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NOUVELLES DE L’INDE Ambassade de l’Inde

sept-oct 2013

Numéro 412

Politique Plusieurs visites de hauts fonctionnaires du gouvernement indien ont ponctué ces derniers mois que nous vous invitons à découvrir

Histoire Le Pavillon des Indes, monument historique dans le parc de Bécon à Courbevoie

Cinéma Comment la France et l’Europe voient-elles le Cinéma Indien ?

Punjab

LE GRENIER DE L’INDE


Présentation des lettres de créance par

l’ambassadeur au président de la

©Présidence de la République Française/L.Blevennec

république française

L’Ambassadeur de l’Inde, M. Arun K. Singh a présenté ses lettres de créance au Président de la République Française, M. François Hollande, le 11 juillet, au Palais de l’Elysée.

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Nouvelles De L’Inde


EDITORIAL Chers lecteurs,

N

ous sommes heureux de vous retrouver après un bel été et les vacances. Nous vous souhaitons à tous une très bonne rentrée !

Ce numéro commence par la photo de notre nouvel ambassadeur, M. Arun K. Singh, qui a présenté ses lettres de créance au Président de la République française le 11 juillet. Nous sommes ravis de reprendre notre série sur les Etats avec cette fois l’Etat du Punjab, réputé pour avoir l’une des cultures les plus expressives de l’Inde. Nous essaierons de vous présenter les divers aspects culturels, sociaux et économiques de ce « grenier de l’Inde ». La capitale du Punjab, Chandigarh, a des liens avec la France puisque la ville fut conçue par l’éminent architecte français, Le Corbusier, auquel nous consacrerons un article dans notre prochain numéro. Ce numéro met aussi l’accent sur les visites des Ministres indien de l’Aviation civile, du Développement Urbain, du Commerce et de l’Industrie ainsi que celle du Secrétaire Général du Ministère indien des Affaires Etrangères. Ces visites de haut niveau jouent un rôle très important dans le renforcement des relations bilatérales entre nos deux pays. Nous avons également mis en lumière deux autres sujets d’intérêt, la présentation de la bibliothèque depuis son installation dans de nouveaux locaux et l’annonce de la Journée des Enfants le 14 novembre prochain. Nous espérons que nos lecteurs trouveront du temps pour venir visiter la bibliothèque et faire passer le mot sur le concours pour enfants. Nous remercions les lecteurs pour leurs retours et suggestions par rapport à la nouvelle présentation des Nouvelles de l’Inde. Nous incorporerons vos suggestions petit à petit. Bonne lecture !

Apoorva Srivastava Premier Secrétaire (Presse, Information & Culture)

Nouvelles De L’Inde septembre-octobre 2013

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Nouvelles de l’Inde, Paris

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Sommaire

Politique 05

Visites officielles Plusieurs visites de hauts fonctionnaires du gouvernement indien ont ponctué ces derniers mois que nous vous invitons à découvrir

Interview 08

Kavita Garg « Une petite Inde en plein cœur de Paris ! »

Dossier Punjab 10

Introduction Le Punjab, un paradis exceptionnel en Inde

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Business Des industries variées et puissantes

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Tourisme Un beau potentiel touristique

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Artisanat Artisanat, un patrimoine vivant

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Littérature Un héritage multiculturel

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Cuisine Une cuisine inspirée par les rois moghols

Santé 30

Ayurveda Quand l’Ayurveda adore le dos

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Littérature 33

Revue des Livres

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Le Tirukkural

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Bibliothèque

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Bibliothèque de l’Ambassade de l’Inde

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Nun-Kun

Monument

Cinéma 56

Culture L’Inde en France Exposition Vernacular India

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Indien Comment la France et l’Europe voientelles le Cinéma Indien ?

Zoom sur la culture indienne

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ISRO Du nouveau dans le ciel

Le Pavillon des Indes, monument historique dans le parc de Bécon à Courbevoie

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Artiste : Ariane Gray Hubert

Sciences 55

Histoire

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Peinture : Sujata Bajaj

Pianiste concertiste, chanteuse, compositeur

Hommage à l’expedition franco-indienne au mont Nun Kun en 1953

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Echos et senteurs Autour d’une peinture murale de Sujata Bajaj

Réalisation 40

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Nouvelles De L’Inde

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Visites officielles

Politique

Plusieurs visites de hauts fonctionnaires du gouvernement indien ont ponctué ces derniers mois que nous vous invitons à découvrir. Visite du Secrétaire Général du Ministère indien des Affaires Etrangères, M. Ranjan Mathai, à Paris du 16 au 18 Juin 2013

L

e Secrétaire Général, M. Ranjan Mathai, était en visite à Paris pour les Consultations annuelles du Ministère des Affaires étrangères entre l’Inde et la France qui se sont tenues le 17 juin 2013. M. Pierre Sellal, Secrétaire Général du Ministère des Affaires étrangères, conduisait la délégation française. Au cours de leurs discussions, ils ont passé en revue les relations bilatérales et le progrès accompli dans l’expansion du partenariat stratégique entre l’Inde et la France, y compris la coopération dans des secteurs-clés tels que le nucléaire civil, la défense, l’espace et la sécurité ainsi que le commerce bilatéral et l’investissement, l’éducation et la coopération scientifique, les échanges entre les deux peuples et la culture. Ce fut également une occasion utile pour échanger sur les questions régionales et multilatérales d’intérêt commun. Les deux parties ont saisi cette opportunité pour faire le point sur le progrès réalisé dans la mise en application des décisions prises durant la visite d’Etat réussie du président français François Hollande, les 14 et 15 février 2013, et prévoir les futures étapes pour étendre et renforcer leurs

Le Secrétaire Général M. Ranjan Mathai avec son homologue français, M. Pierre Sellal

liens bilatéraux. Le Secrétaire Général M. Ranjan Mathai et son homologue M. Pierre Sellal ont signé l’accord sur l’exemption mutuelle de la nécessité d’un visa court-séjour pour les détenteurs de passeport diplomatique. Les deux parties ont affirmé leur détermination à travailler ensemble pour réformer le Conseil de Sécurité des Nations Unies afin qu’il soit plus représentatif et reflète mieux l’ordre international actuel. L’Inde a exprimé son appréciation pour le franc soutien de la France à son souhait de devenir

membre du Groupe des fournisseurs nucléaires et autres régimes de contrôle des exportations. Durant sa visite, le Secrétaire Général a rendu visite au Ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius. Il a posé la pierre de fondation du bâtiment d’extension de la Maison de l’Inde, situé sur le campus de la Cité Internationale Universitaire de Paris. Le projet devrait être terminé en septembre 2013 et procurera 72 chambres supplémentaires pour accueillir étudiants et chercheurs indiens. n

M. Ajit Singh, Ministre de l’Aviation civile, s’est rendu en France du 16 au 19 juin à l’invitation de M. Frédéric Cuvillier, Ministre des Transports du gouvernement français

M

. Ajit Singh était présent pour l’inauguration du 50ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget, plus connu sous le nom de Salon du

L’ambassadeur M. Arun K. Singh, le Ministre de l’Aviation civile, M. Ajit Singh et le Président de Hindustan Aeronautics Limited, M. R.K. Tyagi

Bourget, Paris Air Show par le Premier ministre français et a assisté au défilé aérien des avions français. Le Ministre de l’Aviation civile s’est rendu sur les stands exposants des sociétés où il s’est entretenu avec des responsables qui ont montré quelques-unes des nouvelles technologies de l’aviation développées par ces sociétés. Le Ministre de l’Aviation civile a également rendu visite au stand de Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à l’ Air Show le 18 juin 2013. Le même jour, le Ministre de l’Aviation civile a tenu des discussions bilatérales avec son homologue français, M. Frédéric Cuvillier, ministre français des Transports au stand de la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) dans l’enceinte de l’Air Show. Le Ministre

était accompagné de M. Arun K. Singh, ambassadeur de l’Inde en France, de M. K.N. Srivastava, Secretary, auprès du Ministère de l’Aviation civile, de M. Prabhat Kumar, Joint Secretary auprès du même ministère. Les deux ministres ont exprimé leur satisfaction sur les relations bilatérales profondes et à multiples facettes qu’entretiennent l’Inde et la France et ont réitéré le désir de leurs gouvernements respectifs d’étendre ces liens. Le Ministre français de l’Aviation civile a exprimé le vif désir des sociétés françaises d’étendre leur coopération avec l’Inde qui est l’un des marchés de l’aviation civile qui affiche la croissance la plus rapide dans le monde. Le Ministre de l’Aviation civile a salué l’intérêt français et a réitéré l’engagement du gouvernement de

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Politique

Visites officielles

L’ambassadeur M. Arun K. Singh, M. Ajit Singh et M. R.K. Tyagi

créer un environnement positif pour permettre aux étrangers d’investir dans tous les secteurs de l’Aviation civile en Inde. Il a exprimé son plaisir de voir se développer la collaboration entre les autorités françaises et indiennes dans le domaine des contrôleurs du trafic aérien. Le Ministre de l’Aviation civile s’est également brièvement entretenu avec le ministre canadien du Commerce, M. Ed Fast en marge de l’Air Show. Les deux ministres sont tombés d’accord pour continuer et renforcer la coopération bilatérale entre les deux pays dans le secteur de l’aviation civile. Le Paris International Air Show

est l’un des plus anciens et des plus grands Air Show au monde, cette présente édition montrant plus de 300 types différents d’avions, de composants d’avion et de nouvelles

technologies aéronautiques présentés par plus de 200 exposants de 44 pays différents. Plus de 300 000 visiteurs étaient attendus au Salon durant les six jours de l’exposition. n

Visite officielle de M. Kamal Nath, Ministre pour le Développement Urbain et les Affaires Parlementaires à Paris les 26 et 27 juin 2013

M

. Kamal Nath, Ministre pour le Développement Urbain et les Affaires Parlementaires était en visite officielle à Paris les 26 et 27 juin 2013 suite à l’Accord Administratif signé entre l’Inde et la France en octobre 2012 dans le domaine du Développement Urbain Durable. Durant la visite du président français, François Hollande, en Inde en février 2013, la déclaration conjointe émise par le Premier ministre Dr. Manmohan Singh et le Président Hollande a planifié la voie pour intensifier et renforcer la relation bilatérale et avait identifié le développement urbain comme un secteur-clé de coopération bilatérale renforcée. Le Ministre Nath lors de sa rencontre avec Mme Nicole Bricq, Ministre du Commerce extérieur du gouvernement français, a réitéré l’engagement de l’Inde pour combler le déficit d’infrastructure en collaboration avec des pays partenaires. Le Ministre Nath a souligné la nécessité de développer davantage de programmes pour renforcer les capacités pour les professionnels du secteur urbain et a remercié le gouvernement français d’avoir récemment organisé un tel programme sur la planification urbaine à Paris. Les deux ministres se sont félicités de la décision du gouvernement indien d’organiser avec l’ambassade de France en Inde, un séminaire sur les Tramways à New Delhi le 9 septembre 2013 et de le faire suivre d’un Séminaire sur les Eco-cités plus tard dans l’année. Le 26 juin, M. Nath a également rencontré Mme Delphine Batho, Ministre français de l’Ecologie, du Développement durable et l’Energie. Les deux ministres ont exprimé leur satisfaction quant à la

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Nouvelles De L’Inde

coopération croissante entre l’Inde et la France, y compris dans l’intérêt montré par les sociétés françaises à investir en Inde dans le développement urbain durable et ont réaffirmé le soutien de leur gouvernement respectif pour une telle coopération. Le Ministre pour le Développement Urbain a rencontré Mme Cécile Duflot, Ministre français de l’Egalité des territoires et du Logement le 27 juin. Monsieur Kamal Nath a rappelé l’engagement du gouvernement à fortement soutenir la fourniture de logements abordables pour les couches défavorisées de la société ainsi que l’engagement à rehausser et à améliorer la qualité du logement pour les plus démunis vivant en villes à travers des projets de réhabilitation in-situ. Ceci crée une formidable opportunité pour les sociétés françaises pour investir

dans le secteur en Inde et le Ministre du Développement urbain a invité les sociétés françaises à profiter de cette opportunité. Le Ministre a pris la parole lors d’une Table ronde réunissant des chefs d’entreprises avec des dirigeants français de l’industrie organisée par MEDEF- International le 27 juin 2013. Plus de 35 grosses sociétés françaises étaient présentes à la Table ronde qui a mis l’accent sur l’Inde en tant que destination attrayante pour les entreprises françaises, particulièrement dans le secteur de l’infrastructure urbaine. Le Ministre Nath a informé les dirigeants des entreprises qu’un important coup de pouce serait donné au Partenariat Public-privé (PPP) dans le cadre le la prochaine phase du JNNURM, spécialement pour les grandes villes. n

M. Kamal Nath, Ministre pour le Développement Urbain avec Mme Cécile Duflot, Ministre français de l’Egalité des territoires et du logement


Visites officielles

Politique

Le Ministre des Finances francois, M. Pierre Moscovici et M. Anand Sharma, Ministre indien du Commerce et de l’Industrie, inaugurant la 6ème Conférence des CEO à Paris

M

. Anand Sharma, Ministre indien du Commerce et de l’Industrie (CIM) a assisté à une réception donnée par le Président français François Hollande le 8 juillet 2013 à l’occasion de la 6ème réunion du Forum franco-indien des chefs d’entreprise. Il a également eu une brève rencontre avec le Président en marge de ce Forum. S’exprimant à la réception, le Ministre du Commerce et de l’Industrie a souligné la vision globale et stratégique que partagent la France et l’Inde tout en remerciant le Président français pour son vif intérêt dans les relations commerciales entre l’Inde et la France. Le Ministre Sharma a par ailleurs rencontré le Ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, le 8 juillet 2013. Les deux ministres ont échangé leurs points de vue sur une série de questions et sur les développements régionaux et mondiaux présentant un intérêt commun pour les deux pays. Ils ont également discuté des moyens de capitaliser sur l’excellente compréhension politique entre l’Inde et la France pour accroître les relations économiques et commerciales bilatérales. Plus tard, le Ministre Sharma a assisté à un diner officiel donné par le Ministre des Affaires étrangères. Plus tôt dans la journée, le Ministre du Commerce et de l’Industrie a inauguré la 2ème Session du Forum franco-indien des chefs d’entreprise avec le Ministre français de l’Economie et des Finances, M. Pierre Moscovici. Dans son allocution au Forum, le Ministre Sharma a mis en avant les solides fondamentaux de croissance de l’Inde, ancrés dans les profondes valeurs démocratiques. Il a invité les investisseurs français à poursuivre leur engagement envers les sociétés indiennes et l’investissement en Inde dans l’objectif d’un partenariat gagnant-gagnant privilégié par les relations politiques fortes entre les deux partenaires stratégiques. Le Ministre a souligné le besoin qu’un plus grand nombre de sociétés françaises soutiennent le secteur des petites et moyennes entreprises. Indiquant les dispositions de la Politique Industrielle Nationale de l’Inde (NMP), le Ministre Sharma a indiqué aux chefs d’entreprise français les opportunités d’investissement qui

M. Anand Sharma, Ministre indien du Commerce et de l’Industrie avec M. Pierre Moscovici, Ministre des Finances français et l’ambassadeur, M. Arun K. Singh

étaient en train d’être créées dans les Zones Industrielles et d’Investissement Nationales vierges intégrées et autogérées à la fois le long et à l’extérieur du couloir industriel Delhi-Mumbai. Le Ministre a également répondu à des questions soulevées par certains chefs d’entreprise français, la plus importante étant la question de la protection des brevets en Inde. Il a clarifié que les lois indiennes sur la propriété intellectuelle étaient complètement conformes à l’Accord sur les ADPIC et que l’Inde avait utilisé la flexibilité ADPIC avec beaucoup plus de modération qu’un certain nombre d’autres pays, y compris des pays industrialisés. Pour le cas Novartis, le Ministre a expliqué que l’affaire était instruite par la Cour suprême et non par une action législative. Le Ministre français de l’Economie et des Finances a déclaré que la France était bien consciente du potentiel de croissance de l’Inde comme le démontrait la présence de plus de 700 sociétés françaises en Inde. Il a également dit que la France soutenait la signature du large Accord de Commerce et d’investissement Inde-Europe dans l’esprit d’un bénéfice mutuel. Le Ministre Sharma a également eu des entretiens avec les chefs d’entreprises françaises ayant une forte présence en Inde y compris Lafarge et Capgemini. Les chefs d’entreprise ont

informé le Ministre du Commerce et de l’Industrie de leurs futurs plans en Inde et ont soumis des suggestions pour continuer à améliorer le climat d’investissement. Le 9 juillet 2013, le Ministre a eu par ailleurs des discussions bilatérales avec son homologue, Mme Nicole Bricq, Ministre du Commerce Extérieur. Le Ministre Sharma a demandé au Ministre français d’encourager les sociétés françaises à participer dans des secteurs clés en Inde tels que l’infrastructure, le transport, la haute technologie et l’énergie. Le Ministre a souligné la nécessité pour le gouvernement français de fournir un soutien stratégique aux industries françaises désireuses de faire des affaires en Inde tout en assurant que le gouvernement indien s’engageait à procurer un environnement politique porteur et positif pour les investissements étrangers dans plusieurs secteurs clés. Le Ministre a également souligné le besoin d’un fort soutien français au niveau politique pour conclure rapidement l’Accord Bilatéral de Commerce et d’Investissement entre l’Inde et l’Union Européenne (India-EU BTIA) qui contribuerait à la croissance dans le commerce bilatéral et l’investissement. Il a également invité le Ministre français à se rendre en Inde dès qu’elle le pourrait. n

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Interview

Kavita Garg

« Une petite Inde en plein coeur de Paris ! » Kavita est une jeune Indienne de Delhi, elle étudie à la capitale, se spécialise dans le commerce et la comptabilité. A l’issue de ses études, elle décide d’apprendre le français, sans conviction réelle, mais simplement parce que l’Alliance Française est à proximité de chez elle. Ironie du sort, elle se passionne pour la langue de Molière et notamment pour sa grammaire et devient quelques années après, professeur à l’Alliance Française de Delhi. Au bout de cinq ans, elle entreprend de partir pour ce pays et d’enseigner l’anglais aux écoliers français. Kavita songe à développer sa vocation après une expérience mitigée à l’éducation nationale, peu de temps après elle fonde une école de langue hindi. aussi à disposition une librairie avec différents outils pédagogiques. Q : Quels élèves cible t-elle ? L’école cible des personnes actives souhaitant apprendre une langue indienne en tant que loisir. Il peut s’agir de futurs expatriés, d’étudiants, de personnes d’origine indienne souhaitant découvrir la langue de leurs origines, de passionnés qui affectionnent tout bonnement l’Inde... Certains de mes élèves dont le copain ou la copine est indienn(e), veulent apprendre la langue pour plaire et converser avec leur famille étrangère, ce sont en général les plus motivés.

Q : Quelles sont les raisons qui vous ont dirigé à être professeur de hindi à Paris ? Déjà, je voulais toujours être professeur. A l’époque, ma bellemère, Madame Françoise Baudot, tenait la librairie Ambika (une librairie spécialisée en ouvrages indiens, aujourd’hui fermée). Elle m’a donc proposé de donner quelques cours de hindi, la demande fut croissante avec le temps, il a donc fallu penser et aménager un centre linguistique. Mon mari m’y a encouragée, et il s’est d’ailleurs beaucoup investi dans cette entreprise lui aussi. Q : Qu’apporte votre école ? Avec l’apprentissage principal du hindi, nous sommes le seul organisme en France à proposer des cours de langue malayalam (la langue du Kerala) et nous proposons également des cours d’initiation au sanskrit (la langue de l’Inde sacrée). Nous mettons

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Nouvelles De L’Inde

Q : Comment se passe une journée de classe par rapport aux cours que vous organisez ? Ce n’est pas un enseignement scolaire, donc l’organisation est

L’école est constituée avant tout par deux piliers qui entourent Kavita : Françoise Baudot, pour le conseil en librairie et Gautam (Christian Denys) pour la gestion administrative. Kavita Garg m’a reçu dans son école en soulignant vraiment la passion de son travail, celui de promouvoir et d’enseigner la langue officielle indienne : le hindi.

peu ordinaire mais appropriée à nos élèves. Beaucoup de nos cours débutent en soirée ou le week-end : il y a les cours de groupes de différents niveaux, sinon des cours particuliers, il m’arrive de donner des cours par téléphone aussi. Je peux vous dire que ça me prend la journée complète en incluant la préparation des cours. Je peux recevoir chaque nouvel élève qui le désire pour un entretien et ainsi on peut déterminer ensemble son souhait de programme et son niveau. Q : En fait, ça relève d’un vrai challenge de compétence ? Oui, on peut le dire, je me mets aussi en condition physique pour ça, avec le yoga qui fait partie de ma vie intégrante ; je le conseille également à mes élèves et dispense des cours d’initiation au yoga en hindi à ceux qui le veulent, mais en pleine nature.


