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Prologue Jamais je n’aurais imaginé que quelques notes jetées sur un petit carnet, dont il ne me reste que quelques feuillets jaunis, auraient pu me servir de base pour rédiger ce manuscrit, bien qu’un demi-siècle se soit écoulé. J’ai souvent dû faire appel à ma mémoire pour reconstituer certains événements mais tout ce qui est écrit ici est véridique et attesté par de nombreuses illustrations. Les personnages cités dans cet ouvrage ont réellement existé. Toutefois, afin de respecter leur anonymat, certains noms ont été modifiés.


EXTRAITS

Au-dessus des frontières (page 11) En cette soirée du 31 décembre 1952, nous quittons Vintimille, mon ami Sergio et moi, à bord d’un bus, direction la France. Un arrêt avant le poste douanier, nous descendons du car par la porte arrière, tandis que le guide qui doit nous faire traverser la frontière descend à l’avant. Il fait nuit et ici, au bord de la mer, la température est douce malgré la saison hivernale. Après le départ du car, nous nous retrouvons tous les trois, au pied d’un sentier muletier. Nous commençons à le gravir en silence, non sans avoir auparavant été fouillés, pour qu’il s’assure que nous n’avons pas d’armes (...)

Menton (page 12) (...) Il nous assure qu’en prenant le sentier qui descend juste là, devant nous, on se retrouvera sans difficulté dans Menton. Il nous laisse donc seuls, non sans auparavant nous avoir donné une franche accolade et souhaité bonne chance et bonne année  ! En effet c’est la nuit de la saint Sylvestre et dans moins de deux heures nous serons en 1953 (...)


Légionnaire Marseille, le fort St. Nicolas (page 14) (...) Les dortoirs sont de longs couloirs aux plafonds voûtés, maçonnés en briques rouges. Les parois du côté gauche sont trouées par des meurtrières qui servaient à surveiller et défendre l’entrée du port. Le couchage est composé de lits en bois superposés, à deux étages, garnis par une paillasse, deux couvertures mais pas d’oreiller. Nous sommes environ une quarantaine dans chaque chambrée. La fumée des cigarettes engendre un brouillard permanent car il n’y a pas de fenêtres pour l’aération. La cacophonie des conversations faites dans au moins une demi-douzaine de langues étrangères, donne une ambiance et une atmosphère surréaliste qui me rappelle les récits de Balzac (...) (...) Les douches sont aménagées dans une grande salle toute en longueur, sans aucune séparation, avec un sol en ciment brut. Un tube pourvu d’une douzaine de douchettes court le long de chaque paroi. Lorsque l’on pénètre dans cette salle, il faut déposer à l’entrée ses vêtements et surtout sa pudeur… Là, moi qui n’ai pas fait d’études spécifiques sur l’anatomie humaine, je peux vous garantir qu’en ce qui concerne la virilité, ce ne sont pas toujours les plus « balaises » qui sont les mieux dotés par dame nature ! (...)

Suez (page 49) (...) Le canal de Suez étant d’une largeur moyenne de trois cents mètres, sur la rive occidentale nous distinguons nettement à tribord les immeubles de Port Saïd et l’immense statue érigée en hommage à Ferdinand de Lesseps. Une fois cette ville dépas-


et toute une vie devant soi... peut être ! sée, les rives du canal prennent un aspect désolant. Notre vitesse étant extrêmement réduite, environ cinq nœuds, nous avons tout loisir d’observer le panorama désertique. De part et d’autre, la végétation est inexistante, on y aperçoit de temps en temps quelques maisons entourées par des palmiers desséchés mais aucun signe de vie (...)

La mort aux trousses (page 71) (...) Nous marchons à découvert dans une rizière à sec, direction un gros village qui est suspecté abriter des Viêts. Arrivés à moins de cent mètres de sa lisière, formée par une ceinture touffue de bambous de bananiers et de palmiers, nous sommes accueillis par une soudaine et intense fusillade. En l’espace d’une fraction de seconde, nous nous jetons tous à terre. Allongé à plat ventre, je rabats mon antenne au ras du sol et essaie de retenir ma respiration pour être encore plus mince ! Je suis abrité derrière une diguette de terre, d’environ trente centimètres de hauteur et j’entends siffler les balles juste au-dessus de ma tête. À mes côtés, sur ma droite, un jeune légionnaire inconscient (certains diront courageux) s’agenouille pour épauler son fusil. Il est aussitôt frappé de plusieurs balles et tombe à la renverse, un flot de sang sort de sa bouche et il meurt sur-lechamp. Devant moi, un caporal, accroupi derrière une petite meule de paille de riz, se penche imprudemment pour essayer de voir d’où viennent les tirs. Il reçoit une balle dans la tête. Je vois son casque métallique voler à quelques mètres derrière lui. Déjà deux morts près de moi en quelques secondes, j’ai froid dans le dos, je serre les dents et le reste aussi !


