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Lumières N° 25 - DÉCEMBRE 2018

- 19 E

DOSSIER

Eclairage des gares ENTRETIEN

Bruno GAUDIN, architecte DPLG, Bruno Gaudin Architectes

“Composition de lumière”


Éditorial

par Isabelle Arnaud rédactrice en chef

Médiathèque de Stains © Bruno Gaudin Architectes. Photographe Takuji Shimmura

Gare à la lumière !

I Directeur de la publication Jean Tillinac Édition 3e Médias 16 rue d'Athènes 75009 Paris www.filiere-3e.fr Rédactrice en chef Isabelle Arnaud Tél : +33 (0)1 40 37 41 70 lumieres.redaction@filiere-3e.fr Publicité Sandrine de Montmorillon Tél : +33 (0)6 51 30 28 68 sdm@filiere-3e.fr Ont collaboré à ce numéro : Alexandre Arène, Vincent Laganier (Light Zoom Lumière), Charles Pillou. Abonnements Solène Collat Tél : +33 (0)9 82 34 89 62 scollat@filiere-3e.fr Corrections Laurence Chabrun laurencechabrun@gmail.com Conception graphique et réalisation Planète Graphique Studio 95, boulevard Berthier 75017 Paris Impression et routage Imprimerie Chirat 42540 Saint-Just-La-Pendue © 3e Médias, Paris. Reproduction interdite. Dépôt légal : décembre 2018 ISSN : 2259-3772

l ne s’agit pas là d’une injonction à se méfier de la lumière, mais bien au contraire, à en bénéficier largement, qu’elle soit naturelle ou artificielle, comme on pourra le constater dans ce numéro, tout au long du dossier consacré aux gares. Isabelle Le Saux, directrice du design, et Antoine Cathelot, architecte d’intérieur, AREP, le soulignent : du parvis jusque sur les quais en sous-sol, en passant par les halls de départ ou d’arrivée, les zones d’attente ou les circulations, la lumière se modèle pour s’adapter à la diversité de ces espaces qui sont devenus de véritables lieux de vie. Discrètement disposés dans les éléments architecturaux pour mieux les révéler, ou au contraire ostensiblement exposés tels des objets de décoration, ou encore installés judicieusement pour guider, orienter et optimiser les flux des piétons, les éclairages des gares façonnent les ambiances, accompagnent le voyageur, épousent les architectures jusque dans les teintes et le mouvement. Comme l’exprime Bruno Gaudin, architecte, dans notre rubrique « Entretien », à propos de la médiathèque de Stains, la mise en lumière « est bien sûr l’aboutissement d’un travail d’équipe avec les ingénieurs de la structure et les concepteurs lumière, chacun apportant sa propre vision du lieu pour composer avec nous la lumière ». Et de rappeler que « la lumière se fabrique, se mesure, se construit aussi », aujourd’hui plus que jamais via la maquette numérique, appelée communément BIM (Building Information Modeling), à laquelle participent de nombreux acteurs : l’architecte bien sûr, le bureau d’étude, le concepteur lumière, et aussi les industriels. Trois fabricants de matériel d’éclairage témoignent dans le « Cahier technique » et présentent l’état d’avancement du processus : si le passage aux fichiers 3D a mis du temps à démarrer dans la filière éclairage, il semble que les industriels soient de plus en plus nombreux à franchir le pas, conscients du fait que la maquette numérique ne s’arrête pas à l’achèvement de la construction. En effet, elle continue à rassembler et fournir des données aux exploitants pour gérer efficacement les bâtiments et leur éclairage...

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Lumières Sommaire

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ACTUALITÉS 06 D  e GE Lighting à Tungsram 07 Le Cluster Lumière fête ses 10 ans ! 08 Prix Nobel de physique 2018 09 Smart Building Design, un ouvrage Dial 10 Prix ACEtylène 2018 12 Les rencards de l’ACE

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13 Trophées de l’éclairage exemplaire 2018 Ledvance : brochure Luminaires LED – German Design Award

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ENTRETIEN 14 B  runo Gaudin, architecte. Composition de lumière PROJETS 19 U  n plan lumière pour le CHRU de Brest 22 Intermarché de Saint-Cyprien (42)

DOSSIER 25 Éclairage des gares 26 Interview : Isabelle Le Saux, directrice du design, AREP et Antoine Cathelot, architecte d’intérieur, AREP © AREP. Photographe Didier Boy de la Tour.

27 L’interdisciplinarité de la lumière

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36 Enquête produits : Des luminaires multiapplications

39 DESIGNER Félicien et Jean-Sébastien Vidé : Sculpter la transparence 40 SHOWROOM  Loupi : L’éclairage miniature 43 CAHIER TECHNIQUE  BIM et éclairage 50 ZOOM Voile de soie rigidifié

PRODUITS 52 Sylvania éclaire le chemin vers les bureaux de demain 53 Zumtobel présente Supersystem Integral collection par Eoos 54 AIRIS propose deux nouveautés pour le tertiaire

© Targetti. Photographe Carsten Brügmann

RENDEZ-VOUS

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56 Maison&Objet 58 Architect@work 60 Fête des lumières 62 Salons / Index

Retrouvez la version ebook sur www.filiere-3e.fr/lumieres-3e


Lumières Actualités

De GE Lighting à Tungsram General Electric (GE), géant américain du matériel électrique, a cédé son activité éclairage en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Turquie. GE Lighting abandonne son nom pour celui de Tungsram, fabricant de lampes hongrois, ayant lui-même cédé son activité à GE en 1989.

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Un rachat qui avait d’ailleurs permis à GE de s’implanter sur le marché de l’éclairage européen. Philippe Gagnière, directeur général de GE Lighting France et Benelux, nous détaille les tenants et les aboutissants de cette transaction.

Dans quel cadre s’est déroulé le rachat de GE Lighting EMEAT par Tungsram ? Philippe Gagnière - La partie Lighting est une activité historique de GE, découpée en deux types de marchés selon les régions. Sur le continent américain, GE Lighting est orienté consommateur et les produits sont distribués en GSA (Grandes surfaces alimentaires) et GSB (Grandes surfaces de bricolage). En Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Turquie (EMEAT), l’activité de GE Lighting s’oriente davantage vers la distribution professionnelle. En raison de ce découpage mondial dont découlent deux stratégies distinctes, GE ne pouvait pas vendre l’ensemble de son activité Lighting en un seul et même lot. L’activité EMEAT a donc été mise en vente en juin 2018. Jörg Bauer, ancien président de GE en Hongrie, a présenté un projet de rachat incluant l’activité EMEAT et l’activité éclairage automobile mondiale.

« Avec ce changement de

nom, Jörg Bauer, qui a racheté GE Lighting, souhaite faire revivre l’enseigne Tungsram »

portefeuille de GE. Beaucoup de professionnels de l’éclairage se souviennent de Tungsram en Europe, la marque étant plus particulièrement connue dans les pays de l’Est.

De quelle manière l’intégration se déroulera-t-elle ? Pouvez-vous brièvement nous présenter Tungsram ? P. G. - Tungsram est une société hongroise, créée en 1896, qui fabriquait des lampes à krypton à l’aide d’une technologie utilisant le tungstène. Le nom Tungsram vient de la contraction des mots « tungstène » et « wolfram », le nom allemand donné à cet élément. Tungsram a connu une forte notoriété dans les années 1930 grâce à ses lampes à krypton. En 1989, GE Lighting souhaitait pénétrer le marché européen et a donc racheté le fabricant hongrois. Pour sa position centrale entre l’Europe et le Moyen-Orient, la Hongrie était un emplacement de choix, qui permettait de faciliter la production et la logistique. Avant le rachat de GE Lighting, Tungsram était restée l’une des marques au

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P. G. - Il ne s’agit pas d’une intégration à proprement parler, étant donné que Tungsram était toujours la propriété de GE Lighting avant le rachat. Nous parlons plutôt d’un changement de nom, car Jörg Bauer, qui a racheté GE Lighting, voulait faire revivre cette enseigne qui a fait les grandes heures de l’industrie hongroise du début du XXe siècle. Les 4 500 salariés, les sites de production et la force de vente de GE Lighting sont donc conservés et transférés à la nouvelle entité juridique Tungsram. Il n’y aura donc pour eux aucune différence. Cette nouvelle marque pourra se reposer sur sa production européenne, bien vue par ses clients et nous allons communiquer sur les deux logos dans un premier temps. Depuis le 7 novembre dernier, GE Lighting est devenu Tungsram en France et au Benelux. Cette transition a eu lieu en avril dernier dans les pays de l’Est et une vingtaine de pays seront concernés par ce changement d’ici à la fin de l’année 2018. Propos recueillis par Alexandre Arène


Lumières Actualités

Le Cluster Lumière fête ses 10 ans !

L

e Cluster Lumière, réseau de compétences de la filière éclairage, développe et promeut des projets de recherche et d’innovation. Depuis sa création il y a dix ans, le Cluster a été rythmé par le développement de la LED, embarquée aujourd’hui dans la plupart des projets de ses 159 entreprises membres. Son objectif consiste à fédérer les entreprises et organismes de la filière afin de développer les opportunités d’affaires et de croissance à travers des solutions d’éclairage innovantes. Créé en 2008 par la chambre de commerce et d’industrie (CCI) Lyon Métropole, l’École nationale des travaux publics de l’État, la société CDO, le Mat’Electrique et Philips Lighting, le Cluster Lumière réunit aujourd’hui des entreprises, des laboratoires ou encore des centres techniques, dont il met en lumière le savoir-faire français. Né en même temps que la LED de puissance, le Cluster Lumière a été un important vecteur de développement de cette technologie et l’a vue se développer au fil des années. Il est à l’origine de nombreuses initiatives. Parmi elles, l’événement international ForumLED, intégré depuis aux Lighting Days, qui accueille des conférences spécialisées sur l’éclairage intérieur et extérieur. Autre initiative, la création de la plateforme d’expertise Piseo, centre d’innovatio n national et mutualisé de la filière éclairage. Piseo est spécialisé dans les systèmes utilisant la LED et plus largement l’optique-photonique. Le label Certiled créé en 2016 est le fruit de la collaboration entre le GIL (syndicat du luminaire), le Cluster Lumière, la Fédération française des entreprises de génie électrique et énergétique et de nombreux fabricants, installateurs et distributeurs. L’objectif de ce label est de sécuriser les utilisateurs de matériels d’éclairage et d’établir une concurrence loyale entre tous les acteurs du marché. Le Cluster Lumière est également à l’origine du Campus des métiers de la lumière, qui met en synergie des établissements de formation pour favoriser l’élévation des compétences professionnelles. Le site Lumen – La Cité de la Lumière est un autre projet porté par le Cluster Lumière. Présenté en janvier 2018, le site verra le jour en 2020 à Lyon, au cœur du nouveau quartier Confluence. Bureau : Philippe Badaroux, président (BH Technologies) Luc Delattre, vice-président Innovation (ENTPE) Christophe Guidon, vice-président Compétitivité (Signify) Henri Coulloumme-Labarthe, vice-président Communication (E.On) Christophe Marty, secrétaire (Ingélux) Gilbert Melkonian, trésorier (Le Mat’Électrique - Sonepar) www.clusterlumiere.com

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Lumières Actualités

Prix Nobel de physique 2018 Catalogues Thorn

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e prix Nobel de physique 2018 a été attribué à Arthur Ashkin pour ses travaux sur les pinces optiques, Gérard Mourou et Donna Strickland pour leurs avancées sur les impulsions lasers ultracourtes. Gérard Mourou, de l’École polytechnique, et Donna Strickland, de l’université de Waterloo, au Canada, ont ouvert la voie vers la réalisation des impulsions lasers les plus courtes et les plus intenses jamais créées. En 1985, les deux chercheurs ont proposé une nouvelle technique, appelée amplification d’impulsions par dérive de fréquence (chirped pulse amplification, CPA). Allonger l’impulsion réduit sa puissance de crête, ce qui permet de l’amplifier sans endommager le dispositif. L’impulsion lumineuse ainsi émise est ultracourte (de l’ordre de la femtoseconde,10-15 seconde) et a une puissance qui peut atteindre le pétawatt (1015 W). Des lasers de ce type sont aujourd’hui couramment utilisés en chirurgie optique, dans les opérations de remodelage de la cornée, mais aussi pour traiter les glaucomes ou la cataracte. Gérard Mourou avait donné en 2015 (Année internationale de la lumière) une conférence sur la lumière extrême. L’Américain Arthur Ashkin a été récompensé pour ses travaux sur des « pincettes optiques » et ses applications aux dispositifs biologiques. Le chercheur a en effet réussi à démontrer qu’un laser pouvait exercer une force suffisante (pression de radiation) sur une sphère pour la mettre en mouvement ou la faire se déplacer.

2018/2019

T

horn, membre de Zumtobel Group, est un acteur majeur reconnu en tant que fabricant de solutions d’éclairage intérieur et extérieur et présent dans plus de 100 pays. La marque fournit ainsi sécurité et confort, que ce soit pour l’éclairage urbain, routier, des lieux sportifs, bureaux, écoles, commerces, ainsi que celui des centres logistiques ou industriels, depuis maintenant 90 ans. Ce catalogue est dédié aux solutions d’éclairage intérieur et extérieur et systèmes de gestion. Vous y trouverez, sur 22 pages, des informations produits, réparties par familles de luminaires.

Éclairage extérieur

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n bon éclairage extérieur ne se contente pas de montrer le chemin. Sous l’effet de cet éclairage, la ville devient une scène nocturne propice aux expériences inoubliables. Une conception bien inspirée permet de mieux définir les espaces, de créer des points de repère et de révéler sous un nouveau jour ceux qui nous sont familiers. C’est dans cet esprit que Thorn propose son nouveau catalogue Inspiration, qui illustre plus en détail les différentes applications en éclairage extérieur. Douze sections réparties sur 134 pages, que l’on feuillette comme un livre d’images, inspiré et inspirant… www.thornlighting.fr

De l’Italie à la Suède

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n octobre dernier, Fagerhult a signé une lettre d’intention avec les actionnaires d’iGuzzini pour acquérir 100 % des actions du fabricant italien. La finalisation de l’opération sera soumise à l’approbation du conseil d’administration de Fagerhult et à toute approbation anticoncurrentielle qui pourrait être requise. L’opération sera financée par une combinaison d’emprunts et une nouvelle émission de droits en actions Fagerhult. Une fois l’opération finalisée, la famille Guzzini recevra une part importante de la contrepartie en actions Fagerhult et deviendra ainsi actionnaire. Adolfo Guzzini (président d’iGuzzini) et Andrea Sasso (CEO d’iGuzzini) – en plus de leurs fonctions exécutives respectives au sein d’iGuzzini – devraient assurer des rôles importants à la direction générale de Fagerhult. L’ajout d’iGuzzini renforcera considérablement la position du groupe Fagerhult sur le marché de l’éclairage professionnel, tant en termes de présence géographique qu’en ajoutant des gammes de produits complémentaires de pointe. www.iguzzini.com - www.fagerhult.com

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Marcel Masson nommé directeur général France de Zumtobel Group

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e comité de direction de Zumtobel Group, leader européen de l’éclairage professionnel, a nommé Marcel Masson au poste de directeur général France. Il aura pour mission d’accompagner l’entreprise dans sa stratégie de développement, en mettant notamment l’accent sur ses marques de référence, Zumtobel et Thorn. Avec plus de vingt ans d’expérience dans le management au sein de grands groupes internationaux, Marcel Masson a développé d’importantes capacités managériales dans des environnements complexes et compétitifs, notamment au poste de directeur général de Gewiss France, filiale clé du groupe italien de fabrication de matériel électrique. « Zumtobel Group est une entreprise qui porte l’histoire de l’éclairage en Europe et dans le monde au travers de ses marques d’éclairage. Nous avons la chance de vivre en France une période de renouveau urbain qui peut être comparée à celle que nous avons connue sous l’ère du baron Haussmann », a déclaré le nouveau directeur général. www.zumtobel.com


Lumières Actualités

Modes de conception des bâtiments intelligents

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ntitulé Smart Building Design – Concept, Planning, Realization and Operation, ce guide, publié par l’éditeur allemand Birkhäuser, recense les bonnes pratiques, les contraintes et les écueils pour la conception et la mise en œuvre de solutions intelligentes dans le bâtiment. Dial fait le point sur la façon dont les technologies intelligentes offrent de nouvelles opportunités dans la conception des bâtiments, qu’il s’agisse de la planification, de la mise en œuvre ou de l’exploitation. Ces technologies contribuent également à la digitalisation des pratiques dans le milieu du bâtiment. L’ouvrage a été rédigé par une équipe pluridisciplinaire de Dial : Maad Bali, formateur spécialisé dans la conception des bâtiments intelligents, Dietmar Half, chef d’équipe pour la conception des bâtiments intelligents, Deter Polle, président-directeur général, et Jürgen Spitz, directeur du pôle éclairage pour les bâtiments intelligents. Forts de leurs expertises respectives d’architectes et d’ingénieurs, les auteurs proposent un tour d’horizon des différentes contraintes techniques liées à l’automatisation et à la communication des équipements et font également le point sur les lois, les normes et les certifications qui régissent ce secteur. En s’appuyant sur des explications claires, des termes compréhensibles, ainsi que sur des plans, des schémas et des photos, les auteurs mettent en avant six exemples de projets qui ont déjà vu le jour, de la maison individuelle aux bâtiments administratifs, en passant par une réalisation d’exception : la Philharmonie de l’Elbe, située à Hambourg et conçue par le cabinet d’architecture Herzog et de Meuron. Cet ouvrage aborde, en s’appuyant sur plusieurs études de cas, les méthodologies de conception pour les technologies liées au bâtiment intelligent. Il présente l’étendue des applications numériques en prêtant attention à l’interaction entre les différents découpages techniques d’un bâtiment, et offre enfin un tour d’horizon de divers solutions et systèmes éprouvés. 176 pages - 49,95 € Disponible sur le site : www.dial.de

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Lumières Actualités

Prix ACEtylène 2018 L’ACE a proposé, pour la 7e édition, le Prix de l’ACEtylène. La remise des prix a eu lieu à Rennes le jeudi 18 octobre.

L

a mise en place de ce prix a notamment pour objectif : – la reconnaissance de l’ACE et du métier de concepteur lumière ; – la reconnaissance d’un concepteur lumière et/ou d’une agence de conception lumière ; – la valorisation de la profession auprès des partenaires professionnels et des médias spécialisés. Les lauréats ont été récompensés par la communication de leur projet ainsi que par la remise d’un trophée « objet lumière » offert cette année par cinq partenaires : Erco, Lumenpulse, Neri, Nowatt Lighting et XAL.

Prix de la mise en lumière du patrimoine bâti Conception : agence Concepto www.concepto.fr

© Concepto

Lumi-R : l’appli qui nous encourage à découvrir la ville la nuit. Rennes (Ille-et-Vilaine) De manière insolite et ludique, Lumi-R propose une relation nouvelle entre l’urbain, la lumière, l’architecture et l’histoire, par des mises en lumière de style et de techniques variés corrélées parfois à des immersions.

Prix de la conception lumière extérieure et paysagère Concepteur lumière : Charles Vicarini Studio Vicarini

© Studio Vicarini

www.vicarini.com

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Requalification du front de mer. Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) La place du Commando, après sa refonte complète, a pour vocation de devenir le lieu animé de la ville, rassurant et propice à la promenade, devenant ainsi une nouvelle centralité nocturne. Le projet lumière y tient un rôle qualifiant, où l’ambiance et la composition des éclairages s’ouvrent sur l’Océan et ses basses lumières. Ce projet de requalification permet d’inscrire durablement dans la silhouette nocturne de la ville les signes et continuités visuels qui les relient aux polarités et aux axes structurants, en mettant en scène par la lumière les zones de connexion de la ville centre au sein de ce panorama exceptionnel.