Kavita Garg

Je leur inculque des exercices de respiration (pranayama). Q : Quels avantages possède votre école ? Le point fort c’est que l’on répond à la demande de l’élève. Nos cours sont principalement à la carte, il y a beaucoup d’ateliers à disposition (plus de cent ! Et pour tous les goûts) ce qui permet une grande flexibilité, c’est un des atouts de notre centre. Notre enseignement est perçu comme un loisir, il est destiné à des personnes qui ont une activité professionnelle ou universitaire. Les cours sont élaborés pour être ludiques. Q : Quelles sont les activités annexes à l’école ? Nous organisons, principalement avec nos élèves et anciens élèves, des sorties culturelles informelles sur le thème de l’Inde en région parisienne. Cette expérience crée des liens. Ces sorties culturelles ont commencé grâce à un élève fan de Shah Rukh Khan qui souhaitait aller voir son dernier film au cinéma. Nous organisons également des visites guidées de Paris en hindi, des séances de cuisine à domicile, des cours de hindi en plein air qui se poursuivent par un pique-

nique avec nos élèves et des fervents de l’Inde. Nous avons exploré pas mal d’idées… Par exemple, ce soir je vais apprendre à mes élèves l’hymne national indien pour commémorer l’anniversaire de l’indépendance du pays (en 1947) à l’ambassade de l’Inde ce jeudi 15 août. Q : Comment jugez-vous l’évolution de votre enseignement ? Voilà déjà près de 3 ans que nous exerçons notre profession au centre et nous faisons un bilan qui répond à chaque fois en faveur de la demande des élèves. Comme je vous le disais, notre but est de permettre aux initiés de pouvoir un jour converser et vivre une aventure indienne sans tournures compliquées et littéraires, mais avec des bases essentielles sérieuses. Nous avons des petits groupes de moins de six personnes des fois, ce qui permet de donner une attention particulière à chacun, c’est idéal pour le professeur aussi. Nous avons décidé, par expérience, de ne plus faire de contrôles de fin de programme car cela stressait inutilement nos élèves et avait un aspect trop scolaire. En remplacement, nous proposons des

Interview

ateliers exercices pour évaluer ses acquis et nos élèves adorent ! Q : Vos projets d’avenir ? Nous aimerions élargir le centre linguistique en 2014, avec la possibilité d’accueillir d’autres professeurs de hindi et bien entendu, enseigner d’autres langues indiennes. Le souci majeur est de trouver la personne adéquate à la fois en termes de pédagogie et de compétences linguistiques. Nous voulons évidemment que le professeur adapte son enseignement à la politique de l’école. A bon entendeur… Q : Quelle est la devise de l’école ou la vôtre ? Promouvoir la culture indienne en France, faire connaître l’Inde aux Français. En fait, depuis que je suis en France, je cherche à créer une petite Inde en plein cœur de Paris : une école qui transmette les traditions, la culture et les langues de l’Inde. n

Par Laurent Adicéam-Dixit Retrouver toutes les informations complémentaires sur le site : www. kavitagarg.com

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Dossier

Le Punjab

Info générales:

Capitale Principales villes

Capitale : Chandigarh Etats voisins : L’Etat est bordé à l’Ouest par le Pakistan, au Nord par le Jammu & Kashmir, au Nord-Est par l’Himachal Pradesh, au Sud et Sud-Est par l’Haryana et au Sud-Ouest par le Rajasthan Langues : punjabi, anglais, hindi Surface (km²) : 50,362 Districts : 22 Population totale : (27,7 millions)

Gurdaspur

Répartition par sexe ( nombre de

Amritsar

femmes pour 1000 hommes) : 893

Hoshiarpur

Taux d’alphabétisation (%) : 76,1 Revenu par tête d’habitant : 54,1 Investissements Directs Etrangers d’avril

Tarn Taran

Kapurthala Kathala

2000 à decembre 2012 ($ billion) : 1,18 Zones économiques spéciales : 2

Firozpur

Jalandhar

Nawan Shahar Rupnagar

Faridkot

Ludhiana

Moga

Barlana

Muktsar

Bathinda

Chandigarh Sas Nagar

Fatehgarh Sahib

Sangrur

Patiala

Mansa

Le Punjab,

un paradis exceptionnel en Inde

C’est l’un des plus beaux Etats du sous-continent indien par sa verdure flamboyante. Il est aussi l’une des terres les plus fertiles au monde, et ce n’est pas pour rien qu’il a été surnommé « le grenier à blé de l’Inde ». Il a fait vibrer Alexandre le Grand par sa richesse et la puissance de ses princes. Il a connu les invasions aryennes, grecques, turques et mogholes, et subi de plein fouet les affres de la Partition, en 1947.

U

n petit bout de « terre promise ». De par sa situation géographique unique, mais aussi en raison du caractère industrieux de ses habitants, le Punjab a connu un boom économique exceptionnel. En termes de revenu par habitant, il arrive au premier rang des 28 Etats (29 avec le Telangana !)

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Nouvelles De L’Inde

de la Fédération indienne. Il n’est pas exagéré de dire qu’il figure parmi les Etats qui tirent la croissance du pays et qu’il est devenu un véritable espace de conquête pour les entrepreneurs. Appelé également « le pays aux cinq rivières » - et c’est littéralement de là qu’il tire son nom, puisque « Punj »

signifie cinq et « ab », cours d’eau -, le Punjab est arrosé par la Beas, la Sutlej, la Ravi, la Chenab et la Jhelum. Il s'étend sur trois régions naturelles, la partie montagneuse, au nord et nord-est, où les altitudes grimpent jusqu’à quelque 900 mètres. Au centre et à l'ouest se dressent des collines et de vastes plaines, c’est là


Le Punjab

que se trouve la région la plus fertile, avec ses sols alluviaux. La partie située au sud-ouest de la plaine est semi-aride, débouchant sur le désert de Thar, qui se prolonge au Rajasthan. Les Punjabis ont cependant mené à bien en ces lieux plusieurs projets d'irrigation afin de rendre cette terre cultivable. Ce système

d’irrigation bien rôdé permet d’apporter l’eau nécessaire aux cultures sur la quasi-totalité des terres arables, les canaux et les puits représentant les principales sources d'irrigation. Le Punjab est aussi une sorte de vaste réserve naturelle. Il dispose d’une faune et d’une flore exceptionnelles, les forêts

Dossier

et les fermes animalières représentant des sources de revenus non négligeables pour l’Etat. Rien d’étonnant, donc, si l’activité principale de l’Etat demeure l’agriculture, qui emploie 75 % de la population. Le Punjab produit une partie importante des céréales de l'Inde et apporte une

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Dossier

Le Punjab

forte contribution au stock de blé et de riz détenu par le Fonds Central (un système de dépôt national de céréales alimentaires en surplus). A lui seul, le Punjab produit 20% du blé indien ainsi que 9% du riz du sous-continent, ce qui représente respectivement 2% et 1% de la production mondiale. Les avancées multiples et l’augmentation des rendements agricoles ayant permis à l’Inde de devenir un pays autosuffisant sont le fait de la « révolution verte ». Ce programme lancé dans les années 1960, a non seulement introduit de nouvelles technologies agricoles, mais aussi des variétés à haut rendement de blé et de riz. Le tout grâce à l’utilisation massive de fertilisants et de pesticides, mais aussi de nouvelles graines génétiquement modifiées. Depuis l'avènement de la révolution verte, l'Etat a fait de rapides progrès dans la production agricole. L'intensification des cultures a augmenté de 126% à 186% sur la période allant de 1965-1966 à 2004-05, de même que la superficie des terres consacrées à ces cultures. On notera aussi dans ce contexte que l'Etat régional a joué un rôle très important pour atteindre l'autosuffisance alimentaire en fournissant des financements aux agriculteurs pour acquérir des machines modernes ainsi que pour acheter des engrais et des pesticides. Il a aussi fortement contribué à la formation des paysans pour le développement d’une agriculture productive. Et pourtant. Ce qui fut un véritable miracle pour les Indiens qui souffraient alors gravement de malnutrition, est aujourd’hui remis en cause. Des responsables de New Delhi et du gouvernement régional du Punjab aux principaux acteurs de la société civile, nombreux sont ceux qui dénoncent les effets secondaires de la « révolution verte ». Certains allant jusqu’à affirmer que les pesticides abondamment utilisés, ont contribué à la multiplication des cancers dans l’Etat. De plus en plus d’agriculteurs se lancent donc dans le « bio ». Même si personne n’est dupe et que chacun sait que les revenus de la culture extensive resteront bien supérieurs. L’agriculture a façonné la mentalité punjabie L'Etat a deux saisons de cultures, et chacune porte un nom. Le « Rabi » est la saison des récoltes de printemps tandis que le « Kharif » est celle de l’automne. Hormis le blé et le riz, le Punjab cultive aussi du maïs, de l'orge et du

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Nouvelles De L’Inde

Des paysans punjabis travaillent dans les champs

millet. Alors que le rendement des légumes secs (légumineuses) a diminué depuis la fin du XXe siècle, il y a eu une augmentation rapide de la production commerciale de fruits, particulièrement les agrumes, les mangues, les goyaves etc. Les autres grandes cultures sont le coton, la canne à sucre, les oléagineux, les pois chiches, les arachides et des variétés de légumes. Autre activité agricole très développée, le bétail. Le Punjab est ainsi l'un des plus grands producteurs de lait en Inde, et compte pour 10% de la production nationale de lait. Enfin, grâce au développement de la culture de canne à sucre, la production en sucre y a aussi fortement augmenté ces dernières années. Le Punjab abrite l’une des plus importantes raffineries du pays : Morinda, qui a une capacité de broyage de 4000 tonnes par jour. Cette agriculture riche a façonné la mentalité, la culture et la vie économique du peuple punjabi. Quoi de plus naturel ? Environ 66 % de la population du Punjab vit en zone rurale contre 34% en zone urbaine. Ses principales villes sont Ludhiana, au centre de l’Etat, Amritsar au nord-ouest, Jalandhar dans le centrenord, Patiala dans le sud-est, et Bathie

dans la partie centre-sud de l'Etat. Si, dans toutes ces métropoles, les activités liées aux services (call centers, hôtellerie etc.) commencent à se développer, les Punjabis restent des gens profondément attachés à leur terre. D’une grande jovialité, ils sont très hospitaliers. Bons vivants, ils ne dédaignent pas la bonne chère, d’autant que la cuisine punjabie est délicieuse ! Pour autant, le Punjab fournit une bonne partie du contingent d’Indiens qui ont choisi de vivre à l’étranger, notamment au Canada et aux Etats-Unis. Le sikhisme, une religion tolérante Les Punjabis sont majoritairement sikhs, et c’est au Punjab que vous verrez les turbans les plus merveilleusement colorés. Cette religion, issue de l’enseignement du Guru Nanak, né au 15e siècle, est aujourd’hui la 5ème religion au monde, avec 20 millions de fidèles. Le sikhisme prône un message de dévotion, de paix, de tolérance et d’équité. Toutes valeurs que l’on retrouve indéniablement chez les Punjabis, qui sont accueillants et accordent une grande importance à la solidarité, à la gentillesse, au travail. Nombre d’entre eux sont des pratiquants sincères. Et les


Le Punjab

Dossier

Musée de Qila Mubarak à Patiala

Gurdwaras, lieux de culte des Sikhs, ne désemplissent guère. Le courage, l’honneur et la fierté de leur identité sont aussi bien ancrés dans la culture punjabie depuis des siècles. Aussi le Punjab fournit-il un nombre important de ses hommes à l’armée indienne. C’est d’ailleurs une tradition. Sous le « Raj » britannique, les maharajas du Punjab fournirent aux Anglais de nombreux soldats sur plusieurs théâtres de guerre. Et on dit que le peuple sikh est traditionnellement guerrier, qu’il excelle dans la pratique de l’art martial, qui fut développé jadis pour se protéger des envahisseurs. Le Punjab peut aussi s’enorgueillir de son penchant pour l’éducation de ses enfants. Selon le recensement de 2011, le taux d'alphabétisation y est de 76%. L'Etat a progressivement formé sa population pour permettre à ses habitants de faire face aux défis du XXIe siècle. A cette fin, il a fortement encouragé la participation du secteur privé dans le domaine de l'enseignement technique et professionnel. L'Etat dispose aujourd’hui de 41 écoles d'ingénieurs, 15 écoles de pharmacie, 46 instituts informatiques et plus de 170 instituts de formation industrielle, y compris ceux du secteur privé. Il forme chaque année environ 17 640 ingénieurs et près de 31 689 individus diplômés des instituts de formation industrielle du Punjab. Comme leurs pairs du Rajasthan et d’autres Etats princiers, les maharajas du Punjab qui avaient fait allégeance aux représentants de la couronne britannique en Inde, ont marqué cette période de leurs extravagances. On en trouve des traces notamment à Patiala et à Kapurthala, où de superbes palais témoignent de la grandeur passée des princes du Punjab. L’histoire moderne du Punjab indien quant à elle, est intimement liée à celle du Pakistan. Aujourd’hui, c’est au Punjab que se trouve le seul poste frontalier entre

l’Inde et le Pakistan, que l’on puisse traverser en voiture, en autobus, en camion… ou à pied. Situé à une trentaine de kilomètres d’Amritsar, au nord de l’Etat, le poste-frontière d’Attari qui fait face à Wagah, côté pakistanais, n’est cependant ouvert que quelques heures par jour. Seuls les diplomates étrangers peuvent le traverser 24 heures sur 24. Depuis quelques années, des camions chargés de marchandises en provenance des deux pays (essentiellement des denrées agricoles et des fruits secs) y transitent. C’est aussi par la

« Wagah Border » comme on l’appelle communément, que passe l’autobus qui relie Delhi à Lahore. Tous les soirs, les grilles sont fermées à AttariWagah et les drapeaux baissés au cours d’une cérémonie qui tient de la mise en scène entre gardes-frontières indiens et pakistanais. D’apparence martiale, elle est plutôt bon enfant. De chaque côté de la frontière, une foule d’Indiens et de Pakistanais s’entassent pour assister au spectacle. Mais il n’y a jamais eu de débordement. n

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Punjab : Business

Les pays sont intéressés à investir dans le secteur du textile au Punjab

Des industries

variées et puissantes

Le Punjab dispose d’industries variées. La plupart sont de petite taille. Sans surprise, les industries agro-alimentaires tirent bien leur épingle du jeu.

A

u Punjab, le secteur industriel emploie plus d’un million de personnes. Et depuis plusieurs années, l’Etat se positionne comme une destination clé pour les multinationales. Il a réussi à attirer des entreprises mondiales de renom telles que Nippon, Hitachi, Fujitsu, Nestlé, Glaxo Smith Kline et Motorola. Enfin, le Punjab est connu pour ses bicyclettes Hero, dont la production

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a enregistré une croissance rapide. Aujourd’hui, le Punjab est le plus grand fabricant de bicyclettes en Inde. L’Etat aurait pu devenir un centre de production de motos important si les menaces terroristes qu’ont fait planer les indépendantistes dans les années 1980 n’avaient découragé les investisseurs. Hero Honda et Maruti Suzuki envisageaient alors de construire une usine à Ludhiana. L’affaire est restée sans lendemain.

Le tissu industriel du Punjab se caractérise par la prédominance d’entreprises de petite taille. Leur nombre est estimé à 194 000 dans l’ensemble de l’Etat. Le Punjab dispose d’une large gamme d’industries. Cela va des aciéries et des unités de production de machines-outils aux usines d’instruments scientifiques de précision, en passant par la fabrication de produits électroniques. En raison de ses très


Punjab : Business

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La Jassar Farm à Narowal, au Punjab

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Grâce à ses vaches et surtout à ses buffles, les usines de transformation du lait sont très nombreuses, notamment dans la région d’Amritsar. Le Punjab est le troisième producteur de produits laitiers en Inde, après l’Haryana et le Gujarat

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importantes récoltes de coton (70% du coton haut de gamme en Inde vient du Punjab), les ateliers de confection sont nombreux. Même si, soulignent les spécialistes du secteur, le Punjab souffre d’un manque de filatures pour transformer le coton brut. Car l’industrie textile du Punjab a d’énormes atouts : outre l’accès au coton, elle peut compter sur la capacité de production d’une grande variété de textiles et s’appuie sur une main-d’oeuvre qualifiée. L’Etat est ainsi le deuxième plus grand producteur de coton et le troisième plus grand producteur de tissus en Inde. Avec la demande mondiale en textile, le commerce des tissus et les industries de l’habillement devraient croître très rapidement. A l’évidence, le Punjab a la possibilité d’augmenter ses capacités actuelles pour capturer une plus grande part du marché du textile. Les industries agro-alimentaires se taillent la part du lion. Le sucre est une ressource importante. Grâce à ses vaches et surtout à ses buffles, les usines de transformation du lait sont également très nombreuses, notamment dans la région d’Amritsar. Le Punjab est le troisième producteur de produits laitiers en Inde, après l’Haryana et le Gujarat (qui abrite la coopérative Amul, grande productrice

Les centres industriels Chandigarh – Mohali Bien qu’elle ne fasse pas partie de l’Etat et qu’elle soit placée directement sous la compétence du gouvernement central, Chandigarh est la capitale du Punjab et le siège administratif du gouvernement régional. Mohali est une commune jumelle de Chandigarh et la plaque tournante de la technologie de l’information (IT) / Technology Services Enabled d’information (ITES). On y trouve toutes les industries liées à l’électronique et les industries pharmaceutiques. Ludhiana – Jalandhar Réparti sur 6 400 km², Ludhiana - Jalandhar sont deux des plus grandes villes du Punjab, avec une population de plus de cinq millions d’habitants. Le pôle Ludhiana-Jalandhar est l’un des principaux centres industriels du Punjab, dominé par l’activité du textile. Ludhiana est le 1er centre de traitement de la laine et de fabrication et d ‘exportation des articles de bonneterie. Ce n’est pas pour rien si Ludhiana a été surnommé le « Manchester du Punjab ». Punjab Apparel Parc Afin de propulser Ludhiana aux premiers rangs mondiaux dans le secteur de la production de vêtements, le gouvernement punjabi est en train de créer le Punjab Apparel Parc à Ludhiana. Le parc, dont la création a coûté 75 millions de dollars, est développé par l’Association des exportateurs de vêtements de Ludhiana (APPEAL), en collaboration avec les petites industries de l’Etat et Export Corporation (PSIEC). Réparti sur 100 hectares, il devrait être autosuffisant en termes d’infrastructures, avec une usine de traitement des effluents et une centrale électrique. L’Etat propose de nombreux avantages fiscaux et met en place toutes les ressources nécessaires en vue d’attirer de nouvelles entreprises. Pushpa Gujral Cité des Sciences Lancé conjointement par le gouvernement régional et le gouvernement central, le Pushpa Gujral Science City (PGSC) est un centre international des sciences visant à favoriser la Recherche et le Développement dans le secteur agricole et à promouvoir l’agro-industrie. L’institut se déploie sur 72 hectares et est situé en plein cœur du Punjab, traversé par une route nationale reliant Jalandhar et Kapurthala.

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Punjab : Business

Les atouts du Punjab 1. Une population qualifiée, dynamique et entreprenante. 2. Une organisation administrative souple et favorisant la libre entreprise dans le cadre du développement de l’État. 3. Un pouvoir d’achat élevé. Le Punjab a le revenu par habitant le plus élevé en Inde. 4. Le réseau électrique et l’approvisionnement en eau sont performants 5. De solides infrastructures de transports 6. Disponibilité et accessibilité aux services financiers et banques 7. Excellente qualité de vie, environnement paisible et agréable.

de beurre, de fromages et autres produits laitiers en Inde). Le Punjab souhaite également tenir compte de cette force qu’est le secteur agricole pour développer la commercialisation des produits liés aux industries de transformation de biens alimentaires tels que les produits congelés et surgelés, pour répondre à la demande croissante des classes moyennes. L’artisanat et les industries qui en découlent sont aussi très actifs. Le Punjab compte près de 39.000 petites industries artisanales offrant une variété de fabrication de produits locaux de qualité. De bonnes infrastructures Le Punjab a un autre atout : la bonne qualité de ses infrastructures. Le réseau routier y est le plus développé

de l’Inde. Les routes nationales et régionales représentent 3 700 km et rendent facilement accessibles les moindres villages de la région. Les nombreuses voies à grande vitesse facilitent également l’accès d’un bout à l’autre de l’Etat comme la NH1 (The Grand Trank Road, la plus vieille route du sous-continent) qui relie Peshawar, au nord-ouest du Pakistan, au port de Chittagong, au Bangladesh, en passant par Jalandhar et Amritsar. Le chemin de fer relie aussi toutes les principales villes, Chandigarh, Ludhiana, Amritsar, Ferozepur et Jalandhar du Punjab. Cette ligne principale rallie New Delhi. D’autres projets sont en cours afin d’améliorer la connectivité intra-étatique et la capacité de charge des grands corridors ferroviaires pour faciliter la

Le projet de raffinerie Guru Gobind Singh (GGSR) à Bhatinda au Punjab

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Commerçant de textiles indiens sur un marché à Patiala

circulation rapide des marchandises, en particulier des céréales alimentaires et des produits destinés à l’exportation. Le Punjab dispose aussi d’un aéroport international à Amritsar, et d’aéroports nationaux à Chandigarh et à Ludhiana. On trouve à Amritsar un complexe de fret aérien, tandis que Ludhiana possède un dépôt de conteneurs intégré. Les sources d’énergies L’énergie est cruciale pour les secteurs industriels et agricoles du Punjab et l’Etat a œuvré à élargir et à renforcer ses installations électriques afin de répondre à la demande croissante des consommateurs dans divers secteurs de l’économie. Disposant de peu de ressources en charbon, le Punjab doit faire appel à l’importation mais il a su développer l’énergie solaire et l’hydroélectricité. Il faut dire que la consommation énergétique ne cesse de croître : au cours des dix dernières années, elle a augmenté de 5%. Afin de faciliter la vie des entreprises, l’Industrial Development Corporation of Punjab (PSIDC), l’organe chargé du développement industriel de l’Etat, a créé plus de 80 zones comprenant des hubs industriels. Dans ces zones, l’électricité est fournie sans interruption et l’approvisionnement en eau est garanti ainsi que l’accès sans contrainte aux principales routes. n

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Punjab : Business

Dossier

Opportunités dans le secteur agroalimentaire

Le Punjab fait fleurir les opportunités dans le secteur agroalimentaire grâce à son exceptionnelle production agricole. Avec 4,2 millions hectares de terres cultivées, des récoltes abondantes et une irrigation parfaitement assurée, l’Etat est véritablement le grenier de l’Inde. Les chiffres laissent rêveur : 24,86 millions de tonnes de grains, 9,85 millions de têtes de bétails, 15,3 millions de volailles et une abondance somptuaire de fruits et légumes. L’Etat est du premier intérêt pour les acteurs de l’agroalimentaire : elles sont 25 000 entreprises du secteur à exploiter le produit de ses terres, générant un chiffre d’affaires cumulés de 230 millions d’euros.

Le Punjab étant un des plus gros producteurs de riz et de blé, toutes unités de production capables de traiter ces matières premières sont les bienvenues. Ces cultures représentent près de 80% des terres cultivées selon le département des industries de l’Etat : respectivement 44% et 33%. Parmi les productions cibles qu’elles autorisent et encouragent : le pain, les biscuits, la bière, le whisky, etc. Pour l’Etat, le développement de la filière agro-alimentaire est une priorité absolue que sa politique de grand projet ne cache pas ; pour encourager l’investissement, de nombreuses exemptions fiscales sont envisagées.

