Page 1

1

2013 > 2014

6229.CA

PATRICK ROCHON PEINTRE-LUMIÈRE LIGHT PAINTER

CONCOURS PHOTO : LES GAGNANTS

FRANÇAIS > ENGLISH

PHOTO CONTEST : THE WINNERS

9,95 $

TECHNIQUES DE PROS

PROFESSIONALS TECHNIQUES

REGARDS DE FEMMES PHOTOGRAPHES WOMEN PHOTOGRAPHER’S POINT OF VIEW

LES INCONTOURNABLES 2013/2014 GEAR YOU NEED FOR 2013/2014

PORFOLIOS

OLI CROTEAU, PATRICK ROCHON, SUSAN MOSS

PAR


Une optique révolutionnaire

RX10 La fusion d’un objectif 24-70mm et d’un 70-200mm f/2.8 a révélé cette optique 24-200mm f/2.8 constant incroyablement compacte. · 20,2 mégapixels, capteur Exmor R · Zoom Vario-Sonnar T* 8,3x, f/2.8, Wi-Fi · Vidéo HD 1080p, écran orientable 3po · Contrôle manuel, ISO 25 600, RAW & JPG


3

6229.CA — 2013 › 2014

V O I C I U N A P PA R E I L PHOTO AUSSI

RÉV O L U T IONNAI RE

ÉDITO EDITORIAL

L’expérience photo-vidéo The photo-video experience

Vous tenez entre vos mains le tout premier numéro du magazine 6229, une initiative de Lozeau. Bien du chemin a été parcouru depuis l’ouverture du magasin par Léo Laurent Lozeau en 1927 ! Du passage à la couleur à l’arrivée du numérique, nous avons toujours autant de plaisir à partager avec vous notre passion pour l’image et notre expérience. Professionnels et amateurs, ce magazine est pour vous. À travers chaque image s’exprime un regard unique. Nous avons donc voulu faire de cette première édition un lieu de rencontre où se croisent différents univers créatifs québécois. D’un photoreporter qui souhaite témoigner du monde d’aujourd’hui à un peintre-lumière qui crée des œuvres époustouflantes, nous vous invitons à la découverte. C’est l’occasion de s’inspirer ! Plus encore qu’un magazine, 6229 est une manière créative et audacieuse de participer à la vitalité du milieu québécois de la photographie et de la vidéo. Voilà certainement la preuve qu’après 86 ans d’existence, Lozeau est toujours aussi dynamique et novateur. Notre équipe compte aujourd’hui près de 200 passionnés et ne cesse de grandir. Récemment, une nouvelle division vidéo professionnelle a vu le jour, faisant de Lozeau le plus grand magasin photo-vidéo au Canada. Avec 6229, une nouvelle page de notre histoire s’écrit. Merci à chacun d’entre vous ! Bonne lecture, Jean Simard Président de Lozeau You have in your hands the first issue of the magazine 6229, a Lozeau initiative. We’ve come a long way since Léo Laurent Lozeau opened his store in 1927. From the move to colour to the emergence of digital technology, we still get as much pleasure out of sharing our passion for the image and our experience with you. Professionals and amateurs, this magazine is for you ! Every image expresses a unique point of view. So we wanted this first issue to be a meeting place, where different creative worlds in Québec come together. From a photojournalist who wants to tell stories about the world we live in, to a light painter who creates breathtaking works, this is a journey in discovery. And an opportunity for inspiration ! More than a magazine, 6229 is a creative, bold way of participating in the vitality of the world of photography and video in Québec. It certainly reflects the fact that after 86 years in business, Lozeau is still as dynamic and innovative as ever. Our team keeps growing and now has almost 200 ardent professionals. A new professional video division was recently created, making Lozeau the largest photo-video store in Canada. WithMartin 6229,faite we are a new page of our history. Thanks to each and every Image de Diego Garin avecwriting appareil et objectif OM-D one of you ! Enjoy the magazine, Jean Simard Lozeau's President

Q U E V O U S L’ Ê T E S ÉDITEUR > PUBLISHER L.L.LOZEAU LTÉE PRÉSIDENT > PRESIDENT JEAN SIMARD DIRECTEUR DE PUBLICATION > GENERAL MANAGER OLIVIER ST-ONGE RÉDACTRICE EN CHEF > EDITOR IN CHIEF EMILIE NAULT-SIMARD DIRECTION ARTISTIQUE ET DESIGN GRAPHIQUE > ART DIRECTION AND GRAPHIC DESIGN ATELIER BANGBANG (SIMON LALIBERTÉ) GRAPHISME ET PHOTOGRAPHIE > DIGITAL PRODUCTION AND PHOTOGRAPHY STÉPHANE VAIRO INFOGRAPHIE > INFOGRAPHY KATIA TELISZCZUK PHOTO COUVERTURE > PHOTO COVER PATRICK ROCHON CHARGÉE DE PROJET > PROJECT MANAGER MARIE SLIWA CORRECTRICE > PROOFREADING BENOÎTE LABROSSE TRADUCTION IDEM TRADUCTION

Le nouvel Olympus E-M1 de la gamme OM-D est l’arme absolue pour vivre, créer et partager votre vision où que vous soyez. Avec son nouveau capteur de 16 MP doté de la technologie Dual autofocus, un obturateur mécanique de 1/8000s et un mode rafale à 10 images/s, l’E-M1 peut tirer à la vitesse de l’éclair. De plus, la stabilisation

d’image intégrée sur 5 axes assure des photos nettes avec tous les

COLLABORATEURS > COLLABORATORS MAUDE ARSENAULT • CLAIRE BEAUGRAND-CHAMPAGNE OLI CROTEAU • RENÉ DELBUGUET • JUAN JOSÉ ESCOBAR HELEN FARADJI • BARBARA GATEAU • ALEXIS GRISON HEIDI HOLLINGER • GUY HOUDE • BENOÎTE LABROSSE PATRICK LAVOIE • FRANCIS LAROCHE CHRISTINE LORTIE • DOMINIQUE MALATERRE VALÉRIAN MAZATAUD • SUSAN MOSS PATRICK ROCHON • BENOÎT ROSE

objectifs et vous inspirera à

photographier comme un pro.

Le tout est emballé dans un élégant boîtier en alliage de magnésium pour des images sublimes en tout temps.

IMPRESSION > PRINTING : IMPRIMERIE F.L CHICOINE DISTRIBUTION : LMPI DISTRIBUTION DÉPÔT LÉGAL > LEGAL DEPOT BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC ET BIBLIOwww.getolympus.com/em1 THÈQUE NATIONALE DU CANADA ISSN 2292-0323 (IMPRIMÉ) • 2292-0331 (EN LIGNE)

Voyez le monde avec Olympus.

LE CONTENU DU MAGAZINE 6229 NE PEUT ÊTRE REPRODUIT, EN TOUT OU EN PARTIE, SANS LE CONSENTEMENT ÉCRIT DE L'ÉDITEUR. DATE DE PARUTION > PRINTED NOVEMBRE 2013 • NOVEMBER 2013 ADRESSE > ADDRESSE 6229, RUE ST-HUBERT, MONTRÉAL (QUÉBEC) H2S 2L9 VENTES PUBLICITAIRES > ADVERTISING SALES OLIVIER ST-ONGE • 514-490-2270 OST-ONGE@LOZEAU.COM

L’un des boîtiers les plus petits et les plus légers de sa catégorie à 0,5 kg*

WWW.6229.CA

Wi-Fi intégré Viseur interactif *Boîtier E-M1 seul Histoire de la couverture Pour ce premier numéro, nous avons choisi de mettre en couverture un autoportrait du renommé peintre-lumière Patrick Rochon. Il a pris ce cliché juste avant l'une de ses séances photo à Montréal. Dans ses mains, il tient 2 néons professionnels de cinéma, des Kino Flo, qui lui servent parfois d'outils pour composer ses œuvres. À découvrir page 52. Story of the cover In this first issue, we have chosen for the cover a self-portrait by the renowned light painter Patrick Rochon. He took this picture just before one of his photo shoots in Montreal. In his hands he holds two professional neons for filmmaking, made by Kino Flo, which he sometimes uses as tools to create his works. To discover his work, see page 52.


SOMMAIRE 3

ÉDITO > EDITO

22-27

PORFOLIO

Oli Croteau

CHIFFRES > NUMBERS

48-50

8-9

REPORTAGE > REPORT

Lumière sur les directeurs photo Spotlight : Directors of photography

L'HISTOIRE DE LOZEAU > LOZEAU'S STORY

Les années clés The milestone years

ENTREPRISES > BUSINESSES

Des entreprises d'ici Homegrown businesses

14-20

CONCOURS > CONTEST

Le talent de chez nous

LES INCONTOURNABLES > GEAR YOU NEED

Vidéo professionnelle Professionnal video

6-7

10-13

44-47

28-29

LES INCONTOURNABLES > GEAR YOU NEED

Sports

32-36

RÉCIT > STORY

51-53

TECHNIQUES

Maîtriser le Bulb Ramping Mastering Bulb Ramping

54-59

PORTFOLIO

Patrick Rochon

Les réfugiés de Zaatari The refugees of Zaatari

38-39

LES INCONTOURNABLES > GEAR YOU NEED

Voyage Travel

41-43

60-61

Tourner des images de pro à l'étranger Shooting professional footage abroad

Dans l'atelier de Patrick Patrick's workshop

TECHNIQUES

OUTILS > TOOLS


64-65

81-83

94-99

Jules Lamarre, chercheur d'oiseaux Jules Lamarre, bird watcher

Modeler un éclairage naturel Modelling natural light

Susan Moss

ENTREVUE > INTERVIEW

TECHNIQUES

PORTFOLIO

84-87

LES INCONTOURNABLES > GEAR YOU NEED

Studio

66-67

LES INCONTOURNABLES > GEAR YOU NEED

Nature

88-93

REPORTAGE > REPORT

Regards de femmes A woman's eye

68-72

RÉCIT > STORY

Inondation à la cambodgienne Flooding, cambodian-style

75-80

REPORTAGE > REPORT

50 ans de photographie culinaire Over 50 years of food photogtaphy

101-104

TECHNIQUES

Créer des noirs et blancs Creating black-and-white picture

106-108

REPORTAGE > REPORT

Drones

110

ÉVÉNEMENTS > EVENTS

Lozeau était là en 2013 Lozeau was there in 2013

CONTENTS


6

CHIFFRES › NUMBERS

Nombre de galaxies qui peuvent être détectées sur la photo la plus «  profonde » de l’Univers, l’Extreme Deep Field, prise par le télescope spatial Hubble avec 2 appareils hautement performants. Dix années de prises de vue et la superposition de plus de 2 000 clichés ont été nécessaires pour obtenir un tel résultat. // Number of galaxies detected in the “ deepest ” photo of the universe, Extreme Deep Field, taken by the Hubble telescope, thanks to two high-performance cameras. Ten years of picture-taking and the superposition of more than 2,000 shots were required to create this impressive image.

Longueur du plus petit appareil photo sur le marché, un Canon EOS de 2 mégapixels pouvant également faire des vidéos. Pesant 15 grammes, c’est aussi le plus léger. // Length of the smallest camera on the market, a 2 megapixel Canon EOS, which also takes video. Weighing a mere 15 grams, it’s also the lightest.

ANS/YEARS Temps d’exposition de la photo du Berlinois Michael Wesely sur laquelle ont voit le Musée d'art moderne de New York (MoMA), en reconstruction entre 2001 et 2004. Au cours des 2 dernières décennies, le photographe a mis au point une technique de longue exposition — dont les détails sont gardés secrets — impliquant l'utilisation de plusieurs filtres et d'une très petite ouverture sur l'objectif standard d’un appareil professionnel. // Exposure time of a photo taken by Berlin-based Michael Wesely, capturing the reconstruction of New York’s Museum of Modern Art (MoMA) between 2001 and 2004. Over the last two decades, Wesely has developed a long exposure technique — the details of which are kept secret — involving the use of several filters and a very small aperture on the standard lens of a professional camera.

BILLION

Photo and video by the

Nombre de photos téléchargées sur le site Facebook en 48 heures, entre le 31 décembre 2012 et le 1er janvier 2013. // Number of pictures uploaded to Facebook in a 48-hour period from December 31, 2012, to January 1, 2013.

GIGAPIXELS Plus haute résolution jamais atteinte pour une photo panoramique : une vue à 360° de la ville de Londres, en Grande-Bretagne. Le cliché réunit 48 640 images prises par la communauté virtuelle 360 Cities et assemblées par un superordinateur. Si cette photo était imprimée, elle serait presque aussi large et haute que Buckingham Palace (98 par 23 m). // Highest resolution ever achieved in a panoramic photo : a 360° view of London, U.K. The shot is made up of 48,640 images taken by the 360 Cities online community and subsequently assembled by a supercomputer. If the photo were printed, it would be nearly as high and as wide as Buckingham Palace (23 x 98 m).

Heures de vidéo mises en ligne chaque minute sur le site Internet YouTube. Plus de 6 milliards d'heures de vidéo sont regardées chaque mois en 2013, soit presque une heure par personne sur la planète. Il s’agit d’une augmentation de 50 % par rapport à l'année précédente. // Hours of video uploaded to YouTube every minute. In 2013, over 6 billion hours of video have been viewed each month, or close to one hour per person on the planet. This represents a 50 % increase over last year.

$ US

MILLIARD

La photo et la vidéo en

Coût de l’appareil photo le plus cher au monde, un Leica vendu aux enchères en 2012 à Vienne, en Autriche. L’objet fait partie d'une série de 25 prototypes fabriqués en 1923, soit 2 ans avant la commercialisation officielle de la marque allemande. Envoyé à New York pour être breveté, l’appareil a été le premier Leica exporté. // Cost of the world’s most expensive camera, a Leica sold at a 2012 auction in Vienna, Austria. It was one of a series of 25 prototypes manufactured in 1923, two years before the German brand was officially launched. The camera became the first Leica ever to be exported when it was shipped to New York for patenting.


7

6229.CA — 2013 › 2014

KM SOUS L’EAU KM UNDER WATER

Année de fondation du plus vieux magasin de photographie au Québec toujours en activité, Lozeau, situé à Montréal. // Year in which Quebec’s longest-standing photography store — Lozeau, in Montreal — was founded.

ANS/YEARS Âge du plus jeune réalisateur à avoir laissé ses empreintes sur le trottoir d'Hollywood Boulevard, à Los Angeles : Christopher Nolan. L’homme qui a signé le dernier volet de la saga Batman est l’un des 8 réalisateurs à avoir reçu cet honneur parmi 260 stars du cinéma. // Age of the youngest director to have left his handprints on the Hollywood Walk of Fame, in Los Angeles ; Christopher Nolan, the man behind the last instalment of the Batman franchise, is one of only 8 directors out of the total 260 film stars honoured.

Distance qu’a parcourue le réalisateur canadien James Cameron pour prendre les images sous-marines 3D les plus profondes jamais réalisées. Du même coup, l’homme derrière Titanic et Avatar est devenu le premier à toucher le fond de la fosse des Mariannes, dans le Pacifique, l’endroit le plus profond connu sur Terre. Cette expédition fera l'objet d'un documentaire produit par National Geographic. // Distance travelled by director James Cameron to capture the deepest 3D underwater shots ever taken. In doing so, the man behind Titanic and Avatar became the first person to touch the bottom of the Mariana Trench, in the Pacific Ocean, known as the deepest point on Earth. The expedition will be the focus of a National Geographic documentary.

Nombre de négatifs produits chaque année au milieu de la décennie 1870 à Montréal par le studio du photographe William Notman, alors le plus populaire au pays. Son entreprise, qui comptait de nombreux studios, était à l’époque la plus grande en Amérique du Nord. // Number of negatives produced each year in the mid-1870s in Montreal by the studio owned by photographer William Notman, the most popular in the country at the time. Notman’s company, which owned several studios, was once the largest in North America.

JOURS DAYS

FOIS PLUS/TIMES MORE

ANS/YEARS

Année de production du vidéoclip le plus cher de l’histoire de la musique, Scream, de Michael et Janet Jackson. La facture s'élevait à 7 millions $ US. // Year the most expensive music video in history, Scream by Michael and Janet Jackson, was shot. The total cost was US $ 7 million.

La proportion de photographes québécois qui travaillent à leur compte (62  %), si on les compare à l’ensemble des autres travailleurs dans la province (11 %), selon Statistique Canada. // The proportion of Quebec-based photographers who are self-employed (62 %), as compared to all other occupations in the province (11 %), according to Statistics Canada.

Âge du plus vieux laboratoire photo au monde découvert intact. Il avait été ouvert par le photographe français Joseph Fortuné Petiot-Groffier vers 1840. À la suite de sa mort en 1855, ses héritiers avaient fermé la porte des lieux… qui n’a été rouverte qu’en 2007. Elle a alors révélé ses trésors, dont plus de 400 livres et tous les accessoires nécessaires à la réalisation de daguerréotypes, un ancien procédé photographique. // Age of the oldest photo lab found still intact. It had been opened by French photographer Joseph Fortuné Petiot-Groffier circa 1840. After his death in 1855, his heirs had closed up shop… until 2007, when such treasures as over 400 books and everything needed to produce daguerreotypes, an antiquated processing technique, were discovered.

MILLIONS $ US

Durée du film le plus long jamais réalisé, Modern Times Forever. Le film, produit par un groupe d’artistes danois en 2011, montre la lente dégradation du bâtiment du siège social de l’entreprise papetière Stora Enso, à Helsinki, en Finlande. Il a été projeté devant l’édifice en question. // Length of the longest movie ever produced, Modern Times Forever. The film, made by a group of Danish artists in 2011, depicts the slow deterioration of the building housing the head office of paper company Stora Enso in Helsinki, Finland. It was shown in front of the building in question.

Prix payé en 2011 à New York pour l’emblématique cliché Rhein II de l’artiste allemand Andreas Gursky - un record mondial. La photographie de près de 2 m sur 4 m est l’un des 6 tirages de cette série, dont les autres exemplaires sont notamment exposés au MoMa de New York et à la Pinakothek der Moderne de Munich, en Allemagne. // Price paid for the emblematic photo Rhein II by German artist Andreas Gursky in New York in 2011 — a world record. The photograph, which measures approximately 2 x 4 m, is one of 6 in a series, the others being exhibited at the MoMA in New York and at the Pinakothek der Moderne in Munich, Germany.

L’ouverture — étonnamment grande — de l’objectif spécial utilisé par Stanley Kubrick lors du tournage du film Barry Lyndon en 1975. // The aperture — surprisingly big — of the special lens used by Stanley Kubrick during the filming of Barry Lyndon in 1975.


Les années clés > The milestone years

DE LOZEAU LOZEAU'S HISTORY

L'HISTOIRE

Lise, la fille des fondateurs, se joint au commerce, en assurant ainsi la relève. C’est aussi à ce moment que L.L. Lozeau délaisse la finition de photos en noir et blanc pour se consacrer à la vente de produits et d'appareils photographiques. The founders’ daughter and successor, Lise, joins the business. Around the same time, black-andwhite photo finishing gives way to the sale of photography equipment and accessories.

Léo Laurent Lozeau fonde le magasin L.L. Lozeau, sur la rue Saint-Hubert, à Montréal. Il se spécialise alors en finition de photos et en photographie de mariage. Léo Laurent Lozeau opens the L.L. Lozeau store on St-Hubert Street in Montreal, specializing in photo finishing and wedding photography.

L.L. Lozeau devient le 1er magasin au Canada à offrir le service de traitement de photo APS dans ses laboratoires. L.L. Lozeau continues to innovate by becoming the first in Canada to offer APS photo finishing on the premises.

L'année 1989 voit la 3e génération entrer dans l'entreprise avec l'arrivée de Manon Simard, suivie de celle de son frère Stéphane, en 1993. C'est aussi le début d'une nouvelle ère technologique grâce à l'implantation du 1er centre de vente de caméras numériques au Québec. In 1989, the third generation joins the ranks, starting with Manon Simard, followed by her brother Stéphane in 1993. This was also the dawn of a new technological era for the general public, as L.L Lozeau became the first centre for digital cameras in Quebec.

La 2e génération — Lise et son conjoint Jean Simard — prennent les rênes de l'entreprise. The second generation takes over : Lise and her husband, Jean Simard, take the helm.

Dès 1940, Léo Laurent Lozeau et son épouse élargissent l'éventail de services de leur petite entreprise : à la finition de photos vient s'ajouter la vente d'appareils photo. In 1940, Léo and his wife broaden the range of services they offer and begin selling cameras and accessories.

L.L. Lozeau innove et fait l'acquisition du 1er laboratoire de finition photo 1 heure au Canada. Puis, en 1981, le premier laboratoire de développement de films diapositives (E-6) en 90 minutes est installé. L.L. Lozeau innovates by acquiring Canada’s first one-hour photo finishing lab. In 1981, the first 90-minute (E-6) slide processing lab is installed on the premises.

8


L.L. Lozeau fait l'acquisition du premier laboratoire HD au Canada. La même année, une page d’histoire se tourne quand l’entreprise dévoile sa nouvelle image de marque: Lozeau, l'expérience photo vidéo. Elle organise également le 1er Salon de la photo et de la vidéo à Montréal. De plus, c’est en 2009 que s’amorce officiellement le passage du flambeau de la 2e à la 3e génération. L.L. Lozeau acquires the first HD laboratory in Canada, and the unveiling of the company’s new corporate image marks a new chapter in its history : Lozeau, l'expérience photo vidéo. The same year, Lozeau organizes the very first Salon de la photo et de la vidéo, in Montreal, and the torch is passed from the second to the third generation of Lozeaus.

En avril 2008, les portes du commerce électronique s'ouvrent pour les consommateurs  : Lozeau.com devient un site transactionnel. The doors of the online store, Lozeau.com, open in April.

L.L. Lozeau s'installe dans une nouvelle bâtisse et devient la plus grande surface de vente de produits photographiques au Québec. L.L. Lozeau moves to a new building, thereby becoming the province's largest retail outlet for photography supplies.

Le service d'impression E-mage fait son apparition sur le site Internet du magasin. Il offre la possibilité d'utiliser le laboratoire professionnel de L.L. Lozeau pour l'impression de photos à partir d'un ordinateur personnel. The E-mage printing service makes its appearance on the company’s website, offering customers virtual access to its professional laboratory for printing photos from their PC.

Aujourd'hui, après plus de 86 années de service, Lozeau est le leader québécois de la photo et de la vidéo. L'entreprise familiale s'est taillée une renommée incontestée pour la qualité de ses services et de son expertise technique. Depuis 1927, elle se fait un devoir d'anticiper les besoins de ses clients et de demeurer à la fine pointe des technologies. En septembre 2013, une nouvelle division vidéo professionnelle a d’ailleurs vu le jour, offrant un choix de produits encore plus diversifié et faisant de Lozeau le plus grand magasin photo-vidéo au Canada. Bien sûr, le succès de la boutique repose en grande partie sur la compétence de son personnel : son équipe de près de 200 passionnés contribue à faire de Lozeau une entreprise unique. Today, more than 86 years later, Lozeau continues to lead Quebec’s photo and video industry. This family business has built a solid reputation for its quality of service and technical expertise. Since 1927, it has strived to anticipate the needs of its customers and remain on the cutting edge of imaging technology. September 2013 saw the launch of a new professional video division that offers an even wider choice of products, making Lozeau the largest photo and video store in Canada. Naturally, the company’s success is attributable in large part to the competence of its staff : A team of some 200 individuals who share our passion contribute daily to making Lozeau truly unique.

La compagnie reçoit le trophée Mercure dans la catégorie « Service à la clientèle », une distinction remise par la Chambre de commerce du Québec lors des Mercuriades. At the Fédération des Chambres de commerce du Québec gala, the company is honoured with the Mercure award for customer service.

9


10

ENTREPRISES › BUSINESSES

695 m › 669 w 4p

HOMEGROWN BUSINESSES

Dans les milieux de la photographie et de la vidéo, des entreprises québécoises créatives tirent leur épingle du jeu et traversent les frontières. Coup d’œil sur 3 d’entre elles. Creative companies are thriving in Quebec’s photo and video industry. Here’s a quick look at three of them.


11

1- IFLOW Une nouvelle entreprise québécoise a fait son entrée sur le marché des accessoires photo-vidéo : IFLOW a inventé un dolly (chariot) portatif prometteur. C’est lors d’un tournage avec des athlètes de snowboard dans l’Ouest canadien qu'Olivier St-Onge, l'un des

2 fondateurs de l'entreprise, a eu l’idée d’un nouvel accessoire photo-vidéo. Restreint dans son tournage par des conditions rigoureuses, il imagine alors un dolly (chariot) portatif qui permettrait de stabiliser tous ses mouvements vidéo filmés hors-piste avec son appareil reflex et son téléphone intelligent. « Les appareils sont de plus en plus compacts, mais le matériel professionnel est parfois inadéquat », explique le passionné de l’image. « Beaucoup d’accessoires sont encore trop lourds, encombrants, ou trop chers, ce qui limite les tournages éloignés, spontanés ou en solo. » De retour au Québec, le jeune entrepreneur s'est associé à Richard Mourand et, avec l’aide d’une équipe d’ingénieurs, ils ont créé le IFLOW. L’accessoire a vu le jour grâce à une campagne de financement participatif sur le site Internet Kickstarter. Via le web, le produit a déjà été vendu dans près d’une cinquantaine de pays, avant même son lancement officiel qui aura lieu début 2014.