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Prix de la conception lumière intérieure (ex æquo) Quartiers Lumières Concepteur lumière : Lionel Bessières www.quartierslumieres.com

© Quartiers Lumières

Mise en lumière de la cathédrale de Lavaur (Tarn) L’intérieur de la cathédrale Saint-Alain est caractérisé par la qualité remarquable des décors peints et de ses peintures. Les murs sont entièrement recouverts de ces décors incroyables. Il s’agissait de les révéler tout en s’inscrivant dans un contexte délicat lié à cette architecture n’offrant aucune possibilité de masquer facilement les équipements d’éclairage. Un grand travail a donc été réalisé sur le dimensionnement des appareils, IRC, optique et stratégies de mise en œuvre.

Prix de la conception lumière intérieure (ex æquo) Les Éclaireurs Concepteurs lumière : Lucas Goy et Aurélien Bourg www.leseclaireurs.net

© Les Éclaireurs

Mise en lumière de la Fondation Carmignac, Hyères, île de Porquerolles (Var) La fondation Carmignac nous confie l’éclairage artificiel et naturel du futur musée. Nous concevons les systèmes d’éclairage, de protection solaire et de gestion coordonnée de ces deux paramètres. La conception cherche l’intégration et la discrétion, tout en offrant une grande souplesse d’évolution. De grands plafonds diffusants simulent la lumière naturelle en rapport avec la lumière réelle reçue au centre de l’espace. Les œuvres sont délicatement soulignées par des découpes de lumière, de façon presque invisible.

Prix « petit budget » (budget éclairage inférieur à 70 000 € HT) Nitescences – Concepteur lumière : Jean-Philippe Ropers Troglodytes et Sarcophages, Doué-en-Anjou (Maine-et-Loire) Ce projet a pour but de dynamiser et valoriser la visite de ce site unique racontant 1 500 ans d’histoire, en mettant en valeur la pierre et l’architecture de cette chapelle et de ces caves tout en améliorant le confort de la visite et l’accueil. Le nouvel éclairage des caves troglodytes change totalement le regard sur ces espaces, même pour les habitués du site, révélant son architecture, sa structure, tout en créant une ambiance agréable, propice à une visite de qualité et participant aux propos de la visite guidée.

© Nitescences. Photo Didier Chabot

www.nitescences.ovh

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Lumières Innovation

Les rencards de l’ACEtylène 2018

Controverser autour des projets lumière Les rencards se sont déroulés cette année à Rennes et rassemblaient, autour de Frédérique de Gravelaine, écrivaine, animatrice des débats, bon nombre d’intervenants, issus d’horizons très divers. La parole a été donnée à des chercheurs, sociologues, géographes, urbanistes, et bien entendu aux concepteurs lumière.

L’exercice, ici, n’est pas tant de rendre compte de façon exhaustive de cette journée, mais plutôt de restituer quelques morceaux choisis, à commencer par les interventions de deux sociologues Gaëtan Bourdin et Florian Guérin. Pour écouter ou réécouter les débats de cette journée, nous invitons les lecteurs à aller voir les vidéos de toutes les interventions sur le site de l’ACE.

L’intelligence collective En introduction à cette journée, Gaëtan Bourdin, sociologue, praticien en pédagogie, médiation, coopération territoriale pour l’innovation sociale et technologique, abordait le thème des « Fondamentaux de la concertation et de la co-construction » où il a été beaucoup question d’intelligence collective, qui permet, selon le sociologue, d’agir ensemble. Dans les projets urbains, on a contraint les acteurs qui fabriquent la ville, à prendre en compte l’avis de l’usager, du citoyen. Gaëtan Bourdin explique la concertation en s’appuyant sur l’échelle de la participation citoyenne, développée par la sociologue américaine Sherry Arnstein, qui mesure le pouvoir du citoyen et sa propension à participer à un projet. Les premiers niveaux de l’échelle correspondent à la manipulation et décrivent le degré de non-participation. Les niveaux 3 et 4 permettent à ceux qui n’ont pas le pouvoir d’avoir accès à la coopération symbolique, à savoir l’information, la consultation et la conciliation, et de se faire entendre, sans pour autant que leur avis soit pris en compte par ceux qui ont le pouvoir. Le niveau 5 permet aux citoyens de donner leur avis, mais le droit de décider

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reste entre les mains de ceux qui ont le pouvoir. Enfin, le haut de l’échelle, comprend les trois derniers niveaux qui correspondent au « pouvoir effectif du citoyen ». Ils indiquent des degrés d’influence croissante sur la prise de décision. Les citoyens peuvent nouer des partenariats qui leur permettent de négocier et d’engager des échanges avec les détenteurs du pouvoir. Quid de l’éclairage et de la concertation ? L’éclairage des rues, pourtant né d’une ordonnance de police, était une ressource privée et n’est devenu un service public que plusieurs siècles après son apparition. D’où la question aujourd’hui de la concertation : la lumière est passée au numérique, elle interagit avec d’autres usages, chaque citoyen peut créer de la lumière avec son propre téléphone, etc. Qui sont les acteurs de la lumière ? Le commanditaire, l’expert, l’usager. Quelle cause commune existe-t-il réellement ? Est-ce que tous les acteurs peuvent définir un langage commun, comprendre les enjeux, émettre une culture collective pour enfin aboutir à une médiation ? Pour Gaëtan Bourdin, le métier de la lumière relève de la sémiotique et constitue un enjeu colossal de la cause commune en milieu urbain ; c’est un élément de la reliance qui donne du sens, de la valeur à l’espace urbain.

Comment peut-on penser le droit aux nuits urbaines ? Le droit aux nuits urbaines, une gouvernance innovante ? Florian Guérin est sociologue urbain, chercheur à l’institut d’urbanisme de Reims. Il travaille en particulier sur les maîtrises d’usage et les pratiques nocturnes. Il est le coauteur, avec Edna Hernandez-Gonzalez, de Cohabiter les nuits urbaines - Des significations de l'ombre aux régulations de l'investissement ordinaire des nuits, aux éditions Harmattan. Certains espaces sont aménagés et dédiés à des activités de loisir la nuit : bars, discothèques, restaurants. Cette accumulation d’activités nocturnes peut accroître des conflits de situation, et conduire à « des paradoxes d’aménagements urbains ». Il faut donc travailler la nuit comme

un élément de la ville qui va permettre de repenser les cohabitations entre différentes activités et d’éviter certaines exclusions. Par exemple, la ville de Bordeaux a transformé un quartier festif (Paludate) en un quartier d’affaires en y associant un éclairage sous forme spectaculaire d’illuminations. À Lyon, ce sont les bords du fleuve qui ont été réaménagés en cheminements piétons avec un éclairage de « veille » intégré au plan lumière de la ville de Lyon. Les noctambules se sont « réapproprié » cet espace en l’occupant jusque tard dans la nuit, ce qui a conduit les élus à imposer toute une série d’interdictions pour inciter les fêtards à quitter ces lieux. Autre exemple : le centreville de Rennes réaménagé en centre piéton attirant une population estudiantine qui a du mal à cohabiter avec les Rennais d’une autre génération, installés là depuis longtemps, et habitués à des nuits tranquilles. Ces réaménagements conduisent à des déplacements nocturnes plus fréquents, souvent piétons, et donc à repenser l’éclairage public. Comment prendre en compte ces nouveaux usages nocturnes ? À Paris, avec la mise en place des États généraux de la nuit en 2010 et l’élection d’un maire de la nuit en 2013, la nuit est devenue un enjeu électoral, jusqu’à la création du Conseil de la nuit qui a pour vocation de dépasser les intérêts individuels. Un certain nombre de dispositifs ont été mis en place sans pour autant faire l’unanimité. Le processus politique peut être questionné. Le Conseil de la nuit, qui est censé être une forme de démocratie participative, ressemble davantage à une démocratie représentative où les décisions finales restent prises par les élus et l’accès aux débats s’avère inégalitaire. Pour conserver ce droit à la nuit, il faut prêter attention à la façon de gérer ces cohabitations nocturnes ; ce qui nécessite la formation des urbanistes mais aussi des citoyens et la création de mécanismes complexes. n Isabelle Arnaud


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Trophées de l’éclairage exemplaire 2018

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es trophées ont pour objectif de mettre en valeur les pratiques exemplaires grâce à des réalisations d’exception, afin de partager les démarches durables et de favoriser les investissements pérennes. Tour d’horizon des projets lauréats 2018. Cette année, deux lauréats ont été retenus pour chacune des deux catégories, éclairage public et mise en valeur du patrimoine. En plus de ces quatre projets, le jury a désigné son coup de cœur. Dans la catégorie « Éclairage public, moins de 20 000 habitants », le trophée a été remis au Syndicat départemental d’énergie des Hautes-Pyrénées (SDE65), récompensé pour l’éclairage de la station de ski La Mongie. L’éclairage s’adapte en temps réel à la fréquentation et aux conditions climatiques. L’autre objectif de ce projet était de préserver la qualité du ciel nocturne, afin de ne pas gêner l’observatoire astronomique du pic du Midi. Dans la catégorie « Éclairage public, plus de 20 000 habitants », le trophée est revenu à la Ville de Paris, pour l’expérimentation d’une installation intelligente associant détection de présence (piétons, voitures...) et télégestion au point lumineux pour un contrôle en temps réel. Dans la catégorie « Mise en valeur du patrimoine », deux projets sont

arrivés ex æquo : la Ville de Marseille, récompensée pour la mise en lumière de l’Arc de triomphe de la porte d’Aix, classé monument historique ; le Syndicat intercommunal d’énergie, d’équipement et d’environnement de la Nièvre (SIEEEN), pour l’aménagement de la place de la mairie de Saint-Léger-des-Vignes et la mise en lumière de l’hôtel de ville. Le jury a attribué son coup de cœur au CHU de La Réunion, qui s’est engagé dans un chantier de l’éclairage de ses voies et parkings, respectant la réglementation d’accessibilité des ERP. Organisés chaque année par l’AFE et ID Efficience Territoriale, ces trophées revêtent un double objectif : ils permettent d’une part d’aider les acheteurs publics et privés à échanger les informations et à mettre en commun leur expérience, et d’autre part de favoriser le développement de pratiques innovantes, exemplaires et durables, tant au niveau de la maîtrise de l’éclairage que de sa qualité.

Brochure Ledvance : luminaires LED E

Ledvance reçoit le German Design Award A

n 2018, Ledvance a considérablement étendu son portefeuille de luminaires LED sous un design épuré et dans une qualité irréprochable. Cette nouvelle brochure présente la gamme complète de luminaires LED Ledvance pour des applications standard ou particulières répondant à de larges exigences. Parmi les nouveautés, on trouve des Downlight Comfort doté de 3 températures de couleur dans un même luminaire, de nouvelles gammes de spots parmi lesquels les Spots Multi, dont l’esthétique s’accorde parfaitement aux commerces, les spots sur rail Tracklight Spot conjuguant design épuré et fonctionnalité ou encore le Ledvance Spot Vario, flexible et ajustable. Quant aux luminaires de bureau, le nouveau IndiviLED réunit élégance et performance pour une qualité d’éclairage et un confort visuel exceptionnels. Le nouveau chemin lumineux TruSys offre un éclairage homogène et économe en énergie pour les grandes surfaces et l’industrie. La gamme « Étanche  » compte également un dernier venu, le Ledvance Etanche Special IP69K, spécialement adapté aux environnements industriels poussiéreux et humides. Enfin, la nouvelle gamme Outdoor comprend des luminaires au design contemporain, parfaitement adaptés à l’éclairage résidentiel, aux projets hôteliers ou aux immeubles de bureaux.

www.afe-eclairage.fr

ppliqué à l’ensemble des produits d’éclairage innovants de Ledvance, le design de conception moderne « Scale » a été présenté pour la première fois au salon Light+Building 2018. En 2017, Ledvance confie à son partenaire Phoenix Design la création d’un concept pour sa gamme de luminaires à LED. Destinée aux professionnels de l’éclairage, elle connaissait alors une croissance rapide. « Avec notre design Scale, nous voulions créer une valeur esthétique allant au-delà de la fonction pure du luminaire et qui capte l’émotion de la lumière, séduise nos clients et marque les esprits. Ce prix est un grand honneur pour Ledvance et notre partenaire Phoenix Design, ce qui me rend personnellement très heureuse », a déclaré Heidi Babuszka, chargée de projet chez Ledvance. Le design Scale a été mis en œuvre dans certaines familles de luminaires déjà disponibles, tels que le Tracklight Spot, destiné à l’éclairage d’accentuation des commerces, ou encore l’IndiviLED, utilisé dans les bureaux. www.ledvance.fr

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Bruno GAUDIN Architecte DPLG, Bruno Gaudin Architectes

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Lumières Entretien

Composition de lumière Parcours • • • Bruno Gaudin, architecte DPLG, et Virginie Brégal, architecte, ont fondé leur agence en 1998, dans un ancien atelier industriel du 11e arrondissement. Bruno Gaudin est parallèlement enseignant à l’École d’architecture de Paris-La Villette. Ils s’intéressent à de multiples typologies d’édifices publics et réalisent ainsi des projets dans des domaines aussi divers que celui des ouvrages d’art, des équipements sportifs, des bibliothèques, des espaces tertiaires, de l’hospitalier, du logement… ou encore le dessin de mobiliers au sein des projets. Ce très large champ de questions amène l’agence à concevoir des projets à des échelles allant de l’urbain jusqu’au design – les luminaires du métro parisien, par exemple. Depuis plusieurs années, l’atelier a mené des opérations complexes de rénovation et restructuration de bâtiments dédiés à des services publics (BNF, hôtels de police, centre d’art…), acquérant ainsi une expérience certaine dans ce domaine de la conception et du suivi de réalisation. 14 - LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018

Fort d’une expérience très diversifiée aussi bien dans le neuf que dans la rénovation, Bruno Gaudin estime que l’invention ne doit pas être entendue comme la nécessité d’être visible, mais comme le moyen d’apporter une réponse pertinente aux questions posées ou à celles jugées essentielles. Ce n’est donc pas l’image qui prime mais la capacité d’une forme, d’une structure, d’une mise en œuvre, d’une lumière à donner naissance à un lieu singulier, un vide hospitalier, un intérieur habitable. En quoi, selon vous, la lumière se trouve-t-elle au centre de l’architecture ? La matière lumière constitue un point essentiel de la culture architecturale qui nous réunit et en même temps permet de nous différencier. Chacun va interpréter cette idée avec son propre imaginaire avec deux grandes polarités : le contexte urbain dans lequel on inscrit une intervention architecturale, et le lieu que l’on fabrique, autrement dit, la pensée de l’intérieur de l’édifice. Or, ce « dedans » est fortement qualifié par la lumière qui devient l’essence de l’édifice, de son caractère unique. Selon le bâtiment, l’intention par rapport à la lumière diffère. Par exemple, dans le cadre d’un programme de logement social, on constate que les surfaces ont tendance à diminuer ; la qualité de la fenêtre et donc de la lumière deviennent d’autant plus essentielle pour rééquilibrer l’espace. Ainsi, au lieu de créer de petites ouvertures, on favorisera des fenêtres généreuses pour baigner les pièces de lumière. En revanche,

dans un bâtiment public, le travail de la lumière est plus complexe. Par exemple, pour la médiathèque de Stains, nous sommes partis de l’idée de fabriquer une cour couverte en imaginant une lumière naturelle douce, obtenue par le truchement de percements ponctuels dans la toiture, qui donne un fort sentiment d’intériorité et de légèreté. Comment projetez-vous cette lumière ? À quel moment décidez-vous de lui donner plus ou moins de légèreté ou de générosité ? La forme architecturale et sa lumière naissent à la convergence de multiples intentions et nécessités. La structure, le climat, la lumière et le caractère public du lieu sont des notions essentielles qui ont guidé notre démarche. Pour la médiathèque de Stains, la voûte en bois qui abrite les lecteurs donne la grande échelle du lieu, sa dimension publique. Nous ne voulions pas climatiser, donc nous avons d’emblée renoncé à une voûte entièrement vitrée


Lumières Entretien

Vous abordez toujours l’éclairage artificiel avec un concepteur lumière ? Tout dépend de la nature du bâtiment. Par exemple, nous avons mis au point une façon de dessiner des bureaux dans nos bâtiments à Rennes pour le siège du bailleur social, Archipel Habitat : plutôt que d’encastrer dans des faux plafonds des luminaires carrés, rectangles ou ronds, on a plutôt décomposé les éléments nécessaires à un bureau ; en gardant la pleine hauteur, on a placé des îlots acoustiques, et des points lumineux qui flottent dans ce grand volume. L’éclairage direct et indirect, réalisé à l’aide d’une ligne lumineuse très sobre, révèle ainsi cette hauteur d’une façon très simple mais bien particulière. À l’agence, nous avons pris l’habitude d’être attentifs aux outils de lumière, et en général, nous choisissons nous-mêmes les terminaux d’éclairage en vérifiant les flux lumineux, les photométries, les rendements, etc., avec des exigences importantes tant en ce qui concerne l’économie générale du projet que la qualité de la lumière. En tant que prescripteur, on a un rôle à jouer ; si l’on ne prête pas attention à la lumière, que se passe-t-il ? La production industrielle risque de tirer

vers le bas, au moins cher et au détriment de la qualité. C’est ce qui s’est passé avec la LED dont l’argument de vente portait uniquement sur la consommation et la durée de vie. Si on ne se montre pas vigilant, on risque de se retrouver dans quelques années avec des bâtiments dotés d’un éclairage catastrophique. Bien entendu, aux côtés des concepteurs lumière, comme 8’18’’, avec qui nous travaillons depuis longtemps, nous apprenons beaucoup, comme si, d’un projet à l’autre, nous continuions notre discussion. Depuis une dizaine d’années, nous collaborons avec Georges Berne sur la bibliothèque Richelieu ; certaines pièces ont été construites au XIXe siècle autour de la lumière du jour pour la faire pénétrer au cœur du bâtiment. Notre travail porte à la fois sur cette lumière naturelle et l’éclairage artificiel avec une approche différente selon les salles de lecture pour en révéler les qualités propres. C’est de cette familiarité de la discussion que naissent nos projets lumière qui se conçoivent autant à partir de savoir-faire que d’imaginaire. Le poète allemand Friedrich Hölderlin, écrit « l’homme habite en poète » ces mots inspirent notre approche de la lumière, mais sans oublier qu’elle se fabrique, se mesure, se construit aussi. Nous nous efforçons de cultiver ces deux dimensions. n Propos recueillis par Isabelle Arnaud

“Nos

projets lumière se conçoivent autant à partir de savoir-faire que d’imaginaire.”

Médiathèque de Stains.

© Bruno Gaudin Architectes. Photographe Takuji Shimmura

notamment pour éviter les échauffements solaires trop importants. Notre choix s’est orienté vers une couverture ponctuée de trous qui pouvaient « fabriquer » une lumière naturelle plus intérieure. La structure en lames de bois croisées est dessinée pour diffracter la lumière en de multiples reflets et faire disparaitre la source elle-même de la lumière. Ensuite, nous avons trouvé une solution d’éclairage artificiel qui ne laisse pas voir les sources lumineuses afin de renforcer cet effet et faire en sorte que le plafond entier soit lumière. C’est cette lumière qui donne l’identité du lieu. Tout le travail du projet consiste à faire converger ces idées dans une forme qui les rassemble en un seul trait. D’ailleurs, à Stains, cette façon de tresser le toit vient fondamentalement de la lumière qui se trouve à l’origine de la structure. Ainsi, la disposition en quinconce de petites barrettes lumineuses vient révéler la profondeur de cette nappe et joue de ces multiples facettes de bois par ces éclats de lumière qui se renvoient les uns aux autres et forment cette qualité de lumière particulière. C’est bien sûr l’aboutissement d’un travail d’équipe avec les ingénieurs de la structure et les concepteurs lumière, chacun apportant sa propre vision du lieu pour composer avec nous la lumière.

