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Général de Bazelaire. Un chef, Ferdinand Foch

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GÉNÉRAL DE BAZELAIRE Ancien Commandant du

78

Corps d'Armée

PARIS LIBRAIRIE RENÉ HATON VVE

59,

L. KLOTZ, ÉDITEUR

Boulevard Raspail, 59


UN CHEF


GÉNÉRAL DE BAZELAIRE Ancien Commandant du

7e

Corps d'Armée

Gesta Dei per Francos.

PARIS LIBRAIRIE RENÉ HATON Vve L.

59,

KLOTZ,

ÉDITEUR

Boulevard Raspail, 1930

59


IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE

:

3o exemplaires sur vergé pur chiffon du Marais numérotés de i à 3o. 3o exemplaires sur vélin d'Arches numérotés de 31 à 60.

Copyright 1930 by Veuve Lucile Klotz. Droits de reproduction, de traductign, d 'adaptation et de représentation réservés pour tous pays.


A MADAME LA MARÉCHALE FOCH, en hommage profondément respectueux. A ses enfants, à ses petits-enfants. A ceux qui pensent à lui et parlent de lui,

en union de pensées et de paroles.


AVANT-PROPOS.

Madame la Maréchale Foch m'a fait la très grande faveur et l'insigne honneur d'agréer la dédicace de ce livre. Elle a bien voulu en lire le lnanuscrit, y apporter les retouches jugées par elle nécessaires et, en le retournant, le dire « chaud, vibrant et très vrai D; c'est là son plus beau titre. Le Maréchal m'a toujours manifesté une réelle amitié. Je voudrais ici donner à sa mémoire le témoignage de toute mon affection. GÉNÉRAL DE BAZELAIRE.

Agen, février 1930.


'

1

LA PREPARATION

CELUI qui sera un jour Généralissime de toutes les armées alliées, Maréchal de France, de Grande-Bretagne et de Pologne, est né le 2 octobre 1851 ; il est, mort le 20 mars 1929. Au cours des 77 années qui séparent le berceau de la rue Saint-Louis de Tarbes du tombeau de l'église Saint-Louis-des-Invalides, ceux qui sont encore jeunes peuvent puiser bien des enseignements; ceux qui ne le sont déjà plus, bien des souvenirs.

Les jeunes ne l'ont pas connu. Ils entendent partout prononcer son nom. Ils le voient figurer,


dans chaque ville, ici sur une place, là sur un boulevard; ils ne savent de sa haute personnalité que ce qu'ils en lisent en passant. Puissentils tous, et en particulier ceux qui ont la Foi, trouver ici ce qu'il y faut voir : un très grand caractère qui ne s'est jamais démenti. Ils y verront que la route menant aux grandes actions est une voie abrupte et difficile; que pour agir il faut vouloir, mais vouloir de toute sa volonté et en dépit de tous les obstacles. Ils comprendront alors que le guide le plus sûr dans la lutte journalière est avant tout, sinon uniquement, le sentiment religieux du devoir strict, du devoir absolu, du devoir complet.

Pour les plus âgés, ce sera peut-être l'occasion de revivre des jours d'angoisses patriotiques, des heures d'espoir national, des minutes d'émotion muette et, une fois de plus, de sentir vibrer les souvenirs qu'a laissés dans tout cœur français la haute maîtrise d'un très grand soldat qui fut aussi un très grand citoyen et qui, sans forfanterie, mais aussi sans faiblesse, se montra toujours un très grand chrétien.


-

Ceux qui doivent étonner le monde ne sont point, généralement, dès leur naissance, de petits prodiges : l'Enfant-Dieu lui-même n'a-t-il pas voulu commencer par être l'Inconnu et l'Ignoré? Seule, la Providence décide de l'heure. Quand, au pied des Pyrénées, Elle fait naître, jour, autre Soubirous, Bernadette jour un un Ferdinand Foch, Elle sait que l'une est destinée à susciter toutes les manifestations dé la Foi dans le calme et la prière et que l'autre doit provoquer plus tard toutes les manifestations de la force dans la guerre et dans le trouble.

EN FAMILLE.

Comme les peuples heureux, les enfants n'ont pas d'histoire; il ne faut donc pas chercher dans


les premières années de Ferdinand Foch des éclairs indiquant sa destinée future. Il fut, ainsi que sont tous les enfants, sage à ses jours, sérieux par boutades, difficile et capricieux à l'occasion; toujours turbulent, par exemple. Son sang de méridional voulait du mouvement, de la vie au grand air, des sauts, des escalades, des jeux violents. Il aimait la campagne; aussi, quand les vacances amenaient toute la famille dans le domaine de Valentine, c'était, avec Gabriel son frère aîné1, avec ses petits amis du voisinage, des parties de course, de cache-cache, de barres, de chat-perché... A sa manière, il faisait du jardinage... en saccageant les plate-bandes; sans pitié pour les fleurs, sans respect pour les tiges, il taillait, il coupait à tour de bras. A son tour, il eut son petit jardin personnel; alors, manifestant déjà des goûts qui, plus tard, se développeront en Bretagne, il prendra plaisir à y planter des

arbres. Avant que des feuilles de chêne vinssent cou1. Né en 1850.

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ronner d'or son képi, n'auraient-elles pas commencé à éclore dans le jardin de la villa familiale?...

Avec la même impétubsité, il abordera les difficultés de l'alphabet; dans ses doigts, encore mal affermis, il assujettira la plume ou le crayon qui vont tracer les premières lettres. Ses maîtres sont tout d'abord les parents; la grande sœur les aide : elle est née en 1840. Au foyer, il y a, d'ailleurs,- et depuis peu, un nouveau petit frère (Germain, né en 1854) et, dans une famille chrétienne, il faut que tous se mettent à la besogne : à la Providence les premières pensées; au Devoir les occupations quotidiennes; le reste, ensuite, viendra par surcroît. Alors les leçons sont plus faciles à apprendre, les devoirs moins ardus à faire. On ne s'amuse que plus franchement pendant les récréations.

Bientôt il faudra aborder la première école : on


s'y rendra en compagnie de Gabriel, bras dessus, bras dessous; on y retrouvera de gentils petits camarades; on y travaillera bien; on y jouera ferme.

Dès ce moment, se trahit, pour Ferdinand, une indication : il aime le calcul. « On en fera un ingénieur », dit le premier maître; « il construira des ponts et des maisons ». De leur côté, les parents songent que peut-être il cherchera sa voie ailleurs que dans l'industrie, le droit ou les finances... Que sera-t-il?...

Patience ! Si votre fils aîné doit se borner aux limites de la petite patrie, si le plus jeune est destiné à chercher l'ombre et le silence, Ferdinand, lui, remplira de votre nom l'univers entier. Quand l'heure sera venue, sortira de votre foyer le Soldat qui, dans une nuit d'hiver, sur le monde épuisé, tiendra suspendue dans ses mains, comme jadis le sénateur romain dans sa toge, soit la Paix, soit la Guerre.


Vous, le père1, vous aurez la joie de fêter ses galons de capitaine, puisque vous ne devez

mourir qu'en 1880. A vous, la mère, il sera réservé d'en jouir jusqu'en 1883; mais rien, jusqu'à cette date, ne vous aura laissé entrevoir l'envolée gigantesque qui l'attend, Quant à vous, la grande sœur, vous, les frères, v-ous verrez sur son front frissonner l'aigrette de colonel. Vous verrez sur ses manches descendre les premières étoiles; vous les verrez se multiplier jusqu'au nombre qu'on ne dépasse que dans le Ciel. ..Vous verrez dans ses mains, affluer plus de bâtons de commandement que les doigts d'un homme ne peuvent en tenir et, par lui, vous aurez 1. Napoléon Foch fut successivement avoué à Ba-

gnères-de-Bigorre, à Lourdes, à Argelès et momentanément Conseiller de préfecture à Digne, puis à Tarbes, où naquit le Maréchal. Il devint ensuite payeur du Trésor public à Rodez, puis à Saint-Etienne. A l'expiration de ces fonctions, il revint à Tarbes où il mourut en 1880.

Gabriel Foch dirigera, lui aussi, une étude d'avoué, mais sans quitter Tarbes, où il mourra en 1924.


un jour le reflet de tous les honneurs de la terre. Vous la sœur, vous le frère Gabriel, vous le précéderez là-haut; mais s'il n'est pas donné à vos yeux de voir son grand cortège final, quand, sur un affût de canon, il passera de son hôtel à l'Arc-de-Triomphe, de l'Arc-de-Triomphe à NotreDame, de Notre-Dame aux Invalides, salué par le monde entier, conduit par des Princes de l'Eglise et par des Fils de Rois, votre âme tressaillera en assistant à son entrée dans la Gloire de Dieu. Et vous, le frère dernier né, vous, mon Révérend Père, qui bientôt devrez le rejoindre au Ciel, c'est vous qui viendrez le bénir sur son lit de mort et le voir coucher dans son cercueil. Puis obéissant à la règle d'humilité que vous impose votre robe, brisé d'âge et d'émotion, vous regagnerez votre cellule afin d'y prier pour son âme quand, dans un suprême défilé, Epées et Drapeaux s'abaisseront une dernière fois devant lui.


»

AU COLLÈGE.

Un jour vient où il faut quitter Tarbes: le père est désigné pour le service du Trésor public à Rodez. Au lycée de cette ville, les enfants continueront jusqu'à la troisième leurs études, mais pour aller bientôt les poursuivre dans la région natale, au petit séminaire de Polignan, au pied même de Montrej eau. Pendant les deux années qu'il y passera, de 1865 à 1867, Ferdinand Foch suivra les classes de seconde et de rhétorique, au milieu d'élèves plus âgés que lui : « des trapus », comme il les désigne; il lui faudra « ramer fort ». Il commencera dès lors à se révéler comme exceptionnellement doué. Non seulement va s'accuser la précision, la concision de son « esprit géométrique » dans le travail des « Sciences », mais encore sa haute valeur intellectuelle dans F « étude générale des Humanités ». Se trouvant


là le disciple d'un jeune professeur de 30 ans, lui qui n'en a que 15, il va en devenir beaucoup plus le collaborateur que le modeste élève. Ce sérieux, bien surprenant dans l'esprit d'un enfant de cet âge, ne l'empêche pas néanmoins de s'affirmer le boute-en-train, le chef de bande, l'animateur, dès qu'il s'agit de jeux, d'exercices de... même, parfois promenades, de air, plein en gamineries. Après un de ces pique-niques d'écoliers qui a conduit la bande turbulente à Saint-Bertrandde-Comminges, on grimpe sur le fameux rocher du haut duquel fut, dit la légende, précipité dans le vide le rebelle Gondewald. Ce supplice, que ne l'infligerait-on à la vaisselle du déjeuner? Aussitôt dit, aussitôt fait. Par bonheur — quelle réclame! — celle-ci arrive intacte au sol sur lequel, jadis, le traître s'est brisé les os. Un autre jour, après pareilles agapes, c'est encore la vaisselle qui est mise à contribution. La Garonne coule non loin de là. Faire des ricochets n'est-il pas tout indiqué?... A Foch le premier de tenter l'aventure... Cette fois, par exemple, la vaisselle ne revint pas et, penauds, l'oreille basse,


les écoliers regrettant un geste vraiment par trop irréfléchi durent venir demander un pardon qui, du reste, ne se fit pas attendre.

Foch resta toujours très attaché à Polignan ainsi qu'aux maitres qu'il y avait rencontrés. Aussi, quand bien longtemps après la guerre, les fêtes de l'Armistice lui fourniront l'occasion de revenir dans les Pyrénées, le séminaire, encore occupé par les blessés, fera l'objet d'une de ses premières visites. Alors, accompagné de sa sœur, ainsi d'ailleurs que de la Maréchale, il sera heureux de faire à cette dernière les honneurs de son ancien collège: « Voici la place que j'occupais en seconde... ma place en rhétorique... Ici, j'avais pour protes.... seur M. Fourment..., là» M. Moulis... « ... Allons, au réfectoire... Tiens, la, chaire a été changée de place... Elle était là de mon temps On nous lisait Thiers... très intéressant...


Au dortoir, maintenant!... Il y a des blessés, tant mieux!... Je vais causer avec eux... « — Où avez-vous été blessé, mon ami? » Et le blessé, ému, intimidé, de bégayer... « Voyons... ce n'est pas, cependant, aussi terrible que là-bas... « A la chapelle avant de partir... » Ici, silence, recueillement, prière, élévation de l'âme vers Celui qui voit dans le secret. « ...

Un nouveau changement de résidence amenant la famille à Saint-Etienne provoqua l'entrée des trois frères au collège Saint-Michel, que dirigeaient alors les PP. Jésuites. Ils y devaient passer trois années, durant lesquelles les. deux aînés avaient à faire, tout d'abord, la rhétorique. Cette fois, ils se trouvaient dans un milieu de leur âge; dès le début, ils s'y montrèrent les plus forts. — « QLï est-ce donc que ces deux petits Foch qui nous raflent ions les prix? » disaient les

camarades!... Le palmarès, en effet, est couvert de leurs

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PALMAR-ES 6 août 1867. — COURS Diligence leT prix MM. Jules Girard. Ferdinand Foch. 2e prix Accessit Paul Graeff. J.-Baptiste Vanel. Discours français Ier prix MM. J.-Baptiste Vanel. 2" prix Gabriel de Gasquet. Joseph de Regard de Accessit Villeneuve. Ferdinand Foch. Vers latins le, prix MM. Ferdinand Foch. ' 26 prix Gabriel de Gasquet. Gabriel Foch. Accessit J.-Baptiste Vanel.

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DE RHÉTORIQUE

Thème grec lel prix MM. Gabriel Foch. Ferdinand Foch. 2e prix Accessit Jules Girard. Joseph Million. Histoire et Géographie 1er prix MM. Ferdinand Foch. Jules Brun-Buisson. 2e prix Accessit J.-Baptiste Vanel. Charles Lançon. Géométrie et Cosmographie 1er prix MM. -Gabriel Foch. Ferdinand Foch. 2e prix Charles Lançon. Accessit J.-Baptiste Vanel.

4 août 1868. COURS DE PHILOSOPHIE — .\ Instruction Religieuse Diligence 1er prix MM. Ferdinand Foch. 1er prix MM Ferdinand Foch. . 2e prix Félix Velluz. 2e prix Jules Girard. Accessit Charles Lançon. Accessit Gabriel Foch. Jules Girard.. J.-Baptiste Vanel Excellence Dissertation latine 1er prix MM. J.-Baptiste Vanel. 1er prix MM. J.-Baptiste Vanel 2c prix Ferdinand Foch. 2e .prix Henri Vulliet. Accessit Charles Lançon. Accessit Félix Velluz. Henri Vulliet. Ferdinand Foch. Physique el Chimie Mathématiques 1er prix MM, Henri Vulliet. 1er prix MM Ferdinand Foch. . 2e prix Ferdinand Foch. 2e prix Charlés Lançon. Accessit Gabriel Foch. Accessit Paul Graeff. Paul Graeff. ,_3 août 1869. — COURS DU BACCALAURÉAT ÈS-SCIENCES Instruction religieuse 2e prix Ferdinand Foch, Accessit André Sordet. Physique et Chimie 1,-r prix MM. Ferdinand Foch. 2c prix Charles Lançon. Accessit Henri Laligand. a -

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Graeff.


noms. En rhétorique et en philosophie, Ferdinand et Gabriel se sont disputé tous les prix, tandis que, dans deux classes en dessous, se fait applaudir le nom d'un autre futur maréchal : — Fayolle.

En 1869, Foch est bachelier ès-lettres. — Aux sciences, maintenant ; — et dans ce nouveau cours, il se classe encore et partout en tête, déjà dominé par la pensée que l'étude des mathématiques spéciales doit le conduire à l'Ecole polytechnique. Il « rame » donc, dans une « poursuite tenace »; les plus obscurs problèmes le tentent. En même temps, sa volonté se trempe dans une discipline régulière et tempérée. Mais Saint-Etienne n'a pas de cours préparatoire aux Grandes Ecoles. Il va donc falloir de nouveau changer d'horizon et, cette fois, partir seul, car Gabriel, le grand frère, a terminé ses classes et va se lancer dans l'étude du droit. Ferdinand quittera donc Saint-Michel, mais il y laissera des souvenirs qui, plus tard et par deux fois, l'y feront revenir.


En 1919, ses anciens condisciples ont tenu à lui offrir une Epée. Il sera heureux de leur rappeler, à cette occasion, les noms de ses vieux professeurs, d'y saluer le dernier de leurs représentants; — à tous, maîtres et élèves, il saura témoigner l'attachement le plus cordial et le plus affectueux. En 1926, il viendra de nouveau se mêler familièrement aux groupes, distribuer en souriant maints autographes, affirmer au traditionnel banquet « son respect et sa reconnaissance pour ceux dont il fut l'élève », embrasser enfin le petit « Sixième » à qui est incombé le soin de lui remettre une gerbe fleurie. Il aura surtout à cœur d'aller prier pour les morts et, à genoux sur son prie-Dieu, mains jointes, front incliné, il alimentera sa piété de tous les souvenirs, d'autrefois.

la haute autorité du R. P. Stumpf, alors recteur, il devait trouver l'enseignement A Metz, sous


magistral du R. P. Saussier devant la science duquel s'inclinent tant de générations de polytechniciens. Le P. Saussier, un ancien marin, disait-on, avait, de son premier métier, conservé quelques sautes d'humeur, quelques rudesses d'expression, d'ailleurs bien vite reprises, qui, parfois, le couvraient de confusion devant ses élèves, mis euxmêmes en gaîté. En face des hésitations, en face des erreurs surtout, son tempérament de jeunesse débordait; ses poings se fermaient alors et une expression énergique — peut-être pas toujours des plus orthodoxes, lui montait aux lèvres. Il se ressaisissait rapidement, non sans avoir provoqué l'hilarité de ses jeunes auditeurs qui entendaient le Cré... initial se terminer en ...do. Alors, avec une patience toute paternelle, il expliquait, rectifiait, forçait à comprendre; car c'était un cœur chaud, un instructeur hors de pair, un éducateur de premier ordre. Quand, en 1871, à la suite de l'annexion, il dut quitter Saint-Clément, sa place était marquée à


la Rue des Postes. Pendant de longues années il ne cessa d'alimenter l'Ecole polytechnique en sujets d'élite, non sans rester, par ailleurs, le père et l'ami de ses anciens élèves de SaÏnt-Clé-

menti. Ferdinand Foch entra donc à Saint-Clément en 1. Note de l'Auteur. — Le Collège, de Saint-Clément

était depuis longtemps pour la région de l'Est ce qu'était la Rue des Postes pour la région parisienne. Sa haute réputation se justifiait non seulement par le choix de ses professeurs et les méthodes de son enseignement, mais encore par l'éducation qu'on y exigeait et la forte discipline qui régnait aussi bien chez les maîtres que chez les élèves. Ceux-ci se chiffraient par centaines, venus de tous les points de France comme de l'étranger, surtout de la Pologne, et chaque classe comptait au moins un nom finissant en ka, en Ici ou en ko. Les études y étaient particulièrement fortes; aussi, chaque année, soit au baccalauréat, soit aux concours des Grandes Ecoles, nombreux s'additionnaient les suc-

cès. Le Collège eut le grand honneur de compter parmi ses élèves non seulement le Maréchal, mais encore des princes de l'Eglise (cardinal Billot et. Monseigneur Altmayer), un ambassadeur (M. Bompard), un académicien (M. de Curel), et bien d'autres qu'il faudrait nommer, tels que le docteur Michaux, le général de Maud'huy, etc., etc...

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fut pour lui une réelle épreuve. Ce méridional exubérant se trouva dépaysé dans un milieu nouveâu où le caractère est plus froid et se livre moins facilement. A Polignan, s'il était déjà séparé des siens, il avait encore, outre le voisinage immédiat de son frère, des camarades nombreux et de même tempérament expansif. A Metz, il se trouve seul, avec peu d'élèves de .son âge, séparé des siens pour de longs mois, n'ayant d'autre liaison avec la famille que la correspondance hebdomadaire, ne pouvant en1869. Ce

visager, même à Pâques, que des vacances trop courtes pour permettre un voyage jusqu'à Tarbes. En fait, il est isolé, au milieu de camarades relativement peu nombreux et généralement non pensionnaires. « Je suis resté six mois sans voir le soleil, dirat-il plus tard, avec une certaine exagération, je ne pouvais pas m'y faire, je venais des Pyrénées... Par la suite on s'y est habitué, ça a été dur... Mais j'étais venu pour travailler et on travaillait fort. £ Cependant, son caractère franc et loyal, l'amé-


nité qui est innée en lui, la sympathie qu'il inspire fait vite de ses camarades des amis; aussi trouve-t-il bientôt auprès des parents de ceux-ci le gîte familial qui lui manque tant. C'est en enfant de la maison qu'il fut accueilli à Plappeville, chez M. et Mme Deville, et dans. la famille de Bazelaire, au Ban-Saint-Martin. De ces deux foyers il a gardé un chaud souve— jamais, par la suite, il ne laissera passer l'occasion de leur témoigner sa reconnaissante affection au cours des événements de la vie.

