collections capsules s’arrachent à chaque fois à prix d’or. Peu de marques, de surcroit quand elles proviennent de l’univers du sportwear, bénéficient d’autant de crédit et de respect de la part des maisons de haute couture. Parker n’est pas étranger à ce nouvel état de fait. « Notre motivation n’est pas de proposer des produits qui interagissent avec le milieu de la mode. Mais parfois, la nature même de nos designs, notre inspiration, font que nous faisons partie de ce monde comme les autres », résume le PDG, impassible. Concurrence distancée Dans la guerre éternelle qui l’oppose à Adidas, Parker et les siens ont désormais plus d’une longueur d’avance. La multinationale américaine supplante aujourd’hui largement son concurrent allemand et continue d’aller de l’avant. À compter de la saison 2017-18, Nike remplacera la marque aux trois bandes en tant qu’équipementier officiel de la NBA. « Merci à Adidas, ils ont été de magnifiques partenaires, mais je pense que Nike est prêt à passer au niveau supérieur », lâche Adam Silver, le commissaire générale de la NBA. Un cirage de pompe en bonne et due forme. En privé, Parker est adoubé. De l’autre côté de l’Atlantique, sa marque étend son empire dédié au football, un secteur ô combien stratégique. Et avec 40% de part de marché, Nike tutoie désormais son meilleur ennemi, leader historique du ballon rond. Mark Parker pourrait jubiler. Il préfère s’enfermer pour mieux se retrouver. S’enfermer pour griffonner et dessiner encore de nouveaux tracés sur son carnet. Autant d’esquisses de nouveaux succès annoncés.

AUDIENCE N°3


ÉCLAIRAGE

CLAUSE DE RÉSERVE DE PROPRIÉTÉ

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Pour un fournisseur, l’annonce d’une procédure collective de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire qui frappe un client est source de stress et de vives inquiétudes, et signe, souvent, face au paiement des factures impayées, la fin de toutes les espérances…

| PHILIPPE VYNCKIER, AVOCAT ASSOCIÉ |

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a procédure collective entraîne, dès son ouverture, l’interdiction de toute action en recouvrement des factures impayées à cette date ou la suspension des instances en paiement en cours. Ces instances en cours, si elles peuvent être reprises, ne peuvent aboutir, à tout le moins, qu’à la fixation de la créance au passif du débiteur, et en aucune manière à un jugement de condamnation. De plus, le fournisseur, créancier chirographaire, sera largement primé par d’autres créanciers que sont les créanciers " superprivilégiés " et " privilégiés ". Les fournisseurs diligents peuvent cependant échapper à ce sombre constat en faisant preuve d’anticipation et en prenant la précaution de subordonner la vente de leurs produits à l’acceptation par leurs clients d’une clause de réserve de propriété. Au travers de cette clause, le fournisseur se réserve la propriété de la

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marchandise vendue jusqu’au paiement intégral de son prix de vente. Le Code de commerce leur réserve la faculté de solliciter, nonobstant la procédure collective, la restitution de leur marchandise ou du prix de vente de celle-ci.

L’OPPOSABILITÉ DE LA CLAUSE

L’article L.624-16 du Code de commerce rappelle que la clause de réserve de propriété doit être convenue dans un écrit établi au plus tard au moment de la livraison ou dans un écrit régissant un ensemble de relations commerciales convenues entre les parties, c’est-à-dire dans le bon de commande, le bon de livraison, le contrat cadre conclu lors de l’entrée en relation commerciale notamment. La clause doit être acceptée.

AUDIENCE N°3


Cette acceptation peut être expresse ou tacite c’est-à-dire se déduire de l’existence de relations commerciales antérieures et de la réception de documents commerciaux, notamment de factures comportant systématiquement une telle clause, sans protestation de la part du client. Il est donc conseillé d’apporter un soin tout particulier à la rédaction de cette clause et à sa présentation dans les documents commerciaux. La clause doit apparaître de manière claire, évidente, détachée de toute autre mention, de telle sorte qu’il n’y ait aucune ambiguïté quant à la connaissance de cette clause par le client.

L’ACTION EN REVENDICATION

Le fournisseur titulaire d’une clause de réserve de propriété se voit consacrer une action spécifique. Il lui appartient d’être réactif et d’exercer l’action qui lui est réservée : l’action en revendication. Cette action obéit à des délais stricts qui sont, en quelque sorte, la contrepartie du privilège qui lui est réservé. Sous peine de forclusion, l’action en revendication devra être exercée dans le délai de trois mois à compter de la publication du jugement ouvrant la procédure collective au Bodacc, le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Mais agir dans ce délai ne sera pas suffisant : il convient également de diriger la requête en revendication vers le bon destinataire. Dans l’hypothèse d’une procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaire, la requête en revendication doit être adressée à l’administrateur judiciaire si le Tribunal en a désigné un ou, à défaut, au débiteur lui-même.

Il est conseillé d’apporter un soin tout particulier à la rédaction de cette clause et à sa présentation dans les documents commerciaux

Le fournisseur sera également tenu d’adresser copie de cette requête au mandataire judiciaire désigné par le tribunal. Dans l’hypothèse d’une liquidation judiciaire, le destinataire de la requête n’est autre que le mandataire judiciaire. L’extrait d’immatriculation au registre du commerce et des sociétés fournit toutes les indications utiles à ce sujet. L’envoi de la requête doit impérativement s’effectuer par lettre recommandée avec accusé de réception. Il appartient en effet au créancier revendiquant de rapporter la preuve, en cas de contestation, de l’existence de sa requête et de sa parfaite réception par les destinataires. Le fournisseur revendiquant est ensuite tenu de surveiller un deuxième délai. Le destinataire de la requête dispose d’un délai d’un mois pour prendre position : accéder à la revendication et restituer la marchandise ou payer le prix, ou refuser la revendication. Il convient ici de préciser que le silence du destinataire équivaut à un refus. Dès lors, le fournisseur sera alors tenu de s’adresser à un juge, le juge-commissaire désigné par le tribunal de commerce, pour assurer la surveillance de la procédure collective dans un délai d’un mois à compter du refus exprimé ou de l’expiration du délai d’un mois précité. Ce nouveau délai est également prévu sous peine de forclusion. La saisine du juge-commissaire s’effectue par lettre recommandée avec accusé de réception ou par dépôt au greffe contre récépissé.

QUELLES SUITES ?

Le fournisseur diligent, titulaire d’une clause de réserve de propriété opposable jouit d’une position tout à fait privilégiée. Deux possibilités s’offrent à lui : récupérer sa marchandise ou obtenir son remboursement si le débiteur souhaite la conserver. Il échappe alors à tout concours avec les autres créanciers, fussent-ils privilégiés, ainsi qu’au principe d’interdiction du paiement des créances antérieures au jugement d’ouverture. Cette bienveillance à l’égard du fournisseur conduit également le législateur à autoriser le report de la revendication sur le prix de cession, dans l’hypothèse d’une vente des marchandises, et d’un paiement de celles-ci postérieurement au jugement d’ouverture (article L.624-18 du Code de commerce). En l’état, il est donc ardemment recommandé au fournisseur de se doter d’une clause de réserve de propriété, laquelle constitue une arme redoutable pour échapper à l’impayé. Compte tenu des enjeux et eu égard à l’efficacité de cette garantie, l’hésitation n’est pas permise.

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AUDIENCE N°3


HISTOIRE

Le juge doit-il s’inspirer de l’équité, voire même l’invoquer, lorsqu’il rend sa décision ? De tout temps, la présence de l’équité dans les décisions de justice a fait débat…

| YVES LETARTRE, AVOCAT ASSOCIÉ |

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a notion d’équité, à forte connotation morale et philosophique, est déjà au centre des préoccupations d’Aristote qui souligne le lien inéluctable entre le droit, la loi et l’équité. « La nature de l’équité, c’est précisément de redresser la loi là où elle se trompe, à cause de la formule générale qu’elle doit prendre », explique le philosophe grec de l’Antiquité. Saint Thomas d’Aquin, l’un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique du Moyen Âge, affirme lui que « l’équité ne s’écarte pas de ce qui est juste en soi mais uniquement de ce que la loi déclare telle ».

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À partir du XIIème siècle, les canonistes s’inspirent de ces écrits, l’équité étant entendue comme source de charité ou de miséricorde. Quelques siècles plus tard, sous l’ancien régime, l’équité soulève de nombreuses controverses. À la suite de certaines pratiques des parlements, de nombreux textes expriment leur défiance à l’égard de cette notion. L’ordonnance de Blois de mai 1579 ainsi qu’une ordonnance d’avril 1667, interdisent alors aux juges toute référence à l’équité dans leur décision. Les parlements maintiennent cependant cette faculté d’invoquer l’équité, ce qui justifie l’adage « Dieu nous garde de l’équité des parlements »

AUDIENCE N°3


Le recours à l’équité est même assimilé par d’Aguesseau, le juriste du siècle des Lumières, à un « dangereux instrument de la puissance du juge ». Un autre courant souligne les attraits de la notion d’équité. Jean Bodin, jurisconsulte du XXIe siècle et contemporain de Montaigne affirme que « la loi sans l’équité est un corps sans âme ». Jean Domat, jurisconsulte du siècle suivant et auteur des Lois Civiles, écrit lui que « c’est la connaissance de l’équité et la vue générale de cet esprit des lois, qui est le premier fondement de l’usage et de l’interprétation particulière de toutes les règles » En 1804, c’est le premier courant, celui qui se méfie de l’équité des juges, qui l’emporte chez les rédacteurs du Code civil. Ces derniers ne laissent qu’une place réduite à la notion : le mot équité n’est expressément prévu qu’à l’article 565 en matière d’accession immobilière, à l’article 1135 dans le domaine de l’exécution des contrats et à l’article 1854 en matière de société, ce dernier étant désormais abrogé.

de droit et de l’équité lorsque la loi réserve son pouvoir d’appréciation ». De l’autre côté des Alpes, l’article 1467 du code civil italien prévoit que la résolution d’un contrat peut être évitée en « offrant de modifier selon l’équité les termes du contrat ». L’article 6.258-1 du code civil néerlandais permet pour sa part au juge de « modifier les effets des contrats ou le résilier en tout ou partie en raison de circonstances imprévues d’une nature telle que d’après les critères de la raison et de l’équité, l’autre partie ne peut s’attendre au maintien intégral du contrat ». De même, l’article 1434 du Code civil du Québec précise que les parties à un contrat sont tenues non seulement aux obligations exprimées, mais aussi à celles découlant de sa nature, suivant les usages et l’équité. Enfin, le droit japonais admet l’équité qui intervient comme élément modérateur dans un litige et contribue à l’assouplissement de la règle de droit par le Juge.