En aout 2013, la coopérative d’Etat (Punjab State Cooperative Supply and Marketing Federation Limited ou ‘Markfed’), recherchait des fabricants spécialistes de machines-outils dans le secteur agroalimentaire pour leur faire concevoir, produire et installer une unité de production pour son compte près de Jalhendar. Pour dynamiser ce développement et lui donner l’élan qui lui convient, la Banque nationale pour l’agriculture et le développement rural (Nabard) a diagnostiqué les cinq domaines d’activités et de production dans lequel les investissements seront les bienvenus : grains, fruits et légumes, lait, viandes et volailles, et produits à base de miel. Conscient du potentiel de son Etat, le ministre de l’agroalimentaire propose une aide financière de 500 000 euros pour dynamiser la croissance de food parks. Son premier, le Punjab Agri Food Park Limited a été installé dans le district de Fatehgarh Sahib par la Pagrexco en partenariat avec les laboratoires Idma pour un coût de 2 millions d’euros. L’enjeu de ces infrastructures regroupées est de permettre aux petites et moyennes entreprises du secteur d’atteindre rapidement viabilité et rentabilité en s’épargnant de coûts de constitution de labos R&D, de chaîne du froid, de stockage et d’emballage. Ces parcs sont les éléments fondateurs de la synergie entre le couple producteurs primaires et PME d’un côté et grands groupes de l’autre. n

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Punjab : Tourisme

Un beau potentiel

touristique Mis à part Amritsar et son temple d’Or, haut-lieu du sikhisme, le Punjab n’est pas particulièrement connu pour son industrie touristique. Et pourtant. Qu’il s’agisse de revisiter l’Histoire ou - une tendance beaucoup plus moderne -, de faire du « tourisme rural », le Punjab est en train de s’affirmer comme une destination privilégiée. Bref, et on ne le dit peutêtre pas assez, le Punjab a du charme et bien des ressources ! Le touriste ne sera pas déçu.

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Qu’il s’agisse des armées aryennes, de la dynastie hindoue des Maurya qui s’installa après le repli d’Alexandre le Grand, des Moghols, des Afghans ou du « British Raj », le Punjab a vu passer bien des civilisations !

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ant par sa culture moderne que par la richesse de son histoire, le Punjab possède de nombreux atouts pour séduire le visiteur. Ses multiples sites naturels et historiques attirent chaque année des milliers de voyageurs des quatre coins du monde. Au point que le secteur du tourisme, en croissance rapide, est en passe de devenir un autre pilier majeur du développement économique régional. Selon le Service du patrimoine du Punjab et du tourisme (PHTPB), l’Etat a été classé 14ème destination touristique en Inde sur vingt-huit. La première reste le Kerala, la deuxième le Rajasthan.


Punjab : Tourisme

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Temple d’or à Amritsar

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Punjab : Tourisme

Ce bâtiment témoigne de l’héritage islamique au Punjab

Les Punjabis aiment à le répéter, les invasions se sont succédées sur leur terre depuis la nuit des temps et toutes y ont imprimé leur marque, lui conférant une richesse sans pareille. Qu’il s’agisse des armées aryennes, de la dynastie hindoue des Maurya qui s’installa après le repli d’Alexandre le Grand, des Moghols, des Afghans ou, plus près de nous, du « British Raj », la colonisation du sous-continent indien par la couronne d’Angleterre, le Punjab a vu passer bien des civilisations ! « Au cours des siècles, le Punjab a absorbé, rejeté ou affiné

une multitude d’influences culturelles extérieures », souligne-t-on au PHTPB. Cela a résulté en une extraordinaire richesse, qui se reflète aujourd’hui encore dans l’architecture et le folklore punjabis. On en a un aperçu dans les anciens Etats gouvernés par les maharajas, tels que Patiala et Kapurthala. Le Punjab abrite aussi le sikhisme, une religion particulièrement tolérante, qui s’inspire à la fois de l’islam soufi et de la spiritualité hindoue. Les

Le Siri Guru Granth Sahib, livre sacré des Sikhs

Musée de Qila Mubarak à Patiala

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Sikhs sont monothéistes et leur foi se fonde sur l’enseignement des dix gurus dont la parole a été recueillie et compilée au cours des siècles dans le Siri Guru Granth Sahib. Le terme de « sikh », dérivé du sanskrit, renvoie aux concepts d’étudiant ou de disciple, d’instruction et d’étude. Ce livre de près de 1500 pages est conservé dans les Gurdwaras, les temples

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Les Sikhs sont monothéistes et leur foi se fonde sur l’enseignement des dix gurus dont la parole a été recueillie et compilée au cours des siècles dans le Siri Guru Granth Sahib.

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sikhs. Les hymnes contenus dans le Livre saint sont chantés, et une visite dans un Gurdwara est toujours un enchantement, même pour le profane. Autre caractéristique du sikhisme, il ne reconnaît pas le système des castes, selon les préceptes de Guru Nanak, son fondateur. Né en 1469 près de Lahore, aujourd’hui au Pakistan, Guru Nanak est mort en 1539. Amritsar, petite ville située au nord du Punjab, abrite le monument le plus prestigieux du sikhisme, le


Punjab : Tourisme

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Le jardin de Jallianwalla Bagh commémore le massacre perpétré contre les Indiens sur ordre du général britannique Dyer en 1919.

Temple d’Or, encore appelé Hari Mandir Sahib. Construit entre 1589 et 1601, il est aussi le monument à l’architecture la plus exceptionnelle de l’Etat. Les styles traditionnels hindous et musulmans s’y mêlent avec harmonie. Ses principales caractéristiques, comme le dôme ou

Jardin de Bardari à Patiala

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Jardin de Jallianwalla Bagh

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encore la conception géométrique de l’édifice, sont reprises dans la plupart des lieux de culte sikhs. Le Hari Mandir est riche en orfèvrerie,et des panneaux richement décorés de motifs floraux, des parements en marbre incrustés de pierres colorées en constituent les ornementations. Le dôme et l’intérieur du Hari Mandir, où est conservé le Livre saint, ont été tapissés de feuilles d’or fin en 1761, sur ordre du maharaja Ranjit Singh, lors de la reconstruction du Temple. Le plus grand temple sikh du monde A l’entrée du Temple d’or, un petit musée témoigne, au travers de tableaux peints au cours des siècles, des sévices subis par les Sikhs et essentiellement infligés par les Musulmans. Rendez-vous avec l’Histoire encore, toujours à Amritsar, au Jallianwalla Bagh. Une histoire cruelle, puisqu’elle renvoie au massacre perpétré contre la population sur ordre du général britannique Dyer en 1919, dans ce jardin public où l’on pénètre par des allées étroites. Persuadé qu’une insurrection se tramait contre les Anglais à Amritsar, Dyer y avait banni tous les rassemblements. Furieux, entre 15 000 et 20 000 habitants, y compris des femmes et des enfants, se rassemblèrent dans le Jallianwalla Bagh, le 13 avril 1919, bravant ouvertement l’interdiction. Le général Dyer ordonna alors aux 50 Gurkhas (soldats népalais) qui l’accompagnaient de vider leurs cartouches sur la foule. Il y eut près de 400 morts et plus d’un millier de blessés. A Amritsar, le visiteur aura aussi à cœur de se rendre au temple hindou

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Punjab : Tourisme

Palais de Sheesh Mahal à Patiala

Durgiana. Il pourra ensuite déambuler dans les ruelles étroites de la vieille ville et, s’il est curieux de goûter à la vraie cuisine végétarienne punjabie, il pourra faire halte au « Kesar da Dhaba », l’un des restaurants les plus anciens de la ville. En dehors du plus grand Gurdwara du monde qu’est le Temple d’Or, nombre de lieux saints restent inexplorés au Punjab. Outre ceux des Sikhs, qui abondent, on peut visiter

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une multitude de mosquées datant de l’époque des rois moghols, mais aussi des temples hindous, voire des églises. Les extravagances des maharajas Impossible, bien sûr, de visiter le Punjab sans se rendre à Patiala, l’ancienne capitale princière de l’Etat du même nom. On y découvrira les monuments grandioses, voire extravagants, construits par la dynastie

Pulkian, à commencer par le Qila Mubarak. On se rendra ensuite au plus élégant Sheesh Mahal, autre palais, ou au vieux Moti Bagh, que l’on ne peut admirer que de l’extérieur car il est aujourd’hui le siège de l’Institut national des Sports. Une flânerie dans les rues de la petite ville et un « shopping » en règle dans les nombreuses boutiques du bazar seront à la fois un plaisir pour les yeux et une mine d’or pour tous les amateurs d’artisanat de bonne facture.


Punjab : Tourisme

Dossier

Festival de Baisakhi au Punjab

Les animaux sont placés sous la protection de la Wildlife Preservation Wing Punjab, dont les activités de conservation et de gestion vont de la réhabilitation de diverses espèces sauvages dans leur habitat naturel, à la gestion des zoos et « mini-zoos », en passant par la protection des espèces rares et menacées d’oiseaux. Partez à la découverte des tigres, antilopes, crocodiles, chameaux et cobras ! Vous ne serez pas déçus. On l’aura compris, une visite au Punjab satisfera à la fois les amateurs d’histoire des civilisations, d’architecture, d’environnement. Elle sera surtout une formidable aventure humaine à la rencontre de l’une des populations les plus hospitalières et les plus généreuses de l’Inde. n

Un monument historique à Patiala

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Principaux Festivals au Punjab

A Kapurthala, un peu plus au nord, on se lancera sur les traces de l’excentrique maharaja Jagatjit Singh, qui fit construire, au début des années 1900, un palais s’inspirant du château de Versailes. Les parcs naturels Carrefour de civilisations, le Punjab est aussi une extraordinaire réserve naturelle et la faune est une composante importante de l’environnement punjabi.

• « Rural Olympics » - Jeux Olympiques ruraux : ils se déroulent en février à Kila Raipur, à 6 kilomètres de Ludhiana. Il s’agit en fait plutôt d’une foire mais, avec ses courses de chameaux et de chars à bœufs, elle vaut le détour. Haut en couleurs, cet évènement aide le touriste à plonger au cœur de la ruralité punjabie. • International Bhangra Festival d’Amritsar : ce nouveau festival sera organisé en décembre autour de ce style de musique et de danse typiquement punjabi. Pendant trois jours et trois nuits, Amritsar vibrera au son et au rythme du Bhangra. De quoi réchauffer le visiteur car il fait froid en décembre à Amritsar ! • Hola Mohalla : cet évènement revêt une importance historique particulière. Il prend lieu à Anandpur Sahib au mois de mars, et commémore la création de la Khalsa (l’ordre chevaleresque des Sikhs) par Guru Gobind Singh, le dernier des dix gurus du sikhisme.Vêtus de leurs uniformes bleus, les guerriers de Nihang se livreront à des démonstrations d’arts martiaux traditionnels tels que le tir à l’arc, et le duel à l’épée. • Diwali à Amritsar : Cette fête qui se déroule en octobre ou novembre, n’est pas l’apanage des Punjabis, mais ces derniers affirment que la « Fête des lumières » n’est nulle part ailleurs plus belle que dans la ville du Temple d’Or. A vous de juger ! • Baisakhi (dans l’ensemble du Punjab) : cette fête haute en couleurs célèbre la moisson. Sa date est fixe et tombe le 13 avril, mais elle peut varier de 24 heures et être reportée au 14 avril. Traditionnellement, Baisakhi donne le coup d’envoi des récoltes. Cette fête est si importante pour les Sikhs que Guru Gobind Singh l’aurait choisie, en 1699, pour inaugurer la Khalsa, l’armée des Sikhs. Il est à noter que Baisakhi est également célébré par les Hindous et les Bouddhistes qui y voient le début de l’année nouvelle.

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Dossier

Punjab : Artisanat

L’artisanat punjabi offre un autre visage de l’Etat et révèle encore une fois sa richesse, c’est un artisanat très raffiné, inspiré par l’histoire et qui se perpétue encore aujourd’hui. Chaque région a en quelque sorte ses spécialités. Amritsar Amritsar, au nord du Punjab, fut un haut lieu du commerce des soieries, notamment les châles. Il existait bien avant celui des chevaux en provenance d’Afghanistan et d’Asie centrale ! La fabrication des châles et le tissage des tapis ont été fortement encouragés

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par le maharaja Ranjit Singh (fin XVIIIe/ début du XIXe siècle), qui a fait venir des tisserands du Kashmir. L’accessibilité à une laine de qualité a joué un grand rôle dans le développement du tissage au Punjab, permettant la réalisation de tapis uniques en laine nouée à la main. Aujourd’hui encore on peut voir le travail

des artisans dans les villages de Konke, Tapiyala, Lopoke, Rajsansi, Kot Khalsa et Chugawan. Doaba La région de Doaba est située dans le delta de la rivière Beas et Sutlej et elle est tournée vers Kandi,


Punjab : Artisanat

Dossier

Nakodar Autres dhurries à Nakodar, qui se trouve d’ailleurs non loin de Jalandhar, mais cette fois, les plus réputés sont les tapis et les jetés de lit. Bien que ces produits aient été réalisés dans des zones rurales du Punjab, ils sont devenus une industrie nationale. A Nakodar, les jetés de lit de lit sont tissés en bandes multicolores avec deux couleurs contrastées. Les motifs utilisés représentent des oiseaux, des animaux, des plantes et des motifs géométriques.

Artisanat, un patrimoine vivant

Majha La richesse de Majha, stratégiquement située sur la route de la Soie, se reflète dans ses havelis sculptées, de très belles demeures. De même, les textiles sont plus précieux à Majha, qu’il s’agisse des châles délicatement brodés ou des tapis de laine également brodés. On les appelle les Zardosi. On trouvera aussi à Majha de très belles sculptures en ivoire et des pieds de lit richement décorés. Patiala Patiala est célèbre pour ses Tilla jutti, chaussures traditionnelles brodées du Punjab. Cousues à la main avec du fil d’argent et d’or, elles sont sensiblement différentes des juttis que l’on trouve en fait dans l’ensemble du Punjab, voire dans d’autres régions indiennes. Il convient en effet de souligner que le Punjab n’a pas l’apanage des juttis. Le Rajasthan, et notamment Jodhpur, offre également une grande variété de ces chaussures plates, richement ornées de broderies, voire de pierres précieuses… Aucun clou n’entre dans la confection des juttis, et on ne fait pas de différence entre le pied gauche et le droit. n

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Jutti (chaussures typiques du Punjab)

un espace boisé sur les collines de Shivalik. Ce centre a longtemps attiré les communautés d’artisans. On y trouve des menuisiers, des fabricants de chaussures et des tanneurs. Le travail du bois et la fabrication d’instruments de musique continuent aussi d’être des activités locales importantes. Jalandhar Jalandhar est particulièrement connue pour son ébénisterie. Un autre

artisanat s’y développe, le panja dhurrie. Le panja dhurrie est une étoffe tissée sur un métier d’une grande simplicité. On la dit si solide qu’elle peut durer toute la vie. Voilà pourquoi, sans doute, le panja dhurrie est intimement lié à la notion punjabie de la dot, qui comprend de la literie. Cette tradition se perpétue dans les villages autour de Jalandhar. La literie se compose d’un dhurrie, un mince matelas rembourré, et d’un tapis brodé, le khes travaillé à la main. Le tout est tissé et brodé.

Tissu Phulkari

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Punjab : Littérature

Au moment où le Cinéma Indien célèbre son centenaire, Pierre Assouline, producteur européen et spécialiste de l’Inde, présente son point de vue sur ce qu’est et a été la perception en France et en Europe des films indiens.

multiculturel

Un héritage

Les écrits nés et inspirés des terres du Punjab ont fleuri à travers de nombreux genres. Avec leur inspiration spirituelle et leur aspiration divine communes, ils frayent à travers ses multiples idiomes - sanskrit, arabe et persan - puis épousent la forme du modernisme occidental et de l’occupation coloniale, pour, enfin, se faire l’écho de l’expérience migratoire de la diaspora.

L

a langue du Punjab inaugure ses premiers travaux littéraires assez tardivement dans son histoire, par l’intermédiaire de ses deux alphabets : le shahmukhi et le gurumukhi. Au Moyen-Âge, les combats furieux entre les seigneurs locaux et les guerres successives d’invasion afghane portèrent atteinte à son développement, qui resta longtemps balbutiant. Si le passage de l’épée à la plume fut alors un rêve

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pieu, il évolua malgré tout lentement, à son rythme, face aux incertitudes du maelstrom politique local et la violence qu’il véhiculait, pour éclore et livrer ses premiers fruits avec l’émergence de la religion sikhe, promue par Guru Nanak (1460-1539), son fondateur. Les traces des premiers textes de prose punjabie sont les janamsakhis, qui racontent la vie et la légende de Nanak, lui-même poète. Ils mêlaient punjabi, arabe, sanskrit et persan, dans un style qui

perdura jusqu’au dernier des gourous sikhs. Parmi ces grands ouvrages fervents, il faut retenir l’exceptionnel travail de compilation des textes de Guru Granth Sahib (le livre saint sikh) par Guru Arjun Dev (1563-1606), le cinquième gourou sikh. Il convient aussi de s’intéresser aux écrits religieux de Guru Gobind Singh, dixième de son ordre. Ces œuvres complémentaires de son « Chandi-Di-Var » sont un récit légendaire décrivant, en punjabi, le


Punjab : Littérature

style de prédilection des poètes soufis punjabis était plutôt le kafi, poème court en six strophes. Autre genre majeur que leur éloquence a magnifié : le punjabi qissa, des tragédies romantiques baignées d’influences coranique et persane. L’une des pièces maîtresses du genre est l’essentielle qissa de « Heer Ranjha » par Wharis Shah (1707-1798), pièce qui rompit avec le Moyen-Âge et ouvrit une ère de modernité. Cette histoire, comme d’autres chefs-d’œuvre excessivement populaires tels que « Mirza Sahiba » de Hafiz Barkhudar (1658-1707), « Sassi Punnun » de Hashim Shah (1735-1843) ou « Puran Bhagat » de Qadaryar (1802-1892) seront des inspirations intarissables pour la création contemporaine qu’elle soit musicale, cinématographique ou télévisuelle. La poésie héroïque « Vaar » est la plus ancienne forme de chansons de geste de la tradition orale punjabie. Le poème épique « Chandi-di-Var » du gourou Gobind Singh, que nous avons précédemment évoqué, est un autre de ces monuments d’héroïsme qui bercent les ardeurs des jeunes gens, de même que « Nadir Shah Di Vaar », de l’auteur Najabat, qui relate avec grandeur la conquête de l’Inde en 1739 par le maître de guerre Nadir Shah. Sur le même ton autoritaire et élégant furent introduites dans la littérature punjabie les chroniques de guerre, ou jangnama, par les Moghols. La jangnama de Shah Mohammad relate ainsi les combats et les événements de la première guerre anglo-sikhe de 1845-1846.

combat contre les démons de la déesse Durga. La poésie punjabie de tradition soufie C’est Shah Hussain (1538-1599) qui, le premier, développa cette tradition poétique spécifique que firent perdurer ses disciples Sultan Bahu (1628-1691), Shah Sharaf (16401724), Bulleh Shah (1680-1757) ou Ali Haider (1690-1785). Contrairement aux poètes persans qui préféraient exprimer leur art à travers le ghazal, le

La littérature sous la colonisation Avec l’introduction de l’éducation britannique sous le règne du Raj, la nouvelle victorienne, le drame élisabéthain, le vers libre et le modernisme pénétrèrent la littérature punjabie. L’installation de la première presse mécanique utilisant l’alphabet gurumukhi est à mettre au crédit, en 1835, d’une mission chrétienne de Ludhiana. Cette innovation fut suivie de peu par la publication, en 1854, d’un premier dictionnaire de la langue punjabie, magistrale synthèse initiée par le révérend J. Newton. Les grands romanciers de cette littérature sont Nanak Singh et Vir Singh, connu comme étant le père de sa forme littéraire moderne. Si ce dernier fut l’auteur de remarquables nouvelles

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historiques comme « Sundari », « Satwant Kaur » ou « Baba Naudh Singh », le premier fut l’instigateur en Inde du rapprochement de la tradition romanesque avec les formes orales traditionnelles du récit, comme le qissa, introduisant dans son œuvre, comme l’aurait fait un Dickens en Angleterre, la question sociale et la problématique de réformes sociétales. Premier écrivain punjabi femme d’importance, par l’ampleur de son œuvre, Amrita Pritam (1919-2005) fut une porte-voix dans sa poésie, ses nouvelles et ses romans des drames de la partition nationale et des déboires de la condition féminine. Sous le Raj, loin de ces thèmes ancestraux, la poésie s’attarde sur la condition de l’homme du commun, à travers, par exemple, le regard nostalgique sur la grandeur des siens du « Tagore du Punjab », Puran Singh (1881-1931). Il introduisit dans le langage poétique punjabi le vers libre. Lors des mouvements de libération de l’Inde, ses successeurs parmi les élites poétiques punjabies comme Dhani Ram Chatrik (18761957), Diwan Singh (1897-1944) et Ustad Daman (1911-1984) furent ainsi aux avant-postes de la lutte. Ils explorèrent et prônèrent un nouveau nationalisme qui naîtra juste après la Seconde guerre mondiale. Mais celuici débouchera, hélas, eu égard à un certain idéal, sur une partition, qui, en 1947, frappera sans distinction son expression littéraire. Au-delà des frontières et par-delà les mers, la diaspora s’exprime La littérature de la diaspora punjabie s’est développée en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie grâce à des écrivains émigrés ou nés sur place. Les thèmes abordés par ces auteurs ont trait à la vie à l’étranger et à la difficile expérience interculturelle, à la discrimination sociale - qui inclut l’exclusion et appelle à l’assimilation -, à la vie des femmes émigrées et à la spiritualité dans le matérialisme moderne global. La seconde génération de ces migrants, celle née sur ces autres et lointains rivages dont fait partie Roop Dhillon, s’ouvre à des genres éloignés de sa tradition comme le polar, le surréalisme ou la science-fiction. Elle étudie aussi la relation entre les enfants de l’immigration et leurs parents, restés à cheval entre deux cultures, un pied dans chaque tradition. n

Jasleen Kaur

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Dossier

Punjab : Cuisine

Une cuisine inspirée par les

Rois moghols

L’alimentation au Punjab a été marquée elle aussi par l’histoire, comme en témoignent les objets retrouvés par les archéologues. Ils rappellent la brillante civilisation de la Vallée de l’Indus, dont les sites les plus connus, Harappa et Mohenjo-daro, se trouvent cependant aujourd’hui au Pakistan.

