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SOMMAIRE LE PRESIDENT PAGE 03

Le mot du Président

LA VIE DE L’AMICALE PAGE 06 PAGE 21 PAGE 22 PAGE 24 PAGE 28

Activités de l’Amicale 8 mai à Roquebillière Week-End à Beuil Fête Nationale des Alpini Journée Bleue - Jonquille en Alsace

CLIN D’ŒIL HISTORIQUE PAGE 29 PAGE 32 PAGE 35 PAGE 46

Les derniers jours du 22e BCA en Algérie Un peu d’histoire Le Bataillon de Chasseurs de la France Libre Commémoration de la fin de la Grande Guerre

NOS BATAILLONS PAGE 48 PAGE 53 PAGE 60 PAGE 64

Cérémonies de dissolution CNAM / CIECM L’Armée quitte l’Ubaye Opération ”Dîner en ville” (Bataille D’Alasay) Enseignements à chaud de l’opéraiton ”Dîner en ville”

LE CARNET PAGE 73 PAGE 80 PAGE 81 PAGE 81 PAGE 81 PAGE 82 PAGE 83 PAGE 84 PAGE 85 PAGE 86

Une partie de l’histoire de notre Amicale Distinctions Quelques dates à retenir Erratum Vœux de rétablissement Souvenez-vous Réponses questions souvenirs Nos joies Nos peines A lire •2•


LE MOT DU PRESIDENT

Chers amis… L’été est déjà derrière nous…mais en dépit du contexte de crise et de la menace de pandémie grippale, j’espère que vous avez profité comme il se doit de cette période si propice à la détente et aux rassemblements familiaux !! Après un second trimestre assez dense et mené au pas chasseur, les membres du Bureau aspiraient à prendre un peu de recul, mais sans mettre la clé sous la porte, car pour les plus fidèles et les plus motivés, il a bien fallu mettre sous presse la présente édition de Nul Ne Crains, finaliser l’organisation de notre Sidi Brahim du 27 septembre à SaintMartin-Vésubie, participer (très modestement) à une émission de FR3 sur les Chasseurs Alpins et le Haut Pays, commencer à préparer la commémoration des combats de la Malmaison du 25 octobre…et cette liste n’est pas exhaustive ! L’exploitation du courrier apporte parfois bien des satisfactions : • Demandes d’adhésions (21 nouveaux adhérents depuis janvier 2009) • Régularisations de retards de cotisations • Décisions d’attribution de subventions…un très grand merci à la Ville de Nice et à la Caisse du Crédit Agricole de la Vésubie qui ont fait cette année un effort particulier. D’autres correspondances sont malheureusement moins enthousiasmantes, telle celle du Général (2s) VERLOT, président de la FNAC, qui nous fait part de la décision du comité directeur de ne plus accorder de subventions à l’UTM à compter de l’année 2010…sous prétexte de difficultés financières et surtout que les soldats de montagne ne sont pas TOUS des Chasseurs !!! En filigrane, on sent également percer la sempiternelle rivalité entre •3•


petits bérets et tarte…ou la « socca », comme on dit dans le sud ! Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, j’en ai « gros sur la patate », car je suis persuadé que l’avenir de nos associations repose sur le regroupement et sur la solidarité, et ces querelles de clocher sont aujourd’hui stériles ! Quant à l’aspect pécunier, nous sommes tous confrontés à des soucis financiers, mais ce n’est pas une raison suffisante pour renier nos engagements passés, à la moindre difficulté. Le Général VERLOT regrette également que certaines amicales de Chasseurs « paradoxalement alpins », souhaitent que la cotisation de la FNAC soit revue à la baisse (6€/adhérent contre 2€ pour l’UTM) ; nous n’avons pas fait cette démarche (par contre nous avons demandé un règlement en 3 fois sans frais !), mais force est de reconnaître qu’il y a une certaine disproportion, et que pour une association adhérant aux 2 familles, cela représente un total de 8€ ; en ce qui nous concerne, c’est le tiers de notre cotisation annuelle, et il ne nous reste que 14€ pour financer les gerbes, le bulletin Nul Ne Crains et tous les frais administratifs (assurances, location du bureau, timbres…) ; inutile de vous dire que nous sommes sur le fil du rasoir, et que la tentation est grande pour nous de vous proposer de réduire ces cotisations « fédérales », afin de concentrer tous nos moyens sur nos seuls projets, mais voilà, la solidarité et la fidélité exigent de faire des efforts et à ne pas céder à la facilité !!! J’envie parfois nos amis parachutistes, infanterie de marine, voire nos voisins Alpini, qui ont su aller au-delà de la spécificité de chacun pour se fédérer en une seule et unique association…mais il est vrai que dans ces 2 exemples, seul le couvre-chef est pris en compte, et non pas la couleur de la tenue ou des boutons ! Autre nouvelle attristante, du fait de la diminution des effectifs (4 à ce jour), et de l’âge des derniers membres, Monsieur SCRIVANI va réunir une Assemblée Générale extraordinaire afin d’entériner la dissolution de l’Amicale du 24ème. BCA de Villefranche sur Mer, •4•


ainsi que le transfert des traditions, des archives, des souvenirs du «musée de la citadelle» et des avoirs à notre amicale…bravo pour le travail de mémoire accompli depuis février 1981, et j’espère que nous saurons nous montrer digne de l’honneur et de la confiance dont ils font preuve à notre égard ; rendez-vous nombreux à la prochaine commémoration des combats de la Malmaison du 25 octobre pour officialiser cet événement ! Je compte également beaucoup sur votre présence pour notre Sidi Brahim du 27 septembre prochain à Saint-Martin-Vésubie…la municipalité nous accueille les bras grands ouverts, la fanfare du 27ème. BCA nous fait l’honneur et le plaisir de faire le déplacement, alors « en avant » ! Je vous souhaite à toutes et tous une bonne rentrée et à très bientôt. Amitiés chasseur. « Au 22, on s’estime… ! » Lieutenant-Colonel LIEBENGUTH

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Activités de l’Amicale Qui dit que le Bureau se la coule douce sur les bords de la Grande Bleue !!? Que voilà un second trimestre 2009 comme on les aime au bureau de l’amicale, fertile en événements où l’on prend plaisir à se souvenir, à se rencontrer et à échanger ! Nous avons participé pleinement au Devoir de Mémoire en assistant à toutes les cérémonies à caractère patriotique du 8 Mai, du 26 Mai (bombardement du quartier St Roch à Nice en 1944), du 8 et 18 Juin ; bien évidemment à Nice, mais également dans bien d’autres localités du département comme Antibes, Villefranche sur Mer et La Colle sur Loup…..L’effectif était parfois réduit, mais comme on dit pour se consoler « à défaut du nombre , il y avait la qualité » !

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La Vie de l’Amicale


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La Vie de l’Amicale


Le 9 Mai, nous avons même répondu favorablement à l’invitation du Souvenir Napoléonien pour commémorer l’anniversaire de la mort de Napoléon 1°; félicitons à cette occasion notre ami Michel Laugier qui a eu l’honneur de porter le drapeau de la section de Nice…..Il faut également souligner que notre vice-président/porte-fanion Alain Barale avait fière allure aux côtés du grognard ! Mais nous avons aussi été présents les 8, 9 et 10 Mai (aux côtés de l’UTM et de l’amicale du 159°RIA/CNAM) à Latina, au sud de Rome, pour le rassemblement annuel de l’Association Nationale des Alpini.

Jean Peyramaure, notre vice-président en charge des Relations Extérieures, a même été sollicité pour défiler deux fois avec notre fanion de l’amicale du 22°BCA….sans oublier d’aller se recueillir le 8 mai avec le fanion de l’amicale du 22°BCA sur le site de MONTE CASSINO : merci à lui de nous avoir permis de rayonner bien au-delà de notre frontière ! Sur le plan des traditions, à l’image de nos grands anciens, nous avons quitté nos « garnisons » du bord de mer pour rejoindre le haut pays : cette année, notre sortie de printemps des 16 et 17 Mai à BEUIL a vu nos rangs être renforcés par nos amis Hubert Tassel et Bertrand Hubert (de l’Amicale Ubayenne des Chasseurs Alpins de Barcelonnette) et Jean Luc Bonnaire, Daniel Leportier et leurs épouses (de l’amicale du 159°RIA) ainsi que Fabienne, Sissi et françois Miazzi de Briançon: résultat, presque 50 participants, une soirée dansante endiablée, animée de main de maître par Darinka et notre Major Serge Carpentier toujours aussi dynamiques, et le matin, après les couleurs, 20 •8•

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participants à la randonnée concoctée par Christian Ragon, vers le lac de Beuil ……comme quoi, notre amicale marche encore, et pas seulement en bord de mer!

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Ce fut aussi l’occasion d’accueillir pour la première fois Maurice Mergy, nouvel amicaliste, Christian Goujon ancien du 22, et de recruter deux nouveaux « anciens »: Bernard Marie Schuck et Guy Raybaud : bienvenue à eux et merci de venir soutenir notre effort ! Le 10 Juin, compte tenu des liens qui unissait le bataillon de réserve au11°BCA, ainsi qu’au CEICM, nous ne pouvions faire moins que de nous rendre à Montdauphin (05) pour assister à la cérémonie officielle de la dissolution du CNAM/CEICM :…émotion palpable et sentiment d’un grand gâchis !

Jean Peyramaure et votre serviteur avons retrouvé sur place et avec un grand plaisir des amicalistes « locaux » tels que Daniel Leportier, ou jean paul Giraud et Yvon Improvisi avec le fanion de l’amicale des Anciens Chasseurs à Pied de Menton, Jacques Davrainville de l’ANAESTM PACA…..et bien évidemment toujours nos amis de l’Ubaye et de Briançon !

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La Vie de l’Amicale


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La Vie de l’Amicale


Le 16 et 17 Juin, c’est à Varces (38) que nous étions, avec Jean Peyramaure, Georges Vergès, et jacques Davrainville ( ANAESTM PACA et 22°BCA) pour participer à l’assemblée générale de l’UTM et à la traditionnelle cérémonie de la Saint-Bernard ….

L’ensemble des Troupes de Montagne et de la mouvance montagne était rassemblé, ce qui ne nous a pas empêchés de rencontrer des amicalistes de la région, tel Roger Ferroud Plattet d’Annecy ! • 12 •

La Vie de l’Amicale


Prise d’armes de grande qualité, démonstration de vol de combat en parapente et buffet campagnard ont réuni tout le monde, dans la plus grande convivialité!

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La Vie de l’Amicale


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La Vie de l’Amicale


Le 20 Juin, sur le chemin du retour, nous avons, avec Jean Peyramaure, répondu à l’invitation des Chasseurs Alpins de l’Ubaye, à participer à l’inauguration du sentier mémoire de la SES COSTA DE BEAUREGARD à Larche ; réalisation remarquable menée de A à Z par les Anciens Chasseurs de l’Ubaye, avec le soutien financier des collectivités locales et départementales :….bel exemple de ténacité et de cohésion qu’ils nous donnent là!

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La Vie de l’Amicale


Bien évidemment, beau temps de rigueur et retrouvailles avec nos fidèles briançonnais, Jean Luc Bonnaire (159°RIA), Daniel Leportier, Jean Louis Rambaud et bernard Marie Schuck (22°BCA), sans oublier nos voisins Alpini du Val Suza venus avec leur fanion ….une seule ombre au tableau mais de taille, l’absence pour raison de santé de notre récent amicaliste de Briançon, François Miazzi …. Nous sommes de tout cœur avec lui dans le combat qu’il va devoir mener !

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La Vie de l’Amicale


Le lendemain, le vent du nord et les névés persistants ne nous ont pas permis d’effectuer notre randonnée montagne mensuelle au lac de la Petite Cayolle….. C’est donc au bord du Lac d’Estenc que nous avons pris la collation de midi avant de regagner les bords de la Baie des Anges. Quand je dis « nous », il ne s’agit que des couples Peyramaure et Liebenguth et fils ; personne d’autre de l’amicale n’a fait l’effort de se joindre à nous, et pourtant il y avait tous les ingrédients d’un bon rassemblement d’amicalistes anciens chasseurs alpins: rapprochement avec l’Ubaye et le Briançonnais, devoir de mémoire, marche en montagne, buffet et dîner convivial à Barcelonnette! Dont acte, mais je ne baisserai pas les bras ….

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Enfin, le 22 Juin, visite d’un petit bijou trop méconnu: le Musée de la Résistance à Castellane avec un accueil particulièrement chaleureux de notre ami Jean et de Martine .

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La Vie de l’Amicale


Le 23 juin, visite du monument des Chasseurs à Caucade (afin de finaliser le dossier de réhabilitation pour le Souvenir Français) et l’après-midi, dernière réunion du Bureau à la Maison du Combattant de Nice avant les deux mois d’été: effectif du Bureau au grand complet, renforcé par la présence de quelques membres du Conseil d’Administration : après l’épisode Barcelonnette, il me fallait bien cela pour me réconforter !

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La Vie de l’Amicale


A l’ordre du jour : la future Salle du Souvenir….notre Sidi-Brahim à Saint-Martin-Vésubie le 27 septembre 2009 (avec la fanfare du 27°BCA !!!), le stand de l’Amicale au Téléthon 2009…..Bref, ce ne sont pas les projets qui manquent, et la rentrée sera vraisemblablement aussi active, sinon plus, que ce dernier trimestre !! G.L

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La Vie de l’Amicale


CEREMONIES DU 8 MAI A ROQUEBILLIERE ET BELVEDERE Les anciens combattants accompagnés de leur président Francis MAC-FARLANE, de Jean-Louis OTTO-BRUC, représentant les éclaireurs-skieurs ainsi que le 22ème. BCA, de M. Paul BURRO, maire de Belvédère, des jeunes pompiers bénévoles, de M. Gérard MANFREDI, maire de Roquebillière, et par la population, se sont retrouvés aux Monuments aux Morts de Roquebillière et Belvédère pour commémorer la capitulation de l’Allemagne.

