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QUI SOMMES-NOUS ?

QUE FAISONS-NOUS ?

Créée en 1983, l’Association de Soutien à l’Armée Française (ASAFRANCE) regroupe tous les citoyens qui estiment que l’Armée doit rester au cœur des Français et une priorité pour l’Etat. Elle se fixe comme objectifs de : - défendre l’honneur de l’Armée, - soutenir ceux qui ont combattu et combattent pour la France, sensibiliser les citoyens aux questions militaires, - participer au devoir de mémoire et de solidarité.

L’ASAFRANCE propose gratuitement, par voie électronique des lettres d’informations sur des sujets d’actualité ou historiques : - aux responsables politiques et économiques, - aux institutionnels, aux médias et aux relais d’opinion, - aux citoyens français et européens.

Indépendante de tout pouvoir, sans caractère politique ou syndical, l’ASAFRANCE regroupe plus de 2 000 adhérents dont 300 associations. Elle représente plusieurs centaines de milliers de Français.

Ces documents sont rédigés en toute liberté et sans polémique par des experts conscients de servir l’intérêt national. L’ASAFRANCE conduit diverses actions de sensibilisation des citoyens. Elle diffuse à ses adhérents un bulletin qui les tient informés de ses activités.

“Soutenir l’Armée, c’est renforcer la France et son image dans le monde.”

A SSOCIATION S OUTIEN A RMÉE F RANÇAISE DE

À L’

ASAFRANCE

Contact : Adresse : 18 rue de Vézelay, 75008 PARIS Tél/Fax : 01 42 25 48 43 Email : secretariat@asafrance.fr Site : www.asafrance.fr

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Mémoire et Vérité

Bulletin n° 89

Hiver 2010 - 2011

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IMAGES DES FRANÇAIS, RÉALITÉ DE LA FRANCE Les images des grèves et des manifestations répandues largement par les médias conduisent les Français à douter d’eux-mêmes. Elles étonnent l’opinion internationale, attristent nos amis étrangers mais aussi, n’en doutons pas, réjouissent nos concurrents qui voient la France s’affaiblir et se discréditer. Ces images ne surprennent pas les familiers de l’histoire de France. Il y a au fond de notre peuple une propension latente à la révolte. Dès l’origine elle a constitué un trait de son caractère, et il sera bien difficile de le gommer même si les comportements qu’il génère sont dévastateurs. Les faits révélés par ces images sont aujourd’hui inacceptables : invectives voire insultes dans le débat public chez certains responsables, jets de projectiles sur les forces de sécurité intérieure de la part de manifestants cagoulés, casqués et armés, destructions volontaires de biens publics et privés, agressions de citoyens par des saboteurs et des pillards. Bref, une forme d’anarchie violente qui bafoue le principe fondamental du respect : celui des citoyens, de leur liberté, de leur sécurité et du bien commun. Pourtant, derrière cette image médiatisée à outrance, où les revendications et la médiocrité des sentiments s’exprimaient sans retenue, il y a la France pétrie de bon sens ; celle qui a compris que la situation actuelle ne peut plus durer, qui reconnaît qu’il n’est plus possible de vivre à crédit. Alors, il n’y a pas d’autre solution que de regarder la réalité en face et prendre les faits

tels qu’ils sont ; il n’y a pas d’alternative à l’effort, au courage physique et intellectuel, à la volonté, à la ténacité et, plus que jamais, à une cohésion nationale forte. En fait, la France est condamnée à l’excellence. Derrière une image brouillée et parfois négative des Français, il y a le visage d’une France pleine de talents, de générosité, de dynamisme, de fierté. En ces fêtes de fin d’année, nous pensons naturellement à ceux qui servent les armes de la France aux quatre coins du monde. Ils témoignent des plus belles vertus de notre peuple : excellence professionnelle, cohésion à travers l’esprit de corps, solidarité à travers la fraternité d’armes, esprit de sacrifice et fierté de servir. Ils partagent le sentiment qu’exprimait Saint Exupéry dans Citadelle : « tu n’es grand que par l’Empire que tu sers ». Lors d’une récente visite aux blessés qui sont admirablement soignés à l’hôpital militaire Percy, Monsieur Fillon témoignait que « ces blessés lui ont donné un formidable message d’espoir et une très grande leçon de courage ». Souhaitons que, comme lui, les Français perçoivent le même message dans le sacrifice de leurs soldats et qu’ensemble ils fassent de la France cette nation d’exception, généreuse et ouverte, qui suscite à la fois admiration et respect. Henri PINARD LEGRY


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Mot du Président . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 Editorial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 LETTRES ET ARTICLES DE l’ASAFRANCE 1 - Lettres ASAFRANCE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 2 - Documents ASAFRANCE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8 3 - Articles ASAFRANCE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 DOCUMENTATION 1 2 3 4 5

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Libres opinions . . . . . . . . . Informations sur les armées Revue de presse . . . . . . . . . Livres et films . . . . . . . . . . . Courrier des lecteurs . . . . . .

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ACTIVITES DE l’ASAFRANCE 1 - Liste des délégués et correspondants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52 INFORMATIONS GENERALES 1- Pages de liaison ASAFRANCE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

Bulletin trimestriel de l’association de soutien à l’armée française (ASAF) Association loi 1901 déclarée le 27 mai 1983 – JO 57322 ; 18 rue de Vézelay, 75008 PARIS Tél/Fax : 01 42 25 48 43, - site internet : www.asafrance.fr Directeur de la publication : Henri PINARD LEGRY Comité de rédaction : Yves de BLIGNIERES, Marcel BOURGNINAUD, Bruno BRITSCH, Serge GROSCLAUDE, Pierre d’ORNANO, Henri PINARD LEGRY, Bruno THEVENON, Marcel VALENTIN Maquettiste : Gabrielle ROSSO Imprimeur : Centr’Imprim - 36101 Issoudun cedex Tirage : 7 000 exemplaires


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e bulletin souhaite vous apporter une meilleure information et compréhension des questions militaires, de défense et de sécurité à travers l’actualité, l’histoire et avec une vision prospective. Il serait inutile si vous n’en faisiez pas profiter non seulement votre entourage, vos relations mais surtout ceux qui exercent des responsabilités dans la cité. Qu’en est-il aujourd’hui du lien armée nation ? Comment , au nom du recentrage sur le cœur de métier, la guerre, voudraiton réduire les armées à des exécutants et les décharger de penser la Défense ? Vous lirez aussi des articles tâchant de rétablir la vérité sur les combats de 1940 et la débâcle d’une nation, sur la réalité des antennes chirurgicales en Indochine, sur Daguet où les pertes envisagées étaient de 50%, sur les opérations aériennes au Kosovo. Le chapitre « libres opinions » concerne surtout la question récurente de la liberté d’expression des militaires. Pour certains politiques, ce serait évidemment plus simple que les militaires exécutent et ne s’expriment pas. « On ferme sa gueule ou on s’en va. » Les auditions des chefs d’état - major devant la commission de la défense nationale révèle les difficultés importantes auquelles sont confrontées les armées. Le courrier des lecteurs devrait rassembler vos commen-

taires sur le bulletin dans le fond et la forme. Les grands courriers sont reportés dans « libres opinions ». Vous trouverez dans un encart joint à ce bulletin, les activités de l’ASAF. En effet, pour faciliter sa diffusion à l’extérieur du réseau des sympathisants convaincus, il a été débarassé de ce qui n’est pas proprement informations, mais a gardé la liste des délégués et correspondants pour permettre aux lecteurs de trouver les contacts locaux et bien sûr le bulletin d’adhésion . Les articles sont aussi disponibles sur le site de l’ASAF mis à jour quotidiennement, sur lequel figure tous les articles de l’année 2010. Le Conseil d’administration et la rédaction souhaite un joyeux Noël à ses lecteurs ainsi que leurs meilleurs vœux pour la nouvelle année. La rédaction

L’association ne sollicitant aucune subvention de l’Etat, la réalisation de ce bulletin ne se fait actuellement que grâce aux cotisations des adhérents. Une fiche de liaison et d’adhésion figure en fin de bulletin.


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ARMEES : L’URGENCE D’UN EFFORT NATIONAL Lettre N° 10 du 27.10.2010

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omme chaque année, le chef d’étatmajor des armées et les trois chefs d’état-major des armées de terre, mer et air ont été auditionnés par les députés de la commission de la défense nationale. Ces chefs, dont les hommes mènent plusieurs opérations de guerre, présentaient aux élus de la nation l’état des armées, les difficultés qu’elles rencontrent, les engagements militaires en cours, et répondaient à leurs questions.

Comment occulter qu’après l’envoi de 3 avions de patrouille maritime dans le Sahel suite à la prise en otage de plusieurs Français, il ne reste guère plus de 3 appareils de ce type disponibles pour assurer les missions de surveillance maritime qui sont leur première raison d’être ?

Par ailleurs, ces députés, experts des questions de défense, ont pu mesurer la dégradation très importante du niveau d’instruction L’affaiblissement des armées et de formation des forces à l’exception de Malgré les termes convenus habituels dans celles affectées à la dissuasion nucléaire et ce genre d’exercice, les chefs d’Etat-major aux unités engagées en Afghanistan. Mais ont tous fait part des graves problèmes auxpour 95% des armées, c’est aujourd’hui la quels ils sont confrontés. pénurie : diminution du nombre d’heures de vol pour les pilotes, réduction du nombre de En effet, comment taire la disparition progresjours à la mer ou sur le terrain, disparition sive de capacités opérationnelles essentielles quasi complète de l’entraînement des hélitelles que le transport aérien coptères d’attaque et de transtactique dont les avions ont près C’est en fait à une port avec les troupes au sol ; les paupérisation d’un demi-siècle et les hélicopexemples ne manquent maltères lourds sont à bout de po- généralisée des ar- heureusement pas. mées qu’on assiste. tentiel ? C’est en fait à une paupérisaComment dissimuler le faible taux de disponition généralisée des armées qu’on assiste ; bilité de matériels majeurs qui oscille, en elle se traduit au quotidien par une dégradamétropole, entre 50 et 60%, taux anormaletion accélérée des casernements et par une ment bas en raison de leur extrême vétusté et diminution drastique des moyens d’instruction de l’insuffisance des ressources financières dans les unités. affectées à leur maintien en condition ? Dans ces conditions, faut-il s’étonner que les Comment masquer que les coupes budgéjeunes engagés, privés des moyens d’exercer taires remettent en question l’effort annoncé correctement leur métier de soldat, de marin dans le livre blanc et planifié il y a moins de ou d’aviateur, soient moins nombreux à re2 ans afin de remettre à niveau l’équipement nouveler leur contrat initial ? Cette situation de l’armée de terre ? est d‘autant plus préjudiciable qu’elle entraîne


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une rotation accélérée des personnels et un moindre niveau opérationnel des unités, tout en obligeant à un effort considérable de recrutement et de reconversion.

des armées a rappelé les paroles du Président de la République, chef des armées : « la Défense est le fer de lance de notre diplomatie, de notre sécurité et de notre rang ».

Le constat des chefs d’état-major, d’apparence mesuré, est pourtant sans appel pour qui connaît un tant soit peu les réalités du terrain. Par ailleurs, la réorganisation considérable en cours, avec une diminution de 54 000 personnels d’ici à 2015, risque de ne pas générer les économies escomptées. De plus, elle affaiblit la cohésion des formations militaires et déstabilise les armées en séparant la fonction opérationnelle de la fonction soutien. Bref, les réductions budgétaires envisagées pour 2011-2013, risquent de fragiliser davantage les armées.

Force est de constater que les moyens dont dispose aujourd’hui la Défense ne sont plus en cohérence avec les exigences d’une telle réalité. « Les dividendes de la paix », formule médiatico-démagogique chère aux politiciens plus qu’aux hommes d’Etat, ont privé les armées des moyens qui leur auraient permis de placer notre pays en position de leader.

L’urgence d’un effort national Lors de son audition, le chef d’état-major

Si la France veut conserver son rang tant en Europe que dans le monde, elle doit non seulement assainir ses finances publiques ce sera par un effort de tous les Français mais il lui faut aussi cesser de croire qu’elle peut le faire en affaiblissant sa défense.

ARMEE PROFESSIONNELLE, ARMEE DE LA NATION Lettre N° 11 du 10.12.2010

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certains hauts responsables pour les questions et l’institution militaires.

La vie du soldat professionnel est en effet bien différente de celle de son camarade civil. S’il est heureux et fier des succès opérationnels remportés au nom de la France, il souffre de l’indifférence de trop de ses compatriotes et du désintérêt que manifestent

Soldat professionnel Il est d’abord un jeune citoyen, volontaire pour servir les armes que la nation lui confie pour la défendre - selon les termes du contrat - en tous lieux, tous temps et toutes circonstances. La disponibilité est une exigence permanente, la discipline un principe fondamental, la préparation au combat est son quotidien et la guerre demeure sa finalité. Il n’accepte pas les insultes faites au pays pour lequel il est prêt à

a suspension du service national a largement contribué à éloigner les Français de leur armée. Les jeunes générations de dirigeants ignorent dorénavant tout ou presque de cette communauté consacrée au service des armes de la France.


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sacrifier sa vie, ni au drapeau tricolore dont il nité d’armes qui lie chefs et subordonnés ; de couvre le corps de ses camarades tués au coml’extérieur, cette attitude peut-être perçue bat. Il croit encore « que la pire comme un repli sur soi du des choses est de préférer la vie L’esprit de corps ne groupe, un rejet de la société. à l’honneur et pour garder la vie signifie nullement Pourtant, indispensable à la de perdre la raison de vivre ». le rejet de la com- cohésion et vital au combat, munauté nationale l’esprit de corps ne signifie Membre de la communullement l’oubli ou le rejet de civile de laquelle nauté militaire la communauté nationale civile tous les soldats Mais le soldat ne se comprend de laquelle tous les soldats sont sont issus. qu’au sein d’un équipage, d’un issus et que tous rejoindront au groupe, d’un corps. Le collectif prime l’inditerme de leur contrat. vidu ; l’intérêt personnel s’efface au profit du bien commun, de l’intérêt supérieur, le succès Au service de la nation de la mission. L’homme enrichit le corps dans La défense est le premier devoir de l’Etat ; lequel il se fond et dont l’esprit anime l’enseml’armée reste, aujourd’hui comme hier, l’ulble de ceux qui vivent en son sein. C’est animé time recours de la nation. de cet esprit que le soldat affronte, le moment Encore faut-il qu’elle ait les moyens de remvenu, la souffrance et la mort. plir l’ensemble de ses missions dont le but est de garantir l’intégrité du territoire, proCet esprit collectif forgé dans l’effort et le détéger la population et maintenir la liberté de passement se traduit par une véritable fraterla nation.

UNE VERITABLE OFFENSE

Communiqué de l’ASAF du 25 novembre 2010 A l’occasion de la célébration du 92e anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918, deux présidents d’association d’anciens combattants - la FNACA d’une part et l’UFAC d’autre part - ont exprimé ou cautionné des textes qui constituent une véritable offense à cette journée d’hommage, instant privilégié d’unité et de fierté nationales. Comment accepter en effet que le président d’une association d’anciens combattants d’Algérie, la FNACA, ait profité de cette

date pour proposer au Président de la République que le 19 mars 1962, date de la fin des discussions entre des représentants français et du FLN et dont la décision de cessez le feu a été immédiatement reniée par les Algériens eux-mêmes, soit assimilée à l’armistice de la Grande Guerre qui, certes, marquait la fin du conflit mais surtout la victoire des Alliés sur l’Allemagne ? Comment imaginer que le 19 mars, qui marque avant tout le début d’enlèvements massifs,


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de tortures atroces et le massacre de dizaines éloignés de l’intérêt national. Ils constituent de milliers de civils français et algériens, de cependant une injure envers les Français soldats et de harkis, puisse constituer la date morts hier pour la Patrie les armes à la main de la réconciliation entre la France et l’Alet une trahison pour nos soldats engagés gérie ; un tel choix constituerait un véritable aujourd’hui en Afrique, au Liban, au Kosovo déni de mémoire et d’honneur ? et en Afghanistan. Cette date n’a de sens que pour des dirigeants Face à ces déclarations, l’ASAF souhaite associatifs politiquement engagés. Il est diffiqu’une réponse claire et ferme soit adressée cile de croire que les adhérents de cette assopar les dirigeants de notre pays. ciation qui se veut représentative, soutiennent une telle proposition dont l’obElle demande, à l’occasion jectif réel est en fait, de prendes cérémonies du 5 décemVeiller à ce que dre date médiatiquement l’histoire, notamment bre que l’Etat rappelle que militaire, ne soit pas dans la perspective du 50e cette date est la seule journée instrumentalisée ou anniversaire de l’indépend’hommage national aux détournée au profit dance de l’Algérie célébrée le morts de la guerre d’Algérie d’intérêts particuliers. 3 juillet 2012. et des combats du Maroc et de Tunisie et annonce que, Comment croire ensuite que le texte élaboré dorénavant, aucun de ses représentants, par la Commission Permanente Civisme et civils ou militaires, ne participera aux Mémoire de l’UFAC et unanimement avalisé éventuelles cérémonies organisées par par son Bureau National, mentionne que d’autres associations le 19 mars. maintenant, l’association « s’opposait à tout recours aux armes » pour le règlement des Elle demande aussi que le caractère sacré du conflits ? 11 novembre ne soit plus dévoyé. Cette date doit signifier sans équivoque la reconnaisLà encore, comment imaginer que d’anciens sance unanime de la Nation au devoir acsoldats cautionnent un discours rejetant, compli par une génération de Français qui a quand les circonstances l’exigent, le recours porté avec honneur les armes de la France aux armes ? Doit-on laisser les plus faibles se au prix du plus lourd impôt du sang de son faire massacrer sans chercher à les défendre histoire. notamment par la force des armes ? Fallaitil laisser Hitler conquérir le monde ? L’ASAF dont la devise est « mémoire et vérité » De tels propos ne peuvent être tenus que par veillera à ce que l’histoire, notamment milides démagogues irresponsables, aveuglés taire, ne soit pas instrumentalisée ou dépar des considérations et des calculs bien tournée au profit d’intérêts particuliers.


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VOUS AVEZ DIT « LIEN ARMEE-NATION » ? Sujet de discussion récurrent depuis la décision prise en 1996 de suspendre le service militaire, le maintien du lien armée-nation génère plus souvent des propos passéistes que des propositions constructives.