L

es produits laitiers, les pains plats sans levain, les légumineuses, les légumes et viandes en curry, continuent de refléter le caractère rural du Punjab. Mais leurs saveurs montrent à quel point les invasions étrangères successives ont marqué la gastronomie punjabie. C’est surtout vrai pour le riz et les sauces. La situation

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géographique du Punjab, région particulièrement « ouverte » à l’Asie centrale par rapport au reste du souscontinent, a influencé à la fois sa culture et sa cuisine. Cette cuisine se rapproche du style moghol, avec des sauces épaisses ; elle utilise aussi les fruits secs comme les noix de cajou et les amandes, des denrées typiquement venues

d’Afghanistan et d’Asie centrale. Les plats sont la plupart du temps accompagnés de riz ou de pains. Le riz est cuisiné de plusieurs manières, l’un des modes de préparation les plus célèbres étant le riz pulao (riz accompagné de légumes et/ou de viandes). La cuisine du Punjab est riche en calories… Elle comprend de


Punjab : Cuisine

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Poulet Tikka

généreuses quantités de lait, de lait caillé, de beurre et de crème, ajoutés tout au long de la cuisson aux légumes frais et aux viandes. Feuilles de moutarde et pains au maïs D’une région à une autre, il peut y avoir des différences sensibles de goût. Cela est souvent lié aux différences de ressources. Ainsi les gens de Lahore (aujourd’hui la capitale du Punjab pakistanais) et d’Amritsar (qui est située à une soixantaine de kilomètres seulement de Lahore) aiment les parathas (sorte de pains qui ressemblent à des crêpes, très souvent enrichies de pommes de terre écrasées) et les produits laitiers. La région est, il est vrai, particulièrement riche en lait. Mais certains plats sont appréciés dans l’ensemble du Punjab. C’est le cas du sarson da saag (curry préparé à base de feuilles de

Chole Bhature (pois chiche et pain)

Lassi (boisson au lait)

Pulao (mélange de riz et légumes)

moutarde – sarson - et d’épices) et du makki di roti (pain plat à base de maïs – makki). A la base de toute préparation punjabie, on retrouve l’oignon (ce n’est toutefois pas une exclusivité du Punjab …), l’ail et le gingembre. Le tandoori, le four au feu de bois utilisé surtout pour les plats non-végétariens, est également une spécialité punjabie. Les viandes cuites au tandoori ou en sauce sont souvent accompagnées de pudina, délicieux chutney à base de menthe fraîche. On le retrouve dans d’autres régions de l’Inde, notamment au sud, où la menthe peut alors être mélangée à de la noix de coco. n Makki Roti (pain indien) et Sarso ka Saag (épinard)

Vinnarasi Vienne

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Santé

Ayurveda

l’Ayurveda Quand

adore le dos

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Ayurveda

Une fois encore, le vocabulaire français ne lésine pas. Le dos est la piste d’atterrissage de bien des tourments. En avoir plein le dos, porter le monde sur ses épaules, faire le dos rond, ça me tombe toujours sur le dos, faire le gros dos, avoir le dos large. C’est aussi le terrain de nombreux conflits. Tourner le dos à quelqu’un, se mettre tout le monde à dos, mettre une calamité sur le dos de son voisin, renvoyer deux ennemis dos à dos. N’oublions pas les parasites, ceux qui vivent sur le dos d’un autre ; attention alors à ne pas se mettre cette personne à dos ! On notera une nuance subtile dans les sciences naturelles : lui faire un enfant dans le dos. C’est encore le lieu d’épineux défis, le dos au mur, avancer la mitraillette dans le dos.

Santé

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ne fois encore, le vocabulaire français ne lésine pas. Le dos est la piste d’atterrissage de bien des tourments. En avoir plein le dos, porter le monde sur ses épaules, faire le dos rond, ça me tombe toujours sur le dos, faire le gros dos, avoir le dos large. C’est aussi le terrain de nombreux conflits. Tourner le dos à quelqu’un, se mettre tout le monde à dos, mettre une calamité sur le dos de son voisin, renvoyer deux ennemis dos à dos. N’oublions pas les parasites, ceux qui vivent sur le dos d’un autre ; attention alors à ne pas se mettre cette personne à dos ! On notera une nuance subtile dans les sciences naturelles : lui faire un enfant dans le dos. C’est encore le lieu d’épineux défis, le dos au mur, avancer la mitraillette dans le dos. Dès mes premières classes ayurvédiques, au centre Kaivalyadhama de Lonavala (Maharashtra), j’ai perçu que l’Ayurveda se préoccupait particulièrement du dos. Dans le but, évidemment, de prévenir ou d’amoindrir douleurs, nœuds, et tensions. Détente garantie ! Les traitements sont fascinants, à la fois très rudimentaires et plus sophistiqués qu’ils en ont l’air. La personne traitée est allongée sur la table de massage, à plat ventre, le dos nu. Avec de la pâte à chapattis, sorte de pâte à pain utilisée comme pâte à modeler, le thérapeute crée une petite piscine circulaire sur la peau, de la taille d’une main, au-dessus des vertèbres cervicales, sur les lombaires ou sur le bassin. Les chapattis sont ces petites galettes très présentes dans l’alimentation du Maharashtra ; imaginez qu’en France, on vous applique sur le bassin de la pâte à pain : même les boulangers ne le font pas. L’Inde ayurvédique raffole de ces pratiques ancestrales. Dans ces petites piscines circulaires, à l’aide d’une pipette, le thérapeute verse de l’huile de sésame très chaude. Pour nourrir les tissus, les fortifier et surtout équilibrer les énergies. Le thérapeute attend quelques minutes. Puis, avec la même pipette, vide la piscine, et la remplit à nouveau d’huile très chaude. Il

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Santé

Ayurveda

D’un point de vue ayurvédique, mon professeur d’Ayurveda, le Docteur Bhutada, résume ainsi les soins du dos : « Les problèmes du cou correspondent à un désordre de l’énergie Pitta, tandis que le bas du dos relèvent plus de l’énergie Vata. »

renouvelle l’opération quatre ou cinq fois. Bien entendu, le bienfait est instantané. Le chouchoutage de dos ne fait pas seulement appel à la pâte à chapattis. Dans des soins différents, on vous masse le dos avec des poches de riz au lait chaud, ou des feuillages de nirgouli bouillis dans l’huile de sésame. Parfois même, un bâtonnet d’or pur chauffé à blanc est appliqué sur une tension pour en venir à bout, car l’or stimule les nerfs et ravive les fonctions. Evidemment, un cataplasme d’huile chaude est ensuite apposé sur la peau, de façon à calmer la brûlure. J’ai même vu un traitement du dos avec des sangsues vivantes qui buvaient (en se délectant) le mauvais sang, le dos étant le réceptacle de bien des inquiétudes. Au vrai, au-delà du riz au lait, du bâton d’or et des animaux suceurs de sang, les soins du dos sont beaucoup plus sophistiqués qu’ils en ont l’air. On notera d’abord que tous les soins dorsaux se font, comme il se doit, sous contrôle des médecins, qui ne définissent les traitements qu’après un examen précis. Les douleurs provenant du cou ou du bassin sont assez communes, tandis que les douleurs au milieu du dos sont plus rares et relèvent du domaine des émotions.

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Le haut du dos Les douleurs présentes dans le haut du dos, du torticolis aux épaules tendues en passant par les omoplates ultrasensibles, sont liées à l’estomac et au duodénum, et sont la conséquence de problèmes d’acidité dans le corps. Ils nécessitent le plus souvent une réduction de Pitta. Si un déséquilibre survient dans votre vie professionnelle ou votre vie de famille, des tensions dans le cou se développeront très rapidement. Il convient alors de relaxer la personne à traiter, de l’aider à restaurer sa confiance en soi. Puis le thérapeute procède à un traitement appelé Nasya, décontractant de la sphère ORL, avec massage facial au ghee, huile chaude dans les narines, bain de vapeur, gargarisme, inspiration de tarmaric grillé. « Ce traitement, explique Jagdish Bhutada, équilibre Pitta. Le cou sera ainsi très détendu. Puis on procède à un massage local de la nuque et des épaules avec de l’huile de moutarde, et s’il le faut des applications de pâtes herbeuses ou d’argile, ou un bain d’huile chaude dans la « piscine de chapattis. » Comme il se doit en Ayurveda, une discussion avec le praticien permet d’équilibrer l’alimentation ou le mode de vie de la personne à traiter : « Même si la douleur est ressentie au cou, explique Bhutada, il faut toujours savoir quelle en est l’origine, c’est ça qu’il faut traiter en priorité. » Le bas du dos Dans le bassin existe une énergie bien connue des yogi et des praticiens ayurvédiques, c’est le Kundalini, « comparable à un serpent qui s’étire du bassin vers le haut du corps. C’est la raison pour laquelle tous les massages dorsaux ayurvédiques vont du bas vers le haut. » Les excès de stress ou les idées noires provoquent une perte de stabilité

et un phénomène de dépression. Là commence le mal de dos. Le Kundalini se déchaine en plusieurs vagues, perturbant les intestins, les reins, la rate, pour finir par indisposer le bassin. Beaucoup de poids se développe sur l’abdomen, provoquant gaz et problèmes digestifs, qui vont souvent de pair avec les douleurs du bassin : c’est alors qu’on en a « plein le dos » ! Les traitements sont comparables à ceux utilisés pour contrer les dépressions. « Il faut redonner de l’énergie ! » affirme Bhutada. Ici interviennent les bains d’huile chaude dans la pâte à chapattis, les vigoureux massages locaux, et si possible les lavements à l’huile de sésame, très présents dans le Panchakarma, sorte de purification saisonnière détoxifiante . Les médecins ayurvédiques assurent également qu’il faut travailler sur l’âme, ce que l’on maitrise si bien en Orient. Au bout de quelques jours, les douleurs disparaitront. Un peu de yoga Les vertus thérapeutiques du Yoga, cousin germain de l’Ayurveda, sont multiples. Elles contribuent bien évidement à limiter les douleurs dorsales. Brahmdatt Sharma, professeur de Yoga à Delhi, recommande plusieurs postures pour détendre le dos. « Toutes les postures peuvent être bonnes pour le dos, explique-t-il, mais certaines le sont tout spécialement. Les torsions vertébrales, quand on est allongé sur le dos, les genoux tournés d’un côté et la tête de l’autre, débloquent le bas du dos et massent les intestins. La Posture de l’Enfant, en position fœtale, à genoux, front au sol, fesses sur les talons, les bras en arrière, détendant énormément le dos. De même que le regroupement des genoux sur l’abdomen, la tête redressée, comme si le menton voulait toucher les genoux. Toujours chauffer les muscles, et travailler sa respiration en profondeur. » Voilà qui nous amène très naturellement vers le Pranayama (Yoga respiratoire) et vers la méditation, qui feront l’objet de prochaines notes dans les Nouvelles de L’Inde. n Eric Bhat


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Littérature

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ns Roma

L’agenda des plaisirs, d’Abha Dawesar, Editions Héloïse d’Ormesson.

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bha Dawesar nous entraine cette fois outre Atlantique et si ce n’est le personnage de Madhu, ex petite amie du personnage principal, André Bernard, l’Inde semble bien loin. Toute l’histoire s’organise autour de l’agenda de ce jeune Français, nouvellement embauché dans une banque à New York. C’est non seulement au monde de la finance qu’il va être initié mais aussi aux plaisirs des sens et du sexe. L’aventure commence

dès les premières pages et se termine au bout de quelque 300 pages dans lesquelles André va jongler entre le patron-amant, l’épouse de son patron, la secrétaire, l’ex-amie indienne. Une sorte de Vaudeville contemporain où l’amant du mari remplace la maîtresse de celui-ci. Un livre léger, insolent, agréablement écrit et qui n’est que le reflet de la société contemporaine dans toutes ses complexités. n

Apaiser la poussière de Tabish Khair, traduit de l’anglais (Inde) par Blandine Longre, Inédit en français - Ouvrage traduit avec le concours du Centre national du Livre, Les Editions du Sonneur.

C

et ouvrage dont l’action se déroule au Bihar nous entraîne dans le tourbillon d’images visuelles,

sonores, olfactives qu’accumule Mangal Singh depuis qu’il a arrêté de rêver de devenir écrivain et conduit un autobus qui appartient au mari de Sunita, sa petite cousine, un homme qu’il ne porte pas particulièrement dans son cœur. Le lecteur voyagera aussi, partant de la maison d’Irfan dont nous ne découvrons l’identité que page 72 pour finalement rentrer chez lui, ce chez-soi dont la définition est différente pour chacun de nous. Il ressort de ce périple la tête remplie de ces rencontres fugitives, improbables, enrichi, peut-être ému, voire bouleversé. Aurait-il seulement,

s’il n’était pas monté à bord de ce bus brinquebalant, reliant Gaya à Phansa, rencontré Parvati, l’eunuque, cette vieille femme racontant la partition de 1947, ce sadhu « fripé et à la barbe blanche », la tribale et son balluchon, la rassurante Mme Mirchandani et tant d’autres encore… Le lecteur a au départ un peu le tournis devant ce kaléidoscope de visages, d’histoires ou plutôt de pans de vie qu’il attrape ici et là. Mais tout comme Mangal Singh, le chauffeur, lorsqu’il descend de son bus après le travail, le lecteur gardera gravé à la mémoire le meilleur et le pire du voyage. n

L’art de l’effacement d’Anita Desaï, traduit de l’anglais (Inde) par Jean-Pierre Aoustin, Bibliothèque étrangère, Editions Mercure de France.

D

ans cet ouvrage de la grande romancière Anita Desai, nous sommes confrontés à un thème intéressant qui est celui des souvenirs, de la mémoire, de ce que nous stockons et qui au fil du temps parfois disparait, ou se transforme au point que l’on ne sait plus très bien s’il s’agit d’un vrai souvenir, d’un souvenir remanié ou d’un rêve même. L’autre thème qui est repris dans le titre du livre est celui de l’effacement. Thème pertinent à une époque où au contraire l’on s’affiche partout et où le privé aime à se montrer audelà souvent de toute pudeur. Ravi

décide de s’isoler dans une maison dans les contreforts de l’Himalaya pour échapper à la civilisation, la traductrice Prema qui, par amour des langues indigènes, en vient à oublier sa mission qui est celle de rester fidèle au texte de l’auteur qu’elle traduit et enfin le fonctionnaire qui, lors de son premier poste et d’une tournée administrative, découvre un musée dans un coin perdu et finit par se demander si tout cela ne relève pas d’un rêve. Cet ouvrage nous plonge dans nos propres souvenirs, nous embarque dans notre imaginaire ce qui nous fait le plus grand bien. n

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Littérature

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Nouvelles/Contes Histoires de fantômes indiens de Rabindranath Tagore, traduit du bengali par Ketaki Dutt-Paul et Emmanuel Pierrat, Editions Arlea.

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e petit de ses ouvrages regroupe 7 contes qui à l’origine furent publiés dans plusieurs revues littéraires à la fin du XIXème. Si d’aventure vous le trouvez en librairie et vous plongez dans sa lecture, le frisson est garanti. Aujourd’hui encore les histoires de fantômes, de revenants, de morts vivants nous interpellent, nous font remonter le temps jusqu’à ces jours anciens où enfants, nous tremblions à la lecture de pareilles histoires. Universels, ils nous attirent dans des régions moins visitées de notre mental, réveillent notre imaginaire quelque peu assoupi par

un monde bien organisé où la raison domine. Asseyez-vous confortablement, baissez un peu la lumière, tirez les rideaux et montez à bord de la barque qui vous emportera vers des contrées inconnues et lointaines, où les pierres murmurent, où les morts rentrent chez eux, où des êtres rôdent près des moustiquaires… Réveillez-vous et relisez encore une fois cet ouvrage pour apprécier, au-delà de l’histoire, l’écriture résolument moderne de celui dont on célèbre cette année le centenaire du Prix Nobel de Littérature. n

Raf Raf express, d’Abdul Bismillah, traduction du hindi par Renaud Lavandier, Editions L’Asiathèque.

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uelques mots sur l’auteur de ces douze nouvelles qui permettront de comprendre pourquoi ces nouvelles nous interpellent autant. Né en 1949 dans une famille musulmane de l’Uttar Pradesh, Abdul Bismillah, orphelin très jeune, parvient à poursuivre grâce à ses efforts et son courage des études universitaires qui le conduiront à devenir directeur du département de hindi de l’université musulmane de Delhi. C’est le premier de ses ouvrages publié en français, pour notre plus grand bonheur. Dans ces nouvelles, l’auteur nous donne à voir cette Inde profonde des villages, ses habitants à l’esprit simple, parfois naïfs, parfois

lité Spiritua

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es deux ouvrages, d’un format carré agréable à l’œil, sont intéressants à plus d’un titre. Ils sont

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bien débrouillards qui tant bien que mal vont leur chemin, parfois au village ou se risquant à partir à la ville. L’auteur aborde tous les sujets difficiles auxquels ses personnages, il en a connu certains, sont confrontés tels que la maltraitance des personnes âgées, la difficulté de s’adapter à la ville, la corruption, la soumission aux supérieurs mais aussi leurs bons côtés comme ce policier qui écrit des poèmes, Baddu le tailleur qui procure au bus Raf Raf express autant d’amour que si c’était sa femme. Les portraits sont justes et c’est en cela qu’ils nous touchent. C’est aussi à une lecture de ses années de jeunesse

que nous convie l’auteur, avec pudeur. Les lecteurs qui connaissent le hindi pourront lire ces nouvelles en hindi en fin d’ouvrage et même en écouter six par téléchargement sur www. asiatheque.com. n

Bouddha, de Jean Boisselier, préface de Trinh Xuan Thuan, Editions Gallimard. Shiva, de Marie-Luce Barazer-Billoret et Bruno Dagens, préface de Jean-Claude Carrière, Editions Gallimard. l’œuvre de spécialistes qui ont su à travers la masse d’informations sur les sujets d’une grande complexité que sont le Bouddha et Shiva extraire des données claires, à la portée de tous, tout en demeurant scientifiques et fiables. Par ailleurs, le contenu est intéressant par l’articulation du sommaire, présentant l’Inde au temps du Bouddha et comment Shiva a été découvert par les étrangers venus en Inde, puis Bouddha et Shiva eux-mêmes, l’enseignement de l’un, les rôles de l’autre, les pratiques, les cultes. Aujourd’hui

Shiva est célébré et honoré par des millions de dévots, dans les temples, les fêtes, les lieux de pèlerinage, les grands rassemblements que sont les Kumbha Mela tout comme Bouddha dont l’enseignement est suivi par des millions de disciples à travers le monde. Les deux ouvrages nous proposent aussi une série d’illustrations intéressantes et d’extraits de divers textes. Deux bons ouvrages pour les néophytes qui veulent avoir une bonne idée des deux sujets de manière rapide et intelligente. n


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Littérature

Autobiographie d’un yogi, de Paramahansa Yogananda, Editions Self-Realization Fellowship

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et ouvrage, un grand classique du genre, qui compte pas moins de 535 pages ne manquera pas d’enrichir tous ceux que la sagesse et la spiritualité indiennes

s gnage i o m e T

intéressent. Au-delà de la vie d’un saint authentique et d’une grande humilité, de ses souvenirs, riches en enseignement, c’est une autre manière d’appréhender l’univers, la vie, l’amour, la mort qui se donne à lire dans ce livre qui a connu un vif succès à travers le monde. Comme tous les grands sages, Paramahansa Yogananda avait atteint ce degré d’intelligence qu’il ne se limitait pas à une seule et unique religion mais avait compris que toutes les religions menaient en fait au Divin et que ce qui importait était le contact direct

que nous pouvons établir avec le Divin quelque soit le nom que nous lui donnions. Comme l’indique W. Y. Evans-Wentz, docteur ès lettres et ès sciences du Jesus College d’Oxford « La grande valeur de l’autobiographie de Yogananda réside dans le fait qu’ il s’agissait là de l’un des rares ouvrages de langue anglaise écrit sur les sages de l’Inde non pas par un journaliste ou un étranger, mais par une personne de même race et formation spirituelle que ceux qu’elle décrit – autrement dit un livre sur les yogis écrit par un yogi. » n

La vie, c’est la vie – Si j’existe, c’est grâce à vous, d’Amin Sheikh, Rasibus éditions.

L

es belles histoires existent et celle d’Amin, ancien gamin des rues de Bombay, en est une, des plus exemplaires. Mais Amin a su conjuguer une formidable confiance dans l’avenir, une incontestable volonté de s’en sortir et prendre le bon qui s’offrait à lui par l’intermédiaire de rencontres et notamment celle des bénévoles de l’association AFEA/Snehasadan grâce auxquels sa vie a pu prendre un nouveau départ. Aujourd’hui Amin a la trentaine et travaille activement sur ses projets, celui de monter un café-bibliothèque solidaire et celui ensuite de créer une flotte d’ambulances. Il est aujourd’hui chauffeur de taxi et témoigne de par son comportement et sa joie de vivre que changer est possible. Dans cet ouvrage destiné à financer son premier projet, il nous relate ses souvenirs, ses émotions, ses peurs mais aussi ses espoirs, ses rêves. Comme l’écrivait l’ancien président de la république indienne, Dr. Abdul Kalam « Il faut rêver d’abord pour que vos rêves deviennent réalité. » Amin l’a bien compris. n

India blognote… Comprendre l’Inde, de Geoffroy de Lassus et Olivia Dimont, Les Editions Persée.

