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L’opération “un collégien, un ordinateur portable” répond à quatre objectifs complémentaires : – relever les défis de l’égalité, en assurant l’égal accès des élèves à ces outils dont la maîtrise leur sera indispensable dans leur vie professionnelle et citoyenne ; – favoriser l’émergence de nouvelles pratiques pédagogiques ; – diffuser la “culture” de ces techniques dans tous les foyers landais ; – développer l’attractivité des Landes afin d’attirer les opérateurs de télécommunications dans un département rural où la seule logique économique ne les conduirait pas. -----

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à la mémoire de François-Xavier Benusiglio disparu brutalement le 2 octobre 2009, à l'âge de 54 ans. Directeur de l'éducation, de la culture et du patrimoine au Conseil général des Landes, il fut l'une des chevilles ouvrières de cette opération.

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Sommaire ----Henri Emmanuelli, président du Conseil général des Landes..................9

----# 1. Portraits Photographies de Vincent Monthiers 2006-2009 .....................................17

----# 2. Points de vue Pierre Lacueille ............................................................................................51 Mario Asselin ...............................................................................................59 Seymour Papert ...........................................................................................64 Bruno Devauchelle ......................................................................................66 Céline Metton-Gayon..................................................................................71 Marie Bruneau, Bertrand Genier ...............................................................76

----# 3. Au collège 3-1. Langues vivantes ..................................................................................82 3-2. Français et langues anciennes.............................................................100 3-3. Histoire et géographie.........................................................................118 3-4. Éducation à l’information ...................................................................130 3-5. Sciences.................................................................................................142 3-6. Mathématiques ....................................................................................162 3-7. Technologie ..........................................................................................178 3-8. Éducation physique et sportive (EPS) ........................................... ......188 3-9. Arts plastiques et éducation musicale................................................192 3-10. Unités pédagogiques d’intégration .................................................208 3-11. Ateliers, travaux de groupe et classes à projets ..............................216 3-12. Gestion de la vie scolaire...................................................................232

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----# 4. Ce qu’ils en disent 4-1. Enquête TNS-Sofres 2009 ....................................................................242 4-2. Témoignages ........................................................................................257 4-3. Regarder voir........................................................................................273

----# 5. Documents 5-1. École et ordinateur, repères historiques ............................................290 5-2. Un collégien, un ordinateur portable ................................................302 – historique de l’opération landaise ..........................................................308 – les moyens.................................................................................................310 – la logistique ..............................................................................................314 – le comité de pilotage ...............................................................................314 – liens sur internet et bibliographie sommaire.........................................316 – remerciements ..........................................................................................318

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----« Nous avons obtenu des résultats. Sont-ils évidents? Personnellement – et c’est peutêtre une histoire de tempérament –, je trouve que cela ne va pas assez vite. Je continue cependant à penser qu’il faut persévérer, qu’il faut améliorer, que d’ailleurs il faudra peut-être étendre à d’autres catégories, en dehors de l’école, l’accès à cet outil qui progresse très vite.» Henri Emmanuelli est député, président du Conseil général des Landes

----Comment en êtes-vous venus à cette idée de doter chaque élève de 4e et de 3e des collèges publics du département des Landes d’un ordinateur portable?

HENRI EMMANUELLI : Cela fait déjà assez longtemps que, dans ce département des Landes, les élus ont pensé que l’outil informatique serait utile aux enfants, pour deux raisons. D’abord une raison pédagogique – il représente de nouveaux moyens d’apprendre –, ensuite parce que notre conviction était que les enfants avaient tout intérêt à maîtriser cet outil pour leur avenir professionnel, y compris dans ses usages extra-scolaires et extra-pédagogiques. En France, la première expérience de ce type remonte, je crois à 1983; elle avait été menée dans un autre département, celui de l’Isère, où Louis Mermaz avait introduit dans les écoles primaires – et non pas dans les collèges – les fameux ordinateurs T07 et M05. Expérience intéressante parce que ces machines (qu’on peut considérer aujourd’hui comme assez primaires) permettaient de s’initier à l’informatique mais aussi à la programmation – ce qui ne se fait plus du tout aujourd’hui: nous utilisons tous un micro-ordinateur sans nous préoccuper de la manière dont la machine fonctionne. L’idée a ensuite été reprise en 1985 au plan national1.

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Ce plan “Informatique pour tous” était assez exceptionnel, même s’il a connu des résultats assez variés… Je veux dire par là qu’on a aussi retrouvé beaucoup de ces ordinateurs dans les placards, et qu’ils n’ont pas tous beaucoup servi. Dans les Landes, j’avais décidé, à cette époque, que l’on doublerait la dotation matérielle de l’État et, puisqu’il s’agissait déjà de maintenir en état de fonctionnement ces outils informatiques, nous avons créé l’Association landaise pour l’informatique (ALPI) à laquelle les communes et les écoles qui le souhaitaient ont adhéré. Cet aspect-là du plan “Informatique pour tous” a très bien fonctionné et cette association s’est, depuis, transformée en syndicat mixte qui fournit toujours à ses adhérents des prestations de maintenance, dispense des formations informatiques, s’occupe de la dématérialisation des procédures administratives, etc. C’est ainsi que je me suis mis à l’informatique, en travaillant dur le soir pour ne pas avoir l’air idiot auprès de ma fille qui était à l’école primaire, et en me disant : « Il faut que j’en sache au moins autant qu’elle.» J’avais réussi, au bout de deux mois, à faire un petit logiciel où un avion passait – c’était assez basique – et lâchait une bombe sur une maison qui explosait… ou pas, si on la ratait. Au bout de trois mois, on arrivait à faire cela, et c’était assez extraordinaire. Il y eut ensuite, en 1996 ou 1997, un plan départemental d’équipement et de raccordement à internet des classes de CM2. Il concernait 211 écoles primaires ; nous l’avons mis en place de façon conjointe avec le rectorat, l’ALPI et France Telecom. Le Conseil général offrait à ces écoles un ordinateur et une année d’abonnement à internet sur la base d’un raccordement Numéris négocié avec l’opérateur. Les communes ont ensuite pris le relais pour assurer la continuité de cet abonnement. C’est donc sur un terrain déjà connu, et sur lequel nous étions déjà intervenus au moins à deux reprises de façon importante, que nous avons décidé, en 2001, de distribuer des ordinateurs portables aux collégiens des Landes. Mais cette distribution ne représente que la partie visible de l’opération; la partie invisible étant l’accès de tous les collèges, depuis toutes les salles de classe, au réseau informatique et à internet, et leur équipement en matériels de visualisation collective. Dans ce département de 350000 habitants, nous avons donc distribué chaque année à peu près 7200 ordinateurs portables pour les enfants, auxquels il faut en ajouter 1300 pour les principaux de collèges, les professeurs et les surveillants généraux (qui s’appellent maintenant conseillers principaux d’éducation). Ce qu’il faut

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retenir c’est que, depuis septembre 2001, 39 000 collégiens ont ainsi bénéficié d’un ordinateur portable. En décidant ce plan d’équipement, quels étaient vos objectifs?

Nous avions évidemment un objectif pédagogique – même si notre rôle n’est pas de nous immiscer dans la pédagogie, mais simplement de fournir des moyens aux collèges sur lesquels s’exerce encore notre compétence départementale. Et nous avions aussi le souci de surmonter la fracture numérique, c’est-à-dire la différence qui peut exister dans les familles entre ceux qui avaient – je parle au passé, parce que les prix ayant baissé, cette différence s’est aujourd’hui beaucoup réduite – les moyens d’accéder à l’informatique et ceux qui ne les avaient pas. L’idée était d’offrir une sorte d’égalité d’accès à l’outil et à certaines ressources, dont par exemple l’Encyclopædia Universalis ou le Petit Robert, qui sont loin d’équiper tous les foyers landais. Nous avons choisi des ordinateurs portables pour qu’ils ne restent pas à l’école mais entrent aussi dans les familles, avec, sur le plan conceptuel, l’ambition d’établir une liaison à partir du foyer de l’enfant vers un bureau virtuel sur internet. Sur ce point, on a essuyé des plâtres (qui ne sont d’ailleurs pas encore tout à fait secs) : d’abord, nous n’avons pas rencontré beaucoup de compréhension – c’est le moins qu’on puisse dire – de la part des opérateurs de télécommunication sur le prix des liaisons domicile-collège ; ensuite, nous avons eu beaucoup de difficultés techniques et d’incompréhension réciproque avec le rectorat et, finalement, les deux logiciels ENT (environnement numérique de travail) successifs qui devaient faire tourner ces bureaux ne sont pas arrivés à terme… Premier objectif, donc : “égalité numérique”, j’appellerais ça comme ça. Il s’agissait aussi de faire pénétrer l’informatique dans les foyers landais. Nous sommes en effet un département assez curieux: il a les apparences d’un département rural – ce qu’il est d’une certaine manière. C’est aussi un département très touristique avec deux millions de touristes en été. En même temps, c’est celui où la population active dans l’industrie est la plus importante de la région. D’où ce département non identifié quant à sa caractéristique principale : pas de grosses urbanisations – c’est ce qui donne cet aspect rural – et des usines mais elles sont très dispersées à travers le massif forestier ou les vallons de Chalosse – on ne les voit pas. Il s’agissait donc de faire entrer l’informatique dans les foyers landais dont on pouvait penser, a priori, que ce ne serait pas spontané dans un pays où il fait si bon vivre.

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Avez-vous obtenu des résultats ?

Oui ! Ce département rural dispose maintenant depuis 2007 d’un taux de connexions internet ADSL de 97 %, ce qui est au-dessus de la moyenne régionale – et ce n’était pas évident au départ en 2000-2001. Nous avons également un taux de pénétration de l’informatique dans les foyers très intéressant – comme le montrent plusieurs études mesurant les connexions internet par foyer et par catégorie socioprofessionnelle: pour les familles landaises ayant un enfant scolarisé en collège, par exemple, le taux d’équipement en ordinateurs dépasse 96 %, c’est-à-dire qu’il est supérieur à celui des enseignants. Je remercie à cette occasion les 4 000 familles landaises qui ont massivement répondu, l’an dernier, à l’enquête Sofres2. Elles déclarent, dans une écrasante majorité, être satisfaites de cette opération, dont elles estiment qu’elle contribue à relever les défis de l’égalité, en assurant l’égal accès des élèves aux outils informatiques, même si elles souhaitent, elles aussi, que ces outils soient davantage utilisés en cours. Sur le plan pédagogique, j’y arrive, ce n’est pas à moi de faire un bilan, mais je pense que ce n’est pas évident… J’ai quelques difficultés avec l’Éducation nationale qui a une culture un peu “mandarinale” – je pense aux mandarins chinois, ceux qui avaient l’éternité devant eux… Cela avance, mais ça ne va pas vite. Les résultats sont-ils probants ou pas? Nous avons buté d’emblée, mais de façon extrêmement cruelle au départ, sur l’absence de ressources numériques et de logiciels pédagogiques, au point que nous avons dû payer nousmêmes la numérisation des premiers manuels scolaires, car les éditeurs s’y refusaient… « Des livres interactifs ? Nous n’en avons pas ! Mais nous pouvons les faire si vous nous payez pour cela. » Nous l’avons fait. Mais c’était une manière assez pauvre d’utiliser l’outil informatique que de disposer des livres simplement numérisés. Car ces premiers manuels soi-disant interactifs ressemblaient plutôt aux cahiers de vacances d’autrefois: ils étaient d’une tristesse, d’une pauvreté et d’un archaïsme qui laissent pantois ! En passant des consoles de jeux à ces logiciels-là, nos enfants doivent avoir l’impression de faire un voyage dans le passé… Je parle au présent, car je me suis laissé dire que, dans certaines disciplines, ces manuels n’ont guère évolué, ni sur l’ergonomie, ni sur les fonctionnalités. Les collèges publics du département ont donc expérimenté ces manuels “numérisés” pendant trois années scolaires, jusqu’en juin 2004. Depuis, comme le rectorat s’est engagé dans un chantier important pour privilégier l’oral dans l’enseignement des langues vivantes, nous avons continué

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à fournir des manuels numériques en anglais et en espagnol. Ces manuels qui intègrent des ressources audio et des vidéos me font penser à des minilaboratoires de langues que chaque élève peut utiliser chez lui, depuis son ordinateur portable. En mathématiques, je voudrais également souligner la qualité des logiciels d’exercices pour lesquels j’ai un petit faible, car ils sont réalisés par une quarantaine de professeurs, regroupés dans une association nationale qui produit des contenus à partir des situations pédagogiques vécues. Il y a, dans cette démarche militante et bénévole, quelque chose qui me semble parfois manquer à d’autres enseignants, davantage installés dans les routines du système, peu enclins à une quelconque mutualisation… Sur la centaine de logiciels disponibles sur l’ordinateur portable – et dont la plupart ont été choisis après concertation avec le rectorat –, je laisserai les spécialistes s’exprimer : c’est un sujet controversé. Je continue à penser qu’il en manque beaucoup, ou – ce qui a fait problème en permanence avec les enseignants – que ces logiciels ne recouvrent pas entièrement le champ des programmes scolaires… Néanmoins, les choses évoluent. France 5 et l’Institut national de l’audiovisuel produisent des programmes vidéos de qualité auxquels tous les collèges landais sont abonnés depuis cinq ans; sur leurs ordinateurs portables, les collégiens disposent aujourd’hui d’outils performants, et les enseignants se mettent graduellement à l’utilisation des logiciels – graduellement, car leurs déclarations à la Sofres laissent entrevoir d’importantes marges de progression… Quels enseignements tirez-vous de ces neuf années de pratiques? Et quelles perspectives pour l’avenir ?

Nous avons obtenu des résultats – 57 % des enseignants déclarent se servir de l’ordinateur portable à au moins un cours sur deux – et on nous dit qu’au regard des autres établissements de France et de Navarre, ces résultats sont exceptionnels. Est-ce aussi évident? Personnellement – et c’est peut-être une histoire de tempérament –, je trouve que cela ne va jamais assez vite. Je continue cependant à penser qu’il faut persévérer, qu’il faut améliorer, que d’ailleurs il faudra peut-être étendre à d’autres catégories, en dehors de l’école, l’accès à cet outil qui progresse très vite. L’opération “un collégien, un ordinateur portable” a démarré l’année où Jack Lang créait le Brevet informatique et internet (B2i) que les collégiens doivent obtenir à la fin de leurs quatre années de collège. Le rectorat, qui analyse, chaque année, la manière dont les choses se passent en Aquitaine,

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me fait remarquer que la spécificité de notre département tient moins aux excellents résultats des élèves qu’au nombre d’enseignants qui valident cette épreuve – les deux tiers dans notre département – et au nombre de disciplines qui y participent. Ils mettent ces bons résultats au crédit de cette opération landaise d’équipement en ordinateurs portables, qui n’a pas d’équivalent dans les autres départements. J’en prends acte. L’enseignement principal que je tire de l’enquête Sofres, c’est que les enseignants ont bien intégré ces matériels et logiciels à leurs pratiques habituelles, mais qu’ils utilisent davantage la visualisation collective en classe, avec le vidéoprojecteur et le tableau interactif, que les ordinateurs portables des élèves. C’est pourquoi, je m’autorise à dire qu’en matière de progression des pratiques pédagogiques, nous n’en sommes encore qu’au tout début. L’informatique est à l’Éducation nationale ce que les “médecins” de Molière étaient à la médecine: pour l’instant, on fait des saignées. J’entends des “Oh !”, mais il faut parler fort pour être entendu… Ces outils ont pourtant beaucoup de potentiel en matière de pédagogie et de création. Depuis vingt ans, on ne manque d’ailleurs pas d’études universitaires précises dans le domaine des sciences de l’éducation et des sciences cognitives, mais elles ne sont pas connues, ni suffisamment relayées par l’Éducation nationale vers les enseignants de terrain. Or – c’est peut-être une évidence mais bonne à rappeler –, les usages de l’informatique et de l’internet à l’école ne peuvent être efficaces que s’ils partent d’une situation pédagogique réfléchie et pensée. Nous touchons là le cœur du sujet : lorsque, par exemple, les inspecteurs pédagogiques réunissent les enseignants de leur discipline autour de ces outils, on observe une forte progression des usages, alors que, dans les matières où ils ne le font pas, cette pratique reste limitée à quelques pionniers. Voilà la preuve qu’une réflexion pédagogique sur les usages attendus – qui relève de la responsabilité de l’Éducation nationale – doit aller de pair avec la mise à disposition des outils. En effet, il ne suffit pas de disposer du matériel, des logiciels et du personnel pour s’occuper de la maintenance, même si tout le monde est d’accord sur un point : c’est un préalable nécessaire. C’est d’ailleurs l’une des conclusions de l’institut TNS-Sofres qui note une forte attente des enseignants en matière d’accompagnement pédagogique par leur hiérarchie, pour les aider à intégrer les outils numériques dans leur enseignement. De mon temps, ou de celui où mes enfants étaient scolarisés, nous n’avions, pour schématiser, que deux sources d’informations: les enseignants et les parents. Avec l’arrivée de moyens de communication massifs dans notre

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vie quotidienne, nous sommes entrés dans une société qui offre des potentialités gigantesques, exceptionnelles, extraordinaires d’accès au savoir. Nous avons maintenant – y compris dans des endroits adorables des Landes où il y a des arbres et des écureuils – accès à des bibliothèques entières ; c’est un bouleversement considérable, qui change profondément le rapport à la connaissance, quel que soit le lieu où l’on se trouve, et que je trouve prodigieux. Je ne suis pas le seul. Nous essayons donc de diffuser cet outil. J’espère que l’école républicaine saura s’adapter et accompagner nos enfants à la nécessaire éducation à l’information qui va de pair avec cette nouvelle situation. Je suis heureux que d’autres départements, collectivités – et aussi le ministère de l’Éducation nationale avec sa récente expérimentation de manuels numériques – s’engagent dans ce type d’expérience, même sous des formes beaucoup plus limitées, ponctuelles ou expérimentales. Plus nous serons nombreux, plus il deviendra évident que cet outil est incontournable. Le département des Landes croit à l’informatique; il y croit de toutes les forces de sa raison… Nous allons donc persévérer dans ce sens-là. ----1 cf. ci-après, page 293. 2 cf. ci-après, page 258.

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#1. PORTRAITS. ----PHOTOGRAPHIES DE VINCENT MONTHIERS, 2006-2009 L’intégralité des reportages est sur http://www.flickr.com/photos/cg40/sets

#2. POINTS DE VUE.

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----« J’ai tout de suite considéré que cette opération prenait à bras-le-corps une problématique incontournable, celle de la relation des jeunes avec le numérique, avec cette idée particulièrement intéressante de ne pas cloisonner d’un côté des usages scolaires et de l’autre une pratique informatique individuelle à la maison. » Pierre Lacueille est IA-IPR de sciences physiques et chimiques. Il a été conseiller Tice du recteur de l’académie de Bordeaux de 2003 à 2008.

----Vous êtes, depuis le début, un observateur attentif et un partenaire fidèle de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”. Voudriez-vous revenir sur les débuts de cette histoire, du point de vue de l’Éducation nationale?

Pierre Lacueille (PL) : C’était quelque chose qui sortait complètement des représentations habituelles, dans un contexte où les établissements des autres départements de l’académie étaient généralement très peu dotés. Le regard des adultes sur l’informatique n’était pas celui d’aujourd’hui: internet, pour ne citer que cet exemple, ne faisait pas partie de la vie quotidienne… Autour de moi, un certain nombre de personnes ont pu se montrer sceptiques au sujet de l’initiative landaise. Pour ce qui me concerne, j’ai tout de suite considéré que cette opération prenait à bras-le-corps une problématique incontournable, celle de la relation des jeunes avec le numérique, avec cette idée particulièrement intéressante de ne pas cloisonner d’un côté des usages scolaires et de l’autre une pratique informatique individuelle à la maison, qui resterait à l’écart de l’école. Je suis de ceux qui n’ont jamais voulu diaboliser l’ordinateur, ni faire d’angélisme à son propos. Voilà un outil extrêmement performant qui touche à la communication, à la culture, à l’éducation… Bref, d’une certaine façon, à toutes les réalités de la vie culturelle et affective d’un élève: sa relation avec ses camarades, avec les adultes et avec le monde.

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Ce volontarisme politique a tout de même un peu surpris l’institution?

PL : Il est évident que le fait de doter chaque élève d’un ordinateur personnel a, d’une certaine façon, mis une sorte de pression “rentabiliste” sur l’école, avec une certaine forme d’obligation pour les enseignants d’intégrer ces machines dans leur enseignement… Pour ma part, j’ai toujours essayé d’avancer l’idée qu’il fallait être prudent par rapport à cela, et qu’il fallait “laisser du temps au temps” – d’ailleurs, on m’a parfois un peu chambré à ce sujet. Au rectorat d’académie, je dois dire que l’opération nous a permis un retour d’expérience assez rapide : nous avons, dans les Landes, un laboratoire grandeur nature. Nous avons aussi pu décliner d’autres actions, de façon différente et avec d’autres outils (je pense, en particulier, à ce qui a été fait pour l’enseignement des langues vivantes dans les Pyrénées-Atlantiques, avec des baladeurs mp3). Au sein de l’Éducation nationale, émergeait déjà l’idée d’évaluer les compétences de l’élève au collège; cette notion s’est élargie aujourd’hui à celle de “socle commun de connaissances et de compétences”. On s’apprêtait alors à mettre en place le B2i (brevet informatique et internet), pour s’assurer que les élèves sortant de l’école primaire, du collège ou du lycée, avaient atteint un certain niveau en matière d’informatique. Et, de ce point de vue-là, l’opération landaise a produit des résultats indéniables. Et occasionné quelques difficultés…

PL : La grande particularité de cette opération, par rapport au fait d’équiper les établissements scolaires en ordinateurs fixes, c’est l’individualisation de l’outil. Et ce qui est intéressant, dans le cas des Landes, c’est que nous disposons d’un outil à la fois scolaire et individuel. Il y a là un véritable enjeu éducatif, et je pense qu’il est intéressant, pour l’école, de s’y frotter : de plus en plus de jeunes, aujourd’hui, ont leur blog, participent à des réseaux sociaux… Je pense que l’école doit s’emparer de ces problématiques, et éduquer ces adolescents à gérer leur “identité numérique”. Comment se présenter ? Comment séparer la sphère individuelle de la sphère publique ? L’un des grands mérites de cette opération, c’est de permettre le surgissement de ces questions. En contrepoint, il ne faut pas oublier que les chefs d’établissement, en tant que représentants de l’État, ont des responsabilités vis-à-vis de ce qui se passe à l’intérieur des collèges. Il faut donc essayer de comprendre pourquoi certains ont parfois pu paraître un peu frileux quant à l’accès des mineurs à internet. Chacun a essayé de gérer ces questions – bien sûr avec ses peurs, ses angoisses, mais aussi avec ses aspirations. On n’avait peut-être pas tout à fait mesuré la difficulté, pour des adolescents qui ont découvert l’ordinateur dans les loisirs, à passer à l’ordinateur comme outil de travail…

PL : La question que vous posez là n’est pas uniquement liée au jeu: les jeunes d’aujourd’hui découvrent d’abord l’ordinateur comme un outil de communication, et également comme moyen d’accéder à une certaine culture adolescente: la musique,

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le cinéma, le sport, etc. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer, à ce propos, que certaines de leurs compétences, acquises dans le contexte de leur vie privée, sont par la suite validées dans le cadre scolaire. Il faut bien comprendre que l’opération landaise s’est déroulée dans ce que j’appellerais, sans jeu de mots, un hinterland, entre une génération d’adolescents de 14-15 ans et des enseignants qui n’ont pas été élevés avec ces outils, et qui n’étaient pas forcément utilisateurs. Nous avions là une sorte de fracture générationnelle et culturelle, et il faut bien comprendre que, pour certains d’entre eux, le fait de voir apparaître tout d’un coup ces outils dans leur classe a pu représenter un stress. Je vous donne rendez-vous dans dix ans, pour voir comment une nouvelle génération d’enseignants, plus familiers de ces outils, pourra s’en emparer! Nous avons pu observer, dans les collèges, des utilisations particulièrement pertinentes, alors que l’enquête que vient de livrer la Sofres présente, quantitativement, un bilan assez mitigé. Comment évaluer aujourd’hui l’impact de l’opération?

PL : En ce qui concerne le recueil d’information sur les usages, le travail de reportage que vous avez fait pendant deux ans pour le journal En Connexion a permis, me semble-t-il, d’enrichir le débat, et de montrer comment sont utilisés les outils numériques dans les collèges du département. Je voudrais revenir sur cette enquête Sofres, et en premier lieu préciser qu’il ne s’agit, en aucun cas, d’une évaluation. Évaluer, au sens étymologique, c’est donner de la valeur, ce qui suppose de faire appel à une référence. Lorsque cette enquête a été décidée, elle était avant tout destinée à être un outil interne de pilotage. Nous étions convenu avec le Conseil général que, pour faire un état des lieux statistique de la situation, il était nécessaire de confier cela à un organisme spécialisé. Alors que les corps d’inspection ont la mission d’évaluer les performances professionnelles des enseignants, il était intéressant d’obtenir une “photographie” des usages, en dehors de tout regard hiérarchique de l’administration sur ses agents. Cette enquête a apporté un certain nombre de chiffres, à partir de données d’ordre déclaratif. À mes yeux, son intérêt était de vérifier si nos impressions, à partir des visites de terrain, étaient en phase avec une réalité à grande échelle. Mais, en aucun cas, on ne peut tirer un bilan à partir de données purement quantitatives. Et je ne comprends pas quelle est la référence qui permettrait d’affirmer que le bilan est “mitigé”, quand on a 54 % des enseignants qui déclarent se servir de leur ordinateur, au moins à un cours sur deux… Parle-t-on d’un attendu institutionnel? Personnellement, je ne le connais pas. Se base-t-on sur les résultats d’un autre département? Lequel ? Nous sommes confrontés, d’un point de vue quantitatif, à l’analyse d’un verre à moitié vide, ou à moitié plein, et, pour dire vrai, je considère ce terme de “mitigé” comme injuste, et désagréable pour le nombre d’enseignants, sans cesse croissant, qui utilisent cet outil avec beaucoup de pertinence. Je trouve l’enquête Sofres intéressante, mais doit-elle, pour autant, être livrée telle quelle à la presse grand public sans l’éclairage d’un regard un peu expert ? Je ne le pense pas. Parmi les bilans, je

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regrette que l’on n’ait pas donné les chiffres sur l’objectif d’acquisition des compétences en matière informatique : je veux parler des résultats obtenus pour le B2i (brevet informatique et internet). Je tiens à rappeler que le département des Landes est, sans doute, celui dans lequel le B2i est le mieux mis en œuvre: on remarque, par exemple, que les disciplines représentées dans sa validation sont bien plus nombreuses qu’ailleurs. Voilà l’un des indicateurs qui montrent la réelle appropriation de l’outil par les enseignants landais, et même s’il reste des points faibles sur lesquels nous devons encore travailler, tout cela est très positif! Par ailleurs je m’inscris en faux contre toute tentative de normalisation du profil de l’enseignant : certains font un très bon travail, tout en ayant, pour des raisons culturelles, du mal à utiliser les Tice, mais vous trouverez, à l’opposé, des technophiles qui ne sont pas pédagogues ! Un fait nous a particulièrement frappés: l’utilisation des ordinateurs est beaucoup plus forte en espagnol qu’en anglais ou en allemand… Y aurait-il différentes manières d’enseigner les langues vivantes ?

PL : Vous faites un constat qui est juste: on retrouve d’ailleurs la même chose au lycée. Je serais tenté de donner comme première explication la différence de statut entre première et seconde langue : peut-être, quand on est assis sur un sac d’or, a-t-on un peu moins tendance à chercher des pistes innovantes… Pourtant, ces ordinateurs, qui permettent l’accès à des ressources multimédias à la maison, sont en parfaite adéquation avec les réformes mises en œuvre par l’État en matière d’enseignement des langues vivantes : contrairement aux anciennes modalités d’évaluation qui étaient basées sur l’écrit, on s’intéresse aujourd’hui beaucoup plus à la compréhension de l’oral, et à l’expression orale. Et pour cela, l’ordinateur est un outil formidable! Cette réforme est donc une des premières résonances entre les objectifs de l’école et l’intégration de ces nouveaux outils, et je pense qu’il y en aura d’autres. Pouvez-vous nous dire un mot de la situation en sciences physiques?

PL : Dans ce domaine, j’ai conseillé au Conseil général des Landes de renforcer l’équipement des collèges en outils de communication interne à la classe. En sciences physiques, je ne préconise pas une utilisation systématique de l’ordinateur des élèves en cours. Celui-ci est utile pour apprendre à se servir du tableur, ou bien pour faire de la recherche documentaire, mais quand on travaille sur la relation des élèves à un phénomène physique réel, il est beaucoup moins pertinent. Quand vous travaillez sur une paillasse, il serait artificiel de prendre l’ordinateur pour se servir du traitement de texte : un bloc-notes suffit. Soyons prudents, et vigilants, de manière à ne pas écarter la graphie, et le geste manuel, qui ont leur importance dans l’appropriation du savoir. J’insiste régulièrement sur le fait que l’opération des Landes se réduit souvent, surtout dans les médias, à l’idée d’un ordinateur prêté à chaque élève: mais c’est aussi un concept de “classe communicante”, dont ne bénéficient pas de manière aussi

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systématique les établissements des autres départements. Je viens de mesurer récemment le chemin parcouru par un enseignant que je n’avais pas vu depuis quatre ou cinq ans : la prise en main de ces outils dans sa classe lui a permis d’aborder l’écriture et la réflexion de ses élèves de façon beaucoup plus enrichissante! On ne sait donc pas encore tout ce que l’on peut faire avec les ordinateurs?

PL : Pour ma part, j’inverserai la logique de votre proposition: il ne s’agit pas de trouver “comment utiliser les ordinateurs”, mais plutôt de comprendre que la maîtrise de ces outils de communication et d’accès à l’information est incontournable pour un adolescent du 21e siècle. L’ordinateur nous renvoie ainsi à des problèmes éducatifs majeurs. Comment faire avancer l’école sur un certain nombre de priorités ? Comment faire, en particulier, pour que moins d’élèves quittent le collège sans aucune formation ? Faire en sorte que tous soient épanouis dans leur scolarité, et deviennent des adultes à l’aise dans leur citoyenneté, performants dans leur métier, dans leurs relations sociales, dans leur capacité à innover et à agir ? L’environnement numérique mis en place dans le département des Landes est un outil au service de cette politique, et il serait, à mon avis, maladroit de réfléchir, dans chaque discipline, en termes de taux d’usage ! On ne renforcera pas l’utilisation de l’ordinateur en disant qu’il faut s’en servir davantage, mais à partir du moment où se développeront des pédagogies actives, individualisées, des pédagogies de projet. Et cela, vous le comprenez bien, est un enjeu à long terme. Comme vous l’avez souligné, la particularité de l’opération landaise, c’est à la fois de doter tous les enseignants et tous les élèves de 4e et de 3e d’un ordinateur personnel portable, mais également de mettre en œuvre massivement des outils de visualisation collective (vidéoprojecteurs, tableaux interactifs, visualiseurs numériques)… Pensez-vous que ces deux dispositifs soient en concurrence ?

PL : Pour moi, il y a complémentarité. Ces outils, par définition, ne sont pas destinés aux mêmes usages : l’ordinateur est un outil individuel de consultation, de production et de communication, alors que le tableau numérique permet la communication visuelle collective. Nous avons aujourd’hui, dans les Landes, une architecture optimale, et les enseignants doivent vraiment mesurer leur chance. Le tableau numérique est comme une fenêtre et une ouverture sur le monde, avec l’accès à internet, la possibilité d’un enrichissement du cours par la vidéo, l’image, l’animation, etc. Grâce au visualiseur, qui permet la mise en relation des objets réels avec le monde numérique, nous venons tout récemment de compléter les différents maillons de la chaîne d’information. Il s’agit d’une caméra numérique, reliée à l’ordinateur, qui permet de projeter en temps réel n’importe quelle image sur le tableau interactif. J’ai tout de suite pensé qu’il pourrait nous servir, en sciences, à accompagner la démarche d’investigation. Il nous manquait un outil qui permette de communiquer à la classe, de façon instantanée, la production écrite d’un élève – ou d’un petit groupe. Dans un cours, il y a plusieurs temps. Celui pendant lequel l’enseignant est émetteur

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d’information – il utilise alors un outil de visualisation collective –, et d’autres moments où les élèves sont acteurs et l’enseignant remédiateur : c’est alors que les ordinateurs personnels peuvent prendre tout leur sens. Ce qu’il faut vraiment retenir, c’est l’idée de “classe communicante”: une classe ouverte vers l’extérieur – à travers le CDI, internet, etc. –, et une classe où la communication circule, de l’enseignant vers les élèves, mais aussi à partir de chaque élève qui se trouve en situation de produire de l’information. Alors sont mises en jeu des compétences argumentatives : la capacité à s’exprimer en public, notamment. Nous avons, dans les Landes, toute une gamme d’outils complémentaires, et je serais tenté de dire qu’il faudrait généraliser ce type d’équipement dans tous les collèges de France! Dans l’article que vous avez signé sur le bilan de l’opération “un collégien, un ordinateur portable” dans Les dossiers de l’ingénierie éducative (nº 60, décembre 2007), vous validez tout l’intérêt de cette politique d’équipement, mais en même temps, vous admettez que le nécessaire travail d’appropriation de ces outils reste à mener du côté de l’Éducation nationale… C’est donc bien que l’École n’était pas préparée à l’arrivée d’ordinateurs individuels. Ne trouvez-vous pas la chose étonnante dans la mesure où la question des rapports entre école et ordinateurs n’est pourtant pas récente: le “plan calcul” du général de Gaulle y fait déjà référence en 1967 ?

PL: La question n’est pas nouvelle, mais la technique la renouvelle en permanence! Nous avons deux systèmes qui s’interrogent l’un l’autre: le monde de l’informatique et celui de l’école. L’informatique est un outil incontournable, qui évolue en permanence: cela n’aurait aucun sens de comparer ce que l’on pouvait faire avec un ordinateur à l’époque des TO7, et ce que l’on peut faire aujourd’hui avec les ordinateurs portables du département des Landes! Nous sommes, et nous serons, interrogés et sollicités en permanence par les possibilités nouvelles de la technique. Et, sur ce point, il n’y aura pas de statu quo. Ce qui me semble bien acquis, c’est la maîtrise technique: les élèves baignent dans ces environnements numériques de plus en plus tôt. Si, du temps du général de Gaulle, l’objectif pouvait être d’apprendre à se servir de ces outils, nous sommes aujourd’hui sur d’autres problématiques, d’autres enjeux, d’autres débats. Voyez l’un des items du B2i: «Je suis capable de sélectionner des informations, et d’exprimer avec pertinence mon choix. » Personne, il y a de cela un demi-siècle, n’aurait pu imaginer une pareille compétence ! Cela montre bien que l’école est capable de vivre avec son temps, et de prendre en compte le fait que nous sommes aujourd’hui sur une problématique de surabondance de l’information. D’accord, mais quand on voit la rapidité d’évolution de ces techniques, on a l’impression que l’école va rester perpétuellement à la traîne… Ne pensez-vous pas que tous les débats sur la connexion à internet dans les collèges, par exemple, ne vont pas se trouver bien vite balayés, quand tous les collégiens auront dans leur poche un téléphone qui autorise une connexion permanente ?

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PL : Vous voulez dire que l’école a toujours une guerre de retard? Eh bien, je serais tenté de dire qu’elle a aussi un rôle conservateur, au sens noble du terme! L’humanité ne doit pas forcément se plier à la technique! Et ce retard, que vous décrivez, est peutêtre souhaitable : il faut bien digérer les choses, c’est ce que j’appellerais un principe de précaution éducative. L’école doit aussi être vigilante aux dérives potentielles de ces outils. J’en vois deux : l’un autour de la question de la concentration, l’autre sur la construction psychologique des individus. Pour le premier, il faut être conscient que ces outils “nomades” ont tendance à introduire de nouveaux formats standard. Voyez le domaine de l’image animée: après le film, après le clip musical, voilà aujourd’hui l’arrivée de formats très courts de 10 ou 20 secondes. Nous devons, à un moment donné, dire à nos élèves de se déconnecter! L’intelligence humaine a aussi besoin de silence, de concentration, de recueillement, et je suis partisan de réinstaurer, à l’école, des temps consacrés à la lecture, sur des séquences d’une demiheure, par exemple. Il faut entendre le fait qu’aujourd’hui, un adolescent a du mal à concentrer son attention sur un texte de 200 mots ! Je n’ai rien contre la consultation “fun” de sites comme YouTube ou DailyMotion, mais je pense qu’on ne peut pas rejeter tout un pan de la pensée humaine : l’accès au savoir et à la complexité nécessite de la concentration, et le format des documents véhiculés par internet a tendance à privilégier l’accrochage du regard, et la rapidité. Le deuxième écueil à éviter porte sur l’aspect psychologique: il est assez amusant de voir que toute une littérature de science-fiction décrivait déjà, dans les années 19701980, la situation d’un individu connecté en permanence. Ce rapport très particulier que nous entretenons aujourd’hui avec notre téléphone portable ne relève-t-il pas d’une sorte d’évolution anthropologique ? La possibilité de transcender son environnement social, ou familial, à partir des possibilités immenses offertes sur internet doit nous inciter à rester vigilants, et à mesurer notre enthousiasme par rapport aux réseaux sociaux. Sur ces questions, ma position est assez pragmatique: à partir du moment où une technique existe, la réflexion éthique doit suivre. Avec un public de jeunes – enfants et adolescents – en pleine construction psychologique et identitaire, l’école ne peut pas faire l’impasse d’une réflexion sur cette notion de monde virtuel (le monde des jeux), et sur cette idée d’hyperconnectivité. Il faut alerter les adolescents qui sont habitués à partager des photos, par moments assez farfelues: toutes ces informations déposées sur internet se sédimentent. Nous devons réfléchir sur cette notion d’“identité numérique”, pour prémunir les jeunes contre les risques et les dérives possibles des réseaux, mais aussi pour comprendre que, dans le monde virtuel, on apprend peut-être moins bien à gérer la frustration. L’accès au savoir, et en particulier au livre et à l’écrit, qui concerne particulièrement l’école, soulève une série de questions passionnantes…

PL : La question que vous soulevez, c’est celle de l’éducation à l’information: elle est cruciale ! Les enseignants doivent accepter l’idée que l’un des fondamentaux de

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l’école dans les quinze prochaines années sera de faire en sorte qu’un individu soit capable de gérer lui-même de l’information, et d’apprendre à apprendre. Le rôle de l’enseignant risque ainsi d’évoluer de celui d’émetteur d’informations et de connaissances vers celui de médiateur et de formateur. Nous avons réfléchi, avec mon collègue Christian Philippe [en charge des professeurs documentalistes], à l’idée que chaque élève pourrait disposer d’une sorte de carnet de bord en ligne, où on puisse vraiment suivre les différentes étapes de son projet de recherche. De telle manière qu’il parvienne à dire pourquoi il a fait tel choix plutôt que tel autre, dans cet abîme de possibles et d’informations foisonnantes, et ce qu’il en tire. J’aimerais, à ce propos, rassurer les enseignants sur leur fonction: loin d’être condamnée par ces outils, elle est, au contraire valorisée par eux, en tant qu’experts de la gestion de l’information. Cela les amène, à mon sens, à accepter un élargissement de leur discipline. Je pense que la mise en œuvre de ce que l’on appelle le “socle commun de compétences et de connaissances” (une déclinaison française de ce que la Communauté européenne a appelé “les huit compétences clés”), que tout élève doit maîtriser à l’issue de son cursus de scolarité obligatoire, est un moyen pour nous de relancer une dynamique, et d’aller plus loin dans cette idée.

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----« Mes différents voyages en France m’ont appris à connaître certains traits caractéristiques de votre culture, et en premier lieu, votre intolérance au “work in progress” : vous vous posez beaucoup de questions, et il vous faut avoir trouvé toutes les réponses avant de commencer à bouger… » Mario Asselin est Québécois, pédagogue et blogueur1 ----Les Québécois ont un point de vue singulier : voilà des gens qui vivent à proximité du monde anglo-saxon, et qui parlent et écrivent en français. Une double culture qui les rend curieux de ce qui se passe en France, et leur donne un rôle, assez unique, de passeurs. Mario Asselin est de ceux-là. Nous l’avons rencontré à la fin de l’été 2009, pendant l’université d’été Ludovia2, à Ax-les-Thermes. Pour lire cette conversation dans de bonnes conditions, il faudrait pouvoir “entendre” cet accent québécois, savoureux et inimitable. Nous avons choisi de garder certaines belles trouvailles de langage, comme la “ferme de blogs”, mais préféré en remplacer quelques autres qui, dans un texte écrit, auraient pu paraître un peu trop exotiques : “Il nous a fait des yeux de poisson”, par exemple, devient “il nous a regardés avec des yeux ronds…”

----Vous avez une expérience et une expertise reconnues sur le terrain des nouveaux médias appliqués aux apprentissages. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J’étais directeur d’une école primaire – l’institut Saint-Joseph de Québec, 460 élèves, de la maternelle au collège –, qui a été choisie, au début des années 2000, par le ministère de l’Éducation pour expérimenter la réforme de l’enseignement. Nous cherchions à mettre en place des dispositifs de différenciation pédagogique, et nous avons commencé à intégrer les nouvelles technologies en 2002. J’ai commencé à bloguer cette année-là, et en 2003 nous lancions une première “ferme de blogs”, dans une classe où chaque élève disposait d’un ordinateur portable. L’expérience a été tellement réussie que je me suis retrouvé très sollicité pour en parler, au Québec et ailleurs. J’ai alors dû faire un choix: en janvier 2005, j’ai décidé de quitter mes fonc-

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tions de directeur d’école et d’opter pour une forme de travail “à l’horizontale”, c’est-à-dire auprès de plusieurs institutions en même temps. En avril 2005, je rejoignais l’équipe d’Opossum3, au sein de laquelle je travaille toujours. Notre rôle, c’est d’aider les collectivités, les institutions et les entreprises à intégrer les nouvelles technologies pour qu’elles servent dans les apprentissages. Je reste donc en relation constante avec des enseignants, et il ne se passe pas une semaine sans que je me rende dans une école. Et si j’aime toujours autant me retrouver dans un milieu scolaire, j’ai cependant changé de point de vue: mon horizon s’est élargi, mon regard s’est fait plus critique. Par exemple, je ne crois plus que l’école détienne le monopole de la transmission du savoir tout au long de la vie. Et je mesure mieux ce qui se joue en dehors d’elle. Même si je reste convaincu que l’école garde un grand rôle à jouer, je pense qu’elle s’expose, dans les prochaines années, à de profondes perturbations si elle ne prend pas acte de tout ce qui se passe aujourd’hui! Le Maine, les Landes, le Québec… Un État, un département, une province, qui mènent des opérations impliquant des ordinateurs portables à l’école. Parallèles, différences: quel regard portez-vous sur ces expériences ?

Je connaissais l’existence d’un programme ambitieux dans le Maine4, et j’ai eu la chance de pouvoir m’y rendre pour une mission d’étude, en 2002. J’ai donc pu visiter des écoles, rencontrer des enseignants, des responsables d’établissements, et aussi Seymour Papert. À l’époque, le gouverneur de l’État du Maine, Angus King, lui avait demandé conseil : « Je dispose de cinquante millions de dollars, et je cherche à faire quelque chose pour changer la donne économique: nous sommes ici beaucoup trop dépendants de la forêt.» Le levier était donc économique. Seymour Papert conseille d’investir dans l’achat d’ordinateurs portables, et d’axer ce programme sur les collégiens : « Et si vous faites cela, je vous promets qu’en dix ans, l’économie de l’État du Maine aura changé! » Le gouverneur King a décidé de suivre ces conseils… Au début, les gens disaient : « C’est de l’argent jeté par les fenêtres, nous sommes contre le gouverneur King… » Mais si vous allez aujourd’hui dans le Maine, vous trouverez un grand nombre de témoignages inverses: « Oui, c’est un geste heureux, qui a effectivement changé la perspective…» On parle volontiers d’une plus grande motivation des élèves pour apprendre, entreprendre des études plus longues, se lancer dans la recherche, etc. J’ai eu connaissance de l’opération landaise en 2004. Mes différents voyages en France m’ont appris à connaître certains traits caractéristiques de votre culture, et en premier lieu, votre intolérance au “work in progress”: vous vous posez beaucoup de questions, et il vous faut avoir trouvé toutes les réponses avant de bouger. Je pense que vous faites ainsi parce que vous êtes très responsables. Vous vous sentez dépositaires des valeurs républicaines, et chaque Français a l’impression de devoir les défendre personnellement. Les inconvénients, c’est que vous vous privez de certaines opportunités, et que vous êtes parfois amenés à choisir l’option la plus sécurisante à court terme. L’exception qui confirme la règle, c’est l’attitude du président Emmanuelli qui, en faisant le choix

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de doter chaque collégien d’un ordinateur portable, a fait la même chose que le gouverneur King, dans le Maine… Mais je porterais au crédit de ma thèse l’étude que le Conseil général des Landes vient de publier5 : elle est unique et très complète. Poser des questions, obtenir des réponses, traiter des données, essayer de comprendre ce que ça donne… Je ne dis pas que les Français sont les seuls à agir de la sorte, mais c’est très français, tout ça! Je trouve que c’est une belle façon de faire. Le bémol, c’est qu’à chercher à toute force l’objectivité, la rigueur des données chiffrées, le systématisme des procédures régulées, vous pouvez aussi prêter le flanc à la subjectivité: n’importe qui peut faire parler les chiffres à sa manière… La situation, au Québec, n’a rien à voir avec celle des Landes ou du Maine. Il n’existe aucun programme national comparable: les projets sont menés au cas par cas. Quand nous avons lancé notre projet dans l’école dont j’étais le directeur, nous avons travaillé avec un groupe d’élèves dont les parents étaient volontaires: l’école leur louait un ordinateur portable, pour une période d’un an ou deux, après quoi il leur était acquis. Du point de vue pédagogique, nous étions convaincus que “les traces” sont très importantes et que, pour bien évaluer les compétences, il ne faut pas se préoccuper seulement du résultat, mais aussi du processus. Nous avions déjà l’habitude, dans notre école, de faire des “cahiers de traces” commentées, objectivées et sélectionnées – avec des “coups de cœur”, des “défis”, etc. Nous étions devenus habiles à travailler ainsi, et nous nous sommes demandé comment remplacer ces portfolios “papier” par un dispositif numérique, un cyberportfolio, en quelque sorte… qui présenterait notamment l’avantage d’être facilement consultable, à l’école ou à la maison. Un ami nous a aidés à monter un premier dispositif technique, et c’est ainsi qu’est née notre première “ferme de blogs”. Au bout d’une année d’expérimentation, nos élèves lisaient et écrivaient beaucoup plus et beaucoup mieux. Nous avons aussi constaté une forme de désinhibition, notamment du côté des garçons, qui ont souvent des difficultés à “se mettre en mots” et à parler de leurs émotions. Là, ils prenaient goût à le faire: «Pour la première fois de ma vie, je peux dire des choses sans être interrompu…» Les professeurs ont vite remarqué l’instauration d’un nouveau rapport, plus égalitaire, dans la classe – les élèves les plus lents s’enhardissant à intervenir et à exprimer leur point de vue, ou à poser leurs questions. La relation au clavier change beaucoup de choses : « Quand j’écris avec mon crayon, disent les élèves, je suis obligé de faire très attention, car chaque erreur coûte cher: je suis obligé d’effacer, ce n’est pas propre… Mes idées sortent plus vite que le temps qu’il me faut pour les écrire. Sur le clavier, je n’ai pas à faire attention: je peux tout écrire d’un coup, et y revenir après.» Les professeurs ont d’abord mis ces résultats spectaculaires sur le compte des ordinateurs portables. Pour vérifier, nous avons mis en place les cyberportfolios en première année [de primaire], dans une classe qui ne disposait que d’un seul ordinateur. À tour de rôle, chaque matin, quelques élèves avaient le privilège d’aller écrire, ou déposer un dessin, sur le blog de la classe. Ils sont tout d’un coup devenus les héros de l’école: chaque jour, on avait hâte de découvrir la nouvelle trouvaille, la nouvelle façon d’écrire qu’avaient encore inventée les petits. Après avoir pensé que tout venait des ordina-

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teurs portables, on a cru que tout venait du directeur! Mais j’ai quitté cette école depuis 2005, et si vous allez sur internet aujourd’hui, vous pouvez consulter les cyberportfolios de l’institut Saint-Joseph6 : ma plus grande fierté, c’est que tout cela continue à fonctionner, même si je ne suis plus là. Ainsi donc, ce ne sont pas les ordinateurs portables qui ont servi de levier pour l’intégration des nouvelles technologies, c’est la publication sur le web. Vous êtes un grand défenseur de la pratique du blog en situation pédagogique. Comment prenez-vous en compte l’évolution du web et l’émergence des réseaux sociaux ?