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© Musée Grévin. Photo : Stanislas Liban. Scénographie : Stéphanie Daniel

Publi-rédactionnel

VISITE D’ATELIER :

PROCÉDÉS HALLIER OUVRE SES PORTES

La haute couture de l’éclairage muséographique made in Paris. Procédés Hallier conçoit et réalise depuis 1992 des solutions d’éclairage destinées à la mise en lumière muséographique. La production est réalisée dans un atelier de 1 000 m², situé au pied du métro Mairie de Montreuil. Procédés Hallier emploie 16 personnes et peut s’appuyer sur une dizaine d’experts du groupe Lucibel (rejoint en 2013) pour la fabrication des projecteurs, de la conception au produit fini. Visite !

Mise en forme

L’OBJECTIF DE CETTE ÉTAPE EST DE TRANSFORMER LA MATIÈRE PREMIÈRE EN DIFFÉRENTES PIÈCES À ASSEMBLER POUR LES FUTURS PROJECTEURS.

Soudure et assemblage LA PHASE DE SOUDURE ET D’ASSEMBLAGE EST ESSENTIELLE POUR LA SUITE DU PROCESSUS DE FABRICATION.

Une fois cette étape achevée, la forme finale des projecteurs commence à se deviner.

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© Procédés Hallier

© Procédés Hallier

La fabrication des projecteurs débute par la programmation de l’ordinateur de la machine de découpe laser. Les pièces obtenues sont cambrées, roulées et embouties, afin de donner du relief à la pièce.


Publi-rédactionnel Peinture NOUS SOMMES EN MESURE DE PROPOSER L’ENSEMBLE DES COULEURS

© Procédés Hallier

DU NUANCIER RAL À NOS CLIENTS.

Lorsque les pièces arrivent dans l’atelier de peinture, elles sont nettoyées et dégraissées. Puis le peintre y pulvérise de la peinture époxy en poudre avant de les passer au four, ce qui permet de sceller la peinture.

Montage NOTRE ORGANISATION SE RAPPROCHE DAVANTAGE DE CELLE D’UN ATELIER QUE D’UNE USINE. CELA NOUS OFFRE UNE GRANDE FLEXIBILITÉ DANS LA PRODUCTION

Cette phase se découpe en étapes bien définies, démarrant par le câblage des sources LED, et se poursuivant avec l’installation de l’alimentation et le suivi de l’assemblage mécanique des différentes pièces métalliques.

Phase de test

© Procédés Hallier

ET UNE GRANDE RÉACTIVITÉ.

Cadreur Fenyx reconnu pour ses qualités par la profession muséographique.

À CETTE ÉTAPE, TOUS NOS PROJECTEURS SUBISSENT UNE SÉRIE DE TESTS ET VÉRIFICATIONS AVANT L’ASSEMBLAGE FINAL.

© Procédés Hallier

La phase de test consiste à brancher chaque projecteur pendant 48 heures non-stop afin de vérifier la qualité et la fiabilité de la LED, ainsi que l’ensemble des composants électroniques. Puis chaque projecteur est vérifié, nettoyé et emballé.

PROCÉDÉS HALLIER – LES POINTS FORTS : - Étude et conception personnalisées de projecteurs pour un besoin spécifique et ponctuel - Adaptation de notre collection en fonction du cahier des charges des projets - Évolution permanente de notre gamme - Intégration des innovations technologiques du Groupe Lucibel - Renforcement de l’équipe commerciale sur le marché national et international

PROCÉDÉS HALLIER éclaire les palaces, les châteaux et les musées du Centre Pompidou au Louvre d’Abu Dhabi, et aura le plaisir de présenter sa nouvelle collection au salon SITEM, du 22 au 24 janvier 2019. Stand B23-B25.

VISITE DE L’ATELIER SUR RENDEZ-VOUS : Procédés Hallier, 69 rue Victor Hugo – 93100 Montreuil Ouverture : du lundi au vendredi de 9 h à 16 h - Contact : Delphine Lehoux - contact@procedeshallier.fr LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018 - 17


Lumières Règlementation

Charte LED pour les luminaires d’éclairage intérieur Cheville ouvrière de la récente publication du PSR Luminaires – qui permet aux fabricants de déterminer l’impact environnemental d’un luminaire et d’établir de façon sincère et comparable des ACV (analyses du cycle de vie) dans le cadre du programme PEP Ecopassport1 – le Syndicat de l’éclairage diffuse en cette fin d’année un nouveau document de référence, qui devrait être utile à l’ensemble des acteurs de la filière.

L

a « Charte LED pour les luminaires d’éclairage intérieur » apporte en effet des éléments précis et objectifs, sur la base des dernières normes publiées au Cenelec, pour évaluer la qualité des luminaires LED. Sur cette question, beaucoup d’acteurs sont encore dans le brouillard, et d’autres hélas dans l’enfumage. On trouvera donc dans cette Charte LED des définitions à jour et des mises au point sur les critères relatifs à la durée de vie utile, le risque photobiologique, l’UGR, la maintenance de flux, etc. Le Syndicat de l’éclairage représente les industriels, à hauteur d’environ deux tiers du marché de l’éclairage professionnel. Être membre de cette organisation, c’est être capable d’engager sa responsabilité, mais aussi sa notoriété et la réputation de ses marques sur les lampes, luminaires et systèmes de gestion mis sur le marché. C’est pourquoi la première Charte LED, en 2014, présentait l’engagement de publier 7 critères importants pour choisir un luminaire LED. Quatre ans plus tard, les produits et les normes associées ayant progressé, c’est une Charte LED de 20 critères que nous publions. Chaque critère est présenté et expliqué simplement. Un renvoi au paragraphe précis de la norme NF EN qui le définit permet de montrer qu’il ne s’agit pas d’une invention marketing, mais d’un élément mesurable, vérifiable et opposable, via une norme publiée et reconnue par l’ensemble des États parties prenantes.

Des marques volontaires peu utilisées Le Syndicat de l’éclairage estime que cette Charte LED, par laquelle les industriels s’engagent à annoncer les performances selon la norme, correspond le mieux au besoin de confiance du marché dans les produits. Les marques de qualité volontaires n’ont jamais pu pénétrer le marché de l’éclairage : les clients finaux ne les exigent pas, les organismes qui les commercialisent n’en font pas la promotion, les fabricants qui en payent le droit d’usage annuel n’en tirent finalement aucun avantage. L’ampleur des catalogues, la variété et la rotation rapide des produits alourdissent aussi fortement les coûts de ces marques. Et il semble que malgré une approche simple consistant à ne vérifier que quelques critères, le lancement, il y a deux ans, du label Certiled2 limité au marché français, ne paraît pas rencontrer le succès escompté, ni auprès des fabricants, avec moins d’une douzaine de labels délivrés, ni apparemment auprès des prescripteurs ou maîtres d’ouvrage. En fait, seules les marques ENEC, et ENEC + maintenant, créées par l’organisation européenne des syndicats nationaux d’industriels de l’éclairage, paraissent avoir trouvé leur place, avec plus d’une dizaine de milliers de produits certifiés (luminaires et drivers), souvent les produits les plus vendus.

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20 critères pour un produit fiable Les 20 critères de la Charte LED permettent d’identifier un produit responsable et fiable, mais aussi de fournir un outil de prescription objectif à l’ensemble des professionnels de la filière. Apporter de la connaissance et de la confiance à tous les acteurs du secteur, offrir aux utilisateurs le référentiel avec lequel ils pourront en toute indépendance mieux définir les exigences propres à leurs activités, donner lieu à des cahiers des charges mieux rédigés, des projets d’éclairage mieux maîtrisés, devrait à terme faire progresser le niveau de qualité des installations d’éclairage intérieur dans notre pays. Cette charte est un référentiel unique destiné à tous qui marque la forte volonté des fabricants d’offrir au marché un cadre transparent et équitable. Comme il y a quelques années avec la « Convention pour la conformité aux normes des luminaires », où il ne s’agissait alors que de respecter les exigences de sécurité, le syndicat est fidèle à sa politique de partenariat et envisage d’amener les organisations représentant la prescription, la distribution et l’installation de solutions d’éclairage à s’associer à cette charte. Les premiers contacts sont déjà prometteurs.

Dominique Ouvrard Délégué général adjoint du Syndicat de l’éclairage La Charte LED pour les luminaires d’éclairage intérieur est disponible sur syndicat-eclairage.com Une version pour les luminaires d’éclairage extérieur est en cours de publication. 1 Cf. Lumières N° 24 p. 18. 2 Cf. Lumières N° 16 p. 42.


Projets

© Soizick Bihen

Lumières

UN PLAN LUMIÈRE POUR LE CHRU DE BREST Situé en centre-ville, l’hôpital Morvan est le siège du CHRU (centre hospitalier régional universitaire) de Brest et jouxte la faculté de médecine. Il a fait l’objet d’un plan guide avec pour objectif de créer un fil conducteur aux aménagements relatifs à la requalification des espaces extérieurs. Il a été accompagné d’un cahier de prescriptions urbaines, architecturales, paysagères et environnementales, ainsi que d’un plan lumière réalisé par Soizick Bihen.

Architecte Atelier de l’île Bureau d’études IRH/Ploemeur Conception lumière Soizick Bihen Graphiste Téra-création Solution éclairage Comatelec, iGuzzini, Martin Architectural, SILL Installateurs Cegelec, Spectaculaires

de s’orienter facilement », explique Soizick Bihen, conceptrice lumière. Dans ce contexte, les exigences de la maîtrise d’ouvrage étaient claires : faire appel à une technologie moins énergivore afin de diminuer les consommations, apporter un traitement adéquat aux zones non éclairées jusqu’alors, telles que les abords des bâtiments, prendre en compte la notion de confort, au travers d’ambiances lumineuses agréables et accueillantes. Une signalétique en couleur et en lumière « C’est en suivant les propositions de réaménagements de l’Atelier de l’île que le projet s’est construit. Aux considérations urbaines et architecturales se sont ajoutées nos propres réflexions sur le rôle que la lumière pouvait jouer pour apporter un certain réconfort avant de pénétrer dans les bâtiments eux-mêmes », précise Soizick Bihen.

© Soizick Bihen

L

e projet a été, dès le départ, élaboré en concertation avec l’architecte Marc Quelen et Isabelle Geffray, paysagiste. L’intervention de l’Atelier de l’île s’est appuyée sur les principes généraux d’orientation à l’échelle de l’ensemble du site de l’hôpital, issus du plan guide et établis pour requalifier la voirie et l’urbanisme, comprenant la voie d’accès, le parc de stationnement, les circulations piétonnes et automobiles, ainsi que l’identification des différents bâtiments. L’éclairage extérieur était ou inexistant ou vétuste, mettant en œuvre de grands mâts dotés de luminaires aux lampes sodium ou d’appareils fluorescents de teinte « industrie » pour ce qui concerne le passage piéton. « Le plan lumière devait à la fois souligner des éléments architecturaux existants, remettre aux normes les niveaux d’éclairement, accueillir le public la nuit en offrant un éclairage rassurant et confortable qui permette également

Maîtrise d’ouvrage CHRU Brest Hôpital Morvan

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Ainsi, à l’extérieur même de l’hôpital, les arbres remarquables qui marquent l’entrée, un cèdre et un épicéa majestueux, bénéficient d’un éclairage réalisé par des encastrés aux iodures métalliques en 4 000 K, complété par des appareils à LED en 3 000 K. Par ailleurs, le site péchait singulièrement par manque de signalétique, rendant difficile l’orientation des automobilistes à l’intérieur de l’enceinte de l’hôpital. Pour y remédier, l’agence de graphisme Téra-création a conçu des numéros de bâtiment de 1,50 m à plus de 2 m de haut et dotés d’un code couleur qui permet d’identifier chaque bâtiment. Soizick Bihen a, là encore, pris le parti d’un éclairage à base d’encastrés aux iodures métalliques de 4 000 K. La conceptrice lumière a souhaité donner à l’ensemble du projet une note colorée et animée pour réveiller ces espaces qui demeuraient à la fois glauques et gris, tant en ce qui concerne l’aspect du bâtiment lui-même que les chaussées. Les escaliers intérieurs des bâtiments 1 et 3, par exemple, seront éclairés de l’intérieur, livrant à la nuit par transparence une lumière à changement chromatique doux et lent, de 21 h à minuit, et visible de loin. « L’utilisation de la couleur est venue d’une suggestion de la maîtrise d’œuvre ; le centre hospitalier est configuré comme une petite ville, mais sans ses attraits : tout y apparaissait terne, voire

© Soizick Bihen

Lumières Projets


Projets

© Soizick Bihen

© Soizick Bihen

Lumières

Requalifier le passage central Lorsqu’il pénètre dans l’hôpital, le visiteur, qu’il soit piéton ou automobiliste, emprunte un passage couvert, d’une trentaine de mètres, qui perce le premier bâtiment. Cette entrée ne bénéficiait que d’un éclairage de chaussée, laissant la plateforme centrale dans l’ombre. Tout un travail de requalification de ce passage a été mis en place au sein de discussions interdisciplinaires qui ont pris en compte la revalorisation urbaine, les modifications architecturales et l’éclairage. Les deux parois, de part et d’autre du passage central consacré aux piétons, ainsi que le sol, ont été transformés en écrans de projection. En parallèle de la conception du projet, le CHRU lançait une campagne de photographie des soignants, employés et patients. « Lors de la présentation de la phase Pro, le CHU nous a proposé de travailler avec ces portraits en adéquation avec la politique de communication du CHRU, ce qui a permis aussi de valoriser des métiers et d’humaniser les murs gris et impersonnels du passage », précise Soizick Bihen. Les portraits des soignants, avec leur nom et leur fonction, sont ainsi projetés sur les parois latérales. « Nous y avons associé des dessins d’inspiration scientifique évoquant un ensemble de neurones tantôt blancs, tantôt bleus, qui courent sur les murs. Toutes les images ont été obtenues au moyen de projecteurs LED à gobos de Martin Architectural, motifs que l’on retrouve au sol gravés dans le béton », ajoute la conceptrice lumière. Toujours en concertation avec la direction de la communication de l’hôpital, Soizick Bihen a ainsi créé plusieurs scénarios dont les séquences, qui se succèdent tout au long de la journée et de la

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austère, avec ces masses grises architecturales qui se dressaient la nuit sans qu’il soit possible de les distinguer les unes des autres. »

nuit, utilisent ces visages et graphismes en fondu enchaîné. Le cheminement piéton a quant à lui bénéficié d’un éclairage indirect et d’accentuation. Ainsi, la « dentelle » métallique du plafond central est éclairée par des réglettes LED d’une température de couleur chaude (3 000 K), disposées au-dessus des découpes en tôle perforée. La conceptrice a choisi de théâtraliser le cheminement piéton à proprement parler en installant au plafond des projecteurs LED à faisceau serré en 3 000 K qui ponctuent et animent le sol de taches de lumière. L’éclairage des deux chaussées de part et d’autre de la circulation piétonne devait être canalisé afin d’éviter des fuites de la lumière projetée : il a été réalisé à l’aide de luminaires LED de 4 000 K qui procurent une lumière douce et confortable. n Isabelle Arnaud LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018 - 21


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Lumières Projets

Maître d’ouvrage Intermarché, Saint-Cyprien (Loire) Installateur HDP Bâtiment Solution d’éclairage Sermes Lamdalux

INTERMARCHÉ DE SAINT-CYPRIEN (42) : LUMIÈRES À TOUS LES RAYONS Dans le cadre d’un changement de direction, l’Intermarché de Saint-Cyprien a subi une complète rénovation, un « remodeling ». Tout le supermarché a été refait et le mobilier changé. L’éclairage constituait un enjeu important, tant pour la consommation d’énergie que le confort des clients. L’installateur HDP Bâtiment a fait appel aux solutions d’éclairage de Sermes Lamdalux.

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L’ 22 - LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018

Intermarché de Saint-Cyprien, situé à l’entrée sud-ouest de la ville, couvre une surface totale de 2 500 m². À son arrivée en 2017, Patrice Guillemaut reprend la direction du supermarché et décide d’emblée de rénover complètement le magasin. En effet, celui-ci commence à montrer un peu partout des traces d’usure et de vétusté, tant en ce qui concerne

l’architecture du bâtiment que son agencement. Seule solution aux yeux du responsable : procéder à la rénovation complète du bâtiment, ce qui implique nécessairement de changer le mobilier et par conséquent l’éclairage. « Lorsque je suis arrivé début 2017, raconte Patrice Guillemaut, le magasin était vraiment sombre : non seulement le manque de lumière gênait considérablement la


Lumières Projets

L’enjeu de l’éclairage Pour le maître d’ouvrage, la question de l’éclairage est essentielle que ce soit pour le confort des clients comme pour le développement du magasin. De plus, le directeur connaît les avantages que représente la technologie LED en termes d’économie d’énergie et de mise en valeur des produits. Il souhaite vivement remplacer les appareils existants obsolètes par des luminaires efficaces de dernière génération. « J’avais une idée de ce que je voulais, notamment un éclairage en quadrillage et non une disposition en lignes parallèles qui sillonnent la zone de vente, comme ce qui existait. Des collègues m’avaient expliqué que ce système

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lecture des prix et des étiquettes des produits disposés dans les rayons, mais en plus il pouvait représenter un danger potentiel pour les clients qui se déplaçaient dans les allées obscures. D’ailleurs, ils s’en plaignaient souvent, il devenait vraiment urgent d’intervenir. »

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Lumières Projets

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évitait les zones d’ombre qui nuisent à la perception des produits. » Rappelons que dans un supermarché, les produits peuvent être disposés sur des étagères, dans des meubles réfrigérés, en tête de gondole, etc. La façon d’éclairer va différer selon leur présentation (sur des rayons, dans des meubles réfrigérés, sur un étal, etc.) et selon leur aspect : viandes, poissons, viennoiseries, fruits et légumes, textiles, produits d’hygiène ne se mettent pas forcément en valeur de la même façon.

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Combiner économies d’énergie et ambiances confortables Il s’agissait donc de fournir une certaine uniformité associée à un éclairage d’accentuation, le tout offrant une modularité essentielle pour s’adapter à d’éventuels changements d’agencement. « Nous avons donc travaillé en étroite collaboration avec l’installateur », explique Lionel Plard, technicocommercial chez Lamdalux. Mais le premier maillage, carré, n’est pas convaincant : les niveaux d’éclairement se révèlent trop élevés et le budget trop important. « Finalement, la structure GWAS Miniled installée présente des dimensions de 3,44 m sur 6,88 m et délivre 15 700 lm pour 4 000 K, ajoute Lionel Plard. Pour créer des contrastes et mettre en valeur les produits frais, nous avons opté pour notre gamme de

suspensions Ketal qui fournit 2 000 lm, avec une teinte spécifique pour faire ressortir le rouge de la viande, et plus froide pour les poissons, et associée à un traitement spécial du spectre lumineux. » Des projecteurs Panach doubles orientables pour rail 3 allumages ont par ailleurs été choisis pour l’éclairage des fruits et légumes et le rayon viennoiserie. De nombreuses zones de circulation, en périphérie du supermarché, sont mises en valeur par des suspensions circulaires Leno, en deux dimensions, 600 mm ou 900 mm de diamètre, et disposées en « grappes » dans les galeries à différentes hauteurs. « Nous avons veillé également, précise Lionel Plard, à procurer un éclairage confortable et suffisant au-dessus des caisses, notamment en encastrant des downlights LED Dracar en 4 000 K. » Enfin, les zones d’accès ont été éclairées à l’aide de projecteurs Quark disposés à 9 m de hauteur. S’il est difficile de chiffrer exactement les économies d’énergie réalisées du fait que tous les meubles réfrigérés sont désormais éclairés, Patrice Guillemaut estime que « les consommations liées à l’éclairage ont dû baisser d’environ 25 %, avec une nette amélioration de la qualité de l’éclairage, appréciée autant par les employés du supermarché que par les clients ». Isabelle Arnaud


© AREP. Photographe Didier Boy de la Tour.

