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Aboudou Mohamed Youssouf

DE LA MARINE FRANÇAISE À LA RÉVOLUTION COMORIENNE

4 Étoiles Éditions, 2017 4etoiles.editions@gmail.com


Sommaire Cliquez sur les titres des chapitres pour y accéder directement

Dédicace Avertissement Préface Origines familiales Éducation et jeunesse à Diégo-Suarez Mes premiers pas dans la Marine Mes premières missions dans la Marine Retour au pays natal Homme libre, toujours tu chériras la mer » Adieu la mer, bonjour la France ! Ma première rencontre avec Ali Swalih Le coup d’État du 3 août 1975 Le Débarquement à Ndzuani La Marche rose Mes fonctions révolutionnaire

au

sein

du

gouvernement


La lutte contre le charlatanisme La tuerie d’Ikoni La chute du Régime révolutionnaire Une vie rythmée par les allers-retours en prison Un exil volontaire et irréversible


Avertissement Je tiens à avertir le lecteur que ce qu'il va lire n'a rien de scientifique. En effet, je ne suis ni historien ni sociologue ni d'aucune autre discipline des sciences humaines. Je raconte des pans de ma vie uniquement. Mais comme je parle entre autres d'une période historique des Comores qui a marqué les esprits et continue jusqu'aujourd'hui à diviser les Comoriens, je tiens à apporter cette précision : ce que je dis de cette période n'est pas objectif. Ce que je dis, est basé sur ce que j'ai vu, entendu, ressenti, accompli, en y prenant activement part ou en contribuant par mes idées, mes propositions, en donnant mon avis. En bref, je parle de mon vécu. Je ne me suis servi d'aucun document pour parler de cette période de la Révolution comorienne et je n'ai eu recours à aucun autre témoignage que le mien. Je me suis tout simplement servi de ma mémoire pendant qu'elle est encore active. Mes propos peuvent évidemment être contestés, d'autres points de vue sont possibles, voire souhaitables, pour faire la lumière sur cette période charnière de notre Histoire. Les jeunes se plaignent souvent du silence des Anciens ayant vécu de l'intérieur la Révolution comorienne. J'ai décidé de rompre le mien en espérant que d'autres suivront.


Ma première rencontre avec Ali Swalih 1968, année durant laquelle les étudiants soufflent un vent de révolte, ils veulent du changement et pas seulement en France. Les étudiants comoriens en France sont de plus en plus politisés. Les indépendances africaines ne les laissent pas indifférents. Au Grand Hôtel, les débats sont parfois houleux. Comme tout Comorien se trouvant à Paris à cette époquelà, et de surcroît un responsable politique, je ne me souviens plus quelle fonction il avait, député, je crois, Ali venait discuter avec les autres au Grand Hôtel du septième. Mais il ne se faisait pas trop remarquer. Un jour alors qu’il y avait beaucoup de monde réuni dans le hall, un responsable politique comorien dont je tairai le nom, prit la parole pour s’adresser aux étudiants qui critiquaient fortement la colonisation, le gouvernement comorien et le retard de développement que connaissait l’archipel. Il dit alors : « Nos enfants voudraient que les Comores deviennent aussi développées que Paris du jour au lendemain, or Paris ne s’est pas fait en un jour » ! D’autres personnes sont intervenues et le débat s’anima. C’est alors que j’ai demandé à prendre la parole. Faisant référence aux paroles de ce politicien, j’ai dit : « Je ne crois pas que les étudiants veulent que les Comores deviennent comme Paris du jour au lendemain. Je crois que ce qu’ils veulent, c’est que les choses avancent ne serait-ce qu’un tout petit peu à l’exemple de