IFLOW Poid : 1 kg — Grandeur : 20 x 10 x 10cm. Le IFLOW est muni de 6 roues — 4 en périphérie et 2 au centre et se distingue par son mécanisme de pince universelle qui permet de s'adapter à différentes surfaces, comme des rampes d’escaliers. Il peut également être utilisé sur une surface plane. Weight : 1 kg — Dimensions: 20 x 10 x 10 cm. The IFLOW is equipped with 6 wheels — 4 around the edges and 2 in the centre set apart by its universal clip mechanism, which enables it to be attached to various surfaces, including handrails. It can also be used on flat surfaces.

1- IFLOW A newcomer to the photo and video accessories scene, IFLOW is the creator and marketer of a portable dolly that is showing a great deal of promise. It was while shooting snowboarders in Western Canada that Olivier St-Onge, one of the 2 founders of IFLOW, came up with the idea for a new photo-video accessory. Having his shoot restricted by harsh conditions, he imagined a portable dolly that would help stabilize his movements while shooting video off-trail with his reflex camera and smart phone. “ Cameras are getting smaller and smaller, but professional equipment is sometimes inadequate, ” says St-Onge. “ Many accessories are too heavy, too cumbersome or too expensive, thereby restricting long-distance, spontaneous or solo shoots. ” Once back home in Quebec, the young entrepreneur partnered with Richard Mourand and, with the help of a team of engineers, they created IFLOW. The product owes its existence to a crowdfunding campaign held on Kickstarter. Online sales of the iFlow have spanned nearly 50 countries, even before its official launch, planned for 2014.

2- PLASTICASE Over the last 25 years, Plasticase has manufactured millions of plastic cases for distribution on all seven continents. But it was in 2008 that the company, founded by Jean-Pierre Grenier, truly made its mark on the photo and video industry by introducing its NANUK line.


12

2- PLASTICASE Au cours des 25 dernières années, Plasticase a fabriqué des millions de mallettes en plastique qui sont distribuées sur tous les continents. Mais c’est en 2008 que la compagnie fondée par JeanPierre Grenier s’est véritablement fait connaître dans le milieu de la photo et de la vidéo, alors qu’elle met sur le marché la gamme NANUK. Conçues pour transporter de l’équipement fragile dans les conditions les plus extrêmes, ces mallettes protectrices sont fabriquées selon des normes militaires strictes dans une résine spécialement conçue pour être résistante. Elles ont aussi l’avantage d’être légères et étanches. Les chiffres de vente des mallettes NANUK sont en augmentation de 25 % cette année par rapport à 2012, et ils représentent aujourd’hui plus de 50 % des ventes de Plasticase. « On a commencé NANUK avec 4 modèles il y a 5 ans. Aujourd’hui, on en a 11 et on est en train d’en développer 4 autres », explique Sandra Beatriz, directrice de comptes pour la compagnie.

3- SHAPE WLB D’un atelier de fortune dans le sous-sol de leur maison, Mylène Girard et son conjoint Charles Vallières, sont aujourd’hui passés à la tête d’une compagnie qui a le vent dans les voiles. En 7 ans, SHAPE WLB est non seulement devenu le plus important fabricant de matériel cinématographique au Canada, mais aussi une entreprise de renommée mondiale. Au départ, rien ne laissait présager un tel succès. « L’entreprise est née un peu par accident », explique Charles Vallières, vice-président. « Je travaillais en cinéma et Mylène aussi. On m’a demandé de fabriquer certaines pièces d’équipement pour l’aider dans son travail d’assistante à la caméra sur les plateaux. » Le tout premier prototype de support à caméra est donc conçu en 2003, à la demande du cinéaste Jean-Claude Labrecque. D'autres commandes ont aussitôt suivi.

Designed for transporting fragile equipment in the most severe conditions, these protective cases are made with a new type of highly resistant resin and meet strict military standards. They also have the benefit of being lightweight and watertight. Sales of NANUK cases this year have increased by 25 % over last year and now account for more than 50 % of Plasticase’s sales. “ We launched NANUK five years ago, with four models. Today there are eleven, and four more in development, ” notes Sandra Beatriz, an account manager at the company.

3- SHAPE Mylène Girard and her husband, Charles Vallières, have gone from working out of a makeshift studio in their basement to running a flourishing business. In 7 years, SHAPE WLB has become Canada’s largest manufacturer of filmmaking equipment and has earned itself a world-class reputation. Early on, there was nothing to suggest that they would achieve this level of success. “ The company got started a bit by accident, ” Vallières, the company’s vice-president, explains. “ Mylène and I were both working in film. I was asked to manufacture certain pieces of equipment to help her in her work as assistant camera operator on film sets. ” The first prototype of a camera support was designed in 2003, at the request of filmmaker Jean-Claude Labrecque. After that, the orders started flowing in.


13

6229.CA — 2013 › 2014

Depuis, SHAPE WLB a mis au point 7 gammes de produits et une quarantaine d’accessoires, destinés autant aux amateurs qu’aux professionnels. Leur invention vedette demeure les supports-épaule, qui disposent d’une technologie brevetée unique au monde : un mécanisme à rosette qui permet une rotation des poignées sur un axe de 360°. « C’est un bouton poussoir rouge placé sur plusieurs de nos produits. C’est ce qui fait la renommée de SHAPE à l’international », assure Charles Vallières.

Since then, SHAPE has developed 7 product lines and some 40 accessories aimed at amateurs and professionals alike. Their star products remain the shoulder supports, which integrate a patented technology: a swivel mechanism that enables handles to be rotated 360°. “ It's a red push-button mechanism installed on many of our products. It’s what earned us international recognition, ” Vallières notes.

100 % QUÉBÉCOIS

The parts are all made in Quebec, which is a plus, he says. “ Thanks to Quebec industries specializing in machining and aerospace, we have access to high-quality parts at very competitive prices, ” says Vallières, who works with the same suppliers as Bombardier. SHAPE is also preparing to move some of its production to its new warehouse, in St-Hubert. “ Our need for parts was increasing year after year, so we decided to get more involved in the manufacturing aspect, ” he explains, noting that SHAPE’s sales have been doubling year over year.

Les pièces sont fabriquées au Québec, « un atout » selon l’entrepreneur. «  À cause des industries québécoises spécialisées en usinage et en aéronautique, nous avons une super qualité de pièces à des prix très compétitifs », souligne celui qui travaille avec les mêmes sous-traitants que Bombardier. SHAPE se prépare à concevoir une partie de sa production dans sa nouvelle usine de Saint-Hubert. « Chaque année, le volume de pièces à produire est de plus en plus élevé. On a donc décidé de s’impliquer davantage dans la fabrication », explique Charles Vallières, précisant que chaque année, SHAPE double ses ventes par rapport à la précédente. DÉCOUVREZ-EN PLUS : VISIONNEZ LA VIDÉO DE L’ENTREVUE DISCOVER MORE : WATCH THE VIDEO OF THE INTERVIEW 6229.CA

100 % QUEBEC-MADE


Merci aux membres du jury : Paul Fortier (directeur de la Société de promotion de la photographie du Québec), François Desrosiers (directeur des ateliers chez Lozeau), Arnaud Granata (vice-président, directeur des contenus des Éditions Infopresse), Patrick Lavoie (retoucheur photo professionnel), Daniel Osborne (maître photographe émérite), Martin Benoît (enseignant en photographie au Cégep du Vieux Montréal) et Jacques Boissinot (photojournaliste).

Félicitations à tous !

es milliers d’amateurs et de professionnels ont participé au concours Le talent de chez nous, une initiative de Lozeau. Promouvoir et stimuler la photographie québécoise est essentiel, donc merci à chacun d’entre vous d’y avoir contribué ! Le rire d’un enfant, l’esquisse d’un sourire, un paysage époustouflant, une fête entre amis, un saut en skate, un animal farouche : vos photos nous ont inspirés. Pour faire honneur à votre talent, 6229 a décidé de publier les clichés gagnants des 6 catégories. Les juges — tous des professionnels de l’industrie — ont sélectionné les photos s’étant le plus distinguées par leur originalité et leurs qualités techniques. Le Coup de coeur du jury va à la photo de Claudia Potvin, qui s’est méritée une carte-cadeau Lozeau de 2 000 $. Les lauréats de chacune des catégories ont reçu une carte-cadeau de 500 $.

Les photos gagnantes publiées Winning photos published

A big thank-you to the judges : Paul Fortier (director of the Société de promotion de la photographie du Québec), Francois Desrosiers (director of the workshops at Lozeau), Arnaud Granata (vice-president, director of content for Édition Infopresse), Patrick Lavoie (professional photo retoucher), Daniel Osborne (master photographer), Martin Benoît (photography teacher at Cégep du Vieux Montréal) and Jacques Boissinot (photojournalist).

Congratulations to one and all !

housands of amateurs and professionals took part in Lozeau’s Le talent de chez nous contest. Promoting and stimulating photography in Québec is essential, so thanks to everyone who contributed ! A child’s laugh, a trace of a smile, a breathtaking landscape, a celebration among friends, a skateboard jump, a wild animal : Your photos inspired us. To salute your talent, 6229 has decided to publish the shots of winners in 6 categories. The judges — all industry professionals — selected the photos that stood out for their originality and technique. The jury’s Favourite is Claudia Potvin’s picture ; she has earned a Lozeau gift card worth $ 2,000. Winners in each of the other categories received a $ 500 gift card.

LE TALENT DE CHEZ NOUS 6g>6w 1 gg > 1 bw 8p

www.letalentdecheznous.ca

CONCOURS > CONTEST

14


Canon EOS rebel G Canon 85 mm f/1.8 f/1.8 85 mm 400 ISO 1/100s —

Jules

CLAUDIA POTVIN

2013 Coup de cœur du jury Jury’s Favorite 2013

PORTRAIT

Gagnant > Winner


Nikon D700 24-70 mm f/3.5 27 mm 250 ISO 1/3200s —

Rose

CHANTAL LEVESQUE

MOUVEMENT MOVEMENT

Gagnant > Winner


Nikon D7000 Nikkor 17-55 f/2.8 f/5.6 55 mm 400 ISO 1/250s —

Mon petit coin de lecture

LUC GAGNON

STYLE DE VIE LIFE-STYLE

Gagnant > Winner


Nikon D200 Nikkor 18-200mm f/3.5-5.6 VR f/5.6 170 mm 100 ISO 1/30s —

Moments tendres chez les Langurs

CLAUDE LAFLEUR

ANIMAUX ANIMALS

Gagnant > Winner


Canon PowerShot G1 X 15, 1-60, 4 mm f/5.6 15,1 mm 200 ISO 1/30s —

Beans and rice

RENAUD GRANDA

URBAIN URBAN

Gagnant > Winner


Nikon D600 Nikon 70-200mm VR II f/2.8 f/4.5 200 mm 100 ISO 1/1250s —

Baleine vs vaisseau fantôme...

ÉRIC GAGNON

PAYSAGE LANDSCAPE

Gagnant > Winner


Boîtier tropicalisé avec 92 joints de protection Capteur CMOS 24 MP stabilisé sans filtre passe-bas Fonction avancée anti-moiré Nouveau capteur de lumière RVB 86 000 pixels Cadence rafale de 8,3 images/sec Vidéo HD 1080p et outils créatifs Garantie Canadienne exclusive de 2 ans (boîtier et objectifs) ricoh-imaging.ca


22

TEXTE › WORDS EMILIE NAULT-SIMARD PHOTOS OLI CROTEAU

PORTFOLIO

www.olicroteau.com

OLI

CROTEAU Photographe de snowboard Snowboarding photographer

Quand il a commencé, Oli Croteau ne savait pas où ses photos des pros de snowboard allaient le mener. Dix ans plus tard, il vit son rêve : ses clichés ont été publiés à travers le monde, il a collaboré avec des compagnies comme Red Bull et Billabong et fait actuellement partie de l’équipe de photographes seniors du magazine canadien King Snow. 6229 a profité de l’été pour l’attraper chez lui, près de Trois-Rivières, et lui poser quelques questions. When he started out, Oli Croteau didn’t know where his pictures of professional snowboarders would lead. Ten years later, he is living his dream : his photos have been published around the world, he has worked with companies like Red Bull and Billabong, and he is one of the senior photographers for the Canadian magazine King Snow. 6229 caught up with him this offseason at his home near Trois-Rivières.

800 m › 793 w 6p


24

« Il faut que tu aies une énorme confiance envers l'athlète, et lui doit avoir confiance en toi. » “ You have to have tremendous trust in the rider and vice versa. ”

D’où est venue l’idée de faire carrière dans ce domaine ? J’étais moi-même rider de snow et de skate (planchiste), mais à un moment, je savais que je ne percerais pas plus. Comme j’étais attiré par l’image, j’ai décidé d’étudier en photographie. J’avais un but précis : devenir photographe de snowboard. Et c’est ce que je suis devenu. Percer au niveau international, ç’a été difficile ? La renommée internationale ne vient pas du jour au lendemain. J’ai commencé à shooter à Montréal avec certains riders. J’ai rencontré des gars qui m’en ont fait rencontrer d’autres, et ainsi de suite. Ça m’a amené un peu partout. J’envoyais des photos en Europe, et après aux États-Unis, puis au Japon. Le fait d’avoir mon nom dans les magazines m’a aidé à grimper les échelons. Ça s’est fait avec le temps, de manière naturelle, et j’ai connu d’autres choses, dont la photo de presse. Maintenant, je fais de la photo de snowboard à temps plein l’hiver, et, durant l’été, je fais de la pige pour les agences de presse. Est-ce un monde fermé, la photographie de snowboard ? C’est certain que c’est un petit monde et que c’est difficile de percer dans ce milieu-là, mais on est tous des bons chums et on essaie de s’entraider. On se jase de l’industrie pour évoluer dans le même sens et ne pas se marcher sur les pieds. En quoi tes photos se distinguent-elles des autres ? Nous, les photographes de snowboard, on est habitué de cadrer large pour voir l’environnement et ce qui se passe autour du sujet. On a été habitué de jouer avec des grands angles et des fisheyes (œil de poisson). Ça donne un autre côté du sport. C’est différent des photographes de presse, par exemple, qui ont plus tendance à se rapprocher de leur sujet. Les 2 styles sont autant valables. C’est risqué, parfois, ce métier ? Je me suis fait « sauter » dessus l’année passée par Nick Sauver. Ces choses-là peuvent arriver. Souvent tu shootes au fisheye, donc tu es proche de ton sujet, à 2-3 pieds (60-90 cm). Il faut que tu aies une énorme confiance envers l'athlète, et lui doit avoir confiance en toi.

Where did you get the idea to make a career in this field ? I was a snowboarder and a skateboarder, but at a certain point, I knew I wasn’t going any further. Since I was attracted to images, I decided to study photography. I had a specific goal : to become a snowboarding photographer. So that’s what I did. Was making it internationally difficult ? You don’t build an international reputation overnight. I started taking pictures of certain riders in Montreal. I met guys who introduced me to others guys, and so on. That led me to many different places. I sent photos to Europe, and afterward to the United States and then to Japan. Having my name in magazines helped me climb the ranks. It developed over time, naturally, and I tried other things, including photojournalism. Now I shoot snowboarding full-time in the winter, and in the summer I freelance for news agencies. Is snowboarding photography a closed world ? It’s definitely a small world, and it’s a hard world to break into, but we’re all buds and we try to help each other out. We talk about the industry so we can grow in the same direction and not step on each other’s toes. How are your photos different from others ? Snowboarding photographers are used to framing wide to see the surroundings and what is going on around the subject. We’re used to playing with wide angles and fisheyes. It shows another side of the sport. It’s different from photojournalists, for example, who tend to get closer to their subject. Both styles are equally valid. Can the job be risky ? I got “ jumped ” on last year by Nick Sauver. These things can happen. Often you shoot fisheye, so you are close to your subject, 2 to 3 feet (60-90 cm) away. You have to have tremendous trust in the rider and vice versa.


90 mm, f/6.3, 1/2000s, iso 50. portrait

setting, oli croteau lit the tree in the background.

évidence, oli croteau a éclairé l’arbre à l’arrière plan. techinique : n/a. canadian scott brown in action. to highlight the

of quebecer alex cantin for snowboard canada magazine. d/r : le canadien scott brown en action. pour mettre le décor en

g/l : portrait du québécois alex cantin pour le magazine snowboard canada. technique:

135 mm, f/4, 1/60s, iso 400. jason robinson performing a japan air in quebec city. the wide framework allows

us to fully understand the context.

technique:

jason robinson effectue un japan air en pleine ville, à québec. le cadrage très large permet de bien comprendre le contexte.

25


« j'ai choisi de me placer sous le sujet pour donner un effet de hauteur. cet angle me permettait de fournir plus d’informations, par exemple la main sur la 15 mm, f/ 4.5, 1/1200 s, iso 100. photo of the athlete lnp who performs handplant transfer, published in transworld magazine. “ i chose to put myself under the

subject to give the effect of height. this angle allowed me to provide more information, for example the hand on the fence and the distance from the telephone pole, ” said oli croteau.

clôture et la distance à franchir jusqu’au poteau », explique oli croteau. technique :

photo de l’athlète lnp qui exécute un handplant transfer, parue dans le magazine transworld.

26


27

6229.CA — 2013 › 2014

Est-ce essentiel de bien connaître la discipline pour faire de bonnes photos ? C’est certain que ça aide. Comme pour le hockey ou le soccer, plus tu connais le sport, plus tu es capable d’anticiper ce qui va arriver. Tu es plus alerte. Tout se passe tellement vite, c’est vraiment une question de fractions de seconde. La meilleure partie du travail ? L’inconnu. Tu ne peux pas prévoir ce qui va se passer durant un shooting. Puis, quelque chose te saute aux yeux, tu prends l’image et tu te dis : « Have got the shot » (J’ai une bonne photo) (rire). J’aime aussi l’adrénaline, le défi d’aller chercher la bonne photo au bon moment. Le rider ne refera pas 2 fois la même chose.

Do you have to understand the sport to take good photos? It certainly helps. It’s like with hockey or soccer : The more you know the sport, the better you can anticipate what’s going to happen. You’re more alert. Everything happens so fast, it’s really a matter of fractions of a second. The best part of the job ? The unknown. You never know what’s going to happen during a shoot. Then something jumps out at you, you take the picture and you say “ I’ve got the shot ” [laughs]. I also like the adrenaline, the challenge of getting the right picture at the right time. The rider won’t do the same thing twice.

EN RAFALE

Best photo : There isn’t one. You could take the best photo today, but tomorrow someone could take a better one. Successful photo : One that speaks for itself. When you look at it, you feel what is happening and you know what’s involved. Greatest recognition : Every picture published is the greatest recognition I could receive. Favourite camera : Canon 5D Mark III and Mark II. Particular ritual : When I’m driving my truck to the event site, I try to imagine the shoot, to visualize what it will be like. Obsession : Getting THE photo that will get talked about. If you weren’t a photographer, you would be : Nothing [laughs]. But since building my house, I think I’d work in construction.

RAPID FIRE

Meilleure photo : Elle n’existe pas. Tu pourrais faire la meilleure photo aujourd’hui, mais demain quelqu’un en ferait une meilleure. Photo réussie : Celle qui va parler par elle-même. En la regardant, tu ressens ce qui s’y passe et tu sais ce que ça implique. Plus grande reconnaissance : Chaque photo publiée est la reconnaissance la plus complète qu’on puisse m’offrir. Caméra préférée : Canon 5D Mark III et Mark II. Rituel particulier : Le moment où je conduis mon camion avant d’arriver au lieu d’un événement. J’essaie d’imaginer le shooting, de visualiser ce que ça va être. Obsession : Avoir LA photo qui va faire parler d’elle. Si tu n’étais pas photographe, tu serais : Rien (rire). Mais depuis que j’ai bâti ma maison, je crois que je travaillerais dans la construction.

Top 5 des inspirations d'Oli Croteau « Plus on regarde des photos, plus on emmagasine des images, meilleures sont nos idées. » Oli Croteau's inspirations “ The more we look at pictures, the more images we store, the better are our ideas. ” Photo de sport › Sport photography www.sportsshooter.com Éclairage › Lighting  www.strobist.blogspot.ca Photographes > Photographers blog.vincentlaforet.com www.chasejarvis.com www.ianruhter.tumblr.com

DÉCOUVREZ-EN PLUS : VISIONNEZ LA VIDÉO DE L’ENTREVUE DISCOVER MORE : WATCH THE VIDEO OF THE INTERVIEW 6229.CA


28

LES INCONTOURNABLES › GEAR YOU NEED 2 1

6

5

4

3

Les incontournables en sport Gear you need : sports


6229.CA — 2013 › 2014

7

« Gardez vos batteries au chaud ! » “Keep your batteries warm ! ”

— ÉRIC THIBAULT, EXPERT LOZEAU —

8

ÉQUIPEMENT 1- Monopied Sirui P326

P326 Sirui Monopod Tête à basculement Manfrotto 234RC Manfrotto 234RC Tilt head 2- Sigma 120-400mm f/4.5-5.6

9

3- Courroie Black Rapid Sport

Sport Black Rapid Strap 4- Canon 600mm f/4.0 5- Canon 1D-X

Canon 300mm f/2.8 6- Flash Canon EX 600 RT

EX 600RT Canon Flash 7- Panasonic TS5 8- Olympus OM-D E-M5

et objectif 75mm f/1.8 Olympus OM-D E-M5 with 75mm f/1.8 lens 9- Sac Lowepro Photo sport Pro 30L AW

Photo sport Pro 30L AW Lowepro bag


32

RÉCIT › STORY

TEXTE › WORDS VALÉRIAN MAZATAUD PHOTOS VALÉRIAN MAZATAUD — WWW.FOCUSZERO.COM


33

Un photoreportage en Jordanie Photojournalism in Jordan

Pour moi, être photographe, c'est être reporter. Lorsque j'ai quitté mon emploi d’éducateur scientifique pour devenir photojournaliste, je me suis envolé pour la Cisjordanie, au cœur du conflit israélo-palestinien. Trois mois plus tard, j'étais en Haïti, peu après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. En quelques années, j'ai réalisé une dizaine de reportages aux 4 coins de la planète. Certes, je ne roule pas sur l'or, mais je ne changerais de boulot pour rien au monde. For me, being a photographer means being a reporter. When I left my job as a scientific edicator to become a photojournalist, I flew off to the West Bank, the heart of the IsraeliPalestinian conflict. Three months later, I was in Haiti, just after the earthquake of January 12, 2010. In a few years, I have covered some 10 stories from the four corners of the planet. And while I’m not exactly rolling in it, I wouldn’t trade my job for the world.

1 300 m › 1 275 w 5p


34

ctobre 2012. Dans une maison d'un quartier populaire d'Amman, en Jordanie, Amina me détaille les souffrances de cette famille, des réfugiés syriens. Dans un coin de la pièce, il y a ce bébé, paralysé. À ma gauche, son père, dont le bras a été transpercé par une balle. Devant moi, il y a Heba, 4 ans, « qui perd ses cheveux par touffes entières » et pleure quand elle entend un avion. Ce que me raconte ma traductrice ne me touche plus. Depuis un mois, je me noie dans les récits d’horreur. « Un de plus », me dis-je cyniquement. Heureusement, il me reste la photo. Je prends 45 clichés d’Heba alors qu'elle se déguise, saute partout puis s'enroule dans son voile de prière. Pourtant, je sais que ces images ont peu de chance d'être publiées pour l'instant : elles ne cadrent pas vraiment avec ce qu’on m’a commandé au Québec.

PRÉPARATIFS Un mois plus tôt, à Montréal, l'envie de partir était devenue trop forte. Mes derniers reportages dataient de presque un an. Je voulais maintenant aller en Syrie, mais pas pour y faire comme les autres et me retrouver bloqué dans une zone de guerre. Je voulais qu'on se penche plus sur la situation des réfugiés syriens, et pas seulement ceux exilés en Turquie. La Jordanie me semblait une bonne option, et peu de journalistes québécois l’avaient couvert. En tant que photojournaliste pigiste, je dois financer seul mes voyages, et vendre mes idées de reportage avant de partir sur le terrain. Le quotidien La Presse s’intéressait au sort des enfants, le site web du magazine L’actualité à la vie quotidienne dans les camps, et le magazine Jobboom désirait un reportage avec du contenu vidéo sur le travail au noir des réfugiés. En quelques jours, mon budget — estimé à 3 000 $ — était bouclé. Une fois sur place, il serait encore temps d’explorer d'autres pistes. Pour parvenir à réaliser ces reportages, il fallait vite me construire un bon réseau de contacts locaux en écumant Internet, Facebook et les communautés virtuelles de journalistes telles Vulture Club ou Lightstalkers. Même chose du côté des organisations non gouvernementales (ONG) œuvrant avec les réfugiés. J’ai aussi souscris à l’assurance spécialisée de Reporters sans frontières et envoyé un fax au ministère de l’Information jordanien pour obtenir l'autorisation de visiter les camps de réfugiés. Trois semaines plus tard, j'étais fin prêt à m’envoler pour la Jordanie.

all 2012. In a house in a working-class neighbourhood of Amman, Jordan, Amina catalogues the suffering of a family of Syrian refugees. In one corner of the room, there is a baby, paralyzed. On my left, the baby’s father, whose arm was pierced by a bullet. In front of me is 4-year-old Heba, “ whose hair is falling out in large clumps ” and who cries whenever she hears a plane. The things my translator tells me no longer faze me. For the past month, I have been drowning in tales of horror. “ Another one, ” I say to myself, cynically. Luckily, I still have photography. I take 45 shots of Heba as she plays dress-up, jumps about and then rolls herself in her prayer veil. I know that these images are not likely to be published just yet : They don’t really fit with the assignments I was given back home.

