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m.t.b

avril deux mille dix


Ă€ M. D., Audrey Gleizes et Ayla Mrabet.


Le deuxième chasseur glisse de son tabouret pour regarder fixement la femme. Image tremblée du visage de la femme. Le troisième chasseur, à son tour, se tourne brusquement vers elle.

Stan Brakhage in Metaphors on Vision.


Le cinq avril réveillé à cause de la fenêtre fermée découverte là où la lumière aveugle mon rêve érotique et sexuellement exacerbé dans lequel je rêve de fellations blondes et de pénétrations brunes là où il est bon de faire ça et pénétrer la brune par derrière couché sur elle pendant qu’elle en rit et que j’en jouis avec quelqu’un qui dort sous les draps trop fatiguée pour oser se réveiller alors la blonde est petite et Américaine et parle un français parfait et sans accent alors je me demande si elle n’est pas Française avec un air parfait de parfaite Américaine de San Francisco et de là où il y a Hollywood et les grandes villas blanches aux vérandas et les jardins immenses où il fait beau l’été et l’automne et tout le temps lorsqu’on fait l’amour et lorsqu’on baise et lorsqu’on se fait sucer et lorsqu’on caresse comme j’aime caresser et me faire faire sucer comme j’aime depuis.

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Le cinq avril douche froide que je respire très fort lorsque je la prends — j’ai peur de ne plus pouvoir de ne plus pouvoir un jour comme ça et comme avant et c’est la panique. Le cinq avril je vais au Centre GeorgesPompidou à Paris il y a du monde et de la file et du monde et le temps passe et je le sens passer comme cette fille jolie aux couleurs bleues et aux reflets bleus et ses grosses chaussures et ses collants troués de bleu dans l’ascenseur et il y a du monde et de la queue et de la file et de la chaleur et des tableaux oh mon dieu il y a des tableaux aux murs et des gens devant et assis et assis près de moi et voilà qu’elle s’excuse et voilà qu’elle s’en va et ça sent bon lorsqu’elle revient ça sent encore meilleur sans l’envie qu’elle me quitte pour sentir encore comme elle sent bon et il y a du monde et ça

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m’excite et voilà et bravo tu as réussi ton coup tu dois te sentir comme je te sens fière après tout ce temps et après tout ce monde et ces gens qui nous regardent et qui ne s’arrêtent jamais de regarder de regarder les tableaux de près de loin tout près et je sens comme je te sens d’être assis et coupables d’être regardés de se faire ça et ces signes qui s’en vont. Le cinq avril Lucian Freud ne signe pas ses tableaux qui sont comme des fixations au flash photo avec de la peinture et de la couleur et des choses très différentes du flash et de la couleur avec quoi il fait des collages bien faits avec des perspectives différentes qui se voient et qu’il peint avec ces sols pourris sur les bords du tableau et vers le cadre doré à côté duquel il y a noté Large Interior, Paddington, 1968-1969 il montre un enfant nu et couché regardant une

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plante plus grande que lui et plus verte que lui et plus grimpante que lui alors il ne regarde que le pot et il ne sont pas dans la même perspective et puis Lucian Freud sait peindre les poils sur les mains des Irlandais dont un regarde en oblique vers les Sud-Est tandis que l’autre regarde celui qui regarde c’est-àdire toi ou moi ou nous ou vous ou eux et pendant qu’il se décide deux tableaux petits posés sous une fenêtre en trois verres et qui ne sont pas finis et qui ne sont pas plus commencés et l’enfant couché près du pot est comme le chien devant le canapé de l’Irlandais au regard oblique et à la tête d’écorché comme Lucian Freud peint les têtes et les visages comme on dessine des écorchés où de près c’est de la peinture et de loin des visages et dans la tête la mienne de tête des écorchés alors que les femmes sont des femmes tout le temps avec de belles hanches et de belles hanches nues et