Lumières Dossier

Éclairage des gares Dossier réalisé par Isabelle Arnaud

Gare de Bordeaux Saint-Jean, hall 1 (juin 2017) Architectes : Jean-Marie Duthilleul, François Bonnefille, Étienne Tricaud LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018 - 25


Lumières Dossier

Antoine CATHELOT, architecte d’intérieur, AREP Isabelle LE SAUX, directrice du design, AREP

© AREP

Séquençage et sensorialité

En quoi la lumière est-elle interdisciplinaire ? Isabelle Le Saux – Notre ADN nous permet de porter des regards croisés sur la lumière pour exprimer les intentions, les problématiques d’usage, les mises en valeur d’un lieu et l’amélioration de son usage. Travailler sur l’éclairage est un dialogue permanent entre des éclairagistes experts et des intentions globales qui apporte une dimension riche et sensible au projet. Dans le cadre de notre collaboration avec des personnes handicapées, j’ai été amenée à échanger un jour avec quelqu’un d’aveugle. Cette expérience m’a permis d’ouvrir le champ de la sensorialité afin de faire mieux comprendre certains choix ; par exemple, j’ai fait installer des « boîtes à lumière » avec des températures de couleur de 3 000 K et 4 000 K pour jouer sur différentes nuances et montrer aux exploitants et maîtres d’ouvrage cette sensibilité. Car au-delà de sa fonction de base, à savoir orienter, diriger, informer, assurer la sécurité des déplacements, la lumière doit rendre le lieu agréable et attractif via un séquençage dynamique. Vous créez donc une sorte de parcours lumière ? Isabelle Le Saux – Oui, mais pas seulement, car de nombreux projets concernent des installations existantes et la lumière dans ce cas met en valeur l’architecture du bâtiment. Au début de l’activité d’AREP, il y a une vingtaine d’années, l’éclairage était homogène,

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AREP, filiale de la SNCF, est une agence internationale et interdisciplinaire qui compte environ 1 000 collaborateurs, réunit les compétences de six métiers : architecture, urbanisme, design, ingénierie, conduite d’opération et la programmation, avec en filigrane la question de la lumière dans toutes ces spécialités. Des gares aux parvis, en passant par les quartiers, jusqu’à la ville et aux territoires, l’agence travaille sur toutes les échelles de projet et dans des univers très diversifiés. très plat, avec une uniformité d’éclairements dans tous les espaces. Seules comptaient l’efficacité et l’uniformité. Séquencer le parcours par l’architecture et par la lumière reste essentiel aujourd’hui. Ce temps de mobilité dans les gares n’est plus un moment entre parenthèses. Petit à petit, le regard a changé et l’idée de qualité de ce moment est revenue. La lumière permet de donner des dimensions, des volumes et des usages différents à ces espaces que le voyageur s’approprie de plus en plus en demandant davantage de confort, ce qui nous a conduits à requalifier la lumière dans les gares. Peut-on parler d’une charte lumière ? Antoine Cathelot – Nous avons défini une charte, mais elle n’a pas pour vocation de se substituer au projet de chaque gare. Je parlerais plutôt d’un guide, avec des grands principes à mettre en œuvre pour des questions d’économies, de rationalité, voire de maintenance, et également de cohérence. Tout simplement aussi pour des questions pratiques : la charte est mise à jour et permet notamment d’éviter de rechercher à chaque fois les normes ou la réglementation en vigueur. De plus, elle offre l’opportunité de partager nos convictions sur le parcours des voyageurs et de tirer les bonnes pratiques des expériences passées, mais j’insiste sur le fait que chaque projet doit comprendre sa propre étude d’éclairage.

Comment, alors, réinventer la lumière pour chaque gare ? Antoine Cathelot – La technologie des LED et la miniaturisation des appareils ont ouvert bien des perspectives en nous offrant une plus grande liberté de conception. Comme les consommations sont bien moindres, il devient possible d’éclairer un bâtiment entier sans dépenser beaucoup d’énergie. En parallèle, les gares sont devenues de véritables lieux de vie qu’on s’attache à rendre plus agréables et confortables. Elles constituent aussi un patrimoine bâti que l’on peut mettre en valeur avec des luminaires discrets qui ne dénaturent pas la vision d’ensemble de l’architecture, et faire appel à des automatismes pour obtenir des nuances de blanc ou des changements de couleur, et ce, avec des sources pérennes. Isabelle Le Saux – Réinventer la lumière passe également par la création de designs qui marquent l’identité d’un bâtiment ou qui accompagnent les personnes dans leurs déplacements. Une forme adaptée à une architecture, un luminaire original destiné à une zone de repos participent à l’amélioration de l’espace et du bien-être du voyageur. n

Propos recueillis par Isabelle Arnaud


© RZB

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L’interdisciplinarité de la lumière D’espaces de transition où les moments passés ne laissaient qu’un souvenir furtif, les gares sont devenues de véritables lieux de vie, comme le souligne Isabelle Le Saux, directrice design, AREP, dans l’introduction à ce dossier (voir ci-contre). Plus le train a pris de la vitesse et plus les voyageurs ont pris le temps de se poser dans les halls d’attente, pour se restaurer, lire, patienter en guettant les panneaux d’information. En parallèle, de nouvelles gares émergent pour accueillir les trains LGV tandis que d’autres connaissent une seconde vie, via de grands travaux de rénovation. Dans tous les cas, la lumière se retrouve au premier plan, qu’elle s’intègre dans un plan urbain plus large, qu’elle s’inscrive dans une signature architecturale ou encore qu’elle serve de guide aux voyageurs.

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Le parvis : la vitrine de la gare L’analogie peut paraître tirée par les cheveux mais pas tant que ça lorsque l’on regarde d’un peu près les arguments développés pour expliquer le rôle de l’un et celui de l’autre, en termes d’éclairage. Fanny Soulard, conceptrice lumière, agence Concepto, interviewée dans le cadre des gares du Grand Paris (voir page 35) explique, à propos de la gare d’Antonypôle, que « le parvis prend le rôle d’espace tampon, passant à une forme de neutralité en journée à des ambiances nuancées suivant le parcours des usagers de nuit, afin de respecter les rythmes de chacun des côtés. Les effets lumineux se verront ainsi dans la superposition ou l’écrémage suivant l’itinéraire choisi ; cette dualité faisant directement écho à une des particularités fortes de l’élément céramique de la maille. » Les architectes d’AREP ont porté la même attention au parvis situé devant le hall 3 de la gare de Bordeaux Saint-Jean, côté quartier Belcier. « De part et d’autre du parvis, un dialogue s'établit entre les vieilles pierres : blondes d’Aquitaine des maisons de la rue des Terres de Borde et les fines horizontales de béton clair de la nouvelle gare. Véritable vitrine de la gare, le hall 3 crée un espace de vie, lumineux et accueillant, dans lequel voyageurs et habitants du quartier sont appelés à se croiser. » • • • Suite p. 30

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© Citylone

n aurait pu faire commencer l’histoire à la descente du train, lorsqu’on a hâte de laisser derrière nous les quais, la foule et de voyageur redevenir habitant ou visiteur. En fait, non, le voyage débute avant même d’arriver à la gare, lorsque l’on devine les lettres familières « SNCF » et de nuit, les premières lueurs du parvis qui les précèdent. On comprend vite les enjeux en place dès les premiers mots de présentation de l’agence AREP : « Créé en 1997 au sein du groupe SNCF par Jean-Marie Duthilleul et Étienne Tricaud, architectes et ingénieurs, le groupe AREP conçoit les espaces fréquentés par les foules à toutes les échelles, du grand territoire métropolitain à celle du mobilier public, du bâtiment à celle du quartier de ville. » Étienne Tricaud, co-fondateur du groupe AREP, va plus loin encore : « En affirmant la primauté de l’espace public comme élément de cohérence et de cohésion de la ville, en réconciliant mobilité et urbanité, en articulant nature et cadre bâti, AREP contribue à transformer l’usage et l’image des villes. » La problématique est posée, c’est bien au centre de la ville, ou du moins d’un contexte urbain, que la gare émerge, à la frontière du commerce et du lieu de vie. Par conséquent, c’est bien dès le parvis que la lumière s’exprime.

Gare de Monaco : une gestion de l'éclairage signée Citylone Maître d’ouvrage : SNCF Architecte : AREP Matériel d’éclairage : Éclatec Gestion de l’éclairage : Citylone

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a gare de Monaco accueille près de 7 millions de voyageurs chaque année et 100 trains quotidiens. Pour améliorer l’accueil du public et garantir l’exploitation pérenne et le bon fonctionnement de la gare, une grande rénovation de l’éclairage a été réalisée en 2018. Toutes les sources lumineuses ont été remplacées par des luminaires LED, contrôlés pour permettre une modification de l’éclairage en fonction du passage des trains, mais également selon la hauteur des luminaires, pour éviter l’éblouissement des conducteurs. L’installation comporte 6 contrôleurs de segment installés dans les armoires, qui pilotent pas moins

de 600 contrôleurs d’éclairage au point lumineux Citylone, SL21-EDA-ECS-M-T. Ces contrôleurs Citylone permettent de gérer la gradation de chaque point lumineux, et de connaître l’état de fonctionnement de chaque luminaire. Le point fort de cette installation ? La gestion de l’éclairage a été totalement intégrée à la gestion technique du bâtiment (GTB) existante, et offre à l’exploitant la possibilité d’avoir une seule et même interface pour gérer à la fois le bâtiment et l’éclairage. L’installation est aujourd’hui complètement opérationnelle, les contrôleurs Citylone sont gérés directement depuis la GTB. L’intégration, réalisée par la société ASI, facilite l’utilisation et permet de régler précisément le paramétrage depuis la GTB pour obtenir un résultat le plus satisfaisant possible.


© AREP. Photographe Didier Boy de la Tour

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Gare de Bordeaux Saint-Jean, secteur Belcier - La façade du parking P3 et le parvis de nuit (juin 2017).

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a Gare de Bordeaux Saint-Jean présente désormais deux visages radicalement différents, selon que l’on y accède par son entrée historique ou par le hall 3 édifié pour l’arrivée de la LGV. L’a ncienne gare, édifice imposant, perpendiculaire à la Garonne, est dotée d’une façade classique due à l’architecte Marius Toudoire (18521922) et coiffée d’une immense verrière, aujourd’hui rénovée, qui est la plus grande de France. Les halls 1 et 2 totalement réaménagés offrent fluidité et confort aux espaces. Afin d’apporter plus de transparence et de convivialité, l’éclairage, l’organisation des espaces et les matériaux ont été soigneusement pensés : banquettes confortables sur parquet de bois, garde-corps et parois des commerces vitrés dans le hall 1. L’identité de la gare inspirée de la région bordelaise redonne du lien entre tous les espaces (hall 1, 2 et nouvel accès hall 3). Les circulations entre les différents halls deviennent de réelles transitions. Les nouveaux espaces d’attente ponctuent l’ensemble des halls et proposent aux voyageurs des assises confortables, tandis qu’un espace de jeux pour les enfants et une répartition des informations permettent d’attendre son train en toute tranquillité.

Hall 1, le nouvel éclairage met en valeur les verrières et la carte historiques. Une horloge monumentale (voir photo p. 25) dotée d’un éclairage circadien (la température de couleur de la lumière évolue lentement en fonction de la lumière du jour) vient compléter l’ensemble. Hall 2, la pose d’un parquet à bâton rompu dans la continuité du salon, ainsi que la refonte complète de l’éclairage par des gorges lumineuses, la suppression de poteaux masquant l’accès au niveau inférieur, offrent une meilleure lecture de l’espace. Dans les espaces d’attente, un éclairage doux et chaud apporte une ambiance plus intimiste, créant des bulles de calme à proximité directe des flux de voyageurs. Enfin, la lumière anime et sensibilise des espaces moins évidents comme les souterrains, couloirs de transition entre deux halls. La lumière souligne les aménagements et redonne à lire les espaces. L’ensemble du projet a nécessité la pose de 38 projecteurs à LED d’une durée de vie de 50 000 heures, 180 m linéaire de LED de couleur chaude de 3 000 K, 114 appareils à LED. Le hall 3, côté quartier Belcier, présente de vastes espaces, clairs et aérés. Le parking en gradins, élément le plus élevé du projet, est situé en retrait par rapport à la rue afin de créer un parvis dans le prolongement du mail arboré. Véritable vitrine de la gare, le hall 3 crée un espace de vie, lumineux et accueillant, dans lequel voyageurs et habitants du quartier sont appelés à se croiser. L’éclairage intérieur a été réalisé entièrement en LED à l’aide d’encastrés dans les plafonds suspendus et de projecteurs disposés sur les colonnes du hall et orientés vers les zones de repos.

Le passage reliant le hall 1 et le hall 2, la façade en chêne lamellé collé ignifugée et en tôle laquée rouge (juin 2017).

© AREP. Photographe Didier Boy de la Tour

Maîtrise d’ouvrage : SNCF Gares & Connexions Maîtrise d’œuvre : SNCF Gares & Connexions, Agence Duthilleul, AREP Architectes : Jean-Marie Duthilleul, Étienne Tricaud, François Bonnefille Matériels d’éclairage : Artemide, Erco, iGuzzini, Thorn, Zumtobel

© AREP. Photographe Didier Boy de la Tour

Réaménagement et extension de la gare Bordeaux Saint-Jean

Gare de Bordeaux Saint-Jean, hall 1 - KIT « espace enfant » et l’espace d’attente connecté (juin 2017). LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018 - 29


• • • suite de la p. 28 L’implantation du bâtiment ainsi que son architecture ont permis la création d’un nouvel espace public généreux et largement arboré, à la fois pour les usagers de la gare et du parking et les habitants du quartier Belcier. Les commerces disposent tous d’une vitrine extérieure en regard de la rue de Terres de Borde sur le parvis Belcier créé par le retrait du parking. C’est donc un véritable plan lumière que les concepteurs définissent pour les abords et le parvis des gares, comme celui imaginé par Fanny Soulard pour la gare de Massy-Opéra. « En lien avec les niveaux de luminance et l’ambiance lumineuse générale, le parvis se verra naturellement rattaché à la partie citadine du tissu urbain. De ce fait, il se connectera naturellement aux nombreuses promenades piétonnes plantées à proximité du site. Les touches de lumière colorées au sol marqueront cependant une rupture dans la monotonie de l’éclairage homogène des rues. Grâce à cette scénographie lumineuse, le parvis s’impose également comme un nouvel espace de vie pour les habitants du quartier, prenant allégrement part à l’animation du paysage nocturne de la ville. » Dans le même esprit, les parvis nord et sud de la gare de Lorient privilégient les modes doux, piétons et vélos, et accueillent chacun une aire de dépose-minute, taxis et parkings vélos. La nouvelle gare routière interurbaine, latérale au hall voyageurs, se développe comme un ruban depuis la gare routière existante cours de Chazelles jusqu’à l’auvent du bâtiment voyageurs. La composition lumière, signée de Sara Castagné (LUMINOcité – Concepto) « accompagne de manière bienveillante le projet paysager, commente la conceptrice lumière. Les rues du Triskell et de l’Orientis sont signalées par une colonne lumineuse de 4 m aux lignes géométriques qui affirment la dimension piétonne et le caractère apaisé du parvis. Cette colonne se décline en un mât voirie mixte 6/7 m sur le Boulevard Cosmao. » La place centrale est scénographiée par la lumière. Trois grands mâts aiguille l’affirment comme un espace scénique dédié au piéton et permettent l’accroche de projecteurs d’éclairage public qui assurent un fond lumineux doux et confortable ainsi que de projecteurs gobos qui permettent de dialoguer avec les effets de calepinage au sol. Des encastrés de sol pour l’éclairage des arbres, ainsi que des rubans LED encastrés qui soulignent les bancs, viennent compléter l’atmosphère poétique de l’espace central. • • • Suite p. 32

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© AREP. Photographe Didier Boy de la Tour.

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PEM de Lorient Bretagne Sud, le hall de nuit (mai 2017) Architectes : Jean-Marie Duthilleul, François Bonnefille, Étienne Tricaud, Olivier Boissonnet

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PEM de Lorient Bretagne Sud, le hall (mai 2017). Architectes : Jean-Marie Duthilleul, François Bonnefille, Étienne Tricaud, Olivier Boissonnet

© AREP. Photographe Didier Boy de la Tour

• • • suite de la p. 30 L’outil lumière La technicité, ou plutôt la technologie, est disponible pour répondre aux exigences règlementaires et normatives qui s’imposent dans ces lieux où la sécurité est une composante primordiale de l’aménagement intérieur. Rappelons à ce propos que la norme EN 12464 recommande des niveaux d’éclairement de 50 lux sur les quais, 200 lux dans les salles d’attente et les halls et 300 lux aux guichets de vente des billets. Une fois que l’on s’est affranchi de ces contraintes, rien n’est plus facile que d’utiliser la lumière comme un outil de gestion des flux mais aussi de création d’ambiances. « Grâce à la lumière, il devient possible d’optimiser les surfaces et les volumes, voire de créer des espaces virtuelles par le jeu des contrastes, des densités ou de l’orientation des faisceaux. Les effets lumineux deviennent vecteurs de messages et permettent de scénographier le parcours du voyageur et d’attirer son attention », commente Isabelle Le Saux, directrice du design, AREP. L’éclairage participe également à la fluidifier les flux : par exemple, on incitera les voyageurs à emprunter telle circulation en augmentant l’intensité sur un passage. La lumière se met en mouvement, comme les usagers qu’elle éclaire, pilotée par des systèmes de gradation qui font varier l’intensité ou la température de couleur par l’intermédiaire de capteurs de présence ou de lumière du jour, dispositifs principalement mis en place dans les petites gares comme celle de Lorient. Sa structure évoque la coque d’un bateau avec sa charpente en bois de Douglas ancrée sur un ensemble de planchers-poteaux-poutres en béton qui concentrent l’ensemble des efforts de stabilité. La structure principale est constituée d’une série de 23 portiques en bois de Douglas lamellé-collé de 12 à 19 m de portée et 13 m de haut, dont les efforts de contreventement sont transmis de bout en bout sur les 113 m de long de la halle par le plan de toiture également en bois et métal. La façade nord, entièrement transparente sur les quais, et la façade sud du hall, sont ainsi dégagées de toute triangulation. « Compte tenu de l’environnement maritime, on a choisi des appareils étanches à l’extérieur de la gare en encastrés de sol, explique Antoine Cathelot, architecte d’intérieur, AREP. À l’intérieur, des downlights disparaissent dans le plafond de bois et procurent un éclairage général doux et confortable sans casser les hauts volumes du hall, asservi à la lumière du jour. » • • • Suite p. 34

© AREP. Photographe Didier Boy de la Tour

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PEM de Lorient Bretagne Sud, l'espace d'attente de nuit (mai 2017). Architectes : Jean-Marie Duthilleul, François Bonnefille, Étienne Tricaud, Olivier Boissonnet


© iGuzzini. Photographe Paolo Carlini

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Gare de Turin Porta Nuova par iGuzzini

© iGuzzini. Photographe Paolo Carlini

Maître d’ouvrage : Grandi Stazioni SpA Architecte : Marco Tamino Conception lumière : Citelum

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a gare de Turin Porta Nuova date de 1861, année du début des travaux dirigés par l’ingénieur Alessandro Mazzucchetti. Le projet alliait rigueur fonctionnelle et monumentalité pour respecter les caractéristiques des autres bâtiments de la place Carlo-Felice. Aujourd’hui, Turin Porta Nuova, troisième gare italienne, occupe une position stratégique dans le tissu urbain ; elle fait partie du projet « Grandi Stazioni » (Grandes Gares) qui s’est achevé en 2016 avec le nouvel éclairage. L’architecte Marco Tamino prévoyait de gros travaux de restauration des espaces existants pour mettre en valeur les sols, les vitrages, les enduits et les particularités d’architecture. Les surfaces destinées aux services de voyage, à la restauration, aux shopping et loisirs ont été considérablement étendues. Les parcours piétonniers, les parkings, les lieux d’arrêt des transports en commun qui affluent ici ont été totalement repensés pour rationaliser tout le système des trajets. Le porche sur la via Sacchi a été libéré de la présence des voitures et, avec l’installation de parois vitrées transparentes, il est devenu un lieu de grand intérêt architectural ouvert aux voyageurs et aux citadins. Le nouvel éclairage des façades, œuvre de Grandi Stazioni, souligne l’aspect monumental du bâtiment, fait ressortir les détails et éléments forts de la construction, qui rappellent la beauté diurne de la gare. Les lignes horizontales de la façade sont marquées par des Underscore InOut et par des Linealuce Compact, tandis que

certains éléments comme les médaillons le long de la balustrade au sommet de l’édifice et les coquilles à la hauteur du grand lanterneau central sont éclairés par des Trick et des Glimcube. Une attention particulière a été accordée à l’éclairage du porche, qui reprend le rouge de la façade et alterne des zones à plafond plat à d’autres avec coupoles, dont la profondeur est mise en évidence par des Underscore InOut et par des projecteurs iPro. Les arcades du porche sont soulignées par des faisceaux de lumière de Linealuce Compact installés au-dessus du chapiteau des piliers quadrangulaires. Un système de gestion permet de créer des scénarios colorés, mais réservés cependant à certaines occasions comme la Fête de la République, avec émission de blanc, rouge et vert, ou la fête de saint Jean-Baptiste, patron de la ville. Le concept d’éclairage a par ailleurs dû tenir compte des normes en vigueur en matière de réduction de la pollution lumineuse, en recourant à des optiques d’une grande précision pour concentrer la lumière sur les objets à éclairer, en évitant ainsi toute dispersion dans des directions indésirables. L’autre aspect à prendre en compte était lié à l’économie d’énergie, garantie par l’utilisation d’appareils à LED avec drivers DALI, et favorisée par le système de commande KNX, qui, utilisé de façon optimale, a fait en sorte que cette intervention obtienne une mention spéciale dans le cadre du prix KNX 2016 Italie (6e édition).

