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LE GRAND

BOULEVERSEMENT La banquise brille de mille feux, véritable kaléidoscope de reflets or et bleu. Des icebergs grands comme des châteaux tremblent sur leurs bases puis s’effondrent en un fracas indescriptible. D’énormes glaciers se disloquent. La glace se fracture. Les rivières gelées explosent. Par milliers, des rennes prennent la longue route du nord.


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LE GRAND DÉPART DES RENNES L’inlandsis recule sur les sommets norvégiens, laissant derrière lui d’immenses zones marécageuses et des déserts de pierre bientôt recouverts de mousses et de lichens. Ces nouveaux pâturages attirent les rennes qui remontent progressivement vers le nord. Leurs pâturages traditionnels situés plus au sud sont envahis par les arbres. Les mammouths et les rhinocéros laineux voient leurs steppes disparaître car le climat, en devenant plus tempéré, est aussi devenu plus humide. La steppe n’aime pas l’humidité et elle ne peut empêcher les arbres d’avancer. Entre la toundra au sol gelé dans le nord et la forêt qui progresse à grands pas au sud, il n’y a plus de place pour la steppe. S’il n’y a plus d’herbe à mammouths, il n’y a plus de mammouths. Certains de ces géants survivent encore quelques milliers d’années dans les steppes du nord de la Sibérie, avant de s’éteindre. La glace craque. Le souffle d’un vent chaud venu du sud pousse des graines minuscules issues des derniers arbres réfugiés sur les côtes méditerranéennes. Dans la terre réchauffée germent d’innombrables plantes pionnières. Les premiers arbres à surgir sont ceux dont les graines sont portées par le vent et la pluie : bouleau, saule, tremble, aulne. Cette première vague de colonisation avance à la vitesse moyenne de 1 km par an.

En troupeaux serrés de milliers d’individus, les rennes entreprennent chaque année de longs voyages à travers la toundra en quête de nouveaux pâturages.


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Puis leur succèdent des arbres plus lents, plus grands, qui vivent plus longtemps, dont les graines sont transportées par les animaux, accrochées à leur fourrure ou bien cachées dans leurs crottes. Ce sont le noisetier, le charme, l’orme, le frêne, le tilleul, le pin sylvestre. Le chêne a conquis l’Europe à la vitesse d’un geai en vol. Cet oiseau est le meilleur semeur de glands de la forêt. Les derniers arrivés, les plus délicats et exigeants, sont le hêtre, le sapin et l’épicéa. Les arbres envahissent tout le continent, stoppés seulement par les dernières glaces du nord et par l’océan. Un nouveau monde apparaît. La forêt couvre l’essentiel du territoire européen.


L’ÂGE D’OR

DE LA FORÊT Le continent est submergé par un océan de verdure… Les écureuils peuvent sauter de branche en branche de l’Atlantique à l’Oural, de la Baltique à la Méditerranée…


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LA VIE À TOUS LES ÉTAGES La forêt recouvre désormais tout le continent. Elle est différente selon les régions. Le territoire européen est une vaste mosaïque de petites parcelles où le sol est humide ou sec, profond ou mince, sableux ou rocailleux, ensoleillé ou ombragé, pentu ou plat… Les arbres ont des besoins très variables. Certains sont petits, d’autres grands. Il y en a des larges et des élancés. Certains aiment la lumière, d’autres préfèrent l’ombre. Certains aiment l’humidité, d’autres la sécheresse. Certains poussent vite et meurent jeunes, vers l’âge de 100 ans, ce qui est vraiment ridicule pour un arbre ! D’autres poussent très lentement mais vivent près de 1 000 ans. La forêt se renouvelle sans cesse. Pendant l’ère glaciaire, la vie s’est contentée de ramper au ras du sol. Il n’y avait qu’un étage pour que la vie se développe avec les lichens, les mousses et les herbes. Grâce aux arbres, la vie s’élève désormais jusqu’à 40, 50, 60 m au-dessus du sol ! La forêt, c’est une infinité d’opportunités offertes à une multitude d’êtres vivants, des racines jusqu’à la plus haute cime des arbres. La forêt multiplie les abris et masque l’horizon, excepté pour les oiseaux qui la survolent. Les arbres ne sont pas des usines solaires très efficaces. Pourtant, la photosynthèse suffit à alimenter d’innombrables chaînes alimentaires et à créer des êtres aussi extraordinaires que des rossignols, des martres, des papillons et des jacinthes des bois.

La photosynthèse Chaque feuille d’arbre capte la lumière et la transforme en énergie chimique. À travers le processus de la photosynthèse, les plantes sont les seuls êtres vivants à pouvoir stocker l’énergie solaire sous forme de molécules de sucre tout en évacuant un déchet précieux : l’oxygène que nous respirons. Les arbres les plus vieux et les plus puissants dominent. Depuis le sol, leurs troncs semblent disparaître au-delà de la voûte de la canopée.

Famille d’éperviers installée dans un pin sylvestre, l’un de leurs arbres préférés. À tout âge, les ours aiment particulièrement grimper aux arbres pour s’y reposer. Une martre gambade dans le sous-bois fleuri du printemps (pages suivantes).


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Une femelle de bison des forêts se tient à l’abri des buissons. Elle lèche son veau, maladroitement dressé sur ses pattes flageolantes. Malgré sa masse imposante, ses mouvements sont d’une infinie délicatesse.

Un petit faon s’efforce de se dresser sur ses pattes aussi fines que des brindilles. Une, deux ; les pattes arrière sont les plus récalcitrantes et l’équilibre est précaire… Sa mère le lèche et l’encourage délicatement du museau.


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Les Saisons - Le livre documentaire (extrait)  

D'après le film de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. Textes de Stéphane Durand | Actes Sud Junior 2015

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