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Lettre de la Délégation Septembre 2011 N° 3

H ÉR A U L T Un membre de l’ASAF à l’honneur : • Notre ami Bernard TRUC a reçu la croix de chevalier de la Légion d’Honneur le 7 août 2011, au cours d’une cérémonie familiale et amicale *. Sincères Félicitations ! * Présence du Délégué de l’ASAF 34.

LIRE Afghanistan 2001-2010 Chronique d’une non-victoire annoncée De Jean-Charles JAUFFRET * Editions : autrement frontières Jean-Charles Jauffret, historien, a été maître de conférences à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr et professeur à l’université de Montpellier III. Il enseigne depuis 1997 à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, titulaire de la chaire « Histoire militaire, défense et sécurité». * IHEDN 125e SR

TOUCH AND GO A VINH… À cette époque, nous sommes constamment en vadrouille entre Hanoi et la région de Nha-Trang, où se déroule l'opération Atlante. Un matin, par un temps splendide, je monte à Hanoi. Le règlement voudrait que j'évite la région de Vinh. Cette très riche province, située le long de la côte entre le delta du Tonkin et l'Annam, est la forteresse sacrée des Viêts. Depuis 1947, jamais aucune troupe française n'a tenté d'y faire une incursion. C'est une espèce de no man's land communément appelé La Poche, parfois Le Sanctuaire. Les Viêts y vivent en toute tranquillité. Ce matin-là, le temps est admirable, il fait bon vivre. En dessous, de riches cultures bien alignées, de charmants petits villages enfouis dans des bouquets d'arbres, des chemins bien entretenus, des canalisations d'eau parfaitement symétriques. En un mot, un vrai régal de l'œil. Je ne suis pas très haut, à peu près quinze cents mètres ; le pilote automatique est branché et, du siège pilote, je contemple béatement ce paisible paysage multicolore. Tout à coup, en pleine nature, au milieu des champs, j'aperçois un avion blanc, type avion de transport. D'abord surpris, je décide d'aller voir de plus près de quoi il retourne. Débranchant le pilote automatique, je réduis les moteurs et descends en larges spirales sans perdre de vue mon fameux avion blanc. Arrivé à quelques centaines de mètres, je reconnais très nettement un Dakota d'une des compagnies civiles travaillant pour le compte de l'armée. Le drapeau tricolore sur l'empennage, les inscriptions en bleu de la compagnie le long du fuselage, aucun doute possible. Mon arrivée inopinée sème la panique. Au sol, des hommes courent dans tous les sens, emmenant des colis vers un village enfoui dans les arbres et situé à quelques centaines de mètres de l'endroit où se trouve l'avion. Rapidement, ce dernier met ses moteurs en route, roule un moment dans la nature et décolle. Je n'en crois pas mes yeux; comment peut-il décoller sur ce terrain, plat sans doute, mais coupé de cultures diverses. Je descends encore plus bas, repère bien l'endroit où il a décollé et je m'aperçois que

le sol est recouvert de filets de camouflage de couleurs différentes; en fait une piste d'envol existe bel et bien. J'essaie de retrouver l'avion mais j'ai perdu trop de temps en descendant voir de près, ce maudit fantôme a dû s'enfuir en rase-mottes pour éviter de se faire courser. En arrivant à Hanoi, je raconte ma petite histoire. Je n'obtiens aucun succès, tout le monde rigole et répond : - « Oui, oui » avec un sourire entendu. Deux jours plus tard, je repasse par la poche de Vinh. Rien. Je descends alors et, quand j'arrive près du village, je distingue une dizaine de paysans sortant des arbres et m'adressant de grands signes. Très vite, ils disparaissent; ils devaient attendre un Dakota blanc et moi, militaire, je suis peint en vert. Un coup pour rien. Au cours de mes voyages suivants, je survole de nouveau cette fameuse piste mais je ne remarque rien de spécial. Enfin, un jour, alors que j'arrive en rase-mottes, je tombe pile sur l'avion en train de décoller. Et toujours la même compagnie. Là, plus de doute possible ; en rentrant, je déclenche un ramdam de tonnerre. Que ces enfoirés de civils gagnent des millions avec la guerre, trafiquent l'opium et un tas d'autres trucs, à la rigueur, d'accord, on le sait; cela se passe sous nos yeux, depuis des années, et nous sommes bien placés pour le voir, mais que, maintenant, alors que tout va mal, ils aillent livrer de la camelote par avion chez les Viêts, ça, non! Ce salaud a de la veine que, ce jour-là, je n'aie pas entre les pattes un avion armé ; je l’aurais descendu comme une merde, et j’aurais bien rendu compte à mes supérieurs hiérarchiques, qui auraient été bien…gênés. Un brillant officier de l’État-major Atlante me laisse entendre qu'il s'agit peut-être de livraisons de lait condensé effectuées pour le compte de la Croix-Rouge. - « Et pourquoi pas des capotes anglaises, pendant que vous y êtes, espèce de comique! » Furieux, je le crie bien haut, mon équipage est là pour corroborer mes dires. L'affaire prend de l'importance. Difficile de faire taire