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La gare de São Bento à Porto est l’une des gares les plus fréquentées du nord du Portugal. Elle accueille environ 1 million de passagers par mois. En 2017, n&m Lighting Design Studio s'est vu confier la mise en œuvre d'un nouveau système d'éclairage à haute efficacité énergétique avec pour but d’améliorer l'éclairage pour une meilleure expérience des passagers et de mettre en valeur le patrimoine historique de cette gare emblématique. Ce projet d’éclairage nécessitait une solution associant qualité technique et conception esthétique, tout en offrant une solution d’éclairage abordable, économe en énergie et majestueuse. Les luminaires Comatelec Schréder ont atteint tous ces objectifs. En effet, la consommation d’énergie - et les émissions de CO2 qui y sont liées - des quais et du hall d’entrée a été réduite d’environ 75 %.

© Comatelec Schréder

Les quais : pour une sécurité améliorée Les luminaires Neos et Dexo ont été choisis pour éclairer les quais. Suspendu à l’axe central du toit, Dexo éclaire les quais, augmentant la luminosité et la visibilité pour que les passagers et le personnel ferroviaire puissent monter et descendre des trains dans les meilleures conditions de sécurité et de confort. À la gare de Brétigny, l’enjeu était d’importance lors de la rénovation de la gare après l’accident survenu en 2013 : l’étude éclairage devait à la fois assurer une ambiance lumineuse confortable, garantir une bonne perception, tant pour les conducteurs de train que pour les passagers et avec un impact environnemental limité. Les luminaires Sammode qui ont été choisis offraient une bonne résistance aux fluctuations climatiques, une haute efficacité lumineuse, une baisse des consommations d’énergie. Sur les quais, les luminaires devaient fonctionner par tous les temps sans être altérés ni par les excès de chaleur, ni par des températures basses. La vasque composite anti-jaunissement protège les luminaires du rayonnement solaire : constituée d’un corps en polycarbonate, elle comprend une couche de méthacrylate déposée en coextrusion, qui joue un rôle de barrière de protection contre les rayons UV. Les luminaires sont conçus pour résister à des chocs d’indice IK10. Leur étanchéité (IP68) garantit le maintien de leurs performances tout au long de leur durée de vie et leur permet de résister au nettoyage au jet à haute pression (IP69K). Autant de paramètres qui leur confèrent un caractère antivandalisme approprié à leur lieu d’installation. n

Maître d’ouvrage : SNCF Architecte : AREP, SNCF Gares et Connexions Le luminaire Turner 70 de Sammode a été spécifiquement adapté à la gare de Brétigny afin de fournir 100 lux moyens avec une uniformité de 0,5. Il présente un flux lumineux de 3 200 lm avec une température de couleur de 3 000 K. Les modèles les plus grands, 1 840 mm, ont été placés sur les quais, tandis que ceux de taille moyenne 1 560 mm (2 700 lm) et plus petite, 1 275 mm, étaient positionnés dans les trémies d’escaliers.

© Sammode. Photographe Xavier Boymond

• • • suite de la p. 32 Nombreuses sont les gares dont le patrimoine architectural doit être préservé à tout prix, même et surtout lors de rénovation. C’est le cas de la gare de São Bento à Porto, mise en service en 1896 (architecte José Marques da Silva), réputée pour son hall d’entrée spectaculaire avec ses murs recouverts de 20 000 splendides carreaux de céramique émaillés qui retracent l’histoire du Portugal. La gare est gérée par Infraestruturas de Portugal (IP) qui a restauré les carreaux en 2011 pour préserver la beauté de ce monument national classé. Les projecteurs Neos illuminent la magnifique verrière avec ses piliers métalliques et sa coupole en verre pour mettre en valeur l’architecture de la gare.

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Deux gares du Grand Paris par Concepto Dans le cadre du Grand Paris, Concepto s’est vu confier la mise en lumière de sept gares (voir Lumières N° 20, p. 47), dont celles d’Antonypôle et Massy-Opéra (architecte : Ateliers 2/3/4), avec Fanny Soulard, conceptrice lumière et chef de projet. La gare d’Antonypôle s’insère dans le périmètre du projet d’aménagement « Inventons la Métropole », futur pôle de croissance à la programmation mixte et qualitative d’espaces résidentiels, de commerces et d’entreprises de la pointe sud de la ville. La gare forme un nœud de connexion entre l’îlot Gare, à vocation majoritairement résidentielle, et l’îlot Sud, à vocation métropolitaine. Cette bipolarité se retrouve dans les ambiances lumineuses chaleureuses, en harmonie avec l’aménagement paysager. En soirée, l’éclairage résiduel intérieur agrémente par effet de contraste une nouvelle perception des activités de la gare. L’apport principal de lumière naturelle dans le hall provient de la verrière, tandis qu’aux niveaux inférieurs, des parois vitrées latérales prennent le relais. L’ensemble des circulations horizontales ainsi que les espaces d’accueil et d’information bénéficient d’un éclairage artificiel pour compléter les flux de lumière naturelle lorsque c’est nécessaire, et adoucir les ombres portées, tout en signifiant l’emplacement d’un espace important.

© Concepto

Schéma de principe d’éclairage, gare Massy-Opéra.

© Architectes : 2/3/4.

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Gare du Grand Paris Antonypôle. Architectes : Ateliers 2/3/4. Conception lumière : Concepto.

Les volumes en porte-à-faux du premier étage intègrent une ligne lumineuse qui accompagne les voyageurs jusqu’au puits de descente, alors qu’un éclairage ponctuel offre un éveil lumineux sur les espaces de services, d’accueil, ainsi que la ligne de contrôle. « Chaque gare est identifiée par un matériau propre, ici, la terre cuite, explique Fanny Soulard. Ainsi, le concept d’éclairage prolonge le geste architectural et notamment la dynamique du module de la maille en terre cuite, qui devient l’élément guide du voyageur tout au long de son parcours, induisant une déclinaison d’effets lumineux qui s’adaptent en fonction de la progression au cœur de la gare. La lumière est soit projetée, soit indirecte ou encore insérée dans le parement de la façade. Les scénarios lumineux placent la terre cuite comme élément éclairé et éclairant, passif en journée et au rez-de-chaussée, actif en soirée et aux niveaux inférieurs. » Ainsi, un rétroéclairage de la terre cuite, depuis les volumes hauts de la gare, crée des projections au sol et anime le parvis par un jeu d’ombres colorées, alors qu’un éclairage indirect dans le hall principal révèle les sous-faces de la maille.

À l’intérieur, des dalles lumineuses intégrées au calepinage de la maille (reprenant l’exacte dimension d’un module) accompagnent le voyageur jusqu’aux quais, où le même système sera intégré aux parois intermédiaires et fond de quai. « L’ensemble de ces dispositifs, associé à l’apport de lumière naturelle, assure les niveaux d’éclairement nécessaires et interagit avec l’intensité de la lumière de la ville en modulant la puissance des luminaires », précise Fanny Soulard. Le projet prévoit d’intégrer un système de gestion qui pilote automatiquement l’installation, entre autres les variations de température de couleur. « Par exemple, poursuit Fanny Soulard, en cohérence avec les caractéristiques de la céramique, l’alternance entre des teintes blanches aux reflets colorés pâles et des nuances ocre prendra place dans les espaces animés, suivant des scénarios diurnes et nocturnes bien précis. » Ainsi, les variations de blancs seront privilégiées pendant la journée tandis que les nuances ocre seront plutôt présentes la nuit, mettant en valeur par un ton abricot les sousfaces de la maille.

La gare de Massy-Opéra, dans le respect de la charte lumière (développée par Coup d’Éclat pour le Grand Paris), asservit l’éclairage artificiel à la lumière naturelle. Les deux principaux matériaux mis en œuvre dans la gare sont les plaques de teinte cuivrée et la pierre bleue. Les plaques métalliques sont mises en valeur avec douceur par une lumière naturelle douchante et enveloppante, afin de ne pas dénaturer la richesse de leurs nuances. Un éclairage artificiel diffusant et rasant prend le relais en soirée et souligne les lignes esthétiques de ce même matériau. Dans la descente vers les quais, cette coulée cuivrée révèle peu à peu des ouïes, sorte d’incisures dans la peau intérieure lisse, ouvrant des modelés aux parois verticales et enrichissant les jeux d’irisations et de reflets. Ces ouïes passent d’éléments éclairés à des éléments éclairants en intégrant des strips LED qui viennent s’animer sur un jeu de variations coordonné avec un rythme propre à l’activité de la gare, celui de la densité des trains. LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018 - 35


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Enquête produits

Des luminaires multiapplications Cette enquête présente habituellement une typologie de produits relativement homogène et qui évoque le sujet au premier coup d’œil. Il n’en est rien ici, car les appareils s’installent aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur, pour révéler des détails architecturaux ou pour assurer la sécurité des voyageurs ; en encastrés, en appliques, en saillie, en suspensions ou encore sur mâts, les luminaires offrent un large choix de formes et de designs encadrés par des performances élevées.

Mirona Fit de Trilux Grâce à son excellente efficacité énergétique pouvant atteindre 150 lm/W et à des flux de 13 000 lm, 26 000 lm et 52 000 lm diminuant le nombre de points lumineux, cette armature industrielle facilite la mise en œuvre de projets importants. Un luminaire 52 000 lm remplace ainsi avantageusement deux luminaires de 26 000 lm. Dans sa version équipée de capteurs, Mirona Fit LED offre aux bureaux d’études des possibilités supplémentaires pour améliorer l’efficacité d’une installation d’éclairage. Les capteurs détectent une présence éventuelle et le système de gestion d’éclairage LiveLink adapte l’éclairage en fonction des besoins. www.trilux.com/fr High Bay de Ledvance Ces luminaires LED remplacent les appareils équipés de lampes HQI de 250 W/400 W et permettent des économies d’énergie allant jusqu’à 60 % par rapport aux technologies d’éclairage traditionnelles. Ils sont dotés d’un design compact et exclusif et sont optimisés en termes de poids et de taille. Ils proposent différents flux lumineux et un angle de faisceau pour des hauteurs de montage de 6 à 14 m. Les étriers et crochets de montage sont inclus. Luminaires précâblés avec un câble de 1 500 mm. Les High Bay LED ont un corps en aluminium et un diffuseur en plastique robuste (PC). Ils sont garantis cinq ans. www.ledvance.fr

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Ralite Highbay II de RZB Cette suspension comprend une armature en aluminium avec un refroidisseur spécial en profilé d’aluminium noir anodisé, doté d’ailettes de refroidissement définies pour une dissipation de chaleur optimale. Le montage du boîtier peut s’effectuer à l’horizontale également pour réduire la hauteur totale. Le verre de sécurité antireflet (ESG) est inclus. Ce luminaire présente un flux de 37 000 lm et une température de couleur de 4 000 K ; il est gradable DALI de 10 à 100 %. IP66. www.rzb.de/fr

Neos LED de Comatelec Schréder Robuste et fiable, cette gamme constitue une solution performante pour l’éclairage efficace et dynamique : elle comprend un moteur photométrique LensoFlex®2 adapté à de nombreuses applications, avec inclinaison réglable sur site. Ce luminaire a été conçu pour intégrer les solutions de contrôle de la gamme Owlet (PIR, cellules photoélectriques), réseaux autonomes et interopérables. Elle regroupe une famille dédiée de consoles et poteaux et est protégée contre les surtensions jusqu’à 10 kV. La gamme offre un large éventail de flux lumineux avec une efficacité qui peut aller jusqu’à 111 lm/W. www.schreder.com

Linealuce d’iGuzzini Ce système linéaire propose une double version, à projection et distribution rasante, avec un flux qui s’étend de 1 800 à 4 500 lumens pour les versions spot et de 1 800 à 4 500 lm pour les versions wall-grazing. Le design est épuré, avec embout en verre à ras et de petite dimension. La particularité du Linealuce Mini 47 est d’offrir une riche collection d’accessoires, à installer à l’extérieur et/ou à l'intérieur, pour apporter le confort visuel et adapter la distribution photométrique pour un effet parfait. Des performances exceptionnelles avec la plus totale uniformité et une intensité jusqu’à 8 000 candelas. Il comprend des versions Tunable White, RGB et RGBW, avec un contrôle dynamique des tonalités de lumière. www.iguzzini.com/fr


Lumières Dossier Mariner Etanche à LED intégrée de Tungsram Cette solution à LED à grande efficacité énergétique, intégrée pour des applications d’éclairage de faible hauteur, est idéale pour le remplacement des tubes fluorescents traditionnels et nécessite peu de maintenance. Cet appareil offre aux clients le meilleur d’une performance à valeur ajoutée avec des flux allant de 2 500 lm à 6 200 lm en 4 000 K et 6 500 K. Il se décline en 1 200 mm et 1 500 mm. www.tungsram.com

Feroz de Thorn Lighting Ce luminaire a été créé pour satisfaire aux exigences d’infrastructures de transports publics et d’applications industrielles. Il présente une grande résistance, grâce à l’association de l’IP66 et de l’IK10 avec une très grande plage de température (-40 °C à +50 °C) pour les applications nécessitant des caractéristiques d’humidité et d’impact dans des environnements aux températures extrêmes. Il propose différentes options de fixation : en plafonnier ou suspendu par un câble ou une chaîne et se décline en version gradable pour davantage d’économies d’énergie. Fixation au mur, verticale ou horizontale ou fixation en angle. Installation en extérieur possible. www.thornlighting.fr

Dart Maxi NSP de Targetti Un travail optique sur mesure pour ce projecteur aux formes épurées, sobre mais qui, grâce aux propriétés de son système optique « indirect », offre un excellent confort en canalisant sa lumière dans un faisceau étroit, bien défini et longue portée… Plus de 18 000 cd dans l’axe. Un puissant module COB de toute dernière génération est situé au foyer optique du réflecteur parabolique spéculaire. Placé dos à la vitre munie d’un écran réfracteur PMMA, en direction du réflecteur, il est totalement invisible. Il est disponible en 3 000 K et 4 000 K. www.targetti.com/fr

Xion d’EAS Cette gamme de luminaires possède un très haut rendement avec un flux lumineux jusqu’à 19 200 lm et une efficacité lumineuse de 120 lm/W en 4 000 K (blanc neutre). Disponibles en plusieurs versions (optique asymétrique simple et double inversée), angles de faisceau (15°, 28°, 43° et 80°), puissances (80 W, 160 W) et températures de couleurs (3 200 K, 4 000 K, 5 700 K), ces projecteurs LED possèdent une durée de vie de 120 000 h et un indice de protection IP 65. La gamme peut être équipée en option de capteurs intégrés compatibles avec l’éclairage intelligent de Digital Lumens. www.eas-solutions.fr

Inground de Lumenpulse Cet encastré de sol procure une performance hors du commun, des options de gradation et de contrôle numérique améliorées ; des économies d’énergie et d’entretien (L80 B50 à 25 °C jusqu'à 225 000 h); des flux lumineux jusqu’à 4 929 lm, un rendu de couleurs exceptionnel et une uniformité de la couleur à l’intérieur de deux ellipses de MacAdam. Il peut être incliné sur 15° et tourné sur 360°, sans ouvrir le compartiment optique ni extraire le luminaire de son boîtier. Les composants électroniques ne sont donc jamais sujets aux éléments extérieurs. IK10 et IP68. www.lumenpulse.com/fr

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Lumières Designer

Félicien et Jean-Sébastien Vidé

Sculpter la transparence

Parti de la sculpture en 1987 pour aller à l’éclairage, le savoirfaire de Thierry Vidé s’est transmis à son fils, Jean-Sébastien, aujourd’hui en charge de la conception et de la mise au point des sculptures lumineuses. À la fin des années 1990, le duo père-fils laisse place à un autre duo, composé de Jean-Sébastien et de son frère Félicien, créateur comme lui, mais également responsable de la commercialisation et du marketing. À la suite d’un travail de réappropriation par les deux frères et une transition de la sculpture à l’édition de luminaires, le véritable lancement a lieu en 2007, lors du salon Maison & Objet. Aujourd’hui, Thierry Vidé propose une gamme de sculptures lumineuses, réalisées en inox perforé poli miroir, sa marque de fabrique.

Quelle est votre sensibilité à la lumière ?

Nous avons développé cette sensibilité en travaillant avec notre père sur ses premiers projets de sculptures. Notre préoccupation principale lors de l’implantation de ces œuvres monumentales était l’orientation du soleil, afin de créer le meilleur effet de transparence possible. Et lorsqu’elles étaient éclairées de nuit, elles prenaient une dimension presque magique, comme un diamant. Après une journée difficile, une lumière particulière peut apporter de la chaleur, du rêve et de la magie et influer sur l’humeur. Pour réaliser nos objets lumineux, nous utilisons un matériau particulier, l’inox perforé poli miroir, qui se travaille à contre-jour. Avec l’apport de lumière sur ce matériau, qu’elle soit naturelle ou artificielle, l’objet devient évanescent et semble décomposer la lumière en particules en donnant l’impression que l’on peut le traverser. L’effet rendu ressemble à des jets d’eau où chaque trou est une goutte et son aspect diffère selon l’endroit où l’on se trouve. L’œil peut voyager au cœur de l’objet.