S

’il ne sert à rien de revenir sur le passé, il est pourtant bon de rappeler quelques données sur ce service des armes par le personnel appelé afin de tempérer les arguments des zélateurs de la conscription telle qu’elle existait il y a 15 ans. Certes, ce sont les effectifs importants de nos armées ainsi que l’entraînement minutieux et constant de leurs unités qui ont assuré en partie la crédibilité de notre dissuasion nucléaire par la valeur de test que représentait leur engagement planifié outre Rhin face au Pacte de Varsovie ; l’on peut donc affirmer que notre armée de conscription a contribué à gagner la guerre froide aux côtés des forces alliées et à provoquer ainsi l’effondrement du monde soviétique. La guerre a changé d’habits Dans les années qui suivirent, très vite, la guerre a changé d’habits et des crises nombreuses et protéiformes lui ont succédé. Pour y faire face, dès le premier conflit du Golfe, l’autorité politique a estimé qu’elle ne devait pas envoyer sur le terrain des soldats appelés, le territoire national n’étant pas directement menacé ; cette mesure a été maintenue lors de la crise balkanique avec cependant une dérogation faite aux personnels volontaires pour ces opérations dites de maintien de la paix.

En corollaire, le lien armée-nation est devenu de plus en plus ténu car le pays ne comprenait plus à quoi servait ce sacrifice de 10 mois de vie professionnelle sous les drapeaux puisque les engagements militaires se faisaient sans les appelés et qu’aucune menace avérée n’existait plus à nos frontières. Par ailleurs, les autres formes de service national offraient l’opportunité aux jeunes diplômés d’échapper au service militaire en servant dans des pays en voie de développement au titre de la coopération ou encore en exécutant de véritables stages de pré embauche, souvent rémunérés, dans des entreprises françaises à l’étranger. Pour ceux qui ne voulaient pas s’expatrier, les interventions ministérielles ou parlementaires leur permettaient d’accéder à des emplois militaires sans responsabilité où ils accomplissaient des tâches ancillaires n’ayant aucun rapport avec leur niveau d’études mais préservant leur intérêt personnel et leur confort… Enfin, la concurrence accrue des femmes sur le marché de l’emploi pénalisait les jeunes hommes seuls soumis à cet impôt du temps que constituait l’exécution du service armé. Il était donc grand temps de réformer le service militaire afin de lui faire retrouver ses vertus de creuset républicain. La décision prise en 1996 a été tout autre ; la professionnalisation


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a contraint alors les armées à un changement térieures mais encore plus en cas de menace complet de culture et à des restructurations qui terroriste majeure sur le territoire national, a les ont accaparées jusqu’au départ du dernier conduit à reconstruire avec difficulté un sysappelé en 2002. C’est ainsi que, pendant tème de réserves qui n’est d’ailleurs pas encore cette période, le maintien du lien armée-naarrivé à maturité. A terme, cette mesure devrait tion n’a pas constitué la priorité des travaux contribuer à resserrer les liens entre nos ard’état-major d’autant plus que la cote de mées et la société civile. Encore faudrait-il que popularité des armées rel’engagement des réservistes montait et cela, pour deux Il était donc grand temps soit reconnu par leurs emraisons : d’une part, la con- de réformer le service ployeurs et qu’ils ne soient pas militaire afin de lui faire notation humanitaire des obligés de le vivre dans une retrouver ses vertus de opérations de maintien de la quasi clandestinité et de concreuset républicain. paix plaçait les militaires sacrer la plus grande partie de La décision prise en dans le cœur de leurs com- 1996 a été tout autre . leurs congés à leurs activités patriotes au même rang que militaires. les « French doctors » ; d’autre part et Cette reconnaissance devrait déjà être exigée surtout, la suspension du service militaire de toutes les entreprises qui bénéficient de la supprimait ce temps considéré comme politique d’externalisation menée par le perdu et inutile dans l’esprit de la majorité ministère de la défense et de ses crédits des Français. Ce regain de sympathie pour dans le domaine des équipements ; elle les armées et leurs soldats était-il donc l’expourrait être appliquée dans la logique d’un pression d’un certain soulagement ou la rerapport « gagnant-gagnant ». Le ministère connaissance de leur utilité ? A ce jour, cette de la défense pourrait donner l’exemple en question n’a toujours pas eu de réponse. incitant son personnel civil, tout particulièrement les cadres, à servir dans les réserves ; Cinq années de déshérence en effet, il paraît important que ceux-ci apAu même moment, pendant plus de cinq anpréhendent de l’intérieur les attentes des milinées de déshérence, les réservistes étaient taires d’active qu’ils remplacent afin qu’ils délaissés, voire ignorés, et leurs unités dispuissent se recentrer sur l’opérationnel. soutes très et trop rapidement, générant une Mais dans l’immédiat, il s’agit de tirer parti grande amertume chez ces militaires à temps pour le mieux de l’existant. La montée en partiel, acteurs incontournables du maintien puissance de la réserve opérationnelle pourdu lien armée-nation. Cependant, la prise de rait être accélérée si les formations d’active conscience de l’insuffisance des effectifs de disposaient de noyaux actifs gérant les perl’armée professionnelle, pour faire face à sonnels et les unités de réserve au quotidien l’ensemble des tâches en opérations exà l’instar de ce qui est pratiqué dans les ar-


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mées anglo-saxonnes. La mise sur pied d’une véritable garde nationale doit être envisagée par les armées avant que le ministère de l’intérieur ne le fasse pour ses besoins propres en utilisant les réserves de la gendarmerie. Elle constituerait une alternative pertinente à l’emploi de sociétés militaires privées afin de renforcer ou remplacer les unités d’active tant sur le territoire national que dans les opérations extérieures.

tion d’un contrat de soutien à la défense ; les simples incitations actuelles à occuper des postes de conseillers défense ou à rejoindre les rangs de la réserve citoyenne sont insuffisantes à l’aune de l’investissement lourd et onéreux fait par l’Etat (même si une participation financière est demandée à certains auditeurs ou à leurs employeurs). De telles activités devraient avoir un caractère obligatoire. Malgré la création de véritables déserts militaires aussi bien dans les campagnes Une image faussée Dans un autre ordre d’idées, on constate que dans certaines grandes métropoles, les aujourd’hui les effets de l’arrivée aux plus armées doivent demeurer présentes hautes responsabilités d’hommes qui n’ont physiquement au milieu des Français et téeu aucun contact antérieur avec les armées moigner de leur engagement permanent au ou en garde une image faussée par un service de la France. Pour ce faire, il leur service militaire effectué dans un emploi ne faut saisir toutes les occasions d’aller au decorrespondant pas à leurs capacités. Le vant de leurs concitoyens et ne pas attendre rétablissement d’une forme qu’ils viennent à elles. Dans Saisir toutes les occasions moderne de la défunte IMO le contexte présent, le con(instruction militaire obliga- d’aller au devant de leurs cept des journées portes concitoyens et ne pas toire qui concernait les ouvertes n’est plus adapté ; attendre qu’ils viennent élèves de certaines grandes il s’agit maintenant de à elles. écoles) permettrait à une forcer les portes et les espartie des futurs hauts responsables de déprits en exécutant des opérations d’informacouvrir l’exercice de l’autorité au sein des artion au cœur des villes au lieu de se mées. Ces suggestions peuvent sembler satisfaire de l’accueil d’un public déjà conutopiques ; elles seraient pourtant de nature vaincu dans les casernes et les bases. Les à faciliter les rapports entre les armées, la armées doivent régulièrement se manifester haute fonction publique et le monde de l’enpendant les jours d’affluence dans les agotreprise ; elles éviteraient aussi des césures au ras modernes que sont devenues les galeries sein du ministère. marchandes des centres commerciaux. De De même, il apparaît nécessaire que la la même façon, les déploiements de soldats qualité d’auditeur de l’IHEDN, quel que soit dans tous les arrondissements de Paris et en le type de session suivi, entraîne la souscriprégion parisienne à l’occasion du 14 juillet


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doivent être multipliés à travers la France. A ces différentes propositions, on objectera que ce ne sont que cautères sur jambe de bois. Ce ne sera pas le cas si, de cette manière, l’armée montre et confirme qu’elle est toujours consubstantielle de la nation, qu’elle est réellement au service de notre pays et qu’elle demeure un des ferments de la cohésion nationale. Sauvegarder le lien armée-nation est une bataille vitale pour

l’avenir de la France et de nos armées mais, comme le disait le Maréchal Foch, « une bataille gagnée, c’est une bataille dans laquelle on ne veut pas s’avouer vaincu ».

Marcel VALENTIN, Général d’armée (2s) Administrateur de l’ASAF

LE CŒUR DE METIER ET LES POLITIQUES… Le temps des dividendes de la paix, dans les années 1990, a été celui d’une double évolution majeure pour nos armées et plus singulièrement notre armée de terre : d’un côté, avec la disparition d’un ennemi aux frontières, et une implication croissante dans la gestion des crises sous mandat de l’ONU à connotation fortement humanitaire, a fleuri le concept de « soldat de la paix » ; d’autre part, suite à la mésaventure désorganisatrice de nos forces qu’a constitué, en 1991, le refus d’engager des appelés pour l’opération Daguet en Irak, a été prise en 1996 la décision, éminemment politique et comme en écho des dividendes de la paix, de professionnaliser totalement nos forces armées. Les dérives destructrices du concept de « soldat de la paix » a logique inhérente au concept de « soldat de la paix », déclinée avec le cartésianisme excessif qui est le propre de notre pays et de nos états-majors, a conduit à des dérives telles que, à la différence des anglo-saxons, toute attitude « offensive » de nos unités était proscrite. Cette approche destructrice du métier de soldat s’est traduite par la totale impuissance de nos forces agissant sous bannière de l’ONU. Elle ne pouvait perdurer et, dès 1995, la prise en otage de soldats français

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par les serbes à Sarajevo a incontestablement mis en évidence l’inanité des règles d’engagement imposées à nos unités. Elle a eu, entre autres, pour conséquence de conduire nos autorités à rallier, pour la campagne du Kosovo en 1999, la force de l’OTAN, qui, sous l’égide des anglo-saxons, adoptait des règles d’engagement plus « robustes »… Professionnalisation et recentrage sur la préparation à la guerre La professionnalisation de nos forces a ac-


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centué la nécessité de reconsidérer le mode militaires tout autre statut que celui de « techd’emploi de nos unités et de reconquérir des nicien » de l’emploi des armes et donc les cansavoir-faire en déshérence du fait d’un passé tonner dans la simple exécution des « ordres ». orienté, depuis la fin de la guerre d’Algérie, Ce détournement intentionnel du discours sur sur la seule défensive dans le cadre de la le cœur de métier offre ainsi une justification guerre froide, puis sur l’inopportune à un ensemble terposition timide entre facde mesures et d’attitudes Dénier aux militaires tout tions dans le cadre de la qui, depuis de nombreuses autre statut que celui de « technicien » de l’emploi gestion des crises. Or cette années, visent à amoindrir des armes et donc les professionnalisation était à la place et le rôle du milicantonner dans la simple mettre en œuvre par des taire et de l’institution miliexécution des « ordres ». cadres marqués par leur taire dans la nation et dont culture et leur expérience les principales sont : antérieures : soucieux de créer rapidement • les resserrements successifs du format des une nouvelle culture adaptée aux nou- armées qui affectent en particulier le doveaux enjeux tactiques, le commandement maine de la logistique et du soutien des a préconisé le « recentrage sur le cœur de forces. Ils ouvrent la porte à une externalisamétier », au demeurant d’autant plus tion forcenée de ces fonctions, dont la nécessaire que, les effectifs étant désor- rentabilité est loin d’être avérée et dont nos mais comptés, il s’agissait d’aller à l’essen- amis anglo-saxons, qui l’ont pratiquée avant tiel, à ce pour quoi le soldat est fait, ou, du nous, constatent aujourd’hui les carences en moins, paraît devoir être fait… matière opérationnelle. Cette inflexion majeure a montré sa pertinence dans un contexte opérationnel de plus • l’ouverture à l’administration civile au en plus dur et exigeant, pour lequel a été sein de la défense de nombreux postes de réhabilité le mot tabou de « guerre » que responsabilité auparavant dévolus aux milicertains avaient cru rayé définitivement de taires, permettant par la « civilianisation » de notre vocabulaire avec les fameux dividengratifier cette administration et incidemment des de la paix. d’assurer un contrôle toujours plus étroit de l’outil militaire. Du recentrage nécessaire à la marginalisation accélérée • le déclassement progressif du personnel Malheureusement, ce « recentrage » sur le militaire, aussi bien dans le niveau relative« coeur de métier » a des effets pervers ; il ment bas des échelles indiciaires de solde est utilisé subtilement par les politiques et la dans ses grades terminaux que dans l’ordre haute administration civile pour dénier aux protocolaire accordé aux autorités militaires


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dans les manifestations officielles ou encore dans la diminution constante du nombre des officiers généraux dans l’institution militaire. • la diminution annoncée du recrutement des officiers par le canal des grandes écoles militaires, démarche qui nie le besoin, dans une armée moderne, et pour faire face à la complexité croissante des engagements, de disposer d’un réservoir conséquent de cadres aptes à maîtriser cette complexité et qui augmentera mécaniquement le pourcentage de cadres « techniciens ».

ment, par sa réflexion, à l’examen des grandes options qui conditionnent la vie de notre pays.

L’urgence d’une réaction salutaire Ainsi le nécessaire discours interne sur le « cœur de métier », dans lequel, un peu naïvement, les militaires ont vu initialement la reconnaissance du caractère spécifique et unique de leur finalité, est-il instrumentalisé pour réduire a minima un des piliers de l’état nation. Certes lorsque les questions de défense deviennent annexes dans les préoccupations de nos autorités comme de • la restriction drasnos concitoyens, plus tique de la liberté d’exCantonnés au seul « cœur pression des militaires de métier », les militaires sont concernés par les probdonc déclarés incompétents lèmes de sécurité indidans une société où la sur les options stratégiques viduelle immédiate que communication est un comme sur les sujets par nos engagements impératif fondamental et majeurs qui concernent internationaux, la place la démocratie d’opinion la vie de la cité. occupée par le militaire une référence quotidiendans la cité est appelée à s’amenuiser. A la nement mise en œuvre par nos autorités politiques au nom de la citoyenneté. Cantonnés rétraction de l’outil de défense correspond au seul « cœur de métier », les militaires sont somme toute logiquement celle de l’impordonc déclarés incompétents sur les options tance du militaire dans la cité. Mais l’Histoire stratégiques comme sur les sujets majeurs qui nous enseigne que cet état de fait n’est guère concernent la vie de la cité : ainsi le « devoir durable et que, dans le domaine de la de réserve » , dont on attend toujours une défense d’un pays, la gestion à courte vue définition précise, pour aussi fondé soit-il dès ne peut que conduire à des catastrophes, évitables en préservant certains fondamenlors que le militaire s’exprime au nom de l’Etat et dans le cadre de ses fonctions, est taux au rang desquels le statut du militaire dans la société n’est pas des moindres. dévoyé pour interdire l’expression à titre individuel dans le débat d’idées et, de facto, Jean-Claude THOMANN faire du militaire un citoyen de second rang, Général de corps d’armée (2s) inapte « statutairement » à participer libreAdministrateur de l’ASAF


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1940, UNE FRANCE EN DEROUTE, PAS SEULEMENT SON ARMEE Heureusement, quelques livres récents - dont celui de Gilles Ragache paru en 2009 « La fin de la campagne de France » - réhabilitent le soldat de 1940. Il ne faut pas pour autant continuer d'accuser le haut commandement français d'être le seul responsable de la défaite. C'est ce que trop d'historiens répètent, à commencer par certains militaires qui n'étudient cette histoire que sous l'angle de la tactique et de la stratégie, oubliant même que la stratégie est préparée conjointement par les politiques et décidée par ces derniers.

C

e jugement sert les héritiers des partis mocratie manquant d'hommes d'Etat, les politiques qui ont capitulé plusieurs fois "dirigeants" politiques suivent et flattent devant Hitler tout en ne donnant pas à l'arl'opinion publique. mée les moyens de le vaincre. Cela fait rêver nombre d'électeurs quand on leur parle de Une autre déformation de l'Histoire est de la semaine de 40 heures et des congés condamner tout ce qu'a pu dire et faire Pétain payés, sans leur dire qu'il a fallu revenir sur avant et après la défaite sous prétexte que le les 40 heures peu après les avoir accordées régime mis en place, il faut le rappeler, par parce que les Allemands travaillaient 50 les "dirigeants" civils démissionnaires s'est heures et que les congés payés ont été suivis discrédité en collaborant. Peut-être ne devaitde congés non payés de il pas le dire, mais l'esprit de cinq ans dans les camps de jouissance l'avait effectiveL'armée n'entre en guerre que quand la prisonniers. ment emporté sur l'esprit de politique a fait faillite sacrifice chez la majorité des et que la situation est Le Front populaire ne fut pas Français. Plusieurs romans grave. Ensuite, elle ne le seul responsable. Toute la peut vaincre que si elle des "Hommes de bonne France le fut. Par l'hévolonté" de Jules Romains le est soutenue par une catombe qu'elle a provodécrivent. Cela n'en rend que politique résolue. quée, la victoire à la Pyrrhus plus méritoire le sacrifice de de 1918 a cassé le moral de la plupart des ceux qui ont combattu jusqu'à la fin. Français et aggravé la faiblesse de sa démographie. Le mot d'ordre était "plus jamais la Critiquer le seul haut commandement guerre !". On faisait appel naïvement à la français est donc inexact. C'est oublier que Société des nations comme à une bouée de l'art militaire est difficile. Il fait face à de mulsauvetage. Les anciens combattants n'étaient tiples imprévus. L'armée n'entre en guerre pas les derniers pacifistes. Or, dans une déque quand la politique a fait faillite et que la


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situation est grave. Ensuite, elle ne peut vaincre que si elle est soutenue par une politique résolue. Faut-il ajouter que Gamelin devait son poste à ses relations politiques et qu'il eût mieux valu un autre officier, Georges par exemple ?

cisant : "En cas d'échec, ce sont les militaires qui seront responsables." ?

Est-il normal que les chefs militaires de 1940 aient été discrédités, même Weygand arrivé trop tard comme ReyL'esprit de jouisnaud, tandis que des ministres sance l'avait effecd'avant la défaite - Blum, HerLa bataille de la Marne aurait tivement emporté pu être perdue et finir en sur l'esprit de sacri- riot, Queuille…- sans parler de Thorez le déserteur, allié à déroute. Dans ce cas, Joffre a fice chez la mabien dit qu'il aurait été désigné jorité des Français. l'Allemagne en 1940, ont participé aux gouvernements à comme responsable. Foch avait enseigné avec fougue la doctrine de partir de 1945 ? l'offensive à tout prix, négligeant l'existence de la mitrailleuse. On aurait pu lui reprocher Il ne s'agit pas de défendre une caste d'ofles tués des 17 mois de 1914-1915, aussi ficiers. Il s'agit de ne pas hurler avec les loups nombreux que ceux des 34 mois suivants. et de se méfier de la langue de bois des commémorations officielles. C'est dans l'intérêt Tous les hommes se trompent. On ne pardonne aux militaires que s'ils sont finalement de l'Armée, de la France et de l'Histoire. vainqueurs. Sinon ils servent de boucs émisGénéral (2s) DELARBRE, saires. Faut-il rappeler Mitterrand ordonnant Membre de l’association française d’histoire militaire l'assaut de la grotte d'Ouvéa tout en pré-

LES ANTENNES CHIRURGICALES PARACHUTISTES EN INDOCHINE (2E PARTIE) Dans le numéro précédent, le Médecin en chef J.RENAULT avait présenté le soutien Santé en Indochine et évoqué le Corps Léger d’Intervention(CLI). Il aborde ici les ACP (Antenne Chirurgicale Parachutiste) et leur emploi à Diên Biên Phu.

