8e art magazine - n°20

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EDITO

# 20 En couverture : Jacques Villeglé. Opération quimpéroise

JUILLET-AOÛT 2012

MARSEILLE-PROVENCE ART&CULTURE FREEMAGAZINE

8e art est une publication bimestrielle des Éditions Bagatelle 19, avenue de Delphes 13006 Marseille 09 81 80 63 79 Directeur : Nicolas Martin n.martin@8e-art-magazine.fr Directeur de la publication : Frédéric Guerini f.guerini@8e-art-magazine.fr Rédacteur en chef : Sandro Piscopo-Reguieg 06 71 62 49 81 s.piscopo@8e-art-magazine.fr Ont collaboré à ce numéro : Emmanuelle Gall, Marie Godfrin-Guidicelli, Fred Kahn, Alexandre Lévêque, Bertrand Ors, Marianne Van Willigen, Joël Assuied (photographe). Conception graphique et direction artistique : Jonathan Azeroual 06 62 58 79 71 j.azeroual@8e-art-magazine.fr Service commercial : 09 81 80 63 79 Impression : Azur Offset Acropolis - 171 bis, chemin de la Madrague-Ville - 13015 Marseille 04 91 52 53 54

V

illeglé au MAC, c’est quand même une bonne surprise. Il faut bien dire qu’une légende vivante (de 86 ans) de l’art contemporain à Marseille, ce n’est pas si courant. Voilà donc une expo qu’il ne faudra pas manquer, avant de s’intéresser de plus près aux festivals de l’été... Dans la myriade de propositions qui s’offrent à nous en période estivale, nous avons choisi de ne retenir que quelques rendez-vous. Pas les plus médiatiques, pas vraiment des têtes d’affiches : nos « outsiders » sont de vraies découvertes ! Alors qu’au Festival d’Aix, les doux airs de Mozart résonneront dans les travées du Théâtre de l’Archevêché, on ira plutôt en périphérie de la ville, se frotter à l’art de l’émeute selon Jean-Michel Bruyère (p.60) ; alors que de nombreux festivals jouent la carte du « plein air », nous, on préfère s’enfermer dans les salles obscures du FID (p.66) pour découvrir un vrai bijou de cinéma, un film sur les croisades, dont les acteurs sont des marionnettes… Et lorsqu’on prend le large, c’est pour aller au Frioul, à la rencontre de la dernière trouvaille du festival MIMI (p.70) : un groupe de « yéyé mélanésien » quittant son île pour la toute première fois... Enfin, si le festival Jazz des cinq continents convie au Palais Longchamp des stars internationales comme Pat Metheny et Sonny Rollins, on se tournera vers le Marseillais Raphaël Imbert (p.74), aux improvisations tout aussi légendaires. Sandro Piscopo-Reguieg

La reproduction même partielle des articles et illustrations sans autorisation est interdite. 8e art décline toute responsabilité pour les documents et articles remis par les annonceurs. Dépôt légal à parution.

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SOMMAIRE

N°20 / JUILLET-AOÛT 2012

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ACTU 09

L’IMAGE

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EN BREF

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CONSO

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MARSEILLE 2013 Opération Tétrodon

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ART-O-RAMA Preview

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REPORTAGE Les nouveaux collectionneurs

82

Caroline Duchatelet

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ALERTE CIPM

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PORTFOLIO Rencontres d’Arles

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HISTOIRE Marseille au XVIe siècle

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PORTRAIT Charlotte Bensoussan

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FESTIVALS Les outsiders

ZOOM

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Laurent Perbos

18

MP2013

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Marsatac

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Festival de Hyères

26

TENDANCE Label de soirées décalées

60

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L’ÉVÈNEMENT Villeglé à l’affiche

FESTIVAL D’AIX Une situation, Huey P. Newton

66

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FID The Path to Cairo

MOTIVÉS Greeters

70

FESTIVAL MIMI Peirua String Band

40

LE SPOT Waaw

74

JAZZ DES CINQ CONTINENTS Raphaël Imbert

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SORTIR 98

L’ÉVÉNEMENT Festival d’Avignon

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SCÈNES

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MUSIQUES

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EXPOS



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ACTU

© Santi Oliveri

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L’IMAGE

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UN PORTRAIT SOCIOLOGIQUE DE MARSEILLE « Christiane, ce fut une très belle rencontre. Bien qu’âgée, elle Streetpersonnalité art civique. Le 22très marsjuvénile. 2012, soitSa un chambre ressemble à celle a une mois avant le premier tour des élections d’une jeune fille ! C’est donc marseillà que j’ai choisi de la photograprésidentielles, 3 000 poubelles phier, au milieu de toutes ces couleurs… » laises et parisiennes se sont vues orInstallé à Marseille nées d’un panneau «depuis Voter icià ».peine Une plus d’un an, le Sicilien Santi Oliveri s’estartmis en tête de réaliser un « portrait socioaction de street « civique » menée par le »photographe Echaroux logique de la villePhilippe : « Je suis photographe, mais sociologue d’inciter les Français est à seune rendre de afin formation. Marseille ville qui présente une variété aux urnes : et « Car ne pas ethnologique sociale trèsvoter, riche.c’est J’ai donc choisi de poursuivre comme jeterdeson bulletin à sociologique la poubelle. » à travers le portrait phomon travail recherche tographique. Je m’intéresse à tous les Marseillais. Ceux qui sont

nés ici, mais aussi les nouveaux arrivants, comme moi. Je les invite à me contacter en m’envoyant une petite présentation par email. Ensuite, je les rencontre et éventuellement, les photographie dans leur propre environnement : chez eux, ou à leur boulot. » Commencé en début d’année, le projet « People of Marseille » compte actuellement 8 portraits. Santi Oliveri ne se fixe pas de limite, sauf temporelle. Car en 2013, ce travail devra être achevé pour donner lieu à un ouvrage, une exposition, voire les deux. En attendant, l’appel à modèles est ouvert (santioliveri@yahoo.fr / www.santioliveri.com). 8e art magazine

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ACTU

EN BREF

VU D’AILLEURS L’EXPRESS

INCROYABLE

« Pas de désert culturel à Marseille », juge L’Express dans son édition régionale du 20 juin proposant une étude comparée des 16 arrondissements de Marseille. L’hebdomadaire y a recensé pas moins de 64 lieux dédiés à la culture (cinémas non compris), situés pour la plupart dans le triangle Joliette-Blancarde-Castellane. Si les 9e, 10e, 11e, 12e, et 13e arrondissements sont les « moins gâtés », c’est dans le 3e, que devraient s’installer tous les passionnés de culture. En effet, le quartier affichant « le niveau de revenus le plus faible de Marseille, et même de France », se targue d’accueillir sur son territoire le Théâtre Toursky et la Friche la Belle de Mai, « références nationales », ainsi que le Gyptis. Ce « ghetto bourré d’atouts » arrive donc en seconde position du classement des arrondissements les mieux pourvus en lieux culturels, derrière le 1er, et devant le 7e. ARTE

KARTE POSTALE

A force de parler de MP2013, on a tendance à l’oublier. Mais l’année prochaine, Marseille sera Capitale « européenne » de la culture. Du coup, on n’a jamais croisé autant de journalistes étrangers qu’en ce moment. Des Allemands surtout. Il faut dire que le cas Marseille les intrigue beaucoup. Après le reportage diffusé le 26 mai dans l’émission Metropolis, la chaîne Arte a remis ça le 23 juin, mais dans le magazine Yourope cette fois. Avec une sympathique carte postale débutant par la dégustation d’une olive verte à Noailles, et se poursuivant par un passage aux calanques « à l’intérieur de la ville, mais sur une autre planète » ; au Waaw, « bistrot situé dans le quartier créatif de Marseille » (le cours Ju, quoi), et une balade en bateau en compagnie de deux néoMarseillais espagnols. Ici, on ne peut passer sous silence la délicate question du journaliste allemand : « Maintenant que l’Espagne est en crise, tu es content de vivre à Marseille ? » Bref, le reportage s’achève par « une bonne bouillabaisse » et cette conclusion : « Même si la cité phocéenne n’est pas encore aussi branchée que Barcelone ou Ibiza, on y trouve des plages, une vie culturelle intense, et une cuisine savoureuse. » C’est déjà ça. ARD

PAS VU

Mais on y était. Alors que nous suivions à la trace quelques greeters (voir p.36), nous avons rencontré Suzan Fiedler, journaliste allemande venue dans la cité phocéenne afin d’y tourner un reportage pour « Le magazine de l’Europe » de la chaîne ARD, l’équivalent teuton de France 2. « En Allemagne, Marseille n’a pas une bonne image, nous a-t-elle avoué. Elle est vue comme une ville dangereuse : je n’ai jamais entendu quelqu’un me dire qu’il partait en vacances à Marseille ! » Après son sujet (15 minutes en bateau du Vieux-Port au Frioul en passant par le Vallon des Auffes), ça va peut-être changer. En tout cas, Suzan est fan: « Je vais revenir avant la fin de l’année et tourner un reportage plus long, montrant tous les aspects de la ville. »

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5 000 entrées A l’heure où vous lirez ces lignes, c’est le cap qu’aura certainement franchi le film Cassos, de Philippe Carrese, sorti le 13 juin dans 17 salles en France (et le 6 juin à Marseille). Le 27 juin dernier, le « premier long-métrage depuis Pagnol à avoir été initié, produit, tourné, et post-produit dans le sud » approchait ce chiffre alors qu’il était encore à l’affiche « dans une douzaine de salles » dont certaines le programmeront « encore une bonne partie de l’été », selon son producteur Thierry Aflalou.

IAM : ENNIO MAIS PAS TROP C’était un projet très attendu : le flow d’IAM confronté aux musiques composées par Ennio Morricone pour le cinéma. Mais l’album-concept a pris du plomb dans l’aile, comme l’a révélé Imhotep à nos confrères de Télérama : « Même si nous avons eu son accord de principe et qu’il adore le concept, c’était trop cher au niveau des droits. Donc, il y aura deux ou trois morceaux inspirés de Morricone et le reste sera un album d’IAM normal. » Ça nous va aussi.


EN BREF

© Agnès Mellon

ACTU

LA CRIÉE JOUE L’OUVERTURE

BLUZET 2013

3 THÉÂTRES, 100 SPECTACLES, 1 PROJET « Travailler sur ce projet, ici et maintenant, restera pour moi un des plus grands moments de ma vie. » 2013, c’est un peu son Saint-Graal à lui. Six ans qu’il y travaille ! Dominique Bluzet ne cachait donc ni sa fierté, ni son émotion, quand, le 9 juin, il a procédé à la présentation de la programmation des trois théâtres qu’il dirige : le Gymnase à Marseille, le Jeu de Paume et le Grand Théâtre de Provence à Aix. Trois lieux, « mais un seul projet » pour 2013. Il a donc fait les choses en grand Dominique. Et c’est sur la scène du Dock des suds, en mode stand up, qu’il a voulu raconter son année Capitale. Un show à la mesure du propos : du 5 janvier au 23 décembre 2013, les trois théâtres accueilleront plus de 100 spectacles dont 17 créations ; et même un nouveau « Festival de Pâques », dédié à la musique classique. 2013 sera aussi l’occasion d’une redistribution des rôles pour les théâtres marseillais. En effet, la renaissance de La Criée, désormais nourrie des ambitions de Macha Makeïeff, a poussé

Dominique Bluzet à faire évoluer le Gymnase. « Pendant des années, en raison de l’effacement du théâtre national, nous avons été un ’’LNS’’, un ’’lieu national de substitution’’. Aujourd’hui, La Criée retrouve sa place et c’est tant mieux. Je ne voulais pas voir le Gymnase redevenir le numéro deux en quête de légitimité. » Le théâtre à l’italienne s’est ainsi souvenu qu’il y a cinquante ans, il était un haut-lieu du music-hall. En 2013, on viendra donc y applaudir humoristes, magiciens, divas, jazzmen… Mais aussi six créations théâtrales. Pour marquer le coup, le Gymnase se déploie sur La Canebière, où il dispose désormais d’une « vitrine », à l’emplacement de l’ancienne librairie Tacussel, qui accueillera bureaux, espace d’exposition, et billetterie. Et c’est toute la rue du Théâtre-Français qui se verra illuminée de lumières baroques grâce à l’installation de trois lustres monumentaux en extérieur, comme un signal aux Marseillais : le Gymnase est bel et bien redevenu un lieu de fête.

La Criée selon Macha Makeïeff, ça commence vraiment cette année. Si en 2011-2012, la nouvelle directrice de la scène nationale avait conçu une programmation à quatre mains avec son prédécesseur, elle est cette fois seule aux commandes. Et ça se voit. Les 52 rendez-vous proposés d’octobre 2012 à l’été 2013 forment un ensemble à l’image de ses propres créations : foisonnant et pluridisciplinaire. Elle l’avait promis, elle l’a fait : il y aura du cinéma dans son théâtre, et même un festival consacré au court-métrage, « La Criée Tout Court ». Il y aura aussi de la danse, notamment avec les Mille et une nuits, nouvelle création d’Angelin Preljocaj, très attendue. Il y aura enfin de la musique : Makeïeff annonce une « Folle Criée », sur le modèle de la Folle journée de Nantes, ainsi qu’une « surprise » avec les membres d’IAM. La grande spécialité maison restera bien sûr le théâtre, du plus classique au plus avant-gardiste avec, par exemple, un Tartuffe revisité sur fond de Marilyn Manson (avec le jeune Grégoire Leprince-Ringuet) ; ainsi qu’un Bourgeois Gentilhomme auquel Denis Podalydès aura rendu le ballet de Lully. Enfin, la nouvelle création de Makeïeff nous amènera, en mars 2013, sur le tapis volant d’Ali Baba (avec Atmen Kelif).

L’ODÉON, LE RETOUR Ce vieux monsieur, qui fêtera bientôt ses 85 ans, a bien été obligé de se refaire une santé. Mais après de longs mois de travaux et deux saisons hors les murs, l’Odéon « nouveau » sera livré cet automne. Le théâtre de la Canebière retrouvera enfin ses bons vieux airs d’opérette : Lecocq, Strauss, Offenbach, Lopez ; ils seront tous là, même Rossini, avec en prime, un Barbier de Séville en français ! Et que les fans de Marthe Villalonga et Francis Veber se rassurent, le théâtre de boulevard n’a pas été oublié.

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EN BREF

© DR / Hélène GUIMBERTEAU Face à Face

ACTU

ALDRIC MATHIEU

SUR LES RAILS

Etudiant en cinquième année, Aldric Mathieu est le tout premier lauréat du « Prix de l’Ecole supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée », qui lui a été décerné le 29 mai par un jury de professionnels. Choisi parmi 33 de ses camarades, il a ainsi eu le privilège de pouvoir exposer ses travaux à la galerie Gourvennec-Ogor durant un mois. C’est bien ça, l’intérêt de ce nouveau trophée : donner un petit coup de pouce à un jeune artiste en fin de cursus, en lui permettant d’avoir une première expérience professionnelle. Dès l’année prochaine, le Prix ESADMM devrait se développer en s’associant à d’autres structures locales comme le MAC, le FRAC, et les lieux membres du réseau Marseille expos. Aldric Mathieu. Fenêtre, 2012

MARIANNE

Entre élections présidentielles et législatives, c’est en plein cœur d’une actualité politique intense que l’Ecole supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée (ESADMM) a dévoilé les noms des lauréats du concours « Marianne », confrontant la créativité de ses étudiants à ce symbole républicain. Quinze d’entre eux (dont un Turc et un Chinois !) avaient relevé le défi. Autant de façons de « réfléchir aux idées de citoyenneté et de République en les conceptualisant sous une forme artistique », comme l’a formulé Anne-Marie d’Estienne d’Orves, conseillère municipale et présidente de l’ESADMM. Le 14 mai, c’est Hélène Guimberteau (photo), étudiante en première année, qui a obtenu le premier prix pour son œuvre Face to Face, mosaïque de 250 portraits de femmes laissant deviner le buste d’une Marianne. D’abord exposées collectivement à l’espace Villeneuve-Bargemon, ces 15 Marianne relookées (dont un « totem » en bois, et une installation en néons), seront par la suite visibles dans les bureaux municipaux de proximité, où elles cohabiteront avec les vieux bustes de Laetitia Casta. J’HABITE ICI

ET VOUS ?

Appel à la population : tous les Marseillais sont invités à photographier leur rue, leur maison, leur jardin, et dire ainsi : « J’habite ici ! » Il s’agit d’un concours lancé par Marseille-Provence 2013 (avec l’UNIS) dans le cadre de ses projets participatifs. Les images réunies feront l’objet d’une exposition en 2013 (au J1) et certaines seront même affichées dans l’espace public. Il y a aussi des cadeaux à gagner, dont un voyage. Le concours est ouvert jusqu’au 31 octobre sur le site www.jhabiteici.com.

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Courtesy de l’artiste & Galerie Gourvennec Ogor

RELOOKING EXTRÊME


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ACTU

CONSO

BEAU LIVRE

LA MER DES MASQUES SOPHIE TESTA Ed. La Poissonnerie

La pétillante Sophie Testa fait de l’art contemporain avec de l’art primitif. Obsédée par les masques traditionnels africains ou océaniens que renferment les grands musées, elle en a déjà dessiné plus d’une centaine, et ceux-ci deviennent, sous son trait, de gentils monstres colorés. Un travail artistique qui intéresse les spécialistes : le livre s’ouvre sur une préface de Monique Jeudy-Ballini, anthropologue au Collège de France. Ensuite, c’est un festival de masques : masques de fêtes, masques de mascarades, masques d’initiation, masques de guérison, masques de protection, masques de funérailles... Car pour Sophie Testa, chaque masque est une histoire.

CD

KHEPER IMHOTEP

Pour son second album solo, « l’architecte sonore » d’IAM a bâti une vertigineuse tour de Babel. Kheper, c’est une world music triturée, pervertie, secouée, à coups de soubresauts électro sur fond de beats hypnotiques. Imhotep a même inventé un mot pour désigner « son » style : « Ethnotronica ». Ça sonne bien, à l’image des 19 titres instrumentaux de l’album, 19 trips dans autant de contrées musicales inexplorées. « Ça reste très obscur, à moins de connaître la musique coréenne du XIXe siècle, raconte l’artiste. Je me suis offert des expériences extrêmes. » En effet. Sur Kheper, un berimbau brésilien peut tutoyer un chant mongol ; et une même mélodie peut être jouée par un instrument traditionnel japonais, reprise par une guitare métal, puis par une boucle reggae ; le tout, sans jamais paraître surchargé. Kheper, c’est même minimaliste. Méditatif, transcendantal, abyssal… Redoutable.

CD

MARLA’S SONG LOO & MONETTI

Imparable ritournelle électro-pop, le premier morceau, Hurt me, ne vous lâchera plus. Au titre suivant, When I arrived there, il est déjà trop tard : vous êtes fan. Autoproduit, Marla’s Song n’en demeure pas moins impressionnant de maîtrise : dix titres chantés en anglais, et presque autant de tubes en puissance. Alors lorsque le duo marseillais annonce être en contact avec des majors, on les croit sur parole. Et en attendant, qu’ils s’envolent, on va sur leur site. Chacun des dix morceaux y est agrémenté d’un clip, tous superbes. Marla’s Song, c’est aussi un album qui se regarde.

DVD

LES REBELLES DU FOOT

GILLES PEREZ ET GILLES ROF A l’heure des Ronaldo, Benzema, Nasri, et autres enfants gâtés pourris du foot, Eric Cantona nous rappelle dans ce documentaire le parcours de ceux qui ont risqué leur carrière ou même leur vie, pour défendre ce qu’ils croyaient juste : le Chilien Caszely, le Français Rachid Mekloufi, le Yougoslave Predrag Pasic, le Brésilien Socrates, et même l’Ivoirien Didier Drogba. Une façon, pour le King, « de montrer que le foot n’est pas seulement un divertissement, une pompe à fric et à paillettes ». A voir en DVD ou sur Arte le 15 juillet. 8e art magazine

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LAURENT PERBOS

LAURENT PERBOS

MYTHOLOGIES CONTEMPORAINES

Un catalogue monographique consacré à l’œuvre de Laurent Perbos vient de paraître aux éditions Sextant et Plus. L’occasion de se replonger dans les mythologies de l’artiste…

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Par Sandro Piscopo-Reguieg

« Tout au long de l’histoire de l’art, les artistes se sont réappropriés les mythes pour les travailler avec les matériaux du moment », rappelle Laurent Perbos. Son Golem à lui sera donc un amalgame de balles de tennis ; et lorsqu’il « rejoue » le martyre de Saint Sébastien, c’est un parpaing en métal qui se voit criblé de flèches. « Il s’agit d’un travail de sculpteur. Mes matériaux sont des objets de la culture populaire issus de l’univers du sport, du bricolage, ou du jouet. Le spectateur peut donc reconnaître tous les ingrédients de l’œuvre, ce qui me permet de capter son attention pour l’amener vers des choses plus grinçantes, poétiques, oniriques… » Laurent Perbos est un malin. Croyances. Au fil des 160 pages de son premier « vrai » catalogue monographique, on croise des terrains de tennis voyageurs, des bonbons géants, des souches d’arbres nées de tuyaux d’arrosage… Ludiques et colorées, en apparence inoffensives, les œuvres de Laurent Perbos s’avèrent en fait redoutables : ces expérimentations nouvelles créent des mythologies nouvelles, qui viennent nous arracher à nos anciennes croyances. Visuelles, comme culturelles. Ce plasticien qui a le goût des records (Le Ballon le plus long du monde) aime aussi se lancer des défis impossibles. Comment matérialiser des idées ? A quoi peut ressembler la chute d’un arc-en-ciel ? Un arbre qui pleure ? On vous laisse le plaisir de la découverte. Picasso et Koons. Cette monographie, Laurent Perbos ne l’a pas voulue chronologique. « J’ai préféré faire intervenir des personnalités d’horizons divers afin que chacune d’entre elles s’accapare une partie de mon travail et puisse broder des textes autour. » Ainsi, entre un discours philosophique d’Isabelle Queval sur le sport, les lignes, et les terrains de tennis ; et le compte rendu d’une exposition sous forme de chansonnette (par Emmanuel Latreille) ; le collectionneur Michel Poitevin lui témoigne ainsi ses encouragements : « A la fois Picasso pour la couleur et Koons pour la forme, ou le contraire (…), il a pour moi cette énergie qui déplacera les montagnes de la création et du marché de l’art. » En clair, c’est l’heure d’acheter du Perbos. LAURENT PERBOS

Catalogue monographique 160 pages, 28 € - Ed. Sextant et Plus - R-Diffusion

WWW.

sextantetplus.org 16

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LAURENT PERBOS

GolemBall. 2010 Balles et filet de tennis, bâche, sangles, granulés de caoutchouc, javelots / Dimensions variables. Production Casino Luxembourg

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MP2013

EXPO CAMUS

CHRONIQUE D’UNE ANNULATION ANNONCÉE En 2013, la grande exposition consacrée à Albert Camus n’aura pas lieu. Histoire d’un échec. Par Sandro Piscopo-Reguieg

© DR

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Depuis quelques mois, la Maison diamantée jouissait d’une inhabituelle tranquillité. Enfin épargnée par la polémique, l’équipe de Marseille-Provence 2013 pouvait sereinement travailler à la préparation de la Capitale européenne de la culture… Et voilà que le 11 mai, le site d’informations en ligne Mediapart révélait l’annulation de la grande exposition qui était censée se tenir en 2013 à Aix-en-Provence, pour célébrer les cent ans de la naissance d’Albert Camus. L’idée d’un tel événement figurait déjà, dès 2009, dans le dossier de candidature ! Le coup est rude… Car dans la foulée, l’info fut largement reprise par la presse, trop heureuse de mettre la main sur une si belle controverse, au casting prometteur : Catherine Camus, fille et ayant droit de l’écrivain ; l’historien Benjamin Stora, l’un des concepteurs de l’exposition ; l’équipe de MP2013, producteur du projet ; et celle de Maryse Joissains-Masini, la maire (UMP) d’Aix-en-Provence. Autant de protagonistes s’étant chacun rejeté la responsabilité de cette annulation à coup de déclarations vengeresses, contribuant largement à alimenter ce qui n’a pas tardé à devenir « l’affaire Camus ». La presse aurait eu tort de ne pas en profiter. Même le journal La Provence ne s’est pas gêné ! Titrant en toute sobriété, le 14 mai, « Le cafouillage et la mésentente ont eu raison de l’expo Camus », le quotidien régional enfonçait le clou dès le lendemain, en une : « Faut-il s’inquiéter pour Marseille 2013 ? » Pas de chance pour la Maison diamantée.

Albert Camus (1913-1962). L’écrivain né en Algérie fut bien malgré lui au cœur d’une petite tempête politico-médiatique ayant conduit à l’annulation de la grande exposition qui devait lui être consacré en 2013, à l’occasion de ses cent ans.

Mauvais timing. Si l’info est sortie le 11 mai, l’annulation

avait été actée le 26 avril, après que le directeur délégué de MP2013, Thierry Roche, ait appris par une élue aixoise que Catherine Camus, qui gère l’œuvre et le fonds de son père, souhaitait mettre un terme au projet. Interrogé par l’AFP, il n’a pas caché son agacement, déclarant (dans une dépêche du 12 mai) que la fille de l’écrivain avait pris cette décision « de manière unilatérale ». Nommément et publiquement mise en cause, celle-ci renvoyait la balle à MP2013, expliquant, toujours à l’AFP, n’avoir pas reçu à temps la liste des pièces nécessaires à l’exposition : « Je leur ai écrit en avril. Depuis un an, je n’avais plus de nouvelles, or nous sommes à une date limite. J’ai besoin de savoir quels documents il leur faut, et ceux que je pourrai proposer à d’autres. » En 2013, les célébrations dédiées à Albert Camus seront légion. Le fonds est donc très 18

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sollicité. Soucieuse, dans un premier temps, d’accorder la priorité à MP2013, Catherine Camus aurait perdu patience. Quant à l’historien Benjamin Stora, en charge du projet scientifique de l’exposition, il exprimait ainsi son amertume (dans La Provence du 14 mai) : « Je m’y suis penché dès 2009, j’ai travaillé sur un scénario en 2010, qui a été validé par Catherine Camus. Depuis, la mairie d’Aix ne m’a jamais appelé. Zéro contact. J’ai 62 ans, j’ai des travaux en cours, j’écris des livres, il faut venir me chercher. » Le spécialiste de l’Algérie attire l’attention sur la mairie d’Aix. Une façon d’accréditer la thèse de la censure ? Censure. C’était l’angle choisi par Mediapart dans son pa-

pier du 11 mai révélant l’annulation de l’exposition. Un ar-


MP2013

© Ville d’Aix

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Aix 2013. Le 9 mai, MP2013 déployait de grandes bâches aux couleurs de l’année Capitale. Mais dès le 11 mai, c’est de l’affaire Camus dont les médias parlaient.