PREPARATIONS One month earlier, in Montreal, the desire to set off had grown strong. My last stories dated back almost a year. Now I wanted to go to Syria, but not to follow in the footsteps of other reporters and find myself stuck in a war zone. I wanted people to see the situation of Syrian refugees, and not just those exiled in Turkey. Jordan seemed like a good option, and few Quebec journalists had covered it. As a freelance photojournalist, I have to finance my trips on my own and sell my story ideas before leaving. The daily La Presse was interested in the fate of children, the website of the magazine L’actualité in the dayto-day life in the camps, and Jobboom magazine wanted a story with video on refugees working under the table. In a few days, my budget — an estimated $ 3,000 — was lined up. Once on site, there would still be time to explore other avenues. To produce these stories, I had to throw together a solid network of local contacts, scouring the Internet, Facebook and virtual journalism communities, such as Vulture Club and Lightstalkers. The same thing with the non-governmental organizations (NGOs) working with refugees. All that was left was to get specialized insurance from Reporters Without Borders and send a fax to the Jordanian Ministry of Information to obtain an authorization to visit the refugee camps. Three weeks later, I was ready to fly off to Jordan.


35

« Je savais qu’il faudrait construire mes photos pas à pas, en découvrant les lieux et en gagnant la confiance des gens. »

“ I knew I would have to construct my photos bit by bit, exploring the place and earning people’s trust. ”

ARRIVÉE Je suis débarqué à Amman tard un soir de septembre. Direction l'hôtel Mansour, en plein centre-ville. Pas très propre, mais pour 4 $ la nuit, je ne pouvais pas faire le difficile. Les jours suivants, j’ai dû attendre de recevoir l’indispensable autorisation de visiter les camps. J’en ai profité pour fixer des rendez-vous, explorer de nouvelles idées et acheter un cellulaire local ainsi qu'une clé Internet. Trois jours plus tard, j’étais dans le nord du pays. Les gens de l’ONG Caritas devaient me conduire au camp de réfugiés de Zaatari — de loin le plus important du pays — abritant à ce moment 55 000 personnes. Mais une manifestation déclenchée la veille compliquait les déplacements. Ma visite avec l’ONG était annulée. C’est donc par moi-même que j’ai décidé de me rendre au camp, en taxi. Après avoir montré mon autorisation à chacun des postes de garde, j’ai atteint l'entrée de Zaatari, située en plein désert. Le soleil y était brûlant, l'air sec et poussiéreux. Dans le bureau d'une ONG responsable du camp, on m'a assigné un traducteur. Il se disait très pressé. Je ne pouvais pas prendre de photos, ni parler aux femmes et aux enfants. Peu inquiet, je connaissais la rengaine et j’avais du temps devant moi. Je savais qu’il faudrait construire mes photos pas à pas, en découvrant les lieux et en gagnant la confiance des gens.

Mon matériel en Jordanie « Je pars le moins chargé possible et toujours sac au dos. Cependant, la Jordanie est un petit pays, alors il était facile de rester dans la capitale et de rayonner autour, ce qui m'a permis d'emporter plus d'équipement. » My equipment in Jordan “ I pack as light as possible and always carry a backpack. But Jordan is a small country, so it was easy to use the capital as a base to visit surrounding areas, which made it possible to bring more equipment. ” Boîtiers › Bodies : Canon 5D, Canon 7D, Canon G10 Flash › Flashes : Canon Speedlite 580 EX Lentilles › Lens es: Tamron 24-70 mm f/2.8, Canon 50 mm f/1.4, Canon 35 mm f/2.0 Accessoires › Accessories : Filtre à densité variable Polaroid, microphone SonyECMHGZ1 // Polaroid variable density filter, microphone Sony ECMHGZ1 Ordinateur › Computer : MacBook Pro Logiciels › Software : Photo Mechanic, Adobe Photoshop Lightroom Sac › Bag : Lowerpro Photo Sport AW 200

ARRIVAL I landed in Amman late on a September evening. I headed to the Mansour Hotel downtown. Not very clean, but for $ 4 a night, you can’t be too picky. In the days that followed, I had to wait to receive the requisite authorization to visit the camps. I took the time to make appointments, explore new ideas and buy a local cell phone and Internet key. Three days later, I was in the north of the country to meet the people from the NGO Caritas, who were supposed to drive me to the Zaatari refugee camp, by far the largest in the country, with 55,000 people at that time. But a demonstration had been sparked the night before, complicating travel. My visit with the NGO was cancelled. So I decided to head to the camp on my own, by taxi.


36

6229.CA — 2013 › 2014

After presenting my credentials at each of the security posts, I reached the entrance to Zaatari, located in the middle of the dessert. The sun was blazing, the air dusty and dry. In the office of an NGO that was running the camp, I was assigned a translator. He said he was in a hurry and that I couldn’t take pictures or talk to the women and children. I wasn’t too concerned ; it was a familiar song and dance, and I had time on my hands. I knew I would have to construct my photos, bit by bit, exploring the place and earning people’s trust.

ON SITE

SUR PLACE Deux semaines après avoir mis les pieds dans le camp, je pouvais l’arpenter sans guide. Je connaissais les lieux et l'on m’y reconnaissait. Chaque jour, je m'arrêtais devant une tente, baragouinais quelques mots d'arabe et l'on m’invitait à rentrer. Ces gens qui n'ont rien m'offraient le jus de leurs rations. Je restais là, à prendre des photos. J'essayais de comprendre, de saisir l'important, ce qui pourrait faire ressentir une émotion tout en transmettant une information pertinente. Mes journées de travail frôlaient souvent les 15 heures. Le soir, de retour à l'hôtel, je sauvegardais mes images en double — sur l’ordinateur et sur un disque dur externe —, les classais et en composais les légendes. Je m’interrogeais sur ce qui manquait à mon reportage et tentait de déterminer quelles images fonctionnaient mieux que les autres. Peu à peu, une logique visuelle cohérente s’est dessinée pour chacun des reportages, avec un type de cadrage, une lumière particulière… Quelques mois plus tard, de retour au pays et payé par tous mes clients, il me restait à peine 2 500 $ dans mes poches. Mais peu importe. La photographie, pour moi, c'est avant tout une passion : partager ma vision du monde et tenter de témoigner de la détresse au-delà des clichés, comme pour l’image de la petite Heba. Pour chaque reportage photo, le défi reste le même : rendre compte de la réalité au plus près, tout en étant capable de proposer un point de vue, un éclairage qui aidera le lecteur à mieux la comprendre.

Two weeks after setting foot in the camp, I could navigate it unguided. I knew the place and people recognized me. Every day, I would stop in front of a tent, butcher a few words of Arabic, and I would be invited to come in. People who had nothing offered me the juice from their rations. I stayed, taking pictures. I tried to understand, to capture what was important, what could stir up an emotion while conveying the essential information. My workdays often verged on 15 hours. Evenings, back at the hotel, I would save two copies of my images, one on the computer and one on the external hard drive, categorize them and create captions for them. I would ask myself what was missing from my story and try to figure out which images would work better than others. Little by little, a coherent visual logic emerged for each of the stories, a sort of composition, a particular light… A few months later, back in Canada and paid by all of my customers, I had barely $2,500 in my pockets. No matter. For me, photography is first and foremost a passion : sharing my vision of the world and trying to convey the distress beyond the photos, like the picture of little Heba. For each photo report, the challenge is the same: providing an up-close-and-personal account of reality, while offering a point of view and shining a light that will help the reader understand.

Qui est Valérian Mazataud ? Photographe basé à Montréal, je travaille principalement avec des médias québécois comme Le Devoir, La Presse, ou L’actualité. Je m’intéresse aux problématiques liées à la justice sociale, aux minorités et aux droits humains. En 2011, j'ai remporté le prix Antoine-Desilets de la relève en photo de presse. Who is Valérian Mazataud ? As a Montreal-based photographer, I work mainly with Quebec media outlets such as Le Devoir, La Presse, and L’actualité. I am interested in issues of social justice, minorities and human rights. In 2011, I won the Antoine-Desilets Award for emerging photographers.


Leader mondial pour les solutions de mémoire fiables primées.

Que vous preniez des photos, filmiez, regardiez un film sur une tablette ou transfériez et partagiez simplement des fichiers en vue d’un déplacement, les solutions de mémoire Lexar® fournissent la performance et la fiabilité nécessaires pour retirer le maximum de votre appareil numérique.

Une vitesse et des capacités impressionnantes de niveau professionnel Performance rapide professionnelle optimale Carte Pro 32 Go 1000x CompactFlash UDMA 7 • • •

De niveau professionnel, UDMA 7 Capacité de stockage jusqu’à 32 Go Vitesse d’écriture: 1000x (150Mo/s)

Carte Pro 32 Go 600x SDHC UHS-1 • • •

De niveau professionnel, UHS-I Capacité de stockage jusqu’à 32 Go Vitesse de lecture minimum: 600x (90Mo/s)

Transfert de fichiers à très grande vitesse Lecteur de carte pro double USB 3.0 • • •

Vitesse jusqu’à 500Mo/s Design compact et portable Ultime performances haute vitesse


38

2

LES INCONTOURNABLES › GEAR YOU NEED

3

1

4

8

7

6

5

11

10

Les incontournables en voyage Gear you need : travel 12


6229.CA — 2013 › 2014

9

« Un trépied en carbone est plus léger à transporter. » “ A carbon tripod is lighter an easier to carry ! ”

— ALEXANDRE INGLEY, EXPERT LOZEAU —

ÉQUIPEMENT 1 - GoPRo HERO3 Édition Noire

GoPro Hero3 Black Edition 2 - Pentax K-5 II

13

Sigma 10-20mm f/4-5.6 EX DC 3 - Leica X2 4 - Olympus TG-2 iHS 5 - Pentax 35mm f/2.4 AL 6 - Pentax 50mm f/1.8 7 - Filtre B&W Polarisant circulaire

Circular polarizing B&W filter 8 - Filtre B&W : MRC UV

MRC UV B&W filter

14

9 - Trépied Gitzo GT1544T

GT1544T Gitzo Tripod Tête de trépied Gitzo 1780QR 1780QR Gitzo head 10 - Déclencheur Pentax O-RC1

Pentax O-RC remote control 11 - Sony NEX-6 + 16-50mm OSS 12 - Crayon nettoyant Lenspen NLP-1

Lenspen NLP-1 cleaning kit 13 - Sony NXCAM NX70 14 - Trépied et tête Gorilapod

Gorilapod tripod and head


© Daymen Canada Acquisition ULC

Sac photo léger prêt pour l’aventure !

SAC PHOTO SPORT PRO 30L HOUSSE INPERMÉABLE INTÉGRÉE ESPACE POUR BAGAGE

BANDOULIÈRES AJUSTABLES COMPARTIMENT AMOVIBLE POUR APPAREIL PHOTO

SYSTÈME DE SUPPORT RESPIRANT

LOWEPRO.COM


41

TEXTE › WORDS JUAN JOSÉ CEA ESCOBAR − WWW.JUANJOSE.CA VIDÉASTE ET FORMATEUR, VIDEOGRAPHER AND INSTRUCTOR

TECHNIQUES

TOURNER DES IMAGES DE PRO À L’ÉTRANGER 894 m › 816 w 3p

SHOOTING PROFESSIONAL FOOTAGE ABROAD

Suggestion de matériel Suggested equipment

Quand Vincent Laforet a rendu public son court-métrage Rêverie -entièrement tourné en HD avec un appareil photo reflex (EOS 5D MARK II) — en 2009, 2 millions de personnes l’ont visionné sur YouTube en moins d’une semaine. Pionnier du nouveau terrain de jeu qu’offrent de tels appareils, Laforest s’inscrit dans une nouvelle révolution technologique: celle que j’appelle la « révolution des gros capteurs ». When Vincent Laforet published his short film Reverie — shot in HD using only an SLR camera (EOS 5D MARK II) — on YouTube in 2009, 2 million people viewed it in less than a week. Exploiting the new possibilities offered by such cameras, Laforet pioneered a technological revolution — what I call the “ big sensor revolution. ”


42

lors que je découvrait le EOS 5D MARK II, je me suis dit : « Enfin, un appareil qui peut donner une petite profondeur de champ avec un seul capteur jusqu’à 8 fois plus gros que plusieurs utilisés en télé ». Et c'était sans compter la qualité de son rendu dans les basses lumières, et le vaste choix d'objectifs interchangeables permettant un contrôle absolu du cadrage. Dès la sortie de ce nouveau produit, en 2008, les ventes de caméras vidéo traditionnelles ont chuté. Les consommateurs n’avaient d’yeux que pour le fameux 5D MARK II. Puis, sur les blogues, des critiques ont commencé à apparaître, entre autres sur les difficultés à gérer certains aspects d’un tournage avec ces appareils. Le marché des caméras a donc commencé à se diviser entre le segment du cinéma et celui de la vidéo.

DEUX PERCEPTIONS DES REFLEX Les appareils photo reflex (ou DSLR), contrairement aux caméras vidéo, ne permettent pas d’obtenir rapidement toutes les images souhaitées. Il faut changer fréquemment d’objectif, par exemple pour zoomer sur un sujet, et parfois arrêter de filmer pour changer la carte mémoire. D’un autre côté, en cinéma, chaque plan filmé est réfléchi à l’avance et tous les paramètres sont contrôlés : choix de l’objectif, cadrage, etc. De plus, l’équipe de tournage est nombreuse — assistant focus, preneur de son, cadreur, directeur photo, réalisateur, et autres. Pour ces professionnels, les reflex offrent donc des qualités optiques intéressantes à un prix beaucoup moins élevé que bien des caméras vidéo pros. Les avantages d’un reflex peuvent se transformer en faiblesses lors de certains types de tournages pour lesquels il est difficile de prévoir ce qui va se passer devant la caméra, par exemple celui d’un documentaire ou d’un reportage de voyage. Vous risquez alors de manquer des moments importants, d’être hors foyer, ou d’avoir des gigaoctets de son à synchroniser. Pour ces tournages, je conseille une caméra vidéo. Plusieurs modèles se détaillent entre 2 000 $ et 10 000 $ et certaines offrent la possibilité de filmer des images qui correspondent aux standards des chaînes télé (50 Mb/s 4:2:2).

CHOISIR UNE CAMÉRA SEMI-PRO Partir en voyage avec une grosse caméra vidéo professionnelle n’est pas une bonne idée. Le risque de vol est élevé et les assurances coûteuses, surtout pour une caméra de 7 000 $ ou plus. Elle sera encombrante et intimidante pour les sujets, qui pourraient refuser de se faire filmer. D'un autre côté, les petites caméras semipros ressemblent beaucoup à celles destinées au grand public. Elles sont pourvues de la prise balancée XLR, qui permet de brancher des micros professionnels, sauf que le débit de prise de vue ne dépasse généralement pas les 24 ou 28 Mb/s (AVCHD), soit la moitié des standards exigés en télé. Et c’est la même chose pour l'échantillonnage couleur de 4:2:0.

xploring the EOS 5D MARK II, I thought : “ At last, a camera that can give a shallow depth of field with a single sensor, up to 8 times bigger than many used in TV. ” Added to which comes the quality of its performance in low lighting, and the vast range of interchangeable lenses that give absolute control over framing. Once the 5D MARK II was out, in 2008, sales of traditional video cameras plunged. Buyers only had eyes for the new prodigy. But soon negative comments began to appear on blogs, including criticism of the difficulties of managing some aspects of filming using such cameras. The market thus began to split between the cinema and the video segments.

TWO VIEWS OF DSLRS Unlike video cameras, DSLRs do not allow you to obtain all the images you want quickly. You have to change lenses frequently, for example to zoom in to a subject, and sometimes you have to stop shooting to change the memory card. In cinematography, of course, every shot is thought out beforehand, and all parameters are considered: choice of lens, framing, etc. In addition, the film crew is made up of a number of people — focus puller, sound mixer, director of photography, director, and so on. For these professionals, DSLRs offer interesting optical qualities at a much lower price than professional video cameras. But the advantages of a DSLR can turn into shortcomings in certain types of filming, where it is difficult to predict what is going to happen in front of the camera — for example, when shooting a documentary or a travel report. You then risk missing key moments, being out of focus, or having to synchronize gigabytes of sound. For this kind of filming, I recommend a video camera. There are many models retailing at between $ 2,000 and $ 10,000 and some are capable of taking footage that meets the TV channel standards (50 Mbps 4:2:2).


43

6229.CA — 2013 › 2014

« Les consommateurs n'avaient d'yeux que pour le fameux 5D Mark II. » “ Buyers only had eyes for the new prodigy. ”

Si vous faites de la postproduction avancée, ce type de caméras ne conviendra pas, puisque les traitements tels la coloration, la stabilisation, le 3D et autres dégradent l'image à chaque exportation. Tout dépend donc de ce que vous comptez faire de vos images. Pour de simples téléchargements sur Vimeo ou YouTube, ces appareils constituent un bon choix.

CHOISIR UNE CAMÉRA PRO Depuis quelques années, une solution intéressante a fait son apparition sur le marché : la Canon XF100, une caméra vidéo professionnelle adaptée à 100 % aux besoins des voyageurs qui souhaitent tourner des images professionnelles à l’étranger. Compacte et légère, elle offre toutes les options de son et de contrôle manuel. L’enregistrement de fichiers MPEG-2 HD s’effectue sur 2 cartes mémoire Compact Flash (peu couteuses par rapport à d’autres). Le débit de prise de vue de 50 Mb/s et un échantillonnage couleur de 4:2:2 permettent de maintenir la plus haute qualité d'image requise pour de la postproduction avancée ; le tout pour environ 3 000 $. Par contre, le capteur 1/3” de la XF100 n’est pas aussi performant dans les basses lumières que ceux, plus gros, de certains modèles. Finalement, la plupart des documentaires demandent de réaliser des entrevues et de filmer de belles images panoramiques. Grâce à l'économie faite en achetant la caméra XF100, pourquoi ne pas vous munir d’un deuxième appareil, cette fois un reflex ? Vous pourriez l’accompagner d’un objectif fixe ou d’un zoom à ouverture constante, un ensemble qui ne dépassera pas les 2 000 $ ou 2 500 $.

Matériel suggéré > Suggested equipment Pour filmer : Caméra Canon XF100 avec 4 cartes CF 400X de 32 Go et appareil photo Canon EOS 70D avec les objectifs Tamron 17-50mm f/2.8 et 50 mm f/1.4 For filming : Canon XF100 camcorder with four CF 400X cards of at least 32 GB and Canon EOS 70D SLR camera with 17-50mm f/2.8 and 50 mm f/1.4 Tamron lenses. Micros : Rode NTG-2 ou Sennheiser MKE 600 ; pour des entrevues, un ensemble Sennheiser EW122-PG3 avec micro-cravate sans fil. Microphones : The Rode NTG-2 or Sennheiser MKE 600 ; for interviews, a Sennheiser EW122-PG3 kit with wireless tie-clip microphone.

CHOOSING A SEMI-PROFESSIONAL CAMCORDER Travelling with a large professional video camera is not a good idea. It is cumbersome and intimidating for subjects, who may refuse to be filmed. There is a high risk of theft and insurance is expensive, particularly for a camera costing $ 7,000 or more. However, small semi-professional camcorders look a lot like those aimed at the general public. They are equipped with a balanced XLR input, which lets you connect professional microphones. But the bit rate is generally no higher than 24 or 28 Mbps (AVCHD) – only half the quality required for television. The same goes for the 4:2:0 colour sampling. This type of camera will be unsuitable if you do advanced postproduction, because postproduction processing, such as coloration, stabilization, and 3D, degrades the image quality with every export. So it all depends on what you plan to do with your footage. For simple uploads to Vimeo or YouTube, these cameras are a good choice.

CHOOSING A PROFESSIONAL CAMCORDER A few years ago, an attractive solution came onto the market : the Canon XF100, a professional video camera 100% suited to the needs of travellers planning to shoot professional footage abroad. Light and compact, it offers every sound and manual control option. It records in MPEG-2 HD format onto two Compact Flash memory cards (inexpensive in comparison with other types). The 50 Mbps bit rate and 4:2:2 colour sampling provide the higher image quality required for advanced postproduction, all for around $ 3,000. However, the XF100’s 1/3-inch sensor doesn’t perform as well in low lighting as some models with larger sensors. A final thought : Most documentaries involve filming interviews and shooting beautiful panoramas. With the savings you make when purchasing an XF100, why not invest in a second camera, an SLR this time ? You could match it with a fixed lens or a constant aperture zoom and not have to lay out more than $ 2,000 or $ 2,500.

Trépied vidéo : Manfrotto MTV502AM avec tête 701HDV et étui de transport. Video tripod : Manfrotto MTV502AM with 701HDV head and carrying case.

ATELIERS LOZEAU SUR LA VIDÉO > LOZEAU'S VIDEO WORKSHOP

Introduction à la vidéo numérique + Techniques de tournage + Publier votre reportage sur le web + Adobe Premiere Elements : introduction au montage vidéo + Techniques de montage / Introduction to digital video + Shooting techniques + Publishing your report on the web + Adobe Premiere Elements : introduction to video editing + Editing techniques

INFOS : WWW.LOZEAU.COM/FORMATION/ATELIERS/


44

LES INCONTOURNABLES › GEAR YOU NEED

4

1

3

2

« Blackmagic : une caméra 4K en format compact. »

5

“ Blackmagic : a compact 4K camera ! ”

— JEAN MICHEL THERRIEN, EXPERT LOZEAU —

Les incontournables en vidéo professionelle Gear you need : professional video


6229.CA — 2013 › 2014

6

ÉQUIPEMENT 1 - Claquette

Clapperboard 2 - Télésouffleur Listec pour iPhone

7

Listec Teleprompter for iPhone 3 - Canon EOS 7D

Canon 17-40mm f/1.4 Canon XA20 Chariot IFLOW PRO IFLOW PRO Dolly 4 - Viseur Zacuto Z-Finder EVF Pro

Zacuto Z-Finder EVF Pro Viewfinder 5 - Blackmagic Production Camera 4K

Rokinon 24mm T1.5 CINE 6 - Sony PMW-F5

Zeiss 35mm T/2.1 CP.2 Cine Support Shape BP7000 7 - Rokinon 35mm T1.5 CINE


46

LES INCONTOURNABLES › GEAR YOU NEED

1

2

Les incontournables en vidéo professionelle Gear you need : professional video


6229.CA — 2013 › 2014

« Il n'y a plus de limite pour raconter une histoire. » “ There are no longer any limits in telling a story ! ”

— JUAN-JOSÉ CEA ESCOBAR, EXPERT LOZEAU —

3

ÉQUIPEMENT 1 - Canon C300

Canon CN-E 85mm T1.3 L F Rail Cinevate Atlas Cinevate Atlas Slider Tête Manfrotto 501HDV 501HDV Manfrotto head 2 - Canon C500

Canon CN-E 15-47mm T2.8 L SP 3 - Glidecam HD-4000


48

TEXTE › WORDS HELEN FARADJI, CRITIQUE CINÉMA - FILM CRITIC WWW.REVUE24IMAGES.COM

REPORTAGE › REPORT

963 m › 909 w 3p

Directeur de la photographie. Aux oreilles des amateurs d’images, le titre a quelque chose de mythique. Mais rares sont ceux qui peuvent expliquer précisément le rôle qu’il joue sur un plateau de tournage. 6229 a décidé de faire la lumière sur ce métier de l’ombre. Director of photography. The title has a mythical quality to the ears of photo and video buffs. But only a few can explain the role this individual actually plays on a film set. 6229 has decided to shed some light on this behind-the-scenes job.


49

évoué à l’image, le directeur de la photographie la compose. Il détermine l'angle et les mouvements de la caméra, mais aussi les types d'éclairage qui seront utilisés. Sa fonction première consiste, selon Geneviève Perron, à « définir l’aspect plastique des films ». Sauf qu’elle reconnaît aisément que son métier est très peu compris par le grand public.