Par la suite, quelques textes feront référence à l’équité : l’article 700 ou l’article 1474 du code de procédure civile prévoient par exemple que l’arbitre peut statuer comme amiable compositeur. On trouvera également les traces de l’équité dans la possibilité pour le juge d’accorder des délais de grâce (article 1244-1 du Code civil) ou de réduire la clause pénale manifestement excessive (article 1152 du Code civil) mais dans ces textes, le mot équité n’est pas utilisé. Le législateur français a toujours été très méfiant à l’égard de l’équité, considérée comme un facteur d’insécurité se heurtant à l’exigence de prévisibilité inhérente à la matière juridique. D’autres pays l’ont pourtant admise. En droit anglais, la référence à l’equity, puis ultérieurement à la natural justice, la new equity ou encore l’impartiality inspirent le juge pour atténuer la rigidité de la common law. L’article 4 du code civil suisse autorise quant à lui le juge à appliquer « les règles La place

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La place de l’équité dans un système juridique dépend donc du rôle qu’on souhaite assigner au juge lors de l’application du droit. Dans notre droit, l’équité ne peut être invoquée par le juge puisque parmi « les principes directeurs du procès », le code de procédure civile affirme solennellement dans son article 12 que « le juge tranche le litige conformément aux règles de droit qui lui sont applicables » Le juge ne peut donc qu’appliquer la règle de droit et ne peut l’écarter en invoquant l’équité, même si la règle est inéquitable à l’occasion de son application à un litige. La Cour de cassation condamne ainsi de manière systématique les décisions des juges qui font une référence expresse à l’équité. Illustration : un salarié, qui avait travaillé un jour férié, s’était vu attribuer par un Conseil des prud’hommes, sur le fondement de l’équité, un salaire majoré de 100 %. Cette décision a été cassée au motif qu’un salarié qui travaille un jour férié n’a droit, sauf dispositions conventionnelles ou contractuelles particulières, qu’à son salaire. La Cour de cassation censure donc toute argumentation l’équité

dans un système juridique dépend donc du rôle qu’on souhaite assigner au juge lors de l’application du droit...

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AUDIENCE N°3


limitée à une « simple référence à l’équité » ou à la recherche d’une solution « équitable » et affirme qu’une référence à l’équité ne peut constituer une « source de droit ». Cependant, et c’est là le paradoxe, l’équité est loin d’être absente des décisions rendues. Elle peut même jouer un rôle prépondérant dans le jugement. Une présence acceptée « L’on avancera, sans trop d’audace, que tout jugement, même très motivé en droit, est d’abord un verdict d’équité », affirme l’illustre avocat Jean-Denis Bredin. L’exactitude de cette affirmation suppose que soit précisée la position retenue par les juges en la matière, qu’elle soit officielle ou officieuse. La présence de l’équité est acceptée par le législateur mais elle peut aussi être sollicitée par les parties. Lorsque le législateur prévoit une référence à l’équité, le juge bénéficie d’une base légale du jugement d’équité et sa mission se limite à une application de la règle autorisant le renvoi exprès à de telles considérations. L’incertitude réside dans la solution finalement adoptée. Car ce qui est équitable pour un juge ne le sera pas forcément pour un autre et deux cas identiques sont susceptibles de recevoir des solutions différentes en fonction du sentiment personnel que le juge se fait de l’équité. Et si les cas où le législateur permet au juge d’invoquer l’équité sont rares, sa suggestion est parfois implicite. L’article 1152 du Code civil, en permettant la réduction de la clause pénale, manifestement excessive, invite le juge à faire preuve d’équité. Il en va de même pour le nouvel article 1171 du Code civil issu de la réforme du droit des contrats (ordonnance n°2016-131 du 10 février 2016) qui prévoit que dans un contrat d’adhésion, toute clause qui crée un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties

Une présence sollicitée Par ailleurs, les parties peuvent parfois solliciter du juge pour qu’il statue conformément à l’équité. Elles peuvent par exemple, aux termes de l’article 12 du code de procédure civile, demander au juge de statuer en qualité d’amiable compositeur. Dans cette hypothèse, le juge, à la demande des parties, statue non pas en application des seules règles de droit mais aussi en équité. Cela signifie que le juge peut statuer en se basant uniquement sur l’équité. Et s’il se réfère aux règles de droit, il aura l’obligation de vérifier que la solution résultant de leur application est conforme à l’équité. Dans le cas contraire, la décision est susceptible d’annulation. La position officieuse des juges La pratique démontre que, souvent, les magistrats, tout en respectant en apparence la primauté de la règle de droit, statuent en réalité en équité. En principe, le raisonnement du juge suppose le respect d’un syllogisme qui impose de prendre en compte le texte applicable, puis, ensuite, de relever les faits, et enfin de prononcer une conclusion. Or, la pratique révèle l’existence d’une inversion de ce syllogisme lorsque le juge considère que l’application stricte de la loi se révèle contraire à ce qu’il estime équitable. Il arrive en effet fréquemment que le juge prenne l’initiative de partir de la solution qui lui apparaît, de manière intuitive, comme juste et qu’il n’utilise le raisonnement syllogistique traditionnel que lors de la rédaction formelle et définitive de sa décision. L’équité n’est pas expressément formulée mais elle est bien là car le juge, après avoir dans un premier temps pris une décision conforme à ce qu’il considère comme équitable, va retenir un

Ce qui est équitable pour un juge ne le sera pas forcément pour un autre et deux cas identiques sont susceptibles de recevoir des solutions différentes...

est réputée non écrite. Le nouvel article 1195 du Code civil, issu de la même réforme, en admettant l’imprévision, octroie également au juge une marge de manœuvre qui laisse place à une certaine équité. Cependant, dans ces textes, il est question de « déséquilibres significatifs » ou de circonstances imprévisibles rendant « l’exécution excessivement onéreuse pour une partie », ce qui limite largement les cas permettant au juge de modifier le contrat dans le sens de l’équité.

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fondement juridique pour respecter l’article 12 du code de procédure civile. Le juge habille l’équité de son nécessaire vêtement juridique. Et bon nombre de magistrats avouent que c’est d’abord l’équité qu’ils recherchent. Après avoir entendu les avocats, ils se réunissent pour délibérer et chacun d’eux suggère la solution qui lui parait supportable par chacune des parties, la solution qui lui parait équitable. Ils recherchent d’abord cette solution équitable et ensuite, seulement, ils vérifient si elle est compatible avec les règles de droit. L’on peut alors se demander : à quoi sert donc l’équité ?

AUDIENCE N°3


HISTOIRE

Le législateur n’a pas osé permettre au juge de statuer en équité sans apporter d’importantes limites...

Deux formes d’équité Comme il est difficile de révéler une définition précise à l’équité, il est préférable d’en étudier les fonctions. L’équité peut être correctrice ou supplétive. L’équité correctrice est initialement envisagée par Aristote pour qui l’équité est justement un moyen de « redresser la loi où elle se trompe » Il faut cependant bien se rendre compte que, dans notre droit, cette fonction reste très limitée si le législateur ne prévoit pas de référence à l’équité. Ainsi, en matière contractuelle, les juges appliquent de manière rigoureuse l’article 1134 du Code civil (devenu l’article 1103 depuis l’ordonnance du 16 février 2016 portant réforme du droit des contrats), aux termes duquel les conventions font la loi des parties. Dans son fameux arrêt canal de Craponne du 6 mars 1876, la Cour de cassation refuse la réévaluation d’une redevance fixée en 1560 : « dans aucun cas il n’appartient aux tribunaux, quelque équitable que puisse leur paraître leur décision, de prendre en considération le temps et les circonstances pour modifier les conventions des parties et substituer des clauses nouvelles à celles qui ont été librement acceptées par les contractants ». Même le nouvel article 1195 du Code Civil, introduit par l’ordonnance du 16 février 2016, et qui admet désormais que soit pris en compte le changement des circonstances imprévisibles lors de la conclusion du contrat, demeure très restrictif dans son application. En premier lieu, il n’est pas d’ordre public et rien n’interdit aux parties d’écarter l’imprévision ou de limiter les effets d’un changement de circonstance imprévisible. En second lieu, même si l’imprévision n’est pas écartée contractuellement, son application est très limitée puisqu’il faut que le changement des circonstances imprévisibles lors de la conclusion du contrat rende l’exécution excessivement onéreuse pour une partie. Le simple fait que la prestation soit plus chère que prévue ne suffit pas, quand bien même l’équité

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commanderait une révision du prix. De même, lorsque le nouvel article 1171, également introduit par l’ordonnance du 16 février 2016, prévoit que dans un contrat d’adhésion, toute clause qui créée un déséquilibre entre les droits et obligations des parties est réputée non écrite, il faut que cette clause crée un déséquilibre significatif. Un simple déséquilibre qui, en équité, devrait conduire à un rééquilibrage, n’est donc pas suffisant. Force est de constater que même dans un texte aussi récent et fondamental que celui de la réforme des contrats intervenue par ordonnance du 16 février 2016, le législateur n’a pas osé permettre au juge de statuer en équité sans apporter d’importantes limites. L’équité supplétive vient, elle, compléter la règle de droit. L’article 700 du code de procédure civile autorise ainsi le juge à condamner la partie perdante d’un procès à payer à l’autre partie une indemnité correspondant aux frais non compris dans les dépens. L’objectif de cette disposition étant de lutter contre un déséquilibre économique entre les plaideurs, en conférant au juge la faculté d’apprécier le caractère inéquitable d’une situation, excessivement rigoureuse pour une partie. Le contenu d’un contrat peut également être complété par une décision judiciaire prononcée au nom de l’équité. L’intérêt de recourir à la notion n’est plus de corriger la rigueur d’une stipulation contractuelle mais de la compléter. C’est en raison de la poursuite d’un tel objectif que le contrat peut être enrichi, les parties étant liées par ce qui a été stipulé, mais aussi par « toutes les suites que l’équité, l’usage ou la loi donnent à l’obligation d’après sa nature » (article 1135 du Code civil, devenu article 1194 depuis l’ordonnance du 16 février 2016). C’est ce texte évoquant l’équité qui a conduit au développement de la très abondante jurisprudence sur l’obligation d’information, de conseil et de mise en garde dans les contrats, et au contrôle par le juge de l’abus dans la fixation d’un prix. Une jurisprudence qui a été largement consacrée par l’ordonnance du 16 février 2016. En définitive, si l’équité n’est pas source de droit, elle n’en est pas moins source d’inspiration pour le juge.

AUDIENCE N°3


ANALYSE

PRUD’HOMMES

LE CHANGEMENT, C’EST

MAINTENANT ?!

