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AVRIL 2019

FRAGILE

#1

HA PA X ACTION HYBRIDE PRESSE INDÉPENDANTE


Des corps soutenus par la mĂŠmoire. Un silence vide sur mon ventre.


J’entends crier les papillons sous mon lit. FRANCESCA SAND


CADAVRE EXQUIS D’ACTION HYBRIDE

MARIA CLARK PASCALINE REY FUR APHRODITE LOUISE DUMONT VANDA SPENGLER FRANCESCA SAND LOUISE A. DEPAUME ELISABETTE ZELAYA LOREDANA DENICOLA ANNE-MARIE TOFFOLO


Éclosion: la coquille casse. Le fragile est l’essence des choses, la force du verre, les fragments de l’être. Le fragile c’est nous et nos chairs comme miroir de l’existence. Nul triomphe, je suis une statue de boue. Nos socles sont en carton pâte, nos pyramides et nos obélisques ne m’éclairent pas. Le fragile ne m’intéresse pas. C’est la réparation qui est intéressante, c’est apprentissage de la résilience. La sublimation. Fragile comme le jour. Fragile à ravir. Fragile comme un coeur. Je suis là, petite vivante. Oppressée. Effritée. Disloquée. Les regards se posent et me pèsent. Un tas de têtes et de corps étourdissants, aux visages déformés. La fragilité est une fleur cueillie le matin humée à midi et jetée le soir. Là, tapie au fond. Ça s’effiloche. Ça boulotte. Ça se lacère. Ça s’embrouille. Ça se brume. Ça se brise. Ça se perd. Ça se déchire. Ça se casse. Tombe en miettes. Bouts de lambeaux. Des trous. Mémoire. Mém.é.choir. Mém.é.choir. Marie. Maladie. Fin de vie. Là, tapie au fond. Tu es là. Jusqu’au jour où. Là, tapie au fond... Le feu réduira en poussière jusqu’à l’ivoire de nos dents, notre sort sera sismique. Nos plus beaux rêves seront ceux d’un chevalier mutilé.


PASCALINE REY


LOREDANA DENICOLA


VANDA SPENGLER

FUR APHRODITE




PASCALINE REY

LOUISE DUMONT



Ce truc qui me met hors de moi - Pensée fulgurante Pas là, là Vulnérable - en proie à - peur décomposition mortelle. Saisie là - moments - parfois rien. Lumière, intonation, nuage Une image en chasse une autre - Fragile

Je suis Fragile On pourrait me casser Ramasser les morceaux. Les ramener au centre comme on ferait pour rattraper ses boyaux. Tout remettre dedans Bordel Manger - se remplir Devenir solide - encombrante Prendre toute la place FUR APHRODITE

VANDA SPENGLER

Fuite, relais défectueux Volumineux Ténu Fragile


PASCALINE REY


VANDA SPENGLER


FUR APHRODITE


VANDA SPENGLER



.Les chevaliers recréants. ANNE-MARIE TOFFOLO

Leur sommeil est un geste. Ils consacrent chaque heure à leur ascension, gagnent des nuits, gagnent des jours. Au sol, ils s’abandonnent. Défient les gisants engourdis et pensants. Leur coeur bat notre seul hymne. Le feu réduira en poussière jusqu’à l’ivoire de nos dents.


MARIA CLARK


£

ANNE-MARIE TOFFOLO



FRANCESCA SAND


La nuit s’allongeait progressivement sur la route, l’espace se faisait de plus en plus incertain et trouble. L’air s’était saturé d’eau, incapable d’absorber une goutte de plus. Son corps se mit à gémir, sa bouche à frémir, à se contorsionner, elle se sentait vide, un mauvais clown abandonné. Elle s’était littéralement imprégnée de l’humidité froide des vitres embuées de sa voiture. Mouillure de ses tissus, de l’osséine de ses os, de plus en plus gélatiniformes. La route était étroite et amère, taillée dans de la terre noire, bordée de granit, plongée dans une nuit sans lune. Un panneau lui indiqua enfin le village. Plus que cinq kilomètres. Cinq kilomètres encore… La grande masse sombre des meules de foin lui indiqua l’entrée d’un hameau. C’était l’heure du JT et pourtant chacune des maisons était vide, désertée, morte. Les volets étaient clos. Elle conduisait sans plus rien voir, à vrai dire, soutenue par un tracé tout juste deviné sur le bord de la route. Le faisceau lumineux de ses phares était particulièrement blême. Sa langue attrapa ce goût de sel qui déferlait sur son visage. La dernière étape paraissait interminable. C’est qu’il faisait froid, terriblement froid et si humide surtout. Seul un bon bain bouillant ou une bonne bouillotte aussitôt fantasmée aurait pu la réchauffer.

