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Remiche Anne-Christine

Tome 1 Extrait coupé 1

Amitié brisée


Un hurlement lui échappa alors que la rage la consumait. L'Odin regarda sa Vanadis laisser sa rage éclater au grand jour. Les jeunes Wastes se serraient les uns contre les autres dans le coin le plus reculé de la pièce. Jamais Heilin n'avait agi de cette manière : toujours douce, souriante et délicieusement adorable. Il émanait d'elle tant de noirceur qu'il se surprit à déglutir avec difficulté, affolé malgré lui. Il fallait lui faire entendre raison, l'apaiser. Il l'empêcha de frapper dans le dernier meuble encore debout en saisissant ses poignets. – Lâche-moi ! Hurla-t-elle en se débattant. Les bras de l'Odin formèrent une clé autour d'elle. Elle ne parvint pas à se dégager. Elle donnait des coups, elle griffait, hurlait, ordonnait, mais l'Odin tint bon. Elle dû abandonner, à bout de force. Ses hurlements de colère se transformèrent en larmes de souffrance. Elle s'affaissa dans les bras de son compagnon. – Sortez ! Les enfants et les quelques adultes restés bravement à leurs côtés ne se le firent pas dire deux fois. Ils partirent sans demander leurs restes. Le Kronidès fut le seul qui resta. Les gouttes dorées dans son regard marron brillaient de douleur. Les nouvelles qu'il avait rapportées avaient conduites à cette scène surréaliste et il s'en voulait. L'Odin berça doucement sa Vanadis qui ne parvenait pas à reprendre contenance. – Que s'est-il passé réellement ? – Elle est partie avec le Léopard, murmura le Kronidès qui l'aida à asseoir la jeune femme sur leur trône. – Pourquoi ? s'étonna-t-il. Je pensais qu'elle était bien ici. Le Kronidès pinça ses lèvres, regarda le sol et ne répondit rien. Sans doute n'y avait-il rien à répondre parce qu'aucune explication ne serait jamais satisfaisante. – Et pour Annabelle ? Elle l'a suivie non ?


– Elle est restée avec la Vanadis mais quand celle-ci lui a dit qu'elle devait couper les ponts avec Anna, elle est partie aussi. L'Odin soupira. Il ne savait pas comment agir. Il ne pouvait pas envoyer les Erèbes à la recherche des deux femmes. Pas en ce temps de guerre. L'Ancien pouvait les attaquer à n'importe quel instant. – Foutu Vampire, jura-t-il. Le Kronidès ne commenta pas. Cette guerre prenait des proportions angoissantes pour eux. Comment pouvaient-ils protéger les leurs de rafles conséquentes s'ils étaient occupés sur d'autres éléments ? Ils ne pourraient pas. L'Odin se pencha sur sa femelle et l'embrassa tendrement. Le Kronidès ne put empêcher un sourire amusé de se dessiner sur ses lèvres quand la jeune femme se crispa dans son sommeil, mais il fut rapidement effacé par le regard noir de son roi. Ce dernier n'avait vraiment aucun humour. Réellement aucune forme. Heureusement que sa femelle était plus engageante. Le Panthéon aurait déjà été dépeuplé, ses membres fuyant l’irascible roi. – Que comptes-tu faire ? – Allez à la chasse ! Le Guépard suivi le Tigre sans un mot de plus. Il savait exactement où trouver les deux femelles qui avaient mises leur reine dans cet état. Rhett savait qu'Heilin était trop sensible, que sa crise de colère était le fruit de ses sentiments exacerbés. Pourtant il comprenait sa réaction. Apprendre que quelqu'un que vous aimiez vous tournait le dos pour une personne que vous détestiez, ce n'était pas évident à gérer.

Heilin ouvrit ses yeux sur un mur défraîchi. Elle s'était assoupie sur le trône du Panthéon sans s'en rendre compte. Elle avisa la pièce : elle avait vraiment tout démoli autour d'elle, c'était un carnage


en bonne et due forme. Son coeur se rappela à son bon souvenir en se tortillant. Elle grimaça de douleur. C'était insupportable. Les images et les paroles défilaient dans sa tête comme un disque rayé. Un bruit de lutte la fit se lever. Elle ouvrit la porte menant au couloir. Son compagnon tenait à bout de bras une jeune femme aux cheveux blonds foncés et au visage pâle. Annabelle se débattait comme un beau diable entre les griffes de son souverain. Nissrine suivait le Kronidès. Son visage était fermé. Il était impossible de savoir ce qu'elle pensait. La Vanadis les laissa entrer dans la pièce. L'atmosphère devint vite insupportable. La Tigresse voulait fuir. Elle ne voulait plus voir les deux autres Wastes femelles même si sa vie en dépendait. – Qu'est-ce que tu veux ? Craqua Anabelle, la Guépard, la Thémis, en faisant face à Dageus imperturbable. – Comprendre. Un silence pesant tomba sur les cinq Wastes. La Vanadis serrait ses bras autour d'elle comme pour se protéger. Ses yeux la trahissaient pourtant. La souffrance et l'incompréhension se battaient dans les rubis ternis par les tourments. – Nous sommes une famille et tu veux nous quitter pour un inconnu ? Questionna le Kronidès à celle qu'il avait imaginer sa reine. – Je le connais depuis plus d'années que vous. Il... Son silence était éloquent pour la Vanadis. – Il t'offre ce que nous ne pouvons te donner, c'est ça ? Intervint la Vanadis, calmement. Nissrine eut le bon goût de rougir d'embarras. – Je comprends, murmura la Tigresse. Elle s'assit sur le trône sans les regarder. Elle pouvait plus les observer sans penser à cette déchirure dans son coeur. Elle leur avait fait confiance. Elle s'était confiée au sujet d'un tas de questions personnelles. Elles l'avaient poignardée sans même lui laisser le temps de voir venir le coup.