ENTRE COUACS LOGISTIQUES ET CONSIDÉRATIONS POLITIQUES, LES CAUSES DE CET ECHEC SONT MULTIPLES ticle abondamment nourri de déclarations d’un conseiller municipal aixois d’opposition, François-Xavier de Peretti (Modem). Ce dernier affirmait que la mairie d’Aix « n’avait pas eu l’air d’accrocher » au synopsis qui lui avait été présenté en septembre 2010 par Benjamin Stora. Un projet d’exposition dont les thèmes n’étaient « pas du tout dans la ligne politique de la Ville. Ce n’était pas le Camus qui plaît aux nostalgiques de l’OAS et à la frange dure de l’électorat pied-noir qui vote Maryse Joissains. » L’affaire a donc, dès le départ, pris une dimension politique. Rappelons que cet article est paru quelques jours seulement après le coup d’envoi de la campagne des législatives. D’ailleurs, il apparaît que c’est François-Xavier de Peretti lui-même, qui aurait donné à Mediapart l’information de l’annulation de l’expo Camus… Avec Maryse Joissains pour cible. La maire d’Aix-en-Provence étant déjà dans le collimateur de la presse pour les déclarations tapageuses

dont elle est coutumière, les médias ne se sont pas fait prier pour relayer la thèse de l’expo censurée. Causes profondes. Entre couacs logistiques et considéra-

tions politiques, les causes de cet échec sont multiples. Et profondes : les différents acteurs en charge de l’organisation de cette exposition n’ont, à vrai dire, jamais été sur la même longueur d’onde. En 2009, c’est l’ex-patron de MP2013, Bernard Latarjet, qui avait imposé Benjamin Stora à la mairie d’Aix, pas vraiment emballée. Les relations de l’historien avec Catherine Camus furent tout aussi difficiles. Et il est vrai qu’il aurait pris beaucoup de retard, ce qui aurait finalement incité l’ayant droit et la mairie d’Aix à abandonner le projet fin avril. L’expo Camus pouvait encore être sauvée, dit-on chez MP2013, qui souhaitait réunir tout ce petit monde afin de remettre les choses à plat. Hélas ! L’information a fuité. Le papier de Mediapart a mis le feu au poudres, et chacun s’est fendu de sa déclaration assassine, rendant les acteurs du projet irréconciliables… Il apparaît cependant que la mairie d’Aix n’a pas tout à fait abandonné. Dernièrement, on apprenait même que le philosophe Michel Onfray avait été contacté pour remplacer Benjamin Stora… Affaire à suivre ? 8e art magazine

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JEAN-FRANÇOIS CHOUGNET

EN ATTENDANT 2013…

A six mois de l’année Capitale, le directeur général de MP2013 nous décrit son planning. Interview making-of. Propos recueillis par Sandro Piscopo-Reguieg

Cet été, vous faites quoi ? Je pars en vacances (rires) ! Non, le plus gros du travail reste la mise en production d’événements lourds comme la cérémonie d’ouverture, les grosses expositions, le parcours d’art contemporain à Aix… Nous nous concentrons actuellement sur les grands projets de la première partie de l’année 2013. D’ailleurs, le week-end d’ouverture est en soi une bombe à fragmentation ! Entre la fête de nuit à Marseille et la chasse au trésor du lendemain, il y a plusieurs projets dans le projet…

« LE WEEK-END D’OUVERTURE EST UNE BOMBE À FRAGMENTATION ! »

La « mise en production », concrètement, cela correspond à quoi ? La production, c’est les choix artistiques, mais aussi le travail avec les autorités et tout un tas d’aspects techniques… L’ouverture du J1, par exemple, c’est un chantier, c’est le transfert d’œuvres, c’est la scénographie de l’expo, c’est aussi monter le bar… C’est ça le boulot ! Après « l’affaire Camus », on vous attend au tournant sur les grands événements. L’exposition l’Atelier du midi, par exemple… On négocie avec les grands musées et avec les collectionneurs. Il y a des prêts qu’on arrive à avoir, d’autres pas. C’est un travail de conservateur. Et tout se passe très bien entre Aix et Marseille, vraiment. Ils travaillent ensemble car cet événement, ils ont envie de le réussir ensemble. Cela reste très calme… L’Atelier, c’est un îlot de calme. Et Transhumances ? Des milliers de chevaux et de moutons dans le centre-ville de Marseille, ça ne risque pas de faire un peu désordre ? Les problèmes de salubrité, c’est réglé. Les animaux viendront à Marseille, je vous le confirme. Mais ce sera sur le Prado, bien plus calme et plus pratique que l’hyper-centre ; et un dimanche, pour ne pas interférer avec le marché ! Notre problème actuel, c’est plutôt la dernière étape : comment faire repartir ces animaux ? On ne va quand même pas les lâcher dans les calanques ! La programmation est-elle terminée ? Le conseil d’administration du 25 juin a validé la liste des 300 projets labellisés suite à l’appel lancé fin 2009. Ceux-ci ne bénéficieront pas d’un apport financier : ils auront la possibilité d’utiliser notre logo, et auront un accompagnement dans le cadre de la communication générale. Ces projets 20

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©Thomas Serriere


MP2013

©Thomas Serriere

ZOOM

Communication. Depuis le 9 mai, on peut voir sur le parvis du Palais de la Bourse une œuvre évolutive de Stéphane Muntaner. Ce Rubik’s cube géant aux allures de container est appelé à changer de forme, au fur et à mesure que l’on s’approchera de 2013.

sont déjà connus, examinés. Car nous n’avons pas fait cette liste tout seuls dans notre coin ! Tout cela a été mouliné lors des comités territoriaux de programmation. Certains de ces projets vont se fédérer autour des grands événements, d’autres seront isolés. Le Mondial de la pétanque ou l’Europride, par exemple, je ne sais pas avec quoi on pourrait les fédérer ! Votre campagne de communication en direction du grand public a débuté… Le plan de communication se déploie en trois étapes. L’idée c’était de ne pas interférer, au premier semestre 2012, avec une actualité nationale politique forte. A ce moment là, il y avait en effet d’autres sujets de préoccupation ! Avec Christophe Imbert, désormais en charge de la communication, nous avons donc travaillé à un déploiement symbolique entre les élections présidentielles et les législatives. Le 9 mai, à l’occasion de la fête de l’Europe, plusieurs bâches avec le logo de MP2013 ont été installées à Marseille, mais aussi à Aix, Arles et Salon. Depuis le 21 juin, nous entrons dans la deuxième phase, intitulée « Tous 2013 ». Cet été, nous allons irriguer les festivals de petits objets « d’appropriation » à l’attention du grand public : t-shirts, badges, autocollants… Nous avons aussi conçu un magazine reprenant les grands jalons de la programmation, qui sera largement diffusé.

La troisième phase aura lieu en novembre, avec une campagne nationale de lancement (presse, TV, radio, affichage, etc.). Ensuite, tout au long de l’année 2013, nous communiquerons événement par événement. A l’international, on parle déjà de MP2013 ? Les Italiens, les Anglais et les Allemands sont très réceptifs. Ça les intéresse beaucoup, on a énormément d’articles et de reportages dans ces trois pays. Les Anglais mélangent souvent kalashnikov et culture ! Mais en disant tout de même, la plupart du temps, que l’insécurité à Marseille, c’est un peu surfait. Ils sont beaucoup moins angoissants que la presse française !

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ZOOM

MARSATAC

MARSATAC VOIT DOUBLE

Deux fois plus de dates, deux nouveaux sites, deux villes… En 2012, Marsatac frappe deux fois plus fort, et crée un pont entre Marseille et Nîmes. Par SPR L’année dernière, Marsatac s’était retrouvé quelque peu à l’étroit à la Friche la Belle de mai. Affichant complet sur l’ensemble de ses trois soirées, le festival avait rassemblé plus de 23 000 personnes. Un succès à double tranchant. « Le site de la Friche était saturé, juge Dro Kilndjian, programmateur du festival. Ce facteur sold out nous a fait réfléchir, il fallait monter un événement plus conséquent. » Ils ont donc vu les choses en grand. Marsatac se déroulera cette année sur six jours et deux lieux : les 20, 21, et 22 septembre à Nîmes (Paloma) et les 27, 28 et 29 septembre à Marseille (Dock des suds).

« DANS L’ADN DE MARSATAC EST INSCRITE UNE FORME DE NOMADISME » Deux villes. « Paloma », c’est la toute nouvelle salle de spec-

tacles de la ville de Nîmes. Doté de deux salles (l’une de 1 300 places, l’autre de 400), cet équipement au look futuriste sera inauguré en septembre 2012, soit quelques jours avant d’accueillir la première étape de Marsatac. « On souhaitait irriguer le territoire, aller vers un nouveau public, explique Dro Kilndjian. Et puis on connaît bien les gens de Paloma, on avait envie de travailler avec eux. Ce lieu, on va l’inventer ensemble. » Le volet marseillais du festival se déroulera quant à lui au Dock des suds, comme en 2009. « Depuis, les salles ont été réaménagées, les qualités sonores améliorées. Et ici, les capacités d’accueil sont plus importantes qu’à la Friche : avoir la possibilité de faire venir 15 000 personnes par soir, ça change pas mal de choses. » Il suffit de faire le calcul : cette année, la jauge de Marsatac aura pratiquement doublé. 22

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DES NOMS !

Marsatac annonce plus de 50 artistes à l’affiche de sa 14e édition. Parmi eux : De La Soul, MF Doom, Busy P, Spank Rock, Orelsan, C2C, Stuck In The Sound, Klub des loosers, Kap Bambino, Success, La Femme… Et d’autres à venir. Deux têtes. Ni crise, ni polémique à l’horizon. Sa nouvelle

mue, Marsatac l’aborde en douceur. « La question du lieu est certes une préoccupation, mais la situation reste assez positive », rassure Dro Kilndjian. Il s’est fait une raison. « Dans l’ADN de Marsatac est inscrite une forme de nomadisme : chaque année, il s’agira pour nous de trouver le lieu le plus adapté et faire en sorte de nous l’approprier. » La réflexion reste donc ouverte pour l’édition 2013. Ce qui est certain, c’est que Marsatac souhaite développer sa nouvelle formule bicéphale. « On veut faire grandir la partie nîmoise. A terme, dans cinq ou dix ans, on veut être identifiés comme un événement sur deux villes. Un Marsatac à deux têtes. » Pour faciliter la circulation entre les deux sites du festival, les organisateurs réfléchissent à la mise en place d’un système de navettes entre Nîmes et Marseille. Pas sûr que cela soit prêt cette année.

MARSATAC

Du 20 au 30 septembre Marseille - Nîmes

WWW. marsatac.com


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ZOOM

FESTIVAL DE HYÈRES

FESTIVAL DE HYÈRES

DES LAURÉATS HAUTS EN COULEURS

Le 27e festival international de mode et de photographie s’est tenu fin avril à la Villa Noailles. Comme chaque année, 10 stylistes et 10 photographes avaient été sélectionnés pour participer aux concours récompensant les talents les plus prometteurs dans chaque discipline. Les jurys mode et photo ont, chacun à leur façon, choisi d’encourager les recherches autour de la couleur.

Par Marianne Van Willigen

MODE

LA COULEUR HALLUCINÉE

© if think : Etienne Tordoir / catwalk picture

C’est un trio de jeunes finlandaises qui a remporté le très prestigieux « Grand prix du jury L’Oreal professionnel » (présidé par Yohji Yamamoto). Agées de 23 à 25 ans, Siiri Raasakka, Tiia Siren et Elina Laitenen ont conçu une collection masculine d’avant-garde (ci-contre) en hommage à la « rave culture » des années 80-90, censée habiller une tribu imaginaire de « nomades urbains vivant dans une société utopique du futur ». Un style « post-punk multicolore » a mille lieues des créations monochromes de l’Estonienne Ragne Kikas, doublement récompensée du Prix du public et du Prix Première Vision. Autre grand gagnant, le Canadien Steven Tai, tout premier lauréat du Prix Chloé. Le Belge Lucas Sponchiado a quant à lui remporté le Prix du public Palais de Tokyo.

PHOTO

LA COULEUR MANIPULÉE

Sous la direction de Michel Mallard, le jury photo a attribué son Grand prix à la Canadienne Jessica Eaton pour son étonnante série Cubes for Albers and LeWit (ci-contre), fruit de recherches poussées en colorimétrie. Car ici, les sujets photographiés sont en fait monochromatiques, peints tantôt en blanc, gris, et noir. La teinte de chaque image est obtenue par des expositions multiples aux couleurs primaires additives : rouge, vert, et bleu. Par cet habile jeu de perception et de superpositions autour de « la synthèse additive de la couleur », Jessica Eaton obtient des images « purement photographiques », ne pouvant être vues à l’œil nu. Parmi les autres lauréats, le Hollandais Florian van Roekel s’est vu décerner le Prix LVMH, alors que la Suissesse Namsa Leuba a reçu la dotation photographique 2012 offerte par The School of Visual Arts de New York.

WWW.

villanoailles-hyeres.com

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TENDANCE

BORDERLINE

BORDERLINE

LABEL DE SOIRÉES DÉCALÉES Concerts en pleine mer ou Dj set dans un bus, les soirées décalées made in Borderline, c’est tout l’été.

© Hadrien Durimele

Par Marianne Van Willigen

Apéros du bateau. Quelques dates à retenir : le 14 juillet, soirée spéciale feu d’artifice ; le 12 août, concert d’Hyphen Hyphen (rock) ; et le 26 août, live de Green T (hip-hop).

Cool attitude

Les soirées Borderline, c’est la fête sans l’ambiance discothèque. « Tu donnes ce que tu es, raconte Christian Mellon, Borderliner en chef. On n’a jamais été dans le côté bling-bling, coke et champagne… » Il jure : « Depuis 2010, on a fait une centaine de soirées, et nous n’avons jamais eu aucun incident. Vraiment aucun ! » Borderline, c’est un collectif. Mais à l’écouter, ce serait aussi un label de qualité. « Le bar, les serveurs, la sécurité… Où qu’on aille, ils nous suivent. C’est une fidélité festive ! La qualité, c’est un tout, je travaille donc toujours avec les mêmes personnes. Ils amènent leurs amis, qui viennent avec leurs amis, et ainsi de suite… » Le bouche-à-oreille joue à fond, et permet de réunir sans problème plus de 200 personnes par soirée. Après un mémorable concert de rock dans un cinéma ce printemps (à l’UGC Prado), Borderline prend désormais ses quartiers d’été… Live & apéros

Avec les « Apéros du bateau », on prend le large chaque dimanche soir : « Embarquement à 19h, retour vers la civilisation à 22h30 », résume Christian Mellon. Entre temps, Dj set et concerts, avec en prime, cocktails et coucher de soleil. Depuis peu, Borderline lance les apéros itinérants « Border l’eau » : après les calanques de Niolon et de Sormiou, le pro26

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UN TUNNEL ? UN PARKING ? UN AVION ? POUR EUX, RIEN N’EST IMPOSSIBLE

chain se déroulera le 13 juillet sur la plage de David. Et toujours dans le même esprit : gros son et grosse ambiance. Festival Borderline

La fin de l’été, ça se fête aussi. Avec un festival en 3 dates. Le 31 août, c’est le retour du bus à impériale qui va promener 3 Djs et 60 personnes sur le littoral marseillais. Le lendemain, on enchaîne avec une série de concerts dans un lieu surprise. Allez, on vous le dit, ce sera certainement le Château de la Buzine, mais chut… Enfin, le 2 septembre, c’est le dernier Apéro du bateau de l’année. Pour la suite, Mellon promet une soirée chaque trimestre. Il fourmille d’idées : un tunnel, un parking, un avion… Ça ne lui fait pas peur. Normal, il est Borderline.

WWW.

borderliner.fr


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Rue Brisemiche (Fernand Léger).

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118 x 150 cm / Affiches lacérées marouflées sur toile

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L’ÉVÉNEMENT

JACQUES VILLEGLÉ

AU MAC

VILLEGLÉ À L’AFFICHE En subtilisant aux murs des villes des pans entiers d’affiches lacérées, il a inscrit son nom dans les pages de l’histoire de l’art. Membre fondateur du Nouveau réalisme, Jacques Villeglé, aujourd’hui âgé de 86 ans, est une figure majeure de la scène artistique internationale. Cet été, le MAC de Marseille présente 80 œuvres réalisées des années 50 à nos jours. Bien plus qu’une rétrospective : une « archéologie du temps présent »…

Par Sandro Piscopo-Reguieg

S

Ses tableaux, il allait les trouver dans la rue. Durant plus d’un demi-siècle, Jacques Mahé de la Villeglé (dit Villeglé) a, sans relâche, arpenté le bitume pour arracher aux murs des villes leur peau scarifiée : ces affiches déchirées, lacérées, abîmées « accidentellement par les intempéries, ou mieux, sans intention esthétique par un geste anonyme et rageur », comme l’exprime lui-même le plasticien né à Quimper en 1926. La posture est radicale : l’art n’est plus que le résultat de phénomènes hasardeux. Au « mythe » de la création individuelle, Villeglé substitue le génie collectif des passants anonymes. L’affiche lacérée, dérobée, puis marouflée sur toile, devient, sans retouche, le tableau. Archéologue contemporain. Regarder l’œuvre de Villeglé,

c’est suivre l’évolution de la société française des années 50 à nos jours. Une forme d’ « archéologie du temps présent » d’où émergent fragments de la vie artistique et culturelle (affiches de concerts ou d’expositions), débris de l’émergence puis du développement de la société de consommation (affiches publicitaires), et lambeaux des luttes électorales passées (affiches politiques). Le tout, dans un brouhaha de graphismes, slogans, visages qui, souvent, se mêlent dans les différentes « strates » d’une même affiche. Car à la manière d’un chantier de fouilles, les lacérations fonctionnent par sédimentations : au fur et à mesure que les couches inférieures apparaissent, on remonte dans le temps, de messages tronqués en images rongées. 8e art magazine

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JACQUES VILLEGLÉ

DURANT PLUS D’UN DEMISIÈCLE, VILLEGLÉ A, SANS RELÂCHE, ARPENTÉ LE BITUME POUR ARRACHER AUX MURS DES VILLES, LEUR PEAU SCARIFIÉE

© Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris / Photo © DR

L’ÉVÉNEMENT

Raretés. Près de quatre ans après une première rétrospec-

tive au Centre Pompidou, l’œuvre de Jacques Villeglé est aujourd’hui mise à l’honneur au MAC de Marseille, où sont réunies 80 affiches collectées entre 1950 et 2006. « L’exposition s’est faite très vite, les premiers contacts datent de janvier 2012, raconte Georges-Philippe Vallois, dont la galerie représente l’artiste. L’inconvénient, c’est qu’il était trop tard pour récupérer les œuvres se trouvant dans les grands musées ; mais l’avantage c’est qu’ainsi, nous nous sommes concentrés sur les collections privées et avons pu obtenir des pièces très rarement montrées. » Un ensemble réuni grâce à une collaboration plurielle entre le MAC, Jacques Villeglé, sa fille Valérie, Marianne Le Métayer (co-commissaire de l’exposition et directrice de la galerie Vallois), et Henry Périer, commissaire du projet. Autoportrait lacéré. Parmi les « raretés » les plus notables, on remarquera les œuvres anciennes du début des années 50 ; le film expérimental Un mythe dans la ville (1974-2002), traversée urbaine rythmée de lacérations visuelles et sonores ; et les 3615, série d’affiches publicitaires pour le Minitel rose recueillies entre 1991 et 1992. Citons encore l’Opération quimpéroise, née à l’initiative du centre d’art contemporain de Quimper « Le Quartier » qui, en 2006, avait organisé une exposition pour fêter les 80 ans de Villeglé. A cette occasion, une vingtaine d’affiches censées annoncer la manifestation avaient été déployées dans la ville, puis récupérées quelques semaines plus tard, une fois lacérées par des anonymes finistériens. « Cela reste à ce jour sa dernière série, note Georges-Philippe Vallois. On y voit son visage reproduit sur différents fonds de couleurs. C’est intéressant, car l’œuvre des grands artistes s’achève souvent par des autoportraits ! » 30

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Boulevard du Montparnasse 21 octobre 1950

42 x 30 cm Affiches lacérées marouflées sur châssis sous verre

Calligraphie. Vallois veut ici parler de l’œuvre d’affichiste de

Villeglé. Qu’il ne peut poursuivre en raison de son âge (parcourir les rues et arracher des affiches, c’est physique !), et parce que l’essence même de son art est en train de disparaître : les pubs, aujourd’hui, sont majoritairement télévisées, raréfiant l’affichage urbain qui, lorsqu’il est visible, reste hors d’atteinte, protégé, par des plaques de plexiglass. Alors Villeglé se consacre désormais à son « alphabet socio-politique », calligraphie faite de symboles politiques, sociaux, financiers, religieux et astrologiques, développée durant les années 70. Celui dont la devise fut longtemps « le ravir plutôt que le faire », s’est finalement résolu à créer son propre graphisme, qu’il dessine sur ses propres affiches… Il a même réalisé une pièce spécifique pour cette exposition : une affiche sous forme d’hommage aux artistes marseillais dont les noms s’entremêlent dans une cacophonie de signes et de couleurs. Mais celle-ci, vous êtes prié de ne pas la lacérer.


L’ÉVÉNEMENT

JACQUES VILLEGLÉ

INTERVIEW

JACQUES VILLEGLÉ

 MARSEILLE M’A ÉTÉ FAVORABLE 

Š Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris / photo : Soktha Tang

De ses premiers pas Ă sa toute dernière Ĺ“uvre, Jacques VilleglĂŠ pose un regard dĂŠtachĂŠ et amusĂŠ sur son parcours. Pourquoi avoir choisi de vous intĂŠresser aux affiches lacĂŠrĂŠes ? C’est au lendemain de la guerre et d’une Occupation qui mettait sous le boisseau toutes les activitĂŠs culturelles des avant-gardes que j’ai commencĂŠ Ă rĂŠagir Ă l’Êducation lĂŠnifiante de ma jeunesse. Picasso avait ĂŠtĂŠ totalement censurĂŠ, Matisse avait, quant Ă lui, dĂť faire attention Ă toute ĂŠdition non-conformiste. Ils furent, Ă la LibĂŠration, montĂŠs Ă un tel pinacle avec leurs contemporains Braque et LĂŠger que cela intimidait, dans l’art de crĂŠer, les jeunes dont l’information culturelle ĂŠtait zĂŠro. Ils pensaient que

ÂŤ JE SUIS DEVENU LE METTEUR EN SCĂˆNE DE L’ŒUVRE D’UNE MULTITUDE DE PASSANTS ANONYMES Âť ce ne serait pas par les techniques traditionnelles qu’ils pourraient ĂŠgaler leurs prĂŠdĂŠcesseurs. Donc, en 1947, j’ai pensĂŠ qu’il me fallait le plus possible ĂŠliminer tout intermĂŠdiaire entre le visible et ce qui allait devenir Ĺ“uvre d’art. Ma toute première Ĺ“uvre fut une sculpture que je considĂŠrais comme un dessin dans l’espace, car elle consistait en des fils d’acier rouillĂŠs, torsadĂŠs, trouvĂŠs sur les quais du port de Saint-Malo dynamitĂŠ lors des batailles de la LibĂŠration. Cette sculpture, je l’ai montrĂŠe Ă Raymond Hains qui, impressionnĂŠ, a photographiĂŠ des affiches lacĂŠrĂŠes Ă Paris. En janvier 1949, nous ramassions ensemble Ach Alma Manetro sur la palissade voisine de la ÂŤÂ Coupole  Ă Montparnasse. Comment est nĂŠ le concept de ÂŤÂ lacĂŠrĂŠ anonyme  ? Je le concevais 10 ans plus tard, après la première exposition commune Hains/VilleglĂŠ, et un article, ÂŤÂ Des rĂŠalitĂŠs collectives . Car vu l’importance excessive des artistes dont j’ai parlĂŠ, je me suis aussi rappelĂŠ la crĂŠation d’Ubu, par Jarry, qui est, comme l’a bien dĂŠfini Henri BĂŠhar, ÂŤÂ une rĂŠĂŠvaluation du rĂ´le de l’auteur qui n’est pas seulement un gĂŠnie inspirĂŠ ou un crĂŠateur originel, mais devient un artisan qui collectionne, coupe et colle son matĂŠriau 1. De mĂŞme, je suis devenu le metteur en scène de l’œuvre d’une multitude de passants anonymes.

OpÊration quimpÊroise - Bibliothèque. 2006

[ FP ÇŠ $IČŒFKHV ODFÂŤUÂŤHV PDURXČ?ÂŤHV VXU WRLOH

A ce sujet, vous avez d’ailleurs dĂŠclarĂŠÂ : ÂŤÂ Dès l’origine, j’ai senti qu’une Ĺ“uvre pouvait ĂŞtre construite sur toute une vie avec ce seul matĂŠriau (‌). Avec l’affiche, tout le monde travaillait pour moi.  En effet, j’ai pensĂŠ que les mots des slogans et des publicitaires changeraient, que les techniciens imprimeurs, chromistes, typographes, dessinateurs, travailleraient de manière diffĂŠrente, de telle sorte que les lacĂŠrations sembleraient dissemblables et qu’ainsi, j’Êconomiserais mĂŞme l’angoisse crĂŠatrice. 8e art magazine

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JACQUES VILLEGLÉ

Rue de la Perle. 20 juillet 1962

50 x 37,5 cm Affiches lacérées marouflées sur carton

« LE CHOIX D’UNE AFFICHE DOIT ÊTRE RAPIDE. LES MOUVEMENTS DE LA RUE NE PERMETTENT PAS LA RÉFLEXION »

Parmi les différents mouvements artistiques de cette époque, lesquels avaient votre préférence ? Hans Hartung, qui fut l’artiste quarantenaire que j’admirais le plus dans ma vingtième année, fut l’un des seuls abstraits à dire sans dédain qu’une œuvre figurative doit être regardée pour telle. Je pense, le temps passant, ces écoles étant désormais centenaires, qu’on peut voir en chacune des sensibilités différentes, et même un souci de liberté, une résistance au pouvoir matériel. Mais il est certain que dans le passé, cubistes, constructivistes, et conceptuels, eurent ma préférence. Vous avez déclaré que longtemps, vous arpentiez les rues comme un « kleptomane à la recherche du coup de foudre ». De quelle façon, parmi des centaines d’affiches, reconnaissiez-vous celles qui allaient devenir vos œuvres ? Le choix d’une affiche doit être rapide. Les mouvements de la rue ne permettent pas la réflexion. Celle-ci commence lorsque chez soi, on regarde la trouvaille. La rapidité, la spontanéité, ne s’expliquent pas. Je sais par ailleurs que sur le hasard, il y a de gros livres, mais je ne les ai pas lus. En octobre 1960, vous signez le manifeste des Nouveaux réalistes… Le jeudi 27 octobre 1960 fut pour moi la compréhension que nous étions trop nombreux pour bien nous entendre. Ce fut la conclusion du tumulte et du scandale que fut l’intrusion de la palissade, des affiches lacérées, d’un monochrome bleu, et d’une machine à peindre (œuvres respectives de Hains, Villeglé, Klein, et Tinguely, NDLR), exposés dans un musée lors de la première Biennale de Paris l’année précédente. Mais j’étais conscient que cette signature était importante et prolongerait le choc que nous avions fait en octobre 1959. On rapproche ce mouvement du Pop art… Le Nouveau réalisme a précédé le Pop art. L’affiche lacérée 32

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Collection Ahlers Pro Arte / Photo © DR

que j’ai exposée lors de la deuxième Biennale de Paris, en 1961, contenait toutes les caractéristiques des peintures pop : couleurs claires, une photo vernissée non lacérée, des figures nullement abstraites dessinées par des affichistes pro, de la typographie. Comment avez-vous composé l’« alphabet socio-politique » ? Le développement de cet alphabet fut lent car en 1969, je ne dessinais plus. Je savais que mon graphisme devait être impersonnel et d’autre part, je devais trouver pour chaque lettre un symbole lui convenant. Je devais élargir le choix aux signes religieux, financiers, et astrologiques. J’ai mis une dizaine d’années avant de composer un graphisme pour une exposition collective. Pour cette exposition au MAC, vous avez créé une affiche dans laquelle vous rendez hommage à une vingtaine d’artistes marseillais nés durant les trois derniers siècles, de Puget à Barbier en passant par Monticelli, Ziem, César… Desquels vous sentez-vous le plus proche ? Pour ce projet, j’ai choisi de prendre pour thème les noms des artistes marseillais sans me préoccuper de leur tendance.


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JACQUES VILLEGLÉ

Quai des Célestins. Août 1964. 219 x 220 cm. Affiches lacérées marouflées sur toile

« NORMALEMENT, JE DOIS OU DEVRAIS FAIRE QUOTIDIENNEMENT UNE ŒUVRE »

Il y a toujours, malgré l’adversité, une confraternité entre les artistes. Les oppositions académiques ou libertaires sont des expériences qui doivent être vécues par chacun. Je n’ai pas vraiment d’échelle de valeur dans chaque génération. Donc vous m’excuserez de ne pas vous dire de qui je suis le plus proche. C’est une fête de famille.

C’est votre dernière œuvre en date ? Pour Marseille, oui. Normalement, je dois ou devrais faire quotidiennement une œuvre. Connaissez-vous Marseille ? Marseille a toujours eu pour moi un aspect accueillant dû à la diversité de ses habitants et de sa culture. J’y ai exposé en musées, en galeries, et particulièrement en 1990 à l’ancienne école des beaux-arts. Je l’ai connue avant les grands travaux de rénovation urbaine. Y avez-vous collecté des affiches ? J’ai en effet recueilli dans la ville quelques affiches qui concer8e art magazine

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L’ÉVÉNEMENT

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Les Artistes marseillais.

Format A3 / Feutre sur papier

(De g. à d.) Michèle Sylvander, Daumier, Marie Bovo, Pierre Puget, Lacroix de Marseille, Anita Molinero, L. Scoccimaro, Ziem, Ambrogiani, Monticelli, Emile Loubon, Yazid Oulab, Meiffren Conte, Marie Péjus, Gilles Barbier, Signac, Ch. Berdaguer, Ch. Camoin, Françoise Duparc, Traquandi, P. Malphettes, César.

naient les musiciens dont, en octobre 1997, Louise Attaque et Charlélie Couture, que je connais personnellement. Puis, en 1998, Jean-Louis Aubert, Eric Clapton, Deep Purple et Higelin. Malheureusement, je n’ai pu les retrouver car elles sont dans des collections étrangères. Comme quoi, Marseille m’a été favorable. Cette expo au MAC de Marseille, que représente-t-elle pour vous ? Elle est d’autant plus importante pour moi qu’elle est introduite par une vieille connaissance, le biographe de Pierre Restany qui fut un grand adversaire intellectuel de mon œuvre. Henry Périer ayant, du vivant de ce critique ambitieux et turbulent, parlé avec lui de nos rapports, j’étais heureux de continuer ainsi notre histoire commune. Je l’en remercie, et de même que la galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois pour avoir réussi à réunir cet ensemble d’œuvres. Regrettez-vous le déclin de l’affichage urbain ? A Marseille, je pense que l’affichage n’est pas un monde révolu. Paris et le nord de la France, moins bavards, les murs y sont peut-être plus policés. Mais j’ai arrêté de recueillir les 34

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affiches car le ramassage de celles-ci est un travail physiquement fatigant. J’aurais pu continuer car ce médium est riche. Pourtant, il a inspiré l’Arte povera. Quel est votre regard sur le monde de l’art actuel ? L’art, pour être vivant, doit être déboussolant. Donc, je puis vous dire que celui de notre époque est vraiment vivant. Je crois que nous n’allons pas nous ennuyer. Commentaires pour servir à la lecture de l’Almanach du Père Ubu, 1899, SAAJ (Laval) & Du Lérot ed. (Tusson) 2009. 1

JACQUES VILLEGLÉ

Du 22 juin au 16 septembre Musée d’art contemporain (MAC) 69, avenue d’Haïfa, Marseille (8e) 04 91 25 01 07 3-5 €

WWW.

marseille.fr


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MOTIVÉS

GREETERS

TOURISME URBAIN

PAROLES DE GREETERS

Les greeters, ce sont ces Marseillais bénévoles qui font visiter la ville aux touristes étrangers. S’ils ne parlent pas forcément plusieurs langues, ils ont tous un goût de la tchatche affirmé. Par Alexandre Lévêque

I

Il y a d’abord Gérard, le papy qui peut vous apprendre à survivre dans les calanques ; il y a aussi Fatima, qui amène les visiteurs dans « ses » lieux de vie du cours Ju ; et puis Anne, la spécialiste des quartiers arabes du centre-ville ; ou encore Arnaud, le « fou du vélo » qui fait ses visites en vélib’… Quant à Rabiha, les touristes, elle les invite chez elle, pour boire l’apéro ! On ne va pas tous les citer, car les « greeters » (de l’anglais to greet, accueillir) sont déjà une cinquantaine à Marseille. Autant de regards sur la ville, autant de parcours possibles, autant de façons, pour le visiteur de passage, de découvrir la cité phocéenne en ayant, pour guides, ses habitants euxmêmes. Né à New York dans les années 90, le phénomène s’est, depuis, propagé dans une trentaine de villes à travers le monde. A Marseille, c’est Rabiha Benaissa, une professionnelle du tourisme en quête de sens, qui a relayé l’initiative. En incitant tout un chacun à devenir « acteur-ambassadeur de sa ville et de sa région », elle souhaite voir émerger une nouvelle forme de tourisme. Participatif, à taille humaine, basé sur l’échange culturel entre visiteurs et autochtones.