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ès la formation du CLI à Ceylan, il avait été prévu que les deux équipes radio-chirurgicales rattachées à cette unité soient brevetées para. Une seule l’a été et n’a pas sauté en opération.

Nous avons vu précédemment que le sauvetage de deux blessés graves par une petite équipe chirurgicale parachutée le 06/04/1946 sur la pointe de Camau avait montré l’intérêt de l’aviation sanitaire non


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seulement pour les missions d’évacuation, médecin capitaine) entouré d’un groupe mais aussi pour la mise en place par aéro- d’infirmiers : un sous-officier, infirmiertransport ou aérolargage de personnels major ; un aide opératoire ; un anesthésistesanitaires avec leur matériel. réanimateur ; un instrumentiste ; un Dès le débarquement des troupes de Leclerc stérilisateur ; un ou deux panseurs. à Saigon en octobre 1945, les En fait, au-delà de la spécialité premières formations sanitaires La plupart des de chacun, la répartition des chirurgiens d’anhéritées de la campagne d’Eurôles n’était pas rigoureuse. La tenne étaient des rope sont rapidement abanmédecins-lieutenants polyvalence était d’usage, ce données en raison de leur qui avec l’entraînement au sortant des Ecoles inadaptation à la lutte contre la d’Application . saut contribuait à l’hoguérilla. mogénéité de l’équipe. Elles ont remplacées par deux types de forLa plupart des chirurgiens d’antenne étaient mation : des médecins-lieutenants sortant des Ecoles • d’une part, les équipes chirurgicales mod’Application de Paris ou de Marseille et biles (ECM), structures lourdes à trois ayant choisi cette affectation. chirurgiens, destinées à reconstituer l’infraAprès un passage de quelques mois sur le terstructure sanitaire du territoire au fur et à rain en unité combattante, ces jeunes médecins mesure de sa reconquête jusqu’en 1948. recevaient une formation chirurgicale de trois • d’autre part, les antennes chirurgicales mois dans les hôpitaux de rattachement de leur avancées (ACA), formations légères rapideantenne, à Saigon ou Hanoï. ment mises en œuvre pour soutenir les unités Le Médecin-Lieutenant Hantz, médecin-chef opérationnelles engagées loin des hôpitaux de l’ACP 5, raconte : de l’infrastructure. « Chaque jour, plusieurs dizaines de blessés En 1947, devant la nécessité de recourir à ou de cas chirurgicaux permettaient en la 3e dimension pour soutenir les unités quelques mois de passer en revue tous les isolées en zone ennemie et inaccessibles par secteurs de la chirurgie de guerre et de la voie terrestre ou fluviale, une première antraumatologie. tenne chirurgicale parachutiste (ACP) est Après quelques mois, les patrons nous créée à partir du concept de l’ACA. lâchaient pour pratiquer des actes importants : Organisation ; formation des personnels D’un effectif théorique de 8 personnels pouvant aller jusqu’à 12, l’ACP était dirigée par un chirurgien (médecin-lieutenant ou jeune

parages ; amputations ; trachéotomies ; sutures intestinales…Nos infirmiers d’antenne participaient aussi dans les services chirurgicaux à une formation propre à leur spécialité… …Chaque matin avec mes infirmiers, nous devions effectuer un saut d’entraînement


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pour nous familiariser avec le déploiement 2340 kgs transportable par deux DC3 (un de notre ACP ». pour le personnel ; un pour le matériel). Cette Bien qu’une Instruction ministérielle de dotation de base donnait à l’ACP une audécembre 1946 interdise au Personnel tonomie de fonctionnement de 48 heures et Féminin de l’Armée de Terre (PFAT) l’obtenlui permettait de trier 80 blessés dont 20 tion du brevet para, la présence d’éléments graves qu’il fallait réanimer et éventuellement féminins participant aux sauts opérationnels opérer. des ACP est attestée de 1947 à 1949 avec Déployée en 3 heures, l’antenne pouvait en les infirmières Jeannine Bocquentin et Marie- 24 heures effectuer 4 à 5 interventions lourLouise Rigou, surnommée Miss Parachute. des et 15 interventions légères. Malgré ce barrage administratif confirmé en 1949, plusieurs infirmières parviennent à se Doctrine d’emploi faire breveter et à sauter en opérations au La mission de soutien des deux premières ACP au profit d’unités paramoins jusqu’en 1950. L’ACP d’Indochine, chutées en 1947 et 1948 En 1954, lors de son 2e séjour, formation chirurgiayant été un succès, le comle Médecin de 1ère classe (CLAEO) Valérie André, cale de l’avant, était mandement du GLAP a estimé avant tout une forqu’il fallait les multiplier et perbrevetée para à Bayonne en mation de triage, fectionner leur équipement car 1948 et pilote d’hélicoptère, déployée immédi« en plus de leur efficacité est affectée à l’ACP 4. Elle a efatement en arrière fectué un seul saut opérationnel du poste de secours médicale, elles avaient toujours un effet heureux sur le moral en 1951 sur un poste isolé du du médecin de des combattants ». Haut Laos. bataillon. C’est ainsi que l’on a compté Dotation en matériel et capacité de quatre ACP de 1949 à 1952, puis six en 1953 traitement et 1954 auxquelles il faut ajouter les deux ACP L’équipement matériel de l’ACP fractionnable de l’Armée Nationale Vietnamienne, créées en en charges de 80 kgs était variable selon le 1954 et dirigées par des médecins français. type de mission. Très rustique, il ne comporL’ACP d’Indochine, formation chirurgicale de tait ni appareil de radiologie, ni matériel de l’avant, était avant tout une formation de laboratoire. triage, déployée immédiatement en arrière La dotation de base pesant 1200 kgs était du poste de secours du médecin de bataillon. répartie en dix gaines, dix ballots et dix Son rôle devait se limiter aux actes suivants : paniers en osier. Avec les personnels équipés • Triage et catégorisation des blessés ; pour le saut opérationnel, l’antenne prête au • Réanimation et déchoquage des blessés parachutage représentait une charge de graves ;


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• Traitement chirurgical de sauvetage des extrêmes urgences ; • Mise en condition d’évacuation des blessés vers les formations de l’arrière. Néanmoins, cette doctrine d’emploi élaborée par le Médecin-Colonel Chippaux, chirurgien consultant du Service de Santé d’Indochine, devait se transformer dès que la chaine d’évacuation était interrompue, ce qui était fréquent lors des OAP. Les blessés s’entassaient alors à l’antenne avec le risque vital ou fonctionnel de voir leurs délais préopératoires dépassés. Par exemple : 2 heures pour un garrot avant l’amputation ; 4 heures pour une fracture ouverte ; 6 heures pour un abdomen. Dans ces conditions, l’ACP devenait par la force des choses une formation de traitement mettant en œuvre des techniques, rapides et parfois radicales pour sauver la vie du blessé. Ainsi, comme Dominique Larrey l’avait pratiqué sur les champs de bataille du 1er Empire, les amputations d’urgence

étaient parfois nécessaires en Indochine afin que le blessé, faute d’évacuation possible, ne meure d’une complication septique ou d’un choc traumatique entretenu par le fracas d’un membre. Bilan des ACP Sur plus de cent OAP réalisées au cours des neuf années de la guerre d’Indochine, on ne compte pas moins de 25 parachutages d’ACP au profit d’unités aéroportées ou terrestres. Le bilan d’activité des 28 antennes chirurgicales d’Indochine, ACP et ACM réunies, est impressionnant puisque de 1945 à 1954, elles ont pris en charge 14286 blessés ou accidentés, soit un sixième du chiffre total des blessés et des accidentés du CEFEO et des Etats Associés. Le taux de mortalité postopératoire globale de ces antennes a été de 2,9%, ce qui est un résultat très honorable au vu des conditions de mise en place et d’intervention de ces formations.

LE SERVICE DE SANTE DES TAP A DIEN-BIEN-PHU

E

n octobre 1953, n’ayant pu infiltrer sa division 320 dans le delta, Giap a décidé de reporter son effort sur le Laos. Fort du succès de Nasan, le général Navarre a décidé de barrer la route à Giap en installant une nouvelle base aéroterrestre à Diên Biên Phu Les 20 et 21 novembre 1953 dans le cadre de l’opération « Castor », le GAP1 et le GAP2 ont été largués sur Diên Biên Phu avec l’ACP1 et ont investi le site.

GAP1 : • 6e BPC : méd-lt RIVIER • II/1er RCP : méd-lt Jourdan • 1er BPC : méd-lt Staub GAP2 : • 1er BEP : méd-lt Rondy • 8e BPC : méd-lt De Carfort ACP1 : • méd-lt Rougerie


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Le premier mort de la plus importante OAP portées. A ce moment, les médecins de de la guerre d’Indochine a été le médecin- bataillon avaient eu le temps et les moyens capitaine Raymond, médecin-chef des TAP de d’organiser une infirmerie comprenant une l’Indochine Nord, tué au cours de sa descente salle d’accueil, une salle de soins et des lits en parachute. Tous les jeunes médecins-lieud’hospitalisation. Ceux parachutés plus tard tenants des bataillons paras ont cruellement devront s’installer dans des abris improvisés. ressenti pendant la bataille la perte de cette Faisant office de poste de secours, ces infigure du service de santé au Tonkin qui les firmeries étaient enterrées mais sommaireavaient formés et qu’ils considéraient comme ment protégées. Aussi, la plupart résistèrent leur grand frère. mal à la puissance de feu des canons viets Après remise en état de la piste d’aviation, qui a été une surprise. Seule l’infirmerie du les défenses s’organisèrent 1er BEP a résisté jusqu’à la Le premier mort de la plus à la hâte dans le camp refin de la bataille. En effet, importante OAP de la guerre tranché, véritable ruche où son médecin-chef, le d’Indochine a été le médecins’activaient 10000 combatmédecin-lt Rondy, ancien capitaine Raymond, médecine tants transformés en terde la 2 DB pendant la chef des TAP de l’Indochine rassiers. campagne de France, Nord, tué au cours de sa Le 20/12/53, l’ACP1 a été dirigea lui-même les descente en parachute. relevée par l’ACM 29 travaux de construction de (méd-lt Thuries puis Méd-Cdt Grauwin) qui son infirmerie. Celle-ci, grâce au savoir-faire ne disposait que de 42 lits d’hospitalisation des sapeurs de la Légion, tint bon face au et de 7 lits de réanimation. Elle a été doublée matraquage de l’artillerie viet. fin février 54 par l’ACM 44 (méd-lt Gindrey) Le médecin de bataillon pour constituer à elles deux l’antenne cenRelevé par les brancardiers et les infirmiers trale du camp. La direction opérationnelle de l’ensemble du d’unité, le blessé était pris en charge à l’indispositif santé a été confiée au médecin-cne firmerie de bataillon où le médecin après Le Damany, médecin-chef du GM9, qui était l’avoir examiné, lui dispensait les premiers le médecin d’active le plus ancien du camp soins et établissait la fiche médicale de l’aretranché, le médecin-cdt Grauwin étant vant pour l’orienter vers une formation chirurgicale. sous contrat au titre du CAFAEO. Début mars 1954, à la veille de la bataille, Le plus urgent pour le médecin de bataillon la garnison de Diên Biên Phu comptait était de repérer les blessés en danger de 10871 hommes avec deux bataillons paras mort imminente et de tenter de les sauver par en réserve (le 8e Choc et le 1er BEP), les autres quelques gestes rapides et efficaces : • aveugler la plaie béante d’un thorax soufflant ; ayant été relevés par des troupes aérotrans-


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soin chaque jour d’un ravitaillement de 9 kg, soit pour une garnison de 10000 hommes, une livraison quotidienne de 100 tonnes venant d’Hanoï. Dans l’autre sens, cette piste était le point de départ incontournable des blessés à évacuer. Supprimer la piste, c’était asphyxier le camp. Giap l’avait bien compris en faisant de cette piste la cible privilégiée de son artillerie (à l’abri des coups de la nôtre) et en opposant le feu de sa DCA au ravitaillement par parachutages.

• maîtriser une grosse hémorragie artérielle par un garrot ou une compression ; • appareiller sommairement un fracas de membre, source de choc intense. Dans tous les cas, soulager la douleur avec la morphine, rassurer, et ramener le calme dans le confort relatif d’un brancard. En raison de l’afflux massif de blessés et de l’impossibilité de les extraire de la cuvette après le 27 mars, les médecins de bataillon ont dû réaliser sur place de très nombreux actes chirurgicaux : amputations distales ; parages ; incisions d’abcès ; voire trachéotomie. D’autre part, dès leur réveil, les blessés opérés dans les antennes étaient rendus aux médecins de leur bataillon qui ont assuré les soins post-opératoires.

Les tentatives d’aération et de reconnaissance menées jusqu’en février autour de la cuvette ayant échoué, les points d’appui ont été étranglés par un réseau de tranchées de plus en plus serré.

Le poumon de Diên Biên Phu La piste d’aviation était le poumon du camp retranché. En effet, chaque homme avait be-

Le colonel de Castries avait parfaitement résumé la situation de ce piège mortel par la formule : « Diên Biên Phu, c’est Verdun sans la Voie Sacrée ».

LES HEROS DU GOLFE Yves DERVILLE, officier général (2s) et ancien chef de corps de la division DAGUET conte ce que fut l’expédition en Arabie Saoudite puis en Irak, une épopée couverte de gloire. Après des mois de préparation, tous les objectifs fixés furent conquis au cours d’un formidable raid de cent heures.

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eux morts et vingt-cinq blessés furent à déplorer lors de cette action … tribut trop lourd à mon humble avis même si la théorie du « zéro mort » n’est que pure utopie ! J’avoue mon immense fierté, encore aujourd’hui, d’avoir pu épargner la vie des 1500 légionnaires, cavaliers, parachutistes, artilleurs, sapeurs et autres soldats de métier qui furent sous mes ordres lors de cette at-

taque... C'est mon plus grand motif de satisfaction, n’en déplaise à ceux qui pensèrent et pensent toujours, hélas pour eux, que seules de lourdes pertes humaines traduisent le sérieux et l’intensité d’un conflit … De plus, quelques esprits chagrins voire jaloux, qui bien sûr ne participèrent pas à l’engagement, qualifièrent notre offensive éclair de « promenade de santé », voire de « simple


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opération de police » pour ne rester que nos modestes effectifs, d'une grande partie dans les expressions "militairement cor- des équipements de toute nature (et les plus rectes"; ce à quoi il est simple de répondre modernes) dont disposaient à l'époque l’arselon la formule héritée de nos anciens (les mée de terre et le service de santé. Ainsi, vrais, eux) : « instruction difficile, guerre lorsque le général Mouscardes me confia le facile »… Je dois le reconnaître, nous 17 janvier 1991 (jour de l’attaque aérienne avons consacré à l’instruction, au « drill », massive de l’armée américaine en Irak) la des milliers d’heures acharnées et passion- mission d’éclairer la progression de la division entre notre zone de stationnement du nées. moment et Rafah, bourgade située 300 kiloDe surcroît nous avons eu l’honneur de mettre le pied à l’étrier à nos frères d’armes de mètres plus à l’ouest, il renforça pour l’occasion mon régiment d’un la 9e DIMa et aux autres escadron Sagaie (afin d’éformations de l'armée de « Instruction difficile, guerre facile »… Nous clairer au plus près) et terre venus renforcer la diavons consacré à d’une escadrille d’hélicopvision dès les premiers l’instruction, au « drill », tères légers Gazelle (afin jours de 1991 afin de des milliers d’heures d’éclairer un peu plus mener ensemble l’offensive acharnées et passionnées. loin)… Avec de tels finale ! Alors pourquoi s’émoyens servis par des tonner, voire reprocher à l’heure du bilan, le peu de « casse » humaine hommes surentraînés, il eut été impensable et matérielle ? Que n'aurait-on entendu de la et surtout impardonnable d' être surpris par un ennemi quelle que fut sa posture du mobouche de ces mêmes censeurs sur notre "impréparation et notre amateurisme" s'il avait ment ! Entraînés et bien équipés, conscients de notre fallu aligner les cercueils ? force mais respectueux de celle de notre adversaire, nous avons parfaitement rempli Rien ne fut trop beau Mais l’instruction aussi poussée qu’elle ait notre mission. Nous avons été récompensés, été ne pouvait à elle seule expliquer un tel trop au gré de certains, mais nous n’avons succès, d’autant que nous devions affronter rien demandé. la 45e division d’infanterie irakienne, spécialiste du combat NBC, qui avait infligé peu Un sac de conditionnement postde temps auparavant d’effroyables pertes à mortem…pour deux hommes. l'armée Iranienne. En fait, nous avons eu la Nous nous sommes contentés de recevoir et chance d’être parfaitement équipés, si ce de porter les médailles que les autorités n’est suréquipés, lorsque débuta l’offensive… compétentes sans doute rassérénées par le Rien ne fut trop beau à l’époque pour la Di- dénouement heureux d’un conflit à l'issue vision Daguet, y compris un soutien santé très incertaine au départ (il suffit de relire un colossal, aussi bien dans le désert qu’à instant les journaux de l’époque) avaient déRyad : je pense que nous fûmes dotés, avec cidé de nous accorder ! Il me semble utile de


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rappeler qu’au passage de la frontière après l'action n'avait été accordé par notre irakienne le 24 février 1991 à l’aube, nous Nation à ses soldats projetés loin du pays. disposions d’un sac de conditionnement Un détachement interarmées Français parpost-mortem…pour deux hommes, soit un ticipa même à la grande parade « historique » à New-York le 10 taux de pertes prévisionnel pour le moins peu opti- Jamais un tel soutien, juin 1991 sur Broadway avant, pendant et marquant l’importance acmiste...de cinquante pour après l'action n'avait cordée par les Etats-Unis à cent. A l’instar des légions rentrant à Rome nous avons été accordé par notre notre présence à leurs côtés, Nation à ses soldats en particulier au sein du 18e été triomphalement accueillis dans nos garnisons, après projetés loin du pays corps d’armée. La descente avoir reçu du pays tout entier des Champs-Elysées le 14 entre Noël et le retour en France des milliers juillet fut l’apothéose de l’opération expride colis et des dizaines de milliers de lettres, mant une fois de plus la reconnaissance, le tous plus émouvantes les unes que les autres. soutien et l’admiration de tous les Français Jamais un tel soutien, avant, pendant et envers leurs « héros du Golfe ».

LES OPERATIONS AERIENNES AU KOSOVO DE 1999 Dans une note très documentée, le chef des éléments aériens français de l'opération « Allied Force », fait part de son expérience des opérations aériennes de 1999 qui devaient contraindre la Serbie à évacuer le Kosovo.