— © jerry pigeon

Quand vient le temps de préciser le rôle du directeur photo, l’une des principales difficultés est de bien cerner les différences avec celui du photographe. Pourtant, elles sont notables. « À mes yeux, la grande différence, c’est d’intégrer le mouvement à son travail », pense Simon Duhamel, aussi photographe. « Il faut, par exemple, choisir les bons plans de coupe pour qu’avec le mouvement, on puisse aussi raconter une histoire. » L’éclairage choisi par le directeur photo est d’ailleurs influencé par ce mouvement. « Pour une photo fixe, du point de vue de l’éclairage, il y a un seul cadre, alors que pour un film, il faut penser aux déplacements des personnages et de la caméra », explique Geneviève Perron. Cela implique entre autres de veiller à l’équilibre de la lumière dans une séquence d’images. Au-delà de l’image, l’équipement et les méthodes de travail diffèrent grandement, fait remarquer Simon-Pierre Gingras — dit SPG. « L’équipement pour la direction photo est beaucoup plus technique. Il faut que tu sois constamment à jour, parce qu’il y a du nouveau matériel qui sort tous les jours. » « En plus, en photographie, tu travailles tout seul, pour ton one man show », ajoute SPG. « Tu fais la préproduction, la production, la postproduction. En cinéma, en clip, ou en pub, il y a toute une équipe qui est là pour toi, tu travailles en gang, ce qui te donne plus de temps pour faire tes recherches et vraiment te mettre au service des idées des autres. »

Simon-Pierre Gingras — dit SPG — est un photographe et directeur photo polyvalent à qui l’on doit entre autres des vidéoclips de Galaxie, Ariane Moffatt et Radio Radio. > Simon-Pierre Gingras — known as SPG — is a photographer and a versatile cinematographer behind videos for Galaxie, Ariane Moffatt and Radio Radio, among others. www.spgspgspg.com

© simon duhamel —

LE DIRECTEUR PHOTO N’EST PAS UN PHOTOGRAPHE

Simon Duhamel est à la fois photographe, retoucheur et directeur de la photographie. Comme directeur photo, il travaille principalement en publicité pour des clients comme Microsoft, Ubisoft et la Société de transport de Montréal. > Simon Duhamel is a photographer, retoucher and cinematographer. As director of photography, he works mainly in advertising for clients such as Microsoft, Ubisoft and the Société de transport de Montréal. www.simonduhamel.com

s someone dedicated to the image, the cinematographer is a sort of composer. He determines the angle and movements of the camera, but also the types of lighting that will be used. Geneviève Perron sees her role as “ defining the esthetics of the film. ” But she readily admits that her job is still poorly understood by the general public.

THE DIRECTOR OF PHOTOGRAPHY IS NOT A PHOTOGRAPHER In explaining the role of the director of photography, one of the main difficulties lies in distinguishing the DP'S role from the job of photographer. And yet, the differences are significant. “ To my mind, the big difference is integrating movement into your work, ” says Simon Duhamel, also photographer. “ For example, you have to choose the right cutaways so that with the movement, you can also tell a story, ” he adds. The director of photography’s choice of lighting is influenced by this movement. “ For a still photo, from the point of view of lighting, there is only one frame, whereas for film, you have to consider the movement of people and the camera, ” Geneviève Perron says. This means ensuring that the light is balanced in a series of images, for example. Beyond the image, there are also big differences in the equipment and approach, notes Simon-Pierre Gingras, who goes by the name SPG. “ The equipment for photo direction is much more technical. Everything always has to be up to date, because there’s new equipment coming out every day. ” “ Plus, in photography, you work alone. It’s a one-man show, ” SPG continues. “ You do pre-production, production and post production. In film, videos or advertising, there’s an entire team to support you. You work together, which gives you more time to do research and really put yourself at the service of other people’s ideas. ”


50

6229.CA — 2013 › 2014

Leurs pièces d‘équipement fétiches > Their favourite equipment Simon Duhamel : « En photo, je travaille avec les systèmes Profoto DEL et Profoto Studio Air qui permettent de programmer mes lampes à distance. Sinon, j’adore le logiciel d’animation Dragonframe, qui permet d’avoir une image référence pour maîtriser l’alignement avec le live view (visualisation en direct) de la caméra. Récemment j’ai fait un projet équipé d’un appareil 5D et de la nouvelle version de son logiciel interne, très performante, qui m’a permis de faire de la capture vidéo à distance. » Simon Duhamel : “ In photography I work with Profoto DEL and Profoto Studio Air systems, which let me program my lights remotely. Otherwise, I just love the Dragonframe animation software, which gives you a reference image to control the alignment with the camera’s live view. Recently I worked on a project with a 5D camera and the new version of its internal software, which was very high performance and allowed me to do remote video capture ”. SPG : « Des kneepads (genouillères) ! Je ne peux pas m’en passer (rire). Sinon, j’aime beaucoup les vieilles lentilles anamorphiques, notamment les Panavision CG et les Hawk V-Lite. Je capote sur ce look ! » SPG : “ Kneepads ! I can’t live without them [laughs]. Otherwise, I really like the old anamorphic lenses, in particular the Panavision CG and the Hawk V-Lites. I love the look ! ” Geneviève Perron : « Des séries d’objectifs. Dans ma valise d’équipements, c’est ce que je priorise : avoir une optique de très haute qualité. La marque d’objectifs que je préfère, c’est Cooke et leur nouvelle série S-5 ! » Geneviève Perron : “ Series of lenses — that’s what I put in my equipment case first — with very high quality optics. I prefer Cooke lenses and their new S-5 series ! ”

© christian laurence —

TOUS AU SERVICE D’UNE IDÉE Les 3 passionnés de l’image en mouvement considèrent que l’étape la plus importante d’un projet est celle de la préparation, durant laquelle le directeur photo et le réalisateur anticipent ensemble le déroulement du tournage. Cette période peut durer de 2 semaines à 2 mois, en fonction du type de production. « Le contact avec le réalisateur ou le designer avec qui je travaille est essentiel », note Simon Duhamel. « En postproduction, je travaille beaucoup en assemblant d’autres images à celles que j’ai shootées. C’est donc important pour moi de tout décortiquer et de comprendre en amont pour bien envisager les défis techniques à venir. » Selon Geneviève Perron, le choix des lieux de tournage, effectué durant la préparation, compte aussi beaucoup. « C’est très important, parce que les atmosphères du film seront liées aux lieux dans lesquels on va tourner. Par exemple, pour Camion, le réalisateur, le directeur artistique et moi sommes allés à Dégelis et au NouveauBrunswick. J’y ai pris beaucoup de photos, que j’ai ensuite retravaillées avec Photoshop. Ça nous a entre autres aidé à choisir le format pour le film. En fait, pour moi, quand le tournage commence, la majorité du travail est déjà fait ! » Aux yeux de SPG, cette préparation constitue également une singularité du métier de directeur photo. « Comme l’éclairage et le contrôle de la lumière se font vraiment sur le set (plateau), toutes les décisions prises d’avance te sauvent beaucoup de temps. En photographie, tu peux être un peu plus permissif et retravailler ensuite l’image avec Photoshop. En vidéo, ça serait trop long. Ce n’est pas une seule image, mais 24 par seconde ! » Maillon fort de l’équipe créative sur un tournage, le directeur photo ne jouit peut-être pas de la reconnaissance qu’il mérite. Pourtant, comme le dit Simon Duhamel, « c’est souvent au réalisateur qu’on attribue l’image, alors que dans les faits, c’est le directeur photo qui met en images la créativité du réalisateur ».

Geneviève Perron travaille comme directrice de la photographie en fiction et en documentaire, par exemple sur les plateaux des longs-métrages Le journal d’Aurélie Laflamme et Camion. Elle est aussi photographe. Geneviève Perron works as director of photography in fiction and documentary, including such feature films Le journal d’Aurélie Laflamme and Camion. She is also a photographer. www.genevieveperron.com

EVERYONE AT THE SERVICE OF AN IDEA These 3 people with a passion for moving images believe the most important part of a project is the preparation, when the director of photography and the director plan how the shoot will unfold. The preparation phase can last from two weeks to two months, depending on the type of production. “ Contact with the director or the designer I’m working with is essential, ” says Duhamel. “ In post-production, I work a lot at putting other images together with the ones I’ve shot. So it’s important for me to look at things and understand them ahead of time to be able to foresee the technical challenges down the road. ” According to Perron, the choice of shooting locations, made during the preparation phase, counts for a lot as well. “ It’s very important, because the atmosphere of the film depends on the locations we shoot in. For example, for Camion, the director, the artistic director and I went to Dégelis and New Brunswick. I took a lot of photos, which I then reworked with Photoshop. That helped us choose the format for the film. In fact, when shooting starts, most of my work is already done ! ” According to SPG, this preparation is also a peculiarity of being a director of photography. “ Since lighting and lighting control are actually done on the set, all the decisions made ahead of time save you a lot of time. In photography, you can be a bit more lax and then rework the image with Photoshop. In video, it would take too long. It’s not a single image ; it’s 24 images per second ! ” Even though they are key members of the creative team on a set, directors of photography don’t always get their due. As Duhamel points out, “ people often credit the director with the image, when, in fact, it’s the director of photography who puts the director’s creativity into images ”.


51

TECHNIQUES

TEXTE › WORDS OLIVIER ST-ONGE, DIRECTEUR MARKETING CHEZ LOZEAU ET PHOTOGRAPHE, DIRECTOR OF MARKETING AT LOZEAU AND PHOTOGRAPHER.

MAÎTRISER LE BULB RAMPING MASTERING BULB RAMPING 737 m › 699 w 3p

Méthode pour la photographie à intervalle Time-lapse photography

L’un des défis de la photographie à intervalle, ou time-lapse, est de maîtriser la grande variation de luminosité surtout si l’exposition s’étend sur plusieurs heures. Ces derniers sont reconnus pour être les plus difficiles à réaliser, mais leurs rendus sont aussi les plus impressionnants. Voici comment s’y prendre pour les réussir de tels time-lapse grâce à la méthode du Bulb Ramping (terme encore non traduit). Mode d’emploi pour les experts et les curieux. One of the challenges of time-lapse photography is controlling the wide variation in light due to long exposure times. These time lapses, which can span several hours, are hard to get right, but the results are impressive. Here’s how to achieve great results using bulb ramping. It’s a how-to manual for experts and the curious alike.


52

u cours d’une journée, nos yeux font un excellent travail pour s’adapter en douceur aux grandes variations de luminosité. Reproduire ce phénomène avec son appareil photo, lors d’un time-lapses, nécessite de bons réglages (voir image 1). Pour réaliser un time-lapse, vous pouvez configurer votre appareil en mode Automatique, ou ajuster manuellement l’exposition avant chaque temps de pose. Mais selon moi, le Bulb Ramping donne des résultats plus intéressants. Cette méthode permet de modifier progressivement les paramètres d'exposition de votre appareil photo à l’aide d’un intervallomètre afin d’obtenir les ajustements optimaux, autant à l’aube qu’au crépuscule. Vous obtiendrez des transitions lumineuses étonnamment douces, le scintillement (flicker) étant atténué par cette utilisation du mode Bulb. Votre time-lapse pourra ainsi s’étendre du coucher du soleil à la nuit, puis au jour, avec un rendu des plus réalistes.

uring the course of a day, our eyes do an excellent job of gradually adapting to wide variations in light. Recreating this phenomenon with a camera for time-lapses requires proper settings (see image 1). celle avec jour/soir For time-lapse, you can configure your camera in auto mode, or manually adjust the exposure with each exposure time. But I think bulb ramping produces more interesting results. This method allows you to gradually change your camera’s exposure settings using an intervalometer to make the proper adjustments, for example at dawn and at dusk. The result will be incredibly smooth light transitions, with the flicker minimized by the use of bulb mode. Your time lapse can go from sunset to night to day with a highly realistic rendering.

RÉALISER UN BULB RAMPING EN 4 ÉTAPES

BULB RAMPING IN 4 STEPS

1- Sélectionnez le mode Bulb de votre appareil photo Ce mode permet à votre intervallomètre d’avoir un contrôle direct sur les réglages de votre appareil : ouverture, vitesse d’obturation et ISO. Au fur et à mesure du changement de luminosité, il les ajustera entre 2 prises de vue. Ainsi, le temps d’exposition pourra aller au-delà de celui préprogrammé par votre appareil, généralement limité à 30 secondes.

1- Select bulb mode on your camera Bulb mode allows your intervalometer to have direct control over your camera’s settings: aperture, shutter speed and ISO. As the light changes, it will adjust the settings between shots. So exposure time can go beyond your camera’s pre-programmed shutter speeds, generally limited to 30 seconds.

2 - Configurez votre appareil Réglez votre appareil en fonction de la lumière ambiante. Mettez la balance des blancs en mode Automatique ; cela facilitera le calibrage des tonalités lors des variations de luminosité. Notez que l’utilisation d’un filtre de densité neutre vous permettra d’avoir une plus grande ouverture, et ce même en plein jour. Posé sur votre objectif, ce filtre peut vous faire gagner de 1 à 10 crans de diaphragmes.

2 - Configure your camera Adjust your camera to the available light. Set your white balance in auto mode ; this makes it easier to calibrate tones as the light changes. Using a neutral density filter enables a larger aperture, even in the middle of the day. Placing this filter on your lens can give you from 1 to 10 more lens stops. Qu’est-ce qu’un time-lapse ? Un time-lapse est une succession de photos prises à intervalles réguliers, qui, une fois assemblées à l'aide d'un logiciel de montage, permet d'obtenir une vidéo en accéléré. What is time-lapse ? Time-lapse is a series of photos taken at regular intervals that, once assembled using editing software, creates the impression of a high-speed video.


53

6229.CA — 2013 › 2014

To capture the transition from sunset to a starry sky, the camera’s settings could be:

Si vous voulez capturer la transition du coucher de soleil vers un ciel étoilé, les réglages de l'appareil pourraient être: Vitesse : 1/20 s est la vitesse d'obturation rapide la plus fiable possible en mode Bulb. Ouverture: la plus petite ouverture possible. ISO : 100, car votre ISO doit être au plus bas pour avoir la meilleure qualité d’image et le moins de bruit possible. Objectif : Réglez la mise au point de votre objectif en mode manuel et ajustez le foyer à Infini ∞ pour vous assurer d’avoir la plus grande netteté possible.

Speed : 1/20 s is the most reliable fast shutter speed in bulb mode. Aperture : The smallest aperture possible. ISO : 100, or set your ISO as low as possible to get the best image quality, and the least noise. Lens : Focus in manual mode and set the focus to Infinity ∞ to create as much sharpness as possible. 3- Adjust the intervalometer

3- Réglez l’intervallomètre L’intervallomètre va d'abord prendre une mesure de la lumière ambiante avec le posemètre intégré, puis continuer à prendre des mesures ponctuelles et régler l'exposition selon les variations de luminosité. Si vous voulez capturer la transition du coucher de soleil vers un ciel étoilé, les réglages de l'appareil pourraient être : Durée : 3 heures. Intervalle de prise de vue : 20 secondes, mais l’intervalle entre 2 poses est déterminé par la vitesse du sujet photographié. Plus le sujet est rapide, plus l’intervalle sera court, afin de donner l’impression de fluidité, comme pour les nuages. Fréquence de lecture du posemètre : 10 minutes. 4- Réaliser la postproduction de vos images Assemblez d’abord vos images à l’aide d’un logiciel, par exemple Time Lapse Assembler ou Quick Time Pro. Réduisez ensuite ce qui reste de scintillement avec un autre logiciel, par exemple MSU Deflecker ou LR Timelapse. Au moment de choisir la cadence prise de vues, rappelez-vous qu’elle varie entre 24 et 30 images par seconde. Par exemple, pour une vidéo finale de 30 secondes, voici le calcul à effectuer : Time-lapse de 3 h = 180 min = 10 800 s 24 images par seconde x 30 s de vidéo = 720 images 10 800 s / 720 images = 15 s d’intervalle entre chacune

The intervalometer will first measure available light using the integrated light meter, and then take periodic measurements and adjust the exposure based on light variations. To capture the transition from sunset to a starry sky, your camera’s settings could be : Duration : 3 hours. Photo interval : 20 seconds. The interval between two shots is determined by the speed of the subject. The faster the subject, the shorter the interval, to create the impression of fluidity. This works well for clouds, for instance. Light meter reading frequency : 10 minutes. 4- Do the postproduction on your images First, use software to assemble your images, like Time Lapse Assembler or Quick Time Pro. Then reduce the remaining flicker with MSU Deflicker software or LR Timelapse. When choosing the frame rate, remember that it varies between 24 and 30 images per second. For instance, here is the calculation for a 30-second final video : Time-lapse of 3 hr = 180 min = 10,800 s 24 images per second x 30 s of video = 720 images 10,800 s/720 images = 15 s intervals between each one


54

TEXTE › WORDS EMILIE NAULT-SIMARD PHOTOS PATRICK ROCHON

PORTFOLIO

www.patrickrochon.com

PATRICK

ROCHON Peintre-lumière Light Painter

En solo dans son studio de Montréal, à Tokyo pour une campagne publicitaire ou en performance avec des danseurs contemporains : Patrick Rochon repousse sans cesse les limites de son art, le light painting. Ses photographies peintes avec la lumière font le tour du monde et se propagent sur le web. Dernièrement, des millions d’internautes on vu la vidéo de son projet réalisé en collaboration avec des athlètes de wakeboard et Red Bull. Piqué par la curiosité, 6229 est allé rencontrer celui qui s’est baptisé peintre-lumière. Whether working solo in his Montreal studio, in Tokyo for an ad campaign or in performance with contemporary dancers, Patrick Rochon keeps pushing the boundaries of his art : light painting. His photos painted with light travel the world and the Web. Recently, millions of Internet users got to see his video project with Red Bull and wakeboard athletes. Intrigued, 6229 went to meet the man who has dubbed himself a light painter.

949 m › 923 w 6p


5 appareils photo ont été disposés autour du orlando watersports complex, en floride. des nikon d600 et « au milieu de la nuit, on travaillait dans le noir total, disposant de peu de temps avec les lumières allumées sur le wakeboard .» this image took a 5 cameras were positioned around the orlando watersports complex in florida. nikon d 600 and d800e were used. “ we worked in the middle of the night, in the dark, with little time and with lights trained on the wakeboard. ” —

team of a dozen people to create.

d800 e ont été utilisés.

cette image a monopolisé une équipe d’une douzaine de personnes.


56

« C’est quand je m’abandonne complètement que j’obtiens les résultats les plus extraordinaires. » “ It’s when I let go completely that I achieve the most extraordinary results. ”

À quel moment êtes-vous devenu peintre-lumière ? En 1997, je quittais Montréal pour Tokyo. À l’époque, je faisais déjà un peu de light painting et de photographie créative. Puis là, dans l’avion, j’ai eu une révélation. Je me suis dit : « Je suis un peintre-lumière ! » Je n’avais jamais entendu ce terme-là auparavant. On parlait plutôt de photographes qui faisaient du light painting. J’ai réalisé que le light painting était une forme d’art, et que la photographie venait la soutenir. La photo, dans ce cas-ci, est un support, un canevas. On peint dans l’espace, et puis ça s’imprime sur la toile. À partir de ce jour, j’ai complètement arrêté de montrer mes photos traditionnelles. Ç’a été un changement drastique. Prévu pour 2 semaines, votre séjour au pays du soleil levant s’est allongé 10 ans. Quelle influence la culture japonaise a-t-elle eue sur votre travail ? Une influence énorme ! Ç’a été une grande transformation… En fait, le Japon, ç’a été le voyage vers l’intérieur, la prise de contact avec ce qui est subtil à l’intérieur de moi. Être plus reposé et posé parce que les Japonais sont comme ça. À New York, j’ai exploré l’underground, le dark. À Tokyo, c’était plutôt le contact avec la beauté et la subtilité. Ç’a m’a pris de nombreuses années avant d’arriver à faire des choses que les gens considéraient belles, peut-être 5 ans de recherche personnelle et de travail. Quelle est la part d’inconnu qui subsiste quand on peint avec la lumière? À l’école, on apprend à tout contrôler, mais je crois qu’à un moment, il faut transcender le contrôle. Dans le lâcher-prise, il y a une richesse de création. C’est quand je m’abandonne complètement que j’obtiens les résultats les plus extraordinaires. Votre projet TRANSIT s’est fait devant public, en collaboration avec des danseurs. Quelle préparation demande une telle performance ? Comme on n’avait jamais travaillé ensemble, on s’est rencontré avant. On a passé quelques heures à bouger et à développer des idées. On a créé une structure, un genre de carte avec des tableaux et le nombre de photos qu’on allait faire pour chacun. Le soir même, au moment de la performance, il y avait donc une partie structurée et une partie improvisée, et plein d’éléments nouveaux, dont le public et la musique. Le but était aussi de laisser de la place à la spontanéité.

When did you become a light painter ? In 1997, I left Montreal for Tokyo. At the time, I was already doing a little light painting and creative photography. And then I had a revelation during the flight. I said to myself : “ I’m a light painter ! ” I had never heard the term before. People talked instead about photographers who were doing light painting. So I realized that light painting was an art form, and that photography was what supported it. In this instance, the photo is a medium, a canvas. You paint in space, and then it is imprinted on the canvas. From that day on, I stopped showing my traditional photos. It was a dramatic change. You planned to visit the Land of the Rising Sun for two weeks and ended up staying for 10 years. What influence has Japanese culture had on your work ? An enormous influence! It was a major transformation… In fact, Japan was the voyage within myself, getting in touch with all the subtleties of my being. Being more rested and settled, because that’s how the Japanese are. In New York, I explored the underground, the darkness. In Tokyo, it was contact with beauty and subtlety instead. It was years before I managed to do things people found beautiful, maybe five years of personal research and work. What is the element of the unknown when painting with light ? In school, we learn to control everything, but I believe that at a certain point, you have to move beyond control. There is a creative richness in letting go. It’s when I let go completely that I achieve the most extraordinary results. Your TRANSIT project was carried out in front of an audience, in conjunction with dancers. What sort of preparation goes into that sort of performance ? Since we had never worked together before, we met beforehand. We spent a few hours moving and developing ideas. We created a structure, a sort of map with scenes and the number of photos we would do for each one. That evening during the performance, there was a structured portion and an improvised portion, and plenty of new elements, including the audience and music. The goal was also to allow room for spontaneity.


solo avec la lumière. solo with light. b/d : les images de transit ont été crées en spectacle devant un public, en

an audience, in collaboration with the dance company manon fait de la danse.

collaboration avec la troupe manon fait de la danse. the images for transit were created in performance in front of

— h /u :

57


« souvent mon light painting est un jet, un éclat, une expression énergétique. comme dans le kata du light painting, je me laisse bouger par mon ressenti, ma création inconsciente, laissant mon corps guider les mouvements. » “ often, my light painting is a spurt, a flash, an expression of energy. like in the kata of light painting, i let myself be moved by how i feel, my unconscious creation, letting my body guide the movements. ” —

58


59

6229.CA — 2013 › 2014

Parlez-nous de votre nouvelle technique de light painting, le Kata : C’est une idée que j’avais depuis longtemps. Naturellement, en bougeant des épées de lumière dans l’espace, on tombe dans un mélange de danse et d’art martiaux. Le Kata, en light painting, est une forme un peu freestyle, beaucoup plus libre qu’habituellement. On se laisse aller à l’intuition, à l’énergie et à l’émotion du moment. Si on travaille avec de la musique, on peut s’en inspirer pour créer des mouvements. Pour moi, ç’a été une grande victoire que les gens s’intéressent à ce projet et qu’il soit publié sur des blogues, parce que je l’ai fait seul, chez moi, avec ma caméra sur trépied. C’est tout l’opposé du projet de Red Bull, pour lequel on avait une grosse équipe de production. Où en est rendu le light painting au Québec ? C’est encore super jeune ici. J’ai donné beaucoup d’ateliers quand je suis revenu à Montréal il y a 5 ans. Personne ou presque ne faisait du light painting. Maintenant, les gens commencent à en faire beaucoup plus, et à l’utiliser en publicité. C’est le fun de voir que ça se propage, que ça se développe, mais c’est dur de localiser cet art au Québec. On est rendu tellement international, tous connectés grâce à Internet.

Talk to us about your new technique of light painting, the Kata : It’s an idea I’ve had for a long time. Naturally, in moving swords of light through space, you end up with a combination of dance and martial arts. Kata, in light painting, is a somewhat freestyle form, a lot freer than normal. You go with your intuition, the energy and the emotion of the moment. If you work with music, you can draw inspiration from it to create movement. For me, it was a major victory that people were interested in this project and that it was published on blogs, because I did it alone, at home, with my camera on a tripod. It was the exact opposite of the Red Bull project, where we had a large production team. Where is light painting at in Quebec ? It’s still really new here. I gave lots of workshops when I came back to Montreal five years ago. No one, or virtually no one, was doing light painting. Now people are starting to do it more and to use it in advertising. It’s fun to see it catch on and develop, but it’s hard to localize the art in Quebec. We have become so international, all connected through the Internet.

EN RAFALE :

A photo you are particularly proud of : I think in each session of light painting that I’ve published, there has been a victory. The victory of having done something spontaneously and being impressed by the result. If you weren’t a photographer, you would be : In science, absolutely. Preparation : Before a shoot, I spend a lot of time visualizing, sometimes weeks. I immerse myself in my project. Favourite piece of equipment : Even more so than the camera, it’s the computer! I spend a tremendous amount of time communicating with people, sharing, reading and discovering.

Photo dont vous êtes particulièrement fier : Je pense que dans chaque séance de light painting que j’ai publiée il y a une victoire. Celle d’avoir fait quelque chose spontanément et d’être impressionné par le résultat. Si vous n’étiez pas photographe vous seriez : Dans la science. Absolument. Préparation : Avant un shooting, je prends beaucoup de temps à visualiser, parfois des semaines. Je me laisse imprégner par un projet. Pièce d’équipement favorite : Avant même l’appareil photo, c’est l’ordinateur! Je passe énormément de temps à communiquer avec les gens, à partager et à découvrir.