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UN TOURISME PARTICIPATIF, BASÉ SUR L’ÉCHANGE CULTUREL ENTRE VISITEURS ET AUTOCHTONES Un tourisme plus lent, qui prend le temps. De partager un coin de table, ou une tranche de vie. Nous avons rencontré quelques-uns de ces 50 greeters marseillais. De tous âges, de tous milieux sociaux-professionnels, ils ont en commun le goût de la tchatche et une passion communicative pour leur ville. On peut aussi les reconnaître à leur vocabulaire : un greeter, ça « greete » énormément.

WWW. marseilleprovencegreeters.com


MOTIVÉS

GREETERS

© Joël Assuied

Quelles sont les qualités du bon greeter ? Etre bavard et voyageur. Ou au moins avoir voyagé. Mais bon, les greets, c’est aussi du voyage à 100 % !

RABIHA BENAISSA

La présidente de l’association « MarseilleProvence Greeters » compte sur les lecteurs de 8e art pour 2013… Comment est né « Marseille Provence Greeters » ? Je travaille dans le tourisme depuis 20 ans. Bien que ce soit une vocation, quelque chose me manquait : dans le tourisme traditionnel, on va à l’hôtel, on va au resto, on rencontre des guides, on voit des monuments ; mais on ignore le plus important, l’habitant ! En 2009, j’ai eu le déclic en lisant un article sur les greeters de Nantes. J’ai tout de suite créé l’association « Marseille Provence Greeters ». Au départ, ça se limitait à mon groupe d’amis, on était 5. Aujourd’hui, on est 50 ! Les greeters marseillais maillent toute la ville ? Pratiquement. Mais tout ce qu’on peut faire hors des sentiers battus, on le fait ! Sans négliger les lieux classiques comme le Panier, on essaie d’attirer l’attention des visiteurs sur d’autres coins. Aujourd’hui, les greeters sont victimes de leur succès… On est vraiment saturés de demandes. On en reçoit une trentaine par semaine ! Actuellement, 20 % d’entre elles ne peuvent être satisfaites. On a donc du faire le choix de ne « greeter » que les visiteurs étrangers. Pour ne pas faire de fausses promesses et éviter d’être dépassés. Vous voulez lancer un appel à la population ? Oui, et notamment aux lecteurs de votre magazine ! Car pour 2013, nous souhaitons organiser des balades alternatives autour de la programmation du In et du Off de la Capitale européenne de la culture. On cherche donc des néo-greeters branchés culture… Mais l’appel est ouvert à tous ceux qui aiment les bons mélanges ! On a des vieux, des jeunes, des réacs, des gauchos… L’objectif, c’est d’avoir 60 greeters en septembre, et 90 en 2013.

Les greeters sont bénévoles et les visites sont gratuites. Qu’en pensent les guides et conférenciers professionnels ? En 2011, on a eu plus de 4 millions de touristes à Marseille. Un greeter, en moyenne, c’est 10 balades par an avec 3 personnes. On ne peut pas dire qu’avec ça, on va piquer le boulot de qui que ce soit ! Mais nous ne sommes pas des guides. On prend les visiteurs au début de leur séjour afin de pouvoir leur donner les codes de la ville et les pousser à consommer intelligemment : on les aide à se repérer dans les transports en commun, on leur donne des infos sur les événements intéressants du moment, des bonnes adresses… Si ils veulent manger une bouillabaisse, on les envoie là où on sait qu’ils ne se feront pas arnaquer.

« Dans le tourisme traditionnel, on va à l’hôtel, on va au resto, on rencontre des guides, on voit des monuments ; mais on ignore le plus important : l’habitant ! » Quel type de visiteur fait appel à vous ? Des voyageurs curieux qui n’ont pas d’a priori. On a beaucoup de CSP+ qui recherchent une autre démarche que le tourisme de masse. Après, les nationalités sont très différentes. Des Américains, des Allemands, des Australiens, des Singapouriens, des Suisses… D’ailleurs, un Suisse nous a donné une très belle définition de ce qu’on fait. Il a dit que notre système était « simple, efficace, et convivial »… En prenant les initiales de chaque mot, ça fait « SEC » ! Les greeters, ce n’est pas une usine à gaz : c’est la méthode « SEC » ! L’image de Marseille s’est-elle arrangée à l’international ? Elle reste difficile. Pour beaucoup, Marseille est un coupe gorge. Ça ne s’améliore pas. Même si MP2013 est un super fer de lance… Notre point fort, c’est qu’on essaie de véhiculer une bonne image de la ville. Mais les failles sécuritaires, on ne les cache pas. Je conseille donc aux visiteurs d’être des touristes avisés. A ce sujet, le concept des greeters est né en 1992 à New York, justement pour répondre à ces questions d’image. Il faut se souvenir que là-bas, à cette époque, les touristes avaient peur de se faire braquer. Lynn Brooke, la fondatrice, m’a d’ailleurs dit que Marseille lui rappelait le New York d’il y a 20 ans !

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MOTIVÉS

GREETERS

ELLES NOUS ONT GREETÉ ! Trois greeters pour trois façons de découvrir Marseille.

IZABEL

ANNE

Anne est une pro de la com et des réseaux sociaux. Elle clique, elle twitte, et maintenant, elle greete : « J’ai longtemps vécu à l’étranger, et pratiquer les langues me manquait beaucoup », nous raconte cette baroudeuse polyglotte installée à Marseille depuis deux ans. « Deve-

sunce… « Après, on va boire des coups au cours Ju ou à La Caravelle. » De la petite famille suédoise à la blogueuse danoise, tous adorent. Quant aux « Mal’boro Mal’boro » et autres pizzas aux mouches de la rue des Capucins, ça fait partie du folklore...

« UNE FAÇON DE COMBATTRE LES CLICHÉS SUR MARSEILLE » nir greeter, c’est aussi une façon de combattre les clichés sur la ville. Car pour beaucoup de touristes européens, Marseille c’est Beyrouth ! Les Allemands, par exemple, sont effrayés par la criminalité, ils imaginent qu’ici, on peut se faire tuer à chaque coin de rue. » Pour les rassurer, Anne leur fait découvrir les splendeurs des quartiers arabes du centre-ville : marchand d’épices à Noailles, pâtisserie orientale de la rue d’Aix, hammams de Bel38

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Mais Anne ne greete pas seulement les touristes. Il lui arrive aussi d’être sollicitée par des « néo-Marseillais un peu perdus, qui ont parfois tout simplement besoin d’un peu de lien social. Pour ceux-là, les visites, c’est secondaire. Ils veulent juste partager un moment cool avec les gens d’ici. Tiens, la dernière fois, c’était des Allemandes… » De jeunes allemandes seules en quête de lien social ? L’argument devrait faire naître des vocations.

Elle vit dans la cité phocéenne depuis 38 ans, ses enfants sont nés ici, mais Izabel ne se sent pas tout à fait Marseillaise. « Parce que j’ai gardé la curiosité de celui qui est étranger », nous dit cette toute jeune greeter de 65 ans. La veille de notre entrevue, elle avait effectué l’une de ses toutes premières visites avec un « américain serbo-croate ». Ce qui ne l’empêche pas d’avoir une fine analyse sur le sujet : « Le greet, c’est une rencontre. Une façon, pour

« NOUER UNE RELATION INTIME AVEC LA VILLE » le touriste, de nouer une relation intime avec une ville. » Chaque balade est différente car chaque rencontre l’est. Du coup, il n’est nullement la peine de planifier un circuit détaillé. Avec Izabel, le guide, c’est le touriste ; et le parcours se dessine au fil des paroles échangées : « On discute beaucoup, on apprend à se connaître. L’Américain serbo-croate était un homme très cultivé, plutôt branché architecture. » Pas de problème pour Izabel, qui lui fera admirer les subtilités de l’œuvre de Pierre Puget, même si elle nous confie aussi « ne pas être d’une extraordinaire précision historique ». On ne sait pas ce qu’en a pensé l’Américain serbo-croate.


CHARLOTTE

Etudiante en master de tourisme, Charlotte, 24 ans, n’a pas attendu son diplôme pour engager une vraie réflexion sur la profession. « Je recherchais une forme de tourisme alternatif, soutenable. C’est le cas des greeters, qui permettent de découvrir une ville via le regard de ses habitants en privilégiant la rencontre. » Mais pour que cette « rencontre » se déroule sans accroc, Charlotte espère voir évoluer les mentalités locales. Car ici, le touriste serait encore trop souvent dénigré, moqué, raillé. Et pas seulement le géant barbu arborant le redoutable look « short, sandales et chaussettes »… « Il faut recréer du lien, réconcilier les Marseillais avec le tourisme, et les touristes avec

« RÉCONCILIER LES TOURISTES AVEC LES MARSEILLAIS » les Marseillais. » Le greeter est un médiateur. Basée à Marseille depuis à peine 6 mois, elle vit au Panier, un « petit village » qu’elle avoue découvrir encore. Alors les 2 600 ans d’histoire du site, elle laisse ça à l’office du tourisme. Ses greets à elle, Charlotte les consacre à la présentation de quelques illustres figures du quartier comme « l’artiste fou qui peint sur les murs, l’astronaute qui a toujours un casque sur la tête, ou le type qui fait des clins d’œil à tout le monde. » Un tourisme « plus humain » ? Elle a pris l’expression au pied de la lettre.


LE SPOT

WAAW

WAAW

MAISON DE LA CULTURE NOUVELLE GÉNÉRATION Au Waaw, la grande spécialité maison, c’est la culture. Si l’adresse joue la carte de la proximité, on vient de loin pour en étudier la recette. © Waaw

Par Sandro Piscopo Reguieg

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Isabelle Richomme et Fred Lévy. Et dire qu’ils pensaient devenir fleuristes…

On peut y manger midi et soir, mais ce n’est pas vraiment un resto. On vient y boire un verre, mais il ne s’agit pas seulement d’un bistrot. La terrasse est ensoleillée, mais Fred et Isa ne comptent pas y ajouter plus de couverts pour l’été. Tout comme à l’intérieur, où le tiers de l’espace est occupé par un petit salon, dans lequel trône l’emblématique canapé doré. Une invitation à bouquiner, à papoter, à consulter le flyer d’un concert, ou le programme d’un festival. Ça se passe au cours Ju, au fond de la rue Pastoret. Mais l’adresse est connue. En deux ans, le Waaw s’est imposé comme le point de ralliement de tous les passionnés de culture. Et pas seulement pour sa table à flyers. Relais. Ici, l’équipe se plaît à jouer les « agendas parlants »,

incollables, et consultables à tout moment. Ils sont là pour ça. Au moins autant que pour servir des plats. « La valeur ajoutée du Waaw, c’est que nous sommes prescripteurs d’événements culturels », résume Fred Lévy, co-gérant du lieu avec Isabelle Richomme. Chaque jour, entre un café et une assiette, ces deux trentenaires s’affairent à démontrer qu’il est faux de dire qu’à Marseille, il n’y a rien à faire. 40

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Le Waaw est un hybride. Le lieu se double en effet d’une plateforme web, sorte de réseau social comptant déjà près de 1 300 « waamis », et faisant naturellement office d’agenda culturel en ligne. « Souvent, c’est après avoir pris un verre avec quelqu’un que je poste les infos sur le site, raconte Isabelle. C’est une caisse de résonance de ce qu’il se passe sur le lieu. » On comprend mieux leur baseline : « Le Waaw, c’est un hautparleur culturel », disent Fred et Isa, d’une seule voix. Et des waamis, ils en ont aussi dans la vraie vie. « Nous n’avons pas voulu être branchés, reprend Fred Lévy. Le lieu à ses fidèles, que j’ai du mal à appeler ’’clients’’. On a aussi souhaité avoir une vraie proximité avec le quartier. » Au même moment, il claque la bise à un passant. « Ici, tu peux croiser l’équipe de Marsatac, des étudiants d’Euromed qui boivent un coup, et une maman du quartier qui tricote en terrasse. C’est d’abord un lieu de vie. » Où le voisinage a pris ses habitudes. « On fait pharmacie, assistance sociale, poste… Un autre passant lui demande une cigarette. On fait aussi tabac… » Le Waaw est une maison. Une maison de la culture nouvelle génération. Depuis quelque temps, le lieu s’est trouvé une nouvelle spécialité : artistes et équipes organisatrices d’événements


WAAW

© Julie Clément

LE SPOT

culturels viennent régulièrement prendre leurs aises sur le canapé doré de la rue Pastoret pour discuter de leur projet de façon informelle, autour d’un verre. Une façon de tester l’impact de leurs propositions auprès du public, et de faire de la médiation en toute décontraction. Dernièrement, le Festival de Marseille, le FID, et le MIMI, se sont prêtés à cet exercice désormais imposé… Déjà près d’une centaine de « waapéros » en deux ans ! Entre public et professionnels de la culture, il existe maintenant un relais. Incontournable. La preuve.

« LA CULTURE, C’EST TOUT CE QU’ON SAIT FAIRE. C’EST ÇA QUI NOUS POUSSE À FAIRE 60 HEURES PAR SEMAINES… ET NON PAS VENDRE DES ASSIETTES ET DES BIÈRES ! »

Observés. « Le Festival d’Aix vient de nous appeler ! Nous, le

petit bistrot culturel ! Tu m’aurais dit ça il y a 3 ans… » A cette époque, Fred Lévy s’était juré d’abandonner la culture ! Venu du théâtre, il avait déjà pas mal bourlingué dans le secteur. Quant à Isabelle Richomme, après huit ans de médiation au Théâtre Massalia, elle était elle aussi à la croisée des chemins. « Lorsqu’on s’est réunis pour mettre au point un projet, on s’est dit : ’’Tout sauf la culture’’ ! On a sérieusement pensé devenir fleuristes, ou ouvrir un salon de thé… Avec 2013, tout le monde allait s’engouffrer dans la culture, on avait pas envie de lutter. Et puis lors de notre troisième rendez-vous, on a compris qu’au final, la culture, c’est tout ce qu’on savait faire. C’est ça qui nous anime le matin. C’est ça qui aujourd’hui, nous pousse à faire 60 heures par semaines… Et non pas vendre des assiettes et des bières ! »

A LA FRAÎCHE

JOYEUX WAANIV’ Le Waaw fête ses 2 ans, la Pecha Kucha Night fête ses 5 ans, et ces deux « valorisateurs culturels » s’associent pour un événement commun, en plein air, « A la fraîche ». Ça commence à 17h par une « garden party » avec goûter sur l’herbe, ateliers créatifs et boom pour les minots ; puis à 19h, c’est l’heure du « waapéro » sur fond de Dj set. Enfin, de 22h à minuit, la PKN fait tchatcher dix créateurs avant que la soirée ne se termine par un grand soufflage de bougies. Rendez-vous le 7 juillet au Parc Henri Fabre (20, bd de Gabès, Marseille, 8e).

Sans vraiment s’en rendre compte, ils ont bâti un projet inédit. Une drôle d’invention qui devient même sujet de recherche… « Notre modèle économique est observé, nous apprend Isabelle. Nous ne sommes pas une asso, mais on fait un service public ; nous sommes dans le milieu culturel, mais on est un bistrot. Et on ne perd pas d’argent, on a même 4 salariés. Des étudiants en doctorat à l’université de Lyon faisaient une étude sur les nouveaux financements de la culture et se sont intéressés à nous. Dans le monde entier, ils ont retenu les structures qui leur semblaient avoir développé un modèle qui, selon eux, représentait l’avenir. Et la seule structure française citée, c’est le Waaw à Marseille ! Au même titre qu’un musée à New York ! » Décidément trop Waaw.

WAAW

17, rue Pastoret, Marseille 6e 04 91 42 16 33

WWW.

waaw.fr

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MARSEILLE 2013

TÉTRODON

OPÉRATION TÉTRODON

LIBERTÉ DE MOUVEMENT… ET D’ESPRIT « Sauf… (territoires) » est un dispositif artistique participatif, pluridisciplinaire et itinérant, qui trace sa route dans le golfe de Fos et autour de l’Etang de Berre. Ce projet, décidemment très souple, enjambe aussi le In et le Off de la Capitale européenne de la culture. Avec comme balise et point de ralliement, un « Tétrodon », habitat modulable et mobile imaginé à la fin des années 60. Qu’il s’agit d’abord de retaper… © Christophe Galatry

Par Fred Kahn

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Attention, voici un collectif artistique à géométrie variable, indiscipliné et impossible à cerner, tant ses membres refusent de s’enfermer dans des catégories qui briment l’imaginaire. Christophe Galatry, Denis Moreau, Catherine Poncin, Giney Ayme, et bien d’autres, se sont regroupés dans une association judicieusement appelée « Par ce passage, infranchi »… Leur point commun ? Ils produisent des œuvres qui ne se consomment pas dans une salle de spectacle ou d’exposition, mais se vivent et se partagent dans l’espace public. Depuis 2007, ces créateurs ont délimité leur territoire de jeux : le golfe de Fos et l’Etang de Berre. « Port-Saint42

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Louis, Martigues, Miramas, Fos-sur-Mer… composent un environnement très contradictoire, moitié urbain et industriel, et moitié naturel, explique Christophe Galatry photographe-vidéaste et directeur artistique du collectif. Avec notre projet, ’’Sauf… (territoires)’’, nous proposons un cheminement à travers cet entrelacs de zones à risques et de zones protégées, de centralités pittoresques et d’antipaysages. » Ces promenades et cartographies sensibles, ces expositions et événements in situ, vont révéler des frontières invisibles et des circulations improbables, des usages quotidiens ou inédits ; autant de points de vue pour « envisager autrement le devenir et l’identité de ces territoires


TÉTRODON

© Philippe Piron

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TÉTRODON

UNE ARCHITECTURE PAS SI UTOPIQUE Le Tétrodon est un habitat mobile et modulable imaginé au milieu du XXe siècle par des architectes et des designers désireux de répondre, de manière à la fois très fonctionnelle et très libre, au manque de logements. Peu coûteuses à fabriquer, ces structures avaient des allures de conteneurs, mais aux formes beaucoup plus plaisantes. Des unités pouvaient être ajoutées, juxtaposées ou superposées, autorisant la reconfiguration des espaces en fonction des différents besoins ou des moments de la journée. Pas si utopique que ça puisque, dans les années 70, le Tétrodon

a su séduire la Sonacotra alors confrontée à la nécessité de loger en urgence les travailleurs qui affluaient à Fos-sur-Mer. D’autres projets ont vu le jour à la même époque : un village de vacances familiales en Gironde, un autre en Irak, et même une base pour des cadres à Mururoa. La crise pétrolière aurait stoppé net la production de ces maisons en plastique trop dépendantes de la carbo-chimie. Dommage, car le Tétrodon offrirait peut-être aujourd’hui une réponse aussi économique que joyeuse à la crise du logement.

CHACUN PEUT PARRAINER UN BOULON PVC, UN JOINT D’ÉTANCHÉITÉ, UN HUBLOT, UNE PARTIE DU COIN CUISINE, UN CAPTEUR SOLAIRE ET MÊME UNE ÉOLIENNE…

au sein de la métropole marseillaise ». Avec comme étape incontournable, 2013. Connexions. « Par ce passage, infranchi… » a décidé

d’être dans le… franchissement. La démarche protéiforme dépasse la posture du « pour ou contre Marseille-Provence 2013 » pour, tout en évitant la neutralité molle, entrer en résonnance à la fois avec le In et avec le Off de la Capitale européenne de la culture. En ce qui concerne le In, le projet « Sauf… (territoires) » connectera le « GR 2013 » (sentier de grande randonnée à vocation artistique et écologique) à d’autres voies, à d’autres routes, à des « variantes » pour articuler encore plus étroitement « la ville, la nature et l’industrie ». Quant au Off, il s’est allégrement saisi du volet « patrimonial » de l’aventure. Car ce projet nécessite des « camps de base » pour accueillir les artistes en résidence et organiser des événements publics, rencontres, projections et expositions. Un Tétrodon (lire encadré), « mobile home » vraiment pas comme les autres, servira à chaque fois de lieu d’hébergement, de balise et de point de ralliement. Une architecture idéale, car déplaçable, poreuse à l’environnement et la moins cloisonnée possible. Mais pour être de nouveau habitable, cette maison mobile a besoin de sérieuses réparations.

Appel à souscription. Le Tétrodon dont il est ici question a été retrouvé par le photographe Philippe Piron, au fond de l’enclos d’un loueur d’engin à Fos-sur-Mer. Il est l’un des dernier rescapés des expérimentations architecturales qui, dans les années 60, visaient à habiter autrement le monde. Abîmé par le temps, il doit être restauré. « ’’Sauf… (territoires)’’ devrait être labellisé par Marseille-Provence 2013, explique Christophe Galatry. Mais l’apport financier ne concernera pas le Tétrodon. Or, sa remise en état coûte environ 30 000 euros. Nous avons déjà un engagement à hauteur de 15 000 euros du syndicat d’agglomération nouvelle Ouest Provence (Fossur-Mer, Istres, Miramas, Port-Saint-Louis-du-Rhône…). Et avec le Off, nous lançons une souscription pour obtenir un financement participatif. » Cette « Opération Tétrodon » est largement relayée par le site internet du Off. Chacun peut donc, selon ses moyens, parrainer un boulon PVC ou un joint d’étanchéité, une alcôve, un hublot, une partie du coin cuisine, un capteur solaire et même une éolienne… Et ainsi devenir acteur d’un projet où il est justement question de reprendre possession de son environnement par une plus grande mobilité de mouvement… mais aussi d’esprit.

WWW.

marseille2013.com/projets/operation-tetrodon

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REPORTAGE

LES NOUVEAUX COLLECTIONNEURS

NOUVEAUX COLLECTIONNEURS

L’ART CONTEMPORAIN, C’EST LA CLASSE ! Proposer à des collégiens de réunir une collection d’art contemporain et les guider pas à pas dans leur découverte de ce drôle d’univers… Avec le programme « Les Nouveaux collectionneurs », on a trouvé la solution pour que les ados visitent galeries et expos, sans râler ni bâiller.

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Par Sandro Piscopo-Reguieg

Cette année, entre cours de maths et d’histoire-géo, ils ont visité dix galeries d’art contemporain. Et pas en traînant les pieds. Observant avec le plus grand intérêt chacune des œuvres exposées, ils ne perdaient pas non plus un mot de la présentation qu’en faisait le galeriste. Certains prenaient des notes. D’autres osaient même poser des questions. Tous étaient conscients de la lourde responsabilité qui leur avait été confiée : bien qu’âgés de 14 à 15 ans, ces élèves de troisième du collège Honoré Daumier de Martigues étaient mandatés par le conseil général des Bouches-du-Rhône pour constituer une collection d’art contemporain. Avec un budget de 10 000 euros ! Accompagnement. Il s’agit de l’une des trois classes partici-

pant cette année au programme « Les Nouveaux collectionneurs », une action pédagogique initiée par le conseil général (en partenariat avec MP2013 et l’inspection académique des Bouches-du-Rhône). L’idée ? Permettre à des adolescents de se familiariser à l’art contemporain par une pratique active d’acquisition. Et ainsi, de construire leur regard, affirmer leurs goûts, être capable de les exprimer… « Pour cela, nous alternons visites de lieux d’exposition et séances de travail en classe, précise Emilie Chevalier-Villes, chargée de projet au Bureau des compétences et désirs, l’association coordinatrice de ce programme. Les collégiens sont encadrés par leurs professeurs ainsi que par des intervenants-médiateurs qui les accompagnent toute l’année et les guident dans leurs découvertes. » Et lorsque ces ados débarquent dans les galeries pour repérer d’éventuelles acquisitions, l’affaire devient très sérieuse : « Ils sont comme des conservateurs de musée chargés de réunir une collection ! », commente Yannick Gonzalez, directeur du Bureau des compétences et désirs. « Et je demande aussi aux galeristes de ’’vendre’’ leurs œuvres, comme s’ils s’adressaient à de vrais collectionneurs ! » A la rentrée, la classe a d’abord été divisée en trois groupes. Au fil de leurs visites, ces trois « équipes de collectionneurs » ont chacune sélectionné un certain nombre d’œuvres pour un montant de 10 000 euros, et les ont regroupées autour d’une thématique. A la fin de l’année scolaire, c’est un jury de professionnels qui devra désigner, parmi les trois propo44

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sitions de collections qui lui auront été présentées, celle qui sera acquise. Elle ira enrichir le « Fonds départemental Nouveaux collectionneurs » comptant déjà près de 90 œuvres, toutes choisies par des moins de 16 ans ! Jeunes et agités. Mardi 15 mai, 14h30. C’est l’heure du

grand oral pour les élèves de la classe de 3e2/3e3 du collège Honoré Daumier de Martigues. Les six membres du jury se présentent. Parmi eux, Véronique Traquandi, chargée de mission arts visuels au conseil général et « inventeur » de cette opération. Elle prévient : « Il n’y aura pas de perdants ni de gagnants. Ce n’est pas un concours. Mais il faudra savoir nous convaincre… » Les trois équipes de collectionneurs vont se succéder au tableau. Le premier groupe a choisi de construire sa collection autour du thème « Jeunes et agités » : « Nos œuvres dénoncent

ILS ONT MOINS DE 16 ANS, MAIS DISPOSENT D’UN BUDGET DE 10 000 EUROS POUR LEUR COLLECTION D’ART CONTEMPORAIN !

l’attachement des jeunes envers la consommation, dit Leïla, en introduction. Sommes-nous obligés de consommer pour vivre ? » Une question parfaitement illustrée par l’aquarelle de Timothée Talard : elle représente un homme arborant une basket « Nike », plaquée sur son visage comme une tarte à la crème. « On l’a choisie car on la comprend, on se sent concernés », explique Marie-Céline après une analysé très détaillée. On apprend ensuite que l’œuvre de Christophe Boursault « est une peinture sur toile qui peut sembler abstraite mais qui peut aussi être vue comme figurative ». Hum, pourquoi pas. « De plus, elle rappelle le travail de Jean-Michel Basquiat. » Le jury apprécie la référence. Quant à l’installation de Guillaume Gattier, elle pourrait déconcerter. Pas eux.


REPORTAGE

LES NOUVEAUX COLLECTIONNEURS

Nouveaux collectionneurs. Entre eux et l’art contemporain, il n’existe plus de barrière.

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REPORTAGE

LES NOUVEAUX COLLECTIONNEURS

Jeunes et spontanés. Cela fait tout de même deux ans

que ces collégiens ont fait leurs premiers pas dans le drôle de monde de l’art contemporain. Durant leur année de quatrième, ils ont en effet bénéficié de la « classe de sensibilisation » du programme, mêlant cours théoriques et visites d’ateliers d’artistes afin d’arriver bien préparés en troisième, la « classe d’acquisition ». S’ils on ainsi pu développer des connaissances peu communes en matière d’art contempo-

« ILS SONT COMME DES CONSERVATEURS DE MUSÉE CHARGÉS DE RÉUNIR UNE COLLECTION ! » rain pour des ados de leur âge, ils n’en ont pas pour autant perdu leur spontanéité. Ainsi, lorsque Véronique Traquandi demande aux élèves du premier groupe pour quelle raison ils ont choisi l’œuvre Monnaie de singe (un billet de 500 dollars sur lequel est représenté une tête de singe), on lui répond tout simplement : « Parce qu’elle nous a fait rire ! » Les Nouveaux collectionneurs n’ont pas oublié que l’art était aussi une affaire d’émotion. Alors certes, les exposés peuvent paraître quelque peu « scolaires » ; et il faut bien avouer que certains (on ne donnera pas les noms) n’ont pas l’air emballé par le sujet… Mais quel étonnement d’entendre des jeunes de 14 ans maîtriser parfaitement le jargon de l’art contemporain et nous parler très tranquillement de « médium » ou de « triptyque » ! La seconde collection a d’ailleurs été organisée autour des « protocoles » de travail que s’imposent certains artistes en phase de création. Il fallait le savoir. Et il fallait y penser. Le dernier groupe déclina quant à lui le thème « Ville et architecture » à 46

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travers photographies, peintures, et bien sûr, œuvres de street art. Verdict. Pas facile de départager tout ce petit monde. Au

sein du jury, les débats sont animés. Il s’agit non seulement de juger de la qualité des œuvres et de la cohérence des collections, mais aussi d’évaluer la présentation effectuée par chaque groupe d’élèves. Vote à main levée : la collection « jeunes et agités » obtient la majorité. Elle sera exposée pour quelques jours au sein du collège Honoré Daumier avant de rejoindre le « Fonds départemental Nouveaux collectionneurs ». En 2013, la Galerie d’art du conseil général, à Aixen-Provence, présentera l’ensemble des œuvres réunies depuis quatre ans. Mais d’ici là, combien de ces Nouveaux collectionneurs poursuivront, de leur propre chef, leur découverte de l’art contemporain ? « Je ne pensais pas qu’il y avait autant de galeries à Marseille, et je ne pensais pas que ça me plairait », nous confie un élève avant de quitter la salle de classe. En voilà peut-être un. Au même moment, l’un de ses camarades vient interroger Jérôme Pantalacci, directeur de la foire Art-O-Rama, présent en sa qualité d’intervenant pour le programme. « Votre salon d’art contemporain, c’est quand exactement ? Vous avez une page Facebook ? » Nouveau collectionneur et nouveau converti ?