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La Vie de l’Amicale


Week-End à Beuil SORTIE DE PRINTEMPS A BEUIL…16 ET 17 MAI 2009 Comme chaque année, l’Amicale perpétue la tradition et ses membres se retrouvent au Centre de Montagne de Beuil pour un week-end toujours aussi attendu que convivial. Il faut avant tout féliciter les organisateurs et animateurs de cet événement, tout particulièrement Alain BARALE et son épouse Francine qui, au pied levé, ont suppléé l’absence d’Yves PELLEGRIN et de sa « tribu », empêchés d’être avec nous pour raisons familiales, au grand regret de tous leurs amis. A noter également l’omniprésence de notre Président Gérard LIEBENGUTH et de son épouse Catherine, accompagnés de leur fils Victor qui, entre autres, ont assuré l’accueil des arrivants ainsi que l’attribution des chambres et dortoirs en cette fin d’après-midi de samedi. Une fois les bagages déposés dans leurs chambres respectives par les 42 participants, les réjouissances commencent avec l’apéritif, là encore géré de main de maître par Alain, aidé très efficacement du jeune Victor, « bombardé » pour la circonstance barman adjoint. Puis arrive l’heure du dîner, copieux et d’excellente qualité, servi avec beaucoup d’attentions et de gentillesse par les personnels du centre, tous militaires du 3ème. RAMa de Canjuers promus serveurs, amateurs certes, mais parfaitement à la hauteur de ce « deuxième métier ». Lors de son discours de bienvenue, Gérard LIEBENGUTH remercia tout particulièrement les personnes venues de Barcelonnette : Hubert TASSEL, accompagné de Bertrand HUBERT et son épouse, ainsi que celles venues de Briançon : Jean-Luc BONNAIRE, François MIAZZI et Daniel LEPORTIER, et leurs épouses. Au chef du Centre de Montagne, l’adjudant-chef VALERIOTTI, il offre un exemplaire du numéro hors série du «Sourgentin», «Les Diables Bleus».

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La Vie de l’Amicale


Ensuite, et comme à son habitude, notre Major Serge CARPENTIER, secondé par la toujours aussi dynamique DARINKA, fait danser l’assistance à laquelle se sont joints plusieurs participants d’une autre Amicale d’Anciens combattants d’Algérie, également présente au Centre ce même week-end. Après la soirée dansante, quelques irréductibles-dont votre serviteurpoursuivent les discussions autour du bar, réouvert pour l’occasion par Alain BARALE, infatigable jusqu’à plus de deux heures du matin… Après une nuit courte certes, mais réparatrice, lever des Couleurs à 8 heures, ce dimanche 17 mai, en présence de très nombreux amicalistes (arborant fièrement leur « tarte ») et leurs compagnes, ainsi que des fanions du « 22 » et de la Sidi-Brahim. Un copieux petit déjeuner suivit ce « décrassage matinal » ; après quoi, les amicalistes se partagèrent en deux groupes, ceux qui choisirent de rester à Beuil pour la matinée, et une vingtaine d’autres qui, sous la houlette de Christian RAGON (arrivé de Nice au petit matin) prirent la direction du Lac de Beuil, via les Launes. Cette randonnée s’est déroulée sous un soleil radieux et, arrivés à destination, environ la moitié des marcheurs poursuivent leur route vers la Tête du Garnier tandis que les autres regagnent le Centre. A midi, tout le monde est de retour : re-apéro « rapide » et direction la salle à manger pour le déjeuner, toujours aussi copieux et de qualité. Une fois le dessert arrivé, Serge CARPENTIER nous distille, avec sa maestria habituelle, les refrains des bataillons. En milieu d’après-midi, dispersion des participants et retour de chacun à sa « garnison personnelle ». Nous espérons bien que l’année prochaine Beuil pourra à nouveau tous nous accueillir et, en attendant, n’oublions jamais qu’au «22, on s’estime». (et comment !) Georges TREMOULET

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La Vie de l’Amicale


FETE NATIONALE DES ALPINI – 9 et 10 mai 2009

Cette année, l’Association Nationale des Alpini (ANA) organisait son rassemblement annuel à Latina, ville moyenne de 100 000 habitants, située au coeur des marais pontins entre Rome et Naples, donc à quelque 800 km de la France. Cette ville a été construite sur des marais asséchés en 1925/1935, construction d’époque de style purement mussolinien (que j’apparente à l’esprit de reconstruction de l’Allemagne de l’est) ; quant aux immeubles de constructions de deuxième moitié à fin du siècle dernier, ils présentent de nombreuses façades aux fers à béton rouillés et apparents en état de décrépitude avancée, où l’investissement ciment a dû se faire au compte truelle ; sans oublier trottoirs et chaussées en mauvais état et dangereux pour les chevilles lors des promenades nocturnes ! Et bien cette ville, sans cachet, où le service du nettoiement ne doit posséder ni matériel, ni personnel (1) ne peut se flatter d’avoir la fibre alpine : peu de chaleur perçue chez les autochtones, hormis les commerçants ; peu de drapeaux nationaux aux fenêtres et lampadaires ; les seuls exposés étant aimablement fournis par l’ANA. Bref, le cadre est à oublier sans tarder. L’animation diurne et nocturne reposa donc exclusivement sur les seules épaules des participants venus des quatre coins du monde ainsi que, principalement, du nord de l’Italie, fief de toujours de toutes les unités alpines. Participants moins nombreux que d’habitude mais tout aussi enthousiastes, fraternité alpine oblige.

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La Vie de l’Amicale


La distance (800 km) aussi importante pour les Antibois que pour les Briançonnais, et avec une possible arrière-pensée de crise a réduit nos effectifs présents sur les rangs puisque nous n’étions que sept : un du 22e BCA avec le fanion de l’Amicale du bataillon ; quatre du 159e RIA de Briançon avec le fanion des éclaireurs skieurs, et deux délégués de l’UTM.

Activité du 8 mai : pour l’anniversaire de l’armistice du 8 mai 1945, nous sommes allés au Monte Cassino accomplir un nécessaire devoir de mémoire envers ceux qui ont combattu de février à mai 1944 et sont tombés au pied de l’abbaye (2) pour la libération d’une l’Europe encore sous le joug nazi. • 25 •

La Vie de l’Amicale


Dimanche 10 mai : moins de spectateurs enthousiastes que d’habitude et moins de participants ont animé ce défilé long de 2,8 km, sous un soleil de plomb. Quant aux photos, elles sont le fait de professionnels sympas qui ont pourvu à notre carence pour mettre dans la boîte noire sept Français en sueur.

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La Vie de l’Amicale


Mais ce défilé s’avère quand même à marquer d’une pierre blanche. En effet, il semblerait que les alpins français commencent à être considérés puisque monsieur Giancarlo Sosello, président de la section de Val Susa et importante personnalité au sein du conseil d’administration de l’ANA (plus de 400 000 membres, excusez du peu) nous a demandé de défiler une deuxième fois en nous intégrant au sein de sa section.. Une fois pour eux, mais deux fois pour nous ! Aussi a-t-il fallu se démener pour remonter à temps toute la manifestation, en jouant des coudes et en demandant mille pardons aux spectateurs agglutinés le long des barrières !!! Président Sosello, merci pour cet honneur qui nous est allé droit au coeur.

Adieu Latina 2009 et bonjour Bergame 2010. Jean Peyramaure (1) Ne nous plaignons plus, heureux Français que nous sommes ! (2) Détruite en 3 mn par un bombardement, cette imposante abbaye, de 200 mètres sur 100 mètres, est aujourd’hui entièrement reconstruite à l’ancienne : aussi bien bâtiments que cloîtres, statues, autels, meubles, orgues et espaces verts, ainsi que les innombrables peintures (murales et plafonds), tout, même Les couleurs aux pigments d’époque, est conforme à la construction d’origine.

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La Vie de l’Amicale


JOURNEE BLEU JONQUILLE EN ALSACE Ce dimanche 28 juin, l’amicale des Diables Bleus de Colmar s’est retrouvée pour la journée Bleu Jonquille au domicile de notre président Tom Borroco, dans un chalet isolé en pleine campagne à la lisière de la Forêt à Jebsheim. Nous étions une quarantaine de chasseurs et «chasseresses». Pour l’occasion, des tonnelles avaient été montées et toutes les tables décorées avec goût aux couleurs traditionnelles bleu jonquille avec comme support dse petits cors de chasse. Un repas exotique a été concocté par notre membre chasseur Philippon et son épouse originaire du Pondichéry, un vrai réga , accompagné de rosé et de bleu cerise à volonté ! J’ai moi-même été en charge de la préparation de l’apéritif maison à base d’alcool de riz et de sirop de litchis, mais j’ai peut être un peu forcé sur le Mei Kuei lu , les treize litres on été rapidement éclusés comme du petit lait. L’apéritif a contribué à l’ambiance du groupe, certains ont eu bien du mal à prononcer les discours prévus dans l’hilarité générale. Pour la circonstance plusieurs de nos épouses s’étaient revêtues de longues tuniques indiennes, sans oublier le petit point rouge sur le front : le troisième œil ! Nous avons terminé par un petit crémant offert par un de nos plus anciens membre de l’amicale. Nous avons finalement passé une journée inoubliable, favorisée par un temps superbe, alors à l’année prochaine ! Namas te ! Jean Robert Haefélé

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La Vie de l’Amicale


LES DERNIERS JOURS DU 22ème BCA EN ALGERIE (suite et fin) Face à la multiplication des manifestations, que peut-on demander aux populations abandonnées sinon que de faire allégeance à leurs nouveaux maîtres… Le commandement décide de désarmer tous ceux à qui la France avait confié des armes pour se défendre à nos côtés contre la rébellion. C’est ainsi que, le 26, les 1ère. et 3ème. compagnies procèdent à la récupération des armes des autodéfenses de Merkalla, Tassala, Aït Krerouf, Aïn Allouane, Aougni, Tazmout et Taougnit. Trente deux fusils de chasse et huit fusils US17 sont récupérés. De Bouira à Maillot, les manifestations continuent à se dérouler ; la CCAS récupère six drapeaux FLN aux portes de Maillot. La harka de Merkalla est désarmée le 27 par Partisan 4 ; le sont aussi celles d’Hirhorat et Aïn Allouane.

Embarquement pour retour en France du 22eme BCA

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Clin d’œil historique


Deux harkis du village de Tikara ont déserté pendant la nuit, emportant un fusil semi-automatique et deux PM MAT 49. A 17 heures, un défilé qui regroupe mille cinq cents personnes marche en direction de la SAS d’Hirhorat en hurlant des slogans anti-français. Deux sections de la 1ère. compagnie doivent intervenir (soutenues par un peloton d’AM du 19ème. RCC) en tirant au dessus des têtes pour stopper la marche. Dans Maillot même, une tentative de manifestation est stoppée par une section de Partisan 4 et les Scout-Car de la CCAS. Les lignes téléphoniques sont sabotées dans la nuit du 27 au 28. Le 28, la harka de Maillot est désarmée ; le village de Selloum accueille trois hommes en armes ; une petite bande parcourt le village de Beni Ham Doune en invitant la population à faire déserter les engagés et les appelés algériens. Une importante manifestation, partie de Merkalla et grossissant au fur et à mesure qu’elle traverse les villages de la plaine, se dirige, drapeau FLN en tête, vers Guendour. Le service d’ordre de la 1ère. compagnie tente vainement de la disperser, et doit faire usage de ses armes. Quatre manifestants sont blessés ; l’un d’eux décèdera des suites de ses blessures. Au cours des derniers jours de mars, le capitaine Gaillard, commandant la 4ème. compagnie et suspecté par le chef de corps de sentiments favorables à l’OAS, est arrêté et dirigé sur Paris. Il est remplacé par le lieutenant Bridey. Le capitaine Faure, muté au 14ème. BCA, est remplacé au commandement du mi-secteur Haizer par le capitaine Angélini.

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Clin d’œil historique


En quinze jours à peine, six années de combats et de travaux, de fraternité d’arme avec les harkis, d’aide et de compréhension amicale avec les populations locales sont effacées. Le seul témoignage qui en reste est la longue liste des noms gravés dans la pierre du Monument aux Morts du bataillon, dans la cour de la ferme Porcher. 30 janvier 1963 Prise de commandement du chef de bataillon Jean Marchal. Ordre du jour : «Appelé à l’honneur de prendre le commandement du 22ème. Bataillon de Chasseurs Alpins, je m’incline avec émotion devant son Fanion dont les plis sont lourds des témoignages de l’héroïsme de ses anciens. C’est avec beaucoup de fierté et de joie que je prends la tête d’un bataillon que je connais déjà pour avoir combattu à ses côtés dans le Djurdjura et dont le lieutenant-colonel Bley, grâce à l’allant, au dynamisme, aux qualités d’officier de chasseur et d’alpin qui sont les siennes, a fait un outil sûr, précis, bien en mains, efficace dans la guerre comme dans la paix. Nous quittons maintenant cette Kabylie si pleine de nos souvenirs. La nouvelle mission qui nous attend est certes moins glorieuse que celles que vous venez de remplir ces dernières années, mais c’est aussi une mission de Français et de soldats décidés à servir leur Patrie».