Le premier indice de son ascension daterait-il du Ban-Saint-Martin?... Un mercredi — c'était au cours de l'été 1870, — il y passait l'après-midi, quand pénétra dans le parc un jeune colporteur qui, sa marchandise bien étalée, cherchait à la faire valoir dans les termes les plus tentants. Le succès hélas! paraissait plus que compromis et le bonhomme allait sevoir réduit à remporter sa pacotille intacte; une dernière fois pourtant, les larmes aux yeux, il sefait plus pressant:


prenez-moi au moins une messieurs, Allons, — cravate, cela vous portera bonheur!... La scène n'avait pas échappé à Mme de Bazelaire; elle accourt, choisit deux cravates, en

remet une — la brune -— à Ferdinand Foch; donne la noire à son fils, Adrien, et invite les deux jeunes gens, « puisque cela doit leur porter' bonheur », à passer ces cravates à leur col lors de leurs prochains examens. Promesse faite, promesse tenue, cravates portées, examens subis avec succès : admission des deux jeunes gens à l'Ecole polytechnique. Le vœu du petit colporteur commençait à se réaliser...

L'année scolaire 1869-70 ne fut pour Foch qu'une période d'essai et de préparation, il n'était pas encore dans son équilibre, bien qu'il manifestât toujours cet « Esprit géométrique » dont il avait déjà fait preuve à Polignan. La distribution des prix n'entendit proclamer son nom qu'une seule fois.


Les vacances, cette année, commencèrent le 6 août. Depuis plusieurs jours, le collège était en émoi. Les mauvaises nouvelles troublaient cette ardente jeunesse qui, sans en comprendre toutefois la lourde gravité, se rendait compte, néanmoins, que le danger se rapprochait de Metz... Déjà les vieux draps ont servi à faire de la charpie, des lits ont été préparés pour les blessés; la distribution des prix a été grave et triste; les élèves ont renoncé à leurs récompenses pour en attribuer la valeur aux combattants. Les grands — Foch en est — qui ont l'âme chaude et veulent prendre leur part du danger, quittent les classes avec la pensée du sacrifice et ne rentrent chez leurs parents qu'afin d'obtenir d'eux le droit de s'engager pour la durée de la guerre. Foch est ainsi incorporé dans un régiment d'infanterie; il s'y entraîne pour un départ prochain; mais les hostilités cessent avant la mise en route du détachement dont il doit faire partie. Il n'a pas encore vu le feu et déjà il est le serviteur de la Justice et du Droit. La guerre terminée, sa liberté reprise, il n'attend qu'une occa-


sion de se manifester; elle ne tardera pas à se

présenter. Au début de 1871, les cours ont repris à SaintClément; il y a retrouvé sa place. Le collège est encore occupé par des soldats de la Poméranie et du Brandebourg qui, trop souvent, se montrent grossiers et désagréables envers les élèves. Le 11 juin, profitant de l'absence des grands externes, ces teutons se jettent sur un groupe d'élèves jouant au croquet; ils dispersent brutalelement boules et arceaux. Le P. Stumpf intervient aussitôt. Il est frappé violemment à la tête. Foch, alors, de s'élancer sur l'agresseur. Il le prend à la gorge, le terrasse et parvient à dégager le R. P. recteur. qui « Ce fut, déclare lui-même le Maréchal, raconte volontiers l'anecdote, ma première victoire sur le Prussien. » A

la prochaine, il tiendra toute l'Allemagne

sous son genou.


Au cours de l'année 1871, le cerveau de Foch fut dans son plein épanouissement. C'était la dernière de Saint-Clément avant la cruelle séparation. Pour Foch, elle devait être l'année féconde entre toutes, l'année consacrée au travail, l'année couronnée par le succès. A la distribution des prix, le 6 août, chaque fois qu'il est proclamé, le nom de Foch est cou-

vert d'applaudissements :

Excellence, diligence, instruction religieuse, mathématiques, physique et chimie, géométrie descriptive, composition française, partout il est en tête ou approche de la tête, car il a des concurrents qui le valent, puisque tous entreront cette année à l'Ecole polytechnique1. 1. Ces

concurrents sont Deville et de Bazelaire. Foch et Deville devinrent officiers d'Artillerie; de Bazelaire, officier du Génie. Deville' prit sa retraite comme lieutenant-colonel pour se fixer à Plappeville, dont il est devenu maire; de Bazelaire, après avoir construit, dans la place de Ver-


Et ce n'est pas seulement une révélation dans le travail; c'est aussi une révélation dans la valeur morale et dans l'influence. Avant d'enregistrer ses succès dans les études, le palmarès ne l'at-il pas tout d'abord proclamé, digne de recevoir le prix de « Sagesse » dans la première division, celle des cours préparatoires aux Grandes Ecoles ? Or cette récompense est celle que, d'un consentement pour ainsi dire unanime, décernent euxmêmes les élèves à celui de leur condisciple dont le travail soutenu s'est traduit par les plus beaux résultats; c'est le prix attribué au camarade qui s'est imposé à eux par une personnalité dont ils ont reconnu l'empreinte et qui n'attend qu'une occasion pour se révéler. C'est la distinction qui revient à celui dans lequel on pressent et l'Exemple et le Chef. Ici, déjà : Vox populi, vox Dei. dun, les forts de Vaux et de Moulainville, conçu puis organisé le Grand-Couronné de Nancy, quitta le Génie pour entrer dans le Corps du Contrôle de l'Administration de l'Armée. Il était contrôleur de 1" classe quand il mourut en octobre 1901.


En 1871, l'élève Foch quittait Saint-Clément pour prendre l'épée du Polytechnicien; il devait y revenir un jour avec l'épée de Maréchal de France. Près d'un demi-siècle séparera ces deux dates. Mais dans son cœur il emportait le souvenir de son collège uni à celui de ses maîtres comme à celui de ses camarades. Il y rentrera aussi simplement qu'il en sera sorti, dès que, de nouveau et par lui, sur Metz flotteront les couleurs de la France. De même qu'à Polignan, il se plaira à faire les honneurs de la maison à la Maréchale, retrouvant les places occupées en classe, en étude, au réfectoire; l'endroit où, jadis, il a abattu « le Boche

».

reverra son banc, ne lira pas sans émotion sur la plaque de marbre les noms des héros et martyrs de la Patrie; et sera heureux d'y voir inscrite la devise qu'il a faite sienne : « In memoriam, in spem ». A la chapelle, il


Devant le tabernacle, ainsi qu'à la chapelle des Congrégations où il voudra s'agenouiller sur le prie-Dieu qu'il occupait autrefois comme Préfet, il évoquera, dans un pieux recueillement, tous ses souvenirs d'enfance, tous ses espoirs de jeunesse, toutes ses aspirations de Soldat et de Français. Puis, se mêlant aux jeunes qui ne le connaissent que par sa gloire, il leur parlera familièrement et les laissera charmés de tant de grandeur unie à tant de simplicité. « Ici, leur dira-t-il, j'ai appris à travailler. A votre tour travaillez aussi et, comme moi, dans votre chapelle sachez venir chercher la lumière sans laquelle il n'est rien ici-bas. » <

Chaque année, dans la suite, le banquet des anciens élèves le ramènera dans le vieux collège. Aimablement, amicalement, sans faste, il présidera cette réunion, aimant à y retrouver ses camarades d'âge dont, petit à petit, les rangs se sont éclaircis, mais en revanche, y voyant affluer toujours plus nombreux les jeunes, ceux qu'attend l'avenir; et tous il les charmera par la sym-


pathie si chaude et si généreuse qui émane de chacune de ses paroles.

Mais il l'a dit bien souvent : dans l'action, il vit au temps présent. Le passé ne compte plus. En revanche, dans son cœur, les souvenirs subsistent. Il est demeuré fidèle à ses amis, affectueux envers ses compagnons d'enfance, reconnaissant

à ceux qui lui ont témoigné de la sympathie. Oubliant qu'il est à cent coudées au-dessus de tous, il a gardé avec ses camarades d'âge ou de classe le tutoiement d'autrefois qui accentue son amitié. Dès que l'occasion s'en présente, il sait la saisir pour renforcer le mot qui porte : lui reMichaux, dira-t-il docteur Toi, en au — mettant la Légion d'honneur, tu as été un des meilleurs artisans de la Victoire. » auprès de toi, pouvait modeste Bien — répondre l'éminent fondateur des associations sportives catholiques...


En 1928, pour la dernière fois, il sera là ... En 1929, il faudra ajourner le banquet afin de

l'attendre. La mort, hĂŠlas! rendra l'attente vaine; le banquet n'aura pas lieu : un Foch ne se remplace pas !


L'ASCENSION


II L'ASCENSION

ON a pu dire, avec juste raison, que la vie de

l'homme est une ascension quotidienne. Pour les uns, la montée s'effectue par un doux escalier; pour les autres — et c'est le plus grand nombre, — elle se fait par une échelle raide. Echelle ou escalier, les premiers degrés en sont à peu près invisibles : les mains des parents se trouvent à point nommé pour soutenir; au besoin, pour porter. Les marches en paraissent toujours trop éloignées, tellement enfance d'abord, jeunesse ensuite, sont impatientes de passer de l'une à l'autre, de « pousser de l'avant », de gagner le sommet.


Les amusements, pour l'enfant; les vacances pour l'écolier; les désirs toujours nouveaux et toujours inassouvis, tout invite la jeunesse à vouloir monter — ce qui équivaut, hélas! à vouloir vieillir. — D'un degré à l'autre, en effet, s'entrevoit une satisfaction : prix, médaille, diplôme, galon. Pour ceux qui ont la bonne fortune de pouvoir emprunter l'escalier, tout se passe à peu près sans heurts graves ; la montée est régulière. N'existe-t-il pas tout le long, une bonne rampe: les parents attentifs. A ceux auxquels est imposée l'échelle, il faut pied plus solide, main plus ferme, capable à l'occasion d'aider la jambe; parfois aussi le concours des deux bras. Prudente alors est la montée; on ne saurait quitter un échelon sans et par tous les moyens se cramponner au suivant. A l'instar du perroquet, il faut travailler : « Unguibus et rostro ». Telle fut l'ascension de Foch. Pour cela, peutêtre, se plaisait-il, en forme de boutade et dans son langage imagé, à dire en face des difficultés du combat : « Perroquet, Monsieur, perroquet!... »


Toute sa tactique, sur la Somnie d'abord, d'opéthéâtres les autres tard plus sur comme rations, fut de ne jamais passer à un échelon sans l'avoir au préalable fortement saisi du bec, tandis que, de ses griffes, il s'arcboutait au précédent : « perroquet, je vous dis : perroquet... » Escalier ou échelle, à l'ascension succédera un jour, inexorablement et malgré tout, la phase du dépouillement. Dieu aura dit: « tu n'iras pas plus loin ». Le terme pour l'un, sera assigné à moitié montée. la de haut l'autre, tout en pour course, Pour tous, l'heure restera aux mains de la Providence. Comme dans la nature qu'Elle dirige, Elle frappera celui-ci de grands coups de hache avant de l'abattre un jour d'un choc suprême; Elle décidera d'infliger à cet autre l'épreuve de la lente déchéance, lambeau par lambeau, fragment par fragment, jusqu'à l'heure de la décrépitude finale...

Foch sera abattu d'un coup; mais Dieu, dans sa bonté, aura voulu l'avertir à temps: la mort ne le surprendra pas.


LE SOLDAT CHRETIEN. I. —

L'ÉLÈVE.

C'est la vie qui, maintenant, s'ouvre déviant lui. En 1871, il a 20 ans: il vient de gravir sévèrement les premiers échelons; il a la joie d'être admis, et dans un bon rang, à l'Ecole polytechnique. Avant d'y entrer, une détente est nécessaire. Il reviendra donc au logis où l'attend son frère Gabriel. Alors, ces deux grands enfants si voisins d'âge, de courir la plaine et la montagne, cherchant l'air et l'espace, le mouvement, l'action. Ils partent pour la pêche, pour la chasse, détendent leurs nerfs en même temps qu'ils s'entraînent à la vie active. Les excursions autour de- Tarbes sont nombreuses et variées; il en est une cependant qui tout particulièrement tente le chrétien ; Foch ne


manquera donc pas d'aller à Lourdes, au pied de la grotte de Massabielle, afin d'y mettre toute sa carrière, toute son existence, sous la divine protection de la Vierge miraculeuse. Au mois de novembre, il repart pour Paris; il entre à l'Ecole. Désormais il est quelqu'un. chic »; il porte beau: gants blancs, à la « tangente » battant la jambe gauche, habit française de bonne coupe, basques lui caressant les. jarrets; le bicorne est crânement incliné sur l'oreille droite; le manteau est drapé à l'espagnole quand vient l'hiver. Voilà sa jeunesse, sa première splendeur. Il pénètre dans cette vie militaire qu'il ne quittera jamais, car, pour lui, la limite d'âge ne pourra plus être que la mort. Il n'a encore ni galon ni décoration. Un jour sa tunique recevra successivement les cinq galons du colonel, les deux étoiles du brigadier, les trois du divisionnaire, les sept du Maréchal de France. Son chapeau, jusqu'alors sans panache, verra frissonner les plumes blanches du Général en chef.

Il a du

«

-


Sur son uniforme, il croisera tous les cordons, il :fixera toutes les décorations que les chefs de tous les Etats tiendront à honneur de lui offrir. Et dans ses mains, qu'à son tour elle aura gantées de blanc, la mort, plus tard, sachant à quel solide chrétien elle a affaire, placera pour toujours une simple, une modeste croix de bois. Son épée — la victorieuse — reposera nue sur son cercueil. A

l'heure de Dieu!

Qu'il ait, à l'Ecole, commencé à « ramer la galère », suivant une de ses expressions, nul n'en sera surpris. A l' « X », où l'on travaille « pour les sciences, les armes et la gloire », la vie est austère : lever avant le jour, besogne intense du matin au soir, soit dans les cours, soit dans les « colles », nourriture saine, à coup sûr, mais combien peu abondante au gré d'un estomac de 20 ans pour lequel


au travail scientifique vient s'ajouter le travail militaire! Si ce n'est pas simplement, il faut en convenir, la soupe et le bœuf, ce n'est pas beaucoup plus. Le dieu « Pinard » dort encore dans ses caves, et les élèves apprennent par une expérience journalière qu'une fois le quart réglementaire absorbé, l'eau demeure, suivant le texte du service intérieur : « la boisson habituelle du soldat » De rares sorties, le mercredi et le dimanche, quelquefois trop longues pour les bourses trop plates, impuissantes à solder le prix d'un repas : (2 fr. 50 à- l'époque, 4 fr. pour s'offrir un « bon dîner ») et imposant alors le retour à l'Ecole afin d'être assuré du repas du soir.

L'Ecole polytechnique s'est toujours montrée pleine de philanthropie. Il est de tradition que, par des visites généreuses, elle s'intéresse aux pauvres et aux misérables^ Foch sera guidé dans ces visites par la pensée du chrétien. D'un mot


dit à propos, d'un conseil donné à temps, d'un sourire clair et bon enfant, d'une chaude poignée de main, combien en aura-t-il poussés vers Dieu de ces malheureux qui n'auront tout d'abord vu en lui qu'un vulgaire apôtre de l'humanité !

Quand les vacances le ramèneront dans le Midi, il se trouvera alors parmi les favorisés : ceux qui possèdent une campagne — qui peuvent se rendre « à leur campagne »1 Pour lui, la campagne c'est, dans la petite localité de Valentine, la maison familiale; c'est le jardin planté d'arbres fruitiers qui l'entoure. Un perron de six marches en assure l'accès; elle fait face à la mairie; des fenêtres, l'on aperçoit 1^ route suivie par tous ceux qui se rendent à SaintGaudens ou à Luchon. C'est du soleil, du mouvement, de l'air, de l'espace. On y est en liberté; on y vit avec les siens; on y retrouve les amis des premières années; les gens, les fleurs, les arbres, les effluves de la montage... on y bâtit des plans d'avenir...


1872, c'est l'époque où les pensées de tous s'ab-

sorbent dans l'économie et le travail : il faut refaire le pays et, pour la jeunesse ayant du cœur, il faut refaire l'armée. Et petit à petit le pays redevient sain. Il retrouve sa prospérité; l'Armée -l'Armée défaite cependant — se redresse dans un sursaut d'énergie. Elle s'appuie désormais sur la Nation tout entière. Discipline, devoir, volonté, foi, ne sont pas de vains mots.

Au passage de la division des « Conscrits » à la division des « Anciens », Foch, gravissant encore l'échelle avait gagné des rangs. La création de nouvelles unités d'artillerie réclamait alors dans les régiments un plus grand nombre de j eunes officiers. Les polytechniciens


curent ainsi la faculté d'avancer sensiblement leur entrée à l'Ecole d'application afin d'y suivre des cours rapides, leur permettant d'être versés ensuite, mais avec le grade de sous-lieutenant seulement, dans les nouvelles batteries. Cette promotion, fort différente des autres, devint celle des « Petits Chapeaux ». Foch en fit partie. C'est donc avec un seul galon sur la manche que le 1er août 1874 il rejoignit le 24e régiment d'artillerie, à Tarbes, tout près des siens, dans un milieu où il est déjà connu et où il rentre de plain-pied. Le 1er octobre 1875, il cousait sur ses manches son deuxième galon d'or. II. —

L'OFFICIER.

Lieutenant d'artillerie! Cela peut mener loin. Il en est un, déjà, qui commençant de même, a su remplir le monde de sa Gloire! Lui aussi avait débuté bien modestement, dans l'ombre d'une toute petite garnison, pour briller


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jour comme un éclair, mettre les peuples aux

rames de sa galère » et, le premier, dormir son sommeil suprême sous le dôme des Invalides, mais il avait dû, au préalable et pendant vingt années, connaître le sommeil en terre étrangère... «

,Et celui-ci?... Mystère de Dieu!

Dans la troupe, le métier d'un jeune officier est simple. Il devient absorbant pour celui qui, se penchant vers le soldat, s'en fait l'instructeur et l'éducateur, cherche son âme, saisit son cœur et, du subordonné, fait un « confiant ». Cette tâche journalière suffit à qui veut l'entreprendre — et l'entreprendre, c'est y réussir. Parmi les hommes qu'il eut à commander dès ses débuts, Foch rencontra bien des gens de Tarbes ou de Valentine. Beaucoup disaient de lui : « Il ira loin. » Il en reste encore qui, le voyant toujours grandir, n'hésitent pas à ajouter : « Je l'avais bien dit »...


Les journées de la sorte sont bien occupées. En outre, il y a la vie au grand air, l'équitation, les tirs, les évolutions; tout ce qui prépare le corps et dispose l'esprit aux services que réserve l'avenir. Bon cavalier, aimant le cheval,. entraîné aux courses, hardi devant l'obstacle, Foch s'indiqua vite pour les cours de lieutenant d'instruction; dès 1875, il fut envoyé à Saumur, et fut désigné, à sa sortie, pour aller remplir les fonctions d'instructeur d'équitation au 10e régiment d'artillerie à Rennes.

Le 30 septembre 1878, il était promu capitaine. Le capitaine! C'est une tête, un guide, un chef: Un bras qui se lève: en colonne! Un bras qui s'étend: en bataille! Un poing qui s'abaisse: en batterie! Un mot qui se dit: feu! Mais, pour en arriver là, combien faut-il que troupe et chef s'entendent et, sans parole, par-


lent le même langage muet qui,se traduit par une action. Et il ne s'apprend pas en un jour, ce langage fait d'énergies et de volontés, d'obéissance et de soumission réunies dans le faisceau de la discipline, soudées par la confiance. Le matériel est la masse inerte; l'homme est l'intelligence; si l'esprit commande à la matière, celle-ci travailla et tout va; sinon tout s'arrête. La volonté de l'un se traduit par l'exécution dans les volontés subordonnées; la première s'impose par l'exemple, l'attitude, la dignité, l'énergie; les autres se donnent par la confiance, la soumission sans bassesse, l'abandon, la foi; cellesci prêtes à aller partout où celle-là l'ordonnera. Grandeur militaire Elle est là tout entière : A !

bon chef, bons soldats. Si occupée par le devoir que soit la vie d'un jeune officier, elle lui laisse néanmoins des loisirs. L'homme du monde sait pénétrer dans la bonne société, s'y créer des relations aimables en même temps que de durables sympathies. Il y trouve toujours, quand il est lui-même bien à sa place, des idées intéressantes à développer, des pensées nouvelles à creuser, bien souvent même,


des affections latentes toutes prêtes à donner un jour naissance à une idylle — parfois à un foyer. Foch, par sa physionomie franche et ouverte, par sa conversation vive et primesautière, par la distinction de toute sa personne, n'était pas passé inaperçu. Peut-être découvrit-il dès lors celle qui devait devenir la compagne de sa vie?... Mais bientôt il lui faudra quitter Rennes pour aller à Paris, où l'attend le poste d'adjoint au service du personnel du Dépôt central de l'Artillerie. Son métier d'artilleur bien acquis, il se jugea mûr pour demander à l'Ecole Supérieure de Guerre le complément de ses connaissances, aussi bien militaires que générales.