Je ne comprenais pas pourquoi les élèves blogueurs ne faisaient jamais de faute d’orthographe dans leurs titres, très peu dans leurs billets, alors que dans leurs commentaires, c’était horrible! Quand nous avons posé la question à l’un d’eux, il nous a regardés avec des yeux ronds: «Mais enfin, tout le monde sait cela! Si on fait des fautes, Google ne nous trouvera jamais! » Ces jeunes gens avaient une connaissance intuitive des algorithmes qui sous-tendent le fonctionnement des moteurs de recherche et s’y étaient parfaitement adaptés! J’ai alors décidé, pour tenter de comprendre un peu mieux les adolescents nés avec ces dispositifs, et qui les utilisent quotidiennement, d’ouvrir un compte FaceBook et un compte Twitter. Tous les éducateurs le savent: le levier principal de développement de l’individu, c’est la quête d’identité. Or, les réseaux sociaux répondent parfaitement à cette quête: « J’existe, et je sais que j’existe dans la mesure où j’obtiens un écho fréquent de mon existence. Savoir que je suis important pour quelqu’un, plusieurs fois dans la même journée, me construit.» Tenir un blog, c’est une chose, mais aujourd’hui je me suis rendu compte par moi-même que ma présence sur Twitter, sur Facebook, sur tous ces nouveaux réseaux, a encore plus de portée, en termes de trouvailles, de partage… Plus je suis présent sur les réseaux, plus je reçois en retour, c’est-à-dire plus on me sollicite, plus on me pose des questions, plus je suis obligé de penser à ce que je réponds… Donc plus j’apprends. De fait, je suis devenu mon propre “média”: j’ai développé mon propre lectorat et je dispose d’un réseau de personnes d’influence qui, elles-mêmes, diffusent vers d’autres personnes. J’occupe ainsi un créneau de blogueur-reporter: en même temps que je fais profiter les autres de mes propres trouvailles, je suis sollicité pour relayer à mon tour certaines choses. Si vous aviez une vision, un conseil, une idée à transmettre aux enseignants landais ?

Eh bien, je leur proposerais d’abord d’essayer de voir si la posture d’apprenant ne leur conviendrait pas. Vous me dites avoir constaté que certains changements sont déjà en route, voilà le signe que c’est chose en partie faite. Mais les enseignants qui décideront d’officialiser cette posture y trouveront plusieurs avantages: d’une part, ils vont gagner une plus grande marge de manœuvre – si vous-mêmes êtes un apprenant, alors vous avez le droit à l’erreur –; d’autre part, cela peut les amener à prendre plus de risques, à se déplacer, donc à aller vers d’autres découvertes. Et, probablement, leur

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éviter d’avoir à céder à cette demande que l’on fait souvent aux enseignants utilisateurs des outils numériques: faire un acte de foi en faveur de ces dispositifs. Je leur dis : “Vous allez vous retrouver en situation d’expérimenter des choses pour vousmêmes… Adoptez un mot sur Wikipédia, et voyez si, de temps à autre, vous ne pouvez pas y contribuer, allez faire des commentaires dans les blogs, allez rejoindre la conversation sur les réseaux sociaux… Peu importe la porte d’entrée, essayez, et essayez d’objectiver ce que vous allez y apprendre. Demandez-vous si ce que vous y apprenez a une chance d’être transférable dans votre travail de faire apprendre.” Pour finir, puisque nous sommes à Ludovia, quelle est votre réflexion à propos de ce que l’on nomme aujourd’hui les “serious games” ?

Quand mon premier fils avait quatre ou cinq ans, il était friand de jeux vidéo. Et j’étais contre, parce que, comme tout bon enseignant, je pensais qu’il faut souffrir pour apprendre. Mais en l’observant, ainsi que mes pensionnaires de l’internat, j’ai découvert qu’ils étaient capables de résoudre des problèmes, de surmonter des échecs, de structurer leur pensée, d’être créatifs, d’imaginer des scénarios… Bref, d’apprendre. J’ai vu aussi des choses que je n’aimais pas: la violence, certains excès, certaines tendances à jouer un peu trop longtemps. J’en suis venu à essayer de comprendre dans quelles conditions ces environnements pourraient être utilisés pour les apprentissages. C’est une chose qui existe déjà: les pilotes d’avion, les chirurgiens, les pompiers… utilisent des simulateurs basés sur le fonctionnement de certains jeux vidéo. Je me suis intéressé aux travaux de Julian Alvarez, de Fanny Georges, de Yann Leroux, et je me suis rendu compte qu’il existait tout un développement de la recherche sur ce terrain. Me positionnant encore une fois comme apprenant, j’ai découvert qu’il me restait encore bien du chemin à faire avant de présumer que ces environnements ne créent pas d’apprentissage. Mieux, je pense aujourd’hui qu’ils représentent un filon incroyable. Les jeunes les utilisent, c’est la première raison de s’y intéresser. Pourquoi ne pas aller sur ces territoires pour essayer de faire des transferts? Et ça fonctionne! Il n’est qu’à voir le bouillonnement de rencontres qui se produit ici, à Ludovia, où des gens d’horizons très divers – chercheurs, politiques, responsables d’entreprises multimédias, enseignants, pédagogues, responsables du ministère de l’éducation… – trouvent un lieu pour laisser des traces de leurs propres apprentissages. ----1 http://carnets.opossum.ca/mario 2 http://www.ludovia.org, université d’été sur la thématique de l’e-éducation et des applications multimédia ludiques et pédagogiques. 3 http://www.opossum.ca 4 sur l’opération menée dans le Maine, voir page 295 5 sur l’enquête TNS Sofres, voir page 258 6 http://cyberportfolio.st-joseph.qc.ca

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----« Installer un ordinateur dans chaque classe, ou même cinq ordinateurs par classe, ça n’a aucun sens ! » Seymour Papert est mathématicien, informaticien et professeur émérite au MIT (Massachusetts Institute of Technology) ; il est l’un des pionniers de l’intelligence artificielle. -----

Imaginez un pays qui connaîtrait un grand développement de la philosophie, de la poésie, du théâtre, des sciences, etc., mais où personne n’aurait jamais pensé à écrire. On invente le crayon et le papier. Très rapidement, le commerce et la science se transforment. Quelqu’un émet alors l’idée d’introduire ces inventions à l’école, ce qui provoque un grand débat : convient-il de doter chaque classe d’un crayon, de trois crayons, ou plutôt de disposer une montagne de crayons dans une classe spéciale? Ridicule ! Tout ce que les enseignants et les enfants pourraient faire de très intéressant avec un crayon et une gomme par classe n’aurait évidemment rien à voir avec le rôle que l’écriture a joué dans notre civilisation. Eh bien, avec l’ordinateur, c’est la même chose: installer un ordinateur dans chaque classe, ou même cinq ordinateurs par classe, ça n’a aucun sens ! […] Fragile ? L’ordinateur est devenu l’outil privilégié de tous ceux qui font un travail de connaissance, un travail intellectuel, un travail d’information… Pourquoi en priver les enfants ? Le premier réflexe et le premier argument, c’est de dire : « Confier ces objets chers et fragiles à des adolescents? Vous n’y pensez pas : ils perdent tout, ils cassent tout ! » Pourquoi donc vous méfiez-vous ainsi de vos enfants ? Votre attitude n’est pas rationnelle : quand vous leur confiez une bicyclette, ils ne la perdent pas, de même qu’ils ne perdent pas leurs jeux vidéo. Toutes les statistiques montrent que lorsqu’on confie des ordinateurs à des enfants, ils les considèrent comme des objets précieux. Ils ne les cassent pas, ils ne les perdent pas. Il ne s’agit pas technologie, ni même d’école : c’est une question qui concerne vos enfants, et vos rapports avec eux. […]

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Différences. Pour avoir suivi de près l’expérience du Maine, je suis frappé par la différence des discours des initiateurs du projet français. Dans le Maine, on pense que les ordinateurs vont provoquer une mutation de l’enseignement: moins d’enseignement magistral, plus d’apprentissage, une plus grande indépendance pour les enfants qui dirigeront leur propre travail et leurs études, avec beaucoup plus d’idées pour apprendre en faisant des projets de toutes sortes, etc. En France, au contraire, on considérerait plutôt les ordinateurs comme des outils pour aider les enseignants à mieux faire leurs cours magistraux. […] Esprits indépendants. Si on croit, comme moi, que notre siècle a besoin d’esprits indépendants, capables d’apprendre des choses nouvelles, alors il nous faut des enseignants porteurs de ces mêmes convictions. Un enseignant qui ne se croit pas capable – ou pas autorisé – d’avoir des idées originales ne peut pas transmettre cette faculté à ses élèves. Jadis, le but de l’école, c’était que les élèves la quittent en sachant faire ce qu’on leur avait appris. Mais, aujourd’hui, il leur faut acquérir la capacité de faire ce qu’ils n’ont pas appris. C’est un changement d’attitude radical, et je pense que l’ordinateur le rend possible. Et je pense que c’est dans le Maine que cette philosophie est suivie le plus sérieusement. ----Retranscription d’un entretien vidéo avec Seymour Papert enregistré à Québec, le 16 mars 2004, à l’issue de l’une de ses conférences. Ce film a servi d’introduction au colloque “un collégien, un ordinateur portable : vers un nouvel espace numérique éducatif”, organisé par le Conseil général des Landes, le 7 mai 2004, à Moliets. http://www.dailymotion.com/cg40/

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----« L’ordinateur portable relié à internet peut être considéré comme un objet pivot, symbolique dans l’adaptation des outils à l’humain : il a résolu, au moins partiellement, la question de la mobilité. » Bruno Devauchelle est formateur chercheur en sciences de l’éducation; il travaille, au Cepec (Centre d’études pédagogiques pour l’expérimentation et le conseil) de Lyon, à l’accompagnement des équipes enseignantes mettant en œuvre les Tice.

----En 1997, 69 % des jeunes déclaraient que l’École devait les initier davantage à l’informatique1. En confiant à tous les collégiens de 4e et 3e du département un ordinateur portable, les initiateurs du projet landais ont apporté, dès 2001, une réponse concrète et totalement nouvelle dans le paysage scolaire français. Parce qu’ils ont eu le courage et la volonté de poursuivre cette expérience sur le long terme, l’évaluation effectuée en 2008-2009 prend une valeur particulière parce qu’elle invite à réfléchir sur une habitude, et pas seulement sur une expérimentation. Au moment où l’ordinateur portable vient remplacer l’ordinateur fixe en matière d’équipement individuel, cette expérience nous permet de tenter de répondre à quelques questions qui sont au centre des préoccupations des éducateurs, parents ou professionnels. Le fait de mettre un ordinateur portable à disposition des jeunes peut-il modifier le rapport aux apprentissages scolaires ?

En 2004, lors du colloque de Moliets, on avait déploré la forte résistance des manuels scolaires papier alors que chaque élève était équipé d’un ordinateur. Depuis lors, petit à petit, la situation a changé du fait d’une évolution conjointe de l’attitude des élèves et des enseignants. Cependant cela ne suffit pas: si l’écran ouvre sur la page d’un livre, et seulement sur cette page à lire, rien ne se passera. Dans le même temps, les élèves ont développé des habiletés à utiliser internet, et cette progression, entre 2001 et 2009, est impressionnante en dehors du monde scolaire qui, pour l’instant, reste encore en marge de ces nouvelles formes d’accès à l’information. Et pourtant on observe des évolutions, tant du côté des enseignants que de celui des élèves. D’une part les enseignants prennent progressivement la mesure de ce qu’ils peuvent

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“faire avec” les élèves: même si les pratiques restent très marquées par les habitudes, la présence de l’ordinateur des élèves amène progressivement les enseignants à les utiliser. D’autre part, les élèves manifestent certaines attentes vis-à-vis du système scolaire et sont prompts à prendre des initiatives. Ils demandent alors à ce que cet usage des Tice soit accepté jusqu’au cœur même de l’acte d’enseignement, l’évaluation. Ils utilisent l’ordinateur, et mettent à profit ses potentialités pour leurs apprentissages, parfois même à l’insu de l’enseignant. C’est alors à celui-ci de faire en sorte que ces pratiques soient perçues comme enrichissantes, et non pas concurrentielles ou frauduleuses. Pratiques familiales, pratiques sociales, pratiques scolaires, quelle place possible pour l’ordinateur portable dans la vie du jeune qui apprend?

La présence de l’ordinateur stimule inévitablement les pratiques. L’ordinateur portable ajoute la mobilité donc une adaptation plus grande aux contextes de vie des jeunes. À l’intérieur du groupe familial, contrairement à une machine fixe, l’ordinateur portable est bien l’outil de celui qui en est le responsable. C’est un outil nomade que l’on peut facilement déplacer. Les possibilités de connexion à internet par Wi-Fi enrichissent cette mobilité en permettant des échanges permanents avec d’autres espaces que l’espace familial. Deux pratiques classiques, l’accès à l’information et les échanges avec les pairs, sont à la base de l’activité des élèves. Différentes études ont montré récemment que les jeunes se protègent de manière habile des dangers qu’ils identifient, mais aussi que les parents ne leur sont, en cela, que d’un modeste concours. On retrouve ici la problématique des loisirs et du travail scolaire à la maison qui prend un sens nouveau avec l’ordinateur portable, source potentielle de malentendus : on peut croire qu’un jeune travaille parce qu’il est devant son ordinateur, mais on peut aussi surprendre un jeune à la découverte du monde à partir de recherches qu’il mène sur internet, seul ou en concours avec d’autres qu’il contacte par messagerie instantanée. Sans pour autant prendre toute la place parmi les multiples sollicitations, les ordinateurs portables ont accentué la domination progressive des écrans interactifs par rapport aux écrans passifs (télévision). C’est autour de cette interactivité que peuvent se développer des activités d’autant plus riches qu’elles sont en lien avec des apprentissages, scolaires ou non. La curiosité naturelle de l’enfant peut trouver là un terrain où s’exprimer, encore faut-il trouver des stratégies pertinentes d’accompagnement et de stimulation à la maison, dans les lieux sociaux, mais aussi à l’école. Qu’est-ce qu’apprendre pour un jeune ayant un ordinateur portable entre les mains?

Les adultes restreignent souvent l’activité d’apprendre au monde scolaire. Dès le début de la scolarisation, dans un univers de compétition individuelle, la réussite scolaire est un facteur surdéterminant pour beaucoup de parents. Pour le jeune, les choses ne sont pas complètement perçues de cette façon-là. L’adolescent qui dispose d’un

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ordinateur portable y voit d’abord un objet identitaire qui l’autonomise face aux adultes. Cette autonomie est aussi une forme d’apprentissage, mais le monde scolaire ne s’est emparé que récemment et avec précaution de cette compétence. Gagnant avec l’ordinateur portable le droit à “son” écran, le jeune peut donc y développer un ensemble d’activités dont on sait qu’elles constituent une partie de son éducation et de ses apprentissages, scolaires ou non. Comme l’ont montré les psychologues, chaque être humain dispose naturellement d’un désir d’investigation du monde environnant, et de capacités étonnantes pour y arriver. Pouvoir utiliser un ordinateur portable, c’est augmenter sa capacité à découvrir le monde. Les parents savent bien qu’une certaine “guidance” est nécessaire pour éduquer les enfants, même si c’est souvent bien difficile. Avec ces machines nomades, il est plus facile, pour un jeune, d’élargir ses pratiques, mais aussi de s’affranchir de ses parents. Il y développe bien souvent des apprentissages informels, mais qu’il ne pourra valoriser que s’ils reçoivent un écho dans son environnement familial, amical ou scolaire. De nombreux jeunes cherchent autour de leurs centres d’intérêts des informations, des compléments, pour alimenter leurs projets. Très éloignées de l’académisme, ces pratiques sont pourtant bien de vrais apprentissages non balisés. L’École serait tentée de leur donner un cadre; elle essaie, parfois maladroitement, de s’imposer par l’obligation du devoir à la maison. Si c’est la seule proposition qui est faite, on verra vite les limites de cette stratégie… Habitués aux communautés d’échanges, les jeunes pourraient, bien accompagnés, développer des communautés apprenantes à partir de ces moyens à leur disposition. Jadis les clubs, les ateliers, les groupes, les associations proposaient aux jeunes ces moments d’enrichissement; la présence de l’ordinateur portable ne s’y substitue pas, mais elle offre une opportunité supplémentaire d’offrir une réponse à la soif de découvrir le monde. Quel accompagnement des jeunes et des élèves, si l’on veut parvenir à une appropriation des Tice ?

Que signifie accompagner des jeunes dans un tel contexte? En premier lieu, et l’opération des Landes le met en évidence, il convient de fournir un cadre de possible, fiable et adapté. Ordinateur, réseau, maintenance, etc., en sont la base, mais ce n’est pas suffisant. Enseignants, parents, éducateurs ont, en priorité, la responsabilité d’accompagner cette formidable mutation. Le premier incontournable de l’accompagnement, c’est le dialogue. Introduire un corps étranger dans un milieu suscite des réactions de toutes sortes: quel accueil réservet-on à l’expression de ces réactions ? comment les gère-t-on ? À la maison comme à l’école l’ordinateur portable ne doit pas être une séparation, mais au contraire un objet d’échange. Le deuxième incontournable, c’est l’encouragement. Quand un jeune exprime des centres d’intérêts, l’adulte a souvent tendance à tenter de les cadrer dans le sens qu’il perçoit comme prioritaire. Or l’équilibre peut être fragile lorsque la concurrence est

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vive entre les intérêts divergents des adultes et ceux des jeunes. L’encouragement, c’est d’abord aider le jeune à prendre conscience de ses propres centres d’intérêts et à les approfondir, pour mieux se situer par rapport à eux, et ne pas en faire un espace privé, de repli protecteur contre le monde adulte. Le troisième incontournable, c’est la responsabilisation. L’une des principales difficultés des parents et des enseignants face à l’usage de l’ordinateur portable, c’est la crainte ou la méconnaissance, et dans les deux cas, le premier réflexe, c’est la sécurisation : empêcher l’utilisation, encadrer les pratiques. Accompagner le jeune consisterait plutôt à lui permettre de devenir responsable, donc de rendre compte de ses activités. Avec l’ordinateur portable, il sera toujours intéressant de repérer des réalisations, des trouvailles, à faire partager aux autres, dans la classe ou à la maison. Nous vivons dans un univers environné de TIC de toutes sortes, mais apprendre les TIC n’est pas une fin en soi. Être acteur raisonné de cet usage ne se résume pas à des apprentissages, tout comme l’écriture ne se résume pas à des exercices scolaires. Ce qu’en pédagogie on appelle le transfert des apprentissages est une première marche vers l’appropriation, qui est l’utilisation responsable, autonome et adaptée des éléments de l’environnement pour atteindre des buts explicites. Même lorsqu’il y a transgression de la loi, il y a appropriation pour peu que cette transgression soit identifiée au bon moment. Pour cela, il faut qu’il y ait un accompagnement basé sur la confiance, fondation principale de cet édifice. Quelles directions pour l’avenir ?

Chaque nouvelle génération vit environnée d’outils nouveaux. Il est nécessaire de réfléchir au sens de ces évolutions, et de pouvoir accompagner les jeunes qui entrent dans un tel monde. Les questions sont nombreuses, aussi bien sur le plan technique que sur le plan humain. Les propositions constantes de solutions techniques nouvelles posent deux questions : est-ce que cela va continuer ? n’y a-t-il pas des constantes ? Il est facile d’observer que le monde économique et technique a tout intérêt à faire des propositions qu’il présente comme nouvelles. À y regarder de plus près, on remarque quelques constantes qui amènent à relativiser ces changements pour les situer plutôt dans le cadre de l’amélioration de l’existant que de la nouveauté. Ainsi en est-il de cette évolution majeure du “smartphone”, ou terminal miniature mobile, qui est l’intégration de l’ordinateur dans le moule du téléphone portable. Nouveauté sur le plan de l’offre commerciale, ce n’est, techniquement, qu’une convergence et une intégration supplémentaire: si on observe une apparente “nouveauté”, sur le fond, les techniques sont simplement rapprochées par une miniaturisation et une intégration de plus en plus forte. Le modèle du numérique électronique est actuellement la constante sousjacente à tous ces nouveaux objets. L’ordinateur portable relié à internet peut être considéré comme un objet pivot, symbolique dans l’adaptation des outils à l’humain, car il a résolu, au moins partiel-

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lement, la question de la mobilité. L’intégration technique rend disponible cette propriété nouvelle sur des machines de plus en plus proches du quotidien. Les puces RFID2, et bientôt les nanotechnologies, ou encore l’optoélectronique, vont accentuer cette tendance forte. Pour le jeune, pour l’élève, pour le monde scolaire, cette évolution s’inscrit dans deux dimensions : l’une, générale, voit aujourd’hui la société s’organiser autour de l’information et de la communication numérique, l’autre, spécifique, remet en cause la relation au savoir, à l’information, et invite à une réflexion sur le rôle et la place du système scolaire. La plupart des évolutions des trente dernières années ont été provoquées par la diffusion des techniques numériques dans toutes les sphères de la société. L’information, en tant que matériau que l’on transporte et que l’on traite, est au cœur des évolutions en cours. Elle en est, en quelque sorte, le modèle initial: désormais l’information est plus importante économiquement que la marchandise dans notre société occidentale. Cette évolution est essentielle à comprendre et à maîtriser pour aider les jeunes à s’orienter dans le monde de demain. Ils vivent désormais environnés d’écrans de toutes tailles, plus ou moins proches, plus ou moins mobiles ; ils ont des accès constants aux sources qui peuvent les aider à apprendre. La valeur de l’expérience des Landes est de montrer l’importance de la prise en compte de ce fait par les décideurs et par le monde scolaire, et de repérer les chemins les plus pertinents. On le sait bien, le monde scolaire est partagé entre sa conscience du phénomène et un cadre encore trop rigide pour en accepter les conséquences. Pendant ce temps, les jeunes font preuve d’intelligence et développent des stratégies qui vont au-delà de ce cadre, et qui les concernent au quotidien. C’est probablement sur la capacité de chacun à discerner ce qui peut l’aider de ce qui le gêne dans ce monde numérique (outils ou contenus), qu’il faudra accentuer les efforts – les moyens matériels devant devenir de plus en plus invisibles pour céder la place aux usages avancés et raisonnés. ----1 Josiane Jouet, Dominique Pasquier, “Les jeunes et la culture de l’écran”, revue Réseau n° 92-93, 1999, pp. 26-102. 2 De plus en plus d’objets du quotidien, tels que les cartes de transport ou les clés de contact des voitures, sont munis de puces sans contact, utilisant pour la plupart la technologie RFID (radio frequency identification) : de minuscules marqueurs électroniques lisent à distance les données émises par la puce grâce à une antenne qui “dialogue” par ondes radio avec un lecteur émetteur-récepteur sur des distances pouvant atteindre plusieurs dizaines de mètres.

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----Les compétences numériques des collégiens… et leurs limites. Céline Metton-Gayon est sociologue, chercheuse associée au CEMS (CNRS/EHESS). Elle vient de publier Les Adolescents, leur téléphone portable et internet, aux éditions l’Harmattan (2009).

----Il est désormais usuel d’affirmer que les adolescents appartiennent à une “génération internet”, dotée de fortes compétences dans le domaine des technologies numériques1. Les recherches montrent qu’ils ont acquis une “culture de l’écran2”, mettant en jeu un “apprentissage formel des codes de la technique qui repose à la fois sur des savoir-faire, des connaissances empiriques et des représentations mentales3”. Les adolescents eux-mêmes revendiquent une forte expertise dans le domaine d’internet : selon l’enquête d’Olivier Martin4, ceux de la tranche d’âge 10-13 ans déclarent à 74 % savoir installer des logiciels, 73% surfer, et 26 % effacer l’historique de consultation des sites. La palette des compétences déclarées est donc vaste. Pour autant, reste à savoir si le degré d’expertise revendiqué par les jeunes est aussi élevé et transverse que celui qu’ils déclarent. Et nous verrons que, dans certains domaines, notamment celui des recherches scolaires, la compétence “numérique” des adolescents reste limitée.5 Des compétences avérées…

Le sentiment d’expertise et de facilité tel qu’il est ainsi ressenti et exprimé par les jeunes n’est pas surprenant: les adolescents ont rencontré très tôt internet dans leur trajectoire biographique. Dans les années 1990, ils ont grandi avec la montée en puissance du marché des jeux vidéo sur consoles, et de l’informatique domestique connectée à internet. Ils connaissent aujourd’hui la diffusion de la connexion très haut débit, la démultiplication des équipements médiatiques et l’expansion grand public de la téléphonie mobile. En maniant dès leur plus jeune âge ces technologies, ils ont pu très tôt se familiariser avec les modes opératoires de la technique. Leur apprentissage paraît d’autant plus facile qu’il se fonde largement sur des usages ludiques et étroitement liés au plaisir. Même lorsqu’ils éprouvent des difficultés, la manipulation ludique, ce qu’ils appellent le “bidouillage”, l’emporte sur le sentiment de déroute ou d’égarement6. Avon, 12 ans, déclare ainsi : « Au début, quand mon père il avait son (ordinateur) portable, je voulais savoir […]. Quand je le prenais, des fois, j’arrêtais les jeux et je regardais comment on s’en sert, et comme ça j’ai appris à m’en servir. »

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De plus, les jeunes bénéficient d’une volonté politique des pouvoirs publics, qui depuis les années 1980 ont multiplié les projets de développement de l’informatique dans les établissements scolaires. Le programme initial “Informatique pour tous7” a laissé place à une série d’autres mesures, plus nombreuses encore avec l’arrivée d’internet. Depuis l’année 2000, l’équipement en matériel informatique n’a cessé de progresser et couvre aujourd’hui la quasi-totalité des établissements du secondaire. Le B2i (brevet informatique et internet), à l’origine facultatif, est aujourd’hui obligatoire pour obtenir le brevet des collèges. En parallèle des projets nationaux, certaines actions ont également été montées par les collectivités locales8. Les jeunes, même s’ils ne possèdent pas d’équipement informatique domestique, bénéficient donc d’une certaine formation à l’informatique et à l’internet dans le cadre scolaire. Toutefois, s’il est incontestable que les jeunes tirent des bénéfices indéniables de leurs compétences, reste à savoir si le degré d’expertise qu’ils s’autoattribuent – et se voient généralement attribuer – est sans faille. …mais des compétences limitées : l’exemple de l’usage scolaire d’internet

Toutes les études le montrent, internet est aujourd’hui devenu un dispositif d’accès à l’information très massivement utilisé par les collégiens comme mode de recherche. Selon le Clemi (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information), 69 % des 12-18 ans s’en servent ainsi. Jessica, par exemple, n’utilise presque plus qu’internet pour ses exposés scolaires : « La bibliothèque, c’est plus à la mode… Moi non plus, j’y vais plus, parce que je tire tout sur internet » (Jessica, 14 ans). L’accès aux sources disponibles par internet éveille en effet de forts espoirs de la part de jeunes qui avancent la “facilité” des recherches. Tout se passe en fait comme si cet outil permettait de réduire les efforts cognitifs nécessaires dans le travail d’analyse. « Quand Madame P. me donne par exemple quelque chose sur Antonio Vivaldi, je vais sur Google, je tape “Antonio Vivaldi” et je vois tout ce qu’il y a sur Vivaldi. Je clique sur la biographie, et voilà » (Anthony, 13 ans). L’expression « et voilà » d’Anthony laisse ainsi entendre que le savoir serait là, sur l’écran, sélectionné et planifié, directement transférable de l’écran à la copie scolaire. Mais, bien vite, les espoirs des jeunes se heurtent en réalité à des difficultés successives. Les travaux de Chartier ont en effet bien montré combien les modalités de confrontation au savoir sur internet sont très différentes de celles de l’écrit, et méritent des compétences spécifiques9. En effet, dans la culture imprimée, une perception immédiate associe un type d’objet, une classe de textes et des usages particuliers. L’ordre des discours est ainsi établi à partir de la matérialité propre de leurs supports : la lettre, le journal, la revue, le livre, l’archive, etc. Mais, avec le format numérique, tous les textes, quels qu’ils soient, sont donnés à lire sur un même support (l’écran de l’ordinateur), et dans les mêmes formes. Les différents genres ou répertoires textuels deviennent donc semblables dans leur apparence et équivalents dans leur autori-

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té. De plus, à la différence d’un texte écrit, l’information recueillie sur internet se fonde sur la juxtaposition d’informations de nature très disparate. Elle s’inscrit donc en rupture avec le principe d’un savoir hiérarchisé et cumulatif, puisque les éléments ne sont pas directement mis en relation. La démarche de la recherche électronique pose des défis liés à la nouvelle autonomie du lecteur. Dans le cas des jeunes interviewés, ces défis ne sont pas toujours facilement surmontés. Les jeunes évoquent en effet leurs difficultés successives. Si le choix du moteur de recherche ne semble pas poser de problème10, celui du mot-clef pertinent semble moins évident. À cette première difficulté dans le choix du mot-clé ajoute parfois une autre liée à la confrontation avec l’hypertexte. En effet, le fait de cliquer sur un lien fait apparaître une nouvelle fenêtre à l’écran, qui est étrangère au contexte de départ. Le jeune se trouve alors placé devant une multitude de fragments de textes, qu’il doit relier par un sens. Sur internet, le fil narratif présent dans le livre étant inexistant, le lecteur doit à chaque fois créer un contexte de réception adapté. La lecture hypertextuelle constitue dès lors un saut dans l’inconnu : à chaque clic, l’internaute quitte un contexte établi pour un autre non défini à l’avance et plus ou moins lié au contexte précédent : « Chaque hyperlien est ainsi une invitation à aller plus loin, une promesse de contenus 11». Stéphane, 12 ans, affirme ainsi : « Je suis allé sur Voila (un moteur de recherche). Et je suis tombé sur des sites qui n’avaient rien à voir avec Beethoven, ou des sites italiens, ou alors sur des sites français mais très mal faits… Par exemple, sur Beethoven, il y avait deux lignes […]. En fait, je croyais que Beethoven il était connu, mais pourtant, il n’y a rien en France. » Une fois les sources d’information trouvées, reste encore à les filtrer et à les hiérarchiser. L’abondance des données accessibles à travers le moteur de recherche d’informations est parfois désarmante12. Cinthia, 13 ans, affirme ainsi: « Il y a un peu trop de sites, parce que… Des fois aussi, ils pourraient résumer quoi […]. C’est trop, parce que nous, on comprend pas tout de suite. Et ça fait beaucoup de travail, parce qu’il y a beaucoup de sites, et sur chaque site faut qu’on voie lequel est le plus important… » Le tri des résultats n’est pas facile puisque les éléments sont mis au même niveau, sans avoir été soumis aux exigences de l’évaluation scientifique. Rares sont d’ailleurs les adolescents qui se montrent soucieux de la vérification des sources : beaucoup se contentent de faire un simple recopiage des différentes données trouvées. Le “copier-coller” est d’ailleurs souvent décrit comme un “fléau” par les enseignants, qui dénoncent un certain rapport utilitariste au texte. Le contexte et le cheminement de la réflexion s’effaceraient au profit du seul contenu informatif utile à un moment donné et dans un objectif ciblé. De ce point de vue, certains clivages sont perceptibles : l’âge et l’origine sociale des jeunes. L’âge, tout d’abord, joue dans la mesure où les usages intensifs d’internet comme mode de recherche laissent progressivement place à d’autres modes finalement considérés comme aussi efficaces. Vers la fin du collège, les jeunes semblent

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utiliser internet de manière plus “raisonnée”, et encore plus au lycée. Aurore, 17 ans, avec le recul, affirme ainsi : « Quand j’étais au collège, c’était boulimie d’internet. C’était la solution facile. On se fait une image d’internet parce qu’en fait, au collège, le Net, on idéalise un peu […]. Mais au lycée, je trouve que bon, internet, c’est bien mais c’est large, il faut chercher […]. Donc l’encyclopédie, je trouve qu’on s’y remet un peu plus quand même. » Par ailleurs, les clivages sociaux sont prégnants : tous les jeunes ne sont pas également invités à utiliser internet par leurs parents. En effet, les familles de milieu populaire accueillent généralement internet avec intérêt, en se réjouissant des facilités d’accès à l’information : « Internet, c’est comme une grande bibliothèque à la maison : tout est là ! Tu as tout sur place, c’est vraiment génial… » (Mouna, 42 ans, agent d’entretien). Ils encouragent même souvent l’utilisation d’internet à visée scolaire, sans contrôler les usages qui en sont faits. En revanche, d’autres parents dont le capital scolaire est plus élevé se montrent nettement plus sceptiques quant à l’utilisation exclusive d’internet comme mode de recherche. Ils restent fidèles aux techniques traditionnelles et à la culture du livre. Et leurs enfants intériorisent l’injonction: ils témoignent aussi d’une plus forte culpabilité à aller directement sur internet. Stéphane trouve par exemple “trop facile” le copier-coller : « Je me débrouille pour écrire, pour trouver quelque chose dans les livres, parce que sinon, ça veut dire qu’on a tout trouvé sur internet… Ça veut dire qu’on n’a rien fait…» Ces jeunes affirment se référer davantage à d’autres sources que celles trouvées sur internet. Ils semblent enfin davantage capables de cartographier les différents moteurs de recherche et de les comparer. Conclusion

L’expertise des plus jeunes, donc, n’est pas uniforme et imparable: le concept d’une “génération internet”, dotée de compétences évidentes et également distribuées, mériterait d’être affiné. De ce point de vue, nous venons de le voir, les inégalités sociales sont flagrantes : les élèves qui bénéficient d’un guidage familial sont largement avantagés dans leurs recherches électroniques, aussi bien dans le choix du bon moteur de recherche que dans le tri judicieux des informations trouvées. Dans ce contexte, l’accès à internet, souvent présenté comme un moyen de réduire les inégalités d’accès au savoir, est en fait susceptible de les accroître. Dès lors, on ne saurait suffisamment rappeler le caractère précieux de l’apprentissage scolaire de l’usage d’internet, permettant au plus grand nombre de maîtriser les fondamentaux d’une recherche en ligne.

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----1 I. E. Snyder, Page to screen: taking literacy into the electronic era, London and New York, Routledge, 1998. L. J. Gurac, Cyberliteracy: Navigating the Internet with awareness, New Haven, Yale University Press, 2001. 2 Ce concept a été élaboré en 1988 par Ehrenberg et Chambat en écho à la “culture de l’imprimé” définie par Roger Chartier, pour évoquer la familiarisation liée au nouveau continuum formé par la multiplication des supports écrans. P. Chambat & A. Ehrenberg, De la télévision à la culture de l’écran. Sur quelques transformations de l’imaginaire consommatoire. Le Débat, 52, 1988. 3 J. Jouët & D Pasquier., Les jeunes et la culture de l’écran. Réseaux, 92-93, p 29, 1999. 4 O. Martin, L’internet des 10-20 ans. Réseaux, 123, 2004. Clemi, Enquête Mediappro. Appropriation des nouveaux médias par les jeunes: une enquête européenne en éducation aux médias, 2006. 5 Les données de cet article sont extraites de l’ouvrage Les Adolescents, leur téléphone portable et internet, tiré d’une thèse de sociologie, pour laquelle 76 entretiens ont été menés auprès de collégiens et de leur famille. Voir C. Metton-Gayon, Les Adolescents, leur téléphone portable et internet, l’Harmattan, 2009. 6 F. Millerand, P. Jacques, P. C. Marie & G. Luc, Les Usages d’internet chez les adolescents québecois. Actes du Colloque international sur les usages et services des télécommunications, 1999. 7 Consistant, dans les années 1980, à équiper les collèges en ordinateurs “TO7” ou “MO5”. 8 Ces actions consistent notamment à équiper les collégiens de 4e et de 3e d’un ordinateur portable, afin de les aider dans leur scolarité. Le Conseil général des Landes mène l’opération depuis 2001. 9 R. Chartier, Les métamorphoses du livre, Paris, Editions de la BPI, 2001. 10 L’usage des moteurs de recherche est un des éléments abordés pendant les cours. Les jeunes connaissent en général les principaux, de type Google, Yahoo ou Voila. 11 C. Vandendorpe, Du papyrus à l’hypertexte. Essai sur les mutations de texte et de la lecture”, Paris, La Découverte, p 227, 1999. 12 O. Mongin, M.-O. Padis & R. Robert, Internet, lecture et culture de flux. Entretien avec Jean-François BarbierBouvet. Esprit, 280, 2001.

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----« Tout au long de ce “tour des Landes des collèges”, nous avons vécu des moments d’attention intense, d’enthousiasme, de jubilation, d’émotion (et, bien sûr, quelques situations d’ennui!). » Marie Bruneau et Bertrand Genier ont réalisé – de 2001 à 2009 – une vingtaine de numéros du journal dédié à l’opération “un collégien, un ordinateur portable”, pour le compte du Conseil général des Landes. -----

Nous avons, sur l’opération landaise, un point de vue un peu singulier: interpellés par le Conseil général pour accompagner les débuts de l’histoire, nous étions le 17 septembre 2001 au collège Jean-Moulin de Saint-Paul-lès-Dax, à l’occasion de la remise des premiers ordinateurs portables. Ensuite, au cours de cette première année, nous avons pu visiter les trois collèges volontaires pour “tester” l’opération: un formidable remue-ménage était en train de germer, et nous avons eu très vite le sentiment qu’une telle expérience à cette échelle, et dans un contexte assez inégalement préparé à accueillir l’arrivée soudaine de ces machines, ne manquerait pas d’engendrer un foisonnant gisement d’histoires, d’idées, d’initiatives… Aussi, quelques années plus tard, quand la question nous sera posée de rendre compte de l’utilisation pédagogique des ordinateurs portables, l’idée s’imposera tout naturellement: « Plaçons-nous en situation de témoins, d’enregistreurs, pour recueillir – en paroles et en images – quelques-unes de ces histoires… Puis restituons une sorte de chronique du projet sous la forme d’un journal.» Nos interlocuteurs nous prennent au mot, et alors que nous pensions n’opérer que sur un nombre restreint de collèges, ils renchérissent : « Pourquoi choisir ? Il faut les visiter tous ! » Reportage, de l’anglais to report : rendre compte

Ainsi s’est formé le projet : visiter tous les collèges publics du département, à la fois pour y observer des situations pédagogiques “avec ordinateurs”, et pour rencontrer les différents acteurs de l’opération. La règle du jeu était simple: assister à des cours et décrire ce qui s’y passe, ce qui nous frappe, nous étonne… Et ouvrir les guillemets pour laisser chaque enseignant expliquer les attendus pédagogiques de chaque situation. Une simple observation, donc, mais une observation active, avec l’objec-

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tif de traquer le singulier et le générique, les petits rituels et les grands principes… Littéralement, faire reportage – de l’anglais to report : rendre compte. Aujourd’hui (octobre 2009), notre mission s’achève. Nous avons visité quasiment tous les collèges, et avec une moyenne de cinq situations par établissement, nous avons assisté à près de cent cinquante cours, et conduit plus de deux cents entretiens (personnels d’encadrement et de vie scolaire, enseignants, parents, assistants d’éducation, collégiens). La matière recueillie est conséquente, et nous avons vu des choses particulièrement inédites, innovantes, encourageantes: si l’enquête menée par l’institut TNS Sofres (cf. page 258) dresse un bilan quantitatif un peu mitigé, pour ce qui est du “qualitatif”, nous pouvons témoigner que les exemples ne manquent pas! Qu’avons-nous vu ?

> dans chaque collège… Allions-nous trouver, dans chaque collège, matière à réaliser trois pages du journal? C’était l’une des inconnues du projet… Au bilan, la réponse est “oui”, même s’il y a de grandes disparités d’un établissement à l’autre… Dans tous les collèges, nous avons rencontré des enseignants intéressés et impliqués; elles et ils ont essayé d’imaginer de nouvelles manières de faire, pour intégrer les ordinateurs – aussi bien le leur que celui des élèves – dans leur enseignement. > dans toutes les matières… C’est sans doute le fait le plus marquant: il n’y a pas d’un côté des disciplines “avec ordinateurs”, et d’autres “sans”… Les ordinateurs portables ont naturellement trouvé leur place en technologie et dans l’enseignement des sciences expérimentales – que ce soit en sciences physiques et chimiques, ou en SVT (sciences de la vie et de la Terre). En langues vivantes, ils ont ouvert d’étonnantes possibilités, aussi bien en matière d’écoute que d’enregistrement. En histoire et en géographie, la richesse et la qualité des ressources documentaires sont plébiscitées. En français, les usages sont en plein développement, bien au-delà de la perception que nous en avions au début de notre périple: les professeurs de lettres classiques, par exemple, ont largement adopté les outils numériques pour l’enseignement du grec et du latin. En éducation musicale ou dans les arts plastiques, certains enseignants ont poussé très loin l’intégration des ordinateurs dans leur pédagogie, notamment en tant qu’outils de création. Plus difficile à observer parce que l’utilisation n’y est que très ponctuelle, la place des ordinateurs portables a également été trouvée en éducation physique et sportive. Quelques réserves peut-être – ou hasard des rencontres –, une utilisation visiblement plus limitée en mathématiques que ce que nous aurions pu imaginer. Une bizarrerie: la grande différence de pratiques entre les professeurs d’espagnol et leurs collègues d’anglais ou d’allemand: toutes les langues vivantes ne s’enseigneraient-elles pas de la même manière? Et un constat : ce qui fait aujourd’hui l’actualité numérique – blogs, réseaux sociaux, etc. – est totalement absent des pratiques, même de celles des enseignants les plus engagés dans l’opération.

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> quel que soit l’âge… Contrairement à certaines idées reçues, ce ne sont pas forcément les enseignants les plus jeunes qui ont recours aux ordinateurs des élèves pendant le cours: nous avons notamment rencontré des quinquagénaires heureux qui ont puisé là une motivation nouvelle, et l’occasion de sortir de la routine, et de remettre en jeu leur pédagogie. Ce sont souvent ceux-là qui nous ont proposé les situations à la fois les plus maîtrisées et les plus innovantes, même s’ils étaient parfois techniquement moins à l’aise que certains de leurs collègues plus jeunes – sans doute plus familiarisés avec l’informatique, mais parfois moins disponibles, moins assurés pédagogiquement, ou plus frileux vis-à-vis de leur hiérarchie. Voici peut-être une des explications à la diffusion relativement lente des pratiques “avec ordinateurs” : contrairement à ce que laissent transparaître les discours, les difficultés sont sans doute ici moins d’ordre technique que pédagogique… > mais de manière très contrastée… D’un établissement à l’autre, et sans qu’il y ait apparemment de raison objective pour expliquer cela, l’utilisation des ordinateurs portables est quantitativement très différente. Ici, le recours aux ordinateurs des élèves est très régulier dans quasiment toutes les matières, alors que là, dans d’autres établissements a priori en tous points semblables, il en va tout autrement. Chaque collège a son histoire ; et sans doute, le rôle du chef d’établissement, la composition de l’équipe pédagogique, le projet d’établissement ont quelque chose à voir dans l’affaire… Une chose est certaine : des synergies particulières sont à l’œuvre. La diffusion des pratiques semble s’opérer un peu par contamination – l’échange se faisant de pair à pair, entre collègues. On voit se développer ici un pôle fort d’usages en mathématiques, là des pratiques quasi généralisées en langues vivantes, etc. À quoi servent les ordinateurs ?

Dans les différents cours auxquels il nous a été donné d’assister, nous avons pu observer trois types de situations : – seuls l’ordinateur de l’enseignant et le vidéoprojecteur sont utilisés, éventuellement avec un tableau interactif ; – seuls les ordinateurs des élèves sont mis à contribution; – l’ordinateur de l’enseignant, les ordinateurs des élèves et le vidéoprojecteur sont utilisés ensemble, généralement avec un tableau interactif. Dans le premier cas, c’est souvent, pour l’enseignant, une manière de rendre son cours plus vivant, plus riche, plus attractif, d’améliorer la façon de présenter les choses, de délivrer un savoir, d’expliquer des phénomènes. Dans le second cas, les élèves sont généralement dans une démarche “active” qui les place au cœur de la recherche – l’enseignant allant de l’un à l’autre, pour orienter, stimuler, etc. Dans le troisième cas, il faut bien distinguer ce qui est de l’ordre d’un cours magistral classique – le professeur délivrant son cours, et les ordinateurs des élèves servant

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uniquement à la prise de notes –, d’autres situations plus inédites dans lesquelles les ordinateurs des élèves servent par exemple à conduire une recherche documentaire, visionner un document audiovisuel, produire un texte et/ou s’enregistrer. Ainsi, d’un cours à l’autre [comme on pourra le constater dans les pages qui suivent], les usages sont bien différents. Parfois, les ordinateurs servent à faire d’une autre manière – ou mieux – ce qu’on faisait auparavant: exercices, prise des notes, consultation de documents, etc. Par contre, notamment quand les ordinateurs des élèves sont mis à contribution, on assiste à l’invention de nouvelles situations pédagogiques. Ce cours d’espagnol, par exemple, où chaque élève a pu écouter un document sonore, rédiger un texte à propos de ce qu’il en avait compris, et s’enregistrer pour rendre son devoir sous la forme d’un fichier audio – le tout dans une ambiance studieuse –, nous a fortement impressionnés! Mais il est certain que cela ne s’improvise pas. Ces situations doivent se préparer, et la réussite tient autant à la manière dont l’enseignant les installe, qu’au fait qu’il le fasse régulièrement, en inventant certains rituels: à quel moment du cours interviennent les machines? comment accède-t-on au réseau ? etc. Toute une série de petites habitudes à “faire ensemble” qui rendent ces pratiques naturelles… Non, ça n’est pas simple, mais quand on y arrive, la plus-value est évidente. Pour conclure…

Rappeler que la spécificité de l’opération landaise, c’est le fait que chaque collégien de 4e et de 3e dispose, pour l’année scolaire, d’un ordinateur personnel portable richement doté en logiciels et en ressources pédagogiques. Et qu’à cette échelle, et sur une telle durée, cette histoire est unique en France. Préciser qu’il nous semble bien difficile – voire illusoire – de vouloir dresser un bilan précis des usages, et d’en généraliser les conclusions, tant chaque situation est singulière… En l’absence de modèles pédagogiques préétablis, de directives, ou d’orientations, chaque collège, chaque enseignant joue sa propre partition, plus ou moins activement, avec plus ou moins d’imagination, de liberté, d’enthousiasme. Tout au long de ce “tour des Landes des collèges”, nous avons vécu des moments d’attention intense, d’enthousiasme, de jubilation, d’émotion (et, bien sûr, quelques situations d’ennui !). Nous avons aussi parfois douté, en réalisant à quel point l’école n’est pas préparée à accueillir ces machines à certains égards un peu “diaboliques”. Des enseignants ont été déstabilisés, d’autres enthousiasmés, tous se sont trouvés dans l’obligation de se poser beaucoup de questions, particulièrement sur leur rôle et sur leur manière d’enseigner. Comment gérer une situation de classe, quand on n’a plus devant soi que des visages cachés derrière des écrans? Un débat s’est ouvert au sujet de l’accès à internet, un autre à propos des usages non strictement scolaires des ordinateurs… Engagés comme observateurs et comme témoins, investis de la mission de collecter et de restituer un peu de ce vécu individuel et collectif, nous nous sommes laissés

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prendre à l’aventure… Les étonnements, surprises, enthousiasmes ou doutes de nos interlocuteurs nous ont, par contamination, étonnés, surpris, enthousiasmés ou remplis de doutes à notre tour… Des questions essentielles ont été posées; certaines commencent à trouver des réponses. D’autres non. Une collectivité territoriale met en œuvre des moyens ; des enseignants sont en train d’inventer la vie qui va avec. ----1 Tous les numéros du journal En Connexion et différents documents de communication sont disponibles, sous forme numérique, sur http://issuu.com/1collegien1ordinateurportable/docs

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#3. AU COLLÈGE.

Les langues vivantes Pour l’enseignement des langues vivantes, le premier avantage des ordinateurs portables, c’est de pouvoir disposer, à volonté, d’une grande variété de documents “authentiques” – c’est-à-dire parlés par des locuteurs dans leur langue natale. L’ordinateur de l’élève est un véritable petit laboratoire de langues: en cours ou à la maison, chacun peut facilement écouter ou visionner à son rythme, globalement ou par morceaux, toutes sortes de documents audiovisuels – émissions de radio, publicités, actualités télévisées, clips vidéo, chansons, etc. –, et progresser ainsi dans sa compréhension de la langue à l’oral. L’élève peut également s’enregistrer et s’écouter autant de fois qu’il le souhaite avant d’envoyer – via internet ou le réseau du collège – le produit de son travail à ses professeurs. Avec internet, on entre facilement de plain-pied dans la vie et la culture du pays dont on étudie la langue, par exemple, pour préparer un voyage : chercher des horaires de trains, découvrir une ville ou les collections d’un musée, etc. Les élèves peuvent entreprendre des recherches autonomes, et le professeur y trouve de nouvelles possibilités pour enrichir ses cours, et les rendre plus vivants.

