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Youssouf Moussa

SABENA Histoire des Comoriens de Madagascar : de l’émigration à la réémigration

©4 Étoiles Éditions, 2021 4etoiles.editions@gmail.com


Je conserve au fond du cœur une volée de compassions attristée, en hommage aux familles éprouvées par cette tragédie des “massacres de Mahajanga”. Paix aux âmes des disparus ! Cette œuvre est également dédiée à tous les membres de ma famille, ainsi qu’aux amis et connaissances qui m’ont soutenu, de près ou de loin, jusqu’à sa publication. Youssmouss


Sommaire Cliquez sur les titres des chapitres pour y accéder directement

Sabena Histoire des Comoriens de Madagascar, de l'émigration à la réémigration L’auteur Préface Prologue Madagascar et dépendances La facilité d’intégration des migrants comoriens L’impudence des Comoriens de Madagascar Un génocide qui ne dit pas son nom L’exode Les Sabena,un atout pour la Révolution ? L’apport et la vision économiques du Sabena dans le pays Le Sabena, «ni poisson ni viande» Le système du Mila na l’intégration des Sabena ?

ntsi,

un

frein

pour


Chute de la Révolution, triomphe des conservateurs coutumiers Le Sabena face à la puissante notabilité Se plier à la coutume ou plier bagage ? Le Sabena dans la vie culturelle locale Quel est le vrai motif de la réticence du Sabena visà-vis du Anda ? Une réforme fondamentale du Anda est salutaire pour le pays. ÉPILOGUE Un peu d’histoire et de culture La malgachisation Andrianampoinimerina L’art culinaire Le rythme dans la peau Le lambaoany Les activités sportives Les étudiants comoriens à Madagascar107


L’exode Malgré les difficultés économiques, le régime révolutionnaire comorien va déployer des efforts conséquents pour rapatrier les Comoriens de Majunga souhaitant rentrer au pays. Certains quittent évidemment la Grande Île à contre-cœur, mais la survie avant tout ! On se prépare donc, on rassemble tout ce qu’on peut emmener, tout ce qu’on a pu sauver, c’est à dire pas grand-chose, après des années de travail à accumuler des biens. Ces biens ont d’ailleurs été saccagés ou confisqués par les assaillants, aussi bien le mobilier que les biens immobiliers. On se contente du bonheur de retrouver des membres de la famille encore en vie et on s’apprête à aller recommencer une vie nouvelle sur la terre des ancêtres. Pour ce faire, la compagnie belge de transport aérien, SABENA, a été réquisitionnée et, à l’aide d’un nombre important de rotations, des milliers de Comoriens sont ramenés dans leur pays d’origine. Pour la grande majorité d’entre eux, c’était la première fois qu’ils posaient les pieds sur le sol comorien. Un véritable baptême de feu pour eux ! Il faut signaler, au passage, que parmi les rescapés, un nombre non négligeable de ressortissants comoriens étaient mariés, ou vivaient maritalement avec des femmes malgaches. Il n’était donc pas étonnant de retrouver ces couples mixtes sur la liste des candidats au retour au pays. En plus des rotations effectuées par les appareils de la compagnie SABENA, des centaines de rescapés étaient


acheminés de Mahajunga à Moroni, par un navire LCT affrété à cette circonstance : un véritable Exodus ! Entassés dans la cale du LCT, des familles entières et des personnes isolées devaient, pendant au moins quarante-huit heures, supporter les soubresauts des vagues maritimes et la chaleur infernale des machines du navire. Ils débarquèrent au port de Moroni, pour la plupart, vidés du contenu de leurs entrailles au départ. Au sens propre du terme, ils étaient complètement exténués et affamés, après avoir rendu le peu de repas qu’ils ont reçu au départ de Mahajunga. Aussi bien à l’aéroport de Hahaya qu’au port de Moroni, les rescapés étaient accueillis et immédiatement recensés par les membres du Comité National de la Révolution. Ce comité d’accueil se chargeait par la suite de la répartition et de l’acheminement des rescapés dans les différentes localités de la Grande Comore. Un élan de solidarité nationale s’était créé autour de ce tragique évènement.


Les Sabena, un atout pour la Révolution ? Dans son programme de politique socioprofessionnelle, le Mongozi Ali Soilihi avait besoin de faire des démonstrations d’insertion dans la vie active. Étant luimême natif de Madagascar, il était bien placé pour apprécier la qualité des prestations professionnelles des ouvriers formés dans la Grande Île. En plus du fait que des familles d’accueil se proposaient volontairement pour héberger les nouveaux venus, le régime révolutionnaire, afin de faire face aux charges budgétaires occasionnées par cette immense opération, avait imposé au niveau de la Fonction Publique, la ponction, pendant trois mois successifs, des salaires de tous les fonctionnaires en exercice, sans exception. L’accueil et l’insertion sociale des rescapés dans la vie active comorienne, restent un bel exemple de solidarité nationale, dans la mesure où, les règles du communautarisme villageois, chères aux Comoriens, ont été, pour une fois, dérogées. En effet, la répartition des rescapés n’a pas suivi le traditionnel logement dans leur localité d’origine. L’affectation des membres d’une famille ayant débarqué à Moroni, s’effectuait au gré d’une répartition programmée, en fonction de la disponibilité des familles d’accueil. L’élan de solidarité étant plus important en zones rurales, la grande partie des rescapés étaient hébergée au sein de modestes foyers familiaux de la campagne. Une contribution de


l’État était bien sûr programmée, pour subventionner les foyers hébergeants, et permettre ainsi aux nouveaux venus d’être sécurisés, ne serait-ce que sur le plan alimentaire. Ce dispositif, apprécié malgré les contraintes qu’il a créées au niveau des ressources salariales des fonctionnaires comoriens pendant un trimestre, a duré le temps nécessaire, pour permettre aux rescapés de s’intégrer dans leur nouvel environnement social, tant psychologiquement que matériellement. C’est donc ainsi que des Comoriens originaires des îles de Mohéli, d’Anjouan et de Mayotte, se virent, du jour au lendemain, en train de partager l’occupation de l’espace vital de l’île de la Grande Comore. Cette interpénétration des différentes couches sociales de la population, constituait, aux yeux du régime révolutionnaire du Mongozi Ali Soilihi, un succès sans précédent et une grande victoire pour la lutte menée contre le séparatisme et la ségrégation insulaire. L’arrivée et l’insertion des survivants des évènements de Mahajanga, péjorativement surnommés « les Sabena », constituaient une des pièces angulaires de la politique révolutionnaire prônée pendant cette période. En effet, comme l’orientation des programmes de développement du régime en place étaient essentiellement axés vers une tentative de changement de mentalité, le leader Ali Soilihi, fûté qu’il était, ne pouvait mieux trouver d’accompagnateurs fidèles que ces Comoriens récemment insérés dans une société féodale où la notabilité et les sbires des coutumes


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Sabena  

Histoire des Comoriens de Madagascar rescapés des massacres de Majunga en décembre 1975: leur réémigration et leur intégration dans la socié...

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