RAPID FIRE :

Top 3 de ses sites Web inspirants > His top 3 inpiring websites 1- www.ted.com 2- www.wired.com 3- www.jungagain.tumblr.com

VISIONNEZ LA VIDÉO DES DERNIERS PROJETS DE PATRICK ROCHON, DONT UN 360° WATCH OUR VIDEO WITH PATRICK ROCHON ABOUT HIS 360° AND ITS RECENT PROJECTS 6229.CA


60

TEXTE › WORDS STÉPHANE VAIRO PHOTOS STÉPHANE VAIRO

OUTILS › TOOLS

L'ATELIER DE PATRICK PATRICK'S WORKSHOP

Le peintre-lumière Patrick Rochon transforme des lampes torches en ingénieux outils qui permettent de créer des photos stupéfiantes. Voici quelques-uns de ses LITEBLADE. The light painter Patrick Rochon transforms flashlights into ingenious tools that enable him to create breathtaking photos. Here are some of his LITEBLADE.


6229.CA — 2013 › 2014

1

LA FABRICATION Des lampes torches puissantes sont munies de simples accessoires, comme des plaques en Altuglas® découpées en formes variées. Cela permet de créer toute une gamme de textures et d’effets lumineux, en éclairage continu ou à intervalles réguliers. Il est possible de se procurer ces accessoires LITEBLADE fabriqués par Oxbolab via www.thelightpaintingshop.com THE “ MAKING OF ” High-powered flashlights are fashioned with simple accessories, such as Altuglas® sheets cut into various shapes. This enables you to create a range of effects and textures, be it with continuous or strobe lighting. These LITEBLADE accessories made by Oxbolab are available at www.thelightpaintingshop.com

1- Lampe munie d'un cône en gélatine vert. Flashlight equipped with a green gel snoot.

2

2- Lampe munie d'une plume. Flashlight with a feather attached to it. 3- Lampe munie d'un filtre gélatine magenta — et jeu avec le mouvement des doigts sur le rayon lumineux pour créer la texture. Flashlight equipped with a magenta gel filter — and fingers moving playfully over the light to create texture. 4- Lampe munie de guirlandes métalliques pour recréer la texture de l’eau. Flashlight fashioned with metallic garland to create a watery texture. 5- Lampe munie de cure-pipes jaunes et orange pour créer l’impression d’une flamme. Flashlight fashioned with yellow and orange pipe cleaners to create the look of flames.

3

4

5


Plein format aux dimensions rĂŠvolutionnaires


Tous les avantages d’un capteur plein format et d’un système à objectifs interchangeables compressés dans un boîtier ultracompact. · Capteur plein format de 24.3 mégapixels · Ultracompact, ultraléger · Vidéo plein HD à 60 ips · Équipé des technologies Wi-Fi et NFC

Tous les avantages du A7 avec un capteur plein format de 36 mégapixels sans filtre optique passe-bas et un boîtier 100% magnésium. · Capteur plein format 36,4 mégapixels · Viseur XGA OLED Tru-Finder, Wi-Fi · Vidéo HD 1080p, écran inclinable 3po · Boîtier en magnésium robuste, 4 ips


64

TEXTE › WORDS EMILIE NAULT-SIMARD PHOTOS JULES LAMARRE

ENTREVUE › INTERVIEW

JULES LAMARRE, CHERCHEUR D’OISEAUX Au nord-ouest de Montréal, Jules Lamarre a trouvé son terrain de jeu favori : la forêt et les marais du parc-nature du Bois-de-l’Île-Bizard. Il connaît les 216 hectares du site comme le fond de sa poche. Presqu’à chaque jour, été comme hiver, il s’y rend avec son appareil photo pour observer ce que la plupart d’entre nous ne voyons pas. Rien n’échappe à ce passionné de nature, surtout pas un oiseau. Il sait où nichent les différentes espèces et quand les petits sortiront du nid. Jules Lamarre’s favourite playground is the forest and marshes of Parc-nature du Boisde-l’Île-Bizard located northwest of Montreal. In fact, he knows the 216-hectare site like the back of his hand. Nearly every day of the year, he goes there, camera in hand, to observe what most of us would fail to notice. Nothing escapes this nature-lover’s attention, especially not a bird. He knows the different species, where they nest and when the fledglings will take their first flight.

438 m › 411 w 2p

— « l’hiver réserve aussi de belles surprises. cette année, j’ai vu la chouette lapone, un oiseau nordique qui vient ici à tous les 6 ou 7 ans. » cette espèce se démarque par sa grande taille, près de 80 cm. “ last winter, i saw a great grey owl, a northern bird that only comes here every 6-7 years to forage. ” this species is characteristically large, measuring over 2.5-ft. tall.

BIRD WATCHER


Matériel > Equipment - Boîtiers > Cameras : Canon 60D et / and Canon G1X - Objectif > Lenses : Sigma 170-500mm f/5-6.3 et Sigma 18-250mm f/3.5-6.3 - Trépied > Tripod : Manfroto 190CL - Tête Jobu junior > Jobu Jr. head

Où trouver des oiseaux à photographier Where to find birds for picture-taking - Refuge faunique Marguerite-D’Youville, à Châteauguay (Montérégie) ; - Parc régional de Beauharnois-Salaberry (Montérégie) ; - Parc national de Plaisance (Outaouais) ; - Parc national des Îles-de-Boucherville (Montérégie) ; - Réserve mondiale de la biosphère du Lac-Saint-Pierre (Lanaudière) ; - Réseau des Parcs-nature de l’île de Montréal ; - Réserve de nationale de faune du cap Tourmente (Charlevoix).

What time of year do you get the best pictures ? For me, it’s in early May, when the birds return from down south. It’s the mating season ; plumage is at its most colourful, and the males are courting the females. Then they nest, and by late May or early June, the little ones hatch. Once, I saw 12 baby Hooded Mergansers leave their nest for the first time, right in front of me. I only had 30 seconds to react and take my shots ! How do you call the birds ? Sometimes people use their iPods to mimic various bird calls, but that’s not allowed in the park. It confuses the birds, especially during the nesting period. I don’t feed them or make any sounds. I just listen and observe. Normally, you can hear forest birds before you can see them. The sound guides you to what species it is and where to find it. Then, you have to approach quietly so that the bird accepts your presence and doesn’t mistake you for a predator. What is the rarest species you’ve ever photographed ? The Least Bittern, a member of the Green Heron family. It’s on the threatened species list. Have you developed a specific photography technique ? I like to photograph the bird in its natural habitat, but not while it’s sitting still. I want action shots that will make an impact. For example, if you come face-to-face with a bird, you can wait until it flies away to get it with its wings spread. The photo has to stir up a feeling, tell a story. Everyone reads from left to right, so I plan my shot accordingly. For me, a good picture is one that captures the bird’s head and the shiny spot of its eye. Also, in bird photography, people tend to isolate their subject and zoom in right away, whereas I prefer to start with a canvas that is wide enough to frame the shot, and then I focus on the subject.

heron in north america

À quel moment de l’année fait-on les meilleures prises ? Pour moi, c’est au début de mai, à l’arrivée des oiseaux. C’est la période de l’accouplement et des parades nuptiales. Les plumages sont à leur meilleur et les mâles font la cour. Après, c’est la période de la nidification et, vers la fin de mai et le début de juin, là, on a aussi de belles surprises. J’ai déjà vu sauter de leur nid 12 petits harles couronnés juste devant moi. J’avais donc 30 secondes pour réagir et prendre mes photos ! Comment attirez-vous les oiseaux ? On voit des gens avec des iPod qui imitent le chant des espèces, mais c’est interdit dans le parc. Ça déboussole les oiseaux, surtout en période de nidification. Je ne nourris pas les oiseaux et je n’utilise pas de son. Moi, j’observe et j’écoute. Normalement, les oiseaux de forêt, on les entend avant de les voir. Le son te donne une direction pour trouver ton sujet et pour reconnaître l’espèce. Ensuite, il faut s’approcher tranquillement pour que l’oiseau accepte ta présence et qu’il ne te considère pas comme un prédateur. L’espèce la plus rare que vous ayez photographiée ? Le petit blongios, dans la famille du héron vert, une espèce en voie de disparition. Avez-vous développé une technique particulière de prise de vue ? J’aime photographier l’oiseau dans son milieu, mais sans qu’il soit statique. Ça prend des photos d’action qui auront un impact. Par exemple, si tu tombes face à face avec un oiseau, tu attends. À un moment, il va décoller et tu pourras avoir ses ailes déployées. Il faut qu'il y ait une émotion dans la photo, qu’elle raconte une histoire. Tout le monde lit de gauche à droite, donc je pense ma photo en fonction de ça. Et pour être certain qu’elle est réussie, ça me prend la tête de l’oiseau et le point brillant dans l’œil. Aussi, en photographie d’oiseaux, les gens ont tendance à isoler leur sujet et à faire tout de suite un gros plan. Moi, je préfère prendre un plan assez large pour me situer, et après ça, je vais chercher le sujet.

6229.CA — 2013 › 2014

le petit blongios est le plus petit héron que l'on peut trouver en amérique du nord. the least bittern is the smallest

65


66

LES INCONTOURNABLES › GEAR YOU NEED

7

8

11

9

« Installé dès le lever du soleil... »

décoration végétale fournie par flowerbox

“ Be ready by sunrise... ”

— DANIEL LIMOGES, EXPERT LOZEAU —

10

Les incontournables en nature Gear you need : nature


6229.CA — 2013 › 2014

6

5

1

2

ÉQUIPEMENT 1 - Nikon D800E

4

Nikon 200mm f/2.0 Téléconvertisseur Nikon TC-14E II Nikon Tele converters TC-14E II 2 - Canon EOS 6D

Zeiss 100mm macro f/2.0 3 - Canon XA20 4 - Fujifilm X-M1 avec objectif 16-50mm

Fujifilm X-M1 with 16-50mm lens 5 - Flash Nikon SB910

SB910 Nikon Flash 6 - Nikon 14-24mm f/2.8 7 - Tête Wimberley WH-200 version II

Wimberley Head WH-200 Version II 8 - Tête panoramique Jobu Design

Jobu Design Panoramic head 9 - Plaque micrométrique Manfrotto 454

Manfrotto 454 sliding plate

3

10 - Support Wimberley F-1 pour flash

Wimberley F-1 Flash Bracket 11 - Canon 8-15mm f/4L


68

TEXTE › WORDS JOANNIE LAFRENIÈRE PHOTOS JOANNIE LAFRENIÈRE — WWW.LESROBIDOUX.COM

RÉCIT › STORY

Un vidéoreportage au Cambodge Videojournalism in Cambodia

Automne 2011. Dans un avion entre mer et monde, en route vers l’Asie, je trépignais d’impatience à l’idée de poser mon bagage discret et ma caméra au Cambodge, le 3e pays au programme de cette folle épopée qu’est La Course Évasion autour du monde. Fall 2011. In a plane between land and sea, en route to Asia, I was champing at the bit to set down my small bag and my camera in Cambodia, the third country in the mad epic journey that is La Course Évasion autour du monde.

826 m › 812 w 5p


69

FLOODING, CAMBODIAN-STYLE


70

raîchement descendue de l’avion, quelle ne fut pas ma surprise de constater que le Cambodge était enseveli sous une quantité phénoménale d’eau qui ravageait ses contrées luxuriantes. Disons que le Mékong avait bien plus que quitté son lit : il avait littéralement fait une fugue et se baladait gaiement en plein centre-ville, provoquant l’inondation la plus dévastatrice de toute la décennie. Nous nous sommes donc retrouvés avec de l’eau jusqu’au nombril pour réaliser nos films. Malgré notre arrivée tardive à l’aéroport de Siem Reap, je me sentais fin prête à relever à nouveau le défi de La Course : 4 jours pour réaliser un film, 96 heures en territoire inconnu pour trouver un sujet, 5 760 minutes pour faire le tournage et les entrevues, apprendre les rudiments de la langue locale, réaliser le montage et le sous-titrage, coloriser les images, puis, finalement — roulement de tambour — remettre le film, exténuée telle une marathonienne de l'image. J'imagine que c’est pour cette raison que l’émission s’appelle La Course… Parce que courir autant, ça épuise sa femme !

VOIR DIFFÉREMMENT La Course étant ce qu’elle est, il a bien fallu se retrousser les manches, sortir nos imperméables des grandes occasions et partir à la recherche d’un sujet original quasiment à la nage. Aussi étrange que cela puisse paraître, avoir les 2 pieds dans cette inondation monstre m’avait définitivement enlevé le goût de faire un film misérabiliste : comme un pied de nez à ce journalisme sensationnaliste qui me désole tant et me donne envie de faire les choses autrement. Je suis simplement partie à la recherche du beau pour sortir du cliché désolant d’un peuple qui a connu son lot de misères et de guerres. Là où l’hélicoptère TVA ira, je n’irai pas. Cette volonté d’aller à contre-courant (excusez-la !) m’a donc amenée à braquer les projecteurs sur Loven Ramos, maître rétro en tous genres et charmant propriétaire d’un hôtel-galerie, le 1961. Endroit de prédilection du milieu culturel tant local qu’international, ce paradis empreint de nostalgie et de beaux objets m’a littéralement subjuguée et donné envie d’en explorer tous les racoins. C’était donc le temps de se mettre au boulot et de sortir notre fidèle complice, notre caméra (Sony EX1). Force est d’admettre que de tourner dans ces lieux inspirants fut une réelle partie de plaisir, du pur bonbon pour mes yeux de jeune fille comblée. Que de beaux plans colorés et des rencontres nourrissantes, malgré mes 2 pieds trempés par cette pluie qui n’en finissait plus de tomber.

Qu’est-ce que La Course Évasion autour du monde ? Cette émission diffusée sur les ondes d’Évasion rassemble 10 passionnés de voyage et de cinéma qui s’affrontent dans une compétition. L’objectif : réaliser des reportages aux 4 coins du globe. What is La Course Évasion autour du monde ? This show, which airs on Évasion, brings together 10 travel and film buffs to face off in a competition. The objective is to produce documentaries from the four corners of the world.

tepping off the plane, I wasn’t really surprised to see that Cambodia was shrouded in a torrent of water that was ravaging its lush countryside. Let’s just say that the Mekong had well and truly left its bed. It was running away with itself, traipsing merrily through town, causing the most devastating flood of the decade. So we found ourselves faced with producing our films up to our navels in water. In spite of arriving late at the Siem Reap Airport, I finally felt ready to tackle the challenge of La Course again : 4 days to produce a film… 96 hours in unfamiliar territory to find a subject… 5,760 minutes to do the shoot and the interviews, learn the rudiments of the local language, do the editing and the subtitling, colourize the images, and then, finally — drum roll please — submit the film, exhausted, like a marathon runner of images if you will. I imagine that’s why the show is called La Course… Because that much running tires a body out !

SEEING THINGS DIFFERENTLY La Course being what it is, we had to roll up our sleeves, get out our best raincoats and head off, virtually swimming, in search of an original subject. As strange as it may seem, being caught waist-deep in this raging flood wiped out any desire to make a depressing film. Thumbing my nose at sensationalist journalism, which upsets me and makes me want to do things differently, I headed off in search of something beautiful, to get past the distressing clichés of a people who have seen their share of misery and war. If the TVA helicopters went there, I would not. This desire to swim against the current (sorry, I couldn’t help myself !) led me to turn the spotlight on Loven Ramos, master of all things retro and charming owner of a gallery hotel called The 1961. A favourite among local and international culture vultures, this stunning building brimming with nostalgia and beautiful objects captivated me and made me want to explore every nook and cranny. It was time to get down to work and take out our faithful companion, a camera (Sony EX1). Shooting in this inspiring setting was part of the pleasure, like being a kid in a candy store. Nothing but beautiful, colourful shots and soul-nourishing encounters, in spite of my feet getting soaked by the rain which simply wouldn’t let up.

MORE THAN BEAUTIFUL IMAGES With our stroll through time Cambodian-style, we finally cobbled together a video that we called Recycler le temps. An imperfect film, of course — doing this big a job in 4 days comes with its share of stress and surprises — but one created with love.


72

6229.CA — 2013 › 2014

« Là où l’hélicoptère TVA ira, je n’irai pas. » “ If the TVA helicopters went there, I would not. ”

PLUS QUE DE BELLES IMAGES Avec cette balade dans le temps, à la sauce cambodgienne, nous avons finalement bricolé une vidéo que nous avons intitulée Recycler le temps. Un film imparfait, certes — réaliser un tel travail en 4 jours comporte son lot de stress et d’imprévus —, mais ficelé avec amour. Faire du documentaire à l’étranger, c’est bien plus que tourner de belles images avec un bon équipement. C’est gérer l’inattendu, trouver des plans B, C, D et même Z, respirer à fond — le meilleur de tous mes trucs, que j’oublie parfois —, saisir les opportunités qui se présentent et qui bousculent l’horaire établi, ne pas se fâcher, croiser les doigts souvent, faire confiance à sa bonne étoile, respirer à nouveau, être débrouillarde, ouverte, patiente et surtout à l’écoute. Un condensé d’émotions que je tente de gérer au meilleur de mes capacités en essayant de ne pas m’autoconsumer. Ce que je retiens de cette escapade en sol (humide) cambodgien ? Que peu importe le lieu et les circonstances, la caméra demeure un prétexte formidable à la rencontre. Une façon toute personnelle d’entrer dans l’univers des gens qui me fascinent et d’avoir ainsi un accès privilégié à leur monde. C’est assurément pour cette raison que ma caméra et mon passeport ne sont jamais bien loin, toujours prêts à prendre le large et à partir à la conquête de l’inconnu.

Qui est Joannie Lafrenière ? Réalisatrice et photographe passionnée de documentaire, je me plais à observer le quotidien des autres et à en saisir l’éloquence. Ma plus récente réalisation, un webdocumentaire produit par l’Office national du film et intitulé Ferme zéro, traite de la fin des fermes familiales au Québec. Je me considère hautement privilégiée d’exercer un métier qui me passionne tant. Who is Joannie Lafrenière ? I am a producer and photographer with a passion for documentary filmmaking, and I love observing the day-to-day lives of others and capturing moments of eloquence. My most recent work, a web documentary produced by the National Film Board of Canada entitled Ferme zéro, looks at the end of the family farm in Quebec. I feel privileged to be able to do what I love.

VISIONNEZ LE FILM DE JOANNIE > SEE HER FILM AT : VIMEO.COM/35525932

Making a documentary abroad involves much more than filming beautiful images with quality equipment. It involves managing the unexpected, finding plan B, C, D and even Z, taking a deep breath — which happens to be the best trick in my arsenal, and one that I sometimes forget, seizing opportunities when they arise and that upset your schedule, keeping your cool, crossing your fingers, taking another deep breath, and being resourceful, open, patient and, above all, a good listener… a compendium of emotions that I try to manage to the best of my abilities while trying not to self-combust. What have I taken away from this escapade on (wet) Cambodian soil ? No matter where, or what the circumstances, the camera is the perfect pretense for meeting people. It’s a very personal way of gaining privileged access to the world of folks who fascinate me. This is no doubt why my camera and passport are never far from hand, always ready to head off to conquer the unknown.


NEX-FS700R/RH

PMW-300K1

PMW-F5

CINÉMA EXCEPTIONNEL

CAMÉSCOPE SEMI-ÉPAULE

CAMÉSCOPE CINEALTA

• Capteur CMOS Exmor Super35 4K • Sortie HDMI et SDI en 4:2:2 8 bits • Monture Sony E interchangeable • Ralenti jusqu’à 240 ips HD intégrale

• Zoom Fujinon 14x interchangeable • 3 capteurs CMOS Exmor 1/2po • Enregistrement HD 4:2:2 50 Mbit/s • Viseur ACL couleur de 3,5po

• Conçu pour les cinéastes • Capteur CMOS Super 35mm 4K • Enregistrement XAVC 2K intégré • Extrêmement modulaire

www.sonybiz.ca


75

TEXTE › WORDS BENOÎTE LABROSSE

© rené delbuguet − jehane benoit à son domaine de sutton. « je photographiais l'intérieur de chez elle et son terrain pour le montrer aux lectrices. plus que des images de plats, c’était quasiment du photoreportage », explique t'il. jehane benoît at her estate in sutton, shot by rené delbuguet. “ i had to take pictures of the interior and of the grounds, to show her readers, ” he recalls. “ it wasn’t just shooting food, it was more like a photo essay. ”

REPORTAGE › REPORT

1 760 m › 1 625 w 6p

Photographie culinaire Food photography Publiée par la célébrissime cuisinière Jehane Benoît en 1963, L'Encyclopédie de la cuisine canadienne — vendue au Québec à plus d'un million et demi d'exemplaires — fête cette année ses 50 ans. Cette Bible des ménagères marque en quelque sorte les débuts de la photographie culinaire dans la province ; l’occasion parfaite pour servir un reportage à saveur historique. À lire le ventre plein. Published by celebrated chef Jehane Benoît in 1963, L'Encyclopédie de la cuisine canadienne — which sold over 1.5 million copies in Quebec — turns 50 this year. The food bible marked the beginnings of food photography in the province, making this an ideal opportunity to serve up a report with a bit of historical flavour to it. Not to be read on an empty stomach.


76

es rayons des librairies débordent de livres de cuisine, et ceux-ci ressemblent de plus en plus à des œuvres d’art, davantage dignes de trôner sur la table à café que sur un comptoir enfariné. Les aliments y sont si bien présentés que les lecteurs se contentent souvent de les manger des yeux. Ils dévorent Cabane à sucre Au Pied de Cochon d’un couvert à l’autre, comme ils le feraient d’un roman illustré. Les photographes culinaires repoussent aujourd’hui les limites du genre, parce que le public québécois a changé. L’enseignement, dispensé autrefois par les congrégations religieuses féminines, est maintenant diffusé par les innombrables émissions et publications culinaires. Les Québécois n’ont jamais bénéficié d’une aussi grande éducation gastronomique, et ils ne se sont jamais autant intéressés à l'art culinaire.

À LA FINE POINTE DE LA MODE

— © dominique malaterre

Comme la gastronomie, la photographie culinaire suit des tendances qui durent généralement une décennie. Dans les années 1960 et 1970, les images étaient très chargées. Le plat principal se perdait parmi les accessoires de cuisine et autres décorations de circonstance comme les boules de Noël ou le bol à punch. Il était souvent accompagné de ses ingrédients, tels un œuf, une poche de farine ou une tasse de lait. « C’était éducatif, donc il fallait que l’image soit explicite », rappelle le photographe René Delbuguet, l’un des pionniers de cette spécialité au Québec, qui a longtemps travaillé avec Jehane Benoit. Ces considérations pédagogiques expliquent aussi les planches photographiques par étape qui ont fait la renommée des livres de Pol Martin, publiés à cette époque. « Je pense que c’était mon travail d’ouvrir les yeux des lecteurs, de leur montrer de quoi les plats étaient faits, et comment », poursuit celui qui a aussi illustré les chroniques culinaires de la populaire Germaine Gloutnez dans le quotidien La Presse au cours des années 1970.

ookstore shelves are brimming with cookbooks, which increasingly resemble works of art more apt to grace coffee tables than countertops dusty with flour. The recipes within are so well presented that the buyers are often happy enough to devour them with their eyes. Intently, they read Cabane à sucre Au Pied de Cochon from cover to cover, just as they would a graphic novel. Culinary photographers of today are pushing the boundaries of the genre, because the Quebec public has changed. Teaching, once provided by female religious congregations, is now done by innumerable cooking programs and food publications. Quebec’s general population has never been so well educated in gastronomy, and they have never been interested.