François MILHAU

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Clin d’œil historique


UN PEU D’HISTOIRE 2ème. partie des combats en Alscae et dans les Vosges. Blockhaus et tranchées Hiver 1915-hiver 1918 : le front alsacien ne bouge plus ou presque. La guerre est ailleurs, dans les Dardanelles, en Champagne, sur la Somme, au Chemin des Dames, en Flandres, à Jérusalem, puis de nouveau sur la Marne. Dans les Vosges, on meurt pour « trois cailloux, deux sapins ». C’est une vieille conviction militaire : qui tient la crête tient la victoire. Au nom de cette idée, des combats acharnés se livrent dans les Vosges durant toute l’année 1915 . Les Français veulent conquérir les hauteurs, les Allemands veulent leur en barrer l’accès. Des milliers de jeunes hommes meurent ainsi pour quelques mètres de terrain. Les batailles, connues, porteront donc surtout des noms de sommets : la Tête des Faux (1220m), déjà citée, au-dessus de Lapoutroie et Orbey, le Linge (983m), au dessus d’Orbey et Munster, le Reichackerkopf et le Hilsenfirst, au-dessus de Munster, et surtout l’Hartmannswillerkopf, dont les poilus feront le Vieil-Armand par allusion à l’ancien président de la République Armand FALIERRES. La résistance du Hilsenfirst A la Tête des Faux (les faux sont les hêtres), on se bat surtout fin 1914. Noël y sera sang et neige. Les Français arrivent au faîte mais restent • 32 •

Clin d’œil historique


bloqués par les fortifications allemandes. Au Linge, qui sera baptisé « le tombeau des chasseurs », c’est l’été 1915 (de juillet à octobre) qui voit les armées se succéder sur la crête au prix de pertes effroyables. Au Reichackerkopf, les Allemands prennent le sommet en mars 1915 pour le perdre quelques semaines plus tard. La vallée de la Fecht sera pourtant conquise par les Français qui trouvent Metzeral incendiée en juin. Au Hilsenfirst tout proche, une compagnie du 7ème. BCA, encerclée, résiste aux troupes allemandes pendant trois jours. L’Hartmannswillerkopf, déjà évoqué, sera le site de la plus longue bataille de cette guerre vosgienne. Les Français, installés fin décembre 1914, en seront chassés en janvier 1915. Ils tentent d’y remonter en février, sans succès. En mars, ils seront plus heureux et retrouvent le sommet le 26. Un face-à-face dramatique Mais le 25, les Allemands remontent au Vieil-Armand et le bétonnent solidement. On s’y bat en septembre, en octobre (au lance-flammes), en décembre, qui ramène les Français au sommet. Les Allemands les y rejoignent en janvier dans un face-à-face dramatique qui durera jusqu’en 1918.

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Clin d’œil historique


Ailleurs, l’orage s’est apaisé en janvier 1916. De part et d’autre, on a compris qu’il ne servait à rien de sacrifier des vies pour des points sur une carte, perdus le lendemain. Les Allemands fortifient leurs positions, s’essaient à une guerre des mines. A Chantilly, début décembre, les Alliés décident de lancer plusieurs offensives sur le front ouest. Rien n’est prévu en Alsace. En janvier, le nom qui trotte dans les esprits est celui d’un chef-lieu d’arrondissement de la Meuse. Il s’appelle Verdun !

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Clin d’œil historique


LE BATAILLON DE CHASSEURS DE LA FRANCE LIBRE Lorsque, le 18 juin 1940, le général de Gaulle lance de Londres son appel, la division de montagne rapatriée de Norvège, arrivée trop tard en Bretagne pour y rétablir un réduit défensif, repart pour l’Angleterre. Dans le port de Brest en feu, elle embarque quelques centaines de jeunes civils qui refusent l’humiliation. Quand, le 22 juin, l’armistice est signé, cette division campe dans le Yorkshire, à Stoke-on-Trent, en attendant le rapatriement. Les jeunes qui sont partis pour se battre se rapprochent des soldats qui l’envisagent aussi et bivouaquent avec eux. Le 29, le général de Gaulle vient voir la division de son camarade Béthouart, comptant en rallier une partie. Il ne parle qu’à des officiers. Si plus de la moitié des compagnies de la demi-brigade de légion étrangère suit son colonel, chez les artilleurs, les sapeurs et les blindés, ce ne sont que quelques individualités qui osent se désolidariser de leur corps. Quant aux chasseurs, moins de deux sur cent choisissent la guerre. Ils sont cinquante-six, en effet, dont quarante-deux appartiennent aux 6ème. et 12ème. BCA de Grenoble : neuf officiers, dont les plus anciens sont les capitaines Hucher et Lalande que quatre de leurs lieutenants – Stahl, Chabert, Labaume et Dureau- ont suivi, ainsi que le médecin-lieutenant Genêt (tous du 6ème. BCA), le sous-lieutenant Bolifraud (du 12ème. BCA) et le lieutenant Dupont, commandant la compagnie d’éclaireurs de la 5ème. demi-brigade ; seize sousofficiers- dont le plus prestigieux est l’adjudant Chantel, chef de la section d’éclaireurs-skieurs du 6ème. BCA- et trente et un caporaux et chasseurs. Dans son carnet de route, le sergent Silvy décrit la séparation :

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Clin d’œil historique


« Ils sont partis l’arme sur l’épaule et fanions déployés…J’ai salué encore une fois ces fanions, pourquoi le cacher ; on n’a pas en vain combattu avec une unité dont on était fier. » Et puis le soir, nous, les quelques originaux qui avions décidé de rester, nous nous sommes retrouvés. Tous ces marabouts vides, tous ces vestiges d’une unité qui vient de lever le camp nous firent comprendre ce qui s’était passé. Un violent combat avait eu lieu, les pertes étaient sévères. Si un état des pertes avait pu être dressé, nous aurions pu, si nous en avions eu le courage, écrire : 6ème. BCA, disparus : 700, présents : 35 ; si nous en avions eu le courage, car à cette heure, je ne sais quel sentiment l’emportait en nous, de la colère ou de la honte. Avec ces 35, avec une douzaine de «survivants» du «12», avec les jeunes, nous allons refaire un bataillon de chasseurs. Témoin de la scène, un de ces jeunes écrit de son côté : «Nous regardons les autres s’en aller en bon ordre. Ils nous souhaitent bonne chance, nous promettent de nous aider en France, mais nous avons l’impression qu’ils pressent le pas pour aller plus vite. Quand le dernier d’entre eux a franchi la porte, le camp nous semble vide. Nous ne sommes pas nombreux derrière le général de Gaulle, mais nous ferons ce que nous pourrons». Le drame de Mers El-kébir et la saisie de nos bâtiments dans les ports britanniques ne découragent pas ceux qui croient en la victoire finale et veulent qu’elle soit aussi la victoire de la France. Avec les mots qu’il fallait, de Gaulle a su exprimer leur colère, leur chagrin et confirmer leur résolution. Tranquillement, le bataillon se met sur pied en incorporant les volontaires, pour la plupart des Bretons qui comptent des marins dans leur famille. • 36 •

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Le 11 juillet, les Français libres s’installent dans les camps jumeaux de Delville et de Morval, dans le district militaire d’Aldershot qui, à trois quarts d’heure de Londres, offre des baraquements confortables et des moyens d’instruction et d’entraînement remarquables. Ils se préparent à défiler le 14 à Londres. Tout le monde ne sera pas de la fête. Ne sont prévus que quatre cents hommes pour la légion, les chasseurs, le train, l’artillerie, les chars, les fusiliers-marins, les aviateurs et les civils. C’est maigre, mais nos couleurs flottent sur Westminster et, du mémorial de Whitehall à la statue de Foch devant Victoria-Station, la foule acclame le cortège que le lieu, la circonstance et l’énormité du défi rendent à la fois dérisoire et poignant. De Gaulle rayonne gravement. La ville offre un goûter, Alice Delizia chante La Marseillaise et un apprenti chasseur note le soir : « malgré tout, le 14 juillet est une fête triste pour nous ; aujourd’hui des régiments descendant de ligne auraient dû défiler avenue des ChampsÉlysées et passer sous l’Arc-de-Triomphe ». Le bataillon que commande le capitaine Hucher n’a que deux compagnies de fusilliers-voltigeurs et une compagnie de soutien. Les capitaines Lalande et Dupont commandent les deux premières. Ils se sont entourés de leurs anciens auxquels s’est ajoutée une dizaine d’officiers nouveaux venus, pleins d’ardeur. On manque de sous-officiers ; les caporaux de Norvège prendront donc la place des sergents qui occuperont des postes de sergentschefs, lesquels occuperont des postes d’adjudants, et les plus apparemment doués des « bleus » feront fonction de caporaux ; mais personne ne prendra encore de galon. La valeur du bataillon tient à la compétence, à l’exceptionnelle conscience de ses cadres et à la riche diversité de sa troupe où les élèves du primaire ne sont pas plus nombreux que ceux du secondaire et du supérieur réunis. • 37 •

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De ces derniers, beaucoup avaient passé avec succès l’examen de la préparation militaire supérieure et auraient été incorporés dans des pelotons d’EOR. Une quinzaine s’étaient présentés au concours de Saint-Cyr. Ils cherchent d’autant moins à s’en prévaloir que le bataillon ne manque pas de chefs de section et qu’ils se trouvent bien dans ses rangs. L’instruction démarre à un bon rythme, tout le monde, à tous les échelons, y mettant du sien. L’enseignement se donne surtout par l’exemple. Les capitaines sont des modèles pour leurs lieutenants. Le niveau élevé de plusieurs sous-officiers, tant d’active que de réserve, facilite les relations hiérarchiques dans les deux sens. Nul ne chercherait à couper au rassemblement pour le « rapport » que le capitaine préside avec autant d’allure que d’attention, donnant sobrement ses directives ou son commentaire des résultats. Le cas échéant, il se prononce sur les évènements importants pour le pays aussi simplement qu’il donne des nouvelles d’un malade qu’il a visité, mais toujours en cherchant à capter le regard de ses hommes pour que chacun se sente reconnu et concerné. Alors, avant de rompre les rangs, c’est tout naturellement que les talons claquent, que le cou se tend, que cent vingt fusils s’élèvent pour s’immobiliser fièrement au troisième temps du « présentez armes ». Le 14 août, le chef des Français libres est visiblement fier de présenter le bataillon de chasseurs au roi d’Angleterre, Georges VI, venu voir la force qui doit entraîner l’AOF dans la guerre. Les chasseurs auraient aimé être de l’expédition, mais le général explique au souverain qu’il compte sur eux pour constituer une partie des cadres dont on aura besoin quand on lèvera des troupes dans les colonies qui vont se rallier. • 38 •

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Le 31 août, le général de Gaulle s’embarque pour l’Afrique avec le plus clair de ses moyens. Pour les forces terrestres, outre le bataillon de chasseurs, il laisse en Angleterre une unité d’artillerie et une unité de chars, respectivement confiées au chef d’escadron de Conchard et au capitaine Ratard. Ils incorporeront à mesure les ralliés de leur arme et ceux qui souhaitent y entrer. On n’a pas emmené le matériel lourd et le premier dispose d’une dizaine de canons, le second n’a pas de chars : les dix Hotchkiss de Norvège sont partis pour l’Afrique. Bien que faites de la même substance et tendues vers le même but, les trois armes de base cultivent leur particularisme et ne se mêlent ni dans le travail ni, au niveau de la troupe tout au moins, dans les loisirs. Sans doute, ces garçons, qui se sont arrachés à leurs familles et à leurs condisciples, éprouvent-ils, dans l’exil, le besoin de reconstituer une cellule élémentaire aussi chaude, donc aussi restreinte, que possible. Un été et un automne splendides favorisent l’instruction en plein air et les balades du dimanche à la découverte du pays et de ses habitants. On peut voir, presque chaque jour dans le ciel clair, un épisode de cette bataille d’Angleterre où la Royal Air Force a sauvé la liberté. Dans les bourgs coquets du Hampshire, du Surrey et du Berkshire, les filles sourient à ces garçons venus chez elles apprendre à se battre pour libérer leur pays. Des familles de toutes conditions les accueillent avec une généreuse simplicité ; le bataillon est déjà populaire quand, fin septembre, il quitte Delville Camp pour cantonner à Camberley dans de charmants cottages réquisitionnés, ce qui les rapproche encore de la population, cependant que s’achève sur le plateau d’Old Dean (qui domine l’académie militaire de Sandhurst et le collège d’état-major) la construction du camp destiné aux Français libres et que commandera le lieutenant-colonel Renouard. • 39 •

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Dix jours plus tôt, le capitaine Hucher avait confié un peloton d’élèves gradés au lieutenant Vigne, un instituteur bigourdain qui, à la tête d’un corps franc de la ligne Maginot, avait mérité la Légion d’Honneur. Ce sont presque tous des étudiants. On pourrait en faire des officiers, mais le bataillon n’a, pour le moment, besoin que de caporaux. Vigne a refusé tout adjoint. A tour de rôle, les élèves remplissent les diverses fonctions d’une section à l’instruction et s’entrecritiquent sous le contrôle d’un chef admiré et obéi. Inoubliable leçon de pédagogie. Le 6 décembre, de retour d’Afrique, le général de Gaulle inspecte Old Dean et s’étonne de n’y trouver chez les chasseurs, comme futurs cadres, que la vingtaine d’élèves gradés de Vigne. Il dissout le bataillon qui se divise en une compagnie Stahl de cent élèves officiers, une compagnie Lalande d’élèves sous-officiers, une compagnie Dupont de spécialistes, et une compagnie portée Chabert assistée de trois lieutenants de cavalerie dont le plus ancien s’appelle Savelli. L’effectif de chacune des trois dernières unités est de l’ordre de cent cinquante soit, avec les moyens de commandement, un effectif de six cents pour le centre d’instruction d’infanterie. L’hiver est humide et froid, on patauge dans la boue. Les sections sont installées dans des demi-cylindres de tôle qui ne s’éclairent que par les fenêtres aux deux extrémités, et que l’on chauffe d’autant plus difficilement que le coke est malaisé à allumer. Pour y parvenir, on met en pratique la théorie du coup de main et l’on va, de nuit, chiper de l’anthracite dans le quartier des officiers. Dans la pénurie alimentaire que connaît le Royaume-Uni, l’ordinaire ne peut être que médiocre et la moindre amélioration donne l’illusion d’un festin. • 40 •