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collège George Sand, à Roquefort – mars 2009 Cours d’espagnol de Cecilia Palencia, avec une classe de 3e

/ / / Noticias del mundo Un cours branché en direct sur la respiration du monde, qui caracole «à sauts et à gambades» d’un média à l’autre… Nouvelles du monde. Un élève s’est chargé d’aller écrire la date du jour sur le tableau blanc : Viernes dieciséis de Enero de dos mil nueve. Sur l’indication du professeur, tous les ordinateurs sont maintenant connectés sur le site d’information en espagnol www.Terra.es. On prend connaissance de la dernière nouvelle qui s’affiche, photo à l’appui. Joseph résume (en espagnol) : « C’est l’histoire du pilote qui a réussi à faire amerrir en urgence un Airbus sur l’Hudson, aux États-Unis. » Sans s’attarder plus longtemps, le professeur affiche maintenant la carte des prévisions météo : nous apprenons que Madrid est soumise à une alternance de nuages et d’éclaircies, alors que Séville s’installe dans la douceur… « Depuis la 4e, nous expliquera plus tard Cecilia Palencia, chacun de mes cours commence par cette rapide incursion sur les nouvelles du monde. Le plus difficile, au début, c’est d’habituer les élèves à brancher et débrancher leurs ordinateurs en silence. Mais dès qu’ils savent le faire, c’est génial ! Et régulièrement, j’apprends qu’ils sont allés tout seuls sur le site Terra.es, en dehors du cours. C’est bien qu’ils aiment, non? Même quand je fais un cours très classique – il faut bien apprendre les conjugaisons… –, je garde toujours un petit moment pour l’actualité. Parce que j’aime bien changer de média, passer d’une chose à l’autre, varier…» ¿Que es eso ? Nous voilà sur un site d’exercices. Candice vient piloter l’ordinateur du professeur. Son travail s’affiche sur le tableau: il est question de choisir le terme qui convient pour compléter une phrase simple… C’est au tour de Joseph – ici, on dit José – de la remplacer. « Nous venons de raviver quelques éléments de vocabulaire et d’expression orale, nous indiquera plus tard le professeur. » Tout s’est passé très vite. Hop ! Nous voilà déjà ailleurs… Melchor, Gaspar y Baltasar. Tout le monde connaît les rois mages; mais savez-vous qu’en Espagne, ce sont eux, et non pas le Père Noël, qui apportent des cadeaux aux enfants sages (et du charbon à ceux qui ne le sont pas) ? Encore un tour sur internet, histoire de regarder le reportage de la

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télévision espagnole sur la toute dernière fête des rois à Barcelone. Le professeur fait régulièrement une pause pour s’assurer que, dans la classe, on a compris le sens général, sans s’attarder outre mesure sur les détails… « Vous récupérerez les vidéos sur le réseau pour les regarder à nouveau chez vous. Et vous essaierez de bien comprendre chaque question du présentateur, et les réponses des enfants. » Rumbatón pa mi guerrera. « Vous vous souvenez de la chanson que nous avons apprise avant les vacances? » Le professeur lance le morceau sur son ordinateur relayé par un ampli. C’est un long texte. Une avalanche de mots. Mélange d’influences rock, latines, reggae… Inutile de suivre les paroles sur le papier : la plupart des élèves connaissent par cœur la moindre intonation de ce texte de Huecco. Attention, énergie! Ils sont dans la musique, dans le rythme, dans la poésie… « C’est une chanson difficile, nous dira Cecilia Palencia. Ils se sont exercés chez eux, en regardant la vidéo. Je sais qu’ils sont tout le temps sur l’ordinateur, alors je leur dis: “Moi ça ne me dérange pas que vous écoutiez des chansons, mais choisissez-les en espagnol!” » Amérique du Sud. Encore quelques minutes avant la fin du cours. Juste le temps de lancer un défi! À tour de rôle, un élève propose le nom d’un pays; ses camarades doivent en trouver la capitale. Les doigts se lèvent… Ils connaissent tout ! Quand nous demanderons à Cecilia Palencia quel est son secret : « Je m’appuie sur ce qu’ils aiment. Si je leur dis, par exemple: nous allons travailler sur l’Amérique du Sud, ils vont trouver cela très ennuyeux! Mais si je leur demande de trouver un symbole pour chaque pays, les garçons cherchent un footballeur, les filles, plus sages, un monument… De toute façon, il faut tout connaître, non? »

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collège de Saint-Vincent-de-Tyrosse – janvier 2008 Cours d’espagnol de Nadine Castéra, avec une classe de 3e “européenne”

/ / / Un vrai labo de langues Écouter, et saisir au vol quelques bribes de sens. Parler, parce qu’à plusieurs on comprend mieux. Écouter encore. Écrire une suite à l’histoire et s’enregistrer… « Allumez vos ordinateurs, demande le professeur, et mettez-vous tout de suite sous SynchronEyes1. Je distribue des casques… Vous allez télécharger le document sur lequel nous allons travailler aujourd’hui, puis l’écouter et noter tous les mots que vous comprenez.» Petit moment d’agitation dans la classe, mais l’opération est rondement menée, et chacun se met bien vite au travail… Écouter et comprendre. « Je ne comprends rien ! » se désespère mon voisin à la première écoute. « C’est souvent comme ça, nous expliquera Nadine Castéra. Au début, il y a toujours un moment de flottement: cette confrontation directe avec d’autres voix que la mienne est très difficile pour les élèves. Ensuite, avec l’habitude, ils se rendent compte que l’important, ce n’est pas de comprendre tous les mots, mais de savoir décrypter un message à partir de quelques indices, de quelques mots-clés essentiels.» Concentration dans la classe; quelques bribes de sons s’échappent des machines… Au tableau, SynchronEyes montre les écrans de tous les ordinateurs de la classe : ici et là, quelques mots apparaissent par vagues, quand l’un ou l’autre des élèves les frappe sur son clavier. “No soy feliz”, “me levanto temprano”, “de mal humor…” C’est le travail de Thomas que le professeur a choisi d’afficher pour démarrer la mise en commun. Une discussion, en espagnol, établit que le document sonore que chacun vient d’écouter évoque les problèmes d’une femme aux prises avec les difficultés de la vie quotidienne. Au fil des échanges, les détails de l’histoire s’éclaircissent, et Thomas, depuis son ordinateur, corrige et complète son travail toujours affiché au tableau, et dans la classe, chacun fait de même. Il s’agit maintenant de préciser les problèmes rencontrés par l’héroïne… « Stop ! Todo el mundo levanta los ojos – Levez les yeux : nous allons faire le point… » C’est une femme, elle a un mari et deux enfants. Elle supporte mal son chef, ses clients, son mari, les embouteillages, ses enfants…

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Écrire. « Ouvrez maintenant un logiciel de traitement de texte; vous allez vous mettre à la place de cette dame, et écrire trois phrases sur les bonnes résolutions qu’elle devrait prendre pour changer sa vie.» Nina demande si on doit utiliser les mots de vocabulaire du cours précédent; un de ses camarades s’il peut inventer un nom pour le mari. «Madame, on peut dire : ¿ Me suicidaré ? » Le professeur passe maintenant de l’un à l’autre pour aider chacun à corriger son texte: « Je vous signale qu’au futur, les règles d’accentuation sont très importantes. Vous savez que vous disposez d’un petit utilitaire qui vous permet de placer les accents très facilement…» Écouter encore, s’entraîner, et s’enregistrer. « Quand vous avez terminé, vous copiez votre document, et vous le collez dans Lectra2. Vous écoutez au moins quatre fois votre texte, en essayant de le mémoriser et en faisant très attention à l’accentuation. Vous passez ensuite sur Audacity3 pour vous enregistrer… » En réponse à notre interrogation, Nadine Castéra explique : « Ils posent leur texte par copier-coller sur le logiciel Lectra qui en fait une lecture automatique. Certes, la voix est un peu métallique, mais ce n’est pas bien grave : les accents sont correctement posés, c’est ce qui m’importe. Ils écoutent deux ou trois fois, et quand ils sont prêts, ils peuvent s’enregistrer. » Effectivement, dans la classe, les élèves écoutent, s’entraînent à voix basse, et s’enregistrent discrètement avec le microcasque. «Sauvegardez votre fichier sur le réseau, avec votre nom, et la terminaison MP3. » Le professeur affiche au tableau le dossier dans lequel chacun doit enregistrer son fichier ; les uns après les autres, les noms des élèves apparaissent. Après le cours. « J’essaie d’exploiter au maximum les possibilités de l’ordinateur, nous expliquera Nadine Castéra. Au début, il a fallu se lancer, et ce n’est pas évident; c’est tout à fait autre chose qu’avec une méthode classique. Maintenant, ce qui me plaît surtout, c’est le fait que chaque élève puisse travailler à son rythme et à son niveau… Intégrer les ordinateurs personnels dans l’enseignement ne veut pourtant pas dire faire n’importe quoi – on pourrait être tenté, par exemple, de proposer beaucoup trop de choses à l’écoute… –, mais il faut au contraire savoir faire des choix, et organiser très rigoureusement chaque séquence en fonction de ses objectifs. […] L’ordinateur permet de personnaliser l’enseignement, mais il y a des moments où on se retrouve tous ensemble, et c’est ce que j’aime. […] Si j’avais fait écouter ce même document à toute la classe, seuls les esprits les plus vifs auraient pris la parole. Ici, lorsqu’on se concentre sur la compréhension, chacun garde la maîtrise: certains mettent un peu plus de temps, ils reviennent en arrière… Et finalement, tous parviennent à comprendre quelque chose. En fait, l’ordinateur permet à chacun de s’approprier le do-

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cument, pour participer ensuite à la construction du cours. J’ai vraiment l’impression que les élèves sont beaucoup plus actifs. En fin de compte, l’important c’est bien que tous aient réussi et participé, à leur niveau, non? » 1 SynchronEyes est un logiciel de gestion des ordinateurs des élèves depuis celui du professeur. 2 Lectra est un logiciel d’entraînement à la lecture qui existe pour le français, l’allemand, l’anglais, l’espagnol, l’italien et l’occitan. 3 Audacity est un logiciel libre de manipulation de données audio-numériques.

----collège de Saint-Pierre-du-Mont – avril 2009 Cours d’anglais de Howard Bennett, avec une classe de 3e

/ / / Present perfect Fluidité et souplesse de l’utilisation des outils numériques pour ce cours qui implique personnellement chaque élève, tout en laissant une porte ouverte à l’imprévu. Present perfect ? Notre professeur le sait bien, voilà une forme verbale qui pose souvent beaucoup de problèmes aux francophones: « Je vous préviens, cette subtilité de la langue anglaise ne s’acquiert vraiment qu’à force de pratique! » La courte explication “magistrale” qui va suivre s’appuie sur un petit schéma, dans lequel le temps file sur une ligne horizontale: à gauche, le passé, à droite, le futur… Le professeur poursuit son explication sur le tableau interactif, en affichant un site internet qui annonce d’emblée la couleur : « Un temps bizarre, avec un nom bizarre… » Questions-réponses sur un tempo vif. Comment se construit la forme verbale? Quelques cas précis d’utilisation? Tous les renseignements sont sur la page

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web. « Ce qu’il faut retenir, conclut le professeur, c’est que le present perfect est employé quand on fait un bilan, quand on ne s’intéresse pas aux circonstances d’un événement… » Il convoque maintenant un nouveau site web sur le tableau. C’est le blog anglophone d’un voyageur au long cours : Thailand, Laos, Vietnam, India, Nepal… Tour à tour, les élèves sont invités à former une phrase qui met en œuvre le fameux present perfect : “He has gone to Uganda…” Une carte retrace l’itinéraire complet de notre globe-trotter: nouveau prétexte à faire circuler la parole. Et les volontaires ne manquent pas pour s’essayer à des variations, tant la règle du jeu est clairement établie: “He has stayed… he has seen… he has visited…” Where have you been? Sur l’écran du tableau interactif, une mappemonde tirée de Google Maps va être le support d’un nouvel échange. Chacun est invité à désigner un pays qu’il a lui-même visité, en anglais, of course ! Et en prenant bien soin de se servir du present perfect… Un grand voyage va nous conduire au Maroc, en Sicile, à Madrid, Montréal, en Angleterre et au Liban… Le professeur surligne scrupuleusement chaque nouvelle destination. L’exercice se poursuit sur une carte de France: Poitiers, Nantes, La Rochelle, Moustey, Nancy, Aurillac. « Ce détour n’était pas vraiment prévu dans mon planning de cours, nous indiquera plus tard Howard Bennett, je l’ai ajouté en route… J’adore travailler en funambule, et sans filet! Certains professeurs s’inquiètent toujours à propos des pannes: il faut savoir qu’avec l’informatique, on s’expose à des imprévus, mais à l’inverse, on a aussi la possibilité de changer de plan de cours à tout moment ! Ce qui est authentique, ici, c’est le vécu des élèves. Et je privilégie toujours ces moments d’échange où chacun s’exprime dans une structure guidée, où l’on parle de soi, de ses parents, de son expérience personnelle… » What did you do ? L’habitude est bien établie depuis la classe de 4e : tous les lundis matin, en cours d’anglais, chacun raconte son week-end. «Encore une façon de privilégier les échanges, commente Howard Bennett. Je me prête moi-même au rituel. Pour cet exercice, que nous appelons “prise de parole en continu”, je demande à chaque élève d’essayer de parler au moins une minute. Ses camarades sont en situation d’évaluation auditive: ils doivent noter ce qu’ils ont compris.» Aujourd’hui, les ordinateurs sont mis à contribution, et chacun, via le logiciel Audacity, est invité à enregistrer son récit sur son ordinateur. Un gentil brouhaha remplit bientôt la salle. La procédure est parfaitement au point. Microcasque sur la tête, personne ne semble particulièrement impressionné, et l’opération ne prend que quelques minutes. « Inutile d’écouter votre enregistrement, indique le professeur. Quand vous avez fini, envoyez-moi votre fichier sur le réseau.»

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La juste place. Encore quelques minutes avant la fin du cours. Le professeur distribue une liste de mots: cheville, bras, dos, barbe, sang, cerveau… et donne la consigne, pour la prochaine fois, de chercher, avec l’ordinateur, leur traduction en anglais. « Quand on veut parler de l’utilisation des Tice, nous dira plus tard Howard Bennett, on a souvent tendance à présenter des cours où l’informatique tient la place centrale. C’est un contresens ! Mon propos n’est pas de vous montrer comment on utilise l’informatique : elle est là, elle fait partie de notre quotidien. Et si l’ordinateur pouvait avoir, il y a quelques années, un côté un peu “strass et paillettes”, il fait maintenant partie des meubles, comme le tableau blanc et le pupitre. La clé de mon cours d’aujourd’hui, c’était l’apprentissage d’une structure verbale un peu complexe et assez difficile à comprendre pour les Français, puisqu’elle n’existe pas dans votre langue. Je me sers des outils informatiques dans la mesure où ils me sont utiles.»

----collège de Linxe – janvier 2009 Cours d’anglais de Magali Benquet, avec une classe de 3e

/ / / Oral comprehension & recording Le professeur a noté au tableau la liste du matériel nécessaire: “You need internet, headset, Audacity and personnal worksheet.” La classe est divisée en deux ateliers. Oral comprehension pour le premier. Recording pour le second… « Il faut accepter de perdre du temps au début… », nous confie Magali Benquet en aparté, pendant que, dans la classe, chacun s’installe, allume son ordinateur, se connecte au réseau, récupère casque audio et micro…

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Oral comprehension. Les élèves du premier groupe sont invités à répondre, par écrit, à un questionnaire qui suppose de s’être connecté à un site via internet1, et d’avoir écouté et compris deux interviews d’anglophones sur la célébration de Noël, l’un en Afrique du Sud, l’autre en Irlande. Casques audio sur la tête, chacun se concentre, écoute et réécoute. Florian a eu un peu de mal : « Ce n’est que ma deuxième année d’anglais… », me dit-il. « Combien de fois as-tu écouté la séquence ? lui demande son professeur. – La première fois en entier, puis par morceaux, deux ou trois fois. – C’est insuffisant: recommence encore plusieurs fois ; ensuite tu feras une écoute ciblée pour trouver les informations précises dont tu as besoin pour répondre aux questions.» « Parfois, commente Magali Benquet à notre intention, les élèves se laissent bercer par cette espèce de bain sonore de la langue étrangère, un peu comme s’ils écoutaient de la musique sans prêter attention aux paroles… En fait, il faut savoir pourquoi on écoute : soit on le fait pour essayer de comprendre, soit simplement pour pouvoir répéter ce qu’on entend, sinon, on rêve et on ne comprend rien. […] Avec les ordinateurs portables, chacun peut fonctionner comme il veut : certains mettent le son très fort, d’autres vont écouter et réécouter le morceau plusieurs fois, d’autres encore vont morceler l’écoute. Tout le monde peut vraiment progresser. Avant, quand nous faisions une écoute en classe entière, c’était toujours les meilleurs qui réagissaient en premier.» Pas trop difficile ? « Ça va », me répond Coline, qui finit tranquillement de rédiger ses réponses. Sur une échelle de 1 à 10, Mory et Florian s’accordent à estimer la difficulté à 5,5. Et Julien de commenter: « Au début, on ne comprend rien, mais en écoutant plusieurs fois, ça vient. C’est quand même dur, mais c’est faisable… » Recording. Pendant ce temps, les élèves du second groupe doivent s’enregistrer en improvisant quelques phrases, à partir des notes prises à l’occasion des séances précédentes. « Je leur ai demandé de faire une recherche : chacun devait choisir un personnage anglophone, et repérer quelques éléments de sa vie. C’était une recherche dirigée qui a donné lieu à toute une série d’activités. Ce qui est demandé aujourd’hui, c’est ce que nous appelons dans notre jargon, de la “prise de parole en continu”. Chacun doit faire des phrases complètes, et s’enregistrer avec Audacity pendant au moins une minute, mais ils ne doivent surtout pas s’enregistrer en lisant un texte qu’ils auraient écrit avant.» Émila a choisi de faire le portrait de John Lennon. Elle vient de terminer son enregistrement. Ouf ! Mais elle n’est pas vraiment satisfaite: « Je crois que je vais le refaire… »

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Le cours se termine. « Vous exportez votre document en mode MP3, et vous l’enregistrez par le réseau, dans le dossier “productions orales, biographies”, en n’oubliant pas de noter votre nom! La semaine prochaine, nous travaillerons sur une chanson: vous avez le clip et le karaoké sur le réseau. Chacun doit apprendre une ligne de We are the world, et le chorus. Bon ou pas bon en anglais, vous en êtes tous capables. Pour faire un mur, chaque brique est importante… » Fin du cours : « By by… » ----1 www.coe.int/T/DG4/Portfolio/documents/cadrecommun.pdf 2 www.audio-lingua.eu : ce site propose des fichiers MP3, enregistrés par des locuteurs natifs, libres de droits pour une utilisation pédagogique.

----collège Saint-Exupéry, à Parentis – mars 2009 Cours d’anglais de Carlos de Oliveira, avec une classe de 3e

/ / / “You said a cobra ?” Tableau interactif et ordinateurs portables sont tour à tour convoqués pour accompagner la progression des élèves et les amener à s’exprimer oralement. Lire. “Suddenly, the hostess’s face became pale…” Le cours débute par la lecture à haute voix d’un texte projeté sur le tableau interactif ; à tour de rôle, les élèves s’appliquent à prononcer correctement les mots de cette langue à la fois familière et lointaine… La scène se passe en Inde. Le narrateur, qui participe à une réception à l’ambassade, est seul à remarquer

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qu’un cobra circule entre les pieds des invités, très absorbés par leurs activités mondaines. Dans la classe, le professeur questionne ses élèves pour s’assurer que chacun a bien compris. La parole circule : « Le vidéoprojecteur est, dans ce cas, un outil extrêmement mobilisateur, commentera plus tard Carlos de Oliveira : les élèves n’ont pas la tête baissée sur leur livre, et tous les regards sont focalisés sur le tableau. Le texte est affiché en grand : c’est clair et évident. Quand j’attire leur attention sur une phrase, tous la voient en même temps, personne n’est en train de chercher la ligne… » Réfléchir. « Allumez maintenant vos ordinateurs pour copier le dossier qui nous intéresse: vous allez devoir me prouver que vous avez compris le sens du texte que nous venons de lire… » S’il se présente comme une sorte de jeu, l’exercice qui attend nos élèves suppose un réel effort de réflexion: une dizaine de phrases courtes – en anglais, bien sûr – sont disposées sur l’écran, sans aucune logique apparente. Il s’agit de les déplacer pour reconstituer la trame du récit. « C’est, dans la continuité du travail de lecture, une façon de m’assurer que le sens du texte est bien clair pour tout le monde, et de préparer l’activité suivante», nous glissera le professeur, pourtant très occupé à passer de table en table, volant au secours de l’un, mettant un second sur la voie, encourageant un troisième… «Stop ! Qui veut venir au tableau, pour placer les trois premières phrases? » Félix est volontaire. Plusieurs de ses camarades vont ensuite se relayer jusqu’à la reconstitution complète de l’histoire. Parler… Le professeur distribue maintenant un micro-casque à chaque élève : « Ouvrez le fichier son, vous allez entendre une question, à laquelle vous devez répondre en utilisant le micro pour vous enregistrer. Vous pouvez relire le texte, pour bien vous imprégner des expressions, avant de répondre. » Voilà donc nos élèves « lâchés sans bouée » – l’expression est de Carlos de Oliveira : « L’avantage de l’ordinateur portable, c’est qu’ils peuvent s’enregistrer une première fois, puis s’écouter et recommencer s’ils le souhaitent. – Un vrai petit labo de langue ? – C’est tout à fait ça… et qui offre une certaine autonomie à chacun: les élèves en difficulté peuvent travailler à leur rythme, tandis que ceux qui sont plus à l’aise passent à l’activité suivante sans attendre que tout le monde ait fini. » Visages tendus, regards fixes: la concentration est flagrante, et notre présence dans la classe complètement oubliée. «Je suis sûr que chacun aura au moins écouté la question, et réfléchi à une réponse, en s’aidant éventuellement du document… Et comme je leur demande de me rendre un fichier son, ils sont obligés de produire quelque chose. Alors que dans une situation plus classique, en dehors des quatre ou cinq élèves qui sont vraiment dans le travail, les autres sont souvent passifs. Certains peuvent

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même passer une heure sans dire un seul mot. […] Aujourd’hui mon objectif, au-delà de la compréhension, c’est d’éclaircir un point grammatical bien précis: l’emploi du prétérit. Quand nous ferons la correction, nous noterons cette règle, avec un résumé du texte. Ceux qui le souhaitent pourront utiliser leur ordinateur, d’autres préféreront écrire sur leur cahier : c’est à eux de choisir. » Driiing ! La sonnerie interrompt le cours. Les élèves repartent avec la consigne de terminer l’exercice à la maison. Carlos de Oliveira, s’il se déclare en grande affinité avec les outils numériques, n’est pas pour autant un inconditionnel du tout informatique : « J’apprécie cette diversité d’outils qui est à ma disposition: cela me permet de travailler sur plusieurs supports et de varier les activités. Avec cette classe, j’ai attendu le début du second trimestre avant de travailler avec les ordinateurs: je souhaitais, dans un premier temps, fonctionner en face à face avec mes élèves.»

----collège Serge Barranx, à Montfort-en-Chalosse – mai 2009 Cours d’occitan de Patric Guilhemjoan, avec un groupe d’élèves de 4e

/ / / “A hum de calhau”1 «Anglais, espagnol, occitan: toutes les langues vivantes s’enseignent de la même façon! » “E son alucats los ordinators?” [Vous avez allumé vos ordinateurs ?] Pour nous qui « comprenons sans parler », cette collusion entre la langue entendue dans l’enfance et ces machines dernier cri résonne comme un anachronisme un peu étrange, et délicieux. Elle ne surprend pas les élèves qui s’acquittent en un clin d’œil de l’opération. Après une très courte révision de vocabulaire à l’oral, on va s’employer à commenter l’image maintenant affichée sur chaque écran : scène de genre, au rayon chapeaux d’un

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grand magasin. “Que’m vatz díser çò que vedetz…” [Vous allez me dire ce que vous voyez.] La conversation se met en place entre un professeur qui s’emploie à obtenir le maximum de ses élèves, et de jeunes locuteurs qui s’enhardissent bien vite à former des phrases complètes: “Que vei un gran capèth…” [je vois un grand chapeau]. Sur les écrans, maintenant un texte : nous sommes toujours dans le magasin en présence de “Mirelha e Joana, las dròllas qui’s crompan un capèth” [les jeunes filles qui achètent un chapeau]. En marge du texte, un lexique. Écrits, les mots que l’on vient d’entendre prennent une nouvelle consistance. Enseigner les langues vivantes. Patric Guilhemjoan, qui enseigne aussi l’anglais, nous fera part de son expérience comparée dans l’une et l’autre langue : « Anglais, espagnol, occitan : toutes les langues vivantes sont enseignées de la même façon ! J’apprécie l’ordinateur personnel pour ses fonctions de laboratoire de langues, avec les deux vrais atouts que sont la prise de parole en continu – puisqu’on peut s’enregistrer –, et la compréhension orale – puisqu’on peut écouter et réécouter. En cours d’occitan, c’est pleinement satisfaisant parce que nous sommes en petit groupe. Mais avec une classe de vingt-huit ou trente élèves, c’est beaucoup plus difficile à gérer ! Par contre, comme nous ne disposons pas, pour l’occitan, de beaucoup de ressources en ligne comme c’est le cas en anglais, il faut bien faire l’effort de les fabriquer ! » C’est la raison pour laquelle Patric Guilhemjoan, qui est aussi responsable d’une maison d’édition, a contribué à la création d’un site d’enseignement de l’occitan2, sur lequel on peut trouver des exercices interactifs, des vidéos, des sons, etc. Dijaus lo 9 d’abriu [jeudi 9 avril]. C’est la date du jour que les élèves notent sur leur fichier de cours. La leçon de grammaire qui va suivre est l’occasion d’un joli détour dans les subtilités de cette langue, qui «diminue » ou « augmente » toutes sortes de mots – noms, adjectifs, adverbes –, leur tricotant du même coup une mitaine qui embellit ou dévalorise. «Certains diminutifs ajoutent une connotation négative au sens d’origine…» explique le professeur. Reste encore à garder trace de ce que l’on vient d’apprendre. Alors, chacun s’applique à recopier, sur son ordinateur, la leçon que le professeur écrit, en occitan, sur le tableau. On soigne la typographie, on met les titres en couleur : visiblement, la satisfaction de voir sa page joliment composée ajoute un agrément au travail un peu mécanique de copie, et un rapide coup d’œil par-dessus l’épaule de l’un ou l’autre suffit à nous renseigner: les fichiers de cours sont bien tenus ! « Allez sur le site www.pernoste.fr », indique maintenant le professeur. « Monsieur, on a besoin des écouteurs ? – Oui, vous aurez un fichier son à

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écouter… – Ah, ce sont encore les papy et mamy qui parlent? » La remarque attire un sourire sur le visage de Patric Guilhemjoan… “Que cau har l’exercici orau adara…” [il faut maintenant passer à l’exercice oral], prévient-il. Sur les écrans, la photo d’un magnifique paysage de montagne. Nous sommes dans les Pyrénées, bien sûr ! Romain préfère écouter entièrement le document sonore avant de commencer à choisir les bonnes réponses parmi celles qui lui sont proposées. « Monsieur, annoncent fièrement Pauline et Anaïs, on a eu 20/20! Mais pas du premier coup… » (Elles ont écouté deux fois le document.) ----1 à toute vitesse 2 http ://www.pernoste.com

----collège Pierre Blanquie, à Villeneuve-de-Marsan – novembre 2007 avec Claudie Farbos de Luzan, professeur d’anglais

/ / / Ma prof dans l’ordi… Claudie Farbos de Luzan est dans sa classe, en train de travailler sur son ordinateur. Entretien. « En ce moment, mes élèves de 3e viennent de mener une petite recherche sur l’internet, à propos d’un courant musical de leur choix : ils devaient remplir une grille de renseignements que j’avais préparée à leur intention. Je leur ai demandé de produire un texte en anglais, qu’ils devront lire devant leurs camarades, en illustrant leur propos par un diaporama ou une vidéo. Ils m’ont envoyé ces textes… et vous me trouvez là en train de les corriger ! Je me propose, le week-end prochain, d’enregistrer leurs textes avec ma voix, et de leur transmettre ces fichiers pour qu’ils aient le temps, avant de faire leur présentation à la classe, de travailler chez eux la prononciation: il vaudrait mieux que leurs camarades puissent comprendre ce qu’ils ont à dire! »

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Français et langues anciennes Projeter facilement un texte au tableau, à l’échelle de la classe, voilà une première utilité de l’ordinateur pour les professeurs de lettres: l’attention de tous les élèves se focalise sur le même document, et les fonctionnalités du traitement de texte – mise en couleurs, gras, souligné, italique, etc. – sont très efficaces pour annoter, mettre en évidence, ou attirer l’attention sur tel ou tel détail. L’ordinateur est également un réservoir potentiellement infini de documents que l’on peut associer entre eux: « Le texte ne se présente plus comme un objet de lecture linéaire, mais comme le nœud d’un réseau: autres textes, images, références culturelles, etc.1 » C'est un constat assez unanime : au clavier, les élèves écrivent plus long, et avec plus de plaisir. Ceux qui ont une mauvaise graphie ne sont pas pénalisés. Tous apprécient la liberté de se corriger. Le rapport à l’écriture change, la manière de faire aussi: l’ordinateur autorise par exemple des pratiques collaboratives, comme le fait d’écrire une nouvelle ou un poème à plusieurs. L’accès facilité à la recherche documentaire présente également ici un intérêt déterminant, particulièrement en langues anciennes, où les programmes font la part belle à la découverte des civilisations: nombre d’enseignants s’accordent d’ailleurs à dire que l’ordinateur participe vraiment d’un intérêt renouvelé pour leur discipline. ----1 L’école et les réseaux numériques, inspection générale de l’Éducation nationale, juillet 2002.

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collège du pays d’Orthe, à Peyrehorade – juin 2008 Cours de français de Jean-Louis Claverie, avec une classe de 3e

/ / / L’affiche rouge Étonnante séquence multimédia, où l’on convoque successivement l’image, le texte, la musique et la vidéo, pour construire un cours de français sur la poésie engagée. Paris, février 1944 : 22 résistants, étrangers pour la plupart, sont condamnés à mort et fusillés le jour-même au Mont Valérien. Parmi eux, Missak Manouchian. Une dizaine de jours plus tard, leurs photos se retrouvent placardées dans les rues de la ville pour illustrer ce que le gouvernement appelle « l’entreprise du crime ». C’est la célèbre « Affiche rouge », qui inspirera un poème à Aragon. L’affiche. « Allumez vos ordinateurs, et ouvrez le premier document du dossier “l’Affiche rouge”.» La fameuse affiche apparaît bien vite sur le tableau interactif et sur les écrans des ordinateurs. «Pouvez-vous la décrire? » Les doigts se lèvent. Étonnante fulgurance de Thomas, qui a tout compris, directement : la manipulation, la propagande, etc. Le professeur prend acte : « Oui, tu as raison, c’est bien ça. Nous allons reprendre chaque élément qui compose cette image, en essayant de dénoter, c’est-à-dire d’énoncer littéralement ce que l’on voit… » Toute la classe s’y met : « C’est une affiche… Elle est rouge… On distingue des portraits… Dans le bas de l’image, des trains, des armes, des corps inanimés… » Le professeur agrandit l’image : « Nous allons fouiller un peu plus. » On détaille chaque portrait, on repère Manouchian, qualifié de «chef de bande, responsable de 58 attentats »… Un nouveau dialogue établit que, dans cette affiche, les nazis ont tout mis en œuvre pour convaincre que ces prétendus résistants ne sont que des criminels. « Vous le voyez, conclut le professeur, une affiche peut être argurmentative : avec une thèse, des arguments et des exemples. » Un vrai travail d’analyse d’image vient d’être fait, et chacun, dans la classe, en est conscient. Pour en garder trace, le professeur demande à ses élèves de prendre quelques notes avec leur ordinateur. Le poème et la lettre. Retour au dossier. On ouvre le deuxième document: l’histoire des dix résistants du groupe Manouchian revit maintenant par les mots d’Aragon1. Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

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/ Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants / L’affiche qui semblait une tache de sang… Sur une question de Clément – « Pourquoi des étrangers sont-ils venus mourir pour la France? » –, on fait le lien avec le programme d’histoire, la guerre d’Espagne, la récente visite au camp de Gurs… Quand Aragon cite Manouchian, le professeur demande d’ouvrir le troisième document : la dernière lettre de Manouchian à sa femme. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand. […] Je te prie de te marier après la guerre sans faute, et d’avoir un enfant… Silence dans la salle. Quelqu’un laisse échapper : « C’est beau quand même ! » Retour au poème, pour souligner le travail de transcription poétique d’Aragon. La chanson et le film. Le quatrième document est sonore : la classe entière écoute maintenant la voix de Léo Ferré2, qui fait résonner autrement les mots du poète. «On dit ce type de poésie “engagée”. Qui peut me dire pourquoi ? », demande le professeur. Maéva : « Parce que ça défend quelque chose…» Ce qu’il fallait démontrer vient de l’être, brillamment. «Votre dossier contient un cinquième document, annonce le professeur: c’est un film de Jorge Amat3, qui raconte, de manière documentaire, la lutte, la traque et la chute du groupe de l’affiche rouge.» Ordinateurs. Est dit(e) “multimédia” une application, un service ou un appareil qui utilise plusieurs médias – image, son, vidéo... Jean-Michel Claverie, en aparté, prend la mesure du chemin parcouru grâce aux ordinateurs : « Il y a quinze ans, on ronéotypait les poésies. Et quand j’étais moi-même élève, nos maîtres les recopiaient au tableau, et nous le faisions à notre tour dans nos cahiers. » ----1. L’Affiche rouge, le roman inachevé, 1956 2. L’Affiche rouge, poème de Louis Aragon, mis en musique par Léo Ferré, 1961 3. La traque de l’Affiche rouge, 2006

Ce cours a été filmé en juin 2009, enrichi d’un nouveau document – la bande annonce du film L’armée du crime, de Robert Guédiguian, 2009. On peut le visionner sur www.dailymotion.com/user/cg40

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collège d’Albret, à Dax – janvier 2008 Cours de français de Lotfi Midouni, avec une classe de 5e

/ / / Poètes, à vos claviers! Pressé par l’urgence, chacun parvient à confier quelques mots à son ordinateur: écrire est un acte solitaire. Relayées par le réseau du collège, ces tentatives singulières s’assemblent sur le tableau interactif, pour construire l’ébauche d’un “poème” collectif. À peaufiner, bien sûr! Prologue. « Aujourd’hui, dit le professeur, nous allons composer un poème. Chacun va écrire un alexandrin sur le thème de la déception amoureuse: vous êtes déçu, ou vous parlez de quelqu’un qui est déçu. Et je vous impose la contrainte de trouver une rime en [œr]. » Nous sommes avec une classe de 5e dont les élèves ne disposent pas d’ordinateurs portables. La classe va donc se déplacer en salle informatique: «… Pour dix minutes seulement, tout juste le temps de trouver votre vers, et puis nous reviendrons ici. » Acte 1, dans la salle informatique. Seul ou avec un camarade, chacun prend place devant un écran. «Vous allez ouvrir un logiciel de traitement de texte. Souvenez-vous bien du sujet. Qui peut me donner des mots en [œr] ? » Les doigts se lèvent: cœur, sœur, peur, chaleur, bonheur, vapeur… voilà une première provision. « Maintenant, c’est à vous de jouer. Et vous le savez, pour faire de la poésie, il faut du silence… » Le professeur circule entre les tables, se penche sur les écrans, encourage: « Je rappelle à tout le monde qu’un vers, ça tient sur une seule ligne ! – Monsieur, c’est dur ! – Oui, je le sais ; commence par noter une idée, tu pourras améliorer par la suite…» Sur les écrans, des morceaux de phrases apparaissent, se modifient: ici et là, on “jette” des mots, spontanément… avant de tout effacer, pour recommencer. Petite confidence d’une élève, visiblement inspirée: « Moi, je connais : j’ai déjà vécu un chagrin d’amour…» Chuchotements… «Jeremy, tu as trouvé quoi? » Thomas jubile: « Pour écrire, l’ordinateur, ça inspire! » Tout heureux, il annonce un vers de dix syllabes… Non, en recomptant bien, onze… « Stop ! lance le professeur, vous allez maintenant enregistrer

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votre travail. Ceux qui savent le faire peuvent aider les autres…» Acte 2, retour dans la salle de classe. Tous les yeux sont rivés sur le tableau interactif qui affiche l’écran de l’ordinateur du professeur: « Je vais ouvrir vos travaux, les copier et les coller les uns à la suite des autres, dans le désordre, dans un même document. Nous verrons ce que va nous donner le hasard… » Anticipant de probables déceptions, il prévient: « Certains de vos envois n’ont peut-être pas été correctement enregistrés sur le réseau. Nous n’allons pas pouvoir les récupérer maintenant. Mais ne vous inquiétez pas, nous retrouverons tout pour la prochaine fois.» Le premier vers arrive à l’écran: c’est celui de Julien. On guette le second… Et voilà finalement une cascade de pleurs, une litanie de malheurs, une longue plainte à l’âme sœur… « Tu brisas mon cœur en me préférant ma sœur / Un jour tu partis me laissant dans le malheur/ Depuis que je ne te vois plus, mon cœur pleure !… » Bref, un drôle de poème qui frise par moments le cocasse, tout émaillé de savoureuses fôtes d’ortografe, mais qui semble tenir debout… Le professeur : « Qu’en pensez-vous ? » Les élèves (unanimes) : « C’est bien ! » Avec quelques variantes plus ou moins exotiques : « Trop la classe, ce truc! » Et projets grandioses: « Il faudrait le publier dans le journal ! » Ou encore : « On va en faire un livre ! » La discussion qui suit établit que, si cette écriture collective tient à peu près la route, c’est sans doute parce que tous les vers ont la même rime. On convient également que le texte mérite bien d’être retravaillé: « Occuponsnous d’abord de l’orthographe… » Les doigts se lèvent : facile avec le tableau interactif ! « Voilà, nous avons rectifié le plus gênant, mais ça ne veut pas dire que notre poème est terminé. Son principal défaut, c’est que les vers ne respectent pas tous le mètre imposé. Nous reprendrons tout ça à la prochaine séance. » À suivre, donc. Épilogue. « C’était bien ce cours ? Oui ! » Sondage certes non contractuel, mais néanmoins réalisé auprès d’un échantillon particulièrement représentatif des élèves de la classe.

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collège Pierre de Castelnau, à Geaune – novembre 2007 Cours de grec d’Anne Gaillot, avec une classe de 3e

/ / / Dorique ou corinthien? À la découverte du Parthénon, où comment allier outils numériques et culture classique… Un cours de grec qui file à toute vitesse, suivi par des élèves passionnés, c’est possible? Démonstration avec Anne Gaillot, professeur de lettres classiques (français-latin-grec) et ses onze élèves de troisième qui ont choisi l’option grec. Dans un premier temps, machines éteintes posées sur les tables, on écoute les consignes du professeur: «Nous allons utiliser les ordinateurs pour faire des recherches sur le Parthénon. Vous vous servirez des encyclopédies – et notamment Encarta, et d’autre part des sites que vous pourrez consulter sur internet. Vérifiez systématiquement vos sources. Vous savez qu’une information trouvée sur Wikipédia n’est pas obligatoirement juste. Je vous distribue un questionnaire; à vous de répondre au plus grand nombre de questions possible : je ramasserai vos copies à la fin de l’heure. Vous pouvez maintenant brancher vos ordinateurs.» Action. Les ordinateurs sont démarrés en un tour de main; la recherche commence, très vite. Première étape sur Encarta. Mehdi et Gaétan trouvent une reconstitution en trois dimensions du Parthénon. Les voilà lancés dans une promenade virtuelle : sur les écrans, l’architecture se modifie, au gré des déplacements des “promeneurs”. Assez vite dans la classe, l’information circule : il y a une astuce pour entrer à l’intérieur du temple. La motivation redouble. Les recherches s’élargissent. La plupart des élèves travaillent en équipe de deux, avec un seul ordinateur. L’un actionne clavier et touch pad, l’autre recopie sur papier les informations trouvées. Les écrans se différencient : ici du texte, là des images. Chuchotements studieux: « Acropole, Périclès, marbre, 5e siècle avant J.-C., statues… » Dès qu’une information utile est détectée, nos internautes chevronnés stoppent le défilement des pages pour surligner le paragraphe, et le secrétaire prend note. Gaétan a trouvé la description des ordres architecturaux dans l’Antiquité, gravure à l’appui. Compare avec l’image du Parthénon… Discute avec son voisin pour savoir si on peut lui affecter l’ordre dorique… Singulier télescopage entre ce document gravé au 18 e siècle, précieusement conservé dans une bibliothèque, mis en ligne, et hébergé sur un serveur

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quelque part dans le monde… et l’écran de l’ordinateur d’un collégien landais du 21e siècle. Le professeur passe entre les tables, vérifie que personne ne s’égare, lance un conseil à l’attention de toute la classe : « Si vous êtes un peu bloqués, n’oubliez pas que, dans votre manuel de grec, vous avez aussi des informations sur le Parthénon. » Madame, s’il vous plaît… Un doigt se lève, annonciateur d’une question parfois étonnante, toujours urgente: « – On répond par des phrases? – Oui, s’il te plaît… – On doit dire le rôle du Parthénon aujourd’hui? – Non, bien sûr, il faut se placer à l’époque antique… – C’est quoi, des métopes? – Très bonne question ; tu as un dictionnaire sur ton ordinateur… – Quand vous dites “sa situation”, c’est géographique? – Oui. – Qu’est-ce que ça veut dire, un ordre ? – Tu ne te rappelles pas ? En architecture antique, on parle de l’ordre dorique, ionique ou corinthien : tu as dû apprendre ça en 6e. Cherche bien, tu vas le trouver quelque part…» Voilà, c’est la fin de l’heure. «Vous enregistrez les documents que vous loulez conserver, vous me rendez votre feuille. Il vous reste trois minutes pour consulter votre messagerie, et envoyer du courrier si vous le souhaitez.» Ils sont bien loin ces cours de langues anciennes, tels que des générations de collégiens les ont connus! Anne Gaillot le sait bien: « En latin et en grec, nous avons beaucoup de choses à faire avec les ordinateurs. Mes élèves les utilisent pratiquement à chaque séance, ce qui me permet de varier les activités. Ils ne se rendent pas compte, mais c’est fou ce qu’ils lisent sur les écrans… »

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collège Lubet Barbon, à Saint-Pierre-du-Mont – avril 2009 Cours de latin d’Emmanuel Pallu, avec une classe de 3e

/ / / Virgile dans le texte Comment exploiter certaines fonctionnalités du traitement de texte pour interroger le sens d’un texte ancien. “Nascetur pulchra Troianus origine Caesar, imperium Oceano…” Les élèves sont, tour à tour, invités à lire ces vers latins de Virgile, tirés de l’Énéide, projetés sur le tableau. Pour en débusquer le sens, une véritable enquête va se dérouler sous nos yeux. La classe est active, les élèves motivés. On identifie plusieurs verbes conjugués au futur; on repère les noms propres; on trouve quelques anachronismes: comment se fait-il que Jupiter parle de personnages – Romulus et Rémus – qui ne sont pas encore nés? « Un Troyen naîtra, César, d’illustre naissance…» Le texte qui s’affiche maintenant est bien du français : il s’agit d’une traduction assez littérale des vers précédents. Le professeur surligne certains membres de phrases, faisant apparaître des liaisons logiques. Il est question d’allégories… «Souvenez-vous de La Liberté guidant le peuple, que nous avons étudiée lors d’un cours précédent.» Un clic dans Wikipédia, et hop, voilà le tableau d’Eugène Delacroix projeté au tableau. « Ce texte est un poème épique, conclut le professeur. Et ces mots de Jupiter transforment l’épopée en récit argumentatif. – C’est de la propagande ! » lance un élève. Pas mal vu… « C’est du réinvestissement de connaissances, nous dira Emmanuel Pallu. Certaines sont lointaines, d’autres plus récentes. Mon cours n’aurait pas fonctionné si les élèves ne s’en étaient pas souvenu. En débusquant Octave derrière César, ils parviennent à faire quasiment un travail d’historien: ce n’est pas mal ! » Traduire ? Le moment est venu de mettre à contribution les ordinateurs portables. Dans cet exercice qui transforme chaque écran en une sorte de pierre de Rosette, les élèves disposent simultanément du poème en latin et de sa traduction française. Il s’agit de prélever, dans le texte français, le membre de phrase qui correspond à chaque vers latin, et de venir le coller en regard. Mais l’exercice de “copier-coller” n’est pas si simple qu’il y paraît, et nos Champollion en herbe ont quelques pièges à déjouer… « Depuis la réforme de l’enseignement du latin, nous sommes tenus d’aborder des textes “authentiques” dès la classe de 5e, nous expliquera plus tard Emmanuel Pallu. Je dois dire qu’au début, la tâche m’est apparue insur-

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montable ! Comment étudier Ovide alors que l’on est tout juste capable de déchiffrer des phrases très simples ? L’ordinateur m’a fourni la solution quand j’ai découvert que le traitement de texte pouvait être une véritable voie d’accès à la compréhension des documents écrits: en utilisant les outils d’enrichissement typographique (couleur, gras, etc.), je peux mettre en évidence la structure d’une phrase. Je peux souligner, à l’intérieur d’un texte difficile, une partie plus simple que les élèves pourront traduire. Bref, je peux dégager du simple dans du complexe! L’ordinateur nous est également précieux sur le plan documentaire: tous les documents, toutes les images, toutes les traductions sont accessibles…»

----collège Jean Mermoz, à Biscarrosse, mars 2008 Cours de français de Caroline Gronvold-Brèque, avec une classe de 4e

/ / / Un vrai polar Écrire avec l’ordinateur libère les imaginations. En classe, on discute ferme pour établir la version définitive du récit. « Pendant la nuit, une idée me vint. Je me souvenais qu’à la racine des cheveux, Adrien avait reçu un coup violent, puisque du sang avait séché.» Nous sommes tombés dans un vrai drame: le corps inanimé d’un collégien vient d’être retrouvé dans la chambre froide des cuisines de l’établissement. Meurtre ? Accident ? Ses copains, bouleversés, décident de mener leur propre enquête… Collège en travaux, le roman policier – « nouvelle policière serait plus exact», rectifie Caroline Gronvold-Brèque – auquel les élèves vont aujourd’hui mettre la dernière main, est donc une création collective. Mais comment s’y prend-on pour parvenir à écrire ensemble,

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quand on est une classe entière ? « J’ai défini un plan de travail en cinq étapes, nous explique le professeur: situation initiale, début du problème, action, évolution du problème, situation finale. Nous avons alors voté pour identifier le narrateur, choisir le nombre de personnages et arrêter la trame de l’histoire : qui est tué ? où ? quand ? comment ? Et, pour chaque étape, les élèves ont rédigé un premier brouillon – parfois tout seuls à la maison, d’autres fois à plusieurs en classe. Ils avaient le choix d’écrire directement avec l’ordinateur, ou bien sur papier. Après avoir corrigé leurs travaux, j’ai proposé une sélection de textes parmi lesquels nous avons choisi celui qui serait retravaillé collectivement pour établir la version définitive. » Caroline Gronvold-Brèque a déjà mené ce genre de projet avec des outils traditionnels. « Mais, explique-t-elle, grâce à l’ordinateur, notre tâche est facilitée ; il libère les élèves qui écrivent très mal à la main – certains sont dyslexiques –, et permet de valoriser d’autres aptitudes que la stricte conformité à l’orthographe et à la grammaire. Et il rend possible un mode d’expression moins conformiste…» Traitement de texte. Mettre au point la dernière situation du récit, voilà donc l’objectif de cette séance. Le professeur propose d’écouter plusieurs propositions, parmi lesquelles on choisira la meilleure. «Adrien, veux-tu lire ? » On écoute Adrien. De l’avis général, sa version manque un peu de suspense. Au tour de Margot. Incontestablement, la sienne est plus vivante. « Pour quelle raison ? demande le professeur. – Les personnages dialoguent… – Exactement: on passe d’un discours indirect à un discours direct: l’effet est plus vivant…» Chloé accroche un peu sur le passé simple: « Nous en déduimes… Non, nous en déduisîmes…», mais elle a eu la bonne idée d’utiliser un indice – une trace de sang – pour faire avancer la réflexion du lecteur vers la résolution de l’énigme. Reste à peaufiner l’expression. « Quelquefois, l’idée est bonne, mais le texte est maladroit. Je pose la question aux élèves : comment pourrait-on dire cela autrement? Alors, comme un sculpteur, on retire de la matière, on en ajoute… on modèle le texte. Tout le monde participe à ce travail, et dans ces moments-là, le traitement de texte nous est précieux. On est dans la matière de l’écriture, et les élèves adorent cette manière tangible, concrète, de travailler.»