L

e choix des cibles, comme ce fut déjà le cas durant la guerre du Vietnam, faisait l'objet d'un contrôle très strict du pouvoir politique. Deux exemples en donnent l'illustration: l'attaque des ponts sur le Danube au centre de Belgrade et celle du terrain de Podgorica au Monténégro. S'agissant des ponts du Danube, le Président Chirac s'est vivement opposé à leur destruction qui aurait causé des dommages insupportables aux populations mais aussi profondément perturbé la circulation sur le Danube véritable cordon ombilical reliant de nombreux pays d'Europe centrale. A contrario, l'attaque du terrain de Podgorica, capitale du Monténégro, par les Mirages

2000D refusé initialement par Paris pour des raisons de stratégie politique, fut néanmoins réalisé sur l'insistance du commandement militaire qui voyait une grave menace dans cette plateforme aérienne, à quelques minutes de vol des aérodromes et des avions de combat de l'Alliance stationnés en Italie. La partie militaire finit par convaincre Paris et les Mirages 2000D accomplirent leur mission avec succès. La confiance réciproque tout au long de la chaine qui relie le Président aux exécutants est donc indispensable. Pour les opérations en temps réel, le contrôle de l'emploi des forces aériennes diffère sensiblement. L'autorité sur place bénéficie


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d'une appréciation de situation très complète qui lui permet d'autoriser un tir si nécessaire en toute connaissance de cause et dans le strict respect des consignes édictées. La réussite du ciblage, dépend aussi essentiellement de « buts de guerre » poursuivis par la coalition clairs et communs. Ce qui n'était pas le cas pour « Allied Force » et a conduit à de fortes tensions entre les appréciations européennes - ou au moins françaises - et celles des Américains. Tout en laissant des espaces de manœuvres regrettables à Milosevic. Dans le domaine des capacités, Les forces aériennes nationales ont fait face à trois obstacles majeurs dont quelques-uns ont pu être oubliés aujourd'hui. Le premier concerne la menace agressive et très mobile des missiles sol-air serbes, qui a posé d'importants problèmes tout au long de la campagne. Si un jour les forces françaises devaient être engagées face à ce type d'armes redoutables, nous connaîtrions à nouveau de graves difficultés. Il semble donc important de se pencher rapidement sur ce sujet au plan européen par exemple et bâtir des concepts d'opérations au travers d'une collaboration entre plateformes pilotées et drones au moyen de réseaux d'échanges d'images et de données. La mauvaise météo ensuite. Pendant tout le mois d'avril elle a particulièrement gêné les missions de bombardement. S'agissant de la menace anti aérienne une solution intéressante consisterait à utiliser des munitions air sol propulsées permettant d'être tirées à distance de sécurité. Ces munitions devraient être également intégrées dans un réseau re-

liant les capteurs aux chasseurs/drones et les centres de commandement pour bénéficier des coordonnées précises et réactualisées en vol des batteries de tir adverses. Enfin la planification exclusivement aérienne de cette campagne par ailleurs annoncée « urbi et orbi » était trop prédictive. Faisant durer ce conflit pendant plus de 2 mois et demi, il est clair, aujourd'hui, qu'une action complémentaire avec des forces spéciales engagées au sol ou avec les forces de l'UCK (d'ailleurs fait à la fin de l'opération, tout du moins en partie) pour faciliter la désignation des objectifs, aurait fait gagné beaucoup de temps. Dernier point, comment faire pour peser au sein d'une coalition ? Le Livre blanc n'est pas suffisamment clair à ce sujet. Il faut posséder les capacités d'une « nation-cadre ». Elles sont au nombre de trois : des forces d'un volume de 20% minimum de l'effectif allié total, des capacités de projection autonome. La troisième capacité, primordiale, concerne les centres de commandement et de conduite (C2). Si nous voulons peser dans une coalition, il faut disposer d'officiers très entraînés pouvant par leur expertise peser au sein de toutes les structures d'un C2, qu'elles soient de renseignement, de planification, ou de conduite. Au Kosovo le savoir faire rare et reconnu de nos officiers nous a donné une véritable crédibilité auprès des alliés et une influence certaine en appui d'autres capacités que nous avions pu offrir à la coalition : capacités complètes de l'armée de l'Air, mais aussi de l'Aéronautique navale. Jean-Patrick GAVIARD, Général de corps aérien (2s), Consultant air, Administrateur de l'ASAF


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Le chapitre « libres opinions » débute par cinq courriers sur le devoir d’expression, suite à la « lettre de l’ASAF » du numéro précédent. En particulier, il présente la réaction d’un élu du peuple, Monsieur Nicolas Dupont Aignan, député de l’Essone. Nous devons nous en réjouir car celà prouverait que le but est atteint et que le bulletin de l’ASAF touche le lectorat visé. Nicolas DUPONT-AIGNAN Député de l’Essonne, Maire d’Yerres, Président du Val d’Yerres, Communauté d’agglomération

Le 10 août 2010

Monsieur Henri PINARD LEGRY Président de l’Association de Soutien à l’Armée Française 18 rue de Vézelay, 75008 Paris Monsieur le Président, J’ai bien reçu votre courriel et la lettre de l’association de soutien à l’Armée Française consacrée au « devoir d’expression des militaires ». Partisan d’une France forte et maître de son destin, je considère notre armée comme un élément de fierté et un pôle de solidarité irremplaçable et à ce titre, je n’ai jamais caché mon opposition à son retour au sein de l’OTAN. Cependant, vous me permettrez de ne pas vous suivre lorsque vous suggérez que les militaires s’expriment sur les opérations stratégiques ou sur les questions de société. Ce n’est pas – tant s’en faut – lui dénier compétence, expérience et éthique que de souhaiter que l’Armée demeure au service du pouvoir politique, tel qu’issu du suffrage démocratique et reste soumise au devoir de réserve. Ciment de la République, l’Armée ne fait pas partie des 3 pouvoirs qui la composent. Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments distingués.


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Général (2S) Henri PINARD LEGRY Président de l’ASAF

Paris le 26 août 2010

Monsieur le Député ; J’ai bien reçu votre courrier du 10 août en réponse à la lettre de l’ASAF relative au devoir d’expression des militaires. Je suis sensible au fait que vous ayez pris le temps de la lire et de m’avoir fait parvenir votre position sur ce sujet. Je suis cependant surpris par les arguments que vous développez pour justifier cette position. En effet, il semble que dans votre esprit, le fait qu’un militaire expose publiquement une réflexion ou une thèse argumentée dans un de ses domaines d’expertise, par exemple sur les « opérations stratégiques » ou des questions de société présentant un intérêt militaire, place ce militaire en marge du service dû au pouvoir politique ! En outre vous affirmez que les militaires n’auraient pas à s’exprimer du simple fait que l’armée n’appartient pas aux trois pouvoirs de la République. Il n’est en aucun cas dans mon intention de rentrer dans une quelconque polémique mais je pense que ces arguments ne résistent pas à une analyse, même rapide. En effet : - Il n’est naturellement pas question d’appeler à l’insubordination des militaires dans l’exécution des missions qui leur sont confiées. Les onze années que j’ai passées dans les rangs de la Légion étrangère m’ont conforté dans l’absolue nécessité d’une très grande discipline dans l’action ; mais cette même Légion m’a également montré et prouvé toute la richesse que l’on peut tirer des compétences des uns et des autres. Il appartient toujours au chef, quel qu’il soit, de rechercher l’expertise, de solliciter des avis argumentés avant de décider à partir de ces contributions souvent éclairantes et pleines de bon sens. - Alors que vous vous réclamez fréquemment du Général de Gaulle, pensez-vous que la parution de son ouvrage « Vers l’armée de métier » desservait la République ? - Faut-il appartenir à un des trois pouvoirs pour s’exprimer sur des sujets où l’on peut apporter non seulement une expertise mais aussi une réflexion mûrie par 30 ou 40 années d’expérience, de pratique du métier à des postes de responsabilité ? Il suffit de regarder la télévision, internet, les réseaux sociaux et lire la presse pour se rendre compte que trop de gens s’expriment sur des questions stratégiques sans avoir de réelles compétences.


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- Il va sans dire que les états-majors sont très au fait des réalités, mais il n’est pas inutile que des voix s’expriment librement sans contrainte hiérarchique sous réserve naturellement que les positions éventuellement non conventionnelles soient exprimées dans le respect absolu de l’éthique militaire. C’est pourquoi, à mon sens, la nation a tout à gagner du développement d’une expression libre des militaires. Elle contribuera, n’en doutons pas à sensibiliser davantage nos compatriotes aux questions de défense. Votre réponse, dois-je l’avouer, me semble en fait révéler de votre part une attitude d’interdiction totale. Elle consiste à refuser à l’armée, notamment à travers ses cadres, toute expression publique, à la réduire à la seule mise en œuvre des armes qui lui sont confiées et à ne jamais sortir du strict champ de l’exécution pratique. C’est du gaspillage de compétence, et cette position n’est plus tenable aujourd’hui d’autant que notre pays a besoin de tirer le meilleur parti de toutes ses ressources. Il serait trop long de développer les arguments par écrit. Si vous le souhaitez nous pourrions le faire au cours d’un entretien. Compte tenu de l’intérêt que présente ce sujet pour nos adhérents et ceux qui s’intéressent aux questions de défense - près de 3 millions de Français en âge de voter -, j’ai prévu de mettre sur notre site internet www.asafrance.fr, le texte de votre réponse à la suite de la lettre de l’ASAF. J’y ajouterai les éventuelles réactions qu’elle pourrait susciter et que notre comité de rédaction jugerait les plus pertinentes. L’ASAF a pour règle absolue de s’assurer que les textes qui figurent sur son site sous le titre « libres opinions » soient toujours courtois, argumentés, et signés. Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’expression de ma haute considération.

MESSIEURS LES POLITIQUES, ENCORE UN EFFORT !

D

écidément voilà un représentant du Peuple qui traite de manière bien désinvolte et laconique de l’expression des militaires dans une société démocratique moderne. Ainsi donc, selon lui, puisqu’ils ne sont ni membres de l’exécutif, ni parlementaires, ni

partie au pouvoir judiciaire, ils seraient tenus au silence, leur parole étouffée, réservée au secret des états-majors d’une éternelle grande muette, dont on comprend bien que Monsieur Dupont Aignan la préfère au garde-à-vous et réduite au rôle d’exécutant.


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Alors que la situation de sécurité de la planète semble ignorer que les temps changent, ne est en plein bouleversement, que les nouvelles mériteraient pas tant de commentaires, s’il menaces, dites « asymétriques », ébranlent n’était pas lui-même membre de la Commisles certitudes stratégiques, que le terrorisme sion de Défense et des Forces Armées de suicide continue de faire des ravages dans l’Assemblée Nationale, et surtout, si nous nombre de zones instables, et que montent n’avions pas la sourde impression que le les risques liés aux déséquilibres planétaires, refus fermé qu’il exprime traduit aussi la rétiaux migrations et aux tensions sur l’eau et les cence des élites de la République face à la ressources, un élu de la République, figé dans parole publique des militaires. une conception rigide d’un autre âge des rapports entre le pouvoir politique et l’armée, Entendons nous bien. Nous sommes tous très voudrait interdire à ceux, dont c’est préciséconscients que, dépositaires de la violence ment le métier, d’exprimer publiquement leurs d’Etat, et chargés de la mission hautement réflexions sur des questions sensible de mettre en œuvre Un élu de la auxquelles le Monde libre, les armes de la République, République, figé dans dans son ensemble, peine à les membres des forces arune conception rigide trouver la réponse. d’un autre âge des rap- mées sont tenus de pondérer leur expression. Mais si la ports entre le pouvoir politique et l’armée. A l’ère de l’information France n’est pas le seul Etat planétaire, les militaires démocratique confronté à seraient muselés et tenus en marge des dé- ces contradictions, elle est probablement l’un bats qui agitent le paysage médiatique, de ceux où les militaires éprouvent le plus de alors que l’opinion publique, sans cesse difficultés à participer à un débat public sur sollicitée par les instituts de sondage, re- les sujets d’intérêt national qui les concernent layée par Internet, Twitter et Facebook dis- au premier chef. tille ses jugements sur tous les sujets. Le Récemment un officier de gendarmerie a été, pouvoir se priverait ainsi des analyses, avis par une mesure sans précédent dans notre et suggestions de ses militaires, alors même armée depuis plus d’un siècle, rayé des qu’il se laisse tyranniser par la vox populi cadres par un décret présidentiel parce qu’il et que s’expriment, venant de toutes parts, exprimait ses vues sur la réforme de l’institudes voix autorisées ou non, dont l’insistante tion à laquelle il appartient. Peu après le rumeur diffuse bien souvent plus d’émotion Général Directeur du Collège Interarmées de que de réflexion argumentée. Défense, pourtant dédié à l’étude et aux réflexions libres, au profit des futurs cadres Au fond, la faiblesse du propos et la désinde haut niveau, a été menacé de sanction volture affichée par ce parlementaire, qui par le ministre de la défense parce qu’il s’in-


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terrogeait sur la stratégie et les hésitations de la Maison Blanche et de l’ISAF en Afghanistan. L’intimidation exercée contre un officier général, par ailleurs connu pour la pertinence de ses analyses et de ses réflexions, était d’autant plus insolite que son propos se contentait de faire écho au débat en cours aux Etats-Unis, où la parole publique des militaires est bien plus libre.

tenus en France les membres des forces armées, il est temps que les élites politiques françaises acceptent de moderniser leur conception de la liberté d’expression des militaires et cessent de se réfugier derrière leur vision paralysante et dépassée du « devoir de réserve » pour prétendre les bâillonner. Le débat public sur les questions de sécurité y gagnera probablement en richesse et en pertinence.

Quelles que soient les raisons historiques et culturelles de l’ostracisme dans lequel sont

François TORRES, Officier général (2s)

LE DEVOIR D'EXPRESSION

I

l y a parmi nos camarades d'active de nombreuses belles plumes. L'ASAF peut constituer une excellente structure d'accueil pour cette élite militaire. Il nous appartient à nous les Anciens d'encourager les jeunes au devoir d'expression. L'appel formulé dans la lettre du 10/8 en est un très bon exemple. Je trouve cette notion de devoir bien adaptée à la spécificité militaire. Le métier des armes impose au soldat, et tout particulièrement au chef militaire, de se préparer à affronter des situations difficiles, à faire preuve de courage physique et moral bien sûr, mais aussi intellectuel. En effet le chef a le devoir de s'instruire, de se perfectionner, d'assumer ses responsabilités de commandement vis à vis de ses supérieurs et de ses subordonnés. Le courage intellectuel Il doit savoir correctement s'exprimer pour se

faire comprendre, pour donner son point de vue. Il a le devoir de s'engager lorsqu'il n'est pas d'accord avec une option envisagée, quitte à ne pas suivre l'avis de la majorité au sein d'un état major, à déranger, à perturber l'autorité qui doit prendre une décision. Ce courage intellectuel est d'autant plus fondamental que la conviction personnelle est forte. Il faut avoir le courage de déplaire pour essayer de convaincre de la justesse de son opinion lorsqu'on estime qu'elle peut contribuer à la réussite de la mission, à la diminution des risques dans l'engagement des forces. L'exercice du commandement est exigeant, il nécessite un entrainement intensif. Plus la place tenue dans la hiérarchie est élevée, plus grande est la nécessité de s'exprimer, de prendre ses responsabilités vis à vis des autorités politiques, des hauts responsables militaires, des forces placées sous son commandement.


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Alors pourquoi ce devoir d'expression pratiqué normalement au sein de l'institution militaire pour le succès des Armes de la France, dans le cadre de la préparation ou l'exécution des opérations militaires, ne serait-il pas encouragé par le pouvoir politique pour permettre aux élites militaires de participer ouvertement aux débats concernant la défense, la sécurité et de manière générale la cohésion nationale ?

mière des insuffisances, des lacunes, des erreurs, des infamies, des mensonges, des contre vérités, même si le langage tenu n'est pas tout à fait orthodoxe.