Il pensait trouver là un enseignement de haute envolée : il fût déçu. C'était encore trop une « Ecole » pour devenir une « Académie ». La doctrine n'existait pas; on professait, — ce qui exige maîtres et élèves —, mais on professait sans progresser. Sans doute, la méthode des études par l'examen approfondi des cas concrets commençait à s'établir, mais avec des usages sentant trop « l'Ecole ».


Beaucoup d'officiers, principalement ceux qui avaient dépassé la trentaine, hésitaient à quitter le milieu de la troupe pour obtenir, en deux ans, la pendant assujettir à les de nature brevet un maj eure partie de leur carrière au service d 'étatmajor. Il faut pourtant subir ce qu'on ne peut changer. Foch sortit de l'Ecole de Guerre avec le brevet, la mention très-bien et le n° 4, pour faire un stage d'un an à l'Etat-Major du 16e Corps, avant d'être affecté à celui de la 31e division à Montpellier. Il serait ainsi resté bien loin de la Bretagne, si les circonstances ne l'y avaient ramené. Le 5 novembre 1883, à Saint-Brieuc, il épousait en effet Mlle Bienvenue, s'unissant par le lien indissoluble du mariage chrétien à celle qui devait être la joie de son cœur, la fondatrice de son foyer, à celle qu'un jour'Il honorera du titre de Maréchale de France. Dieu bénit ceux qu'il aime, mais Il les éprouve. En 1888, par le passage d'un ange, Il donna en


dix jours, au jeune ménage et la première joie et la première douleur communes. Ce foyer chrétien connaîtra par la suite les bonheurs de la naissance de trois autres enfants, mais hélas! un jour viendra où la douloureuse épine s'enfoncera de nouveau dans le cœur: Germain, le fils unique, aspirant au 131e, tombera pour la France le 22 août 1914, en même temps que l'aîné des gendres, le capitaine Bécourt —. L'autre gendre, le colonel Fournier, ne survivra que quelques jours au Maréchal. De cette famille ainsi décapitée, il restera toutefois sept petits-enfants auxquels incombera la noble charge et d'un grand nom et d'une gloire sans égale. De l'Etat-Major de la 31e Division, Foch fut appelé, en août 1890, à l'Etat-Major de l'Armée (3e bureau). Il y sera maintenu avec le grade de chef d'escadron, obtenu le 27 février 1891, puis passera au 13e régiment à Vincennes, afin de prendre, pendant deux ans, le commandement d'un groupe de trois batteries. Revenu au 3e bureau, il sera désigné, en 1895,


pour aller occuper, à l'Ecole de Guerre, l'emploi de professeur adjoint de stratégie et de tactique appliquée. Dès lors, il est en vedette et l'année 1896 le verra professeur titulaire. Sûr de lui, désormais, consacré par une année durant laquelle il s'est mis lui-même à l'essai, il va, pendant cinq ans, manifester, affirmer, développer sa doctrine. III. —

LE PROFESSEUR.

LA DOCTRINE.

Sans viser à l'éloquence, il s'agit de saisir les esprits et les âmes en les mettant en face des réalités de la guerre. » « De quoi s'agit-il? » «

D'autres ont déjà montré l'exécutant dans ses moyens, ses difficultés, ses souffrances, ses appréhensions devant la fatigue et même devant la mort. Au nouveau professeur de stratégie et de tactique d'exprimer comment on doit se servir de


l'exécutant pour obtenir le résultat qu'il ne voit, lui, parce qu'il n'est que dans l'offensive. Et alors, dans ses conférences, s'étalent et éclatent les « immuables vérités sur l'offensive manœuvrière ». Dans « Les principes de la guerre », dans « La conduite de la guerre », il condense, il expose; on pourrait dire, il taille ses idées à coups de sabre, il les y jette à son auditoire à coups de g...osier. Toute la doctrine est là: Au chef, combinaison, direction, impulsion; à l'exécutant, action, souplesse, discipline; le tout lié, pour l'un comme pour l'autre, par ces vertus primordiales : l'abnégation et l'idée de sacrifice. Alors, la victoire appartient aux armées qui manœuvrent. Et quand, un jour, mais plus tard, les événements lui permettront de manœuvrer, on verra... Sa prestance, le ton de sa voix, l'énergie de son geste, le retour incessant à la question : « De quoi s'agit-il? » donnent à son enseignement une vie intense et quand, immédiatement ou par la suite, il se verra secondé par des éducateurs comme de Maud'huy, Debeney, Pétain, et tant d'autres,


l'Ecole de Guerre aura vraiment enfin le droit- de se dire : « l'Ecole Supérieure de Guerre ». Elle fournira les grands noms que, malgré l'anonymat voulu, va signaler la guerre mondiàle; — guerre déjà prévue et à laquelle chacun se prépare. Elle ne se bornera pas aux grands chefs car, parmi les jeunes, aux Etats-Majors elle donnera les aides les plus précieux pour assurer le travail ardu de tous les jours, aux troupes, des entraîneurs et des modèles; à tous les échelons du commandement, des auxiliaires aussi braves que dévoués et peu ménagers de leur vie. Modestes et parlant peu, courageux sans jactance, demandant à leurs yeux seuls lè renseignement recherché, ils l'allaient généreusement quérir sans souci du danger, sans chercher à le J'adresse ici à tous les officiers qui, dans l'EtatMajor; ont servi sous mes ordres à la 83e Brigade, aux 278 et 388 Divisions, au 78 Corps d'Armée, les souvenirs 1 très cordiaux que je garde de chacun d'eux. Tous, ils m'ont donné des marques d'une bravoure et d'un dévouement admirables, et des preuves d'affection et de déférente sympathie que leur vieux chef n'oubliera jamais. 1.


fuir, sachant que, pour qui est chargé d'une mission, le premier des devoirs est de la remplir et qu'après seulement l'on a le droit de se faire tuer. IV. —

LE CHEF.

Le 12 juillet 1903, Foch est promu colonel. Il doit quitter l'Ecole pour prendre le commandement du 35e, régiment d'artillerie à Vincennes. Chef de corps! l'aigrette blanche au front; dans la main, trois groupes de batteries : une unité vivante dans l'organisation d'une division apte à mener un combat dans la bataille, quel rôle pour celui qui vient, si brillamment, de professer la bataille! Sentir que tout vibre, que tout se prépare, que dans les mains l'on tient le tonnerre; qu'on est vraiment une force au service du pays ! Mais aussi quelle responsabilité ! Sur le colonel tout repose : et la discipline, et l'esprit de corps, et l'étroit faisceau des forces morales. Avec ses officiers, avec ses canonniers, il est, à la fois, la justice et la bonté; il doit tout connaître, tout


voir, soutenir les efforts, secouer les apathies, étayer les faiblesses, élever les esprits et, avec tous, forger des énergies, rassembler des volontés; enfin, à toute heure, se tenir prêt à les appliquer. Le colonel Foch a 52 ans. Son ascension a été relativement lente; mais aucun des échelons ne s'est rompu devant le chrétien qu'il est. Sans ostentation, sans crainte aussi, il pratique sa religion. Il accepte d'ailleurs parfaitement l'idée de « finir colonel, plutôt que de devoir un avancement plus brillant à un compromis avec ses convictions intimes ,». Si l'âge mûr est venu, c'est pour rendre le soldat plus complet : Silhouette svelte mais trapue, taille moyenne, il a du cavalier les jambes quelque peu arquées. Le port est fier, la tête haute, les yeux sont clairs avec un regard droit et profond. Les maxillaires sont carrés, les mâchoires contractées; — le menton proéminent marque la volonté. Le geste est tranchant, sec, saccadé; le langage vivant, net, imagé, souvent difficile à saisir, car il a des arrêts brusques, répondant plus à sa


pensée qu'à sa parole. Il est parfois paradoxal; alors ses silences prolongés déconcertent, car le geste, lui, ne s'interrompt pas. L'expression est heurtée; bien souvent il est difficile d'en saisir la portée. Son caractère, que trahit son geste, est à la fois impulsif et impétueux, tel le vent de la montagne. Parfois il froisse, parfois il blesse, mais il se reprend alors bien vite et d'un mot sait arranger les choses. Car sa brusquerie cache sa bonté; il aime ceux qui sont ou ont été ses chefs; il s'occupe avec sollicitude de ses subordonnés, il sait fermer à propos les yeux sur quelques peccadilles. Quand « il sent du fond » il oublie les apparences. Il affectionne ceux qui s'intéressent à lui et marque un réel sentiment cordial à ses collaborateurs; il les guide, il les aide, il les pousse; il s'en fait aimer. Rigide dans sa conduite, digne en toutes circonstances, il est rebelle à toute idée d'une concession incompatible avec sa conscience. Il a un très haut sentiment de ses devoirs. Il est bien le chef de corps qui « vit dans une cage de verre »


vu de tous, ne se laissant influencer par aucun. Combien dur, alors, quand on a formé à son image, plié à sa volonté la belle unité qu'est un régiment, de quitter tout ce mouvement, cette vie intense, ce milieu plein de mordant, ce cadre unique de sympathies et d'efforts, pour assumer, à Orléans, les fonctions de chef d'Etat-Major du Corps d'Armée. Là aussi, pourtant, haute est la besogne: elle embrasse tous les services; elle exige toutes les connaissances; elle réclame toutes les initiatives; elle prépare aux plus hautes destinées. Et tout ne se borne point à des travaux intérieurs: ce sont des voyages, des exercices, des manœuvres au cours desquelles on apprend à régler sur le terrain des opérations, fictives il est vrai, mais qui sont bien vite voisines de la

5e

réalité. V. — LES ÉTOILES.

L'année 1907, en lui apportant la double étoile de Général de brigade, le laisse sur place avec le


commandement de l'artillerie du 5e corps. Mais de son enseignement à l'Ecole de Guerre, un souvenir si vivace est resté que bientôt, pour la direction et le commandement, sa candidature va s'imposer. Il est catholique pratiquant, il a un frère Jésuite : obstacles, tout cela... La sage clairvoyance de M. Clemenceau va suffire heureusement à faire oublier les préjugés trop à la mode; certain de l'intègre impartialité et de la haute tenue morale du Général Foch, il lui fit donc donner ce poste très en vue. De très haut, la méthode « Foch » se répandit alors sur toute l'Ecole et son influence personnelle s'établit de ce jour sur tout l'enseignement. Il n'en fallut pas davantage pour raviver les préjugés : avec avancement, par intérim il est vrai, il fut envoyé à Nice comme commandant supérieur de la défense, puis, quelques mois après, à Chaumont avec le commandement de la 13e division qu'il conserva en recevant la troisième étoile. Il monte encore : le 17 décembre 1912, il est


appelé au commandement du 8e Corps d'Armée; au mois d'août 1913, à celui du 20e Corps. L'échelle est gravie. Le degré supérieur, il l'a atteint. Mais sur lui Dieu a encore des vues mystérieuses...


L'ACTION


III L'ACTION

LE GÉNÉRAL.

A Nancy

c'est un homme qui sait ce qu'il veut-et qui le veut bien » —; tant pis, disent les autres : « c'est un professeur et un illuminé ». Tous savent qu'il faudra « phosphorer », mais à la frontière, on en a l'habitude. « On en mettra » peut-être un peu plus près de la réalité; tout le monde y gagnera. :

tant mieux, disent les uns

:

«

Certes, Foch n'est ni un tendre ni un rêveur; on ne saurait le comparer à Fénelon ou au Prince de Ligne. Il a l'énergie instinctive : elle domine tout, s'im-


pose à tous par la maîtrise qu'il a de soi. S'il paraît quelquefois indifférent et sec, c'est qu'il voit le fait en lui-même et ne se perd pas dans les généralités. Il semble négliger le passé, ne le retient que comme un souvenir; il est tout au présent. « Voici ce qu'est la guerre; voici ce qu'il faut faire pour combattre et pour vaincre : tout le reste est futilité, temps perdu. De quoi s'agit-il? De battre l'ennemi : — Victoire égale volonté. »

Dans son entrée officielle, événement particulièrement solennel pour les chaudes populations de l'Est, il se fit juger d'un coup d'œil par sa belle prestance à cheval, la mâle dignité de son attitude, la fixité limpide de son regard. Les événements lui laisseront à peine le temps de prendre contact avec ses troupes, mais ce temps lui suffira pour inspirer la confiance et indiquer ses directives. Il est en effet de ceux qui du premier coup s'imposent et, où qu'on les mette, sont toujours et tout de suite à leur place.


En juillet 1914, le 20e Corps mis en main, le Général Foch se trouvait en famille, dans sa propriété de Trofeunteuniou, en Bretagne, quand la mobilisation vint jeter dans la fournaise et lui, et son fils, Germain, et ses deux gendres, les capitaines Becourt et Fournier. Sa santé était alors loin d'être satisfaisante; les médecins qui l'approchaient estimaient impossible qu'il tînt la campagne pendant trois mois. Depuis un certain temps déjà, il souffrait, parfois de façon très cruelle, d'une affection que rien ne révélait à l'extérieur et que deux ans plus tard l'on se plaira à invoquer quand, après la bataille de la Somme, on prétendra lui « imposer du repos ». S'il est vrai qu'il n'y a pas de maladies, mais plutôt des malades, il n'est pas nécessaire d'aller en chercher ailleurs la confirmation.


MORHANGE.

Il regagna aussitôt Nancy pour surveiller et diriger la mobilisation du 20e Corps, destiné à faire partie de la IIe Armée (Général' de Castelnau), avec mission initiale de couvrir Nancy. La IIe Armée devait ensuite prendre part à l'offensive générale en direction de Sarrebourg, mais tout en se flanc-gardant des forces qui pourraient éventuellement déboucher de Metz. On sait ce que fut l'offensive déclanchée le 14 août et l'espoir qu'elle fit naître dans toute la Lorraine, comme elle l'avait déjà provoqué dans toute l'Alsace. Devait un ennemi cédant tout d'abord de tous côtés, Sarrebourg fut atteint en 6 jours; le 20e Corps parvenait aux avancées de Morhange. Subitement on se trouva en présence d'un terrain truqué, préparé à l'avance, non encore reconnu ; au prix de pertes considérables, il }


fallut alors s'immobiliser en face de positions fortement organisées, couvertes de fils de fer qui arrêtaient ou brisaient tout élan, et cela sous les rafales de mitrailleuses habilement dissimulées. Bataille sanglante où, sous le feu, succomba la fleur de la jeunesse française, où nos braves officiers eurent la sublime coquetterie de se faire tuer en gants blancs, mais hélas! bataille sans issue, car elle ne pouvait mener qu'à un écrasement complet, en même temps qu'à des pertes stériles. Bataille, cependant, qui fut encore localisée mais qui, déjà, par son étendue, allait ouvrir la série de batailles autrement vastes, qu'on ne pourra plus, comme autrefois, symboliser par un nom de ville ou de village : Marengo, Austerlitz, Wagram ou Champaiibert, mais qui, pour être situées, exigeront le nom d'un fleuve, sinon d'une province. Seule, la bataille uniquement française, s'appellera Verdun.


La situation créée devant Morhange ne comportait qu'une solution : le repli; mais il fallait se replier « puissamment ». Après des accrochages à Flainval et à Serres, on parvint à ralentir, sinon à contenir l'ennemi et à conserver de l'ordre ainsi que de la puissance d'action. On put même reprendre une offensive partielle dans le but de porter secours aux 64e et 70e divisions de réserve, menacées par la vallée de la Moselle. C'est ainsi qu'avec le 20e Corps, Foch aura fermé à l'ennemi le chemin de Nancy par l'Ouest. Quand se produira la menace vers l'Est, c'est encore lui qui arrêtera l'attaque; mais, n'entendant pas se borner à un rôle défensif, il voudra mordre à son tour et après avoir attaqué sur Drouville, il réoccupera Crévic, avant de quitter cette partie du front pour aller combattre en Woëvre. Mais déjà le Général Foch n'est plus à la tête


du 20e Corps: appelé par le Général en Chef, il a du en remettre le commandement au Général Balfourier. LA MARNE.

Il est parti aussitôt, tout à son nouveau devoir. Il s'agit de prendre sur l'heure le commandement d'une IXe Armée qui se constitue en pleine retraite : « En débâcle », dit-il lui-même. Dans le milieu où il pénètre, si l'on ignore tout des intentions du Général en Chef, le moral s'accroche cependant à cette pensée que « l'on opère une retraite stratégique par échelons, que c'est le dernier jour du recul et qu'il faut se préparer pour une bataille des plus importantes ». Voyant l'un, voyant l'autre, Foch peut pourtant se rendre compte que plus la retraite se prolonge, plus les esprits s'aigrissent, plus aussi les corps se fatiguent. Il lui faut toutefois mener son Armée jusqu'à l'Aube, en laissant ainsi à l'ennemi les débouchés


Nord et Sud des marais de Saint-Gond, et ses sentiments d'offensive attendent avec impatience l'ordre qu'il pressent et qui va enfin fixer la reprise de l'attaque. Sa mission consiste à « couvrir la droite de la 5e Armée en tenant les débouchés Sud des marais de Saint-Gond et portant une partie de ses forces sur le plateau, au Nord de Sézanne ». Dans ce but, il s'établit sur les deux bords des marais. L'aurore du 6 septembre marquera le prélude du « choc décisif d'où dépend le salut du pays ».. A la IXe Armée, il appartient, par de la défensive active, de faire barrage au centre tandis qu'à ses côtés l'offensive sera nette. En fin de journée elle a tenu partout, sauf toutefois en un point, mais le mont Août n'a pas été perdu; Foch peut donc dire avec juste raison : l'ennemi en reste fortement éprouvé et aventuré. Mais le 7, l'adversaire le presse sur les deux flancs, particulièrement sur sa droite, où il n'a, comme appui, que de la cavalerie. La situation est grave; le chef reste inébranlable : « Situation excellente » dit-il, et il attaque


gauche, du côté de A Fère-Champenoise. sa sur Mondement, un trou est à craindre; il n'hésite pourtant pas à dégarnir momentanément ce point, car il s'agit de dégager sa droite. Laissant donc au 9e Corps d'Armée la charge de « colmater » f, il en appelle la 42e division et, L'honneur de la reprise du château de Mondement revient au 778 régiment du colonel Lestoquois qui en chargea le bataillon du commandant de Beaufort. Celui-ci, son bataillon bien orienté, fit sortir du rang formule de l 'absolùla qui prêtre-soldat prononça un tion. Alors, ganté, la canne à la main, le commandant dit simplement « En avant pour la France. » Une balle au front l'étendit mort. Il a voulu rester sur le champ de bataille, en compagnie de ses soldats. Il repose dans le cimetière de Mondement au milieu des braves qu'il a conduits au feu. Les habitants vénèreht et fleurissent leurs tombes. L'acte chrétien qu'il a accompli avant l'assaut n'est pas un fait isolé. Dans cet ouvrage, il .ne sera pas question de Verdun, puisque Foch n'y a pas combattu. Qu'il soit cependant permis de citer ici le nom. du lieutenant-colonel Malher, du 92% qui, chargé de contre-attaquer sur le bois des Corbeaux, près de Cumières et du Mort-Homme, se rasa à l'abbé de Chabrol demanda d'eau, faute vin, du avec l'absolution pour chacune de ses vagues d'assaut, alluma tranquillement un cigare, prit la tête de l'attaque en disant : « C'est l'ordre, alloiis-y » et se fit tuer aussitôt. (Récit de l'abbé de Chabrol.) 1.


au jour couchant, la lance sur Fère-Champenoise; il en chasse l ennemi et l'occupe au matin. L 'ennemi, on le sent, on le voit, rompt le combat. Il abandonne, non seulement ses morts, ses blessés, ses ambulances, mais aussi ses batteries culbutées, ses caissons démontés, ses voitures embourbées, sans compter des monceaux d'obus, des tas de fusils, des millions de cartouches, des objets d'équipement de toute nature... voire même des bouteilles de Champagne dont il avait abusé et, certes, sans les payer fort cher. « Plus que jamais : Attaquez, attaquez!... A la Marne! — pour la repasser sur les talons de l'ennemi, gagner son flanc par la plaine du Camp de Châlons et confirmer le succès. » L'espoir, en effet, est revenu l'armée, le : pays sentent qu'une « victoire incontestable vient » d'être remportée. Foch, alors, peut écrire : Je suis absolument « plein de confiance en l'issue de la bataille, avec l'aide de Dieu », mais il ajoute aussitôt : « Nous sommes bouclés. »


Dieu qui venait ainsi de se manifester par les armes de nos soldats en leur donnant un courage magnifique, allait frapper Foch d'une double blessure. Le 13 septembre, il apprenait à la fois et la mort de son fils et celle de son gendre Bécourt, tous deux tués le 22 août. L'homme vacilla sous le coup; le chrétien se reprit aussitôt pour s'abandonner à la volonté divine. Le Christ ne nous a-t-il pas montré, par sa Passion, que la nature fléchit devant l'épreuve et que, pour être agréable à Dieu, la soumission doit être le prix d'un intime et rude combat? Son « fiat » prononcé, il reporta sa pitié vers les siens : « Mes affaires de famille sont lamentables, écrit-il... je tremble en pensant à mes pauvres femmes... je me. raidis sur ce chapitre pour ne pas manquer à mon devoir, mais non sans peine. »


Nous sommes bouclés », a-t-il écrit... Voici, en effet, que s'allume, pour embraser successivement tout le front, et bientôt s'étendre « de la mer aux Vosges », cette infernale bataille des tranchées, qui va durer près de quatre ans ! L'ennemi s'est terré au nord de la Marne. Après la retraite initiale, après les longs combats qu'on vient de livrer, le matériel n'est plus suffisant pour le déloger. On le talonne au plus près et bientôt, rapprochées autant qu'il est possible, les tranchées des deux adversaires arriveront presque à se toucher, parfois même à se confondre. De l'une à l'autre, seule la mort pourra faire le va-et-vient et qui tombera dans l'espace vide devra rester : le blessé sans secours, le tué sans sépulture. «

Bataille meurtrière, déprimante, inhumaine, au cours de laquelle les moyens de destruction, déjà si nombreux et si perfectionnés, deviendront


chaque jour insuffisants et où il faudra faire revivre les vieilles armes, les vieux engins depuis si longtemps démodés. Bataille au couteau, à la grenade, à la bombe, à la flamme, aux gaz empoisonnés; bataille où les apaches deviendront des aides précieux et recherchés... Et bataille de tous les jours, de toutes les heures, de toutes les minutes, à la conquête d'un trou, d'un arbre, d'un pan de mur, trop souvent, hélas ! sans autre but que tuer! « Qui donc avait voulu cela? » L'humanité, reculant dans le temps, revenait aux méthodes des Huns!