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sont toujours nues les femmes de Lucian Freud et elles sont admiratives et parfois cadres des services sociaux et parfois grosses très grosses encore plus grosses et endormies que les autres femmes des autres artistes comme Ron Mueck qui ne fait pas de la peinture mais des sculptures qui sont moins drôles que Lucian Freud qui appelle en 1995 Garden Painting et qui appelle en 2005-2006 Painter’s Garden. Le cinq avril du monde il y en a il y en a partout près des tableaux et pas trop parce que t’as vu la taille des tableaux faut pas se mettre trop près et pas trop près des plantes mais près de Lucian Freud oui oui ils sont tous près de Lucian Freud et la gardienne me regarde avec un drôle d’air de brune au carré noir et rouge ailleurs et ses grands yeux qui me regardent d’un air

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comme si elle avait trouvé quelqu’un comme si elle avait trouvé quelqu’un au mauvais moment comme celui où elle ne cherchait pas celui où elle trouve celui où elle ne s’entend pas et elle est assise et elle me regarde et elle me regardait parce que je suis derrière elle maintenant et c’est par derrière que j’écris et c’est par derrière que je regarde le monde qu’il y a oh le monde qu’il y a et c’est là que je sens le mieux le parfum et aussi la peinture. Le cinq avril ça ressemble à Werner Herzog Lucian Freud et c’est drôle il fait le portrait du baron ThyssenBornemisza et il lui fiche des représentants picturaux de joueurs de cartes et de joueuses de guitare du seizième siècle et c’est rouge et c’est vert et il a une cravate et ses Irlandaises sont grandes oh combien grandes il les

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choisit exprès et la fille dans l’embrasure de la porte du grenier n’a pas de pieds peints et lorsqu’elle change de peinture elle en a deux pieds et mal faits c’est la faute à Lucian Freud et à la nature mais la nature n’existait déjà plus en mille neuf cent quatre-vingt-quinze ou alors l’écologie ou les Irlandais ou autre chose qui lui soit tombé sur la tête et alors sur les pieds et Lucian Freud montre son atelier et il fait poser des cadres de la prévoyance sociale Irlandaise sur des sofas et les endort pour les peindre et il connaît Leigh Bowery qui a posé pour lui aussi et a même levé la jambe pour lui aussi et a été debout pour Lucian Freud qui peint aussi des fenêtres jaunes. Le cinq avril la fille à la jupe très courte et aux fesses jolies et au grand carnet de croquis et aux bottes raffinées et à la coupe au carré et à la bouche grande

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très grande avec un grain de beauté près de la bouche grande très grande et belle et rouge et qui me pousse à choisir entre le-dit parfum et ces jolies fesses brunes qui regardent obliques et minces et qui parle d’une voix peu belle et peu sûre et dont j’ai déjà vu la photo quelque part ah oui c’est david dawson ah oui et c’est une photographie de David Dawson qui montre le Painter’s Garden aux côtés d’Eli le Painter’s Garden est une toile et Eli en est le chien qui pisse sur la plante sur les plantes et qui est avec le tableau dans l’atelier de Lucian Freud qui n’est pas là et qui est partout dans son atelier. Le cinq avril Georges DidiHuberman parle de photographie et de photographies et du travail de Charcot sur les aliénés et sur son travail d’inventeur de l’hystérie et de l’expression et sa mise en scène et

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de la photo médicale à ses débuts où les nus étaient comme des nus de la peinture et de ses débuts et de ses débuts artistiques et des débuts des médecins qui attendaient de pouvoir prendre une photographie d’elle assise et habillées et c’était long comme c’était long d’attendre et d’attendre son normal et son ordinaire car elle n’avait pas moins de deux mille crises de crise par an et deux mille crises de crise par an ça ne fait pas moins de cinq crises par jour en moyenne avec un temps record qu’on ne connaît pas et qu’il ne connaît pas non plus et je l’entends rire de plus en plus que les hystériques avaient souvent des troubles de la vision comme par exemple voir en noir et blanc ou en noir et blanc d’un seul côté ou en noir et blanc de l’autre côté en plus d’être hyperesthésiques en plus de sentir énormément et en plus d’être sensible très sensible très très sensible comme