AT THE CUTTING EDGE OF THE LATEST TRENDS Like gastronomy, food photography follows trends, each lasting for about a decade. In the 1960s and 70s, images were very busy. The main course often got lost among the many kitchen accessories and other items, such as Christmas tree ornaments or a punch bowl. It was also often flanked by its ingredients, such as an egg, a bag of flour or a cup of milk. “ It was educational, so the picture had to be explicit, ” recalls René Delbuguet, a pioneer of this specialty in Quebec and a long-time photographer for Jehane Benoît. These considerations explain the step-by-step photos that made Pol Martin’s books so popular at the time. "I think it was my job to open the reader's eyes, to show them what the dishes were made of, and how they had been prepared," he continues. Delbuguet provided the photographs for Germaine Gloutnez's food column in the newspaper La Presse in the 70s. “ In the 60s and the 70s, the trend was countryside photography, ” recalls Dominique Malaterre, who teaches photographic art direction at Université du Québec à Montréal. “ Then in the 80s, the influence was Mediterranean, followed circa 2000 by the white background, inspired by Martha Stewart and Donna Hay. ” The latter, an Australian author of cookbooks and editor of the magazine bearing her name, is a fan of “ organized chaos. ” “ Food was the favourite subject, with a single bowl in the centre of the shot, and food placed haphazardly around it, ” notes Guy Houde, who has worked as a food stylist for 24 years. In 2013, dark backgrounds are all the rage. In fact, since the 2010 launch of the book Noma by René Redzepi, chef at the Danish eponymous restaurant, global trends have had a strong Scandinavian influence. “ We’re coming back to bluish lights and the overhead shots that were common in the 80s, ” Malaterre explains. “ But increasingly, dark backgrounds are being replaced by weathered wood. In Quebec, it’s perfect, since we’re in a northern country. We’re at the vanguard of this trend, which you get a sense of in the book Toqué ! ”


À cette époque, « la tendance était aussi à la photo de type terroir », rappelle de son côté Dominique Malaterre, qui enseigne la direction artistique de la photographie à l’Université du Québec à Montréal. « Puis, dans les années 1980, on est tombé dans l’influence méditerranéenne, et, vers l’an 2000, il y a eu l’arrivée du fond blanc, inspiré par Martha Stewart et Donna Hay. » Cette dernière, une Australienne auteure de livres de recettes et éditrice du magazine qui porte son nom, est une adepte du « désordre ordonné ». « La nourriture était très en vedette, avec un bol tout seul au milieu de la photo, et les aliments y était posés avec une certaine nonchalance », explique Guy Houde, qui pratique le métier de styliste culinaire depuis 24 ans. En 2013, les arrière-plans foncés ont la cote. Plus encore, depuis la publication en 2010 du livre Noma par le chef du restaurant danois éponyme, René Redzepi, la tendance mondiale est dominée par l’influence scandinave. « On revient aux lumières un peu bleutées, et aux points de vue en hauteur qui se faisaient beaucoup dans les années 1980 », explique Dominique Malaterre. « Mais de plus en plus, les fonds sombres sont remplacés par des fonds de bois patinés. Pour le Québec, c’est parfait, parce que nous sommes un pays nordique. Nous sommes donc à la fine pointe de cette mode, et on le sent dans le livre Toqué ! » La photographe est bien placée pour le dire, car c’est elle qui est derrière les clichés du récent livre de recettes du chef montréalais Normand Laprise, Toqué ! Les artisans d’une gastronomie québécoise. Dans la composition de ses photos, elle a entre autres utilisé le comptoir de cuisine du restaurant, en acier inoxydable, comme arrière-plan. L’inspiration lui est venue de la passion du chef Laprise pour le hockey, car la surface rappelle celle d’une patinoire. L’ouvrage a remporté en mai dernier le Prix du meilleur livre de recettes écrit d’un point de vue professionnel, remis par la prestigieuse James Beard Foundation de New York. C’est une grande première pour le Québec à ces Oscars culinaires. « Toqué ! va au-delà de la simple photographie culinaire. C’est un livre sur l’identité québécoise, et, à mon avis, c’est ce qui a touché le jury », fait remarquer celle dont les clichés étaient aussi en lice pour un prix. « On peut être on ne peut plus fiers du niveau de nos photographes, de nos stylistes culinaires, de nos restaurants et de nos artisans, poursuit-elle. On se hisse au niveau international avec des moyens de bouts de ficelles, parce que nous sommes débrouillards et têtus. »

Toqué ! Les artisans d’une gastronomie québécoise. Dominique Malaterre a choisi de présenter les aliments d'une manière « totalement différente, qui s'éloigne des conventions ». Sur cette page, le grainetier du restaurant, Patrice Fortier, pose avec son fenouil séché. Toqué ! Les artisans d’une gastronomie québécoise. Dominique Malaterre decided to present the food in a " completely different, untraditional way. " Pictured here is the restaurant’s seed supplier, Patrice Fortier, holding some of his dried fennel.

© dominique malaterre —

77

The photographer is well positioned to say so, because she was behind the photography for the recent cookbook from Montreal chef Normand Laprise, Toqué ! Les artisans d’une gastronomie québécoise. She used the restaurant’s stainless steel kitchen counter as a background for the composition of her photos. The inspiration came to her from Chef Laprise's passion for hockey, the surface of the counter being reminiscent of an ice rink. The book Toqué ! won the James Beard Foundation Best Cookbook Award in the “ Cooking from a Professional Point of View ” category. It was Québec's first award at what are often referred to as the Oscars of food.  “ Toqué ! goes beyond basic food photography ; it portrays Quebec’s identity, and I believe that's what appealed to the judges, ” says Malaterre, whose pictures were also nominated for an award. “ We couldn't be more proud of the calibre of our photographers, food stylists, restaurants and creators. We produce world-class work on a shoestring, because we’re resourceful and stubborn. ”

STRIVE FOR AUTHENTICITY… BUT CHEAT A BIT! The “ respect for the product ” currently being preached by Quebec chefs is nothing new, say seasoned experts. “ Consumers have always sought out authenticity, and food stylists and photographers have always tried to show the food respect, ” notes Malaterre. “ However, I've noticed a growing demand for organic, earth-friendly and local products among consumers, who are increasingly aware of what is on their plate, and this is reflected in advertising. ” Since the beginning of the decade, the number of food blogs in Québec has been growing, accompanied by a trend toward authenticity and intimacy. Barbara Gateau knows a little something about this. The only Quebecer to have participated in the Festival international de photographie culinaire, held annually in Paris, she is the lady behind the food blog Madame Gateau. “ I prefer it when the photo shows the food as it will be eaten afterward, with no effects,” she says. Gateau works exclusively with natural light. “ I want to bring people into my kitchen. ”


78

« Je n’utilise qu’un objectif macro, car il me permet vraiment d’entrer dans l’aliment. » “ I only use a macro lens, since it allows me to really get close to the food. ”

— © barbara gateau

— BARBARA GATEAU —


79

Le « respect du produit » que nous vantent actuellement les chefs québécois est loin d’être nouveau, affirment les spécialistes d’expérience. « Les clients ont toujours recherché l’authenticité, et les stylistes et photographes culinaires ont toujours essayé de respecter l’aliment », affirme Dominique Malaterre. « Par contre, je vois une plus grande préoccupation du bio, de l’écolo et du local chez les consommateurs. Ils sont de plus en plus conscientisés par ce qu’il y a dans leur assiette, et ça se répercute évidemment en publicité. » Depuis le début de la décennie, le nombre de blogues culinaires québécois ne cesse d’augmenter. La mode y est aussi à l’authenticité, ainsi qu’à l’intimité. Barbara Gateau en sait quelque chose. Seule Québécoise à avoir participé au Festival international de photographie culinaire, qui se tient chaque année à Paris, elle est derrière le blogue culinaire Madame Gateau. « Je préfère quand la photo reflète vraiment l’aliment tel qu’on va le manger ensuite, sans artifices », résume celle qui travaille uniquement en lumière naturelle. « J’ai envie de faire rentrer les gens directement dans ma cuisine. » De son côté, le styliste culinaire Guy Houde aspire depuis ses débuts au moins de supercherie possible. Lors d’une séance photo, son rôle est « de donner du temps au photographe » en s’assurant que les aliments restent photogéniques le plus longtemps possible. L’équipement photographique, de plus en plus performant, lui permet de privilégier l’authenticité comme jamais auparavant. L’apparition des éclairages à diodes électroluminescentes (DEL), qui n’émettent pour ainsi dire plus de chaleur, lui a entre autres facilité la tâche. C'est la même chose pour les technologies numériques, qui « permettent vraiment d’être dans l’immédiat . » « Nous n’avons plus besoin d’artifices énormes », résume-t-il. Ces changements sont flagrants en photographie de boissons, qui a longtemps nécessité quelques comprimés d’antiacide pour redonner de l’effervescence ou du blanc d’œuf pour faire tenir un col de mousse. Les glaçons en acrylique étaient loués à grands frais à New York ou Toronto. « Aujourd’hui, j’utilise parfois des vrais glaçons, révèle le styliste, parce que l’instantanéité du numérique me le permet. » La disponibilité d’une grande variété de produits en toutes saisons facilite également la prise de photos plus naturelles. Surtout au mois de mars. « Avant, il n’y avait aucun petit fruit sur le marché à cette époque de l’année, alors il fallait utiliser de faux aliments en acrylique, entres autres pour les emballages de yogourt », se souvient Guy Houde. Malgré tout, certaines photos nécessitent encore aujourd’hui des trucages pour être réussies : celles qui mettent en vedette des aliments qui peuvent fondre ou se déformer. Un cliché de bol de céréales exige par exemple de la colle blanche. « On ne peut pas utiliser du lait, parce que ça transforme la céréale; ça la ramollit », illustre le styliste. « Les éclaboussures, en acrylique, sont louées. »

© barbara gateau —

RECHERCHER L’AUTHENTICITÉ… EN TRUQUANT UN PEU !

Ever since he started out, food stylist Guy Houde has been aspiring to the fewest effects possible. During a photo session, his job is to “ give the photographer time ” by ensuring that the food stays photogenic as long as possible. Increasingly powerful camera equipment allows him to go for authenticity like never before. The arrival of LED lights — which, practically speaking, don’t emit more heat — made it a lot easier. The same goes for digital technology, which “ really enables you to be in the moment. ” “ We no longer need to use gimmicks, ” he adds. These changes are evident in photography involving drinks, which had always required a few tablets of antacid to recreate the bubbles or some egg white to make the head of a beer last longer. In New York and Toronto, acrylic ice cubes were rented at a premium. “ Today I sometimes use real ice cubes, ” says Houde, “ because the immediacy of digital technology allows me to. ” The year-round availability of a wide range of products also makes it easier to take more natural shots. Especially in March ! “ Years ago, you couldn’t find berries in early spring, so acrylic fruit was used, for yogurt packaging for example, ” notes Houde. Nevertheless, even today some photos still require a certain amount of fudging to achieve the desired effect, specifically those featuring food that can melt or lose its shape. A shot of a bowl of cereal requires the use of white glue. “ Milk can’t be used, because it makes the cereal soggy, which changes the way it looks, ” explains Houde. “ To simulate a splash, acrylic pieces have to be rented. ” When it comes to the oh-so enticing Christmas turkey, it’s actually close to being raw… and it’s coated in dish soap ! “ The meat is barely cooked ; otherwise it shrinks and appears less plump. That nice golden colour isn’t due to cooking, but a layer of soap, ” he says.


80

6229.CA — 2013 › 2014

— © francis laroche

But the fake food par excellence is ice cream. Every stylist has his own recipe — a closely guarded secret — containing vegetable shortening, potatoes or powdered sugar. “ I fine-tuned my recipe and my technique over the years, and now my ice cream is sheer perfection ! ” boasts Houde. Photographer René Delbuguet, on the other hand, is one of the rare few who prefer to work with real ice cream. “ I would cool my studio down to 7 or 8 degrees and waste no time snapping my shots ! ” he recalls, referring to it as “ sports ” photography. In fact, he says, “ there's no difference between a food photographer and a photographer who shoots sports or portraits : we all observe our subject and adjust the lighting as needed. ” It’s a need that is ever-changing, according to Houde, who aims to add food videographer to his credentials. “ I want to make very polished videos of food to create a bank of moving images, which I believe will eventually replace stills, ” says the stylist, whose training includes advertising, and video production. “ Billions of images are created every day, ” notes photographer Malaterre. “ All I have to do is learn how to take pictures that no one else has taken yet ! ”

Les aliments sont aussi des matériaux d’art

Quant à l’appétissante dinde de Noël rôtie, elle est en réalité presque crue… et badigeonnée de savon à vaisselle ! « La viande n’est cuite qu’en surface, parce que sinon, elle se contracte et semble moins dodue. Le bel aspect doré ne vient donc pas de la cuisson, mais d’une couche de savon », révèle-t-il. L’aliment truqué par excellence reste la crème glacée. Chaque styliste a sa propre recette — jalousement gardée secrète ! — qui contient de la graisse végétale, des pommes de terre ou du sucre en poudre. « J’ai peaufiné ma recette et ma technique à travers les années, et je suis rendu à un point où ma crème glacée est parfaite ! », se réjouit Guy Houde. À l’opposé, René Delbuguet préférait travailler avec de la vraie crème glacée. « Je refroidissais mes studios à 7 ou 8 degrés et je prenais mes images très rapidement ! », se souvient le photographe, qui qualifie ce type de photos de « sportive ». D’ailleurs, selon lui, « il n’y a aucune différence entre le photographe culinaire et celui qui fait du sport ou du portrait : c’est d’abord une observation du sujet et de direction de l’éclairage en fonction du besoin ». Un besoin en constante évolution, si l’on en croit Guy Houde, qui songe à ajouter le titre de vidéaste culinaire à celui de styliste. « Je veux faire des plans vidéos de nourriture très fignolés pour proposer une banque d’images en mouvement, qui sont selon moi appelées à prendre la place de l’image fixe », confie celui qui a entre autres été formé en publicité et en production vidéo. « Chaque jour, des milliards d’images sont produites », estime de son côté Dominique Malaterre. « Il ne me reste qu’à apprendre à faire des photographies qui n’existent pas encore ! »

Guy Houde a fabriqué en 2006 un buste de Jean Charest destiné à la couverture du magazine Urbania. Inspirés par les caricatures de Serge Chapleau, le styliste a donné les traits de l’ex-premier ministre québécois à un bloc de 40 kg de fromage cheddar. L’objectif était d’associer le politicien et la malbouffe. Il lui a greffé 6 sacs de frites ondulés à titre de cheveux et 2 boules de crème glacée en guise d’yeux. Son habit était composé d’hamburgers, de pepperoni, de bacon, de poulet pressé et de smoked meat. Après 9 heures de travail, voici le résultat , photographié par Francis Laroche. Food can also be a material for art In 2006, stylist Guy Houde created a bust of Jean Charest for the cover of Urbania magazine. He fashioned a 40 kg block of cheddar cheese to look like the former Quebec premier, as inspired by caricatures by Serge Chapleau. The aim was to associate Charest with junk food, so Houde used 6 bags of crinkle-cut fries for the hair and 2 scoops of ice cream for the eyes. His suit was made of hamburgers, pepperoni, bacon, pressed chicken and smoked meat. Nine hours later, photographer Francis Laroche immortalized it.


81

TEXTE › WORDS ALEXIS GRISON — WWW.ALEXISGRISON.COM FORMATEUR ET PHOTOGRAPHE, INSTRUCTOR AND PHOTOGRAPHER

TECHNIQUES

673 m › 620 w 3p

MODELER UN ÉCLAIRAGE NATUREL MODELLING NATURAL LIGHT

Photographie culinaire Food photography

Comme un peintre qui a besoin de divers outils pour réaliser son tableau, le photographe a besoin d’instruments pour « sculpter » sa lumière. Que ce soit en lumière artificielle ou naturelle, les choix d’outils que vous ferez dépendront du résultat que vous souhaitez avoir. Voici quelques-uns de mes trucs d’éclairage et des suggestions de matériel pour un shooting culinaire. Just like a painter needs different tools for a painting, a photographer needs instruments to “ sculpt ” the light. Whether you are using artificial or natural light, your choice of tools depends on the results you’re trying to achieve. Here are some of my lighting tricks and equipment suggestions for food photography.


82

1- RECRÉER LA LUMIÈRE NATURELLE EN STUDIO En flash ou en lumière continue, une boîte à lumière permet de créer un éclairage doux et naturel, qui simule le rendu d’une fenêtre. C’est ce que j’ai utilisé pour cette photo prise pour la Fédération des producteurs de lait du Québec. Le défi d’éclairage, de cette photo, était d’obtenir un rendu très blanc, tout en ayant une composition épurée — tel que demandé par le client. Il ne fallait pas trop éclairer l’arrière-plan ni la table pour ne pas perdre la texture et la ligne d’horizon.

1- RECREATE NATURAL LIGHT IN STUDIO Whether you’re using a flash or constant light, a soft box lets you create soft, natural lighting that simulates light from a window. I used one for this shot taken for the Fédération des producteurs de lait du Québec. The challenge in terms of lighting, for this picture, was to achieve a very white rendering, while having a clean composition — as the client requested. The background and the table couldn’t be too brightly lit, to avoid losing texture and the horizon line. To achieve soft, diffuse lighting, we used a soft box (110 x 90 cm) as the sole light source, with a 400-watt flash. To fill in less exposed areas, we used two reflectors, one on each side of the jar. Soft box : We set it up at a high angle, 45°, around 60 cm above the subject. The distance depends on the size of the object, but one of the main principles to remember is that the wider the light source and the closer it is to the object, the faster the transition from light to shadow will be and the sharper the shadows. As a result, the farther the light source, the more gradual this transition, with larger and more diffuse shadows.

Pour obtenir un éclairage doux et diffus, nous avons utilisé une boîte à lumière (110 x 90 cm) comme unique source lumineuse, avec un flash de 400 watts. Pour remplir les zones moins exposées, nous avons positionné 2 réflecteurs, un de chaque côté du pot. Boîte à lumière : Nous l’avons disposée en plongée, à 45°, à environ 60 cm au-dessus du sujet. La distance varie en fonction de la taille de l’objet, mais l’un des grands principes à ne pas oublier est que plus la source lumineuse est large et proche de l’objet, plus le passage de la lumière à l’ombre sera rapide et les ombres tranchées. Par conséquent, plus la source lumineuse est éloignée, plus ce passage sera progressif et les ombres grandes et diffuses. Stylisme : Nous avons figé le panna cotta sur le côté pour dynamiser l’image en créant une oblique. Pour rendre la composition encore plus intéressante, nous avons placé la gousse de vanille vers le côté opposé à cette oblique, tandis que les fruits et la feuille de menthe ajoutent une touche de couleurs. Pour s’assurer de conserver le givre sur le pot, nous en avons préparé 2 identiques.

Styling : We set the panna cotta on the side to make the image more dynamic by creating an angle. To add even more interest to the composition, we placed the vanilla bean on the opposite side of this angle, while the fruit and the mint leaf add a touch of colour. To make sure there was still frost on the jar, we prepared two identical jars of panna cotta.


83

6229.CA — 2013 › 2014

2- CHOISIR LA LUMIÈRE NATURELLE

2- CHOOSE NATURAL LIGHT

La lumière du jour a l’avantage de créer un rendu qui conserve un sentiment de réalité. Elle permet un résultat pas trop idyllique, car légèrement imparfait, avec des ombres marquées. En photographie de nourriture, ce type d’éclairage est très apprécié, parce que les aliments doivent avoir l’air vrais. Les désavantages de ce type de lumière est qu’elle rend tributaire du temps qu’il fait et qu’elle change rapidement. Selon l’heure de la journée, les tonalités de couleur se modifieront : les blancs seront tantôt légèrement bleutés, tantôt légèrement orangés. Il faut donc en tenir compte. Souvenez-vous que passé midi, les contrastes seront plus marqués, surtout si la fenêtre est orientée plein sud. Pour conserver une tonalité neutre, il est important de contrôler sa balance des blancs, entre autres en utilisant une carte grise.

Daylight has the advantage of creating a realistic feel. The result is not too idyllic : It is slightly imperfect, with pronounced shadows. In food photography, this type of lighting is desirable, because the food has to look realistic. The disadvantage of this type of lighting is that it is weather-dependent and changes quickly. Depending on the time of day, the colour tones will change : whites will be at times bluish, at other times slightly orangey, so you have to take that into account. Remember that after noon, contrasts are sharper, particularly if the window is south-facing. To keep the tone neutral, it is important to control the white balance, for instance by using a grey card.

4

1

3

5

6 2

7

Investir dans le bon matériel > Invest in good equipment 1- Trépied : Ensemble Manfrotto 055XPROB avec tête 804RC2 Tripod : Manfrotto 055XPROB with 804RC2 head. 2- Objectif : 100 mm macro f/2.8 Lens : 100 mm macro f/2.8. 3- Diffuseur : Positionné entre l’objet photographié et la source lumineuse pour réduire l’intensité de la lumière. Diffuser : Is positioned between the subject and the light source to reduce the intensity of the light. 4- Réflecteur : Éclaire un peu plus les zones d’ombre et permet de sculpter la lumière. (Réflecteur Photoflex MultiDisc 5 en 1/56cm) Reflector : Adds a bit of light to shadowy areas and allows you to sculpt the light. (Photoflex MultiDisc 5 in 1 Reflector /56 cm) 5- Filtre polarisant : Atténue, ou fait disparaitre les reflets dus à la lumière. Il augmente également le contraste de la photo et la vibrance des couleurs. (Filtre B&W polarisant circulaire) Polarizing filter : Attenuates, or eliminates, reflections from the light. It also increases contrast and colour vibrancy. (B&W circular polarizing filter) 6- Réflecteur conique (snoot) : Ajouté à un flash, il permet de concentrer la lumière vers un point précis (cône Elinchrom et nid-d'abeilles 10°). Snoot : Added to a flash, it makes it possible to concentrate light on a specific point (Elinchrom Snoot kit with 10° grid). 7- Flashmètre ou posemètre : Mesure l'intensité de la lumière pour permettre de faire les bons réglages. (Sekonic L-478DR LiteMaster Pro) Flashmeter or light meter : Measures the intensity of light to allow you to make the proper adjustments. (Sekonic L-478DR LiteMaster Pro)

ATELIERS LOZEAU SUR L’ÉCLAIRAGE > LOZEAU’S LIGHTING WORKSHOP

Utilisation du flash portatif + Portrait en studio + Photographie de produits + Photographie à haute vitesse The use of a portable flash + Studio portraits + Product photography + High-speed photography

INFOS : WWW.LOZEAU.COM/FORMATION/ATELIERS/


84

LES INCONTOURNABLES › GEAR YOU NEED

2

4

7

1

3

6

9

5

8

Les incontournables en studio Gear you need : studio


6229.CA — 2013 › 2014

« Jamais sans mon posemètre ni ma charte de couleur ! » “ I'm never without my light meter or my color chart ! ”

— PATRICK McCOY, EXPERT LOZEAU —

ÉQUIPEMENT 1 - Imprimante Epson R3880

11

Epson R3880 printer 2 - Zeiss 35mm f/1.4 3 - Nikon D4

Nikon 85mm f/1.4 4 - Zeiss 18mm f/3.5 5 - Réflecteur spécialisé Profoto

10

BeautyDish Profoto 6 - Zeiss 50mm f/1.4 7 - Réflecteur conique Profoto

Snoot Profoto

12

8 - Charte de couleur X-Rite

X-Rite Color Chart 9 - Tête ARCA SWISS Z1

Z1 ARCA SWISS head 10 - Grille nid d'abeille Profoto

Profoto Grid 11 - Ensemble d'éclairage Profoto ProHead

ProHead Profoto lighting kit 12 - Posemètre Sekonic L-478DR

L-478Dr Sekonic digital light meter


86

LES INCONTOURNABLES › GEAR YOU NEED

6

2 1 5

« Placez les aliments au dernier moment... » “ Position your food items at the last minute... ”

— BENOÎT CHALIFOUR, EXPERT LOZEAU —

4

3

Les incontournables en studio Gear you need : studio


6229.CA — 2013 › 2014

7

10

8 9

11

ÉQUIPEMENT 1 - Ensemble Elinchrome de 4 nids d'abeille

et réflecteur 21 cm Elinchrom 4 grids and reflector kit 2 - Système de flash Elinchrom 600RX

Elinchrom 600RX lighting kit 3 - Manfrotto Snake Arm 4 - Boîte de diffusion Rotalux Elinchrom

Elinchrom Rotalux Softbox 5 - Posemètre Sekonic L-758DR

DIGITALMASTER Sekonic L-758DR DIGITALMASTER lightmeter 6 - Canon 50mm f/1.2 7 - Émetteur récepteur PocketWizzard PlusX

PocketWizzard Plus X Transmitter 8 - Canon 85mm f/1.2 9 - Canon 5D Mark III

Canon 200mm f/2.0 10 -

Trépied Manfrotto 055Xpro 055Xpro Manfrotto Tripod Tête Manfrotto 804RC2 804RC2 Manfrotto head

11 - Sony A99

Sony 50mm f/1.4


88

TÉMOIGNAGES RECUEILLIS PAR > TESTIMONIALS COLLECTED BY EMILIE NAULT-SIMARD

REPORTAGE › REPORT

1480 m › 1361 w 6p

REGARD DE FEMMES A WOMAN´S EYE

Des photographes de renom témoignent Stories from renowned photographers

Ce n’est pas parce qu’elles sont moins nombreuses que les hommes à exercer la profession que leur parcours est moins inspirant. Au contraire, être une femme photographe aurait même certains avantages, selon celles que 6229 a interrogées. Nous avons demandé à 5 figures incontournables de la photographie québécoise de réfléchir à la manière dont leur féminité a contribué — ou pas — à faire d’elles les artistes de renom qu’elles sont aujourd’hui. Voici ce qu’elles nous ont révélé. The fact that there are fewer female than male photographers doesn’t make their careers any less inspiring. Quite the opposite. Being a female photographer has its advantages, according to the women 6229 sat down with. We asked five key figures in Quebec photography to reflect on how — and if — their femininity helped make them the acclaimed artists they are today. Here is what they had to say.


89

Dominique Malaterre

lle se consacre à la pratique expérimentale de la photographie contemporaine, ainsi qu’à la photographie culinaire. Après ses études, elle a ouvert à Montréal son studio de photographie publicitaire, Tilt. Depuis, elle a remporté au-delà de 100 prix dans ce domaine au Canada et aux États-Unis. Rare Canadienne a avoir été membre du jury du concours Photography Annual du magazine Communication Arts (2005), elle fait figure d’exception. Son dernier projet, TOQUÉ ! Les artisans d'une gastronomie québécoise, a été primé cette année par la prestigieuse James Beard Foundation et au concours Lux.