La période estivale est traditionnellement celle de l’entrée en vigueur de nouveaux textes législatifs. L’été 2016 n’a pas dérogé pas à la règle. Le décret n°2016660 du 20 mai 2016, entré en application le 1er août 2016, réforme largement la procédure en matière sociale, aussi bien en première instance qu’en appel. Des évolutions et transformations qui ne sont pas sans poser question... | PHILIPPE VYNCKIER, AVOCAT ASSOCIÉ |

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AUDIENCE N°3


re ce Procédure de 1 instan

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’acte de saisine du conseil des prud’hommes doit désormais exposer brièvement les motifs de saisine, énumérer les pièces suivant bordereau et surtout comporter les mentions de l’article 58 du code de procédure civile lequel impose de démontrer la recherche d’une solution amiable préalable à la saisine judiciaire. Ces pièces doivent être transmises au défendeur à l’instance avant la date fixée pour l’audience de conciliation. Le texte fixe également des sanctions en cas de non comparution d’une des parties. En l’absence du défendeur et ce, sans motif légitime, le bureau de conciliation et d’orientation pourra juger l’affaire en formation restreinte. En cas d’absence du demandeur, la caducité pourra être prononcée si le défendeur n’use pas de la faculté de solliciter un jugement sur le fond. Le non-respect du calendrier procédural fixé par le bureau de conciliation se voit également sanctionné soit par la radiation, soit par un renvoi à la première audience utile devant le bureau de jugement. S’agissant de la procédure devant le bureau de jugement, le bureau de jugement pourra écarter des débats les prétentions, moyens et pièces communiqués sans motif légitime après la date fixée par les échanges au visa du respect des droits de la défense. En matière de contestation de licenciement pour motif économique, le bureau de jugement devra statuer dans les six mois de sa saisine ce délai pouvant être réduit à trois mois en cas de recours à la formation restreinte du conseil.

Procédure d’appe l

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ésormais, l’appel des décisions rendues par les juridictions prud’homales est formé, instruit, et jugé selon les dispositions de la procédure avec représentation obligatoire. Cela signifie que les parties qui comparaissaient en personne en première instance et qui n’étaient représentées ni par un avocat ni par aucun défenseur syndical, ont désormais l’obligation pour inscrire leur appel d’être représentées soit par un avocat inscrit dans le ressort de la cour d’appel soit par un défenseur syndical. Les parties devant la chambre sociale de la cour d’appel se voient imposer des délais stricts tant pour signifier la déclaration d’appel en cas de défaut de constitution volontaire devant la cour de l’intimé, que pour signifier leurs conclusions. Ces délais sont par ailleurs assortis de sanctions particulièrement sévères... L’appelant devra impérativement signifier ses conclusions à son adversaire dans les trois mois de la déclaration d’appel sous peine de caducité de son appel. L’intimé, le défendeur devant la cour, aura lui l’obligation de répondre à l’argumentation de l’appelant ou de former appel incident dans les deux mois de la signification des conclusions de l’appelant sous peine d’irrecevabilité desdites écritures. Autre nouveauté : l’apparition d’un conseiller de la mise en état, c’est-à-dire un magistrat désigné par la cour et qui sera chargé de statuer sur les incidents de procédure. L’avocat aura pour sa part l’obligation de signifier ses conclusions et pièces par la voie électronique à son confrère, étant précisé que ce mode de transmission ne s’applique pas au défenseur syndical. Ces modifications procédurales, d’importance, risquent de s’avérer particulièrement douloureuses pour les plaideurs non vigilants ou mal conseillés. Si l’objectif visé consiste à accélérer le déroulement des procédures et désengorger les conseils de prud’hommes, encore faudra-t-il que les juridictions se dotent de moyens suffisants pour audiencer les affaires avec la même célérité imposée aux parties !

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AUDIENCE N°3


LE SAVIEZ-VOUS ?

ET VOUS, QUEL CONDUCTEUR ÊTES-VOUS ?!

Je n’ai pas le droit de manger en conduisant L’article R-412-6 du code de la route stipule que « tout conducteur doit se tenir constamment en état et en position d’exécuter commodément et sans délai toutes les manœuvres qui lui incombent  ». Dans cette optique, la dégustation d’un encas, quel qu’il soit, est strictement interdite moteur en marche. Le conducteur n’est pas plus autorisé à explorer sa boîte à gants, à se refaire une beauté devant son miroir de courtoisie, à inspecter son autoradio à la recherche de sa musique favorite, ou à modifier l’itinéraire de son GPS. Et ces règles s’appliquent également aux feux rouges ou dans les bouchons. Car un véhicule est toujours considéré comme étant en circulation dès lors qu’il n’est pas dûment garé sur le bas-côté ou sur une place de stationnement. Même immobile, votre voiture roule encore... Amende maximale encourue : 150€ !

J’ai le droit de contester un procès-verbal pour ne pas payer de contravention Tout chauffard présumé dispose de 45 jours pour former sa requête en exonération. La réclamation doit être adressée par la personne désignée sur l’avis de contravention. Elle peut se faire en ligne (www.usagers.antai.gouv.fr) ou par courrier et doit comporter les éléments suivants : certificat d’immatriculation concerné par l’avis de contravention, pièce d’identité avec photo du demandeur, et avis de contravention ou du formulaire de requête en exonération. En réponse à la requête, l’officier du ministère public peut soit prononcer l’irrecevabilité de la demande (non-respect de la procédure, pièces manquantes…), soit renoncer à toute poursuite et classer l’infraction sans suite. Attention : si vous choisissez de contester, il ne faut surtout pas payer l’amende : le paiement vaut reconnaissance de l’infraction et plus aucune démarche ne sera alors recevable.

J’ai le droit de licencier mon salarié s’il perd son permis de conduire Si le salarié perd son permis pendant son temps de travail, il peut être licencié pour faute (simple ou grave, en fonction des circonstances). Des dispositions conventionnelles, comme dans le secteur des transports, peuvent toutefois prévoir une obligation de reclassement. Dans ce cas, le licenciement ne pourra être effectif qu’en l’absence de reclassement possible. Si le salarié perd son permis en dehors de son temps de travail, aucun licenciement pour faute ne peut être prononcé. Mais l’employeur conserve la possibilité de licencier le salarié pour trouble objectif au bon fonctionnement de l’entreprise. Ce motif peut notamment être envisagé si les fonctions du salarié nécessitent l’usage indispensable d’un véhicule (VRP, routier, livreur, ambulancier…). C’est alors à l’employeur de justifier qu’il subit un préjudice du fait du retrait ou de la suspension du permis de son employé.

Je n’ai pas le droit de conduire en moto après la perte de mon permis voiture Même s’il comporte plusieurs catégories, le permis de conduire est un titre unique et indivisible. De fait, un retrait de points l’affecte dans son ensemble, quel que soit le véhicule utilisé lorsque l’infraction a été commise. Si son solde de points devient nul, l’usager de la route titulaire du permis de conduire comportant les catégories B (voiture), A (moto) et D (transport en commun) se verra donc signifier l’interdiction de conduire tous les véhicules pour la conduite desquels le permis de conduire est nécessaire.

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AUDIENCE N°3


J’ai le droit d’écouter la radio…mais pas trop fort ! Aussi passionné de musique que vous soyez, le volume de votre autoradio doit rester mesuré. Un agent peut en effet estimer qu’une écoute aux décibels trop prononcés vous isole du monde extérieur au point de ne pas pouvoir entendre l’avertisseur d’un autre usager ou la sirène d’un véhicule prioritaire. 35€ peuvent vous être réclamés. Par ailleurs, si vous tenez absolument, la nuit tombée, à partager vos goûts musicaux en circulant fenêtres grandes ouvertes et volume au summum, vous vous exposez à une contravention de 450 € pour « bruits ou tapages injurieux ou nocturnes ». À bon entendeur…

Je n’ai pas le droit d’obliger mon salarié à payer les contraventions C’est au titulaire du certificat d’immatriculation du véhicule que sont adressées les amendes pour les infractions commises. C’est pourquoi, si un salarié commet un méfait au volant d’une voiture dont la carte grise est au nom de l’entreprise qui l’emploie, c’est cette dernière qui devra payer l’amende forfaitaire, sauf si elle décide de révéler le nom du conducteur en suivant la procédure de requête en exonération. S’il ne révèle pas le nom du conducteur, l’employeur ne peut en aucun cas effectuer une retenue sur salaire pour le remboursement des contraventions. Il ne peut pas non plus prévoir dans le contrat de travail une clause par laquelle le salarié s’engage à rembourser les contraventions. En définitive, l’employeur est financièrement responsable et devra donc également assumer les conséquences financières des accidents de son salarié.

Je n’ai pas le droit de klaxonner en ville Dans les communes, afin de respecter la tranquillité des riverains, il est tout bonnement interdit de klaxonner, sauf en cas de danger immédiat (article R. 416-1 du Code de la route). Le conducteur qui klaxonne de façon intempestive ou inopportune encourt une amende de 35€.

J’ai le droit de prendre la route sans roue de secours La réglementation n’impose pas au conducteur d’être équipé d’une roue de secours puisqu’il ne s’agit pas d’un élément de sécurité. De fait, la tendance à ne la plus proposer cet équipement se généralise chez nombre de constructeurs qui proposent à la place un kit anti-crevaison à l’efficacité toute relative.

J’ai le droit de fumer en conduisant Si les geeks n’ont pas le droit de pianoter sur leur smartphone au volant, les conducteurs addicts à la nicotine ont, eux, la possibilité de s’adonner à leur assuétude autant qu’il le souhaite. Attention toutefois : cette pratique devient interdite si un passager du véhicule est inférieur à 18 ans. Vous risquez alors une amende pouvant atteindre 450€.

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AUDIENCE N°3


G RA ND E NT R E T I E N

Alain Juppé

« IL FAUT REDONNER AUX FRANÇAIS L’ENVIE D’AVANCER ENSEMBLE » PROPOS RECUEILLIS PAR GHISLAIN HANICOTTE & VICTOR MOLLET

A

lors que se profile 2017, ALAIN JUPPÉ avance avec assurance et tempérance. En personnage politique averti et réfléchi, il assure avoir trouvé l’harmonie.

Sa vision de l’économie et de l’emploi, ses fiertés, ses regrets… L’ancien chef du Gouvernement n’élude aucune question. Il nous confie, avec décontraction et attention, ses réflexions et ses convictions. Rencontre avec un homme serein au dessein élyséen.