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si on grattait une allumette et qu’on sentait sa peau s’écorcher et brûler et servir de combustible à sa flamme qui brûle et qui brûle et qui brûle comme on sentirait de la chair brûler mais que ce n’est qu’une allumette. Le six avril ça sent le caramel du thé et l’écriture et la littérature et le paradoxe et la vulgate et le soma et le sèma et la vulgate phénoménologique et Lacan et la vulgate structuraliste et les topiques et la chora et le lieu-empreinte des anciens Grecs. Le six avril les civilités problématiques du temps qui passe sous les fuseaux horaires de N.Y.C. et de Paris l’été et de Casablanca et de là où il faut abandonner son lieu pour celui de l’Autre et pour abandonner son lieu et aller vers l’Autre et pour pouvoir

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parler et pouvoir souffler et pouvoir et pouvoir dire autre chose que bonjour et bonsoir. Le six avril tandis que le masculin de colonne sèche devient colon sec il y a des gens qui détournent le regard de mes lunettes noires. Le six avril je lis un livre tout écrit de questions en ce moment qui tombe et qui tombent bien puisque ce sont là les questions que je me pose comme par exemple pourquoi certaines parties de sexe sont-elles visuellement plus mémorables que d’autres et par exemple pourquoi après l’amour qui n’est plus là mon corps se rappelle et par exemple pourquoi lorsque mon corps se souvient c’est agréable et excitant et par exemple pourquoi lorsque ma mémoire se souvient c’est triste et encore triste et

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épouvantable et par exemple pourquoi le souvenir de mon corps fait que je t’aime et par exemple pourquoi le souvenir de ma mémoire fait que je ne t’aime plus et par exemple pourquoi c’est le souffle oui le souffle qui m’attire et me souffle chez quelqu’un et chez autrui et chez les autres aussi et par exemple pourquoi ce sont leurs fesses qui me plaisent comme par réflexe et comme par magie et le soir et après l’ivresse et pendant l’amour et avant tes tristesses et après mes caresses et leurs soupirs jusqu’à ce qu’elle dise tu m’excites et que je réponde par un sourire et par un rire et par les choses qui ne laissent rien présager. Le six avril ce qui est bien et merveilleux et magique et formidable à propos des lunettes de soleil à ma vue c’est que j’oublie parfois avoir jamais porté de lunettes et j’oublie les avoir tellement

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je n’en ai pas eu des lunettes de soleil à ma vue et parfois c’est comme si ma vue tombait exprès pour me troubler et faire croire qu’elles ne sont pas à ma vue et puis alors je me rends compte que ma vue n’a rien senti et presque rien senti avec une teinte brune et grise par dessus tout et même par dessus les rendez-vous. Le six avril il me faut trouver quelqu’un pour qui écrire comme j’ai trouvé quelqu’un à qui offrir et comme j’ai trouvé quelqu’un à qui offrir des fleurs comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui boire du vin comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui boire du vin en lisant de la poésie comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui boire du vin et boire du chocolat comme j’ai trouvé quelqu’un pour qui faire de l’art comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui faire de l’art comme j’ai trouvé quelqu’un

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avec qui faire la fête comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui faire la fête ensemble comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui faire la fête tout seul comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui faire la fête avec des filles comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui je peux être fier comme j’ai trouvé quelqu’un dont je peux être fier comme j’ai trouvé quelqu’un avec qui je peux être admiratif comme j’ai trouvé quelqu’un dont je peux être admiratif comme j’ai trouvé quelqu’un dont je peux être admiratif pour certaines choses comme j’ai trouvé quelqu’un que je n’aime pas. Le six avril si j’avais été née de la dernière pluie j’aurais été prête à parier que Philip Glass a composé ses premières oeuvres pour clavier dans le métro de Paris pour le métro de Paris.