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On se met néanmoins au travail mais chacun pense en savoir déjà assez pour rejoindre, avec ou sans galon, les camarades d’Afrique qui font déjà parler d’eux : en décembre à Sidi-Barani, en février à CubCub, en mars à Koufra, Keren et Massaoua , c’est-à-dire aux confins d’Egypte et de Libye, en Erythrée et au Fezzan. Une autre fascination est exercée par les parachutistes du capitaine Bergé, promis à intervenir en France en groupe ou isolément. Les premiers à partir sont ceux qui n’attendent qu’un brevet de conducteur, de mécano ou de radio. Ceux qui restent s’impatientent ; protestations muettes, les lettres NVC (Nous Voulons Combattre) s’inscrivent çà et là dans le camp. Les élèves-officiers et sous-officiers, surtout les anciens du peloton Vigne, répugnent au bachotage auquel pousse la sélection, conscients qu’ils sont presque tous de l’équivalence de leur valeur intrinsèque. Fin avril, sur cent candidats, vingt-cinq aspirants seulement sont nommés. Les mieux vus des autres se contentent d’un galon de sergent, valorisé par un brevet de chef de section. On a fait également passer un examen à une demi-douzaine de sousofficiers confirmés ; la moitié seulement, les sergents-chefs de Ferrière, Sylvi et Cambray, accède à l’épaulette. A l’artillerie et aux chars on s’est montré moins élitiste qu’aux chasseurs. La déception n’empêche pas les élèves-officiers, heureux ou malheureux, de monter un spectacle pour mettre la hiérarchie « en boîte ». La salle est comble et rit de bon cœur. Le colonel Renouard félicite auteurs et acteurs ; il se fait remettre les textes pour les « confier à l’Histoire ». On lui fait remarquer que ce ne saurait être celle de la littérature, il répond qu’il pense à l’Histoire tout court. • 41 •

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De toute façon, l’Histoire n’aura pas tardé à perdre les précieux papiers. Si persifleurs soient-ils, les nouveaux promus commandent une tenue galonnée d’argent, écussonnée d’un cor de chasse, et un képi de velours noir. Ils ne les porteront que quelques jours, mais ils se sont juré de les revêtir pour se présenter dans leur futur corps d’affectation. La fête de Jeanne d’Arc, le 11 mai 1941, est sans doute la dernière occasion donnée aux chasseurs de Camberley de manifester leur solidarité. La veille, de Brazzaville, le général de Gaulle a demandé aux Français de se recueillir un instant ce jour-là. A Londres, cinq emblèmes neufs (et à peu près réglementaires) destinés à des corps des Forces Françaises Libres sont bénis à Westminster Cathédral par le cardinal Hinsley. Les chasseurs se rendent en grande pompe, sous la pluie de cendres du bombardement de la nuit, à Wellington Barracks, où l’amiral Muselier leur fait rendre les honneurs. Leur garde est constituée par neuf nouveaux aspirants coiffés du béret alpin. Ils portent le fusil comme ils l’avaient fait pendant 10 mois, au coude à coude avec leurs camarades du bataillon dissous. Dans la même tenue, à côté des marins et des aviateurs, ils représentent une dernière fois l’Armée Française à Londres, avant de se séparer pour rejoindre les régiments avec lesquels ils vont enfin affronter l’ennemi. Depuis le maigre cortège du 14 juillet, qui ne pouvait être qu’un acte de foi et d’espérance, défiler impeccablement avait été pour eux la seule façon, dans bien des bourgs voisins de Camberley, de rendre hommage au peuple courageux qui les accueillait. Ils n’oublieront jamais les effets concrets de la solidarité et du civisme des Britanniques : l’ampleur du bénévolat des femmes dans les • 42 •

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hôpitaux et les usines d’armement ; la vigilance résolue de la Home Guard ; dans la pénurie, l’inexistence du marché noir ; l’absence d’ostentation et de bravade dans l’accomplissement des gestes les plus dangereux, comme celui des jeunes filles de la défense civile qui étouffent dans les greniers de Londres les bombes légères incendiaires en recouvrant chacune d’elles de sable, comme on travaillerait au jardin ; le stoïque et flegmatique « business as usual » placardé sur les devantures éventrées ; l’émulation des communes pour offrir des Spifires à la Royal Air Force ; enfin, le foisonnement des associations pour le bien-être des soldats où les exilés volontaires ne sont pas les moins choyés ! Oui, la fierté de ces garçons qu’a blessés durablement le spectacle de leur armée disloquée et de leur peuple résigné, la raison de leur tenace solidarité, furent d’avoir, sur le sol de l’indomptable Albion, au moment le plus magnifique de son histoire, affirmé leur honneur d’être Français. Le 14 juillet 1941, à Brazzaville où ils viennent d’arriver, les nouveaux aspirants du défunt bataillon de chasseurs de Camberley sont présentés au général de Gaulle. Il les sent mécontents. Danis, major de la promotion, ex-caporal en Norvège et maître de recherches au Muséum d’histoire naturelle de Paris, lui explique que presque tous les élèves-aspirants de Brazzaville viennent d’être nommés, alors qu’un quart seulement de leurs camarades d’Angleterre l’ont été. Rentré à Londres, le général en fera rattraper une vingtaine. Les chasseurs de Camberley n’ont pas ajouté un numéro aux trente et un bataillons de « Diables Bleus », mais ils ont répondu de leur mieux à l’attente de la France libre. Cadres, instructeurs, élèves ont essaimé dans la plupart de ses formations terrestres. Pour les trois quarts ils ont combattu dans les bataillons de la 1ère. • 43 •

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DFL et les régiments de la colonne Leclerc qui deviendra la 2ème.DB où servent respectivement leurs capitaines Lalande et Dupont. Ils ont effectué tout ou partie du périple de ces grandes unités : Egypte, Libye, Tunisie, Italie, Provence, Belfort, Vosges, Alsace, et le massif de l’Authion pour les premiers ; pour les seconds : Fezzan, Tunisie, Normandie, Lorraine, Alsace, Allemagne, en libérant au passage Paris et Strasbourg. Le quart restant comprend ceux qui ont été affectés dans les unités africaines qui n’auront pas eu le privilège de combattre, car il fallait maintenir quelques troupes de souveraineté en AEF et au Levant, et ceux qui ont suivi l’entraînement parachutiste. De ces derniers, les uns, avec le sergent-chef Schmidt, sont entrés en France dans la clandestinité des réseaux ; les autres, avec les sergentschefs Mairet et Martin, ont grossi la compagnie française intégrée au Spécial Air Service (SAS) britannique, au sein duquel ils ont participé aux raids mémorables de Crête, de Tripolitaine et de Tunisie, puis aux opérations aéroportées de Bretagne et de Hollande. En quatre ans, les chasseurs de Camberley sont devenus des soldats chevronnés. Une soixantaine sont morts pour la France sans que référence ait été faite à leur première affectation. Aussi bien, on ne saurait tenter d’en dresser la liste sans risquer d’en omettre ne serait-ce qu’un. Ne citer que ceux de Norvège, mais en pensant à tous les autres, peut être une façon de rappeler qu’en leur faisant d’emblée confiance, les anciens ont payé les « bleus » du supplément d’espérance qu’à partir de Stoke-on-Trent ils leur avaient apporté. Dans l’ordre du parcours, en mentionnant leur grade au moment du choix, leur unité et leur grade au moment de leur mort, ce sont : le sous-lieutenant François Bolifraud, 13ème. DBLE ; lieutenant, Bir Hacheim, 1942 ; le sergent-chef Joseph de Ferrières, 1ère. DBLE, lieutenant, Italie, 1944 ; le sergent François Martin, lieutenant, • 44 •

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Bretagne, 1944 ; le lieutenant Emmanuel Dupont, RMT, capitaine, Paris, 1944 ; le médecin-lieutenant André Genet, 13ème. DBLE, médecin-capitaine, Alsace, 1945. Pour montrer la force de l’exemple et la valeur du sacrifice, on peut évoquer ici le souvenir du sous-lieutenant Philippe Bolifraud. Il avait franchi les Pyrénées, mérité l’épaulette à Cherchell, demandé à prendre la place de son frère aîné à la 7ème. compagnie de la 13ème. DBLE. Il y est tombé en janvier 1945, à la tête de sa section. L’auteur de ce récit commandait la compagnie. Il avait, quatre ans auparavant, servi comme fonctionnaire-caporal dans la section Bolifraud à Delville Camp, dans le Hampshire.

Général Jacques BOURDIS Compagnon de la Libération Document communiqué par Monsieur Philippe BLANC (Conservateur du mémorial des Troupes de Montagne)

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Commémoration de la fin de la grande guerre Ce dimanche 9 août la cérémonie commémorant le 91ème anniversaire de la fin de la grande guerre s’est déroulée au cimetière militaire du Wettstein, lequel fait partie des huit nécropoles où reposent en tout plus de 13000 soldats, tués dans ces hauts lieux de combats. Tant de jeunes chasseurs y ont trouvé la mort, à même pas 20 ans pour la plupart, pour quelques mètres gagnés sur l’ennemi : le prix du sacrifice ! C’est pour les honorer que chaque 2ème dimanche du mois d’août une messe leur est dédiée au milieu des nombreuses croix anonymes alignées à perte de vue. Cette manifestation se veut également celle de la réconciliation Franco-Allemande afin de ne jamais plus revivre d’aussi tragiques évènements. Pour la circonstance fut distribué un emblème représentant la carte de la France donnant la main à celle de l’Allemagne : tout un symbole ! Près de la petite chapelle se dresse une croix en grès des Vosges nommée « la croix du Linge» et portant en filigrane l’inscription « PAX » ; elle a remplacé l’ancienne croix en bois usée par le temps et les intempéries et qui, curieusement, a été érigée quelques jours avant le début de la deuxième guerre mondiale ! Après l’office religieux et l’ homélie de l’aumônier militaire Schall rappelant le devoir de mémoire, la cérémonie s’est poursuivie par la levée des couleurs au son d’une poignante Marseillaise, interprétée dans ces lieux sacrés par les sapeurs-pompiers d’Orbey . Suivirent, au monument aux Morts, les discours officiels et les dépôts de gerbe avant l’hommage. Malgré le temps maussade, nous avons été épargnés par la pluie que nous appréhendions ; par moments, le soleil a même fait quelques timides apparitions ! Une foule nombreuse était présente : beaucoup d’anciens Alpins, certains en tenue chasseur, d’autres portant la tarte, ainsi que des • 46 •

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représentants d’autres armes - notamment quelques paras et plusieurs Allemands en uniforme. Les Diables Bleus de Colmar s’étaient déplacés en nombre, plusieurs en tenue, dont notre porte-drapeau Robert Bouillon et notre président Tom Borocco en tenue Solferino , sans oublier notre photographe attitré, Jean Pierre Oberzusser, ( l’oeil de notre amicale) et votre serviteur, qui a eu l’honneur de représenter le 22ème BCA en tant que Délégué régional Alsace. Parmi les nombreuses personnalités présentes, plusieurs officiers Alpins en tenue ; entre autres le colonel Dollé, du Souvenir Français , le colonel Boess, Président des Amicales de l’Est et ancien du 16ème BC (lequel bataillon est installé depuis peu à Bitche), et bien d’autres : les généraux Muller et Paulus , le Sous-Préfet, plusieurs maires et les représentants de diverses associations d’anciens combattants. La cérémonie s’est conclue par un petit défilé avec plus de 25 portedrapeau, musique en tête, suivi d’un apéritif servi en pleine forêt dans un esprit de franche camaraderie chasseur ! Après ces émotions, les membres de l’amicale de Colmar (accompagnés de leurs épouses) se sont retrouvés dans la fermeauberge du Wettstein pour un excellent repas marcaire arrosé de vins d’Alsace et de bleu cerise - avec la modération qui les caractérise… C’est avec des regrets non dissimulés que chasseurs et chasseresses se sont quittés en promettant de se retrouver bientôt : chez les Alpins, l’estime n’est pas un vain mot !! Jean-Robert Haefélé

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CEREMONIE DE DISSOLUTION DU CNAM / CIECM Les larmes n'étaient pas loin. Elles ont même brouillé les yeux du Lieutenant-colonel Clément, chef de corps du Centre National d'Aguerrissement en Montagne pour quelques mois encore. La cérémonie de dissolution du CNAM/CIECM organisée hier matin a tenu ses promesses en émotion. Elle a atteint son paroxysme lorsque le drapeau du 159e régiment d'infanterie alpine a été « roulé ». Héritier des traditions du 15-9 depuis sa création en 1994, le CNAM conserve aussi le drapeau du régiment des Neiges. La dissolution du centre d'aguerrissement et la désertion de Briançon par l’armée mettent par conséquent un terme au déploiement de ce drapeau qui va rejoindre le service historique de la Défense. Le drapeau du 15-9 est décoré de la croix de guerre 14-18 avec trois palmes et de la croix de guerre 39-45. Les noms des batailles où le 159 s'est distingué y figurent aussi : Edenkoben (1794), Alsace (1914), Artois (1914-1918), La Marne (1918), Picardie (1918), AFN (19521962).. Les militaires vont donc quitter la cité Vauban tout comme ils vont quitter Barcelonnette et les Alpes-de-Haute-Provence. Les "anciens", les "amicales" ont désormais une lourde mission : «rappeler à la population locale la présence militaire dans le Briançonnais et dans l'Ubaye», a lancé le Lieutenant-colonel Clément lors des discours qui ont suivi la cérémonie. «On s'est beaucoup battus pour le centre mais la gloire n'était pas au rendez-vous. Les dés étaient pipés et la bataille avait commencé sans nous.» Ces mots prononcés par le chef de corps devant ses soldats ont sonné comme un baroud d'honneur sous l'œil du général Dumont Saint-Priest, commandant le centre de préparation des forces. Le lieutenant-colonel Jacqmin, qui commande le détachement de Barcelonnette, et le Lieutenant-colonel Reppellin, commandant en second, ont tapé dans le mille en offrant à leur supérieur une réplique "grandeur nature" du drapeau du 15-9. En espérant « que celui-là ne sera pas roulé ».