AUDIENCE : Alain Juppé, le verbe « agir » semble être pour vous prioritaire… Pour quelle

raison ? Ne pas agir c’est rester immobile et cela n’a rien de positif. Agir pour une cause, pour son pays, pour son prochain est bien plus motivant. ALAIN JUPPÉ L’homme politique a beau agir, le citoyen est parfois animé par le sentiment que

rien ne se passe… Comment expliquez-vous ce paradoxe ? Il faut expliquer pourquoi et comment on agit et surtout que les annonces soient suivies de faits vérifiables par le citoyen. Il y a toujours une marge de progrès dans l’action publique pour faire plus et mieux. Il faut cependant reconnaître qu’il peut s’écouler du temps entre les décisions et leur mise en œuvre. C’est ce décalage qui, souvent, donne aux citoyens l’impression que les choses n’avancent pas. La France peut-elle se réformer sans voir systématiquement une partie de la population battre le pavé ? Je l’espère. C’est pourquoi je souhaite annoncer la couleur en amont, faire prendre conscience que notre pays a un besoin urgent de réformes, de modernisation afin de retrouver un niveau nous permettant de garder notre rang international. Cela implique des prises de conscience et des changements de posture à tous les niveaux.

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AUDIENCE N°3


Photographies : Thomas Sanson - Ville de Bordeaux

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AUDIENCE N°3


GRAND ENTRETIEN

Agir sur la dépense, c’est d’abord se fixer un objectif : ramener son poids de 57% du PIB aujourd’hui à 50% environ en 2022. C’est ensuite se fixer une méthode : des réformes structurelles qui concerneront tous les acteurs et toutes les dépenses, en vue de revoir le périmètre d’intervention de l’ensemble des acteurs publics. Agir sur les prélèvements obligatoires, c’est engager une baisse des impôts, en commençant par ceux qui étouffent l’investissement, la croissance et l’emploi (l’ISF notamment, qui sera supprimé). La baisse de la dépense publique est une question d’emploi, de justice et de souveraineté

Quelles sont les trois priorités absolues de votre ordre du jour pour rassurer le citoyen inquiet ? Il y a urgence à retisser du lien, à retrouver l’envie de partager sur un projet commun, à créer des richesses pour tous. Ce sont, selon moi, les conditions d’une cohésion sociale fondée sur la fraternité. La France a des atouts, les Français doivent en être conscients. Il faut leur redonner l’envie d’avancer ensemble. Quels arguments avanceriez-vous pour convaincre ceux qui ne croient plus en une baisse effective et durable du chômage ? Contre le chômage, qui mine notre société, la France a tout essayé… sauf ce qui fonctionne partout ailleurs. Il est urgent d’agir. Cinq ans pour l’emploi : c’est un objectif ambitieux mais selon moi réaliste. Il faut pour cela changer de logique : passer du partage du travail et des emplois aidés à une politique centrée sur l’entreprise. Pour cela je souhaite reconstruire un marché du travail qui crée des emplois, redonner aux Français le goût d’investir dans l’entreprise, favoriser un système de formation qui rapproche vraiment de l’emploi – je pense tout particulièrement à l’apprentissage – mais aussi établir un dialogue social fondé sur les réalités et non sur les postures.

On reproche de manière lancinante la lenteur de la justice… Quelles sont vos idées pour y remédier ? Les lenteurs reprochées à la justice sont malheureusement liées à des moyens notoirement insuffisants. Y remédier permettrait des procédures d’instruction et de jugement plus rapides. Les magistrats croulent aujourd’hui sous les dossiers, souvent délicats à traiter. Si vous n’aviez qu’une seule réforme à mener, quelle serait-elle ? Plutôt un ensemble de réformes et d’actions qui, comme je l’expliquais précédemment, remettront notre économie en marche. Je l’ai largement expliqué : mon intention, si les Français me font confiance, est d’agir vite. Je dirai, pendant la campagne, quels sont mes projets (même ceux dont le premier goût ne sera pas de miel) et m’engagerai à les mettre en œuvre rapidement. Ces réformes seront autant de déclics qui pourront changer le climat politique et faire revenir la confiance.

Si la France était une entreprise, elle serait, sinon en liquidation, en cessation de paiements… Comment procéder pour endiguer les déficits et engager durablement une baisse de la dépense publique ? En 2017, la France accusera 450 milliards d’euros de déficits cumulés et une dette qui dépasse 2 000 milliards. Cela mine notre croissance économique, menace notre souveraineté et fait peser sur les générations futures un fardeau injuste. Il nous faudra donc agir, très vite, pour engager une baisse rapide, significative et durable de la dépense publique, qui permettra de combler nos déficits puis de réduire les prélèvements obligatoires qui pèsent sur les entreprises et les ménages.

Quel homme politique vous a la plus inspiré ? Le général de Gaulle

« LA BAISSE DE LA DÉPENSE PUBLIQUE EST UNE QUESTION D’EMPLOI, DE JUSTICE ET DE SOUVERAINETÉ »

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AUDIENCE N°3


« J’AI UNE CLAIRE VISION DE CE QUE JE DOIS FAIRE POUR MON PAYS »

Quel est l’acte que vous avez réalisé et dont vous êtes le plus fier ?

Et quel poste occuperiez-vous dans une équipe de football ?

Pour rester dans un cadre politique et, là, avec ma casquette d’élu local, c’est incontestablement d’avoir pu conduire la métamorphose urbaine de Bordeaux, sans accroc et avec l’assentiment des habitants qui sont aujourd’hui devenus les meilleurs ambassadeurs de leur ville. Est-ce d’ailleurs encore nécessaire tant les enquêtes démontrent depuis plusieurs années que les candidats à la « migration » vers Bordeaux sont de plus en plus nombreux.

J’avoue n’y avoir jamais vraiment réfléchi. Gardien de but peut-être parce qu’il est le « dernier rempart « ! Quelle est votre réplique ou citation favorite lorsque vous êtes guilleret ou satisfait ? « Vive la vie ! ». Et à l’inverse, lorsque vous êtes déçu ou fâché ? « Dommage ! ».

À l’inverse, quel est votre plus grand regret ? Quel livre occupe une place de choix dans votre bibliothèque ?

De n’avoir pas eu le temps de mettre en œuvre certaines réformes qui auraient changé bien des choses…

Je suis un grand lecteur, de toutes sortes d’ouvrages. Je reviens cependant me plonger régulièrement dans les écrits de Montesquieu car, outre le fait qu’il soit Bordelais, ses analyses de la « chose publique » continuent de traverser les siècles avec beaucoup de pertinence.

L’éloquence est l’un des maîtres-mots de la profession d’avocat… Quelles sont, selon vous, les caractéristiques d’un bon discours ? Avant tout la sincérité, des arguments forts, de la clarté pour être compris par tous et un peu de passion aussi pour emporter l’adhésion de l’auditoire.

La vertu la plus chère que l’on vous ait transmise ? Le goût (et le prix) du travail

Avez-vous une recette pour convaincre ? À qui ou à quoi aimeriez-vous dire « merci » ?

S’il existait une recette nous l’utiliserions tous. Je fais de mon mieux avec les arguments qui me semblent être les bons.

À mes parents qui malheureusement ne sont plus là mais qui m’ont inculqué les bonnes valeurs et permis de mener ma vie comme je l’entendais, avec une bienveillante autorité.

Quelles qualités appréciez-vous en premier lieu chez un collaborateur ? Loyauté et disponibilité.

L’un de vos plus ardents et fidèles adversaires a déclaré, pour mettre en avant son dynamisme : « dans ma tête, j’ai dix-huit ans ! ». Et vous, quel âge avez-vous dans votre tête ?

Quels défauts vous semblent rédhibitoires pour occuper un poste à responsabilité ? L’absence de sincérité, de sens du devoir, et le manque d’attention à l’autre.

Cela dépend des moments, des circonstances. Je ne me suis jamais senti aussi serein qu’actuellement, dans mon corps et dans mon esprit, en totale harmonie avec moi-même, avec une claire vision de ce que je dois faire pour mon pays.

Si la politique était un sport, quel serait-il selon vous ? La boxe ? Parce qu’il faut savoir donner des coups…et les encaisser !

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AUDIENCE N°3


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AUDIENCE N°3

© France Télévisions

TÊTE-À-TÊTE


DELPHINE ERNOTTE CUNCI « CE N’EST PAS ANODIN D’ÊTRE UNE FEMME CHEFFE D’ENTREPRISE EN 2016 » PROPOS RECUEILLIS PAR GHISLAIN HANICOTTE & VICTOR MOLLET

A

près vingt-six années chez Orange qui l’ont menée jusqu’au sommet de l’entreprise de télécommunications, DELPHINE ERNOTTE CUNCI a pris les rênes de France Télévisions. Élue par les membres du CSA le 23 avril 2015, elle entend aujourd’hui donner de nouvelles couleurs au premier groupe audiovisuel hexagonal. Entretien avec une présidente nourrie par les succès.

AUDIENCE : Vous souhaitez que l’exercice 2016-2017 de

France Télévisions soit celui d’une « nouvelle dynamique ». Comment cela se traduit-il ? DELPHINE L’entreprise bouge. Le lancement de la chaîne ERNOTTE CUNCI d’information en est la preuve : le projet était dans les cartons depuis 15 ans, on l’a fait en une année ! Il ne faut pas s’arrêter là. Le numérique bouleverse la télévision, à nous de continuer à nous adapter, à nous renouveler. C’est un défi passionnant que de devoir se réinventer.

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AUDIENCE N°3

Le 1er septembre, vous avez ouvert une nouvelle page de l’histoire du groupe avec l’arrivée de franceinfo. Que peut apporter une énième chaîne d’information ? C’est la seule chaîne publique. C’est très important pour l’indépendance de l’information, que le service public joue pleinement sa mission. On le voit tous les jours, notamment en matière d’investigation. D’ailleurs, partout en Europe, les services publics ont une chaîne d’information. Mais surtout nous voulons offrir un traitement différent de l’information : moins dans l’émotion et plus dans la compréhension.


À l’heure d’une concurrence exacerbée et d’une circulation effrénée de l’information, comment informer à la fois efficacement et dignement ? Le numérique offre une immensité de possibilités pour mieux informer les citoyens. On n’a jamais eu autant d’informations et qui touchent un aussi large public. Mais face à ce flot continu, il faut pouvoir faire le tri, expliquer et sélectionner. Je pense que l’époque du " hard news " à la façon des premières chaines d’information est révolue. Aujourd’hui, les citoyens aspirent à une information exigeante, qui leur apprenne des choses. Il faut informer mieux. On fait tous face à un flot d’informations permanent : sur les chaînes d’infos, sur les réseaux sociaux. Je ne crois pas qu’il faille moins d’information, mais il faut améliorer sa hiérarchie, savoir donner des grilles de lectures, apporter des explications, donner des approfondissements. C’est le sens de la chaîne d’information publique. franceinfo ce n’est pas une chaîne de plus, c’est une offre nouvelle.