Pouvez-vous nous en dire davantage sur le matériau que vous utilisez ?

Ce matériau est celui utilisé par notre père pour créer ses sculptures monumentales. Nous avons su nous le réapproprier pour l’adapter à la fabrication de luminaires. L’inox poli miroir offre l’avantage de rester stable dans le temps sans se détériorer, mais il ne supporte pas l’imperfection et chaque irrégularité est visible. Nous avons effectué des essais avec quasiment tous les métaux, mais l’effet de l’inox et sa tenue dans le temps ont fini par nous convaincre. L’inox est une matière chaude, qui tire vers le jaune et il présente une rigidité et une solidité très importantes. À l’époque de notre père, les sculptures monumentales étaient éclairées de l’extérieur, comme mises en scène. Notre volonté était d’intégrer des sources lumineuses dans les sculptures, pour les rendre légères et transparentes. La lumière passe dans chaque

petit trou et nous amplifions cet effet de voilage et de transparence en superposant des couches d’inox perforé. Ce procédé permet de créer une forme douce et génère un phénomène de cinétisme, où notre esprit conçoit des formes et des images non achevées. Notre objectif est de faire oublier la matière, qui devient un capteur de lumière.

Pouvez-vous nous expliquer votre démarche en développant la suspension Nuage ?

Nous avons lancé ces suspensions en 2011, avec pour objectif d’arriver à retrouver des formes douces et fluides, qui manquaient à la collection. Il fallait également rendre ces sculptures lumineuses vivantes, en travaillant la symétrie sur certains plans et la dissymétrie sur d’autres. Le but était de rendre la lecture de l’objet claire et d’éviter l’ennui. Nous avons donc assemblé quatre modules identiques que nous avons disposés de façon aléatoire. Mais comme la vocation première de cet objet est d’éclairer, nous avons installé cinq sources, avec une attention particulière portée à l’intégration esthétique des douilles et des câbles. Nous avons donc imaginé un chemin de câble en forme de « s », qui suit le mouvement de l’objet. La suspension Nuage existe en trois tailles et, comme pour l’ensemble de nos luminaires, l’objectif était de créer une sculpture lumineuse, en édition limitée à 50 ou 100 pièces fabriquées en France et pour un prix identique à celui proposé par les éditeurs classiques. Rubrique réalisée par Alexandre Arène

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L’ÉCLAIRAGE

miniature

© Loupi - Photo François Lacour

Lumières Showroom

Rubrique réalisée par Alexandre Arène

L’aventure de Loupi démarre en 1976 quand son fondateur, Fabien Poutignat, remporte la médaille vermeil du concours Lépine pour des bijoux électroniques. La marque est créée trois années plus tard. En 1985, Loupi est délocalisé à Taïwan et fabrique des Pin’s avec des LED, puis des cartes électroniques pilotant des LED d’animation destinées à l’industrie de la publicité sur le lieu de vente (PLV). En 2001, Loupi fait ses premiers pas dans l’éclairage, avec un miroir développé pour Chanel, qui permet de reproduire l’éclairage circadien grâce au premières LED blanches d’éclairage. En 2008, apparaît le premier spot, qui devient également le premier produit à utiliser la LED de puissance pour l’éclairage d’accentuation. En 2014, Loupi relocalise sa production à Pantin, avant de s’installer dans ses locaux actuels, qui accueillent le showroom et l’atelier de fabrication.

« Ces spots sur mât témoignent de notre savoir-faire miniaturiste et s’intègrent aisément dans les vitrines »

© Loupi - Photo François Lacour

Mât micro

Destinés à l’éclairage d’accentuation, notamment pour les vitrines, ces mâts sont équipés d’un projecteur miniature articulé permettant d’éclairer avec une grande précision. Disponibles en cinq températures de couleur (2 700, 3 000, 3 500, 4 000 et 5 000 K), ces luminaires admettent un flux lumineux de 120 à 150 lm et un IRC de 90. Pourvus de LED d’1,5 W, les projecteurs sont orientables à 120° à la verticale et 320° à l’horizontale.

Inserts

Disponibles en carré, rond, orientable ou fixe, cette gamme d’encastrés a été conçue pour l’éclairage de précision des vitrines, des meubles de présentation ou des petits volumes. Les Inserts se déclinent en cinq températures de couleurs (2 700, 3 000, 3 500, 4 000 et 5 000 K) et en cinq coloris en versions standards, les Inserts intègrent une LED de 2,5 W. Ils proposent un IRC de 90 pour un flux lumineux de 200 lm.

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© Loupi - Photo François Lacour

« Ces encastrés au design sobre et compact répondent aux exigences contemporaines de discrétion »


Lumières Showroom

© Loupi - Photo François Lacour

« L’équilibre de ses formes et son encombrement réduit permettent de l’intégrer facilement dans les plafonds » Insert 10 basse luminance

Contrairement aux Inserts précédents, l’Insert 10 basse luminance est destiné à l’éclairage général et offre un flux lumineux 1 000 lm qui répond ainsi à une grande variété d’usages. Il existe en carré, rond, fixe et orientable, quatre températures de couleurs de 2 700 à 4 000 K, et cinq finitions pour les modèles standard.

« Cette gamme de linéaires est destinée à l’éclairage indirect et émet une lumière diffuse et harmonieuse »

© Loupi - Photo François Lacour

© Loupi - Photo Guillaume Herbaut

© Loupi - Photo François Lacour

Allant de l’éclairage général au « cove lighting », cette gamme de linéaires peut, selon les modèles, être intégrée dans les vitrines, les rayonnages, les niches, ou les plafonds. Permettant de remplacer un tube fluorescent avec un encombrement réduit ou de réaliser un éclairage rasant et homogène, les linéaires affichent des températures comprises entre 2 700 et 5 700 K selon les modèles pour des puissances de 20 à 75 W/m. Ces luminaires sont orientables ou non selon les modèles et mesurent entre 7,5 et 220 cm. Cette gamme met à disposition l’ensemble des possibilités offertes par les solutions d’éclairage linéaires, grâce à sa grande diversité.

© Loupi - Photo François Lacour

Linéaires

«  Au sein de notre atelier de fabrication de Pantin, nous produisons 100 % des luminaires Loupi pour le marché mondial »

L’atelier de fabrication

L’atelier de fabrication de Loupi est situé au rez-de-chaussée de son bâtiment de Pantin. Une vingtaine d’employés produisent les différents composants et assemblent les luminaires. Pour la fabrication de chaque appareil, cinq étapes sont nécessaires. Quatre préparateurs se chargent de rassembler les câbles, les fils, les carrosseries et les optiques. Viennent ensuite la phase de prémontage, avec pour objectif de réceptionner les commandes et d’assembler les composants, le câblage, qui consiste à récupérer les pièces prémontées, à effectuer les branchements et à réaliser les phases de test et de contrôle final. Un employé se charge d’emballer les commandes avant expédition. Préalablement à la préparation, deux équipes de deux employés usinent les pièces destinées à être assemblées. Enfin, cinq personnes constituent l’équipe SAV et méthodes, qui traitent les demandes particulières ou urgentes.

Loupi 57/59, rue Denis Papin, 93500 Pantin 01 49 15 99 99 www.loupi.com

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© Targetti. Photographe Carsten Brügmann

Lumières Cahier

BIM ET ÉCLAIRAGE

technique

Maître d’ouvrage : Zeisehof, Hambourg Architecte : Störmer Murphy & Partners Concepteur lumière : Peter Andres Solution éclairage : Targetti

Dossier réalisé par Isabelle Arnaud

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Lumières Cahier

technique

Le BIM, Building Information Modeling ou modélisation des données du bâtiment en français, est en train de révolutionner la conception des bâtiments. Selon le Plan du bâtiment durable, une définition couramment admise du BIM est la suivante : « un outil numérique comprenant à la fois une représentation graphique et une base de données liées au bâtiment ». Le BIM contient deux éléments essentiels : un cœur de données nécessaires au bâtiment, en fonction de l’état d’avancement de sa réalisation et de son exploitation et une représentation graphique du bâtiment qui peut être une représentation 2D ou 3D. Les composants techniques, par exemple les portes, les faux plafonds, les gaines, les installations de chauffage, l’éclairage, sont traités comme des objets auxquels peuvent être associées certaines caractéristiques, la marque, le modèle, la taille, la durée de vie moyenne, les caractéristiques thermiques et énergétiques, leur comportement technique, l’impact environnemental ainsi qu’une représentation. Toujours selon le Plan du bâtiment durable, « le BIM existe depuis plus de vingt ans… sans pour autant avoir décollé à ce jour. Cela peut s’expliquer en grande partie par des contraintes techniques, notamment en termes de stockage des données et de vitesse de transmission de celles‐ci ». Qu’en est-il en éclairage ?

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Lumières Cahier

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flexibles pour pouvoir accepter de nouvelles données au cours de la vie du bâtiment. Maquette numérique ou avatar du bâtiment Pour Olivier Masseron, en charge du dossier BIM pour la FIEEC (Fédération des industries électriques et électroniques et de communication), vice-président de la commission éclairage intérieur au Syndicat de l’éclairage, directeur marketing Legrand France, Normalisation et Partenariats, « le BIM n’est pas un simple outil, mais une méthode collaborative qui réunit différents acteurs pour organiser la vie du chantier, celle du bâtiment autour du numérique avec des représentations 3D des projets. Cette maquette numérique constitue une sorte d’avatar du bâtiment qui va permettre de concevoir le projet, de le matérialiser, de l’exécuter et également de l’exploiter » En effet, cette maquette numérique sert de support physique pour tout ce qui est outil de gestion des bâtiments. Avec ces données à disposition et sans cesse mises à jour en tenant compte de l’évolution du bâtiment, le maître d’ouvrage ou l’exploitant va bénéficier d’une maquette numérique intelligente et donc d’une vraie valeur patrimoniale.

“Le BIM est réalisé à partir de fichiers de type format ouvert (IFC) ou propriétaire.”

© Cosil-Peutz Lighting Design

© Cosil-Peutz Lighting Design

© Cosil-Peutz Lighting Design

e BIM, ou maquette numérique, est réalisé à partir de fichiers que le Plan du bâtiment durable distingue selon deux grands types : les formats dits « open » (dont le format IFC : Industry Foundation Classes standardisé norme ISO 16739) et les formats dits « propriétaires ». L’utilisation d’un format propriétaire implique que les différents acteurs aient tous le même logiciel ou utilisent tous la même famille de logiciels pour pouvoir accéder aux données. En revanche, le format ouvert a vocation à être un format neutre, c’est-à-dire compatible avec l’ensemble des logiciels métiers et donc utilisable par tous. Un certain nombre de programmes comme Revit, Archicad et Navisworks, peuvent ouvrir les fichiers IFC. Concrètement, cela signifie qu’il faut que le cœur de données soit toujours structuré de la même manière afin que la recherche de données puisse se faire automatiquement. Cela permet à chaque métier, ayant accès à sa plateforme adaptée et ergonomique, de disposer aisément des données communes de travail. Le fait de travailler sur une base de logiciels ouverte favorise la concurrence entre les acteurs et répond aux critères de non-discrimination des appels d’offres publics. Par ailleurs, le cœur de données et les logiciels doivent être suffisamment

technique

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Lumières Cahier

technique

Le BIM va au-delà de l’outil informatique, c’est une véritable transformation numérique de la profession de la construction qui touche tous les acteurs – concepteurs, exploitants, maîtres d’ouvrage, industriels – puisque tout le monde va apporter sa pierre à l’édifice avec des plans, des DCE (dossier de consultation des entreprises), des DOE (dossier des ouvrages exécutés) et des objets (produits) afin de les intégrer à la maquette. Cette démarche globale commence avec le maître d’ouvrage qui va définir ses attendus et élaborer un cahier des charges (documents numérisés) ; ensuite, les prescripteurs (architectes et bureaux d’étude), construisent la maquette numérique en 3D en incluant l’ensemble des propriétés des objets. Un processus collaboratif L’éclairage s’inscrit dans ce processus : par exemple, le concepteur lumière dispose de ses outils de calculs d’éclairement qui vont dialoguer avec d’autres équipements, ainsi la simulation des équipements est déterminée rapidement, puis intégrée dans la maquette numérique et ensuite utilisée par toute la

chaîne de mise en œuvre. « L’avantage du BIM, explique Nawel Creach-Dehouche, éclairagiste, Cosil-Peutz Lighting Design, c’est qu’il permet de voir les interactions avec les autres réseaux et de comprendre, grâce à la 3D, tout le projet. De plus, nous pouvons générer des images d’éclairage qui permettent aux architectes de mieux appréhender le rendu lumineux et, de façon générale, cela facilite l’interopérabilité des outils, mais l’architecte garde la main mise sur la maquette numérique globale. » Au départ, il s’agit d’objets génériques, c’est-àdire déconnectés des fabricants (de matériaux ou d’équipements techniques), avec des propriétés qui sont reprises par les entreprises d’installation lorsqu’elles répondent aux appels d’offres. L’installateur récupère les fichiers des produits avec leurs caractéristiques puis les remplace par les fichiers produits des fabricants qu’il aura choisis. « Différents formats correspondent à divers éditeurs de logiciels, détaille Olivier Masseron, par exemple Legrand se sert surtout de Revit de l’éditeur américain Autodesk, qui est l’un des plus utilisés. Legrand réalise des objets BIM mis à disposition sur des portails pour

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© Sylvania

© Sylvania

© Sylvania

“Le BIM est une façon d’aborder l’architecture avec des contraintes mécaniques et physiques qui sont directement intégrées dans le fichier 3D”


Lumières Cahier

« Le BIM permet de voir les interactions avec les autres réseaux et de comprendre tout le projet », explique Nawel Creach-Dehouche, conceptrice lumière, Cosil-Peutz Lighting Design.

© Cosil-Peutz Lighting Design

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© Cosil-Peutz Lighting Design

© Cosil-Peutz Lighting Design

être téléchargés. Ces fichiers comprennent des données environnementales, de dimensions, de performances, qui rendent la maquette intelligente et permettront de positionner un produit dans un environnement et de voir s’il convient ou pas. » Pour Yves Chevrier, gestionnaire Grands Projets, Sylvania, « le BIM est une façon d’aborder l’architecture avec des contraintes mécaniques et physiques qui sont directement intégrées dans le fichier 3D de chaque composant d’architecture. Cela permet d’éditer une sorte de nomenclature par typologie d’objets en 3D, de gagner du temps aux différentes étapes de validation architecturale sur des chiffrages prévisionnels, des coûts d’installation, de procéder à des analyses de conflit, notamment. Imaginons qu’un tuyau entre en conflit avec un mur, le logiciel va le signaler et permettre de modifier la maquette immédiatement. » Sylvania utilise des fichiers RFA qui comprennent la représentation 3D du luminaire avec ses différents composants et sa photométrie  ; il devient alors possible d’intégrer des contraintes architecturales ; par exemple, si on codifie le fichier RFA comme un appareil qui doit s’encastrer dans un plafond, on va pouvoir conditionner une partie du luminaire pour l’encastrer dans le plénum et une partie qui restera en surface. Quand le bureau d’étude intégrera le fichier RFA, le luminaire va automatiquement creuser le trou dans le plafond adapté à son positionnement. Cela permet ensuite dans la nomenclature des installateurs et des bureaux d’étude, notamment, de lister tous les produits luminaires encastrés et de générer la liste des coûts prévisionnels d’installation. Arnaud Mauplot, responsable du bureau d’études chez Targetti, estime, pour sa part, que « pour l’éclairage, il est très important de pouvoir fournir les fichiers “famille” qui regroupent les données de nos produits, à savoir la fiche technique, les consommations, le modèle 3D et la courbe photométrique. La tendance est de les mettre à disposition sur les sites Internet des marques. Pour Targetti, ce sera fait début 2019 pour l’ensemble des références. En ce qui concerne l’éclairage, l’intérêt est de travailler par zones et non sur la modélisation complète, c’est l’architecte qui intègre nos fichiers. En fait, on établit l’étude photométrique qui sera validée, ensuite, on fournit les familles de produits et le tout rejoint les autres fluides, climatisation, ventilation, etc., afin de déterminer un bilan de consommation globale du bâtiment et de pouvoir prétendre ensuite à des certifications du type Bream, Leed, au niveau énergétique. »

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© Legrand

Sylvania utilise des fichiers RFA qui comprennent la représentation 3D du luminaire avec ses différents composants et sa photométrie et permettent d’intégrer des contraintes architecturales. t

© Sylvania

L’efficacité d’un langage commun Pour les fabricants, l’intérêt est évident : le passage au BIM permet d’avoir accès aux appels d’offres, notamment dans le tertiaire. Cela ne veut pas dire pour autant que les logiciels d’éclairagisme vont devenir obsolètes. Mais pour un bâtiment de 10 étages avec tous les corps de métiers, il est plus intéressant pour tout le monde de fournir aux architectes des études par zones et de travailler avec des mises à jour en temps réel. « C’est au moment des appels d’offres que les entreprises sauront que vous tenez à disposition ces fichiers, ce sera à nous de communiquer et on verra dans les cahiers des charges “modèles BIM exigés” et si on ne l’a pas, on n’est pas retenu », ajoute, Arnaud Mauplot, pragmatique. Olivier Masseron souligne, quant à lui, que « dans l’étude du projet, le BIM apporte une meilleure résolution et surtout une précision de non-conformité et permet d’anticiper les recoupements (entre différents équipements) et problèmes de non-qualité. Ainsi, la maquette numérique va avoir un impact important sur la qualité de construction, sur les délais de construction et par la suite au niveau de l’exploitation car on va pouvoir suivre l’évolution de l’avancement du projet et avoir une exploitation optimisée du bâtiment ». Car la maquette numérique ne disparaît pas une fois la construction du bâtiment achevée. En effet, une fois terminée, elle est confiée aux exploitants des bâtiments qui effectuent les divers branchements et connexions des équipements et systèmes de gestion technique et suivent l’évolution de l’installation. Ensuite, les données servent à l’exploitant, par exemple, en éclairage, pour connaître la température de couleur des LED, la durée de vie, etc., ce qui permettra de gérer le bâtiment efficacement. « On peut même imaginer, ajoute Olivier Masseron, qu’on pourra simuler les performances d’un bâtiment, par rapport au son, aux consommations ». Olivier Masseron représente également la FIEEC au sein du Plan Transition Numérique dans le Bâtiment pour le projet PO BIM. Ce dernier consiste à élaborer un dictionnaire de propriétés et une bibliothèque d’objets génériques pour toute la filière de la construction afin que tous les acteurs, BE, architectes, entreprises d’installation, industriels, se réfèrent tous aux mêmes définitions des propriétés des objets numériques et parlent le même langage. n

Intégration d'un objet BIM luminaire d'éclairage de sécurité encastré Legrand dans la maquette numérique d'un bâtiment tertiaire avec le logiciel Revit.

© Sylvania

Les industriels de l’éclairage n’ont pas forcément été les premiers à proposer ces fichiers, mais commencent à se mobiliser, à l’instar de Targetti qui doit traiter près de 5 000 références. Mais le BIM va sans doute s’imposer très vite.


Lumières Zoom

rigidifié

En référence au tissage lyonnais, la verrière de la cour du Midi à Lyon vient d’être rénovée. Elle fait partie de la reconversion du Grand Hôtel-Dieu par les architectes AIA Life Designers et RL&A. Une œuvre architecturale et technique aux profilés métalliques à inertie variable, recouverte d’un voile de verre rigidifié. Zoom sur la pose d’un vitrage sur la structure triangulée de la verrière.

www.lightzoomlumiere.fr Rubrique réalisée par Vincent Laganier, Light ZOOM Lumière

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Profilés à inertie variable Pour parfaire l’effet d’apesanteur, la structure utilise des profilés métalliques à inertie variable. « On met de la matière là où on en a besoin », développe l’ingénieur structure, Pierre Chassagne.