— © mathieu rivard

LA SINGULARITÉ DE DOMINIQUE

« Je ne vois aucune différence dans mon travail de création photographique avec celui d'un homme ou d'un transgenre. Femme élevée sur 3 continents — Amérique, Europe, Afrique — dans 3 cultures extrêmement différentes, j'ai plutôt fait un " avantage " de la disparité de mes origines et de mon enfance atypique. Comme pour tout artiste voulant percer dans son domaine, j’en ai fait une force, et c'est ce qui constitue ma véritable singularité. Le métier de photographe publicitaire demande des nerfs d’acier et une maîtrise irréprochable des différents paramètres de prise de vues, tant au niveau des éclairages que des impératifs de productions et de deadline. Un photographe publicitaire n’a pas droit à l’erreur ; une femme photographe publicitaire encore moins ! »

he is an experimental contemporary photographer and food photographer. After her studies, she opened her own advertising photo studio in Montreal, Tilt. Since then, she has earned over 100 awards in Canada and the United States. She is one of the few Canadians to have been a member of the jury for Communication Arts magazine’s Photography Annual competition (2005). Her most recent project, TOQUÉ ! Creators of a New Quebec Gastronomy, won an award this year from the prestigious James Beard Foundation, as well as a recent award at the Lux contest.

DOMINIQUE’S SINGULARITY

“ I can’t see a difference between my work and the work of a man or a transgendered person. I was raised on three continents — North America, Europe and Africa — in three extremely different cultures, and I turned the diversity of my background and my unusual childhood into an advantage. As would any artist wanting to break into their field, I made it a strength… it’s what makes me unique. To be an advertising photographer, you need nerves of steel and a complete command of the different aspects of photography, in terms of lighting, production requirements and deadlines. An advertising photographer isn’t allowed to make mistakes ; a female advertising photographer even less so ! ”


© ariel tarr —

90

Maude Arsenault

l y a 14 ans, après des études en communication et en cinéma, elle commençait sa carrière de photographe de mode. Elle a vécu à Sydney et à Paris avant de revenir à Montréal. Ses photos ont entre autres été publiées dans Vogue Australie, ELLE Canada, Harper 's Bazaar, Oyster, Flare, Zink. En 2004, elle a été nommée Photographe de mode de l'année en Australie. Dernièrement, elle a démarré The Print Atelier, une galerie de photos d’art en ligne, où elle représente 13 artistes renommés.

LA SUBTILITÉ DE MAUDE « Je peux difficilement répondre à cette question avec objectivité, mais je pense définitivement, en tant que photographe de mode, que ma vision de la femme est différente de celle d'un homme. Mon approche est probablement plus subtile et plus intuitive. Disons que je suis peut-être un peu moins technique, mais plus dans le cadrage, la mise en scène, le mood. »

ourteen years ago, after studies in communication and film, Maude Arsenault launched her career as a fashion photographer. She lived in Sydney and Paris before returning to Montreal. Her photos have been featured in magazines such as Vogue Australia, ELLE Canada, Harper’s Bazaar, Oyster, Flare and Zink. In 2004, she was named Australia’s “ Fashion Photographer of the Year. ” Recently, she opened The Print Atelier, an online art photo gallery where she represents 13 renowned artists.

MAUDE’S SUBTLETY “ I find it hard to answer that question objectively, but I definitely think that as a fashion photographer, my vision of women is different than a man’s. My approach is probably more subtle and intuitive. Let’s just say that I may be a little less technical, but more into the framing, staging and mood. ”


91

Heidi Hollinger

es portraits des élites russes au style sans précédent, réalisés au cours de son séjour de 10 ans à Moscou dans les années 1990, ont révolutionné la photographie politique du pays et lancé sa carrière internationale. Depuis, elle a publié de nombreux livres au Canada, aux États-Unis et en Russie. Ses clichés sont entre autres parus dans The New York Times Magazine, Harper's Bazaar, The Globe and Mail et Pravda. Au cours de la dernière décennie, la photographe a réalisé plus de 30 expositions solos à travers le monde. Dernièrement, on a aussi pu la voir à la barre de l’émission Ports d’attache à TV5.

— © nicolas boucher

L’INTUITION D’HEIDI « Mon intuition m'a permis d'être à la bonne place au bon moment. Après avoir gradué de l’Université McGill en langue moderne (russe et espagnol), je suis partie à la découverte de l'Union soviétique, sur le point de s’effondrer. Là-bas, il n'y avait quasiment pas de femmes photographes, et peu d’entre elles étaient intéressées par le milieu politique, ce qui fait que je ne passais pas inaperçue. En plus, aucune ne pratiquait le rollerblade à Moscou ! Un jour, alors que je patinais, j'ai été invitée au cabinet de Mikhaïl Gorbatchev — ex-dirigeant de l’URSS — par un député du Parlement. J'ai patiné dans les bras de Gorbatchev avec mon kodak, et nous sommes restés amis depuis. Il a été très important dans l'ensemble de ma carrière, en posant à plusieurs occasions et en écrivant la préface de mon premier livre. Après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, durant l'ère de Boris Eltsine, la Russie s'est radicalement transformée. De nombreux partis politiques ont vu le jour. Ce qui m'a donné une nouvelle quête: je voulais photographier TOUS les politiciens ! Pour ce projet, j'ai rencontré plus de 120 leaders politiques. Ç’a d’ailleurs mené à la réalisation de plusieurs livres, dont Heidi chez les Soviets et The Russians Emerge. Être femme photographe, c'est donc suivre sa passion, et la Russie était la Troïka parfaite pour moi : le russe, la politique et la photographie. »

er portraits of the Russian elite done in an unprecedented style, shot during the 10 years she spent in Moscow in the 1990s, revolutionized political photography in the country and launched Heidi Hollinger’s international career. Since then, she has published books in Canada, the United States and Russia. Her photos have appeared in publications such as The New York Times Magazine, Harper's Bazaar, The Globe and Mail and Pravda. In the past decade, Heidi has had 30 solo exhibitions around the world. She is also the host of Waterfront Cities of the World on the Discovery World channel.

HEIDI’S INTUITION “ It was because of my intuition that I was in the right place at the right time. After graduating from McGill University in modern languages (Russian and Spanish), I set off to discover the Soviet Union, which was on the verge of collapse. There were virtually no female photographers in the USSR, and very few of them were interested in the world of politics, so I sort of stood out. Plus, no one rollerbladed in Moscow ! One day, while I was skating, a member of parliament invited me to Mikhail Gorbachev’s office — the former president of the USSR. I skated into Gorbachev’s arms with my Kodak, and we’ve been friends since. He has been very important to my career, posing on a number of occasions and writing the preface to my first book. After the fall of the Soviet Union in 1991, during the Boris Yeltsin era, Russia was radically transformed. Many political parties were formed, which gave me a new mission : I wanted to photograph EVERY politician ! For this project, I met over 120 political leaders. It resulted in several books, including Heidi chez les Soviets and The Russians Emerge. Being a woman photographer means following your passion, and Russia was the perfect troika for me : language, politics and photography. ”


92

ée à Rome, elle a fait ses études en arts visuels à Ottawa, où elle a rencontré Pierre St.Jacques, alors son professeur. Depuis, les 2 photographes partagent leur vie et leur carrière. Ils forment un duo parmi les plus en vogue, Leda & St.Jacques, et collectionnent les prix et distinctions. Ils sont derrière plusieurs grandes campagnes de mode au pays, sans compter de nombreuses publicités pour des clients prestigieux. Nous les avons séparés le temps d’une entrevue avec Leda.

LE FRANC-PARLER DE LEDA « Même si je suis une femme, j’aime quand les modèles sont belles et sexy, avec des talons hauts ou les seins nus. Sans doute que je ne peux pas les photographier comme un homme hétéro le ferait, car je ne les désire pas ; je n’ai pas ce regard masculin sur la femme. Peut-être que ça influence la façon dont je leur demande de poser. J’ai peut-être aussi plus de sensibilité au niveau du stylisme — les cheveux et le maquillage —, mais d’un autre côté, beaucoup de photographes gais ont aussi cette sensibilité-là, donc je ne sais pas si être une femme fait une différence dans ma démarche créative… Pour ce qui est de mon parcours professionnel, je n’ai jamais senti avoir perdu un contrat parce que j’étais une femme, ou avoir été moins payée pour cette raison. Je crois que c’est vraiment une question d’attitude et de personnalité. Lorsque je suis avec un client — même s’il s’agit d’un PDG — je suis sûre de moi et je sais de quoi je parle. Je connais mon travail. Par contre, la mode est un milieu complètement distinct ; je sais que dans d’autres domaines, c’est différent. Aujourd’hui, dans mon milieu, à Montréal, je vois plus d’avantages à être une femme. Je peux même charmer un peu un client, alors que c’est plus délicat pour un homme photographe de le faire ! »

© olivier st- onge —

Leda Montereali

orn in Rome, she studied visual arts in Ottawa, where she met Pierre St. Jacques, her professor at the time. Since then, the 2 photographers have been sharing their lives and their careers. They form a most fashionable pair — Leda & St. Jacques — and have been racking up awards and honours. They have shot several major fashion campaigns in Canada, not to mention ads for a number of prestigious clients. We separated them long enough for an interview with Leda.

LEDA’S STRAIGHT TALK “ Even though I’m a woman, I like models to be beautiful and sexy, with high heels or bare breasts. I probably can’t photograph them the way a straight man would, because I don’t desire them; I don’t have a man’s way of looking at women. This could influence how I ask them to pose. I could also have more of a sensibility when it comes to styling — the hair and the makeup — but then, a lot of gay photographers have that sensibility, so I don’t know if being a woman makes a difference to my creative process… In terms of my career, I have never felt that I didn’t get a contract or that I was paid less because I’m a woman. I think it’s really a question of attitude and personality. When I’m with a client — even if it’s a CEO — I’m sure of myself and I know what I’m talking about. I know my job. But then, fashion is a world of its own; I know that it’s different in other fields. In my world, in Montreal, I see more advantages to being a woman. I can even turn on the charm a little with a client, something that is trickier for a male photographer to do ! ”


93

6229.CA — 2013 › 2014

Claire Beaugrand-Champagne

ès le début des années 1970, ses images ont contribué à fixer le genre de la photographie documentaire au Québec. Ses reportages l’ont conduite aux 4 coins du monde et font partie d’importantes collections, notamment celles du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée d’art contemporain de Montréal et du Musée McCord, où sa toute dernière exposition solo sera présentée à partir de décembre 2013. L’œuvre de cette artiste engagée comprend des séries de photos aux thématiques variées, qui vont de l’entraînement des recrues de l’armée canadienne à la vie dans des camps de réfugiés en Asie du Sud-Est.

— © claire beaugrand - champagne

LA DISCRÉTION DE CLAIRE

« Le fait que je sois une femme ne m’a jamais nui, au contraire ! Petite et femme, je ne suis pas menaçante et je peux me faire discrète: les gens m’oublient. Un photographe mesurant 6 pieds et pesant 200 livres est définitivement moins bien accueilli par une vieille femme lorsqu’il sonne à sa porte pour lui demander si elle accepterait qu’il la photographie. Que je sois une femme est par ailleurs à l’origine d’expériences mémorables. En 1976, le chef de la mafia, Vic Cotroni, est convoqué devant la Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO). Après que son avocat eut déclaré que son client « n’avait rien à dire », les 2 se dirigent vers l’ascenseur, suivis des photographes — dont moi — qui les mitraillent. Arrêt devant les portes. Je suis à l’avant et mets un genou à terre pour ne pas cacher la vue aux autres. M. Cotroni chuchote à l’oreille de l’avocat, qui répète à haute voix : « M. Cotroni dit qu’il y a longtemps qu’il n’a pas eu une belle femme à ses pieds ! » Le lendemain, alors que je suis dans la file d’attente à l’entrée de la CECO derrière M. Cotroni, son avocat, le quotidien Le Jour à la main, me dit que ce dernier a beaucoup aimé sa photo, parue en première page. Quelques jours plus tard, M. Cotroni m’a aperçue et m’a offert de faire une photo exclusive avec sa fille ! »

ince the early 1970s, her images have helped define the genre of documentary photography in Quebec. Her reports have taken her to the 4 corners of the world and are featured in major collections, notably those of the Musée national des beaux-arts du Québec, the Musée d’art contemporain de Montréal and the McCord Museum, where her most recent solo exhibition will be showing starting in December 2013. This artist-activist’s work features photos with a variety of themes, from the training of Canadian Armed Forces recruits to life in Southeast Asian refugee camps.

CLAIRE’S DISCRETION

“ Being a woman has never been a disadvantage, on the contrary. As a short woman, I’m not threatening, and I can be discreet : People forget I’m there. A photographer who is 6 feet tall and weighs 200 pounds is definitively less welcome when he knocks at an old lady’s door to ask her if she would agree to be photographed. In fact, being a woman has been the source of some memorable experiences. In 1976, mob boss Vic Cotroni was called before the Commission of Inquiry on Organized Crime. After his lawyer had declared that his client “ had nothing to say, ” the two headed toward the elevator, followed by photographers — including me — taking shot after shot of them. They stopped in front of the doors. I was in front, and I kneeled down so I wouldn’t block anyone’s view. Mr. Cotroni whispered in his lawyer’s ear, who repeated out loud : “ Mr. Cotroni says that it’s been a long time since he’s had a beautiful woman at his feet ! ” The next day, while I was waiting in the line behind Mr. Cotroni to go into the Commission hearings, his lawyer, Le Jour in hand, told me that Mr. Cotroni really liked his front-page photo. A few days later, Mr. Cotroni saw me and offered me an exclusive photo with his daughter ! ”

VISIONNEZ LA VIDÉO DE NOTRE ENTREVUE AVEC LE DUO LEDA & ST. JACQUES WATCH THE VIDEO OF OUR INTERVIEW WITH THE DUO LEDA & ST. JACQUES 6229.CA


94

PORTFOLIO

www.susanmossphotography.com

SUSAN

Photographe de spectacle Concert photographer Elle aurait pu être une rock star, mais elle a plutôt choisi de les photographier. De Guns N' Roses à Snoop Dogg en passant par M.I.A., ses clichés des prestations montréalaises de plus d’un millier de vedettes garnissent le portfolio de Susan Moss. Photographe officielle d’Evenko et de Tourisme Montréal, ses portraits feront bientôt partie de la collection du Théâtre Corona. Après plus de 20 ans de carrière, sa passion est intacte et son sac toujours prêt pour une prestation impromptue. She could have been a rock star, but she chose to take pictures of them instead. From Guns N’ Roses to Snoop Dogg and M.I.A., Susan Moss’s portfolio features pictures of Montreal performances by over a thousand stars. As an official photographer for Evenko and Tourisme Montréal, her photos will soon be part of the collection at the Corona Theatre. After more than 20 years behind the lens, her passion still burns and her bag is always ready for a last-minute gig.

1 130 m › 1 015 w 6p


96

« Tout est toujours différent : la lumière, les sujets en mouvement, le nombre de photographes qui sont dans ton chemin dans le pit. »

“ The conditions are always different : the lighting, the subjects in movement, the number of photographers in front of you in the pit. ”

Pourquoi faire de la photo de spectacle ? J’ai toujours été entourée de musique. Quand j’étais enfant, on en jouait à la maison avec mes parents. Ils m’amenaient aussi à beaucoup de spectacles : j’ai dû voir Bob Dylan une dizaine de fois ! Les photos qui étaient exposées au Spectrum ont aussi été une inspiration… Je crois que c’est la combinaison de tout ça. Comment votre carrière a-t-elle commencé ? Il y a 22 ans, quand j’ai acheté mon premier appareil photo, je ne savais même pas ce que c’était, « l’ouverture » ! Je me suis inscrite à des cours au Collège Dawson : c’était quelque chose que je voulais faire depuis longtemps. Pendant mes études, je travaillais dans un bar au centre-ville où il y avait des spectacles de musique et je m’amusais à prendre des photos. Puis, je me suis mise à travailler au bar Bifteck sur St-Laurent. J’y suis restée pendant presque 18 ans ! Ç’a été un bon moyen de me bâtir un réseau de contacts. Alors que j’étais toujours à l’école, j’y ai rencontré les gens des hebdos culturels Mirror et Hour avec qui j’ai par la suite collaboré. Puis, le DJ du Bifteck a démarré le magazine Vice avec d’autres gars, alors je me suis mise à photographier pour eux aussi. Qu’est-ce qui caractérise votre style photographique ? Je travaille beaucoup avec de forts contrastes, comme le noir et blanc. Pour moi, c’est plus symbolique, plus classique et plus significatif. Aussi, la plupart des autres photographes de spectacle se servent de zooms, alors que j’utilise généralement des objectifs fixes avec une grande ouverture, comme un 50 mm f/1.4, un 20 mm f/2.8 et un 85 mm f/1.8. J'ai un Canon 70-200 mm f/2.8, mais tous mes autres objectifs sont des fixes. Durant un spectacle, j’en ai toujours 5 avec moi. Pourquoi choisir des objectifs fixes ? Travailler avec une grande ouverture m’a toujours donné de bons résultats. Aujourd’hui, les appareils photo ont une haute sensibilité ISO, mais, il y a tout juste 3 ans, c’était différent, alors shooter avec un objectif fixe était très utile. Je crois qu’ils sont toujours d’une meilleure qualité optique. Ils permettent de faire rapidement la mise au point sur quelqu’un ou se concentrer sur ses yeux. Oui, il faut changer fréquemment l’objectif, mais au bout du compte, le travail est bien fait.

Why concert photography ? I’ve always been surrounded by music. When I was a kid, we played it at home with my parents. And they took me to a lot of concerts : I must have seen Bob Dylan a dozen times ! The photos hanging at the Spectrum were also an inspiration… I think it’s a combination of all of these things. How did your career start ? Twenty-two years ago, when I bought my first camera, I didn’t even know what “ aperture ” was ! I signed up for courses at Dawson College ; it was something I had wanted to do for a long time. While I was studying, I worked at a bar downtown that had shows, and I fooled around taking pictures. And then I started working at the Bifteck on St-Laurent. I was there for almost 18 years ! It was a good way to build up my network of contacts. So I was always learning ; I met people there from the arts weeklies Mirror and Hour who I later worked with. And then the DJ from Bifteck started Vice Magazine with other guys, so I started taking photos for them, too. How would you describe your photographic style ? I work with a lot of high contrasts, like black and white. For me, it’s more symbolic, more classic and more revealing. And most other concert photographers use zoom lenses, where as I generally use prime lenses with a low aperture, like 50 mm f/1.4, 20 mm f/2.8 and 85 mm f/1.8. I have a Canon 70-200 mm f/2.8, but all of my other lenses are prime. I always carry 5 with me at a show. Why do you use prime lenses ? Working with a low aperture has always given me good results. Cameras today have high ISO sensitivity, but just 3 years ago it was different, so shooting with a prime lens was useful. I still think they offer better optical quality. They allow you to quickly focus on someone, or to target only their eyes. Sure, you have to change lenses a lot, but at the end it works.


rob zombie, heavy mtl,

2010 pavement, osheaga,

— 2010

kiss, heavy mtl,

— 2011

97


2013 —

foule, hosheaga,

Pendant un spectacle, quel est le plus gros défi à relever ? Utiliser le bon objectif et choisir le bon angle. Tout est toujours différent : la lumière, les sujets en mouvement, le nombre de photographes qui sont dans ton chemin dans le pit (l’endroit réservé aux photographes entre la scène et la foule). Les restrictions changent : le standard, c’est un accès à 3 chansons sans flash, mais c’est parfois moins. Les spectacles punk rock sont particulièrement difficiles à couvrir, parce que les chansons sont très courtes et que les artistes sautent constamment. Les défis, c’est la meilleure partie de mon travail ! Couvrir des festivals aux foules énergiques comme Osheaga, est-ce parfois risqué ? Je me suis déjà fait frapper à la tête et je me suis retrouvée dans des situations épeurantes. Le festival Heavy MTL peut devenir pas mal fou. Il y a souvent du bodysurfing. Quand ça devient dangereux dans le pit ou si c’est trop intense, tout le monde est expulsé sans préavis, même si tu n’as pas tes photos. Mais c'est aussi ce qui rend tout ça amusant. J'aime mon travail, c'est génial ! Qu’en est-il des autorisations que les photographes doivent signer avant un spectacle ? D’une manière générale, c'est un gros problème. Pour certains bands, toutes les photos doivent être préapprouvées, c’est ridicule ! Les photographes de concert ne gagnent pas beaucoup d'argent, vous savez : la plupart des gens dans le pit ne sont pas payés. Ils le font parce qu'ils aiment ça. Vous n'êtes donc pas payé, mais on vous demande parfois tous vos droits d’auteur et vos photos en haute résolution. Je ne fais pas le Centre Bell, mais les gens semblent nerveux quant aux demandes d’autorisations à signer là-bas. Et je suis peut-être moi-même un peu nerveuse d’en parler ! Par contre, je pense que c’est principalement une question de gestion et que beaucoup d’artistes ne sont pas au courant. Comment voudriez-vous qu’un artiste, pour qui les droits d’auteur sont si importants, souhaite qu’un photographe prenne des photos de lui gratuitement ?

What is the biggest challenge during a show ? Using the right lens and choosing the right angle. The conditions are always different : the lighting, the subjects in movement, the number of photographers in front of you in the pit [the space reserved for photographers between the stage and the crowd]. The restrictions change : the standard is access to 3 tunes without a flash, but sometimes it’s less. Punk rock shows are particularly hard to cover, because the songs are very short and the performers are constantly jumping. The challenges are the best part of my work ! Can covering festivals with spirited crowds like Osheaga be risky  ? I’ve been kicked in the head before and have found myself in some scary situations. The Heavy MTL festival can get a little crazy. There’s often bodysurfing. When it gets dangerous or too intense in the pit, we’re all thrown out with no warning, regardless of whether you have your shots. But it’s also what makes it all fun. I love my work. It’s amazing ! What’s with the forms photographers have to sign before a show ? Generally, it’s a big issue. For some bands, all photos have to be approved. It’s ridiculous ! Concert photographers don’t earn a lot of money, you know ; most people in the pit are not getting paid. They do it because they love it. So you’re not paid, but sometimes you’re asked for your copyright and your photos in high resolution. I don’t do the Bell Centre, but people seem nervous about the requests for authorization they have to sign there. And I may be a little nervous just talking about it ! On the other hand, I think it’s mainly a management issue, and a lot of bands probably don't know about the release. Why would an artist, for whom copyright is so important, want a photographer to take photos for free ?


6229.CA — 2013 › 2014

snoop dog, osheaga,

2010

99

EN RAFALE

RAPID FIRE

Meilleure photo : C’est dur à dire, j’en ai des milliers… Celle au-dessus de mon divan en est une de Snoop Dogg. C'est l'une de mes favorites. J'adore Snoop ! Salle de spectacle préférée pour photographier : Au Métropolis, parce qu’il y a toujours un pit pour les photographes, donc on ne dérange pas ceux qui ont payé pour leur billet. Le festival le plus inspirant : Même si j'aime la plupart des bands qui jouent à Osheaga, je crois que je préfère Heavy MTL, parce que la crowd est tout simplement incroyable, avec toutes les couleurs des cheveux, les mohawks… L’artiste le plus dur à photographier : Un artiste qui ne bouge pas. Un rêve : Photographier Tom Waits et David Bowie. Si vous n’étiez pas photographe vous seriez : Je ne sais pas…Rien d'autre ! (rire).

Best photo : It’s hard to say. I have thousands… The one above my sofa is of Snoop Dogg. It’s one of my favourites. I love Snoop ! Favourite venue for taking pictures : The Métropolis, because there’s always a pit for photographers, so we don’t bother the people who paid for their tickets. The most inspiring festival : Even though I like most of the bands at Osheaga, I think I prefer Heavy MTL, because the crowd is just incredible, with all the different hair colours, the mohawks… The hardest performer to photograph : Performers who don’t move. A dream : To photograph Tom Waits and David Bowie. If you weren’t a photographer, you would be : I don’t know… Nothing ! [laughs].

Inspiration de Susan Moss > Inspiration of Susan Moss Jamel Shabazz : www.jamelshabazz.com « C’est un photographe new-yorkais qui travaille depuis plusieurs décennies. Il a fait des tonnes de magnifiques photos de la rue depuis le début du hip hop, avec des afros et des ghetto blasters. Il est tellement bon ! » “ Has been a New York photographer for many decades. He has tons of amazing street photos from the beginning of hip-hop, with afros and ghetto blasters. He is so good ! ” Livres de Shabazz › Shabazz’s books : Back in the Days, A Time Before Crack, Seconds of My Life


101

TEXTE › WORDS PATRICK LAVOIE — WWW.PATRICKLAVOIEPHOTOS.COM RETOUCHEUR D'IMAGES, PHOTO RETOUCHER

TECHNIQUES

CRÉER DES NOIRS ET BLANCS

927 m › 813 w 4p

CREATING BLACK-AND-WHITE PICTURES

Lightroom, une chambre noire digitale Lightroom, a digital darkroom

Bien que la majorité de mon travail professionnel s’effectue en couleur, je suis personnellement attiré par la photographie en noir et blanc. Pour ce type de clichés, le logiciel Lightroom est vraiment celui que je préfère pour sa rapidité et sa simplicité. Ce développeur de fichiers RAW a été créé par des photographes pour des photographes : c’est une véritable chambre noire, en version digitale. Voici comment je l’utilise. While most of my professional work is done in colour, I am drawn to blackand-white photography. For these photos, my favourite software hands-down is Lightroom for its speed and simplicity. The RAW file developer was created by photographers for photographers − it’s a true digital darkroom. Here’s how I use it.