« ON APPREND TOUJOURS

PLUS FACE À LA DIFFICULTÉ ET DANS LES SITUATIONS COMPLEXES »

ceux qui y font référence. Ce n’est pas anodin d’être une femme cheffe d’entreprise en 2016. D’abord parce qu’il n’y en a quasiment pas et ensuite parce qu’en tant que femmes on doit affronter beaucoup d’obstacles dans nos carrières professionnelles. Aujourd’hui encore, rares sont les articles qui ne mentionnent pas ma vie privée : jamais on ne ferait ça pour un homme !

Quel est le rôle du service public à la télévision ? Il est indispensable. Son rôle repose sur deux piliers : l’information indépendante et de qualité d’une part et le soutien à la création d’autre part. Le service public représente 50% de la création audiovisuelle française : les fictions télés, les documentaires, l’animation, etc... C’est un appui majeur pour l’exception culturelle française. Sans service public, on serait inondé par la culture américaine, via Netflix et les majors. Quant à l’information, on critique toujours les journalistes mais ils offrent un service exceptionnel. Ils sont les garants d’une démocratie saine, d’une information qui ne dépend ni des pouvoirs économiques, ni des pouvoirs politiques.

Quelle est pour vous la définition du responsable d’entreprise idéal ? Et celle du collaborateur modèle ? Je ne crois pas au responsable modèle ou à l’idéal. On existe et on travaille chacun avec nos qualités et nos défauts. En revanche ce que ma carrière m’a apprise c’est qu’on ne réussit que par le dialogue et par l’échange. Il faut écouter tout le monde, discuter avec chacun et après prendre ses décisions. Le monde de l’entreprise n’est pas celui des certitudes, c’est un lieu d’échanges. Quels sont vos remèdes et outils pour faire face au stress ou à la pression ? D’abord, j’aime les moments de pression, je trouve qu’on apprend toujours plus face à la difficulté et dans les situations complexes. Les êtres humains se révèlent souvent dans ces moments-là. Mais sinon le meilleur remède reste le chocolat !

Peut-on rire de tout sur le petit écran ? On ne rigole pas assez à la télé ! On manque de programmes d’humour, décalés et d’autodérision. Les Guignols faisaient ça parfaitement, aujourd’hui ce sont les YouTubeurs qui révèlent souvent les meilleurs talents. Après, je continue de penser qu’ « on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui». Le service public se doit d’offrir une garantie de dignité et a une responsabilité à l’égard de ses téléspectateurs.

Ne pensez-vous pas que votre slogan, « Bien différents, bien ensemble », s’appliquerait aujourd’hui volontiers à notre vie sociétale ? Sûrement, mais ce n’est pas un hasard. La télévision publique passe son temps à scruter la société. Elle doit à la fois en être le miroir pour que tout le monde se sente représenter, mais elle a aussi une responsabilité sur les valeurs qu’elle transmet et les messages qu’elle passe.

Que ressentez-vous lorsque l’on vous rappelle que vous êtes la première femme à occuper la tête du groupe France Télévisions ? Une forme de lassitude à ce qu’on le rappelle encore et toujours, mais surtout devant le sexisme ambiant que je peux parfois lire chez

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AUDIENCE N°3


RENCONTRE avec

© KMSP / Paris 2024

BERNARD LAPASSET

Bernard Lapasset préside le projet paris 2024 avec Tony Estanguet

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résident de la Fédération française de rugby (1991-2008) puis de l’International Rugby Board pendant près de dix ans, BERNARD LAPASSET conduit aujourd’hui un nouveau défi.

Compétiteur, le dirigeant et stratège a trouvé dans Paris 2024 un nouveau terrain de Jeux. Avec méthode, passion et convictions, il pilote et dirige avec Tony Estanguet, triple champion olympique de canoë, la candidature française pour les Jeux olympiques qui se dérouleront dans huit ans. Sous le feu des projecteurs comme en coulisses, Bernard Lapasset active ses réseaux et se démène pour transformer l’essai et faire triompher la Capitale !

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AUDIENCE N°3


« LES JEUX IMPACTERONT NOTRE SOCIÉTÉ POUR LES TRENTE PROCHAINES ANNÉES »

PROPOS RECUEILLIS PAR VICTOR MOLLET

AUDIENCE : Le 13 septembre 2017, le Comité international

olympique (CIO) annoncera la ville qui accueillera les JO de 2024… Que faire jusqu’à cette date pour que La Force d’un rêve, leitmotiv de la candidature parisienne, devienne réalité ? BERNARD LAPASSET Nous devons poursuivre inlassablement et amplifier, lors de ces douze prochains mois, le travail qui a été entrepris depuis le lancement officiel de notre candidature, en juin 2015. À l’image de ce que nous avons fait à l’occasion des Jeux de Rio, il nous faut sans cesse rester à l’écoute des attentes du CIO, et dans le même temps, promouvoir notre projet, expliquer et convaincre. Convaincre que notre projet représente, au-delà des semaines de compétition que constituent les Jeux, une formidable opportunité de transformer durablement notre pays en termes de pratique sportive, de santé, d’éducation, d’inclusion sociale, d’accessibilité. Les Jeux impacteront notre société pour les trente prochaines années. Convaincre également que nous sommes le meilleur partenaire possible du CIO, en proposant un projet durable et responsable, en garantissant une expérience unique aux athlètes qui auront le privilège de vivre des Jeux spectaculaires, festifs, ouverts au plus grand nombre et porteurs de sens.

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AUDIENCE N°3

Quels sont les atouts de Paris 2024 face à ses concurrents ? Ils sont multiples. Le tout premier, ce sont nos athlètes. Ils sont au cœur de notre projet. Ce sont eux qui font les Jeux. Ils ont une véritable vision de ce que doivent être les Jeux. C’est pourquoi, au sein de nos instances, les sportifs pèsent pour 55% des voix. Ils portent un projet fédérateur, qui bénéficie d’une véritable unité politique, qui suscite un engouement fort du monde économique (NDLR : 12 partenaires de renom ont déjà rejoint la candidature) et s’appuie sur une belle adhésion populaire. Paris 2024 offrira un cadre unique aux Jeux. Imaginez le marathon visitant les plus beaux monuments de la capitale, le beach volley au pied de la Tour Eiffel, le tir à l’arc sur l’Esplanade des Invalides, l’escrime au Grand Palais, l’équitation au Château de Versailles... Les équipements sportifs les plus emblématiques, comme le Stade de France, Roland-Garros ou la Paris Arena 1, se mettront également au service des Jeux. Ainsi, 95% des équipements du projet Paris 2024 sont déjà existants ou seront temporaires. Ce qui garantit des Jeux responsables et au coût maîtrisé. Seuls le centre aquatique et les villages des athlètes et médias feront l’objet de constructions nouvelles, qui seront ensuite offertes en héritage à la population sous la forme de 5 000 logements et d’équipements de proximité.


meilleur est possible et notre ambition d’y contribuer est chaque jour plus forte.

La menace terroriste peut-elle constituer un frein rédhibitoire ? La sécurité n’est pas un enjeu spécifique au sport, ni lié à un territoire. C’est un problème national, européen et international qui dépasse malheureusement le cadre des attaques terroristes récentes auxquelles la France a été confrontée. Tous les grands États ont été touchés et sont concernés par cette menace protéiforme et parfois imprévisible. La sécurité est une priorité pour tous les organisateurs de grands événements, qu’ils soient sportifs ou non. En France, ceux-ci s’appuient sur une véritable coopération avec les services de l’Etat. L’Euro 2016, organisé avec succès récemment sur l’ensemble de notre territoire national, a démontré que notre méthode était la bonne et que nous savions organiser des événements de grande ampleur, populaires, festifs et sûrs. Les autorités doivent sans cesse s’adapter à de nouvelles menaces. Les problèmes de terrorisme que nous connaissons aujourd’hui sont traités avec la plus grande détermination, même si la menace ne disparaît jamais complètement. La sécurité est un problème d’actualité. 2024, c’est dans huit ans, mais notre vigilance sur le sujet est quotidienne.

En août, vous vous êtes rendu au Brésil pour assister aux Jeux de Rio. Quels enseignements tirez-vous de ce déplacement ? Les Jeux constituaient une opportunité unique pour rencontrer l’ensemble des acteurs du monde olympique réunis à Rio : les athlètes, les Fédérations Internationales, les comités olympiques, les membres du CIO, les sponsors, les médias. Nous les avons écoutés pour connaître précisément leurs souhaits, leurs attentes, et nous avons saisi l’occasion de promouvoir non seulement notre projet, mais plus globalement Paris et la France, avec notamment la présence de la Maire et du Président de la République. Nous avons aussi profité de l’événement pour observer la façon dont les Brésiliens ont organisé leurs Jeux. L’équipe Paris 2024, qui a participé au programme des « observateurs » proposé par le CIO aux villes candidates, a ainsi ramené dans ses bagages de précieuses informations qui viendront nourrir et enrichir le projet dans les prochaines semaines. L’expérience des Jeux de Rio a aussi rappelé la difficulté d’organiser un tel événement. Rio et le Brésil sont différents de la France. Nous possédons un réel savoir-faire et une solide expérience en matière d’organisation de grands événements internationaux. Chaque fois qu’elle accueille une compétition d’envergure mondiale, la France livre un événement festif, sûr et qui rencontre un énorme succès populaire. L’intérêt que les acteurs du monde olympique manifestent à l’égard de notre projet, leurs retours, nous confortent dans le fait que nous avons de vraies forces, que notre projet a du sens. Nous proposons des cadres spectaculaires pour les compétitions, la quasi-totalité des équipements est déjà en place… Notre projet plaît et rassure. Ce que

Dans ce contexte parfois anxiogène, quel rôle le sport et le mouvement olympique plus précisément peuvent-ils jouer ? Face à ces menaces contre notre société et nos modes de vie, notre responsabilité est de tenir debout, de garder la tête haute et de continuer à porter des projets et des ambitions pour notre pays, pour sa jeunesse notamment. Notre détermination à porter un projet d’avenir positif et fédérateur est encore plus forte. L’Olympisme prône la paix, l’universalisme, le respect, l’amitié entre tous les peuples et les cultures. Cet engagement intact, c’est notre manière de dire à la génération 2024 et aux suivantes : un monde de paix, un monde

Paris 2024, c’est l’assurance de voir se dérouler les épreuves dans les plus hauts-lieux de la Capitale, dont le Champ-de-Mars...

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AUDIENCE N°3


« Les Jeux permettront d’avancer vers une société plus inclusive, caractérisée par les valeurs de solidarité, d’engagement citoyen et de responsabilité »

nous avons vu et vécu à Rio nous conforte également dans la conception de notre projet, qui se veut dense et compact, servi par un réseau de transport déjà extrêmement performant.