WWW.

nouveauxcollectionneurs.org


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ALERTE

CIPM

CIPM

QUAND POÉSIE RIME AVEC ÉCONOMIES Pour la deuxième année consécutive, la Ville de Marseille a baissé la subvention du CIPM. En tant de crise, les poètes sont priés de se serrer la ceinture. © Jean-Marc de Samie

Par Fred Kahn

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La poésie est partout. Le plus commercial des produits, mais un brin surprenant ou décalé, sera immédiatement qualifié de « poétique » ; un qualificatif attribué à tout bout de champ pour tout et n’importe quoi. Pendant ce temps, la véritable poésie, celle qui travaille profondément sur la langue et sur les sens, reste fortement marginalisée. Ce ne sont pas les poètes qui font défaut, ni leurs circuits de production et de diffusion foisonnants, mais, ils n’ont pas droit de cité. Pas assez rentables et trop incompatibles avec le système économique dominant. Sans aides publiques, la poésie est donc condamnée à la confidentialité. Sa visibilité dépend du volontarisme politique. Or, justement, Marseille peut s’enorgueillir de posséder un Centre international de poésie (CIPM). L’implantation en plein cœur de la cité phocéenne d’un tel équipement fut d’ailleurs impulsée, en 1990, par un élu à la culture iconoclaste car lui-même poète, Christian Poitevin alias Julien Blaine. Et parce qu’il n’est pas à un paradoxe près, ce même poète voue aujourd’hui aux gémonies un projet qu’hier, il défendait corps et âme.

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Mais qui connaît le personnage, entier et exubérant, relativisera les critiques assassines de Julien Blaine à l’encontre du CIPM et de son directeur Emmanuel Ponsart. En tout cas, il semble difficile d’accuser ce lieu d’être inactif ou de manquer de pertinence dans ses choix. Vivant et présent. Cette véritable institution poétique, située

dans l’enceinte de la Vieille Charité, propose, chaque semaine, des lectures publiques, des rencontres et des expositions. Le CIPM offre également un précieux espace de visibilité à des revues et éditeurs. Il organise des colloques thématiques, des résidences d’écrivains, des interventions à l’étranger, des ateliers de traductions… Sans oublier un travail de sensibilisation, pour le jeune public notamment, avec des ateliers de lecture et d’écriture, toujours animés par des poètes, et donnant lieu à des publications. Autant d’activités qui participent à rendre vivant et présent ce mode de relation sensible au monde. Car même si elle ne mobilise pas les foules, qui niera que la pra-


ALERTE

CIPM

2013, CAPITALE DE LA POÉSIE ? Le CIPM sera particulièrement actif en 2013. Il participe, avec trois autres structures (INA, FID, Alphabetville), à un événement consacré à l’œuvre protéiforme de l’Italien Pier Paolo Pasolini (1922-1975). Cette plongée cinématographique, théâtrale et, bien sûr, littéraire et poétique sera, nous dit-on, à l’image du « caractère éclaté d’une œuvre-vie singulière ». Le CIPM est aussi à l’initiative d’une nouvelle édition du Colloque de Tanger. En 1975, cet événement avait réuni autour de William S. Burroughs quelquesunes des figures de la Beat Generation. Le « come back » se déroulera à la fois à Marseille, et dans la principale porte du Maroc sur l’Europe. L’occasion, à travers des lectures, projections cinéma, concerts, et débats d’envisager l’héritage de ce mouvement artistique désormais mythique.

« DANS LE SECTEUR DU LIVRE, LE CIPM EST DE LOIN LA STRUCTURE LA MIEUX FINANCÉE. JE NE POUVAIS PAS BAISSER LES AUTRES ASSOCIATIONS QUI ÉTAIENT BEAUCOUP PLUS FRAGILES » DANIEL HERMANN

tique poétique est absolument indispensable à l’homme ? Et si un jour, comme dans le scénario d’un film d’anticipation, on en arrivait à faire disparaître de la surface de la terre tous les ouvrages de poésie, la bibliothèque du CIPM représenterait alors, avec son fonds de plus de quarante mille volumes (sans oublier la micro-édition, les disques, CD, vidéo et toutes les archives audiovisuelles), l’un des derniers témoignages de la part la plus précieuse de notre humanité. Dépenses supplémentaires. On s’en doute, toutes ces acti-

vités ont un coût. Et l’autofinancement étant absolument impossible, les collectivités publiques apportent la quasi-totalité (600 000 euros) du budget de fonctionnement de la structure. « Or, déplore Emmanuel Ponsart, pour la deuxième année consécutive, la Ville de Marseille vient de baisser sa subvention. Cette dernière est passée de 260 000 euros en 2010, à 200 000 euros en 2012. » Pourtant, Daniel Hermann, l’élu à la culture, répète qu’il ne s’agit nullement d’une sanction : « Nous n’avons absolument rien à reprocher à ce lieu », assure-t-il. La raison serait bien plus pragmatique. « Le budget culture de la Ville est constant depuis plusieurs années. Or, nous devons faire face à des dépenses supplémentaires incompressibles. Par exemple, avec le changement de statut de l’Ecole Supérieure des BeauxArts de Marseille, les charges de personnel de cette institution sont désormais subventionnées sur nos budgets. Nous devons également compenser des baisses de subventions importantes de la Région au Ballet National de Marseille et au CNIPAL (Centre national d’artistes lyriques). De plus, Marseille-Provence 2013 impacte aussi sur notre budget. » Etonnant. Car il a pourtant été dit et répété que cet événement serait intégra-

Il a également été missionné par le Centre national du livre pour organiser des rencontres littéraires en octobre 2013. « Import export Méditerranée » réunira, deux jours durant, 70 auteurs et traducteurs. Cet événement est le prolongement d’un processus de travail initié depuis 2000 par le CIPM : un atelier de traduction mutuelle et collective de poètes étrangers et français, en relation avec plusieurs pays du bassin méditerranéen. N’oublions pas la participation à une exposition (Le Vrai et le faux) et l’inscription, comme chaque année, dans Actoral, festival des arts et écritures contemporaines. La collaboration prendra cette fois la forme d’une invitation au dramaturge, peintre et poète, Valère Novarina.

lement financé sur des lignes supplémentaires et donc, qu’il n’aurait aucune incidence sur les budgets culturels des collectivités territoriales. « Certes, mais, pour préparer l’année 2013, nous avons consenti des investissements massifs sur des équipements, notamment les musées, explique Daniel Hermann. Ces travaux et aménagements étaient bien sûr nécessaires, mais sans l’échéance de la Capitale européenne de la culture, ils auraient été planifiés sur un temps plus long. » Et puis, toujours dans la perspective de 2013, il faut bien « accompagner le développement de certains projets ». Résultat, l’élu doit trouver des marges de manœuvre financières. Mais pourquoi le couperet s’abat-il sur le CIPM ? « Cette diminution ne représente que 10 % de leur budget global. J’ai aussi tenu compte du fait que la Ville les héberge gratuitement à la Vieille Charité. Du coup, le CIPM ne paye pas de loyer, ce qui représente une économie substantielle. Dans le secteur du livre, il est de loin la structure la mieux financée. Je ne pouvais pas baisser les autres associations qui étaient beaucoup plus fragiles. » Et dans les autres secteurs ? « Le rééquilibrage concerne tous les secteurs culturels », affirme encore Daniel Hermann. Il promet toutefois que le CIPM ne connaîtra pas de nouvelles baisses. D’autant plus qu’il est impliqué à plus d’un titre dans la Capitale européenne de la culture. Quant aux modes d’attribution des financements publics de la culture, on pourra toujours rêver à une société où les poètes seraient prioritaires. * L’ESBAM n’est plus en régie directe mais gérée par un EPCC (Établissement Public de Coopération Culturelle).

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Centre de la Vieille Charité 2, rue de la Charité, Marseille 1er 04 91 91 26 45

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HISTOIRE

MARSEILLE AU XVI E SIÈCLE

SYLVIE CLAIR

« AU XVIe SIÈCLE, ON VENAIT À MARSEILLE POUR FAIRE FORTUNE ! » A travers documents et objets d’époque, l’exposition La clé du royaume nous invite à redécouvir le XVIe siècle marseillais. Petit cours d’Histoire avec Sylvie Clair, conservateur en chef du patrimoine et responsable des Archives de Marseille. Propos recueillis par Sandro Piscopo-Reguieg

Comment Marseille aborde-t-elle ce XVIe siècle ? Elle a connu une épidémie de peste noire en 1348, et a été mise à sac par les Catalans en 1423. Il faut donc imaginer une ville ravagée, avec de grands espaces abandonnés, des « friches » dirions-nous aujourd’hui ! Mais Marseille se repeuple au fur et à mesure que le commerce reprend. La population dans les murs est estimée à 15 000 habitants vers 1520, 30 000 en 1554, et 35 000 en 1585, soit le double d’Avignon, mais la moitié de Lyon. Au XVIe siècle, Marseille est une ville moyenne. Pour quelle raison avez-vous choisi d’intituler cette exposition « La clé du royaume » ? Rattachée au royaume de France en 1481, Marseille en devient l’une des ouvertures sur l’extérieur, mais aussi, et inversement, une entrée. Dès lors, elle est une pièce majeure dans la stratégie des rois de France. François 1er puis Henri II feront d’ailleurs de la ville un grand port de guerre. Plus tard, quand le roi accorde quelques libertés aux protestants, Marseille se positionne comme voulant rester complètement catholique. Dans leurs supplications au roi, les Marseillais utilisent cette formule : « Nous sommes la clé du royaume. » Une clé qui commande à son unité. Selon eux, il serait donc risqué d’ouvrir la porte à d’autres religions, d’autant plus que de l’autre côté de la Méditerranée, il y a déjà une autre religion… En 1481, l’union de Marseille au royaume de France a-telle rencontré des résistances ? Les Marseillais ne s’y sont pas particulièrement opposés. Les derniers comtes de Provence (le roi René, puis son neveu Charles V qui n’a régné que quelques mois), n’étaient pas très puissants, contrairement au roi de France. Avoir un tel souverain était donc plus intéressant pour eux. Ils ont tout de même tenu à négocier la possibilité de conserver les privilèges qu’ils avaient acquis sous les comtes de Provence. Aussi, lorsque le roi de France impose un gouverneur 50

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particulier, les Marseillais n’acceptent pas de reconnaître son autorité. Jusqu’à la fin du XVIe siècle, il restera un simple lieutenant chargé de surveiller les mouvements des navires, mais n’ayant pas à s’immiscer dans les affaires de la ville. Pour bien le marquer, sa résidence est fixée hors les murs, quai de Rive-Neuve.

« MARSEILLE EST UNE PIÈCE MAJEURE DANS LA STRATÉGIE DES ROIS DE FRANCE » Dans la rivalité entre François 1er et Charles Quint, Marseille est restée fidèle au roi de France, et a même résisté à deux sièges, l’un en 1524, l’autre en 1536... En 1524, les troupes de Charles Quint envahissent la Provence et assiègent Marseille. Mais contrairement à ce qu’il s’est passé avec les Catalans qui avaient ravagé la ville en 1423, les Marseillais ont cette fois su résister. Il y a d’ailleurs un épisode controversé, qui se voit confirmé par les archives : les femmes ont bel et bien participé à la défense de Marseille, notamment aux travaux de fortification des remparts sur l’actuel boulevard des Dames, dont le nom rappelle encore aujourd’hui cet épisode. C’est aussi durant cette période qu’est édifié le fort de la Garde… En 1525, François 1er décide de renforcer la sécurité de son port de guerre et de le protéger des dangers venus de la mer, incursions barbaresques ou troupes ennemies. Il décide ainsi l’érection d’un fort au sommet de la colline de la Garde, autour de la chapelle existante. C’était un lieu de surveillance idéal, surplombant la ville. Ce fort constituait un élément clé de la défense de Marseille. Mais d’ici, on pouvait aussi aisément tirer sur la ville.


HISTOIRE

MARSEILLE AU XVI E SIÈCLE

Vue cavalière de la ville de Marseille. Gravure sur cuivre par Georg Braun et Franz Hogemberg, 1574 (AMM 11 Fi 18). Au XVIe siècle, Marseille reste comprise dans ses murailles médiévales. Pour donner une idée (grossière) des limites de la ville, disons que partant du port, les remparts longeaient la rive nord de la Canebière jusqu’au cours Belsunce, puis le cours jusqu’au boulevard des Dames, et suivaient cet axe vers l’ouest jusqu’au rivage. Le quai de Rive-Neuve était donc hors les murs. Sur cette représentation, on reconnaît à l’entrée du port, la tour Saint-Jean et, non loin, l’église Saint-Laurent. Au sud, le fort de la Garde domine la ville et à l’ouest, le château d’If est représenté avec quatre tours. A l’est, on aperçoit l’aqueduc dont des arches subsistent encore près de l’actuelle Porte d’Aix.

Erigé à la même époque, le château d’If était-il aussi efficace ? La date exacte de sa construction reste floue. Certains parlent de 1516, lorsque François 1er est venu pour la première fois à Marseille et qu’il a estimé la ville très mal défendue. D’autres pensent que ce serait après le siège de 1524… Mais on sait qu’en 1529, l’amiral génois Andrea Doria vient sur l’île et brûle les échafaudages du château d’If, alors en construction. Il existe encore beaucoup de mystères. Par exemple, pourquoi cette forteresse, construite sur un modèle médiéval, n’a-t-elle que trois tours ? Le château d’If est d’ailleurs représenté avec quatre tours sur les gravures de l’époque ! Mais ces dernières ne sont pas toujours très fiables… Quant à son efficacité, tous les historiens s’accordent sur l’ana-

lyse qu’a faite postérieurement Vauban, à savoir que ce château avait été très mal construit. Au point que les Florentins qui l’occupent à la fin du XVIe siècle sont obligés d’en renforcer les fortifications. Je crois qu’il faut plutôt considérer le château d’If comme faisant partie d’un ensemble de défense et de fortifications autour de la ville. A mon sens, il ne servait pas réellement. Il n’a jamais essuyé de combat. Simplement, il devait y avoir une présence du roi de France sur cet îlot, ne serait-ce que pour éviter que d’autres ne s’y installent. Quels sont les autres vestiges architecturaux du XVIe siècle encore visibles aujourd’hui ? Devant l’hôtel de région, à la Porte d’Aix, on peut voir des arcs de l’aqueduc construit au Moyen Age pour amener l’eau de 8e art magazine

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HISTOIRE

MARSEILLE AU XVI E SIÈCLE

Lettrine « grotesque ». Extraite du registre des délibérations communales pour les années 1556 à 1558 (BB 39, f°1).

DATES CLÉS 1481 : Mort du comte Charles III, réunion de la Provence et de Marseille au royaume de France. 1516 : Visite de François Ier. 1524 : Siège de la ville par le connétable de Bourbon. 1524-28 : Edification du château d’If ? 1533 : Mariage du futur Henri II et de Catherine de Médicis à Marseille en présence du pape Clément VII et du roi François 1er. 1536 : Second siège de Marseille par les troupes de Charles Quint. 1543 : Visite de la flotte de l’amiral turc Khayr al-Din Barberousse. 1570 : Construction de la maison diamantée. 1571 : Bataille de Lépante. Marseille, seul port neutre en Méditerranée occidentale. 1577 : Création de la savonnerie Prunemoyr. 1594 : Première pierre du nouvel Hôtel-Dieu. 1595 : Premier livre imprimé à Marseille : Obros et rimos provensalos de Bellaud de La Bellaudière. 1596 : Assassinat du dictateur marseillais Casaulx. 1599 : Création du bureau de commerce, qui deviendra plus tard la chambre de commerce.

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l’Huveaune dans la ville. Quai du port, il y a l’hôtel de Cabre, construit en 1535, et la Maison diamantée, édifiée en 1570, mais dont la façade date sans doute du XVIIe siècle. Marseille reste une cité aux monuments rares et modestes. Contrairement à des villes comme Nantes et Bordeaux, où l’on affichait sa richesse avec d’imposants hôtels particuliers, les Marseillais n’avaient pas le goût du luxe ostentatoire. Mais peut-être préféraient-ils cacher leur réussite…

« IL N’Y A PAS DE TRADITION INTELLECTUELLE FORTE À MARSEILLE. ELLE RESTE UNE VILLE DE MARCHANDS » Ou alors dépensaient-ils leur fortune ailleurs ? Un grand nombre de ces riches commerçants marseillais sont ce qu’on appellerait aujourd’hui des immigrés. Ils viennent de Corse (qui alors, ne faisait pas partie du royaume de France), d’Italie, ou même d’Allemagne, comme Georges Bronenmayer (devenu Prunemoyr après s’être fait naturaliser. C’est lui qui a lancé le savon de Marseille, à l’origine « savon à la mode de Paris » !). Pour eux, Marseille est un lieu de passage dans une ascension sociale : ils s’y installent pour faire fortune. Et lorsqu’ensuite, ils souhaitent progresser dans la hiérarchie sociale, ils s’en vont. Par exemple à Aix, où se trouve le parlement, fondé en 1501, et où l’on peut espérer entrer dans la noblesse. Il y a donc peu de volonté, de la part de ces familles, de devenir de grandes familles terrestres marseillaises. Que se passe-t-il à Marseille durant les guerres de Religion ? Gouvernée par une oligarchie commerçante, la ville connaît


HISTOIRE

MARSEILLE AU XVI E SIÈCLE

Vue cavalière de la ville de Marseille représentant l’entrée du duc de Guise et l’assassinat de Casaulx. Gravure anonyme attribuée à Jean Tortorel et Jacques Perrissin, 1596 (AMM 79 Fi 67). Si la représentation de la ville est considérée comme fantaisiste par les spécialistes, cette gravure illustre un fait historique, lui, bien réel : la fin de la dictature de Charles de Casaulx ayant vu Marseille défier l’autorité royale durant 5 ans. Le 17 février 1596, les troupes du duc de Guise (rallié au roi de France Henri IV) entrent dans la ville par le nord (au premier plan). Casaulx, victime d’un complot, a été assassiné, et son cadavre est traîné dans les rues (au centre). La flotte espagnole venue porter secours au dictateur fait demi-tour (en haut), sous le feu des canons du fort de la Garde et de la tour Saint-Jean.

une forte expansion économique. Ce que recherchent les Marseillais, c’est avant tout la paix. La ville ne participe pas au massacre de la Saint-Barthélemy dans l’idée, justement, d’empêcher que les choses ne deviennent incontrôlables et ne nuisent aux affaires. Au même moment, entre 1571 et 1574, Marseille est le seul port méditerranéen en paix, le seul où l’on pouvait continuer à commercer normalement. Il faut quand même rappeler que les protestants étaient peu nombreux à Marseille, le catholicisme y régnait en maître. Le protestantisme se développe dans des villes comme Lyon où, très tôt, s’installe une imprimerie. Les diffuseurs des nouvelles idées, ce sont les livres et les gens qui travaillent autour du livre. Marseille est une ville sans parlement ni université. L’imprimerie municipale est créée tardivement, en 1595, et peu d’œuvres en sont sorties. Il n’y a pas de tradition intellectuelle forte à Marseille. Elle reste une ville de marchands.

d’un roi protestant. Dans cette période de troubles, Charles de Casaulx prend le pouvoir par la force en 1591. S’il a en effet évoqué la possibilité de créer une république catholique indépendante, je pense qu’il n’avait pas de réelle vision politique. Quoi qu’il en soit, Henri IV ayant abjuré en 1593, le parlement d’Aix finit par le reconnaître peu après, et Marseille reste le dernier bastion de la ligue jusqu’en 1596. Isolée, elle a tenté de faire intervenir le roi d’Espagne, ce qui aurait pu provoquer une véritable guerre. Mais Casaulx est assassiné avant l’arrivée de l’escadre espagnole. La ville est alors rapidement reprise par le duc de Guise au nom d’Henri IV. Selon la tradition historique marseillaise, ce dernier aurait alors dit : « C’est maintenant que je suis roi de France. »

La fin du siècle est marquée par la dictature de Charles de Casaulx, qui ambitionnait de faire de Marseille une république indépendante… A la mort du roi Henri III, son seul successeur est un protestant, Henri IV. La France est alors en guerre civile. Marseille souhaite rester fidèle à la religion catholique et ne veut pas

Jusqu’au 24 novembre, Archives de Marseille 10, rue Clovis-Hugues, Marseille 3e 04 91 55 33 75 Entrée libre

LA CLÉ DU ROYAUME

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PORTRAIT

CHARLOTTE BENSOUSSAN

CHARLOTTE BENSOUSSAN

BELSUNCE, LE RÊVE DE LA COULEUR

Le Rêve de la couleur, c’est le nom de l’exposition consacrée à Hundertwasser, visible en ce moment à la Vieille Charité. C’est aussi une façon de résumer le projet de Charlotte Bensoussan : elle compte bien rendre des couleurs au quartier Belsunce.

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« Je suis épuisée. J’étais terrifiée, je ne dormais plus... Mais aujourd’hui, je sais que je vais pouvoir aller au bout. » Le 26 avril, Charlotte Bensoussan pouvait s’accorder quelques instants de répit. Trois ans qu’elle attendait ça. Trois ans de combat pour arriver à ce jour : l’inauguration de l’exposition Hundertwasser, le rêve de la couleur. Un projet qu’elle a porté seule durant de longs mois avant que la Ville ne s’y intéresse et ne lui ouvre les portes de la Vieille Charité, faisant ainsi de l’événement l’une des principales manifestation culturelles de l’été. Mais pour « aller au bout », le plus dur reste à faire. Car cette exposition s’inscrit dans le cadre d’un projet global : encourager la mise en valeur du quartier Belsunce, y développer une série d’actions visant à « initier des dynamiques de développement économique et social » de la Canebière à la Porte d’Aix. Avec, toujours, la pensée d’Hundertwasser en fil rouge. Entre ateliers d’horticulture et programmes d’aménagement urbain, le projet « Viens ! à Marseille » est un défi à 3,5 millions d’euros. Qui ne fera l’objet d’aucune subvention. « Je ne veux pas d’argent public, soutient Charlotte Bensoussan. C’est un choix. Je souhaite mettre en place un nouveau modèle économique basé sur l’autofinancement. Comme le faisait Hundertwasser : à son époque, il était critiqué car il faisait du marchandising autour de son œuvre, mais ça lui permettait de financer ses projets ! » L’intention est noble. Elle a toutefois déjà coûté bien cher à Charlotte Bensoussan : toutes ses économies et d’innombrables heures de sommeil. Et qu’importe si l’expo, qui devait au départ avoir lieu à Belsunce, se tient finalement dans le coin favori des touristes… « Au lieu de faire venir le public de la Vieille Charité à Belsunce, on amènera les gens de Belsunce à la Vieille Charité ! J’ai du m’adapter… Mais sur le fond, je n’ai rien lâché. » Thérapeute urbaine. Non, elle n’a rien lâché Charlotte.

« Viens ! à Marseille » ne va pas tarder à amorcer la révolution douce qui, d’ici 2014, va peut-être rendre des couleurs à tout un quartier. Premier objectif : mobiliser la population. S’inspirant du manifeste d’Hundertwasser « Ton droit à la fenêtre, ton devoir d’arbre », Bensoussan va inciter les travailleuses et habitantes de Belsunce à fleurir quelques 600 fenêtres au printemps 2013… Anecdotique ? Pas sûr. Dès le mois d’octobre 2012 les femmes du quartier seront invitées à se réunir pour préparer 54

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© Joël Assuied

Par Alexandre Lévêque

Charlotte Bensoussan. Fan d’Hundertwasser et thérapeute urbaine.

la manifestation dans le cadre d’ateliers. « Mais il s’agit surtout de former un groupe d’ambassadrices qui vont s’approprier le projet et en parler autour d’elles. » Bien vu. L’autre grande ambition de l’autoproclamée « thérapeute urbaine » est de réactiver des cellules commerciales vacantes en attirant de nouveaux acteurs économiques dans le quartier. Un « Grand magasin » devrait ainsi ouvrir ses portes avant la fin de l’année 2012 dans un vaste local de 2 400 m2 situé à deux pas de la Porte d’Aix (2, rue Lucien Gaillard). Le site est enclavé, coincé au fond d’une ruelle, entre un parking et un Mac Do. Il n’intéressait personne. Bensoussan est toutefois parvenue à y faire venir une « grande enseigne alimentaire » qui financera l’aménagement du lieu, et le partagera avec un café-boutique et un espace d’exposition. « C’est ce mariage entre commerce et équipement culturel qui a intéressé la grande enseigne. Elle a bien compris que cela pourra rendre le lieu attractif. Cela fera du bien au quartier car ici, il n’y avait rien. » La Halle Puget sera quant à elle le théâtre d’une petite révolu-


Fondation Hundertwasser, Vienne

PORTRAIT

CHARLOTTE BENSOUSSAN

Hundertwasser. Parfum d’humus. 1982

cripteurs… Aujourd’hui, ils sont 222 (fin mai, NDLR). » Quand on sait que l’ensemble des initiatives développées par « Viens ! à Marseille » représente un budget de 3,5 millions d’euros, lorsqu’on apprend qu’une partie des frais d’organisation de l’exposition est à la charge de l’association (145 000 euros) ; on imagine les angoisses rencontrées par celle qui met un point d’honneur (on le répète) à ne demander aucune subvention aux collectivités… Alors elle compte surtout sur elle-même, Charlotte. Car avec un peu d’esprit d’entreprise, tout est possible. Elle a donc (encore) investi sur ses propres deniers pour acheter un stock de produits dérivés Hundertwasser dont la vente devra financer les projets de l’association. Ils sont commercialisés dans l’ancienne librairie de la Vieille Charité (fermée depuis l’hiver dernier, mais occupée par « Viens ! à Marseille » pour la durée de l’exposition), ainsi qu’au « Petit magasin » (6, rue Fiocca), aménagé par l’association dans un local que lui a prêté pour 4 mois la société Atemi. Ce dernier lieu fait aussi office de salon de thé, et présente une exposi-

tion. Edifiée à la fin du XVIIe siècle, elle n’a aujourd’hui, bien que récemment restaurée, pas de fonction particulière. « Elle est de fait occupée par les footeux ou les dealers selon les heures de la journée. Il fallait absolument lui trouver une vocation, car rendre cet espace au public c’est aussi le sécuriser. J’ai donc proposé de le fermer avec des façades vitrées, mais aussi de le réaménager en installant deux commerces au rez-de-chaussée (un Colombus café et une boutique d’agriculture, qui prendront en charge les travaux, NDLR), et en créant un étage, où l’on verra des expositions « JE SOUHAITE METTRE EN PLACE dédiées à la vie du quartier. » UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE Enfin, pour « impulser une nouvelle dynamique commerciale », Bensoussan prévoit de faire BASÉ SUR L’AUTOFINANCEMENT. appel, en 2013, à une équipe de 13 designers COMME LE FAISAIT HUNDERTWASSER ! » chargés de repenser les vitrines des commerces (chaque mois selon un thème différent), et de créer un parcours piéton à travers le cours Belsunce, la rue Colbert, la rue d’Aix et le Centre Bourse. C’est le tion de timbres créés par Hundertwasser. De quoi y rameuseul projet à avoir fait l’objet d’une demande d’aide publique ter en masse les visiteurs de la Vieille Charité. « Les boutiques marchent bien », se félicite-t-elle, fière de prouver que son mo(375 000 euros, dans le cadre d’un FISAC, de l’Etat). dèle économique, bien que risqué, reste viable. Esprit d’entreprise. Pour le reste, Charlotte Bensoussan fait Elle en fait d’ailleurs la démonstration autour d’elle : « Viens ! la chasse aux partenaires privés. Elle peut déjà compter sur à Marseille » a financé l’ouverture (et les stocks) d’un troisième le soutien du groupe Accor (pour le projet « Femmes à leurs lieu, la « boutique Baussenque » (rue du Petit Puits, au Panier), fenêtres »), espère celui de la Caisse des dépôts pour la Halle dont les bénéfices alimenteront les projets du centre social du Puget (il manquerait encore 200 000 euros sur un coût global même nom. Là-dessus, l’association ne gagnera rien. de 800 000 euros), et a reçu quelques promesses de dons en Effet collatéral notable : en ouvrant tous ces nouveaux lieux, nature. Quant à l’appel à souscription (à 5 euros) lancé à la « Viens ! à Marseille » a créé 6 emplois. « Après 2013, j’arrête. population, il s’est avéré décevant : « J’attendais 20 000 sous- Mon but n’est pas de faire une multinationale à Belsunce ! » 8e art magazine

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CHARLOTTE BENSOUSSAN

EXPO

HUNDERTWASSER, TOUJOURS À LA VIEILLE CHARITÉ

Fondation Hundertwasser, Vienne

La nature, l’homme, et son habitat étaient à ses yeux indissociables. Dès les années 50, Friedensreich Hundertwasser (1928-2000) a défendu une philosophie humaniste et écolo, qu’il s’évertuera toute sa vie à traduire dans son œuvre plastique. C’est d’abord la couleur qui captive. Si l’intitulé de l’exposition évoque un « rêve », on parlerait plutôt d’hallucination : dans ces œuvres hyper-colorées véritable explosions chromatiques d’or et de pigments, on croise d’abord quelques drôles de personnages, mi-hommes, mivégétaux (La barbe gazon de l’homme démuni) ; des spirales tourbillonnantes (L’infinité tout près) ; ainsi que des maisons peuplées d’arbres et de plantes (Parfum d’humus). « On dit que l’art imite la vie, mais ici, c’est la vie qui imite l’art », formule Christine Poullain, la directrice des musées de Marseille, pour évoquer la réalisation concrète des utopies architecturales de l’artiste à partir des années 80. Et, « pour que l’art vienne vraiment vers le spectateur », les œuvres ne sont pas « collées » aux murs, mais fixées à dix centimètres… Fruit d’une triple collaboration (entre la Ville de Marseille, la Fondation Hundertwasser de Vienne, et l’association « Viens ! à Marseille »), cette rétrospective présente au centre de la Vieille Charité quelque 120 toiles, gravures, et tapisseries. L’expo se poursuit au Petit magasin (6, rue Fiocca) où l’on verra 50 timbres originaux de l’artiste, ainsi qu’à la bibliothèque de l’Alcazar, où l’on s’intéressera aux livres et posters du maître autrichien. Hundertwasser. L’infinité tout près. 1994

Dernier défi. Entre les frais d’organisation de l’exposition et

les différentes boutiques, elle aurait déjà mis près de 200 000 euros de sa poche. « Je suis bénévole. Depuis trois ans, je gagne ma vie dans le seul but de financer ce projet. » Pour expliquer une tel investissement (personnel et financier), elle nous parle de « mission », « d’urgence de vie », de « devoir envers la collectivité »… Mais Charlotte Bensoussan n’est ni une mystique, ni une illuminée. Celle qui « a créé une école autogérée à l’âge de 13 ans » avant de devenir caméraman, attachée de presse, organisatrice d’expos et de festival, gérante d’une librairie, puis mère de 6 enfants ; a voulu relever un dernier défi en quittant Paris pour Marseille, il y a une dizaine d’années. Depuis lors, la « dynamique de centre-ville », c’est son job : avec sa boîte de conseil (toujours active), elle est intervenue à Marignane, Aubagne, Brignoles, Saint-Maximin… Avant de se pencher sur le cas Belsunce en 2009 pour répondre à une certaine frustration : « Les appels d’offres, ça ne me suffisait pas, c’est un cadre trop limité. Je voulais démontrer qu’il était possible de faire un travail de fond avec les populations, qu’on pouvait impulser une vraie dynamique de quartier en associant, aux compétences du public, celles du privé. » Le projet « Viens ! à Marseille » est maintenant sur les rails. On ne sait pas dans quelle mesure il pourra réussir. Bensoussan, elle, ne se pose pas la question : elle fonce. Et ne la traitez surtout pas d’utopiste. Elle a une réponse toute prête : « Quand quelqu’un rêve seul, ce n’est qu’un rêve. Si plusieurs personnes rêvent ensemble, c’est le début d’une réalité. » C’est Hundertwasser qui l’a dit.