102

VOIR EN NOIR ET BLANC Dès la prise de vue, vous devez arriver à visualiser la scène en noir et blanc, c’est-à-dire réussir à bien voir les contrastes de couleurs, ainsi que ceux des hautes et basses lumières. Vous devez comprendre le Zone System, une manière de penser en noir et blanc développée par le photographe américain Ansel Adams dans les années 1940. Ésotérique? Non. Il vous suffit surtout de faire beaucoup d’essais de conversion. Vous devez aussi bien connaître les limites de votre équipement. Pour voir rapidement votre image en noir et blanc, ajustez votre appareil de manière à capturer les images en formats RAW et JPEG. Activez le mode Noir et Blanc. Vous pourrez vérifier l’aperçu JPEG noir et blanc de votre rendu qui s’affichera sur l’écran de votre appareil. Cela vous permettra d’évaluer les possibilités qui s’offriront à vous au moment de développer vos fichiers à l’aide de Lightroom. Le logiciel conservera alors les paramètres pour les photos en JPEG, dont le noir et blanc, mais pas pour ceux en RAW. Vous aurez donc la possibilité de remettre vos images en couleur et d’utiliser le plein potentiel du logiciel pour vos conversions ( image 1).

LA DÉSATURATION DES COULEURS Lightroom propose plusieurs façons de faire la conversion de couleur à noir et blanc, mais à mon avis, celle qui offre la plus grande flexibilité est la désaturation des couleurs par l’entremise de l’onglet TSL/Couleur/NB. C’est l’une des meilleures façons d'utiliser Lightroom pour créer des images dignes des grands photographes. Avec cette méthode, même en désaturant chaque couleur au maximum — ce qui donne visuellement une image noir et blanc —, le logiciel traite votre image comme étant en couleur. Avoir accès aux couleurs d’origine rend possible un contrôle plus étroit de la conversion, en permettant par exemple la recoloration d’une zone pour ajouter un accent de couleur à l’image. J’ai souvent remarqué le peu de bruit numérique généré avec ce procédé. Il existe bien sûr d’excellents filtres externes, mais Lightroom vous offre une telle flexibilité que je me demande s’ils sont nécessaires.

VISUALIZING IN BLACK AND WHITE When you take the shot, you should be able to picture the scene in black and white. In other words, be able to see the colour contrasts as well as contrasts between bright and low light. You should understand the Zone System, an approach to thinking in black and white developed by American photographer Ansel Adams in the 1940s. Esoteric? Not really. You just have to do a lot of conversion testing. You should also know the limits of your equipment. To get a quick peek at your image in black and white, adjust your camera to capture images in RAW and JPEG formats. Turn on black-andwhite mode. You can check the black-and-white JPEG preview of the image displayed on your camera’s LCD screen. This lets you evaluate the possibilities for when you develop your files using Lightroom. The software will then save the parameters for photos in JPEG, including black and white, but not for photos in RAW. So you will be able to switch your photos back to colour and use the software’s full potential for your conversions (image 1).

COLOUR DESATURATION Lightroom offers a number of ways to convert colour into black and white, but what I find offers the greatest flexibility for colour desaturation is the HSL/Colour/B&W tab. It’s one of the best ways to use Lightroom to create blackand-white images worthy of great photographers. With this method, while desaturating colour as much as possible — visually resulting in a black-and-white image — the software processes your image as if it were in colour. Having access to the original colours allows for stricter control of the conversion, allowing you, for example, to recolour a zone to add a colour accent to the image. I have often remarked on the lack of digital noise generated by this process. Of course there are excellent external filters, but Lightroom offers so much flexibility that it makes you wonder whether they are necessary.


103

« Avec Lightroom, votre image originale sera préservée et les effets créés pourront toujours être modifiés. » “ With Lightroom, your original image is preserved and the effects created can always be modified. ”

LES ÉTAPES DE CONVERSIONS 1- Convertir l’image en noir et blanc Dans la section Saturation de l’onglet TSL/Couleur/NB sélectionnez chaque couleur individuellement dans le panneau et placez le curseur sur -100 (image 2). Pour sauver du temps, vous pouvez créer un paramètre personnalisé. Selon vos besoins, utilisez la section Luminance de cet onglet pour ajuster les différentes couleurs. Mais attention au curseur Bleu, car il cause rapidement du bruit si vous assombrissez cette teinte. 2- Réglages de base Pour aller chercher le style d’image que vous aimez, faites ensuite vos réglages avec les curseurs de l’onglet Réglages de base. Ce dernier est composé de 11 réglages. Comme j’aime le noir et blanc plutôt dramatique, avec des ciels sombres, des contrastes assez élevés, je m’assure, avec l’aide des curseurs Noirs et Blancs, d’avoir des noirs très denses et des blancs à la limite de la perte de détails. Bien sûr, les autres réglages de ce panneau doivent aussi être ajustés pour aller chercher le rendu souhaité. L’onglet Histogramme peut aussi vous aider à accomplir cette tâche. Utilisez ensuite le curseur Clarté pour augmenter les contrastes localement et renforcir les contours présents dans l’image. Cela crée de la profondeur et augmente la richesse du rendu. Pour certains, cela pourrait ressembler à la netteté, mais c’est bien différent.

HOW I CONVERT IMAGES 1- Converting the image to black and white In the Saturation section of the HSL/Colour/B&W tab, select each colour individually from the panel and place the slider on -100 (image 2). To save time, you can create a customized parameter. Based on your needs, use the Luminance section of this tab to adjust the colours. But be careful with the Blue slider, because noise quickly results if you darken this colour.

2- Basic settings To get the image style you’re after, adjust your setting with the sliders in the Basic Settings tab. It has 11 settings. I like fairly dramatic black-and-white photos − dark skies, fairly high contrast – so I make sure I get very dense blacks and whites with the details almost washed out, using the Blacks and Whites sliders. Of course, the other settings on this panel have to be adjusted as well to get the desired result. The Histogram tab can also help with this. Then use the Clarity slider to increase contrast locally and strengthen contours in the image. This creates depth and increases the richness of the image. This may seem like sharpness to some, but it’s quite different.


104

3- Rehausser les détails Je dirais que toutes les images numériques en format RAW ont besoin de netteté supplémentaire pour rehausser les détails. Allez-y selon votre goût. Mais attention, pour juger correctement la quantité de Gain nécessaire, vous devez impérativement être à 100 % de facteur d’agrandissement. 4- Réduire le bruit Ajustez votre image selon le type d’appareil photo, l’ISO et l’effet désiré, mais sachez qu’au-delà de +35, le curseur Luminance commence à réduire les détails de vos images tout en diminuant le bruit numérique.

6229.CA — 2013 › 2014

3- Raise the details Digital images in RAW format need additional sharpness. Let your taste be your guide. But be careful : To judge the necessary Amount, your image has to be at 100 % enlargement factor.

5- Corrections de l’objectif En toute honnêteté, juste pour cette fonction, la version 5 de Lightroom est vraiment un atout indispensable pour plusieurs photographes. Les ajouts liés à cet onglet valent le coup. Si les ajustements semblent parfois à peine visibles, certains seront grandement appréciés pour redresser vos horizons, mais surtout pour enlever les déformations de lentilles, en général dues à l’utilisation du grand-angle. 6- Ajustements localisés Une fois le développement normal de vos fichiers effectué, tout le secret de la chambre noire Ligthroom repose sur le travail des ajustements localisés avec les outils Filtre gradué, Pinceau de retouche et le nouveau Filtre radial. Ces 3 outils sont non seulement indispensables dans toute chambre noire, mais ils sont un must pour aller chercher toute la richesse de vos images (image 3). Il me faudrait trop de pages pour décrire en détails comment les utiliser. Le mieux est donc de venir assister à l’un de mes nombreux ateliers chez Lozeau, où je vous révèle mes secrets d’utilisation d’une chambre noire digitale.

4- Noise reduction Adjust your image for the type of camera, the ISO and the desired effect, but remember that beyond +35, the Luminance slider starts to reduce the details of your images as it reduces the digital noise. 5- Lens correction For this feature alone, many photographers consider Lightroom 5 a tool they can’t live without. The additions around this tab make it worthwhile. While some adjustments aren’t always that visible, others will be greatly appreciated for straightening your horizons, but above all for getting rid of lens distortion, generally created when using a wide-angle lens. 6- Local adjustments Once you have developed your files normally, the secret of the Lightroom darkroom lies in the local adjustments with the Graduated Filter, Adjustment Brush and the new Radial Filter tools. These three tools are indispensable to any darkroom and a must for bringing out the richness of your images (image 3). It would take too many pages to describe in detail how to use them. It would be best to attend one of my many workshops at Lozeau, where I share my secrets for using a digital darkroom.

ATELIER LOZEAU SUR LE TRAITEMENT D'IMAGES > LOZEAU'S WORKSHOPS ON PHOTO RETOUCHING INITIATION LIGHTROOM5 + PHOTOSHOP CS & CC + PHOTOSHOP ELEMENTS 11 INFOS : WWW.LOZEAU.COM/FORMATION/ATELIERS/


105


106

TEXTE › WORDS BENOIT ROSE

REPORTAGE › REPORT

D 964 m › 899 w 3p

In popular imagination, a drone is a pilotless plane used by the U.S. army. For image hunters, it is a close relative of the drone helicopter, which can serve as a support for the video camera. It’s not such a rare bird anymore, and it’s one that is becoming increasingly domesticated.

© patrick st-arnaud —

Dans l'imaginaire populaire, un drone est un avion sans pilote utilisé par l'armée américaine. Pour les chasseurs d’images, il s’agit plutôt d’un proche parent de l’hélicoptère téléguidé qui sert de support pour des appareils vidéo. Un oiseau pas si rare et de plus en plus domestiqué.


107

e tricoptère à octocoptère — selon le nombre d'hélices qu'il possède —, le drone est un nouvel outil de choix pour certains professionnels de l’image. « Il permet de descendre à une altitude de 3 pieds, puis de remonter jusqu'à 500 pieds », explique Patrick St-Arnaud, fondateur de la compagnie québécoise VisionAir, spécialisée dans le tournage aérien depuis 2002. « Son plus grand avantage, c'est sa capacité d'offrir des prises de vue aériennes à proximité du sol », pense celui qui a filmé des images du genre pour le clip Half a Mile de DJ Champion. Tourner des images en mouvement à l'aide d'un appareil aussi dynamique demande une caméra bien stabilisée qui résiste aux vibrations et aux turbulences, ce qui constitue tout un défi technique. Les moteurs brushless (sans balais), très utilisés en modélisme, permettent d’obtenir des résultats remarquables. « Ce type de moteur comporte de nombreux avantages », explique l'ingénieur Pier-Marc Comtois-Rivet, concepteur de quadricoptères durant ses années d'études et aujourd’hui ingénieur à l’emploi de AV&R Aérospatial. « Il est beaucoup plus léger et efficace, sa vitesse de réaction est meilleure et son usure est moindre. » Patrick St-Arnaud vient tout juste de tourner une publicité pour Mercedes avec l'aide de cette technologie. « Comparé aux méthodes traditionnelles de tournage, le réalisateur a trouvé que la stabilisation était incroyable et que l’exécution était infiniment plus rapide et précise. » La qualité des séquences originales que le pilote obtient est telle qu'il n'a pas à retravailler ses images en postproduction. « Ça rend la prise de vue aérienne un peu plus à la portée de tout le monde », constate-t-il.

APPRENDRE À PILOTER Faire voler un drone n'aura jamais été aussi facile, surtout avec le mode de pilotage Attitude qui assure une stabilisation automatique de l'altitude et maintient l'assiette du drone à l’horizontale. Pour le pilote expérimenté, le mode GPS automatique permet de programmer sa trajectoire. Il est tout de même essentiel d'apprendre à manœuvrer manuellement ces plateformes de façon sécuritaire. Et ce n’est pas si simple. « Dans certains contextes, c’est plus difficile de piloter un drone qu’un véritable hélicoptère », pense Patrick St-Arnaud, qui sait manœuvrer les 2 engins. Pour faire voler un drone en dehors d’une utilisation ludique, il est d’ailleurs nécessaire d’avoir un certificat d’opérations aériennes spécialisées (COAS) octroyé par Transports Canada, qui demande au pilote de prouver ses compétences. Par contre, le ministère est incapable de répondre aux demandes accrues de ce secteur, entre autres à cause de l’absence de normes détaillées. Un groupe de travail sur les véhicules aériens non habités (UAV) a donc été formé en 2006. « Ils sont en train de mettre en place un cadre de règlementation, donc ils font preuve de flexibilité », explique Patrick St-Arnaud. Ce dernier prépare un programme de formation pour les futurs pilotes. Il envisage d'initier les novices à l'aide du quadricoptère DJI Phantom. « Il faut commencer par bien comprendre les bases de pilotage du drone. Après, on peut envisager d’y mettre une caméra de style GoPro. » Signe de la popularité des drones, un site dans le genre d’Instagram a d’ailleurs vu le jour cette année. Dronestagram permet aux professionnels et aux amateurs du monde de partager leurs meilleures photos aériennes.

rom tricopter to octocopter — all depending on the number of rotors — the drone is the new pet gizmo in the toolbox of some professionals. “ You can descend to 3 feet and then climb to 500 feet, ” explains Patrick St-Arnaud, founder of Quebec-based VisionAir, which has specialized in aerial filming since 2002. “ Its greatest advantage is that it can take aerial shots near the ground, ” says St-Arnaud, who shot aerial images for DJ Champion’s Half a Mile video. To shoot moving images using such a dynamic device, you need a properly stabilized camera that can withstand vibrations and turbulence, which is quite a technical challenge. Brushless motors, widely used in model-making, have taken drone performance and piloting to remarkable heights. “ This type of motor has many advantages, ” says engineer Pier-Marc Comtois-Rivet, who, as a student, designed quadcopters and is now an engineer with AV&R Aerospace. “ It’s much lighter and more efficient, its reaction time is better, and there is less wear and tear. ” St-Arnaud recently used this technology to shoot an ad for Mercedes. “ Compared to traditional methods of filming, the director found the stabilization remarkable and the execution infinitely faster and more precise. ” The original sequences St-Arnaud obtains are of such high quality that he doesn’t need to rework the images in postproduction, saving precious time. “ It brings aerial filming a little more within everyone’s reach, ” he says.

LEARNING TO FLY Flying a drone has never been so easy, particularly given the Attitude control mode, which provides automatic altitude stabilization and keeps the base of the drone level. Automatic GPS mode allows experienced pilots to program a trajectory. But pilots still need to learn to manoeuvre the drone safely in manual mode, and that’s not so easy to do. “ In some contexts, it is more difficult to control a drone than a real helicopter, ” notes St-Arnaud, who has experience piloting both. Moreover, to fly a drone for non-recreational use, you must obtain a Special Flight Operations Certificate (SFOC), which is issued by Transport Canada to pilots who fulfill specific requirements. However, Transport Canada has failed to meet the growing demand in this area, due in part to a lack of detailed standards. Hence an unmanned aerial vehicles (UAV) working group was formed in 2006. “ They are currently establishing a regulatory framework, demonstrating a certain flexibility in terms of the SFOC structure, ” says St-Arnaud.

Poids et charge :Un drone comme l’octocoptère de Patrick St-Arnaud pèse 10 kg et peut transporter jusqu’à 4 kg d’équipement. Temps de vol : La durée standard d’un vol est de 10 à 12 minutes, selon la charge soulevée par l’appareil et l’ampérage de la batterie. Altitude : Certains drones peuvent aller jusqu’à plus de 900 m (3 000 pieds), mais pour ne pas empiéter sur l’espace aérien, les pilotes se limitent à environ 120 m (400 pieds). Weight and load : A UAV like Patrick St-Arnaud’s octocopter weighs 10 kg. and can carry up to 4 kg of equipment. Flight time : The standard length of a flight is 10 to 12 minutes, depending on the load and the amperage of the battery. Altitude : Some drones can climb to more than 900 m (3,000 feet), but so as not to encroach into the airspace, pilots are limited to about 120 m (400 feet).


108

6229.CA — 2013 › 2014

« En plein essor, le drone entre dans une période charnière de son développement. » “ The rapidly rising drone is reaching a turning point in its development. ”

— © stéphane vairo

The VisionAir founder is developing a training program for future pilots. He plans to initiate novices with the DJI Phantom quadcopter, which he sees as an excellent platform for beginners. “ You need to understand the basics of piloting before you starting thinking about adding a GoPro camera. ” As a sign of their popularity, an Instagram-type site for drones has also emerged this year. Dronestagram allows professionals and amateurs of the world to share their best aerial pictures.

CREATING THE DREAM MACHINE CRÉER SA MACHINE DE RÊVE Selon les besoins de son client, VisionAir utilise des drones de tailles variées, assemblés à partir de composantes fournies par diverses compagnies, telles la chinoise DJI Innovations et l'allemande MikroKopter. L'entreprise québécoise fait affaire avec ceux que l'on nomme des intégrateurs, dont l'américain Quadrocopter, qui montent des drones à la carte. « Je pense que c'est l'idéal, parce que ça te permet de créer la recette qui correspond à tes besoins », de dire Patrick St-Arnaud, dont l'équipement lui permet d'utiliser des caméras comme la RED Epic et la C300 de Canon. Pilote de drone et journaliste, Benjamin Jébrak œuvre de son côté au démarrage d'une compagnie spécialisée dans la prise de vue aérienne, Elipto. Composée de gens issus de divers horizons, celle-ci veut offrir ses services en matière d'inspection industrielle et agricole. « On s'est rapidement rendu compte qu'il valait mieux construire nos propres drones, affirme Benjamin Jébrak. L'avantage, outre un plus faible coût, c'est qu'on les connait par cœur. Mais il existe peu de documentation pour ce marché-là. » Son équipe magasine les pièces sur le web et favorise la philosophie open source (code source ouvert), impliquant le partage d'informations avec les internautes. Cette compagnie émergente possède un tricoptère (3 hélices) et un hexacoptère (6 hélices). Le premier sert à l'entraînement des pilotes et pourrait éventuellement, permettre de couvrir des événements sportifs. « Mais il faut être capable de ne pas déranger les athlètes, par exemple en utilisant des hélices en carbone qui sont moins bruyantes », précise Benjamin Jébrak. En plein essor, le drone entre dans une période charnière de son développement. « Nous allons voir comment la sphère civile va récupérer cette technologie d'origine militaire pour en faire un outil professionnel », conclut le pilote.

Depending on the customer’s needs, VisionAir uses drones of different sizes, assembled from components supplied by various companies, such as the Chinese firm DJI Innovations and the German company MikroKopter. The Quebec firm does business with them on behalf of what are referred to as “ integrators ” — the U.S.-based Quadrocopter, for example — which assembles custom flying machines. “ I think that’s the ideal, because it allows you to create a recipe that reflects your needs, ” says St-Arnaud, whose equipment allows him to use cameras like the RED Epic and the Canon C300. Drone pilot and journalist Benjamin Jébrak is working on starting a new company that specializes in aerial filming. Comprised of people from different backgrounds, Elipto would offer its services for industrial and agricultural inspections. “ We realized fairly quickly that it was better to build our own drones, ” he says. “ The advantage, aside from the lower cost, is that we know them inside and out. But there isn’t much documentation for this market. ” His team shops for parts on the Web and advocates an open source philosophy, which involves sharing information with Internet users who are passionate about these technologies. This emerging company has a tricopter (3 rotors) and a hexacopter (6 rotors). The first is used for pilot training and could eventually cover sports events. “ But you have to avoid disturbing the athletes, for instance by using carbon propellers, which are less noisy, ” Jébrak notes. The rapidly rising drone is reaching a turning point in its development. “ We’ll see how the civilian world makes professional use of this technology, which was originally developed for the military, ” he says.


Photo prise avec un objectif SP AF17-50mm f/2.8 XR Di II LD (IF)

Des créations à l’infini ! AF18-270mm f/3.5-6.3 Di-II VC PZD

SP AF17-50mm f/2.8 XR Di II LD (IF)

Zoom 15x petit et léger

Lumineux et ultracompact

pour Nikon, Canon ou Sony

Moteur d’autofocus ultrasonique (PZD) Équivalent de 28mm à 419mm (en 35mm) VC (compensation des vibrations)

pour Nikon, Canon, Pentax ou Sony

16 éléments en 13 groupes Focus minimal 0.27m (10.6po.) Équivalent à 26-78mm (35mm)


110

ÉVÉNEMENTS 2013 > EVENTS

Une optique révolutionnaire

ÉTAIT LÀ WAS THERE

— © stéphane bédard

Nous soutenons le milieu québécois de la photo et de la vidéo depuis 1927. Supporting Quebec’s photography and videography community since 1927.

Lozeau et Nikon ont fourni du matériel vidéo lors du Coors Light Saint-Sauveur Challenge, une compétition de films en montagne. Athlètes et vidéastes ont eu 3 jours pour réaliser des courts-métrages de 3 minutes. > Lozeau and Nikon supplied the video equipment for the Coors Light Saint-Sauveur Challenge, a Mont Saint-Sauveur film competition. Athletes and videographers had three days to produce 3-minute short films.

— © stéphane vairo

— © sébastien roy

Andrea Cloutier, finissante en photographie au Collège Dawson à Montréal, a reçu le Prix de l’Excellence Lozeau pour ces 2 clichés. > Andrea Cloutier, a photography graduate from Dawson College in Montreal, received the Lozeau Award of Excellence for her two photos. Lozeau s’est associé à l’organisme MASSIVart dans le cadre de l’événement artistique Chromatic, prêtant du matériel vidéo pour la production de capsules. > Lozeau partnered with MASSIVart for the Chromatic arts event contributing supplies for the production of short videos.

Le concours photo Zoom sur le Festival de Jazz, organisé par Lozeau, a permis de faire découvrir la vision qu’ont plusieurs photographes de ce festival international. > The Zoom in on the Jazz Fest contest, organized by Lozeau, showcased a number of photographers’ visions of the international festival.

RX10

— © evans parent

La fusion d’un objectif 24-70mm et d’un 70-200mm f/2.8 a révélé cette optique 24-200mm f/2.8 constant incroyablement compacte. Lozeau a contribué à la réussite du Festival international du film de Freeski (IF3) au cours duquel étaient · 20,2 présentés mégapixels, Exmor R des filmscapteur de ski réalisés parVario-Sonnar des professionnelsT* et 8,3x, des ama· Zoom f/2.8, Wi-Fi teurs de différents pays. > Lozeau · Vidéo HD 1080p, écran 3po contributed to the successorientable of the International Freeski Film25 Festival · Contrôle manuel, ISO 600, RAW & JPG (IF3), which screens ski films created by professionals and amateurs from Tout au long de 2013, Lozeau est fier d’avoir partidifferent countries. cipé, avec Samajam, à l’un des plus grands projets musicaux luttant contre le décrochage scolaire. > Throughout 2013, Lozeau was proud to have participated, along with Samajam, in one of the largest LOZEAU A PARTICIPÉ À TOUS CES ÉVÉNEMENTS, ET À D’AUTRES. music projects discouraging kids from dropping THESE ARE JUST SOME OF THE EVENTS LOZEAU HAS SUPPORTED. out of school.


V O I C I U N A P PA R E I L PHOTO AUSSI

RÉV O L U T IO N N AI RE Q U E V O U S L’ Ê T E S

Le nouvel Olympus E-M1 de la gamme OM-D est l’arme absolue pour vivre, créer et partager votre vision où que vous soyez. Avec son nouveau capteur de 16 MP doté de la technologie Dual autofocus, un obturateur mécanique de 1/8000s et un mode rafale à 10 images/s, l’E-M1 peut tirer à la vitesse de l’éclair. De plus, la stabilisation d’image intégrée sur 5 axes assure des photos nettes avec tous les objectifs et vous inspirera à photographier comme un pro. Le tout est emballé dans un élégant boîtier en alliage de magnésium pour des images sublimes en tout temps. Voyez le monde avec Olympus. www.getolympus.com/em1

L’un des boîtiers les plus petits et les plus légers de sa catégorie à 0,5 kg* Wi-Fi intégré Viseur interactif *Boîtier E-M1 seul

Image de Diego Garin Martin faite avec appareil et objectif OM-D


d800.nikon.ca

PLÉNITUDE PLEIN CADRE PLEIN RÉGIME LE NIKON D800. VIDÉO. PHOTO. PLÉNITUDE. Conçu pour répondre aux attentes des professionnels du multimédia, le Nikon D800 36,3 MP au format FX combine performances supérieures, rapidité et fonctionnalité avec un système d’imagerie totalement intégré. Le D800 fournit des vidéos de qualité professionnelle en Full HD (1080p) et incarne l’outil par excellence pour le professionnel accompli.

Magazine 6229  
Advertisement