– Que t'offre-t-il de si important ? Un avenir ? Des enfants ? Une maison ? Un royaume ? demanda-t-elle brisant le silence. Son compagnon posa une main apaisante sur son épaule. Il était une valeur sûre pour elle. Elle savait, malgré les événements récents, qu'il resterait à ses côtés quoi qu'il advienne. Pourtant la douleur ne se taisait pas, ne se satisfaisait pas de cette affirmation. – Je le connais depuis longtemps, il m'offre ce que je cherche. – L'assurance, souffla la Vanadis. Heilin dévisagea ses anciennes amies et coéquipières. Elle posa son regard sur Annabelle. – Et toi ? – Tu as été très claire ! Je ne choisis pas de camp donc je dois partir. – Tu connais ma position: seuls les faibles ne prennent pas position. Ils sont trop malléables pour qu'on puisse leur faire confiance. Et si je ne peux pas avoir confiance.... C'était douloureux de dire cela mais Heilin se connaissait suffisamment pour savoir qu'elle ne pourrait plus regarder Annabelle de la même manière. Elle n'aurait plus jamais confiance, ne pourrait plus se confier ou rigoler sans penser : quand va-t-elle me poignarder ? Ment-elle ? Me dupe-t-elle ? Tente-t-elle de savoir des choses sur moi pour les donner ailleurs et se moquer ? Ces questions la rendraient paranoïaque qu'elle le veuille ou non. – Pourquoi penses-tu que je te trahis ? demanda soudainement Nissrine. Heilin la dévisagea comme si elle avait perdu la tête. Dès l'instant où l'on connaissait Heilin, cette question était stupide. – Parce que c'est le cas. Je n'ai pas confiance en ce Léopard, il est fourbe, insolant, arrogant et faux-cul. Je ne l'aime pas. – Ca ne veut pas dire que je ne dois pas l'aimer. – Il me traite comme une sous merde et toi, tu continues de le voir, de lui parler ? Comment peux-tu supporter que quelqu'un traite une personne que tu dis être ton amie comme ça ? – Tu avais tord !


– Non ! Je n'avais pas tord. Ni même raison. J'ai mon point de vue et la moindre des choses quand on a un brin d'éducation, c'est de respecter que l'autre ne soit pas de ton opinion. – Tu peux parler ! Tu le respectes toi ? – J'ai supporté que tu continues de le voir alors qu'il me traitait mal. Quand on se dit ami, on ne laisse personne insulter l'autre. Et si les deux personnes sont importantes, on essaye de les calmer. Tu lui as donné raison, il était triomphant. Tu m'as donné tord, c'était humiliant. J'étais TON amie. J'aurais menti pour te soutenir. J'aurais tout fait pour que tu ne souffres pas. Le silence pesa lourd dans la pièce après cette dernière phrase hurlée avec le cœur. L'atmosphère était électrique et étouffante. Dageus observa Heilin, défaite. – Il y avait un choix à faire, déclara Nissrine. – Tu l'as fait. Tu lui as tout donné : notre amitié en fait partie. On a combattu ensemble, on a partagé de longs moments, on a vécu des tas d'événements durs et plus faciles. Pourtant ce n'était pas suffisant. Je le comprends enfin. – Heilin... – Non ! Allez-vous-en ! Je ne vous retiens plus. Je ne sais même pas pourquoi Dageus est allé vous chercher. – Tu vas m'en vouloir jusqu'à la fin ? – Je ne t'en veux pas. Je suis déçue, triste, mais je ne t'en veux pas. Tu as choisi. – Mais ... – Non ! Je ne le supporterai jamais. De toute manière, je sais qu'il t'a demandé de faire un choix. Lui ou moi. Il n'y a pas de demi mesure possible, Nissrine. De toute façon, le mal est fait. Et j'ai toujours répété : tout ou rien. Heilin sortit de la pièce sans ajouter un seul mot. La douleur était présente. Heilin ne pouvait plus revenir. Une fois la confiance brisée, elle ne trouverait plus jamais le chemin vers la confiance. Il ne s'agissait pas de rancunes. Elle ne haïssait jamais personne avec assez de forces pour garder ce


sentiment vivant en elle. Non, c'était simplement un fait établi. Bien sûr, elle savait que si l'une ou l'autre lui courrait après pour s'excuser ou même verser une larme, elle reviendrait. L'amitié était toujours là après tout. C'était la faiblesse de la jeune femme. Aucune ne posa ce geste. C'était sans doute mieux ainsi.

Helldown Extrait coupé 1  

Premier extrait coupé du Tome 1 - Ville de Sang

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