« APRÈS 2013, J’ARRÊTE. MON BUT N’EST PAS DE FAIRE UNE MULTINATIONALE À BELSUNCE ! »

HUNDERTWASSER, LE RÊVE DE LA COULEUR

Jusqu’au 9 septembre - Centre de la Vieille Charité 2, rue de la Charité (Marseille, 2e) - 04 91 14 58 80 5-8 € Exposition de timbres originaux Jusqu’au 9 septembre - Le Petit magasin 6, rue Fiocca (Marseille, 2e) - Entrée libre Exposition de livres et posters Bibliothèque de l’Alcazar (jusqu’au 8 août) 58, cours Belsunce (Marseille, 1er) Bibliothèque du Merlan (du 9 août au 9 septembre) Centre commercial Le Merlan (Marseille, 14e)

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FESTIVALS

L’été, on frôle l’overdose culturelle. Des festivals partout, dans toute la région, dans chaque ville, chaque village. Il fallait faire des choix. Nous avons donc retenu quelques curiosités qui, à nos yeux, méritent vraiment le détour : opéra subversif à Aix, croisades au FID, espèce musicale autarcique au Frioul, jazz transgressif dans la rue… Ils ne déplaceront peut-être pas les foules, mais nous, on y sera !

p.60. Une situation, Huey P. Newton – Festival d’Aix L’Opéra du ghetto selon Jean-Michel Bruyère p.66. The Path to Cairo - FID Un film sur les croisades tout en marionnettes, par Wael Shawky p. 70. Peirua String Band – Festival MIMI Le yéyé made in Vanuatu, en live au Frioul p. 74. Raphaël Imbert – Festival Jazz des cinq continents L’esprit du jazz en impro sur le cours d’Estienne d’Orves

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FESTIVAL D’AIX

UNE SITUATION, HUEY P. NEWTON

UNE SITUATION, HUEY P. NEWTON

L’OPÉRA DU GHETTO

Jean-Michel Bruyère et le collectif LFKs ont construit un opéra contemporain autour de deux habitants de la banlieue d’Aix. Une création explorant la question des ghettos et des violences urbaines avec, en écho, la figure de l’un des fondateurs des Black Panthers…

© LFKS

Par Sandro Piscopo-Reguieg

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« C’est un artiste en rébellion, assez radical sur le plan des idées, comme sur celui des formes. » En donnant carte blanche à JeanMichel Bruyère, Bernard Foccroulle a-t-il souhaité rompre la confortable routine du très chic Festival d’Aix-en-Provence ? « On peut en effet se demander ce qu’un tel artiste vient faire chez nous, répond le directeur de la manifestation. Un projet comme celui-ci, à la démarche interdisciplinaire, centré sur les questions de fracture sociale, et instaurant une relation de proximité au cœur d’un quartier populaire et multiculturel ; c’est plutôt inhabituel dans l’opéra en général, et au Festival d’Aix en particulier. J’ai donc pensé qu’il était juste de lui accorder une place. » Ce faisant, il offre un nouveau terrain d’infiltration au collectif international d’artistes LFK-la fabriks (LFKs) : un vent de subversion va flotter sur Aix-en-Provence.

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Cycles. Mené par Jean-Michel Bruyère, LFKs pratique l’art

« en parfait émeutier ». Les membres de ce « groupe d’interventions artistiques » sont particulièrement bien entraînés. Leurs armes ? Films, performances, œuvres littéraires, musicales ou plastiques, qu’ils mêlent, souvent, au sein d’installations immersives dont les formes, et quelques fois la nature, sont directement issues du contexte social, environnemental et architectural des lieux de création. LFKs ne s’inspire que de la vie même. Pour Bruyère et ses acolytes, l’art est la vie même. LFKs travaille par cycles. Le collectif s’empare d’un fait social ou politique et l’explore en profondeur, sur un temps long, à travers de multiples créations. Après une série autour de l’errance urbaine (L’Envers du jour, 1995-2005), conduite « avec et pour des groupes d’enfants de Dakar » ; après s’être inté-


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ressé aux camps de rétention et autres « formes et esthétiques contemporaines de la répression de l’immigration des étrangers non-blancs en Europe » (Le Préau d’un seul, 2006-2010) ; LFKs s’attaque maintenant à la question des ghettos et des violences urbaines. C’est le cycle VitaNONnova (2011-2013). VitaNONnova. Il s’articule autour de trois créations dont

chacune porte le nom de l’un des leaders du Black Panther Party (mouvement révolutionnaire né au milieu des années 60 à la suite des émeutes ayant soulevé les populations noires des ghettos des grandes villes américaines). Pourtant, aucune des œuvres de VitaNONnova n’est supposée prendre la forme d’une biographie. Il s’agit bien, pour LFKs, d’évoquer une réalité contemporaine. Celle des banlieues françaises (qualifiées

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ler avec le tissu associatif, mais a préféré mener sa barque seul, en s’orientant plutôt vers des individus, des familles. » Et plus particulièrement deux jeunes du quartier : Ichen Bouachraoui et Yassine Benbekhma. Bernard Foccroulle les connaît bien. « Le premier est régisseur à la salle du Bois de l’Aune, où sera présenté le spectacle. Yassine, lui, est slameur. » C’est avec eux et autour d’eux que Jean-Michel Bruyère a construit sa création. « Dans ses aspects formels, elle ne correspondra pas vraiment à l’idée qu’on se fait de l’opéra, prévient le directeur du Festival d’Aix. On ne peut pas parler de narration. Il s’agira plutôt d’un parcours. » Un parcours sur les traces d’Ichen et Yassine… De la salle du Bois de l’Aune au parc Gilbert Vilers voisin, de discours politiques « slamés » en « songs » des sixties, de l’histoire récente aux ghettos contemporains… Et de l’art, vers la vie.

INTERVIEW

JEAN-MICHEL BRUYÈRE

« ENTRE ACTION SOCIALE ET ACTION VIOLENTE, JE NE CROIS PAS QU’IL Y AIT À CHOISIR » Jean-Michèle Bruyère présente sa nouvelle création, Une Situation, Huey P. Newton. Un opéra... et une incitation à l’émeute ?

de « ségrégées ») qui, elles aussi, en 2005, ont connu leur vague d’émeutes. Inauguré en 2011 à Toulouse avec Eldridge Cleaver, œuvre de « théâtre musical et d’agitation » ; le cycle VitaNONnova devrait s’achever en 2013 à Arles avec la présentation du « retable cinématographique », Polyptych Bobby Seale. Entre temps, le Festival d’Aix accueillera Une Situation, Huey P. Newton. Un opéra contemporain. Et même un peu plus que ça. Parcours. « A l’image du processus employé pour ses autres

créations, Jean-Michel Bruyère a voulu s’intégrer à la population locale, décrit Bernard Foccroulle. Depuis deux ans, il s’est donc fixé au Jas-de-Bouffan, en périphérie d’Aix, afin de pouvoir créer quelque chose en rapport avec le lieu. Il n’a pas souhaité travail-

Pourquoi avoir choisi de vous intéresser aux fondateurs du Black Panther Party pour le cycle VitaNONnova ? C’est à la suite des émeutes en France de 2005 que l’intention de créer une série convoquant la mémoire et les noms du Black Panther Party, du SNCC, et de la vague de protestation Black Power en général nous est venue. Cette idée est notamment née de conversations avec le philosophe Jean-Paul Curnier qui se trouve associé de près au développement des actions de LFKs. Ensemble, nous nous sommes souvenus de l’essai écrit par Guy Debord en 1966, quelques mois après les émeutes de Watts à Los Angeles : Le Déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande. Nous nous sommes souvenus aussi que Watts 65, malgré sa particulière notoriété, n’avait été qu’un soulèvement parmi d’autres, pris dans une série de soulèvements de forme épidémique, une explosion d’explosions ; un continuum. De 1964 à 1967, la plupart des grandes villes des Etats-Unis (38 d’entre elles pour le seul été 66) ont vu se dresser contre l’ordre établi les ghettos où la population noire se 8e art magazine

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trouvait ceinturée, était discriminée et brutalisée. Cet enchaînement de soulèvements spontanés constitua un tournant définitif dans l’histoire de la lutte des Africains-Américains. Il marqua la fin de la stratégie de non-violence du NAACP de Rustin et King, ouvrit la voie à une nouvelle génération d’activistes noirs issus des grandes villes du Nord, par exemple ceux formés par Ella Baker (comme la branche du SNCC conduite par Stokely Carmichael), ou ceux se référant à Malcolm X et Franz Fanon (comme les Black Panthers de Newton, Seale et Cleaver). Il conféra une fierté de résistants et une soif d’indépendance aux jeunes Noirs des centres urbains et accompagna la naissance du Black Power. Enfin, sur le plan institutionnel, à travers les conclusions du rapport Kern, il poussa le gouvernement progressiste de Johnson à bannir le racisme d’Etat (ou pour le moins à y tendre) et à transformer en profondeur l’organisation et les relations intercommunautaires dans le pays. Jusqu’à aujourd’hui, les Etats-Unis conservent le souvenir et la crainte des émeutes - aidés en cela par la douloureuse piqure de rappel que fut Watts 1992. En quoi est-ce comparable à la « crise des banlieues » de 2005 ? Rapportées aux événements américains de 64-67, les grandes émeutes de 2005 en France pourraient presque paraître dérisoires. Pourtant, les Américains n’ont pas été les derniers à s’en inquiéter. Le journaliste Luc Bronner, longtemps spécialiste des banlieues au journal Le Monde, a décrit comment le gouvernement étatsunien a organisé, quelques mois seulement après les émeutes, une vaste réponse, depuis son ambassade parisienne, notamment en identifiant peu à peu tout ce que les banlieues françaises recelaient de potentiels futurs leaders politiques et d’opinion et constituant pour ceux-là un programme d’échanges et de formation vers les Etats-Unis. Pour l’essentiel, il s’agissait d’une complète réorientation en France d’un programme international ancien (« International Visitor Leadership Program ») qui avait, par le passé, permis au gouvernement américain de tisser des liens forts et complexes avec des responsables politiques français dès leur jeunesse : par exemple, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Lionel Jospin, Alain Juppé... Dans le même temps que les Etats-Unis prenaient des paris sur ce que pourrait être une nouvelle France, le gouvernement français, lui, a fait porter l’essentiel de ses efforts sur l’organisation de meilleurs moyens de surveillance, de répression et de punition. Une réponse à la Haussmann, en quelque sorte, avec un vaste plan de réaménagement des banlieues par le ministère de l’intérieur afin d’y améliorer le mouvement des troupes, transformation des toits-terrasses pour y interdire les positions stratégiques de résistance... Mais aussi achat de drones pour suivre les bandes d’adolescents dans leurs mouvements quotidiens, construction de nouvelles 62

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« LA SURESTIMATION RIDICULE DE L’IMPACT POLITIQUE DE L’ART EST LE PREMIER DES LIEUX COMMUNS AUX POLITICIENS DE CARRIÈRE, LEURS PERSONNELS DE BUREAU, ET AUX ARTISTES »

prisons... Il nous a semblé qu’en effet, il y avait quelque chose à penser et quelques choses à faire dans la comparaison entre France et Etats-Unis autour de ces questions. Qui était Huey P. Newton ? « The baddest motherfucker ever to set foot inside of History », disait de lui Eldridge Cleaver. Huey P. Newton était un « corner boy » intelligent et courageux que la prison a entièrement détruit. Il était le jeune voyou-révolutionnaire idéal que Nietzsche, Malcolm X, Franz Fanon, Jean Genet, avaient attendu ou attendaient encore. La rue l’avait conduit au meilleur de lui-même, la prison l’a entraîné vers le pire. La prison, c’est toujours le pire. Le Black Panther Party est aujourd’hui considéré comme un mouvement terroriste. Souhaitez-vous le réhabiliter ? Je ne souhaite réhabiliter personne. La mauvaise réputation offre d’excellentes garanties de liberté. Je porte la mienne. Entre action sociale et action violente, que choisissez-vous ? Sont-elles opposables ? Je ne crois pas qu’il y ait à choisir entre elles. Vous avez déclaré : « Une œuvre n’est jamais engagée. Seuls des fusils parfois le sont. Jusqu’à présent, nous allons sans fusils. » Comment doit-on comprendre cette phrase ? Il faut comprendre que, par exemple et comme le disait Jean Genet, « Brecht n’a rien fait pour le communisme ». La surestimation ridicule de l’impact politique de l’art est le premier des lieux communs aux politiciens de carrière, leurs personnels de bureau, et aux artistes. Ceux qui font réellement avancer l’intérêt général ne mettent en jeu leur statut d’intermittent, leur siège de sénateur ou leur iPhone de fonction. C’est leur vie qu’ils risquent. La plupart du temps, elle leur est prise.


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© Rémy Tempia pour LFKS

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Ichen Bouachraoui et Yassine Benbekhma.

Dans votre nouvelle création, on entendra un grand nombre de discours politiques… Quantité de discours, de déclarations et de pensées politiques sont cités ensemble au cours de l’un des actes d’Une Situation Huey P. Newton ; Pannekoek, Gramsci, Debord, Nkrumah, Lumumba et Carmichael, mais aussi Guevara, Rosa Luxemburg, Malcolm X, Brown, Cox, le collectif Politico Metropolitano, Ho Chi Minh, Shakur... Nous avons souhaité convoquer le discours politique révolutionnaire en tant que valeur opératique, c’est vrai, mais seulement sous la forme d’une polyphonie. Et Huey P. Newton dans tout ça ? Newton n’est pas là. Il manque. Newton est en prison. Il faut le libérer. L’opéra sera présenté au Bois de l’Aune, dans le quartier du Jas-de-Bouffan, à Aix, où vous l’avez créé en relation avec certains habitants. Cette œuvre peut-elle donc être qualifiée de participative ? D’un certain point de vue, ce sera sans doute la moins participative de toutes les créations du festival de cette année. En s’y prenant au dernier moment, il sera possible d’assister à Une Situation Huey P. Newton pour 1 euro. Or, j’ai vu qu’un siège pour l’un des opéras créés à l’Archevêché pouvait se négocier à 240 euros. Lâcher 240 euros par personne pour aller à l’opéra, voilà de la participation.

« LA MAUVAISE RÉPUTATION OFFRE D’EXCELLENTES GARANTIES DE LIBERTÉ. JE PORTE LA MIENNE »

Qui sont Ichen Bouachraoui et Yassine Benbekhma ? Pourquoi avoir choisi de travailler avec eux sur ce projet ? La rencontre avec Ichen Bouachraoui et Ya’Seen Benbekhma a eu lieu en 2006, au Bois de l’Aune, alors que la Communauté du Pays d’Aix nous avait accordé pour quelques mois l’usage de la salle du quartier, où nous avons ainsi pu créer et expérimenter une grande pièce destinée au Martin Gropius Bau Museum de Berlin. Là et alors, nous avons travaillé une première fois ensemble, brièvement. Lorsqu’en 2009, le Festival d’art lyrique nous a offert la chance d’une création pour 2012, nous avons aussitôt pensé y associer Ya’Seen et Ichen et avons donc proposé, dans cette intention, de fixer notre opéra au Bois de l’Aune. Nous voulions installer une présence et une interconnaissance dans le quartier à partir d’une relation privilégiée et longuement développée avec deux personnes, et qui plus est, deux personnes déjà connues et appréciées de notre équipe. Toute notre attention, à partir de ce jour et dans ce cadre, a été fixée sur eux, au point que nous leur avons finalement proposé de construire l’opéra autour d’eux, autour de leur présence 8e art magazine

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« LÂCHER 240 EUROS PAR PERSONNE POUR ALLER À L’OPÉRA, VOILÀ DE LA PARTICIPATION » même. Les autres participants locaux ont intégré et intègrent encore le dispositif au fur et à mesure des nécessités de la création. Et ceux-là le font sachant qu’Ichen et Ya’Seen en occupent le centre. La plupart le fait à cause de cela. Ils en occupent le centre, au point que l’opéra est sous-titré : « Vies de Ya’seen Benbekhma et Ichen Bouachraoui »… Mais leurs vies alors considérées comme un étant donné, non pas comme matière à exposition. Le spectacle est construit depuis ce que ces deux personnes sont vivantes. Le spectacle conçoit un monde dont la représentation prend en tout premier compte que Ya’Seen et Ichen sont de ce monde. Mais il ne s’agit surtout pas d’un portrait de leurs vies. Par quoi cela se traduit-il, alors ? Eh bien par exemple, l’opéra se déroule en grande partie sur le lieu de travail quotidien d’Ichen, lieu dans lequel nous avons reconstitué une partie du domicile de Ya’Seen (qui est au chômage) dont nous nous servons comme d’un décor d’opéra. C’est pourquoi je dis que notre création est pensée depuis et dans un monde dont ils sont, comprenez-vous ? Si opéra il y a, c’est avec eux. C’est depuis ce qu’ils sont, au sens d’un être-là, que l’opéra est constitué. 64

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Pourquoi avoir choisi de créer un opéra ? Ce n’est pas la forme la plus populaire dans les banlieues… L’opéra n’était pas non plus la forme la plus populaire chez les Vikings et cela n’a pas retenu Wagner de composer la Walkyrie.

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Jean-Michel Bruyère et LFKs Du 7 au 11 et du 13 au 17 juillet de 17h à 21h 5-10€ Bois de l’Aune - 1, place Victor Schoelcher, Aix-En-Provence Dans le cadre du Festival international d’art lyrique

WWW.

festival-aix.com


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FID

THE PATH TO CAIRO

WAEL SHAWKY

D’AUBAGNE AU FID, UN CHEMIN VERS LE CAIRE Entièrement réalisé à Aubagne, The Path to Cairo, deuxième volet de la trilogie Cabaret Crusades, de l’artiste égyptien Wael Shawky, sera projeté au FID, en compétition internationale. Ce projet d’adaptation pour marionnettes de l’essai d’Amin Maalouf Les Croisades vues par les Arabes a connu un destin épique, à la mesure de son propos.

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Par Emmanuelle Gall

C’est l’histoire d’un film qui a failli ne jamais voir le jour et qui, à l’arrivée, sera l’une des premières réalisations labellisées MP2013 à être présentée au public. Conquis par The Horror Show File, le premier volet qu’il avait vu à la dernière Biennale d’Istanbul, le patron du FID, Jean-Pierre Rehm, s’est battu bec et ongle pour présenter The Path to Cairo (« Le Chemin vers Le Caire ») en compétition internationale de son festival. « Lorsque l’on voit ces films, on est frappé par leur beauté, immédiate, flagrante. Elle repose sur le choix d’une narration sous forme de cabaret, dont les acteurs sont des marionnettes. Or, Wael Shawky filme ce procédé archaïque – judicieux pour évoquer l’an mil – avec des moyens modernes : son œuvre est un vrai film de cinéma, avec des personnages de cinéma. » Mais le travail d’un artiste vidéaste est-il vraiment à sa place au Festival International du Documentaire ? Pour Jean-Pierre Rehm, il n’y a aucun doute : « L’intérêt documentaire de ces films est évident, puisqu’ils sont relatifs à l’histoire et tissent un rapport étroit entre l’actualité et le premier choc Orient/Occident. Par ailleurs, Wael Shawky, comme d’autres artistes sélectionnés, contribue à renouveler le regard que l’on peut porter sur le genre documentaire. » Pour l’artiste égyptien, en tout cas, l’opération est intéressante, qui lui permet d’accéder au circuit des festivals de cinéma et de montrer son travail bien au-delà du réseau de l’art contemporain. Une chance inespérée pour un projet qui semblait condamné… Bonne fée. En 2010 pourtant, la réalisation de The Horror

Show File, premier volet de la trilogie Cabaret Crusades relatant les quatre premières années des croisades (10951099), s’était déroulée sans encombre à la Fondation Pistoletto de Turin. Wael Shawky s’était vu prêter la précieuse collection de la compagnie Lupi : des marionnettes à fils en bois vieilles de deux cents ans. Et la projection du film lors des biennales d’Istanbul, Marrakech ou Sharjah avait reçu un accueil unanime. Ainsi, la création du deuxième volet, consacré à la période de quarante-six ans qui sépare la première de la deuxième croisade, débutait sous les meilleurs auspices. Mais c’était compter sans le « Printemps 66

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égyptien ». Cette fois, Wael Shawky projetait de travailler à Alexandrie, sa ville natale, dans les ateliers indépendants créés à son initiative en 2010. Mais en janvier 2011, à Alexandrie, l’humeur n’était pas à la création artistique. Exit donc le projet, pourtant attendu en juin au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles !

« SON ŒUVRE EST UN VRAI FILM DE CINÉMA, AVEC DES PERSONNAGES DE CINÉMA »

La première bonne fée, dans l’histoire, c’est Sandrina Martins, la responsable des Ateliers de l’Euroméditerranée (AEM) pour MP2013. Ce programme de résidences artistiques dans des entreprises, des administrations ou des associations, devrait permettre à une soixantaine d’œuvres, toutes disciplines confondues, de voir le jour d’ici 2013. Emballée par le film qu’elle a vu à Sharjah et informée des déboires de Wael Shawky, Sandrina Martins pense immédiatement à lui proposer un AEM avec les céramistes et santonniers d’Aubagne. Débute alors une aventure digne des Mille et une nuits, avec MP2013 dans le rôle du deus ex machina. À côté des autres Ateliers de l’Euroméditerranée, souvent prévus de longue date et affichant des budgets autour de 30 000 €, le projet de Wael Shawky fait figure de poids lourd. Concrètement, il va s’agir – en moins de six mois – de fabriquer des marionnettes, des figurants et des décors, puis de tourner un film d’une heure. Le tout pour un budget de 230 000 €. « C’est un miracle ! Ce projet a réussi à fédérer des personnalités et des corps de métiers peu habitués à travailler ensemble. Un phénomène de cristallisation s’est produit, qui a donné l’envie à tous de se dépasser et de passer outre leurs différents. Après avoir d’abord dit non, les santonniers ont réalisé une centaine de “figurants” quand Wael Shawky n’en demandait qu’une dizaine. Même chose


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© Ludovic Alussi

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Wael Shawky. En train de diriger ses « acteurs ».

pour les marionnettes. Elles sont plus de cent, avec parfois plusieurs costumes pour chacune. » Making-of. À Aubagne, on se frotte les mains. The Path

to Cairo, œuvre 100% aubagnaise, sera l’un des piliers de l’exposition d’art contemporain Ici, Ailleurs qui inaugurera les festivités de 2013 à l’espace Panorama de La Friche la Belle de Mai. Mais surtout on est fier, à juste titre, d’avoir remporté un tel défi. Sur le papier, en effet, la fabrication de marionnettes articulées en céramique, puis de santons pas très provençaux, et enfin le tournage, dans la chapelle des Pénitents noirs, d’un film relatant les croisades d’un point de vue musulman, en arabe classique de surcroît, n’étaient pas gagnés d’avance. Les artistes, enseignants, et élèves de

l’École de Céramique de Provence n’ont pas chômé. Le céramiste Pierre Architta, qui a participé à l’élaboration des prototypes de marionnettes, à la fabrication des moules et à la mise au point de l’articulation des yeux ou des bouches, s’est passionné autant pour la dimension technique qu’intellectuelle du projet. « La rencontre avec Wael a été riche en échanges culturels, nous permettant d’aborder des concepts historiques vus par l’autre bord : le musulman envahi et massacré par le chrétien… Ne sommes-nous que des pantins ? Qui tire les ficelles ? Et quelle joie de travailler en équipe avec l’étranger, l’étrange, l’inconnu ! » Aux Ateliers Thérèse Neveu, elles étaient nombreuses aussi, les petites mains bénévoles, à collaborer à la fabrication des costumes et des décors inspirés de miniatures persanes, tandis que 8e art magazine

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THE PATH TO CAIRO

© Ludovic Alussi

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THE PATH TO CAIRO

EN CHIFFRES

Un film de 58 minutes. Réalisé en moins de 6 mois. Ayant mobilisé près de 200 personnes et 19 corps de métiers différents. Il compte 200 marionnettes et 120 santons. Un budget final de 230 000€. Sélectionné au FID parmi 2 500 films. En compétition internationale au FID avec 18 films.

« NE SOMMES-NOUS QUE DES PANTINS ? QUI TIRE LES FICELLES ? »

les marionnettistes achevaient de positionner les contrôles. L’autre bon génie du conte, c’est Jacques Sapiega, le directeur du SATIS (département sciences, arts et techniques de l’image et du son de l’Université de Provence) situé à Aubagne. Il a non seulement réalisé avec ses étudiants la mise en lumière, le tournage, le mixage et le montage du film, mais il s’est également proposé de le produire dans le cadre de son association ALCIME (qui organise le Festival International du Film d’Aubagne). Modeste, il préfère parler de la qualité du projet, plutôt que de ses exploits personnels. « Ce projet n’a pas d’équivalent, il est vraiment unique et méritait que l’on se penche dessus. Il a permis aux étudiants d’être confrontés à une vraie situation professionnelle. » Ces derniers ne sont pas près d’oublier le tournage, qui s’est déroulé du 20 février au 7 mars dernier. Pas plus que Rudy Vigier, qui coordonne MP2013 pour le pays d’Aubagne et de l’Étoile. « C’était une formidable aventure humaine, sur un territoire rarement associé à l’art contemporain. Une foule de gens se sont rendus disponibles, travaillant des nuits entières, renonçant à leur cachet, hébergeant des artistes venus participer au projet. Cette dynamique d’engagement a permis de dépasser largement le cadre initial. On a tous été bluffés ! » 68

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A suivre. Bluffé aussi, Wael Shawky. L’artiste reste stupéfait

de l’enthousiasme soulevé par un projet posant un point de vue arabe « auprès des Français, des Italiens et des Allemands qui m’ont accompagné. Leur participation a été très utile et enrichissante ». Étonné aussi d’être aujourd’hui invité dans les manifestations les plus prestigieuses. En juin, il était le premier artiste égyptien à participer à la Documenta de Cassel ; en juillet, il ne passera pas inaperçu au FID, et n’a pas fini d’être applaudi. Dans le contexte actuel, son approche politique et sa volonté de questionner les motivations socio-économiques des prétendues guerres saintes qu’étaient les croisades, au moyen d’un cabaret de marionnettes, est plus que pertinente. Mais l’homme reste concentré, car il a bien l’intention de tourner rapidement le troisième volet de son œuvre. À Alexandrie.