L'YSER.

à,

dans la pensée de Joffre, Foch est son second, son bras droit. Le 4 octobre,, avec le titre d'adjoint au Général en chef, il l'envoie à Cassel pour « concerter des opérations avec les Belges qui venaient d'évacuer Déj


Anvers et. l'armée anglaise, concentrée dans les environs de Saint-Omer ». L'encerclement des armées, arrêté par la victoire de la Marne, est devenu une menace d'encerclement de toute la France par la Belgique. Si l'ennemi atteint la région de Dunkerque, c'en est fait et l'Angleterre elle-même est menacée. Commence alors la « course a /a mer », afin de recueillir ce qui reste de l'armée belge, donner étroitement la main aux forces anglaises et barrer le pays. Il s'agit surtout, sans qu'on le précise, de mettre de l'ordre, de la direction, de l'action, et par son propre prestige, de s'imposer soi-même et à défaut de toute convention, tant à la Belgique qu'à l'Angleterre. La Belgique a son Roi; l'Angleterre, un Maréchal qui sait par ailleurs « qu'il ne sera jamais subordonné à un officier général français ». Mais celui qui arrive, c'est Foch et, sans protocole, sans réglementation, il sera vite entendu, suivi, admiré... écouté, pour ne pas dire obéi.


Ce qui reste des unités belges revient sur Nieu-

port et Dixmùde, que la brigade de fusiliers marins va occuper; la 7e division anglaise se replie sur l'Yser. L'ennemi talonne partout et il n'y a plus un obstacle auquel se cramponner. Seul l'Yser peut en servir, mais quel obstacle! Sur chaque rive, le sol est bas, l'eau en affleure presque la surface. Il y a bien, fort heureusement, du côté sud et jusqu'à Dixmude, la levée de l'Yser et de là, vers Nieuport, la voie ferrée; mais il faudrait des jours et aussi des bras pour utiliser l'une et l'autre. Et combien facile à franchir restera encore un si léger barrage Ce pays plat, couvert de pâturages,, semé de vilfes et de villages blottis dans la verdure, avec des fermes isolées coiffées de tuiles rouges, coupé de canaux et de fossés à fond boueux, traversé de routes rectilignes que bordent des arbres touffus, ce pays d'abondance, de richesse et de calme va devenir le champ de bataille sur lequel s'éva!

-


nouira un jour le suprême espoir de l'ennemi. La guerre l'aura peu à peu transformé en un innommable cloaque, nu et désolé, au sol défoncé comme si la charrue n'avait cessé d'y passer et d'y repasser, en un bourbier sinistre, parsemé de flaques, dans lequel, pendant des années, le sang restera mélangé à la boue.

En atteignant l'Yser, dernier lambeau de leur noble pays, les Belges épuisés, disloqués, niais toujours tenaces et solides, ne pouvaient plus qu'invoquer le secours du Dieu des Armées1. saurait trop insister sur le rôle décisif qu'a joué l'Armée belge en octobre 19Î4. Elle a arrêté l'ennemi sur l'Yser. Le 14 octobre, se trouvant menacé sur ses deux flancs, le Roi a décidé de se replier sur l'Yser; le 15, il en a donné Tordre. Le repli se fait tout en opposant une résistance opiniâtre, et, le 16, toute l'Armée belge se trouve échelonnée derrière l'Yser et le canal d'Ypres. Le Roi passe alors chez chacun de ses généraux et complète ses instructions. Le 16, il reçoit à Furnes le général Foch qui lui dé1. On ne


Le Dieu des Armées a entendu : voici les Français ! Après l'émouvante entrevue qu'il vient d'avoir, le 16 octobre, avec le général Foch, S. M. le Roi Albert a donné à son armée l'ordre de « rester sur la ligne de l'Yser et de s'y défendre avec la dernière énergie ». Et sans un murmure, sachant l'honneur national engagé, les troupes belges ont fait front, appuyant leur droite à la brigade de clare que la Belgique doit figurer aux côtés des Alliés qui vont prendre l'offensive. Enfin, le 18, Foch annonce l'arrivée prochaine de la 42e Division et fait au Roi cette déclaration : « Moi, soldat de la République, je puis affirmer à Votre Majesté que notre cause est juste et sainte et que la Providence nous donnera la Victoire. » Et en rendant compte au général Joffre, il termina ainsi : « Sur l'Yser, l'Armée belge a reçu l'ordre de se défendre avec la dernière énergie. Elle n'est ni fatiguée, ni détruite : elle tiendra ses positions. » L'Armée belge a tenu : elle a joué un rôle décisif et s'est couverte de gloire. Il est bon d'ajouter que ce n'est pas seulement dans la défense que les Belges ont bien travaillé. A l'attaque de Klosterhoeck, une compagnie de volontaires belges s"est encadrée dans le bataillon français qui a donné l'assaut et enlevé la position; — les sapeurs belges avaient, dès le début de l'attaque, préparé les passages .sur les canaux.


fusiliers marins et, pour leur gauche, souhaitant, espérant, voyant enfin venir les fantassins de France. Le 21 octobre, « des pas alertes battent la route. Bonheur! C'est de l'infanterie française qui arrive. Nous la reconnaissons dans l'ombre au martellement nerveux de sa marche. Quand les pioupious nous aperçoivent, ils n'ont qu'une phrase courte qui scande leurs pas et qu'ils répètent en défilant devant nous : « Où qu'ils « sont, les Boches?... » Sortir d'un enfer, pour venir dans un autre et tricoter de ce train entre les deux! » (Commandant de Grimauty, Six mois de guerre en Belgique.) Ces Français, ce sont ceux de la 42e division1. comprend : — La 83e Brigade (colonel de Bazelaire) avec le 94e Régiment, les 8e et 1ge Bataillons de chasseurs, et, momentanément prélevé sur la 84" Brigade, le 16e Bataillon de chasseurs. — La 84e Brigade (colonel Deville) avec les 151e et 162e Régiments. — Trois groupes du 61e d'Artillerie, du colonel Boichut, le « virtuose du 75 ». — Des cavaliers du 15" chasseurs qui se feront fantassins pour tenir les tranchées. — Des sapeurs du 6e Bataillon de Génie qui creuse1. Elle


C'est d'abord son chef : le général Grossetti, le Grossetti de la Marne, il y a un mois; — Grossetti, l'invulnérable, malgré la large cible qu'il présente à l'ennemi, toujours aux endroits dangereux, imperturbable sous les obus, semblant, non pas dédaigner, mais ignorer la mort, alors pourtant qu'il sait qu'elle le travaille et doit bientôt le prendre traîtreusement si elle ne le prend pas au grand jour. Ne souffre-t-il pas d'une grave affection du foie, maladie qui l'abattra dans son lit, après avoir hâté son retour de Salonique où il aura commandé l'armée française d'Orient ? Il est peu aimable avec son Etat-Major qu'il tarabuste fortement et qu'il tient un peu trop à l'écart de ses décisions, mais il est prévoyant pour sa troupe, qu'il voit tous les jours. Il ne lui demande que les sacrifices nécessaires et lui prêche d'exemple, car il est toujours au danger. Plaçant sa confiance en qui la justifie, il a su se faire des amis dont l'un est heureux, ici, de se ront le sol et aussi le remblai de la voie ferrée entre Dixmude et Nieuport. Tous braves gens, solides au poste et ne boudant pas à la besogne.


dire en s'inclinant avec respect devant sa mémoire glorieuse et vénérée. La 42e, c'est la division de Verdun : c'est du sang français le plus chaud, le sang le plus pur de la Lorraine et, dès maintenant, le Boche va apprendre que, devant Verdun, « on ne passe pas ». Il faudra en mettre : Bon, comme dit Foch, « on en mettra », tous unis dans la bataille — et cette union se marquera aussitôt sur la place de Furnes quand le 16e bataillon de chasseur français viendra, devant le roi Albert, exécuter la Marseillaise après la Brabançonne.

Retirée de ses tranchées entre Reims et la Pompelle, mise en chemin de fer à Epernay, débarquée à Bray-Dunes, la 42e division a été j etée aussitôt sur Lombardzyde et Nieuport, où elle tiendra la clef des écluses. Les Belges sont à sa droite, la reliant aux fusiliers-marins. A peine établi, le front a été percé à Kloster-


hoeck, au nord-ouest de Dixmude. C'est un trou à boucher : du travail pour la 8SS brigade. Puis c'est Ramsc-apelle qui tombe : heureusement la tête de la 38e division arrive : travail pour le bataillon du Guiny, du 4e zouaves. Un peu partout, la résistance n'est plus certaine et il est grand temps d'ouvrir les écluses. L'inondation ne peut se faire sentir que vers le 3 ou le 4 novembre, et l'ennemi attaque le 2 avec une violence inouïe, mais c'est là son suprême effort : l'eau déjà trahit sa présence, la plaine peu à peu devient vaseuse. Seules les routes restent utilisables : on les interdit par des mitrailleuses : la Belgique, de ce côté, est inabordable. Le Boche ne passera pas ! Pendant qu'il ferme cette porte sur Dunkérque, le général Foch en surveille une deuxième, qui menace de craquer vers Ypres. Ici, c'est le Maréchal French qui commande. Dans la nuit du 30 au 31 octobre, Foch le rencontre; l'armée anglaise est percée : « Vous manquez de disponibilités. Je vous donne huit bataillons et moi, j'attaque à droite, à gauche... » Lord French surpris, ému, est alors gagné par


cette décision. Prenant le papier sur lequel Foch a jeté ses instructions, il en fait, sans aucune modification, ses propres ordres. Ainsi, aux Anglais comme aux Belges, Foch, en dépit de tout, est parvenu à s'imposer, mais pour un tel ensemble de courses rapides, d'engagements çà et là, de manœuvres incessantes, pour boucher un trou, fixer un point, aller aussitôt recommencer ailleurs même besogne, il fallait une volonté agissante mais unique, ayant la charge de diriger l'ensemble, de stimuler les uns, de pousser les autres. Il fallait un homme qui, toujours debout, toujours sur la brèche, toujours offensif, n'admit qu'une idée : pas de passivité, de l'action.

Il n'a pas qualité pour ordonner; — avec les Belges, il le pourrait peut-être, — ceux-ci ne demandent qu'à obéir; « indiquez-nous ce qu'il faut faire », disent-ils aux officiers français; — mais avec les Anglais, c'est autrement délicat; — poùrtant, il a déjà pris sur eux un tel ascendant que le Maréchal French accepte ses propositions comme des ordres et que le roi d'Angleterre vient


l'Ordre remettant lui remercier le en personne en du Bain. Grâce à l'unité dans l'action, grâce à la subordination tacite de nos alliés, grâce aux directives du général Foch, trois mois de campagne ont suffi pour que les Allemands en soient réduits à « une douloureuse impuissance ». Quand, à Cassel, le Général examinait son çhamp de bataille et les résultats obtenus, il pouvait, à une question posée, répondre de bonne foi : « la guerre ne durera pas longtemps ». général. bâton, le Vous mon gagnerez y — fasse Qu'on demande tant. n'en Je me pas — gouverneur d'Alsace-Lorraine; voilà mon seul désir. de ferez Du gouverneur vous me coup, — Metz?... entendu! C'est —

»

Alors, la conversation prenant un tour plus intime : « — Et la cravate du Ban-Saint-Martin, celle qui devait vous porter bonheur, l'avez-vous toujours conservée? »


La cravate brune de jadis s'était, depuis la fin de 1913, vue remplacée par la cravate rouge de Commandeur; celle-ci, elle-même, venait de se muer en la plaque de Grand-Officier, soulignée de cette belle citation : c A contenu pendant plusieurs jours les attaques violentes dirigées sur notre centre, a finalement rejeté l'ennemi vers le Nord, par une vigoureuse offensive, faisant ainsi preuve d'un sang-froid et d'une habileté manœuvrière remarquables, servis par une énergie et une ténacité à toute épreuve. » 1. Dans cette « Mêlée des

Flandres » (Madelin) que d'actes isolés admirables, à côté du grand drame collectif : C'est le garde-watering Kogge, chargé du service des écluses de Nieuport et le capitaine Nuyten, de l'EtatMajor belge, manœuvrant sous le bombardement les vannes qui doivent assurer l'inondation. Puis la reprise de Ramscapelle inspirant au commandant belge de Grimauty les lignes suivantes : « Et soudain, je vois les zouaves du 4e (commandant du Guiny) dépasser le village, comme s'ils l'avaient réduit à rien en le traversant de part en part et porter au delà, jusqu'à la voie ferrée, l'élan des flammes rouges de leurs larges culottes et de leurs baïonnettes sanglantes; les tirailleurs (du 8e) et les vitriers (du 16e B. C. P.), les poilus (du 151e), qui avaient suivi les zouaves de près, dénichaient les derniers Allemands tapis dans les caves,


Quant au Gouvernement de Metz, il échut à plus digne : le général de Maud'huy, qui devait ensuite entrer à la Chambre comme député de la Moselle et mourir dans sa ville natale, où lui aussi avait été élève de Saint-Clément. accroupis derrière les murs, cassés d'épouvante et ramassaient en groupes les prisonniers et les mitrailleuses. » C'est ce nouveau d'Assas, ce zouave resté inconnu qui, poussé traîtreusement, avec quelques camarades, en avant d'une colonne allemande sur le pont de DrieGrachten, vers Nordschotte, cria aux Français, avec un juron que Dieu hii aura pardonné : « Tirez donc, N. de » et tombe sous les balles françaises. C'est encore cet adjudant du 4e zouaves qui, empruntant au cadavre d'un officier ennemi sa capote et son couvre-chef, s'approche, pendant la nuit, d'une sentinelle, répond au « Wer da? » par des « Chut, chat! » observe tout, examine le terrain et, suivant son expression, « trouvant que la conuersation a assez dnré » rentre après avoir rejeté la défroque du mort puis vient en rendre compte. C'est enfin cet admirable lieutenant Pellegrin, du 41 zouaves également, qui, chargé de l'opération sur la Maison du Passeur, s'en va d'abord seul et de nuit, reconnaître son objectif et les voies d'accès; le lendemain, y conduit ses 100 volontaires des zouaves avec les 15# du 3e Bataille® d'Afrique confiés au sous-lieutenant Petit, enlève le fortin solidement organisé, s'y installe, établit la liaison et chasse définitivement l'ennemi de la berge sud de fYser.


L'ARTOIS.

Lors de l'organisation des armées en groupes, le général Foch reçut le commandement du groupe du Nord (G. A. N.). Sa mission était de concerter avec l'armée anglaise des opérations à mener en Artois, en combinaison avec celles dont serait chargé, en Champagne, le groupe du centre (G. A. C.). Il vint étudier les divers terrains des attaques possibles, et tout d'abord la région de Chaulnes : examen bref, silencieux : « Vous avez vu, Weygand? » — mais qui retint son attention et se traduisit par l'étude d'une opération offensive en « ruée ». Puis, plus au Nord, la région d'Hébuterne où, en juin, un combat précédera l'attaque générale. Celle-ci : Anglais à gauche, Français à droite, visera la crête 119-140 entre Souchez et Givenchy.


De même qu'en Champagne, mais deux jours plus tôt, le temps, exceptionnellement beau jusqu'alors, va tourner à la pluie et démonter l'attaque, la transformant en une action d'usure telle qu'il faudra bientôt relever la droite anglaise. Les munitions d'ailleurs, prévues pour six jours de combat, vont manquer et les combattants sont à bout de souffle. L'obligation de stopper ne peut que s'imposer à bref délai. Foch s'y décidera. Il y mettra le tact parfait qui déjà lui a attiré toute la confiance de ses troupes et de ses alliés; il évitera aux Anglais l'impression que notre appui va cesser. Il y ajoutera une prudence telle que le ralentissement des attaques échappera tout d'abord à l'ennemi. Et, là aussi, on devra bientôt se borner à la guerre d'usure dans les tranchées. De son rôle en Artois, le général Foch sortira grandi, s'il se peut, par la sagesse de ses prévisions, l'accord amical et confiant avec les Alliés, surtout par son constant souci de limiter les sacrifices au strict nécessaire, n'hésitant pas, en revanche, à les exiger, mais alors jusqu'à l'extrême limite, quand le salut du pays en dépendra.


Le 8 novembre, il recevait la Grand-Croix de la Légion d'honneur : « A montré en toutes circonstances, depuis le début de la campagne, dans la défensive comme dans l'offensive, des aptitudes manœuvrières hors de pair. Grâce à l'autorité indiscutée et à la parfaite habileté de ses avis, a contribué pour une grande part à la parfaite coordination des efforts des armées alliées et a ainsi rendu les plus éminents services au pays. »

LA SOMME.