Un devoir d'exprimer publiquement Il va sans dire que la discipline intellectuelle reste de règle dans l'exercice du métier. En particulier, lorsqu'il s'agit de s'exprimer sur un conflit en cours (je pense spécialement à l'Afghanistan) la solidarité à l'égard de Dés qu'il s'agit de débats publics se pose la ceux qui combattent au nom de la France question du devoir de réserve, lié au statut exige, à mes yeux, un devoir de réserve de des militaires justifié par la spécificité du ceux qui sont " à l'arrière". Le soldat a besoin de se sentir soutenu sur le terrain dans métier des armes. Je suis de ceux qui estiment que le militaire son combat mené au nom de la France. C'est tout le sens de la "supd'active n'est pas un citoyen plique" du capitaine de "ordinaire". Dans l'intérêt Permettre aux élites Cointet qu'il a considéré de la communauté namilitaires de participer comme un devoir d'exouvertement aux tionale, il ne doit pas être primer publiquement. débats concernant la mêlé publiquement aux défense, la sécurité et Quittons nos jeunes camadéclarations et manifestarades, pour parler maintions à caractère politique de manière générale la cohésion nationale. tenant des Anciens. Dans le ou syndical. Cette restricdomaine de l'expression tion ne lui interdit absolument pas d'exprimer en privé ses opinions écrite ou orale nous disposons bien évidemment, d'une marge de manœuvre comme tout autre citoyen. supérieure à tout militaire en activité. Au service de son pays, le soldat doit touPour autant je considère que nous devons jours faire preuve d'une grande rigueur innous appliquer une règle de conduite simitellectuelle. laire à celle que j'ai décrite précédemment. Il ne s'agit pas d'essayer de briller pour satisfaire son ego, ni d'étaler des états d'âme ou Donnons l'exemple. Il y a, à mon sens, trop d'irresponsables, qui n'étant plus aux affaires, des ressentiments. disent n'importe quoi. S'écartant de toute règle déontologique, ils perdent le sens de la mesure Il s'agit de donner un point de vue solidement argumenté, s'appuyant sur des faits et de l'intérêt général. En agissant ainsi, des concrets et débouchant sur des conclusions hommes de qualité, qui ont rendu de précieux services dans le passé, ne facilitent pas la tâche constructives. des responsables militaires du moment. Je En respectant ces principes, le militaire dedirai même plus, ils sont nuisibles. vrait, sans crainte de sanction, pouvoir formuler sur la place publique ses observations, Essayons de rester des modèles pour l'armée d'aujourd'hui. même si celles-ci conduisent à mettre en lu-


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Parvenus à l'heure des bilans, certains se lancent dans l'écriture pour témoigner. Cette démarche légitime, si elle est sincère, est utile pour soi et constitue un moyen de transmettre la mémoire. Elle devient un devoir d'expression lorsqu'il apparaît indispensable de se défendre face à des accusations insupportables, tout particulièrement lorsque le pouvoir politique n'assume pas ses responsabilités, en évoquant la raison d'Etat ou par simple mépris. Le livre "opération Turquoise" de J.C Lafourcade et celui tout récent "grotte d'Ouvéa" de J.Vidal

dont je conseille vivement la lecture répondent à cette obligation. Ne nous laissons pas malmener ou manipuler par des journalistes sans foi, ni loi. Ne soyons pas de vieux aigris. Gardons la fraicheur d'esprit de la jeunesse. Restons fidèles à nos valeurs. Conservons le sens des responsabilités et de L'HONNEUR. Jean-Pierre SOYARD, Officier Général(2s)

INFANTILISME DEMOCRATIQUE CONTRAIGNANT AU SILENCE Dans sa réponse à la lettre de l'ASAF concernant le droit d'expression des militaires sur des affaires stratégiques, M. Dupont Aignan dénie celui-ci aux Armées au motif qu'elles ne font pas partie des trois pouvoirs. En, clair les Armées sont au service du pouvoir politique et hors du droit de réserve, elles doivent se taire. Je crains d'ailleurs que son opinion soit partagée par une bonne partie de la classe politique. Ainsi cet élu de la nation craindrait qu'un militaire ait des idées alors qu'on entend dans la société civile des per-

sonnes largement incompétentes et parfois élues, s'exprimer sur ces sujets. Cette position d'un autre âge, est d'autant moins justifiée que les militaires sont engagés dans des opérations réclamant une intelligence allant largement au-delà de la science militaire. Il est sain que des officiers expriment leur point de vue sur ces domaines sensibles et ne soient pas maintenus dans un infantilisme démocratique contraignant au silence. La position de M. Dupont - Aignan donne envie d'inverser la maxime « cedant arma togae ». Bruno LE FLEM, Officier général(2s)


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DIMANCHE VERS 16H, GARE DE PERRACHE À LYON, UN TGV VERS PARIS Dans le hall des bandes désœuvrées dans leurs uniformes, casquettes et joggings rutilants. Au même endroit, des jeunes prenant le train avec leurs sacs camouflés, d’aucuns tenant même un treillis sortant du pressing à la main. Quelques jours plus tard, le centre de Lyon est l’objet d’affrontements très violents. En Afghanistan, d’autres jeunes tutoient la mort au quotidien. La différence ? D’un côté une jeunesse abandonnée, de l’autre la même jeunesse, mais on lui a donné un "sens" à sa vie. Chaque année, des milliers de jeunes quittent à 16 ans notre système éducatif, sans rien, nombreux étant à la limite de l’illettrisme et de l’analphabétisme. Un phénomène qui perdure depuis des dizaines d’années, des discours magnifiques, mais rien de concret pour donner de l’espérance à ces jeunes français. La responsabilité de notre génération "post soixante huitarde" est écrasante ! Quel avenir leur donnons-nous ? Quel échec ! Avant hier, on se battait dans le centre de Lyon. Au même moment, dans l’indifférence absolue, un détachement du génie rentrait d’Afghanistan avec cinquante pour cent de pertes, tués et blessés. La différence ? L'éducation !

Les règles essentielles de vie en communauté : dire bonjour, au revoir, respecter l’autre et sa différence, … etc. C’est d’une telle simplicité que tout le monde l’a oublié, par laxisme et théories les plus fumeuses niant le simple bon sens ou ajoutant, couches sur couches, des principes de précaution. Notre système éducatif tient là une responsabilité première et écrasante ! Personne n’a le courage de le dire. L’éducation, c’est l’homme debout, c’est l’homme construit, c’est l’homme dans sa totale dignité d’être humain. Amour ! Pourquoi un jeune Français meurt-il en Afghanistan ? La France, le drapeau tricolore, non foutaises ! Il meurt pour son copain, son sergent, son lieutenant, son colonel. Pourquoi ? Parce que, lorsqu’on tutoie la mort au quotidien, il se crée une alliance sacrée. Cela s’appelle tout simplement l’amour. Les jeunes qui se battent à Lyon, ceux qui acceptent le risque de la mort en Afghanistan sont les mêmes. Les premiers ont été abandonnés, les seconds ont été éduqués et sont aimés. Antoine LECERF, Officier général


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A PROPOS DE LA PLACE DU MILITAIRE EN FRANCE Le chef de bataillon Thomas BERTREUX, stagiaire au Collège interarmées de Défense, a publié dans la rubrique « libres opinions » de la Revue de la Défense Nationale un remarquable article intitulé « La chute ? La place des militaires en France ». Il entendait répondre au pessimisme de ses pairs par une analyse plus équilibrée de la réalité. Sa démonstration, brillante, lui vaut cette courte réponse, elle aussi publiée par la RDN.

N

otre propos n’est évidement pas de faire la fine bouche à la lecture de l’article de Thomas Bertreux paru dans libre opinion de la RDN. C’est un texte de qualité qui montre les excellentes dispositions de l’auteur sur un sujet délicat et difficile à traiter pour un jeune officier d’active, catégorie dont on persiste à penser qu’elle ne s’exprime pas assez avec suffisamment de force et d’indépendance. Poser la question de la chute de la place du militaire en France se comprend parfaitement, y répondre par la négative est la responsabilité de l’auteur, la démonstration quant à elle est plus discutable. On peut effectivement On peut effectivement se poser la question de savoir si le soldat est aussi mal considéré qu’il veut le dire dans cette espèce de lamento convenu qui enfle dans les popotes. Mal considéré dans quels cercles ? Celui des membres des cabinets, qui ne font que se venger de leur domesticité sur des officiers qui sont aux ordres, autant par éducation que souci de carrière. Celui du français standard, tout aussi antimilitariste qu’il est cocardier. Celui du libéral soucieux avant tout

de ne pas perturber les affaires. Celui du pacifiste convaincu qui préfère la suggestion à l’envahisseur que la guerre. Celui des politiques qui n’oublient jamais que l’homme providentiel peut percer sous l’uniforme du soldat. Celui du gestionnaire qui trouvera toujours que le barnum militaire est hors de prix. Celui du conservateur qui a de la mémoire et une claire vision des rapports de force entre les nations. Voila quelques exemples qui appellent une réponse moins optimiste que celle proposée mais aussi vraisemblablement moins pessimiste que la rumeur qui court les chambrées. Venons-en au corps du sujet, la démonstration proprement dite. Elle est robuste. Elle présente tous les attributs de la science et de la rigueur intellectuelle. Un constat accablant en première partie, que détricote habilement une seconde partie destinée à conclure qu’il n’en est rien. Un déclassement vous dites. Pure illusion. La performance mérite d’être saluée. Elle appelle cependant quelques suggestions. L’âge d’or L’âge d’or du militaire n’est pas un mythe. C’est une réalité historique qui survient toute les fois que le militaire ou les forces armées


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jouent un rôle déterminant, à quel titre que ce soit. L’âge d’or n’est donc pas une illusion mais une contingence et à ce titre elle va et vient. Va plutôt dans des pays Européens démocratiques, adeptes du "soft power" variante tendance du pacifisme militant, et bien décidés à en terminer avec les affrontements sanglants. L’effondrement de 40 risque bien de ne pas être un accident de l’histoire mais la tendance lourde des vieilles nations fatiguées.

contournable des « dividendes de la paix ». Posons le problème autrement. Peut-on avec 1.66% du PIB entretenir une dissuasion nucléaire nationale, des opérations outre-mer et une force classique efficace, raisonnablement équipée qui puisse aller au-delà que la lutte contre le terrorisme. Evidemment non.

Un petit tour de passe-passe coquin Demandons plutôt quel intérêt il porte à son armée pour se faire une idée plus précise du statut de ses membres. L’angle d’attaque budgétaire calé uniquement sur 2009 et 2010 est un petit tour de passe-passe coquin. Ne nous appesantissons pas inutilement sur l’historique des chiffres. Celui-ci, discuté, n’en reste pas moins le résultat in-

Suggérons donc à notre habile rhéteur de se pencher sur un sujet toujours sans réponse. La capacité militaire effective d’une puissance moyenne occidentale a-t-elle encore un avenir, et si oui comment faire au mieux.

Quant à s’incliner les yeux baignés de reconnaissance sur les miettes dévolues à des forces en voie de paupérisation, doit on La plasticité des sondages rappeler que la défense est une des raisons La façon d’utiliser les sondages n’est jamais majeures de tout regroupement humain et neutre. 84% des français ont une bonne que les sommes dispensées le sont avec l’aropinion de leur armée. La belle affaire. On gent des contribuables dont le soldat fait parle de soldats de la paix, partie. L’argent est emdont leur ministre explique Les membres des cabinets, ployé ailleurs suivant le qui ne font que se venger qu’ils seront de moins en vœu de la nation, ce qui de leur domesticité sur moins nombreux, qu’ils est parfaitement légitime. des officiers qui sont aux coûteront de moins en ordres, autant par éduca- Mais la brutale évidence moins chers, et dit l’auteur, tion que souci de carrière. ne mérite pas d’être noyée qui ne concerneront que derrière quelque manipuquelques aventuriers. Faire semblant de dislation façon village à la Potemkine. Arrêposer de forces armées, à l’économie, sans tons là car une telle habileté de plume, être le moins du monde impliqué, quel fut-elle de commande, mérite d’être emcitoyen n’applaudirait pas des deux mains. ployée à nouveau.

Pierre D’ORNANO, Officier général (2s)


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ELOGE PRONONCE PAR MONSIEUR JEAN-PIERRE CHEVENEMENT LORS DES OBSEQUES AUX INVALIDES DU GENERAL PIERRE-MARIE GALLOIS

J

e veux rendre au général Pierre-Marie Gallois qui nous a quitté le 23 août 2010, l’hommage dû à ce grand patriote, stratège éminent auquel la France doit, pour une grande part, d’avoir pu se doter des moyens d’une défense indépendante. Ce fut pour lui une grande épreuve que la vie presque centenaire du général Gallois ait coïncidé avec la crise nationale de longue durée dans laquelle la France est entrée depuis les années 1930. Le général Pierre-Marie Gallois a vingt-neuf ans quand le foudroie, à Alger, le désastre de juin 1940. Pour le jeune officier de l’armée de l’Air, moderniste et déjà imbu des idées sur le bombardement stratégique du général italien Douhet, le patriotisme va désormais s’énoncer simplement : « Plus jamais ça ! Plus jamais juin 1940 ! » Exécrant les responsables de la capitulation, il rejoint, en 1943, les Forces Aériennes de la France Libre puis le Bomber Command britannique au sein du groupe « Guyenne ». Engagé sur le front de l’Orne en juillet 1944, il effectuera 27 missions de bombardement lourd sur l’Allemagne et cinq missions de ravitaillement en essence d’Arnhem en Hollande. De ces missions dangereuses, plus de la moitié des équipages engagés ne revinrent pas, soit le taux de pertes le plus élevé de l’aviation française pendant toute la durée de la guerre. Le général Gallois est cité à l’ordre de l’armée aérienne en 1945 ; il reçoit la Croix de guerre et est fait chevalier de la Légion d’Honneur.

Le général Gallois était aussi un artiste, un inventeur, un pédagogue, car chez lui les dons étaient multiples. Entre deux missions sur la base d’Elvington, il n’était pas rare de le voir brosser quelques grandes fresques, comme celles dont par la suite il orna les murs qui faisaient face à son appartement parisien. Peut-être l’art du trompe l’œil entret-il pour quelque chose dans celui de la stratégie ? Pierre-Marie Gallois s’était initié à la pensée stratégique à Londres au sein des « Cahiers de la France Libre » où il avait exercé ses premiers talents d’écrivain militaire, au contact d’esprits originaux comme le polonais Stacho, émule de Clausewitz, ou André Labarthe, ou encore Raymond Aron. L’influence de la géopolitique, à travers la lecture de Camille Rougeron, des anglo-saxons Mackinder, Liddel Hart et de l’école allemande (Haushoffer, Ratzel) va donner à Pierre-Marie Gallois cette vue englobante des choses que nous lui connaissions bien, ces intuitions pénétrantes, allant à l’essentiel, cette souveraine liberté de l’esprit alliée au caractère indomptable qu’il a montré jusqu’à son dernier souffle. Patriote épris de modernisme technique, Pierre-Marie Gallois va d’abord se consacrer à l’œuvre de reconstruction d’une aéronautique militaire française dans laquelle il voit le vecteur principal de toute projection de puissance. Affecté au cabinet du général en chef de l’Armée de l’Air en


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1948, le général Lechères, il propose le premier plan quinquennal de constructions aéronautiques, rationnel et réaliste, au crédit duquel il faut porter le MD 450 Ouragan, début du règne de Dassault, le NordAtlas, le Fouga-Magister, produit à plus de mille exemplaires, l’Alouette II, et enfin la Caravelle. Au milieu des années cinquante, la France est redevenue la troisième puissance aéronautique du monde occidental, talonnant la Grande-Bretagne. Tout cela, me faisait-il observer un jour, sous la IVe République ! La France avait de beaux restes !

Le colonel Gallois avait eu, en octobre 1945, la révélation des possibilités offertes à la France par l’atome militaire, à travers un article de l’Amiral Castex paru dans la Revue de la Défense Nationale. Pour la première fois, celui-ci jetait les bases de ce qu’on appellera « la dissuasion du faible au fort ».

D’autres que Pierre-Marie Gallois, les colonels Charles Ailleret, André Beaufre, Lucien Poirier, aperçoivent eux aussi la révolution que peut constituer le nucléaire militaire. Ailleret en particulier crée, à Bourges, le « Centre d’Instruction des Armes spéciales » en 1950. Il deviendra Chef d’Etat L’œuvre doctrinale du Major des Armées en général Gallois a contribué 1962 jusqu’à sa mort en à la création d’un consensus 1968.

Pierre-Marie Gallois était un esprit libre, mais il n’aurait rien pu faire s’il n’avait été aussi un national entre les princihomme d’influence, et pales forces politiques du Mais c’est Pierre-Marie avant tout un pragmapays depuis la fin des Gallois, parce qu’il occupe tique. Il est, en 1950, un années 1970 en permanence un poste collaborateur proche en cabinet ministériel, qui d’André Maroselli, Secrétaire d’Etat à l’Air dans le gouvernement de va convaincre, par sa fougue et son entreGeorges Bidault où René Pleven est alors gent, les hommes politiques responsables ministre de la Défense nationale. N’affichant Pleven, Pinay, Mendès-France, Guy Mollet, pas en public d’affinités politiques, même s’il Bourges-Maunoury, Chaban-Delmas - de la nécessité de l’atome national, ou du moins de est proche des gaullistes, Pierre-Marie Gallois collabora avec tous les ministres de la ne pas y faire obstacle. Défense de la IVe république. Il développe ses réseaux dans le monde politique et dans Pierre-Marie Gallois expose publiquement la presse. En 1953, sans cesser d’appartenir ses vues dès 1954 : « L’arme aérienne est au cabinet du ministre de la Défense, il est devenue l’arme essentielle à la fois d’une affecté à Rocquencourt, au SHAPE, le grand agression et parallèlement du découragequartier général des puissances alliées en ment d’une pareille agression. » 1954, apEurope, où le général américain Lauris paraît rétrospectivement comme l’année des Nordstad, chargé des affaires aériennes et choix. Cette question était au cœur de l’afnommé commandant suprême en 1956, va faire de la CED. Le 26 décembre 1954, au devenir pour lui un second père spirituel terme d’un Conseil de Défense houleux, Pierre Mendès-France accepte le lancement après le général Lechères.


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d’un programme secret d’études, même s’il renvoie à plus tard, la décision de fabriquer la bombe. Le 14 mars 1956, le général Gallois rencontre Guy Mollet, en compagnie du ministre de la Défense, Chaban-Delmas. Quoique fort réticent, Guy Mollet accepte la poursuite des études engagées. Le 2 avril 1956, c’est l’entrevue du général de Gaulle et de Pierre-Marie Gallois, à l’Hôtel Lapérouse, entrevue curieusement suggérée par le général Norstad. Il n’est guère douteux que sans l’effort incessant de Pierre-Marie Gallois, la mise à feu de « Gerboise Bleue » en 1960 n’aurait pas été possible. Certes la décision ultime revint au général de Gaulle, mais celui-ci n’aurait pas pu la prendre sans l’effort de conviction et sans l’action de propagandiste de PierreMarie Gallois à laquelle il me paraît juste d’associer Charles Ailleret. Homme d’influence, Pierre-Marie Gallois était aussi un militant, ou plus exactement un citoyen car il n’avait en vue que l’intérêt national : n’hésitant pas à faire appel à l’opinion publique, il ne se fit pas que des amis. Cela lui valut une retraite précoce en 1957, mais le libéra aussi pour d’autres tâches : la mise au point de notre premier vecteur nucléaire, le Mirage IV, chez Marcel Dassault, et surtout une contribution essentielle à la pensée stratégique française, avec la parution, en 1960, de son œuvre maîtresse Stratégie de l’âge nucléaire, préfacée par Raymond Aron, avec lequel il entrera par la suite en controverse sur le point de savoir si le nucléaire périme ou non les alliances. Pierre-Marie Gallois évoque, dans son premier chapitre, « les instruments d’une paix

forcée » et Raymond Aron opine : « Il vaut mieux préparer une guerre atomique qui ne peut avoir lieu … que de se donner les moyens d’un conflit qui serait possible, parce qu’il serait mené avec des moyens uniquement conventionnels. Problématique toujours actuelle à l’heure où certains évoquent un « monde sans armes nucléaires ». De la stratégie à l’âge nucléaire, le général Gallois définit précisément les lois : dissuasion, défensive mais active, invulnérabilité des forces de riposte, dissuasion proportionnelle : une échelle de puissances de destruction pourrait être associée à la hiérarchie des peuples telle que la voit l’agresseur potentiel, justification de la dissuasion nationale qui n’a de sens que dans le cas d’une menace d’anéantissement. Ecrite dans un style clair et convaincant, l’œuvre doctrinale du général Gallois a contribué à la création d’un consensus national entre les principales forces politiques du pays depuis la fin des années 1970. Ce consensus ne s’est pas relâché. En décrivant dans son deuxième chapitre de son livre majeur « les conditions de la sécurité », le général Gallois ne s’est pas trompé : la paix a été maintenue sur notre continent tout au long de la guerre froide, grâce à l’atome militaire. Le Général Gallois a consacré la deuxième partie de sa vie à l’analyse stratégique pour combattre les dérives doctrinales et les tentations du renoncement. Il a élargi sa vue à l’ensemble des problèmes mondiaux, n’hésitant pas à dire les conséquences ruineuses que ne manqueraient pas d’avoir les « guerres du pétrole » américaines, directes en Irak, ou indirectes en Yougoslavie. Citons en-


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core parmi ses œuvres majeures : Les voies de la puissance et ses mémoires au titre évocateur : Le sablier du siècle. Il se préoccupait aussi, dans les derniers entretiens que j’ai eu avec lui, des conséquences internationales de l’inéluctable montée de la Chine. Citoyen, il l’est resté jusqu’au bout, me faisant l’honneur de défendre à mes côtés, en plusieurs occasions, la souveraineté nationale, sans laquelle il ne peut y avoir de liberté pour la France ni de démocratie. La France dispose aujourd’hui, en partie grâce à lui, d’une force de dissuasion autonome calibrée selon un concept de stricte suffisance mais qui ne relève que de l’autorité du Président de la République, comme celui-ci l’a rappelé dans son discours de Cherbourg en janvier 2008. C’est un atout majeur que la France conserve pour préserver sa sécurité et contribuer à

l’émergence, un jour, d’une « Europe européenne ». Et c’est la condition du maintien d’un précieux « consensus national » sur les conditions de notre Défense. Le général Gallois a bien mérité de la patrie. C’est ce qu’a reconnu le Président de la République, en l’élevant, le 26 août dernier, à la dignité de Grand Officier de la Légion d’Honneur. Nous avons perdu un grand Français. C’est grâce à des hommes comme lui que la France vit et ne disparaîtra pas. Bien que tenté quelquefois par le désespoir, il nous a appris, malgré tout, à garder confiance dans le destin de la patrie. Nous n’oublierons pas cet homme magnifique, généreux, son regard clair, son courage, le stoïcisme dont il a fait preuve jusqu’à ses dernier instants. Sa pensée, son action, son exemple, survivront dans notre cœur.