© Vincent Laganier

© Eiffage

VOILE DE SOIE


Lumières Zoom

Dimension des vitrages Chaque panneau triangulé de la verrière fait entre 1 et 4,6 m² de surface, et 3,50 m de côté. Entre deux plaques, les panneaux en verre sont joints avec du silicone.

© Vincent Laganier

© Vincent Laganier

Forme architecturale « Comme un voile de soie rigidifié », racontent les architectes Albert Constantin et Claire Bertrand, AIA Life Designers. La double courbure répond aux effets du vent et des façades en périphérie.

© Vincent Laganier

Verre feuilleté sérigraphié Un vitrage simple feuilleté de 2 x 8 mm d’épaisseur est choisi. Il est sérigraphié en blanc par points, côté extérieur, pour assurer une protection solaire suffisante tout en gardant la transparence de la verrière.

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Lumières Produits

Sylvania éclaire le chemin vers les bureaux de demain Selon une récente enquête de l’agence Opinion Matters, 79 % des salariés français se déclarent insatisfaits de l’éclairage sur leur lieu de travail. À cela s’ajoutent des critères économiques puisque 39 % de la consommation d’énergie pour les applications professionnelles sont liés à l’éclairage.

Conjuguer les besoins individuels des occupants aux attentes des exploitants tout en respectant les nouvelles réglementations est un véritable enjeu. C’est dans ce contexte que Sylvania enrichit sa gamme de luminaires pour l’éclairage intérieur de bureaux avec Optix et Pixer, deux nouvelles solutions qui permettent de répondre à la variété et à la complexité des besoins d’éclairage du secteur tertiaire. Optix, le confort visuel avant tout Idéal pour les bureaux, les salles de classe ou de séminaires, Optix associe une haute efficacité (jusqu’à 147 lm/W) et un contrôle de l’éblouissement à la pointe de la technologie grâce à des optiques très performantes disponibles en deux finitions, avec : • les réflecteurs aluminisés qui garantissent un indice d’éblouissement UGR < 16 descendant à 14 selon les configurations, • les réflecteurs blancs qui rendent l’éclairage visible pour un plafond plus lumineux tout en conservant un bon indice d’éblouissement (UGR < 19). Avec une luminance à 65° inférieure à 3 000 cd/m² pour la finition blanche et 200 cd/m² pour le design aluminisé, parfaitement adapté au travail prolongé sur écran, Optix est une solution véritablement respectueuse du confort visuel des occupants. Dotée d’une durée de vie supérieure à 72 000 heures (L80B10), la gamme couvre tous les besoins avec : • une installation encastrée, en saillie ou suspendue, • un IRC > 80 en standard (IRC > 90 proposé sur demande), • deux températures de couleur (3 000 K et 4 000 K), • une version Tunable White pour un « éclairage centré sur l’Humain » faisant varier la température de 3 000 à 6 300 K automatiquement tout au long de la journée pour suivre le cycle circadien de la lumière, • un faible scintillement (< 5 %) et un groupe de risque photobiologique de 0. Deux gammes Optix ont été développées : • en 600 x 600 mm et 1 200 x 300 mm pour les applications usuelles en remplacement un pour un des luminaires existants, • en installation seule ou pour créer des lignes continues en 1 200 x 90 mm et ses multiples, pour des espaces modernes qui veulent s’éloigner des dimensions traditionnelles. Toutes les autres dimensions peuvent être conçues sur demande. Optix, fabriqué par l’usine Sylvania de SaintÉtienne, s’adapte sans difficultés à toutes les tailles de plafond et permet même d’envisager des designs personnalisés pour répondre aux demandes spécifiques.

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Pixer donne forme à la lumière Ce luminaire LED a été conçu pour habiller les bureaux, les salles de réunion ou les infrastructures éducatives de manière élégante et évolutive. Hautement performantes (jusqu’à 150 lm/W), les optiques de Pixer sont intégrées dans des modules de 300 x 300 mm dont la hauteur et l’inclinaison sont réglables individuellement (même après installation) afin de fournir une ambiance unique à chaque espace de travail : • en position affleurante, la lumière diffusée par les côtés du module illumine la cavité de la structure pour procurer un effet visuel supplémentaire, • en position abaissée, Pixer crée un effet 3D unique et un léger halo de lumière localisé qui élimine les zones d’ombre au plafond et donne un effet de forme à la lumière. Positionné encastré ou en saillie, il est disponible en version 1 module, 4 modules en ligne ou sous forme de carré. D'une grande lexibilité, il offre une réelle liberté de conception : il est possible d’imaginer sa propre structure lumineuse pour une installation véritablement personnalisée sur un mur ou un plafond. Aussi beau allumé qu’éteint, Pixer est disponible en deux températures de couleur (3 000 K et 4 000 K) et 4 flux lumineux (3 550, 3 750, 4 500 et 4 750 lm). Il est doté de toutes les caractéristiques essentielles à un éclairage participant au confort et au bien-être des occupants : • un indice d’éblouissement UGR < 19 sur toutes les versions, • une luminance à 65° inférieure à 3 000 cd/m², • un faible scintillement < 5 %, • un IRC > 80, idéal pour les espaces de travail, • une homogénéité chromatique entre les luminaires. Avec une durée de vie optimale de 61 000 heures, Pixer sera proposé en version Tunable White pour varier la température de couleur tout au long de la journée indépendamment de la saison afin de favoriser le biorythme des occupants et améliorer leur bien-être. Gradables avec le protocole de communication DALI, Optix et Pixer de Sylvania se déclinent également en version SylSmart Connected Building et SylSmart Standalone Room pour une gestion d’éclairage intelligente afin d’optimiser les économies d’énergie et d’atteindre la consommation énergétique des bâtiments de demain (HQE < 4 W/ m²). www.sylvania-lighting.com/fr-fr


Lumières Produits

„ CITYLONE

„ ERCO

„ RZB

RF LORAWAN

Gimbal Channel

Cette gamme est particulièrement adaptée à la smart city grâce à sa connectivité à distance. Intéropérable et adaptable aux infrastructures existantes, elle offre de multiples avantages : utilisable à l’armoire (SLBox) et au point lumineux (SL31), elle permet des communications radio longue distance. Elle convient aux installations avec des points lumineux éparpillés ou isolés et peut collecter les données de compteurs électricité, eau et gaz, en plus des informations concernant l’éclairage public. Elle fonctionne également en Bluetooth.

Ce projecteur encastré est doté d’étriers dont la forme spéciale facilite l’alignement précis des luminaires et offre de nombreuses options pour le passage des câbles. Reliés par un câble d’alimentation, les drivers sont logés séparément dans la gorge ou dans le plénum. Il propose trois dimensions avec chacune deux niveaux de puissance – de 210 lm à 4 920 lm – et six répartitions différentes de lumière : narrow spot (5°), spot (15°) et flood (30°), wide flood (50°), extra wide flood (85°) et oval flood (60°x15°). 2 700 K, 3 000 K et 4 000 K.

WALLSCAPING Cette gamme a été conçue pour offrir un éclairage valorisant les murs extérieurs : les corps, en deux parties, sont très faciles à monter avec un raccordement électrique directement sur la plaque murale. Un diffuseur en verre sans cadre ferme le haut et le bas du luminaire. Les quatre familles de luminaire offrent toutes le choix entre une répartition de la lumière à éclairage étroit ou large. Les exécutions à rayonnement des deux côtés permettent même de combiner les deux, avec rayonnement étroit vers le haut et plus large vers le bas.

www.citylone.com

www.erco.com

www.rzb.de/fr

ZUMTOBEL présente Supersystem Integral collection par Eoos Cette gamme propose un éclairage de décrochage réglable composé de projecteurs ou de supports à cardan, de plafonniers horizontaux, de lèche-mur verticaux et d’éclairages indirects. Elle comprend une fonctionnalité intelligente du support à cardan synchro (synchro gimbal). Une conception simple et astucieuse permet de combiner un plafonnier rotatif et la topologie linéaire du luminaire. Une faible luminosité associée à une fuite de lumière minimale, un contrôle de l’éblouissement exceptionnel et l’utilisation de réflecteurs profonds répondent aux exigences de qualité très élevées dans le domaine de l’art et de la culture, de la vente au détail et des infrastructures de bureau.

L’un des produits phares de la collection est sans doute le profilé triphasé pouvant être encastré dans le plafond, suspendu ou monté en surface. Les différents éléments d’éclairage sont parfaitement intégrés dans ce mince profilé, offrant une lumière à la source invisible. Certaines solutions, à l’inverse, méritent de rester à la vue de tous : par exemple, le modèle triphasé sur rail, disponible en version suspendue ou à montage de surface, pour les projets de réaménagement. Une miniaturisation systématique et des matériaux tels que l’aluminium moulé sous pression et les plastiques moulés par injection, permettent de créer une apparence architecturale adaptée aussi bien aux projets neufs que de rénovation. En plus des modèles linéaires sophistiqués sur rail, la gamme propose des versions individuelles autonomes. Avec un rendement atteignant 3 000 lm, cette gamme est une alternative solide dans les applications où les plafonniers traditionnels étaient auparavant le seul choix possible. L’éventail des températures de couleur de 2 700 K, 3 000 K et 4 000 K couvre tous les besoins, avec en standard un rendu des couleurs de Ra 90. Un confort visuel élevé est également synonyme d’une bonne gestion de l’éclairage, raison pour laquelle les versions équipées via Bluetooth des solutions DALI et basicDIM wireless garantissent une plus grande adaptabilité et un éclairage personnalisé, qui stimule les sens, crée une expérience lumineuse et protège les objets sensibles à la lumière. Modèles disponibles en blanc, noir, cuivre et aluminium brillant. www.zumtobel.com LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018 - 53


Lumières Produits

„ PROCÉDÉS HALLIER

„ STUDIO SAMMODE

„ TRIDONIC

FENYX

Rivoli Spécialement dessiné pour le Musée Des Arts Décoratifs de Paris et conçu par Normal Studio, ce luminaire LED tout en longueur (1 300 mm) est d’une grande polyvalence. Son diamètre (100 mm), le plus fin de la collection Paname, se prête parfaitement à une utilisation en applique intérieure ou extérieure (IP68), ou en plafonnier. Ce luminaire est livré prêt pour l’installation et est équipé de son câble, de sa source et d’une sortie murale. Température de couleur 2 700 K.

Tunable White DLE G2 PRE Ce système offre une température de couleur réglable entre 2 700 et 6 500 K à un flux constant, et un IRC supérieur à 90. Il comprend un driver LED compact et un module LED Tunable White. Il intègre un driver DALI DT8 gradable à deux canaux avec un courant de sortie réglable entre 350 et 1 050 mA et une tension de sortie de 38 W. Il est équipé d’une interface numérique (DALI DT8, DSI, switchDIM, corridor FUNCTION) à laquelle il est possible de connecter un signal de commande numérique (DALI) ou un poussoir standard (switchDIM). Flux lumineux de 2 000 lm ou 3 000 lm.

Ce cadreur, destiné à l’éclairage des musées, offre un indice de rendu des couleurs de 95 et un angle de projection ajustable de 16° à 40°. Il se décline en deux températures de couleur 3 000 K et 4 000 K. Il est gradable par potentiomètre manuel de 0 % à 100 % et comprend des lentilles anti-reflet et antistatique dont deux réglables avec molette. Il est disponible avec 4 couteaux de cadrage, un porte-filtre en façade pour diffusant, sculptant ou correcteur et un porte-gobo.

www.procedeshallier.fr/fr

studio.sammode.com/fr

www.tridonic.fr/fr

AIRIS propose deux nouveautés pour le tertiaire Airis Paris propose une dalle LED BIODYNAMIC 36 W qui offre trois flux lumineux pour trois températures de couleur : - 3 587 lm en 3 000 K, - 3 640 lm en 4 000 K, - 3 680 lm en 5 000 K. La dalle comprend un système d’intelligence embarquée qui adapte l’éclairage artificiel selon les apports de lumière naturelle pour bénéficier d’un niveau d’éclairement constant (seuil défini par l’utilisateur). Le luminaire calcule l’apport lumineux nécessaire au maintien de ce seuil. Ce qui permet de réaliser 50 % d’économie supplémentaire comparativement à une dalle LED 36 W sans système de gestion. Le luminaire s’éteint si l’apport naturel de lumière est suffisant.

54 - LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018

Airis lance par ailleurs la suspension Kaly d’Eklalight, pour l’éclairage des bureaux. Le luminaire se décline en trois modèles : - « haute efficacité » : avec des flux lumineux allant de 2 630 lm à 8 440 lm en émission directe ; et de 1 927 lm à 6 914 lm en indirect ; - « haute puissance  »  : de 4 500 lm à 18 010  lm en direct, et de 3 685  lm à 14 740 lm en indirect ; - « blanc réglable » : de 2 750 lm à 7 058 lm en direct ; et de 2 565 lm à 6 080 lm en indirect. Cette suspension est disponible en quatre températures de couleur : 2 700 K, 3 000 K, 4 000 K et 5 000 K. Elle existe également en éclairage direct et en saillie. Le profilé est disponible en blanc, noir ou alu avec une longueur à la demande jusqu’à 3 000 mm. www.airisparis.com


Lumières Rendez-vous

MAISON&OBJET La pluralité de l’offre a toujours été à l’origine du succès du salon MAISON&OBJET. Une vingtaine d’années après sa création, une nouvelle réorganisation propose une sectorisation inédite dans le but de faciliter les découvertes et de rendre les marques plus lisibles et la visite plus confortable aux quelque 85 000 visiteurs. Visite avec Caroline Biros, directrice du marketing et de la communication de SAFI, organisateur du salon dont la prochaine édition se tiendra à Paris du 18 au 22 janvier 2019. Organisé autour de deux pôles identitaires, « la maison et l’objet », le nouveau parcours a permis aux visiteurs une toute nouvelle relecture du salon. Quelle importance le salon accorde-t-il à la lumière ? Caroline Biros – Le luminaire est une des catégories les plus recherchées sur le salon par les visiteurs, en particulier par les prescripteurs. Rappelons qu’un tiers du visitorat de MAISON&OBJET sont des architectes d’intérieur, des décorateurs, des designers, des professionnels de l’hôtellerie et de la restauration. L’offre luminaire est présente dans tous les secteurs du salon. Elle regroupe aussi bien des spécialistes que des marques avec des concepts globaux pour la maison. Cependant, la majorité des marques luminaires est concentrée dans le pôle Maison sur la partie « Signature » des halls 5A, 6, 7 et 8. L’éclairage des halls est également un point d’attention particulier pour les organisateurs du salon, car les exposants ont des mises en scène qui demandent parfois une luminosité spécifique – tamisée pour créer des atmosphères cosy et parfois plus généreuse pour des stands kids, etc. Dans les halls 7 et 8, par exemple, les fenêtres sont occultées afin que la lumière naturelle ne rentre pas en conflit avec l’éclairage décidé par l’exposant. Quelle est la présence des fabricants, des designers, des concepteurs lumière ? Plus de 400 marques présentent du luminaire sur le salon. Pour certaines, celui-ci fait partie d’un concept global de décoration, et pour d’autres, il s’agit d’une offre spécialisée. Ce qui correspond aux demandes spécifiques de la prescription. Une offre haut de gamme et intemporelle est incarnée par des marques comme CTO Lighting, Seguso Gianni, Nahoor, Baccarat, Carlo Moretti, etc., toutes présentes sur le hall 8, au sein du secteur Forever. Les luminaires contemporains, aussi bien destinés aux détaillants qu’à la prescription, sont réunis sur le secteur Today (hall 6). Les marques françaises comme Forestier, Serge Mouille, DCW, Sammode, CVL, Designheure, Le Deun, Disderot, Dix heures dix, Rispal,Thierry Vidé, côtoient les marques internationales telles que Molo, Delightfull, Brokis, Pulpo, Martinelli Luce, ACDO ou Carpyen.

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Quelle place la création occupe-t-elle ? Parlons du secteur Unique et Eclectic (hall 5A), qui est caractérisé par un style très personnel et des produits élaborés à partir de matériaux singuliers et présentant des savoir-faire particuliers. Nous pouvons citer Ay Illuminate et sa collaboration avec Nelson Sepulveda pour ses produits en matières naturelles ; Coralie Beauchamp avec sa collection Résille de fabrication française, en verre et tressage carbone, les jeunes Thaïlandais PIN, qui travaillent le métal, et Korakot, qui utilise des matières végétales. La carrière de ce dernier est par ailleurs intimement liée à MAISON&OBJET puisqu’il y a été révélé dans le cadre des Rising Talents Awards il y a quelques années. À chaque session du salon, MAISON&OBJET identifie, avec un jury expert, six talents émergents français ou d’un pays étranger, et les révèle à un public de professionnels venu du monde entier, dans un espace scénographie qui leur est dédié. Après l’Italie et le Liban, c’est la jeune création chinoise qui sera mise à l’honneur en janvier et vous fera découvrir, entre autres, ses créations luminaires. À découvrir également : les créations lumineuses du Designer of the Year, l’Allemand Sebastian Herkner. Ses créations reflètent sa quête d’authenticité, son souci de la durabilité des matériaux et son respect du temps nécessaire au bel ouvrage. Parmi elles, le lampadaire « Oda » (Pulpo, 2014), qui s’inspire des châteaux d’eau photographiés par Bernd et Hilla Becher. Comment se déroule votre partenariat avec les conceptrices lumière Lisa et Motoko Ishii ? Depuis plus de cinq ans, la société ICON, experte en conception lumière, est partenaire du salon. Elle surprend les visiteurs une fois par an, en septembre, avec son espace d’animation qui présente les dernières inventions technologiques du secteur. En septembre 2018, en parallèle du salon et pendant Paris Design Week, événement grand public organisé par les équipes de MAISON&OBJET, Motoko Ishii et Akari-Lisa Ishii ont mis en lumière la tour Eiffel dans le cadre de l’événement Japonismes 2018. Enfin, n'oublions pas notre plateforme digitale MOM (MAISON&OBJET and more) qui rassemble aujourd’hui plus de 5 000 marques offrant ainsi la possibilité de sourcer des nouveautés tout au long de l’année. Aujourd’hui, ce sont 100 000 professionnels de plus de 200 pays qui y sont abonnés. www.maison-objet.com


Lumières Rendez-vous

architect@work Paris 2018 :

une 11e édition plébiscitée  Paris a accueilli pour la 11e fois l’événement professionnel architect@work ouvert aux architectes, architectes d’intérieur, agenceurs et autres prescripteurs pour leur permettre de découvrir les innovations de 260 industriels de la construction. Cette nouvelle édition parisienne, inaugurée par Didier Chinardet, président de l’Unsfa Île-de-France, a rencontré le succès escompté. Pas moins de 6 233 visiteurs ont répondu présents, soit 7 % de plus que l’année dernière. Cette édition s'est montrée l’une des plus fréquentées de ces dernières années. Et selon les premiers sondages réalisés, industriels et visiteurs sont particulièrement satisfaits de la qualité des produits présentés et des contacts noués durant l’événement. On peut souligner les efforts d’agencement réalisés par les industriels qui présentaient leurs tout derniers produits. Ainsi, plus de 900 nouveautés – toutes sélectionnées par un comité technique – étaient proposées aux visiteurs. De quoi garantir une visite enrichissante à chacun. Un programme riche en conférences et en événements connexes Les conférences au programme de cette édition ont bénéficié de l’écoute d’un large public. - « Portrait d’agencement : appartement résidentiel à Paris », avec la participation de l’architecte d’intérieur René Bouchara, René Bouchara Design, et des agenceurs Christophe Lalla et Didier Gontran, Atelier 78-Muquet Création, était organisée par le groupement des agenceurs de l’Ameublement français et animée par Pascale Nollet. - « Architecture et impression 3D : mythes et réalités », par Philippe Morel, architecte, EZCT Architecture & Design Research, fondateur de XtreeE, maître de conférence ENSA Paris-Malaquais et responsable du département Digital Knowledge. - « La nature du futur : architecture de l’environnement », Carte Blanche Archinov à l’architecte Lina Ghotmeh, atelier Lina Ghotmeh-Architecture. - Alternative, des possibilités d’évolution encore méconnues », par Justine Rouger, consultante design & matériaux chez Innovathèque. - « Une architecture bio-inspirée », par David Serero, architecte, Serero Architectes.