La classe politique et le public français sont-ils à vos yeux de fervents supporteurs de Paris 2024 ? La candidature de Paris 2024 bénéficie d’un soutien unanime de l’ensemble de la classe politique, en relais du mouvement sportif qui est en première ligne. L’illustration en a une nouvelle fois été donnée à Rio. Avant d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux de la XXXIe Olympiade, aux côtés de la quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement qui s’est rendue à Rio, François Hollande a pris part à la conférence de presse de présentation de Paris 2024. C’était une première à ce stade pour le plus haut dirigeant d’un pays, mais surtout le signe d’une implication totale du plus haut niveau de l’État, au soutien de la candidature. Aux côtés des équipes de Paris 2024, Anne Hidalgo, la Maire de Paris, a passé une quinzaine de jours à Rio, multipliant les rencontres avec les membres du CIO et les représentants des Fédérations Internationales. La Présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a également effectué le déplacement au Brésil pour soutenir la candidature. De plus, Paris 2024 est un projet qui implique pleinement l’ensemble des Français. La participation de la population à la construction de notre projet est, depuis le lancement de notre candidature, une priorité. Les mois de la phase de candidature qui nous séparent du vote du CIO (en septembre 2017 à Lima) vont nous permettre construire un projet cohérent, pertinent, « utile », et de le partager pleinement avec la population. L’ensemble des contributions viendra enrichir le contenu du projet en phase de candidature, puis en phase éventuelle d’organisation. Cette initiative est unique dans l’histoire des candidatures à l’organisation des Jeux.

Pour Paris 2024, les athlètes sont placés au cœur du projet olympique. Est-ce là la clé du succès ? C’est un élément clé. Depuis les premières étapes du projet, en passant par l’étude d’opportunité et la déclaration officielle de candidature, les sportifs sont en première ligne. Au sein du Comité de candidature, un Comité des Athlètes regroupe 24 champions de trois générations (anciens sportifs, sportifs en activité, génération 2024). Il est présidé par Teddy Riner et Marie-Amélie Le Fur. Leur implication est forte sur le contenu du projet, le choix des sites, la mobilisation de la population et du mouvement sportif. On a encore pu le constater tout récemment à leur retour de Rio. Par ailleurs, le Comité de candidature est conduit par des dirigeants issus du monde du sport. Il est coprésidé par Tony Estanguet, seul athlète français triple médaillé d’or lors de trois Olympiades différentes (Sydney 2000, Athènes 2004 et Londres 2012), et membre du CIO depuis 2013, et par moi-même. J’ai auparavant dirigé pendant seize ans la Fédération Française de Rugby et durant huit ans World Rugby (Fédération Internationale de Rugby). Dans ce cadre, j’ai eu le privilège d’organiser trois Coupes du Monde de Rugby : en France en 2007, en Nouvelle Zélande en 2011 et en Angleterre en 2015. À nos côtés, Etienne Thobois, Directeur Général du Comité Paris 2024, olympien à Atlanta (badminton) ; Guy Drut, membre du CIO, Champion olympique à Montréal en 1976 (athlétisme), ancien Ministre de la Jeunesse et des Sports ; Jean-Philippe Gatien, champion du monde de tennis de table, et Thierry Rey, champion Olympique de judo, occupent des rôles clés au sein du Comité de candidature.

Quels bénéfices concrets la France peut-elle retirer d’une organisation des Jeux ? Le Comité Paris 2024 souhaite porter un projet qui dépasse largement le cadre du

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AUDIENCE N°3


Paris 2024 jouit d’un bel accueil politique et populaire

sport. Au-delà des compétitions, les Jeux Olympiques et Paralympiques constituent en effet une formidable opportunité de changer la société grâce au sport, de laisser un héritage sociétal, économique et durable à notre pays. Les Jeux faciliteront ainsi le développement de la pratique sportive. Ils permettront d’avancer vers une société plus inclusive, caractérisée par les valeurs de solidarité, d’engagement citoyen et de responsabilité. Ils favoriseront le changement de regard de la société sur le handicap. L’éducation, la santé, l’innovation, l’environnement seront également au cœur de notre projet. On le voit, par tous ces aspects, l’héritage sociétal sera une dimension clé des Jeux de 2024. Au final, les Jeux seront ce que nous voudrons en faire. D’un point de vue économique, l’immense retentissement de l’événement permettra de favoriser l’activité, de promouvoir la France, ses territoires, ses savoir-faire, d’amplifier son rayonnement au niveau international, ou encore de développer notre secteur touristique. Une récente étude, réalisée par le CDES de Limoges, estime à 10,7 milliards d’euros – pour la seule Région Île de France – les retombées économiques des Jeux de 2024, et prévoit la création de 250 000 emplois.

contribuer au développement de certains territoires. Dans le cadre du projet Paris 2024, ces investissements ont tous été identifiés comme des besoins pour les populations et les Jeux viennent s’inscrire dans ce projet de développement en précisant une date buttoir. En l’occurrence, les villages des athlètes et des médias, qui seront construits à l’occasion des Jeux, permettront de rendre 5 000 logements au département de la Seine Saint-Denis. Quel est votre plus beau souvenir des Jeux de Rio ? Les Jeux ont été magnifiques. De nouveaux champions se sont révélés. De grandes stars, à l’image de Bolt ou de Phelps, ont marqué les Jeux de leur empreinte. Je retiens également le très beau comportement de l’équipe de France qui, après un début difficile, a réussi de très beaux Jeux, en effaçant son record de médailles qui datait de Pékin en 2008, avec 42 récompenses. Et parmi celles-ci, de magnifiques histoires, comme celles d’Emilie Andéol, ou de Tony Yoka et d’Estelle Mossely, symboles de la génération 2024. Je n’oublie pas, bien sûr, Teddy Riner, notre porte-drapeau qui a su se montrer à la hauteur de l’immense défi qui lui était proposé. Et pour conclure, je garderai en mémoire les magnifiques podiums de la première édition du Rugby à 7, auteur d’une entrée remarquée aux Jeux. Alors que j’occupais la présidence de World Rugby, j’avais remporté de haute lutte en 2009 la campagne olympique pour le retour du Rugby aux Jeux. Assister quelques années plus tard, à l’occasion de ces Jeux de Rio, à la victoire de l’Australie chez les féminines, et des Fidji chez les hommes, qui remportaient à cette occasion la toute première médaille d’or de son histoire, restera comme de grands moments de bonheur…

Que répondez-vous à ceux qui assurent que l’organisation d’un tel événement est un gouffre financier ? Notre projet est extrêmement responsable. Je le répète, nous disposons déjà de 95% des équipements nécessaires aux Jeux. Une seule infrastructure sportive sera construite spécifiquement pour les Jeux. Il s’agit du Centre Aquatique qui verra le jour à Saint-Denis, à proximité immédiate du Stade de France. A partir de là, nous avons l’assurance de garder la maîtrise des coûts. Mais les Jeux sont également l’occasion de

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AUDIENCE N°3


L’INFOGRAPHIE

métro

BOULOT

dodo

76 %

des seniors sont prêts à une baisse de salaire pour trouver du travail

des patrons de TPE se déclarent en bonne santé

8

7/10 7 cadres sur 10 ne se sentent pas rémunérés à leur juste valeur

C’est la durée, en mois, de la période d’essai légale maximale pour les salariés en CDI. Elle est de 3 mois au Danemark et peut se porter à 24 mois au Royaume-Uni.

730 61,2 ans

C’est, en jours, la durée maximale de l’indemnisation chômage. Elle est de 182 jours au Royaume-Uni.

C’est l’âge légal de départ à la retraite. Il est de 66,3 ans en Italie

6 0

9,67

0 0 0

C’est le nombre de cessions d’entreprises qui ont lieu tous les ans

c’est, en euros, le salaire horaire minimum brut en France. Il est de 2,73 en Espagne et n’existe pas en Italie ou au Danemark.

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AUDIENCE N°3


3 Comme le nombre de femme à la tête d’une entreprise du Cac 40

C’est le nombre de jours de congés payés légaux en France. Ce chiffre n’est nulle part plus élevé que chez nous. Il est de 29 jours dans certains Länder allemands.

27 16%

C’est, en semaine, la durée d’un congé maternité accordé aux mères. Cette période est de 11 semaines au Royaume-Uni et atteint 43 semaines outre-Rhin.

C’est la proportion de salariés français en CDD. Ce taux n’est que de 6% au Royaume-Uni et atteint 24% en Espagne.

53%

2

des couples qui se forment sur le lieu de travail se séparent...

C’est le délai, en années, accordé au salarié pour contester son licenciement devant les tribunaux compétents. Il est de 20 jours en Espagne.

73% des salariés de moins de 30 ans qui se disent optimistes sur l’évolution de leur carrière

C’est, en millions d’euros, la rémunération annuelle moyenne d’un patron du Cac 40

99,8

%

C’est la part des micro-entreprises et PME dans le nombre total des entreprises

1 661

C’est, en heures, la durée effective annuelle moyenne du travail en France, soit la plus basse du Continent. Les Britanniques travaillent eux 1 900 heures par an.

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AUDIENCE N°3


BILLET D’HUMEUR

D

GHISLAIN HANICOTTE ans une société prime sur la réflexion. AVOCAT ASSOCIÉ du spectacle Les excès sont encouragés schizophrène où les et assumés. La vulgarité et médias briguent une l’insanité se côtoient avec succès. audience décuplée pendant que Affalé sur son canapé, le spectateur, chacun semble à la recherche de semi-prostré, à demi-anesthésié, son quart d’heure de célébrité, le buzz est amusé, à moitié conscient devant s’impose comme la loi du marché. Une le divertissement atterrant proposé. Il est course à l’échalote effrénée dans laquelle dispensé de penser et paraît s’en accommoder. aucun vainqueur n’est à déclarer. À quand la fin Le téléspectateur encore neuronné, lui, jure de ne de la récré ? plus s’y laisser prendre, avant de se resservir sans coup férir. Frénésie. Au cœur du flot incessant et permanent de l’actualité, un bourdonnement persistant et Le politique n’échappe pas à cette hystérie. irritant revient sans cesse : celui du buzz. Un bruit Soucieux de voir leurs chiffres croître et leur audimat intempestif, agressif, souvent intrusif, que chacun grimper, les médias transigent avec des visages en redoute et, paradoxe, recherche aussi. manque de notoriété et des figures soucieuses de voir leur côte de popularité s’envoler aussi haut que Dans cette cour où les bouffons et les moutons leur ego. Chaque élu ou parlementaire redouble s’entremêlent, caméras et micros s’entrechoquent d’imagination pour que son commentaire soit pour nous proposer la mise scène des pitreries repris à l’infini. Cet art de la «petite phrase» entraîne de nos plus fins contemporains. Au cœur de cette une escalade verbale et théâtrale vertigineuse et quête du pseudo-scoop, les footballeurs, aussi insidieuse, amenant chacun à déraper, de manière doués pour enchanter que pour désoler les foules, plus ou moins incontrôlée. font office de cibles privilégiées. Leur moindre incartade est érigée en scandale national. Les Ce cirque mediatico-politique, en plus d’être ébats semi-publics d’un futur ex-joueur de l’Équipe incessant, se retranscrit sur tous les supports de de France n’ont ainsi cessé de bouleverser tout un presse : de la morning radio au quotidien du soir, de pays, avant que les mots doux d’un défenseur du la chaîne d’information en continu jusqu’à l’alerte PSG envers son futur ex-entraîneur ne relancent de notre smartphone. Ce qui est présenté comme les considérations les plus folles sur l’origine du la nouvelle de l’année, retombe comme un soufflet monde. et disparaît à jamais. Ces épiphénomènes, élevés au rang d’événements prépondérants, symbolisent Face à des consommateurs d’informations ulun monde où il est de plus en plus périlleux de tra-sollicités et de plus en plus distraits, l’objectif distinguer l’info de l’intox, le vérace du salace, est clair : capter le temps de cerveau encore l’urgent du signifiant, et l’important de l’essentiel. disponible et qu’importe l’esprit ou la déontologie. Un monde où chacun doit se rappeler qu’il reste Toute mesure ou modération est écartée. Le réflexe libre d’appuyer sur pause...