Légionnaire Dans l’impossibilité de faire le moindre mouvement et n’ayant aucune envie d’être tiré comme un lapin, je me dis que la meilleure solution est encore celle d’attendre aplati au sol et faire le mort (...)

Combats dans la forêt (pages 92-93) (...) La progression est des plus difficiles dans ce labyrinthe inextricable d’arbres, d’arbustes épineux et de lianes énormes. Le terrain est très accidenté, il n’y a pas de sentier, parfois nous passons dans des torrents avec de l’eau jusqu’à la taille et devons porter notre matériel à bout de bras. Nous devons ensuite escalader des talus argileux et glissants en nous accrochant aux lianes et aux branchages. L’humidité ici est à son comble. Une mousse épaisse et verdâtre recouvre tout, aussi bien le sol que les troncs d’arbres. En plein jour, nous sommes plongés dans une semi-obscurité. Au bout d’une heure de progression, nos treillis ainsi que nos pataugas sont complètement trempés et crottés de boue. Il y a de l’eau partout, souvent on glisse et on se retrouve dans une bouillie de feuilles mortes et de branchages pourris. Une odeur de moisissure plane dans l’air et nous agresse les narines (...)

Combats dans la forêt, suite (page 97) (...) Avec le capitaine et un groupe de légionnaires, j’avance en m’abritant derrière le premier tank, le deuxième lui, est resté en couverture au sommet de la colline. Derrière ce blindé, le bruit est assourdissant. Nous sommes enveloppés dans un nuage de fumée et de poussière qui nous


et toute une vie devant soi... peut être ! aveugle mais qui, en même temps nous dissimule à la vue de l’ennemi. Il y a des Viêts tout autour de la clairière, dans les buissons, dans des trous de combat, et aussi postés dans les arbres (...)

L’Éden - Bains-douches-massages ! (pages 112 -113) (...) Cette jeune femme doit avoir sensiblement mon âge, 20/21 ans. Elle est plutôt grande pour une asiatique. Ses yeux en amande (...) (...) Elle s’approche, commence par dégrafer ma chemisette, puis me laisse faire le reste. Je vais dans la douche et elle vient me rejoindre quelques secondes après, avec pour seul vêtement, un bonnet de bain posé sur ses cheveux. Après m’avoir bien aspergé, elle entreprend de me savonner, complètement, sans oublier aucun de mes membres ! Insensible à la transformation de mon anatomie, au contraire (...)

Le derrick (page 185) (...) Il fait déjà noir, quand, au détour d’une immense dune, nous nous trouvons devant à un spectacle époustouflant. Un derrick d’une trentaine de mètres de hauteur s’élève au centre d’une immense esplanade. Il est éclairé par de puissants projecteurs et malgré la nuit noire on y voit comme en plein jour. C’est irréel d’apercevoir un tel spectacle au milieu de nulle part, dans l’immensité du désert. Nos tympans sont agressés par le vacarme étourdissant causé par le puissant moteur du treuil qui


Légionnaire remonte le train de tiges. Tout ici est démesuré. De gigantesques tas de sel, de clairsol, de barite et des montagnes de sacs de ciment sont disséminés tout autour de la sonde (...)

Le derrick, suite (pages 186) Des ouvriers maculés de boue, sont affairés autour de la table de rotation criant et gesticulant. C’est un travail ininterrompu, car plusieurs équipes se relient 24/24 heures sans relâche. La tâche de ces ouvriers est harassante, surtout pendant la journée, lorsque le soleil est au zénith. Pendant ces heures les plus chaudes, cette plate-forme devient une vraie fournaise et les ouvriers doivent être arrosés en permanence avec des jets d’eau pour qu’ils puissent travailler convenablement. Tout ici est métallique et il est impossible de toucher quoique ce soit sans porter de gros gants, sous peine de (...)

de Gaulle « je vous ai compris » (page 191) (...) Début juin 1958 le soir de mon arrivée à Alger pour ma semaine de récupération je téléphone à Anna pour la prévenir de ma présence. Elle me répond qu’elle ne pourra pas venir, car ce soir-là le général de Gaulle doit prononcer un discours au palais du gouvernement général pour parler de l’avenir de l’Algérie française et elle tient absolument aller l’entendre. Imagine-toi que je suis fatigué par le voyage, je n’ai pas envie de passer des heures debout dans la foule, tu me raconteras demain ce qu’il a dit d’intéressant. C’est ainsi que j’ai loupé la fameuse phrase du général de Gaulle « je vous ai compris » qu’il


et toute une vie devant soi... peut être ! prononça ce soir-là, devant une foule en délire ! Ce n’était toutefois que partie remise car 6 mois plus tard (...)

Légionnaire et toute une vie devant soi... peut être !  

La vie de l'Amicale des Anciens de la Légion Etrangère de Montpellier et Environs...

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