Une offensive franco-anglaise dans la région de la Somme était en germe dans l'esprit du général en chef depuis la fin de 1915. On y devait chercher la percée vers Cambrai, puis l'extension sur les deux ailes par les farces combinées mises à la disposition du général Foch. « A la disposition » : c'est « aux ordres » pour les Français; — pas pour les Anglais, le général Douglas Haig demeu-


rant libre d'accepter ou de rejeter ses directives. Percer, d'abord, manœuvrer ensuite : « voilà ce dont il s'agit ». La manœuvre ne marquera que le second temps; le premier exigera le passage de vive force à travers plus de 10 kilomètres de tranchées profondes, solides, bétonnées, truffées de mitrailleuses, battues par l'artillerie, l'une l'autre s'appuyànt et se flanquant. Dure et coûteuse sera la besogne : il y faudra chez le chef de la prudence et du doigté; de l'ardeur et de la ténacité chez les troupes. Prudent, le chef l'est : sa méthode est nette et simple : tenir l'objectif par le canon — c'est le bec du perroquet — puis le tâter d'une griffe sans entr'ouvrir le bec et s'y agripper enfin de tous ses doigts, tout en accrochant aussitôt du bec le but suivant. Avec ce procédé, l'artillerie travaille sans interruption, d'un objectif à l'autre; elle conquiert le terrain pour son infanterie, qu'ainsi elle couvre; sous cette protection, l'infanterie peut s'avancer avec des pertes réduites et s'établir solidement avant de procéder à un deuxième effort.


personnages nouveaux, de l'un à l'autre, mais en actes de plus en plus courts au fur et à mesure que l'exécution se fera plus rapide si tout marche à souhait, conformément à la méthode adoptée. L'idée de manœuvre, toutefois, domine tout : elle doit s'exécuter sur le plateau qui s'étend entre Péronne et Bapaume, Anglais et Français réunis. Le premier acte se déroule rapidement : Hem, Sormont, Estrées, aux Français; Montauban et Mametz, aux Anglais. Le deuxième — le plus long — va commencer. Lorsque, de son P. C. de Dury, Foch confiait au général commandant le 7e Corps d'armée (qui allait relever le 20e) la mission résumée en ces mots : « Le 7e Corps part pour Bouchavesnes », il envisageait désormais sa manœuvre. Il donnait à un de ses jeunes condisciples de Saint-Clément l'ordre de lui en conquérir le terrain. Il ne pouvait prévoir qu'il lui remettait du même coup le soin d'enlever le plateau destiné à servir un jour d'assise à sa première statue. Le 7e Corps allait ainsi partir pour Bouchavesnes et le conquérir de haute lutte, tandis que sur tout


le front, la bataille visait le plateau ou ses abords. Ardue et rude était la tâche — on le comprend sans peine — et peu accessible le chemin. Mené par les Anglo-Français, le travail fut long, opiniâtre, persistant; maie. chaque jour, les effets s'en faisaient sentir et. le Boche s'en trouvait ébranlé. Foch voyait à tout, poussait partout, se multipliait afin de ne rien livrer au hasard, d'assurer sans trêve la coordination des efforts alliés, en un mot de tout mener plus méthodiquement possible. Dans les Etats-Majors, il surgissait en trombe, s'asseyait brusquement, posait à sa portée, sur une cheminée, sur un coin de table, un cigare mâchonné et questionnait : * Où en êtes-vous? Qu'allez-vous faire devant telle difficulté?- » « Expliquez-moi ceci... Pourquoi cela? ...Comment?...» Sa façon d'interroger ou de répondre ne provoquait généralement que le désir de disparaître, car lorsqu'il tenait quelqu'un, il le laissait le plus souvent ahuri eu dernier point. Heureux celui dont le rôle pouvait se borner à écouter et à se taire! Malgré xout et toujours, on sentait en lui


la flamme, l'ardeur, l'espoir, la foi; on ne conservait plus alors que l'appréhension de ne pas le comprendre ou de ne pas savoir se faire comprendre. De son P. C: quand, par hasard, il y restait, c'était au téléphone des appels ininterrompus. L'on connaît, parmi ses subordonnés, un grand soldat qui sortait le plus posisble de son bureau afin de n'être pas, à tout instant, dans l'obligation ou d'écouter ou de répondre. En tout cela, d'ailleurs, domine l'idée du devoir, la pensée de la mission, la volonté de l'action et le désir absolu de réduire les sacrifices demandés à ses soldats.

Si toujours et en tout, Foch se montre le chef

ardent, nerveux, autoritaire que l'on connaît, il sait aussi s'adoucir à l'occasion et même quand il le juge bon, admettre une certaine familiarité. Aux repas, servis à l'heure fixe, toujours simples, jamais longs, souvent même écourtés quand


les circonstances l'exigent, il s'humanise; il accepte et quelquefois provoque la plaisanterie. Là comme ailleurs, il veut l'exactitude, mais sans rigidité : le repas est une opération de la journée, c'est aussi une détente pour les esprits. A un retardataire qu'il sait retenu par un travail important, il se borne à dire, un peu gouail-

leur

:

êtes bien en plume ce matin... Allons, le pardon vous est donné, sans contrition ni pénitence!... » Son esprit est vif : un dessert frugal comporte des châtaignes et du fromage : « — Dessert virgilien », dit-il. « — Vous

«

-

« — Eh oui : « Castanae molles et pressi copia « lactis »... On a fait ses humanités! »

Combles et Bouchavesnes marquent, pour les armées françaises, les deux points culminants de -la bataille de la Somme. Ils la situent nettement


pour les troupes, ils en indiquent la progression pour ceux qui, sur la carte, suivent le travail des combattants. Déjà l'on peut constater des résultats tangibles; on sent que la percée est commencée et que les plus grands espoirs sont permis pour la manœuvre en terrain libre et la reprise de la guerre de mouvement. Chez les combattants, l'ardeur, la volonté, le désir de vaincre sont tels que les unités, à peine retirées du front pour être mises au repos, s'offrent d'elles-mêmes à remonter en ligne. Elles sentent que « tous les yeux sont sur elles, toutes les espérances en elles1 ». 1. Au sujet de la situation au moment de l'enlève-

ment de Bouchavesnes, voici quelques extraits : Luderidorf écrit : « A la fin de 1916, la situation à l'Ouest était extrêmement grave, au point qu'on ne pouvait compter seulement sur une victoire des armées de terre. » Pierrefeu : « La conquête de Bouchavesnes avait été si vivement menée que l'ennemi, pris au dépourvu, se trouva sans ouvrage défensif, en rase campagne, n'ayant à nous opposer que des débris d'unités prélevés en hâte sur les unités voisines. c De l'Armée, ce soir-là, des nouvelles vinrent qui


Le général Foch témoigne sa satisfaction : de à dit-il travaillé bien un Vous », avez « bataille, de champ du revient qui subordonnés ses à troupes. » « faites tous mes compliments vos général ? continuer, allez Et mon vous —

-

« — Parbleu! »

Et il manifeste tous ses espoirs, tous ses désirs, poussant des éléments nouveaux destinés à exploiter le succès. On se croit à l'aube de la Victoire : hélas! le jour ne devait point encore s'en lever! — Verdun a des besoins qui ne permettent pas d'alimenter la bataille sur la Somme. Dans le pays, dans le gouvernement, à l'arrière, permettaient les plus belles espérances. Un immense enthousiasme animait les troupes, on annonçait partout la percée, on croyait que le lendemain la poursuite allait commencer. Le Général Bouchy : « Nous avons été alors plus près de la Victoire décisive qu'on ne le suppose généralement. » M. Painlevé : « L'Allemagne traversa alors le point le plus bas qu'elle ait connu avant l'automne 1918. » Enfin quand on demandera à Foch de désigner luimême le point sur lequel doit s'élever sa statue, le Maréchal répondra, sans hésiter : « A Bouchavesn.es ».


à l'enthousiasme succède la déception. Les esprits n'y voyaient pas très juste, des intrigues s'y nouaient, les espoirs s'évanouissaient; on reprochait au haut commandement de n'être plus à hauteur de sa tâche. On traitait Foch de visionnaire. On le disait insuffisant, malade même. Il venait, d'ailleurs, d'être victime d'un accident dont on grossissait les suites possibles. Il était, du reste, aigri, déprimé, « au bout de son rouleau »; l'heure semblait venue de lui «fendre l'oreille ». Au surplus, ajoutait-on, lui ne se gênait point : brutal et sans égard pour les états de services, ne faisait-il pas « valser les plumes blanches »? Bref, il était temps de le renvoyer. Joffre luimême, qu'on créait Maréchal de France, était retiré du front : Foch était, lui aussi, à remplacer. On l'avait récompensé de ses services en le maintenant en activité sans limite d'âge; on lui conféra, le 22 décembre, la médaille militaire avec cette citation : « Tacticien hors ligne et chef accompli. A rendu au pays des éminents services aussi bien comme commandant des troupes de


couverture devant Nancy que comme chef d'armée pendant la bataille de la Marne. A réussi, par sa ténacité inflexible, son énergie indomptable et sa remarquable aptitude manœuvrière, à mettre en échec le plan de l'adversaire et à briser l'heuassuré depuis, A, l'Yser. efforts par sur ses reuse direction qu'il a su leur imprimer, le succès des opérations qu'il a conduites comme commandant de groupe d'armées. »

En même temps, on lui retirait son commandement pour l'envoyer à Senlis, avec la mission de diriger le bureau d'études des grandes questions interalliées. Vainement il protesta : « Qu'on ne me dise pas que je suis malade, ce qui est un mensonge » et refusa nettement d'être renvoyé à l'arrière; il ne voulut pas recevoir la lettre lui notifiant cette décision et une scène très vive eut lieu, dit-on, à Chantilly1. présenta était, paraît-il, un écrit dont personne n'avait osé assumer la paternité et qui portait une signature P. 0., ce qui n'est jamais admis dans les questions personnelles. Pendant ce temps, pour les combats sur la Somme, 1. La lettre qu'on lui


Il n'en resta pas moins égal à lui-même : Sachant d'ailleurs avec toute sa foi que rien n'arrive sans l'ordre ou la permission de Dieu, à ceux de ses familiers qui lui expriment leurs regrets, il se borna à répondre : « Laissez-les faire... »

HORS DU FRONT.

La personnalité de Foch est telle que, où qu'il soit, il est à la place qui lui convient : il va avoir maintenant à étudier et à diriger tout, avant l'Angleterre donnait à Sir Douglas Haig le bâton de fieldmarshal... On a reproché à Foch d'avoir fait « valser les plumes blanches ». Il est certain que bien des plumes, tant blanches que noires, s'envolèrent sur la Somme. Mais pour quelles raisons lui en faire porter la responsabilité? Combien l'ont précédé dans la voie douloureuse et, sans explication, sur un simple message téléphoné, se sont vus privés de leur commandement, et cela sans que personne s'en reconnût l'auteur responsable. Mais, comme Lazare, Foch devait, un jour, sortir de son tombeau et fort heureusement revivre de longues années encore.


d'avoir tout à commander, car si déjà l'Italie est entrée dans la guerre depuis 1915, si, à son tour, la Roumanie vient de s'y ranger à nos côtés, on sent que les Etats-Unis d'Amérique ne tarderont pas, eux aussi, à y vemr. Entre ces peuples si divers, ces intérêts si divergents, il faut établir des liaisons, fixer des points de contact, chercher une communauté d'idées. Les événements qui viennent de Dieu et qui dominent les volontés humaines, désignaient déjà Foch pour entreprendre ce travail et le mener à bonne fin. De janvier à mars, pendant une absence du général de Castelnau (alors en mission à Petrograd), il prend le commandement du G. A. E. et y établit le plan R en prévision d'une attaque possible de l'ennemi par la Suisse. A peine ce travail exécuté, sa présence devient nécessaire en Italie où se précisent les menaces d'une forte attaque dont on prête le plan à Hindenburg. Il y reconnaît le terrain sur lequel, en cas d'intervention, les armées françaises seraient appelées à opérer. Les événements consécutifs à la bataille de


l'Aisne venant de provoquer une crise nouvelle du haut commandement, Foch devient chef d'Etat-Major général; il reçoit, en même temps, la présidence du Comité supérieur interallié. N'ayant besoin que d'un Etat-Major restreint, il garde seulement auprès de lui quelques collaborateurs pris parmi ceux qu'il avait su distinguer pendant la guerre, ses amis, ses fidèles, les fils de son esprit. Il installe ses bureaux au boulevard des Invalides. Chaque matin, il y vient, souvent avec quelque idée nouvelle qu'il a trouvée : « En se rasant », dit-il et qu'il développe aussitôt. Il reste accessible à tous. Un matin des derniers jours de juillet 1917, sa porte donne accès à un visiteur auquel il a toujours témoigné de l'affection : — Ah! c'est vous, X... très heureux de vous voir... Entrez!... — Mon général, en traversant Paris, j'ai tenu à venir vous saluer, mais sans abuser de vos instants. — Asseyez-vous donc. J'ai toujours un moment pour les amis.


avril. 16 du l'attaque été de Donc, avez vous —

Parlez-m'en.

si vite. Je ne saisis attendez, Attendez, pas — pas deux idées a la fois.

Trop d'appétit, pas comprends. Je Boni — assez d'estomac! Là-desssus entre le général Weygand porteur d'une dépêche pour tous les Alliés : Rome. ceci Ajoutez pour — génécommandez partout, Ainsi, mon vous — ral?... quand revoir, Au ami... cher Oui, revenez — vous passerez de nouveau. Et sa main de se tendre affectueusement. Bientôt il va sentir toutes les difficultés, toutes les susceptibilités qui, toujours, ont été le propre des coalitions : conférences, explications, discussions, tergiversations, oppositions de systèmes autant que de caractères, hésitations de celui-ci, timidité de celui-là! Quelles épreuves


pour l'homme qui n'est que pensée et action ! Il a beau invoquer l'histoire, montrer les dangers inhérents à l'expression de tant d'idées diverses : bien des séances se traduisent par ces mots : « Sunt verba et voces, prsetereaque nihil. » Mais le temps est toujours à l'action. L'Italie vient de subir un grave désastre à Caporetto; elle demande secours à la France et à l'Angleterre; c'est un rendez-vous d'honneur devant le danger. Foch y est le premier arrivé : en quelques heures il s'est concerté avec les Anglais. Quatre jours lui ont suffi pour mettre en route cinq divisions que deux autres vont suivre. A Padoue, il exalte les courages en plaçant très haut la valeur combative de l'Armée italienne : « Caporetto n'est qu'un incident, rien de plus. Une de vos quatre armées a fléchi : Mettez-la à l'arrière et continuez le travail avec les trois autres. La situation est sérieuse, mais pas alarmante... Vous ne pouvez tenir sur le Tagliamento : vous tiendrez sur la Piave... mais surtout ne reculez pas jusqu'au Mincio! »


Et tout se' développe suivant ses vues pour aboutir à Vittorio-Veneto. Il part alors pour Rome où il trouve chez tous, gouvernants et gouvernés, un moral magnifique et des espoirs exaltés; de là, il se rend à Rapallo, siège de la Cônférence des Gouvernements alliés. Il y fait admettre toutes ses idées sur l'aide définitive à donnèr à l'Italie et, sans le chercher, mais poussé par les circonstances, il prend désormais le rôle de premier conseiller militaire. Ainsi donc, le doigt de Dieu le désigne. — Chaque circonstance l'indique; partout il s'impose. Les événements ont démontré la nécessité d'un Chef unique : ce Chef unique ne peut être que Foch. Déjà en Amérique, l'opinion évoluait dans le même sens, mais s'appliquait à Joffre. En Angleterre, l'on se montrait toujours opposé à toute subordination et l'on s'en tenait, la jugeant suffisante, à l'action du Comité Supérieur. Néanmoins, après l'échec des Anglais dans la deuxième bataille de Cambrai (5 décembre), à la suite de la seconde séance du Comité Supérieur (30 janvier 1918), celui-ci se transforma en un


Comité exécutif militaire dont la présidence fut donnée au Général Foch. Il s'agissait, cette fois, d'exécution : par prélèvements sur les Armées anglaises comme sur les Armées françaises, une réserve générale sera créée dont le Comité aura la disposition — le Comité, donc le Président. Pour user d'une expression vulgaire, « on tourne autour du pot ». On a abouti à une solution bâtarde qui va provoquer le retrait du Chef d'Etat-Maj or impérial et amener son remplacecernent par le Général H. Wilson, le plus ardent partisan de l'union anglo-française. Un pas reste à franchir : les événements vont s'en charger. On va, comme il le dit, « revenir à l'équipe gris de fer ».

LE COMMANDANT EN CHEF.

Jusqu'ici, Foch n'a pu faire admettre la préparation commune d'un plan offensif pour 1918. Alors que l'attaque allemande semblait certaine,


il aurait fallu tout au moins, puisqu'on ne pouvait la prévenir, tenir prête une riposte énergique. Foch montrait qu'au début, toute offensive réussissant, la bataille, inévitable pour le printemps, devait donner à l'assaillant un premier succès avec des conséquences impossibles à prévoir. Il fallait donc prévenir cette attaque. Ses propositions offensives furent écartées et l'on s'en tint à l'idée d'une défensive initiale avec riposte par la réserve générale franco-anglaise qu'on allait constituer. L'ennemi n'en laissa pas le temps : le 20 mars, il déclanchait sur la jonction des Armées alliées son attaque qu'il espérait foudroyante; elle se trouva favorisée par un épais brouillard. La défense fut submergée; contrainte au repli, l'aile droite anglaise perdit pied. Du côté français, le Général Pétain jeta aussitôt vers la brêche le 5e Corps; il parvint, de la sorte, à retarder l'ennemi jusqu'à l'arrivée de la IIIe Armée; mais, du côté anglais, le trou s'élargissait toujours; Montdidier était pris. Les deux battants de la porte ainsi forcée se trouvaient fortement pressés et si celui de droite


tenait bon, celui de gauche cédait de plus en plus. C'est alors que les Anglais songèrent et se préparèrent à se replier définitivement en se bornant à couvrir les ports du Pas-de-Calais. La brêche allait chaque jour s'élargissant. Si. la séparation des Armées alliées devenait complète, c'était la route de Paris désormais sans obstacle.

Devant cette grave éventualité, le Maréchal Douglas Haig provoque, pour le 26 mars, une conférence franco-anglaise; l'extrême danger va déterminer la suprême décision. A Doullens, en pleine bataille perdue, sans crainte, sans hésitation, sur les instances de tous, le Général Foch reçoit et accepte la mission de « Coordonner l'action de' Armées britanniques et françaises » donc de mettre de l'ordre; mais sans commander et uniquement par une entente à régler;... des avis, non des ordres. le 26 mars, étaient présents : le Maréchal Haig, lord Milner, le Général Wilson, pour les Anglais et, du côté français, M. Poincaré, M. Clemenceau, 1. A Doullens,


haut l'avez bien, enihi, Eh votre comvous — mandement », dit M. Clemenceau. «

le Général Mordacq, son chef de cabinet et le Général Pétaini commandant en chef. A Beauvais, le. 3 avril, fut enfin créé le commandement unique. Le souvenir en est établi par la plaque portant l'inscription ci-dessous : Le 3 avril 1918 les représentants des gouVt;,"nements américain, britannique et f rançais : général Bliss, M. Lloyd .reorge et M. Clemenceca ont dans cet Hôtel ât Ville confié au g*- KCU Foch le commandement sup me des armées alliées. A cette réuni.. 7 assistaient les commandants en chef des armées : général J. Pershing, n-. -. i chal sir D. Haig et le général Pétain. . ainsi que le lie itenant général S. H. liviison, chef d'état-major impérial de l'armée <

-j

*

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.. :

britannique; le général Mordacq, chef de cabinet militaire du président du Conseil français, ministre de la guerre, et le générai Weygand, chef d'état-major dlÆ général Foch. Le général Foch a établi son quartier général à l'Hôtel de Ville du 29 mars au 7 avril 1918.


faites, cadeau beau C'est me vous que un — répond Foch : Vous me donnez une bataille perdue et il faut que je la gagne!... » Clemenceau, réplique Enfin, vous avez « — quand même obtenu ce que vous vouliez? » Là-dessus, M. Loucheur : Précela, Monsieur le dire faut Il pas ne « — sident. Le Général Foch accepte par dévouement à la Patrie, mais ce n'est certes pas par plaisir. » «

Quoi qu'il en soit, Foch part aussitôt pour Dury, où il rencontre le Général Gough, lui fixe les points à tenir, trouve au même P. C. le Chef d'Etat-Major de l'armée Fayolle, qui arrive à la rescousse, lui donne sa mission, y reçoit la liaison du Général Pétain, qu'il met au courant, avec ordre de tenir, puis regagne Paris afin de renseigner le Gouvernement. Il va de là installer son P. C. à Clermont. Dès le lendemain, il reviendra pour voir l'un, voir l'autre,- animer celui-ci de son souffle, ins-


pirer à celui-là sa confiance, redonner à tous de l'espoir et du mordant. Mais ce ne sont encore faudrait qu'il alors conseils, des avis des et que des ordres catégoriques et précis.