RAPPROCHEMENT FRANCO-BRITANNIQUE Thierry MARQUEZ est correspondant de l'ASAF dans le lot et Garonne, consultant civil auprès d'entreprises du Sud-Ouest et activement engagé dans le monde associatif et l'action citoyenne.

N

ous pouvons nous féliciter du rapprochement franco-britannique en matière de défense, y compris sur la question nucléaire. La France tire ainsi les conséquences du mythe d'une Europe puissance et d'une Europe de la défense à 27. Les choses sérieuses ne peuvent être traitées que par les Etats et particulièrement par ceux qui font les efforts indispensables pour assurer leur défense.

Ce rapprochement ne saurait cependant se substituer à l'impérieuse nécessité de poursuivre notre effort national pour maintenir et développer dans tous les domaines la crédibilité de notre défense dont la mise en œuvre ultime ne peut être partagée avec d'autres quelle que soit, par ailleurs, la solidité de nos alliances. Thierry MARQUEZ


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AUDITION DE L’AMIRAL PIERRE-FRANÇOIS FORISSIER, CHEF D’ETAT–MAJOR DE LA MARINE, SUR LE PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2011 (EXTRAITS) La cohérence globale de notre format est fragilisée Si les grands équilibres sont préservés, la cohérence globale de notre format est fragilisée, notamment par les efforts supplémentaires que la programmation triennale 2011-2013 nous impose par rapport à la loi de programmation militaire. Ainsi, pour la flotte, la jonction entre les sous-marins Rubis et Barracuda suppose que nous réussissions à prolonger les premiers autant qu’il sera possible. Conçus pour servir pendant vingt-cinq ans, ils vont largement dépasser cet âge et nous devons les faire durer au moins trente-cinq ans, peut-être quarante. Pendant les dix ans à venir, nous connaîtrons un déficit d’au moins une à deux frégates de premier rang. Concernant l’aéronautique navale, l’un de mes sujets majeurs de préoccupation est le retrait inéluctable du service opérationnel du Super Etendard en 2015 et la nécessité de disposer de 45 Rafale opérationnels à cette échéance. Certes il ne nous en reste plus que 15 à recevoir mais sur les 30 qui nous ont été livrés, 10 sont au standard 1, c’est-à-dire in-

terdits de vol ; leur rétrofit dans la version F3 est programmé et nous veillons à ce qu’aucun retard ne soit pris. Le format des avions de patrouille maritime Atlantic 2 est convenable, mais leur taux de disponibilité l’est moins… Leur rétrofit va donc devenir urgent. Les trois appareils que nous avons déployés en Afrique, à l’occasion des événements récents au Mali, représentaient 40 % du parc disponible ; nous remplissons les missions qui nous sont confiées, mais difficilement. Nous avions des inquiétudes concernant le relais entre le Super Frelon et le NH90 et malheureusement, la jonction entre ces deux programmes n’a pas été possible. J’ai pris la décision, contre certains avis, d’arrêter le Super Frelon avant qu’il n’accomplisse le vol de trop. Pour assurer la jonction, nous avons acheté deux hélicoptères EC225, primitivement destinés à une compagnie pétrolière qui avait annulé sa commande en raison de la crise - ce qui nous a permis de les mettre très rapidement en service mais, s’agissant d’invendus, je trouve que nous les avons payés bien cher.

AUDITION DE L’AMIRAL ÉDOUARD GUILLAUD, CHEF D’ETAT– MAJOR DES ARMEES DEVANT LA COMMISSION DE LA DÉFENSE NATIONALE ET DES ARMÉES (EXTRAITS)

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e citerai le Président de la République : « La défense est le fer de lance de notre diplomatie, de notre sécurité, de notre rang ». Le

coût des opérations extérieures pour 2010 867 millions d’euros - 11 000 hommes engagés. Parallèlement, nous conduisons la


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réforme la plus importante depuis celle de Pierre Mesmer après la fin de la guerre d’Algérie. Ces opérations sont plus complexes. Elles sont d’abord multiples, lointaines et multinationales, l’adhésion de la nation n’en est que plus difficile. Elles sont inscrites dans la durée : nous sommes au sein de l’ONUST depuis 1948 (surveillance de la trêve en Palestine), au Liban depuis vingt-huit ans, au Kosovo depuis plus de dix ans, en République de Côte d’Ivoire (RCI) depuis huit ans. Elles sont complexes aussi parce que le prix du sang est plus lourd qu’il y a dix ans et de moins en moins supportable par nos opinions publiques : 19 tués depuis le début de l’année et 104 blessés. Elles engagent des moyens à la fois plus comptés quand les besoins vont croissant. Enfin, elles sont sous l’emprise d’une judiciarisation qui suit les évolutions de nos sociétés occidentales, et ce phénomène n’est pas uniquement français. La mort d’un soldat est traitée comme un accident de la circulation sur l’A6. Un soldat qui meurt au service de son pays est considéré comme une victime et non pas comme un héros ! Voilà qui déstabilise !

Le Kosovo, avec une grosse compagnie. La République de Côte d’Ivoire un bataillon de 900 hommes, dont un escadron de gendarmerie. Le Liban et la FINUL. ATALANTE, opération de l’Union européenne. Baisse de 20 % du nombre de navires piratés. Mais c’est un succès relatif car 90 % des pirates interceptés sont relâchés. La piraterie n’a pas de solution militaire. Nous sommes là pour faire baisser la pression. La solution est à terre. Elle est globale et avant tout politique, dans la sous région. Le Sahel. La montée en puissance d’AQMI (Al–Qaida au Maghreb islamique) est une vraie menace dans une zone grande comme l’Europe, à cheval sur plusieurs pays dont la situation politique est difficile. Et ce, à la fois pour nos ressortissants, nos intérêts stratégiques et la stabilité de cette région du monde. Nous voulons éviter que cette menace ne s’étende géographiquement. Là encore, il n’y a pas de solution uniquement militaire. Mais nos bases en Afrique, notamment au Tchad, au sein du dispositif Épervier, nous permettent aujourd’hui d’être présents au-dessus du Sahel.

AUDITION DU GÉNÉRAL D’ARMÉE ELRICK IRASTORZA, CHEF D’ÉTAT-MAJOR DE L’ARMÉE DE TERRE, SUR LE PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2011 (EXTRAITS)

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epuis l’été 2008, l’armée de terre a conduit les deux premières étapes de sa réorganisation tout en assurant simultané-

ment et de manière satisfaisante toutes ses missions opérationnelles. 2010 a été une année difficile marquée par une très forte


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mobilité interne. Entre les opérations, pourtant en régression de près de 3 000 postes depuis 2008, et les missions de courte durée de renforcement de nos forces de présence et de souveraineté, elle aura projeté 31 000 soldats hors du territoire métropolitain. 33 000 ordres de mutations, dont les deux tiers avec changement de résidence résultent du plan annuel de mutation auquel s’ajoutent sept dissolutions, dix transferts majeurs et la poursuite de la gestion des restructurations déjà initiées. Enfin, l’armée de terre étant composée à 72 % de contractuels pour préserver la jeunesse de ses régiments, nous avons dû accompagner 18 200 départs, dont 15 100 sans bénéfice d’une pension, et procéder, malgré la déflation de près de 3 000 hommes, à 15 000 recrutements, ce qui fait, au total, un chassé-croisé de plus de 33 000 personnes. Au final, plus de 97 000 hommes et femmes auront donc été concernés par un mouvement en 2010. Ce n’est pas sans effet sur la perception de la réforme en cours et la préservation du moral dans une collectivité de 112 000 militaires, 125 000 en comptant le personnel militaire servant hors du BOP. En dépit de sa moindre mobilité, le personnel civil concerné par les restructurations a également été soumis à de fortes contraintes. Trois exemples significatifs de cette surmobilité : l’état-major de la 9e brigade légère blindée de marine a conduit simultanément la préparation de son engagement en Afghanistan et son déménagement de Nantes à Poitiers ; l’école de l’infanterie a repris sans discontinuité ses activités de formation deux mois après avoir déménagé de Montpellier à Draguignan ; enfin, le 16e bataillon de chasseurs a envoyé 632

hommes en OPEX et 392 en mission Vigipirate tout en déménageant d’Allemagne à Bitche. L’année 2011 sera encore plus difficile. Aux réorganisations structurelles connues, à savoir sept dissolutions et quatre transferts majeurs, viendra s’ajouter la réorganisationfonctionnelle de l’administration générale et des soutiens courants en bases de défense. Or,toucher aux processus bien ancrés dans les moeurs est plus anxiogène que modifier ou déplacer les structures. Ces deux réformes ont un effet sur les ressources budgétaires du BOP terre inscrites dans le projet de loi de finances pour 2011. Le recul de 6 %, soit 529 millions d’euros, par rapport à 2010 est justifié : la réduction de format de 10 145 postes, un tiers par suppressions de postes et deux tiers par transferts pour l’essentiel à l’organisation interarmées des soutiens, génère une économie de 356 millions d’euros. 204 millions d’euros, soit 37 % des crédits de fonctionnement, sont transférés vers le BOP soutien. Je relève la stabilité des crédits consacrés aux activités, 133 millions d’euros, et souligne que cette année encore, avec 583 millions d’euros, l’essentiel des crédits hors titre 2 seront consacrés à l’entretien programmé des matériels. J’estime avoir globalement les ressources strictement indispensables à la préparation des opérations et à la conduite de la réforme, mais je reste préoccupé par les contraintes pesant sur le programme 146, équipement des forces, et, comme les années précédentes, par les ressources attendues du programme 212 concernant les infrastructures.


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AUDITION DU GÉNÉRAL JEAN-PAUL PALOMÉROS, CHEF D’ÉTAT–MAJOR DE L’ARMÉE DE L’AIR, SUR LE PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2011 (EXTRAITS)

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epuis notre dernière rencontre, l’armée de l’air a poursuivi, sans faiblir, sur la voie d’une réforme difficile. Tout comme en 2009, du point de vue des effectifs, des soutiens communs et de la fermeture de nos bases aériennes, les objectifs qui nous avaient été assignés pour 2010 seront atteints. Je débuterai avec les femmes et les hommes de l’armée de l’air qui constituent ma priorité. Ce sont eux qui vivent, animent, subissent parfois la réforme. Dans leur grande majorité, ils la comprennent mais en attendent des résultats concrets en matière de modernisation et d’amélioration de leur outil ainsi que de leurs conditions de travail.

En termes quantitatifs, la conjugaison des efforts de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et des choix du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale a abouti pour la période de la loi de programmation militaire (LPM) à un objectif de réduction de 15 900 emplois pour l’armée de l’air, dont 75 % dans le domaine du soutien, tout en créant, par ailleurs, des postes extérieurs à l’armée de l’air, au sein de structures interarmées ou de l’OTAN. Nous y avons déjà inséré 150 officiers et sous-officiers et ils seront 44 de plus en 2011. En somme, nous conduisons une réforme lourde qui pèse sur nos effectifs, tout en répondant aux demandes légitimes qui nous sont adressées. La réduction de 25 % en six ans du format de l’armée de l’air est un mouvement com-

plexe, notamment pour la gestion des compétences. En 2009, 2 210 postes ont été supprimés, 2 235 l’auront été en 2010. Nous terminerons cette année avec une masse salariale à l’équilibre et conforme aux prévisions. Le projet de loi de finances prévoit 2 139 réductions de postes, et le budget prévu sur le titre II semble cohérent avec la politique que nous souhaitons mener : un savant équilibre entre cette réduction rapide de nos effectifs, les mesures d’incitation et d’accompagnement à la reconversion, mais aussi et surtout un flux de recrutement qui reste nécessaire pour ne pas obérer l’avenir et que je situe aux alentours de 1 900 personnels. Dans une logique de maintien des compétences, c’est ainsi près de 4 000 départs et quelque 5 000 mutations géographiques qu’il nous faut gérer annuellement. L’effort consenti par l’armée de l’air est considérable. En termes comptables, le cumul des économies réalisées depuis deux ans et demi grâce à cette déflation est d’environ 210 millions d’euros. Les gains sont donc là. Mais, en contrepartie, les personnels attendent une amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Je soulignais à l’instant que 75 % de nos réductions d’emploi portent sur le soutien. Elles s’articulent principalement autour de la fermeture de bases aériennes, mais aussi de la mutualisation interarmées ou de l’externalisation.


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La fermeture de huit bases aériennes majeures d’ici à 2012 constitue en effet une des composantes les plus emblématiques du plan de restructuration de l’armée de l’air. Elle est pour l’heure respectée : Toulouse en 2009, Colmar cette année avec un transfert réussi de structures au profit de l’armée de terre, Reims et Taverny l’an prochain, puis Metz, Nice, Brétigny et Cambrai en 2012. Il reste beaucoup à faire, et nous devons veiller à ce que personne ne reste au bord de la route. Au-delà de la difficulté à rompre les liens

économiques et historiques évidents qui unissaient ces emprises aux collectivités territoriales, les fermetures de sites sont des opérations délicates, techniquement, réglementairement et humainement. Il faut le reconnaître, avant de générer des économies, la mis en oeuvre de la réforme se caractérise d’abord par des surcoûts. Ainsi, les dépenses supplémentaires occasionnées par la fermeture d’une base aérienne sont évaluées à trois millions d’euros.

AUDITION DU GÉNÉRAL JACQUES MIGNAUX, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA GENDARMERIE NATIONALE, SUR LE PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 2011 (EXTRAITS)

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a gendarmerie n’a pas changé de nature. Elle doit toujours faire face aux problèmes de sécurité en donnant une réponse pragmatique et modulée, adaptée aux spécificités de chaque bassin de vie. Ce modèle se décline individuellement en termes de disponibilité et de sens du service public dans un contexte de dispersion géographique des hommes et des moyens. Sur le plan collectif, il s’agit de mettre en avant la cohésion et l’adhésion à une culture commune forte. Pour notre organisation, ce modèle passe enfin par le maintien de notre capacité à monter rapidement en puissance pour tenir le terrain en situation de crise. Pour maintenir une osmose avec nos camarades militaires et faire vivre la militarité de l’arme, il est fondamental que nous restions au sein du CSFM. L’intégration de la gendarmerie au ministère de l’intérieur ne remet nullement en cause sa

participation aux missions de défense. Après six mois d’entraînement sous l’égide de l’armée de terre, nous avons engagé des gendarmes en Afghanistan dans la zone de responsabilité de la brigade La Fayette. Ils y remplissent une mission de mentoring au profit de la police afghane. Nous avons actuellement cinq unités (police operational mentoring and liaison team - POMLT) en Kapisa et Surobi. Simultanément nous sommes investis dans la formation initiale de l’afghan national civil order police (ANCOP), qui ressemble beaucoup à notre gendarmerie mobile, dans un centre au Nord de l’Afghanistan à Mazar-e-Shariff et prochainement nous renforcerons notre dispositif de formation dans un centre qui s’ouvrira dans le Wardak au Sud-Ouest de Kaboul. Mes échanges réguliers et étroits avec le chef d’état-major des armées confirment la qualité de l’action de nos gendarmes aux


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côtés des autres militaires français. Les autorités afghanes et américaines ne manquent également pas de souligner qu’elles apprécient notre travail, nous demandant un accroissement de nos interventions. Malgré la rupture des approvisionnements de Renault, nous parvenons à maintenir un parc d’environ 70 à 80 VBRG. Face à cette situation tendue, j’ai choisi de privilégier l’entretien du matériel disposé outre-mer pour qu’il soit opérationnel en cas de désordres sociaux. Il en va de même pour les opérations sur les théâtres extérieurs, tels que le Kosovo ou la Côte - d’Ivoire. En Afghanistan, les gendarmes utilisent le matériel que l’armée de terre a très obligeamment mis à notre disposition. Les véhicules de l’avant blindés (VAB) ont simplement été renforcés et suffisent à nos besoins en matière de déplacement et de formation. Nous disposons également de 26 4x4 blindés qui sont utilisés pour la formation dans les écoles. Les brouilleurs sont également des éléments indispensables à la protection de nos gendarmes.

En août, un véhicule est ainsi tombé dans une embuscade après avoir été touché par un engin explosif improvisé. Les systèmes ont permis de protéger efficacement les gendarmes, même si le VAB concerné est désormais inutilisable, et aucune perte n’a été à déplorer. En opérations, nos besoins doivent répondre à la nécessité de disposer de matériels résistant à des armes automatiques et garantissant la protection des personnels. Le parc actuel est encore utilisable mais il génère des dépenses de maintenance de plus en plus importantes et nous ne pourrons pas repousser éternellement leur remplacement. Notre équipement aérien se compose de 53 hélicoptères. Il y a un contraste important entre les derniers appareils rentrés en service et les Écureuil âgés de 28 ans en moyenne. Le maintien en condition opérationnelle (MCO) du parc est très coûteux et nous y consacrons chaque année près de 30 millions d’euros, c'est-à-dire autant que pour le renouvellement annuel des véhicules de la gamme commerciale.