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Le six avril un Roumain qui n’est roumain que parce qu’il l’est maintenant là tout de suite avait une technique éprouvée pour leurrer les passants et pour que les passants lui donnent du fric et des clopes et c’est des clopes que le gars lui a donné parce qu’il a été surpris le gars le Roumain est surprenant il vous surprend le Roumain il ramasse une bague imaginaire devant vous et il vous l’offre le Roumain la bague et même qu’elle est dorée et même qu’on croit que c’est de l’or tellement il la ramasse et tellement il vous l’offre la bague en or et il parle mal très mal et il vous parle de chance et il vous parle mal de chance et de femmes et de chance et de trouvé moi ici la chance pour vous et vous et la chance et c’est pas sérieux non c’est pas sérieux non non oui en or c’est pour vous non non merci c’est pour vous non non et il fait ça tout le temps et tout le monde et il le fait beaucoup ça oui il

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le fait beaucoup et il fait beau lorsqu’il fait ça oui il fait beau et il s’énerve avec ses deux copains pourquoi toi parler moi moi jettes toi en roumain par la rambarde roumaine avec des signes en roumain et des grimaces roumaines et voilà qu’ils reviennent et voilà que les flics arrivent et voilà que les vélos des flics arrivent et voilà qu’il me regarde et qu’il me surveille et que je m’en vais avec les bicyclettes bleues parce que j’ai peur oui j’ai peur de la mort des Roumains la mort des Roumains qui fait des signes et des grimaces et des bagues et des morts en français on dit très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très très en marocain on dit trèèèèèèèèèèèèèèè èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè èèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèè

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èèèèèèèèèèèèèèès comme si on faisait plusieurs fois et plusieurs fois courtes et plusieurs fois répétées et plusieurs fois répétées consciencieusement et plusieurs fois répétées consciencieusement qui promettent de recommencer et comme si on faisait une fois et une seule fois allongée et très accentuée et une fois et une seule fois allongée et très accentuée qui lorsqu’elle s’arrête s’arrête comme ça et ne promet rien d’autre que le souvenir avec un s et un long souvenir allongé et très accentué qui ne promettait rien d’autre que de s’arrêter net avec un s. Le sept avril la fatigue vous prend elle vous prend et d’un coup d’un seul qu’elle vous prend la fatigue vous ne voyez rien et vous ne voyez rien venir et c’est normal vous dormez et vous dormez les yeux fermés et ça n’excuse rien car Stan Brakhage le sait et il sait

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aussi que les phosphènes en français deviennent closed eye visions en anglais et la fatigue aussi voit dans le noir et elle agit là là là où les yeux vous marchent et là où les yeux marchent tout seuls comme des grands et la fatigue qui vous couvre la gorge et qui vous recouvre la gorge d’épaisseurs inappropriées et aussi inapropriée que connectée et hyperconnectée avec vous et vous êtes hypersthésiques vous sentez trop et vous sentez de trop et vous vous sentez de trop avec la gorge épaissie et vos yeux qui ont trop vu la nuit et la fatigue qui est connectée et hyperconnectée avec votre cervelle et votre cervelle sait que c’est le bon moment oui le bon moment c’est le bon moment pour agir et d’agir et de tomber et de tomber éperdument malade et oui c’est le bon moment d’agir et de lancer le tout gris du ciel le gris du ciel et son sommeil et la courbature du cercle quel cercle et la courbature

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et le temps qui passe et qui passe et qui passe mal oh très mal et qui a du mal à passer par la gorge la gorge épaisse oui votre gorge épaisse celle qui n’engloutira plus mais quand est-ce que cela va-t-il s’arrêter oui votre gorge épaissie qui n’engloutira plus non non oui oui vous avez bien lu votre gorge qui se referme avec malheur sur le temps qui passe et qui passe mal et qui passe et qui passe et qui passe. Le sept avril Monsieur Christophe Émor est prié de se présenter au guichet merci. Le sept avril il lit de la littérature alors les concepts y sont il n’y a qu’à les trouver alors la littérature est de la philosophie de la philosophie qui ne le dit pas qui l’est c’est le problème de savoir s’il faut dire ou lire ou laisser dire ou laisser parler et je crois qu’il faut