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De nombreuses personnalités ont assisté à cette cérémonie : militaires, anciens militaires, représentants de l'État et élus des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, et présidents d’associations, notamment l’Amicale Ubayenne des Chasseurs Alpins et l’Amicale des Anciens du 159°RIA/CNAM…sans oublier l’amicale nationale du 22°BCA, et le fanion de l’Amicale « des chasseurs à pied, anciens des bataillons alpins et mécanisés, amicale du Mentonnais et des sections de Grasse-Vallauris » ! Des anonymes étaient là aussi, déjà nostalgiques de l'impeccable cérémonial de l'armée française dont les pas ne résonneront plus sur ces terres. G.L

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L’armée quitte l’ubaye Avec la parution du livre blanc sur la Défense en Août dernier se confirmait la suppression, en début d’été 2009, du Centre d’Entraînement au Combat en Montagne (CIECM) annoncée par la rumeur depuis déjà un an. Les fermetures des casernements de Barcelonnette et de Jausiers (il y a cinq ans déjà) va mettre un terme à une présence militaire qui concourait fortement à la richesse humaine de notre vallée et en avait façonné de façon marquante les paysages. Vallée frontière, alternativement provençale, savoyarde et française, l’Ubaye a vu passer au cours des siècles guerriers et envahisseurs et leurs cortèges de ruines et désolations. Lombards, Sarrasins, troupes de François 1er, de Lédiguières, de Catinat, de Victor Amédée II de Savoie, de Berwick, du prince de Conti, du général Kellermann et de Bonaparte la traverseront, l’occuperont et très souvent la dévasteront. L’intérêt stratégique du plateau de Tournoux avait conduit le maréchal de Berwick à insister auprès de Louis XIV pour que la Vallée de Barcelonnette fut rattachée à la France à l’occasion du traité d’Utrecht en 1713. Mais c’est seulement en 1865 que s’achèvent les travaux du fort de Tournoux, entamés en 1843, et que débute vraiment l’installation de troupes permanentes dans la vallée de Barcelonnette. Le fort est à peine achevé que l'apparition de l'artillerie rayée et les enseignements de la guerre de 1870 montrent la nécessité de compléter plus en profondeur les défenses de la Vallée. C'est le général Séré de Rivières, concepteur du système fortifié qui porte son nom, qui prescrit alors la construction des nombreux ouvrages qui ponctuent le panorama : batteries du Serre de l'Aut et du clos des • 53 •

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Caurres, de Viraysse et de Mallemort, redoutes de Roche-la-Croix, batteries de Vallon Claus de Cuguret complétés par les ouvrages commandant la Haute Tinée - camp de Restefond, camp des Fourches ! La construction de tous ces ouvrages ainsi que des routes ou chemins qui les desservent et sont quotidiennement utilisés aujourd'hui (chemin horizontal, route et tunnel du Parpaillon, routes du col de Restefond, de la Moutière, de la Cayolle...) provoque une certaine animation dans la Vallée pendant près de 50 ans. Les entreprises locales sont largement mises à contribution et ouvriers civils ou militaires employés sur les chantiers renforcent de façon sensible la population. Entre-temps, la loi du 24 décembre 1888 crée les troupes alpines qui vont tenir garnison dans les vallées. En Ubaye, il s’agit du 157ème régiment d’Infanterie Alpine qui comptait deux bataillons et son étatmajor à Lyon et deux bataillons dans la vallée de l'Ubaye avec pour garnisons Tournoux, Jausiers et Saint-Vincent. Les régiments d’infanterie alpine occupent les ouvrages fortifiés de montagne pendant l’hiver, constituant la partie « fixe » du système de défense du massif alpin. Les groupements alpins (chasseurs alpins, batteries alpines et détachement du Génie) en sont la partie mobile. Ils participent à des travaux routiers, contribuant ainsi au désenclavement de certaines localités et à l'établissement d'un réseau secondaire de routes permettant de relier rapidement différents points du massif alpin en cas d'attaque ennemie. Le 21 janvier 1904 se produisit un drame qui devait durablement marquer la mémoire du régiment : une avalanche au col de la Parre provoqua la mort de deux caporaux et de quatre soldats et en blessait plus ou moins gravement 13 autres. Les obsèques des victimes eurent lieu à Tournoux en présence du gouverneur militaire de Lyon, des autorités civiles et d'un grand nombre d'habitants. La vallée n'est bien sûr pas concernée par la "Grande Guerre" dont les combats ont lieu sur d'autres frontières. Le fort de Tournoux abrite cependant pendant deux ans (1915-1916) une "Université Serbe" où 200 jeunes réfugiés en France, arrivés en • 54 •

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fin de scolarité et accueillis par Jausiers, trouveront une instruction militaire avant de participer au conflit. A leur départ ce sont des prisonniers allemands (dont un certain nombre sont en captivité dans la vallée) qui y sont hébergés. Hôpital "complémentaire" temporaire, le fort avait d'ailleurs déjà reçu de début août à fin novembre 1914 un bon millier de prisonniers blessés, ultérieurement transférés à Barcelonnette. La fin de la guerre voit l'installation d'un bataillon de chasseurs alpins en garnison permanente à Barcelonnette. C'est le 15e B.C.A. qui détachera une Compagnie à Tournoux, remplacée pour un temps par le 159e R.I.A. de Briançon. En 1929, le ministre de la guerre André Maginot fait voter le programme qui portera son nom. L’Ubaye se couvre d’ouvrages modernes, enterrés et très protégés, précédés d'avant-postes plus légers réalisés par main d'?uvre militaire. Ce sont les ouvrages de Roche-la-Croix, du haut et du bas de Saint-Ours, de Plate Lombarde, de Granges-Communes, de Restefond et de la Moutière. En juin 1940, ils montreront leur efficacité puisque l'ennemi, attaquant dans un rapport de forces très supérieur, n'arrivera même pas à entamer la ligne d'avant-postes. En août 1944, après le débarquement de Provence, les résistants ubayens libèrent la vallée mais, ne recevant pas à temps le renfort des alliés, ils doivent céder l'Ubayette aux forces germano-italiennes. Le fort de Tournoux est tenu dans des conditions précaires par une compagnie du 99 R.LA. pendant l'hiver 1944-1945. Cette compagnie participera en avril 1945 aux combats qui permettront la reprise des ouvrages de Saint-Ours et de Roche-la-Croix, la reconquête de l'Ubayette et la pénétration en Italie. Après avoir stationné après la guerre à Bregentz (sur les rives du lac de Constance, en Autriche) dans le cadre de l'armée d'occupation, le 11ème BCA s'installe en 1948 à Barcelonnette et à Jausiers, dans les • 55 •

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quartiers Jacquemot et Breissand. Centre d'instruction pendant la période de la guerre d'Algérie, le “Onze” redevient Bataillon opérationnel le 10 juillet 1969 avant d’être intégré dans la 27ème. Division Alpine en 1976, .A partir de 1982, le 11ème B.C.A. fait partie de la Force d'Action Rapide au sein de la 27ème Division Alpine,. Outre sa mission de protection au profit de la force nucléaire stratégique du plateau d'Albion, il participe aux relèves Outre-Mer et principalement, dans le cadre du bataillon logistique français, à la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban. Son effectif est d'environ 1000 hommes, dont 200 cadres. Formé en majorité d'appelés, il entretient des relations exemplaires avec la population locale. Bénéficiant d'un environnement exceptionnellement favorable, le Bataillon dispose de possibilités d'instruction et d'entraînement remarquables qu'il met à profit pour se hisser au niveau des meilleures unités de l'armée de terre. Dans le cadre de la restructuration consécutive à la mise en oeuvre du plan Armée 2000, il est dissous à compter du 30 juin 1990. Après l’émoi et les remous suscités à Barcelonnette par l’annonce de la dissolution du 11ème BCA il est décidé, début 1990, de créer une structure militaire appelée à combler le vide créé par la perte du Bataillon. Après quelques hésitations sur l’emploi à donner à cette future unité, le Commandement opte pour une formation dont l’appellation résume la double mission : Centre d’Instruction et d’Entraînement au Combat en Montagne. Le CIECM peut héberger 6 unités élémentaires qui se répartiront entre un Centre d’Instruction à deux compagnies, destiné à la formation initiale des appelés du contingent de corps ne disposant pas de ce support et d’autre part un Centre d’Entraînement type Commando spécialisé dans le milieu montagneux pouvant accueillir 4 compagnies pour des stages de 3 semaines.. • 56 •

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L’espérance de vie du Centre était au départ très limitée. Il s’agissait de faire « passer la pilule » de la disparition du 11ème BCA, pour, une fois celle-ci intégrée dans les esprits, revenir en douceur sur les compressions de personnels initialement programmées Mais le CIECM va très vite se faire une place au soleil. La formation des jeunes recrues donne toute satisfaction aux corps auxquels elles sont destinées. Les régiments qui ont envoyé leurs compagnies en stages font très vite savoir qu’ils apprécient fortement la manière originale dont ceux-ci sont conçus et exécutés. Le CIECM se voit attribuer en 1993 le fanion du Bataillon de la Garde Impériale, le 24ème BCA. Pendant 18 ans il va asseoir sa réputation d’excellence et d’expertise dans le domaine du combat en montagne et montrer une forte capacité à s’adapter aux transformations de l’Armée de terre pendant cette période : 1995 : création du CNAM de Briançon qui succède au 159 RIA. Il apparaît vite que ces deux unités voisines et aux missions similaires risquent de se faire de l’ombre. 1996 : fin du service militaire. Le Centre d’Instruction n’a plus de raison d’être. Les casernements de Jausiers s’avèrent très vite superflus et seront fermés quelques années plus tard. Il est fait appel, pour pallier le départ des appelés, à davantage de personnels civils. En particulier, les habita$n$ts découvrent avec étonnement le remplacement des sentinelles du poste de sécurité par des gardiens recrutés dans la population. 1997 : premières menaces. Qui du CNAM ou du CIECM va devoir disparaître ? Devant la mobilisation des élus locaux, la décision est renvoyée à plus tard. En attendant, les deux corps seront regroupés au sein du Complexe d'Aguerrissement des Alpes. 2007 : des rumeurs liées aux mutations de cadres font état d’une prochaine disparition du CIECM. Sans qu’elles soient vraiment démenties, on fait savoir que les futures restructurations des Armées, liées aux conclusions d’un livre blanc sur la Défense en cours • 57 •

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d’élaboration, ne seront connues qu’après les élections municipales d’avril 2008. Août 2008 : la suppression des deux centres est confirmée pour l’été 2009. Noyées dans le flot des dissolutions et des déménagements de garnisons plus médiatisées (Bitche, Dieuze, Bourg St Maurice) les timides protestations des édiles sont cette fois sans effet. En 18 ans, le CIECM a accueilli 9000 recrues et 60000 stagiaires, parmi lesquels on a pu remarquer des élèves-officiers de St Cyr et de l’EMIA ainsi qu’un nombre non négligeable de soldats étrangers provenant en particulier du Golfe Persique et d’Asie Centrale. Il comptait ces dernières années plus de 110 personnels dont 22 civils, ce qui représente environ 80 familles avec 120 enfants. Le chiffre d'affaires généré par les personnels et le fonctionnement du CIECM s'élève à 4,5 millions d'euros par an, ce qui explique en partie l’émotion soulevée par cette disparition dans une ville de garnison très attachée à ses Chasseurs Alpins. Mais bien au-delà des chiffres, il s’agit avant tout de la perte du capital humain représenté par une population militaire qui se caractérisait par sa jeunesse, son dynamisme et son engagement dans la vie collective de la cité. Pendant ces 150 ans de vie de garnison, les troupes alpines ont marqué profondément la vie des vallées dans lesquelles elles étaient implantées. Le bal de garnison était un moment fort de la vie de la cité et on ne compte plus les mariages qui ont réuni demoiselles du pays et gradés du bataillon. Mais il ne faut pas oublier le rôle éminent joué par les troupes alpines dans la promotion du ski et de l’alpinisme. Les militaires sont les premiers à communiquer au CAF des relations de courses très techniques et la croix dédiée au Lieutenant Bugeon, inaugurée en 1893 devant le 28ème BCA au complet, rappelle l’accident survenu pendant une des premières ascensions du Brec de Chambeyron. • 58 •

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Les mulets militaires sont mis à contribution pour la construction du refuge Jean Coste en 1923, et les chasseurs du 11ème BCA créeront encore, dans les années 1970, le sentier menant au pied de la Pierre André. Des essais de skis sont menés au 159ème RIA à Briançon dès 1899. De performances nettement supérieures à celles des raquettes, ce nouveau mode de déplacement est adopté par les troupes alpines. Les appelés originaires des villages de montagne sont encouragés à garder leurs skis une fois libérés en vue de faire chez eux des émules dans la perspective d’un conflit à venir. Dès 1905, les « Valleians » s’intéressent à ce nouveau sport. L’ Armée est de tous les concours et compétitions et cette tradition se maintiendra jusqu’à aujourd’hui, avec le CIECM qui participe à l’organisation de l’Ubayenne et dont l’absence se fera durement sentir l’année prochaine. On ne peut que se morfondre de cette disparition alors que les malheureux événements récents survenus en Afghanistan militent au contraire pour le renforcement de la préparation aux interventions extérieures. Le CIECM y excellait, avec son cadre géographique si bien adapté à ce théâtre d’opérations. Et sourire à ce que le centre de réoxygénation de la Condamine, soit la dernière formation militaire dans les Alpes-de-Haute-Provence (hors Gendarmerie) relève des sous-mariniers… Bernard SARRAILH

NDLR : On peut également se demander quel sera le sort réservé aux traditions du 24°BCA dont le CIECM était dépositaire : le musée des Troupes de Montagne à Grenoble, ou plus vraisemblablement les caves du Musée des Chasseurs à Vincennes ???? Il serait beaucoup plus élégant de les confier en dépôt à l’Amicale du 24°BCA et à la municipalité de Villefranche/Mer afin d’enrichir le musée existant…..