MARIA


Le temps s’était mis sur « pause ». Depuis quelques jours elle hibernait. Elle avait contracté un lumbago. Arrêt de travail et position allongée. À renfort d’anti-inflammatoires, d’antalgiques et d’une bouillotte bien chaude, le mal se taisait plutôt bien, et c’était finalement bon de jouir d’un congé sans fièvre et sans trop de malaise, bien calfeutrée au fond de la couette. Un handicap sans trop d’inconvénients. A condition de ne pas trop bouger, de rester au maximum sur le côté, elle pouvait lire des bandes dessinées. Le futon était installé en bas près de la cheminée. C’était plus simple. Elle s’était immobilisée là, et, impudiquement, elle pensa à la paralysie possible de son corps, savourant l’intention jusqu’à la moelle, parsemant ces longues heures intemporelles de tartines, tisanes, et d’assoupissements épars. CLARK

Et c’est justement parce que cette situation n’allait pas durer qu’elle était généreuse. C’était un signe, une alerte, une remise en question. Installée dans son repli, elle s’endormit. Sa peau était quelque peu ridée, mais à peine, son teint légèrement brouillé d’une fumeuse qu’elle n’était pas. Son corps avait glissé le long de son coté qui avait à son tour glissé le long de son ventre, une jambe s’était relevée, repliée. Son corps inconscient savait parfaitement ce qu’il devait faire et avait trouvé les intervalles convenables pour échapper à la douleur. Sa chevelure était en désordre et s’emmêlait à l’oreiller. La tête, elle, y avait renoncé et s’en était fait un chapeau; ses mains s’étaient glissées en dessous afin d’en trouver la fraicheur. Paisiblement, elle se mit à ronronner.


‘Sometimes what You are most afraid Of doing is the very Thing that will set You free’

beauty

I love

LO

RE

DA NA

D

EN

IC O

LA

naked


Let your light shining



FRANCESCA SAND

La vie est un fragment, nous devons la vivre. La vie est un fragment de fragilité, Un cri aigu pendant l’orage a fini par suivre la lumière Je touche ta chair comme un calice ouvert, Cette chair sensible intime et moite. Tout redevient Fragile, dans ce silence des pierres nomades J’ai retrouvé mon aube dans ton corps où la géométrie fait pousser mes larmes de verre.



VANDA SPENGLER ELISABETTE ZELAYA


Regarde-moi langoureux Pour que je sois belle à tes yeux Regarde mes dessous et surtout ce qu’il y a en dessous A la fois mutine et coquine Je me dévoile sans me dévoiler Avec mes dessous de mémé Tu sonnes à chaque pas milliers de crécelles Que je danse ou que je me balance ton son me rappelle un Noël enchanté Un sapin sous les cocotiers Tu m’observes de ton œil taché de suie Mille épingles plantées sur la tête Accrochées à ma culotte alanguie Les pensées fuient par où coule la concrète

Ma brassière te fusille du regard Tu me reluques d’un air goguenard La séduction ne tient pas du Hasard C’est une combinaison d’artifices étudiés De pauses et d’attitudes parodiées Et de dessous délurés Un cocktail explosif Contenu dans un soutif Soutiens-moi les seins de tes mains Accroche-toi à mes tétons à l’odeur de savon Mes pointes qui percent ma brassière Comme une louve nourricière Es-tu prêt à dévorer de baisers ces têtes carnassières ?

Le sourire carnassier d’un requin sommeille Sur la dentelle ainsi déployée Oh ville secrète Des dents acérées Illuminée sous mon regard Me font promettre monts et merveilles Que caches-tu derrière ces fenêtres de dentelle D’une mort quasi assurée Sous mes dômes cachés Se cache t-il un roublard qui furète par hasard

Les petites crêtes Ces saintes maintes fois dissimulées sous les voiles des caravelles Voile de peau couleur chair tu m’enveloppes comme un oignon Rangé dans une boîte d’œufs. Si fin si fragile et pourtant résistant, tu t’étires et t’allonges, tu galbes ma jambe joliment Quel plaisir de se glisser dans un collant neuf Un collant où les souvenirs charnels se cristallisent veloutés comme un gant Qui glisse subrepticement Et laisse les souvenirs de la peau qui s’est glissée Subtilement illuminé


LOREDANA DENICOLA

Ô satin Ô ta main Qui s’insinue sans fin Gantée de cuir Tu m’attires Quelle douceur de goûter la soie De tes bras Les chats dorment les souris dansent Une farandole de croquants qui remuent gaiement Autour de ma culotte attendant de se faire croquer gentiment Par le matou mort qui s’emplit la panse

ELISABETTE ZELAYA

Ô soie enchantée Offre-moi une branche pour me poser Car mes ailes fatiguées essuient la poussière des chemins Moi qui glisserais bien à l’ombre des senteurs délicates des jasmins Ô soleil mordoré gagne moi par pitié Dans la douceur sucrée des alizés



LOUISE DUMONT


LOUISE A. DEPAUME


MARIA CLARK


Je suis une bouffée d’oxygène, La sève vitale à l’arbre qui respire, Le sang circulant dans les veines, Et l’eau indispensable à la survie de tout être. Je suis les ailes de l’oiseau migrateur, Le pinceau entre les mains de l’artiste, Le soleil qui apporte sa chaleur, Et la pupille du chat dans la nuit. Je suis le tout et le vide de l’univers, L’invisible particule bien réelle. Je suis le tout et l’insoupçonnable, Le détail qui vous suit à chaque pas. Pourtant, quand vous croyez voir mon sourire, Vous n’imaginez pas à quel point ma grandeur est fragile.


LOUISE A. DEPAUME


#1 HAPAX


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