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laisser parler et parler et parler encore et laisser et laisser et lasser et vivre les a priori les apriori sont mes amis sont tes amis sont mes amants ils me plaisent parfois ils m’excitent parfois les seuls a priori qui m’intéressent démarrent au quart de tour ils répondent et se meuvent et changent et se changent en d’autres les seuls qui m’intéressent sont ceux qui sont organisés qui restent dans la tête là dans un coin où on ne les attendait pas un coin où ils sont. Le huit avril il fait des objets pas gais il fait des choses morbides des choses entomologiques et noires et motorisées et entomologiques et roses avec du sucre glace des confettis de la paillette de petit acabit et avec de la fourrure de la fausse fourrure pourtant et c’est tout de suite moins bien et ça commence mal et ça donne pas envie et on sens qu’il a

XXX


envie mais ça ne donne pas envie non on en a pas envie c’est comme avec les filles et comme avec les beaux garçons comme parfois on fait envie et on veux donner envie et on a pas envie eh bin c’est bien pratique hein eh non c’est pas pratique et non c’est pas super super. Le neuf avril lis et mange du chocolat lis et mange du chocolat et lis et mange du chocolat non n’aie pas peur non lis et mange du chocolat lis et mange du chocolat et non n’aie pas peur lis et mange du chocolat et écris non n’aie pas peur n’aie pas peur lis et mange du chocolat et écris non n’aie pas peur et rappelle-toi qu’Ismaël a dit ça la nuit la nuit où tu marchais la nuit de la marche la nuit où tu marches triste la nuit où tu as peur et que tu sens la peur de moi la peur de moi la peur de moi la peur de moi de peur de moi de peur de moi

XXXI


tu marches et tu appelles et tu écris la peur de moi de peur d’écrire la peur et n’aie pas peur et réponds moi et calme toi et réponds moi et n’aie plus peur non n’aie plus peur écris et marche et n’aie pas peur n’aie pas peur et pourquoi d’ailleurs et de pourquoi mais n’aie pas peur. Le dix avril je réveille ma peur en pensant à huit heures du matin et il est dix heures cinquante je rêve de Casablanca je rêve de Sophie je rêve de la voir je rêve de devoir je rêve de sa colocataire et je rêve de Sophie je rêve d’une autre je rêve elle est attendrissante elle est troublée je rêve je l’aime bien je m’ennuie je rêve de la conquise je m’ennuie de sa naïve je rêve j’en jouis je jouis de savoir tombé je rêve son personnage je rêve je jouis de la savoir je rêve faible je rêve je ne

XXXII


veux pas d’histoires je jouis non pas d’histoire avec elle sa colocataire dit que sa colocataire est en amour je rêve avec moi et que sa colocataire est hautaine et que sa colocataire est mesquine et je rêve elle est amoureuse sans elle et sans lui avoir dit et comme ça la nuit et sans le lui dire et côte à côte et d’un peu loin et à deux et je rêve pas à trois c’est là oui c’est là Sophie remarque elle dit tu ne me trouve pas jolie remarque je t’aime bien et ce n’est pas une raison non ce n’est pas une raison attendrie elle rencontre quelqu’un non je n’aime pas mes projections je rêve elle est exclue du pourquoi je rêve du désir elle ne comprend pas elle est désemparée je rêve et elle est conquise et c’est la nuit il est trois heures du mat’ je crois je vais y aller mais je veux chier et oh je ne t’avais pas vue no i was staying in my room all the time so nice to meet you petite rousse aux traits orthogonaux et sur ce je

XXXIII


m’en vais je m’en vais chier les toilettes ont cinq portes et des cinq portes il y en a d’autres des entrées et des sorties et ça ne sort pas c’est les entrées et les sorties qui font çà et je lutte pour me lâcher et lâcher tout ça mais les entrées et les sorties c’est pas simple je crois les avoir toutes fermées et je commence et c’est dur j’y arrive pas et je met ça sur leur compte à eux eux qui sont là qui me regardent qui n’ont pas ouvert les cinq entrées et sorties c’est parce qu’ils sont tous là ils sont là ils discutent ils discutent comme si de rien n’était comme si de rien n’était c’est pas comme si ce n’était pas dur de le faire avec vous ici. Le dix avril c’était difficile de trouver une langue de retrouver un langage c’est difficile d’accepter un langage qu’on a connu qui ne nous a pas vu qui a tracé