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Opération ”Dîner en ville” (bataille d’alasay) Du 14 au 23 mars, deux bataillons de l’armée nationale afghane appuyés par le GTIA Kapisa et les moyens aériens américains ont conduit avec succès une opération d’envergure en vallée d’Alasay avec pour objectif de reprendre cette zone, sanctuaire des insurgés depuis 2006, afin d’y implanter deux bases permanentes de l’armée afghane qui sera ainsi en mesure de contrôler le terrain dans la durée et d’offrir les conditions au développement. Le 14 mars, avant le lever du jour, une compagnie du GTIA et des contrôleurs aériens ( Joint Terminal Attack Controller ) du 93° RAM sont héliportés sur les crêtes à l’entrée de la vallée et à l’aplomb des deux zones où seront construites les deux bases, alors qu’un bataillon de l’ANA (appuyé par une compagnie du GTIA renforcée de trois AMX-10RC du 4° Rch) pénètre dans la vallée d’Alasay, renseigné par une équipe du Groupe de Commandos Montagne (GCM ) infiltrée dans la vallée. Après un engagement avec les insurgés à l’entrée de la vallée, le groupement ANA – compagnie du GTIA s’installe dans le village d’Alasay. Durant toute la journée du 14 mars, les insurgés essaieront de reprendre le contrôle d’Alasay et de déloger la compagnie du GTIA postée sur les crêtes. C’est au cours de ces combats que le caporal-chef Belda sera tué et un tireur Milan blessé par des éclats provenant de son poste de tir détruit par un tireur d’élite insurgé. La compagnie, implantée sur les crêtes et ne pouvant être récupérée par les Chinooks américains, s’exfiltre dans la nuit du 14 au 15 mars en direction d’Alasay, avec l’aide d’une équipe des GCM qui monte à sa rencontre et jalonne l’itinéraire. Jusqu’au 23 mars, les compagnies du GTIA se relèveront pour assurer la protection du chantier des deux bases occupées depuis cette date par • 60 •

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La vallée d’Alasay vue d’une des crêtes tenues par la compagnie du 27 : l’entrée de la vallée est à gauche et le village d’Alasay à droite.

l’ANA. Plus de 70 insurgés ont été tués au cours de l’opération, alors que les alliés déplorent 1 tué et 6 blessés dans les rangs de l’ANA et 1 tué et 1 blessé au GTIA. Parallèlement aux opérations de constructions, des shuras sont organisées par l’armée afghane et les autorités administratives afin d’expliquer aux anciens et aux maleks le but des opérations conduites dans la vallée, de dire leur détermination de tenir le terrain sous leur autorité et recueillir les besoins des villageois. En conclusion, reprenons ces paroles du colonel Le Nen ( voir Info Afghanistan n° 7 ) qui illustrent bien la réussite de cette opération : "La vraie plus-value des chasseurs alpins est là. Nous pensons nos manoeuvres dans un terrain à trois dimensions, de la même manière que notre ennemi". ……

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Le village d’Alasay Photos 27° BCA

….. "Nos chasseurs ont le pied alpin, c'est-à-dire qu'ils sont capables de marcher avec jusqu'à 45 kg de matériel sur le dos (armes, munitions, gilet pare-balles...), sans se faire une entorse et sans chuter, et de serpenter entre des barres rocheuses tout une nuit, parce que la différence se fait là".

OPERATION « SUNNY DAYS » Cette opération, menée du 18 au 23 avril par un bataillon de l’A.N.A. appuyé par le GTIA 27 et les moyens aériens américains, s’est inscrite dans le prolongement de « Dinner Out » dont le but était de reprendre le contrôle de la vallée d’Alasay et d’y établir deux bases de l’ANA. L’objectif de « Sunny Days » était de reconnaître pour la première fois les crêtes dominant cette région, d’empêcher leur utilisation par les insurgés, et d’implanter une troisième base, plus avant, au débouché de deux vallées secondaires. Dans la nuit du 20 au 21 avril, les commandos de montagne ont été déposés sur les crêtes par un • 62 •

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Chinook afin d’appuyer la progression des soldats afghans qui ont découvert de nombreux postes de combat des insurgés. A midi, le drapeau de l’Afghanistan flottait sur le sommet principal de la vallée d’Alasay. Ce geste était très symbolique pour les soldats afghans, car ce mouvement de terrain n’avait jamais été contrôlé, « pas même par les soviétiques » d’après un officier afghan. La nouvelle base a reçu le nom de C.O.P. Belda en hommage au caporal-chef Belda mort au combat dans cette vallée.

Construction de la Base Belda

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Enseignements à chaud de l’opération DINNER OUT 1. Un seul effet majeur pour deux effets tactiques Le but de l’opération DINNER OUT était de reconquérir la partie Est de la vallée d’Alasay, au-delà du méridien 64, pour permettre l’installation de deux COP de l’ANA au district center d’Alasay et à proximité du village de Shehkut. Face à un ennemi prévenu depuis longtemps de cette opération, l’effet majeur de DINNER OUT était de briser la volonté de résistance des insurgés en conduisant une attaque de vive force afin de ramener la population de la vallée dans le camp du GiROA. En effet, dans un pays où la force a jusqu’à présent toujours primé le droit, la conquête des coeurs et des esprits des populations de cette vallée exigeait au préalable une démonstration de force telle que leurs doutes sur les capacités des forces de coalition à vaincre militairement les insurgés soient totalement et définitivement dissipés. Toutefois, les effectifs limités engagés dans la vallée (120 soldats français sur les crêtes Sud et Est et 580 soldats français et afghans au fond de la vallée), la taille de la zone d’opérations (un quadrilatère de 5 kilomètres de large sur 10 kilomètres de long incluant le massif sud de la vallée) et le souci de laisser la porte ouverte à une réconciliation future avec un ennemi aux motivations très disparates imposaient de ne pas fermer les issues Est de la vallée vers les vallées de Shpe et de Sken. C’est pourquoi les deux effets tactiques recherchés consistaient à chasser ou détruire l’ennemi. Comme nous nous y attendions l’ennemi, estimé à 190 insurgés parmi lesquels se trouvaient des combattants venant des vallées voisines d’Afghanya, Ghayne, Bedraou et de secteurs plus éloignés, Ouzbin et Laghman, a tenté de mener une défense ferme sur deux lignes de défense successives. Sa défaite a tenu à trois facteurs qu’il n’avait pas ou mal évalués : - la mise en oeuvre d’une puissance de feu face à laquelle il n’avait jamais été confronté jusqu’à présent ; • 64 •

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- la détermination des forces de la coalition à continuer à avancer dès le début des contacts ; - l’occupation du terrain dans le temps puisque l’opération a duré 10 jours. 2. Prévenir pour dissuader Plusieurs indices auraient pourtant dû faire comprendre à l’ennemi que les forces de la coalition étaient fermement déterminées à aller au bout de leur mission, et qu’elles mettraient en oeuvre une puissance de feu en rapport avec cette détermination. En effet, 24 heures avant le déclenchement de l’opération, nous avions demandé à toute la population de la vallée d’Alasay de quitter les lieux des futurs combats. En outre, sachant que la date et les objectifs de l’opération avaient été éventés depuis longtemps, et plutôt que de bouleverser notre planification et de reporter l’opération à une date ultérieure (qui elle aussi aurait été communiquée aux insurgés), nous avons choisi de tirer parti de ces fuites par cet avertissement solennel dont le but était aussi de frapper les esprits des insurgés. Cette demande adressée à la population a eu l’effet escompté : elle a stigmatisé l’envie de combattre des insurgés, les exposant dès lors plus facilement à nos coups, et a provoqué un exode temporaire des habitants de la vallée. Dès lors l’ennemi, ne pouvant plus se fondre au sein de la population au moment des combats, a vu sa liberté de manoeuvre se réduire- et la nôtre s’accroître d’autant. 3. Les armes fatales Parmi notre arsenal, les VAB canon de 20 mm et les postes de tir milan ont été les deux armes qui ont permis d’infliger les coups les plus sévères à l’ennemi. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si notre seul blessé a été un tireur milan pris à partie par un sniper et notre unique tué, le pilote d’un VAB canon 20 mm. Les VAB canon de 20 mm, grâce à la qualité de leurs optiques, la portée et la précision de leurs tirs, ont permis d’engager et de détruire • 65 •

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des ennemis à une distance de plus de 1 000 mètres. Les milan ont offert les mêmes avantages que les VAB canon de 20 mm avec en plus de meilleures possibilités d’observation de nuit grâce à leurs caméras MIRA. En outre, la détonation au départ des missiles, leur vol particulièrement spectaculaire et leur pouvoir de destruction à l’impact ont très fortement impressionné les insurgés. Il a suffi de trois tirs milan sur des postes de combat ennemi pour abattre une partie de la première ligne de défense ennemie établie à hauteur du village de Shehkut. Lors de la formation du GTIA, j’ai choisi de remplacer un groupe eryx par un groupe milan pour que chaque compagnie dispose de deux groupes milan et d’un groupe eryx. J’estime que cette modification du TUEM doit être pérennisée. L’emploi des milan en Kapisa exige toutefois une préparation particulière. Il est impératif que les groupes soient capables de se mettre en batterie, d’acquérir une cible et de tirer en moins de 5 minutes- car le tir contre les insurgés est toujours un tir d’opportunité. Il est impératif aussi que les groupes milan qui, en Kapisa, ne sont plus des groupes anti-char mais des groupes anti-infrastructure, soient capables de se déplacer à pied en portant leurs postes et au moins deux missiles. Ceci implique l’acquisition de clés de portage adaptées. 4. Tête de pont sur les crêtes pour manœuvrer sur les arrières de l’ennemi L’opération DINNER OUT consistait en une attaque dans la profondeur du dispositif ennemi. Comme toute opération de ce type, il était impératif de s’emparer d’une tête de pont au-delà des deux lignes de défense de l’ennemi, pour le menacer sur ses arrières et déséquilibrer ainsi son dispositif. En s’articulant sur deux lignes de défense, l’ennemi a commis une erreur tactique qui lui a été fatale : celle de nous offrir un dispositif figé en créant (sans s’en rendre compte) une ligne avant et une ligne arrière. • 66 •

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Il nous a ainsi donné l’opportunité de l’attaquer simultanément sur les deux extrémités de son dispositif, et notamment sur ses arrières. En outre, l’opération se déroulant en terrain montagneux, elle exigeait aussi une action simultanée sur les hauts et les bas du terrain. C’est pourquoi nous avons décidé de créer une tête de pont sur les arrières de l’ennemi en nous emparant des points hauts situés les plus à l’Est de la crête sud de la vallée et qui surplombaient le district center d’Alasay, objectif ultime de notre offensive par le bas de la vallée. Cette saisie a été effectuée par l’héliportage de deux sections de combat par CH 47 à 04H30 du matin. Du lever au coucher du soleil, l’ennemi s’est acharné par des tirs continus sur les positions occupées par les sections. Celles-ci s’étaient installées sur des points hauts afin de dominer toutes les approches et menacer ainsi les axes de retraite de l’ennemi. En dépit de plusieurs tentatives d’encerclement et d’un blessé par balle, les deux sections ont tenu cette tête de pont le temps que le district center d’Alasay soit saisi par les unités manoeuvrant en fond de vallée. Elles ont réussi à remplir leur mission grâce à leur position dominante, à leur armement lourd (elles avaient été héliportées avec une 12.7 mm sur affût terre et des postes de tir milan) et à l’action décisive du JTAC qui a su desserrer l’étau de l’ennemi par un appui CAS massif pendant plus de 12 heures d’affilée. En revanche, le CJTF 101 a refusé de désengager les deux sections par héliportage en raison des risques jugés trop importants pour engager des CH 47. Les deux sections ont dû s’exfiltrer à pied, de nuit, portant à dos d’homme tout leur matériel, jusqu’au district center d’Alasay. Elles ont été appuyées dans leur descente depuis les bas par les AMX 10 RC du peloton et par le groupe de commandos de montagne qui, parti depuis le fond de la vallée, est monté à leur rencontre pour les • 67 •