Le, 3 avril, c'est chose faite et le Général Foch

reçoit enfin « la direction stratégique des opérations militaires », chacun des Généraux en Chef gardant, par ailleurs, en sa plénitude, la conduite tactique de ses Armées et le droit d'en appeler à son Gouvernement Ainsi, le Commandement unique était enfin

créé et le Général Foch devenait le Commandant en Chef des Armées alliées à la suite d'une décision à laquelle Belgique, Amérique, Italie, Portugal donnaient également leur adhésion. La Maj esté royale, les scrupules et les prérogatives de toute hiérarchie s'inclinaient devant lui : il était bien l'homme reconnu indispensable et devant lequel tout devait fléchir. Dieu l'avait marqué et désigné pour la Victoire. Il était temps : le péril augmentait. Dans le pays, dans Paris menacé surtout, l'inquiétude


rappelait les mauvais jours d'avant la Marne. L'esprit public envisageait un nouvel exode du Gouvernement. Le Président de la République s'y opposait; mais on sentait le départ imminent et la guerre semblait perdue. Là-dessus, le 9 avril, se déclanche au Nord-Est de Béthune, une nouvelle attaque qui, en deux jours, s'étend jusqu'à Armentières et Messines, progresse encore et approche du Mont Kemmel. — Nous allons « faire des affaires », dit Foch. Deux offensives simultanées sur les bras et ce n'est pas fini!... A peine celles-ci « colmatées », le 27 mai, sur un front de 50 kilomètres, l'ennemi attaque avec 25 divisions (qu'il va, dans les 3 jours, renforcer de 17 autres) ; — la VIe Armée qui, en première ligne, a seulement huit divisions, avec quatre en réserve, est enfoncée. Après 3 heures de préparation avec des obus toxiques, le Chemin-des-Dames est crevé, débordé sur les deux flancs, pendant qu'au centre l'attaque progresse vers la Marne et, bientôt, menace Château-Thierry. Si jusqu'au 29 on a pu croire à une simple diversion, il n'y a plus à en douter


maintenant

:

c'est une offensive du plus grand

style. Foch, libère, au profit de la Marne, ce qu'il a de disponible dans le Nord et jette aussitôt dans 3e divi2e et les Ourcq, Marne et bataille, entre la sions américaines, coude à coude avec les divisions françaises. Il bride ainsi l'attaque sur son front; mais l'ennemi, de son côté, cherche l 'extension latérale à sa droite d'abord, de part et d'autre de la forêt de Villers-Cotterets. Il y lance le 7 juin une attaque sur la 3e division qui tient bon et facilite pour le 11 juin la contre-attaque Reims ensuite, gauche, la à vers Armée; Xe la de où il échoue également. L'offensive est bloquée : elle a produit deux poches : au Nord, celle de Montdidier, à l 'Est celle de Château-Thierry. Mais ici elle s'est rapprochée de Paris. La « Bertha », les « Taubes », vont de nouveau arroser copieusement la capitale à troubler continuent l'ennemi de agents les que de propos défaitistes. L'opinion flotte et vacille: on parle de nouveau La Question d'exode pour le Gouvernement : Conseil. du Président le déclare pas, pose se ne


On s'en prend au Commandement1 qui n'a pas su prévoir les événements; on demande des sanctions, des renvois à l'arrière « à Limoges —

»

suivant la trop classique expression. D'aucuns pensent même et disent qu'il faut modifier tout le haut commandement et vont jusqu'à proposer l'éloignement de Foch et de Pétain. Bref, c'est le complet désarroi des esprits. A la Chambre, M. Clemenceau sut, heureuse-

ment, trouver les paroles nécessaires : « Je me bats devant Paris; je me bats dans Paris, je me bats derrière Paris. » A la population, il donna le réconfort, pour le 14 juillet, d'une revue des détachements venus du front avec leurs drapeaux. Par ce moyen, il ramena la confiance et Paris, qui s'était endormi sous les oriflammes, sentit que quelque chose de nouveau flottait dans l'air et que, de la terre de France, un souffle pur de vic1. Quelques généraux

furent sacrifiés, mais c'était alors monnaie courante. L'on put ainsi donner satisfaction à quelques rancunes, voire même à quelques arrièrepensées politiques...


toire ne tarderait pas à monter. Les troupes alliées qu'il venait d'acclamer obéissaient désormais à une seule volonté et cette volonté émanait d'un homme — un Français — qui veillait dans le silence de -son P. C. de Bombon et dans lequel, seul, le Monde mettait tout son espoir. Le 15 juillet, l'ennemi tentait un nouvel effort sur Reims; il s'y heurtait à une manœuvre de la IVe Armée et subissait un grave échec. Dans le même moment, au sud de Château-Thierry, il était refoulé sur la rive droite.

Pour la deuxième fois, la Marne charriait la Victoire.

L'heure de la grande offensive n'allait point tarder à sonner !

Les flancs, dans toute poche, sont les points réellement vulnérables. A celle de Château-Thierry, d'abord : c'est la plus dangereuse, la plus rapprochée de Paris. Le 18 juillet, par surprise, la Xe Armée se lance


sur l'ennemi entre Aisne et Ourcq, avec 321 chars, précédée par un barrage roulant des plus compacts. Elle gagne 8 kilomètres, prend 12.000 hommes et 250 canons. Dès le lendemain, Foch la renforce de deux divisions françaises et de deux divisions américaines et la pousse plus avant. Alors, le 1" août, elle atteint la crête entre Ourcq et Vesle, pénètre le soir dans Soissons et se relie, sur la Vesle, à la tête de la Ve Armée, débouchant de la Montagne de Reims. L'ennemi se voit obligé de dégarnir les Flandres pour reconstituer précipitamment des réserves et boucher les trous. La main qui le tient à la gorge ne le lâchera plus : cette main va recevoir le bâton de Maréchal de France.

LE MARÉCHAL.

Le 6 août, M. Clemenceau, Président du Conseil et Ministre de la Guerre, proposait au


Gouvernement de conférer au Général Foch la dignité de Maréchal de France, par un rapport ainsi motivé : « Paris dégagé, Soissons et Château-Thierry reconquis de haute lutte, plus de 200 villages délivrés, 35.000 prisonniers, 700 canons capturés, les glorieuses Armées alliées j etées d'un seul élan victorieux des bords de la Marne aux rives de l'Aisne, tels sont les résultats d'une manœuvre aussi admirablement conçue par le Haut Commandement que superbement exécutée par des chefs incomparables. » Désormais, le grand animateur, le grand conducteur de la Victoire s'appellera : Le Maréchal Foch. Dès le 24 juillet, la victoire, il l'a pressentie. En son P. C., au Maréchal Douglas Haig, au Général Pétain, il a tracé le programme des opérations prochaines : La situation est renversée, l'ascendant moral est aux Alliés; par l'arrivée des Américains (250.000 hommes par mois), ils vont avoir la su-


périorité numérique. Dès lors, partout : attaquer, attaquer : Achever, d'abord sur la Marne, de dégager la voie ferrée d'Avricourt; dégager ensuite au Nord celle d'Amiens; faire alors tomber lahernie de Saint-Mihiel; finalement dégager les mines du Nord et donner en même temps de l'air à la région de Dunkerque et de Calais. Partout, il n'y a qu'une méthode, parce qu'il n'y a qu'une idée : l'attaque « et s'il vient un jour où vous n'en pourrez plus, dites-vous que le Boche est encore plus fatigué que vous. Attaquez! »

Le 23 août, pour le 5e anniversaire de sa nomination à la tête du 20e Corps, le bâton de Maréchal de France était remis à Foch à son poste de commandement. Simple, mais combien émouvante cette cérémonie! Une fois de plus, la Patrie confiait son salut aux mains d'un homme, lui donnant ainsi .ln gage nouveau de sa confiance et de sa foi,

-


mais alors dans l'espoir, enfin entrevu, de la Victoire totale. A Doullens, quelques mois plus tôt, la France haletait d'angoisse : à Sarcus, aujourd'hui, au château de Bombon, elle respire largement au vent de l'espérance. Accompagné de M. Clemenceau, M. Poincaré, après quelques mots empreints du souffle patriotique le plus chaud, remit l'insigne étoilé au nÓuveau dignitaire, devant une compagnie d'infanterie rendant les honneurs. Pour témoins de cette scène, l'Etat-Major présent à Bombon et les missions étrangères représentant les Armées alliées.

En recevant le bâton qui porte les mots : « Terror belli, decus pacis », le nouveau Maréchal éprouva, à coup sûr, dans l'intime de son Poincaré fut bref, mais après avoir loué la haute égalité d'âme qui « le garde aussi calme dans la victoire que ferme dans le danger », il félicita dans le nouveau Maréchal « l'ancien professeur de l'Ecole de Guerre qui a été l'éducateur de tant de chefs distingués et le créateur d'une doctrine militaire qui avait enfanté déjà toute une série de victoires », 1. Le discours de M.


âme, une bien légitime fierté; mais son esprit se reporta tout aussitôt sur ses soldats ainsi que sur les siens pour envoyer, aux uns comme aux autres, et la part qui leur était due et la part qui leur revenait. Il vit, on n'en saurait douter, que sa Victoire était aussi celle des Poilus. Il sentit qu'un rayon de sa gloire, avec le titre de Maréchale de France, revenait à la compagne de sa jeunesse, la joie de son foyer, l'amie de tous les jours, l'intime confidente de son cœur. Avec elle, dans sa pensée, il revécut les heures de joie, les heures d'espérance, les heures de tristesse, les douceurs de la vie, les douleurs subies en commun, les deuils si chrétiennement supportés. Et son âme, embrassant d'une même affection, tout à la fois, sa femme, ses enfants et ses petitsenfants, il dut entendre son fils, mort pour la France, lui dire en lui tendant les bras du haut du Ciel : « — Papa, mon glorieux papa! » Puis, pensant à l'humilité du Maître, couvert de pourpre et couronné d'épines, -et inclinant toute sa gloire devant Celui qui, seul, la donne,


cette parole lui monta du coeur : « Ecce ancilla Domini ». Et cependant il n'est pas un mystique. Il n'a, dit-il lui-même « rien consacré au Sacré-Cœur », ne s'en reconnaissant pas le droit, mais il a prié et invoqué la Providence, principalement dans les circonstances graves, et il a agi, sachant que Dieu aide qui s'aide, car il est un croyant.

LE GÉNÉRALISSIME.

Les deux ailes marchantes des attaques sont avancées : la tenaille a ouvert ses mâchoires menaçantes, les branches en sont tenues solidement et par une main qui, tous les jours, les serrera davantage. « On les aura! » Dès la fin de septembre, tout ce que l'on voit, tout ce que l'on fait, indique qu'il va être bientôt temps de sonner l'hallali. De la Meuse à la mer du Nord, l'offensive générale est ordonnée.


Alors, le roi Albert devra pousser en Belgique; — Cambrai sera attaqué, la Suippe dépassée, l'Argonne déblayée. D'un même élan, Belges, Anglais, Français, Italiens, Polonais, Américains s'ébranlent, avancent et attaquent. Escomptant les conséquences de ces succès, le Maréchal donne à tout le dispositif la forme de trois offensives convergentes entre la Belgique et la Meuse, afin de rejeter l'ennemi vers la forêt d'Ardennes où il ne trouvera plus moyen de circuler. Désormais les objectifs ne seront plus des lignes, mais uniquement les forces de l'ennemi, où qu'elles se trouvent. C'est la poursuite qui commence; bientôt ce sera l'encerclement total et la capitulation de toutes les armées allemandes prises dans un immense filet. Au 5 novembre on est à Maubeuge, à Mons, à Gand; le moment des résultats décisifs est venu. L'attaque en Lorraine va se déclancher : le désastre allemand est désormais imminent...


Le 11 novembre, l'Allemagne courbe la tête et signe sa capitulation. 1

Dès le 5 octobre, l'Allemagne s'est sentie perdue. Elle a demandé au Président Wilson d'intervenir afin de rétablir la paix et, tout d'abord,

en vue d'obtenir un armistice immédiat. Saisi de la question, M. Clemenceau, qui n'est jamais à court de paroles nettes et précises, a répondu : « L'Empereur d'Allemagne doit s'adresser au Maréchal Foch. »

Aussitôt qu'il eut le sentiment très net que « quelque chose était cassé dans la mécanique de l'Armée allemande », le Maréchal avait envisagé les conditions militaires essentielles qu'il convenait d'imposer et les avait indiquées au Président du Conseil. Décidé à pousser sans re-


tard les Armées alliées jusqu'au Rhin et à n'accepter à ce sujet ni compromis ni transaction, il avait en même temps, demandé à connaître les idées du Gouvernement français sur le sort définitif des territoires rhénans qu'il envisageait lui, comme destinés à former un Etat tampon. A cette question, il lut répondu : « Votre affaire, à vous, c'est la guerre; mais tout ce qui touche à la paix nous regarde et ne regarde que nous. » Le Maréchal ne devait donc être tenu au courant des discussions que lorsqu'y seraient impliquées des questions militaires. Pour corroborer cette manière de voir, le ministre des Affaires étrangères disait à son tour : attriles importe Il métier. chacun A que son « butions de tous soient clairement déterminées afin d'éviter toute confusion de pouvoirs. » Les membres du Gouvernement se montraient ainsi extrêmement jaloux de leur autorité comme de leurs prérogatives, et le Maréchal n'avait plus à s'occuper que des questions militaires. Il les résuma dans un projet à soumettre au Conseil Supérieur de Guerre des Alliés. Ce pro-


jet, bien que tout d'abord jugé trop dur par le Maréchal Haig, ayant été adopté, le Maréchal de France Ferdinand Foch seul, va avoir la parole. On est au 9 novembre.

Dans la forêt de Compiègne, sur une voie ferrée de fortune, près d'une station de circonstance : Rethondes. Là, un train s'est arrêté. Dans ce train, avec quelques-uns de ses officiers, le Maréchal Foch qui « va voir le plus beau jour de sa vie », La porte du wagon-salon s'ouvre. Y pénètrent les délégués allemands : Foch paraît, debout. Vous avez deprésentez-vous. Messieurs, — vant vous le Maréchal Foch. Ici, mon chef d'EtatMajor. — Montrez-moi vos lettres de créance; mon chef d'Etat-Major va les vérifier. — Bon, les papiers sont en règle... Que voulez-vous?


Savoir vos propositions. Je n'ai pas de propositions à faire. Connaître les conditions d'une armistice. Je n'ai pas de conditions à indiquer. Et, voulant empêcher tout discours dilatoire, Foch ajoute : — Demandez-vous l"armistice_? Dites-le. -* Nous demandons l'armistice. — — — —

Bon... Ecoutez : —

Tout d'abord, au large... « Libérez l'Alsace et la Lorraine, terre française que vous foulez depuis cinquante ans; « Libérez le Luxembourg, terre neutre que vous avez violée; « Libérez la Belgique, terre martyre que vous avez écrasée et dévastée; « Libérez les prisonniers; « Livrez aux Anglais votre flotte de guerre; « Rendez tout le matériel des chemins de fer belges et français; « Et vite, au Rhin et même au delà des têtes de pont de Kehl, Mayence, Coblentz, Cologne... « Vous avez entendu... C'est un ordre. — Vous avez 72 heures pour réfléchir. » «


Il connaît la mentalité allemande, le Maréchal; il sait qu'elle est capable de tous les bluffs. Il pense : peut-être va-t-elle mettre sur l'épaule les armes qui lui tombent des mains?... peut-être va-t-elle couronner ses soldats de fleurs en les déclarant invaincus?... Elle ne trompera alors qu'elle-même. L'Allemagne est battue, muselée, vaincue. Je la tiens, et si on me laisse faire, ce sera pour longtemps.

Avant l'expiration du délai, l'Allemand s'incline et, le 11 novembre à 5 h. 10, ses délégués signent l'armistice. Après eux, une main française se pose, à son tour, énergique et victorieuse, pour y buriner un nom qui sonne comme un coup de hache : Foch.

En ce jour, Monsieur le Maréchal, un Roi vous eût fait Connétable, un Empereur, Duc et Prince. La République qui, par les honneurs dont elle


dispose, ne peut atteindre les honneurs que vous méritez, va vous décerner une couronne civique et faire de vous son Grand Conseiller de Paix... hélas ! pour ne point vous écouter. Vous, c'est à vos troupes victorieuses que vous adressez. votre salut de Chef suprême :

Soyez fiers, leur dites-vous. D'une gloire immortelle vous avez paré vos drapeaux. La postérité vous garde sa reconnaissance. » Soyez fier, vous aussi, Monsieur le Maréchal. Par vous, par votre main, la blessure qui depuis 1871 saigna au flanc du pays est désormais fermée. Les provinces perdues lui reviennent : Strasbourg, libéré de ses voiles, revoit flotter sur son clocher les couleurs nationales; Metz, la « Nunquam polluta » remplit les airs de sa « Mutte » triomphante et, sur l'Esplanade, le fusil en main, le Maréchal Ney va vous présenter son arme. Le P. Saussier avait dit de vous, quand vous veniez d'être admis à l'Ecole polytechnique: « Foch ira loin et si, un jour, le drapeau français «


flotte à nouveau sur Metz, Foch y sera pour une grande part ». Votre vieux professeur a été bon prophète. Il flotte, le drapeau français, il flotte sur le Saint-Quentin, sur Queuleu, sur Bellecroix, sur la citadelle. Il flotte sur l'Esplanade, sur la statue de Fabert, sur la statue de Ney. Il flotte sur la Porte Serpenoise, sur la Place Saint-Louis, sur la Porte Mazelle. Il flotte sur la Cathédrale; il flotte sur Saint-Clément. Ses vives couleurs frissonnent au vent de la Victoire de Foch. Et le petit colporteur du Ban-Saint-Martin est en droit de se dire aujourd'hui : « "flrla cravate lui a porté bonheur ». Dans tout le pays, les cœurs se dilatent, les âmes s'échauffent. Les cloches sonnent à toute volée pour la France, pour la plus grande France. Les voix s'élèvent dans les sanctuaires : « Te Deum laudamus; Te benedicimus Dominum! » Car « les gens de guerre ont bataillé et Dieu a donné la victoire ». C'est ainsi que jadis a parlé Jeanne d'Arc et


c'est ainsi que vous avez parlé, vous, soldat chrétien. Laissez dire ceux qui, dans les choses humaines, ne veulent voir que l'action d'un aveugle destin et d'une inexorable fatalité. Rien n'arrive, dit l'humble catéchisme, que par l'ordre ou la permission de Dieu. Dieu a parlé par vous. Par vous, Il a ordonné; Il a triomphé par vous!

LE SURHOMME.

Dans la matinée du 11 novembre, le Maréchal vint lui-même remettre au Président du Conseil le texte signé de l'armistice: « Ma besogne est terminée, lui dit-il, la vôtre commence. » Ce devoir accompli, il avait bien le droit de se retirer pendant quelques heures aupr-ès des siens. Il y trouva quelques intimes : Aux Gouvernements alliés, j'ai apporté la victoire. Ma. mission est remplie. Je rentre dans le- rang. »


Rentrer dans le rang, pour ce grand soldat, ce n'est point se croiser les bras; c'est, désormais, cesser de commander pour n'avoir plus qu'à obéir. Mais d'abord, il tient à aller saluer les provinces qu'il vient de rendre à la France. Dès le 26 novembre, il est à Metz où, après une prise d'armes à Chambière, il fait défiler les troupes françaises devant la statue de Fabert. Il va porter ensuite, à la Cathédrale, puis à SaintClément, au pied du Tabernacle, l'hommage simple, mais profond et vibrant du soldat victorieux au Dieu des Armées. De Metz, il gagne Strasbourg et, devant Kléber, reçoit les honneurs et le salut de l'Alsace reconquise.

Les conditions imposées par l'armistice étaient telles que l'ennemi, au cas où il y eût songé, se. trouvait incapable de reprendre les armes. Il s'agissait, maintenant, d'établir les bases du traité de paix.


Le Maréchal était certain que, tenant le Rhin et les têtes de pont, il empêchait l'Allemagne de se rebiffer devant les conditions qui lui seraient imposées. Quelles devaient être ces conditions de réparations et de sûreté? Lui seul était en état de l'indiquer et il s'efforça, mais en vain, d'éclairer à ce sujet le Conseil des ministres. La Conférence de la Paix allait cependant se réunir, appelant à Paris les rois d'Angleterre, de Belgique et d'Italie avec le Président Wilson. Les pourparlers initiaux commencèrent, prenant un temps précieux et il fallut, par deux fois, renouveler l'armistice. Des retards inévitables, des heurts d'intérêts divergents donnèrent peut-être naissance à une entente latérale anglo-américaine : l'idée du Rhin devenant la frontière militaire de l'Allemagne souleva des difficultés. Le Maréchal, dans les rares consultations où il fut appelé à préciser ses idées,insista toujours sur la question du Rhin. C'était, à son avis, la seule garantie réelle pour l'Angleterre aussi bien que pour la Belgique et pour la France.


Lui faisant échec, la Conférence adopta le principe d'une occupation temporaire avec des évacuations successives de cinq en cinq ans, moyennant un traité d'alliance pour le cas d'une attaque injustifiée de l'Allemagne. Or, le Président des Etats-Unis n'ayant pas qualité pour engager de la sorte son pays, l'on savait, d'une manière à peu près certaine, que le Sénat américain ne ratifierait pas un semblable traité. Comme, d'autre part, l'Angleterre s'était réservé de ne le signer elle-même qu'une fois la signature américaine apposée, le Maréchal pouvait conclure ainsi : « Ce qu'on nous offre ne vaut pas grand'chose. » Du reste, un tel traité d'alliance, même ratifié, ne pouvait rien assurer, puisqu'il ne devait jouer que longtemps après une attaque. Le 30 mars, le Maréchal exposa par lettre toutes les craintes qu'il éprouvait; le lendemain, il fut entendu par la Conférence et lui déclara : VAlleRhin, du barrière à la l'on Si renonce « magne sera encore dans la possibilité de recom-


mencer ses entreprises, comme si elle avait été victorieuse. » En vain, il insista encore au début d'avril. On lui fit observer « qu'il n'avait pas qualité pour délibérer, mais seulement pour donner son avis. > Il revint à la charge le 15 avril, auprès du Président du Conseil, puis même auprès du Président de la République; une fois encore, le 25, devant le Conseil des ministres, enfin le 6 mai à la réunion plénière de la Conférence. Il échoua. Partout il invoquait l'Histoire : « ce qui s'est déjà passé se passera encore... » Alors, découragé, il alla, comme il dit, bûcher à son Q. G. de Kreuznach ».