58 - LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018

- « Une révolution digitale qui remet le clocher au milieu du village », par Jacques Dinguirard, directeur des opérations d’Exo-BIM. Prix Duo@Work 2018 L’Unsfa Île-de-France, en partenariat avec architect@work, a lancé au printemps dernier un appel à candidature auprès des architectes et des industriels, pour concourir à la cinquième édition de ce prix. Tout projet était éligible dès lors qu’il était le résultat d’un parcours concerté entre un architecte et un industriel, en matière de réflexion, d’invention, de création ou d’adaptation d’un produit ou d’un ensemble de produits. Le prix distingue les projets qui associent, en étroite complémentarité, recherche architecturale et création industrielle innovante. Les projets présentés sont récents, en cours d’élaboration ou de mise en œuvre. - Lauréat : le duo formé de l’agence d’architecture de Patrick Berger & Jacques Anziutti et l’industriel La Rochere. Projet : Carreau en verre, à Châtelet-Les Halles, Paris. Pour créer un revêtement dégageant un maximum de lumière et de reflets sans effet miroir, le duo a conçu des carreaux en verre qui apportent fluidité visuelle et luminosité à la station Châtelet-Les Halles. Les points techniques ont été au cœur de la discussion afin de trouver un consensus et d’aller à la limite du réalisable, tout en assurant la fabrication quantitative nécessaire. - Mention spéciale : le duo formé par les ateliers d’architecture Fresh Architectures et Itar Architectures et la société Jousselin Préfabrication. Projet : Allure, un immeuble de logements à Batignolles, Paris. Un bâtiment assemblé tel un puzzle par des éléments préfabriqués en usine avec un degré de finition supérieur avec, d’une part, une structure composée de murs de refend pour favoriser la modularité entre trames porteuses et, d’une autre part, une façade très lisse, composée de panneaux béton HP préfabriqués. - Mention spéciale : le duo formé par l’agence Périphériques Architectes et l’industriel Wienerberger. Projet : restructuration et extension du centre de recherche bio-clinique, Clermont-Ferrand. Le duo a conçu un matériau rappelant la lave émaillée – mais irisée – avec une surface noire et colorée à la fois, dont les reflets varient en fonction de la lumière, de l’heure de la journée et de la couleur du ciel. www.architectatwork.fr


Lumières Rendez-vous

Fête des Lumières à Lyon La ville se transforme en un immense théâtre à ciel ouvert. Intimistes, étonnantes, spectaculaires et souvent participatives, plus de 80 créations lumière font vivre aux visiteurs une expérience unique. Croisant les disciplines, des artistes venus du monde entier offrent à la ville un éclairage inédit et ouvrent grand les portes sur d’improbables univers éphémères. Aperçu en images.

Abyss par Nicolas Paolozzi - RDV Collectif Projet parrainé par Sogelym Dixence

Quatre arches lumineuses forment la dorsale de cette sculpture chimérique et monumentale que l’on croirait échappée d’un roman de Jules Verne. S’inspirant du principe de bioluminescence, Nicolas Paolozzi a créé une œuvre qui interagit avec le public. Il l’invite ainsi à animer sa créature grâce à deux bornes interactives qui permettent de produire des effets sonores et lumineux sur l’intérieur et l’extérieur de cet étrange objet. En déclenchant des séquences aléatoires, le visiteur explore différentes ambiances et vit l’expérience d’une composition commune unique, une plongée mystérieuse dans les profondeurs océaniques.

Présages par Marie-Jeanne Gauthé et Géraud Périole Projet CNR et Direction de l’Éclairage Urbain

À terre, des boules d’or gigantesques irradient la prairie, et des oiseaux majestueux, dirigés par d’aimables lutins, virevoltent dans le ciel tandis qu'une multitude de lucioles accrochées dans les arbres scintille doucement, par un souffle mystérieux… Émergeant des eaux du lac, un étrange magicien entame une danse qui provoque l’apparition d’une vision prémonitoire, comme pour éveiller les consciences. Le présage du danseur à la tête d’or est limpide : ce monde merveilleux peut disparaître.

Lumières en soi(e) par Laurent Louyer - Creatmosphere Crossed Lab - Projet AG2R La Mondiale

300 lanternes à énergie solaire assorties d’un tissage de fils luminescents illuminent la placette arborée. Effets moirés, dessins perforés, graffitis, films, miroirs, chaque lampe est unique et renvoie des motifs différents qui diffusent alentour une atmosphère joyeuse et apaisante. Ces luminaires sont en partie le fruit d’ateliers participatifs intergénérationnels qui ont notamment impliqué Les petits frères des Pauvres et des résidences seniors de la Ville de Lyon. Le public peut éclairer les lanternes grâce à des lampes mises à disposition et jouer avec les reflets et effets de diffraction de la lumière.

Reflets par Damien Fontaine

La Maison Production - Projet parrainé par Le Mat-Electrique - Sonepar France Reflets évoque les réminiscences d’un passé oublié que la Saône charrie en elle. Alors que l’affluent jette ses reflets sur les façades du quai Romain-Rolland, son murmure enfle doucement. Les ombres déformées de l’histoire de Lyon se mélangent aux pigments sonores, grâce à des captations du quotidien des Lyonnais. La soie d’autrefois, les murs peints, les ruelles du Vieux Lyon, les bouquinistes quai de la Pêcherie... Toutes ces images contemporaines ou disparues sont projetées en fragments abstraits sur l’enfilade de bâtiments, du Palais de justice à la cathédrale Saint-Jean. Par un jeu de lumière, la colline avec sa basilique s’anime et réplique à l’effervescence graphique qui agite ses contrebas. Un foisonnement de mosaïques jaillit en son flanc avant que la colline lentement ne s’éclipse.

60 - LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018


Lumières

La revue des lumières intérieures, extérieures et architecturales. Dans chaque numéro : - des projets inédits ; - un dossier thématique avec enquête produits ; - l’interview d’un designer ; - une double page showroom ; - le cahier technique. Et aussi des articles en bilingue français/anglais.

Université féminine Ewha, Séoul, Corée.

Dominique PERRAULT Architecte DPLG, DPA

LE PARADOXE DE LA LUMIÈRE Naturelle ou artificielle, la lumière a toujours été intimement liée à l’architecture et, curieusement, se trouve relayée au second plan, voire totalement absente des appels d’offres. Dominique Perrault souligne cet étrange paradoxe : alors qu’elle constitue une composante vitale de notre quotidien et donc des espaces que nous occupons, la lumière se limite trop souvent à l’expression de lux normés. « Puisse la perception de la lumière redevenir une composante du bonheur de la promenade architecturale. » Qu’il s’agisse de s’en protéger ou au contraire de la laisser pénétrer dans le bâtiment, comment traitez-vous ce double aspect de la lumière naturelle dans vos concepts architecturaux ? Dominique Perrault - À la fois matérielle et immatérielle, la lumière constitue un véritable matériau. Même si on ne peut pas la comparer au verre ou au métal, elle se manipule et se transforme, à l’image du son et du vide. Pour que l’architecture puisse être vécue par l’homme, le vide est nécessaire entre les parois, créant des espaces, des volumes habités par la lumière. Elle va donner naissance à des reflets, des ombres, des transparences, des zones plus claires, faisant vivre ainsi l’architecture. Mais cette composante n’est curieusement pas prise en compte dans sa dimension essentielle. Il suffit d’analyser les appels d’offres :

l’industriel fournit des appareils électriques, l’électricien se charge du câblage et le poseur finalise les installations. L’éclairage n’est pas considéré comme un élément global alors qu’il va animer et transformer les lieux dans lesquels ce matériel est installé. C’est pour cette raison que nous travaillons avec des designers et des éclairagistes qui se consacrent à définir et à développer des ambiances et des objets lumineux. Si le contrôle de l’éclairage artificiel s’avère relativement facile grâce à la maîtrise des technologies, des formes, des matériaux eux-mêmes, il en va différemment en ce qui concerne la lumière naturelle. C’est au bâtiment de s’adapter : il peut être surexposé, sous-exposé, la lumière trop incidente, etc., il faut donc faire appel à des systèmes pour s’en protéger ou tout au moins la filtrer.

L’architecture joue ici pleinement son rôle d’enveloppe protectrice en gérant, en termes de quantité mais aussi de qualité, les apports solaires et la relation entre le dedans et le dehors. Sans lumière, les matériaux n’existent pas, la vie ne peut pas se développer, cette composante de notre environnement s’avère donc essentielle à la vie de l’architecture, en tant qu’objet construit et esthétique. Or, on s’attarde davantage à compter les mètres carrés qu’à porter attention à l’ambiance confortable au sein du bâtiment. Il existe une sorte de démagogie, de démocratie molle, qui cherche à ce que chacun bénéficie néanmoins de sa part de lumière. Ainsi, les normes répartissent les éclairements selon des coefficients et des performances prédéterminés, au demeurant tout à fait intéressants car ils garantissent des niveaux lumineux dans les espaces intérieurs, mais quid de la poésie, de l’émerveillement, de l’enchantement que la lumière peut nous apporter ? Des lux normés sur un plan de travail n’ont jamais fait le bonheur de l’humanité ! Une lumière diffusée, conduite, organisée en relation avec des usages, des moments dans la journée, avec toute une vie du quotidien, reste, pour l’instant, un peu loin des préoccupations des commanditaires. Il serait bienvenu que cette perception de la lumière redevînt une composante du bonheur de la promenade architecturale. Qu’en est-il des illuminations extérieures de l’architecture ? Dominique Perrault - Mes bâtiments sont rarement illuminés, c’est un choix, mais ils ne

restent pas pour autant dans l’ombre. Prenons l’exemple de l’université Ewha de Séoul : la nuit, elle est éclairée uniquement de l’intérieur, l’effet est absolument somptueux. Pensée comme une scénographie délibérée et choisie, la lumière issue de l’intérieur fait rayonner le bâtiment, c’est un spectacle nocturne élégant, magique, assez mystérieux, que je trouve extrêmement beau, comme la vision de la Bnf dont seuls les pignons éclairés en dessinent la silhouette, la nuit. Illuminer des monuments historiques avec des projecteurs sur les façades est d’un grotesque absolu. Vous avez souvent créé, avec Gaëlle LauriotPrévost, des objets lumineux architecturaux inspirés de designs de luminaires industriels. Comment appréhendez-vous ces concepts ? Dominique Perrault - J’ai une certaine fascination pour ce qui est produit par l’industrie en matière de finition, de précision, de performance, de technique ; l’architecture s’inspire de l’industrie depuis toujours, c’est historique. L’idée consiste à inscrire dans nos concepts ce travail d’une formidable qualité, mais avec des tolérances bien moindres que celles de la construction. Nous cherchons à domestiquer cette production, à l’apprivoiser de façon à ce qu’elle entre dans la maison, les bâtiments publics, les bureaux et les musées, etc. La fabrication de ces pièces industrielles prend une dimension très contemporaine et moderne une fois qu’elles sont contextualisées, et c’est le travail permanent de Gaëlle LauriotPrévost sur l’ensemble de ces objets et de ces matériaux. n Propos recueillis par Isabelle Arnaud

16 - LUMIÈRES N°19 - JUIN 2017

La lumière fait vivre l’architecture

Bibliothèque nationale de France (Prix Mies van der Rohe 1997).

© Georges Fessy

••• Architecte DPLG, Dominique Perrault est également diplômé de l’École supérieure des Ponts et Chaussées et de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Il crée son agence Dominique Perrault Architecture en 1981. En 1989, il gagne le concours de la Bibliothèque nationale de France pour laquelle il reçoit en 1997 le prix Mies van der Rohe. Parmi ses réalisations les plus emblématiques, le vélodrome et la piscine olympique de Berlin, l’extension de la Cour de justice de l’Union européenne à Luxembourg, le centre olympique de tennis à Madrid – couronné du Seoul Metropolitan Architecture Award –, ou encore la tour Fukoku à Osaka. Citons aussi le prix Afex pour l’université féminine Ewha de Séoul, reçu en 2010, tout comme la Grande médaille d’or de l’Académie d’architecture pour l’ensemble de son œuvre et, en 2015, le Praemium Imperiale, catégorie architecture. Dominique Perrault est officier de la Légion d’honneur et membre de l’Institut de France.

© Ewha Womans University

Parcours

Lumières Entretien

© Jaathe Sankei Shimbun

Lumières Entretien

LUMIÈRES N°19 - JUIN 2017 - 17

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Lumières Index „ SALONS

PARIS NORD VILLEPINTE Du 18 au 22 janvier 2019 Bien plus qu'un salon réservé aux professionnels, Maison&Objet est l’événement référence de tous les acteurs de l’art de vivre, de la mode-maison, de la décoration d’intérieur et du design, qui se tient à Paris, deux fois par an, en janvier et en septembre. Le rendez-vous international des professionnels de l’art de vivre, de la décoration d’intérieur et du design. www.maison-objet.com

DOCKS - CITÉ DE LA MODE ET DU DESIGN Du 22 au 24 janvier 2019 Le SITEM est un événement unique pour le monde des musées et du tourisme culturel. Spécialistes de l’équipement, de la valorisation et de l’innovation des musées, des lieux de culture et de tourisme : l’ensemble des professionnels de l’écosystème culturel et touristique est rassemblé pendant trois jours à Paris. www.museumexperts.com

EUREXPO LYON Du 13 au 15 février 2019 Rendez-vous inédit en 2019 pour l’éclairage des villes, l'éclairage des bâtiments et la technologie LED, les Lighting Days accueillent durant 3 jours une exposition d’innovations ; la 10e édition du Congrès international ForumLED Europe, dédié à la technologie LED ; les conférences spécialisées sur l’éclairage intérieur et extérieur ; de nombreuses opérations spéciales et temps forts. www.lighting-days.com

ENTREPRISES ET ORGANISMES CITÉS 8’18’’ ..................................................... www.8-18lumiere.com.................................................14, 15 ACE......................................................... www.ace-fr.org.......................................................10, 11, 12 AIA Life Designers................................... www.aialifedesigners.fr.................................................50, 51 Airis......................................................... www.airisparis.com.............................................................54 Architect@work...................................... www.architectatwork.fr.................................................58, 62 AREP....................................................... www.arep.fr........................ 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 34 Association française de l’éclairage........ www.afe-eclairage.fr...........................................................13 Atelier de l’île.......................................... www.atile.fr.........................................................................19 Ateliers 2/3/4.......................................... www.a234.f........................................................................35 Bihen (Soizick).................................................www.eclairagiste-concepteur-lumiere.fr/soizick-bihen....19, 20, 21 Bruno Gaudin Architectes........................ www.bruno-gaudin.fr....................................................14, 15 Citylone................................................... www.citylone.com.........................................................28, 53 Cluster Lumière....................................... www.clusterlumiere.com.......................................................7 Comatelec............................................... www.comatelec.fr.................................................. 19, 34, 36, Concepto................................................. www.concepto.fr.....................................................10, 30, 35 Cosil Peutz Lighting Design..................... www.cosilpeutz.eu........................................................44, 47 Dial.......................................................... www.dial.de/fr.......................................................................9 EAS......................................................... www.eas-solutions.fr..........................................................37 Erco......................................................... www.erco.com..............................................................29, 53 Fagerhult................................................. www.fagerhult.com...............................................................8 GE Lighting.............................................. www.gelighting.com.............................................................6 I.C.O.N..................................................... www.icon-lighting.com.......................................................56 iGuzzini................................................... www.iguzzini.com/fr...................................... 8, 19, 29, 33, 36 Lamdalux................................................ www.sermes.fr/lamdalux........................................22, 23, 24 Ledvance................................................ www.ledvance.fr...........................................................13, 36 Legrand................................................... www.legrand.fr.......................................................45, 46, 48 Les Eclaireurs.......................................... www.leseclaireurs.net.........................................................11 Light ZOOM Lumière............................... www.lightzoomlumiere.fr..............................................50, 51 Loupi....................................................... www.loupi-lighting.fr.....................................................40, 41 Lumenpulse............................................ www.lumenpulse.com/fr.....................................................37 Maison&Objet.......................................... www.maison-objet.com................................................56, 62 Nitescences............................................ www.nitescences.ovh.........................................................11 Procédés Hallier...................................... www.procedeshallier.fr........................................................54 Quartiers Lumières.................................. www.quartierslumieres.com...............................................11 RL&A....................................................... www.rla.archi................................................................50, 51 RZB......................................................... www.rzb.de.fr..........................................................27, 36, 53 Sammode................................................ www.sammode.com.....................................................34, 54 Studio Vicarini......................................... www.vicarini.com................................................................10 Sylvania.................................................. www.sylvania-lighting.com............................... 46, 47, 48, 52 Syndicat de l’éclairage ........................... www.syndicat-eclairage.com........................................18, 45 Targetti.................................................... www.targetti.com/fr................................................37, 43, 47 Thierry Vidé............................................. www.thierryvide.com..........................................................39 Thorn...................................................... www.thornlighting.fr.................................................. 8, 29, 37 Tridonic................................................... www.tridonic.com...............................................................54 Trilux....................................................... www.trilux.com/fr................................................................36 Tungsram................................................ www,tungsram.com........................................................6, 37 Zumtobel................................................. www.zumtobel.com.................................................. 8, 29, 53

ANNONCEURS

BORDEAUX - PARC DES EXPOSITIONS Les 28 et 29 mars 2019 Architect@work présente les innovations produits des industriels de la construction. Ce concept s’adresse aux architectes, architectes d’intérieur et agenceurs, mais aussi aux économistes de la construction et aux bureaux d’études. Parc des Expositions de Bordeaux - Hall 3 - Cours Jules Ladoumègue 33000 Bordeaux www.architectatwork.fr 62 - LUMIÈRES N° 25 - DÉCEMBRE 2018

LEDVANCE............................................... www.ledvance.fr...........................................2e couv., 4e couv. TRILUX.................................................... www.trilux.com/fr........................................................3e couv. ARCHITECT@WORK................................ www.architectatwork.fr.......................................................59 CITEL....................................................... www.citel.fr.........................................................................55 CITYLONE................................................ www.citylone.com...............................................................42 DIAL........................................................ www.dial.de/fr.......................................................................9 GE LIGHTING........................................... www.gelighting.com.............................................................5 LIGHTING DAYS....................................... www.lighting-days.com/fr...................................................38 MAISON&OBJET...................................... www.maison-objet.com/fr...................................................57 PROCEDES HALLIER................................ www.procedeshallier.fr..................................................16, 17 SITEM...................................................... www.museumexperts.com..................................................49 RZB......................................................... www.rzb.de.fr........................................................................7


Lumières N° 25 - DÉCEMBRE 2018

- 19 E

DOSSIER

Eclairage des gares ENTRETIEN

Bruno GAUDIN, architecte DPLG, Bruno Gaudin Architectes

“Composition de lumière”

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