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récupérer et couvrir la fin de leur repli. Les deux sections étaient très lourdement chargées, équipées pour 4 jours de combat, notamment en piles, munitions (ALI et missiles) et armement collectif (12.7 mm, milan). Cette exfiltration de près de 5 heures après une journée continue de combat n’a été possible que grâce au très haut niveau physique et moral des cadres et des chasseurs. C’est là que chacun s’est rendu compte combien un aguerrissement très poussé en montagne pendant la MCP était fondamental pour le type de combat que nous menons en Kapisa. 5. Les limites de l’héliportage L’hélicoptère a prouvé au cours de cette opération toute son utilité. Nous avons toutefois perçu les limites du « tout hélicoptère » lors du désengagement des deux sections précédemment citées. Outre le fait que les héliportages limitent les effectifs des personnels déployés sur le terrain (même si le CH 47 permet d’emporter 29 combattants tout équipés), son emploi lors des phases de combat est beaucoup moins souple qu’il n’y paraît en première approche. Il est notamment indispensable que les unités héliportées conservent la capacité de manoeuvrer à pied, même si lors de la phase de planification il est prévu que leur exfiltration se fasse par hélicoptère. 6. Les bienfaits d’une planification maîtrisée Ce qui était envisagé en planification s’est bien produit. Le S 2 du GTIA avait parfaitement analysé et prévu le volume estimé de l’ennemi, ses différents rideaux défensifs, ses itinéraires de renforcement, ses points durs et enfin, la résistance qu’il nous a opposée durant les 36 premières heures de l’opération. En conduite, les adaptations successives de la manœuvre du GTIA ont été réalisées de la façon la plus fluide et la plus réactive possible. Ainsi, dès le 14 mars à 14H00L(soit après 9 heures de présence dans la vallée et 7 heures de combat pour certaines sections) nous avons compris que les deux sections engagées sur les hauteurs Est dominant le district center d’Alasay ne pourraient pas soutenir un tel rythme de combat pendant 4 jours. • 68 •

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De plus, isolées par rapport au reste du dispositif, elles risquaient de devenir le point d’application de l’effort principal de l’ennemi, et donc le point de vulnérabilité de notre propre dispositif. Nous avons donc engagé immédiatement un branch plan que nous avons proposé à la TF WARRIOR avec un désengagement de ces sections par hélicoptère (il était envisagé en planification en cas d’urgence), et un autre à pied. Le lendemain après-midi, l’intensité des combats avait diminué, mais pas au point de permettre le lancement des travaux de la nouvelle COP près du district center d’Alasay. Devant le retard des travaux, nous avons immédiatement proposé un prolongement de l’opération au kandak de l’ANA et à la TF WARRIOR. Après la résistance acharnée des insurgés durant les 36 premières heures, une relative accalmie dans les accrochages nous permettait d’envisager une exploitation du succès tactique que nous venions de remporter sous réserve d’occuper la vallée dans la durée. Nous avons donc décidé de passer d’une opération de 4 jours à une opération de 10 jours. Ce prolongement, alors planifié en urgence, a fait l’objet d’un FRAGO et d’une réarticulation du dispositif. Le travail de MEDO et le processus de planification conduit sur un mois en amont de toute opération d’ampleur donnent de bons résultats. L’étude, dans le détail du terrain, du dispositif et des modes d’action de l’ennemi et de l’ensemble des cas non conformes facilite l’anticipation et la manoeuvre d’opportunité. Le succès de cette opération a reposé en effet sur la faculté d’adaptation bien française à saisir des opportunités pour exploiter les avantages tactiques. Cette manœuvre d’opportunité a exigé un dialogue permanent avec • 69 •

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nos alliés (ANA, ETT) et nos échelons supérieurs (TF WARRIOR et CJTF 101) pour obtenir les moyens nécessaires à l’inflexion de nos manoeuvres et notamment les CH 47. 7. Harceler dans la durée pour finir de briser la volonté de résistance de l’ennemi Le 15 mars au matin, les insurgés ont tenté une dernière contreattaque contre les positions retranchées des unités de la coalition sur le district center d’Alasay, empêchant le début des travaux d’aménagement de la première COP jusqu’en début d’après-midi. Ils ont ensuite cessé tout contact. Il s’est alors agi pour le GTIA d’exploiter cette victoire tactique en continuant à mettre une pression continue sur les insurgés. Le but : briser définitivement leur volonté de résistance en les harcelant dans la durée. Il fallait aussi empêcher l’ennemi de se réorganiser et surtout de lui permettre de harceler à son tour les forces de la coalition qui, regroupées sur deux strong points, devenaient de facto plus statiques et donc plus vulnérables aux tirs de sniping antipersonnel et anti-véhicules et à la pose des IED. Les actions de harcèlement du GTIA ont combiné des opérations ciblées dans les derniers réduits des insurgés et des tirs incessants sur toutes leurs positions de combat, d’observation et de coordination radio. Ainsi, dès la nuit suivante, les sections présentes dans la vallée ont mené des opérations de capture or kill sur des compounds de chefs insurgés. Leur but était de montrer à la population que les forces de la coalition contrôlaient totalement la vallée, connaissaient parfaitement le dispositif ennemi et savaient discriminer les bad guys en son sein. Ces opérations ont été concentrées dans le secteur du bazar d’Alasay, lieu très symbolique car il constituait le fief des insurgés. Des patrouilles ont aussi été conduites à l’entrée de la vallée de Sken par • 70 •

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laquelle une partie des insurgés avait fui. Là encore, leur but était d’empêcher l’ennemi de se réorganiser. Enfin, un harcèlement continu de jour et de nuit de tirs milan, canon de 105 mm et de 20 mm, mortiers de 81 mm et de 120 mm contre toutes les positions de combat de l’ennemi (sur le versant sud du point côté 2 212 m ainsi que sur tous les émetteurs détectés du réseau radio insurgé) a permis d’alourdir encore les pertes de l’ennemi. Dans le même temps, le GTIA a mené quatre opérations CIMIC en 8 jours : distribution d’aide humanitaire, consultations médicales et une shoura conduite par l’équipe HEAT. Ces opérations ont toujours été menées dans des lieux symboliques de la rébellion : trois au bazar d’Alasay, et une dans le village de Shehkut. L’exploitation de la conquête initiale a porté ses fruits puisque le 21 mars à 16H00, soit 7 jours après le début de l’opération DINNER OUT, les insurgés ont demandé au commandant du GTIA KAPISA un cessez-le-feu par la voix des anciens et des maleks des villages. Parmi les enseignements de ce premier RETEX à chaud de l’opération DINNER OUT, il faut retenir : - la nécessité de conduire une opération de haute intensité pour briser la résistance ennemie et gagner (au moins temporairement) les coeurs et les esprits d’une population qui, par tradition autant que par culture, ne se donne qu’au plus fort. - l’indispensable complémentarité de la manoeuvre par les hauts et les bas du terrain dans la conquête d’un fond de vallée et la nécessité de manoeuvrer d’emblée sur les arrières de l’ennemi. - le rôle fondamental d’un aguerrissement très poussé et mené en terrain montagneux lors de la MCP afin de permettre aux unités de conserver l’initiative tactique quelle que soit l’évolution de la manœuvre. - le choix judicieux du moment de ce type d’opération pendant le mandat. Une opération de cette ampleur n’est possible qu’après au moins trois mois de présence sur le théâtre, au moment où l’ensemble • 71 •

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du personnel est au maximum de sa forme physique, mentale, morale, tactique et technique. 8. Bilan général de l’opération KIA certifié : ennemi dont au moins deux types de sources de renseignements différentes (HUMINT, SIGINT, IMINT) confirment la mort. Idem pour les WIA certifiés. KIA estimé : ennemi dont au moins une source de renseignements confirme la mort. Idem pour les WIA estimés. Ennemi KIA ( killing in action): 37 certifiés1 / 70 estimés2 WIA (wounded in action): 40 certifiés / 80 estimés Ami KIA : 1 (FR) WIA : 6 (ANA) Munitions tirées Avions F15-E et A 10 GBU 31 (1 T / guidée GPS) : 1 GBU 38 (250 kg / guidée GPS) : 4 MK 82 (250 kg) : 3 Obus explosifs de 30 mm : 1 400 Roquettes fumigènes : 5 Hélicoptères d’attaque AH 64 Apache Roquettes explosives : 8 Obus explosifs de 30 mm : 180 Mortiers de 120 mm / 81 mm : 551 Obus Explo : 380 / 42 Obus FUM : 70 / 6 Obus ECL :31 / 22 AMX 10 RC canon de 105 mm : 30 VAB canon de 20 mm : 420 Missiles Milan : 13 Misiles Eryx : 5 Roquettes de 84 mm AT 4 : 12 Grenades explosives 51 mm LGI : 27 Explosives : 16 Eclairantes : 11 Grenade à fusil de 40 mm : 1 Munitions de 12.7 mm : 5 850 Munitions de 7.62 mm : 6 770 Munitions de 5.56 mm : 13 020

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UNE PARTIE DE L’HISTOIRE DE NOTRE AMICALE C’est bien une partie de l’histoire de l’amicale du « 22 » que je vais vous conter et non la mienne, alors que toutes deux sont étroitement liées avec la Sidi-Brahim de Nice, Monaco et de la Côte d’Azur. 1965 : Je me souviens très bien d’un certain 21 juin, date à laquelle j’ai intégré par engagement le 164ème. R.I. Pour bien comprendre notre motivation, à mon épouse et moi-même, pour assurer la continuité entre l’amicale telle qu’elle était au tout début des années 70 et ce qu’elle est devenue, il me faut revenir à celles de 1950/1960. Je suis originaire d’une ville dont le seul nom se suffit à lui-même : VERDUN. Nous habitions au quartier Bayard, juste sur la colline dominant le quartier Niel-mon père était gendarme mobile-où stationnèrent le 1er. B.C.P. d’abord, puis un régiment de Tirailleurs Algériens. Je fus donc, tout jeune, bercé par le son de la musique militaire et autres accents martiaux. Les cérémonies se succédaient à un rythme plutôt accéléré ; aussi, le dimanche matin, je partais voir défiler les chasseurs en différents endroits de la ville. J’empruntais des raccourcis car, avec mes petites jambes (j’avais six ou sept ans), il m’était impossible de les suivre : ils marchaient beaucoup trop vite !!! J’ai su plus tard, que, pour des raisons différentes, mon épouse faisait de même. Donc, depuis ma plus tendre enfance, je baignais dans le milieu militaire puisque j’étais enfant de troupe à la maison. Pendant des années, je portais en cachette les insignes divers «inventés» ou trouvés dans une vieille boîte de bois placée par le grand-père au bas de la bibliothèque : je défilais dans le long couloir de la maison devant une foule imaginaire. J’étais fier. Il me tardait d’avoir l’âge requis pour revêtir cette fois l’uniforme, le vrai. Je rejoignis une poignée de copains et copines pour suivre la formation militaire, P.M.T. et P.M.P. C’était en 1964, et y participaient deux filles ! Mon épouse Josette, est la fille d’un ancien du 24ème. B.C.A., • 73 •

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stationné à Villefranche sur Mer, et du 94ème. B.A.F. basé à Pont-dePaule pendant le second conflit mondial. Elle aussi, à sa manière, vivait déjà dans le milieu militaire puisque de nombreuses villes du département des Alpes-Maritimes abritaient des bataillons. En plus, elle habitait si près du quartier Saint-Jean-d’Angély que, tous les matins, le clairon la réveillait… Son père a respecté la devise « chasseur un jour, chasseur toujours »; il est rapidement entré à la Sidi-Brahim de Nice au sein de laquelle il était chargé de la colonie de vacances de Saint-Martin-Vésubie. Avec deux autres jeunes filles, Jeanine et Jacqueline (les trois J comme on les appelait) elle était impliquée dans diverses manifestations chasseur. Beaucoup de similitudes, plus qu’il n’y paraîtrait, entre nos deux histoires. On va voir que cela se confirmera au soir du 6 octobre 1966. Après mes classes, je suis parti pour l’E.N.S.O.A. où j’ai obtenu le grade de sergent. Avant de rejoindre l’école d’application, il me fallut choisir un lieu d’affectation. Une seule place dans les chasseurs : Nice, le 22ème. G.C.A. J’inscrivis mon nom sur le tableau et je fus dirigé vers le maîtretailleur. Pour cause : la tenue moutarde n’était plus de mise ! Après un passage de quatre mois à l’E.M.I. de Montpellier puis un mois comme jeune instructeur au camp du Larzac, je rejoins le 22ème. le 4 octobre 1966. J’arrive à la gare SNCF et me voilà parti vers mon futur lieu de résidence : le quartier Saint-Jean-d’Angely. Je précise : le paquetage sur le dos et par un grand soleil. Ce fut ma première marche de bataillon ! Je me présente au sergent de semaine puis à l’adjudant-chef de permanence (Scotto, président des sous-officiers) qui m’accompagne vers le PC bataillon où je suis reçu par le colonel Bouteille. L’accueil ne fut pas des plus chaleureux ! Me voilà affecté à la 1ère. compagnie commando, où me reçoivent le lieutenant Drouillot et l’adjudant-chef Gobil. Il n’y a plus de place à l’hôtel des sous-of. On me dirige donc vers le second étage où une chambre double est mise à ma disposition. • 74 •

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Après m’y être installé, je descends au bureau de compagnie. Mon nom figure à l’effectif et je me vois déjà confier la responsabilité d’un piquet d’honneur prévu le 6 au soir pour la traditionnelle nuit Bleu-Jonquille. En tant que « bleu » dans le bataillon, je me sens mal à l’aise car je sais combien les traditions y sont vivantes, et je ne les connais pas…J’essaie d’en discuter avec mon supérieur qui me répond (sèchement bien sûr) que « c’est un ordre ». Me voilà sur la Place Masséna avec ceux composant le piquet d’honneur. Nous nous mettons en place à l’entrée du Casino Municipal et attendons l’arrivée des différentes autorités. Un monsieur se présente à moi et me dit : « Sergent, vous pouvez monter au bal avec vos hommes ». Je le remercie : nous sommes trois à monter, les autres regagnent le quartier. Je ne savais pas encore que mon avenir allait se jouer au cours de cette soirée. J’y ai fait connaissance d’une jeune fille qui est devenue mon épouse et avec qui je vis depuis 43 ans. Celui qui m’avait invité à monter au bal s’est avéré être mon futur beau-père…Ancien du 24ème. BCA et du 94ème. BAF ! Très rapidement, alors que je suis encore militaire, me voilà intégré à la Sidi-Brahim de Nice. Cette association était à l’époque formée d’anciens de différents bataillons qui se réunissaient, chaque mois, au quantième du mois correspondant au numéro de leur unité. Le Conseil d’Administration de l’époque se composait alors comme suit : Président : Colonel Georges SEMON Secrétaire Général : M. Raphaël TOMMASI Trésorier Général : M. Marcel COSCIA Conseillers : Messieurs Edouard BOURDILLON, Marcel RAMBALDI et René VERONESE Porte-fanion : M. CARLIN – Marraine : Lucie MAZY Celui qui se faisait appeler le « Pape des chasseurs », Paul AUBRY Parmi les adhérents : L e Général SAUVAGEON, Me. Lucienne BAYSANG, Messieurs GALLI et MONCHIO, sans oublier les soeurs COMINO qui formaient un duo de supportrices inconditionnelles. • 75 •

