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Du mĂŞme auteur Ă  se procurer via mail : Helldown : 1-Ville de Sang


Anne-Christine

Remiche

Les Gardiens - I


PREMIERE PARTIE

"Même dorée, une cage reste une cage." Chroniques de MacKayla Lane Tome 2 : Fièvre rouge Karen Marie Moning


Chapitre 1 Thomas

Le monde devenait fou. Je ne pouvais pas expliquer ce qu'il se passait autrement. Paris, ville de lumière, ville des amoureux, ville sublime n'était plus que l'ombre de son souvenir. Marcher était presque un crime contre le nouveau gouvernement. La trahison était à toutes les portes, dans tous les lits, dans toutes les paroles échangées. Il suffisait de ne pas plaire à quelqu'un pour se retrouver tué. Des Milices se promenaient sur tous les trottoirs, aux aguets, prêt à chasser l'ennemi. Je passai les contrôles de sécurité de la Gare du Nord sans problèmes. Mon voisin n'eut pas cette chance. Une petite part de moi culpabilisa de lui avoir donné mon don durant quelques secondes mais ce n'était pas ma faute si nous passions au même instant. Ils auraient pu attendre que je sois parti. Ma Magie se replaça dans mon corps sans bruit ni fioriture colorée. C'était l'une des premières leçons d'un Sorcier : dissimulé sa Magie et la manipuler n'importe comment. Je fronçai les sourcils en voyant les bouches de métro closes en pleine après-midi. Un avis était affiché sur la grille : « interdiction de se terrer ! ». Oh bien ! Ils avaient de l'humour au gouvernement. Je fulminais quand même. Si j'étais parti comme prévu en début du mois dernier, je n'aurais pas à subir toutes ces conneries et je suis certain que tout cela n'existerait pas, mais il avait fallu que la Primal Carla trahisse notre peuple. Celle-la, j'avais bien envie de la ressusciter pour lui tordre le cou moi-même. Les Garous l'avaient fait à ma place et on ne pouvait guère redonner vie à un bras. Un frisson me parcourut malgré moi. Je n'étais pas particulièrement sensible mais savoir qu'il ne restait que ce membre d'une personne connue me retournait un peu le coeur. Mes pas me pressèrent jusqu'à mon wagon à l'autre bout du quai neuf. Mes mains serraient les lanières de mon sac. Je savais ce que la Milice cherchait : quelqu'un comme moi, quelqu'un qui n'obéissait pas à leurs


nouvelles lois injustes. Je pris place sur mon siège, un sentiment stupide de sécurité faisant battre mon coeur bien trop vite. Savoir que ma vie pouvait s'arrêter à la seconde où un des Gardes-Sorciers me démasquerait aurait raison de ma santé avant la fin de ma mission. Le train démarra enfin. Quitter ma ville natale était délicieux. Le paysage se mit à défiler sous mes yeux. J'avais toujours aimé mon peuple que je pensais sage et érudit. Vaste blague ! Jezabel avait pété les plombs de façon magistrale, quelques mois plus tôt, mais la Reine Suprême faisait encore mieux ; Je soupirai, abattu, et regardai l'épée invisible aux autres couverte de bandes magiques qui empêchaient sa puissance de se dévoiler. Si la Reine Suprême était devenue cinglée comme je le supposais, il était hors de question qu'elle mette la main sur cette arme légendaire. Qui sait ce qu'elle ferait avec autant de Magie pure ?! Je me dirigeai vers le bar, l'estomac en pleine protestations. Pris dans mon angoisse, je n'avais pas pris le temps d'acheter de quoi manger hors de la gare. Mon portefeuille râlait déjà. Je m'arrêtai sur le pas de la porte électronique. Un jeune homme utilisait la Magie sur le pauvre vendeur et deux témoins. –

Donne-moi ce sandwich !

Sa voix me redescendit sur terre. Le m'approchai en trois pas. –

Es-tu complètement malade ?

Le temps se figea. Je n'étais pas seulement un Sorcier de Terre, ma Magie allait bien au-delà. Le jeune homme – de mon âge sans aucun doute – me dévisagea, prit son sandwich et s'enfuit. Je pouvais comprendre son comportement : quinze euro un sandwich, j'aurais pu faire pareil – je l'avais fait, en réalité – mais en ces temps difficiles, il valait mieux crever de faim que sur un bûcher. Mais ce n'était que mon avis après tout. Une sonnerie stridente me cloua sur place. Nos sorts avaient attiré l'attention. Je me sauvai après avoir fait dérailler tous les appareils électroniques. Il était hors de question qu'à cause de cet abrutit de voleur, quelqu'un découvre ma présence au pays. Je mangerai le reste de M&M's dans mon sac pour tenir le coup jusqu'à ma destination. La journée allait être longue !