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collège Jean Rostand, à Capbreton – janvier 2009 Cours de français de Véronique Delort-Sarran, avec une classe de 3e

/ / / La langue comme objet… Comment dédramatiser la difficulté apparente d’un poème aux références foisonnantes, et conduire, pas à pas, les élèves à entrer dans la construction d’une pensée complexe… « Les mots se gonfleront du suc de toutes choses/ de la sève savante et du docte latex / On parle des bleuets et de la marguerite/ alors pourquoi pas de la pechblende pourquoi? » Le professeur lit à haute voix cette Petite cosmogonie portative, de Raymond Queneau, dont on peut suivre le texte projeté sur le tableau interactif. Un texte particulièrement résistant, tant il est truffé d’expressions au sens obscur. « Je ne vais pas vous demander de me dire ce que vous n’avez pas compris, annonce le professeur; j’ai découvert moi-même plusieurs mots que je ne fréquente pas. Voici quelques définitions que j’ai trouvées dans Encarta, mais nous n’allons pas nous attarder sur chacune. Ce qui nous intéresse plutôt, c’est de comprendre leur point commun: pechblende, par exemple, c’est un oxyde d’uranium; quant à chromosome – vous devez être très savants en la matière –, c’est de la biologie… Voilà électromagnétisme, encore un mot compliqué… Quel est leur domaine commun? » Les doigts se lèvent. Julie propose les sciences de la Terre. «Oui, on a les pieds sur terre, il est question du mouvement, de l’observation de la Terre… Et maintenant, si je vous dis “la fille de Minos et de Pasiphaé”? – C’est dans la mythologie grecque… – Ariane? – Non, mais vous brûlez, il s’agit de sa sœur, Phèdre…» Au fur et à mesure de la progression de cette discussion guidée, le professeur surligne, dans le texte du poème, les références littéraires: « Savez-vous à quoi fait référence cet “albatros aux ailes de géant” ? » Le texte complet du poème de Baudelaire – L’albatros – s’affiche aussitôt sur le tableau. Documenter. « Mon ambition, nous confiera plus tard Véronique DelortSarran, c’est de conduire mes élèves – y compris ceux qui ne sont pas très forts – vers la littérature: on entre dans le texte en se posant des questions, et au moyen de recherches finalement assez simples. Tout mon cours est

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basé sur le potentiel documentaire de l’outil informatique: même si je n’ai aucun livre de Baudelaire ou de Rimbaud sous la main, je n’ai qu’à taper quelques mots des vers empruntés par Queneau dans ma barrette Google, pour retrouver les sources de chaque citation.» Retour au cours. « Nous allons faire un petit bilan, indique le professeur. Elle note l’essentiel des idées qui viennent d’être établies: « Le poème prend la langue comme objet… À cet objet, s’associent ceux de la Terre et des sciences… Il devient le lieu où le monde et la chose se rencontrent.» Pablo lève le doigt : « Madame, il reste dix minutes. » – « C’est un code entre nous, pour éviter de se laisser prendre par le temps», me chuchote ma voisine. « D’accord, a répondu le professeur. Eh bien, vous allez mettre à jour vos documents, par le réseau. » Les ordinateurs sortent de sous les tables. Et d’un coup, les têtes disparaissent derrière les écrans. « Je vais vous demander de préparer tout seuls, comme des grands futurs lycéens que vous serez bientôt, le bilan de notre analyse de ce poème de Raymond Queneau… » Un tableau qui ne s’efface plus. « L’une des choses que l’ordinateur a changées dans mon existence d’enseignante, nous confiera plus tard Véronique Delort-Saran, c’est que je ne crains plus d’effacer un tableau: autrefois, il m’arrivait de poser un petit papier: “prière de ne pas effacer ce qui est à l’intérieur”, ce qui faisait enrager mes collègues, évidemment. Aujourd’hui, le tableau ne s’efface plus: on peut conserver un travail en l’état, et, la fois suivante, reprendre la séance au trait près. Et chaque élève repart chez lui avec l’état du tableau, c’est-à-dire avec tout l’outillage qui va lui permettre de faire un travail de relecture et de synthèse. C’est à la fois une mémoire du cours, et un miroir: il montre exactement l’essentiel de ce qui a été fait. Je m’en sers systématiquement pour clore la séance, et parvenir à un tout cohérent, et significatif pour l’élève.»

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Histoire et géographie La variété et la richesse des documents multimédias disponibles aujourd’hui grâce aux ordinateurs et à internet, permettent aux enseignants d’histoire et de géographie de construire des cours particulièrement vivants et documentés. On peut ainsi appréhender une situation historique en étudiant différents documents d’archives (textes, images, vidéos, sons, etc.) ou analyser un territoire avec des cartes et des photos aériennes, mais également avec des images satellite ou des bases de données géolocalisées, etc. Les professeurs peuvent, pour cela, puiser dans les malles des deux sites auxquels le Conseil général a abonné tous les collèges: celui de l’Ina – Jalons pour l’histoire du temps présent – est spécialement conçu pour l’enseignement de l’histoire du 20e siècle ; et celui de France5 – lesite.tv – propose des documentaires vidéo, indexés aux points clés du programme scolaire. Les ordinateurs personnels permettent aussi de varier les situations d’enseignement, en alternant cours magistraux et recherches en autonomie : seul ou en petit groupe, on analyse, on s’interroge, on mène l’enquête… jusqu’au moment où l’on se sentira capable de livrer ses conclusions. Et les élèves apprécient particulièrement cette manière de faire avec leurs ordinateurs : « Ces démarches innovantes devraient permettre un développement du goût de l’effort, de la confiance en soi et de l’autonomie.1 » ----1 Les usages pédagogiques des Tice dans les disciplines d’enseignement, rapport collectif, académie de Nantes, janvier 2008.

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collège des Luys, à Amou – janvier 2008 Cours d’histoire de Fabienne Saint-Germain, avec une classe de 3e

/ / / Juin 1940… Lesite.tv sert de support à ce cours, où l’on passe avec naturel du tableau interactif qui permet de profiter de la dynamique de la classe, à l’ordinateur personnel pour organiser ses idées et garder trace de l’essentiel. « Allumez vos ordinateurs et baissez les écrans! » La première consigne de Fabienne Saint-Germain installe une règle du jeu pour ce cours structuré en trois temps, avec le soutien du tableau interactif. Acte un : le cours magistral. « La dernière fois – vous vous en souvenez? – nous en étions restés au tout début de la seconde guerre mondiale.» Le professeur pianote sur son ordinateur, fait apparaître sur l’écran un site internet1 d’où elle tire un extrait des actualités filmées. Celui-ci n’est pas simplement projeté, mais véritablement décortiqué: arrêt sur image, surcharge “à la craie” pour attirer l’attention sur un détail: « Regardez bien : voici les armes des Polonais – on voit des chevaux, des hommes à pied – et maintenant, voilà les armes des Allemands: avions et chars. Vous comprenez pourquoi on parle de guerre-éclair? En 17 jours, la Pologne est envahie. » Sur le tableau interactif apparaît maintenant une carte animée, à l’appui de l’explication des mouvements de l’armée allemande. «Nous voilà en 1940. L’armée allemande a envahi la France. C’est l’exode: les Français sont sur les routes.» Un nouveau film vient étayer le récit du professeur : étonnantes images de ces longues cohortes lancées sur les routes. « Je vous rappelle que nous sommes au mois de juin. Regardez bien leurs vêtements : ces gens portent tous des manteaux. Qui peut me dire pourquoi ? » Dans la classe, on sèche… on donne sa langue au chat : « Mais parce qu’ils ont sur eux tout ce qu’ils peuvent emporter.» Acte deux : la trace écrite. Que va-t-on écrire maintenant ? » lance le professeur, avant de noter au vol, sur le tableau interactif, les idées énoncées dans la classe. C’est le moment d’activer les ordinateurs portables. «Créez un nouveau document dans votre traitement de texte…» Cliquetis des claviers. Justine écrit: « Les Allemands creusent la ligne Maginot pour se pro-

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téger…» Sa voisine, qui a jeté un coup d’œil: « Non, ce sont les Français…» Justine corrige en un clin d’œil. Le professeur passe derrière chacun, encourage: « Oui, c’est bien, continue…» Reprend un point du cours: «Je vois plusieurs fois la même erreur; j’ai dû mal me faire comprendre…» Un moment plus tard : « Stop ! Nous allons passer à la correction. » Acte trois : « On est plus intelligent à plusieurs… » C’est le texte d’Alex, affiché sur le tableau, qui va servir de base à l’élaboration de la trace écrite définitive. Question du professeur : « Êtes-vous d’accord avec ce qu’Alex a écrit ? » Axelle, qui a détecté une erreur, propose une première modification… La discussion apporte une nouvelle précision, puis un autre complément. Justine propose d’aller au tableau pour souligner en rouge les mots importants. On s’approche du résultat : « C’est bien comme ça ? – Oui ! » On sent la fierté dans la réponse, unanime. Le texte final sera sauvegardé sur le réseau, et distribué à chacun sur papier. « Cette trace écrite n’est jamais la même d’une classe à l’autre, explique Fabienne Saint-Germain. En travaillant de la sorte, mes élèves s’aperçoivent qu’on est plus intelligent à plusieurs. Ils collaborent, ils se corrigent mutuellement bien plus volontiers que s’ils travaillaient sur papier. » Avant la fin du cours, elle s’assure que ses élèves ont bien noté, dans la liste de leurs favoris, l’adresse du site qui a servi de support au cours : « C’est un site en accès libre que nous n’avons pas eu le temps d’explorer en détail, mais ils pourront y revenir tranquillement. Tous les collèges des Landes ont également librement accès à Jalons pour l’histoire du temps présent2, la banque d’images et de sons à vocation pédagogique de l’INA (Institut national de l’audiovisuel), cela grâce à un abonnement souscrit par le Conseil général. […] J’enregistre également tout ce que j’ai fait sur le tableau interactif – les vidéos, les photos, les cartes, les annotations, etc. – pour que les puissent retrouver le cours plus tard, dans sa forme vivante. » ----1 www.france5.fr/2GM 2 www.ina.fr/fresques/jalons

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collège Henri Scognamiglio, à Morcenx – mars 2008 Cours d’histoire d’Olivier Parrot, avec une classe de 3e

/ / / Autonomie participative Cartes et documents historiques ne sont pas les simples illustrations du cours, mais la matière d’une véritable enquête que les élèves conduisent avec leurs ordinateurs, dans une ambiance d’atelier. Visiblement, l’habitude est déjà prise: en un clin d’œil, tous les ordinateurs portables sont allumés, et les élèves disposent sur leur écran du document de travail affiché au tableau. « Je vous laisse dix minutes pour travailler par vous-mêmes », annonce le professeur. Documents. Avec cette carte du monde illustrant les grandes étapes de la décolonisation, on plonge, d’emblée, dans le vif du sujet. Elle soutient la première question – Quel est le processus qui débute après la seconde guerre mondiale ? – et pose un premier problème: « Monsieur, ça veut dire quoi, processus ? – Eh bien, mouvement, phénomène… » Jonathan « sèche », demande à son voisin, qui semble plus inspiré… « On va travailler ensemble ! » décident Fabien et Éric. En fait, il s’agit de comprendre pourquoi et comment se généralise, après la fin de la seconde guerre mondiale, le mouvement de décolonisation. « Confronter les documents, les analyser, c’est pour mes élèves accéder à une démarche d’historien, commentera Olivier Parrot. Ce qui m’intéresse avec les ordinateurs portables, c’est qu’ils permettent vraiment de centrer le travail sur l’élève – recommandation qui figure dans les programmes. Il serait sans doute excessif de parler d’enseignement individualisé, mais ce type d’activité me donne la possibilité de mieux accompagner l’un ou l’autre, dont je connais les difficultés de concentration ou de méthode; je peux m’autoriser à passer deux minutes avec un élève, sans pour autant que les autres ne se mettent à grimper sur les tables ! » Collaborations. Rassemblez plus de vingt-cinq collégiens dans une salle de classe, et suggérez-leur d’être actifs : l’énergie dégagée est immédiatement palpable ! « Au début, je leur demandais de travailler individuellement, chacun sur son ordinateur… Mais ça ne fonctionnait pas bien. J’ai

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donc changé ma façon de faire ; je les incite maintenant à fonctionner en collaboration : à plusieurs, c’est plus dynamique ! Et ils jouent le jeu… » Ambiance d’atelier, donc. On est loin du cours “classique”: le professeur, qui ne songe pas un instant à s’asseoir derrière son bureau, circule parmi les élèves, encourage, stimule, accompagne. « Avec ce genre d’apprentissage, on ne peut pas espérer entendre les mouches voler ! À trop vouloir mettre la pression du point de vue de la discipline, on risquerait de stériliser la dynamique. C’est une question de tolérance, d’accord mutuel, de confiance et d’autonomie. Et, si ça se passe avec un certain fond sonore, c’est finalement assez normal: on leur demande d’échanger ! Certains discutent, quelquefois, un peu à côté… Mais dans l’ensemble, ils travaillent. Je trouve pour ma part que tout cela reste raisonnable, et que chacun peut étudier. » Mise en commun. « Stop ! dit le professeur, nous allons faire un premier bilan. » Les doigts se lèvent, et les élèves, largement sollicités, ne se privent pas de participer. Chaque document est décortiqué et confronté aux autres: on explicite les sources, on décode le sens, on tire des conclusions… Et on parvient finalement à établir les grandes lignes du processus de décolonisation. « Naturellement, commente Olivier Parrot, il n’est pas possible de tout expliquer à partir des seuls documents: je dois donc amener des compléments d’information sous une forme un peu plus “magistrale”.» Synthèse. L’heure a filé bien vite, et le cours se termine sans que les élèves n’aient eu à recopier le moindre résumé dans leurs cahiers. «La transmission du cours se fait par voie informatique. Pour moi l’ordinateur portable, c’est à la fois le manuel et le cahier: il contient les fiches de travail et le cours. Dans un collège, les élèves écrivent, finalement, beaucoup. À mon avis, la dictée est souvent une activité assez mécanique. Je préfère voir travailler les élèves de manière dynamique sur des documents; il me semble que la mémorisation est meilleure. Après chaque leçon, je leur demande de produire un document écrit : c’est un travail de synthèse, obligatoire. Ils doivent me remettre un minimum de six travaux de ce type dans le trimestre, et chaque devoir supplémentaire au-delà de la norme compte comme un bonus qui peut leur permettre de rattraper des points: cela les encourage à travailler. » Hors les murs… Avant son cours, Olivier Parrot nous annonçait modestement que nous ne verrions « rien d’extraordinaire ». Sans doute. Nous avons pourtant l’impression d’avoir rencontré un professeur heureux et des élèves bien vivants et qui semblent absorber – sans traumatisme apparent – une quantité d’informations que d’autres pourraient trouver un brin rébarbatives… «En termes de résultats, je trouve que ce n’est pas mal. Les élèves qui s’investissent dans ce type d’activité se retrouvent assez

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rapidement en réussite : en fait, au diplôme national du brevet, on va leur demander de produire un paragraphe en s’appuyant sur des connaissances et des documents. C’est en partie ce qu’ils font ici.» Nous apprendrons aussi que les outils numériques permettent, au-delà des murs du collège, des pratiques plus inattendues: « Au moyen de la messagerie, un lien particulier s’est instauré avec mes élèves: je leur envoie systématiquement le corrigé de leurs travaux, et s’ils rencontrent une difficulté, ou bien s’ils ont un peu honte de venir me voir à la fin de l’heure, il leur est possible de m’envoyer un courriel, auquel je vais répondre, naturellement… Évidemment, la relation directe n’a pas disparu pour autant, bien au contraire! »

----collège René Soubaigné, à Mugron, mai 2009 Cours d’histoire de Nelly Liarescq-Labourdette, avec une classe de 3e

/ / / Comme à la radio… Chaque élève est invité à cheminer à son rythme entre textes, images et archives sonores ou filmées, pour confronter deux versions antagonistes des mêmes faits historiques. « Tout ce que vous avez à faire est dans ce document», dit le professeur, en profitant du temps de mise en route des ordinateurs pour en distribuer un exemplaire aux élèves. Une économie de paroles qui donne bien le ton de ce qui va suivre : chacun s’absorbe devant son écran, et le silence qui s’installe dans la salle de classe ne sera rompu, jusqu’à la fin de l’heure, que par quelques bribes de son échappées, par inadvertance, du hautparleur d’un ordinateur…

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La guerre des ondes. Pour comprendre ce qui se passe, pas d’autre moyen que de suivre ce qui s’affiche sur l’écran de l’ordinateur de Laura, ma voisine : elle vient d’ouvrir l’encyclopédie Encarta, à l’article “Radio, histoire de la” : « Dans la zone libre, le gouvernement de Vichy fait peser la censure sur les radios publiques et privées…» Nous voici donc au cœur de la seconde guerre mondiale : la « guerre des ondes » bat son plein. Laura prend le temps de décortiquer le texte pour y dénicher les éléments de réponses aux questions qui lui sont posées. Son document de travail est clairement partagé en deux colonnes : à droite “Radio Paris”, à gauche “Radio Londres”. La recherche active dans laquelle les élèves sont engagés focalise entièrement leur attention: on lit, on se concentre… On se laisse prendre au jeu de cette véritable petite enquête sur pièces (textes, images, documents sonores ou filmés). Comme à la radio. Laura vient de brancher des écouteurs sur son ordinateur portable: « Je souhaite la victoire de l’Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme s’installerait partout…» C’est la voix de Pierre Laval, sur Radio Paris, en 1942. Un peu plus tard, le son, crachouillant, de Radio Londres, obligera à tendre l’oreille pour capter le fameux «RadioParis ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand», aussitôt suivi du non moins célèbre « Les Français parlent aux Français», annonçant une étonnante poésie de messages codés: « Pierrot ressemble à son grandpère. Le facteur s’est endormi. L’éléphant s’est cassé une défense. Il est temps de cueillir des tomates.» L’émotion est au rendez-vous… «L’archive sonore “met en chair”, nous dira Nelly Liarescq-Labourdette. C’est la grande puissance d’évocation de la voix à la radio…» Mais quel est donc ce mot, qui permet de reconnaître à coup sûr Radio Paris, dans cet extrait des actualités qui relate un attentat contre Hitler? Butant sur cette nouvelle énigme, ma voisine est à deux doigts de renoncer. Elle se ravise… écoute une seconde fois, finit par entendre le speaker dénoncer «un acte criminel… » C’est l’indice recherché! Dans la classe, les ordinateurs affichent maintenant des extraits des actualités filmées: on reconnaît le maréchal Pétain, des antennes radio et – étrange concordance des temps – un écouteur de bakélite sur l’oreille d’un auditeur anonyme. Se taire. Nelly Liarescq-Labourdette, qui arrive cette année dans les Landes après avoir enseigné dans le Pas-de-Calais, nous confie en être à ses premiers pas dans la découverte des outils numériques: « L’idée de cette séance m’est venue alors qu’Israël envoyait des obus vers Gaza: sur internet, la version israélienne des faits côtoyait celle des Palestiniens, et cette guerre de l’information, très moderne, m’a fait penser à ce qui se

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passait pendant la seconde guerre mondiale…» Et comme nous nous étonnons de l’ambiance particulièrement studieuse et de la parcimonie des paroles échangées pendant l’heure que nous venons de vivre: « Il faut parfois savoir se taire, nous expliquera-t-elle. Ce temps de travail individuel, qui n’oblige personne à s’exposer à tous les regards, c’est bien pour les élèves… »

----collège Serge Barranx, à Montfort-en-Chalosse, mai 2009 Cours d’histoire de Monique Marrocq, avec une classe de 3e

/ / / Le souffle de l’histoire Alternativement écran de projection et surface sensible d’enregistrement, le tableau interactif relié à l’ordinateur du professeur est à la fois le véhicule et la mémoire du cours. Objets inanimés? Il ne leur manque même pas la parole!

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C’est une description de la situation de la France de l’après-guerre: pénurie de charbon, de produits industriels, alimentaires… «Qui peut me dire ce qu’est une pénurie? » On débusque les mots importants, et Agnès vient les surligner sur le tableau interactif. Le professeur, qui a délégué toutes les tâches de manipulation à ses deux jeunes assistants, anime le débat depuis le fond de la classe. «L’un des avantages des outils numériques, nous dira-t-elle plus tard, c’est de me libérer du tableau ou de la carte pour me permettre d’être au milieu de mes élèves, de sorte que rien de ce qui se passe dans la classe ne m’échappe. Quant aux élèves, ils sont plutôt fiers de “squatter” ainsi le territoire du professeur, et c’est aussi pour eux une occasion de bouger un peu! »

Notre démarche. On projette maintenant un schéma, encore à l’état d’ébauche, qui reprend et organise les éléments contenus dans le texte. Pour le compléter, le professeur sollicite la participation active de tous ses élèves : on aide, depuis sa place, les camarades qui se succèdent au tableau interactif. Ainsi représentées sous une forme différente, les idées développées dans le premier texte s’articulent logiquement en causes et conséquences du fait historique étudié. «Vous pourrez récupérer toute notre démarche à la fin du cours, rappelle le professeur à ses élèves… Jusqu’à présent, tient-elle à préciser à notre intention, on ne pouvait pas emporter le tableau chez soi, pour se remémorer tout le contenu du cours; eh bien, vous le voyez, aujourd’hui, c’est possible! »

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Écrire. « Je vais vous demander de résumer en une phrase ou deux, sur votre cahier de brouillon ce que nous venons de voir…» Grande application dans la classe. Le professeur circule d’un élève à l’autre. «Écrire, c’est un exercice fondamental qui apprend à organiser ses idées, à être précis dans l’expression de la pensée, à introduire du vocabulaire et à mettre en place une syntaxe correcte », nous expliquera encore Monique Marrocq. Pour boucler cette phase de travail, Marina viendra noter, toujours depuis l’ordinateur du professeur, la synthèse que l’on élabore en commun. Émotion. Un nouveau texte s’affiche au tableau: c’est un discours. Qui parle? Robert Schuman, le ministre des Affaires étrangères. Une photo de deux personnes apparaît maintenant: «Vous le voyez ici, le 9 mai 1950, en compagnie de Jean Monnet, haut fonctionnaire, dans le salon de l’Horloge, au ministère des Affaires étrangères. Comme vous pouvez le remarquer, ce n’est pas un jeune premier, ce Monsieur Schuman! Nous allons entendre sa voix…» Silence. La qualité de l’écoute qui accueille cette archive est impressionnante. Chacun suit des yeux, “en temps réel”, le texte du discours affiché sur le tableau: « Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe…» La gravité contenue dans ces phrases n’échappe à personne. «Ce que nous venons d’entendre, ce sont les bases de la construction de l’Europe! Savez-vous quelle va être la réponse de l’Allemagne à cette proposition? – Ja ! », s’exclame un élève du fond de la classe – ce qui déclenche l’hilarité générale, et amène un sourire sur le visage du professeur. Comme nous ferons remarquer plus tard à Monique Marrocq qu’il nous a semblé, en écoutant ces quelques phrases, sentir le souffle de l’Histoire dans la classe: «Voilà encore un domaine dans lequel les outils numériques nous sont précieux, nous expliquera-t-elle: entendre cette voix, c’est sentir la présence d’un homme qui a du charisme. Un homme qui donne de l’espoir, parce qu’il croit dans les hommes, dans la paix, dans la possibilité de progresser; et qui porte un projet à long terme…»

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Éducation à l’information Aujourd’hui, avec le développement d’internet, le problème n’est pas la rareté de l’information, mais plutôt son foisonnement: comment s’orienter dans cette masse documentaire non hiérarchisée – les Québécois utilisent le terme “infobésité” – qui tombe en avalanche après le moindre clic. L’éducation à l’information est ainsi devenue une priorité du système éducatif; et si la responsabilité en incombe à tous les enseignants, les professeurs documentalistes sont ici en première ligne, à charge pour eux d’adapter les méthodes classiques de la recherche documentaire à ces nouveaux médias. Les ordinateurs sont à la fois le problème et la solution: en démultipliant les possibilités d’accès à l’information – encyclopédies, dictionnaires, internet, etc. –, ils obligent chacun à en apprendre les enjeux et les modes de fonctionnement… « Écoutez parler certains enseignants documentalistes et vous verrez combien leur rôle de médiateur est important, mais invisible et surtout pas valorisé. Ce qui est d’autant plus paradoxal qu’au moment où l’on croit pouvoir se passer des professionnels de la documentation, les compétences nouvelles requises par le monde informationnel actuel les rendent de plus en plus importants pour faire face aux nouvelles caractéristiques de l’environnement numérique et informationnel.1 » ----1 www.brunodevauchelle.com/blog

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collège Jules Ferry, à Gabarret – mars 2008 avec Valérie Coussemacker, professeur documentaliste

/ / / Toute une journée au CDI Où l’on constate qu’ici, le centre de documentation et d’information est aussi centre de vie… L’espace fluide et baigné de lumière, en rotonde sur la façade du collège, occupe une place de choix au cœur de l’établissement. Il reste bien entendu le lieu du livre et, nous le verrons plus loin, celui où l’on découvre le plaisir de flâner entre les rayonnages. Mais les techniques numériques – plusieurs ordinateurs fixes, tables équipées de prises de connexion à internet, scanner, imprimante couleur… et tout récemment tableau interactif – sont progressivement venues enrichir l’offre, et multiplier les raisons de fréquenter ce qui est un peu la plaque tournante de l’établissement. Nous voilà donc pour la journée dans ce lieu polyvalent, vivant et très fréquenté. Culture(s). « Il me semble important qu’en passant la porte du CDI, les élèves se trouvent directement confrontés à des œuvres qu’ils n’ont pas l’habitude de côtoyer par ailleurs, nous explique Valérie Coussemacker. Depuis que nous sommes équipés d’un tableau interactif, je m’en sers souvent pour y afficher un poème. Il m’est arrivé aussi de projeter un DVD de Glenn Gould, jouant les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach : les élèves ne savaient pas du tout ce que c’était, mais ils étaient sidérés… Ils ne sont pas du tout réticents à ce que nous appelons “la culture” – bien au contraire –, dans la mesure où nous ne nous montrons pas complètement hermétiques à la leur… Pour ma part, je ne suis pas très “rap”, ni “manga”, mais pour autant, ce sont des choses que je ne refuse pas.»

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----11 H 10/12 H EXTENSION DU DOMAINE DU COLLÈGE Dans le cadre de la politique d’éducation prioritaire, le collège accueille ce matin, pour une découverte du CDI, les enfants de l’école primaire du village de Parleboscq accompagnés par leur maître, François Hiquet. Seconde séance d’une série de sept, consacrée aujourd’hui aux livres documentaires.

Un peu intimidés, les jeunes écoliers entrent au CDI en se tenant par la main et s’en vont poser leurs manteaux avant de s’asseoir, à l’invitation de Valérie Coussemacker, devant le tableau interactif. « Quelle est la signification du mot crépusculaire ? Qu’est-ce que la philosophie ? Comment fonctionne la justice en France ? Comment se conjugue le verbe coudre, à l’imparfait ? Toutes les réponses à ces questions – et à bien d’autres encore – se trouvent dans les livres documentaires… » Le tableau interactif soutient la démonstration, en forme de questionnement, du professeur documentaliste. Fascinés, les enfants ne bronchent pas. « Voilà dix questions, vous êtes vingt : vous allez vous mettre par deux, et chaque groupe s’occupera d’une question. Attention, je ne vous demande pas d’y répondre, mais de trouver le livre qui contient probablement la réponse. » Tout le monde y est ? L’exploration du CDI peut commencer… Chaque tandem a tôt fait de repérer, parmi les livres spécialement déposés sur une table, le dictionnaire, l’encyclopédie, l’ouvrage de vulgarisation scientifique

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ou le livre de grammaire susceptible de répondre à sa question. Il s’agit maintenant d’apporter le précieux document à Valérie Coussemacker, qui se tient là-bas, près du scanner et de l’imprimante. Elle va se charger de numériser la couverture de l’ouvrage, puis de l’imprimer. Reste encore à saisir – sans faire de fautes – la question correspondante sur l’ordinateur, avant de pouvoir envisager de rassembler tous ces éléments sur un grand poster que l’on ramènera plus tard à l’école. «Nous utilisons beaucoup l’informatique en classe, précise François Hiquet. Mes élèves savent se servir d’un traitement de texte, envoyer des courriels, faire des recherches sur internet… et même monter des petits films…» Bilan. Valérie Coussemacker rassemble de nouveau les élèves devant le tableau interactif : « Regardez bien, il y a quelque chose de spécial sur le dos de chaque livre… – Une étiquette ? – Oui, à la maison, on l’appelle comme ça, mais dans un CDI ou une bibliothèque, cette étiquette porte le nom de “cote”, et elle est bien pratique pour ranger les livres, et surtout pour savoir où les retrouver ! » On établit collectivement que les « documentaires » nous apprennent des choses sur le monde réel ; on découvre que les cotes fonctionnent de la même façon dans toutes les bibliothèques du monde – celle des livres d’histoire et de géographie, par exemple, commençant toujours par le numéro neuf… La séance va se terminer. «C’est leur première image du collège, commente Valérie Coussemacker. Plus tard, quand ces enfants arriveront en 6e, ils seront déjà familiarisés. » ----13 H 30/14 H RÉSISTANCE/EXISTENCE Atelier de recherches sur la Résistance, avec Hélène Bulfoni, professeur d’histoire : « Les recherches sur internet, c’est direct, ça va vite, et on peut trouver des renseignements sur n’importe quel sujet ! »

Comme tous les lundis, quelques élèves de 3e passionnés d’histoire ont aujourd’hui rendez-vous avec leur professeur. Nous apprenons qu’un voyage est en préparation pour le mois d’avril prochain; nos collégiens ont entrepris, en vue d’une communication à leurs camarades, de rassembler

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de l’information sur les différents sites au programme : Oradour-surGlane, la fondation André Maginot à Neuvy-sur-Barangeon, les Invalides, le Mémorial de la Shoah (et la tour Eiffel !) à Paris. Un second groupe se réunit de la même façon tous les jeudis pour préparer le Concours national de la Résistance. Tout cela s’articule autour d’un projet de recherche et de publication sur les actes de résistance dans le Gabardan entre 1942 et 1944 : collecte de témoignages, récits, photographies, et rencontres avec les quelques résistants qui vivent encore. «Les élèves sont émus : tout ça les concerne, les intéresse ! » constate Hélène Bulfoni. Comme dans tout projet de recherche, les ordinateurs portables sont ici d’un précieux secours. Corto et Cheyenne anticipent leur visite à Oradoursur-Glane en visionnant une vidéo sur le village martyr: « On nous a dit que ce serait un grand moment d’émotion, explique Corto: plus de 600 personnes ont été tuées ! Nous avons trouvé plusieurs vidéos sur le site Dailymotion. J’essaie d’en tirer certaines informations que nous n’avons pas encore, ou bien des déclarations de différentes personnes, connues ou inconnues, qui sont venues visiter Oradour-sur-Glane. – Un peu comme si tu étais un journaliste ? – Oui, c’est ça, un peu… » ----14 H/15 H COURS DE GREC ! « Nul n’a besoin d’être expert pour se servir des outils numériques… » Cours de grec de Marion Delbousquet, avec une classe de 3e.

Exceptionnellement, la classe de grec se transporte aujourd’hui au CDI. « Mes élèves vont participer à un concours sur l’art grec, explique Marion Delbousquet. Nous avons commencé des recherches depuis maintenant deux mois, chacun travaillant en autonomie sur son ordinateur. J’ai choisi aujourd’hui de venir faire mon cours au CDI afin de profiter du tableau interactif pour projeter ce DVD1 ; une manière de rassembler ce qui resterait un peu éparpillé, une séance de révision, en quelque sorte.» Marion Delbousquet ne s’en cache pas : la technique n’est pas son fort. Pour autant : « Nul n’a besoin d’être expert pour se servir des outils numé-

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riques », affirme-t-elle. Sébastien, l’assistant d’éducation, l’accompagne donc pour lancer le DVD ; plus tard, le professeur ne se privera pas, à la moindre hésitation, de solliciter l’aide de ses élèves: « Pour avancer, je fais comment ? » Les (fiers) souffleurs ne manquent pas : « La flèche, en haut à gauche, Madame ! » Nous voilà donc partis pour une visite virtuelle de la Grèce antique. On commence par le chapitre histoire, avant de se plonger dans l’art… Les élèves s’empressent de répondre aux questions qui leur sont posées, et font même joyeusement assaut d’érudition, démontrant qu’ils dominent bien le sujet. « Quel style, les chapiteaux ? – Doriques ! » Incollables, ils connaissent les métopes et les triglyphes, savent que les sculptures collées contre les murs sont des bas-reliefs, ont déjà repéré le palais d’Agamemnon à Mycènes, l’entrée du stade d’Olympie, le trésor des Athéniens, le théâtre de Delphes… Image après image, la beauté s’impose : « C’est splendide, magique ! » Le cours se termine. Voilà quinze élèves fin prêts pour se présenter à leur concours, et un professeur particulièrement fier d’eux: « Je suis là pour graver dans leur esprit des images qui resteront pour la vie…» ----15 H 15/16 H LE CDI DANS UN ÉTAT PLUS CLASSIQUE… « Je garde un œil sur ce qu’ils font, mais je les laisse très libres de mener leur travail à leur guise. »

La classe de grec est repartie; arrivent des élèves qui profitent d’une heure d’étude pour venir au CDI, certains avec leurs ordinateurs, d’autres non. Sur les quinze élèves présents, sept ont demandé à se connecter à internet. « En étude, les surveillants n’ont aucune prise sur ce que font les élèves, il n’est donc pas permis de consulter internet. Ici, au CDI, grâce au tableau interactif, je peux leur demander de travailler sous SynchronEyes, j’affiche leur écran sur le tableau interactif, au vu de tout le monde. Ça limite les dérives et me permet éventuellement d’intervenir…» Chuut… L’ambiance est au calme. Quelquefois isolés, plus fréquemment

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par petits groupes de trois ou quatre, les élèves ont trouvé leur place, qui à une table, qui sur l’un des fauteuils près du rayon BD et magazines. Fabrice et Guillaume s’entraînent avec leur ordinateur pour l’ASSR (attestation scolaire de sécurité routière), sur un site qui les place exactement dans les conditions de l’épreuve qu’ils auront à subir. Cyprien et Aurélie sont installés près du rayon Magazines : « C’est plus tranquille pour lire. » L’un d’eux s’est arrêté sur Science et Vie Junior : « Ça parle du futur. » Qui a dit que les adolescents n’aiment plus lire? Aurélie, qui est en 5e, a bien aimé l’histoire de la fée du robinet, dans les Contes de la rue Broca, de Pierre Gripari. Son amie Camille a dévoré Brooklyn babies de Janet Mac Donald en une semaine. Un livre en anglais? « Non, traduit en français. » Visiblement passionnée, elle a décidé d’emprunter la suite. On peut savoir de quoi ça parle ? « C’est une adolescente, dans une cité, qui tombe enceinte très jeune. Elle cherche à retrouver le père de son enfant, veut reprendre ses études… » Maïlys et Jade, actuellement en 4e, ont ouvert leurs ordinateurs pour faire un devoir de mathématiques: « Il faut faire des mesures, et remplir un tableau. – C’est difficile? – Non, ça va… » Nous n’en saurons pas plus. Fanny et Laurane sont aussi en 4e. « Nous avons commencé un travail sur les écrivains d’avant – enfin, les plus connus. Là, c’est Corneille : nous devons raconter sa vie et son œuvre. – Vous faites des copier-coller ? – Non ! On analyse ce qu’on trouve sur Encarta, ou sur internet, et on écrit nous-mêmes. – Ah bon ! C’est un sacré boulot, non ? – Ben, oui. » Alexandre, lui, peaufine son B2i (Brevet informatique et internet). « Pour valider un item, il faut que j’explique comment je m’y suis pris pour faire ce qui est demandé, puis l’envoyer à un professeur, et voilà! » Il montre l’écran de son ordinateur: un certain nombre de voyants s’affichent déjà en vert. C’est bien parti ! ----17 H 15 : CHRONIQUE LOCALE « J’ai des photos à vous donner, pour illustrer votre article ! » Atelier communication, avec Valérie Coussemacker et Sébastien Florence-Courtand, assistant d’éducation. Marine, Laurina et Camille, respectivement en 6e et en 5e, se réunissent tous les lundis soirs pour alimenter le site internet du collège – ainsi que Plume d’école, le journal de la communauté de communes –, en petites chroniques sur la vie du collège. « Ce sont elles qui choisissent les sujets, nous explique le professeur. Elles travaillent à la rédaction des articles, puis nous les relisons ensemble, et quand tout est prêt, nous les mettons en ligne. » Leur dernier article, “Le cdi vu par les élèves”, est maintenant lisible sur internet. «Nous avons aussi écrit “Une intervention stupéfiante!”, un article qui raconte la visite d’un représentant de la gendarmerie, venu

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nous expliquer le danger des drogues. – Il est bien, votre titre! Comment l’avez-vous trouvé ? – On nous a un peu aidées… » Valérie Coussemacker encourage nos deux chroniqueuses à travailler sur leur prochain sujet, autour des petits-déjeuners organisés la semaine dernière au collège, dans le cadre de l’éducation à la santé. Marine dicte, Laurina écrit. «J’ai des photos à vous donner, pour illustrer votre article», annonce Sébastien, l’assistant d’éducation, également administrateur du site. ----1 Merveilles de la Grèce antique, éd. Damalis.

----collège de Linxe – décembre 2008 Cours de français de Muriel Lagorce, avec une classe de 4e en compagnie de Myriam Lacrouts, professeur documentaliste

/ / / Le CDI délocalisé Comment persuader les élèves de lire tout un roman? Tentative, à quatre mains, de résoudre cette question récurrente… « Vous allez aujourd’hui choisir un livre, c’est pourquoi Mme Lacrouts, notre professeur documentaliste, est avec nous. Allumez vos ordinateurs, et allez récupérer les consignes sur le serveur du collège.» Le professeur de français vient de lancer la séance dans sa salle de cours habituelle: aucun déplacement ne semble prévu vers le CDI. Les critères du choix. C’est au tour de Myriam Lacrouts d’intervenir: « Qui peut me dire ce qu’est BCDI1 ? C’est le logiciel qui gère les documents du CDI. » C’est donc sans quitter la salle de classe, en se connectant sur BCDI, que chacun va pouvoir, depuis son ordinateur portable, consulter le catalogue du CDI… « Vous pouvez choisir un livre par critères de genre: roman policier, sentimental, de science-fiction, explique Myriam Lacrouts. Vous pouvez aussi choisir un auteur et savoir quels sont ses livres disponibles. Ou bien retrouver un ouvrage dont vous ne connaissez qu’une partie du titre… Ensuite, vous accédez au panier: il fonctionne sur le même principe que celui de n’importe quel site commercial – sauf qu’ici, vous ne payez pas ! Quand vous avez choisi votre livre, cliquez sur “réserver”; vous n’aurez plus qu’à passer le chercher au CDI.» « Vous allez devoir créer une fiche sur Publisher2, explique maintenant

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Muriel Lagorce. Il vous suffit de suivre la grille que j’ai préparée pour vous. En plus d’un certain nombre de renseignements sur l’auteur et sur le livre, vous y noterez vos impressions de lecture. Par la suite, cette fiche sera intégrée à BCDI, ce qui veut dire que vos camarades pourront la consulter. » Le professeur documentaliste montre, sur le tableau interactif, des exemples de fiches réalisées l’an dernier. Et termine son exposé par quelques indications techniques sur le fonctionnement de Publisher: comment écrire un texte, incruster une image, mettre une couleur en arrière-plan, etc. La recherche. Toute la classe est bien vite connectée sur BCDI. Mon voisin Pierre, qui aime bien les chiens, présélectionne donc Les clients du Bon Chien jaune, de Pierre Mac Orlan. Mais la fiche de renseignements lui indique que c’est un livre de niveau 5e… On risque de lui récuser ce choix. Il décide alors d’élargir sa recherche à «animaux ». Son camarade avait jeté son dévolu sur un livre de Titeuf. «Tu ne peux pas choisir ça, lui rétorque son professeur de français, ça fait vingt pages! Ou alors, tu prends tous les albums de Titeuf, pour faire une fiche de lecture sur l’ensemble…» Un autre élève demande s’il peut réserver un Harry Potter… « Oui, répond le professeur, mais pas le premier tome: il est trop facile ! » Commentaire de mon voisin : « Ma sœur, quand elle est là-dedans, elle ne veut même plus jouer avec moi : elle ne fait que lire, lire, lire…» Ma mère m’épuise, c’est le titre du livre qu’a choisi Caroline: « D’après le résumé, ça a l’air bien…» La motivation. « Pour certains élèves, nous expliquera plus tard Muriel Lagorce, la lecture est vécue comme un supplice. Si je leur impose un roman, ils vont se plaindre! Mais si je les laisse choisir, ils se précipitent sur celui qui compte le moins de pages, même si le sujet ne les intéresse pas. D’où l’intérêt d’une séance comme celle-ci.» ----1 http://bcdi.crdp2-poitiers.org/site 2 www.microsoft.com

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collège Jean Rostand, à Mont-de-Marsan – mai 2009 Entretien avec Christelle Truf, professeur documentaliste

/ / / Cyber-documentation Ou comment répertorier et diffuser sur internet une information fiable et adaptée aux besoins des collégiens et professeurs… « À mon arrivée dans le collège, il y a trois ans, j’ai ressenti la nécessité de faire circuler l’information au-delà du CDI; ma première tentative a été d’éditer un bulletin “papier”: beaucoup de travail et un prix de revient assez conséquent en photocopies… Plus tard, j’ai décidé de créer un blog sur le site du web pédagogique1 : j’y tiens une revue de presse, je signale les nouveaux livres que nous recevons, les émissions de télé intéressantes pour les élèves, les expositions du CDI, etc. L’an dernier, j’avais aussi commencé à faire quelques liens sur internet, notamment vers des sites utiles pour préparer le diplôme national du brevet. J’ai alors entendu parler de Netvibes2 : c’est un “agrégateur”, c’est-à-dire un site qui permet de créer une page de liens vers d’autres sites. C’est sur cet outil que je propose aujourd’hui une sélection – régulièrement actualisée et enrichie – de liens pertinents3, classés par disciplines ou par thèmes transversaux : un “CDI virtuel” en quelque sorte. Mes sources d’information ? Les indications de mes collègues, mais aussi les revues et sites professionnels, de documentalistes ou d’éducation… En faisant ce travail de veille adaptée aux besoins des collégiens et des professeurs, je suis tout à fait dans mon rôle de documentaliste: indiquer où trouver une information fiable et adaptée au niveau de chacun. Il y a tellement d’informations sur internet qu’une sélection de sites validés et pertinents facilite beaucoup les recherches. Les liens que je sélectionne y sont ciblés comme ceux du fonds “papier” du CDI. Pas question pour autant de conditionner les élèves, ni de leur imposer l’utilisation exclusive de ce portail – je donne d’ailleurs les liens vers plusieurs moteurs de recherche.» ----1 http://lewebpedagogique.com/cdirostblog 2 www.netvibes.com 3 www.netvibes.com/clgjrostandmdm

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Sciences En collectant les données disponibles en temps réel sur internet, les enseignants de sciences peuvent aujourd’hui nourrir leur pédagogie des évènements et des débats scientifiques d’actualité – ce qui est souvent un bon moyen de stimuler la curiosité et l’intérêt de leurs élèves. Ils disposent également de documents multimédias, spécifiquement adaptés à leur discipline – comme les vidéos documentaires téléchargeables sur lesite.tv de France5. Des représentations interactives1 permettent de visualiser des phénomènes complexes, quand le recours à l’expérimentation directe est impossible. Pour étudier la géologie dynamique (volcans, séismes et tectonique des plaques), les élèves de 4e disposent également du logiciel Sysmolog junior avec lequel ils peuvent directement visualiser, sur leurs ordinateurs portables, les grands phénomènes qui agitent notre planète. Via le réseau du collège, les professeurs de sciences sont nombreux à transférer vers les ordinateurs des élèves tout le contenu du cours, tel qu’il vient d’être élaboré sur le tableau interactif: «L’intérêt, pour l’élève, c’est de pouvoir étudier chez lui, sur son ordinateur, à partir des images et des observations faites en classe, par exemple au microscope.2 » ----1 Les animations de type EduMédia ne sont ni des manuels, ni des exerciseurs, mais des modules d’apprentissage – dénommés briquettes (ou granules) pédagogiques ; elles font partie des abonnements souscrits par le Conseil général. 2 Pierre Lacueille, inspecteur d’académie, inspecteur pédagogique régional de sciences physiques (académie de Bordeaux).

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collège François Mitterrand, à Soustons – novembre 2008 Cours de physique de Sébastien Lochet, avec une classe de 3e

/ / / De la bobine à la turbine Entre expérimentation et recherche documentaire, pourquoi choisir ? Ici, pour comprendre le principe de fonctionnement d’une centrale électrique, on a droit aux deux! « Vous allez travailler en deux groupes, annonce le professeur. Les premiers devront réaliser une expérimentation et répondre à un questionnaire, pendant que les autres vont faire une recherche en ligne. Puis nous intervertirons. Attention, vous avez douze minutes devant vous à partir du moment où vous lancez l’exercice; au-delà, vous ne pourrez plus rien faire. Allumez maintenant votre ordinateur, et recopiez, dans votre navigateur internet, l’adresse affichée au tableau; vous devez tomber sur la page d’accueil du projet Argos1. Là, vous cliquez sur Ilias ; après vous être identifié, vous trouverez un dossier “Sciences physiques au collège” dans lequel vous choisissez celui des deux tests sur lequel vous allez travailler en premier. » Recherche expérimentale. Les élèves qui se lancent dans l’expérimentation disposent d’un ordinateur pour deux, avec tout le matériel nécessaire pour réaliser le montage qui s’affiche sur leur écran: deux aimants, une bobine, un voltmètre. Tout le monde est prêt? Action ! Le compte à rebours est lancé. Constater un phénomène est une chose, en tirer une réflexion plus générale en est une autre. C’est tout l’art de l’exercice qui leur est proposé que d’amener les élèves à le faire. « J’ai fait en sorte, nous indique Sébastien Lochet, que leur pensée évolue par paliers ; au début, on est dans une manipulation classique: on bricole un peu, on répond à une première question en prise sur l’observation directe d’un phénomène électrique: si on fait bouger un aimant devant une bobine, il se produit un courant – le multimètre est là pour en témoigner. On observe alors un objet un peu plus technique – une dynamo –, et on essaye d’en repérer le fonctionnement. L’objet de la recherche documentaire, c’est de se rendre compte qu’à l’échelle industrielle, une centrale électrique fonctionne exactement sur le même principe.»