L

es blogs sont certes à la mode mais celui-ci n’a pas manqué de me toucher particulièrement, sans doute parce qu’il m’a rappelé l’échange de mails que j’avais eus avec mon fils parti travailler quelques mois dans une ONG à New Delhi peu de temps avant 2000. J’ai donc pu comparer les propos des uns et des autres et ai donc pu voir combien l’Inde avait progressé tout en conservant certaines spécificités qui demanderont des années pour disparaître ou évoluer. Geoffroy et Olivia ont passé trois ans dans la capitale et ne se sont pas contentés d’y vivre mais ont effectué une plongée dans tout ce qui pouvait leur apporter une meilleure compréhension d’un

pays qui ne se livre pas au premier venu. Ils ont donc au fil des mois eu sur l’Inde une lecture à plusieurs niveaux, qui les a transportés tantôt dans le passé, tantôt dans la réalité d’ici et maintenant, tantôt dans les méandres de l’administration, tantôt dans la beauté des lieux, passant en revue tous les noms qui ont fait la grandeur de l’Inde. Ils nous font participer à la vie quotidienne, découvrir quelques films et livres sur l’Inde sans oublier de nous donner quelques clés pour entrer dans les subtilités de la société indienne. Un blognote sans prétention, drôle parfois, qui donne un point de vue occidental intéressant à lire absolument. n

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Littérature

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Bombay Baby, de Sonia Faleiro, traduit de l’anglais par Eric Auzoux, Editions Actes Sud.

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et ouvrage tient plus du roman que de l’enquête purement sociologique menée pendant cinq ans par Sonia Faleiro, originaire de Goa. Pour avoir côtoyé dans le cadre d’une association, des prostitués, des transsexuels entre autres, je comprends toute la difficulté de mener un tel travail et surtout de faire entrer le lecteur dans un univers qu’il n’aurait vraisemblablement jamais pénétré et sur lequel il pourrait avoir des idées toutes faites, des a priori. Sonia Faleiro nous entraîne à sa suite dans l’entourage de Leela, jeune, libre, belle, celui de sa mère Apsara, une pauvre femme naïve et sans grande jugeote,

vivant dans la crainte de son mari et se faisant exploiter par ses films, celui de sa tendre amie Priya, de Barbie qui s’est amputée, de Masti, transsexuelle et de bien d’autres encore. Le lecteur y croise tous ceux qu’il ne croisera jamais sans doute dans la vraie vie, gangsters, patronnes de maisons closes, hijras (eunuques) mais aussi des politiciens, des avocats, des employés d’ONG, des journalistes. Ce livre nous plonge tantôt dans la compassion, tantôt dans la colère, tantôt dans l’incompréhension, tantôt dans l’affect mais ne nous laisse jamais indifférent. Quant à l’espoir…. même mince, il existe et il faut y croire. n

L’Arc-en-ciel des souvenirs, de Qurratulain Hyder, Editions L’Asiathèque.

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et ouvrage, traduit par Marguerite Gricourt de l’anglais et de l’ourdou, est également une édition bilingue des quatre nouvelles qu’il

nglais Ouvrage en a

contient. L’auteur qui compte parmi ses ancêtres plusieurs poètes en persan et en ourdou et écrivains nous propose quatre nouvelles, toutes très intéressantes et saluées par la Sahitya Akademi. La traductrice n’a malheureusement pas pu rencontrer l’auteur, décédée juste avant leur rencontre. Nous retrouvons dans ces nouvelles de nombreux souvenirs autobiographiques de l’auteur, grande humaniste, consciente des progrès accomplis par la condition des femmes. On s’y plonge avec délice car finalement le monde de l’enfance n’est-il pas universel ? Elle

évoque aussi tous les tiraillements que la partition a engendrés. Le style est limpide et plaisant pour le lecteur qui découvrira au fil des pages une époque, un certain milieu éclairé de l’aristocratie et de la bourgeoisie musulmanes indiennes. Il pourra apprécier aussi la grande ouverture d’esprit d’une auteure prolifique pour qui les mots injustice, harmonie et respect avaient une signification importante. Tout comme Raf Raf express, L’Arc-en-ciel des souvenirs peut s’écouter grâce au téléchargement disponible sur le site www.asiatheque.com. n

Murder in Venice, de R. Suryanarayanan, Editions Xlibris.

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’emblée dans son introduction, l’auteur informe le lecteur que son ouvrage n’est ni un récit historique ni un traité d’astronomie. Mais déjà, le lecteur devine à travers les lignes l’intérêt passionné pour l’astronomie de l’auteur, scientifique à la retraite. Murder in Venice raconte l’histoire de Sankaran Namboodri, jeune homme passionné comme lui par l’astronomie et les mathématiques. Sankaran devait prendre le relais de son père en tant que prêtre mais découvrant ses grandes capacités scientifiques, ce dernier le pousse à devenir astronome. Le jeune homme se rend à Ujjain, haut

lieu de l’astronomie hindoue et en chemin rencontre Ananthan qui en revient et l’incite à se rendre en Italie pour informer le grand Galileo Galilei des contributions des astronomes hindous, et notamment leur conception de l’univers héliocentrique. Mais ceci n’est pas sans danger… Un ouvrage passionnant qui rend hommage à Galilée dont c’est le 400ème anniversaire de la découverte du téléscope. Les bénéfices des ventes de ce livre vont à la Fondation de la Recherche Médicale (Inde) dédiée aux soins des yeux. www.xlibrispublishing. co.uk. n

Viviane Tourtet

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Tirukkural Dossier Littérature UP gen info State

Volum nos ut volescitis ea qui tor accus. Aximagnati odi autatiis vellut eum qui dit excerum quibus. Atquas aborepe rchitatur, omnis eveni volupienem utem lam cuptia sin nus issimus. peut Ucimusu patrimoine venis aut dont elita l’Inde quam, ut à juste titre être fière, une es ipsam, que cones doluptaturit remarquable contribution a fuga. Nequod utem ipis ad moditas dolut queété voluptature est,leoccus et apportée par tamoul, accaborem. fugia sum nonsedit l’une des Mi, plusautanciennes langues et auditiadans siminit, temostPendant laut apide vivantes le monde. des qui bea le velles doloreetdelignimi, ipsum siècles, sanskrit le tamoul ont quatus volupturibus vel ma voluptatur? vécu côte à côte comme deux sœurs. Equos rehenie ndiam, aut faccae. Il yessusci a deuxaectem mille ans, un sage du Nam et ommoluptate Taml Nadu écrivait hit un laborup grand nombre nesequi ipsapidem tiorest de vers, courts, qui voluptas par leur force iorrovitatur aut asperi dolupta tempori orepelestias cumquat ionserf et la vérité qu’ils renferment, sont eribustis iumqui occusam, nus sans comparaison dans la conem littérature nitin cuscilluptis atecuptatur? indienne. L’œuvre est connue sous le Aped qui sim ou excessim eaqui» nom de Tirukkural Kural. « Tiru quiae doluptatus nonestrum quas de signifie sacré et « Kural » veut dire eaque nihit hictorum eventem sumque pièce vers. L’œuvre 133 essedien voluptas eosam comprend ut qui cuptate chapitres de nderupt dix strophes chacun. et aut iliatiu atibus, velit fugia Le sage qui composa vers est voluptatur, seque quodicesblaborum fugit assous aliquileipic tem. volorer connu nom deItaera Tiruvalluvar. rumquide quigrands ideleshommes poritis Comme de volupta nombreux utatur rerrovid modignat. des temps anciens, il n’a pas laissé Caerias sinimolore auditas peratquo de récit sur sa vie. Même son vrai voluptatquas ad quatis santi offictae nom n’est pas connu car le mot odi blanien dicienditem esciis pa quo «et Tiruvalluvar signifie consequunt seulement et archillupide» dolupta «volora le dévot caste Valluva ». Les qui de conla corerior rempernam, Valluvas étaient des hérauts du roi qui, acea quam, ommolor ab incius, omnis intorem sur expelest magnatiam que montés des éléphants, battaient magnis excestion consequam facea le tambour et proclamaient les ordres natinul lantotasi te labo. et décrets royaux. Il Itaspediorem semble que quos nihilitemolo blaboribus, sequam, Tiruvalluvar ait choisi une profession commodi suntia in restio invelit modit différente. Il devint tisserand et vivait ut qui alit deniatus dis a nossequiam à Mylapore partie aujourd’hui iliquia et, vidqui esefait nemqui undebitaquid de Madras.doloreptus. Mais nous ne pouvons ut voluptati assurer qu’il atibusda était tisserand. Peut-être Ehenect non resero ma pliquae preiciisl’a est, que quelqu’un décritcori danstenisquias le passé a dolorrupta pa nonaurecaest isquati comme un tisserand sens imagé du onsequia de volupid quevers as iunt illor fait qu’il tissait de si beau ! saepelit officatur sunt omni ommos Il existe de nombreuses légendes volore cullatem sunt eatur, nemperibus intéressantes son sujet. Lesventia gens eos eum ex età laborum essus venaient souvent le consulter pour nimillore nem apiendi amustia dolor avoir conseils oumoditaq parler de leurs ad mases doles et vel uistium problèmes. Le faccus sage, lorsque c’était venessimenim rest fugitiat volore volendam et qui ullecae nit, de ut possible, leur répondait au moyen que nost aut minum que labor sequam paraboles et d’exemples plutôt qu’avec enia qui tormots. aut est aut ut volum exped de simples mi, ommoluptur rat. Ese simint. Qui Un matin, un jeune homme qui te perum sa quatemo velenes ent avait un problème vint le voir lui. eic testis aut quamusa quechez prerio. «Ugiatem Auriez-vous la gentillesse de me dire dustrum is ex eatur, abo. Et si c’est mieux d’avoir une femme ou de volore. Musenesto ipsae volloribus ne pas avoirdolut ? « demanda t’il.

et ad quodit et officaeprae net quam dolorio to maio et accum quisin con corpos autempos aliqui re nus ape prem rehenis magnat lam ad quiduciis rempore rnatem. Nemquis et odipsa volupiendel inverum nulparum qui autetur ad que nem re atectus as Le sage sourit et demanda au jeune quatur repremporpos voluptisciae homme de rester avec optatibusam, lui quelques sus sit occus idelendi heures. Quand s’assirent aut reperspit aut ils et quis aut adpour es prendrerehenda le petit déjeuner, la femme du seque nimagnatqui que od quia explab sage seque leur donna du in riz con qui, restia cuit devel la idel eum autfroid. et quod que nisrugit enit: veille, étaitastrès Mais le sage arcil il magnim quam « Vasuki, ce plat est trop quiam chaud ! eaquia » di dolum, ipid quatem es inctur aut Sans un mot sa femme Vasuki s’assit alique accatectas unt quia dolupti et commençaexped à éventer le riz pour le atatinctatem maximint, ut et, rafraîchir. occullia porem labores et volora el Puis et son hôte esed quequand est etleutsage atemporrovid ea étaient au assit beauquimilieu de leur dolendiciene coraepelent. Modi tem ut verspelest illa «ipsae ex déjeuner de midi, le sage cria Vasuki, et remporecela et ex dolupit etur comment se eum fait-ilraque tu n’aies sit cusdantem de pasessenihici laissé une lampe iciquam alors esciis qu’ il fait voluptur, omnima di ut quia dessedio nuit ? » dolor ratatiistis ad et faccullibus eium Sans un murmure, Vasuki alluma fugitat. uneCatibust lampe etquia la plaça près du sage. coneceste omnisse Le jeune fugitaquam homme dit «voluptatem Monsieur, voloratem vous m’avez doluptu donné lareperum réponse. Avoir inverepedia quodici pidemol uptatec ulparum excerum, une femme vaut certainement mieux cumqui ut siettantmolor mi, que de nedolesed pas en avoir est qu’elle omnimol orporibusam qui is quossi iunt lignis eiunt reperum nullaborpore quis delecae ditaquia volut occae quam adiciis aut et, que pratioris inum sim volorro temporporem simillu ptaquis molupta quaeperibus. Icae eserovit porerumquam aliae non nus. Ratur? Iquunt omnis dolupta dolupta quibus exerchi ligentotatem fuga. Ut quatur, coribeaqui ium quas etum hillis autaero eniminv elenihicaero ere minveliqui volecus rem autem quat quia num nonsequatur, cor aut ped quid minis unt quisquo milles ducipsum inis quos ea qui comniscium num ut asimin et faccaec totatibea cus quoditat ulparunt. Iderspellab illaces ma dolupicate eicta sit fuga. Fic temperitis arcitaspel in cuptatum aut eveliquam inverfe reptias pedignim doloribus acerum corepedisi sed molorem est aborat voluptaquae pa aut vitiur sendenis audi qui ut aut is rati autatia nus. Sam illes dem iume atqui nonseque peroreprovit remquo omnisinvel id mod moluptatius, quibuscia quos sitia consequas quunt ese incipsunt qui doluptam, comnimpor mod et et maximin ihitiur, que nis maximendaEhentur, unt. Mus erum fuga. Et vene ne aut lam, omnihit,

Le Tirukkural

A

Dis et eum, tem ipsam fugita illo volum abo. Obit, que voloreptas num core nescium ad quo magnimus solupti asimolum, nis veliquis qui nonsed que veribusam soit aussi dévouée et obéissante à son mari que l’est votresum femme. » volor lande Tiruvalluvar ne choisit pas d’être au recatiunt quassit service du roi, mais des générations utet quae neceptati après lui l’ont reconnu comme un roi parmi les sages.doloreriores. Sur chaque aspect de

la vie, pour chaque situation à laquelle un homme peut être confronté, le Kural a un conseil noble et pratique à donner. Les enseignements du Tirukkural ne se limitent pas aux aspects moraux de la seule vie. Il contient de bons conseils sur la diplomatie, l’art de gouverner et d’autres domaines de l’activité humaine également. n Traduction de Viviane Tourtet Extrait de Books Forever, de Manoj Das, illustrations de Sukumar Chatterji, Nehru Library for Children, National Book Trust, India

ut qui bererferest, et fuga. Ita cor re commolorecus explaut venisse nonsundae nosaperis as autem fuga. Et odi auta ni ratioris rehenecte que por ab intur? Rat aut lissect aquias consendi te ad ut renducil ipsamus dolor sundam aborum qui omnis moluptiasimo officie nducid quaerna tempori aut quaturempel elest vidit int. Ducitibus molutaspere, quamus dolorum, quod et idenesed ut quatus, officto enit re, sequatet rectet erciis modis postectis sinitat. Ectem enis aut autecusci ommolor simporum, ut utem quae pa quisquis quias non ea quos ium quam nim et asit dunt quam, adi que vellant faccab intur sequae poremporro dolest que non remod quo quae nossi dolut untorro vitium nis derspis dundit utempor solestotatur moluptatem ea sequide scidebi storepta nit quam et modicae dolesti issitassi con consequatio bla velitae ressed que laniscient, officia cum, sam fuga. Nes di ut dolut eosa si officaborum, Ugiat. Isitibus miniatis quam iuntur. n

April-May 2013 Embassy of India, Paris France septembre-octobre 2013 Nouvelles De L’Inde

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Littérature

Bibliothèque

Bibliothèque de l’Ambassade de l’Inde

L’Ambassade de l’Inde à Paris dispose de longue date d’une bibliothèque spécialisée dans les thématiques relatives à l’Inde. Aujourd’hui, dotée d’un fonds d’environ 10 000 ouvrages, elle accueille tous publics, sur rendez-vous. Son fonds comprend également un ensemble de CD et de DVD (films documentaires).

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septembre-octobre juin-août 2013 Nouvelles 2013 De Nouvelles L’Inde De L’Inde


Bibliothèque

Littérature

Missions La Bibliothèque a pour mission la collecte, le catalogage et la conservation des ouvrages relatifs à la civilisation indienne et leur mise à disposition auprès du public. Elle est également en charge de la documentation. Dans un avenir proche, elle aura à s’occuper de la diffusion d’informations, grâce notamment à l’organisation régulière de manifestations culturelles et de recherche ; elle souhaite également

©Ewa Tartakowsky

L

a Bibliothèque, placée sous la responsabilité du service Presse, Information & Culture, est née de l’accroissement du stock de la documentation et d’ouvrages relatifs à la civilisation indienne au sein de l’Ambassade de l’Inde. Le premier ouvrage est enregistré le 5 janvier 1955 et cette date peut être considérée comme fondatrice de la Bibliothèque en tant que telle. Son évolution va se faire au rythme de l’accroissement successif de ses collections. Aujourd’hui les sources d’accroissement de la Bibliothèque sont essentiellement le Ministère des Affaires étrangères du gouvernement indien, l’achat ponctuel d’ouvrages neufs, des ouvrages reçus en service de presse ainsi que des dons ponctuels. Son histoire a été marquée par plusieurs déménagements, toujours dans le cadre des bâtiments de l’Ambassade de l’Inde situés dans le 16e arrondissement à Paris. Le dernier, en date de 2013, s’est accompagné d’un important tri, permettant des dons d’ouvrages en double aux différentes bibliothèques universitaires et centres de recherches spécialisés en civilisations asiatiques. C’est également à cette occasion que, faute de place, la Bibliothèque s’est séparée de la majorité de son fonds de livres en hindi, alors offerts aux associations d’enseignement de langue hindi en France. De même, elle a abandonné son fonds de matériels audiovisuels en support VHS ainsi que de films de fiction en support DVD. L’histoire de la Bibliothèque est enfin celle de ses bibliothécaires. Initialement, c’est Mme Uma Rao qui s’occupa du fonds de la Bibliothèque et introduisit le système de classification Dewey. En 1982, Mme Bilkish Stern devint responsable de la Bibliothèque. C’est à cette période que le système Dewey est abandonné et commence l’enregistrement des livres dans un registre manuscrit. En 2013, Mme Stern est remplacé par l’auteur de cette note.

nouer des coopérations avec d’autres bibliothèques en France. D’ores et déjà, la Bibliothèque participe par ses prêts à plusieurs expositions : Les Eglises de Goa (photographies de Benoy K. Behl), The Path of Compassion. Buddhist Sites and Art Heritage (photographies de Benoy K. Behl), Mahatma Gandhi et L’Inde contemporaine. Collections La Bibliothèque possède un fonds de documents imprimés en anglais et français dont le nombre s’élève à environ 10 000. Le fonds est disponible en libre accès. C’est une des plus importantes bibliothèques en France spécialisée dans les thématiques relatives à l’Inde. Elle comporte plusieurs collections : art, architecture, arts du spectacle, cinéma, défense, économie, relations internationales, sciences politiques, spiritualité, sciences et technologie, littérature anglophone, littérature francophone, histoire de la littérature, Tagore, Gandhi, Sri Aurobindo, Nehru, Inde contemporaine, droit, droits de l’Homme, femmes, hommes politiques indiens, combattants pour l’indépendance, histoire, sociologie et anthropologie. La Bibliothèque possède également un fonds de livres enfance et jeunesse, fonds comprenant essentiellement des ouvrages de littérature populaire, de contes des différentes régions, des mythes tels que le Mahabharata ou le Ramayana, enfin des biographies mythologiques et historiques. Enfin, elle dispose aussi de la collection intégrale de Nouvelles de

l’Inde, revue publiée par l’Ambassade de l’Inde depuis 1962. Elle possède aussi des collections incomplètes des revues : Inde Perspectives, Incredible India, India Magazine, Discover India, Rencontres avec l’Inde, Marg, Indian Foreign Affairs Journal ou encore Indian & Global Affairs. Outre les livres imprimés, ses collections comprennent également un fonds de documents sonores et audiovisuels (films documentaires) ainsi qu’un fonds photographique. Diffusion de l’information Le catalogue de la Bibliothèque sera prochainement consultable en ligne sur le site web de l’Ambassade de l’Inde. Pour le moment seul le catalogue des DVD est mis en ligne. Depuis 2013, une page Facebook dédiée à la Bibliothèque permet d’informer régulièrement ses lecteurs, entre autres des nouvelles acquisitions réalisées. La Bibliothèque publie, à un rythme irrégulier, un bulletin qui comprend des comptes rendus de certains des nouveaux ouvrages acquis ainsi qu’une liste de toutes les nouvelles acquisitions. n

Ewa Tartakowsky La Bibliothèque de l’Ambassade de l’Inde 13, rue Alfred Dehodencq, 75016 Paris Tél : 01 40 50 50 19 Email : informationinde@wanadoo.fr Horaires d’ouverture Du lundi au vendredi, 9h30-12h30 & 14h00-17h00 Sur rendez-vous, consultations sur place

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Réalisation Expédition

HOMMAGE A L’EXPEDITION FRANCOINDIENNE AU MONT NUN KUN EN 1953 Récemment a été célébré le 60ème Anniversaire de la tentative d’escalade du Nun-Kun conduite par l’alpiniste et écrivain Bernard Pierre, également connu comme le romancier des fleuves puisqu’il avait consacré plusieurs ouvrages à de grands fleuves du monde, le Nil, le Mississipi, le Danube et le Gange.

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ne traduction du livre « Une montagne nommée Nun Kun » (préface de Sic John Hunt), édité par AmiotDumont à Paris dans la Collection La Bibliothèque de l’Alpiniste, en hindi vient d’être réalisée en Inde.

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A l’occasion de cet anniversaire, nous avons été en contact avec le Club Alpin français qui a retrouvé dans ses archives une interview parue dans Le N°363 de la Revue du Club Alpin français d’octobre que nous vous livrons ci-dessous :

Revenant du Nun-Kun… Avec les seuls Français « himalayens » de l’année L’expédition victorieuse du Nun débarque au siège du C.A.F. Elle est pour aujourd’hui condensée en deux personnes : la plus petite, Claude


Expédition

Réalisation

«

Autant j’avais trouvé de différence en passant des Alpes aux Andes, autant j’en ai trouvé entre les Andes et l’Himalaya. Dans l’Himalaya, tout est si grand !

»

Alors, ce Nun ? Mérite sa réputation. Ce n’est pas un de ces Grands que l’on mesure au millimètre, mais il est beau et difficile. Nous n’en demandons pas plus. Un de ces sommets comme en en recherchera de plus en plus, une fois passée l’époque héroïque de l’Himalaya. Je note en marge : Nun, 7.135 mètres. Point culminant du massif du Nun Kun situé dans le Cachemire à l’extrémité occidentale de la chaîne de l’Himalaya. Le Nun a été tenté par trois expéditions anglaises en 1934 (Harrisson et Waller), 1937 (Waller) et 1946 (Barry, James et Stobart), les trois fois sans succès. Au fait, qu’est-ce que c’est le Kun ? Le second sommet du massif, avec 7.035 mètres. Lui, avait déjà été réussi en 1913 par Piacenza. Nous ne l’avons jamais vu ; il nous était masqué par le Nun, et le jour du sommet il était dans le brouillard.

