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Nouueile Pièce Abyssinienne

LE

négus \'Iénélik n'a pas cru devoir, comme le Dlahdi, se contenter de demander à ses propres graveurs la nouvelle monnaie qu'il désirait. Il s'est offert le luxe de la faire frapper en France et d'y faire placer son effigie. Il y figure de profil, coiffé d'une sorte de tiare à trois couronnes, surmontée de la croix. Au revers est un lion passant, regardant de face, coiffé de la même mitre que le prince, et tenant de sa patte gauche un étendard, dont la -hampe se termine par une croix. En le voyant, on ne peut s'empêcher de penser à certaines vieilles pièces de France, mais le bon roi saint Louis serait bien surpris de retrouver sous ce déguisement peu chrétien l'agnel mystique gravé au revers de ses coins. Tel est le nouvel écu destiné à circuler dans le pays des nègres en même temps que les tablettes de sel gemme d'un usage courant comme menue monnaie.

Johannesburg La Golden City de l'Afrique du Sud DE Ca pc-Town à Johannesburg, 69 heures de chemin de fer, avec tout le confort d'un train d'Eu.

ropc, wag'ons-restaurants et wagons-lits. La distance parcourue est de 1 014 milles, c'est-à-dire un peu plus de 1 620 kiIomètrr,s. Après avoir traversé les vastes espaces du Cap et de la République d'Orange, où les habitants sont rares, où l'on ne rencontre que de loin en loin des sortes d'oasis cultivées, après avoir traversé le Vaal, 011 arrive dans une ville de 5000o âmes, où les portiers d'hôtels vous g'uettent à la gare, où l'on trouve, ~i la sortie, des tramways et des fiacres, \.juitte il rencontrer un peu plus loin le chariot d'un Boer, conduit par des Cafres et traîné par une vingtaine de bceufs. A cet endroit il n'y avait rien avant 1887. Depuis cinquante ans on savait bien qu'il y avait de l'or dans le Transvaal, mais les recherches n'avaient pas été poussées sérieusement. Une première tentative d'exploitation, en 1884 et 1885, amena la fondation de Barberton. Elle fut suivie d'un échec. IJne seconde fut plus heureuse. En i887, Johannesburg était créée ,et 3 millions d'or étaient extraits dès la première année. La production suivit une progressionconstante, passant de 3 à 20, 34, 44, 65, 110 millions, pour atteindre en 1893 le chiffre respectable de 134 millions. Un krach terrible, après les spéculations effrénées de 1888-89, n'a entravé que momentanément les affaires. Une nouvelle tentative d'exploitation toute récente à Buluwayo semble avoir été suivie d'une déception. C'est donc à Johannesburg qu'affluent tous les chercheurs d'or. Ils se répandent de là dans le Witwatersrand. C'est dans ce plateau montagneux, s'éten-

dant de l'est à l'ouest sur une longueur de

65 kilo-

mètres environ, d'une altitude de 1700 mètres, dénudé, sans arbres, sans eau, qu'on a découvert depuis r885-86 toutes les mines et les champs d'or actuellement en activité. Tout le monde peut en savoir les noms en consultant la cote de la Bourse ou les prospectus financiers, qui promettent aux gens crédules et d'àme naïve des dividendes aussi extravagants que peu certains. La ville n'est pas d'aspect fort artistique, cela va de soi. Le temple en est la Bourse, à laquelle on a donné, par une conception bizarre, un aspect Renaissance. Le culte de l'or laissant encore, parait-il, quelque place à d'autres cultes, des églises de toutes les sectes ont surgi de terre. Sauf après les averses violentes de la saison des pluies, de décembre à février, une poussière intense, opaque, soulevée par le vent, rend la promenade fort désagréable, et la ville manque d'eau pour l'abattre. Le climat d'ailleurs n'a rien d'excessif et est assez sain. On prétend cependant qu'il n'est pas favorable à l'Européen pour y faire souche. Les rues sont larges, les places très amples, et le marché immense. Quant aux maisons, ce sont des constructions basses, les unes en briques crues, les autres en tôle ondulée, ornées de vérandas. Un certain nombre de cottages se sont élevés, à l'anglaise, entre cour et jardin. L'absence de bois a beaucoup g'êné pour la construction, et actuellement encore on reçoit d'Amérique des portes et des fenêtres toutes prêtes pour la pose. Un cottage se loue r5 à 20 livres sterling (la livre sterling vaut 25 francs) par mois; une chambre dans un Boxi~dizzg ltouse, 8 à lO livres. Il y a des hôtels, des clubs, des magasins de nouveautés à la dernière mode, tout cela éclairé à la lumière électrique. Toutes ces commodités reviennent d'ailleurs fort cher. Si la viande ne coûte guère que 65 centimes et le sucre 50 centimes la livre, en revanche le beurre est hors de prix un verre de whisky revient à r fr. 25, un verre de bière du pays à 6o centimes et une bouteille d'export-bier à'plus de 4 fr. Tout compte fait, on dépense le triple ou le quadruple de ce qu'il faudrait en Europe, à confort ég al. Les gens qui viennent là n'y regardent pas, du moins les aventuriers. Ce que le hasard leur a fait gagner rapidement, souvent ils le dépensent de même, en boissons, dans les cafés-concerts, au théâtre et aux courses, car il y a des courses là où il y a des Anglais, même à Gibraltar! A Johannesburg d'ailleurs, c'est l'élément anafglais qui domine, et l'ang'lais est la faires. Le hollandais est la langue officielle, de la vie politique, à laquelle n'ont point accès les immigrés. Et non sans raison, semble-t-il, sans quoi les l3oers du Transvaal se verraient rapidement submergés par l'afflux britannique. Il leur suffit, sans plus leur accorder, de les laisser emporter leur~ or, et de cet or ils tâchent d'en ressaisir le plus possible en écrasant de droits l'importation des machines, des vêtements et denrées étrangères indispensables, et en faisant payer fort cher les concessions de mines et de terrains. Et sans doute on trouvera qu'ils n'ont pas tout à fait tort de vouloir demeurer maitres chez eux.

des

A travers le monde - 1895  
A travers le monde - 1895  

La vie de l'Amicale des Anciens de la Légion Etrangère de Montpellier et Environs...

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