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Sur les paillasses carrelées de blanc, les dialogues vont bon train: l’un pense que « c’est la bobine qui se déplace… – Non, rectifie son copain, c’est l’aimant… » Pour Sébastien Lochet, ces moments sont précieux: « Sur toutes les étapes de manipulation, il est fondamental que les élèves passent par un temps de discussion entre eux, et puissent se corriger mutuellement. Ils sont en phase expérimentale, de découverte, de recherche. Et on ne peut pas tâtonner tout seul! » Recherche documentaire. « Pour ceux qui font la recherche documentaire, vous pouvez utiliser les encyclopédies qui sont sur votre ordinateur, ou bien le moteur de recherche Google, ou encore les animations eduMédia.» Devant moi, Kévin et Florian, lancés sur internet pour essayer de trouver quelle est l’origine du mot dynamo, se désolent: « Oh ! là, là, comme c’est trop dur… » Le prof encourage: « À vous de bien utiliser les mots-clés! » Un peu plus loin, leur camarade se demande comment faire pour trouver rapidement la part de l’énergie hydraulique en France: « Si je cherchais dans Wikipédia, à énergie renouvelable? » Gérer le temps. La concentration est impressionnante, la tension palpable: pas moyen de distraire une seconde l’attention des élèves: ils ont bien autre chose en tête que de répondre à nos questions. «Ah, c’est (déjà) fini ? » Marie laisse échapper un cri de déception: l’impitoyable couperet est venu clore sa session avant qu’elle n’ait eu le temps de transcrire une dernière réponse. « Pas trop stressée ? – Non, ça va… Le plus dur, c’est de gérer le temps. » Mise en commun. Le temps imparti est écoulé pour tout le monde et chacun, dans la classe, a effectué le circuit complet des deux tests. «Vous baissez maintenant les écrans de vos ordinateurs, annonce le professeur, nous allons faire la synthèse.» Sollicitant la participation de ses élèves, et s’appuyant sur un conducteur de cours affiché sur le tableau interactif, il refait devant eux le chemin qu’ils viennent de suivre. «Vous allez maintenant récupérer le document que je viens de projeter sur votre ordinateur. Vous devrez le revoir pour la prochaine fois.» « Ce document, ajoutera plus tard Sébastien Lochet à notre intention, contient tout ce que je viens de montrer et d’écrire devant les élèves. Il est construit de manière interactive, avec la possibilité de consulter plusieurs animations préalablement téléchargées sur le site d’EDF. On pourrait très bien imaginer qu’il soit la trame d’un cours magistral, et à la séance prochaine, nous allons exploiter cette documentation: en 3e, les élèves ne sont pas encore capables de construire un savoir structuré uniquement à partir d’animations, même si celles-ci sont relativement simples et pédagogiques. Il faut veiller à leur fournir des explications à leur niveau, et s’assurer qu’ils ont bien compris. Pour conclure la leçon, il s’agira de trier

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les informations pertinentes qui constitueront la trace. C’est une chose clairement établie entre nous dès le début de l’année: la trace des leçons est enregistrée soit dans le cahier, soit dans l’ordinateur, l’une des formes étant aussi légitime que l’autre.» ----1 Argos est un portail web pédagogique qui offre l'accès à un ensemble d'outils et de ressources numériques, l'enseignant ou l'élève se connectant à son espace numérique de travail depuis n'importe quel ordinateur connecté à internet, à l'aide d'un simple navigateur. http://catice.ac-bordeaux.fr/fr/ent_argos.html

----collège d’Albret, à Dax – janvier 2008 Cours de physique de Jean-François Lannes, avec une classe de 3e

/ / / 565 millisecondes! Ça commence un peu comme un jeu vidéo, mais il s’agit bien d’un exercice de révisions, pour préparer le prochain contrôle… « Nous allons appliquer ce que nous venons d’apprendre à des questions de sécurité routière, explique le professeur. Je roule en scooter, je vois un obstacle, je freine : quelle distance va parcourir mon scooter avant de s’immobiliser ? Allez sur le réseau et copiez le fichier sur votre ordinateur… Vous pouvez tout faire de A à Z ; je n’ai pas à intervenir : il vous suffit de suivre les étapes une par une. Lisez attentivement les consignes! » Animation. Jean-François Lannes nous avait prévenus : « Vous verrez, la première phase de l’exercice les amuse beaucoup. L’ordinateur mesure leur temps de réaction : ils se croient dans un jeu vidéo, et ils vont chercher à améliorer leur score.» Le professeur connaît bien ses élèves: ils ont

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tôt fait de comprendre qu’il leur suffit de relancer l’exercice pour avoir droit à un nouvel essai… « Je rappelle que le temps de réaction, c’est le temps qui s’écoule entre le moment où vous avez vu l’obstacle, et le moment où vous avez cliqué sur Stop. – Monsieur, j’ai fait 565 millisecondes! – Et moi 422 ! – Très bien, André, tu as fait un super-score; passe à l’étape suivante. » Le professeur circule entre les tables, observe la progression de chacun, encourage… Une partie de la classe “sèche” sur des problèmes de conversion. Il reprend alors la main pour réexpliquer ces notions à l’aide du tableau interactif. Collaborations. Les calculettes sortent des cartables, des collaborations s’installent spontanément entre les élèves. « Cela ne me dérange pas, au contraire, nous dira plus tard Jean-François Lannes. Si l’élève explique à un de ses camarades, c’est parce qu’il a, lui-même, bien compris. Le fait que ce soit un copain ou une copine le rendra peut-être plus réceptif. En sciences, quand on fait des travaux pratiques, on profite du fait qu’ils travaillent en groupe pour les encourager à confronter leurs idées.» Petit à petit, l’exercice avance… Certains élèves en sont maintenant à tracer la courbe de freinage. «Monsieur, j’ai fini… – Très bien, tu peux essayer de refaire l’exercice avec l’option “route mouillée”.» Driiiiing… La sonnerie de fin de cours retentit. « Monsieur, on n’a pas d’exercices à faire, pour réviser le contrôle? » Réponse du professeur : « Si tu suis toutes les étapes d’auto-évaluation de ce chapitre, et si tu refais l’exercice d’aujourd’hui, je te garantis que tu en sauras largement assez pour réussir ton contrôle! » Commentaires. Le professeur analyse le cours auquel nous venons d’assister : « Il existe le même type d’exercice dans le manuel scolaire, mais avec les ordinateurs, les élèves travaillent en autonomie, et s’ils parviennent à terminer, ils ont forcément juste. Je n’interviens que pour débloquer ceux qui en ont besoin : je peux donc insister sur certaines de leurs difficultés. L’autre intérêt, c’est de varier les situations d’apprentissage, et c’est important dans l’enseignement. Enfin, ils vont garder cet exercice dans leur ordinateur et ceux qui veulent pourront donc le refaire à la maison, en faisant varier la vitesse, le type de route, etc. »

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collège de Linxe – décembre 2008 Cours de physique de Sébastien Orduna, avec une classe de 3e

/ / / Investigations Pour résoudre les problèmes qui leur sont posés, les élèves conduisent leurs propres expériences et rédigent le compte rendu de leur démarche. Le cours commence par un bref rappel des propriétés physiques de quelques métaux courants. Bien vite, les élèves s’organisent par groupes de trois ou quatre, autour d’un ordinateur portable sur lequel ils téléchargent les documents relatifs à la séance du jour. Première énigme. « Voici quatre échantillons de métaux, annonce le professeur : fer, aluminium, cuivre et zinc. Vous devez les identifier et m’expliquer votre méthode par écrit. Réfléchissez bien et demandez-moi le matériel que vous voulez. Dans la mesure du possible, je vous le fournirai.» Dans la classe, on se prend vite au jeu, et les discussions vont bon train. Les élèves ont tôt fait de repérer les balances, les éprouvettes graduées et les aimants, disposés à leur intention au fond de la classe. La fonction de la balance est évidente ; celle de l’éprouvette beaucoup moins. Le professeur circule de groupe en groupe, écoute, encourage. Jordan, Marina et Émila ont trouvé : « Celui-là, c’est le cuivre : on l’a reconnu à sa couleur ! Le plus léger, c’est l’aluminium. Pour trouver le fer, on a pris un aimant. Et le dernier, par élimination, c’est forcément le zinc.» Il ne reste plus qu’à détailler le raisonnement sur l’ordinateur. Deuxième énigme. Il faut maintenant déterminer la densité de chaque métal. Le professeur glisse quelques indices : « Je vous rappelle que la densité, c’est la masse en grammes d’un cm3 de matière. Pour la calculer, vous devrez donc connaître le volume de votre échantillon.» Jordan tient la règle, Marina est à l’ordinateur. «La longueur, c’est 10 cm; la largeur, 1 cm, et l’épaisseur, 1 mm. » Après avoir harmonisé les unités, on établit le volume de chaque bâtonnet. Il faut maintenant peser. Nos scientifiques en herbe notent scrupuleusement les résultats obtenus, au 1/10e de gramme près. Mesurer, peser… Gestes élémentaires qui guident l’observation et conduisent le raisonnement. Troisième énigme. Comment identifier le métal dont est faite la spatule que le professeur vient de distribuer ? Catherine, Clarisse et Madisson discu-

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tent ferme : « Moi je parie pour l’aluminium ! » Oui, mais comment le prouver ? Autant il était (relativement) facile de calculer la densité d’un bâtonnet parfaitement régulier, autant il paraît insurmontable de connaître celle de cette spatule au volume complexe. Dans le groupe, on sèche… Un peu plus loin, Zoé, Axelle, Samantha et Lucie ont eu l’intuition de la marche à suivre : « Nous avons versé de l’eau dans l’éprouvette jusqu’à 80 ml, puis plongé la spatule, et nous avons constaté que le volume avait augmenté de 3 ml. » « Cette séance était construite sur le principe de la démarche d’investigation, commentera plus tard Sébastien Orduna: les élèves ont un but, ils doivent faire appel à leurs acquis pour trouver eux-mêmes les moyens de l’atteindre. L’un des intérêts de ce type de démarche, c’est d’apprendre à rédiger un protocole expérimental : expliquer ce qu’on cherche, et comment on s’y prend. Tous les sujets du programme ne s’y prêtent pas, mais, dès que c’est possible, je pratique ainsi avec les ordinateurs portables, ce qui motive davantage les élèves pour la rédaction.»

----collège Jean Rostand, à Mont-de-Marsan – mai 2009 Cours de sciences de la vie et de la Terre (SVT) de Daniel Castandet, avec une classe de 4e

/ / / Si je veux, quand je veux Les manuels restent au collège, et ce sont les ordinateurs portables qui font le lien entre le cours et la maison ; en début d’année, on apprend à bien organiser les différents contenus.

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Dès les premières minutes du cours, chacun s’affaire à brancher son ordinateur portable: la routine… Daniel Castandet confirme: «À l’arrivée des ordinateurs au collège, à la rentrée 2002, j’ai fait le pari de les utiliser systématiquement en cours. En début d’année, je montre à mes élèves comment organiser leur travail: un dossier pour chaque partie du programme, avec des sous-dossiers par chapitre. Et à l’intérieur de chaque chapitre, un dossier pour le cours, un autre pour les travaux et un troisième pour les documents. Je leur apprends à créer des liens entre les fichiers. Pour les élèves qui jouent le jeu – car c’est à eux de faire ce travail personnel –, il sera ainsi très facile de trouver le document qui correspond à ce qui est écrit. Mes élèves n’ont pas de livre à la maison: tous les manuels papier restent ici! En revanche, comme je dispose d’un CD contenant les illustrations sous forme numérique, je construis la trame de mon cours avec Notebook et je la transmets à mes élèves, via le réseau.» Choisir le moment d’avoir un enfant. C’est le nom du fichier que chacun vient de télécharger sur son ordinateur. Les illustrations qui s’affichent sur les écrans sont celles du manuel, ouvert à la bonne page sur chaque table. La mission qui attend nos élèves va les conduire à explorer en détail le contenu du cours : il s’agit d’identifier, dans le livre, les renseignements nécessaires pour compléter les images, schémas et tableaux – muets –, du document informatique. «C’est une forme de travail qui leur est familière, nous explique Daniel Castandet. Pour chaque point à traiter, ils ont une action à faire : légender une image, remplir un tableau, etc. Ça ressemble beaucoup à ce qu’ils auraient étudié dans le livre, mais par ce détour, ils s’approprient le savoir.» Stérilet, préservatif, ou contraception d’urgence? On compare les différentes méthodes, on en explique les fonctionnements, on évalue leur fiabilité… Ambiance de travail, calme et studieuse. La méthodologie ne semble poser de problème à personne. Le professeur passe de l’un à l’autre, encourage, répétant inlassablement ses conseils: « Réfléchis bien et respecte la consigne : qu’est-ce qu’on te demande? Lis jusqu’au bout tous les renseignements dont tu disposes dans le livre…» Quelqu’un donne sa langue au chat : « Monsieur, je ne trouve pas l’inconvénient du stérilet…» Notre professeur ne se laisse pas fléchir: « Tu veux aller trop vite: relis le texte, et sers-toi de ta tête…» Mise en commun. « Qui vient écrire les légendes de la première image? » Voilà le tournant du cours: le centre d’intérêt va se déplacer de l’écran individuel à celui du tableau interactif, et la réflexion va devenir collective. Plusieurs doigts se lèvent… «Il n’y a qu’un seul “l” à pilule», fait-on remarquer à celui qui l’avait écrit comme “libellule”… Thomas, puis

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Pierric se chargent de légender une représentation schématique de l’implantation de l’embryon sur la paroi de l’utérus. Reste un tableau à compléter : le pourcentage de fiabilité du préservatif? 95 %, du stérilet ? 99 %, de la pilule? 99 %. Dans les dernières minutes du cours, le professeur insiste sur une question de terminologie, moins innocente qu’il y paraît: « Ce que l’on appelle couramment "la pilule du lendemain" est en réalité une contraception d’urgence. Son avantage? Elle permet de rattraper certains accidents, mais l’inconvénient, c’est qu’elle n’est fiable qu’à 80 %, et que son dosage en hormones est très fort…» Difficile ? « Nous avons la chance, en SVT, de traiter du concret et de choses que l’on rencontre dans la vie de tous les jours, commente pour nous Daniel Castandet. Si je veux fournir une réponse scientifique aux questions qui se posent tous les jours, je suis obligé de faire référence à des notions parfois complexes : oui, c’est difficile, mais on peut difficilement faire autrement! »

----collège Jules Ferry, à Gabarret – mars 2008 Cours de SVT de Serge Nicolas, avec une classe de 3e

/ / / Ce que disent les images Silence absolu dans la classe… Les élèves viennent de télécharger une vidéo. Écouteurs vissés sur les oreilles, chacun mobilise son attention : pas question de perdre une miette de ce qui se passe sur l’écran de son ordinateur.

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N’allez pas croire pour autant que c’est leur feuilleton préféré qui absorbe aussi profondément les élèves… Non, il s’agit d’un documentaire qui traite fort sérieusement de questions de biologie: immunité, mécanismes de défense, antibiotiques… « Ce travail ne pourrait pas être envisagé sans les ordinateurs, souligne Serge Nicolas. L’avantage, ici, c’est que chacun peut avancer à son rythme : j’ai loupé une information, je reviens en arrière pour revoir cette séquence, etc. » Pas question pour autant de traînasser plus que de raison: un vrai travail d’enquête, de compréhension et d’analyse, à la fois sur le fond et sur la forme, attend maintenant nos élèves… « Les vidéos proposées par le Site.tv sont des formats courts, ce qui est un grand avantage pour leur utilisation pédagogique en classe. Celle-ci dure six minutes. Elle porte sur un sujet qui correspond à l’avancement actuel de notre programme. Je me suis rendu compte en la visionnant qu’elle se prêterait bien à une double réflexion, puisqu’elle expose d’une manière très intéressante le problème purement biologique et médical des antibiotiques, et que l’on peut, par ailleurs, en discuter le titre – La France malade des antibiotiques –, un peu trop racoleur, et en décalage avec le contenu.» Le tableau interactif affiche, en temps réel, ce qui se passe sur les ordinateurs dans la classe : cette vision globale permet au professeur de suivre la progression de chaque élève. Il n’hésite pas à afficher régulièrement en plein écran le travail de l’un ou de l’autre, pour attirer l’attention de tous sur un point particulier, ou stimuler les retardataires. Les phases de recherche personnelle – ou en petit groupe – alternent avec celles de mise en commun, pour construire un véritable point de vue critique. « Pourquoi les auteurs du documentaire ont-ils choisi de montrer des enfants ? demande le professeur. – Parce que leur système immunitaire est plus faible… – Voilà une réponse scientifique. Elle est juste. Il y a aussi une raison d’ordre plus journalistique, qui va trouver laquelle? – Parce qu’ils sont mignons, on a pitié d’eux… – Oui, c’est tout à fait ça. Le spectateur va être touché. N’oubliez pas que, derrière un film, une photographie, il y a toujours quelqu’un qui a fait des choix…»

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collège Jacques Prévert, à Mimizan – avril 2009 Cours de SVT de Carole Darracq, avec une classe de 4e aide et soutien

/ / / Objectif Terre Le logiciel Sismolog Junior1 permet à ces élèves de s’initier, chacun avec son ordinateur portable, à la découverte, à la visualisation et à la compréhension des grands phénomènes sismiques qui agitent la planète Terre. Blouse blanche du professeur, paillasses carrelées de blanc…, nous sommes ici en territoire scientifique. «Je vous avais demandé de jouer un peu, chez vous, avec Sismolog Junior, rappelle le professeur. Je suppose donc que vous savez maintenant l’utiliser sans problème…» Dans la classe, les ordinateurs portables affichent bien vite un planisphère coloré, très caractéristique de ce logiciel scientifique. Dylan est volontaire pour aller faire une démonstration sur le tableau interactif. On passe en revue les différentes fonctionnalités du logiciel: comment naviguer sur le globe terrestre ? zoomer sur une région ? faire apparaître les séismes ? Dessiner et écrire. « Prenez la carte que vous avez dessinée; vous allez y superposer un papier-calque et y reporter nos observations. Vous ferez la même chose sur un autre calque, quand nous étudierons le volcanisme.» Feutres et crayons de couleur sortent des cartables. Le professeur circule entre les tables: «Je ne demande pas de dessiner tous les petits points, mais de déterminer les grandes zones…» Aurélie sera volontaire pour présenter son travail: à l’aide du visualiseur, le professeur projette sa copie au tableau. «Dites-moi si vous êtes d’accord avec ce qu’elle a représenté ? » On établit que les principales zones sismiques sont situées au milieu des océans (on apprendra plus tard à dire “les dorsales”), sur les bordures des continents et dans les reliefs montagneux. Chacun recopie les réponses sur le document de cours téléchargé en début de cours dans son ordinateur. Observer et manipuler. « Nous allons maintenant observer plus précisément une zone géographique déterminée… » Zoom, visualisation en trois dimensions : la carte se déforme, le point de vue se déplace, le relief ap-

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paraît. On s’arrête sur une image qui résume le phénomène des tremblements de terre. Dans la classe, chacun s’applique, sur son ordinateur, à trouver le point de vue qui produira l’image la plus spectaculaire; et l’on y prend visiblement de l’intérêt – il faut bien reconnaître que c’est assez spectaculaire ! Le professeur indique ensuite la procédure permettant de “capturer” cette image pour la placer dans le conducteur de cours : « C’est une chose qui vous servira pour le B2i… » Commentaires. Carole Darracq fait partie des utilisateurs convaincus des ordinateurs portables : « Vous l’avez remarqué ? Avec un outil comme celui-là entre leurs mains, tous les élèves sont en action! C’est d’autant plus remarquable dans une classe “aide et soutien” comme celle-ci. […] Grâce aux ordinateurs, ils ont tous pu utiliser Sysmolog Junior : c’est une version simplifiée – et adaptée au niveau du collège – de Sysmolog, un logiciel développé par une équipe du CNRS, et utilisé à l’observatoire de Grenoble. Il nous est très utile pour expliquer le volcanisme, les tremblements de terre et la tectonique des plaques ; notamment parce qu’il permet de visualiser ces phénomènes complexes. […] J’évolue sans arrêt : il y a tellement de supports disponibles que je ne fais jamais la même chose, ni d’une année sur l’autre, ni d’une classe à l’autre. Mais comme je n’aime pas jeter, j’accumule des cours, en me disant toujours qu’il y a peut-être un document qui me servira à nouveau ! » ----1 www.chrysis.com/site/data/catalog/FicheProd.asp?id=109

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collège Jean Mermoz, à Biscarrosse – mars 2008 Cours de SVT de Morgann Caulet, avec une classe de 5e

/ / / À cœur ouvert On dissèque, on observe, on dessine, on réfléchit… dans un aller-retour permanent entre l’expérimentation sur sa paillasse et le grand spectacle projeté en direct sur le tableau interactif. « Aujourd’hui, nous allons faire la dissection d’un cœur de porc…» À en juger par les petits cris effarouchés qui accueillent ses premiers mots dans la classe, Morgann Caulet ne s’est pas trompée en nous annonçant «la séance la plus animée de l’année ». Chacun est prié d’enfiler des gants en caoutchouc, et de se munir d’une paire de ciseaux et d’une pince… Tout le monde est équipé? On distribue un cœur de porc par groupe de quatre élèves. «Vous placez le cœur, face ventrale vers le haut. » Clément et Antony sont désignés pour opérer sur la paillasse du professeur, en direct sous le visualiseur. Projetée sur le tableau interactif, l’image du cœur n’est qu’une masse informe de chair. Le professeur saisit le bac et le fait pivoter. La forme devient instantanément reconnaissable : c’est un cœur ! Action. Le premier travail, c’est de faire un dessin d’observation. «Attention, il ne s’agit pas d’un dessin d’art: nous sommes en sciences.» Chacun s’applique sur sa feuille. « Nous allons maintenant passer au découpage. Oui, c’est épais, oui vous risquez d’avoir du mal…» Les ciseaux attaquent le muscle. Charles ne s’en tire pas trop mal. Deux cavités apparaissent: « Vous allez enfoncer vos doigts pour voir si elles communiquent… Est-ce que vos doigts se rejoignent? » Un peu dégoûtée, Margot s’abstiendra. Retour au papier, pour représenter la coupe transversale du cœur. – Comment on dessine ? – Eh bien, tu fais une sorte d’ovale, à l’intérieur duquel tu places les deux cavités, en montrant bien que la paroi extérieure droite est plus fine que la gauche. » Réflexion. « Vous allez maintenant rincer le matériel et vous laver les mains. » Tout est bien propre ? Avant de finir le cours, je voudrais vous montrer une animation, que vous pourrez emporter sur une clé USB, si vous voulez. » Représenté en trois dimensions, le cœur qui s’affiche main-

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tenant au tableau interactif pivote à la demande. Tous les regards sont tournés vers cette fascinante image, d’une efficacité didactique indiscutable. Elle s’anime, et on voit maintenant le sang circuler dans le muscle cardiaque. « Votre cœur est un muscle creux ; il est programmé pour battre un certain nombre de fois. Il faut le muscler, c’est pourquoi vous devez faire de l’exercice maintenant… » Après le cours. « Nous sommes partis du réel, commentera Morgann Caulet: d’abord, on observe le cœur, puis on le schématise, et, enfin, on en comprend le fonctionnement en le replaçant dans le processus de la circulation sanguine. C’est vraiment cette série de zooms arrière qui permet aux élèves de décrypter ce qu’ils ont vu. […] En SVT, tableau interactif et visualiseur, c’est l’équipement rêvé ! Je me sers souvent du visualiseur pour manipuler en même temps que les élèves. Ils apprennent par imitation de mes gestes, et deviennent ainsi tout de suite très autonomes. Je perds de la sorte beaucoup moins de temps que si je devais aller montrer chaque étape à chaque groupe. Par ailleurs, le visualiseur est aussi très utile en association avec le microscope : je peux faire des captures d’images, pour les projeter ensuite sur le tableau interactif avant de les légender avec la participation de toute la classe. »

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Mathématiques Pour l’enseignement des mathématiques – discipline dans laquelle l’intégration des machines à calculer est déjà ancienne –, l’utilisation de l’ordinateur autorise nombre de situations pédagogiques particulièrement innovantes. Les logiciels de géométrie dynamique permettent, par exemple, d’explorer de façon interactive les propriétés d’une figure en effectuant des opérations de transformation respectant certaines contraintes. Les “tableurs” et les “grapheurs” permettent d’alléger certaines tâches fastidieuses, ou de visualiser, en continu, un travail de manipulation de variables. Avec des outils comme InstrumenPoche1, le professeur peut réaliser et projeter au tableau – en boucle et sous forme d’animation – les différentes étapes de construction d’une figure. Grâce à leurs ordinateurs portables, les élèves ont la possibilité – en classe et à la maison – de faire des exercices interactifs, particulièrement utiles pour les révisions: la machine validant les réponses, ou proposant des aides à la correction. Enfin, des sites web, comme Mathenpoche2, permettent la mise en œuvre d’une pédagogie réellement adaptée au niveau de chaque élève ; ce qui peut être particulièrement utile dans des classes de collège où le niveau n’est pas très homogène. ----1 http://instrumenpoche.sesamath.net 2 http://mathenpoche.sesamath.net Le Conseil général des Landes participe au financement du logiciel Mathenpoche, conjointement avec le Conseil général de Seine-et-Marne et le Centre régional de documentation pédagogique d’Aquitaine.

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collège George Sand, à Roquefort – mars 2009 Cours de mathématiques de Jean-Michel Coussemacker, avec une classe de 3e

/ / / Avec plaisir! Avant de se lancer dans une série d’exercices sur son ordinateur, on ouvre grand ses yeux et ses oreilles pour ne pas perdre une miette de l’exposé de son prof au tableau interactif. À peine installés, les élèves se connectent au réseau: une belle collection de fonds d’écrans personnalisés s’affiche progressivement sur l’écran de SynchronEyes1 projeté au tableau interactif. Juste le temps pour nous de déguster quelques-unes des citations épinglées sur les murs de la salle: « L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible… Il y a trois sortes de mathématiciens : ceux qui savent compter et ceux qui ne savent pas…» Preuve, s’il en était besoin, que l’enseignement des mathématiques n’est pas incompatible avec l’humour ! Action ! « Tout le monde est prêt ? Je vous montre la révision du chapitre sur le calcul littéral. » Debout près du tableau interactif, et face à sa classe, le professeur lance l’animation qui soutient son exposé. Par simple effleurement de la surface tactile du tableau, il active la progression d’une diapositive à l’autre – d’une idée à la suivante –, et déroule le fil de son raisonnement. Les équations se succèdent, dans une progression à la fois implacable et rassurante. Parenthèses, exposants, crochets, barres de fraction…, l’écriture mathématique se révèle aussi un bel exercice de typographie ! Surprise : un effet de transition vient de temps à autre relancer l’attention. Aussi discret qu’efficace. « Je prépare tous mes cours avec PowerPoint2, nous expliquera-t-il plus tard. Et comme les élèves récupèrent les fichiers en fin de séance sur leurs ordinateurs portables, ils peuvent les visionner chez eux, tranquillement. J’essaie donc de faire des cours un peu distrayants, dynamiques… Je ne sais pas si ces animations rigolotes apportent quelque chose du point de vue de l’enseignement, mais ça captive les élèves. Ils aiment bien! » Exercices. « Ouvrez maintenant Mathenpoche3, et allez dans la partie “calcul littéral-synthèse”. Vous avez une demi-heure pour faire les exercices. Quant à moi je vais faire mon footing dans la classe: n’hésitez pas à m’ap-

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peler si vous êtes bloqués. Bon courage! » Ma voisine Canelle s’attaque au premier exercice. Pense avoir trouvé: « Je suis trop forte… » Essaie de valider son résultat: « Faux ! » affiche son ordinateur. Utilise l’aide… Finit par lever le doigt: « Monsieur, j’ai un problème! » Le professeur circule de table en table pour répondre aux interpellations des uns et des autres. Explique, encourage, repère les étourderies : « Attention à ne pas faire l’erreur classique : entre deux parenthèses, vous devez multiplier, et non pas ajouter ! » La fin de l’heure est bien vite arrivée: « Je vous souhaite de bonnes révisions pour ce soir. N’hésitez pas à regarder à nouveau l’animation que j’ai montrée tout à l’heure. Et bien sûr, je vous recommande d’utiliser Mathenpoche pour vous entraîner… » « Le problème dans les classes de 3e, nous expliquera Jean-Michel Coussemacker, ce sont les disparités de niveau. L’un des intérêts d’un outil comme Mathenpoche, c’est d’offrir à chacun une sorte de cours particulier : quand on se trompe, voilà une partie “cours” qui s’affiche, avec une explication qu’il suffit de relire attentivement pour progresser vers la solution. L’autre avantage, c’est que les élèves qui marchent bien ne sont pas frustrés : ils ont la possibilité d’avancer à leur rythme, et d’aller plus loin. […] Mes élèves travaillent-ils mieux avec les ordinateurs? Je n’en sais rien! Pour ma part, j’espère au minimum ne pas les dégoûter des mathématiques, et leur communiquer un peu de ce plaisir que l’on peut ressentir à trouver une solution ! » ----1 SynchronEyes : logiciel qui permet aux enseignants de contrôler les ordinateurs des élèves, et éventuellement de prendre la main, par exemple pour projeter le travail de l’un d’eux au tableau. 2 Powerpoint : logiciel de présentation assistée par ordinateur: les textes, images, etc. sont positionnés sur des pages individuelles, dénommées “slides” (diapositives), en référence au système de projection. 3 Mathenpoche : logiciel libre composé de centaines d’exercices de mathématiques, développé par des professeurs de mathématiques en exercice et diffusé par l’association Sésamath.

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collège Marie Curie, à Rion-des-Landes – novembre 2008 Cours de mathématiques de Jean-Pierre Gastambide, avec une classe de 4e

/ / / Monsieur, j’ai un petit problème Une séance d’exercices en ligne à partir du site Mathenpoche1 : ou comment suivre en temps réel la progression de la classe, et le travail de chaque élève… « Dès qu’il est question de se servir de leurs ordinateurs, ils sont partants! » Fort de ce constat, Jean-Pierre Gastambide n’hésite pas à proposer régulièrement à ses élèves des exercices à partir du site Mathenpoche. «Je n’ai eu qu’à indiquer mon adresse académique à l’association Sésamath pour obtenir un mot de passe. J’ai alors inscrit chacun de mes élèves – nom, prénom, date de naissance. Et je peux maintenant définir les séances à ma guise, par exemple prévoir une série d’exercices différente pour chacun.» Dans la classe, les élèves suivent les instructions de leur professeur: « Vous vous connectez sur internet, et vous allez sur le site Mathenpoche. Sélectionnez votre établissement et votre nom d’utilisateur. Vous y trouverez les exercices d’aujourd’hui. Vous verrez que vous n’avez pas le même travail à faire que votre voisin. » C’est parti ! Il s’agit d’additionner des fractions… Sur le tableau interactif, une représentation de tous les élèves de la classe: au-dessus de chaque prénom, une icône à tignasse blonde pour les garçons, avec deux couettes brunes pour les filles. Chacun s’absorbe sur son écran. Quelques doigts se lèvent : « Monsieur, j’ai un petit problème… – Tu peux te servir de ton cahier, répond le professeur, et tu as également une aide en ligne.» Au fur et à mesure de l’avancement des travaux, le score de réussite s’affiche sur chaque silhouette: un élève bloqué, ou qui fait beaucoup d’erreurs est repéré instantanément par le professeur, qui circule entre les tables, encourage, réexplique : « Tu as deux fractions. Tu dois trouver leur dénominateur commun pour pouvoir les additionner. Comment vas-tu faire? » Devant moi, Caroline propose sa réponse pour l’addition qui lui était demandée. « Faux ! » répond l’ordinateur, qui ajoute : « La fraction n’est pas simplifiée au maximum. Encore un essai ! Utilise l’aide. » Après réflexion, Caroline valide d’autres chiffres : « Vrai ! Tu as rectifié ton erreur. » Son score est pour l’instant à 5 sur 6.

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Des diagrammes s’affichent maintenant sur l’ordinateur du professeur: pour chaque élève et pour chaque série d’exercices, une ligne de petits carrés bleus, qui virent au vert quand la réponse est juste, en passant par le gris pour signaler une erreur corrigée, et le rouge si l’élève n’a pas trouvé le bon résultat. « Toutes les données quantifiables – l’exactitude des réponses, le nombre de tentatives, le temps passé sur chaque exercice – sont enregistrées par le logiciel, et apparaissent sur le bilan de la classe. Le temps mis à résoudre la série d’exercices est comparé à celui que l’on estime “normal” ; je peux ainsi me rendre compte du niveau de chacun.» Si Jean-Pierre Gastambide se garde bien de toute affirmation trop définitive – « On n’est jamais sûr que les élèves aient absolument bien compris, ni qu’ils vont retenir ce qu’ils viennent d’apprendre.» –, il apprécie cette nouvelle manière de pratiquer dans la classe: « L’intérêt de ce type d’activité, c’est qu’il me permet de me consacrer à ceux qui ont le plus de difficultés. Pendant ce temps-là, ceux qui se débrouillent mieux ne sont pas bloqués : ils ont des exercices assez intéressants à faire, ils peuvent avancer tout seuls… » ----1 http://mathenpoche.sesamath.net

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collège de Labenne – avril 2008 Cours de mathématiques de Cécile Sorhaïts, avec une classe de 4e

/ / / Conjectures «Nous allons conjecturer, annonce le professeur. Vous souvenez-vous de ce qu’est une conjecture? – Une explication? – Une conclusion? – Non, c’est plutôt une supposition: nous allons faire une observation; puis nous la démontrerons, et elle deviendra une propriété.» On ouvre le logiciel Cabri Géomètre. Le professeur trace une construction sur le tableau interactif. Pas à pas, les élèves reproduisent la même figure sur leurs ordinateurs. Le professeur circule dans la salle et vérifie que chacun suit. « Tout le monde y est ? Nous allons mesurer l’angle “ADB”, que nous venons de construire en plaçant son sommet “D” sur le cercle de diamètre “AB”. Normalement, vous devez trouver 90°.» Géométrie dynamique. Sur le tableau interactif, le professeur saisit maintenant le point “D”, pour le faire glisser sur le cercle. Dans ce monde soudain en mouvement, les deux points “A” et “B” sont restés solidement accrochés à chaque extrémité du diamètre. Amusés, les élèves reproduisent sur leur écran ce moment de géométrie dynamique. Une étrange beauté se dégage de ce glissement de lignes, de ce mouvement géométriquement contrôlé. « Que remarquez-vous ? Si on fait glisser le point “D” sur la circonférence du cercle, “ADB” reste toujours un angle droit: vous pouvez le vérifier.» Reste à comprendre ce qui vient de se passer. Le professeur poursuit la démonstration… « C’est formidable, vous disposez maintenant de deux manières de démontrer qu’un triangle est rectangle: la réciproque du théorème de Pythagore – mais dans ce cas, il vous faut connaître les longueurs – et cette propriété, que nous venons de découvrir aujourd’hui. » [À voir leurs mines, il n’est pas absolument certain que les élèves apprécient à sa juste valeur le cadeau qui vient de leur être fait…] Mutualisation. « Au collège, sur quatre professeurs de mathématiques, nous sommes quatre utilisateurs des outils informatiques, nous explique Cécile Sorhaïts. Nous mutualisons nos cours via l’intranet, et nous essayons de

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progresser en parallèle quand nous avons des classes de même niveau. Pour ce qui me concerne, l’ordinateur est devenu un outil de travail personnel indispensable… Au début, je me suis un peu forcée à utiliser le tableau interactif, mais finalement, j’y trouve mon compte. Bien entendu, ça demande une préparation spécifique, mais dans ce domaine, la mutualisation nous aide beaucoup. Le site Sésamath1, notamment, propose une masse de ressources remarquable.» L’ordinateur portable pour les élèves? « Je fais rarement une heure entière de cours sur l’ordinateur. Je pense important que les élèves écrivent : on retient mieux ce que l’on écrit à la main.Je les encourage à faire, à la maison, les exercices en ligne; en classe, je suis encore assez réservée… » Essayer sans a priori, mais sans volontarisme excessif, voilà donc la voie que semblent suivre ici les professeurs de mathématiques. ----1 www.sesamath.net

----collège du Val d’Adour, à Grenade-sur-l’Adour – mai 2008 10 h 45, cours de maths de Pierre-Jean Casassus, avec une classe de 4e

/ / / Du tableau au tableur… Où l’on passe naturellement du tableau interactif à l’ordinateur portable, et du manuel papier à l’écran ; où l’on aborde quelques notions de statistique et apprivoise la logique du tableur.

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« Nous allons essayer de trouver la fréquence des élèves du collège qui ont deux frères et sœurs », annonce le professeur. Jean-Baptiste est volontaire pour venir poser les données de la division au tableau interactif: 110/450. « Ça ne vous rappelle rien ? » Angélique : « Nous avons déjà recherché la proportion de filles dans la classe… – Exactement! Fréquence, pourcentage, proportion : il s’agit de la même notion.» Dévoilement progressif, sur le tableau interactif, du conducteur de cours: on passe naturellement de la théorie à l’application. Le professeur distribue maintenant une photocopie à chacun : « Pour ne pas perdre de temps, allumez tout de suite vos ordinateurs portables pendant que vous traitez ces exercices sur papier.» Le phénomène bien connu va se reproduire: dès qu’il est question de venir pour faire la mise en commun de ce travail au tableau interactif, les volontaires ne manquent pas ! Tableur. « Prenez vos ordinateurs, et ouvrez les manuels, à la page 108. » Sur les tables, un exemplaire de Mathenpoche pour deux élèves. « Vous choisissez le tableur pour rentrer les données de l’exercice.» Chacun s’applique sur son clavier, réglant l’écartement des colonnes, choisissant avec soin le dessin et la taille des caractères: ici, visiblement, on aime le travail bien fait ! Aurélie, dont l’ordinateur est en panne, a gagné le droit de se servir de celui du professeur. C’est son travail, projeté sur le tableau interactif, qui va servir de modèle à la classe. Une palette d’outils. « Le tableau interactif ? Pour moi, c’est tout frais, tout neuf, nous confiera Pierre-Jean Casassus après le cours. J’ai fait un stage qui m’a mis en chemin, et je me rends compte aujourd’hui qu’avec cet outil, il se passe quelque chose: l’autre jour, un élève, régulièrement mal noté, m’a demandé à passer au tableau : il n’y a pas eu de miracle, mais au moins, à ce moment-là, il était dans le coup! […] Comme une version numérique du manuel Mathenpoche est installée sur tous les ordinateurs portables, je garde les manuels papier pour la classe, et les élèves se servent de la version numérique pour les devoirs à la maison. Ils ont très vite compris : en cas de panne, ils passent me voir pour récupérer un livre.»

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Visiblement, notre professeur se montre curieux d’explorer au mieux la palette d’outils dont il dispose : « Je trouve qu’au bout de dix ans d’enseignement, ça met un peu de piment dans ma pratique: j’en venais à me demander si je n’allais pas essayer de passer du collège au lycée, mais maintenant, je n’y pense plus ! » Pas question, pour autant, de virer au “tout numérique”: « Je continue à demander à mes élèves de faire leurs exercices sur papier: j’ai l’intime conviction qu’il faut passer par l’écriture pour que “ça rentre” – c’est d’ailleurs, personnellement, comme cela que je fonctionne.»

----collège Saint-Exupéry, à Parentis-en Born – mars 2009 Cours de mathématiques de Patrick Lalanne, avec une classe de 4e Segpa

/ / / Pédagogie de la réussite Avec l’aide des ordinateurs portables, et de la connexion à internet qui leur permet de travailler “dans les conditions du direct”, ces élèves de Segpa1 vont se prendre au jeu, et s’accrocher pour s’acquitter de leur mission. Nous sommes en cours de mathématiques, et il s’agit de résoudre aujourd’hui une bonne série d’exercices, en application de notions récemment acquises sur les nombres relatifs. C’est parti! Dans une ambiance très vivante – exclamations et cris de satisfaction fusent à chaque instant –, la concentration est palpable. Chaque élève est connecté sur le site Mathenpoche2, qui lui fournit, l’un après l’autre, les exercices à résoudre. Tout fier, Antony lit à haute voix le message qui vient de s’afficher sur son écran: « Bravo ! Tu peux passer à l’exercice suivant.» Le professeur, très sollicité, passe de l’un à l’autre. L’effort demandé, à l’évidence, est conséquent. Pourtant, personne ne décroche. « Pour ces élèves en difficulté, commentera plus tard Patrick Lalanne, l’ordinateur apparaît beaucoup moins rébarbatif que le livre et le cahier. Ce type de travail interactif est sanctionné par une correction automatique, ce qui est très différent de la correction au stylo rouge du professeur. L’ordinateur est neutre ; il permet le recours à une aide. De ce fait, le statut de

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l’erreur est changé : faire l’effort de se corriger permet de progresser.» En direct live. Profitant d’un court moment d’accalmie, le professeur attire l’attention de ses élèves sur la page du site Mathenpoche projetée au tableau interactif : chaque élève de la classe y est représenté – tignasse blonde pour les garçons, couettes brunes pour les filles. Les résultats de chacun s’affichent en temps réel : un petit carré vert si c’est juste, rouge si c’est faux, vert foncé si l’élève s’est corrigé après avoir consulté l’aide. Le professeur commente: « Juan, c’est excellent, tu as fait le premier exercice en trois minutes 55, et le second, en une minute 24… Aurélien, tu as abandonné au premier exercice de la première série? Il faudra y revenir… Marc, je vois que tu as utilisé l’aide. C’est bien, il ne faut pas hésiter à s’en servir ! » Ses remarques accompagneront les élèves jusqu’à la fin de la séance, leur fournissant une source de motivation supplémentaire… Un retentissant « Déjà ! » ponctue la sonnerie qui marque la fin de l’heure. « C’est rare, avec nos élèves, admet Patrick Lalanne, penché sur les statistiques détaillées de la séance écoulée. Je peux vous dire que ce n’est pas mal : ils ont vraiment bien travaillé ! » Après le cours. Patrick Lalanne passe en revue les principaux avantages de l’utilisation des ordinateurs personnels avec des élèves en difficulté… Neutralité. « Le professeur a un statut de professeur, alors que l’ordinateur est “neutre”. Cette neutralité accompagne parfaitement ma pédagogie dans le positionnement de mes élèves par rapport à leur situation de difficulté ou d’échec. Une correction automatique, notamment, c’est très différent de la mention du professeur au stylo rouge. Interactivité. Quand la machine vous propose une aide, et qu’après avoir enregistré votre nouvelle réponse, elle la comptabilise comme juste, c’est vraiment intéressant. Avec ces élèves en situation d’échec, le statut de l’erreur change : c’est une erreur qui permet de progresser. Motivation. L’affichage en temps réel des résultats de chacun sur le tableau interactif, c’est encore une façon de motiver les élèves, même si ça ne leur plaît pas forcément ! Il se trouve que personne, cette fois-ci, n’est passé dans le rouge, mais ça peut arriver. Quand c’est le cas, je vais immédiatement au secours de l’élève concerné : il suffit qu’il réussisse un nouvel exercice pour repasser dans le vert : alors là… c’est la joie ! Souvent, il va l’annoncer tout fort : “ça y est, vous avez vu ?” Personnalisation. Vous ne l’avez pas remarqué, mais certains élèves ont fait des exercices de niveau 5e, ou même de 6e. Ça ne se voit pas, sauf si on est habitué aux codes, et que l’on sait que le 6N352 correspond à tel niveau. Cela m’évite de dire: “prenez un exercice dans le livre de 5e”, alors qu’ici, nous sommes en 4e. Et encore. Avec ce genre de logiciel, il y a encore une autre possibilité, que

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l’on ne pratique pas encore assez de mon point de vue, c’est qu’on peut donner des devoirs personnalisés, à distance. Et les élèves nous envoient leur réponse par mail. J’ai tenté l’expérience avec une partie d’une classe, pendant les vacances de Noël. Sur huit élèves, deux m’ont répondu. On peut penser que c’est peu, mais ces deux-là n’auraient probablement rien fait du tout… » ----1 La Segpa (section d'enseignement général et professionnel adapté) est un dispositif pédagogique pour les collégiens présentant des difficultés scolaires graves et durables. 2 http://mathenpoche.sesamath.net

----collège François Mitterrand, à Soustons – novembre 2008 Cours de mathématiques de Denis Lescarboura, avec une classe de 3e

/ / / Un mail de mon prof! Une séance d’exercices classiques présentés sous une forme originale, qui permet aux élèves de travailler en autonomie, et à l’enseignant de moduler la difficulté en fonction du niveau de chacun. Les consignes sont un peu inattendues pour un début de cours de mathématiques : « Vous ouvrez votre boîte à lettres personnelle, et vous lisez le message électronique que je vous ai envoyé.» Devant moi, Émilie, qui vient de récupérer sa missive, ne cache pas sa surprise: « Il y a même mon nom ! » Il s’agit pourtant bien d’un devoir : la mission consiste à dévelop-

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per, puis réduire et ordonner une série d’expressions mathématiques. Pas le droit à l’erreur. « Monsieur, on doit vous répondre par mail ? – Oui. Et vous pouvez travailler directement dans votre logiciel de messagerie. Ne cherchez pas à copier sur votre voisin: chaque message est différent… Et je ne veux que des bonnes réponses: vous pouvez utiliser le vérificateur d’égalité… » C’est à notre tour d’être surpris : vérificateur d’égalité ? « C’est le moyen pour les élèves de s’assurer de l’exactitude de leurs réponses, nous apprend Denis Lescarboura: erreur sur l’expression globale, sur le calcul… C’est, au même titre que la calculatrice, un outil très intéressant, qui procure la satisfaction du résultat juste. Il est maintenant installé sur tous les ordinateurs portables, à l’intérieur du module 123Maths1. » Émilie tâtonne: fausse, sa proposition s’affiche en rouge; juste – Bingo ! – elle vire au vert… Dans la classe. « N’hésitez pas à m’appeler si vous coincez trop longtemps sur une équation… » Le professeur passe de l’un à l’autre, commente, encourage : « Allez Marc, le but, c’est de finir… Tu perds du temps parce que tu ne connais pas tes identités remarquables! » Zélie demande à quitter le cours parce qu’elle est malade. Le professeur : « L’exercice est sur ton ordinateur. Quand tu iras mieux, tu pourras le finir tranquillement chez toi, puis me renvoyer le message. » Fin de cours. Fiers – presque surpris – d’entrer de la sorte dans une relation épistolaire directe avec leur professeur, les élèves envoient leur copie. « C’est la première fois que j’utilise ainsi le publipostage, nous indique Denis Lescarboura. Une forme légère, et beaucoup plus personnelle que celle du document déposé sur le réseau. Avec quatre modules d’exercices différents, j’ai pu faire en sorte que chaque élève soit amené à travailler individuellement. » Le même, ouvrant sa boîte à lettres après la fin du cours: « Ah, j’ai reçu plein de messages ! » ----1 http://pedagogie.ac-amiens.fr/maths/123maths/verif_bis.

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Technologie Une part importante du programme étant consacrée à l’utilisation raisonnée de l’informatique, les ordinateurs portables ont tout “naturellement” trouvé leur place dans l’enseignement de la technologie : « Il convient de montrer à l’élève que l’utilisation de l’informatique recouvre une très grande diversité de domaines qui dépasse largement le cadre du traitement de texte, du tableurgrapheur et des applications utilisant internet.1 » Ici, on apprend donc à choisir le logiciel adapté au projet que l’on souhaite entreprendre: expérimentation assistée par ordinateur, numérisation et traitement d’images, exploitation de bases de données, réalisation de mises en pages et de supports de présentation assistés par ordinateur, etc. On pratique également très régulièrement la simulation numérique (logiciels de dessin 3D), la conception et le pilotage de systèmes, et la recherche documentaire en ligne… De l’avis largement partagé des enseignants de technologie, le fait que chaque élève dispose d’un ordinateur personnel lui permet d’être beaucoup plus actif. ----1 BO nº 3 du 20.01.2005

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collège René Soubaigné, à Mugron – mai 2009 Cours de technologie, de Jean-François Desorthes, avec une classe de 3e

/ / / C’est moi qui l’ai fait! Réfléchir, planifier et fabriquer : c’est ça “la techno”… Avec, en prime, le plaisir de mener un projet, de A jusqu’à Z. « Vous allez voir, mes élèves sont assez autonomes! », nous avait prévenus Jean-François Desorthes. Dès le début de la séance, en effet, la classe s’organise en trois ateliers, et chacun prend connaissance de la fiche de travail préparée par le professeur. La grande affaire, depuis le début de l’année, c’est la réalisation d’une enceinte acoustique. Dans un premier temps, chaque élève a imaginé une forme ; en se développant, le projet aborde différentes problématiques de fabrication. « Souvent, nous explique Jean-François Desorthes, les idées de départ sont un peu trop ambitieuses. J’essaye de laisser libre cours à la créativité de chacun, tout en limitant un peu les débordements, pour rester réaliste sur ce qu’il nous est possible de faire… » Planifier. C’est un travail de réflexion qui attend le groupe “planification de la production”. L’exercice proposé consiste à déterminer l’ordre de soudage des composants électroniques. Nous entrons là dans une logique de fabrication en série : « Pour chaque action, explique le professeur, vous allez vous poser la question : “qu’est-ce qui a été fait avant ?” » Ma voisine, d’un coup, vient d’avoir une illumination: « Monsieur, j’ai trop compris ! » Dessiner. Un peu plus loin, les ordinateurs portables sont posés en ligne sur deux longues tables, et un atelier de dessin industriel s’organise. L’objectif du jour : s’initier au logiciel de dessin 3D SolidWorks. Aucun mode d’emploi à lire, la découverte prend un tour très pratique: il s’agit de suivre méthodiquement les étapes de construction d’une figure – ouvrir un nouveau document… dessiner un carré de 100 mm de côté, etc. « On doit faire tout ça dans une seule séance? » s’inquiète un élève, qui juge visiblement l’entreprise plutôt complexe. Le professeur le rassure: « Je vais vous aider, mais vous avez toutes les explications pour y arriver seuls.» L’appétit d’apprendre est aiguisé par le plaisir d’utiliser l’ordinateur, et les collaborations vont bon train : « On s’aide ! », me confirme un élève penché sur l’écran de son voisin. La satisfaction de réussir stimule les énergies. Vers la fin du cours, le dessin en trois dimensions s’affiche sur les écrans, et cha-

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cun s’amuse à faire tourner le volume obtenu, pour l’observer sous tous ses angles : magique ! Reste encore à appliquer une texture sur ce tracé, pour lui donner une apparence réaliste. Faux bois ou imitation peluche? Les possibilités sont tellement nombreuses qu’on a envie de les essayer toutes! Assembler. Le troisième groupe d’élèves rassemble le matériel nécessaire: fer à souder, pinces, loupes… Chacun a pris soin de se munir de “son” circuit imprimé: une plaque de résine translucide de quelques centimètres de côté, tatouée d’une fine résille de pistes métalliques, et percée de trous. Fiers, ils détaillent les étapes du procédé de gravure qui les ont conduits à fabriquer le circuit. Le professeur distribue une pochette à chacun: « Vous commencerez par les résistances…» Chacun fait l’inventaire du contenu de son sachet : plusieurs résistances, des transistors, un condensateur, un interrupteur, un “bornier”, etc. Reste à fixer les composants sur le circuit, en suivant méticuleusement le plan d’assemblage. Je remarque que le maniement du fer à souder ne pose aucun problème, ni aux filles, ni aux garçons : « Normal, on a appris à le faire en 6e… » Driiing ! Avant de donner le signal de la joyeuse dispersion de la classe, le professeur s’assure que chacun a pris soin de ranger ses outils. On vient ici de se servir de sa tête, de ses mains et d’un certain nombre d’appareils numériques, électriques ou simplement mécaniques… Bref, de faire de la techno !