LE RENSEIGNEMENT Le renseignement est structuré en France autour de plusieurs services complémentaires au sein des ministères chargés de : • La défense (direction générale de la sécurité extérieure, direction du renseignement militaire et direction de la protection et de la sécurité de la défense), • L'intérieur (direction centrale du renseignement intérieur), • L'économie et du budget (direction nationale du renseignement et des enquêtes

douanières, service du « traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins » ou TRACFIN). Conformément aux orientations définies dans le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, la gouvernance de ces services a été renforcée avec la création du Conseil national du renseignement (CNR) et la mise en place d'un coordonnateur national du renseignement. Le CNR, présidé par le Président de la République, constitue une formation spé-


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cialisée du conseil de défense et de sécurité nationale réunissant le Premier ministre, les ministres et les directeurs spécialisés du renseignement dont la présence est requise par l'ordre du jour, ainsi que le coordonnateur national du renseignement. Il définit les orientations stratégiques et les priorités en matière de renseignement. Il établit la planification des moyens humains et techniques des services spécialisés de renseignement. Le coordonnateur national du renseignement. • Il conseille le Président de la République dans le domaine du renseignement. • Il transmet les instructions de ce dernier aux responsables des services spécialisés, qui lui communiquent les renseignements devant être portés à la connaissance du chef de l'État et du Premier ministre, et lui rendent compte de leur activité. • Il coordonne l'action et s'assure de la bonne coopération des services spécialisés constituant la communauté française du renseignement. Avec le concours du secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, le coordonnateur national du renseignement rapporte devant le CNR, dont il prépare les réunions, et veille à la mise en œuvre des décisions prises par ce conseil. Au sein du ministère de la défense La direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), placée sous l'autorité directe du ministre, est chargée du renseignement à l'extérieur du territoire national. Son organisation et son dispositif de recueil et d'analyse du renseignement sont adaptés de manière continue afin de faire face à l'intensification des crises et des menaces. La DGSE privilégie de plus en plus le recours à des dispositifs souples,

polyvalents et très réactifs, qui entraînent des adaptations structurelles internes importantes. Pour sa part, la direction du renseignement militaire (DRM), qui relève du chef d'état-major des armées, a pour mission de satisfaire les besoins en renseignement d'intérêt militaire de ce dernier et des autorités et organismes du ministère de la défense, des commandements opérationnels et organiques, ainsi que ceux des autorités et organismes gouvernementaux concernés. Elle est notamment chargée de centraliser, d'analyser, d'exploiter et de diffuser le renseignement militaire et d'intérêt militaire au profit des autorités et organismes concernés. La DRM est engagée sur l'ensemble des théâtres extérieurs, en appui des opérations de nos forces. Enfin, la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD) est le service dont dispose le ministre de la défense en matière de sécurité du personnel, des informations, des matériels, des installations sensibles et du patrimoine industriel et économique lié à la défense. Articulé autour d'entités permanentes implantées dans les zones de défense, outre-mer et à l'étranger, le maillage territorial de la DPSD garantit une coopération opérationnelle permanente avec les armées. Il est complété par une présence auprès des forces engagées sur les théâtres d'opérations extérieurs. Les moyens consacrés en 2009 aux services de renseignement relevant du ministère de la défense sont précisés dans le tableau suivant : Moyens humains moyens budgétaires (en crédits de paiement) DGSE 4 500 personnes (hors service action) 480,4 millions d'euros. DRM 1 650 personnes 155 millions d'euros. DPSD 1 300 personnes 96,3 millions d'euros.


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DISCOURS D’INAUGURATION DE L’ACADEMIE DU RENSEIGNEMENT PAR LE PREMIER MINISTRE (EXTRAITS)

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e monde bipolaire que s’étaient partagé les grands vainqueurs de la Seconde guerre mondiale n’était pas sans périls ; mais il était stable dans sa confrontation essentielle ; il était ordonné ; il était prévisible. Depuis la fin de la guerre froide, les menaces se sont multipliées, diversifiées, déplacées. Elles sont devenues plus diffuses, plus difficiles à percevoir. Ces menaces, vous les connaissez bien.

Le terrorisme, dont notre pays est une cible potentielle ; la prolifération, qu’elle soit nucléaire, biologique ou chimique ; la vulnérabilité cybernétique, au moment où tous les secteurs de la vie d’une nation sont devenus dépendants des réseaux de communication et des systèmes d’information ; les missiles balistiques de longue portée dont se dotent de nouvelles puissances ; les tensions sur les ressources énergétiques et les ressources naturelles ; les crises migratoires, sinon militaires, qui naîtront peut-être de prochains dérèglements climatiques ; enfin, subiste la possibilité de guerres interétatiques. Ce monde incertain, mouvant, imprévisible, a profondément modifié nos perspectives stratégiques, que nous avons redéfinies en 2008 dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Connaissance et anticipation sont devenues essentielles pour notre capacité d’action et notre crédibilité internationale. Parce que l’identification même des menaces

est devenue cruciale, jamais le renseignement n’a été pour notre pays une priorité stratégique aussi haute. Cette Académie marque une nouvelle étape dans la réforme ; elle en est aussi, d’une certaine manière, l’un des emblèmes. Car la communauté des institutions est indispensable, mais elle doit être fondée sur une communauté d’esprit. La coordination des services ne peut être une simple entreprise administrative. Elle doit être forte du partage des valeurs, des expériences, des savoirs qui sont propres aux militaires de la DRM ou de la DPSD, aux agents de la DGSE, aux douaniers de la DNRED, aux policiers de la DCRI, et aux experts de TRACFIN. Dans le respect de l’identité, des règles et des compétences spécifiques à chacun de vos services, l’Académie du renseignement sera le creuset de ces échanges. Vous êtes, Mesdames et Messieurs, la première promotion à entrer dans cette Académie. Vous incarnez l’avenir de nos services de renseignement. Certains d’entre vous y feront l’essentiel de leur carrière. Pour d’autres, c’est une étape de quelques années dans cet univers particulier. Tous, vous allez mettre au service de notre pays votre énergie, votre intelligence, votre courage. Les défis à relever seront nombreux ; ils seront inattendus ; ils seront graves.


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LES ETATS-UNIS GAGNENT LES GUERRES, MAIS PEUVENT-ILS GAGNER LA PAIX ? Extraits de l’article du Général Claude Vicaire paru dans le LE MONDE le 28.09.10. (Le général Vicaire est décédé accidentellement en octobre dernier)

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orte de la puissance de son armement, de la suprématie de sa technologie et de la richesse de ses réflexions stratégique et doctrinale, l'armée américaine occupe une place prédominante sur l'échiquier des forces occidentales. Il serait dès lors légitime d'imaginer que la conjugaison de ces trois facteurs, pour conférer aux EtatsUnis une incontestable suprématie du fait de leur totale maîtrise des environnements tactique, opératif et stratégique, leur permettrait tout aussi facilement de gagner les cœurs.

Or malgré les indéniables succès du général Petraeus en Irak, l'expérience tirée des récents conflits tend à montrer que la capacité à gagner des guerres et à conquérir des territoires n'a pas forcément pour corollaire celle de gagner la paix. Parmi toutes les raisons susceptibles d'être avancées pour expliquer la difficulté des Etats-Unis à rallier à leur cause les populations des théâtres d'opérations sur lesquels ils sont engagés, deux au moins, parce qu'elles prennent leurs racines dans l'histoire et la culture américaines, méritent d'être évoquées tant elles semblent déterminantes, voire rédhibitoires. La première est historique et paraît tenir à la manière dont a été effectuée la conquête de l'Ouest. Pays jeune au regard des nations européennes, les Etats-Unis se sont construits autour du thème structurant des "nouvelles frontières" et de la conquête des territoires

indiens, terres inconnues et donc naturellement hostiles et dangereuses. Cela se traduisait par des colonnes de chariots, qui, à la première alerte, se refermaient sur elles-mêmes dans un cercle autoprotecteur, délimitant ainsi le monde connu et civilisé de celui sauvage et donc forcément hostile qui se trouvait au-delà de l'anneau protecteur. La seconde raison est de nature juridico-culturelle. En effet, pour s'intégrer dans une population étrangère et s'ouvrir à elle afin d'en être acceptée, encore faut-il, au-delà de tous les entraînements opérationnels auxquels peuvent être soumises les unités envoyées sur les théâtres d'opérations, que cette démarche d'ouverture à l'autre soit naturelle, spontanée et conforme aux standards culturels de son propre environnement national. Or la législation extrêmement libérale relative à la détention d'armes aux Etats-Unis a pour corollaire, et sans doute effet pervers, que chaque individu, parce qu'il peut être porteur d'une arme, est perçu comme un danger en puissance. Dès lors, son contrôle s'effectue à l'aune du risque potentiel qu'il représente et s'opère selon des procédures extrêmement strictes, contraignantes et parfois agressives… Il en résulte deux conséquences. Pour les forces américaines, d'abord. En effet, obnu-


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bilées par le "dogme du zéro mort", "formatées" par leurs propres standards culturels, elles courent le risque de se replier sur elles-mêmes au point de se couper de ceux qu'elles venaient précisément aider. Pour les populations natives, ensuite. Assujetties, sur leur propre sol, à des règles d'engagement difficilement acceptables parce qu'aliénantes et parfois sources de dommages collatéraux, elles sont d'autant plus portées à considérer comme un envahisseur plutôt que comme un libérateur l'étranger venu les défendre. Ainsi

la conjugaison de ces deux facteurs historique et culturel constitue-t-elle un puissant obstacle à la capacité de l'armée américaine de "gagner les coeurs et les esprits". Au-delà, il pourrait en résulter un risque pour nos propres forces. Engagées aux côtés de leur puissant allié, elles pourraient en effet être enclines à négliger leurs traditions et savoir-être hérités du maréchal Lyautey et oublier que "toute bataille gagnée au mépris de la dignité est, tôt ou tard, une bataille perdue".

GARE AU PIEGE DES GUERRES SANS FIN Extraits de « L'entretien » avec le Général Vincent Desportes, paru dans le journal l’EXPRESS du mercredi 6 Octobre 2010 Plus de neuf ans après le 11 septembre 2001 et la réplique américaine, pourquoi l'Otan ne gagne-t-elle pas en Afghanistan ? appelons d'abord que les premiers objectifs de l'engagement américain ont été atteints : il s'agissait de chasser les taliban de Kaboul et de détruire le réseau d'Al-Qaeda en Afghanistan. Mais les buts ont évolué : toutes les guerres échappent à leurs initiateurs ! Dans l'euphorie de sa victoire, la communauté internationale s'est engagée à la fin de 2001, à Bonn, dans une voie impossible : la construction d'une démocratie "jeffersonienne", avec des institutions de type occidental et une forte évolution des moeurs locales. L'Afghanistan, ce sont des groupes ethniques et des bandes armées qui se déchirent depuis des siècles sur un territoire montagneux,

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dominé par des chefs de guerre, avec un antagonisme séculaire entre les Pachtouns, l'ethnie majoritaire, et les autres. Aucun système n'a réussi à contenir ces rivalités, ni l'ancien royaume, ni la République de 1973, encore moins l'intervention soviétique. Les moyens militaires et financiers américains qui auraient peut-être permis de réaliser cet objectif ont été engloutis en Irak à partir de 2003. La stratégie militaire a été réorientée, sous l'impulsion du général McChrystal, vers la lutte anti-insurrectionnelle. Qu'est-ce qui ne va pas ? La situation est difficile. Depuis 2001, chaque mois est plus meurtrier que celui de l'année précédente. Avec plus de 530 morts, l'année 2010 est déjà la pire pour l'Otan. La doctrine de contre-insurrection, celle des généraux McChrystal et Petraeus, piétine car


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le problème n'est pas, à proprement parler, insurrectionnel. Il s'apparente plutôt à une "fronde" des "princes" contre la montée en puissance d'un pouvoir central, celui que la coalition cherche à établir dans un pays qui n'en a jamais connu. Le problème ne semble pas tant de "gagner les cœurs et les esprits" que d'organiser une nouvelle répartition des pouvoirs respectant la tradition. A défaut, les "seigneurs" locaux défendront leurs prérogatives. Il y a donc un problème de méthode ? Sûrement. Sinon, comment expliquer que la plus formidable coalition militaire de tous les temps, représentant les deux tiers des PIB mondiaux et cumulant les deux tiers des budgets de défense, peine à régler ce conflit ? Si l'on additionne toutes les dépenses liées à l'opération, l'investissement global de la coalition par Afghan est du même ordre que celui de l'Etat français pour chaque citoyen ! Il s'agit bien d'investir mieux. La France est-elle en guerre ? Officiellement, "nous menons des opérations de guerre". Ne nous voilons pas la face : nous sommes en guerre. A partir du moment où l'on engage les moyens militaires les plus puissants pour vaincre un ennemi, ce n'est pas une opération de police ! Il est important de le proclamer, car la guerre est la seule justification politique de la mort des soldats. Sinon, l'Etat n'a pas de légitimité pour les envoyer risquer leur vie à tout instant.

Vous avez été "réprimandé", une peine mineure mais symbolique, par le ministre de la Défense pour avoir critiqué la stratégie américaine en Afghanistan. En France, il est interdit à un officier général de formuler son analyse ? Je n'ai pas critiqué la stratégie américaine : j'ai énoncé des faits puis affirmé qu'il fallait réconcilier tactiques et stratégies. C'est d'ailleurs ce qu'a immédiatement effectué le général Petraeus : lisez sa première directive. J'ai exprimé ce que les plus hauts chefs militaires américains disent eux-mêmes, notamment sur la difficulté à respecter le calendrier de retrait. La discipline demeure la force principale des armées. Mais une armée dans laquelle la pensée critique est bannie s'affaiblit. Et l'inverse est vrai : c'est bien par l'encouragement à la réflexion libre que l'armée prussienne, défaite à Iéna, se dote de cette efficacité que nous avons payée cher par trois fois, en 1870, en 1914 et en 940. Relisons de Gaulle : "Il faut former des cerveaux et des caractères." Pour résoudre des problèmes aussi complexes que ceux de la guerre, nous n'avons pas trop de toutes les intelligences. Ecoutons-les. Les chefs doivent prendre la parole, prendre le risque de la pensée hétérodoxe, à contre-courant. La difficulté est de trouver le bon équilibre entre la discipline et l'initiative, entre l'exécution passive et la participation active à l'évolution. On a vu que les avis divergeaient sur ce point... Le droit de louer a toujours été reconnu ; s'il n'est pas accompagné du droit de critique, la parole n'a plus de valeur. Propos recueillis par Romain ROSSO


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Vivre à Alger. La guerre et la paix dans l’Algérie des français, 19581962. Jean MONNERET L’Harmattan, 2010, 145 pages, 14,50 €

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rois amis et une jeune femme entrecroisent leur destin. Enchantés par la douceur de vivre en Algérie, ils vivent douloureusement la fin de la guerre et l’exode. Dans de courts récits journaliers, emprunts d’émotion et de poésie, l’auteur montre comment évolue leur état d’esprit en face des évènements : la paix des braves, un accrochage avec l’ALN, la libération des prisonniers FLN, la tentative de ralliement d’une wilaya, l’autodétermination, les manifestations politiques, le combat pour l’honneur désespéré et aveugle - des partisans de l’OAS, l’insécurité de 1962, l’enlèvement et le racket des Européens, le déchirement des rapatriés. Certains faits sont réels, relatés par les médias, d’autres sont imaginés et reconstituent la mémoire des pieds noirs, telle que l’a vécue Jean Monneret. Oubliée par l’opinion, cette tragédie montre la fragilité des civilisations, la légéreté et la précarité de l’humaine destinée, en même temps que le pouvoir rédempteur de l’amour. Maurice Faivre La vie militaire aux colonies. Eric DEROO Gallimard - ECPAD, 2009, 184 pages, 35 €.

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éalisateur et chercheur associé au CNRS, spécialisé dans l’histoire coloniale et militaire, Eric Deroo a rassemblé dans cet album des centaines de photos recueillies au Service

historique, à l’Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense et au Musée des troupes de marine de Fréjus. La découverte de la photo en 1839, dont la technique a été peu à peu modernisée, a permis à des explorateurs civils et à des militaires de faire connaître à l’opinion métropolitaine toutes les particularités d’un empire de 12 millions de km2 et 60 millions d’habitants, tenu par 250.000 hommes de l’armée d’Afrique et de l’armée coloniale. L’aventure du voyage en bateau, les rencontres d’autres cultures et de terres nouvelles, les opérations militaires, les activités mondaines des coloniaux, la vie quotidienne des soldats et la mise en valeur des territoires sont ainsi représentés. Outil pédagogique ou instrument de propagande, la photo illustre le fait que la volonté impérialiste s’accompagnait d’une mission civilisatrice et de connaissance du monde, héritée des Lumières. Le précieux patrimoine ainsi reconstitué est désormais un document historique. Maurice FAIVRE, le 1er mars 2010 L’Aventure et l’Espérance. Hélie De SAINT MARC Editions les Arènes, 2010, 272 pages, 22 €

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armi les commentaires des critiques, lors de la sortie en 2004, de « Toute une vie », Françoise Giroud qui ne peut être taxée d’être une inconditionnelle des bérets verts, écrit, en parlant d’Hélie de Saint Marc : « Un personnage lourd d’Histoire. En l’écoutant, on ne peut s’empêcher de penser que l’époque a été dure, oui dure aux hommes d’honneur ».