«

se rem-

Par la suite, il refusa de signer le traité. De celui-ci allait sortir, palme pacifique en mains, la Société des Nations, pour le Monde et, pour la France, peut-être... beaucoup de déceptions. Si le Poilu avait gagné le guerre, le « Civil », allait-il, à son insu, saboter la Victoire?... Voici donc la Paix... Mais, dit YImitation : « Point de paix dans une Société dont les doctri-


des Doctrines Loi et la de s"écartent lois les et nés révélées de Dieu. » Et le psaume, de son côté : « Nisi Dominus aedificaverit domum... » -

Le 28 juin 1919, dans la Galerie des Glaces, à Versailles, le traité a été signé. Il efface celui qui, la de séparé avait 48 il lieu, même ans, y a au mère Patrie ,J'Alsace et la Lorraine. C'est tout... Désormais, il n'y aura plus de guerre... Celle-ci a laissé deux blocs; les vainqueurs et ... les vaincus. Les premiers n'ont aucune raison de faire la guerre, mais les autres?... Là est le danl'AlleDésarmer conjurer? le Comment ger. magne ou bien établir contre elle un accord assez

intime pour la contraindre à respecter à tout prix le traité de paix? Pour plus de sûreté, rester forts en face d'une Allemagne affaiblie...


Or, en 1929, on peut lire ceci dans un article de la « Revue des deux Mondes » sur l'organi-

sation actuelle en France : « Von Seckt s'exprime en ces termes : « Au premier jour de la guerre, lâchez la Reischwehr au milieu de la milice française en train de se concentrer et vous aurez lâché un bouledogue dans une boutique de porcelaines. » Et si le Rhin est évacué avant que soit organisée la frontière française?... Pas de pessimisme, mais : « Dii ornen aveFtant!... » -

Le jour même de la signature de l'armistice, l'Académie des Sciences avait admis parmi ses membres, le Maréchal Foch. Par une aimable dérogation aux usages, le Président le recevant, huit jours plus tard, tint à lui adresser un petit discours de bienvenue. Chaque fois que ses multiples occupations lui venir à plut Maréchal le loisir, le laissèrent se en


retrouver ses collègues nouveaux chez lesquels se manifesta toujours, pour le grand soldat, une affabilité mélangée de la plus parfaite déférence.

Le 14 juillet 1919, Paris — et ici, Paris c'est bien toute la France, — rendit à ses armées, et en même temps aux armées alliées, les honneurs du Triomphe. Au pied de l'Arc immense, afin de marquer en premier lieu aux morts les hommages qui leur sont dus dans l'expression de la reconnaissance nationale, a été dressé un cénotaphe devant lequel vont passer les vivants, s'incliner les bâtons des Maréchaux, les drapeaux des régiments, les épées des officiers. Autour de la place de l'Etoile, sur toutes les avenues qui y convergent, des troupes massées, dans des tenues sombres sur lesquelles jettent leur note plus claire drapeaux, étendards, oriflammes déployés au clair soleil de Dieu.


Au pied de l'Arc, les mutilés de guerre. — Chacun est à sa place : les morts, les vivants, les blessés, les drapeaux victorieux. Soudain, sous la voûte triomphale, évocatrice de tous les glorieux souvenirs de la Révolution et de l'Epopée impériale, deux Chefs à cheval paraissent côte à côte. Alors, dans une acclamation gigantesque, dans un mugissement de canons, dans l'éclatement des musiques, des fanfares, des tambours et des clairons, tandis que la foule applaudit, appelle, invoque, crie : Joffre ! Foch! s'avancent le front haut, et le vainqueur de la Marne et le vainqueur de la guerre.

Moment de sublime fierté pour ces deux hommes qui, les premiers, se montrent et saluent, d'un geste élevé, large, éloquent, le monument commémoratif des Morts. Moment aussi de sublime modestie, car dans leur triomphe, ils savent rester simples et n'ont besoin, ni l'un ni l'autre, qu'un esclave, comme dans l'ancienne Rome, vienne tenir au-dessus de leur tête la couronne laurée du Jupiter Capitolin


et leur crier en même temps : « Regarde derrière toi et souviens-toi que tu n'es qu'un homme. »

L'un et l'autre, avant de passer sous l'Arc triomphal, ont jeté autour d'eux un long regard. Leurs yeux ont alors vu ceux qui, présents, allaient à leur suite marcher dans les bravos et les applaudissements; mais en même temps leur esprit a évoqué ceux qui, morts ou' vivants, s'étaient donnés à la Patrie. Peut-être aussi ont-ils songé qu'au milieu de tous les ouvriers de la dernière heure, il y aurait eu place pour bien des ouvriers des heures premières auxquels allait manquer cette goutte d'Eau de Jouvence qui s'appelle un rayon de gloire...

Derrière les maréchaux, les troupes en bleu horizon, en kaki, casque en tête, baïonnette au canon, sabre à la main. Voici l'infanterie, qui a tant peiné; la cavalerie, qui a tant marché; l'artillerie, qui a tant pilonné; le génie, qui a tant travaillé et les tanks,


les avions et tous ceux qui ont combattu sur terre, sous terre, sur mer, sous l'eau, dans les airs. A leur suite, les alliés qui, dans toute cette besogne, si longue, si âpre, si dure, si terrible, ont pris leur part : ceux-ci, dès le premier jour; les autres plus tard; mais tous, avec la même ardeur, la même volonté de vaincre au prix de tous les sacrifices et qui tous, maintenant, sont bien véritablement les Vainqueurs. Au même titre, Paris les salue, Paris les acclame; la France les remercie.

Sous cette voûte de la Gloire qu'il n'est donné qu'au \ grands vainq%,. urs seuls de franchir une fois, vous, Monsieur le Maréchal Foch, vous passerez une seconde fois, dix années plus tard, et vous y dormirez une nuit auprès de votre camarade de bataille : l'Inconnu.


Pour le Maréchal c'est, dès lors, le mouvement perpétuel. IL aurait bien droit cependant à un peu de repos, lui qui, de corps et d'esprit, est depuis 5 ans sur la brèche, mais on le veut partout, on le réclame partout et son amabilité naturelle le pousse à donner satisfaction à tous ces désirs. Le 24 juillet, il est à Liège, aux côtés de S. M. la Reine des Belges, lorsque M. Poincaré vient remettre à la ville la Croix de la Légion d'honneur en souvenir de sa belle défense au début de la guerre. Le 1er septembre, il est à Brest, pour saluer à son départ le Général Pershing et là, prenant congé du Chef des Armées américaines, il évoque, une fois encore, le souvenir de La Fayette en ajoutant ces mots : « Permettez aujourd'hui au soldat de France de vous dire : Grâces vous soient rendues ». Paroles de gratitude et de remerciement pour l'effort militaire fourni par les EtatsUnis.


Il peut aller, enfin, passer quelques jours au milieu des siens et trouver du repos en Bretagne, son pays d'adoption. Sentant le besoin de « se fixer au sol et d'accrocher sa tente quelque part », il a en effet acheté, aux environs de Morlaix, un domaine agrémenté de quatre fermes. Il y a des fleurs. Bon ! — Il y a des arbres, tant mieux! — Le Maréchal a été, dès l'enfance, un grand planteur d'arbres. Il va, en Bretagne, comme aux Pyrénées, développer ses bois. C'est s'assurer pour le présent une saine occupation; c'est en même temps travailler pour

l'avenir. Ainsi donc, au milieu des siens, il va utiliser le repos — quand il consentira à en prendre. Le site lui plaît, bien que le vent y souffle parfois avec une violence extrême; mais des lignes d'arbres successives en abritent quelque peu. Et puis, à l'entrée, il y a une petite chapelle qui sera


le lieu de refuge pour sa pensée. Matin et soir, la famille s'y réunira pour la prière en commun, on deux scellera bientôt la et entendra ou y messe, y plaques de marbre; l'une pour le fils, l autre pour le gendre, morts pour la France, et l'on y gravera la devise du souvenir et de l'espérance : « In memoriam — in Spem. » Sa vie à la campagne ne l'isole pas. Il y accueille les visiteurs qui s'annoncent et non seulement des militaires, mais des diplomates, des ingénieurs, des savants; il voisine avec les châtelains des environs, il assiste aux fêtes locales. Il reste simple et aimable; il ne cesse d'être luimême. Entre temps, il écrit, il rédige des notes, il commence une étude sur Jeanne d'Arc et... il prépare son discours de réception à l'Académie française. Car l'Académie française, dont les portes se sont déjà ouvertes pour le Maréchal Joffre, s'est fait à elle-même et a fait au vainqueur de la guerre l'honneur de lui donner un fauteuil. La séance solennelle de réception aura lieu le 6 avril 1920, elle sera présidée par M. Poin-


caré, le Maréchal ayant pour parrains deux polytechniciens : M. de Freycinet et le Maréchal Joffre. Dans l'habit vert traditionnel, il paraîtra, le gilet blanc barré du grand cordon, la médaille militaire et la croix de guerre sur la poitrine, mais, au côté, au lieu de l'inoffensive épée de l'académicien, il gardera l'épée guerrière du

soldat Il avait à faire l'éloge du Marquis de Voguë, auteur de la « Vie du Maréchal de Villars ». Dès les premiers mots, le nouvel académicien s'incline devant « les glorieuses phalanges qui, au prix de sacrifices inconnus jusqu'alors, ont soutènu la plus violente et la plus continue des batailles », rendant ainsi un hommage solennel à toutes les Armées alliées. M. Poincaré, dans sa réponse, comparant les 52.000 hommes qu'avait commandés le Maréchal

de Villars, aux millions de combattants qui ont obéi au Maréchal Foch, expose l'effort « surhumain, obtenu parce que ces millions d'hommes n'avaient eu qu'une âme et une volonté » et il


ajoute : « C'était à vous de faire la guerre; ce n'était pas à vous de faire la paix, mais vous aviez le droit de dire ce qu'elle devait être. » De ce droit, le Maréchal avait usé lorsque, Chef du Comité Militaire de Versailles, il avait, quelques mois plus tôt, déclaré aux représentants de la Belgique, de l'Angleterre, de l'Italie et du Japon : « Je défends Versailles, c'est un minimum... Vox clamavit in deserto! »


JUSQU'AU BOUT


IV JUSQU'AU BOUT.

A

suivre Foch pendant les années qui viennent, désiré, on voit combien il demeure partout recherché, acclamé. A la fin de janvier 1921, en tête des représentants de l'Armée, au milieu des membres du Gouvernement, dans la foule recueillie, saisie par le spectacle, il assiste au dépôt, dans le caveau creusé sous l'Arc de Triomphe, d'un cercueil venu de Verdun. Dans le cercueil repose la dépouille du Soldat Inconnu qui, dans Paris et pour la France entière, va désormais personnifier les 1.500.000 glorieux morts de la guerre.


Bientôt il se rendra en Angleterre afin d'y prendre part à une des nombreuses conférences dont il fait partie. C'est là — car il travaille sans cesse, — qu'il jettera sur le papier les idées principales du discours qu'il sera appelé à prononcer à Paris, aux cérémonies du centenaire funèbre de Napoléon Ier. Le Gouvernement l'a prié d'être bref et de se limiter à un débit d'un quart d'heure. Un quart d'heure pour situer un personnage de cette envergure! Il faudra donc se borner à quelques traits essentiels du héros, les dégager, les faire ressortir en deux mots, mais en deux mots qui portent. Il les a trouvés : « Au dessus de la guerre, il y a la paix. » Cette date : 5 mai 1921, ce soldat, cette voix, cette parole, ce geste, devant une assemblée d'élite, en présence des grands corps de l'Etat; ces mots... Quelle superbe leçon de philosophie et de sagesse pour le passé, pour le présent, comme aussi pour l'avenir! En septembre, il veut répondre à une invita-


tion toute spéciale qui émane des anciens combattants; il s'embarque pour l'Amérique; il y passe deux mois, allant d'une cité à l'autre, causant, parlant en public, prenant le cœur de tous par sa simplicité, sa franchise, sa loyauté, sa droiture, par la netteté de-ses vues. Là. même il fait appel à l'union : « Restons unis comme nous l'avons été sur le champ .de bataille, afin que cette paix s'affermisse et se développe. »

Il estime haut les Américains; ce sont, dit-il gens qui « agissent, qui construisent, qui font des affaires ». ajoute-t-il, c'est vigoureux, physiquement et moralement. Ça va en classe quand c'est jeune et puis à 20 ans, c'est lancé dans 'la vie. « Ils réussissent parce qu'ils veulent, parce qu'ils travaillent, parce qu'ils se débrouillent. » Il peut dire au retour : « Je ne crois pas avoir fait du tort à la France. » « Voyez,

Il revient, mais pour aller, au troisième anniversaire de l'Armistice, représenter l'Armée française quand, à Boulogne, est embarqué le cercueil du Soldat britannique inconnu.


Et il est entré dans sa 711, année, cet homme auquel on ne laisse pas un instant de repos. Il a, depuis longtemps, atteint, dépassé même, l'âge où l'on doit s'arrêter et où s'impose le besoin d'une vie calme et régulière. Il lui faudrait jouir un peu des siens, profiter des frais ombrages de son cottage de Valentine ou de Pair marin qui souffle sur son manoir breton; il lui serait nécessaire de se reposer au lieu de passer d'une ville à l'autre, d'un gîte à un nouveau gîte. Mais non : il est le Voyageur de la Gloire et surtout de la Gloire française. En 1922, le Roi d'Angleterre voulut visiter le cimetière de Notre-Dame-de-Lorette. Le Maréchal l'accompagna et, prenant congé de S. M. britannique, trouva l'occasion de resserrer encore les liens nés de la guerre par ces mots : « Toujours amis, Sire. » En octobre, il se rend auprès des Souverains de Roumanie. Il est invité à assister, à Bucarest, aux fêtes de leur couronnement et il voit fusionner les deux vieilles races latines, sœurs par tant de souvenirs de l'antiquité, sœurs aussi


par tout le travail de guerre et l'une a reçu de l'autre.

par-

l'aide que

Bien des soldats de France ont laissé leurs os sur le sol roumain; bien des Roumains, avant la guerre, ont demandé à la France et son hospitalité et ses ressources intellectuelles : Roumains et Français ne l'ont pas oublié. De leur côté, les peuples nés de la guerre ont soif de voir celui auquel ils doivent : qui la vie, qui la résurrection. En 1923, il répond à l'appel de la Pologne. S'il ne l'a pas sauvée personnellement des Soviets, en 1920, il lui a envoyé le Général Weygand : « Prenez Weygand, il fera aussi bien que moi. » Et le 16 août Varsovie, dégarnie de troupespolonaises, encerclée par les armées rouges, voyait la révolution céder. La Pologne était ainsi sauvée. Le Maréchal Foch allait recevoir le bâton de Maréchal de Pologne.

Il part ensuite pour saluer la jeune république tchécoslovaque. Il rentre en France, gagne Abbeville où l'appelle une cérémonie commémorative franco-anglaise. Là, il insiste sur l'alliance :


Montrons à nos Morts que nous restons unis. » Partout, d'ailleurs, sa pensée pour les Morts est la même : « Ecoutons-les une fois de plus nous dire : Vous vaincrez dans la paix si vous savez garder les yeux fixés sur le même but : la France avant tout. » «

Il est grand dans toutes les circonstances, mais il sait rester simple et au besoin s'effacer. En janvier 1926, aux obsèques du Cardinal Mercier, quand le Roi Albert lui dit : « La Belgique tout entière vous est reconnaissante d'être venu », il répond simplement : « Sire, il y a deux personnalités qui ont incarné la résistance de la Belgique : Votre Majesté et le Cardinal. »

-

Il a tant honoré les autres que son tour est venu : il va, vivant, assister à l'inauguration de sa propre statue. Lui-même a fixé le point sur lequel elle doit s'élever :

Bouchavesnes..


C'est là qu'en 1916 il a senti passer le premier souffle de la Victoire. Là, qu'il a vu vaciller le ehêne qu'il a définitivement abattu; là, qu'il a pu

concevoir la manœuvre grandiose qui l'a conduit au Rhin. C'est un point de départ : il y sera à sa place : ferme sur ses jambes, regardant l'horizon, prêt à se porter en avant. Mais il aime les choses simples : il ne tient pas aux manifestations officielles, aux discours grandiloquents; il se plaît en revanche à passer au milieu d'amis véritables et de groupes affectueux; il fuit les spectacles d'apparat; la cérémonie aura un caractère familial. Il y invitera ceux qui, alors, ont « travaillé sur Bouchavesnes », et, en leur faisant ce grand honneur, il leur donnera la preuve qu'il se souvient. C'est un dimanche (6 juillet 1926). Le rendezvous est à l'église du village : elle est à peine reconstruite; elle n'a ni fenêtres, ni sol. — C'est cependant mieux que l'Etable où le Sauveur a voulu naître. Une messe très courte, une homélie-sermon inévitable, puis, devant le parvis, la bénédiction du


monument aux morts, l'appel des victimes de la Patrie, un aimable discours du maire. Alors, le Maréchal prend la parole. Refaisant, à grands traits, mais avec une précision scrupuleuse, le récit de la bataille, il donne à chacun la part qui lui est due. Une légende s'est créée : il la détruit. Le 12 septembre, Bouchavesnes a été enlevé par le bataillon de Pelacot, du 44e régiment d'infanterie et par le bataillon Thouzellier (momentanément commandé par le Capitaine Mermod), du 133e régiment d'infanterie, placé sous les ordres directs du Lieutenant-Colonel Nieger, du 44e régiment d'infanterie. Telle est la vérité. Elle est sortie de la bouche la plus autorisée; nul doute n'est désormais possible1. haut (page 103) l'émotion causée par la prise de Bouchavesnes. Le Maréchal vient de rendre hommage aux troupes qui l'ont exécutée. Voici le résumé du travail de cette journée du 12 septembre tel qu'il l'a exposé : Bouchavesnes n'était pas dans le programme du 12 et ne devait être enlevé que le 13. Mais, dès le 12, le combat marchait d'une allure telle que le Général com1. On a vu plus


Un banquet amical précéda l'inauguration de

la statue. Alors, au milieu des drapeaux et des oriflammes, le Maréchal apparut debout, son manteau sur les épaules, la canne s'appuyant au sol, le regard droit, tourné vers l'Allemagne. — « Monsieur le Maréchal, lui dit un de ses vieux compagnons d'armes, invité, vous n'aimez mandant le 78 Corps et le Général de la Touche, commandant la 41" Division en étaient amenés à l'idée de hâter les événements. Il fut donc décidé que Bouchavesnes serait enlevé dès le 12 si le Général commandant la 41e Division le jugeait possible. Celui-ci, ne pouvant plus compter pour l'opération sur la 6e demi-brigade de chasseurs, obligée de s'étendre vers la gauche pour assurer la liaison avec le 1er Corps d'armée, fit appel à sa réserve divisionnaire, après avoir obtenu du Général commandant le 7e Corps qu'il la remplaçât. Cette réserve divisionnaire fut mise aux ordres du lieutenant-colonel Messimy, commandant la 6e demibrigade de chasseurs, pour enlever Bouchavesnes : elle y réussit et le Général commandant la 41e division put, comme il l'avait projeté, « coucher, dès le 12, à Bouchavesnes ». C'est un fait d'armes qu'il convenait de signaler. Bouchavesnes ainsi occupé, fut tenu solidement et relié, à sa droite, à la 48° division et à sa gauche, à la 6e demi-brigade de chasseurs, dont des éléments vinrent aussitôt participer à l'occupation.


pas revenir sur le passé, je le sais, mais qui aurait dit cela, il y a 50 ans? » Le maréchal ne répondit que par un sourire dans lequel pouvait se voir une pointe de malice... Peut-être l'un et l'autre pensaient-ils au P. Saussier?.... Le Maréchal avait trop le respect des morts pour ne pas terminer cette journée par une visite au cimetière. A Rancourt, il alla prier sur plus de 6.000 tombes françaises.