----collège des Luys, à Amou – décembre 2007 Cours de technologie de Denis Gatuingt, avec Hugo Storchi, assistant d’éducation, dans une classe de 3e

/ / / Cent fois, sur le métier… Présenter le métier de son choix à ses camarades, avec le soutien d’un diaporama préparé

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sur ordinateur et projeté au tableau, voilà un vrai sujet de réflexion et l’occasion d’une recherche qui peut se révéler passionnante. Tandem. « En 3e, tous mes cours sont basés sur la pratique des outils informatiques, explique Denis Gatuingt. Et je peux vous dire qu’à la fin de l’année, mes élèves les maîtrisent ! » La surprise, ici, c’est la présence de Hugo Storchi, l’assistant d’éducation du collège: « Dès le début de l’opération, je lui ai proposé de venir, et depuis, nous avons appris à travailler en tandem. Naturellement, je sais qu’à tout moment il peut être appelé pour une intervention dans le collège. Nous fonctionnons vraiment à deux professeurs, pour le plus grand bien de nos élèves, qui savent parfaitement auquel de nous deux s’adresser, en fonction du problème qu’ils rencontrent. » Hugo, de son côté, apprécie cette façon originale d’exercer sa veille sur le matériel et les usages : « C’est l’occasion pour moi de faire le tour de leurs ordinateurs portables, de vérifier si tout va bien, et de régler les petits problèmes… » Dernières recommandations. La recherche documentaire sur internet étant déjà bien engagée, on va attaquer aujourd’hui la mise en forme du diaporama. Pas question, pour autant, de se lancer n’importe comment: un cahier des charges précise chaque étape de l’exposé. Pour chauffer ses troupes, le professeur présente quelques exemples de travaux similaires, réalisés l’année dernière. L’occasion de glisser quelques recommandations, et notamment d’alerter sur les effets de mise en pages hasardeux: attention aux fonds illisibles, par exemple. Architecte, sage-femme, journaliste sportif, hôtesse de l’air… Alex, qui s’entraîne actuellement quatre heures par semaine, en plus des matches du samedi, aimerait être joueur de rugby professionnel. Il a repéré la filière “sport-études”. Et si ça ne marche pas? « Dans ce cas-là, je ferai de la cuisine ! » Hugo annonce sans broncher des études à la hauteur de Bac +11 pour devenir chirurgien. « Un métier difficile, mais on peut sauver des gens… » Ophélie sait parfaitement qu’il faut faire une première année de médecine suivie de quatre ans d’études spécialisées, pour devenir sagefemme. Thomas veut être basketteur professionnel; il n’aura aucun problème pour illustrer son diaporama: « Des photos ? J’en ai déjà plein dans mon ordinateur… » Visiblement passionné : « Je joue au basket depuis que j’ai quatre ans», il s’est forgé une philosophie: « Il faut savoir gagner… et perdre. Quand on perd, ça nous fait progresser…» L’inconvénient

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du métier ? « Les critiques des journalistes. » Kévin a choisi le métier d’architecte : « J’aime bien l’architecture moderne, le dessin, tout ce qui est créatif… » Une chose qui l’inquiète un peu, c’est la formation: « Les études, c’est un peu compliqué, non ? » Sylvain, lui, sera prof de maths : « J’aime les chiffres, les raisonnements… et le contact avec les autres.» Il connaît parfaitement la filière de formation : quatre ans après le bac, un Capes de mathématiques. C’est net et précis dans sa tête. Sondage. Du côté des élèves, la cote des ordinateurs portables est toujours au beau fixe : « Travailler sur l’ordinateur, c’est mieux que sur papier: ça va plus vite… » Mais plus profondément, on sent bien cette fois que l’exercice touche juste, dans la forme et dans le fond: « L’ordinateur nous permet d’avoir de l’information sur les métiers… Ce travail nous aide à réfléchir, pour notre orientation. On se sent libre, tout en étant encadré.»

----Collège Jean Rostand, à Tartas – avril 2008 Cours de technologie de Serge Elisseche, avec une classe de 3e

/ / / Six secondes trente-trois! « Qui se sent capable de faire le slalom? », interroge le professeur. Nous serions-nous trompés de cours ? C’est pourtant bien de technologie qu’il va être question ! Serge Elisseche a organisé son enseignement autour de la préparation du concours Robotek1 qui se déroulera le 11 juin prochain à Bordeaux. Il s’agit de construire des petits robots autonomes et de les programmer pour leur faire exécuter les différentes épreuves du concours. Pierrick, Julien, et

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deux Maxime sont volontaires pour le slalom. Les quatre élèves se déplacent dans une salle voisine où est installé le plateau qui représente, en vraie grandeur, la situation de compétition. Une ébauche de robot les attend, sorte de véhicule avec deux grosses roues, assemblage improbable de diodes, circuits imprimés, et composants électroniques. Reste à programmer le robot de manière à ce qu’il avance le plus vite possible en slalomant entre trois quilles. Un ordinateur va servir à la programmation. « On commence tout de suite, explique le professeur. Vous avez un programme qui est encore partiellement faux, et que vous devrez modifier pour passer. Vous devez partir toujours du même endroit. Observez ce qui ne va pas et reprogrammez la trajectoire…» Sur l’écran de l’ordinateur, quelques lignes de code informatique décrivent la succession des tâches que doit effectuer le robot. Les quatre garçons tâtonnent un peu entre l’ordinateur et le robot; la deuxième quille persiste à tomber ! « Monsieur, on touche toujours… – Essayez de modifier l’angle! – Monsieur, on ne sait pas faire. – Je vais vous aider un peu…» Nouvel essai : super ! le robot passe les deux premières quilles sans problème. Il faut encore ajuster la troisième partie de la trajectoire… Encore un essai. « Monsieur, on chronomètre ? – Six secondes trente-trois! – Pas mal, mais on pourrait peut-être améliorer… » Projet. « C’est un projet que je mène sur deux ans, nous explique Serge Elisseche. En 4e, les élèves vont concevoir et fabriquer le robot, et l’année suivante, ils l’adaptent aux épreuves du concours. C’est un excellent prétexte pour aborder tous les aspects du programme de technologie: mécanique, électronique-automatisme-robotique, informatique, gestion ainsi que la notion de démarche de projet. » ----1 http://robotekzone.free.fr

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Éducation physique et sportive (EPS) Que peuvent bien venir faire des outils numériques dans un gymnase ou au bord d’un terrain de sport ? Et à quoi peuvent servir les ordinateurs portables en EPS, discipline qui ne semble guère devoir s’enseigner avec une souris et un clavier ? Consultation de banques d’images, suivi des résultats, construction d’enchaînements ou évaluation à partir de séquences enregistrées pendant le cours, etc., les ordinateurs portables rendent pourtant, là aussi, des services tout à fait inédits. Entretiens croisés avec des enseignants convaincus qu’informatique rime avec gymnastique…

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collège Léon-des-Landes, à Dax – avril 2007 Danièle Sarciat, professeur d’EPS

«A priori, les élèves n’ont pas de raison d’utiliser leurs ordinateurs portables en cours d’EPS!» Témoignage… Danièle Sarciat : En 2001, quand j’ai appris qu’on allait confier un ordinateur portable à chaque élève de troisième, je me suis demandé en quoi ils allaient bien pouvoir m’être utiles: le temps du cours est celui de la pratique sportive, pas celui de la manipulation de l’ordinateur… A priori, les élèves n’ont pas de raison d’utiliser leurs ordinateurs portables pendant les cours d’EPS ! Acrosport L’ordinateur nous est pourtant très utile, par exemple en acrosport. Cette activité consiste à réaliser un enchaînement acrobatique collectif: on monte une pyramide, on la tient, on la défait, on se déplace, etc. Je demande à mes élèves de faire une recherche sur l’internet pour choisir leurs figures et leur musique ; à eux de se mettre d’accord. Par la suite, chacun dispose du fichier-son pour réécouter le morceau retenu, quand il le souhaite. En cours, quatre groupes peuvent travailler dans la même salle sans se gêner. Et pour permettre à tout le monde de visualiser le résultat de ce travail collectif, un élève, dans chaque groupe, est chargé de photographier la prestation de ses camarades – ce qui les oblige à tenir leurs figures pendant trois secondes, comme c’est la règle. À la fin de la séance, ces photos sont disponibles sur le réseau. Les élèves se voient, ils peuvent éventuellement se corriger. Par la suite, je leur demande d’organiser ces images dans un dossier, en décrivant leur rôle dans l’enchaînement: « Je suis debout, je fais une roulade… je monte sur la pyramide… voilà comment j’en descends… etc. » Au fur et à mesure que ces séances de prises de vues se banalisent, les attitudes changent. Ce n’est plus : « Je me montre », ou au contraire : « Je me cache », c’est une démarche de travail comme une autre : l’ordinateur permet de se perfectionner. Athlétisme et sport collectif Certains collègues enseignants d’EPS développent des utilitaires spécifiques à nos activités, et nous échangeons par le biais de sites communautaires. En course de fond, par exemple, pour travailler l’endurance, pendant qu’un élève court, son camarade inscrit les temps de passage, que j’énonce à chaque tour. À la fin de la course, on vérifie la régularité. Et je

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tiens compte de cette régularité dans mon évaluation, ce qui permet à celui qui n’est pas très fort – je pense à ceux qui ont une petite ou grande surcharge pondérale – de gagner des points. Dans leur vie future, ils ne seront pas tous obligés de battre des records, mais si, à quarante ans, ils continuent de courir régulièrement, ça ne sera pas si mal! Au basket, une macro développée dans Excel permet de comptabiliser les ballons conquis et les paniers marqués. À la fin du match, on affiche non seulement le nombre de points marqués, mais aussi l’efficacité dans la récupération du ballon. Ce qui permet aux élèves d’analyser le match qu’ils viennent de jouer : « Nous avons récupéré quinze fois le ballon, et nous n’avons marqué qu’une seule fois ? Ah ! Nous ne sommes pas très efficaces… il faudrait travailler le tir. » L’expérience prouve que ce genre de constat est souvent bien plus marquant que le discours du professeur! Communiquer Le réseau du collège me sert également à communiquer avec mes élèves: je dépose sur le serveur le détail de tout ce que je leur demande, les barèmes de performances, c’est-à-dire la note théorique qu’ils obtiendront s’ils sautent telle hauteur, par exemple, les fichiers sur lesquels ils peuvent entrer leurs temps et leurs performances. Les élèves se servent euxmêmes du réseau pour communiquer entre eux : échanger les fichierssons des musiques qu’ils ont choisies, par exemple, et les copier sur leurs portables.

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collège Cel le Gaucher, à Mont-de-Marsan – avril 2008 Claude Pouply, professeur d’EPS et Aude Michelot, professeur stagiaire

« Dans les autres matières, l’ordinateur est essentiellement un outil qui transmet des informations; en EPS, il renvoie directement à l’activité de l’élève. » « Les enseignants d’EPS réfléchissent aujourd’hui à la façon d’intégrer l’informatique à leur pédagogie, constate Claude Pouply. Les ordinateurs portables nous sont ainsi très utiles pour tout ce qui est chiffré, chronométré, en course de haies ou d’endurance, par exemple. Nous avons aussi le projet d’utiliser la caméra numérique en gymnastique, pour filmer les élèves et leur permettre d’analyser leur prestation a posteriori. Ces méthodes sont utilisées depuis longtemps par le sport de haut niveau ; nous essayons de les adapter aux besoins de nos élèves. Ils ont souvent bien du mal à se repérer, surtout dans des situations un peu inhabituelles, la tête en bas, par exemple! Et dans ce cas, on le sait bien, l’image est une stratégie d’apprentissage : maîtriser son corps, oser se présenter devant l’autre, cela fait partie de nos objectifs.» Inattendu. Professeur stagiaire d’EPS, Aude Michelot utilise également la caméra numérique pour parfaire sa formation. «Pour mon thème d’étude et de recherche, j’ai choisi d’observer comment fonctionne une classe un peu difficile : manque d’écoute des consignes, manque de respect entre les élèves, etc. Mais, quand on est pris dans le mouvement, on ne voit pas forcément ce qui se passe derrière. J’ai donc décidé de poser la caméra sur pied et de filmer régulièrement mes cours. J’analyserai ensuite ces images pour m’évaluer et observer l’évolution du comportement des élèves: combien d’actes d’incivilité ? combien de temps entre la consigne et le fait de se mettre au travail ? combien d’élèves n’écoutent pas pendant que je parle ? etc. La vidéo va me permettre d’établir des points de repère concrets, et d’aller un peu plus loin dans l’analyse. Il n’est bien sûr pas question de mettre des caméras partout, mais ponctuellement, je pense que cela peut être formateur. »

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Arts plastiques et éducation musicale « Accéder aux œuvres – à l’information artistique en général – est une nécessité quotidienne de l’éducation musicale ou des arts plastiques au collège. Développer une pédagogie permettant à chaque élève de comprendre par le “faire” comment une œuvre est construite, ce dont elle témoigne, en quoi elle se rattache à celles qui la précèdent et qui la suivent, en est une autre. Et à ce titre, les Ticce (technologies de l’information, de la communication… et de la “création”) proposent des outils de plus en plus puissants pour atteindre les objectifs qui nous sont assignés.1 » L’ordinateur, pour un professeur d’arts plastiques ou d’éducation musicale, c’est la possibilité de disposer d’une encyclopédie personnelle – de sa propre banque d’images (ou de sons) –, disponible en permanence, et toujours en construction. Rien ne l’empêche alors de convoquer sur l’instant telle ou telle œuvre, et de la documenter; ainsi, l’art peut s’inviter en classe: on écoute la musique dans de bonnes conditions, on détaille une peinture projetée “en grand” sur le tableau, on visionne l’œuvre vidéo d’un artiste contemporain… Mais les ordinateurs personnels sont aussi de puissants outils de création mis à la disposition des élèves. En arts plastiques, les logiciels de dessin, de retouche d’image et de montage vidéo permettent d’accéder à une grande variété de modes d’expression. En musique, le chant et la pratique instrumentale s’appuient sur un accompagnement orchestral. On peut aussi aborder la création musicale, par exemple au moyen des logiciels de traitement de son. ----1 Vincent Maestracci, inspecteur général de l’Éducation nationale, En Connexion #5.

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collège Pierre Blanquie, à Villeneuve-de-Marsan – novembre 2007 14 h 10, cours de musique de Christelle Lameignère, avec une classe de 4e

/ / / Un collégien, une flûte et un ordinateur portable… Si le contenu de ce cours reste classique – se concentrer sur l’écoute, jouer de la flûte à bec –, l’utilisation des ordinateurs permet d’explorer les choses d’une tout autre façon. « Vous pouvez débrancher votre câble de réseau, mais gardez vos ordinateurs allumés. » C’est Christelle Lameignère, professeur de musique qui parle. Ses élèves viennent – via le réseau du collège – de copier sur leur ordinateur le dossier préparé à leur intention: manipulation encore un peu nouvelle en ce début d’année, mais qui deviendra bien vite familière. Motet. Maintenant, chacun s’absorbe, casque sur les oreilles, dans l’écoute de l’extrait musical qu’il vient de télécharger. Un petit questionnaire aide à poser des mots sur ce que l’on entend. L’exercice reste difficile. Silence… une bribe de phrase musicale s’échappe de quelque casque mal raccordé à son ordinateur… O nobilis nativitas, voilà le titre de l’œuvre que les élèves écoutent avec une si grande attention. C’est un motet (chant d’église). « Posez maintenant vos casques, indique le professeur. Nous allons écouter encore une fois ce morceau, tous ensemble (la salle est équipée en fixe pour la diffusion sonore, de même qu’en vidéoprojecteur), et parler de ce que nous avons entendu. Qui commence? » Olivia : « Ce sont des voix de femmes. » Kevin : « Un chœur a cappella. » Alexandra : « Le tempo est lent. » Adrien : « Il y a plusieurs voix. » Quelqu’un n’a pas bien entendu la polyphonie… Le professeur: « Je vais vous faire réentendre l’extrait de chant grégorien – monodique – que nous avons écouté la semaine dernière, pour faire la différence. » Histogrammes. Deuxième partie du cours. Avec les flûtes à bec. «Nous allons reprendre le morceau que vous avez étudié la dernière fois. Ouvrez, dans le logiciel Audacity, le fichier de l’accompagnement musical de ce morceau. » Les yeux s’écarquillent: sur les écrans, de beaux histogrammes bleus s’agitent au fur et à mesure du défilement de l’enregistrement. «On se concentre : avant de les jouer à la flûte, nous allons d’abord chanter

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toutes les notes du morceau : Mi, sol, la, si. Mi, sol, la, si. Ré, si, la, si, la, mi… Chacun écoute maintenant le morceau en entier… Voilà, tout le monde y est ? On joue maintenant, tous ensemble… Un, deux…» Vingt-six flûtes, pour une même mélodie… Ça marche! « Parfait. Je vais lancer l’accompagnement musical… On se cale sur le tempo… » Résultat saisissant : là, d’un coup, la ligne de la flûte à bec, interprétée sans hésitation par vingt-six souffles, se coule avec une parfaite cohérence dans le morceau musical diffusé dans toute la salle ! Concentration, écoute, sérieux… Le moment que nous sommes en train de vivre n’a pas grand-chose à voir avec l’image de la grande récréation qui reste encore attachée au souvenir des cours de musique de nos années collège. Christelle Lameignère, un peu plus tard, confirmera: « Les outils numériques ont tout changé ; ils ont vraiment dépoussiéré l’éducation musicale. Sur les apprentissages traditionnels – la flûte, le chant –, on est loin du cliché : ça va beaucoup plus vite, on rabâche moins, les élèves ne se lassent pas. Quand ils travaillent avec le casque, ils mobilisent ce qu’on appelle l’écoute mentale. En faisant cela, on a la note dans la tête, dans les doigts : c’est essentiel pour la concentration ! D’autre part, c’est plus agréable de jouer avec un accompagnement. Au résultat… ils jouent super bien ! Grâce aux ordinateurs, on est directement dans la musique: mes élèves ont accès aux œuvres… Musique savante, musique contemporaine, rock… Il n’y a plus trop de barrière : je peux me permettre de leur faire écouter différents styles. De toute façon, ils repartent chez eux avec de la musique. Même les petits des classes de 6e et de 5e m’en demandent : ils ont souvent une clé USB pour venir chercher leur fichier-son! Par ailleurs, avec les outils numériques, chaque élève dispose d’un véritable petit studio de traitement du son et de l’image. Ce qui lui permet de réaliser des clips. Nous abordons là le champ de la création musicale… Sans les ordinateurs, tout ça serait impossible ! » Le cours de musique est terminé. À voir leurs mines réjouies, les élèves ont apprécié. Commentaire de l’un d’eux: « Les ordinateurs? C’est la meilleure chose de l’année… »

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collège Jacques Prévert, à Mimizan – avril 2009 Cours de musique de Florence Boulley, avec une classe de 3e

/ / / À trois temps… Un cours de musique sur le thème du cinéma, où l’on invite l’image pour une exploration active du monde sonore. Roger. Love is all. Ce “tube” de Roger Glover, le bassiste de Deep Purple, fleure bon les années 1970. En voilà les paroles, projetées sur le tableau interactif. Première écoute ; on est tout de suite dans le bain. Ambiance de fête ! Le professeur entonne le premier couplet. On essaye? La classe se lance, a cappella. On recommence, avec la musique. Pas mal ! « Avec les mains, maintenant : un, deux, trois, un, deux, trois… » Installer le rythme ternaire requiert un peu d’attention, mais chacun se prend bien vite au jeu. Un, deux, trois, un, deux, trois… Le rythme s’accélère. Nous voilà fin prêts pour une interprétation complète. Le plaisir de chanter ensemble est évident. « Merci ! Nous allons maintenant continuer avec une valse.» Amélie. Sur le tableau, trois portées de musique. On écoute les premières mesures… C’est le thème du film Amélie Poulain. De chaque cartable, est sortie une flûte. Une première répétition – rééé-do-siii-la, rééé-do-siii-la… – tous ensemble. Concentration. Maîtrise du souffle, des gestes… «Mon but n’est pas d’apprendre à mes élèves à lire la musique, nous expliquera plus tard Florence Boulley ; la partition est un repère visuel, c’est son intérêt: certaines nuances sonores sont ainsi plus aisées à percevoir à l’audition.» Charlie. Voilà maintenant, sur le tableau interactif, une courte séquence du film (muet) Les Temps modernes, de Charlie Chaplin. Charlot est occupé à visser des boulons sur une chaîne de montage. Il va fatalement faire des bêtises et provoquer des catastrophes en cascade… Nous comprenons bien vite quel projet occupe les élèves : il s’agit de sonoriser cet extrait. Pour les bruitages, on verra plus tard; la question, pour l’instant, c’est de doubler les dialogues. À l’écran, trois personnages. On s’est donc tout naturellement organisé en groupe de trois. Delphine, Julie et Ségolène se sentent prêtes à venir répéter, en direct, le dialogue qu’elles ont imaginé. Le professeur lance encore une fois la séquence. Leur prestation leur vaudra les applaudissements de leurs camarades. « Vous êtes au point pour l’enregistrement, indique le professeur. Ouvrez le logiciel Musicmaker sur l’un de vos ordinateurs, importez la séquence à doubler

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sur une première piste, et quand vous êtes prêtes, vous lancez l’enregistrement. » Chuut, silence absolu dans la classe : ça tourne ! Les trois jeunes filles réécoutent leur enregistrement : « Pas trop mal, mais on a un peu bredouillé… Nous allons le refaire ! » « Je faisais partie des enseignants volontaires, raconte Florence Boulley, quand nous avons demandé à être l’un des trois collèges pilotes pour tester l’opération “un collégien, un ordinateur portable”. Je suis passée, alternativement, par de grands moments d’enthousiasme et de découragement. Et j’ai complètement changé ma manière d’enseigner. Aujourd’hui, les outils numériques ont pris leur place dans ma pédagogie, à tel point que je ne pourrais plus m’en passer. Pour autant, ils ne sont pas toujours au centre : je ne veux pas faire de la musique uniquement avec l’ordinateur, je veux aussi que les élèves la vivent, physiquement. Et je suis toujours en train de chercher ! […] À mon sens, le véritable atout de l’ordinateur pour les élèves, c’est qu’il est un fabuleux outil de création musicale. Faire de l’improvisation en chant ou avec une flûte à bec, c’est très difficile, presque impossible ! Je me sers souvent des MusicLab de l’Ircam : ce sont des petits logiciels qui permettent de travailler les notions de rythme, de mélodie, de hauteurs, d’intensités, etc. Bref, d’être directement de plainpied dans la création. »

----collège Jules Ferry, à Gabarret – mars 2008 Cours de musique de Christelle Lameignère avec une classe de 4e

/ / / “Haïkus” d’hiver “Le vent d’hiver I Les rochers déchirent I Le bruit de l’eau”III“La tempête d’hiverIEnvoie les graviers I Faire sonner la cloche.” Joli prétex-

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te pour aborder le domaine de la création sonore avec les ordinateurs portables. Christelle Lameignère fait partie de ces enseignants en poste sur deux établissements. Après l’avoir rencontrée au collège Pierre Blanquie, à Villeneuve-de-Marsan, nous la retrouvons à Gabarret… «Nous avons écouté en classe un haïku mis en musique par un électroacousticien, nous explique-t-elle. Et j’ai proposé à mes élèves de s’inspirer de cette démarche pour mixer ensemble plusieurs sons que je leur ai transmis sur leurs ordinateurs, avec le logiciel Audio Studio. L’objectif est d’obtenir une création sonore d’une minute environ. Quand ce travail sera terminé, ils pourront y associer des images… » Démonstration. « Nous allons écouter le travail de Cheyenne…» L’élève vient brancher son ordinateur portable sur l’amplificateur. On entend des crissements (sur du gravier ?), un rythme (de machine ?), des gongs (cloches ?), le vent… Ambiance tempête. Le professeur conduit la discussion : « J’aimerais avoir votre avis.» Hugo : « C’est monotone… » Théo : « À mon avis, pas du tout, au contraire! – C’est vrai, reprend le professeur, tout cela est relativement bien géré. Mais ça se termine trop net. Que pouvonsnous lui conseiller ? On réécoute ? » C’est maintenant au tour de Valentin de présenter son travail. Les mêmes sonorités sont “mixées” différemment: « Tu as une jolie matière sonore, garde-la. Mais le rythme reste encore un peu lassant : il ne faut pas hésiter à tailler dans les sons, pour créer des surprises… » Chacun à son tour, Théo, Thomas et Marine viendront s’exposer ainsi, parfois un peu intimidés, mais visiblement fiers – magie du travail avec les ordinateurs portables – d’avoir réussi à concrétiser leur première création sonore. ----Un haïku est un poème classique japonais composé de trois vers.

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collège de Pouillon – avril 2009 Cours d’arts plastiques de Marie-Pierre Chanvillard, avec une classe de 3e

/ / / En attendant Madrid Dos de Mayo, Tres de Mayo, Guernica. Ces œuvres célébrissimes de Goya et de Picasso envahissent successivement l’écran. Cris, piétinements, terreur : c’est toute la force de la peinture qui entre, d’un coup, dans la salle d’arts plastiques. Le commentaire du professeur lance les élèves sur la piste de la recherche qui les attend : « Ne me demandez pas [à propos de Dos de Mayo] de quelle année il s’agit : ça fait partie de ce que vous devez trouver! Vous allez analyser ces peintures, en répondant à mon questionnaire: nom de l’artiste, titre de l’œuvre, dimensions, éléments techniques et iconiques…» On fait une petite pause pour rappeler le sens de ces deux derniers termes. « Allumez maintenant vos ordinateurs, et partez à la pêche aux informations dans vos dictionnaires et encyclopédies. Vous travaillez par groupes de deux : l’un pilote l’ordinateur, l’autre prend des notes.» Préparer un voyage, c’est déjà partir. On le sent bien, la curiosité de la recherche est aiguisée par l’avant-goût du voyage en Espagne qui s’annonce, et par la promesse que l’on ira voir ces œuvres, en vrai, à Madrid. Mes voisins, Romain et Alexis, n’ont pas eu de problème pour identifier les caractéristiques techniques de Guernica. Mais les mots manquent un peu quand il s’agit de traiter de l’engagement de Picasso… La mise en commun s’impose. Retour au tableau. On en arrive aux questions de fond : « Pourquoi l’artiste a-t-il peint ce tableau ? demande le professeur. – Il compatit ? suggère quelqu’un. – Oui, mais il y a autre chose. Pour vous donner une piste, je vous rappelle que Picasso disait: “L’œuvre d’art n’est pas faite pour décorer les salons, c’est une arme de lutte et de révolte.”» Nous voilà proches de la fin du cours. « Pour la prochaine fois, vous mettrez votre travail sur le serveur, en n’oubliant pas de noter votre nom.» La dernière recommandation est un peu plus inhabituelle : « Surtout,

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n’oubliez pas de venir à la réunion de la semaine prochaine, pour préparer notre départ. » Commentaires. Si les outils numériques font ici manifestement partie du quotidien, c’est qu’ils présentent, pour Marie-Pierre Chanvillard, bien des atouts complémentaires : « Vous venez de voir l’ordinateur utilisé comme une formidable banque de données. Son intérêt, dans ce cas, est d’être beaucoup plus attractif pour les élèves. Un cours d’arts plastiques, c’est l’articulation entre pratique artistique et référence aux œuvres, sur une période très vaste qui va de Lascaux à aujourd’hui. Le recours à l’image y est donc permanent. Grâce à l’ordinateur, je construis mon propre fonds iconographique, mais au-delà de cet aspect purement documentaire, les outils numériques – ordinateur et vidéoprojecteur – changent complètement le rapport aux œuvres, en offrant la possibilité d’agrandir un détail, de sélectionner certaines parties. […] La plupart des gens ignorent complètement l’art contemporain ; pourtant, l’art n’est pas uniquement une affaire du passé ! Les artistes mènent aujourd’hui, dans tous les pays, des démarches extrêmement variées. Or, les outils numériques offrent un accès direct aux nouvelles formes d’expression artistique – installations, art vidéo, etc. –, permettant aux élèves d’entrer de plain-pied dans ces œuvres. […] Nous utilisons également l’ordinateur comme outil artistique, au même titre qu’un pinceau ou un crayon – ce qui n’exclut pas pour autant la peinture, le volume, et tout ce qui constitue la pratique artistique traditionnelle. […] Je viens enfin de découvrir un autre atout de l’ordinateur : Comment amener les élèves à synthétiser une forme, une réflexion, sous la forme d’un croquis ? C’est un exercice très difficile à maîtriser avec des moyens graphiques. Mais avec le logiciel de dessin le plus “basique” que l’on puisse imaginer – Paint –, ils y parviennent beaucoup mieux : en termes d’opérations mentales, la contrainte liée au côté sommaire du logiciel les oblige à trouver le chemin de la simplification. Par la suite, quand ils reprennent un support plus traditionnel, ils ont acquis une nouvelle compétence ! »

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collège Jean Mermoz, à Biscarrosse – mars 2008 Cours d’arts plastiques de Serge Karkoulia, avec une classe de 3e

/ / / Photomontage « Nous allons faire une photo de classe… » Le professeur installe la séance de prise de vue ; les élèves se prêtent de bonne grâce à l’exercice bien connu, et le groupe s’organise joyeusement. Souriez. « Je ne vois pas tout le monde : Pierre, déplace-toi un peu, tu es caché… Voilà, c’est bon. » La prise de vue n’a pris qu’un instant… et hop! miracle de la technique, voilà déjà le résultat affiché sur chaque écran de chaque ordinateur. Passées les rigolades et les interpellations – «Coralie, tu gâches la photo ! » –, le professeur utilise le vidéoprojecteur pour montrer d’autres images. « Regardez, ce sont les travaux de vos camarades de l’année dernière, et qui ressemblent à ce que nous allons faire: vous devrez incruster votre portrait en premier plan de la photo de groupe.» Une révélation, pour plusieurs élèves, qui décodent pour la première fois le fonctionnement d’un “photomontage”, et viennent, sans le savoir, de prendre une leçon de grammaire des signes. Le professeur invite maintenant ses élèves à se photographier mutuellement. « Vous disposez de deux appareils. Vous pouvez choisir de faire des portraits individuels, ou bien à deux ou à trois.» Mathieu et Johan ont choisi d’être photographiés ensemble; c’est Margot qui s’occupe de la prise de vue. Clément prendra la suite… Pierre et Julien sont d’accord pour poser avec Quentin… « J’ai l’habitude de confier du matériel à mes élèves, nous explique Serge Karkoulia. Je leur fais confiance. Ils savent que ces outils sont assez onéreux, ils ne vont pas faire n’importe quoi. » Et, s’adressant à ses élèves : « Pensez bien que vous cherchez une image de premier plan: choisissez donc un cadre plutôt serré, et placez-vous devant un fond blanc. N’oubliez pas d’utiliser systématiquement la dragonne; faites attention à ne pas mettre les doigts sur les objectifs ! »

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Enregistrez. « Tout le monde est passé ? » Les images sont bien vite transférées, et chacun peut maintenant les récupérer et les visionner sur son ordinateur. Driiiiing. La sonnerie de fin de cours retentit déjà : la réalisation des photomontages, ce sera pour la semaine prochaine… Eh oui, une heure passe vite, en arts plastiques ! « C’était aujourd’hui leur premier jour de travail avec les outils numériques, commente Serge Karkoulia. Sur les trente-trois semaines de travail annuelles, j’ai prévu à peu près dix séances avec l’ordinateur. Au détour de cet exercice les élèves vont apprendre certaines fonctions des logiciels de traitement d’images. Et, quand on sait faire cela, on sait faire beaucoup de choses ! Du point de vue plastique, ils vont progressivement comprendre que, dans ce genre de travail, il faut toujours assembler des éléments qui s’opposent: un plan large et un plan serré, par exemple. L’enjeu, c’est évidemment d’unifier le tout, pour créer l’illusion d’un même espace. Un peintre qui place un personnage devant un paysage cherche une unité, une cohérence de texture, de lumière, etc. » Mais, pour Serge Karkoulia, l’intérêt des outils numériques ne se limite pas à leur seul potentiel technique. « Ce qui m’intéresse également, c’est que mes élèves s’impliquent directement. En travaillant à incruster sa propre image devant celle de la classe, c’est de sa propre intégration – et au bout du compte, de citoyenneté – qu’il est question. On touche aussi à des problématiques liées à l’adolescence: apprendre à apprivoiser son image peut aussi faire partie de ce qui se joue dans un cours d’arts plastiques! »

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collège Lubet Barbon, à Saint-Pierre-du-Mont – avril 2009 Cours d’arts plastiques de Julien Boisnard, avec une classe de 4e

/ / / Ça déchire! La fréquentation des techniques numériques les plus sophistiquées ne dispense pas ces élèves d’apprendre à représenter la figure humaine sans utiliser le moindre outil… La photographie projetée au tableau de la salle d’arts plastiques nous transporte dans l’atelier de Matisse : le peintre dessine debout, face à une feuille blanche de format XXL; dans sa main, une longue baguette au bout de laquelle est fixé un morceau de fusain. «De nombreux artistes ont remplacé la traditionnelle toile, ou la feuille blanche, par d’autres supports, et utilisé de nouveaux outils à la place de l’habituel crayon ou du pinceau… » Un dessin de Victor Hugo, une gravure de Dubuffet, une sculpture de Calder viennent éclairer cette idée, et ouvrir quelques belles perspectives sur le champ infini de la création artistique. «À l’époque où j’étais élève, nous dira plus tard Julien Boisnard, on utilisait de temps en temps le projecteur de diapos. Le vidéoprojecteur associé à mon ordinateur m’offre aujourd’hui la possibilité de familiariser les élèves avec une grande variété de pratiques artistiques, en leur présentant des œuvres en grand format, dans une qualité de projection très confortable. Nous explorons aujourd’hui la question de la représentation…» Action ! Il est temps de passer aux travaux pratiques. Chacun reçoit quelques pages de journal. «Vous pouvez ranger vos trousses: je vous demande de représenter des silhouettes de personnages qui courent, simplement en les déchirant dans le papier journal. Colle, scotch, règle, ciseaux et crayon sont interdits. » Rien d’autre, donc, que les mains ? Rien. Après quelques instants de flottement, Criiichch ! des bruits de papier déchiré résonnent dans la classe. C’est parti ! L’exercice demande une certaine concentration : « Monsieur, j’ai déchiré le bras ! » On tourne et retourne le papier. On recommence : la “matière première” ne manque pas ! Les premières silhouettes apparaissent. Malhabiles, mais pourtant expressives. On progresse. Les formes se précisent, deviennent plus vivantes. Quelques exclamations de surprise et de joie à la découverte de la figure qui vient de surgir…

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« L’objectif, nous indiquera Julien Boisnard, c’est de déstabiliser les élèves par rapport à leurs habitudes de dessin sur papier, avec un crayon, et de travailler au plus simple. Sans outil, c’est la main qui agit directement; on est obligé d’affiner le geste, et de se repérer dans l’espace…» Maîtrise. S’il revendique l’intérêt de savoir dessiner, Julien Boisnard, dont c’est la première année d’enseignement dans les Landes, n’est pas de ceux qui tournent le dos aux outils numériques : « En 4e ou en 3e, mes élèves choisissent la technique qu’ils préfèrent. Et comme ils se sentent très à l’aise avec l’informatique, ils pensent souvent qu’en optant pour l’ordinateur, ça sera plus facile. Il est vrai que ces machines offrent un potentiel assez formidable, mais elles cachent aussi des pièges dont ils n’ont pas toujours conscience. On attend d’une production en arts plastiques qu’elle soit bâtie sur une problématique et réponde à certains critères. Or, le maniement d’un logiciel de retouche d’images, par exemple, suppose une bonne maîtrise, une grande rigueur, et pas mal de temps, faute de quoi on s’expose à un résultat décevant. D’un autre côté, les élèves sont animés d’une belle curiosité, qui les conduit à s’essayer à différentes techniques, parfois avec un vrai bonheur. Ils ont même réussi à me surprendre, en démontrant, dans un montage audiovisuel, une maîtrise du son et du rythme à laquelle je ne m’attendais pas ! »

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Unités pédagogiques d’intégration Les unités pédagogiques d’intégration (UPI) sont des classes un peu particulières : elles accueillent des élèves handicapés de niveaux différents, qui suivent ponctuellement certains cours avec leurs camarades du collège, mais ont besoin, dans les autres disciplines, d’un enseignement adapté. Bien que ces élèves ne soient pas, à proprement parler, scolarisés en 4e ou en 3e, le Conseil général des Landes a décidé – en accord avec les équipes éducatives – de les doter au même titre que leurs camarades. Les cinquante élèves des six classes d’UPI du département disposent donc, eux aussi, d’un ordinateur portable qu’ils peuvent utiliser aussi bien au collège qu’à la maison; ils en sont tous très fiers et se déclarent généralement très motivés pour s’en servir. « C’est une machine, on peut l’utiliser et la régler à loisir et selon ses besoins ; c’est un répétiteur inlassable, on peut l’arrêter sans le vexer, sans se préoccuper de ses réactions. Il est régulier, précis et exact ; il fournit un cadre, un contenant qui soutient la concentration des élèves, l’écran focalisant son attention.1 » L’ordinateur est unanimement reconnu comme outil particulièrement efficace pour la mise en œuvre d’une pédagogie différenciée, vraiment adaptée au niveau de chaque élève, dans des classes par essence totalement hétérogènes. ----1 www.lecolepourtous.education.fr

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collège Jacques Prévert, à Mimizan – avril 2009 dans la classe d’UPI avec Alain Leclercq, professeur des écoles, Véronique Girardey, assistante de vie scolaire et François Rohfritsch, assistant d’éducation Tice

/ / / On va sur l’ordi? « Avec l'ordi, on peut tout faire ! Heureusement que ça existe… sinon on serait perdus ! » On parle? À peine franchi le seuil de la classe d’UPI (unité pédagogique d’intégration), nous sommes accueillis en invités… Aymeric, Bastien, Brandon, Cécilia, Coralie, Lydie, Marina, Denis et Miguel nous attendaient, et la présence d’Alain, leur professeur, sait se faire discrète pour laisser la discussion s’engager. Notre curiosité et leur bonne humeur font le reste: leur point de vue sur l’utilité des ordinateurs portables? Très positif, à l’unanimité ! Oui, mais encore ? Certains de leurs arguments nous étonnent: « C’est plus facile, et on a moins mal aux mains! » explique Cécilia. « On gaspille moins de papier », complète Miguel. Brandon : « C’est plus pratique, et on n’a pas besoin de tout le matériel: les stylos, le papier… Avec l’ordi, on peut tout faire ! » La conclusion viendra, catégorique: « Les ordinateurs ? Heureusement que ça existe… sinon on serait perdus! » Alain Leclercq intervient à son tour : « J’ai longtemps travaillé en institut médico-éducatif, avec des enfants autistes beaucoup plus en difficulté que ces élèves, et je sais l’intérêt formidable de cet outil: avoir un ordinateur, quand on est à l’UPI, c’est être comme les autres élèves de 4e et de 3e. L’ordinateur, c’est un médiateur : c’est comme une troisième personne qui dit “oui” ou “non” – ça fonctionne, ou ça ne fonctionne pas. Les choses ne se passent pas en face-à-face avec le professeur. Il n’y a pas d’affect, pas de “allez, vas-y”.» Arrivée de Véronique : « Mon bras droit et mon bras gauche… », souligne Alain avec un sourire, puis de François, l’assistant d’éducation Tice, qui vient, comme chaque semaine, passer une heure en classe d’UPI: « C’est lui qui répare notre ordinateur. Il nous apprend des trucs pour envoyer du courrier, ou bien des raccourcis sur le clavier…» Démonstration. « Maintenant, dit le maître, nous allons voir ce que vous êtes capables de faire. » C’est le signal pour aller s’installer devant les ordinateurs portables installés au fond de la classe. Tout le monde est prêt? La démonstration va commencer. Il s’agit, à la demande du maître, d’ou-

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vrir successivement un certain nombre de documents ou d’applications. « Êtes-vous capables de trouver le menu de la cantine du collège? Et le Conjugueur ? Le dictionnaire Petit Robert ? » Une petite musique signale que les opérations sont réussies. « Maintenant nous allons sur Google Earth, à Paris. Qui va me trouver la tour Eiffel? » Bravo ! « Je leur demande d’accéder à tous les logiciels dont ils ont besoin, au collège ou à la maison, nous expliquera Alain Leclercq. Une manière d’inscrire ces procédures dans les automatismes, pour que cela ne soit pas un problème dans la vie courante. Nous, les adultes, restons en retrait le plus souvent possible, de manière à développer l’autonomie des élèves, et à favoriser l’entraide. Celui qui sait quelque chose peut aider ses camarades. Progressivement, j’essaie de l’amener à dire à l’autre comment procéder, plutôt que de le faire à sa place. »

Aller sur l’ordinateur. Il reste dix minutes avant la fin du cours. Quelqu’un demande : « Alain, on peut aller sur l’ordinateur? » Oui, répond le maître. Nous voilà soudain dans un autre monde. La classe d’UPI, le collège n’existent plus : nous avons devant nous des adolescents qui ont exactement les mêmes centres d’intérêt, le même comportement que les camarades de leur âge. Miguel conduit une voiture dans un environnement urbain digne des meilleures scènes de poursuite d’une série américaine. Brandon cherche une vidéo du rappeur Sinik Big Ali. Curiosité, envies… « Chaque jour, nous explique Alain Leclercq, ils ont un moment pour faire ce qu’ils veulent. Pour eux, “aller sur l’ordinateur”, ce n’est pas travailler, c’est autre chose : YouTube, les jeux, etc. » Comme nous lui faisons remarquer qu’habituellement le monde ludique ne passe pas la porte du collège – officiellement, du moins –, Alain Leclercq nous répond : « Ces élèves ont échoué partout et avec toutes les méthodes. Nous sommes obligés de travailler à partir de ce qui les intéresse. L’ordinateur est l’un de ces moyens. Quand j’entends un élève dire: "Brandon m’a passé un jeu", ça veut dire que l’échange est possible. Et si on est capable de dire : "je vais copier le programme sur une clé USB, et le mettre dans ton ordinateur", c’est toute une compétence qui se développe. Cet

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échange est éducatif. Comment faire, quand on ne sait pas lire, pour reconnaître ce jeu dans l’ordinateur ? Si vous le lui demandez, l’élève vous explique qu’il a remarqué certains détails qui se ressemblent, d’autres qui diffèrent… Petit à petit, on peut l’amener à voir des lettres, qui veulent dire quelque chose. Tout d’un coup, il devient plus attentif. On n’obtient pas ces résultats avec un crayon et un papier ! »

----collège de Labenne – avril 2008 dans la classe d’UPI, avec Bénédicte Brunet, professeur des écoles, et Stéphanie Darrouzet, auxiliaire de vie scolaire

/ / / “Ski me plaît…” «L’ordinateur a changé ma manière de travailler, il me permet vraiment d’adapter mon enseignement aux besoins de chaque élève.» « Quel jour sommes-nous ? » Ludovic, Kévin, David, Aurore, Seymour, Clémentine et Florence sont assis face à Bénédicte, leur professeur, qui inscrit la date au tableau. « Nous allons parler du livre que vous êtes en train de lire1… » On se remémore l’histoire : Tony et Cybèle, leur papa charpentier, les Alpes, la neige… «Je vous ai préparé des mots croisés sur l’ordinateur… » Après un « Ouais ! » collectif de satisfaction, chacun s’installe devant son ordinateur portable, toujours prêt à servir sur les tables installées en périphérie de la salle de classe. Mais, avant de se lancer, il faut d’abord récupérer le document sur le réseau; le professeur rappelle la procédure, répétant encore une fois la formule magique: poste de travail > doc-sur-DC > classe d’UPI > dossier “ski me plaît” > document “mots croisés”… « Qui se rappelle comment on fait les mots croisés? – On clique sur un numéro, explique Aurore, assez fière d’avoir réussi la première épreuve, ça nous donne une définition… » C’est exactement ça. Application, sérieux, calme et concentration… Ludovic a fini; le professeur lui propose d’enchaîner avec un exercice de Mathenpoche. « Les ordinateurs portables ont changé ma manière de travailler, explique Bénédicte Brunet, ils me permettent vraiment d’adapter mon enseignement aux besoins de chaque élève. Par rapport à un certain type de handicap, c’est un excellent médiateur. Nous l’utilisons quotidiennement, et dans toutes les matières, pour des exercices en autonomie. Le traitement

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de texte permet aux élèves de s’affranchir d’une écriture souvent désordonnée et insatisfaisante. Plus largement, les outils numériques dans leur ensemble nous permettent d’“exploiter” tout ce qui est exploitable: dès que nous faisons une sortie, ou une activité particulière, nous prenons des photos, matière à créer des diaporamas, des albums, des films, etc. Et nous avons un projet de site internet ! » ----1 Ski me plaît, de Daniel Meynard (éd. Syros).

----collège René Soubaigné, à Mugron – mai 2009 dans la classe d’UPI avec Caroline Pierré, professeur des écoles et Caroline Pierre, auxiliaire de vie scolaire

/ / / Je sais tout faire! « Taper un texte, me servir de MovieMaker, écrire un message dans Courrier électronique, enregistrer des chansons, télécharger, utiliser le réseau, faire des copier-coller… Tout!» Réflexion. Pour préparer notre venue, Caroline Pierré a demandé à chacun de répondre à un petit questionnaire sur ce qu’il sait faire avec son ordinateur portable : « Vous copiez votre document sur le réseau. Tout le monde y arrive ? – Oui, dit Michaël… » Le professeur pianote sur son ordinateur, et voilà bien vite les réponses affichées et organisées sur le tableau. Avec cet exercice bien connu de la “mise en commun”, c’est la construction d’un savoir collectif qui va alors s’organiser sous nos yeux: ainsi “affichée”, chaque idée complète, précise et enrichit la réflexion com-

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mune. Une page entière de texte s’est progressivement élaborée sur le tableau interactif. François s’applique à lire à haute voix la réponse à la question Que savez-vous faire avec l’ordinateur? : « Je sais tout faire : taper un texte sur l’ordi (traitement de texte), me servir de MovieMaker, écrire un message dans Courrier électronique, enregistrer des chansons, télécharger, utiliser le réseau, faire des copier-coller… Tout! » La fierté de voir affichée cette production collective est manifeste: « En réfléchissant tous ensemble, conclut la maîtresse, vous avez déjà trouvé pas mal de choses… Je vais corriger les fautes, puis vous pourrez récupérer ce document sur le réseau. – Madame, on a tout dit, c’est top! » Action ! « Maintenant, reprend le professeur, vous allez montrer comment vous utilisez les ordinateurs…» On convient vite que les travaux sont tellement variés qu’il est indispensable de s’organiser à l’avance, et Caroline Pierré distribue un rôle à chacun: Guillaume est chargé de montrer sa recherche sur les plantes ; Alexandre va continuer à travailler sur sa lettre au directeur de l’IMP de Mimizan ; Flora nous montrera le logiciel Lecthème ; Laura nous expliquera le fonctionnement de la messagerie. Brian écope de la révision des tables de multiplication sur Quizztop; Michaël va nous faire les honneurs du “Goûter de Noël”, l’un de ses projets personnels, sur MovieMaker ; Aurélien dévoilera un coin de ses talents de graphiste, avec le logiciel Paint, avant de nous montrer une vidéo où on le voit présenter le métier de céréalier, en compagnie de Laura. Dylan nous fera partager sa quête, sur Google Images, d’une illusion d’optique. François n’a encore rien décidé. Antony nous organise une visite guidée de sa bibliothèque musicale, et de ses multiples montages audiovisuels. Quant à Bilal, il est autorisé à faire une démonstration de téléchargement. «Madame, on y va ? » Force est de constater, en passant de l’un à l’autre, que les ordinateurs mobilisent l’attention, canalisent les énergies et développent un vrai désir. Et la créativité est souvent au rendez-vous! « Les ordinateurs ont vraiment changé ma pédagogie, nous confiera Caroline Pierré, à tel point que j’aurais, aujourd’hui, bien du mal à m’en passer. Ici, ils sont toujours près de nous. Bien entendu, nous ne faisons pas que cela, mais nous alternons systématiquement travail sur papier et sur informatique.»