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« L’Aventure et l’Espérance » est la nouvelle édition, revue et augmentée de cette anthologie de textes et d’images qui retrace, certes, les étapes d’une vie d’homme confronté à tous les « bruits et les fureurs » du siècle écoulé, mais aussi l’exposé, avec des mots simples et combien denses, d’une éthique de rigueur et de vérité qui plonge ses racines au plus profond de notre terreau de France. Il justifie ce titre de manière concise et démonstrative : « L’aventure, parce que je n’ai pas passé ma vie « en retrait », et citant Thoreau : « Avant de s’asseoir pour écrire, il faut se lever pour vivre ». L’espérance, « parce qu’au-delà de tout, il reste une flamme, fragile, minuscule, chancelante, mais si bouleversante, » cette grâce qu’il veut confier à ses lecteurs avant de quitter, à 88 ans, le doux royaume de la terre. Un DVD inédit accompagne le livre : « Indochine, notre guerre orpheline. » Alors ce « non » aux fausses leçons de l’Histoire, qui est le fil conducteur d’une existence sans compromis ni compromissions, reste à méditer, en ce début de siècle où les repères moraux semblent singulièrement faire défaut, tant à beaucoup de ceux qui commandent qu’à beaucoup de ceux qui suivent. Entre existence et essence, Saint Marc n’a pas choisi : l’une et l’autre sont étroitement mêlées dans la fidélité à des valeurs inébranlables mais aussi, et surtout, à des rêves de jeunesse. Ce sera son testament à la jeunesse de notre temps … Celle-ci en fera son profit, si elle a encore envie de rêver … SECOURS DE FRANCE

Le Rwanda. Contre-enquête sur le génocide Bernard LUGAN Editions.Privat, 2007, 330 pages, 18 €

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es « sous-folliculaires» qui peuplent les médias français avaient décidé que dans le drame du Rwanda, il y avait les bons tutsis et les vilains hutus et que le président assassiné Habyarimana devait être diabolisé. Bernard Lugan démonte cette simplification et par une analyse rigoureuse révèle la complexité des faits. Les coupables ne sont pas tous du même côté. Deux chapitres sont, à mon avis, à mettre en relief. Dans la première partie, le deuxième chapitre intitulé : l’incompatibilité entre la démocratie et l’ethno-mathématique. Grande leçon que devraient méditer tous ceux qui parlent de l’Afrique sans rien y connaître. Histoire de l’Afrique du Sud. Bernard LUGAN Editions Ellipses, 2010, .552 pages, 34,50 €

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ette immense fresque s’ouvre par une minutieuse analyse du peuplement indigène. Comme pour le Rwanda, Bernard Lugan insiste sur le poids de l’ethnographie dans le déroulement de l’histoire sud-africaine. Il consacre ensuite un chapitre à l’escale des explorateurs, au refuge protestant et au rayonnement du comptoir hollandais (1503-1795). Le cœur de l’ouvrage est consacré à la montée de la rivalité entre les britanniques et les boers au cours du XIXe siècle. L’épisode final de la guerre (1899-1902) est minutieusement analysé, en particulier les raids et la guérilla. Jean-Paul LE FLEM Professeur agrégé d’histoire Administrateur de l’ASAF


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INDOCHINE : QUI SE SOUVIENT DE LA TRAGÉDIE DE LA RC 4 ? (EXTRAITS) Le 20 octobre 1950, les troupes Françaises évacuaient LANGSON au TONKIN. Dans l'indifférence totale des français de la métropole, 4500 Officiers, Sous Officiers, Soldats disparaissaient : tués, prisonniers, ou disparus. Pour les prisonniers, commençait une longue marche de camp en camp qui devait durer jusqu'au 2 septembre 1954. La mortalité des prisonniers de guerre français fut de 60%. Cette hécatombe dans les camps vietminh a été soigneusement occultée pendant plus de 30 ans, parce que la guerre d'Indochine n’a jamais intéressé la nation Française, et que le parti communiste français, allié effectif du vietminh a tout fait pour déconsidérer le Corps expéditionnaire et glorifier notre adversaire (JO du 10 novembre 1953 qui publie le détail du scrutin du 6 novembre 1953, sur la demande en autorisation de poursuites contre : MM. DUCLOS , BILLOUX , FAJON, GUYOT et MARTY.) Le Ministre de la Défense Nationale, Monsieur PLEVEN avait signé le 8 août 1952, un ordre d'informer, mais la procédure était bloquée dans l'attente de la levée de l'immunité parlementaire de Jacques DUCLOS et des trois autres élus communistes. La Chambre des mises en accusation de la cour d'Appel de Paris considérant que, sous le couvert d'une lutte idéologique contre la guerre et le colonialisme, certains individus ont, dès la fin de l'année 1949 et jusqu'à ces dernières années, provoqué ou participé à une action

concrète et violente contre la fabrication, la manutention et le transport du matériel de guerre destiné aux troupes en Indochine (comité central du parti communiste ST Denis 10 décembre 1949) a déclaré que l'évidence ne peut éclater et la justice rendue tant que les instigateurs et promoteurs de cette action bénéficient de l'immunité parlementaire ! On pouvait lire dans l'humanité du 30 Août 1944 : Les traitres fascistes qui furent les valets des trusts en France, ont vendu les richesses aux trusts Nippons. Mais le peuple de France entend que l'Indochine, comme tous les territoires d'outre - Mer reviennent dans la communauté fédérative de la plus Grande France. Quant à moi, jeune sergent de l'Armée de l'AIR, affecté dès mon arrivée en Indochine dans cette bourgade à quelques kms de la frontière Chinoise, comme chef de l'antenne radio, je prenais le dernier JU 52 qui décollait de LANGSON, la gorge serrée : pour la première fois, je laissais derrière moi des jeunes de 20 ans, que je ne reverrais plus : c'était le 20 octobre 1950 en début d'après midi. C'était il y a 60 ans . Une seule consolation, nos cadets eux, aujourd'hui bénéficient du soutien du peuple de FRANCE. La ville de CASTRES, est un exemple de l'attachement et du soutien des castrais dans les moments difficiles que vient de traverser leur Régiment . Augustin FORNER


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LISTE DES DÉLÉGUÉS ET CORRESPONDANTS N° départ 01 02 03 04 05 06 07 08 09 – 12 31 - 32 10 11

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Nom et Adresse postale GONGUET André Le Chalet Cerveyrieu, 01510 ARTEMARE A pourvoir ATIAS Robert 35, avenue Thermale, 03200 VICHY BARRET Maurice 1, rue Maldonnat, 04000 DIGNE-LES-BAINS A pourvoir COUCHOUD Jean-François Villa Isabelle -16, rue Cafarelli, 06000 NICE A pourvoir de POUILLY Antoine 08250 CORNAY MILLET Claude 25, rue Montaigne, 92800 PUTEAUX Le Clos de Bigués, 46550 - CARLUCET A pourvoir MATTHEYS Francis 32, rue des Potiers, 11400 CASTELNAUDARY MICHELETTI Patrick Euromed – BP 921 13288 MARSEILLE Cedex 9 FLICHY Antoine 45, avenue du 6 juin, 14000 - CAEN GARD Georges 15, rue des Dames, 15000 AURILLAC RODRIGUEZ Claude 26, rue de l’Union, 16600 RUELLE sur TOUVRE HUIGNEZ Gilbert (Relève souhaitée) 30, rue du Gros Sillon, 17290 CHAMBON BAGOU Germain 74, rue François Coillard, 18000 BOURGES A pourvoir COMTE Gérard Villa "Faï Souléou", Cité Jardin Comte 20200 VILLE DE PIETRABUGNO BOIZARD Pierre 4, allée des Pampres, 21121 FONTAINE LES DIJON HUDAULT François Le Chaucix Maroué, 22400 LAMBALLE A pourvoir LE SOLLEU Claude 29, rue de la Gravière - St Cybard 24520 MOULEYDIER VIART Jacques 1, rue de la Cassotte, 25000 BESANCON BOEUF-GAYMARD Michel Villa Régina - 19, rue des Antignans, 26110 NYONS A pourvoir A pourvoir BRANCHARD Michel 4, rue de Kerglas, 29200 - BREST

Titre

Lieutenant Colonel Général

Téléphone(s)

Adresse électronique

Délégués Correspondants

04 79 87 32 39

andre.gonguet@free.fr

Délégué Ain

04 70 97 87 90

robert.atias@orange.fr

Correspondant Allier Correspondant Alpes Hte Provence

04 92 31 11 66

04 93 44 20 14

Couchoud@hotmail.com

Délégué Alpes Maritimes

Général

03 24 30 57 26 Fax : 03 24 30 79 51

antoine.de.pouilly@tele2.fr

Correspondant Ardennes

Chef de bataillon

01 47 78 42 43

claudemillet@consultant.com

Délégué Midi -Tolosain

Colonel (H)

Délégué Aude

04 68 23 44 65 Doyen (H)

04 91 82 77 63

Patrick.micheletti@euromedmanagement.com

Correspondant Calvados Correspondant Cantal

02 31 85 37 44 Chef de bataillon Ingénieur général de l’Armement

04 71 43 51 42 05 45 65 45 31

jeanmichel.bouet@free.fr

02 48 24 27 74

Bagougermain@free.fr

03 80 56 88 23

Paa.boaz@club-internet.fr

Correspondant Côte d’Or

Francois.hudault@free.fr

Délégué Côtes d’Armor

Délégué Dordogne

05 53 57 07 32

Colonel

Délégué Cher Correspondant Haute-Corse

04 95 31 07 04 Colonel

Délégué Charente Délégué Charente Maritime Deux Sèvres

05 46 68 95 74 LieutenantColonel

Délégué Bouches du Rhône

03 81 50 99 52

jtraiv@aol.com

Délégué Franche-Comté

04 75 26 23 86

hic.boeufm@wanadoo.fr

Correspondant Drôme

02 98 42 50 82

michel.branchard@numericable.fr

Correspondant Finistère


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CLAUSSE Michel 39, rue du Mail, 30129 MANDUEL SARRE Jean-Marie 36, Rue Royale - St Pardon, 33870 VAYRES DEMACON Jean Résidence « Le Fragonard », 70 Chemin des Moulares 34070 MONTPELLIER GUIRRIEC Perrick 10, rue Jeanne Couplan, 35001 RENNES A pourvoir GROSCLAUDE Serge 4, rue de Ballan, 37000 TOURS BOLLON Henri 3, avenue du Général Champon, 38000 GRENOBLE BOTTI Joseph 225, rue Victor Hugo, 40700 HAGETMAU DUVIVIER Jean-Pierre "La Croix des Vignes", 41160 LIGNIERES NICAUD André 27, rue de la Côte Sibertière, 42650 SAINT JEAN de BONNEFONDS BREUILLER Bernard 20 avenue Mal Foch – BP 221 43006 LE PUY en VELAY HUBERT Georges 11, rue Jacquelin, 44300 NANTES LAMBERT François-Marie 1990, rue Nationale, 45770 SARAN MILLET Didier "Le Bastit" - 46350 PAYRAC MARQUEZ Thierry 661, avenue de la Libération, 47450 COLAYRAC-SAINT-CRICQ A pourvoir A pourvoir A pourvoir A pourvoir TEBIB Roger 8, rue du Bois Rolloin, 52000 CHAUMONT A pourvoir BITSCH Daniel 67, rue de la Libération - 54520 LAXOU PIERSON Xavier 7, rue du Calvaire, 55160 LES EPARGES THEVENON Bruno 13, résidence Avel Moor, 56250 Saint-Nolff VIDEMONT Jean-François 12, rue de l’Abbaye, 57535 MORANGE-SILVANGE A pourvoir LUSSIEN-MAISONNEUVE Christian 19, rue des Stations, 59800 LILLE A pourvoir A pourvoir ARRIGNON Jean-Pierre 3, rue Emile Breton, 62000 ARRAS DRUILHE Alain Résidence Le Régina-Bt B-Appt 20 15 boulevard Barrieu - 63130 ROYAT d'ARCANGUES Bernard 1, avenue Kennedy, 64200 BIARRITZ

04 66 20 21 93

Capitaine de police

05 57 74 70 13

Lieutenant Colonel

04 67 64 42 68

demaconjf@orange.fr

Délégué Hérault

Général Br.

02 23 20 30 58

guiriec.perrick@yahoo.fr

Correspondant Ille-et-Vilaine

Sous-Préfet (ER)

02 47 98 67 02

serge.grosclaude@wanadoo.fr

Délégué Indre & Loire

Capitaine

04 76 87 77 06

Correspondant Isère

05 58 79 41 34

Correspondant Landes

Général

Commandant

claussemichel@free.fr

Correspondant Gard

Capitaine

Délégué Gironde

02 54 23 41 05

duvivier.jpo@wanadoo.fr

Correspondant Loir & Cher

04 77 95 07 65

andre-nicaud@orange.fr

Délégué Loire

Tél. / Fax 04 71 02 61 62

Correspondant Haute - Loire

02 40 40 73 46

Correspondant Loire Atlantique

02 38 73 19 65

f.m.lambert@wanadoo.fr

Délégué Loiret

05 65 37 85 53

asaf.lot.aveyron@wanadoo.fr

Correspondant Lot

05 53 87 86 04

thierrymarquez@gmail.com

Correspondant Lot-et-Garonne

Professeur d’université

03 25 03 10 36

rogertebib@wanadoo.fr

Correspondant Haute Marne

Colonel(H)

03 83 40 35 14 Fax : 03 83 90 37 64

Correspondant Meurthe & Moselle Délégué Meuse

Colonel

03 29 80 88 21

secretariat.direction @memorial-verdun.fr

Général (2S)

02 97 45 49 67 06 60 42 52 73

brunthev@yahoo.fr

Délégué Morbihan

Ingénieur sidérurgiste

03 87 80 43 33 06 80 62 10 71

Jfd57@orange.fr

Délégué Moselle

Capitaine de Frégate

03 20 57 63 22

Colonel

Correspondant Nord

03 21 51 00 81

jparrignon@wanadoo.fr

Correspondant Pas-de-Calais

04 73 35 91 95

Valerie.comelato@orange.fr

Correspondant Puy de Dôme

05 59 23 54 98

bernard.arcangues@numéricable.fr

Correspondant Pyrénées Atlantique


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MASLIES Louis 65500 SAINT LEZER OGIER Jacques 19, rue Lt Gilles, 66330 CABESTANY HUTHER Pierre 28, rue de Flaxlanden, 68730 MARSHWILLER le BAS THEYNARD Paul 6, rue Sébastien Gryphe, 69007 LYON A pourvoir MULLER Julien-Gustave 18, rue des Jacquots, 71370 ST GERMAIN DU PLAIN A pourvoir A pourvoir ROTH Jean-Michel 8, rue du Chablaus, 74200 THONON A pourvoir A pourvoir A pourvoir SCHAEFER Jean-Pierre 113, rue du Général Leclerc, 78400 CHATOU SEGUIN Jacques Le Clos Mironnet 134, chemin de Vide Bouteille, 79270 SAINT-SYMPHORIEN A pourvoir CALASTRENG Bernard 73, vieille route de la Caulie, 81100 CASTRES AMIEL Pierre Quartier Cazabon, 82210 COUTURES PEYRE Jean-Marie 767, Chemin de Saint-Pons occidental, 83550 VIDAUBAN ROUSSET Gilles 94, avenue Mal Joffre - BP 105 84303 CAVAILLON Cedex HELLIO Maurice 23a, Square F.Clouet, 85300 CHALLANS PAGE Georges La Placherie, 86340 LES ROCHES-PREMARIE A pourvoir VICHARD René-Paul 207, Le Village la Bourgonce, 88470 SAINT MICHEL/MEURTHE A pourvoir A pourvoir A pourvoir A pourvoir A pourvoir A pourvoir

Lieutenant Colonel Chef de bataillon

05 62 96 76 01 Tél. / Fax 04 68 66 93 50

jomlz@libertysurf.fr

Correspondant Hautes Pyrénées Correspondant Pyrénées Orient

Colonel

Tél. / Fax 03 89 42 06 78

Correspondant Haut-Rhin

Colonel

04 78 58 26 33

Délégué Rhône

Tél. / Fax 03 85 47 40 51

muller.denise.julien@wanadoo.fr

Correspondant Haute Savoie

04 50 71 44 50

06 80 84 32 60 01 34 80 01 79

Commandant

05 49 17 15 10

Correspondant Saône-et-Loire

jp.schaefer@free.fr

Délégué Yvelines

jacques.seguin2@orange.fr

Correspondant Deux Sèvres

Colonel

05 63 51 26 70

calastreng@aol.com

Délégué Tarn

Colonel

05 63 95 74 62

pierramiel@orange.fr

Correspondant Tarn-et-Garonne

04 94 73 55 04 06 13 25 60 22 Notaire

04 90 71 50 46 Fax : 04 90 71 08 43

Lieutenant

06 14 84 00 45 04 49 42 52 45

Lieutenant Colonel

03 29 58 34 85

Général Général Général Général

THOMANN VALENTIN GAVREL ALLAMAND

Délégué Var gillesrousset@orange.fr

Délégué Vaucluse Correspondant Vendée

r.v88@wanadoo.fr

Délégué Vienne Correspondant Vosges

Coordinateurs régionaux Nord Sud-Ouest Sud-est Méditerranée

Jean-Claude Marcel Daniel

Marc

Les adhérents habitant un département pourvu d’un DELEGUE, doivent lui régler leur cotisation annuelle.

jclthomann@orange.fr mvalentin@sfr.fr Daniel.gavrel@wanadoo.fr marc.allamand@sfr.fr


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FICHE DE RENSEIGNEMENTS Les renseignements demandés ci-dessous ont pour but de mieux connaître les membres de l’ASAF et permettront d’améliorer la capacité d’action de l’ASAF. Ils ne seront pas communiqués sans accord préalable des intéressés. Tous les renseignements sont à écrire en lettres capitales pour éviter les erreurs. Merci. M., Mme, Melle (rayer les mentions inutiles) Nom : .................................................................................................................... Prénom : ................................................................................................................ Année de naissance : .............................................................................................. Profession actuelle : ................................................................................................. Profession antérieure (si retraité) :............................................................................. Membre d’associations (à préciser) : ........................................................................ ............................................................................................................................. Adresse postale (en capitales) : N° ........................................................................... ............................................................................................................................. Code postal : .......................................................................................................... Ville : ..................................................................................................................... Adresse internet : .................................................................................................... Téléphone fixe : ...................................................................................................... Mobile : ................................................................................................................. Fax : ......................................................................................................................

Autres informations : compétences, mécénats envisageables, partenaires souhaités…


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FICHE DE COTISATION Renouvellement

Adhésion nouvelle

N° d’adhérent : SI ASSOCIATION : Nom de l’association : ..................................................................................... Nombre d’adhérents : .................................................................................... Ci-joint un chèque de (à l’ordre de l’ASAF) : ........................................ euros 12,50 € (veuve ou veuf) 25 € (individuel) 27 € (association départementale ou régimentaire)

37 € (association régionale) 55 € (association nationale) 100 € et plus (cotisation de soutien) Don

FICHE DE CORRESPONDANCE A adresser par courrier postal à : Secrétariat ASAFRANCE 18, rue de Vézelay, 75008 PARIS Ecrivez dans ce cadre vos remarques, suggestions et idées pour le bulletin, le site et l’ASAF. Joignez-y également les articles et documents que vous souhaitez faire partager.


QUI SOMMES-NOUS ?

QUE FAISONS-NOUS ?

Créée en 1983, l’Association de Soutien à l’Armée Française (ASAFRANCE) regroupe tous les citoyens qui estiment que l’Armée doit rester au cœur des Français et une priorité pour l’Etat. Elle se fixe comme objectifs de : - défendre l’honneur de l’Armée, - soutenir ceux qui ont combattu et combattent pour la France, sensibiliser les citoyens aux questions militaires, - participer au devoir de mémoire et de solidarité.

L’ASAFRANCE propose gratuitement, par voie électronique des lettres d’informations sur des sujets d’actualité ou historiques : - aux responsables politiques et économiques, - aux institutionnels, aux médias et aux relais d’opinion, - aux citoyens français et européens.

Indépendante de tout pouvoir, sans caractère politique ou syndical, l’ASAFRANCE regroupe plus de 2 000 adhérents dont 300 associations. Elle représente plusieurs centaines de milliers de Français.

Ces documents sont rédigés en toute liberté et sans polémique par des experts conscients de servir l’intérêt national. L’ASAFRANCE conduit diverses actions de sensibilisation des citoyens. Elle diffuse à ses adhérents un bulletin qui les tient informés de ses activités.

“Soutenir l’Armée, c’est renforcer la France et son image dans le monde.”

A SSOCIATION S OUTIEN A RMÉE F RANÇAISE DE

À L’

ASAFRANCE

Contact : Adresse : 18 rue de Vézelay, 75008 PARIS Tél/Fax : 01 42 25 48 43 Email : secretariat@asafrance.fr Site : www.asafrance.fr

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Mémoire et Vérité

Bulletin n° 89

Hiver 2010 - 2011

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Bulletin N° 89