Tahiti. Je suis allé dans cette île en 1962. Il n’existait qu’un seul quai pour accueillir les bateaux, les routes étaient très étroites, il n'y avait aucun signe de développement urbain important. J’y suis retourné six ans après, en 1968, lors des essais atomiques, j’y ai vu cinq maisons de sept étages, des feux tricolores sur les routes, une autoroute, le port était développé au point cette fois, de pouvoir accueillir huit navires » ! J’ai développé ainsi tout le contraste que j’ai observé en quatre années, montré les changements importants qu’avait connus cette colonie. J’ai fait de même pour l’île de La Réunion. Avant de m’arrêter, j’ai précisé que je ne militais pas aux côtés des étudiants mécontents, que je n’étais pas un des leurs, mais que je pensais juste que c’est ce qu’ils souhaitaient exprimer. J’ai dit tout cela sur un ton calme. La plupart n’ayant jamais beaucoup voyagé, m’écoutait attentivement et tentait de visualiser certainement ce que je décrivais. Ils devaient sans doute se dire que les Comores pouvaient elles aussi bénéficier de ses infrastructures. Il se trouve que mon intervention fut remarquée en particulier par Ali Swalih. Il s’est renseigné sur moi et a demandé à me rencontrer. J’étais à la fois surpris et méfiant. Je le connaissais de vue comme tous les autres politiciens. Il n’avait rien de particulier. Je n’avais jamais entendu parler de lui ni en bien ni en mal. Il ne se distinguait pas particulièrement des autres. Mais sa demande à me rencontrer me faisait porter un autre point de vue sur lui. En effet, c’est la première fois qu’un responsable politique désirait me rencontrer. J’affichai une


méfiance. Sa demande à me voir m’intriguait fortement, mais qui était-il vraiment ? Que me voulait-il ? De plus en tant que marin, nous n’avions pas le droit de nous mêler de politique. Je pensais qu’on allait me reprocher de m’être mêlé de politique et d’avoir indirectement critiqué la France, que je servais, sur sa politique dans mon pays d’origine. Je me posais toutes ces questions, mais j’acceptai de le rencontrer. Nous nous sommes donc vus, je me suis précipité pour lui dire que je n’étais pas un militant, juste un marin qui a voyagé et vu des choses que je voulais juste signaler. Il a insisté pour faire plus ample connaissance avec moi, me disant qu’il avait des choses à me dire. Je n’étais à Paris que pour un temps court, je devais rentrer à Toulon. Il m’a proposé de venir m’y rejoindre pour discuter. Ma méfiance redoubla. Je craignais qu’on me voie avec lui et qu’on aille me dénoncer de fréquenter des politiciens d’autant plus que j’ignorais ses positions politiques. Mais j’acceptai tout de même sa demande en me disant qu’il ne viendrait pas, c’est un homme politique, il est occupé, il sera pris par autre chose et m’oubliera assez vite. Je fus surpris de le voir arriver quelques jours après notre rencontre. Je le reçus à la maison où nous avons mangé et discuté de choses et d’autres avant qu’il ne rentre passer la nuit à l’hôtel. Je le retrouvais après ma journée de travail pour poursuivre nos discussions. Celles-ci portaient sur le développement des Comores. Le premier jour, nous avons discuté toute la nuit. Je suis parti au travail le matin. Dès mon retour dans l’après-midi


nous avons repris nos discussions jusqu’au matin. Je suppose qu’en mon absence il errait dans la ville, grand curieux qu’il était. Mais ce dont je suis sûr c’est qu’il consacrait beaucoup de son temps à la lecture. En effet, il y avait dans ses affaires un nombre important de livres. Ma méfiance à son égard était alors dissipée, mais je craignais toujours que quelqu’un nous voie ensemble et qu’il aille le rapporter à mes supérieurs. Il me disait qu’il avait besoin de gens comme moi pour aller développer le pays, car il était très en retard. Il parlait comme s’il était déjà au pouvoir et qu’il recherchait des gens compétents pour former un gouvernement. Je lui rétorquai que je n’avais pas fait d’études et que je ne connaissais pas le pays. Il me dit alors que cela n’avait rien à voir avec les études, car la plupart des gens avec lesquels il travaillait n’avaient pas fait de longues études non plus et pourtant ils œuvraient au développement du pays. Je crois que ce qui l’intéressait chez moi c’est mon expérience dans la marine. Le fait que j’ai voyagé, fait plusieurs fois le tour du monde. J’ai vu beaucoup de régions aux cultures et paysages différents. Et lorsqu’il m’a entendu parler et comparer certaines colonies sur leur développement, il a dû se dire que j’avais quelque chose dans ma tête qui pouvait servir le pays. En fait ce que j’ignorais c’est qu’il était effectivement en train de recruter et qu’aux Comores il avait un mouvement, le MRANDA, dans lequel il y avait les gens qui allaient l’aider dans son accession au pouvoir. Il voulait que je rentre aux Comores avec lui et que j’intègre le