Décidément il ne tient pas en place. Au printemps de 1927, il va passer deux mois au Maroc; il y circule en auto dans tous les sens. Il veut tout voir et regrette de ne plus avoir vingt années devant lui pour coloniser. Ne redoutant ni le soleil ni la chaleur, ni les distances, il pousse jusqu'à Marakech, où réside son vieil ami El Glaoui; il s'entretient avec lui des questions de l'agriculture; peut-être aussi des rapports avec la France; mais il le fait alors en camarade, en touriste -et


non en homme politique, car de la politique, il s'est toujours tenu systématiquement éloigné. Certains de ses amis l'ont poussé à solliciter un siège au Sénat; il s'y est refusé. On voit mal le Maréchal Foch allant répondre et fournir des explications à des délégués sénatoriaux... Plus sage, il se contente de ses occupations, déjà tellement nombreuses, qu'elles lui laissent à peine le temps de goûter les joies de la famille ou de songer à ses modestes intérêts personnels en Bretagne ou dans les Pyrénées.

<!

Aux environs de Tarbes il revivait tous les souvenirs de sa jeunesse, il revoyait son pays natal dans son développement, il eût voulu y contribuer et déjà il ébauchait des projets d'utilisation de la houille blanche. Il rêvait d'agrandir Polignan, il ornait sa maison de Valentine qui lui tenait tant à cœur et où il retrouvait, avec la pensée des siens, le voisinage des tombes de ses parents. Sa place, à lui, n'y était pas marquée : La Providence lui en réservait une autrement moins humble...


Le Maréchal vient d'entrer dans sa 77e année. Depuis plus de douze ans, il est atteint d'une affection qu'il se refuse à admettre, mais qui ne l'use pas moins. Il s'est soumis, il est vrai, à des soins spéciaux dont il reconnaît l'utilité; il reste cependant rebelle à toute idée de repos. Il servira jusqu'au bout... Non seulement sa pensée est en travail incessant, mais il traite mal sa « guenille ». Il marche, roule en auto, circule en chemin de fer, voyage sur terre et sur mer, couche ici, puis ailleurs, se nourrit à la mode du pays qu'il parcourt, tout celà comme s'il avait 20 ans de moins. « Je suis, dit-il, un colis. Je me laisse faire. On me montre, on me cache; je ne m'occupe de rien... je n'ai pas peur du mal de mer... je dors parfaitement en wagon... » S'il est malade, il est vraiment le maître de la maladie et la mène rudement. Pour l'abattre, il faudra qu'elle cherche de nouvelles armes... Elle vient de les trouver.


Le cœur, à son tour, donne des preuves de fatigue. Au mois de janvier 1928, M. Poincaré avait demandé au Maréchal de le remplacer à l'inauguration du monument aux Morts de la ville de Nice. Sa santé, très bonne encore, lui permit d'assusituade cette obligations les fatigue, sans mer, tion officielle. Après trois jours de fêtes magnifiques, le Maréchal reçut du ministre de la Guerre l'ordre de se rendre immédiatement aux funérailles du Maréchal Douglas Haig. Il s'agissait d'honorer un ancien camarade de combat, partageant avec lui la dignité de Maréchal d'Angleterre, et aussi de témoigner une fois de plus de la sympathie à nos alliés de la guerre. Si long, si fatigant que dût être le voyage, il n'hésita pas à le faire d'une traite. En dépit du mauvais temps, de la tempête même, il voulut suivre le cortège au côté du char funèbre.


L'effort avait été rude; il dépassa peut-être la limite des forces. Cinq mois plus tard, le 10 juillet, dans un su-

prême honneur, il va trouver une suprême fatigue.

A Cassel, doit être inaugurée sa statue équestre. A Bouchavesnes, on a représenté le combattant

à pied qui, pas à pas, jour par jour, lentement, péniblèment, « unguibus et rostro », gagne du terrain. Sur le Mont Cassel, on placera le Grand Capitaine, le Chef qui, pour voir de haut, pour voir de loin, a dû s'exhausser au-dessus de sa taille. Il sera droit sur son cheval, le regard fixé sur cette plaine qu'il a interdite à l'ennemi et ses yeux embrasseront à la fois et la terre de France et la terre de Belgique. Il demeurera ainsi sur l'observatoire même qu'il a choisi pour les durs combats de l'Yser. Il s'y trouvera à son poste de combat de 1914 qui sera devenu son poste de combat du 21 mars 1918. Il y amènera sa famille, car l'honneur est éga-


Cassai.

de ĂŠquestre

tatue

ia' de Inauguration


lement pour elle; il y recevra 1er hommages de la Belgique, dont le Roi se fera représenter; — dans personnifiée son France, la aussi de ceux Gouvernement. Autour de lui, il y verra, avec bien de ses colacadémiciens les d'armes, ses compagnons lègues, les délégués du Parlement, les représentants de toutes les sociétés, des drapeaux, des oriflammes. Il y entendra bien des discours. Mais devant ce faste, devant cette éloquence, il restera, lui, simple, impassible, presqu'indifférent même à ce qu'il voit et à ce qu'il entend. Pour ceux qui l'observent, il vient d'abuser de ses forces : ses traits sont tirés, sa respiration est moins libre. Cependant il tient bon, et devant la fatigue, avec son énergie, et devant les honneurs, avec sa simplicité. Mais ces journées de gloire sont des journées d'usure; elles comptent plus que double quand le cœur est atteint. Il peut aller enfin chercher le calme dans son manoir breton dont il est l'âme et la vie. C'est pour la dernière fois qu'il s'y trouvera au milieu des siens.


Renonçant à ses longues promenades, il se repose. Il se repose et il réagit; il garde son activité, il voisine même au prix de longs voyages et bientôt il traverse toute la France. pour gagner les Pyrénées. Maintenant il remarque « qu'on n'a jamais trop chaud, que si l'on peut mourir de froid, on ne meurt jamais de chaleur... qu'il fait bon vivre au pays du soleil. »

Il a retrouvé la maison de famille où il a donné rendez-vous au seul survivant, le R. P. Germain. Il est mieux, réellement, quand il revient à Paris et paraît rétabli lorsque survient la mort d'un de ses plus chers collaborateurs, le Général Destiker. Alors, il n'hésite pas devant un devoir d'amitié; il part; il se transporte à plus de 100 kilomètres au delà de Paris afin de lui rendre les derniers honneurs. C'est en plein hiver, le 24 novembre... Dès ce moment, il se sent plus fatigué; il doit renoncer à ses promenades quotidiennes... et ne sort plus.


Seul, encore, son entourage observe le déclin. Le monde ignore que cette grande lumière menace de s'éteindre. Quand il l'apprend, il est saisi et l'émotion s'empare de tous. En France, toutes les pensées se portent vers l'hôtel de la rue de Grenelle; on guette les nouvelles, on espère un jour, on désespère le lendemain. Au 13 j anvier, une crise subite a failli emporter le Maréchal; il a presque passé par le coma. Le monde entier en a tressailli. Il s'est repris; les esprits ont retrouvé l'espoir, mais lui, il a compris. Sans le dire, il se sent près du terme et il appelle le P. Lhande. Comme celui-ci cherche à l'illusionner, d'un geste il lui montre le Ciel. Le Maréchal Foch sait où il va ; il se confesse : il est prêt... Quand Dieu voudra! Mais il est l'énergie même et malgré les coups de la mort — qui veut le terrasser — il résiste, il tieh.\ il lutte. — On pourrait dire, il se cramponne. Pendant deux mois, sans une plainte, sans un


signe d'épouvante, il lui fait face. Il la sent tout près : « Hein!... fichu!.,. » dit-il à son médecin. Et sur un mot de dénégation : c C'est bien... c'est &zen/ »

Elle est là, -en effet, la mort, et elle fait son œuvre; mais le chrétien est prévenu. Un nouvel appel au P. Lhand'e, une humble et suprême confession; le chrétien a rempli son devoir. Alors, calme, en paix avec lui-même, en paix avec Dieu, il peut attendre l'appel divin. Le mercredi 20 mars, à 17 h. 15, au moment où il passait de son fauteuil à son lit, sans bruit, sans râle, sans agonie, le Maréchal de France Ferdinand Foch quittait la terre tandis que son âme paraissait devant Dieu. — Tout est fini !...


LE TRIOMPHE


v

-

LE TRIOMPHE. •• * -

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1 tout n'est pas fini.

Non

Ce grand soldat fut un grand chrétien. Comme

il a pris le commandementsuprême de toutes les Armées du Monde pour les mener à la Victoire, il va, maintenant, prendre le commandement suprême de toutes les Ames pour les faire monter avec lui au-dessus de la terre, vers l'Au-delà, pour les conduire à Dieu. La Providence mène tout; — on va voir: le Président de la République, que le protocole empêche d'accompagner le convoi de son prédécesseur, suivre le cercueil d'un citoyen, — parce que ce citoyen, c'est Foch.


Le chef d'un Etat qui ne connaît pas Dieu, pénétrer à Notre-Dame parce qu'il y suit un grand chrétien —, et que ce grand chrétien, c'est Foch. S. M. Albert Ier apporter le salut d'un Roi, le salut d'une nation à un Français —, parce que ce Français, c'est Foch. Les foules assaillir l'hôtel où un soldat est exposé —, parce que ce soldat, c'est Foch. A son tour, l'Angleterre viendra, puis viendront la Belgique et aussi l'Italie, la Pologne, l'Amérique, pour voir, pour saluer Foch. Et se mettront en route pour Paris, les délégués du Canada, de la Grèce, de la Roumanie, du Portugal, de la Lettonie, afin d'honorer Foch. Enfin tous les pays que retiendront au loin soit le temps, soit l'espace, écriront, manifesteront, témoigneront ce qu'ils ont dans le cœur de sympathie et de respect pour ce grand mort qui s'appelle Foch.


Ni fleurs ni couronnes !

Il n'a pas besoin, ce chrétien, des fleurs qui passent et se fanent. Il tient déjà la couronne de l'immortalité. A sa tête : la Croix, et puis son fanion. A ses pieds, ses bâtons de commandement, ses cordons, ses décorations, tous les honneurs de ce monde. Autour de lui, dans l'encadrement des cierges, des camarades de guerre, sabre au poing, des drapeaux voilés. Dans l'ambiance funèbre, des prières et puis, silencieuses, les larmes de sa famille et de ses amis.

Devant le lit de parade, c'est un défilé incessant, des saluts recueillis et profonds, des regards attendris et mouillés, l'expression d'un respect mystérieux. La mort plane; on se tait.


Puissants du jours: Roi, Présidents, Cardinaux, Chefs du pouvoir, Celui que rien n'émeut et qui, cependant, est ému, compagnons de guerre ou de paix, jeunes, vieux, valides, ceux qu'on porte et ceux qu'on pousse, femmes, enfants; toute la France qui vit et se souvient, tous ceux qui ont pu venir, sont là. Comme dans Paris, dans la France entière les drapeaux en berne signalent qu'un grand Français vient de mourir.

Le dimanche matin, salué par la troupe en armes, aux tambours voilés et battant en sourdine, escorté par des cuirassiers, conduit par le ministre de la Guerre, le Maréchal Foch quitte son hôtel pour l'Arc-de-Triomphe. Ici, pas de tentures. Le monument nu, dans toute sa simplicité, dans la grandeur imposante de sa masse. Sous la voûte, un affût de 75; Sur cet affût, le cercueil.


Tout autour, la garde d'honneur et de prières. Aux pieds, la foule qui vient, regarde, s'incline et, dans le fond de l'âme, communie avec ce grand mort Dans l'espace, on devine, invisible, la France, les deux iras étendus sur Foch. Sous l'Arc-de-Triomphe, vous voici donc à nouveau. M. le Maréchal, dix ans après votre premier passage. Votre cercueil, enveloppé du drapeau tricolore, est couvert d'une croix. L'un et l'autre suffisent au soldat chrétien : la Patrie et Dieu! Pour voisin de lit funèbre, dans votre suprême nuit sur terre, vous avez votre camarade de bataille : l'Inconnu. Les mêmes flammes qui brillent pour lui, l'humble soldat de France, et pour vous, le Grand Maréchal, symbolisent toutes les pensées, toutes les prières du pays, montant, dans une communion intime, de la terre vers le Ciel, du sol vers les étoiles, pour le Grand Chef et pour le petit Poilu. De vous, il reste ici-bas, outre votre nom im.


périssable, des affections, des souvenirs, des cœurs pour penser à vous et prier pour vous. Lui, il demeure l'Inconnu, celui qui n'a même pas un nom, celui dont rien ne subsiste dans les liens de la chair. Et cependant, si devant vous les Rois et les Pouvoirs sont venus s'incliner, devant lui aussi, les Majestés et les Puissances ont su baisser leur front et ployer leurs drapeaux. Dans la dernière fraternité de la mort pour la Patrie, et devant Dieu, qui sonde les cœurs et scrute les reins, vous êtes aussi grand l'un que

l'autre. Et voici même qu'une petite fille d'Alsace vient d'écrire (les Débats, 19 mai 1929) : « l'Inconnu, c'est le plus connu de tous. »

A la nuit, une illumination tricolore, puis, pro-

jetant leurs lueurs, des torchères, des éclats de lumière. Des relèves sans bruit : le recueillement religieux qui précède la marche silencieuse vers Notre-Dame. — La dépouille mortelle du


Maréchal va passer sa dernière nuit aux pieds du Christ, présent dans le Tabernacle.

La basilique, au dehors, est couverte de tentures funèbres; à l'intérieur, le chœur est endeuillé : un haut baldaquin, relevé aux angles, tombe de la clef de voûte et surmonte le catafalque; — Couvert du pavillon national, celui-ci est entouré de cierges et de lampadaires. A 9 heures, reçu à l'entrée par S. E. le Cardinal, Archevêque de Paris, le Président de la République pénètre, suivi de tous les personnages qui personnifient ce que la France et le monde entier peuvent représenter de plus puissant, de plus élevé, de plus solennel. L'office va être célébré par le clergé de SainteClotilde, la paroisse du Maréchal. Alors, pendant qu'à Gorcy, sur la tombe de l'aspirant Germain Foch, mort pour la France, la prière dans le silence monte vers le ciel, sur le cercueil du Maréchal, qui s'est donné pour la France en se donnant pour le Monde, éclatent les chants solennels de la liturgie, avec les sonneries et les batteries guerrières.


L'absoute est dite par S. E. le Cardinal Luçon. Puis la grande sonnerie des cloches annonce alors que le grand cortège triomphal va se dérouler. Dès que le cercueil sort de la basilique, il est repris par 'l"Armée. Dans un grand silence à peine interrompu par de rares commandements, les armes frémissent puis s'immobilisent, les regards se tendent, les yeux se fixent. La sonnerie « Aux Champs > des honneurs snprêmes éclate tandis que se forme le long rectangle des troupes — la France et les Alliés — qui va précéder, encadrer, suivre tout le cortège.

En tête, la Croix d'abord, la simple croix sur laquelle le Christ Rédempteur, nu et dépouillé, est mort pour tous, pour le pauvre comme pour le riche, pour l'humble comme pour le puissant Puis, les Princes de l'Eglise, en robe écarlate. Et subitement, un cheval de bataille, houssé de noir, un fanion de commandement cravaté de crêpe ; sur l'affût d'un canon, un cercueil enveloppé des couleurs nationales, sur lequel un képi triplement couronné de chêne et une épée nue.


C'est Lui, mais entouré d'une garde d'honneur que n'eut jamais Grand de la terre : Garde de l'Angleterre avec le Maréchal lord

Plumer. Garde de l'Amérique avec le Général Pershing.

Garde de la Pologne avec le Général Romer. Garde de la Tchécoslovaquie avec le Général Syrôdy. Garde de la Roumanie avec le Général Prezan. Garde de l'Italie avec le Maréchal Caviglia. Garde de la Belgique avec le Général de Coninck. Garde du Portugal avec le Général Garcia Rosado. Garde de la Yougoslavie avec le Général Hatchich. Garde de la France, avec les Maréchaux de France; puis M. Doumic, pour l'Académie française, M. Picard, pour l'Académie des Sciences, le Ministre de la Guerre, pour l'Armée; l'Amiral Violette, pour la Marine; M. Rossignol, pour les combattants. La simplicité du cercueil n'en paraît que plus


imposante au milieu des plumets, des cordons, des décorations, de toute cette pompe, terrestre. Elle frappe les cœurs. Ce que les yeux ne voient point, ce que les esprits devinent : c'est la France immortelle, planant sur Foch, l'épée nue dans la main droite : « Terror belli »; la couronne civique dans la gauche : « decus pacis ». Et plus haut, encore, l'idée de Dieu.

Le silence respectueux de la foule salue d'un hommage muet la famille du Maréchal, suivie du Président de la République, de deux princes héritiers, d'un prince régnant, des ambassadeurs, des dignitaires, des membres du Parlement, des anciens combattants, des drapeaux victorieux. Et dans un temps où certains s'acharnent à. détruire l'esprit de discipline, on pourra trouver dans le respect de tous la preuve la plus tangible de la vitalité de cet esprit. Quand

IL

cortège passera devant la statue de


Jeanne d'Arc, sur la place des Pyramides, la Sainte le saluera d'En haut, et quand il défilera devant la statue de Strasbourg, la noble Cité, couverte de fleurs, le remerciera d'un regard, et Lille aussi l'appellera son libérateur. Au pont Alexandre-III, les canons tonneront laisairs, des haut du avions, les honneur; en son seront, sur lui, tomber une moisson de fleurs, et le soleil, qui depuis le matin s'est mis en deuil, resplendira soudain dans toute sa clarté et fera scintiller le Dôme des Invalides.

Il arrive. Le Président du Conseil doit lui adresser un suprême adieu. Saisi lui-même par les sentiments du chrétien qu'il salue, M. Poincaré terminera par cet hommage : « Ceux mêmes qui ne partageaient pas ses croyances n ont jamais pu se défendre d'admirer en lui, outre ses merveilleux talents militaires, l'épanouissement des plus belles vertus civiques et le trésor des plus hautes qualités morales. » Enfin, la parade dernière : le salut au chef, mais un salut viril, alerte, vibrant.


Devant le Maréchal Foch, une dernière fois passe l'Armée, au son d'une marche de guerre, et, devant Celui qui n'est plus, mais comme s'il était vivant, les épées s'abaissent encore, et les drapeaux s'inclinent au cours du défilé.

La terre va se refermer sur le Maréchal Foch. En attendant le réveil de la résurrection, il dormira sous le Dôme, côte à côte avec le Grand Soldat qui a déjà étonné le monde, donné à la France tant de gloire, èonquis tant de royaumes, mais dans des conquêtes tellement éphémères qu'il en aura pu voir toute la vanité et la fragilité. Lui, Foch, il a senti, sans ambition personnelle, la Victoire le prendre par la main pour lui donner, en plein danger, un commandement qu'il n'a pas demandé, mais qu'il a accepté parce qu'il s'agissait de sauver le monde pour la plus grande gloire de la France. Et simplement, mais complètement, il a rempli sa mission — jusqu'au bout!


«

IN MEMORIAM. — IN SPEM.

»


VI «

IN MEMORIAM. — IN SPEM.

»

Monsieur le Maréchal, Une image, d'une noble inspiration, vous a représenté, au seuil de l'Empyrée, accueilli et salué France. de soldats grands. les tous par Autour de Napoléon, on voit, sans distinction de temps, — le temps n'existe plus dans l'Audelà — on voit vos devanciers de l'Epopée côte à côte avec le Maréchal de Villars, qui fut, lui aussi, votre maître, et le grand Maurice de Saxe, qui fut votre modèle. Nous, chrétiens, volontiers nous faisons nôtre cette image : nous y trouvons, en effet, la phalange guerrière vous rendant les honneurs à l 'en-


trée du Quartier Céleste; — mais il nous convient d'y adjoindre les claires épées de saint Michel; de saint Louis, de Bayard et de Jeanne d'Arc, de voir la Sainte de la Patrie vous tendre la main et, à votre âme épurée par les grâces libératrices du Jubilé pontifical, montrer .le chemin par ces mots : « Mon frère, vers Dieu, -tout droit. »

In speml


TABLE DES HORS-TEXTE

I. Frontispice. FOCH II. Chambre où est né le Maréchal Foch à Tarbes.

III. Palmarès IV. Lettre-autographe du Maréchal à l'auteur V. Carte du Théâtre des opérations en Lorraine,. VI. Carte des marais de St-Gond VII. Carte du terrain de la bataille des Flandres.... VIII. Carte de la région au nord d'Arras IX. Carte d'ensemble de la région du Nord X. Carte du terrain de la bataille sur les deux rives

Pages. 3

11 23 28 73 77

82 95 96


TABLE DES MATIÃ&#x2C6;RES


TYP. FIRMlN-DlD0T ET Cl" UFS.'ilL â&#x20AC;¢ 9930


Un chef, Ferdinand Foch. 1930.  

La vie de l'Amicale des Anciens de la Légion Etrangère de Montpellier et Environs...

Un chef, Ferdinand Foch. 1930.  

La vie de l'Amicale des Anciens de la Légion Etrangère de Montpellier et Environs...

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