XXXIV


qui a tracé comme d’habitude comme si on avait encore quatre ans comme si on avait encore cinq ans comme si on avait encore six ans comme si on avait encore huit ans comme si on avait encore neuf ans comme si on avait encore dix ans comme si on avait encore douze ans comme si on avait encore quatorze ans comme si on avait encore quinze ans comme si on avait encore seize ans comme si on avait encore dix-huit ans comme si on avait encore vingt ans et comme si c’était l’été toujours en juillet et comme s’il n’y avait rien d’autre que les nuages et les vapes et l’asexué et le souvenir et comme s’il n’y avait rien d’autre que le souvenir asexué et le souvenir de l’oubli de marque innocence de marque innocence comme s’il n’y avait rien que ça.

XXXV


Le dix avril la traduction fait que la journée est belle et la brise est tiède et la brise est pure et la pluie lave la poussière qui ternissait la joue des roses et le rossignol à la rose en la langue antique et sacrée toute ta vie enivre toi de chants de chants suaves et de parfums alors la traduction anglaise vit un homme seul sur la terrasse de la maison soixantesix il foulait de l’argile sous ses pieds ses pieds pleins de mépris et l’argile lui dit et l’argile foulée dans son mystique langage calme toi un jour un jour on te foulera comme tu me foules en anglais en anglais toujours en français traduit de l’anglais de l’anglais traduit du persan qui a vu hier au bazar qui piètinait avec acharnement de l’argile et l’argile lui dit dans son mystique langage jadis je fus vivante ainsi que toi sois moins brutal et alors moins brutale la traduction moins brutale et quatre-vingt onze ne suis pas la Sunnat, laisse ses préceptes et ne refuse à

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personne le morceau que tu possèdes et ne calomnie pas et n’afflige pas un seul cœur ou je te garantis que le monde à venir apportera du vin ou alors quatrevingt quinze puisqu’en ce monde le vrai même est une hyperbole la traduction la traduction la traduction.


Ayla Mrabet via m.t.b

mai deux mille dix


Le qu’entonnent les camps lorsque les buissons deviennent trop ardents ? Qu’en est-il de « répéter » ? La veille est-elle toujours « un peu comme » ? Aurait-il pu écharper le bastion ? Voulait-il visiter cette échoppe ? Les cheveux de Camille, les cheveux de Camille. Mes dessins sont réels et ils sont mieux au frais. Sacrément phallique corrigé par Word, ça donne « aucune suggestion », et l’auteur note.

XL


Était-il masculin ? A-t-il été agressé ? Les médecins sont-ils vraiment empiriques ? La constance est-elle lumineuse depuis la vitesse de chez toi ? Un mail est-il écrit ? Une lettre est-elle contraire ? Quelle histoire va-t-elle me pénétrer ? Quelle histoire vais-je rater ?

XLI


Les rêves berbères sont allumés, comme le buisson ardent cantonné dans la tiédeur du camp et le temps est et le temps et et le temps est plusieurs personnes qui parlent.

XLII


La glotte est amour. Donne ta langue au polyphasé, il sucera cette douce virtualité bienheureuse où nous résistons à l’infâme tentation de nous incarner mon mage apparaît sur le bout de ta langue, homme hostie. John Smith imite John Smith imite John Smith imite.

XLIII


Êtes-vous pour être certains ou pour avoir mieux ?

XLIV


Conçu par tetrasign.com composé en Absara (Xavier Dupré) à Strasbourg


2011 M.T.B aboutmtb.tumblr.com vimeo.com/aboutmtb M.T.B fait partie du Projet T TTTTTT.info


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Avril MMX  

first book, 48 pages - 2010, published in 2011

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