Délégué ASAF 34 : Jean DEMACON. Tel. 04 67 64 42 68

le Baron en colère. Quelques jours plus tard, arrive de Saigon un officier du Deuxième bureau de l’État-major Air, le capitaine Fuehrer. Il vient, dit-il, enquêter sur l'affaire. En fait, je m'en rends vite compte, il veut surtout me calmer et étouffer l'histoire. Je le connais très bien; ancien navigant, vieux blédard, il a eu un tas de coups durs ; entretemps, il a égaré dans les cieux trois ou quatre dixièmes à un œil. Le service de santé l'ayant radié du personnel navigant, il s'est retrouvé à vendre de la chaussette à clous à le Baron en colère. l’État-major. Chose plus grave, il a Quelques jours plus chope le virus et se tard, prendarrive très de au Saigon sérieux; un par officier la suite, du il seDeuxième rachètera bureau de l’État-major Air, le bien. capitaine Fuehrer. Il vient, dit-il, Ce charmant camarade commence enquêter sur un l'affaire. fait, ; jeil par me faire baratin En terrible m'en compte,queil j'ai veut essaie rends de me vite faire avouer eu surtout me calmer des hallucinations, que ettoutétouffer ce que l'histoire. le connais très bien; je raconte Jeà droite et à gauche est ancien navigant, vieux blédard, il a positivement impossible : eu tas de bien, coups durs si; tout entre- « un Tu penses Baron, ce temps, a égaré dans cieuxil trois que tuilracontes étaitlesvrai, y a longtemps que nous le saurions, nous autres au Deuxième bureau; réfléchis un peu, ne t'entête pas » - « Si vous saviez tout, bande de rigolos, on ne se ferait pas couillonner si souvent. Mais, trêve de plaisanteries et de discussions stériles, si tu as un peu de temps de libre, tu viens avec moi, je vais parachuter dans la région de Pleiku. Au retour, je te montrerai. » Il accepte et nous partons. Je l'installe au siège copilote, il regarde la verte nature d'un air très dégagé, très sûr de lui. Après le parachutage, je me dirige vers la fameuse piste. Arrivé presque à la verticale, je lui montre l'endroit fatal. Nous volons à environ mille mètres d'altitude, il m'a demandé, surtout, de ne pas descendre au-dessous de cette altitude. - « Tu vois ce petit village ? Au sud, ces champs de couleurs différentes, la piste est là, axée sensiblement nord-sud ? » - « Je vois des cultures, mais pas de piste, c'est de la blague ton truc, Baron. » - « Ah! c'est de la blague? Eh bien, mon salaud, attache ta ceinture, je vais me poser. » Je réduis les moteurs, amorce la descente et, à trois cents mètres, après un survol du terrain, je donne ordre au mécano de sortir un quart de volets puis le train d'atterrissage. - « Mais tu es complètement fou, on va se casser la gueule ! Ils vont

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Septembre 2011 n°3

La Lettre de la Délégation de l’Hérault TOUCH AND GO A VINH Suite… nous canarder comme des lapins. Remets la gomme, c'est un ordre.» - « Ici, les ordres c'est moi qui les donne. Ferme-la et ouvre tout grand tes jolis yeux. » Je me présente alors et touche la piste des roues tout en restant queue haute à forte vitesse. Je roule ainsi plusieurs centaines de mètres sur un sol parfaitement plat; puis, remettant la gomme, nous prenons en rasemottes le chemin du retour. Le lieutenant de Fontanges

Ma chaussette à clous transpire à grosses gouttes. - « Alors, Mata-Hari, il existe ou il n'existe pas mon terrain viêt ? Et tu penses bien que si ces mecs se sont donné tant de mal, ce n'est pas pour faire un terrain de pétanque.» - « Évidemment! Bien sûr...» Rend-il compte? Le croit-on? Je n'en saurai jamais rien. Le drame de D.B.P. arrivera sur les entrefaites, je partirai et nous aurons d'autres chats à fouetter. Guillaume de FONTANGES

Extrait de "Les ailes te portent" (Ed. Maritimes d’Outre-mer - 1981) Message de notre camarade adhérent de l’ASAF/Hérault, qui nous a transmis cet extrait : « Je certifie la réalité du message j'étais en équipage avec le baron le jour ou nous avons vu l'avion décoller Amitiés. JPM… »

Lettre de l’ASAF France du 11/07 « Ne pas subir » (Maréchal Jean de Lattre de Tassigny) Armée française : des paroles aux actes

Ci-contre : Nous avons glissé la lettre de l’ASAF France du mois de juillet, à l’intention des adhérents ASAF de l’Hérault qui ne l’ont pas reçue, faute d’adresse électronique. N’oubliez pas de nous confier votre adresse électronique si vous en avez une. Vous recevrez des informations en temps réel presque quotidiennement, ce qu’il est impossible de réaliser par courrier postal.