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De Wael Shawky Le 5 juillet (16h) et le 7 juillet (17h30) Théâtre de La Criée 30, Quai de Rive-Neuve, Marseille, 7e 5-6 € - Dans le cadre du FID

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fidmarseille.org


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PEIRUA STRING BAND

© DR

FESTIVAL MIMI

STRING BAND

LA FABULEUSE HISTOIRE DES PEIRUA

Ces musiciens viennent de loin. Très loin. Déniché dans l’archipel de Vanuatu par une ethnologue et un réalisateur marseillais, le Peirua String Band débarque cet été dans un autre archipel, celui du Frioul. Pour la première fois, leur musique métissée résonnera audelà de leur île... Récit d’une aventure.

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Par Marie Godfrin-Guidicelli

Jamais, les neuf musiciens du Peirua String Band n’avaient imaginé quitter leur village de Wunavay, niché sur la côte ouest de l’île de Santo, dans l’archipel de Vanuatu, quelque part entre l’Australie et la Nouvelle-Calédonie… Ni même prendre l’avion et atterrir à Marseille, dont ils ignoraient tout ! Mais les voilà invités en résidence de création dans les studios de l’AMI, et sur la scène du festival MIMI, où ils feront résonner leurs mélodies portées par le chant. Celui des hommes exclusivement, écho d’histoires du village, d’événements personnels ou collectifs, de la lutte pour l’indépendance… Une esthétique particulièrement métissée, mélange de musique coutumière du Vanuatu et de sonorités polynésiennes, mais aussi d’ « Old-Time American Music », de blues, de reggae, et de ska « des origines ». Le tout, joué sur un instrumentarium particulier,

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dont une basse à une seule corde appelée « Bush Bass », un ukulélé, un tambourin, des percussions… Depuis la petite bassine en plastique jusqu’aux congas, ces percussions varient d’ailleurs selon les finances et les matériaux à portée de main ! C’est là tout l’art des formations de « String Band » que de jouer avec les moyens du bord, de braver les aléas, et de se tenir vent debout. Ce genre musical méconnu sous nos latitudes est apparu au Vanuatu vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand l’archipel était encore une colonie franco-britannique et se nommait Nouvelles-Hébrides. Puis il a décuplé dans les années 1960-70 lors de la marche vers l’indépendance, acquise le 30 juillet 1980. Aujourd’hui revivifié et parfaitement intégré à la vie quotidienne villageoise, il est un réservoir de mémoire pour l’archipel


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de Vanuatu, et une véritable richesse culturelle : populaire et communautaire, le String Band se propage par DVD interposés de villages en villages, parfois d’îles en îles… Mais sur la côte ouest de Santo, c’est une toute autre histoire ! Un projet au (très) long cours. Tout commence en 1996,

lorsque l’ethnologue Fabienne Tzerikiantz choisit l’archipel de Vanuatu comme terrain de recherche pour sa thèse : durant deux ans, elle vit sur la côte ouest de l’île de Santo, où il n’y a ni voiture ni électricité. Et où la musique n’est que celle que l’on joue soi-même. Quand, une fois de retour à Marseille, elle rencontre en 2001 l’assistant opérateur Emmanuel Broto (qui deviendra réalisateur et producteur), elle a déjà envie d’écrire un documentaire. Son titre est déjà trouvé : Mifella Mau Wescos (Nous, hommes de la côte Ouest) racontera l’histoire du village d’Elia à travers le regard de ses habitants… Mais faute de moyens financiers, le film tombe à l’eau. Il faudra attendre bien longtemps pour que le projet voie le jour, et sous une autre forme… Juin 2006 : Fabienne Tzerikiantz retrouve son île afin d’en inventorier la biodiversité marine et terrestre avec

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l’expédition « Santo 2006 ». Durant cette mission, 150 chercheurs campent pendant un mois à une heure de marche du petit village de Penaoru « dans un isolement qui définit les hommes et leur caractère ». Là, chargée des relations entre les villageois et les chercheurs, elle prend du recul, observe les liens qui se nouent entre tous, rédige des pages de notes ; sans jamais perdre de vue son projet de film. À la fin de la mission, le réalisateur Emmanuel Broto la rejoint et découvre pour la première fois l’archipel. Un choc ! Et une vraie immersion de cinq mois dans cette zone « difficile d’accès et difficile à vivre ». Cela ne leur fera pas baisser les bras, bien au contraire. Ensemble, ils interviewent les villageois, « histoire de garder une trace de ce qu’ils avaient vécu pendant la mission », recueillent leurs souvenirs, leurs joies, et aussi, quelques ressentiments. C’est ainsi qu’ils réalisent en 2007 le documentaire Sevrapek City (nom coutumier sur lequel s’est construit le village des scientifiques) qui remportera en 2009 le Prix spécial du jury au Festival international du film documentaire océanien à Papeete. Une reconnaissance qui les conforte dans leur persévérance. D’ailleurs, ils avaient profité du tournage pour enregistrer des clips vidéo de groupes de String Band

© DR

SUR LA CÔTE OUEST DE L’ÎLE DE SANTO, IL N’Y A NI VOITURE NI ÉLECTRICITÉ. LA MUSIQUE N’EST QUE CELLE QUE L’ON JOUE SOI-MÊME

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FESTIVAL MIMI

PEIRUA STRING BAND

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UN FESTIVAL QUI DÉTONNE, DÉNOTE ET ÉTONNE

Ce ne sont plus 4 soirées au clair de lune sur les îles du Frioul, mais seulement 3 que proposera cet été le festival MIMI. Restriction budgétaire oblige… De quoi attiser plus encore la curiosité des aficionados et renforcer leur attachement à un festival atypique, dont la programmation reste, au fil des éditions, « toujours innovante et fortement trans-esthétique ». Le 6 juillet, place aux Marseillais Das Simple (en résidence dans les studios de l’AMI), et au groupe anglais Blurt, intimement lié à la personnalité charismatique de son fondateur Ted Milton, saxophoniste, poète et… marionnettiste. Le lendemain, on découvre le tout nouveau projet des autrichiens Quadrat, « SCH Extended », jamais montré en France ; avant de faire l’expérience des « polyrythmiques psychédéliques et cosmiques » des Néo-Zélandais d’Orchestra of Spheres. Enfin, pour la soirée de clôture, le Peirua String Band sera suivi du New-yorkais Glenn Branca, qui abandonne ses ensembles gigantesques (tel « les 100 guitares ») pour une formation relativement plus modeste, un « tentet » (orchestre de dix musiciens) avec lequel il va pouvoir sereinement travailler « l’épaisseur du son électrique, l’étirement du répétitif, et une certaine spatialisation ». Bref, on fera le plein de découvertes sonores à l’hôpital Caroline. Et on viendra en avance. Car en ouverture de chaque soirée, les jeunes performers allemands d’Atonor vont réactiver les objets et sculptures du compositeur Erwin Stache pour jouer une musique concrète aussi ambitieuse que malicieuse. Bienvenue au MIMI…

UNE ESTHÉTIQUE PARTICULIÈREMENT MÉTISSÉE, MÉLANGE DE MUSIQUE COUTUMIÈRE DU VANUATU ET DE SONORITÉS POLYNÉSIENNES, MAIS AUSSI D’ « OLD-TIME AMERICAN MUSIC », DE BLUES, DE REGGAE, ET DE SKA « DES ORIGINES »

afin de les réunir sur un DVD. C’est ainsi que de rencontres en découvertes, de film en clips, ils ont mis en boîte 24 chansons de 6 groupes issus de 5 villages… Dont le Peirua String Band auquel ils croient plus qu’à tout autre. Très vite, le DVD Stael blong Wescos Santo (en langue Bislama) va circuler dans les villages de la côte ouest de Santo, dans l’ensemble de l’île, mais aussi au-delà des frontières du Vanuatu, dans de nombreux festivals internationaux. De là à imaginer une tournée mondiale… L’idée a fait son chemin et, malgré plusieurs tentatives avortées, a pu devenir réalité ! D’une île l’autre. De cette longue aventure faite d’émotions

et de renoncements, d’espoir déçus et de réussites inattendues, Emmanuel Broto n’en revient toujours pas. En septembre 2011, il repart auprès des Peirua, « vraiment les meilleurs », avec le musicien marseillais Laurent Pernice pour réaliser une maquette de 8 morceaux, organiser sur place un concert, et le filmer. Riches de cette belle matière artistique, ils remportent l’adhésion immédiate de PEIRUA STRING BAND Ferdinand Richard, directeur de l’AMI et du festival MIMI. Dans le cadre du festival MIMI Une étape se termine, et c’est déjà une nouvelle aventure qui 18-25 € pointe à l’horizon. Le Peirua String Band s’apprête à poser le pied sur le sol européen muni de son premier DVD, et WWW. précédé d’un souffle de curiosité et d’enchantement mêlés. 72

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RAPHAËL IMBERT

RAPHAËL IMBERT

L’ESPRIT DU JAZZ Lorsqu’on demande à Raphaël Imbert de nous donner sa vision du jazz, la réponse fuse comme un manifeste d’indépendance : « C’est un geste musical qui me permet de jouer avec qui je veux et quand je veux. » Cette liberté, il l’exprimera lors du concert d’ouverture du festival Jazz des cinq continents. Portrait. Par Fred Kahn

R

Raphaël Imbert a du coffre. Normal répondrez-vous, il est saxophoniste. En tout cas, voilà un sacré animal social. Dans la vie de tous les jours, il s’impose sans chercher à en imposer. Son visage à la barbe garnie, jovial et ouvert, vous met tout de suite en confiance. Mais dès qu’il se met à parler, il semble s’allumer de l’intérieur, ses pupilles brillent, et trahissent à quel point l’homme est passionné par son sujet. Sur scène, il acquiert encore une autre dimension. La puissance instinctive prend le pas sur la maîtrise de soi, et ajoute une fascinante touche de sensualité : le feeling. Cette ferveur est communicative. Et d’ailleurs, elle ne demande qu’à être partagée. Vous croyez ne pas aimer le jazz ? Ne pas en maîtriser les codes ? Cet autodidacte terriblement talentueux va vous débarrasser de tous vos a priori.

« JE FAIS CETTE MUSIQUE POUR PERTURBER LES ESSENTIALISTES » Mauvais genre. Raphaël Imbert découvre le saxo par ha-

sard, à 15 ans. Une révélation. Il décrochera le premier prix de conservatoire sans savoir lire la musique et n’appartiendra jamais à aucune chapelle. « J’ai beaucoup de mal à jouer avec les vrais ‘‘ jazzeux’’. Certes, je suis un jazzman et je l’assume. Mais qu’est ce qu’on entend derrière ce mot ? Si on envisage uniquement un genre esthétique et musicologique, ce terme devient vite très réducteur. Pour moi, le jazz correspond à un état d’esprit. » Les recherches en anthropologie, qu’il mène parallèlement à sa carrière d’artiste, le conforteront dans la certitude que le jazz n’est pas une discipline musicale, mais un mode de relation spirituelle au monde. En agnostique convaincu, il explore cette dimension tour à tour mystique ou métaphysique de la musique. Il transcende les genres et s’autorise toutes les audaces. En 2008, Raphaël Imbert frappe un grand coup et rapproche deux monstres qu’a priori tout oppose : Bach et Coltrane. Il s’associe à André Rossi, organiste et professeur 74

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d’improvisation baroque au conservatoire de Marseille, pour révéler des connivences jusque-là insoupçonnées entre les deux compositeurs. « J’ai su que c’était possible le jour où j’ai arrêté de croire les historiens qui me disaient le contraire. Les œuvres de Bach comportent une forte dose d’improvisation, elles sont émaillées d’accidents. Et cette dimension est occultée par les gardiens du temple qui voudraient nous faire croire que sa musique est complètement écrite et figée. » Et Coltrane ? « C’est exactement le phénomène inverse. Il représente à tort l’icône d’un jazz qui serait l’expression d’une liberté totale. Avec en surplomb, une lecture extrêmement politique de son œuvre, surtout en France où il est devenu le porte-drapeau de la révolution marxiste. Alors qu’en fait, Coltrane est un mystique. On met en avant le soliste en occultant le compositeur remarquable. Comme Bach, il est porté par une vision extrêmement précise de son art. La différence entre ces deux compositeurs est chronologique ; leurs objectifs, eux, sont très proches. » Conforté par le succès de ce projet (le CD Bach-Coltrane s’est vendu à plus de 12 000 exemplaires ce qui, dans le domaine du jazz, correspond presque à un carton), Raphaël Imbert a ensuite travaillé à un autre rapprochement, tout aussi iconoclaste : Mozart et Duke Ellington. « En fait, il y a deux genres de compositeurs. Ceux qui te donnent envie de jouer avec eux et ceux qui n’ont vraiment pas besoin de toi. Beethoven, Boulez, créent de la grande musique, mais ils ont tout prévu de A à Z. Alors que Bach, Mozart, Ravel ou Fauré, quand tu les écoutes, tu as envie de prendre le saxophone. Je ne vais pas enlever une note à Mozart, mais jouer avec lui, c’est la moindre des choses. » Les puristes s’insurgent ? « Tant mieux. Je fais cette musique surtout pour perturber les essentialistes. » Retour aux sources. Raphaël Imbert utilise son instrument

comme un véhicule pour voyager d’un univers à l’autre. Il peut aussi bien jouer avec Archie Shepp et Napoleon Maddox (figure du rap de Cincinnati) qu’avec des musiciens de l’Ircam (véritable institution pour les musiques savantes). Joignant des travaux de recherche anthropologique à


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© Solene Person

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Raphaël Imbert. Un souffle de liberté, et un vent d’indépendance...

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LE FESTIVAL

VU PAR RAPHAËL IMBERT 18 JUILLET

PAT METHENY

« Je suis un grand admirateur. Certains se moquent de ses lubies techniques et de sa musique extrêmement formelle. Il n’empêche, c’est un immense jazzman. Pour moi, il compte parmi les plus grands improvisateurs mélodistes. Aussi, Pat Metheny est un passeur qui a su rendre plus populaire le free jazz. » 19 JUILLET

AVISHAI COHEN

« La star qui tourne dans tous les grands festivals de jazz. Donc pas de surprise, mais un excellent concert. » 20 JUILLET

STACEY KENT

« Je ne connais pas. Mais les copains qui l’ont vue disent qu’elle est géniale. Dans le genre jazz singer populaire, c’est ce qui se fait de mieux. » 21 JUILLET

EARTH WIND & FIRE

« Si je suis fan de l’orchestre des années 70, je suis plus circonspect sur la reconstitution du groupe. Je ne sais absolument pas ce que ça peut donner. » 23 JUILLET

ROBIN MCKELLE

« Elle se produira avec Gregory Porter qui est un mec absolument incroyable. Il arrive à jongler entre le crooner et la black music. Quant à Robin McKelle, elle est dans la même veine que Stacey Kent. Ce sont des chanteuses de jazz qui cartonnent. Elles font du super boulot, mais c’est quand même un peu des produits. La présence de Gregory Porter va apporter une touche de folie. » 24 JUILLET

BOBBY MCFERRIN & THE YELLOWJACKETS

« Bobby McFerrin est un génie de la voix. S’il se produisait seul, j’irais en courant. The Yellowjackets est un grand groupe de fusion, mais pas trop dans mon style. Par contre, McFerrin peut transformer n’importe quel concert en un moment inoubliable. Il arrive à faire des mélanges très audacieux entre le jazz, l’improvisation et le classique. Admirable ! » 25 JUILLET

SONNY ROLLINS

« Certains vont faire la fine bouche et ils ont tort. A 80 ans, Rollins reste un jeune homme. Il a la stature d’un Coltrane ou d’un Miles Davis. A chaque fois, il fait quelque chose d’inoubliable. Il y a un truc unique au monde qui se passe avec lui. »

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IMBERT EST CAPABLE D’ENCHAÎNER UNE SÉRIE DE CONCERTS À NEW YORK ET LA DIRECTION ARTISTIQUE D’UN IMPROBABLE FESTIVAL CHAMPÊTRE, LE « JAZZ AGRICOLE DAY » sa passion musicale, il a entrepris plusieurs périples aux Etats-Unis. En 2003, grâce à une bourse de la Villa Médicis, il s’immerge une première fois dans l’effervescence new-yorkaise. En 2009, il revient dans la « grosse pomme » et sort un disque, N_Y Project (avec Joe Martin à la contrebasse et Gerald Cleaver à la batterie) ; véritable manifeste musical où se mêlent inspiration des grands maîtres (John Coltrane et Duke Ellington en tête) et insolence expérimentale. En 2010 et 2011, rebelote. Mais cette fois, Raphaël Imbert plonge encore plus profondément dans les racines de la musique afro-américaine. Il écume le Sud des Etats-Unis. Plusieurs milliers de kilomètres à travers les marais louisianais, les méandres du Mississippi, les jungles tropicales de l’Alabama, jusqu’aux plaines marécageuses du pays cajun. A chaque étape, il tâte du blues, de l’old time, du bluegrass, du gospel. Au débotté, il participe à des jam-sessions endiablées, des « bœufs » dans toutes les configurations possibles et imaginables, dans la rue, dans les cours, ou sous les porches des maisons, mais aussi dans des caves et jusqu’au bout de la nuit. Il partage la scène avec un nombre impressionnant de musiciens et de chanteurs dont certains comptent parmi les plus grands du moment. Les traces de ces pérégrinations sudistes viendront ensuite se mêler à d’autres influences. Il a ainsi réalisé, en 2011, le disque Live au Tracteur (avec Gerald Cleaver, Joe Martin, Stephan Caracci), étrange journal musical à l’intérieur duquel la Nouvelle Orléans rencontre un autre Sud : la Provence. Car Raphaël Imbert, qui n’est jamais exactement là où on l’attend, revendique aussi ses racines rurales. Configuration inédite. De même qu’il refuse l’opposition

entre les genres musicaux, il est capable d’enchaîner une


UN SPIRIT TRÈS FRAGILE La compagnie Nine Spirit sert d’écrin aux différents projets de Raphaël Imbert. Outre un travail de création et de recherche musicales, cette plateforme artistique permet également de développer des actions pédagogiques. Les musiciens de la compagnie interviennent ainsi dans les collèges (grâce à un dispositif mis en place par le CG13) et Raphaël Imbert ne se fait jamais prier pour donner une conférence. Il est à ce titre étonnant de constater à quel point la posture intellectuelle a rejoint la pratique de l’artiste. Le musicien s’épanouit dans l’improvisation, et le pédagogue défend un enseignement sans méthode. Mais si l’artiste, grâce à sa notoriété grandissante, arrive à générer son économie, la compagnie Nine Spirit reste, elle, très fragile. « Ma situation personnelle est plutôt ’’privilégiée’’, celle de la compagnie devient de plus en plus tendue… » La crise à un double effet : les subventions des collectivités stagnent ou diminuent alors même que les diffuseurs et les programmateurs tirent les prix des contrats vers le bas. Conséquence : la marge nécessaire au fonctionnement du Nine Spirit ne cesse de se réduire.

série de concerts à New York et la direction artistique d’un improbable festival champêtre, le « Jazz agricole day ». Et si, le 30 juin, vous ratez sa prestation à Puimichel (petit village des Alpes-de-Haute-Provence), vous pourrez toujours vous rattraper, le 17 juillet, pour l’ouverture du festival Jazz des cinq continents. Il se produira (gratuitement) sur le cours d’Estienne d’Orves, dans une configuration encore une fois inédite. « Bernard Souroque (le directeur du festival) accepte le fait de ne pas prévoir un an et demi à l’avance la forme du concert. J’ai donc pu improviser une rencontre entre des musiciens d’horizons très différents. » Il est allé dénicher Sarah Quintana (chant et guitare) et Paul Elwood (chant et banjo) dans le Sud des Etats-Unis (bien qu’Elwood ait aussi de solides attaches à Marseille, NDLR). Ils seront associés à quelques bidouilleurs de sons tels Thomas Weirich (guitare et platine) et Simon Siegler (trombone et claviers). Quant à Raphaël Imbert, comme à son habitude, il va improviser. Rendre encore plus évidentes les passerelles entre jazz, folk, pop et expérimentations électroacoustiques. Le jazz est un geste de transgression, mais avec le sourire, et l’air de rien.

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Le 17 juillet, 20h30 Cours d’Estienne d’Orves Gratuit Dans le cadre du festival Jazz des cinq continents

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festival-jazz-cinq-continents.com


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REGARDEZ LA DIFFERENCE

Le salon international d’art contemporain annonce quelques changements notables pour son édition 2012. Mais la philosophie reste la même. Art-O-Rama cultive sa différence : ici, prime à l’audace. Par Marie Godfrin-Guidicelli

© Romain Martinez

P

Paris, Bordeaux, Berlin, Bruxelles, Zurich, Los Angeles, Rome, Amsterdam, Glasgow, Madrid, Barcelone, Kyoto : à voir d’où viennent les galeries présentes cette année, le « plus petit salon d’art contemporain », est plus que jamais international ! Et ce n’est pas son caractère volontairement intimiste ni son format inédit qui l’empêchent de s’affirmer, depuis 6 ans, comme l’un des rendez-vous incontournables du sud de la France en matière d’art contemporain. Dès l’origine, Art-O-Rama a emprunté aux foires mondiales le principe des stands, tout en imposant aux galeries invitées un projet curatorial spécifique : à elles d’imaginer leur espace en fonction de l’artiste qu’elles souhaitent présenter ; à elles de produire une « mini exposition » selon un angle original. Le pari d’Art-O-Rama est là, affirmé dès 2007, et cela lui a réussi. Plus encore cette année avec la présence de 20 galeries ! Mais à force de grandir, la petite foire

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« qui monte qui monte » ne risque-t-elle pas de perdre son âme ? En aucun cas, si l’on en croit Jérôme Pantalacci, son fondateur : « On ne modifie pas grand-chose par rapport à notre projet initial. On est passé de 5 à 20 galeries car on avait envie d’étoffer nos propositions. Si on a commencé tout petits, c’est parce qu’il fallait faire nos armes, construire les choses, et augmenter les budgets. » Les galeries se sont mises à frapper à leur porte en même temps que l’équipe a parcouru les salons internationaux : Fiac, Art Brussels, Art Basel, Biennale de Lyon… Tenter de rivaliser avec ces mastodontes serait impossible. Alors Art-O-Rama joue la carte de la différence. « Nous nous impliquons au-delà d’un salon traditionnel ou d’une foire classique. Nous avons toujours eu l’idée de faire venir des jeunes galeries dont l’économie est à flux tendu ; et souhaité soutenir de vrais projets de qualité sur notre territoire. »


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Sarah Tritz. Espace De Chirico, 2010 Présentée par la galerie Anne Barrault, Paris.

Sandrine Pelletier. Goodbye, 2009 Présentée par la galerie Super Window Project, Kyoto.

A FORCE DE GRANDIR, LA PETITE FOIRE « QUI MONTE QUI MONTE » NE RISQUET-ELLE PAS DE PERDRE SON ÂME ?

Marché. Autre nouveauté, la fin de la gratuité. Désormais,

les galeries paient un ticket d’entrée de 1 000 euros pour disposer d’un espace de 60 mètres carrés en moyenne. Un espace sans configuration imposée où tout est possible et où, d’une certaine manière, les galeries en profitent pour se « tester » : Art-O-Rama les y encourage ! Bref, l’évolution scénique est permanente et laisse la part belle à l’effet de surprise. Quant à la nouvelle règle du jeu financière, elle constitue un changement de fond mûrement réfléchi, et finalement conforme à la démarche commerciale des galeries : « Comme les collectionneurs se déplacent à Marseille pour le salon et

que les galeries ne viennent pas à perte, la fin de la gratuité ne les effraie pas, explique Jérôme Pantalacci. Cela correspond aussi à un changement d’image. Les galeries savent qu’ici, un marché est en train de naître. » Poids lourds. Cette année, le salon bouscule encore ses

habitudes en créant un comité artistique constitué de deux galeries (NoguerasBlanchard à Barcelone et T293 à Rome et Naples), deux artistes (Olivier Millagou et Davide Bertocchi), un collectionneur privé (Josée Gensollen), et le directeur d’une collection publique (Pascal Neveux, du FRAC PACA). Ces six membres actifs et prospectifs sont les ambassadeurs du salon en France et à l’étranger. L’édition 2012 est leur cru, composée de 8 galeries françaises (7 parisiennes et une bordelaise, ce qui est symptomatique de la situation des galeries en France !), 10 galeries européennes, 8e art magazine

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Courtesy de l’artiste

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SHOW ROOM

COUP DE PROJECTEUR SUR LA JEUNE CRÉATION LOCALE

C’est un espace un peu à part, entièrement dédié à la jeune création locale, à la fois vitrine et tremplin pour les heureux élus : chaque année, quatre artistes émergents se voient offrir la possibilité d’investir le « Show Room » d’Art-O-Rama et ainsi, d’exposer leurs œuvres en plein cœur du salon. Pour l’édition 2012, Thomas Boulmier, Julie Darribère Saintonge, Guillaume Gattier et Yann Gerstberger ont été choisis par le critique d’art et commissaire d’exposition François Aubart, parmi une vingtaine de plasticiens présélectionnés. Partant du constat que « les artistes ne sont pas toujours les meilleurs pour parler de leur travail », c’est lui encore, qui les présentera auprès des professionnels et des collectionneurs présents. Car tout l’enjeu est là : « Faire le lien avec les galeristes d’ici et surtout d’ailleurs »… Le Show Room constitue en effet un coup de projecteur pouvant s’avérer particulièrement utile à ces jeunes artistes qui peuvent ainsi espérer trouver de nouveaux acquéreurs et surtout, se faire connaître des galeries exposantes, à l’instar d’Emilie Perotto que la galerie bordelaise ACDC démarcha à cette occasion en 2008, et qui la représente encore.

Thomas Boulmier. Blowing in the air, 2012

TENTER DE RIVALISER AVEC LA FIAC, ART BRUSSELS OU ART BASEL SERAIT IMPOSSIBLE. ALORS ART-O-RAMA JOUE LA CARTE DE LA DIFFÉRENCE ainsi qu’une américaine et une japonaise. Parmi elles, quelques poids lourds comme la galerie Eva Presenhuber de Zurich, qui va mettre en lumière l’artiste suisse Valentin Carron à travers la production de nouvelles pièces, issues d’une série d’impressions sur bâches présentée à la Kunsthalle de Zurich en 2007. Ou encore la galerie In Situ Fabienne Leclerc (de Paris), qui prévoit de faire dialoguer des œuvres de Martin Dammann, Renaud Auguste-Dormeuil, Meschac Gaba (l’un des artistes africains les plus pertinents du moment), Joana Hadjthomas et Khalil Joreige. Car tous posent des questions relatives à la mémoire historique et au conflit. « L’image de marque de ces galeries les précède et sert de moteur vis-à-vis des autres », commente Jérôme Pantalacci, qui peut ainsi inviter des poids plumes. C’est-à-dire de très jeunes galeries, comme par exemple Kendall Koppe de Glasgow, « la référence pour nous, par rapport à notre identité ». Attractivité. Si la fréquentation du salon a connu une légère

baisse l’année dernière (notamment lors des Journées du patrimoine qui n’ont réuni que 600 visiteurs contre 1 200 en 2010), celui-ci compte sur l’attractivité d’une Friche en 80

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pleine mutation pour attirer un plus vaste public. Mais on serait tentés de dire qu’Art-O-Rama dépasse les frontières de la seule Friche la Belle de Mai : en effet, il entraîne dans son élan la plupart des galeries marseillaises, et ce sont plusieurs dizaines d’expositions qui émaillent la ville durant la première quinzaine de septembre. La période est désormais considérée comme un nouveau temps fort de la saison culturelle à Marseille. Pas mal, pour ce si petit salon…

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Week-end d’ouverture Du 31 août au 2 septembre Exposition Jusqu’au 16 septembre Entrée libre La Cartonnerie La Friche la Belle de Mai 41, rue Jobin, Marseille 3e 04 95 04 95 36

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CAROLINE DUCHATELET

CAROLINE DUCHATELET

DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE Caroline Duchatelet a été désignée « artiste invité » de l’édition 2012 du salon Art-O-Rama. Le coup de projecteur l’honore, mais ne viendra pas troubler sa nature discrète, ni son goût pour la vie silencieuse. Portrait Par Marie Godfrin-Guidicelli

S

Sans coup d’éclat ni esbroufe, Caroline Duchatelet laisse film autour de la question du paysage corse, elle savait aussi son empreinte partout où elle passe. À la Galerie d’art du qu’il se nourrirait « des expériences vécues et des visages ». conseil général, à Aix-en-Provence, elle avait fait sensa- Car il n’y a pas de meilleur mariage avec la nature qu’en tion avec la vidéo Voyage à Rome, réalisée en 2009, lors de tissant des liens avec ceux qui l’habitent. Entre intuitions son séjour à la Villa Médicis. Sur les traces de ses ainés, la et lumières, « il y a toujours un jeu de rencontres et d’écoute pensionnaire avait expérimenté l’Italie de manière très in- du paysage dans mon travail », dévoile la plasticienne… time, depuis son atelier, se concentrant sur ses recherches « Rencontre », « écoute » et « paysage » constituent la sainte et filmant le crépuscule, cette heure chaude et envelop- trilogie qui la guide dans tous ses projets, du repérage à pante, loin du tumulte de la cité. Elle s’était ensuite laissée la résidence, et de la réalisation au montage. Ainsi, avant dériver jusqu’aux îles Eoliennes, où elle avait capté l’aube même de partir, elle se sentait habitée par le paysage corse : et sa lumière pure. Entre retraite et découverte, Caroline « Mon travail est très lié à la question du voyage. Le lien avec Duchatelet s’était fondue dans la nature, tantôt contempla- le lieu est très puissant car je retrouve ainsi la concentration tive, tantôt marcheuse. Des expériences intérieures qui ont et la solitude qui me sont fondamentaux. » On la croit sur accouché de troublantes images, paysages abstraits et nébu- « paroles » - qu’elle débite avec pudeur - et sur ses silences, leux traités en format vidéo ou en vidéogrammes, qui se laissent feuilleter comme un journal de bord. Puis elle s’était envolée vers la Sicile… L’an passé, au Show Room d’Art-ORama, Caroline Duchatelet avait pré« MON TRAVAIL N’EST PAS UN TRAVAIL QUI S’AFFICHE. senté des vidéos d’architectures subIL S’INSCRIT DANS LE TEMPS ET LA LENTEUR » jectives, lumineuses, que l’on savourait en petit nombre, presque amoureusement. Et toujours en silence… Son travail avait alors conquis les galeristes et collection- dont elle ponctue la conversation, le regard resté accroché neurs présents : ce sont ces derniers qui l’ont nommée « ar- à l’île. L’esprit en vagabondage, quelque part là-bas, au sud tiste invitée » de l’édition 2012. Durant quinze jours, elle de la Corse. disposera ainsi d’un espace personnel d’exposition en plein cœur du salon. Lenteur. Depuis qu’elle a appris la nouvelle de sa sélection, Caroline Duchatelet réfléchit à la manière dont elle agenTrilogie. C’est à « Cap Quinze », dans le quartier Saint-An- cera l’espace dont elle disposera à Art-O-Rama. Les films toine, à Marseille, que Caroline Duchatelet s’est installée, à qu’elle a choisi de présenter n’ont encore jamais été montrés l’abri des bruyants échos portuaires. Il s’agit d’une enclave en public, mais sont déjà montés. Car elle ne peut produire bohème, habitée principalement par des artistes qui, ici, un nouveau film en un été. « Il ne s’agit pas de faire un coup disposent de lieux de vie et d’ateliers. Quand nous l’avons d’éclat, cela n’aurait pas de sens. Ma proposition sera simple rencontrée, elle venait à peine de débarquer du paquebot car mon travail n’est pas un travail qui s’affiche. Il s’inscrit qui la ramenait de Corse, où elle s’était retirée durant trois dans le temps et la lenteur. Il s’agira de deux films : une aube, semaines, perdue dans un minuscule hameau au sud de l’île. et un autre qui participe aussi du paysage… » A l’heure où « Trois courtes semaines » durant lesquelles un berger lui a nous la rencontrons (début juin, NDLR) elle se laisse encore raconté la vie dans la vallée. Habitée par le désir de faire un une marge de manœuvre. Elle imagine un lieu de suspen-

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CAROLINE DUCHATELET

Exposition. RLBQ, 2002

Installation. 3 structures en métal, 3,75 m x 2 m de large, toile translucide en PVC.