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Le 22 était représenté par le Colonel René LACOUR Le 24 était représenté par M. Augustin SCRIVANI Quelques mois plus tard, le colonel LACOUR me présenta aux membres du bureau de l’amicale du 22. Cette amicale était constituée d’anciens officiers et membres de l’Etat-Major. La réunion mensuelle se déroulait dans les salons de l’hôtel Scribe, avenue Georges Clémenceau, avec un bureau comprenant : Président : Colonel TOULORGE Secrétaire Général : adjudant-chef TOGNOTTI Trésorier Général : adjudant-chef VECCHIONI Conseillers : Colonel LACOUR, les Commandants TREMOULET et TRISTANY Je fus bien accueilli, par le Colonel LACOUR certes, mais aussi par M. VECCHIONI, que j’ai retrouvé plus tard dans le milieu professionnel. A l’époque, hormis la réunion mensuelle, la vie de l’amicale du 22 était ponctuée par une Assemblée Générale et une « sortie de printemps » regroupant jusqu’à plus de 100 personnes, principalement des sympathisants. L’âge rattrapait les grands anciens ; avec bien des difficultés le Colonel VUILLEMEY, ex-commandant du 22, a accepté le poste de président à condition que je m’investisse davantage. Mon épouse et moi-même avons été d’accord : nous étions jeunes mariés et venions de rentrer dans la vie professionnelle avec les difficultés que cela représentait alors. Personnellement, j’étais en phase de « reconstruction » car j’avais été réformé en 1968 et suivais des cours en faculté. Nous avons connu beaucoup de déconvenues au cours de cette présidence, le Colonel VUILLEMEY a plus d’une fois eu envie de tout laisser tomber à cause d’un recrutement espéré qui ne se concrétisait pas. Il ne ménageait pourtant pas sa peine en adressant un courrier à tous ceux qu’il avait côtoyés au long de sa carrière. Le premier à nous rejoindre fut le Colonel NODOT. Malgré cela, le nombre d’adhérents allait plutôt en régressant. Nous nous sommes • 76 •

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posé bien des questions sur le sujet. La suite nous permettra d’y répondre ; mon épouse et moi-même avons malgré tout tenu bon. Aussi bien pour elle que pour moi, le bleu jonquille représentait une partie de notre vie. Lucien TOGNOTTI, qui avait pris la suite au poste qu’occupait son père précédemment cité, nous parla d’un certain Commandant MONDOLONI, Corse lui aussi, à qui nous pourrions proposer la présidence. Le Colonel VUILLEMEY avait en effet décidé de remettre sa démission à la prochaine Assemblée Générale. Dans un premier temps, je l’ai secondé dans sa tâche, puis il m’a cédé son poste de trésorier. Les statuts de l’amicale ayant été modifiés pour permettre à certains de ceux qui vous entourent aujourd’hui d’entrer à l’amicale car une nouvelle situation leur permettait d’adhérer : la retraite était là… Le premier d’entre eux fut Serge CARPENTIER. Cet état de faits s’est prolongé sur environ un an à un rythme qu’il me devenait difficile de soutenir car je voulais aussi asseoir ma nouvelle fonction dans la banque : j’y était encore un débutant. Sortie de printemps à Beuil : l’amicale a été faite « enfant de Beuil » par Monsieur Louis-François PERISSOL, Maire, qui nous a remis la médaille du village, laquelle a été déposée dans la salle d’honneur. Le même jour inauguration à Guillaumes (Monsieur Charles GINESY en étant le Maire) d’une place portant le nom du 22ème. BCA. Journée de Sidi-Brahim au fort de la Drette avec office religieux et repas campagnard pour environ 150 personnes. Assemblée Générale. Les manifestations à organiser se succédaient. Il devenait pour moi urgent que cette situation change : il m’était difficile, voire impossible, de faire plus. De surcroît, j’ai subi pendant cette période une intervention chirurgicale qui aurait dû m’immobiliser : cela n’a été que partiellement possible car c’était le moment où se déroulaient de grandes cérémonies (prévues de longue date) au quartier Saint-Jean-d’Angély. Nous avons reçu environ 200 participants, Italiens et Français, qu’il a bien sûr fallu nourrir ! En plus de cela, je faisais également partie du Conseil d’Administration de la Sidi-Brahim de Nice en qualité de Trésorier. • 77 •

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Le Général BAYLE avait pris la succession du Colonel SEMON. Le nouveau bureau s’est alors composé comme suit : Président : Commandant MONDOLONI Secrétaire général : Lucien TOGNOTTI Trésorier général : Daniel THIERY Conseillère : Josette THIERY Le commandant eut lui aussi une exigence avant d’accepter le poste : malgré de gros soucis de santé, il n’endosserait cette responsabilité que si j’acceptais le poste de vice-président en plus de la trésorerie !! Il me précisa bien qu’il ne pourrait jamais, pour des raisons personnelles, satisfaire comme il se devait à ses fonctions. Le représenter devient pour moi une lourde charge supplémentaire car il s’agira de prendre la parole lors des diverses manifestations que nous organiserons ou auxquelles nous serons conviés. Après concertation avec Josette, mon épouse, j’accepte cette tâche. Au fur et à mesure que le temps passe, nous découvrons son importance… Le commandant est un homme simple et charmant, mais très exigeant. Il n’hésitera pas à se montrer intransigeant dès lors que quelque chose n’est pas parfait, notamment au niveau du secrétariat général. Chaque semaine, il me téléphonait ou me recevait afin de suivre ponctuellement le résultat des démarches qu’il entreprenait auprès de ceux qu’il avait côtoyés au long de sa carrière. C’est à partir de sa prise de fonction que les effectifs de l’amicale ont explosé. A l’époque, j’écrivais les allocutions et discours que je devais prononcer. Josette m’était une précieuse correctrice et je dois dire que mon esprit chasseur correspondait avec celui du Président, qui m’a très peu contredit. Avant de quitter son poste, il avait eu connaissance d’une expulsion prochaine de la caserne Rusca, rue de la Terrasse. En compagnie de M. SCRIVANI, il entama alors d’âpres pourparlers avec le Maire de Villefranche-sur-Mer, M. GROSGOGEAT. Il souhaitait obtenir une salle suffisamment vaste pour y transférer le Siège et créer un musée. Il a obtenu satisfaction mais à quel prix ! Il a été fort marri en découvrant l’emplacement offert (l’actuel, qui d’ailleurs porte son nom). Mais nous avons tous préféré ce qui existe plutôt que de nous retrouver à la rue. • 78 •

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Bien nous en a pris, car aujourd’hui nous avons l’exemple de la salle d’honneur du 22… Les adhésions se multipliaient, notamment celles de Jean-José ROUBAUD et Jean VILLARET, qui deviendra secrétaire général. Les réunions allaient bon train car nous avions tous les trois tissé avec le Président, de solides liens d’amitié. J’avais également sympathisé avec l’aumônier militaire qui officiait à la Basilique Notre-Dame à Nice, le Père Emile LASSALLE, (enterré au carré militaire du cimetière de Caucade). Le commandant MONDOLONI céda sa place à l’adjudant-chef JeanMarie BUQUET, ce qui fut une bonne chose pour mon couple car je me mis progressivement sur la touche… Je fus cependant chargé des relations entre civils et militaires : la salle d’honneur installée au quartier commença alors à prendre vie. L’aumônier, sollicité pratiquement tous les dimanches du mois de septembre par les associations locales pour commémorer la SidiBrahim m’avait demandé d’imaginer une célébration départementale. Cette idée a fait son chemin ; je l’ai communiquée au Général BAYLE ainsi qu’à Serge CARPENTIER. Nous avons décidé de nous atteler à cette nouvelle entreprise, qu’il fut très difficile de concrétiser à cause des particularismes des uns et des autres. La fusion entre les amicales (dont le nombre d’adhérents diminuait) s’avérait plus que complexe et, surtout, leurs dirigeants vieillissaient. Nous avions compris que nous ne devions pas laisser mourir une amicale mais au contraire lui offrir une nouvelle impulsion en facilitant sa gestion. Nous sommes très fiers de ce que l’Amicale Nationale du 22, déjà très dynamique, est devenue, et pour cause : elle a pu accueillir au fur et à mesure les adhérents des divers Bataillons, et devenir ainsi : Amicale Nationale du 22ème. BCA et des Troupes de Montagne ; Sidi-Brahim de Cannes, Nice, Villefranche sur Mer. Voilà où s’arrête ce que je souhaitais vous dire car ce qui suit relève de la mémoire des membres du Conseil d’Administration actuel ! Daniel THIERY

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Distinctions PROMOTION Au grade de capitaine Par décret du 19 mai 2009,portant nomination et promotion dans l'Armée de l'Air Corps des officiers des bases l'Air Pour prendre rang au 1er Janvier 2009 Le Lieutenant TURBIER Sandrine épouse EVANNO Voilà qui doit faire un grand plaisir à notre ami Robert TURBIER PROMOTION ORDRE NATIONAL DU MERITE COMMANDEUR: M. le Général de Division Marc BERTUCCHI Commandant l'EUROFOR à Florence ( Italie) OFFICIER: M. le Général Marcel DRUART Commandant la 27° Brigade d'Infanterie Montagne DIPLOME D'HONNEUR DE PORTE-DRAPEAU LE SECRETAIRE D'ETAT A LA DEFENSE ET AUX ANCIENS COMBATTANTS décerne le diplôme à ALAIN BARALE et à JACQUES BONAVITA. ( merci mon Colonel ) RECOMPENSES FEDERALES 2009 Diplôme d'honneur fédéral : BONNAIRE Pierre, PELLAT Paul DELEGUE REGIONAL DU BRIANCONNAIS M. Daniel LEPORTIER

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QUELQUES DATES IMPORTANTES A RETENIR

6-sept.

Rando madone des Fenestres

4-oct.

Rando Brec d’Utelle

27-sept.

SIDI BRAHIM ST MARTIN VESUBIE

5 au 9 oct

CONGRES FISM CHAMONIX

16-oct.

80° ANNIVERSAIRE SB TOULON

25-oct.

COMMEMORATION MALMAISON

2-nov.

MONUMENT CHASSEUR CAUCADE

8-nov.

Rando Mont Vial

6-déc.

Rando sentier côtier MONACO

15-déc.

REUNION CONSEIL ADMINISTRATION

21-janv.

GALETTE DES ROIS

7-févr.

ASSEMBLEE GENERALE

ERRATUM Vérificateur aux comptes : il s’agit bien de Jean CHASSERY, et non de Michel ainsi que nous l’avions écrit par erreur dans notre n° 98 page 17

VœUX DE RETABLISSEMENT Pour nos amis MIAZZI et OTTO-BRUC

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SOUVENEZ VOUS …….. Méfiez vous , il peut y avoir un piège :

QUI DEFILE ? certes ce sont des chasseurs, mais plus précisément... A QUEL ENDROIT ? EN QUELLE ANNEE ?

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SOUVENEZ VOUS …….. Réponses aux questions du n°98

DE QUOI S’AGIT IL ? Cérémonie de dissolution du 22° BCA EN QUELLE ANNEE ? 1° Juillet 1976 A QUEL ENDROIT ? Châteauneuf-de-Contes LE CHEF DE CORPS EST DE DOS : DE QUI S’AGIT IL ? Lieutenant Colonel VOUILLEMIN QUEL EST LE NOM ET LE GRADE DU PORTE FANION ? POUR LE 22°BCA : ADC SERGE CARPENTIER POUR LE 11°BCA : ADC CALDERON

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NOS JOIES Samedi 20 juin 2009, l’aînée des petites filles de Marcel HERAUDET, se mariait à Paris. En contournant l’Arc de Triomphe, la mariée a salué un groupe d’éclaireurs skieurs… Voilà une rencontre de très bonne augure !! Toutes nos félicitations aux jeunes mariés ainsi qu’au grand-père. Christine et Georges TREMOULET sont heureux de vous faire partager leur joie en vous annonçant les mariages à Antibes de leurs deux fils :

Frédéric avec Aurélie JACOB le 30/05/09

Christophe avec Patricia HOLLET le 20/06/09, en présence de Marie, leur fille de 5 ans.

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NOS PEINES Nous faisons part du décès de Madame Mathilde BARNOIN, survenu le 16/05 après une longue maladie. Elle était l’épouse de l’adjudantchef Paul BARNOIN. Ainsi que du décès du sergent-chef Serge ABDI, survenu le 19/06 à Saorge. A la famille, aux proches, nous présentons nos sincères condoléances.

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A LIRE… « Carnet de route de la Section POTIN » Magnifique ouvrage sur la Résistance, du Vercors à l’Italie en passant par la bataille du Mont Froid, écrit par Yvette VALLIER. Editions de Belledonne. Ouvrage de 351 pages. Prix : 30 Euros. A commander à : Librairie des Alpes 1 rue Casimir Perrier - 38000. Grenoble.

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NUL NE CRAINS N°99  

BULLETIN DE LIAISON AMICALE 22°BCA