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Ateliers, travaux de groupe et classes à projets Ici, on édite le journal du collège, là on réalise un vrai “jité”, un court-métrage ou un diaporama, on découvre les sciences ou on organise un voyage… Dans tous les cas, les ordinateurs portables sont utiles, voire indispensables. C’est sans doute dans ces espaces moins contraints par les programmes scolaires que peut se développer plus librement un peu de cette pédagogie “constructiviste” que Seymour Papert avait imaginé possible, grâce à la dotation d’un ordinateur pour chaque élève.

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collège Jacques Prévert, à Mimizan – avril 2009 Atelier scientifique d’Isabelle Persillon, professeur de physique, Carole Darracq, professeur de SVT, et Jean-Jacques Cahut, professeur de mathématiques, avec des élèves de 4e et de 3e

/ / / L’atelier sciences Ici, on se pose des questions, on cherche sur internet, on fait des expériences, on prend des photos, on fait des affiches, on alimente un blog… Bref, bien que l’on soit encore “entre les murs” à l’heure où certains camarades quittent le collège, on n’a pas le temps de s’ennuyer. C’est l’effervescence dans la salle de physique. Ambiance d’atelier, sérieuse, et décontractée à la fois. Ici et là, par petits groupes, on s’active autour d’une expérience, on discute ferme… Un premier microsondage nous permet de prendre la température : « Ce n’est pas du travail comme en classe, c’est plus “cool”, moins contraignant. ¶ Venir ici, c’est un peu un privilège : ça nous fait découvrir plein de choses. ¶ Ça m’intéresse : je veux faire un doctorat de biologie. ¶ Aux informations, ils racontent des choses, mais ce n’est pas très précis : ici, on apprend plus ! » Atelier. Les professeurs sont très sollicités : laisser s’épanouir les initiatives, tout en canalisant les énergies n’est pas exactement de tout repos… «Notre atelier scientifique en est à sa quatrième année de fonctionnement, nous explique Isabelle Persillon. Nous sommes trois enseignants à nous relayer pour encadrer vingt-cinq élèves pendant deux heures, chaque vendredi après-midi. Cette année, nous avons choisi de creuser la question du réchauffement climatique. Nous fixons aux élèves des objectifs, avec des échéances ; et, quand nous serons prêts, ils iront présenter leurs recherches aux élèves des écoles primaires.» La parole aux collégiens . Expérimenter. C’est assez intéressant parce qu’on voit ce qui se passe, en vrai. ¶ Nous, avec de la glace pilée et du sel, on a créé un nuage… Mais les photos ne sont pas très réussies, alors on recommence! ¶ Pour notre

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expérience, il nous faudrait deux verres, un film plastique, deux thermomètres, de l’eau et du soleil. Affiches. Pour faire tenir tous nos documents dans l’affiche, il a fallu résumer ! Chercher. C’est long : un jour, j’ai cherché pendant deux heures sans rien trouver! Alerte. Toutes ces îles qui peuvent couler, c’est alarmant. ¶ Ici, on apprend ce qu’on pourrait faire pour éviter le pire. ¶ Il faudrait moins utiliser nos voitures, prendre les transports en commun, et faire attention à la nature. ¶ Il faut réduire notre consommation d’énergie. ¶ C’est dur de moins polluer, parce qu’on a nos habitudes… ¶ Ce n’est pas impossible, mais il faut réagir maintenant… ¶ Ce n’est pas une classe qui va modifier le monde ! On va déjà essayer de sensibiliser le collège, et si les élèves en parlent à leurs parents, les parents à leurs amis… La tempête du 24 janvier 2009. J’étais dans mon lit, je dormais. ¶ Il y a eu des vents jusqu’à 185 km/h et des vagues de 13 m à Biarritz. Dans les Landes, 60 % de la forêt est détruite. ¶ Nous avons cherché des articles dans le journal et sur le site de la météo : c’est un cyclone extra-tropical, de type "bombe"; en fait, c’est le chaud et le froid qui se rencontrent. ¶ Certains pensent que cette tempête est due au réchauffement climatique et qu’il y en aura d’autres, plus violentes. Écrire. Quand on aura terminé notre expérience, on la mettra sur le blog. Écouter. L’autre jour, on a eu une conférence d’une personne du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Outils numériques. Le protocole de l’expérience, on l’a trouvé sur internet. ¶ Avec les ordinateurs, nos affiches sont plus lisibles et plus esthétiques. ¶ On utilise aussi le visualiseur, pour filmer nos expériences. ¶ Si on n’avait pas les ordis, on ne pourrait pas faire de blog, et les gens ne pourraient pas aller voir. ¶ C’est plus intéressant et amusant à faire sur l’ordinateur que par écrit (sic). ¶ On écrit mieux, et plus vite, avec l’ordinateur qu’à la main. »

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collège François Truffaut, à Saint-Martin-de-Seignanx Classe de 3e “médias” avec Claudine Haira, professeur documentaliste et Lilly Vogel, professeur de lettres classiques

/ / / La classe médias « Comme les élèves disposaient d’un ordinateur personnel, l’idée de travailler sur les médias s’est imposée tout naturellement. » C’est l’une des cinq classes “à PEM” (projet éducation aux médias) de l’académie de Bordeaux1. À ce titre, elle bénéficie du soutien du rectorat et du Conseil général des Landes. « Si vous n’avez pas encore mis votre article en ligne, faites-le, et tenez compte de mes remarques pour en produire une seconde version…» Nous sommes dans la classe de 3e médias, c’est Lilly Vogel, professeur de lettres classiques, qui parle. Elle intervient aujourd’hui en tandem avec Claudine Haira, professeur documentaliste pour accompagner les élèves qui finalisent le prochain numéro du journal de la classe – La Gazette du Net – à lire prochainement sur internet. Visite guidée de quelques travaux en cours… Partager ses passions. Nicolas met la dernière main à son article sur le rugby. « Je fais partie de la section rugby du collège, et du club de SaintMartin-de-Seignanx. Et je suis supporter de Bayonne! Pour ce premier article, je vais parler du rugby en général. J’ai écrit un premier texte directement sur l’ordinateur. Mon professeur de français l’a relu et corrigé deux fois ! Maintenant, c’est bon : on va le mettre sur le site. » Reste encore la question de l’illustration : « On nous a conseillé un site où j’ai trouvé des images libres de droits… » Témoigner. « Chaque année, des centaines de millions de personnes en détresse tentent l’impossible dans le but de trouver une vie meilleure, de l’autre côté de la frontière. Mais après leur arrestation, leur situation devient compliquée », écrivent Élodie et Clémence. « Le CRA est-il une prison ? » se demande Pauline en écho. « Le CRA (Centre de rétention administrative), c’est un lieu où l’on enferme les sans-papiers avant de les renvoyer dans leur pays. Quand on nous a parlé d’aller visiter celui d’Hendaye, nous ne savions même pas ce que c’était, encore moins qu’il y en avait un tout près d’ici! Nous avons rencontré des policiers, des infirmières et des représentants des associations qui aident les détenus. Nous avions

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préparé des questions, mais leurs réponses nous ont semblé plutôt contradictoires : d’un côté, on nous a expliqué que le CRA n’est pas une prison, mais d’un autre les infirmières nous ont dit qu’il y a déjà eu quatre tentatives de suicide en six mois ! » Nos deux jeunes filles ont décidé d’écrire cet article pour témoigner : « Nous avons réuni nos idées, puis cherché, avec notre professeur de français, des angles de vue qui nous permettraient de traiter le sujet en plusieurs articles.» Élodie et Clémence ont choisi d’évoquer la vie et les rêves des migrants. Une écriture à quatre mains qui s’est surtout élaborée par téléphone, explique Clémence avec un sourire : « Le soir, on échangeait nos idées, et je notais au brouillon… » Témoigner (encore). Pour construire son article sur les jeux vidéo, Benjamin s’est appuyé sur son expérience personnelle: « Je ne suis pas “accro”, nous explique-t-il. Mais à un moment, je l’étais un peu. Mon grand frère m’a parlé ; il m’a bien expliqué que la scolarité, c’est quand même plus important, et je me suis calmé… Mais au passage, j’ai pu me rendre compte que c’est assez compliqué d’en sortir! » Pense-t-il pour autant qu’il ne faut pas toucher aux jeux informatiques? « Non, je ne dis pas ça: on peut jouer, mais avec modération ! » ----1 http://www.ac-bordeaux.fr/pedagogie/education-aux-medias.html http://classe.medias.free.fr

----LE POURQUOI ET LE COMMENT Comment est née cette classe médias ? Claudine Haira (CH) : « Après avoir participé à la classe cinéma du collège, nous avions pris l’habitude de travailler ensemble, et nous avions envie, avec Lilly Vogel, de prolonger cette expérience sous une autre forme. Nous sommes donc à l’origine du projet, auquel s’est associé Olivier Hamant, professeur de mathématiques. Comme les élèves disposent d’un ordinateur personnel, l’idée de travailler sur les médias s’est imposée tout naturellement.» Lilly Vogel (LV) : « Notre propos, c’est d’offrir à nos élèves une ouverture sur le monde – c’est-à-dire sur un grand nombre de questions – et, à partir de là, mettre en jeu la réflexion et l’esprit critique. »

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Pourquoi un journal en ligne ? LV : « Nous ne voulions pas en rester à l’étude des médias, mais amener nos élèves à développer un certain sens critique par rapport à tout ce qu’ils peuvent entendre ou voir. Qu’ils en viennent à regarder les médias d’un autre œil. Nous avons donc souhaité les mettre en situation de travailler eux-mêmes comme des journalistes: produire un journal sur internet nous permet à la fois de travailler l’écrit et la photo, mais aussi le son et la vidéo. » CH : « Notre propos est de traiter de tous les supports qui véhiculent de l’information. En début d’année, nous avons travaillé sur la presse écrite, puis sur le reportage télévisuel. Un peu plus tard, nous nous intéresserons à la radio. Internet, c’est tout le temps ! » Comment se font les choix ? LV : « Plusieurs sujets viennent des élèves eux-mêmes, et de leurs centres d’intérêt. D’autres leur sont imposés : c’est le cas pour le cross du collège, que nous avons considéré comme un entraînement : tout se passait sur place, il y avait un grand nombre de personnes à qui poser des questions. Nous venons d’attaquer un plus gros morceau avec cette enquête sur l’immigration. Nous avons commencé par des recherches sur internet, toujours à l’aide des ordinateurs portables : qu’est-ce que l’immigration régulière ? l’immigration irrégulière ? un centre de rétention administrative (CRA) ? Quelles sont ces associations qui interviennent auprès des immigrés ? Ensuite, nous sommes partis à Hendaye – en autobus – pour visiter le CRA où ils ont pu rencontrer des policiers, des responsables du centre et des associations, des infirmières, etc. Pour nos élèves, c’est une expérience exceptionnelle : ils ont eu un aperçu assez complet de la situation. À eux maintenant de réfléchir… Plusieurs élèves ont produit de très bons textes sur le sujet. [À propos de l’élève qui a repéré des contradictions entre les différents témoignages.] C’est exactement le but recherché : qu’ils fassent preuve d’esprit critique par rapport à ce qu’ils observent, aux discours des gens qu’ils rencontrent. » Quelle est la place des outils informatiques dans ce projet ? LV : « Cette expérience ne serait pas envisageable sans les ordinateurs portables, car cela demande beaucoup de travail personnel de la part des élèves ; ils doivent faire des recherches, rédiger les articles, travailler les vidéos, les photos, le son, mettre en ligne leurs articles… Tout se fait à partir de leur ordinateur ! » Mettre en ligne, c’est compliqué ? CH : « Nous n’avions jamais fait de site internet. Ce n’est finalement pas si compliqué, mais ça suppose un apprentissage. J’apprécie la méthode de Stéphane, l’assistant d’éducation Tice du collège : il ne fait rien à notre place, mais il est toujours disposé à nous expliquer comment on doit procéder. Du coup, je suis en apprentissage, et ça me demande du temps, mais à terme, je serai autonome ! » ----Olivier Hamant est professeur de mathématiques : « J’ai accepté de m’associer au projet de classe médias, dans la mesure où les domaines abordés m’intéressent beaucoup. Mais comment y trouver ma place, en tant que professeur de mathématiques ? Mon idée de départ, c’est qu’il existe une certaine parenté entre la manière dont on tient un raisonnement mathématique et l’analyse critique des médias auxquels nous sommes confrontés : Il faut, dans les deux cas, avoir une approche rigoureuse du phénomène. Sans formaliser outre mesure ce rapprochement, je l’ai évoqué avec les élèves. Et maintenant que le site internet est en place, ma contribution va consister à proposer des sujets scientifiques. Nous avons, par exemple, commencé à travailler sur l’histoire des sciences à propos de Thalès et de Pythagore. »

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collège Lubet Barbon, à Saint-Pierre-du-Mont – avril 2009 Classe à projet artistique et culturel

/ / / Rêveurs d’Islande Qui a dit que les adolescents d’aujourd’hui n’aiment pas lire ? Rencontre avec une poignée de professeurs déterminés1 qui ont su concrétiser un grand rêve collectif, né de la curiosité de jeunes lecteurs passionnés. Monique Arbieu : « L’histoire commence il y a trois ans. Nous avons étudié Voyage au centre de la Terre, de Jules Verne, avec une classe de 4e. Grâce aux ordinateurs portables, les élèves ont mené une recherche documentaire à partir de ce roman: leur investissement, leur enthousiasme, la qualité de leur travail ont dépassé toutes mes attentes. Je me suis alors avisée que l’on pourrait fédérer plusieurs enseignements autour de ce livre : la géographie (le roman se passe en Islande), les sciences de la vie et de la Terre (c’est en entrant par un volcan éteint, le Sneffel, que les héros entreprennent leur voyage), l’anglais, la musique, etc. De là est né le projet d’une classe “à PAC” (projet artistique et culturel) que nous mettons en œuvre cette année, pour deux ans, avec 26 élèves de 4e. […] Grâce au service culturel de l’ambassade de France, nous sommes entrés en contact avec une collègue islandaise, professeur de français. Chaque élève a maintenant un correspondant avec lequel il a la liberté de communiquer par mail – en anglais –, et les Islandais projettent de venir nous rendre visite en octobre prochain. » Pierre Regazzoni : « Le rectorat a retenu notre projet comme “innovant”, en raison de son interdisciplinarité, de la mise en pratique de l’anglais et de l’utilisation des Tice. En effet, la place des outils informatiques est ici tout à fait essentielle. Nous attendons maintenant de savoir si notre candidature sera retenue au titre du programme Comenius2, ce qui nous permettrait d’envisager, à notre tour, un voyage en Islande, en juin 2010. » Christelle Saboureau : « Nous demandons à nos élèves de fournir un gros travail personnel. Dans la mesure du possible, nous infléchissons certains de nos cours : en SVT, par exemple, nous avons appliqué la volcanologie et la tectonique des plaques à l’exemple de l’Islande…»

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Monique Arbieu : « Les élèves découvrent ainsi naturellement l’intérêt d’étudier la littérature. Ce contexte de projet a libéré des énergies, c’est aussi quelque chose de très fédérateur : en avançant ensemble, le groupe se soude, chacun est conduit à porter un autre regard sur lui-même, et sur les autres… »

30 septembre 2009. Voilà un nouveau tournant de l’histoire: les Islandais sont arrivés avant-hier ! Du côté français, la bonne nouvelle est tombée pendant l’été : élu au titre du programme Comenius, le projet va bénéficier d’un soutien financier de l’Union européenne, ce qui va permettre un voyage en Islande pour toute la classe, au printemps prochain. Huit heures du matin. Le brouillard s’accroche encore, gommant les contours et les arrière-plans : un vrai temps à l’islandaise… Une petite troupe d’adolescents plus ou moins bien réveillés se rassemble dans la cour du collège. Un peu à l’écart, des parents d’élèves, qui ont tenu à participer à ce petit déjeuner d’accueil organisé par le collège, entament la discussion avec les professeurs: « Je n’avais encore jamais entendu mon fils parler en anglais ! Parce que vous savez, à la maison, depuis deux jours, on est tous obligés de s’y mettre ! Et ça ne nous fait pas de mal…» Sourires. Visiblement, les choses se passent plutôt bien, et les outils numériques n’y sont peut-être pas complètement étrangers: « Avant de se rencontrer, ils se connaissaient déjà, par Facebook! » Et là aussi, tout le monde s’y met: «Mon mari a trouvé un traducteur en anglais sur internet, et nous avons transmis un message aux parents de notre correspondant, pour les prévenir que leur fils était bien arrivé. En retour, ils nous ont envoyé des photos de leur maison. Entièrement en bois ! Pour moi, ça ressemble à une datcha, mais je ne crois pas que ça s’appelle comme ça! » Du côté des collégiens, on s’interpelle, visiblement heureux de se retrouver. Quelqu'un me glisse: « Les Islandais ? Ils sont faciles à reconnaître: ce sont les blonds. » Puis, avec un sourire espiègle : « sauf exception ! » Rien n’est simple… Pour le moment, le voyage ne fait que commencer, et ces dix jours semblent encore une éternité pour ces adolescents qui viennent de si loin, de

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si froid, de si différent… À l’heure où, selon la formule consacrée, nous mettons sous presse, nous ne connaissons pas l’épilogue de l’histoire. Nul doute que ces découvertes partagées laisseront des traces dans les esprits et les cœurs de ces adolescents, et gageons qu’ils se souviendront de Jules Verne… et de leurs enseignants. Quant à savoir ce que viennent faire les outils numériques dans l’histoire, la question ne se pose même pas: ils sont là, et on s’en sert ! ----1 Monique Arbieu enseigne le français, Pierre Regazzoni, l’histoire et la géographie, Christelle Saboureau, les SVT, Véronique Lhost, l’éducation musicale, et Alain Lucotte, l’anglais. 2 http://www.europe-education-formation.fr/comenius.php

----collège René Soubaigné, à Mugron – mai 2009 Atelier journal télévisé, de Laetitia Bernizan et Caroline Pierré, avec des élèves de 6e et de 5e

/ / / Les coulisses du “Jité” « J’aime bien passer devant la caméra… Quelquefois, on fait des mauvaises prises parce qu’on rigole ! » En contrepoint de sa fonction d’assistante d’éducation Tice, Laetitia Bernizan a réussi à convaincre Sue Galand, professeur d’anglais, de faire vivre, avec elle, le site internet du collège: « Nous ne voulions pas un site statique, mais du son, des vidéos… de la vie quoi ! » L’idée de faire un vrai JT (journal télévisé) était née. C’est alors Caroline Pierré, professeur des écoles, chargée de la classe d’UPI, qui s’est retrouvée embarquée dans l’aventure. Silence, on tourne ! Nous avions annoncé notre visite, et l’idée de nous interviewer, pour la prochaine édition du JT, sur le thème de la presse, s’est vite imposée. Nous voilà donc installés dans le bureau de Laetitia transformé pour l’occasion en plateau de télévision. La caméra est posée sur un pied, Alexandre relit ses notes : c’est lui qui va faire le journaliste, pendant que Johanna s’occupera de la caméra. Le comment et le pourquoi du journal En Connexion, la raison de notre présence dans leur atelier: ils veulent tout savoir ! Nous essayons de nous prêter au mieux à cette séance de l’arroseur arrosé… L’heure du bouclage. Dans la salle informatique voisine, on s’affaire à mettre la dernière main à la prochaine édition du journal. Aux com-

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mandes de logiciels complètement inconnus de la plupart des adultes non spécialistes, ces jeunes élèves interviennent sur le son et l’image avec autant de facilité que s’ils manipulaient un simple traitement de texte! Laetitia Bernizan et Caroline Pierré ne ménagent pas leurs efforts pour répondre aux questions, aider à réfléchir, valider les choix… On le sent bien, l’heure du bouclage qui approche fait monter la pression, dans cette salle de rédaction un peu particulière. « Il faut couper tous les sons qui ne vont pas, et tous les blancs! », explique Marion, qui peaufine une bande-son sur Audacity, avec Lucile et Marina. Un peu plus loin, Lucie, Emma et Cheryle visionnent, via Pinnacle Studio, des rushes tournés dans le gymnase: « Ce sont des élèves de 4e, en train de s’échauffer en musique… » Chloé, Clémence, Johanna et Mathieu choisissent la police du titre qui annoncera leur sujet sur la tempête : « Mon papa, qui est pompier, nous a donné des photos. Et nous sommes allés voir un agriculteur: il nous a montré des serres abîmées, des tôles décrochées, des champs dévastés. Enfin, nous avons pris des photos de la forêt… » Anaïs, Adrien, Alexandre enregistrent de la musique « pour ajouter par-dessus les images » de leur sujet sur la piscine. Présentateurs. Sandra, Nelly et Alexandre, qui présenteront la prochaine édition du JT, viennent de terminer la rédaction de leurs textes de lancement des sujets ; ils sont prêts pour une répétition générale: « Aujourd’hui, nous allons vous proposer trois reportages… » Lire un texte tout en restant naturel, l’exercice n’est pas si facile qu’il y paraît! « J’aime bien passer devant la caméra, vient de nous déclarer l’un de leurs camarades, présentateur d’une précédente édition. Quelquefois, on fait des mauvaises prises parce qu’on rigole ! » Aimer ! Voilà le mot qui revient quand on demande à nos journalistes en herbe pourquoi ils ont choisi cet atelier: « J’aime que notre travail soit visible sur le site du collège. – J’aime préparer les interviews. – J’aime faire les reportages, et aussi le montage. – J’ai aimé travailler sur le club de basket de Saint-Aubin… » Quant au mot de la fin, il revient à Alexandre: « Il nous manque encore une musique pour notre sujet sur les déchets, et le journal sera fini ! Et on pourra aller le voir sur internet…» ----http://webetab.ac-bordeaux.fr/Etablissement/ Mugron/index.htm

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Gestion de la vie scolaire Saisie des notes, édition des bulletins scolaires, rédaction et publication des cahiers de textes sur internet, gestion des absences, retards, dispenses, etc., édition de courriers et envoi de SMS aux familles…, il est aujourd’hui tout à fait possible – avec les ordinateurs portables – de gérer toute la vie scolaire dans un même environnement numérique, accessible à tous – sous certaines conditions – via le réseau du collège ou internet.

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Collège de Linxe – octobre 2008.

/ / / Une initiative qui fait l’unanimité En ce début d’année scolaire 2008-2009, la grande affaire, ici, c’est la mise en œuvre d’un logiciel de gestion de la vie scolaire1, avec publication de certaines informations – en direct – sur internet. ----Le principal…

«Nous diffusons désormais le cahier de textes rempli directement par chaque enseignant, depuis son ordinateur portable…» « C’est ma première année au collège de Linxe, nous explique le principal, Philippe Lesca. En arrivant ici, j’ai constaté que la collectivité territoriale faisait un effort particulièrement important en terme d’équipement numérique, et que l’équipe pédagogique était très investie dans l’utilisation de ces outils. Alors, dans la mesure où tous les professeurs sont dotés d’un ordinateur portable, et toutes les salles câblées, j’ai proposé que l’appel des élèves soit fait de façon électronique. Tout est désormais centralisé sur le serveur du collège, et nous pouvons savoir heure par heure qui est absent. Ensuite, comme tous les professeurs ont adhéré à la démarche, nous avons progressivement étendu l’utilisation du logiciel de gestion de la vie scolaire à tout ce qui concerne les notes, les bulletins trimestriels, etc., et mis en ligne un certain nombre d’informations en utilisant une extension de ce logiciel2… Grâce à un identifiant et à un mot de passe, les élèves, parents ou professeurs peuvent avoir accès aux informations les concernant. Les familles disposent d’un nouveau moyen de suivre la scolarité de leurs enfants (emplois du temps, professeurs absents, agenda de la semaine). Les professeurs peuvent, depuis chez eux, saisir les notes, les appréciations, etc. Et, en accord avec l’équipe pédagogique, nous publions maintenant le cahier de textes rempli directement par chaque enseignant, depuis son ordinateur portable: les élèves et leurs parents ont donc accès aux devoirs qui sont à faire, aux leçons qui sont à apprendre. Et ça marche ! Nous avons un taux très important de connexions: depuis la mise en place du système, plus de la moitié des parents (de la 6e à la 3e) se sont connectés au moins une fois; jeudi dernier, par exemple, nous avons

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enregistré 80 connexions, vendredi 62. Côté élèves, le premier mois, il y a eu 1 507 connexions – et tous se sont connectés au moins une fois. Je vais maintenant proposer que nous ajoutions un volet à notre projet d’établissement pour essayer de faire du collège de Linxe un pôle d’excellence autour du numérique… Nous ne basculons pas pour autant dans le tout informatique : notre seul objectif, c’est de permettre aux élèves de mieux réussir, et aux familles de mieux suivre la scolarité de leurs enfants – celà grâce au matériel mis à disposition par le Conseil général, à la volonté de l’équipe pédagogique, et aux investissements propres au collège notamment pour les logiciels. » ----Le conseiller principal d’éducation…

«Nous suivons les relevés de présence en temps réel, heure par heure…» Florent Bousquet est conseiller principal d’éducation (CPE). « Nous avions déjà essayé de nous doter d’une plate-forme pour y installer le cahier de textes électronique. Et voilà qu’à son arrivée, notre nouveau principal nous propose d’aller plus loin dans cette démarche en systématisant l’usage du logiciel Pronote ! Cela correspondait vraiment à une attente. Les professeurs, les surveillants, tout le monde s’y est mis, et en deux jours le système était opérationnel ! Aujourd’hui, nous suivons les relevés de présence en temps réel, heure par heure, et le cahier de textes de chaque classe est tenu à jour systématiquement en fin de cours. Certains enseignants y inscrivent simplement le travail à faire, d’autres y déposent le contenu du cours, ce qui permet aux absents de se tenir au courant. Pour les parents, l’intérêt, c’est de disposer d’un accès direct à des informations qui leur permettent de mieux suivre la scolarité de leur enfant. Je leur conseille de consulter régulièrement le site, en insistant sur les deux parties qui me paraissent les plus importantes: le travail à faire et les notes. Je peux vous citer une petite aventure qui vient d’arriver à mon fils, élève en classe de 6e. À cet âge, on n’est pas encore parfaitement au point sur la méthodologie; au moment de faire ses devoirs, il constate qu’il avait écrit sur son cahier de textes : “exercice nº 1, p. 84”… Mais dans quelle matière ? Impossible de s’en rappeler… Je me suis alors connecté à Pronote et j’ai trouvé qu’il s’agissait d’un cours de musique. Ouf, sauvé! […] Pour définir mon métier, je dis volontiers que je suis parent de trois cents élèves ! Ce qui veut dire que j’adopte exactement la même stratégie

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avec chaque élève du collège qu’avec mon fils, à la différence près qu’avec lui je peux jouer sur la dimension affective. Un enfant, dès l’instant où il sait que des règles existent, et qu’il les connaît, se sent en sécurité. Si je sanctionne un élève, ce n’est pas pour le plaisir de la sanction, mais parce que je dois le faire. Mon action se définit également dans une dynamique qui inclut les professeurs, les parents et les autres membres de l’administration du collège. Je suis un peu le facilitateur, la charnière qui permet que les choses soient réalisables. Je suis un “accro” de l’informatique. Je considère que l’ordinateur est avant tout un outil de communication. Au collège son usage est devenu quotidien, et cela va très loin: jusqu’en salle d’étude, par exemple, où nous disposons d’un outil pour visualiser ce que font les élèves: ils peuvent ainsi se servir de leur ordinateur portable, et nous sommes assurés qu’ils ne font pas de bêtises. Aujourd’hui les élèves, parce qu’ils disposent personnellement de cet outil et le maîtrisent, deviennent plus dégourdis. Si, au début de l’opération, nous avons pu constater quelques dérives, il y en a aujourd’hui beaucoup moins, dans la mesure où nous avons très fermement réagi. Ces outils nous offrent l’occasion d’apprendre aux collégiens certaines règles d’usage, dans un domaine où les familles se sentent quelquefois démunies. À nous de leur montrer que les adultes gardent la maîtrise dans ce domaine. Heureusement, il existe des gens compétents qui nous fournissent les pare-feu adaptés. Je suis convaincu qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de métier sans aucun lien avec l’informatique. Et si le collège peut apporter des compétences dans ce domaine, eh bien tant mieux ! Autant mettre le maximum de chances du côté de nos élèves, non ? » ----L’assistant d’éducation Tice…

«Tout se fait par internet!» Arnaud Micaletti est l’assistant d’éducation Tice (technologies de l’information et de la communication pour l’éducation) du collège; il a participé à la mise en place de Pronote sur le plan technique, et il est chargé de veiller, au quotidien, à son bon fonctionnement. « Pronote permet de gérer tout un établissement scolaire: des absences, aux bulletins de notes, en passant par les emplois du temps, les remplacements de professeurs, etc. Chaque utilisateur – professeur, personnel administratif, famille, élève, dispose d’un mot de passe qui lui permet de se connecter sur son espace spécifique.

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C’est magique ! Je suis moi-même surpris par la qualité de ce logiciel et par toutes les possibilités qu’il offre… […] Tout a pu se mettre en place très vite, dans la mesure où les enseignants étaient très demandeurs d’un cahier de textes en ligne, et de la possibilité de travailler en ligne depuis leur domicile, par exemple pour saisir les notes de leurs élèves. Maintenant, ils peuvent tout faire, de n’importe où – y compris de l’autre bout du monde, s’ils en ont envie, pendant les vacances –, et n’importe quand: tout se fait par internet. Et tout est parfaitement géré.» ----Les parents d’élèves…

«Je peux suivre plus facilement les résultats scolaires de mes enfants.» « C’est une réussite ! Les informations communiquées sont intéressantes et utiles. Les professeurs alimentent avec rigueur ce site et c’est un très bon outil complémentaire… » C’est Sylvie Fourgs qui signe ce mel, spontanément adressé au principal du collège de Linxe, pour témoigner sa satisfaction. Rencontre avec cette maman de deux enfants: Thomas, en 4e et Léa, en 6e. « Le logiciel est très facile d’accès. Naturellement, ce qui m’intéresse au premier chef, c’est de suivre les résultats scolaires de mes enfants. Pour Thomas, qui est en 4e, j’ai même accès à une courbe de progression de ses moyennes depuis la 6e ! Nous consultons aussi très régulièrement le cahier de textes : très pratique pour éclaircir une question, retrouver le numéro d’un exercice, etc. On y trouve aussi le contenu de certains cours, ce qui est très bien en cas d’absence – et pour moi, c’est intéressant de savoir exactement où ils en sont. Bien entendu, aucun logiciel ne remplacera le contact direct avec les enseignants. Mais certaines choses peuvent devenir plus simples: jusqu’à présent, par exemple, pour obtenir un rendez-vous, il fallait écrire sur le carnet de liaison, et faire plusieurs navettes avant d’avoir trouvé une date et une heure. Ça prenait facilement plusieurs jours. Sur Pronote, nous avons la possibilité d’envoyer un mail au collège, qui se charge de le transmettre au professeur concerné. » -----

Mayie Gilly s’occupe de la section locale d’une fédération de parents d’élèves. Sa fille Émila est en 3e : « L’ordinateur ? Non seulement c’est dans l’air du temps, mais c’est devenu indispensable. Ma fille avait déjà connaissance de cet outil à la maison, mais elle a quelques amis qui n’en

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avaient pas. Nous avons installé un contrôle parental, et nous avons fixé des conditions très précises d’accès sur internet : en semaine, elle peut se connecter une heure, le soir, après les devoirs et avant le dîner, mais pas plus. Elle nous dit qu’elle est bien la seule dans ce cas, et se trouve vraiment démodée : beaucoup de ses camarades se connectent le soir, parfois tard… Je me suis rendu compte que depuis l’année dernière, elle a nettement progressé dans sa façon de se servir de l’ordinateur: elle fait aujourd’hui tout naturellement des choses qui lui étaient moins familières. Notamment pour les recherches. Alors qu’en 6e et 5e, je devais souvent lui dire “tu devrais chercher…” c’est aujourd’hui devenu automatique : elle se débrouille sans moi, elle sait tout de suite où aller, dans quel moteur de recherche trouver ; elle suit des voies dont je n’aurais pas forcément eu l’idée… Elle a vraiment appris cela, ici, au collège. L’ordinateur, ce n’était pas nouveau pour elle, puisque nous sommes équipés depuis qu’elle est toute petite, mais elle a découvert que ça peut être un outil de travail, alors qu’avant, elle le considérait plutôt comme un objet ludique (Quand j’ai moi-même appris à m’en servir, il y a plus de dix ans, je n’imaginais même pas que l’on puisse jouer sur un ordinateur !). Je pense sincèrement que nous avons beaucoup de chances que ces outils aient été confiés à nos enfants. » Et Pronote ?

« GÉ-NIAL ! Hier, ma fille avait un contrôle de mathématiques dans la matinée. Je consulte Pronote dans l’après-midi, et son professeur avait mis le sujet en ligne, dans l’heure qui a suivi le contrôle ! J’ai directement accès à certaines informations que ma fille ne me donnerait pas – non pas qu’elle veuille les cacher, mais qu’elle n’y penserait probablement pas. Quand elle rentre du collège, je ne vais pas me mettre à la questionner systématiquement ! Là, je suis au courant. Et en plus, c’est vraiment bien fait.» Ça pourrait parfois la déranger ?

« Oui ! Au début, elle n’était pas très contente : qu’elle-même ait accès à toutes ces informations, parfait, mais que ses parents y aient accès de la même façon, ça la dérangeait un peu : “On va être fliqués…” C’est maintenant devenu un fait, un acquis. » Et dans la relation entre le collège et les familles?

« Ce qui est bien, avec Pronote, c’est que l’accès à l’information est très rapide. Au niveau des associations de parents d’élèves, nous demandons toutefois que les documents écrits ne disparaissent pas pour autant : le support papier reste important pour relayer, ou rappeler les choses importantes. »

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----Les enseignants…

«Je peux comparer la note d’un élève à la moyenne de la classe, suivre son évolution d’un devoir à l’autre.» Nous voici de nouveau à Linxe pour dresser un premier bilan, après un an d’utilisation. « L’outil est devenu transparent», nous expliquent ces enseignants3 rencontrés en salle des profs, qui parlent avec une grande simplicité d’un fonctionnement maintenant bien installé. À les écouter, on comprend vite qu’ici, on n’est pas du tout prêt à faire machine arrière! La publication du cahier de textes et des notes sur internet ne présenterait-elle pas quelques effets pervers ? On pourrait objecter, par exemple, le risque de culpabiliser les parents qui ne peuvent pas suivre au jour le jour le travail de leur enfant, ou bien celui d’infantiliser les élèves…

– Nous fournissons l’information, c’est aux parents de décider d’aller la chercher ou non. Il peut arriver, dans le cas de familles dont les parents sont divorcés, que certaines données aient un peu de mal à circuler: ce système permet de mettre tout le monde à égalité. Mais certains parents peuvent aussi décider de faire confiance à leur enfant, et préférer lui laisser une grande autonomie dans son travail. Ils gardent toujours la possibilité d’accéder à des données fiables, quand ils le souhaitent. – Si vous voulez parler des familles qui n’ont pas la possibilité de suivre leur enfant comme elles le voudraient, l’existence de ce système ne change pas grand-chose. À l’inverse, j’ai parfois rencontré des parents de bonne volonté, mais désarmés : à partir du moment où le cahier de textes de leur enfant était mal rempli, ils n’avaient aucun moyen de l’accompagner dans son travail à la maison. D’autre part, ils ne connaissaient pas toutes les notes, et surtout pas les mauvaises… Vous vous déclarez donc satisfaits après un an de pratique au quotidien ?

– L’outil nous simplifie la vie. Il rassemble et met à notre disposition un ensemble de ressources que nous n’avions pas forcément sous la main au moment opportun : je pense, par exemple, au trombinoscope de toutes les classes, avec les adresses et les numéros de téléphone, au fait de savoir si l’enfant est demi-pensionnaire ou non, de disposer des emplois du temps de chaque classe et de chaque professeur… – Les professeurs principaux peuvent accéder, en direct, aux résultats de chaque élève de leur classe, dans toutes les autres matières: très efficace

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et très rapide pour repérer ceux qui ont besoin de soutien. De même, la possibilité de consulter le détail des absences, des retards, des visites à l’infirmerie, des sanctions, etc., représente une vraie passerelle entre la vie scolaire et la vie pédagogique: on améliore beaucoup le suivi de chaque élève, on a moins de surprises. Et on évite que certains parviennent à s’installer dans un certain flou, en jouant sur le manque de communication entre l’établissement et les parents, entre les enseignants et la vie scolaire… La mise à jour systématique de votre cahier de textes numérique représente-t-elle une charge de travail supplémentaire ?

– Aucune, dans la mesure où nous devions, de toute façon, comme dans tous les collèges de France, tenir un cahier de textes papier pour chaque classe, de manière à constituer une trace écrite de ce qui a été fait et des devoirs demandés. L’intérêt du document informatique, c’est que les données enregistrées ne se perdent pas d’une année sur l’autre. Vos élèves continuent-ils à tenir un cahier de textes personnel ?

– Nous le leur demandons systématiquement, et de toute façon, il reste encore des familles qui ne sont pas connectées à internet. Les 6e et les 5e le font assez facilement, mais, si on n’insiste pas, les 4e et les 3e, qui disposent des ordinateurs portables, prennent vite l’habitude de se reposer sur le cahier de textes numérique ! Par rapport au “sanctuaire” que représente l’école, ce système est tout d’un coup une porte ouverte sur la pédagogie. N’avez-vous aucune crainte à ce sujet ? Pendant l’année qui vient de s’écouler, une communication directe s’est-elle installée avec les parents ?

– C’est effectivement la grande peur de nos collègues qui se déclarent réfractaires à envisager ce genre de dispositif. Ils nous disent: « Si tout ce que nous faisons en classe devient visible, nous allons être submergés par les questions des parents, et par des interrogations de toutes sortes! » Il est vrai que c’est une dérive possible, mais jusqu’à présent, nous n’avons rien noté de désagréable dans ce sens. Si je recevais un mail qui me semblerait déplacé, ou me demanderait de me justifier sur ma fonction ou le contenu de mon enseignement, je ne m’engagerais pas dans une polémique, mais je répondrais en demandant à mon interlocuteur de s’adresser à mon supérieur administratif, le principal, ou pédagogique, l’inspecteur d’académie. – J’ai, pour ma part, reçu quelques mails de parents, mais il s’agissait essentiellement de demandes de rendez-vous… ----En forme de conclusion (provisoire) Monsieur le principal, pourquoi avoir fait le choix d’un logiciel privé ?

Eh bien, parce que, malheureusement, le logiciel que propose l’Éducation nationale de façon gratuite – qui présente un certain nombre de fonctions

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très proches de celui que nous utilisons – est en retard! Honnêtement, ça marche moins bien, et c’est beaucoup moins bien fait du point de vue ergonomique : un peu plus long, un peu plus lourd, un peu plus compliqué d’utilisation, un peu moins performant… Votre expérience fait école, puisque d’autres collèges landais viennent de s’équiper à leur tour d’un logiciel de vie scolaire ?

Oui ! À Labenne, Soustons et Mont-de-Marsan (Victor Duruy), on vient de s’y mettre… D’autres collègues m’ont appelé pour savoir comment ça fonctionne, et je les invite bien volontiers à venir voir directement sur place, car je suis très ouvert à partager notre expérience. J’insiste toujours sur le fait que j’ai de la chance d’avoir ici une équipe d’enseignants qui acceptent de me suivre dans cette démarche. Car, pour que ça marche, il faut réunir un ensemble de paramètres, matériels et humains. Vous pouvez avoir la volonté de l’équipe, celle du chef d’établissement, le souhait des familles… Mais, sans un équipement minimal (c’est-à-dire un certain nombre d’ordinateurs, les réseaux câblés, etc.), vous n’y parviendrez pas. À l’inverse, tout ce matériel ne fonctionnera jamais sans la volonté des équipes, ni sans l’impulsion initiale du chef d’établissement. Le chef d’établissement a donc un vrai rôle d’animation et de motivation de son équipe, y compris en matière de Tice ?

Bien évidemment, et cela fait même partie de notre mission: nous sommes là pour dynamiser les équipes et les amener vers certaines choses! Je me tiens au courant de ce que les enseignants écrivent dans Pronote. Cela fait partie de ma responsabilité pédagogique, car il est important de rentrer toutes ces informations, pour donner vie au système! À partir du moment où vous avez une visibilité depuis l’extérieur, sur ce qui se fait à l’intérieur du collège, ça pousse tout le monde à une plus grande exigence. ----1 Pronote, logiciel développé par Index Éducation (http://www.index-education.com) 2 Pronote.net est un module complémentaire qui permet de publier sur internet. 3 Yohann Bourille, professeur de technologie, Sébastien Garcia, professeur de sciences physiques et Xavier Duvignac, professeur de mathématiques.

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#4. CE QU’ILS EN DISENT.

Enquête TNS Sofres 2009 En 2008, à l’occasion du renouvellement triennal des ordinateurs portables, le Conseil général des Landes a souhaité mener une investigation poussée auprès des différents acteurs ou observateurs de l’opération “un collégien, un ordinateur portable” pour connaître la réalité des usages. À l’issue d’un appel d’offres, c’est l’institut TNS Sofres qui a été retenu pour conduire ce travail. ----Les résultats de ces enquêtes sont disponibles sur www.landesinteractives.org. Ils ont été présentés le 26 juin 2009, lors de la réunion annuelle du comité de pilotage de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”.

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----À l’automne 2008, une enquête a été conduite dans l’ensemble des collèges publics du département, à la demande du Conseil général des Landes. Plus de 15 000 questionnaires ont été distribués aux enseignants et personnels d’encadrement, ainsi qu’à tous les élèves de 4e et de 3e, et à leurs parents. Premier constat: avec 10261 questionnaires remplis, le taux moyen de réponses à l’enquête est de 65% – ce qui est très satisfaisant –, mais il existe de très grandes disparités entre les établissements, avec des retours qui s’échelonnent entre 19% et 100 %. Dans un second temps, à partir des résultats de cette enquête quantitative, et pour chercher à comprendre pourquoi les enseignants de certaines disciplines du brevet des collèges étaient assez peu utilisateurs, une investigation plus approfondie, et de nature “qualitative”, a été conduite auprès d’un panel d’enseignants (lettres, histoire et géographie, et mathématiques), de huit collèges différents, à raison de dix entretiens par établissement. ----Une participation très contrastée Ce sont les personnels d’encadrement et de vie scolaire qui ont été les plus réactifs avec 77 % de réponses. La participation des enseignants (56%) est par contre assez décevante; elle peut même être considérée comme particulièrement faible au regard des enjeux pédagogiques de l’opération. Avec 55% de réponses, les parents d’élèves font pratiquement jeu égal avec les enseignants, ce qui témoigne d’un réel intérêt pour l’opération, et relativise quelques idées reçues quant à leur supposée faible implication dans la vie scolaire. L’excellent taux de réponses des élèves (76%) s’explique par le fait que la grande majorité a été invitée à remplir le questionnaire en classe.

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----Une opération légitime, et en prise sur son époque… L’ambition du projet et son caractère audacieux et volontariste, y compris sa dimension expérimentale, sont quasi unanimement considérés comme une réussite, et comme une source de fierté pour le département. Autant de facteurs qui entretiennent – chez la majorité des personnes interrogées – un fort attachement affectif, voire émotionnel, à l’opération dans son ensemble. ----GRAPHIQUE A Considérez-vous que le prêt d’un ordinateur portable aux collégiens de 4e et de 3e présente un intérêt déterminant parce que : 1. …cela met tous les élèves à égalité du point de vue de leur équipement… “Réduire la fracture numérique”, c’était le premier objectif de l’opération. Que ce soit les personnels d’encadrement et de vie scolaire (93 %), les enseignants (91 %), ou les parents (89 %), tous estiment, dans une belle unanimité, que l’opération contribue à relever les défis de l’égalité, en assurant l’égal accès des élèves aux outils informatiques. 2. …à travers l’utilisation de ces outils, les adolescents sont confrontés à de nouvelles problématiques, et que l’un des rôles de l’école, c’est de les accompagner face aux défis de la modernité… Les personnels d’éducation (90 %) sont les plus nombreux à penser que l’école a sa place dans ces apprentissages, suivis par les parents (78%). Les enseignants (60%) sont plus réservés. 3. …ces techniques ouvrent de nouvelles possibilités d’enseignement dont il serait dommage de se priver… “Favoriser l’émergence de nouvelles pratiques pédagogiques”, c’était le deuxième objectif de l’opération. Près d’un enseignant sur deux (45%) voit dans le prêt d’un ordinateur portable aux collégiens l’opportunité de nouvelles pratiques. Les parents (86%) et les personnels d’encadrement (96 %) sont encore plus optimistes.

Un haut niveau d’équipement des familles landaises “Diffuser la culture des nouvelles techniques dans tous les foyers landais”, c’était le troisième objectif de l’opération. Pratiquement toutes les familles ayant un enfant scolarisé en classe de 4e ou de 3e (96 %) sont aujourd’hui équipées d’un ordinateur à la maison. C’est plus que les enseignants (88 %), ou le personnel d’encadrement (91 %), et très au-dessus de la moyenne nationale. Autre information: 89% des familles disposent d’une connexion à internet (ADSL pour 89 % d’entre elles), et 75 % des parents se déclarent “très à l’aise ou assez à l’aise” pour utiliser l’ordinateur (72 %) et internet (76 %) : les enseignants le sont respectivement à 76 % et 89 %. ----GRAPHIQUE B En dehors de l’ordinateur du Conseil général, y a-t-il un autre ordinateur dans votre maison ?

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L’ordinateur du professeur Une majorité d’enseignants (57 %) déclare se servir de l’ordinateur portable fourni par le Conseil général, au moins à un cours sur deux – ce qui les classe certainement parmi les utilisateurs les plus assidus des Tice en France. Cette conversion au numérique n’allait pourtant pas de soi, et elle s’est faite, pour certains, au prix d’un effort très substantiel, comme en témoigne l’enquête qualitative: «L’aspect très positif, c’est d’avoir un peu forcé la main aux enseignants; les salles d’informatique n’étaient pas très utilisées, sauf par les professeurs de technologie… Certains d’entre nous sont vraiment partis de rien, mais entre choisir d’aller en salle informatique et voir arriver des élèves équipés d’ordinateurs, il y a vraiment une différence! […] Je pense qu’à partir du moment où on est équipé, on s’implique; moi je ne l’aurais jamais fait s’il n’y avait pas eu cette opération ! » ----GRAPHIQUE C Fréquence d’utilisation de l’ordinateur du professeur, selon les disciplines. Une très forte majorité d’enseignants de SVT, technologie, musique, physique et arts plastiques utilise leur ordinateur portable au moins à un cours sur deux, devant leurs élèves. Les professeurs de français (39 %) le font plus occasionnellement. Ceux d’histoire et géographie (64 %), et de langues vivantes occupent une position intermédiaire avec une utilisation nettement plus forte en espagnol (70 %) qu’en anglais (52 %). Cette hiérarchie reste assez semblable quel que soit le niveau d’enseignement, avec cependant une utilisation légèrement plus forte en 4e et en 3e, classes dans lesquelles les élèves disposent également d’un ordinateur portable.

À quoi sert l’ordinateur du professeur, pendant le cours? L’ordinateur du professeur est surtout utilisé avec un vidéoprojecteur pour présenter des documents (animations, textes, vidéos), conduire le cours, ou pour transmettre des documents aux élèves grâce au réseau interne du collège. Les autres usages, comme faire des exercices et des démonstrations, ou corriger les devoirs, sont moins fréquents. ----GRAPHIQUE D Utilisation de l’ordinateur du professeur, selon les disciplines. La présentation de documents est dominante, notamment en sciences (84 %), en musique (80 %), en arts plastiques (75 %) et dans une moindre mesure en espagnol, en histoire et géographie, et en anglais. On peut noter des écarts de pratiques importants dans le domaine de la conduite des cours : les enseignants de musique (88 %) et de technologie (75 %) utilisent très largement leur ordinateur pour cela, à la différence de leurs collègues de français (24 %). En langues vivantes, on constate une différence entre les professeurs d’espagnol (51%) et ceux d’anglais (36 %). Les professeurs de technologie sont des adeptes du réseau, un peu moins de la pratique des exercices ou de la correction de devoirs. Les enseignants d’EPS (éducation physique et sportive) utilisent leur ordinateur pour transmettre des documents aux élèves, faire des corrections d’exercice et, dans une moindre mesure, pour présenter des documents.