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AUDIENCE N°3


BILLETS D’HUMOUR

QUAND LE

DROIT

NE TOURNE PAS

ROND

LE MAIRE NOËL

D OUÏE, MAIS NON…

I

ncroyable histoire que celle de Gaston. (En 2011), Alors qu’il se rendait dans une clinique pour une opération bénigne de la paupière, cet octogénaire limougeaud a finalement subi une intervention beaucoup plus sérieuse. La raison ? Après avoir ôté ses appareils auditifs, l’aîné a répondu a tort à l’appel d’un nom qui n’était pas le sien. La suite est fatidique : l’homme subi une vitrectomie (ablation) de l’œil droit à la place d’un autre patient, sans que le chaîne de contrôle ne révèle la méprise. S’ensuit alors une baisse brutale de ses capacités visuelle qui entraîne aujourd’hui une cécité quasi-totale. La clinique et deux des trois médecins en cause ont été condamnés à verser 1 500 euros au malheureux.

écembre 2014. Alors que les départementales se profilent, un maire particulièrement gâteux en cette période électorale, décide d’offrir un colis à l’ensemble des personnes âgées de 70 ans et plus de sa commune, soit plus de 800 paniers garnis au total, alors que l’année précédente, il n’en avait distribué que 80. Une générosité décuplée un peu trop grossière pour passer inaperçue. Et si le Conseil d’État a rejeté le caractère frauduleux de la manœuvre, l’institution a tout de même rappelé l’édile à ses fondamentaux en juin dernier. Résultat ? Une inéligibilité de six mois !

VISITES SPÉCIALES

A

vocat en Floride depuis 2002, Linda Dawn Hadah a récemment été radiée de son barreau pour comportements inappropriés. Et pour cause : lors de ses nombreuses allées et venues au centre pénitentiaire, la dulcinée de 43 ans avait pris pour habitude de s’adonner à quelques jeux de jambes avec ses clients. Elle profitait également de ces instants privilégiés avec les détenus pour consommer et partager cocaïne, crack, marijuana, ou autre Xanax. La dévergondée a été radiée pour une durée de cinq ans et contrainte d’intégrer un centre de désintoxication.

CHAT-PRISTI

L

es cambrioleurs ont parfois des méthodes bien à eux. Un petit caïd Dunkerquois de 21 ans peut en témoigner. Avant de quitter la demeure qu’il vient de visiter opportunément à la recherche de liquide et de matériel informatique, le voleur prend soin d’enfermer le chat de la maison dans le congélateur. Pourquoi ? Le jeune a tout bonnement eu peur que l’animal ne témoigne contre lui. Une précaution vaine puisque le malfrat a rapidement été retrouvé. Pour l’ensemble de son œuvre, le tribunal correctionnel de la ville a condamné le prévenu pour l’ensemble de son œuvre à quatre mois de prison ferme. Le matou, lui, a survécu. Mais la famille regrette qu’il soit devenu sauvage depuis cette mésaventure.

BRÈVES DE PRÉTOIRE

CATALOGUÉ « Je ne l’aurais pas poignardé, ce n’était qu’un couteau de type Trois Suisses… » Un prévenu, sans doute adepte de la vente par correspondance

DON JUAN

SANTÉ !

« Il connait vraiment beaucoup de monde…il a pas mal d’entrejambes ! »

« Quand j’ai vu qu’il commençait à boire à 10h, j’ai tout de suite su que la soirée s’annonçait mal… »

La femme d’un prévenu, et son lapsus à peine révélateur…

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AUDIENCE N°3

Au tribunal, une victime de violence conjugale


À VOUS DE JOUER !

1. Combien de pages comporte le projet de loi initial présenté en février 2016 ?

2. Combien d’amendements les parlementaires, de gauche comme de droite, déposent-ils ?

A 131 B 252 C 345

A 5 000 B 6 000 C 7 000

3. Combien de jours s’écoulent entre la présentation du projet de loi et son adoption définitive ?

4. Combien de journées nationales d’action sont organisées contre la loi travail ?

A 132 B 143 C 154

A 8 B 10 C 12

beaucoup d’encre... La Loi Travail a fait couler le vrai du faux ! À vos stylos pour démeler

5. Combien de personnes signent la pétition « Loi travail, non merci » ?

6. Combien de gardes à vue les manifestations engendrent-elles ?

A 669 000 B 880 000 C 1 358 000

A 796 B 896 C 996

7. Le texte est porté et défendu par Myriam El Khomri… Mais quel âge a la ministre du Travail ?

8. De son avant-projet à son vote par l’Assemblée, combien de fois la loi est-elle réécrite ?

A 36 ans B 38 ans C 40 ans

A 3 B 4 C 5

2C

3C

4C

5C |

AUDIENCE N°3

RÉPONSES : 1 A

38

6B

7B

8C


VU ET APPROUVÉ

LEBOWITZ vs LEBOWITZ

N TRÔNE !

OUR U P S E V U E V X U E D Genre : Série judiciaire

Diffusion : France 2

Durée : 55 minutes

Saison 2 : à venir

Tragédie. À la mort du fondateur de Lebowitz & Associés, le recueillement laisse vite place à l’affrontement. Au cœur du cabinet, les deux femmes qui ont partagé sa vie se disputent son héritage. Le décor est planté, la guerre est déclarée.

C

ruel. Alors que sa carrière d’avocat atteint son paroxysme et qu’elle multiplie les succès de plaidoirie, Paule Lebowitz est frappée de plein fouet. L’inébranlable et brillante avocat d’affaires de 50 ans doit faire face à une nouvelle qui l’éjecte de son piédestal : Simon Lebowitz, son ex-mari avec qui elle a fondé le cabinet éponyme, s’est secrètement remarié avec Irène, jeune collaboratrice qu’elle a elle-même recrutée… Une claque.

Dans le rôle de cette femme désœuvrée et désorientée, prête à tout pour recouvrer un second souffle, Clémentine Célarié détonne et rayonne. Sa prestation, étonnante et brillante, attire les projecteurs, au risque d’éclipser quelques fois le jeu des autres protagonistes. Alors que l’action manque de clarté et de crédibilité juridiques, le script, lui, manque de nuance et de vraisemblance. Des écueils qui n’empêchent pas le programme de tenir la barre et de réinventer le genre à sa façon. Ce positionnement a d’ailleurs séduit le public.

Alors qu’il appréhende la réaction de son ancienne épouse, Simon décède lâchement et tragiquement d’un AVC. Une mort soudaine qui accouche d’une seconde déconvenue pour Paule. Elle découvre que Simon a légué ses parts à Irène qui devient dès lors associée majoritaire du cabinet. La chute est terrible mais il faut sauver les apparences. La contre-attaque ne se fait pas attendre. Paule conserve ses 30% de parts chez Lebowitz & Associés mais décide de fonder un "  contre-cabinet  ". Une entreprise désespérée qui cache une profonde blessure narcissique et révèle une femme faillible, parfois pénible, souvent irascible, toujours sensible.

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Encouragée par des chiffres positifs, avec quatre millions de téléspectateurs et plus de 14% de part d’audience de moyenne, la série connaîtra bientôt un deuxième volet. Une bonne affaire pour la chaîne. Et une nouvelle mise à l’épreuve. À vous de juger !

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AUDIENCE N°3


ZONE DE NON-DROIT

Sous le palais ALLER SE FAIRE CUIRE UN ŒUF... ...NE S’IMPROVISE PAS ! GHISLAIN HANICOTTE AVOCAT ASSOCIÉ

Le chef Sylvain Humbert, qui a repris le Bello Visto à Gassin (83), nous fait quelques confidences...

L’Œuf Cocotte * L’Œuf Mollet *

Il y a plusieurs façons de préparer un œuf cocotte, il est toujours placé et cuit dans un ramequin et agrémenté de diverses manières : asperges, champignons à l’automne, certains aux truffes ou au foie gras. En Provence, on l’aime avec des tomates hachées fraiches et du basilic. La recette de Sylvain : le moule doit être beurré, faire cuire au bain Marie au four pendant six minutes à 160°, à déguster dans son ramequin.

L

L’œuf mollet, lui, est plus souvent servi en salade ou florentine avec épinards et béchamel. Il est tout simplement cuit à l’eau dans une casserole pendant six minutes (départ eau bouillante) puis délicatement écalé. La recette de Sylvain : j’aime cuisiner l’œuf " parfait " sur une galette fine de ratatouille au basilic. La cuisson est à basse température dans la coquille, au four mixte à 62° pendant une heure. Le casser alors délicatement comme un œuf cru. Il sort de sa coquille est ainsi dit " parfait " : entier, coulant à cœur et blanc dur translucide en extérieur.