Lundi 8 décembre. 2008/2010

Photogramme #4, tirage numérique, encre pigmentaire, 40 x 70 cm.

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CAROLINE DUCHATELET

Mercredi 4 novembre. 2009/2011 Extrait du film.

sion, un lieu de retrait au cœur d’Art-O-Rama et de son agitation. Un dispositif qui faciliterait l’écoute, car la question du silence est cruciale dans la présentation de ses films… « Cela rend ma proposition très fragile mais elle a du sens », explique-t-elle, toujours avec la même réserve. Car si l’expérience de l’exposition est un moment de visibilité, Caroline Duchatelet reste le plus souvent en retrait de la société. N’était-elle pas, en avril dernier, au couvent de la Tourette, près de Lyon, dans ce haut-lieu de l’architecture de Le Corbusier, pour échanger sur l’art et la philosophie ? « C’est un travail existentiel. Toute ma vie est mon travail, c’est du flux continu, de l’attention permanente à la vie. Cela se cristallise de temps en temps dans un film ou une sculpture. » C’est vrai, on le sait peut-être moins, mais Caroline Duchatelet vient de la sculpture et garde un rapport très puissant à la peinture. Il n’est qu’à regarder intensément ses vidéogrammes pour le comprendre.

ELLE IMAGINE UN LIEU DE RETRAIT AU CŒUR D’ART-O-RAMA ET DE SON AGITATION

Déclencheur. Son parcours est atypique et elle ne se consi-

dère plus comme une « jeune artiste ». D’où son étonnement à l’annonce de sa nomination : « C’est une grande et belle surprise, dit-elle avec gourmandise. Le Show Room fut une expérience fructueuse car j’ai pu nouer beaucoup de contacts. Aussi, un collectionneur parisien a acquis deux de mes œuvres. Les répercussions d’Art-O-Rama sont bien plus profondes qu’un simple coup de promotion. Ce fut un vrai déclencheur. » De retour cette année, Caroline Duchatelet passera, une fois encore, de l’ombre à la lumière.

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Du 31 août au 16 septembre Entrée libre La Cartonnerie La Friche la Belle de Mai 41, rue Jobin, Marseille 3e 04 95 04 95 36

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Géraldine Lay. Untitled, Les failles ordinaires, 2010 Diplômée de l’ENSP en 1997

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PANORAMA SUR LES RENCONTRES D’ARLES Les Rencontres 2012 rendent un hommage appuyé à l’Ecole nationale supérieure de la photographie (ENSP), qui fête ses 30 ans d’existence. Jusqu’au 23 septembre, près de 60 expositions présentent le travail des ses anciens élèves ; photographes internationalement reconnus, ou jeunes talents tout juste diplômés. Sans oublier les concurrents pour le Prix Découverte 2012, sélectionnés par les correspondants internationaux de l’ENSP… 8e art magazine

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RENCONTRES D’ARLES

Avec l’aimable autorisation de Gagliardi Art System, Turin

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Aurore Valade. Il signore dei sentimenti. Série Ritratti, Torino, 2010 Diplômée de l’ENSP en 2005

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RENCONTRES D’ARLES

Grégoire Alexandre. Exo1. 2010 Diplômé de l’ENSP en 1995

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RENCONTRES D’ARLES

Avec l’aimable autorisation de l’artiste.

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Eva Stenram. Drape n°1, 2011 Nominée par Olivier Richon pour le Prix Découverte 2012

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RENCONTRES D’ARLES

Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de l’agence Vu’

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Edouard Beau. 2007 Diplômé de l’ENSP en 2011

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RENCONTRES D’ARLES

Avec l’aimable autorisation de l’artiste

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Tadashi Ono. Parking, Ishinomaki, préfecture de Miyagi Série du 247e au 341e jour à Tohoku, 1991 Diplômé de l’ENSP en 1991

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RENCONTRES D’ARLES

Jonathan Torgovnik. Justin et sa fille Alice, Rwanda Nominé par Tadashi Ono pour le Prix Découverte 2012

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Avec l’aimable autorisation de Tasneem Chothia Essop

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Hasan et Husain Essop. Thornton Road, 2008 Nominés par John Fleetwood pour le Prix Découverte 2012

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L’ÉVÈNEMENT

L’AFRIQUE DU SUD À AVIGNON

Au Festival d’Avignon, William Kentridge joue avec le temps, Steven Cohen rejoue l’évolution de l’humanité, et Dada Masilo se joue de la danse.

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Par Emmanuelle Gall

Le 66e Festival d’Avignon s’annonce anglophile, dans le sillage du comédien et metteur en scène britannique Simon McBurney, l’« artiste associé » choisi par Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Outre le très attendu collectif de Sheffield, Forced Entertainment, le public va également pouvoir (re) découvrir plusieurs grands créateurs sud-africains. Car si la fin de l’apartheid, en 1991, a permis à l’Europe de mesurer le dynamisme et la diversité de la scène artistique sud-africaine, elle n’occupe pas toujours la place qu’elle mérite dans les festivals français. Ce n’est certes pas vraiment le cas de William Kentridge. Invité à la Documenta (13) le mois dernier, il a marqué l’édition précédente du Festival d’art lyrique d’Aix avec sa mise en scène graphique et cinématographique du Nez de Chostakovitch. L’artiste multimédia est doublement présent à Avignon cette année, avec une installation vidéo dans la chapelle du Miracle, et une création à l’Opéra-Théâtre. Refuse the Hour (La Négation du temps), est une variation plastique, chorégraphique et musicale sur le temps : temps absolu de Newton, relatif d’Einstein, et distordu des « trous noirs ». Mais aussi temps colonial et temps contemporain… Associé au physicien d’Harvard Peter Galison, Kentridge confronte les corps aux machines, réunit Berlioz, la musique africaine et les films de Méliès. Il convie par ailleurs sur scène, à ses côtés, une étoile montante de la scène artistique sud-africaine : la chorégraphe et danseuse Dada Masilo. Encore peu connue en France, la jeune femme vient de séduire avec un Lac des cygnes très personnel, d’ores et déjà programmé à la Biennale de Lyon puis au Pavillon Noir cet automne.

Evolutions. A Avignon, Dada Masilo danse également en duo avec son compatriote Gregory Maqoma, remarqué l’année dernière dans Southern Bound Comfort de Sidi Larbi Cherkaoui. Ces deux jeunes chorégraphes sont les représentants d’une nouvelle génération de danseurs sud-africains noirs, enfin libres de s’exprimer. Et l’on mesure, à les regarder se jouer des codes africains et occidentaux, tout ce qu’ils ont à apporter à la danse contemporaine. Un peu danseur, mais surtout « sud-africain, blanc, juif et pédé », le performer Steven Cohen revendique sa double appartenance au clan des oppresseurs et des opprimés dans des œuvres politiquement très incorrectes, à couper le souffle. Sa version du Berceau de l’humanité (The Cradle of Humankind), 98

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UN PEU DANSEUR, MAIS SURTOUT « SUD-AFRICAIN, BLANC, JUIF ET PÉDÉ », STEVEN COHEN REVENDIQUE SA DOUBLE APPARTENANCE AU CLAN DES OPPRESSEURS ET DES OPPRIMÉS

ovationnée lors du dernier Festival d’Automne, revisite le site archéologique éponyme, qui abrite les plus anciens restes d’hominidés connus. Sur scène, Steven Cohen et Nomsa Dhlamini, une Swazilandaise de 90 ans qui fut jadis sa nourrice, évoluent presque nus au milieu de projections et rejouent l’évolution de l’espèce, en quête d’universalité. Title Withheld (For Legal and Ethical Reasons), sa seconde proposition, explore les dessous de scène de la Cour d’honneur du Palais des Papes : une performance-installation créée à partir d’un journal intime tenu entre 1939 et 1942 par un jeune juif français. Âmes trop sensibles s’abstenir…

Refuse the Hour Mis en scène par William Kentridge Du 7 au 13 juillet - Opéra-Théâtre 14-36 € In Creation De Gregory Maqoma Du 20 au 26 juillet - Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph 14-17 € The Cradle of Humankind De Steven Cohen Du 22 au 25 juillet - Salle de spectacle de Vedène 14-28 € Title Withheld (For Legal and Ethical Reasons) De Steven Cohen Du 11 au 16 juillet - Palais des papes 14-28 € www.festival-avignon.com


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© John Hodgkiss

The Cradle of Humankind. Steven Cohen et Nomsa Dhlamini, une Swazilandaise de 90 ans qui fut jadis sa nourrice, rejouent l’évolution de l’espèce...

Refuse the Hour. Une variation plastique, chorégraphique et musicale sur le temps, mise en scène par William Kentridge. Avec la danseuse et chorégraphe Dada Masilo.

© Alain Monot

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SCÈNES

© Gabrielle Voinot

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GODOT EST ARRIVÉ

VILLA OLGA, PIÈCE DE PLAGE Une pétillante comédie balnéaire où l’on croisera un oligarque russe sanguin, crétin et jaloux ; un détective féru d’arts plastiques ayant un faible pour les pulls marins ; une épouse innocente poursuivie par un passé très très noir ; une œuvre d’art en forme de tête de cochon qui sera le principal témoin de l’intrigue ; des hommesgrenouilles qui tombent amou-

reux... Et on en passe. L’écriture truculente de Catherine Zambon opère un détournement loufoque des codes désuets de la comédie policière et du vaudeville. Le texte se voit délicieusement porté par le quatuor de comédiens de la compagnie Tandaim, dans une scénographie toute en couleurs saturées. En plus, ça se passe sous les étoiles...

Du 5 au 25 juillet, 21h. Festival Villeneuve en Scène. Villeneuve lez Avignon. 04 32 75 15 95. www.villeneuve-en-scene.fr. 12-15 €.

Deux SDF vivent sur le même banc. Marco, aussi cultivé et prétentieux que Gamelle est naïf et tendre, enseigne à ce dernier les préceptes de l’empereur philosophe Marc Aurèle dont il se prétend le légitime descendant… Ils rencontrent Germaine, SDF pleine de fougue et d’enthousiasme, qui va les sortir de leur ennui. Et puis une nuit, des anges leur annoncent que le lendemain sera leur jour de chance… Tous trois espèrent gagner au loto... Ils réaliseront bientôt qu’après tout, le triplet gagnant, c’est peut-être eux, tout simplement. Godot est arrivé, et franchement, on ne l’attendait pas. Drôle et intelligent, ce spectacle de Patrick Ruggirello mis en scène par Charles Ribard, s’avère être un petit bijou, bien caché dans la foisonnante programmation du Off d’Avignon. Du 7 au 28 juillet, 16h40. Théâtre de l’Ange, 15-17, rue des Teinturiers, Avignon. 04 90 48 18 74. 11-16 €.

LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ C’est peut-être la comédie de Shakespeare la plus jouée. Le Théâtre du Kronope a donc choisi de revenir aux origines de l’œuvre. Dans une version radicale, terriblement théâtre, où deux comédiens saltimbanques s’approprient l’univers de l’auteur, et jouent 14 personnages avec quelque 78 changements de costumes, en passant du cirque à la danse et du mime au chant. Une adaptation énergique et enjouée, entre rires et rêves éveillés, où tout est pensé pour privilégier le jeu d’acteur. Le 29 juillet, 21h30. Les Estivales d’Allauch, Théâtre de nature, rue Trinière, Allauch Village. 04 91 10 49 20. www.estivales.allauch.com. 6-12€.

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PACAMAMBO

Ce Mariage de Figaro, c’est aussi le mariage du théâtre et de l’art lyrique, de la commedia dell’arte et de l’opéra bouffon. Car dans cette mise en scène de Jean-Hervé Appéré, la pièce de Beaumarchais se voit finement agrémentée d’airs et musiques des Noces de Figaro de Mozart. Ici, les acteurs savent tout faire, et deviennent tour à tour chanteurs, danseurs, cascadeurs, escrimeurs, pantomimeurs, illusionnistes… Les musiciens (un quatuor à vent) ne sont pas en reste, intégrés au spectacle et jouant par cœur sur scène, ils interprètent aussi des personnages de la pièce. Bref, comédiens-chanteurs et musiciens-comédiens s’en donnent à cœur joie pour célébrer, à vrai dire, le mariage de Beaumarchais et de Mozart.

Du 7 au 28 juillet, 15h25. L’Entrepôt, Avignon. 06 27 11 48 84. www.misesenscene.com. 11-16 €.

© Vincent Lucas & levillagedesfacteursdimages.org

LE MARIAGE DE FIGARO

« Une tragédie pour enfants », selon les mots de Wajdi Mouawad. Mais pour aborder le thème de la mort, l’auteur a créé « un hymne à la vie ». Le récit repose sur une écriture certes cruelle, mais tout aussi drôle et poétique. Ainsi, Julie a perdu sa grand-mère chérie, emportée par la lune… Mais elle ne se laissera pas faire : « Je voulais juste rester avec ma grand-mère, parce que ma grand-mère, c’est la personne que j’aime le plus au monde. Et puis là, elle est morte. Et moi, j’ai décidé que ça n’allait pas se passer comme ça. Moi et mon gros chien, on a décidé qu’on allait faire quelque chose qui allait être terrible. On allait rencontrer la Mort. Et on allait lui casser la gueule, à la Mort. Et voilà. »

Du 7 au 28 juillet, 15h. Théâtre Le Petit Louvre (Chapelle des Templiers), 23 rue Saint Agricol, Avignon. 04 32 76 02 79. www.petitlouvre.com. 14-20 €.

LE REPAS DES FAUVES Meilleure pièce de théâtre privé, meilleure mise en scène, et meilleure adaptation ; Le repas des fauves a raflé trois Molières en 2011. Pas mal pour un projet auquel au départ, personne ne croyait ! Mais les 8 comédiens (tous inconnus) ont su magnifier le texte, il est vrai un peu daté, de Vahé Katcha ; dans une mise en scène efficace de Julien Sibre. Dans la France occupée, sept amis se retrouvent pour fêter l’anniversaire de leur hôte. Mais au pied de leur immeuble sont abattus deux officiers allemands. En représailles, la Gestapo décide de prendre deux otages et demande aux convives de choisir eux-mêmes les « élus »... C’est ainsi que le repas d’anniversaire devient « repas des fauves »… Le 11 juillet, 21h30. Festival Côté cour, Château de l’Emperi, Salon-de-Provence. 04 90 56 00 82. www.theatre-cote-cour.fr. 25-38 €.

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SCÈNES © D.R.

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HENRI IV, LE BIEN AIMÉ La scène débute avec l’assassinat du roi, le 14 mai 1610. Par un habile enchâssement de flash-back, cette pièce nous fera revivre les grandes heures du règne d’Henri IV (Jean-François Balmer), sans passer sous silence les facéties amoureuses de ce roi décidément très humain. Quatre cents ans après sa mort, Henri IV vient aussi nous parler de notre époque. Son attitude au cœur d’un siècle troublé par les intégrismes nous rappelle en effet que la tolérance, encore aujourd’hui, reste une vertu à protéger.

MONTESQUIEU-MACHIAVEL

DIALOGUE AUX ENFERS La force et la ruse pour l’un, le droit et la constitution pour l’autre. Le premier affermissant le despotisme par la manipulation, le second se réjouissant de l’abolition des privilèges et réclamant la séparation des pouvoirs. En créant la rencontre entre Machiavel et Montesquieu, Maurice Joly avait, en 1864, quelque peu forcé le trait et le portrait de ces deux grands théoriciens poli-

Le 6 août, 21h30. Festival de Ramatuelle, Théâtre de Verdure. 04 94 79 20 50. www.festivalderamatuelle.com. 55 €.

tiques. Car il s’agissait avant tout, pour l’auteur, de dresser un pamphlet contre Napoléon III, qui s’est certainement reconnu dans ce Machiavel, tout comme Joly se rêvait Montesquieu. Finement interprété par JeanPaul Bordes (Machiavel) et JeanPierre Andréani (Montesquieu), ce spectacle politico-théâtral n’en demeure pas moins savoureux. Et instructif.

Cie Alto Photo © Geneviève Engel pour la CUS

Le 10 août, 21h30. Festival Théâtre In Situ. 04 94 01 40 26. www.theatreinsitu.com. 12-25 €.

FESTIMÔME Cirque, théâtre d’objets, marionnettes, magie, contes, mime ; Festimôme, c’est le seul festival des arts de la rue entièrement dédié au jeune public. Durant 6 jours, on aura des spectacles du matin au soir. En tout, près de 40 représentations gratuites dans les rues, les jardins, les parcs et sous chapiteaux d’Aubagne et Auriol. En parallèle, des ateliers de cirque sont dispensés pour éveiller les talents artistiques de vos mômes. Du 16 au 18 juillet à Auriol du 25 au 27 juillet à Aubagne

www.arteuro.fr. Gratuit.

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SCÈNES

© Christian Berthelot

© Mongrel Media

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PANORAMA

ROCIO MOLINA Lorsqu’elle pose le pied sur la scène, cette dernière devient terre de tous les possibles. Pleine de sensualité et d’élégance, Rocio Molina, 28 ans, dont 25 passés à danser, domine tout : classique, classique espagnol, jazz, et tous les « palos » du flamenco, qu’elle marie avec le style contemporain. Sa danse est bien plus que du flamenco, bien plus que de la danse contemporaine. D’ailleurs, si la Malaguène a chorégraphié Danzaora, son nouveau spectacle, c’est dans le but de défi nir un nouveau langage esthétique. Elle ne le cache pas. Et on est prêt à la croire. Le 28 juillet, 22h. Nuits Flamencas de Châteauvallon, Ollioules. 04 94 22 02 02. www.chateauvallon.com. 12-24 €.

Philippe Découflé transforme ses souvenirs en délires créatifs. Avec Panorama, il réalise un « best of » de ses chorégraphies (pas toujours les plus connues), remaniées, repensées, remixées, et reprises par de jeunes danseurs fraîchement recrutés. Entre un ballet aquatique de microbes, un combat de personnages de jeux vidéo, et un pantin bien vivant manipulé par des ombres chinoises ; on retrouvera les « danseurs aux élastiques », qui firent la renommée mondiale du chorégraphe à Albertville il y a 20 ans. Le tout, sans nostalgie aucune : Découflé dresse le panorama d’une danse en constante mutation. Du 20 au 22 juillet, 22h. Châteauvallon, Ollioules. 04 94 22 02 02. www.chateauvallon.com 12-24 €.

© Joël Assuied

SOIRÉE DUOS

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Jean-Charles Gil crée des ballets contemporains en s’appuyant sur les solides bases techniques « classiques » de ses jeunes danseurs. On le vérifiera lors de cette « soirée duos » aux Estivales d’Allauch, où le Ballet d’Europe est invité en voisin. Si la compagnie va reprendre quelques pièces de son répertoire, Jean-Charles Gil devrait aussi faire confiance à ses danseurs en leur permettant de dévoiler quelques-uns de leurs « essais chorégraphiques ». Comme une petite récréation avant de se remettre au travail, avec 2013 en ligne de mire : le Ballet d’Europe présentera alors sa nouvelle création, H20-Mémoires de l’eau. Le 31 juillet, 21h30. Estivales d’Allauch, Théâtre de Nature, rue Trinière, Allauch Village. 04 91 10 49 20. www.estivales.allauch.com. 6-12 €.



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MUSIQUES VINCENT SEGAL

SOLO AU MUSÉE, DUO AU PALAIS Il est incontestablement le plus doué et le plus éclectique des violoncellistes français. Premier prix – à l’unanimité – du Conservatoire de Lyon, capable de jouer avec l’Ensemble Intercontemporain, Sting, M, ou Cesaria Evora, Vincent Segal a formé le duo explosif Bumcello avec le batteur Cyril Atef, avant de croiser le chemin du maître malien de la kora, Ballaké Sissoko. Depuis la sortie de l’album Chamber Music, en octobre 2009 (sur le label français No Format), les deux musiciens n’en finissent pas d’enchaîner les concerts et d’engranger les distinctions. Il faut reconnaître que cette perle, enregistrée en une nuit dans le studio de Salif Keita à Bamako, quatre ans après leur première rencontre, et façonnée au fil de leur complicité, est rare. Déjà invités l’été dernier au festival Les Suds à Arles, Segal et Sissoko ont donné un « Salon de musique » dans le Musée de l’Arles Antique. Le génie – architectural et archéologique – des lieux avait inspiré le violoncelliste et ce dernier avait alors promis de revenir jouer dans les salles du musée. Le 9 juillet, il offrira donc une création solo à un public de happy few (le concert est gratuit, mais dans la limite des places disponibles). Et la semaine suivante, le 18 juillet, il retrouvera son compagnon de route, pour un concert de « Musique de chambre » dans le jardin du Palais Longchamp. Ils partageront l’affiche avec le guitariste Pat Metheny et son Unity Band, lors d’une soirée qui promet d’être la plus spirituelle et méditative de l’édition 2012 du festival Jazz des cinq continents. Festival Les Suds. Le 9 juillet, 21h30. www.suds-arles.com Entrée libre. Festival Jazz des cinq continents, Le 18 juillet, 21h.

© P-E Rastoin

23-30 €.

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MELODY GARDOT Elle a l’aura des miraculés. Ceux qui, ayant échappé à la mort, paraissent comme sublimés par l’expérience. Du terrible accident qui faillit lui coûter la vie il y a presque dix ans, elle a hérité des attributs qui, aujourd’hui, la rendent immédiatement reconnaissable : une canne pour la soutenir, des lunettes fumées pour la protéger. Mais ce qui rend la diva si unique, c’est bien sa voix, renversante, qui en a ensorcelé plus d’un sur le très jazzy My one and only thrill, en 2010. Depuis, elle a beaucoup voyagé. Au Portugal, au Brésil, en Argentine, elle est allée puiser l’inspiration de The Absence, album aux couleurs fado, flamenco, et samba, acclamé par la critique. Parvenir à attirer « la Gardot » à Gémenos, c’est une jolie prouesse pour les Arts verts. Et cela nous ferait presque oublier le programme de la soirée de clôture (le 8 août), avec… Johnny Day, sosie officiel de Johnny Halliday accompagné des « Rock n’Roll Men ».

Le 15 juillet, 20h30. Festival Les Arts verts, Théâtre de Verdure, Gémenos. 0 892 683 622. www.mairie-gemenos.fr. 49,90 €.


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MUSIQUES

JUSTICE

MIDI FESTIVAL MIDI, il y a ceux qui connaissent… Et les autres. A Hyères, durant trois jours, l’hippodrome, la Villa Noailles, et la plage de l’Almanarre, deviennent points de ralliement de la jeunesse rock, des fans d’indie pop, et de fêtards alcoolisés, bien conscients d’être les détenteurs privilégiés d’un secret bien gardé. Ici, pas de tête d’affiche, mais une ribambelle d’artistes

internationaux, rigoureusement sélectionnés par l’équipe d’un festival, qui s’est fait pour spécialité de programmer ceux dont tout le monde parlera dans les mois qui viennent. Pour le site Slate.fr, le MIDI serait même le « festival proposant le plus d’exclusivités » : 100 % des artistes à l’affiche cette année ne seront visibles nulle part ailleurs. Mais chut…

Du 27 au 29 juillet. Hyères. 09 53 01 55 04. www.midi-festival.com

La grand-messe électro de l’été aura lieu au Festival de Nîmes. Plus soft que Cross et ses riffs ravageurs, le second album de Justice, Audio, video, disco (« J’entends, je vois, j’apprends », en latin), n’en demeure pas moins baroque et timbré et ce, même si quelques mauvaises langues le surnomment déjà Audio, video, fiasco… Bon, Justice en live, ça reste une expérience. Les deux grands prêtres (papes ?) de l’électro ne manqueront pas de faire résonner leurs hymnes grandiloquents entre deux mix de Metallica, autour d’un public en transe qui aura sorti ses plus belles croix. Le 19 juillet, 20h Festival de Nîmes 04 67 92 23 53 www.festivaldenimes.com 33-49,50 €.

CATHERINE RINGER - THIÉFAINE

Toujours aussi en verve, la divine Catherine poursuit son come-back en solo accompagnée de Raoul Chichin (petit frère de) à la guitare. Oui, elle jouera du Rita ; mais aussi des morceaux bien à elle, issus de l’album Ring n’Roll, sorti l’année dernière... Ironie du sort, son concert sera suivi par celui d’une autre gloire du rock hexagonal, Hubert Félix Thiéfaine, toujours fidèle au poste après 35 ans de carrière. Deux artistes longtemps oubliés, récompensés cette année aux Victoires de la musique, ici réunis sur une même scène… Il est permis de verser une larme. Le 9 août, 21h. Festival de Hyères, hippodrome. 0 892 390 100.

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EMIR KUSTURICA & THE NO SMOKING ORCHESTRA

TURANDOT Cette année, c’est (encore) Giacomo Puccini qui est à l’affiche à Orange, avec deux opéras : son premier chef-d’œuvre, la Bohème, et son chant du cygne, l’inachevé Turandot. Ce dernier spectacle verra Roberto Alagna signer sa treizième participation aux Chorégies, avec une prise de rôle. Celui de Calaf, « le prince inconnu » qui révèle l’amour à la terrible prin-

cesse Turandot, qui a la fâcheuse habitude de tuer les hommes qui sont épris d’elle. Elle sera incarnée par une jeune américaine, Lise Lindstrom, réputée pour l’intensité dramatique de ses prestations. Mis en scène par Charles Roubaud, l’opéra sera dirigé par Michel Plasson à la tête de l’Orchestre National de France, et aura l’honneur d’une diffusion sur France 3 le 31 juillet.

Les 28 et 31 juillet, 21h30. Chorégies d’Orange 04 90 34 24 24. www.choregies.asso.fr. 31-263 €

Entre rock et « rumba balkanique », le No Smoking Orchestra, groupe nomade par essence, sera à Martigues pour son unique date dans la région. Et juste pour le fun, car ils n’ont rien sorti depuis belle lurette. C’est d’ailleurs peut-être mieux comme ça : on devrait à coup sûr réentendre les tubes barrés de l’album Unza Unza Time, et ceux des films d’Emir Kusturica, Chat noir, chat blanc, et La vie est un miracle avec, bien évidemment, le réalisateur himself à la guitare, et la clope au bec. Le 24 juillet, 21h30. Festival de Martigues, Théâtre du Canal Saint-Sébastien. 04 42 49 48 48. www.festival-martigues.fr. 30 €

FESTIVAL DE PIANO DE LA ROQUE D’ANTHÉRON Ici, les pianistes sont de vraies « Roque-stars ». 32 ans que ça dure ! Cette année, plus de 80 concerts sont au programme, dont 8 « Nuits du Piano », et de grands moments musicaux pour les amateurs de baroque, classique, jazz, contemporain… Pour commémorer les 150 ans de la naissance de Claude Debussy, Jean-Efflam Bavouzet et Philippe Cassard donneront l’intégrale de son œuvre pour piano. Avis aux fans... Enfin, Brigitte Engerer, décédée le 23 juin, sera bien à l’affiche du festival, comme cela était prévu. Pour un grand hommage… Du 21 juillet au 22 août. La Roque d’Anthéron. 04 42 50 51 15. www.festival-piano.com. 15-53 €.