Chapitre 2 Yvan

Je grognai en déballant mon sandwich. Un peu plus et je n'aurais jamais pu me le procurer. A cause de cet imbécile, je n'avais même pas su me procurer la boisson qui aurait rendu mon festin meilleur. Le voyage jusque Rennes allait être très long et chiant, je le sentais déjà.... Ou pas. J'avisais du coin de l'oeil les fayots de la Milice s'approcher de mon compartiment. Il fallait que je me calme, ça ne voulait rien dire. Putain ! Je faisais ce genre de plan tous les jours et jamais, je n'avais eu d'emmerde. J'allais crever ce con dès que je le verrais. Deux Sorciers se séparèrent du groupe. Ils cherchaient quelque chose, plutôt quelqu'un. Je me levai en prenant mon sac miteux et traçai jusqu'au bout du train. Le stresse me submergeait. Je devais trouver l'abrutit de service et l'obliger à me filer un coup de mains. Il me devait bien ça. –

Il me cherche, grognais-je, menaçant après avoir repérer sa chevelure trop longue pour un

mec et bien trop brune. Ce mec avait le physique d'un déménageur avec la tignasse d'une nana mais il restait viril. Y avait des injustices comme ça sur cette foutue planète de malades. –

Tu n'auras que le juste retour de tes actions.

Mes poings me démangeaient. Avec sa gueule, la baston serait un plaisir je n'en doutait pas mais je ne pouvais pas m'occuper de lui maintenant. Il fallait d'abord me sortir de cette merde. De SA merde ! –

Tu m'as foutu dans cette situation, tu m'en sors ou je te pourris avec moi ! Crois-moi, je suis

douée pour ça ! Il me dévisagea quelques secondes. Il croyait quoi ? Que j'allais pleurer et le supplier ? Plutôt l'emmener avec moi en Enfer. Et je le certifiai haut et clair : je suis douée pour ce genre de délire. Il se pencha pour regarder le couloir.


Ouais mon gars, ils approchent et ma menace serait mise à exécution dès qu'ils seraient à notre portée. Il posa sa main droite sur la mienne et me fixai droit dans les yeux. Je ne pouvais plus bouger un muscle. Ce trou du cul m'avait piégé. Les fayots approchaient. J'aurai vendu mère et père pour lui faire ravaler son petit air supérieur. Toutes les insultes que je connaissais volèrent dans mon esprit. Mon coeur s'emballa alors que la Milice arrivait à notre niveau. Je fermai les yeux et vis ma soeur. Je mobilisais ce qu'il me restait de pouvoirs pour me sortir de cette merde. –

Ne brise pas le sort, sombre abrutit ! Fais-moi confiance !

Confiance ? Laisse-moi rire, crétin ! Je ne fais confiance en personne. Même mes parents m'avaient trahi alors pourquoi un étranger serait-il différent ? Le Garde-Sorcier regarda à peine le jeune homme face à moi. Il passa son chemin avec sa coéquipière. Simplement. –

Fais pas cette tête, on dirait un poisson sorti de l'eau, se moqua-t-il.

Attendez un peu que je sois libre de mes mouvements et je referai son portrait d'angelot bodybuilding à la con. –

Tu descends où ?

Il est con ou c'est naturel ? Je suis figé et cette pauvre tâche me pose des questions auxquelles je ne peux répondre. Je n'ai jamais eu autant envie de massacrer un autre mec que mon paternel. Pourtant l'histoire d'amour que j'entretiens avec lui est plutôt passionnelle et ne date pas d'hier. Le trajet prend fin. Hourra ! Je vois l'hésitation dans le regard marine du Sorcier devant moi. Il fait bien de me craindre ; je vais le tuer. –

Je suis désolé, d'accord ! Je ne pouvais pas te libérer avant à cause des témoins.

C'est ça : parle à mon cul ! Cette triple buse restait là à me fixer bêtement alors que le train allait repartir dans quelques instants avec nous dedans. Je sentis le sortilège fondre lentement, avec indécision. Je me jetai sur lui et l'attrapai par le col de sa chemise trop propre pour moi. –

Si tu recommences, je te tue, clair ?

Il ne bronchait pas entre mes mains malgré les petits éclairs de Magie qui s'en échappaient et qui lui entaillaient légèrement la peau. –

Si tu veux rester ici, libre à toi , déclara-t-il, je me casse, moi.

Il disparut pour réapparaître de l'autre côté de la vitre. J'empoignai mon sac et sautai du train qui fermait ses portes. Je le rejoignais et me mis à sa hauteur. Il marchait vite mais pas suffisamment pour me distance.


Nous étions arrivés à Chartres. C'était encore loin de chez moi. Je ne savais pas comment y retourner sans éveiller la paranoïa de la Milice. Tous les moyens de transports étaient surveillés d'une façon ou d'une autre alors voyager sans tickets, c'était signé son arrêt de mort. Ils ne faisaient de cadeau à personne, il devaient agir pour les uniques intérêts du Gouvernement. Rien ni personne ne devait les éloigner de leurs missions sacrés. Des fayots ! Des cons sans couilles ! C'était tout ce que ces Sorciers et Sorcières étaient pour moi. Ils ne fallaient pas s'étonner que j’aie déserter dès que l'occasion s'est présentée. Je n'étais pas de cette trempe-là.



Les Gardiens -1