mouvement. Je refusai dans un premier temps. Je ne connaissais pas bien les Comores, j’avais encore six mois de service à la marine et après cela j’avais déjà un emploi bien rémunéré qui m’attendait à Paris. Je ne voyais donc pas pour quelle raison je remettrais tout cela en question pour aller aider un politicien qui n’a aucune responsabilité majeure dans les décisions du pays. Mais il était obtus. Il insistait en me disant que les Comores avaient besoin de gens comme moi. Devant mon refus, il persista pendant longtemps, me sortant toute sorte d’arguments. J’ai vu à quel point il y croyait, il était déterminé. Je lui ai alors dit que j’allais y réfléchir. « Réfléchis bien, moi je vais t’attendre au pays », m’a-t-il lancé pour terminer. Il est donc rentré et nous sommes restés en contact. Il m’écrivait de temps en temps pour me rappeler notre conversation. Pour me mettre une certaine pression, il me disait qu’il ne fallait pas lui mentir ni le trahir et qu’aller aux Comores était ce qu’il y avait de mieux pour moi, car je trouverais ce que je cherchais. Il ne parlait pas de faire fortune, il parlait sûrement de satisfaction morale. Il voyait en moi quelqu’un qui aimait le pays, je ne sais pas pourquoi. Ses lettres étaient courtes, mais en disaient long. J’ai longuement réfléchi à sa proposition. Je cherchai d’autres raisons, d’autres arguments à mettre sur la balance avant de prendre ma décision. Je pensais à mes parents, à ma mère en particulier que j’ai laissée à Ngazidja. Mon retour au pays serait une bonne chose pour elle. De plus, j’allais bientôt être à la retraite et je toucherais de quoi vivre aisément jusqu’à la fin de mes


jours, me disais-je. J’avais de gros moyens à l’époque. Je dépensais sans compter, je changeais de voiture assez souvent. Et puis cette vie stable, cette vie de famille à laquelle je rêvais, elle m’attendait peut-être là-bas, qui sait ? J’ai donc pris la décision de rentrer après les six mois qu’il me restait à faire à la marine. J’ai préparé mes affaires, j’ai tout de même laissé mon compte épargne toujours actif. Je rentrais donc, mais avec une certaine réserve me disant que je reviendrais, que peut-être je finirais par me lasser de ce pays que je ne connaissais pas bien. Donc il fallait que j’épargne, que je laisse quelques économies en France, sait-on jamais. D’ailleurs étant aux Comores je continuais à alimenter mon compte épargne ouvert en France. Ma retraite était versée dans un compte au Trésor public des Comores, puis au consul de France après l’indépendance, mais j’envoyais une partie dans mon compte épargne en Métropole. J’ai fait tout ce qui était administratif, j’ai confié la gestion de mes comptes à mon vieil ami Pépé. Il géra mes affaires à merveille ! Mais malheureusement, il mourut un mois après mon retour en France en 1986, comme s’il attendait que je revienne reprendre mes affaires pour tirer sa révérence. Je perdais ainsi, à peine arrivé, l’ami le plus fidèle, le plus véritable que j’avais dans l’Hexagone.


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De la marine française à la Révolution comorienne  

Souvenirs d'un militant de la Révolution comorienne aux côtés d'Ali Soilihi de 1975 à 1978

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