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MUSIQUES © Jacky Valero

© Agnès Mellon

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RUE DU TANGO

MUSIQUES DANS LA RUE A la fin des vacances, la musique fait de la résistance. A Aix, elle sort dans la rue ! Durant 16 jours, on aura de la musique tous les jours, et même plusieurs fois par jour, avec des quatuors à cordes, des quintettes de cuivres, des duos chant/ piano, des formations de jazz… Au total 35 ensembles et 128 musiciens pour 100 concerts gratuits dans 7 lieux, de la cour

de l’Hôtel de Ville à l’Archevêché en passant par la place Albertas et la cour de l’hôtel Maynier d’Oppède. Et qu’on se le dise : le samedi 1er septembre, c’est la journée « Pianos Libres ». Dans les allées provençales, 3 pianos seront mis à la disposition des Aixois pour que chacun puisse prouver que sommeille en lui un petit Mozart…

Du 24 août au 8 septembre. Aix-en-Provence. 04 42 91 69 70. www.lestheatres.net. Gratuit.

L’été, La Rue du Tango prend ses quartiers à Marseille tous les vendredis soir jusqu’au 20 juillet. Chaque soirée est animée par une ou plusieurs associations de tango de la région, et propose un bal gratuit avec Dj ou orchestre, une démonstration, et même une initiation pour les moins doués... Le 13 juillet, rendez-vous rue du Théâtre français, en face du Gymnase, pour une soirée animée par Aix Tango ; et le 20, le bal de clôture se déroulera sur le parvis de la gare Saint-Charles. Ça sera le moment de partager une dernière danse… Choisissez bien votre partenaire. Chaque vendredi jusqu’au 20 juillet. 06 69 63 22 44. www.laruedutango.fr. Gratuit.

LES MUSTS DU THÉÂTRE SILVAIN A deux pas de la Corniche, cet amphithéâtre de plein air est un petit bijou dont on aurait tort de ne pas profiter… Il n’est ouvert que durant l’été ! Alors le 12 juillet, on ne manquera pas la retransmission des Noces de Figaro, en direct du Festival d’Aix ; le 13, c’est cinéma, avec la projection du film égyptien La Momie ; le 19, place à l’opérette, avec Hortense et le fantôme d’Offenbach ; et le 8 août, le mythique Michel Legrand viendra accompagné de son trio, pour s’associer à l’ensemble Una Stella. Enfin, après deux représentations de l’opéra de Puccini Madame Butterfly par l’OPT (les 11 et 13 août), la saison du Silvain se termine le 14 août avec un concert de la chanteuse et musicienne cubaine Yusa. © FID

Jusqu’au 14 août. Théâtre Silvain, www.capsur2013.fr

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EXPOS Nice Art. Rimbaud.

Rero. Je déteste Serge Gainsbourg

© Rero

© UN NOUS

© Anne Olofsson

Projet pour Saint-Rémy-de-Provence

A-PART

STREET ART DANS LES ALPILLES Pour sa troisième édition, le festival d’art contemporain « a-part » s’étoffe encore : 77 artistes, répartis en 9 sections, œuvrent dans 10 communes des Alpilles jusqu’au 31 juillet. Sa fondatrice et principale commissaire, Leila Voigt, revendique sans complexe l’étiquette de « festival ratatouille » que lui a amicalement adressée Lucien Clergue, reprenant une expression jadis attribuée aux premières Rencontres photographiques d’Arles. Autant dire que la manifestation, éclectique à l’extrême, a

les défauts de ses qualités – ou l’inverse. Au moins, il y en a pour tous les goûts : classiques (céramiques aux Baux-deProvence), numériques (« Nuits a-part » aux Carrières de lumières), exotiques (« Mexico2012 » à Tarascon), métaphysiques (création de Claudio Parmiggiani à l’abbaye de Pierredon) ou politiques (street art et débats à Saint-Rémy)… Que choisir ? Pourquoi pas les interventions d’artistes urbains dans le paysage naturel et/ou rural des Alpilles ? Le résultat risque

a-part, festival international d’art contemporain. Du 5 au 31 juillet

www.festival-apart.com. Entrée libre. 114

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Un Nous. Sans titre

d’être d’autant plus surprenant que la section street art réunit des artistes plus que divers : le graffitiste Popay, le peintre Rafael Gray, Rero et ses messages barrés, ou la coopérative UN NOUS. Derrière ce nom de code se cachent les artistes parisiens Antonio Gallego, José Maria Gonzalez, Roberto Martinez et Patrick Pinon. Indépendamment de leurs travaux individuels, ils se donnent régulièrement rendez-vous pour des séances de collage collectif qui font vibrer les murs. Ou, en l’occurrence, les montagnes.


© Renate Buser

© Studio Bouroullec

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Erwan et Ronan Bouroullec. Losanges

DESIGN PARADE

MONUMENTS IMAGINAIRES Portée par le Centre des monuments nationaux, l’opération « Monuments imaginaires » confronte patrimoine et création contemporaine dans plus de 30 lieux en France. Pour son projet Transparence et faux-semblants, la Suissesse Renate Buser s’est emparée des tours et remparts d’Aigues-Mortes : à l’aide de photographies de très grandes tailles imprimées sur des bâches et posées

sur les murs, l’artiste « ouvre » les bâtiments et confond espaces réels et imaginaires, crée des perspectives nouvelles, des intérieurs illusoires. Ici, le mouvement du piéton fait partie intégrante d’une œuvre qui prend un malin plaisir à se jouer de vous et de votre perception.

Du 1er juillet au 30 novembre. Aigues Mortes. www.monuments-nationaux.fr. Entrée libre.

Après la mode et la photo, place au design à la Villa Noailles. Si le festival ne dure que le temps d’un grand week-end (du 29 juin au 1er juillet), les expositions, elles, restent visibles tout l’été. Entre les créations des dix jeunes designers ayant concouru pour le Prix Design Parade (dans les salles voutées) ; celles des deux lauréats de l’année dernière (galerie nouvelle) ; et les « 127 pièces… voire plus » de François Azambourg, président du jury (près de la piscine) ; on ne manquera pas « Tapis Parade », exposition consacrée aux tapis contemporains (dans la salle de squash), réunissant quelques pointures comme Adrien Rovero, les frères Campana, et les frères Bouroullec. Jusqu’au 30 septembre. Villa Noailles, Entrée libre.

SE SOUVENIR DE LA MER

© Lucien Clergue

Méduses en verre d’Yves Chaudouët, monstres marins en faïence de Laurie Karp, jet ski en béton de Boris Chouvellon, nus argentiques de Lucien Clergue… A travers plus d’une trentaine d’œuvres, cette exposition souligne la diversité des inspirations sur un seul et même thème : la mer. L’historienne d’art Véronique Baton et la conservatrice en chef du patrimoine Agnès Barruol, en charge du commissariat, ont convoqué quelques grands noms de l’art contemporain (Francis Alÿs, Sarkis, etc.), en accordant une attention particulière à la photo et à la vidéo, « dont l’instantanéité et la mouvance des images en font des médiums privilégiés pour exprimer la mobilité inlassable de l’élément marin et son rapport au temps et à la mémoire ». Jusqu’au 31 octobre. Château d’Avignon, route départementale 570, 13460, Les Saintes-Maries-de-la-Mer. 04 13 31 94 54. www.culture-13.fr. 2-4 €. Lucien Clergue. Nus de la mer. 1956-1958

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EXPOS Laurent Perbos. The Birds, 2012

SYNOPSIE N°1 TRILOGIE D’APRÈS CATULLE

SOUTH PARK

Pour bousculer la célèbre loi de Murphy, dite « de l’emmerdement maximum », cette exposition veut faire la part belle à la dispute, à la confrontation, voire même, à la dégradation ; et convie donc 11 artistes à présenter leurs œuvres, « en bousculant celle d’à côté ». South Park, c’est « dans la série comme dans l’expo (…), une peinture critique et satirique d’une vie en société, reflétée dans les déboires de sales gosses en prise avec les maux, les désirs et les délires d’une cité qui ne tourne pas plus rond qu’eux ». Avec, au casting de cette saison : Damien Berthier, Fouad Bouchoucha, Frédéric Clavère, Claire Dantzer, Laurent Perbos, Nicolas Pincemin, Stéphane Protic, Sylvie Réno, Karine Rougier, Moussa Sarr et Lionel Scoccimaro. Du 7 au 28 juillet. Galerie HLM, 20, rue Saint-Antoine, Marseille, 2e. 04 95 04 95 94. www.sextantetplus.org. Entrée libre.

A la rue Jean de Bernardy (entre Réformés et Palais Longchamp), on s’arrêtera devant la vitrine de Diagonales 61, nouvel espace de diffusion artistique de l’association Techné, ayant ceci de particulier qu’il s’inscrit dans l’espace public. C’est donc depuis la rue, à la nuit tombée, qu’on pourra découvrir l’installation vidéo de Véronique Rizzo, Synopsie n°1, trilogie d’après Catulle. Entre références aux mythologies grecque et indienne, à l’art abstrait, à l’architecture virtuelle, et à l’esthétique des jeux vidéo ; c’est tout l’univers de la plasticienne qui se voit condensé en 3 vidéos. Jusqu’au 21 juillet, du coucher du soleil à minuit. Diagonales 61, Marseille, 1er. 09 52 52 12 79. www.techne-marseille.com. Gratuit.

DA MATA-RIZZO

BATTLE II © Santi Oliveri

Le match aller entre les deux champions de l’abstraction avait commencé au printemps. Prenant possession des murs et plafonds de la GAD, la Marseillaise Véronique Rizzo et le Suisse Francisco Da Mata s’étaient rencontrés sans s’opposer, créant un environnement total à quatre mains. Ce duo show va se poursuivre sous une autre forme à partir du 30 août avec un accrochage entièrement repensé, laissant apparaître tout un éventail de sens nouveaux. Un match retour où le seul arbitre sera le visiteur.

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Vernissage le 30 août, 18h-21h, exposition du 31 août au 12 octobre. er . 06 75 67 20 96. www.lagad.eu. Entrée libre.

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© Pierre Schwartz

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VASARELY ET LA PUBLICITÉ Qui se souvient qu’avant de devenir la star internationale de l’op’art, Victor Vasarely fut d’abord graphiste pour des agences de pub ? Ce premier métier, alimentaire, le Hongrois l’exerça entre 1930 et 1957. A travers une centaine d’œuvres originales, d’affiches, d’encarts publicitaires et de documents rares présentés à la Fondation, il sera intéressant de remarquer qu’étaient déjà présents, ça et là, les principes plastiques qui caractériseront son œuvre à venir. En clair, le « Vasarely d’avant Vasarely » était déjà Vasarely. Jusqu’au 30 septembre. Fondation Vasarely,

Entrée Libre.

GROMIAM

Gilles Barbier. Le Monde trou du cul

LES 20 ANS DE GROLAND C’est au MIAM, le Musée international des arts modestes de Sète, que la Présipauté de Groland a choisi de fêter ses 20 ans. Ici, Delépine, Kervern et Moustic s’effacent au profit des créateurs des décors et costumes de l’émission culte, qui faisaient de l’art modeste sans le savoir. On croisera aussi quelques créations improbables de plasticiens grolandais comme le

lumineux Nous allons tous mourir de Claude Lévêque (tout en néons), le Monde trou du cul de Gilles Barbier, les Accidents de chasse de Pascal Bernier et l’imposant Ogre de John Isaacs. Enfin, un espace à la gloire du président Salengro nous rappellera ses hauts faits ; et il sera même possible d’acquérir la nationalité grolandaise.

Jusqu’au 11 novembre. Musée international des arts modestes, Sète. 04 99 04 76 44. www.miam.org. 2-5 €.

Victor Vasarely. Plastocoat, 1934

LES CHEFS-D’ŒUVRE DU MUSÉE FRIEDER BURDA Durant tout l’été, le musée Granet accueille une cinquantaine d’œuvres majeures de la collection du musée Frieder Burda de Baden-Baden (Allemagne). Au programme, expressionnisme allemand (Kirchner, Macke, Beckmann) et expressionisme abstrait (Pollock, Rothko, de Kooning) ; ainsi qu’une série de 7 Picasso tardifs ; quelques œuvres de Baselitz, Polke et Richter ; et un ensemble consacré à la jeune création allemande (Eitel, Henning, etc.). Neo Rauch (né en 1960), Interview, 2006 © courtesy Gal. EIGEN + ART Leipzig/Berlin und Pace Wildenstein / ADAGP, Paris 2012

Jusqu’au 30 septembre. Musée Granet 04 42 52 88 32. www.museegranet-aixenprovence.fr. 4-6 €.

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EXPOS

Courtesy Galerie Olivier Robert

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Lionel Scoccimaro, G.A.P. 2010.

LUXE(S)

CLEMENS BEHR

Avec ses installations en relief, sortes d’origamis géants de carton et papier, Clemens Behr envahit toutes sortes de contextes, avec une préférence pour les lieux urbains. Bon, à la Galerie Seize, très branchée street art, il sera en terrain connu. D’ailleurs, il y a trois ans, l’Allemand fut le premier invité de la galerie qui venait tout juste d’ouvrir ses portes : il avait alors transformé les lieux en véritable grotte tridimensionnelle ! Depuis, il a fait le tour du monde, gagné ses galons d’artiste et plusieurs prix ; alors que la galerie Seize s’est tranquillement installée dans le paysage culturel marseillais. Pour cette « expo-retrouvailles », l’artiste a prévu une nouvelle installation, qu’on espère au moins aussi saisissante que la première. Du 4 au 28 juillet. Galerie Seize, 16, rue Fontange, Marseille, 6e. 04 91 33 61 02. www.seizegalerie.com. Entrée libre.

Depuis le 28 juin, un espace d’exposition entièrement dédié à l’art contemporain a ouvert ses portes au cinquième étage du magasin Les Galeries Lafayette de la rue SaintFerréol. La bien nommée « Galerie du 5e » s’étend sur près de 250 m2, et ce sont les structures membres du réseau Marseille expos qui sont en charge de la programmation. Jusqu’à la fin de l’année 2012, les trois premières expositions déclineront le triptyque baudelairien « Luxe, calme et volupté ». Ça débute donc par Luxe(s), réunissant les œuvres de 23 artistes dont Richard Baquié, Dieter Detzner, Paul-Armand Gette, Hervé Nahon, Yvan Salomone, Lionel Scoccimaro… A la rentrée, ça devrait être plus Calme. Jusqu’au 18 août. Galerie du 5e, Galeries Lafayette, 40, rue Saint-Ferréol, Marseille, 1er. www.marseilleexpos.com. Entrée libre.

SMILE FACTORY Avec vos sourires, il fait des œuvres d’art. D’ailleurs, Modoki a installé sa « Smile Factory » à Marseille. Ça se passe chez Terrasse en ville, où une expo présente les derniers travaux de l’artiste, et où l’on est invité à venir se faire tirer le portrait : préparez votre plus beau sourire, dîtes « cheese », et vous deviendrez peut-être la prochaine œuvre de Modoki. Ensuite, rendez-vous le 11 octobre : les plus beaux sourires marseillais seront exposés lors du vernissage de clôture. Expo jusqu’au 11 octobre. Terrasse en ville, 26, rue des Trois Frères e . www.terrasse-en-ville.com. Entrée libre.

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EXPOS GAUGUIN, VAN GOGH

LES PEINTRES DE LA COULEUR

Philippe Echaroux. Back In Ten Minutes

TERRASSES MUSIC’ART Au Château de Lauris (dans le Lubéron), les arts graphiques rencontrent la musique électronique. Pour le plaisir des yeux, des plasticiens s’arment de leur pinceau et, chaque jour, effectuent une performance graphique sur toiles monumentales avant d’exposer leurs œuvres sur les remparts du château. En parallèle une exposition collec-

tive présente les travaux de quatre artistes, parmi lesquels le jeune photographe (surdoué) Philippe Echaroux. Pour le plaisir des oreilles, une dizaine de Djs (dont Jack Ollins, Afrowhite records, le collectif Dame Noir, etc.) se relaieront aux platines de midi à 1h. Le tout, en plein air, dans un cadre (vraiment) idyllique…

C’est la petite balade familiale du week-end, à faire au moins une fois dans l’été. Aux Bauxde-Provence, les carrières du Val d’Enfer (rebaptisées « Carrières de lumières »), présentent un spectacle multimédia dans lequel le visiteur se voit immergé au cœur des toiles de Gauguin et Van Gogh : leurs peintures sont projetées sur les monumentales parois de 14 mètres de hauteur, et même au sol, qui devient un immense tapis d’images. Sur plus de 5 000 m2, on se promène dans les œuvres des deux « peintres de la couleur » dont on peut ici scruter chaque pigment. Jusqu’au 6 janvier 2013. Les Carrières de Lumières, route de Maillane, 13520 Les Baux www.carrieres-lumieres.com. 6-8 €

SETSUKO KLOSSOWSKA DE ROLA En 1962, en mission au Japon dans le cadre de ses activités à la Villa Médicis, Balthus y rencontre Setsuko Ideta. Elle sera à la fois sa femme, sa muse, mais aussi, son « garçon d’atelier », assistant chaque jour l’artiste dans son travail. Ainsi, elle apprend avec lui les secrets des couleurs, de la lumière, et le métier de peintre. Les œuvres de Setsuko présentent une originale synthèse des cultures orientale et occidentale. On le vérifiera à travers les peintures et illustrations réunies à l’atelier Cézanne dans le cadre de cette exposition-hommage. Du 6 juillet au 26 août. Atelier Cézanne, 04 42 16 11 61. www.atelier-cezanne.com. Entrée libre. 120

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© G. Iannuzzi, M. Siccardi

Du 25 au 28 juillet. Place du Château, Lauris. www.guillomeandgold.com. Entrée libre en journée, 10 € à partir de 19h.



PUBLI-REPORTAGE

SAISIR LA VIE, TRADUIRE L’INSTANT… Françoise Cheylan nous livre, dans sa peinture, par une expression toujours interrogative, ses impressions, ses émotions, ses craintes, ses peurs et ses joies issues de situations vécues ou rêvées. La vie, rappelle t’elle, recèle tant de diversités, de surprises, qu’elle ne peut s’accommoder d’une représentation linéaire. « C’est ce chemin chaotique que j’ai voulu relater, c’est celui où je vous accompagnerai dans le cadre lumineux mais parfois secret de la Galerie Bartoli en cette fin d’été. » Françoise Cheylan, diplômée des Beaux arts de Paris. Graphiste publicitaire puis enseignante en arts plastiques, a orienté depuis 2007 ses créations vers une peinture contemporaine réaliste teintée de surréalisme au sein de divers ateliers publics et privés.

81, rue Sainte 13007 Marseille 06 07 85 14 70

BERNARD BUFFET GRAVEUR Buffet est l’un des plus importants peintres figuratifs du XXe siècle. Il a marqué l’art par ses compositions sombres et « son étonnante écriture de mante religieuse », comme la décrivait Jean Cocteau. Le Musée Brayer présente trois séries de gravures accompagnées de textes qui, bien que rarement montrées, sont les plus célèbres de son œuvre : la série de 28 grandes planches autour de La Voix humaine de jean Cocteau (1957) ; le spectaculaire Enfer de Dante et ses 11 triples planches (1976) ; et les 10 pièces du Jeux de dames (1970). On y retrouve ce noir qui lui est cher, base nécessaire à toutes ses compositions. Mais aussi, sans doute, correspondait-il à sa vision du monde.

L’Enfer de Dante, Virgile.

www.yvesbrayer.com. 122

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PUBLI-REPORTAGE

LES TONNERRES DE BREST 2012

Du 13 au 19 juillet, les amoureux de la mer et du patrimoine maritime se retrouvent à Brest. Des milliers de marins et de bateaux de toutes tailles participeront aux fêtes maritimes internationales « les Tonnerres de Brest 2012 ».

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© Marcel Mochet

Tous les quatre ans, Brest devient la capitale mondiale de la mer avec l’exposition universelle « vivante » Les Tonnerres de Brest. Cette année, la manifestation fête ses 20 ans. Plus de 1 500 bateaux largueront leurs amarres ! Des grands voiliers, aux répliques historiques, des unités de travail aux yoles, du canot aux trois-mâts majestueux, du remorqueur au paquebot, du mousse au vieux loup de mer, du capitaine de vaisseau au skipper professionnel, toutes les marines et tous les marins se rencontreront sur les quais de Brest pour un grand moment de partage, de découverte et d’échange. Dans la pure tradition des gens de mer, le spectacle sera partout, à terre comme en mer, de jour comme de nuit. En journée, le ballet des bateaux en rade de Brest sera spectaculaire ; à quai, l’exposition de ces joyaux du patrimoine maritime international sonnera comme une invitation au

TOUS LES 4 ANS, BREST DEVIENT LA CAPITALE MONDIALE DE LA MER voyage. Aussi, les espaces thématiques d’animations et les spectacles enchanteront petits et grands tout au long de la semaine. Chaque soir, on pourra assister à une parade ou à un feu d’artifice, et c’est tout le port de Brest qui va se parer de mille feux : des scènes, des cabarets, des mâts et des haubans mis en lumière, pendant six jours, sur sept kilomètres de quais. Devant la réplique historique d’un trois-mâts du XVIIIe siècle, on sera projeté au temps de Lapérouse. Le décor du quai s’inspire des gravures de Nicolas Ozanne, des « vues » du port de Brest autour de 1780 : charrettes, ancres, coques de bateau renversées, paniers et ustensiles artisanaux, tonneaux, sacs de sable, cages à volaille et même les « engins de grutage ». On participera à l’avitaillement et la préparation d’un bateau, aux diverses activités portuaires, aux divertissements de l’époque… Comme si l’on entrait dans un véritable tableau vivant !

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Les Tonnerres de Brest, c’est aussi un rassemblement universel et populaire dédié aux cultures maritimes. Mexique, Indonésie, Maroc, Russie et Norvège, seront les nations invitées d’honneur dont les flottilles de grands et petits bateaux traditionnels seront représentées en force. C’est au cœur de villages animés, au son d’instruments exotiques, dans la chaleur d’ambiances plurielles, que l’on dégustera les mets et nourritures spirituelles de ces pays invités. Chaque village sera mis à l’honneur lors d’une journée qui lui sera dédiée. Festival unique au monde, Les Tonnerres de Brest, c’est six jours à vivre en famille ou entre amis, le nez chargé d’iode, et le regard fi xé sur l’horizon… Les Tonnerres de Brest 2012 Du 13 au 19 juillet - Brest www.lestonnerresdebrest2012.fr

Vol direct au départ de Marseille-Marignane à partir de 50€ - Air France www.airfrance.fr


Š Johann Guiavarch

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ÉTAPES GOURMANDES

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LES TROIS FORTS – SOFITEL

LA GASTRONOMIE FACE À LA PLUS BELLE VUE DE MARSEILLE HALTE GOURMANDE AU RESTAURANT LES TROIS FORTS. Dominique Frérard, Maître Cuisinier de France et membre de l’Académie Culinaire, fait de la gastronomie un élément essentiel de l’art de vivre à la française. Il renouvelle sa carte tous les quarante cinq jours pour off rir de nouveaux horizons aux voyageurs qui, le temps d’un repas, naviguent sur ses créations « Haute–Couture », face à la plus belle vue de Marseille... Pour l’arrivée des beaux jours, venez apprécier son homard braisé au vin de Cassis accompagné de son risotto au mascarpone et aux petits pois ou son Saint Pierre avec cannellonis d’aubergines aux pignons, jus de ratatouille au safran et basilic frais... Un éventail de saveurs pour votre plus grand plaisir ! DÉJEUNER D’AFFAIRES. Revisitée et adaptée aux couleurs du Sud, laissez-vous surprendre par une expérience gustative au restaurant gastronomique Les Trois Forts. Au travers de son menu « Escale Affaires », le chef propose une délicieuse interprétation du retour du marché qui bouscule vos papilles ! Pour les plus pressés en moins de quarante cinq minutes, avec au choix : entrée/plat, plat/dessert, accompagnés d’1/2 bouteille d’eau minérale et d’un café. Pour les autres, prenez le temps d’apprécier le Vieux Port et ses Forts qui se dressent à vos pieds. Un léger avant goût du programme : céviché de saumon mariné aux poivrons, concombre, crumble de cacahuète et gingembre confit, Méli-Mélo de lotte aux gnocchis et son bouillon safrané ou encore millefeuille croustillant de glaces et sorbets avec son jus de fruits rouge... Donnez un nouvel horizon à vos rendez-vous professionnels ou venez simplement profiter d’un moment de détente et de gourmandise face à la plus belle vue sur la Cité Phocéenne ! Sofitel Marseille Vieux Port – Les Trois Forts - 36 Bd Charles Livon 13007 Marseille – tél (+33) 04 91 15 59 56 – www.sofitel-marseille-vieuxport.com

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LE PETIT NICE PASSEDAT

On ne peut être plus amoureux de Marseille que la famille Passédat. Aimer Marseille, c’est aimer la Méditerranée, indissociable de la ville, autant que l’est la cuisine de Gérald Passédat. Les poissons sont bien entendu au cœur de sa cuisine, des poissons pêchés ici, des poissons oubliés parfois - la galinette, le chapon - qui se succèdent avec les crustacés et vous donnent ce délicieux sentiment d’immersion dans la Grande Bleue. Plat fétiche bien sûr : la « Bouille-Abaisse », légère, iodée, zéphyrienne, mais aussi le fameux Loup Lucie. Gardez un peu de place pour les desserts ; ils sont, de l’aveu même du chef, « extravagants ». Quant à la vue sur la grande bleue, elle est omniprésente : de la terrasse comme au restaurant. Et comme c’est une vue de rêve, vous pourrez même en profiter jusque dans votre chambre, spacieuse, ouverte sur l’horizon…

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LE LUNCH Notre équipe vous accueille dans ce lieu magique qui nous est offert par la nature, la calanque de Sormiou. Nous nous efforçons de travailler le plus proprement possible pour le respect de celle-ci dans le choix de nos produits. Ici, ce sont la mer, les pêcheurs de Sormiou et de Marseille, qui agrémentent vos assiettes. Les maraîchers et fruitiers régionaux les complètent aux couleurs des saisons. Le soleil d’ici remplira vos verres… Que notre sourire vous accompagne dans la paix de ce lieu et cette découverte culinaire.

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LE COMPTOIR MARSEILLAIS Installé sur la Corniche avec vue sur la mer de la terrasse ou de la salle, Le Comptoir Marseillais vous reçoit pour déguster une cuisine méditerranéenne. Les cartes évoluent au gré des saisons pour vous proposer à midi un déjeuner simple et rapide et le soir un diner plus élaboré. Les vins sont à choisir dans une magnifique cave en verre. Les week-ends, les coquillages (d’octobre à mai) et les brunchs viennent compléter les cartes. De plus pour fêter ses 5 ans, la terrasse s’offre une tonnelle ombragée , des tables nappées et un espace « plein air » dédié à l’apéritif . Si vous avez besoin d’un lieu pour vos évènements...

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CHÂTEAU DE LA PIOLINE Cessez de cherchez un lieu différent...Venez !

Aujourd’hui, la mémoire du passé subsiste dans cette élégante demeure, au sein de l’hôtellerie de luxe et traditionnelle de la ville d’Aix en Provence. Hôtel 4*, Restaurants, bar et évènementiel

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AU BOUT DU QUAI Encadré de son nouveau décor floral, le bout du quai affiche une inédite terrasse estivale. Moderne, design, et cosi à la fois, elle est à l’image du restaurant et de sa décoration contemporaine. Spécialiste de la pêche, l’équipe du bout du quai réserve sa plus grande place sur l’ardoise aux poissons frais et arrivage alléchant tout en restant dans l’authenticité de nos recettes marseillaises. Simple, goûtu et copieux, le bout du quai est tout simplement une adresse dans l’air du temps.

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L’INSOLITE

UN LIEU, UNE EXCEPTION… A découvrir absolument ! niché au fond d’une allée à 50 m de la préfecture, dans un cadre exceptionnel, une terrasse sur les toits les pieds dans la pelouse vous attend pour déguster nos pizzas au feu de bois, une cuisine gourmande et colorée ou apéritif tapas.

LE BOUCHON PROVENÇAL C’est dans un lieu totalement rénové où s’entremêlent modernité et tradition que vous pourrez venir découvrir la carte du Bouchon provençal pour des saveurs teintées de notre douce Provence. S’attabler au Bouchon «nouvelle version», c’est adhérer a l’idée qu’il est possible d’associer création, goût et décontraction ! Le Bouchon c’est un prix, c’est du goût, c’est un mode de vie, un concept... La promesse qu’une autre cuisine est possible.

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L’ACAPULCO Cette plage privée est réputée pour son cadre de rêve, mais aussi pour son restaurant, à la carte dépouillée mais variée : salades, plats du jour, fruits, desserts... Tout est frais. Depuis 1963 ont vient tous «chez Nono» pour commencer l’été, le prolonger, et même plus... Ouvert tous les jours du 15 avril au 15 octobre. Les Lecques - Tél. 06 09 51 64 30

LA VILLA L’établissement chic et reconnu logé rue Jean Mermoz s’affirme comme le lieu de rendez vous pour les habitués du quartier. Restaurant au charme atypique, lieu de quiétude, une vaste terrasse jardin, ombragée l’été et chauffée aux jours friquets. Sa cuisine offre un large choix avec une mention spéciale pour les poissons grillés au feu de bois. Une touche originale pour la présence d’un kiosque à coquillages de l’automne au printemps ainsi qu’une sushi women japonaise à demeure. Une large carte des desserts permet de terminer ce moment agréable par une touche sucrée.

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