© www.geolocation.ws

Kogan, qui fit le sommet ; et le plus grand, Bernard Pierre, qui dirigea l’expédition. Nous sommes quasiment les premiers à les recevoir après le Pandit Nehru. Je veux les allécher avec un whisky, mais Bernard fait la moue ( ???). Claude

explique : ils (les hommes) en ont tellement bu aux Indes, jusqu’à dix ou quinze par jour, pour se « réacclimater aux basses altitudes » ! D’ailleurs, il n’y a pas besoin de whisky ; les questions fusent. Et je fais le greffier.

Tout le monde exact au rendezvous ? Tout le monde. Nous étions quatre à partir de la France. Trois anciens du Salantay : Claude Kogan, ; déjà membre aussi de l’expédition à l’Alpamayo, Bernard Pierre et le toubib Jean Guillemin. Le quatrième, Michel Desorbay, qui a tâté le Spitzberg, accompagnait le matériel par bateau. Là-bas, nous avons retrouvé Pierre Vittoz ; il est missionnaire protestant, établi à 100 kilomètres du Nun et il y avait déjà fait une reconnaissance. Nous avons retrouvé aussi le lieutenant Jayal, qui

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Réalisation

Expédition

survola l’Everest après sa conquête, et le capitaine Joborey ; tous deux participèrent à l’expédition indienne au Kamet. Le Nun a vu la première expédition franco-indienne. Quant aux Sherpas, disent Claude et Bernard en chœur, quels types formidables ! Vous avez déjà appris notre gros pépin, une avalanche qui balaya deux cordées à 6.000 mètres. La seconde, celle de Claude, Vittoz et Guillemin, put stopper en 50 mètres, mais la première fut emportée sur 300 mètres. Il y avait Bernard, Desorbay et Ang-Tharkey, sirdar des Sherpas comme il le fut pour l’équipe de l’Annapurna. Nous étions tous les trois à moitié asphyxiés, bosselés, k.-o., dit Bernard Pierre. Eh bien ! dans cet état, sanglant, Ang-Tharkey eut aussitôt la présence d’esprit de nous dégager, Desorbay et moi, et il nous comptait pour être sûr de n’oublier aucun de ses sahibs ! A quel moment s’est produit cet accident ? Au mauvais. C’était le 23 août. Nous étions à pied-d’œuvre depuis le 30 juillet, jour où nous avions établi notre camp de base à 4.800 mètres, avec deux tonnes de matériel. Longue marche d’approche ? 200 kilomètres avec 90 porteurs. Ensuite, nous avons pu suivre à peu près la progression fixée : 1er août, camp I à 5.400 mètres. Camp II à 5.850 mètres le 10. Pourquoi ces neufs jours pour progresser de 350 mètres ? Du mauvais temps nous a un peu retardés et puis il fallait trouver l’itinéraire. Les tentatives de 1934 et 1945 avaient échoué sur l’arête Est. Nous étions convaincus que l’arête Ouest était meilleure ; encore fallaitil la reconnaître. Waller l’avait choisie en 1937 mais s’était arrêté très bas. Le passage vers le camp II a été trouvé le 7 août par Vittoz, Claude Kogan et Ang-Tharkey. Il y avait une grande tour à vaincre pour atteindre l’arête. Un camp III a été établi dès le lendemain à 6.150 mètres. Puis le mauvais temps nous a refoulés jusqu’au 18 au camp de base. Il était tard. Johorey avait dû nous quitter, sa permission étant expirée. Le 21, le camp III était remonté à 6.420 mètres. Aucun emplacement ne semblait possible pour un éventuel camp IV entre ce point et le sommet. Il fallait donc faire une tentative à partir

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du camp III. Mais le 22 le temps était douteux et le 23 il neigeait. C’est en descendant ce jour-là que nous avons été pris par l’avalanche. Bilan : trois hors de combat temporaires, Bernard, Desorbay et Ang-Tharkey. Nous risquions de perdre notre dernière chance, car nous n’avions plus de temps que pour une seule tentative. Les coolies était commandés pour le retour le 28. Le 25, le temps s’améliore. Une seule cordée peut réussir : Claude Kogan et Vittoz. Dieu merci, c’est la meilleure ! Moi, dit Bernard Pierre, j’étais dans un fichu état mais je pensais qu’il était de mon devoir de chef d’expédition de les soutenir le plus haut possible. Dans la journée du 25, nous montons au camp II. Le 26, mauvais. Le 27, beau. Montée au camp III, mais le camp III n’est pas au rendez-vous, il est enseveli sous des dizaines de tonnes de glace. Heureusement, nous avions pris une tente et un peu de nourriture. Nous passons la nuit à quatre avec le Sherpa Pemba Norbu, dans la tente de deux. Le 28, départ à 7h.30. Au bout de deux heures, je m’aperçois que je ne peux continuer. C’est une grosse déception. Mais Claude et Vittoz sont en forme. J ’ai confiance en eux. S’ils arrivent au sommet, je serai quand même heureux du succès de cette expédition que j’ai voulue. Claude Kogan poursuit alors le récit : Après avoir quitté Bernard, nous savions, Vittoz et moi, que nous devions passer. C’était nous deux aujourd’hui, ou bien l’expédition était manquée pour tous. Le terrain n’était

pas engageant. En partant du camp III, nous avions fait un large crochet vers le sud pour éviter une énorme masse de séracs. Maintenant, nous étions engagés dans une traversée complète de la face pour aller rejoindre l’arête Ouest. A 10h.30, nous étions sur un îlot rocheux au milieu de la face. 500 mètres nous séparaient de l’arête, mais 500 mètres qui furent très pénibles. La neige était croûtée ; à chaque pas, il fallait défoncer la croûte, pénétrer 20 ou 30 centimètres de neige foireuse pour trouver enfin une bonne couche. Nous étions sous la menace constante que tout s’effondre et nous emporte. Nous avons mis deux heures à faire ces 500 mètres, et une fois arrivés sur l’arête, nous nous sommes arrêtés une demi-heure, 500 mètres encore, les derniers cette fois, nous séparaient du sommet. Vittoz était optimiste, mais je voyais bien les congères dont était formée l’arête. Nous avons dû marcher séparément, nous assurant en permanence, et il a fallu deux nouvelles heures avant que nous touchions le sommet à 15 heures. Là, dit Claude, c’était bien. Dans le son de sa voix et le moment de silence qui suit, nous comprenons qu’elle est désormais conquise par l’Himalaya. Oui, dit-elle, le Nun dominait tout le massif. Chaque jour de beau temps, nous voyions des plus de 8.000, le K2, le Nanga Parbat, le Hidden Peak, mais ils n’étaient pas assez proches pour nous dominer. Autant j’avais trouvé de différence en passant des Alpes aux Andes, autant j’en ai trouvé entre les Andes et l’Himalaya. Dans l’Himalaya, tout est si grand ! n Article reproduit avec l’autorisation du Club Alpin français


Monument

Histoire

Le Pavillon des Indes, monument historique dans le parc de Bécon à Courbevoie

C

par le Prince Stirbey, prince roumain ayant épousé la fille d’un ministre de Napoléon III, Valérie Fould, élève du peintre Roybet. C’est à Bécon que terminera ses jours le grand sculpteur Carpeaux, marquant de façon indélébile ces lieux par son passage. » L’édifice, entièrement en bois, surmonté de dômes à bulbes, présente vers la rue une large verrière dans une ordonnance de briques polychromes. C’est en 1924 que le pavillon, après l’intermède Paramé, trouva son emplacement définitif sur les rives de la Seine à Courbevoie. Il y fut élevé pour servir d’atelier à Valérie Fould.

Viviane Tourtet

©Yann Rossignol

ertains mots comme pagode, pavillon, nous renvoient à un Orient fantasmé et lorsqu’ils sont de surcroît accompagnés des deux mots « des Indes », notre imaginaire va bon train. Aussi lorsque nous avons appris qu’un Pavillon des Indes, situé à Courbevoie, faisait l’objet d’une réhabilitation, cela a éveillé notre curiosité. Nous vous invitons à découvrir avec nous ce Pavillon, vestige de l’exposition universelle de 1878. Mais remontons le temps tout d’abord et transportons-nous au-delà des mers pour arriver en Inde, du temps de l’Empire Britannique. C’est aux bords du Gange que le Pavillon est fabriqué par des artisans travaillant selon des techniques traditionnelles qui remontent à la nuit des temps. Il est en bois sculpté et n’est pas sans rappeler les palais des Maharadjahs. Le Pavillon est l’objet d’une commande du Prince de Galles, le futur Edouard VII, qui souhaite y présenter ses collections lors de l’exposition universelle qui se tiendra à Paris en 1878. Frédéric Didier, architecte diplômé de l’Ecole de Chaillot, associé auprès de l’agence 2BDM, la plus grosse agence d’architectes spécialisée dans le Patrimoine en France et en charge du projet de rénovation et réhabilitation du lieu, nous relate ce qu’il advint du Pavillon, l’exposition terminée. « … les éléments sont dispersés entre divers acheteurs : une partie est remontée comme villa balnéaire à Paramé-plage, où elle disparaitra dans un ouragan en 1905, tandis que l’autre est réintégrée

Après un demi-siècle d’oubli, cette architecture, reflet d’une civilisation raffinée et classée Monument historique, va être réhabilitée permettant ainsi de relier le patrimoine passé à celui, résolument moderne, du présent. Le Pavillon va d’une part faire peau neuve grâce aux talents de 2BDM mais va d’autre part devenir un lieu de création en abritant un sculpteur en résidence, lauréat de l’école des Beaux-Arts, ceci en hommage à Carpeaux. Le pavillon sera complètement réhabilité de manière à redonner à la partie en bois son aspect d’origine, à transformer en logement et en lieu de création le bâtiment en briques et à remodeler en partie les abords en lieu d’exposition. Au rez-de-chaussée de la partie en bois, dans le Pavillon des Indes, une petite galerie présentera l’historique du parc de Bécon, l’implantation des deux villas-ateliers des sœurs Fould, constructions qui incluent toutes deux des bâtiments de l’exposition universelle de 1878, Le Pavillon Suède-Norvège pour Consuelo Fould et la Pavillon des Indes pour George Achille-Fould et l’historique du Pavillon des Indes anglaises (à l’Exposition Universelle, en Bretagne et son second réemploi à Courbevoie). La Ville de Courbevoie et son maire, Jacques Kossowski, Député des Hauts de Seine, voient plus loin encore avec un projet de réaménagement du parc de Bécon et des berges de Seine. n

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Culture

L’Inde en France

Zoom sur la

Culture Indienne

Ces derniers mois furent riches en manifestations culturelles tant à Paris qu’en province. Nous vous en proposons un bref aperçu. Ces manifestations témoignent une fois encore du dynamisme des associations, de l’intérêt des Français pour la culture indienne, sous toutes ses facettes. qualité. Parallèlement à la Galerie Zürcher où elle a exposé jusqu’au 20 avril, Pushpamala N. a également

«exposé « Histoires parallèles : Pays mêlés » à la Chapelle des Jésuites, à Nîmes jusqu’à fin avril.

• La graveuse Lakshmi Dutt a exposé de nouvelles gravures « Regard Intérieur » à la Maison Henri IV à Saint Valery en Caux du 14 avril au 16 juin. Ces nouvelles gravures nous plongent dans l’univers de la nature depuis les vagues déferlantes, les fissures, les éruptions solaires, jusqu’aux monolithes, paysages de mer, en passant par la planisphère, une composition planétaire. L’urbain, abstrait, y plonge son âme, frissonne au gré des mouvements de la planète, se laisse émerveiller par tant de splendeur.

• La Galerie Suzanne Tarasieve à Paris/Loft 19 a exposé deux artistes dont l’artiste indienne qui vit et travaille à Bangalore, Shantamani N. du 22 mai au 27 juillet, au côté

de Terry Taylor. L’artiste indienne a présenté deux oeuvres dont Hands (ci-dessous) et réalisée en charbon de bois et pulpe de chiffon en coton et fixée en polyuréthane.

©Rebecca Fanuele

Coté exposition de peintures… • La Galerie Zürcher à Paris a exposé pour la seconde fois Pushpamala N., artiste de Bangalore. Photographe, cinéaste, engagée dans la lutte féministe, cette artiste y a proposé l’exposition « Avega – The Passion » pour laquelle elle s’est inspirée de l’épopée du Ramayana pour se mettre en scène et incarner plusieurs scènes « clés » de l’histoire en neuf « tableaux » photographiques et une vidéo. L’artiste puise dans le langage de formes du théâtre et du cinéma indiens à leurs débuts, se réfère aussi à des œuvres picturales comme celles de Ravi Varma ou Poussin ou Füssli pour ses décors, ses costumes pour donner naissance à des œuvres dramatiques de grande

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L’Inde en France

Culture

• La Galerie Pascaline Mulliez a présenté au public une sélection d’œuvres de Velu Viswanadhan, qui s’échelonnent dans le parcours de l’artiste entre 1990 et 2004, du 25 avril au 29 juin, période charnière. Il se dégage de ces toiles aux pigments vert, rouge, ocre jaune et bleu mêlés à la caséine, une grande sérénité en nous reliant à la fois à la terre et à l’air par les effets terreux, opaques et ceux plus transparents, légers. Une œuvre résolument à cheval entre tradition et contemporanéité. • Le peintre Akhilesh Verma, résidant à Bhopal et qui a passé plusieurs mois en résidence à Nantes, à l’Institut d’Etudes avancées a exposé un ensemble de 32 sérigraphies et deux huiles sur toile grand format au Musée de la Compagnie des Indes à Lorient avant de venir à Morlaix dans le cadre de la coopération entre AADI et la Ville de Lorient et le Musée de la Compagnie des Indes. L’exposition « Anadi », inaugurée par M. Indra Mani Pandey, Chef de Mission adjoint auprès de l’ambassade, et ouvrant le festival Armor India le 19 avril 2013, a ensuite été très fréquentée, les visiteurs appréciant, lors de leur passage, la profondeur et la subtilité des oeuvres d’Akhilesh Plusieurs

visites de scolaires ont été organisées et ont permis de faire découvrir à des jeunes - dans une première approche - la technique de la sérigraphie et des relations entre couleurs.

Du côté des arts… • C’est la découverte de Passages, le festival des théâtres à l’Europe et ailleurs, qui existe depuis 17 ans en Lorraine : la troupe Sri Venkateshwara Natya Mandali. Cette grande famille, héritière d’une lignée de marionnettistes, perpétue depuis plus de 120 ans une forme traditionnelle de théâtre : le Théâtre Surabhi, du nom d’un village

de l’Andhra Pradesh en Inde du Sud, d’où ils sortaient pour la première fois. Des 65 membres qui composent cette troupe familiale, ils sont 45 à avoir fait le déplacement à Metz où ils présentaient du 4 au 18 mai 2013 pendant le Festival Passages trois de leurs productions puis à Paris, au Centquatre, où se jouaient, du 22 au 25 mai, les prolongations de Passages.

Dans cette troupe extraordinaire, tout le monde joue, danse, chante et participe à l’élaboration du spectacle, et ce quel que soit son âge. S’inspirant des légendes indiennes, férus de métamorphoses, ils nous racontent des épopées hautes en couleurs où les hommes, les bons et les méchants, les puissances infernales ou célestes, les animaux, partagent des aventures épiques.

©Michel Didym

• Richa Navani, artiste visuelle de New Delhi a été en résidence au Centre d’art Camac à Marnay-sur-Seine. Il s’agit de son second séjour en résidence en France. Le studio en extérieur était ouvert au public le 20 juin. Le projet qu’elle y a réalisé « Vasudeh » qui signifie terre, était une forme hexagonale. Cette forme fut réalisée en papier calque puis cousue avec un fil de coton. Deux éléments de la nature, l’eau et le feu, ont ensuite été projetés sur la forme fragile et délicate en vidéo. La sculpture de papier mesurait 182x152cm et fut suspendue de manière à ce que le public puisse marcher à l’intérieur et faire partie de l’œuvre, allant jusqu’à la ressentir, à la respirer. Ce projet s’inscrit dans la recherche de l’artiste sur l’infiniment petit et l’infiniment grand. Après sa série sur les œufs et les œufs cosmiques et Bee Hive La Ruche, série de travaux d’identité similaire, Richa Navani continue avec la forme héxagonale sur laquelle elle médite tout en travaillant.

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Culture

L’Inde en France

• Le 12 juillet, ce fut autour de Padmashree Nabaneeta Devsen que se sont retrouvés à l’ambassade les amis de la poésie bengalie. Philippe Benoit, professeur de bengali à l’INALCO et Mme Sudipta Rémy de l’association Samhati ont présenté et lu quelques poèmes de l’auteur qui ellemême a lu en bengali et en français ©V. Tourtet

• Le Festival « Les Cultures du Monde » à Gannat a lancé le coup d’envoi de son Edition 2013 qui s’est déroulée du 19 au 29 juillet par un défilé dans les rues de Gannat. Parmi les 20 pays invités figurait l’Inde représentée par la

Du côté de la littérature… • Sous le haut patronage de l’Ambassade de l’Inde, du ministre de la Culture et de la Communication, du Recteur de l’Académie, Chancelier des Universités de Paris, du Maire du 8ème arrondissement et du Directeur du Cercle national des Armées, l’association Cocktail & Culture a organisé le 23 mai le 5ème Salon des Femmes de Lettres parrainé par JeanMarie Rouart de l’Académie française autour d’une séance de dédicaces d’une cinquantaine d’auteurs féminins. L’Inde était cette année le pays invité d’honneur. Le jury a attribué le Prix Simone Veil à Isabelle Stibbe pour son

livre Bérénice 34-44 et le Prix Spécial du Jury à France Cavalié pour Restonsen là.

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quelques-uns de ses textes. L’auteur a relaté ses premiers souvenirs de Paris et a répondu aux questions d’un public venu nombreux l’écouter. Padmashree Nabaneeta Devsen a pratiqué divers genres dans la littérature indienne et a été active dans la libération de la femme en Inde. • Un peu plus tôt, le 28 mai, c’était au Thé des Ecrivains, de recevoir en collaboration avec les Editions Rasibus et l’association AFEA/SNEHASADAN le jeune Amin Sheikh pour la sortie de son livre-témoignage « La vie, c’est la vie ». L’auteur après avoir connu la ©V. Tourtet

fanfare de Hameed Khan Bawa, la Kawa Brass Band de Jaipur qui, dès le défilé d’inauguration, s’est faite remarquer par une prestation digne d’un grand équilibriste. • Le grand musicien L. Subramaniam et son fils ont été accueilli cette année à Royaumont dans le cadre de la Saison musicale. Ils ont donné un récital de violon le 31 août accompagnés au mridangam par Rama Murthy et au morsing par Satya Say. Cette journée était organisée en partenariat avec l’ambassade de l’Inde, L’Inde et le Monde et Lumières sur l’Inde.

vie difficile des enfants des rues de Bombay, avoir exercé plusieurs petits métiers, a rencontré la sœur Séraphine, point de départ d’une renaissance pour le jeune homme qui, par une formidable volonté et soif de mieux vivre, est parvenu à financer son premier projet, créer un café-bibliothèque solidaire qui aidera les jeunes de ce quartier à trouver des emplois. Si la vente du livre marche bien, un second projet pourrait ensuite voir le jour, celui d’une flotte d’ambulances.

• Une journée du sanscrit a été organisée par l’association Bharata Samskriti Sangama en collaboration avec la Maison de l’Inde le 29 juin à la Maison de l’Inde, Cité Universitaire. Après une introduction, un récital de bharatanatyam a été présenté sur des compositions en sanskrit par Tarikavalli suivi d’une lecture de strophes tirées de la Vishvagunadarsa Campu, d’une conférence sur l’histoire du poète Bharavi, le Kiratarjuniya et les sculptures du temple de Lokeshvara (Virupakhsa) à Pattadakal, par Vasundhara Filliozat. Le lancement du « Petit Prince » a été suivi d’une conversation en sanscrit par Gopabandhu Mishra et ses élèves. Après une pause, une lecture de poèmes a eu lieu, suivi d’un autre intermède dansé et la journée s’est terminée par la lecture d’un poème sur Paris, composé par Gopabandhu Mishra. • L’association Tagore Sangam a célébré en divers lieux le 100ème anniversaire du Prix Nobel de Littérature, Rabindranath Tagore. Ces manifestations ont été placées sous le patronage du Ministre de la culture, Mme Aurélie Filippetti. Un récital poétique a été donné en association avec le Théâtre de l’Arc en Ciel à Gleizé près de Lyon le 22 mars, suivi d’un autre récital à St Laurent sur Saône près de Macon le 13 avril, puis d’autres du 16 au 20 avril à Paris, au Théâtre Les Déchargeurs. Un festival de films indiens a été présenté au Cinéma Chaplin dans le 14ème arrondissement de Paris avec 4 films (Raja Harishchandra, Devdas, Koil Mil Gaya, Lagaan). Des lectures de poèmes, un débat se sont déroulés à la Société des Poètes français à Paris le 27 juin et durant l’été, l’exposition « Sur les pas de Tagore » a été présentée au sanctuaire de La Salette (Hautes Alpes) ainsi qu’un film sur Tagore suivi d’un débat et du récital poétique avec le Théâtre de l’Arc en Ciel. Après La Salette du 15 au 20 juillet, c’est à l’Abbaye de Boscodon que le récital et la projection d’un film documentaire sur Tagore ont eu lieu du 19 au 29 juillet. Toutes ces manifestations ont remporté un vif succès auprès du public, notamment des jeunes. Du côté du cinéma… • Le Festival International du Film de La Rochelle s’est tenu cette année du 28 juin au 8 juillet et a célébré le centenaire du cinéma indien avec 6 films : Raja Harishchandra (1913) de Dadasaheb Phalke, Le Salon de


L’Inde en France

Musique (1958) de Satyajit Ray, Salaam Bombay (1988) de Mira Nair, Harishchandra’s Factory (2011) de Paresh Mokashi, I.D. (2012) de Kamal K.M., et Ship of Theseus (2013) de Anand Gandhi. • Le FID s’est déroulé à Marseille du 2 au 8 juillet. Ont été projetés entre autres le film « Notes pour un film sur l’Inde » de Pier Paolo Pasolini de 1968 et « From gulf to Gulf to Gulf » de Shaina Anand et Ashok Sukumaran, ce dernier film en sélection officielle/compétition internationale et première mondiale. • Une soirée a été organisée le 11 juillet à la résidence de l’ambassadeur autour du romancier et cinéaste Vijay Singh et de son film franco-indien India by Song, portrait à multiples facettes de l’Inde depuis son indépendance en 1947 jusqu’à l’époque contemporaine. Tissé autour d’un long voyage à travers le pays, India by Song véhicule à la fois l’histoire, des clips de chansons Bollywood hauts en couleurs, des témoignages vivants et de belles images de l’Inde d’aujourd’hui et nous livre une œuvre cinématographique passionnante. Le film mêle en continu histoire et cinéma. Du côté de la Maison de l’Inde… • L’ambassadeur de l’Inde, M. Arun K. singh, a visité le 3 mai l’extension du site de la Maison de l’Inde après son installation officielle accompagné du Chef de Mission adjoint, M. I.M. Pandey. Ils ont été reçus par M. Bikas C. Sanyal, Directeur de la Maison de l’Inde, Mme Sanyal, attachée culturelle auprès

de la Maison de l’Inde et l’équipe des architectes Lipsky-Rollet. L’architecte a expliqué que c’est la première fois que la nouvelle technologie qui combine bois

et béton sera appliquée à un bâtiment de cette taille. Le gouvernement indien attache la plus grande importance au projet qui devrait voir le jour à la rentrée universitaire. L’ambassadeur a visité les étages terminés et a aussi visité le bâtiment existant ainsi qu’une chambre de résident. Ce fut aussi pour lui l’occasion de rencontrer le professeur de yoga indien donnant des cours de yoga dans la salle Indira Gandhi. • En collaboration avec le Centre Mandapa, la Maison de l’Inde a présenté le 11 mai une soirée de Poèmes et chants de Rabindranath Tagore pour fêter le Centenaire du Prix Nobel avec la participation de Cyrille Andrieu-Lacu, Ustad Sayeeduddin Dagar, Michaël Lonsdale, Sharmila Roy-Pommot, Jean-Philippe Rykiel, Florian et Sandra Westphal. Les textes français inédits de Prithwindra Mukherjee étaient extraits du recueil trilingue, Tantôt Dièse, tantôt Bémol. • La Fédération des Associations Franco-Indiennes (FAFI) et la Maison de l’Inde à la Cité Universitaire ont cocélébré le 150ème anniversaire de la naissance de l’un des plus grands philosophes et réformateurs sociaux de l’Inde, Swami Vivekananda le 9 juin dernier Salle Indira Gandhi.