Instant critique

e Livre des Baltimore est le Et Marcus Goldman nous livre ici troisième roman de Joël sa propre histoire familiale. Marcus Dicker. Le jeune écrivain suisse y est un « Goldman de Montclair » s’est fait connaître en 2012 avec de classe moyenne, tandis que ses la publication de son ouvrage La cousins sont des « Goldman de Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, Baltimore » qui ont un statut social PERRINE LEFEBVRE dont le principal protagoniste est plus élevé. Rapidement, ces trois AVOCAT Marcus Goldman et pour lequel il cousins forment le « Gang des a obtenu le Grand Prix du Roman Goldman ». Mais alors qu’un Drame de l’Académie française. Le dernier roman de se produit, tout ce qui semblait acquis vole en Joël Dicker, qui met à nouveau en scène Marcus éclat. Survient alors le temps des interrogations. Goldman, était donc très attendu, tant par la Qui est Alexandra ? Quel rôle joue-t-elle dans la presse et les librairies que par le public. Si la réalisation de ce Drame et ses conséquences critique littéraire apparaît timorée, le public adore, ? Marcus cherche des réponses et emmène le et pour cause : Joël Dicker nous tient en haleine lecteur dans une quête captivante et trépidante de la première à la dernière page. longue de 474 pages. Le Livre des Baltimore est indéniablement un Si La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert peut être roman très agréable à lire qui permet, l’espace classé dans la catégorie des romans policiers, Le de quelques heures, de ne penser à rien d’autres Livre des Baltimore est davantage un roman qui qu’à ce fameux Drame qui a tant bouleversé la met en perspective le rôle de la famille et son vie de Marcus Goldman. Un personnage que l’on influence dans la construction de chacun d’entre retrouvera vraisemblablement dans les prochains nous. romans de Joël Dicker, avec plaisir !

LE PROBLÈME SPINOZA

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AUDIENCE N°3


TÉMOIGNAGE

VÉRONIQUE ROY BURIN

" JUGER N’EST PAS SIGNE D’INTELLIGENCE, IL FAUT ESSAYER DE COMPRENDRE... " Partir. Ne jamais revenir... Il y a deux ans, Quentin décide de quitter un cocon familial sans histoires ni déboires. Il effectue un choix radical, prend une décision irréparable : quitter définitivement Sevran et s’en aller pour Raqqa, fief de Daesh. Véronique, sa mère, se mobilise pour encourager son retour mais ne parvient pas à le sortir des mains de l’État islamique. Son retour, espéré pendant des mois n’interviendra jamais. En janvier 2016, l’annonce de son décès tant redoutée est annoncée. Quentin avait 23 ans. Depuis, avec assurance et bienveillance, Véronique parle, alerte et milite pour éviter que d’autres familles ne connaissent la même tragédie. Rencontre avec une mère meurtrie qui combat pour la vie.

PROPOS RECUEILLIS PAR VICTOR MOLLET

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AUDIENCE N°3


U

coran, lis-le et ça ira mieux… ». Nous avons été sonnés en lisant ce message qu’on espérait n’avoir jamais à recevoir. Sur le moment nous avons eu le courage, je ne sais pas comment, d’entretenir une conversation avec le messager. Faute de preuve, nous sommes bien obligés d’accepter la nouvelle, pour tenir debout. Nous avons aussi décidé, à défaut de corps et de certificat de décès, de faire une cérémonie d’au revoir à notre fils fin janvier, pour être en paix. Quel adolescent votre fils était-il ? C’était un enfant sans problèmes, qui avait fait de bonnes études. Il était sportif, musicien, dans une famille soudée, avec des valeurs. Il nourrissait des questionnements liés à sa jeunesse, sur l’existence, le sens de la vie, avec, sans doute, une forme de naïveté, un grand idéalisme. Il aimait la vie. Il était timide, peureux bien que volontaire, en compétition notamment, et très sensible aussi. Il avait un profil plutôt altruiste, humanitaire, voire alter mondialiste. On aurait pu le retrouver dans d’autres « combats », comme aux côtés de l’Abbé Pierre. Mais c’est le combat en Syrie, qui a priori ne le concernait pas, qui l’a interpellé, happé et condamné à mort. Il aurait pu rejoindre les rebelles pour défendre la veuve et l’orphelin, mais c’est l’État islamique qui l’a cueilli. Nous n’avons jamais su ce que Quentin faisait à part apprendre la religion. Mais nous savons que tous les garçons sont voués à s’entraîner militairement voire combattre, car on leur dit qu’ils sont attaqués dans leur foi et doivent se défendre. Comme le disait Quentin : « Vous me manquez, je vous manque, c’est dur mais c’est un sacrifice que Dieu demande… ».

n jour de septembre 2014, votre plus jeune fils Quentin décide de rejoindre la Syrie. Il n’en reviendra jamais…

Nous n’avons rien su de son départ. N’étant pas tenu au courant par la police, nous avons mené notre enquête personnelle. Nous remontons petit à petit le fil et constatons l’évidence d’une filière qui a opéré à Sevran et aux alentours. Ce qui nous met le plus en colère, c’est de voir que tout s’est fait grâce à un ami dont Quentin ne s’est pas méfié, si tant est que l’on puisse encore appeler « ami » quelqu’un qui vous envoie à la case mort. Nous nous efforçons depuis le début de bien distinguer son chemin de conversion, pour des raisons qui lui appartiennent, de sa radicalisation. Il a croisé les mauvaises personnes au mauvais endroit, au mauvais moment. Et ces personnes qui lui ont menti et monté la tête n’étaient pas sur internet. Internet a simplement justifié les thèses de ces bourreaux de recruteurs, plus fanatiques que religieux. Cela a contribué à l’isoler, le faire culpabiliser, à voir les autres comme des ennemis, et, enfin, à lui donner l’envie de partir car sa place en tant que « bon » musulman n’était plus ici, en France.

A posteriori, vous sentez-vous coupable ? Coupables de quoi ? Nous avons tout fait pour qu’il ne reste pas dans l’intégrisme et revienne une fois parti. C’est malheureusement des propos que nous entendons parfois, tellement faciles. Forcément des parents déficients disent certains. Les gens ont peur et se défoulent. Nous sommes « parents de », les gens ont peur du terrorisme, et c’est humain. Juger n’est pas signe d’intelligence, il faut essayer de comprendre. Il n’est pas question de se rajouter un poids en plus de celui d’avoir perdu l’un de ses enfants sans lui avoir dit au revoir. Notre fils était aimé, aimant. Il a eu une bonne éducation. Les recruteurs sont des prédateurs qu’il faut empêcher de nuire. Ce sont eux les coupables ! Nous avons tout tenté pour le sortir de son piège, sans

Survient cette terrible nouvelle, le 14 janvier 2016… Nous avons appris le décès de Quentin par un inconnu, sur WhatsApp, avec une phrase choc : « l’état bâtit sur le sang des martyres ». Il faut savoir que l’État islamique tient des registres avec le nom des jeunes et des parents à prévenir en cas de décès. Nous ne connaissons ni le lieu, ni la date, ni les circonstances exactes de son décès. Cet inconnu n’était qu’un messager qui nous a dit de nous réjouir, « il est bien au paradis des oiseaux verts », et de ne pas pleurer car « le seul que l’on peut pleurer c’est le prophète qu’on ne suit pas. La réponse est dans le

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AUDIENCE N°3


aide institutionnelle. Mais l’embrigadement réalisé avec des méthodes sectaires et très rodées a été plus fort que nous, plus fort que lui.

« CONSTRUISONS LEUR UN MONDE MEILLEUR, PLUS JUSTE, PLUS HUMANISTE, PLUS ÉTHIQUE... »

Exprimez-vous de la colère ou de la rancœur vis-à-vis de Quentin ? De la tristesse oui, de la colère non. Nous essayons en tout cas de ne plus en avoir contre lui, lui qui a payé de sa vie chèrement en quittant ce qui comptait le plus à ses yeux, sa famille. Mais oui, nous lui en avons voulu de nous avoir menti, de nous avoir fait souffrir. Mais à quoi bon retourner la colère contre lui ? Cela nous fait du mal et ne résout rien. Je préfère garder de l’énergie pour continuer à vivre et dénoncer ce qui aurait pu être mis en place en prévention pour faire en sorte que l’on enraye les départs.

Malgré la peine et la douleur, vous tenez à garder le cap… La vie est belle malgré tout… Des gens meurent mais des enfants naissent. Il y a beaucoup d’initiatives positives dans le monde dont nous ne parlons pas ou trop peu. C’est le rôle des medias aussi que de ne pas nous enfermer dans la peur, le négatif. Construisons leur un monde meilleur, plus juste, plus humaniste, plus éthique. Replaçons l’Homme au centre de nos actions, et non les intérêts, le Dieu argent.

Face à cette tragédie, plutôt que de vous replier, vous avez décidé de prendre la parole et de témoigner… C’est sans doute un peu thérapeutique. Ça peut arriver aux autres, la preuve. Beaucoup de gens dans notre cas n’osent pas parler. Trouver des solutions, essayer de comprendre, sans haine, est aussi un travail de résilience. Dans le cas contraire, on peut se laisser mourir. Je tente d’aller le mieux possible, même si le chagrin est là, tapi en moi, en nous. L’annonce du décès de Quentin est encore toute récente et nous pleurons souvent. Mais nous reprenons des forces en se remémorant les bons souvenirs. Aller bien, c’est aussi un devoir pour notre fils aîné qui a besoin que nous allions bien et que nous regardions l’avenir.

Un passe-temps, une activité pour trouver la paix ? Le yoga, la danse, découvrir des expos, voir des spectacles. La culture et l’ouverture d’esprit sont les meilleurs remparts contre le fanatisme politico-religieux. Une chanson, un refrain pour se libérer l’esprit ? Be Happy de Pharrell Williams. Mais aussi du blues, du rock’n roll qui me donnent envie de danser.

Que diriez-vous aux parents qui se trouvent face à un de leur enfant en proie à la radicalisation ?

Un livre, un roman pour apaiser ses pensées ?

Ne restez pas seuls, demandez de l’aide pour décrypter les signaux, souvent cachés ou pas explicites mais qui, ajoutés l’un à l’autre, font de votre enfant une personne en danger. Aujourd’hui, avec le recul, l’expérience, je peux en parler. À l’époque, je ne voyais pas, je ne comprenais pas ce qui se tramait. Même si le numéro vert « stop djihadisme » ne règle pas tout, il faut le composer, il peut permettre à un jeune de ne pas quitter le territoire et donc de ne pas partir mourir avant 25 ans. Une fois qu’il est parti en Syrie ou en Irak, c’est trop tard, on ne peut pas déradicaliser, désembrigader, quelqu’un qui baigne dans l’idéologie, qui est surveillé, et menace la cohésion du groupe s’il flanche.

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La lecture est précieuse. Je lis notamment Voyage d’une parisienne à Lhassa d’Alexandra David Neel. « Ce qu’il faut chercher et trouver c’est la douceur sereine d’une inébranlable paix », écrit-elle… Un dernier mot pour en finir avec les maux ? Carpe diem, cueille le jour.

Retrouvez l’intégralité de cette interview sur notre site www.adekwa-avocats.com

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AUDIENCE N°3


AUDIENCE NUMÉRO TROIS

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AUDIENCE N°3  

Magazine édité par le cabinet ADEKWA Avocats

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