LE MOT DU TRESORIER RAPPEL : l’ASAF ne sollicite aucune subvention officielle car elle veut conserver une expression indépendante. Ses ressources financières proviennent de dons et de la cotisation de ses membres. Pensez à vous mettre à jour de vos cotisations. Merci. Le trésorier : Patrick PIN 195 chemin des Olivettes SAUSSINNES 34160 Tel : 04 67 86 53 65

Mémoire et

« Honneur et Patrie » Il y avait bien longtemps que nous n’avions pas entendu cette devise de la bouche d’un homme politique. Qu’elle ait été prononcée à l’issue de l’éloge funèbre le 19 juillet par le Président de la République, chef des armées, est un signe auquel les soldats et plus généralement les innombrables Français qui aiment leur pays ont été sensibles. Des paroles pour les soldats… Ils auront apprécié ces propos directs et tellement vrais de Mgr Luc Ravel, évêque aux armées, sur le soldat : « … Notre admiration pour leur courage se transforme en fierté d’appartenir à ce peuple, à ce grand corps aux mille visages dont les membres sont capables de donner leur vie pour ceux qu’ils aiment… Cette noblesse du soldat nous invite à redire ce que signifie être militaire: être militaire, ce n’est pas d’abord être disponible ou même porter les armes. Etre militaire, c’est avant tout ne plus s’appartenir, ni même appartenir à sa propre famille : j’ai conscience de la dureté de ces propos tenus en présence de nos familles éprouvées par le deuil. Etre militaire, c’est appartenir à la Nation. Exister et agir pour elle. Vivre et mourir pour elle… » Ils auront apprécié ces paroles fortes du chef de l’Etat sur le rôle pérenne de l’armée française: « … L'armée française, c'est l'affirmation par le peuple français de sa volonté de demeurer libre et de ne jamais devenir l'esclave de quiconque. L'armée française, ce n'est pas seulement un instrument parmi d'autres d'une politique. L'armée française, c'est l'expression la plus achevée de la continuité de la Nation française dans l'Histoire

L'armée française, c'est l'expression de la détermination constamment renouvelée de la France à défendre l'idée qu'elle se fait d'elle-même, de sa vocation dans le monde et d'une certaine idée de l'Homme profondément ancrée en elle. Si la France a passé avec la liberté du monde « un pacte multiséculaire » elle le doit d'abord à son armée. L'armée française n'est pas séparée du reste de la Nation française car l'armée française fait corps avec la Nation française… » …Et des actes pour les armées Mais ces paroles prononcées un jour de deuil se traduiront-elles par des actes ? Cela concerne d’abord le budget de la défense. Il est aujourd’hui historiquement bas puisqu’il atteint seulement 1,6% du PIB. Il était le double en 1989 et s’élevait à 4% en 1975 alors que le budget de l’Etat était en équilibre et la dette inexistante. Comment la France peut-elle garantir effectivement son indépendance et sa sécurité en réduisant à ce point ses capacités militaires, sachant que les effets catastrophiques inévitables ne se feront sentir que dans 10 ans ? Les coupes budgétaires des décennies précédentes se traduisent aujourd’hui par l’absence de drones stratégiques, le nombre limité de nos avions de transport et de nos hélicoptères dans les engagements que nous conduisons. Le déficit budgétaire endémique en France depuis 30 ans n’a fait que croître alors que le budget de la Défense n’a cessé de diminuer.

septembre Paul Kagame, président du Rwanda et accusateur de l’armée française ! Les conseillers de l’Elysée et du quai d’Orsay mesurent-ils l’effet dévastateur d’une telle démarche, sans geste préalable fort vis-à-vis de nos armées ? Cette invitation signifierait que la France reconnaît et accepte les accusations de génocide portées contre ses soldats par un dictateur lui-même impliqué dans la mort de plusieurs millions de Congolais depuis 1996. Une telle visite pourrait éventuellement se dérouler sans susciter la réprobation voire la colère de l’armée si le Président de la République, chef des armées, déclarait aux soldats de l’opération Turquoise au Rwanda comme il l’a fait le 19 juillet dernier dans la cour d’honneur des Invalides : « …Vous avez accompli votre devoir selon la haute idée que vous vous en faisiez... Vous avez fait vôtres les vertus militaires de discipline, de fidélité, de courage et d'honneur... C’était une noble mission. Vous l’avez accomplie noblement... Vous avez mis votre vie en danger pour sauver d'autres vies, des vies innocentes... Honneur et Patrie… » L’ASAF, dont la première mission est de défendre l’honneur de l’armée, n’acceptera pas l’humiliation de l’armée et à travers elle, celle de la France. Elle n’admettra jamais que l’on privilégie les intérêts politiques du moment par rapport à l’honneur du pays et de ses soldats.

Cela concerne également la politique étrangère. Il semble que la France envisage d’inviter officiellement à Paris en

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