Dans le ciel…. • L’Inde, entre autres, était à l’honneur au côté de plusieurs autres pays au 12ème Festival des Cerfs-Volants du Monde du 28 mai au 2 juin à Marines, Chaque année les pelouses du stade Jean Moulin de cette municipalité voient l’arrivée de professionnels du cerf-volant qui expose leur savoirfaire tant au niveau de la fabrication des cerfs-volants qu’au niveau des démonstrations. Une exposition de plus de 500 Cerfs-Volants du Monde était également présentée au public mais le clou de cette manifestation fut l’envol du train de cerfs-volants indien qui mesurait 150 m de long et les combats de cerfs-volants géants pakistanais.

Culture

A l’occasion de son 10ème anniversaire, le Festival a mis à l’honneur 10 pays où l’art du cerf-volant est considéré comme un sport national. Venu de Mumbai, Abdul Rauf est un maître du patang, cerf-volant en papier et en bambou. Son atelier de fabrication a été recréé à l’entrée de l’exposition permettant au public de découvrir la minutie de son travail. photos en bas de page. • La septième édition de la « Dictée Hindi et Tamoul », organisée par le Conseil Guadeloupéen Pour les Langues Indiennes, s’est déroulée le 8 mai à l’Auditorium de Douville, Sainte-Anne, Guadeloupe. Une bonne moisson de trophées et de médailles a récompensé les participants Isabelle Rambhojan et Kevin Dourgaparsad ont été les grands gagnants des prix Kamban (tamoul) et Tulsidas (hindi). • Le 15 août dernier, l’ambassade a fêté l’anniversaire de l’indépendance de l’Inde sous le soleil. Après le lever des couleurs, l’ambassadeur a lu le message du Président de la République. Le public, avec le chœur de l’ambassade,

a chanté l’hymne national. Madhubanti Sarkar, chanteuse, a ensuite chanté deux chansons patriotiques dont une écrite par Rabindranath Tagore. La communauté indienne, nombreuse, a ensuite été conviée à un cocktail au cours duquel chacun a pu échanger. n

Viviane Tourtet

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Culture

Exposition

VernacularIndia

Anne Chevalier et Anders Laustsen n’en sont pas au premier coup d’envoi. Après une première exposition en 2011 dédiée à la peinture des Gond, puis l’exposition Jangarh Kalam, l’art des Gond, en 2012, la Galerie Anders Hus a proposé du 2 mai au 9 juin 2013 une belle exposition consacrée cette fois aux artistes des tribus Gond et Bhil.

A

u-delà du métier de galeristes, Anne Chevalier et Anders Laustsen sont des amoureux de l’Inde et de ses artistes « vernaculaires ». Cette année, ils ont retrouvé les artistes modernes et traditionnels Pardhan Gond de « l’école » du Jangarh Kalam et notamment le maître fondateur Jangarh Singh Shyam qui ne fut pas étranger au succès du musée Bharat Bhavan qui vit le jour à Bhopal en 1982, ainsi que les femmes de la tribu Bhil, Ladoo Bai et Bhuri Bai. Par ailleurs, ils ont découvert aux confins du Madhya Pradesh et du Gujerat l’un des derniers représentants de la tradition Pithora, Pema Fatya. Les artistes Bhil et Gond peignent par nécessité et par nature, par besoin de transmettre et de communier. Les royaumes perdus et mythifiés qu’ils représentent expriment avec exubérance et subtilité, les mystères d’une nature et d’une modernité qui, parfois, les dépassent. Les thèmes

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Nouvelles De L’Inde

ancestraux empruntent aux légendes panthéistes et parfois à la modernité avec l’irruption d’une machine ou d’un avion. Cette exposition a montré non seulement combien l’art tribal se décline en une foultitude de styles mais questionne aussi le rapport de ces expressions formelles au sacré : art sacré, car issu de rituels de moins en moins pratiqués ; art consacré, car ayant révélé des artistes professionnels qui exposent et sont ainsi reconnus sur le plan international. Les artistes Bhil sont restés, pour la plupart, à la campagne, près de leurs racines et pratiquent leurs rituels devenus un art, l’art Pithora, que l’on trouve dans trois Etats, le Rajasthan, le Gujerat et le Madhya Pradesh. Les Bhils créent une « performance rituelle » à la demande d’une famille lorsqu’un vœu est exaucé sous la forme d’une fresque réalisée à l’intérieur de la maison ou sur le pas de la porte pour

être vue de tous. L’essence du rituel Pithora réside dans la proximité avec la terre depuis les thèmes jusqu’aux matériaux : pigments, lait et liqueur de l’art sacré Mahua, couches de boue, de bouses et de chaux. Les fresques Pithora sont exclusivement réalisées par les hommes. Elles représentent le mythe de la création, la vie quotidienne des Bhil, le soleil, la lune, les animaux, les insectes, les figures mythologiques, les dieux comme le dieu à douze têtes, Bhil Vat Deo. Pour l’art Gond, le processus résulte du mouvement lancé par la politique artistique du musée Bharat Bhavan et notamment par l’artiste Swaminathan qui plaçait l’art rural sur le même pied d’égalité que l’art urbain. Grâce à lui, des artistes purent venir à Bhopal et faire découvrir leur art au public. Jangarh Shyam est le plus célèbre d’entre eux. Cet artiste était aussi un Pardhan chargé de préserver la mémoire collective par une tradition orale et musicale. Pourquoi le terme de « vernacular » ? Soulevée par la Devi Art Foundation dans le cadre de son exposition Vernacular in the Contemporary (2010-2011), cette question est également abordée dans la thèse de Julia Marchand, critique d’art et commissaire d’exposition : « Ce terme [vernacular] cherche à ôter cette création des catégories étouffantes. Le titre invite aussi à recentrer le regard sur le processus de création de ces artistes qui agissent autour et à l’intérieur d’un cadre défini par le style local... Non seulement les créateurs sont conscients d’agir à l’intérieur d’un cadre local traditionnel, mais ils prennent en compte la globalisation de la scène artistique » Pema Fatya est le grand maître de la tradition Pithora encore vivant. Anne Chevalier et Anders Laustsen ont eu la chance de le rencontrer chez lui, là-bas, dans les collines du district de Jabhua, à la frontière du Gujerat. Les peintures sacrées recouvrent trois murs de la pièce et correspondent à


Exposition

Culture

Aux thèmes classiques, elle a rajouté des nouveaux éléments, décalés ou empreints de force et de poésie. Elle travaille au Musée du Bharat Bhavan. Enfin Gariba Singh Tekam, le premier peintre Pardhan Gond qu’Anne Chevalier et Anders Laustsen

des rituels holistiques que Pema Fatya est certainement l’un des derniers à exécuter, souvent assisté d’un prêtre. Ladoo Bai, originaire du même district, s’inspire de la spiritualité et de l’animisme de sa communauté. Aujourd’hui installée dans la banlieue de Bhopal, elle a confié aux galeristes des œuvres des années 80, rituels, danses et célébrations, évocations poétiques. Certaines de ses peintures anciennes, sur papier, évoquent les peintures rupestres des grottes de Bhimbetka. Elle a également reproduit des tatouages, qui chez les femmes Bhil pauvres, remplacent les bijoux. Bhuri Bai est l’une des toutes premières femmes à utiliser le pinceau et la toile. Elle s’inspire, quant à elle, des broderies des femmes Bhil et des récits rituels. Elle affectionne le monde aquatique, les arbres de vie, les mythes et les allégories de sa tribu. Ses peintures animalières ne sont pas dénuées d’humour. Venkat Singh Shyam est l’un des artistes les plus créatifs et innovants du Jangarh Kalam. Son oncle paternel Jangarh Shyam joue un rôle certain dans sa peinture. Il est une sorte de passeur et aide à promouvoir l’art sacré des Pardhan. Ses œuvres affichent deux styles, tantôt elles revisitent le style traditionnel Gond lui

conférant davantage de tonus, tantôt elles évoquent de manière réaliste les grandes cosmogonies indiennes. Son style s’est considérablement affirmé, le noir est très présent et des tons forts sont utilisés pour représenter la nature et ses créatures, les légendes et les rituels des Pardhan Gond et de l’Inde syncrétique. Il traite également des thèmes contemporains, d’actualité. Durga Bai est une artiste majeure du Jangarh Kalam. Douée pour la narration, elle raconte des histoires du panthéon des Gond avec des couleurs et un style qui lui sont propres. Elle illustre également des contes et

travaille pour des maisons d’édition et des commandes publiques. Elle a notamment collaboré avec son mari Subhash Vyam à la réalisation du livre sur la vie d’Ambedkar, « Bhimayana, experiences of untouchability » paru en 2011 chez Navayana publishing Ltd., livre qui a été édité en français chez MéMo éditions. Nankusia Shyam, l’épouse de Jangarh Shyam, fut très marquée par le décès brutal de son mari mais grâce à la peinture et aux souvenirs qu’elle a conservés de la grande époque de la fondation du Jangarh Kalam et du Bharat Bhavan, elle a fait sien le style de Jangarh, notamment au niveau des couleurs et des thèmes abordés.

rencontrèrent en 2009, travaille sur des thèmes traditionnels : arbres de vie, animaux de la forêt, dieux Gond et hindous, dans une palette de couleurs tantôt sourdes ou fortes. Au Museum of Mankind/GRMS où il travaille, une grande toile abstraite montre l’ouverture de cet artiste à l’art contemporain urbain. Cette exposition relate une belle aventure, celle de la Galerie Anders Hus, autour d’artistes solidaires et fiers de leurs traditions. Elle a enthousiasmé les visiteurs qui ont découvert ou revu des artistes qui, par l’universalité de leur art, ne peuvent que nous toucher car leurs œuvres nous relient à l’essentiel. Mais la Galerie nous réserve encore des surprises en 2014 avec une exposition autour des contes et légendes des Pardhan ainsi que sur les mystérieuses écritures des Hill Korwa du Chhattisgarh. n

Texte réalisé à partir du catalogue de l’exposition par Viviane Tourtet avec l’aimable autorisation de la Galerie Anders Hus 27, rue Charlot, 75003 Paris www.andershus.fr

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Culture

Echos et senteurs

Echos et senteurs • Le Salon « Art Paris, art fair », au Grand Palais à Paris est le rendezvous printanier pour l’art moderne et contemporain. De nouveaux pays ont

fait leur entrée : les Emirats Arabes Unis, la Bosnie, la Slovénie et la Russie. Parmi les galeries françaises, citons Catherine Putman, Claude Bernard, Daniel Templon, J.G. Mitterrand, Maeght, etc… Parmi les éditeurs associés on trouvait la BNF, Monelle Hayot, Norma, Hazan, Somogy, La Martinière, etc. Nous avons beaucoup admiré l’œuvre de J.B. Huynh : « Inde » sur le stand de la Galerie belge André Simoens. • En liaison avec le musée Galliéra, le Crédit Municipal de Paris a exposé « 1931 : face, dos, profil ». Ont été présentés des photographies et dessins de mode, issus d’un fonds conservé aux Archives de Paris. Les plus grands noms étaient là : Vionnet, Lanvin, Worth, Patou, Hermès et d’autres maisons talentueuses mais oubliées. Rodier est aussi bien présent, célèbre pour avoir créé le jersey Kasha, tissage exclusif réalisé avec des laines de chèvres du Cachemire. • Ci-contre basrelief en pierre noir avec divinité à 4 bras (Inde) présenté par l’Etude Baron Ribeyre, ainsi que le bas-relief en grès (avec deux chimères) provenant du Rajasthan. • Il y a du nouveau dans le monde du « sent-bon ». L’Eau Fraîche Fan de Fendi, associe le thé vert sencha avec la bergamote, la cardamome, les muscs,

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Nouvelles De L’Inde

etc. et le jasmin sembac. L’acqua « forte » de Cerruti est un heureux mélange de yuzu, cascalone et bois du Cachemire. • L’Etude Ader-Nordmann continue à nous enchanter avec les ventes qu’elle organise autour des arts asiatiques. Récemment l’amateur a pu apprécier le portrait de Sizawar Khan tenant un faucon (fin 17ème s.) Le dignitaire enturbanné est vêtu d’une robe blanche sur pantalon rayé rouge ; un poignard Katar est passé dans sa ceinture. Le faucon repose sur sa main gantée de cuir violet. Une autre gouache superbe « Megha Raga » représente Krishna auréolé et monté sur de petites socques doréeqs. Il est entouré de quatre musiciennes (Murshidabad, fin 18ème s.) Une petite miniature (19ème s.) représentait la déesse Ganga tenant deux fleurs de lotus à la main. D’autres gouaches montrent un raja à cheval ou un couple princier en adoration devant le

buffle Nandi. Ailleurs un saint auréolé est plongé dans sa méditation face à un feu (Lucknow, 18ème s.) Une autre gouache exprimait la douleur de la séparation amoureuse. Ailleurs un ascète écoute son disciple lui jouer de la vina ; une

autre jeune femme se balance sous un arbre dans un jardin. Le thème des amours contrariées est très fréquent en Inde (cf. la scène au Palais de Kamavati

(19ème s.) Ci-dessus ascète adepte de Vishnu (19ème s.) vêtu d’un dhoti blanc, son épouse est vêtue d’un sari rouge. • L’Etude Gros Delettrez a proposé de nombreux objet venant de l’Inde : broderies, brocarts et autres tissages.

Ci-dessus jupe brodée avec fixation de miroirs et album précieux. • Il y a du « Rêve » chez Van Cleef et Arpels : cette nouvelle eau de parfum combine osmanthus, lys, poire, pivoine, rose … et santal. On retrouve le santal dans le dernier « Me » de Lanvin. Il se marie au cèdre, au musc et à l’œillet, etc… dans le nouveau « Piu Bellodgia » de Caron.


Echos et senteurs

• Ci-dessous récent foulard créé par Hermès « Tous les bateaux du monde :

cela va du Tage à Calcutta, en passant par Pondichéry. • Lalique lance une ligne de bougies parfumées : « Voyages du Parfumeur » dont une « Goa-Inde-santal » particulièrement exquise. • Le musée des Arts Décoratifs à Paris a exposé « Deux siècles de mode européenne ». la mode du 18ème s. est faite d’influences réciproques et nourries d’échanges incessants entre Orient et Occident. Elle s’est parée, entre autres, de broderies ou toiles venues de l’Inde. Le coton indien a joué son rôle ainsi que les châles cachemire. • La société Sabre était à l’« l’Art du jardin » au Grand Palais à Paris. Cet événement féérique a séduit les amoureux du monde végétal. Sabre brille par la variété de ses modèles colorés : couteaux, fourchettes, etc. Parmi les couverts figure un « Cachemire ». • Les derniers nectars sont arrivés au Palais des Thés avec la sélection des primeurs de Darjeeling. Il a de l’Orange Valley, du Rohini, du Puttabong, et du Grand Himalaya. Ces thés sont rares et éphémères, récoltés en très petite quantité, et disponibles seulement à un moment précis. • Lors de la dernière AG, Lafarge a mis l’accent sur le développement durable pour construire des villes ailleurs. Lafarge est soucieux du bien-

• Dans notre dernier numéro, Milena Salvini, directrice du Centre Mandapa, rendait hommage au grand maître de Kathakali, Kalamandalam Ramankutty Nair, décédé le 11 mars 2013. Nous vous invitons à lire ici trois témoignages à son sujet, l’un d’Eliane Béranger, anthropologue de la danse, assistante et archiviste du Centre Mandapa,

Culture

l’autre d’Eva Szily, élève de Kathakali au Kalamandalam pendant 5 ans qui termine actuellement une thèse de doctorat sur les Théâtres traditionnels du Kerala, le troisième de Kunju Namboodiripad, fils de Vasudevan Namboodiripad qui fut Superintendant des Arts au Kalamandalam jusqu’à sa retraite. n

E.B

« Evoquer le maître RAMANKUTTY NAIR, c’est d’abord et surtout faire apparaître une personne aussi impressionnante que discrète. Il en imposait précisément par son extrême discrétion. Une élégance de l’âme que trahit la majesté de l’allure, en dépit d’une modestie de comportement. C’est d’ailleurs à cette distinction subtile mais lumineuse que je l’ai reconnu de loin dans la foule d’une gare internationale où je venais l’accueillir, plus de vingt ans après la première tournée où j’avais eu l’honneur de le compter parmi les artistes qui m’étaient confiés. L’âge venu, il s’agaçait parfois des égards dont il était l’objet, et ne voulait pas recevoir plus que les autres ; tout comme vingt ans plus tôt, il acceptait de bonne grâce les aléas d’une tournée d’artistes. Sur scène, il était magistral et rendait perceptible le moindre détail de son jeu, même pour le moins initié des spectateurs. Le souvenir qui domine pourtant dans ma mémoire appartient au tournage d’un film : enthousiasmé par le projet de situer une représentation de kathakali dans un contexte qui n’avait rien à voir avec la tradition, il avait mis à profit la situation pour insuffler une créativité nouvelle à un rôle mille fois joué, sans le moindre écart envers la rigueur de son art dont il était si profondément imprégné. »

Eliane Béranger

« La silhouette de Ramankutty Nair me revient en mémoire. Il était solide, comme un roc ! Dans la vraie vie, je l’ai connu posé et quelque peu solennel. Il n’était démonstratif que sur scène, pour incarner Hanuman, Ravana, ou Parashurama jusqu’à la perfection. La pureté de ses gestes était légendaire. Mais son sérieux cachait un sens de l’humour, souvent moqueur : le hasya. Lors d’une tournée organisée par Mandapa, en 1982, la troupe a présenté le Ramayana au théâtre Carré Sylvia Monfort. Je venais de passer trois années d’apprentissage intense au Kalamandalam. Dans ce spectacle, je me suis vue confier 3 mini-rôles : Lankalakshmi la démone redevenue belle femme, où, après un court discours gestuel, je devais bénir Ramankutty-Hanuman qui allait se prosterner à mes pieds... Mon deuxième rôle était Tara, au côté du légendaire Nelliyod ; très impressionnant d’assister à la mort de Bali de si près. J’ai cru qu’il allait m’emporter avec lui. Enfin, une courte figuration à la dernière scène: le couronnement de Rama, présence de sa mère. Avant que le maquillage ne commence, Ramankutty Ashan m’a fait venir, et m’a dit en me regardant bien dans le fond des yeux : « ce soir, tu vas avoir trois rôles (munnu vesham)! » Avec un air de dire : « moi je ne joue que Hanuman ». C’était sérieux et moqueur à la fois, comme il savait l’être... »

Eva Szily

être des communautés, spécialement en Inde (cf. la cimenterie d’Arasmeta). La société développe de nouvelles méthodes pour satisfaire ses distributeurs : négociants de matériaux et grandes surfaces de bricolage. Ci-dessus la tour Lodha World One qui se dressera à Bombay en 2014 avec du béton à valeur joutée.

« Une ère de suprême beauté a disparu de la scène du Kathakali : un acteur qui a fait des kathi et vellathadi les synonymes de son propre nom s’est éteint ! Notre génération a été fortunée. Nos coeurs battaient au rythme des mouvements élégants de son Hanuman. Nos corps suivaient les balancements des merveilleux kalasam de Dharmaputra. La majesté du Thapassattam de Ravana mettait notre adrénaline en ébullition. Nous étions tous assis jambes croisées au pied de la scène, émerveillés par la précision et la beauté de son Thiranottam. Bien que chaque mouvement était une répétition, Ramankutty Asan nous enseignait que dans un art classique et stylisé, la répétition est là pour mener chaque mouvement vers plus de clarté et de perfection…. Mais y aura-t-il de nos jours un acteur capable de maintenir ce niveau ? »

Kunju Namboodiripad

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Culture

Peinture

Autour d’une peinture murale de

Sujata Bajaj

« C’est avec bonheur, appétit et espoir que nous constatons l’épanouissement sur la scène mondiale de la peinture asiatique contemporaine. Il est évident que les artistes de l’Inde, de la Chine ou du Japon, par exemple, ont à sortir du piège qui consisterait soit à ressasser une tradition sans lui donner un nouvel élan, soit à être à la traîne de l’aventure picturale occidentale qui donne bien des signes d’assèchement, et dont les artistes les plus authentiques sont en quête de nouvelles sources.

S

©Ewa Tartakowsky

ujata Bajaj, habitée d’une souveraine énergie qui semble pouvoir vaincre toutes les contraintes, a dépassé l’apparente contradiction en épousant la modernité avec son bagage culturel et spirituel de l’Inde. Cette union, qui n’est pas un compromis mais une ardeur de vie, a été particulièrement manifeste dans sa précédente série des Ganesh. Y reconnaît-on le fils de Shiva et de

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Nouvelles De L’Inde

Parvati, l’époux de Siddhi ? Pour un œil exercé, avec un regard intérieur : oui ! Grâce aux cercles des yeux et du ventre, la courbe chorégraphique de la trompe, les grandes oreilles à l’écoute de chacun et prêtes, telles des cerfs-volants, à transmettre au ciel les vœux que nous avons formulés. Mais ici, sur ces murs indiens au parfum proustien où sont exposés pour la première fois huit éléments

qui ne forment qu’une œuvre, où donc retrouver la substance de la culture indienne qui a forgé la sensibilité de Sujata ? On peut signaler les fragments de textes sanskrits, présence récurrente chez l’artiste, comme une signature, mais qui serait insuffisante si elle n’était enserrée parmi un vaste ensemble qui illustre la danse cosmique des éléments, la danse de Shiva dont le rythme détruit et recrée le monde des apparences. Symphonie des cinq éléments dont le feu, ici comme dans bien des toiles de Sujata, exprime sa puissance impérative. Moins visibles, mais non moins essentiels, les autres éléments : l’eau avec sa fluctuante impermanence, l’air, la terre que l’on peut imaginer concentrée au sein de ces graines d’énergie, discrètes, intenses, qui parsèment la surface de la toile. Et le cinquième élément : l’éther… ? Peut-on le représenter ? Il est là où va l’impulsion, là où la contemplation de cette œuvre – de toute œuvre qui touche le sacré devrait nous conduire. Cinq éléments de notre mère la terre, liés, selon la tradition de l’Inde, aux trois éléments qui constitue l’être humain : la conscience, la pensée, le moi. 5+3=8. On ne sera pas étonné de constater que la peinture se Sujata est constituée de huit séquences.


Peinture

1 ou 8 ?? Nous touchons là une des originalités de cet ensemble. Pour Sujata, les différents éléments forment UNE œuvre. La facilité aurait été évidemment de créer une continuité de lignes en passant d’une séquence à une autre. Que tel trait horizontal du 1 se retrouve, par exemple, à la même hauteur dans le 2. La subtilité de cette création est de proposer, d’une partie à l’autre, ce qu’en poésie on pourrait appeler des assonances, tout en laissant à chacune un esprit propre. Entrons dans cet ensemble : (Partie improvisée devant la toile) : Lignes horizontales. Rôle des trois verticales qui rompent pour retrouver le mouvement. Etre déstabilisé. Les couleurs. Le mouvement des cercles rouges. Le dernier cercle retrouve le premier. Univers éclaté du bas. Etc. Etc.

Illumina (1)

Question : ces éléments de construction rapidement évoqués sontils le fruit d’une volonté consciente ou d’un élan instinctif ? L’artiste étant présente, ce sera à elle de répondre ! Mais j’accompagne assez son travail depuis des années pour savoir combien est forte chez elle la part inconsciente, pour employer un concept qui rappelle une motivation en action dans tous les grands mythes. (Vâsanâ) (L’inconscient n’est pas une idée neuve, c’est la manière de le décortiquer qui a été posée par certains comme une révolution, ce qu’il n’est pas.) C’est cet enthousiasme intérieur, non mental, relié à des instances supérieures, qui crée l’unité du travail de Sujata. Elle ne suit pas une école, elle suit son âme. Une âme nourrie par une ouverture qui lui permet de rencontrer la matière en sa genèse. Retrouvons l’Inde que nous avons à peine quittée. Pour Sujata, la genèse n’est pas seulement l’état premier de la création quand dans un désordre cosmique les éléments se rencontrent, se marient, se séparent, se retrouvent, s’agencent, se conjuguent, se confondent, se disloquent… en des

Illumina (2)

Culture

vibrations de rouge, de bleu, de jaune ou orangé. La genèse est le génie même de la vie. Sans cesse, la création recommence. Nous ne sommes pas dans un segment du temps, nous sommes dans l’aventure dansante des formes et des couleurs en constante métamorphose. Le mot est bienvenu pour Sujata. Et, sous le regard des indianistes présents, je dirai qu’il est un écho du samsâra. Métamorphose du génie indien transposé au sein de la modernité. Métamorphose du réel en une fête des couleurs. Souvenons-nous du poète : « l’œil écoute » (Paul Claudel). Que le silence de la contemplation prenne maintenant la place des mots que j’ai essayé d’associer au trait spontané du pinceau. n

Olivier Germain-Thomas Sujata Bajaj a présenté le 24 juin lors d’une soirée à la résidence de l’ambassadeur, M. Arun K. Singh, une peinture murale d’1,50 m sur 6,40 m présentée par Olivier GermainThomas. Illumina (3)

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Culture

Artiste

Ariane Gray Hubert

Pianiste concertiste,

chanteuse, compositeur

P

uisant son expression musicale originale dans une double inspiration entre l’Occident et l’Inde, la musique d’Ariane Gray Hubert ne connaît pas de frontières. L’artiste s’inspire à la fois de la tradition occidentale et des traditions musicales carnatiques, hindoustanies et sacrées de l’Inde, révélant dans son oeuvre instrumentale et vocale une rare correspondance où mélodies, rythmes et polyphonies se répondent nouvellement. Audacieuse, la musicienne l’assume tout autant dans ses choix de collaboration avec des artistes indiens majeurs et de traditions différentes (musique et danse réunies) que dans son premier défi artistique, à savoir donner au Piano, ‘l‘instrument –

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roi’ de l’Occident, une première place, et de choix, en Inde. Au cours de nombreuses tournées musicales que l’artiste franco-américaine effectue tant en Inde que dans le reste du monde, le pari est réussi. Un large et vaste public indien et international découvre et apprécie le jeu très expressif, l’étendue et la créativité du répertoire d’Ariane Gray Hubert. On retiendra en particulier son Trio, « Piano Rag(a) Time », mêlant avec audace le Piano et la Voix aux Percussions du Sud (Ghatam et Kanjiram) et du Nord (Tabla) de l’Inde ; « La Note Bleue » – cycle d’improvisations de l’artiste en solo en hommage aux correspondances de Ragas revisités et de riches ’Heures Musicales’ au

Piano ; « Tales and Taal of a Woman », un cycle de poésie et de musiques écrites par Ariane en hommage à la femme dans le monde contemporain; enfin la création à l’automne 2013 de musiques originales de ballet composées par la musicienne pour la danseuse Odissi et chorégraphe réputée, Dr Sonal Mansingh. Deux fois ‘Laureate Lavoisier’ par le Ministère des Affaires Etrangères et Européennes pour ses oeuvres et programmes culturels croisés en Autriche et en Inde, Ariane Gray Hubert a reçu de nombreuses distinctions et prix internationaux. Elle est reconnue comme une interprète de grande valeur et reçoit un accueil enthousiaste partout où elle se produit, ses concerts étant décrits comme « une expérience unique, engagée et élévatrice ». En Inde, elle représente la France dans un programme solo pour l’ICCR à Madras (Music Academy), Mumbai (TATA Theater, NCPA), New Delhi (Teen Murti Bhawan, IHC, Bahai Temple, All India Radio..), Bangalore & Calcutta, avec des retransmissions live pour les chaines Zee TV, NDTV, Headlines Today, All India Radio et Doordarshan. Elle se produit pour divers organismes culturels et gouvernementaux à l’étranger dont la Commission Européenne en Inde pour les 50 ans du Traité de Rome, les Alliances Françaises et la Semaine de la Francophonie à l’étranger, le Festival Culture du Brésil en Inde, la cause des Baha’is pour en citer quelques-uns, et joue pour des fondations dans le monde entier. En Europe, Ariane Gray Hubert se produit pour Radio France, le Vatican à Rome, l’Opéra de Paris, Enghien les Bains pour le Piano World Music Festival, l’Unesco.... A l’occasion du Bicentenaire de l’Anniversaire du compositeur Frédéric CHOPIN en 2010, elle donne une série de récitals unanimement salués en France et en Inde avec l’appui de l’Ambassade de France et clôt le Festival « Bonjour India ». En septembre 2013, elle donnera une nouvelle création artistique avec un programme de recherche musicale entre le piano occidental et le chant indien à l’Alliance Française d’Hyderabad, accompagnée par le petit fils d’Ustad Bade Ghulam Ali Khan, Raza Ali Khan. n Pour de plus amples détails sur Ariane Gray Hubert, veuillez consulter son site: www.arianegrayhubert.com contact@arianegrayhubert.com


ISRO

sciences

Du nouveau

dans le ciel

L

©ISRO

e PSLV-C22 a réussi le lancement de l’ IRNSS-1A, le premier satellite de l’Indian Regional Navigation Satellite System (IRNSS), le 2 juillet 2013 à partir du Centre spatial Satish Dhawan à Sriharikota. Il s’agit de la 23ème mission réussie du PSLV. La configuration « XL » du PSLV a été utilisée pour la mission. Auparavant, la même configuration du véhicule fut utilisée à trois reprises pour lancer Chandrayaan-1, les satellites GSTAT-12 et RISAT-1.

L’INSAT-3D dans une salle blanche au centre de lancement

Au moment du compte à rebours, le PSLV-22 a décollé de la première rampe de lancement à 23h41 heure indienne le 1er juillet 2013 avec la mise à feu du premier étage et des quatre propulseurs d’appoint du véhicule de lancement. Les étapes importantes du vol, à savoir les mises à feu de l’étage et des propulseurs d’appoint et l’injection du satellite se sont déroulées exactement comme prévu. Après un vol de 20 minutes et 17 secondes, le satellite pesant 1425 kg, a été placé dans l’orbite elliptique de 28 246 km X 20 625, 37 km.

Après la mise en orbite, les panneaux solaires de l’IRNSS-1A se sont déployés automatiquement. Le centre de contrôle d’ISRO ( à Hassan au Karnataka) a assuré le contrôle du satellite. Au cours des prochains jours, les 5 manoeuvres d’orbite seront effectuées à partir de ce centre pour positionner le satellite dans une orbite polaire géosynchrone à 55° de longitude est. L’IRNSS-1A est le premier des 7 satellites qui constituent le segment spatial de l’IRNSS. Il s’agit d’un système de satellite de navigation régionale indépendant conçu pour fournir des informations de position dans la région indienne et à 1500 km autour du territoire principal. Il fournira deux types de services, les Standard Positioning Services (SPS) fournis à tous les utilisateurs et les Restricted Services (RS) limités aux seuls utilisateurs autorisés. Un certain nombre de stations au sol responsables de la génération et transmission des paramètres de navigation, du contrôle du satellite, de la localisation et du suivi du satellite, etc. a été établi dans pas moins de 15 sites à travers le pays. La constellation des 7 satellites devrait être achevée en 2015-2016.

Le satellite insat-3d placé avec succès dans l’orbite géosynchrone Le satellite météo perfectionné indien INSAT-3D lancé dans les premières heures le 26 juillet 2013 de Kourou a été placé avec succès dans l’orbite géosynchrone après trois manœuvres de montée en orbite commandés à partir du centre principal de contrôle d’ISRO de Hassan. En dépit d’un comportement anormal du satellite après le déploiement de son panneau solaire,

Décollage du PSLV-C22

©ISRO

Réussite du lancement par le pslvc22 de l’irnss-1a, premier satellite indien de navigation

L’objectif de l’Organisation indienne de Recherche Spatiale (ISRO) est de développer la technologie spatiale et son application dans diverses missions nationales. ISRO a réussi à rendre opérationnels deux systèmes majeurs de satellite, à savoir les Satellites Nationaux Indiens (INSAT) pour les services de communication et les Satellites Indiens de Télédétection (IRS) pour la gestion des ressources naturelles. ISRO a également mis au point le Véhicule de Lancement de Satellite Polaire (PSLV) pour lancer des satellites de type IRS et le Véhicule de Lancement de Satellite Géostationnaire (GSLV) pour lancer des satellites de type INSAT. Pour davantage de détails, nous vous invitons à consulter le site d’ISRO http://www.isro.gov.in

l’équipe d’ISRO gérant les opérations de la Mission a pu immédiatement corriger la situation en utilisant les procédures à suivre en cas d’urgence et en recommençant les opérations pour atteindre l’orbite. L’INSAT-3D s’est dirigé vers son lieu orbital final géostationnaire de 82° de longitude Est et a atteint cette destination le 6 août. Ensuite, les deux charges météorologiques (Système d’Imagerie et Sondeur Atmosphérique), ainsi que les deux transpondeurs (conçus pour la Retransmission des Données météorologiques et le Système de Recherche et de Sauvetage par satellite) seront activés le 8 août 2013. n Les paramètres orbitaux de l’INSAT-3D sont : Paramètre Valeur Périgée 35 469 km (point le plus proche de la Terre) Apogée 35 799 km (point le plus éloigné de la Terre) Inclinaison 0, 23° Période orbitale 23 heures 48 minutes

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Cinéma

Indien

Comment la France et l’Europe voient-elles le

Cinéma Indien ?

Au moment où le Cinéma Indien célèbre son centenaire, Pierre Assouline, producteur européen et spécialiste de l’Inde, présente son point de vue sur ce qu’est et a été la perception en France et en Europe des films indiens.

D

e nombreux magazines, émissions de télévision, médias sociaux et blogs, puis récemment le Festival de Cannes avec sa Nuit de Gala Indienne, célèbrent cette année un siècle de cinéma indien. Plutôt que d’ajouter une nouvelle liste de jalons discutables du cinéma indien à la liste des listes, j’aimerais évoquer la perception du cinéma indien en Europe et particulièrement en France, perception qui éclaire l’évolution de la capacité du cinéma indien à se vendre au delà de son territoire domestique et de son extension, la diaspora indienne.

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Nouvelles De L’Inde

La perception par le public européen du cinéma indien a évolué au fil du temps de manière fort inégale. A de larges plages désertes ont succédé, trop rarement, des périodes intenses. Le point de départ fut probablement la première participation du cinéma indien à un Festival de Film International, un quart de siècle après le tout premier film indien Raja Harishchandra, avec la sélection de Sant Tukaram produit par Prabhat au 5ème Festival de Venise en 1937. Nala Damayanti, film de 1920, bien que première co-production internationale et co-réalisée par un Italien connu pour ses décors somptueux, ne fut pas distribué en Europe. Une indication prémonitoire du fait aujourd’hui vérifié que les co-productions internationales n’offrent pas de recette miracle aux films indiens pour leur permettre de franchir les frontières. Dans les années 50, en contraste avec le formidable succès rencontré par les films hindis en URSS après la disparition de Staline en 1953, les publics d’Europe occidentale n’ont pas plébiscité les talentueux cinéastes V. Shantaram, Raj Kapoor ou Mehbood Khan, en dépit de la sélection à Cannes d’Awaara et de Boot Polish de Raj Kapoor (1953 et

1955) ou la nomination aux Oscars de Mother India de Mehbood Khan. Jusqu’à la fin des années 40, la perception cinématographique de l’Inde a bizarrement été véhiculée non par des films indiens mais par des films occidentaux tournés en Inde : Les Trois Lanciers du Bengale d’Henry Hattaway en 1935, Le Narcisse Noir de Michael Powell en 1947 ; plus tard encore, La Croisée des Destins de George Cukor en 1956, Le Tigre du Bengale de Fritz Lang en 1959… Tous ces films donnaient à voir un portrait fantasmé de l’Inde, à la manière des peintres orientalistes du 19ème siècle. Mais en 1951, le film Le Fleuve, une production américaine réalisée par le cinéaste français Jean Renoir, va jeter la lumière sur une Inde débarrassée de ce décorum fantasmé. L’assistant de Renoir sur le film était un artiste bengali du nom de Satyajit Ray. Satyajit Ray ! Voilà certainement le tout premier nom qui vient à l’esprit d’un Européen quand on évoque le cinéma indien. Avec Ray, et avec ses œuvres les plus éblouissantes, de Pather Panchali (1955) à disons Les Joueurs d’Echecs (1977), nait la période la plus intense en terme de perception du cinéma indien.


Indien

Je me souviens quand à la fin des années 90 nous organisions à Paris, avec un partenaire, un hommage à Ray. Mon partenaire insistait pour que nous présentions la totalité du travail de Ray. Je le persuadai que ce serait une erreur : n’importe quel réalisateur, aussi génial soit-il, peut échouer à créer pour l’un de ses films l’indispensable alchimie cinématographique. Contrairement à un peintre qui peut détruire un tableau qu’il juge inabouti ou raté, le soustrayant ainsi à la critique et au regard public, un réalisateur vit avec tous ses films, même ceux qui ne le satisfont pas, même après sa mort. Un hommage à Ray se devait donc de ne présenter qu’une sélection de ses films. Il eut été préjudiciable d’y inclure quelques-uns de ses films mineurs tels que Le Zoo, Le Royaume des Diamants, ou Un Ennemi du Peuple. Le succès de la présentation dans les cinémas des films de Ray, des années 60 au début des années 80, a encouragé les distributeurs à acheter et à diffuser d’autres auteurs indiens : Ritwik Ghatak (L’Homme-auto, Derrière le Miroir…), Mrinal Sen (Les Ruines, Les Marginaux, Affaire Classée…), Adoor Gopalakrishnan (Son Propre Choix, Le Piège à Rat…)… Avec Les Branches de l’Arbre de Ray, une production Français, et Salaam Bombay de Mira Nair en 1990, s’éteint l’âge d’or du cinéma indien tel que perçu par les Français. Pour le public français d’alors, n’ayant pas encore eu vent de l’existence d’un autre pan du cinéma indien : le cinéma populaire, le cinéma indien, c’est le cinéma d’auteur. A la fin des années 90, il y eut comme un dernier sursaut : les films de Shaji Karun, Piravi (Mention Spéciale Caméra d’Or à Cannes), Destinée (Compétition

à Cannes), arrivèrent sur les écrans français. Vanaprastham de Karun (Sélection Officielle à Cannes) demeure d’ailleurs à ce jour le film indien ayant bénéficié en France de la campagne de sortie la plus importante. Bollywood ! Le grand public français n’allait découvrir l’énergique et divertissant cinéma indien de chansons et de danses qu’après Cannes 2002 et la distribution en salles de Devdas de Sanjay Leela Bhansali. La présentation de gala qui eut lieu à l’occasion de la 55ème édition du Festival a montré combien l’industrie cinématographique indienne était alors peu préparée à commercialiser ses films à l’étranger. Quand bien même la presse française et internationale tombèrent en direct sous le charme d’Aishwarya et de Shahrukh, moi et quelques-uns de mes amis professionnels français amoureux de l’Inde furent pris d’embarras lors de la projection du film. Les soustitres français n’étaient qu’une farce orthographique et sémantique. Toutes les deux ou trois minutes, le public riait aux mauvais moments en raison de sous-titres qui se lisaient comme des modes d’emploi d’appareils ménagers chinois traduits par Google. Devdas de Bhansali, Kabhi Khushi Kabhie Gham (La Famille Indienne) de Johar, Lagaan de Gowariker et plus tard Swades, sont quasiment les seuls films Bollywoodiens ayant bénéficié d’une sortie en salles en France digne de ce nom à partir de 2000. Il faut reconnaître que ce n’est pas là une représentation très équitable pour un cinéma des plus prolifiques au monde. Mais voyons tout de même là une juste manifestation de l’intérêt limité des publics européens

Cinéma

pour ce cinéma indien pariant davantage sur le nom des stars que sur la qualité du scénario ou la vision du réalisateur. Etonnamment, ce n’est pas avant 2012 et le passage en salles de Gangs of Wasseypur que la France a d’une certaine manière ouvert la porte à l’autre courant du cinéma indien contemporain, le nouveau cinéma émergent, où prime le réalisateur (certains vont jusqu’à parler de Nouvelle Vague), loin du syndrome « plagiat/remake » et du star system où la production cinématographique mâche le déjà mâché sous les puissantes mandibules d’une poignée d’accros à l’endossement publicitaire de grandes marques. C’est en raison du manque de soutien que le nouveau cinéma émergent n’a pas réussi à s’imposer plus tôt en Europe. Les œuvres des Anurag Kashyap, Zoya Akhtar, Sooni Taraporevala, Sudhir Mishra, Dibakar Banerjee, Rajat Kapoor n’étaient pas même disponibles sur les rayons de DVD piratés, entre les achars et les papadams, dans les magasins cash & carry du quartier de la Gare du Nord à Paris. Les choses changent. A Cannes, le Nouveau Cinéma Indien a montré son visage à la Quinzaine des Réalisateurs et à la Semaine de la Critique cette année comme l’an passé, ainsi que lors d’une projection de minuit au Palais. Ceci indique clairement qu’il est enfin là pour s’affirmer et se développer. Rendez-vous en 2014 en Compétition officielle au Festival de Cannes? n

Pierre Assouline Only Films, Paris Westeast Films, Mumbai pierre@westeastfilms.com

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NUM E RO 412

Nouvelles de I’Inde

Danse Bhangra et Gidda

Rédacteur en chef : Apoorva Srivastava, Premier Secrétaire (PIC) Assistante de rédaction : Viviane Tourtet Contributeurs du numéro : Christine Nayagam Club Alpin français E.B. Eliane Béranger Eric Bhat Eva Szily Ewa Tartakowsky Fanny Belmonte Inès Goncalves ISRO Jasleen Kaur Kunju Namboodiripad Laurent Adiceam-Dixit Lucie Rouchon Manoj Das Noémie Maxence Olivier Germain-Thomas Pierre Assouline Viviane Tourtet Vinnarasi Vienne Graphistes : Anita Channer Pratap Singh Shekhawat Shikha Bahuguna

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Ndi 10 2013  

"Nouvelles de l'Inde", revue de l'Ambassade de l'Inde à Paris N°412, septembre-octobre 2013

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