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Les atouts et les freins à l’utilisation de l’ordinateur du professeur, pendant le cours Pour la plupart des enseignants, le fait de disposer d’un ordinateur portable a été le moteur d’une refonte plus ou moins complète de leur cours, notamment de sa présentation : iconographie, sites internet spécialisés, vidéos, etc. [fonction esthétique]. « J’ai carrément refait mes cours parce que j’avais trouvé tellement de choses intéressantes que je n’avais même pas vues dans mes livres de fac…» Le bénéfice, c’est une remotivation de l’enseignant et une restauration profonde de son désir d’enseigner. En terme de pédagogie, le premier avantage perçu, c’est une concentration des élèves renforcée par la variété des documents présentés [fonction distractive] et une plus grande attention [fonction attractive]: une forte proportion d’enseignants s’accorde sur le fait que l’utilisation de l’ordinateur associé au vidéoprojecteur capte l’écoute et renforce la motivation à apprendre. Autre atout, l’installation d’un climat de connivence [fonction phatique]: en utilisant son ordinateur, l’enseignant envoie un signe de considération aux élèves qui trouvent, très majoritairement, davantage d’intérêt dans les cours multimédias. La première raison invoquée par les enseignants qui n’utilisent que rarement ou jamais leur ordinateur pendant le cours, c’est le temps perdu dans l’installation des dispositifs techniques (53 %) ; les premiers à s’en plaindre sont les professeurs de mathématiques et de français (70%). Soulignons également qu’un non-utilisateur sur cinq (20 %) évoque un temps d’apprentissage des outils et des périphériques qui semble trop important au regard des bénéfices attendus. Toutes matières confondues, le deuxième frein à l’utilisation, c’est le fait que l’ordinateur perturberait la dynamique de la classe. Vient ensuite le manque de formation ou de conseils aux usages pédagogiques, notamment pour les enseignants ayant le moins d’ancienneté dans le collège (41%), de même que le manque de scénarios pédagogiques validés ou testés. Près de 30 % des non-utilisateurs ne perçoivent pas d’efficacité pédagogique à l’usage de l’ordinateur, ou ne veulent pas prendre de risques devant les élèves. L’utilisation de l’ordinateur du professeur, à la maison Tous les enseignants font un usage important et diversifié de leur ordinateur portable en dehors du collège, et en premier lieu pour préparer leurs cours (94%), faire des recherches sur internet (78 %) et saisir les notes des élèves (69 %). Ils sont un bon tiers à l’utiliser pour communiquer avec leurs collègues, mais à peine 16% à le faire avec leurs élèves, et seulement 1 % avec les parents d’élèves.

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Les ordinateurs des élèves L’utilisation, pendant le cours, des ordinateurs des élèves est beaucoup plus contrastée : si 40% des enseignants déclarent y recourir au moins à un cours sur deux, ils sont 32 % à ne le faire que “rarement ou jamais”. Entre les deux: 29 % d’utilisateurs “occasionnels”. Le vécu des élèves est encore plus tranché: ils ont plutôt le sentiment de n’utiliser qu’occasionnellement leur ordinateur en classe, beaucoup plus occasionnellement que ne le déclarent leurs professeurs. Ces différences de perception sont, dans une certaine mesure, le reflet d’une forte attente assez largement déçue, mais également la conséquence d’une très faible utilisation à tous les cours. ----GRAPHIQUE E Fréquence d’utilisation des ordinateurs des élèves, au moins à un cours sur deux. Sans surprise, et selon les déclarations des enseignants, c’est en technologie (88 %) que les élèves utilisent le plus régulièrement leurs ordinateurs. En sciences, en espagnol, en histoire et géographie, et en arts plastiques, une légère majorité des enseignants y recourent au moins à un cours sur deux. Leurs collègues de français (40 %), d’anglais (31 %) et de mathématiques (23 %) sont nettement moins utilisateurs. Les déclarations des élèves confirment à peu près cette hiérarchie, avec des valeurs qui sont cependant très en retrait – un peu moins pour l’utilisation en cours de technologie. Les réponses des parents sont dans le même ordre d’idées, sauf pour ce qui concerne l’utilisation en mathématiques qui est proportionnellement un peu surestimée.

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À quoi servent les ordinateurs des élèves, pendant les cours ? Les élèves déclarent utiliser principalement leurs ordinateurs pour accéder au réseau interne du collège (86 %), à la fois pour récupérer des documents, des cours ou des exercices, et pour remettre leurs devoirs : 40 % des élèves déclarent l’utiliser quotidiennement et plus de 90 % au moins une fois par semaine. ----GRAPHIQUE F Les élèves utilisent leurs ordinateurs pour faire des exercices (41 %) ou des recherches sur internet (27 %), prendre des notes (22%) et présenter des exposés (12%). Il y a peu de différences entre les élèves de 4e et ceux de 3e, mis à part une pratique un peu plus importante des exercices pour les premiers et une utilisation du réseau un peu plus prononcée chez les seconds. Pour ce qui est d’internet, 16 % des enseignants déclarent l’utiliser au moins à un cours sur deux. Mais la moitié ne Ie fait que très rarement ou jamais. L’usage est plus fréquent en documentation (71%) et dans une moindre mesure en technologie (48%). Les trois quarts des élèves déclarent ne pas avoir accès librement à internet au collège avec leur ordinateur portable. ----GRAPHIQUE G Globalement, les enseignants déclarent utiliser davantage leur propre ordinateur qu’ils ne sollicitent ceux des élèves (en moyenne 57 % contre 40 %). Dans certaines matières, l’usage du matériel du professeur domine très largement sur celui des élèves comme en mathématiques, en allemand, en anglais ou en musique. Dans d’autres, les usages sont concomitants, soit à un niveau élevé (technologie), assez élevé (histoire et géographie) ou faible (français).

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Les atouts et les freins à l’utilisation des ordinateurs des élèves, pendant le cours Premier avantage, selon les enseignants favorables à cette pratique, le plaisir des élèves à utiliser leurs ordinateurs provoquerait une certaine forme de reconnaissance favorisant l’attention, la motivation, et l’établissement d’un certain climat d’écoute [fonction phatique]: « Ils se rendent compte que le professeur fait un effort, qu’il n’est pas un dinosaure en pédagogie…» Autres atouts fréquemment cités: les ordinateurs des élèves autorisent l’accès à une grande variété de ressources qui permettent d’aborder les cours de façon plus vivante [fonction distractive]. Ils donnent les moyens de réaliser des présentations plus claires, soignées, lisibles, etc. [fonction esthétique], et de se communiquer plus facilement des documents entre professeur et élèves (dans les deux sens), grâce au réseau interne du collège [fonction d’échange]. Autre avantage, la possibilité, pour les élèves, de conserver l’intégralité des documents dans des dossiers classés par matières [fonction conservative]; et, pour les enseignants, une certaine facilité à alterner travail individuel et travail en groupe, et à proposer un travail personnalisé, par exemple avec un choix sélectif d’exercices en fonction du niveau de chacun. ----Abondamment cité par l’ensemble des enseignants, le premier frein à l’utilisation des ordinateurs des élèves, c’est le temps d’installation en début de séance, jugé comme beaucoup trop important comparativement aux 55 minutes de cours. Le second frein à l’utilisation, ce sont les dérives possibles : les ordinateurs des élèves sont sources de distractions multiples, avec des échappées possibles sur le réseau: « Je ne peux pas tout faire en même temps : me concentrer sur mon cours et surveiller les écrans ! » [Noter que la plupart des enseignants débranchent le réseau dès les manipulations de recherche achevées ; d’autres se contentent d’une surveillance visuelle en modifiant leur position dans la classe (derrière les élèves); d’autres enfin utilisent le logiciel SynchronEyes, ou ont recours aux services de l’assistant d’éducation Tice pour les aider dans cette tâche.] Troisième raison, plutôt invoquée par les enseignants non-utilisateurs, des difficultés de manipulation de l’ordinateur par les élèves: une grande disparité de niveau renforçant l’hétérogénéité des classes.

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L’utilisation des ordinateurs des élèves, à la maison À la maison, les élèves déclarent utiliser les ordinateurs portables pour réviser les cours et faire des exercices, mais également pour des usages plus personnels. Écouter de la musique arrive en tête des activités les plus fréquemment citées, assez nettement devant le fait de jouer ou de communiquer avec ses amis. Un collégien sur deux déclare avoir un blog, qu’il utilise surtout pour diffuser des photos. L’ordinateur portable est un peu utilisé par les frères et sœurs, ou des amis(e) s (20%), pratiquement pas par les parents (6 %). ----Les enseignants sollicitent étrangement assez peu leurs élèves pour l’usage scolaire des ordinateurs à domicile : ils ne sont guère qu’un tiers à en prescrire régulièrement l’utilisation. Une forte majorité (57 %), surtout en mathématiques (84 %), demande d’ailleurs des devoirs rédigés à la main – seuls 20% optant pour un rendu avec l’ordinateur ; et ils ne sont que 23 % à laisser le choix du support à l’élève. Cet usage scolaire très modéré de l’ordinateur à la maison est d’ailleurs confirmé par les collégiens : ils ne sont qu’un sur deux à déclarer l’avoir utilisé au moins une fois, sur les deux dernières semaines, pour un devoir demandé par un professeur dans sa matière. Les enseignants reconnaissent pourtant des avantages à cette manière de faire, à commencer par la continuité avec l’école («Grâce à l’ordinateur, on a tout avec soi, à disposition… ») et l’apparence ludique de certains exercices (« Si vous leur donnez quelque chose à faire avec l’ordinateur, pour eux, ce n’est pas fastidieux; ils ne le voient pas comme du travail : quand, dans un exercice de français, il n’y a que des mots à compléter, ils n’ont pas tout le texte à réécrire… Ils ne voient pas la contrainte, ils ne voient pas que ça va leur prendre du temps, ils ne se disent pas j’ai du français à faire. ») Les principales réticences des enseignants sont essentiellement liées à la trop grande facilité d’échange de fichiers entre les élèves («Dans la pratique, avec une clé USB, c’est tellement facile de demander au copain qui est bon élève! »).

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Ordinateur de l’enseignant et/ou ordinateurs des élèves? Une très forte majorité d’enseignants estime que l’ordinateur a renouvelé ou a fait évoluer la façon d’enseigner leur discipline (93%), et qu’il offre de nouvelles potentialités d’enseignement (80 %). Par contre, leurs avis sont beaucoup plus mesurés concernant les ordinateurs des élèves : seuls 45 % estimant qu’ils ouvrent de nouveaux possibles dont il serait dommage de se priver. ----GRAPHIQUE H Une forte majorité d’enseignants (61 %) n’accepterait pas de ne plus disposer de leur ordinateur portable, en particulier les professeurs de sciences et de musique (80 %), d’espagnol (72 %) et de technologie (68 %). Un quart le ferait avec difficulté ; et seuls 12 % accepteraient facilement. Ils seraient par contre deux fois plus nombreux (25 %) à accepter facilement de voir celui des collégiens supprimé. 30 % le feraient avec difficulté. Ce sont les professeurs d’espagnol qui semblent le plus attachés à l’opération, et ceux de français et de mathématiques, le moins.

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D’un modèle centrifuge à un modèle centripète… L’institut TNS Sofres indique que l’arrivée massive de l’informatique à l’école, et notamment la dotation des élèves en ordinateurs personnels, modifie, de fait, les représentations traditionnelles du collège, de son fonctionnement, ainsi que les rapports entre enseignants et élèves. Avec l’utilisation des ordinateurs des élèves, on passerait d’un modèle qualifié de “centrifuge” où tout converge vers le collège – le lieu du savoir et de la connaissance (la classe et le professeur étant à la fois la source de cette connaissance et le point de convergence des élèves et de leurs questions) –, à un modèle “centripète” dans lequel chaque individu-élève est (ou semble être) potentiellement autonome et indépendant, et susceptible de chercher et de trouver la connaissance “ailleurs” qu’à l’école. ----MODÈLE CENTRIFUGE – Sanctuarisation : l’essentiel de la vie scolaire se déroule dans l’enceinte du lieu de scolarisation, le collège – d’où l’importance accordée au respect des règles de vie commune versus le constat de leur affaiblissement. – Temporalisation : la vie scolaire est scandée en deux séquences bien distinctes (scolaire et extrascolaire), le temps passé en cours étant considéré comme central par rapport à un temps de travail personnel qui lui est subordonné, et essentiellement centré sur la consolidation des apprentissages acquis en cours. – Centralité de l’enseignant: en cours, la place centrale est occupée par l’enseignement. – Convergence des élèves : une attention convergente est requise pour l’ensemble des élèves, les séquences de travail individuel restant assez réduites (exercices, contrôles…) MODÈLE CENTRIPÈTE – Déterritorialisation: une enceinte scolaire ouverte aux familles, à l’environnement social, au monde, qui devient un point de regroupement temporaire, où transite une diversité de flux d’informations aux accès dédiés. – Continuité temporelle : les limites entre vie scolaire et extrascolaire s’amenuisent. Du coup, le “temps scolaire” a tendance à se dilater au travers d’une diversité croissante d’activités de découverte et d’ouverture – Enseignant référent : la place de l’enseignant n’en demeure pas moins centrale dans la mesure où elle dépasse largement les limites du temps de cours, et de la matière enseignée… pour s’étendre à un rôle élargi et continu d’éducateur référent, voire qui évolue vers une relation s’apparentant à une sorte de tutorat. – Individualisation de l’élève : les techniques offrent la possibilité d’adapter l’enseignement à la personnalité, aux attentes et orientations spécifiques de chaque élève.

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En conclusion L’ampleur de la consultation (10 261 réponses) et la précision des questionnaires permettent de disposer de données extrêmement détaillées, et représentatives de la manière dont les différentes catégories d’acteurs vivent cette opération au quotidien. Que faut-il en retenir ? Côté parents, on peut noter un fort attachement à une opération globalement bien perçue, et surtout jugée comme très utile – la maîtrise de l’ordinateur étant considérée comme indispensable pour l’avenir professionnel de leurs enfants. Côté collégiens, il existe visiblement une certaine insatisfaction par rapport à une utilisation des ordinateurs portables très majoritairement jugée comme beaucoup trop faible dans toutes les disciplines (mis à part la technologie). Les mesures de restriction mises en œuvre dans la quasi-totalité des établissements concourent également à une certaine banalisation de l‘ordinateur – celui-ci tendant à n’être plus considéré que comme une simple “fourniture scolaire”, au même titre que les manuels, par exemple. Côté enseignants, on peut considérer que l’opération a favorisé une “conversion numérique” qui est maintenant très largement engagée – la quasi-totalité des enseignants (93 %) estimant que l’ordinateur a renouvelé, ou fait évoluer, la façon d’enseigner leur discipline. Toutefois, certains freins subsistent: au-delà de quelques difficultés strictement techniques, l’utilisation effective des ordinateurs des élèves pose visiblement des problèmes à l’école. Les enseignants reconnaissent pourtant très majoritairement (64 %) que l’utilisation d’un ordinateur à des fins scolaires apporte “un plus” à tous les élèves, sans distinction de niveau. Ils notent également, dans des proportions semblables (66 %), qu’avec les ordinateurs portables, la motivation des élèves s’est accrue. Côté personnel d’encadrement et de vie scolaire, on peut retenir que l’opération génère une surcharge de travail globalement bien assumée. À noter une perception nettement différente de celle des enseignants quant à l’intérêt potentiel des ordinateurs portables des élèves (cf. graphique A) et globalement une conscience aiguë des enjeux du développement rapide de ces technologies pour l’école.

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Témoignages Principaux de collège, enseignants, conseillers principaux d’éducation, assistants d’éducation Tice, parents d’élèves, ou anciens élèves, témoignent de la manière dont ils ont vécu l’opération.

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----« L’arrivée des ordinateurs portables a contribué à changer bien des choses et nous a apporté une nouvelle dynamique.» Françoise Louison est principale du collège René Soubaigné, à Mugron ----Un portrait du collège de Mugron au début du printemps 2009? C’est un petit collège rural (210 élèves environ), au cœur de la Chalosse. Nous avons ici une qualité de vie remarquable, une population qui ne pose pas de problème et des parents très proches de l’institution, ce qui nous permet d’avoir un très bon suivi de chacun de nos élèves. Et d’ailleurs, les résultats sont là : l’an dernier, nous n’avons eu qu’un seul échec au brevet des collèges! La tempête de l’hiver dernier, comme partout dans les Landes, a été ici très douloureusement ressentie : beaucoup de dégâts – dont le paysage va garder la trace durablement – avec les fermes isolées, des arbres arrachés, des familles privées d’électricité pendant près de quinze jours… Votre regard sur l’opération “un collégien, un ordinateur portable”? À l’évidence, elle nous a apporté une nouvelle dynamique et nous a clairement permis d’entrer de plain-pied dans le 21e siècle : aujourd’hui, le collège est très différent de ce qu’il était il y a neuf ans, quand je suis arrivée! Grâce à ces outils, le travail en équipe s’est développé: nous avons vu plusieurs enseignants motivés du point de vue pédagogique s’en saisir et avancer. Ils ont entraîné leurs collègues. Aujourd’hui dans la salle des profs, il est courant de s’échanger des documents, de partager des expériences ; entre ceux qui sont plus “branchés” et ceux qui le sont moins, la solidarité joue. Par ailleurs, quand certains élèves en savent plus que leur professeur sur le maniement des outils informatiques, les relations se modifient. Voilà des choses très positives. D’autres le sont moins: la banalisation de l’outil, par exemple. Au début, l’ordinateur avait quelque chose d’un peu magique, et on y faisait très attention, y compris à la maison. Aujourd’hui, les élèves, notamment ceux de 4e, en prennent beaucoup moins soin. Du côté des familles, la majorité des parents témoignent volontiers de leur satisfaction, mais ils sont de plus en plus nombreux à nous dire que l’ordinateur de leur enfant devient source de conflit : ils ont beaucoup de mal à contrôler ce qui se passe, ont l’impression que leur fils – ou fille – reste “scotché” sur ses jeux, ou sa messagerie,

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et que les résultats scolaires risquent d’en pâtir… Tout cela n’est pas facile, mais il faut faire la part des choses : il est normal, je pense, qu’un adolescent cherche à acquérir une certaine indépendance, et je dis souvent que nos propres parents nous ont beaucoup reproché d’abuser du téléphone ! Est-ce que cela vaut vraiment le coup d’avoir des ordinateurs portables qu’on emporte à la maison ? Ne vaudrait-il pas mieux équiper des salles avec des ordinateurs fixes (d’autant plus que les familles sont de plus en plus nombreuses à disposer d’un ordinateur familial) ? C’est une question que l’on peut se poser aujourd’hui. Je vois bien que les ordinateurs ne sont pas utilisés de manière systématique en cours, et il arrive que les élèves les transportent pour rien. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’ordinateur est un outil parmi d’autres, et que son utilisation relève légitimement du choix de chaque professeur. Le cas particulier de la classe d’UPI ? Nous avons été le premier établissement landais à ouvrir une classe d’UPI. C’était en 2000. L’année suivante, au démarrage de l’opération, nous avons décidé, avec le Conseil général, d’équiper les élèves de cette classe au même titre que les autres collégiens. Et nous nous sommes bien vite rendu compte que, dans ce cas, l’ordinateur portable est un vrai facteur de réussite ! En premier lieu, parce que les élèves se sentent traités comme leurs camarades – et cette image positive les aide à s’intégrer. D’autre part, parce que l’ordinateur permet de gérer au mieux l’hétérogénéité de la classe – qui accueille des élèves de niveau scolaire très différents –, et la difficulté spécifique de chacun. Ils apprennent à s’en servir avec beaucoup de liberté, d’autant plus qu’ils n’ont pas de programme à respecter, ni d’examen en fin d’année. L’ordinateur permet à chacun de développer sa créativité, en même temps qu’il développe le goût du travail bien fait : les élèves entreprennent des recherches sur internet, ils font des petits reportages, des montages vidéo… Au bout du compte, ils ont progressé ! C’est enfin un outil d’intégration et de reconnaissance: il leur permet de présenter ce qu’ils ont fait à leurs camarades, à leur famille… Cette dynamique, dont vous parliez à propos des débuts de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”, semble ici continuer à jouer à plein. Avez-vous un secret? Il n’y a pas de secret, ou alors, il est assez simple: il faut être ouvert à tout, et quand vous avez des gens qui ont envie de faire des choses, il faut les aider. Si vous savez rester à l’écoute, et saisir les occasions qui se présentent, alors beaucoup de choses sont possibles. Je pense aussi qu’il faut être vigilant et mettre en place une gestion très rigoureuse. Vous en voulez un exemple? Si un ordinateur traîne sans surveillance dans le collège, l’objet arrive directement dans mon bureau. Et on laisse l’élève mijoter un peu, jusqu’à ce qu’il vienne lui-même me dire : “J’ai un problème…” Généralement, ils n’aiment pas trop! Notre assistante d’éducation Tice est, elle aussi, très ferme. Bref, nous ne laissons rien passer, et les élèves le savent ! Mugron, mai 2009

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----« Nous avons vécu l’arrivée des ordinateurs portables comme un évènement extraordinaire, un vrai cadeau qui a rendu enfants et adultes heureux! » Jean-François Laroumagne et Virginie Gambier-Manceau sont conseillers principaux d’éducation au collège Jacques Prévert, à Mimizan ----Émerveillement En 2001, le collège Jacques Prévert s’était porté volontaire pour tester l’opération “un collégien, un ordinateur portable”, pendant une année et en vraie grandeur, avant sa généralisation à l’ensemble des collèges publics du département. Nous avons vécu l’arrivée des ordinateurs portables comme un évènement extraordinaire, un vrai cadeau qui a rendu enfants et adultes heureux ! Le jour où ces appareils ont été distribués reste un très grand souvenir : c’était un moment vraiment très beau, et nous étions tout aussi émerveillés que les élèves… Par la suite, il y a eu très peu d’incidents par rapport à ce qu’on pouvait craindre, et aucun vol la première année. Un jour ou l’autre, quelques élèves ont bien sûr oublié leur ordinateur dans une salle de classe, mais ils étaient très ennuyés en venant les récupérer. C’est évidemment toujours difficile de juger du sens des responsabilités des élèves, mais je pense qu’ils avaient vraiment conscience de la valeur de ces ordinateurs. Ils étaient très fiers d’avoir des machines aussi performantes, et même ceux dont les parents étaient déjà équipés percevaient le geste de confiance qui leur était adressé. Huit ans après, il y a un gros changement: l’ordinateur est vraiment rentré dans les faits. Les élèves de 4e ont encore un peu d’enthousiasme, mais ceux de 3e sont vraiment blasés. Les premières années, ils étaient vraiment attachés à “leur” ordinateur: pour eux, c’était un vrai cadeau. Maintenant, c’est un dû, et ils l’oublient plus facilement dans les couloirs. Le bon côté, c’est que des usages se sont installés, concrètement. L’une des ambitions du Conseil général était la maîtrise de l’outil informatique par les petits Landais. De ce point de vue, les progrès sont considérables: ici, le B2i est devenu une formalité, notamment depuis que l’ordinateur est introduit dès la classe de 4e. Éducation Quand nous nous étions rencontrés, il y a huit ans, nous avions parlé des problèmes que nous rencontrions alors, et de quelques dérives qui étaient assez rapidement ap-

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parues : les jeux notamment. Ces pratiques ne sont d’ailleurs pas forcément répréhensibles en soi, et elles étaient restées très marginales, même si nous avions surpris, à l’époque, quelques cas de connexions sur des sites illicites. C’était un vrai souci. Les collégiens ont entre 10 et 16 ans ; ils sont dans une période très importante de construction de leur personnalité. Nous nous étions posé la question de savoir s’il était bien judicieux de laisser une si grande liberté aux enfants… La tentation est lourde, et on ne peut pas demander aux surveillants d’être toujours derrière les élèves. “L’éducateur est conservateur, disait Hannah Arendt, mais il ne doit pas être réactionnaire.” Notre rôle, en effet, c’est de transmettre des valeurs anciennes, et d’apprendre aux enfants à vivre dans le monde d’aujourd’hui. Les nouvelles technologies font partie de ce monde ; c’est pour nous un défi à relever dans notre domaine de compétence : l’éducation, la citoyenneté. D’un côté, il faut que les élèves vivent ensemble, avec leur temps, mais en même temps, nous devons être très vigilants. Et, comme on ne peut pas tout ma��triser, la meilleure réponse, c’est l’éducation, mais avec ses limites… On ne peut pas protéger les enfants de tout: nous faisons juste attention. Et, quand il y a eu dérive, le collège a réagi. Des sanctions ont été prises. Depuis le début, nous surveillons les usages non scolaires des ordinateurs portables, et nous sommes très attentifs notamment à ce que nous disent les parents. Huit ans après, le problème s’est un peu déplacé, et l’accès généralisé à internet a compliqué les choses : maintenant, les élèves passent, semble-t-il, davantage de temps à jouer, notamment à des jeux en ligne dont ils deviennent parfois très dépendants. Ils y jouent chez eux, souvent en cachette, et ensuite, au collège, ils essaient par tous les moyens – quitte à le faire en cours – de trouver un moment pour le faire… Mais prévention et travail éducatif ne peuvent pas tout, et nous avons été obligés de mettre en œuvre des stratégies, notamment d’interdire l’accès à certains sites dans l’enceinte du collège. Familles Un des points extrêmement positifs de cette opération, c’est que l’ordinateur ne profite pas uniquement aux collégiens de 3e et de 4e : il profite aussi aux frères et sœurs plus jeunes qui sont parfois encore à l’école primaire. Quand le collégien rentre à la maison, avec son ordinateur portable, il l’emporte dans sa chambre, et là, il y a le petit frère ou la petite sœur qui viennent, et qui apprennent à faire des choses avec… Et l’on se rend compte, en parlant avec les élèves, que ce genre de pratiques est assez répandu… même si ce sont plus fréquemment des jeux que l’on partage, et non les encyclopédies ! Je parle ici en tant que parent d’élève: mon fils de six ans sait depuis l’an dernier allumer l’ordinateur, entrer un mot de passe, choisir un programme, ce que son frère aîné ne savait pas faire à son âge, bien qu’il y eût déjà un ordinateur à la maison, à cette époque. De notre point de vue, le bilan de l’opération est très largement positif: l’ordinateur est un outil extraordinaire, maintenant complètement intégré dans la vie du collège.

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Cette démocratisation, le fait que tous les élèves disposent de la même machine, c’est vraiment une bonne chose : nous sommes là pour assurer l’égalité des chances, et l’école a souvent bien du mal à le faire. C’est vrai, il y a encore du travail à faire pour bien utiliser ces nouveaux outils… Mais c’est la première pierre, et elle n’est pas si mal posée que ça ! Mimizan, avril 2009

----« Nous faisons un vrai métier qui s’est créé dans chaque collège, en même temps que l’opération un collégien, un ordinateur portable.» Arnaud Micaletti est assistant d’éducation Tice, au collège de Linxe ----Mon travail consiste à être là tous les jours pour les demandes quotidiennes, différentes, parfois inattendues. Pour moi, ce n’est pas possible de rester toujours dans mon bureau, je fais partie de la vie du collège, je partage ce que je sais faire… Je passe plus de temps à discuter avec tout le monde qu’à m’occuper de gérer les problèmes techniques. Ici, tous les profs sont utilisateurs: chaque fois que je rentre dans une salle de classe, le vidéoprojecteur et l’ordinateur de l’enseignant sont en fonctionnement… Quel avenir ? Je considère avoir de la chance de travailler dans un collège où la culture informatique est partagée et où les outils numériques sont utilisés: c’est vraiment motivant. Dommage que nous soyons sur des contrats précaires: je crains fort que tout cela ne soit condamné à s’arrêter. Ça me désole, vraiment. Pourtant, ce que nous faisons, c’est un vrai métier, qui a été créé dans chaque collège par le Conseil général, en même temps que l’opération “un collégien, un ordinateur portable”. Sept ans après, on voit bien que nous avons une vraie utilité: nous aidons tout le monde, à tous les niveaux – y compris pour le CRIA1, qui intervient beaucoup moins dans les Landes en raison de notre présence. De la même façon qu’il existe des personnes qui s’occupent de la maintenance du collège, réparent les gouttières, etc., nous faisons partie du maintien de tout le système informatique, et nous avons une place à part entière dans notre collège. Linxe, janvier 2009 ----1 Les CRIA (centres relais informatiques académiques) assurent des missions de diffusion des logiciels, de suivi technique, d’assistance technique et fonctionnelle, de formation, auprès des établissements scolaires.

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----« J’ai passé beaucoup de temps à former les professeurs: ce sont eux qui décident de l’utilisation des ordinateurs. J’ai envie qu’ils apprennent… et je suis patient! » Philippe Guilbaud est assistant d’éducation Tice au collège de Labenne ----Notre première mission, c’est de gérer le parc informatique mis à disposition des collèges par le Conseil général : quand une machine tombe en panne, nous appliquons une procédure pour la faire réparer. Mais, au-delà de cet aspect purement technique, notre fonction s’est tacitement étendue à l’accompagnement de l’utilisation des outils informatiques. Quand je suis arrivé ici, il y a quatre ans, les locaux et le matériel étaient tout neufs. J’ai trouvé une équipe nouvelle, très enthousiaste : il y avait de l’envie, et de la demande. Ça m’a plu, et ça a bien fonctionné entre nous! Au début, j’ai passé beaucoup de temps à former les professeurs : ce sont eux qui décident de l’utilisation des ordinateurs. J’ai envie qu’ils apprennent… et je suis patient! Même avec eux, il faut être pédagogue… En informatique, je sais faire des choses, mais je n’ai pas la science infuse. Si on me lance un défi, je cherche des solutions, et quand j’ai trouvé, j’essaie de transmettre ce que j’ai appris. C’est comme cela que nous nous sommes mis au montage vidéo, en partant de zéro. Nous avons fonctionné de la même façon pour tout ce qui est multimédia. On dit souvent que les élèves n’ont aucun problème avec les ordinateurs, mais c’est une idée complètement fausse! Ils n’ont pas d’appréhension avec l’outil, mais dès qu’ils doivent faire une manipulation précise, comme par exemple créer un dossier à un certain endroit sur le réseau, il faut tout leur apprendre. Pour eux, avant d’arriver en 4e, l’ordinateur, c’est avant tout un objet ludique: ils savent utiliser MSN, le mel et internet – voire installer un jeu –, mais ça se limite à cela! Sur 200 élèves, je dirais qu’ils sont une vingtaine à se débrouiller très bien. En début d’année, je leur apprends quelques bases… J’aimerais bien aller plus loin, mais ce n’est pas vraiment possible, par manque de temps. Je suis également à l’origine de la mise en place de l’intranet du collège. Au point de départ, j’avais besoin d’une console de gestion technique du parc machines. J’ai

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donc créé un site interne pour répondre à cette fonction. Puis je me suis rendu compte qu’on produit ici beaucoup de choses, qui bien souvent restent invisibles. L’idée m’est donc venue d’étendre ce site et d’en faire une plate-forme d’échanges sur laquelle on pourrait archiver une grande quantité de données. L’un de mes collègues m’a alors prêté main-forte, et nous avons mis en place l’intranet du collège accessible à tous, professeurs, élèves et personnel administratif. C’est un site participatif, avec un espace professeur et un espace administrateur. Il présente une synthèse de toute cette masse d’informations qui circulent dans le collège: on y trouve tous les liens utiles dans chaque matière, ainsi que tout ce qui concerne le B2i, Illias, bcdi, le Défi lecture, etc. Le responsable de la cantine y publie les menus en temps réel ; un professeur de géographie y dépose certains travaux de ses élèves; en arts plastiques, nous avons commencé un “musée virtuel”… On y présente aussi tous les documents produits à l’issue des IDD, comme ce “JTL” (journal télévisé de Labenne), que nous avons tourné et monté, dans le cadre du club vidéo. Quant aux statistiques, elles affichent plus de 22 000 connexions depuis que l’intranet est en ligne, c’est-à-dire un an. Nous cherchions comment convaincre les quelques professeurs encore réticents à utiliser leur ordinateur portable, au moins pour consulter leur courrier électronique. Nous avons décidé que le relevé des absences ne se ferait plus sur un papier que l’on accroche à la porte, mais en temps réel, sur l’ordinateur. Tous les professeurs doivent donc apporter leur ordinateur chaque matin. Ça marche, et finalement ils se rendent compte qu’ils gagnent du temps ! Labenne, avril 2008

----« Quand le projet du Conseil général s’est dessiné, nous avons été une première équipe d’enseignants à nous porter volontaires aussitôt.» Jean-Marc Darrigan est professeur de SVT au collège Serge Barranx, à Montfort-en-Chalosse ----Vous faites partie des premiers enseignants à avoir utilisé l’ordinateur en cours… Je m’intéressais à l’informatique bien avant que l’opération “un collégien, un ordinateur portable” soit mise en place. Quand l’outil est apparu, en 1987, nous avons été plusieurs collègues à penser que l’important, c’était de travailler sur l’interface: nous cherchions à brancher des instruments sur l’ordinateur, pour faire des relevés.

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C’était ce que nous appelions l’Exao (expérimentation assistée par ordinateur). Plusieurs de nos expériences de ce type ont été primées… Quand le projet du Conseil général s’est dessiné, nous avons été une première équipe d’enseignants à nous porter volontaires aussitôt: nous voyions bien que ces outils permettaient beaucoup de choses en pédagogie – ce qui s’est d’ailleurs révélé exact! Huit ans après, je peux dire que globalement, ça se passe bien. Comment utilisez-vous les ordinateurs portables, aujourd’hui? En SVT, l’ordinateur permet l’accès à l’actualité scientifique: aujourd’hui vous trouvez facilement sur internet les données du dernier tremblement de terre. Je vois mes élèves réaliser des supports de présentation (diaporamas, site web, etc.) de grande qualité. Et ils trouvent tout cela normal ! J’incite mes élèves à travailler sur Dreamweaver (logiciel de conception de site web). C’est d’ailleurs sur ce logiciel que tous mes cours sont préparés. Il est gratuit, et lisible sur tous les types d’ordinateurs. Quand ils utilisent Word, les élèves ne se rendent pas compte que quelqu’un a payé une licence : pour eux, c’est gratuit… Quand ils s’engagent sur une recherche, les élèves s’habituent à travailler ensemble. Chacun part dans une direction différente, et à la fin, ils mettent tout en commun. Voilà un autre intérêt des ordinateurs personnels. C’est l’idée du réseau: chacun garde une autonomie, avec la possibilité d’échanger (bien évidemment, ils savent aussi échanger autre chose que des documents de travail). Avant, les élèves disposaient de leur manuel scolaire et des ressources du CDI. Aujourd’hui, les ordinateurs ouvrent sur une telle masse d’informations qu’il faut absolument apprendre à les sélectionner. Nous pouvons leur montrer comment repérer celles qui ne sont pas très sûres, leur apprendre à recouper… Ils savent déjà, en cinquième, modifier le contenu du blog du collège. Quel est votre regard sur l’opération, avec le recul de huit années de pratique? Si je compare avec ce que j’ai vécu il y a huit ans, je peux dire qu’au début, les élèves n’étaient pas très à l’aise (et d’ailleurs, personne ne l’était vraiment), alors que maintenant, ils le sont trop ! Aujourd’hui, par exemple, les élèves maîtrisent parfaitement la logique du réseau: ils vont chercher sans problème des documents sur le serveur du collège… C’est une chose qui n’a l’air de rien, mais je me souviens que, dans notre première salle informatique, nous avions une imprimante par ordinateur! Le bémol, c’est que d’autres problèmes sont apparus. Et tout dépend maintenant de la façon dont on va les résoudre. Si l’outil pouvait se scinder en deux parties, l’une qui serait réservée exclusivement à la pédagogie, sous contrôle de l’équipe pédagogique et du collège, et l’autre, pour un usage libre, à la maison… Une double partition, en quelque sorte ? Oui, c’est exactement ce qu’il faut faire. Et il faut absolument s’y mettre sans tarder, sous peine de se retrouver devant des problèmes qui vont nous submerger. Le prin-

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cipal frein, non avoué, à l’utilisation des ordinateurs, c’est que les collègues sont conscients de ne pas pouvoir maîtriser, sur un groupe de trente, ce que font réellement les élèves. Pour ce qui me concerne, j’aurais besoin, à certains moments, d’un outil qui me permette de bloquer tous les ordinateurs! Sur huit ans, les élèves ont évolué très rapidement : au début, c’était souvent le premier ordinateur qui entrait à la maison. Et même nous, qui avions investi, à cette époque, sur des machines au prix exorbitant, nous ne disposions pas d’ordinateur portable! Par ailleurs, le choix d’employer, dans chaque collège, une personne dédiée à la maintenance technique des ordinateurs et du réseau a été décisif. La question se pose aujourd’hui de savoir s’il convient ou non de maintenir la mise à disposition d’un ordinateur portable à chaque élève… Qu’en pensez-vous? Selon moi, il ne faut pas lâcher ! De toute façon, on ne peut pas revenir en arrière… Mais il faut trouver comment résoudre les problèmes qui surgissent aujourd’hui: ceux qui dirigent l’opération doivent être bien conscients que nous ne pourrons plus gérer certaines dérives… Avec cette technique des doubles bureaux qui s’est maintenant généralisée, vous ne pouvez rien faire! Vous avez beau circuler dans la classe, dès que vous avez le dos tourné, les élèves ne se gênent pas. L’alerte est forte: à partir du moment où vous sentez que vous ne maîtrisez plus la situation, vous êtes enclin à dire: “Je me mets en danger, donc j’arrête!” Un certain nombre d’enseignants en sont là. Déjà, si vous ne savez pas résoudre les petits problèmes techniques qui ne manquent pas de surgir ici ou là – un élève ne parvient pas à se connecter sur le réseau, etc. –, vous êtes bloqué. Si, en plus, les élèves décident qu’ils vont faire autre chose… vous n’avez aucun moyen de contrôle. Montfort-en-Chalosse, mai 2009

----« La réalité est un peu différente de ce que nous avions imaginé, mais tout aussi intéressante.» Monique Marrocq est professeur d’histoire et de géographie au collège Serge Barranx, à Montfort-en-Chalosse ----Pionnier ? Oui, c’est un mot qui me convient ! Je me souviens de mes premiers pas avec l’ordinateur. C’était à peine un an avant la rentrée 2000, je ne savais même pas taper à la machine ! À cette époque, on ne parlait pas encore d’internet. En dix ans, tout a com-

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plètement changé… Nous ne savions pas du tout vers quoi nous allions: à l’aube d’une technique nouvelle, on ignore tout de ce qu’elle va provoquer. Ce qui nous sautait aux yeux, c’est que c’était un formidable outil de communication. Nous pensions pouvoir organiser certains de nos cours de manière décentralisée, avec des objectifs adaptés à chaque groupe d’élèves, peut-être répartis en des lieux différents… Utopies ? Oui, nous avions des rêves… La réalité est un peu différente de ce que nous avions imaginé, mais tout aussi intéressante. Ces nouvelles technologies ont introduit des changements que nous avons été les premiers à aborder. Nous avons au début affronté les difficultés techniques (pas toujours faciles à gérer…) mais très vite nous avons compris qu’en introduisant largement le monde extérieur à l’intérieur de l’école, ces technologies amenaient aussi des changements pédagogiques dans les disciplines, et nous avons eu le désir de poursuivre. Cependant, parce que ces techniques ont transformé notre manière d’enseigner, elles génèrent aussi de grandes inquiétudes: leur évolution rapide nous bouscule et multiplie nos responsabilités. Si les contraintes qui s’imposent à nous ont sans doute freiné certaines expérimentations, ces techniques restent toujours porteuses de grands changements potentiels. L’école est encore un lieu matériellement clos, pourtant tenu d’ouvrir les élèves sur la société et le monde. D’où la formidable opportunité offerte par les ordinateurs et internet à l’école ! Mais, de même que le monde ouvre les frontières tout en construisant des murs, de même que notre société libérale multiplie les interdictions, de même nous devons inventer et constamment surveiller un fragile équilibre entre le virtuellement possible et les obligations scolaires. Nous avons été obligés d’imposer des filtres et des interdits pour éviter des dérives comme la diffusion de vidéos pornographiques. Parmi les problèmes qui grossissent aussi comme un levain, il faut évoquer la pratique des jeux pendant la classe: des dispositifs techniques de contrôle des écrans existent, mais les élèves sont habiles à déjouer la surveillance des adultes y compris par des changements instantanés de bureau… Si la majorité d’une classe choisit de contourner les règles, la tâche de surveillance empiète trop sur le travail pédagogique. Il est urgent actuellement de réfléchir à des parades efficaces et de se donner les moyens de faire appliquer des règles communes garantes d’un travail profitable. Il faut continuer à dire le droit, à le faire évoluer et à l’appliquer. C’est l’apprentissage des limites de la liberté individuelle devant la loi qui est en jeu mais aussi la nécessaire distinction entre les domaines privés et publics (ici scolaire).. Je suis aussi frappée par le mélange des données personnelles et des documents scolaires dans les ordinateurs alors qu’il serait si facile de classer! Il y a dix ans, je disais aux élèves : « Votre cahier de textes est public, je dois pouvoir le consulter sans tomber sur la photo de votre copain ou copine, je n’ai pas à donner d’avis sur votre vie

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privée. » Aujourd’hui tout se confond : cela montre peut-être que le travail scolaire n’est pas prioritaire pour un certain nombre de collégiens et cela amène surtout la confusion entre un sentiment ou une opinion et le savoir. L’accès facile à n’importe quelle opinion ou information par internet aggrave cette confusion. Parce qu’il s’agit d’un problème qui a gagné l’ensemble de notre société, il est particulièrement difficile à combattre à l’école. Le positif ? C’est que nous sommes dans le siècle ! Nous utilisons tous les outils dont la plupart des élèves disposent chez eux, et une adaptation rapide de l’école était indispensable. Si nous nous étions fermés à ces technologies, nous aurions été bien vite dépassés. Le positif, ce sont aussi des avantages pédagogiques, et notamment un accès facilité au travail collectif : pouvoir compléter son travail par celui d’un camarade, pouvoir projeter au tableau sa production et la corriger en commun, récupérer individuellement un travail réalisé à plusieurs… Les outils numériques permettent aussi à l’enseignant d’être plus disponible dans la classe donc plus proche de chaque élève dont l’activité devient plus autonome. Enfin, ils améliorent sensiblement la trace des cours: l’élève peut voir et revoir, si besoin est, ce qui a été fait en classe grâce à l’enregistrement des principales étapes de la séquence sur son ordinateur. C’est une mémoire vivante, complète et toujours disponible chez lui. En Histoire géographie particulièrement, on utilise l’interactivité que permet le couplage de l’ordinateur avec le tableau numérique: pouvoir travailler directement sur des photographies facilite la lecture et l’explication des paysages, pouvoir faire revivre le passé par des vidéos d’archives capte l’attention et facilite la mémorisation, tout en ouvrant de nouveaux horizons pédagogiques: il s’agit d’apprendre à trier dans la masse d’informations accessibles les plus fiables, il s’agit de ne pas rester passifs devant des quantités d’images qu’il faut parvenir à décrypter. Cet outil, qui permet de naviguer dans le monde avec toutes ses richesses et ses folies, nous rappelle fortement combien l’adulte doit être présent aux côtés de l’adolescent pour l’aider à trouver ses repères et à faire ses choix. Bref, quand on demande aux enseignants: « Accepteriez-vous de ne plus avoir d’ordinateur ? », la réponse est non ! Je voudrais ajouter que le Conseil général nous a offert des outils très performants, en nous donnant accès à l’Ina, à lesite.tv, et en installant sur nos ordinateurs des encyclopédies très complètes, y compris l’Universalis! Voilà un investissement lourd mais très utile, dont les collégiens landais ont été les premiers à bénéficier. Montfort-en-Chalosse, mai 2009

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----« C’est un outil très attractif, qui attire les frères et sœurs plus jeunes; et ils partagent assez volontiers…» Frédérique Lemont est mère de quatre enfants, dont deux sont au collège de Roquefort : l’un en 3e et l’autre en 6e, et représentante de la FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques) au conseil d’administration de l’établissement. ----Quelle perception avez-vous de l’utilisation des ordinateurs au collège? Il me semble que les choses évoluent. Alors que ma fille aînée, maintenant au lycée, ne s’en servait que par intermittence, pour mon fils, ça devient systématique dans certaines matières. Quand c’est le cas, j’ai vraiment un retour positif. Ce qui leur plaît le plus, ce sont les échanges d’informations et de documents, cette interactivité qui s’installe entre élève et professeur. Le réseau du collège, c’est vraiment un lien très fort ; ils m’en parlent souvent. Mon fils se déclare également très satisfait du nouveau matériel mis en service cette année : les ordinateurs sont, de son point de vue, plus performants, et les nouvelles housses plus faciles à utiliser! Et à la maison ? Eh bien, de la même façon que nous avions notre bouquin, ils ont systématiquement leur ordinateur portable ouvert sur le bureau. C’est un outil très attractif, qui attire les frères et sœurs plus jeunes ; et ils partagent assez volontiers… Je peux vous dire que, dans la famille, les cousins qui ne sont pas dans les Landes regardent tout ça avec envie. Et, pendant les vacances avec eux, l’ordinateur portable est très sollicité… Pour vous, le bilan est donc positif ? Bien évidemment ! Au-delà de mes propres enfants, ce que j’ai beaucoup apprécié avec cette opération, c’est que tous sont maintenant au même niveau d’équipement. Nos enfants sont d’un milieu familial qui leur permettait déjà l’accès à un ordinateur, mais nous avions perçu un très gros décalage par rapport à certains de leurs copains qui venaient à la maison. Là, en 4e et en 3e, ils se retrouvent à égalité, et c’est une chose que je trouve formidable. Et l’informatique – qu’ils considéraient auparavant un peu comme un jeu – est devenue pour eux un outil comme un autre ; ils ont le réflexe de s’en servir… Quand notre génération avait le dessin, ils ont maintenant la photo numérique ou le montage vidéo, et ils exploitent tout cela d’une manière très naturelle.

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Faites-vous partie de ces parents qui disent: “c’est une complication de plus à gérer pour nous, et nous ne sommes pas préparés à cela”? Nous devons être conscients du monde dans lequel vivent nos enfants, mais on ne peut pas les mettre sous cloche ! C’est à nous de leur apprendre à se gérer de manière raisonnable… Mon seul gros regret, c’est que les ordinateurs n’aient pas encore diminué le volume de manuels et de cahiers que nos enfants doivent transporter chaque jour dans leur cartable… Roquefort, mars 2009

----« Nous étions les premiers à avoir un ordinateur portable dans un collège des Landes! » Ils étaient élèves de troisième, en 2001-2002, dans l’un des trois collèges “tests” avant la généralisation de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”. Retour sur cette année pas tout à fait comme les autres avec Lisa Poudou qui termine un DUT “Techniques de commercialisation”, et Thomas Mesa qui est en première année de droit.

----Cette première année avec les ordinateurs portables? Lisa Poudou (LP) : Nous étions les premiers à avoir un ordinateur dans un collège des Landes ! Je me souviens de Hugo et Charlotte, de Sylvie, d’Anaïs et de Romain… Nous étions contents ! À l’époque, il y avait déjà un ordinateur à la maison: j’ai commencé à m’en servir quand j’avais dix ans. Mais je me souviens très bien que, pour certains de mes camarades, celui-là était le premier. Thomas Mesa (TM): Super-excités: c’était une chance terrible! Un ordinateur portable, c’est spécial, très différent d’un fixe. Nous étions très fiers d’avoir un ordinateur à nous, et nous y faisions très attention – surtout au début… Quel usage faisiez-vous de l’ordinateur en classe? LP : Je me souviens qu’en histoire-géographie, nous avons vraiment utilisé l’ordinateur tout de suite, et beaucoup. On se servait d’un traitement de texte, on allait chercher de l’information sur internet. Tout ça rendait le cours très animé. En français, nous avions la possibilité de saisir au clavier et de mettre en pages nos rédactions sur l’ordinateur. TM: L’ordinateur servait beaucoup en espagnol. Nous avions un dictionnaire que nous pouvions compléter nous-mêmes. Nous allions chercher dans l’internet des bandes dessinées, comme Mafalda. Nous écoutions des chansons que le professeur nous

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envoyait sur le réseau. En musique, nous nous entraînions à jouer de la flûte avec le son en “play-back”. Nous utilisions aussi un logiciel qui permet de modifier les fréquences des sons… En histoire-géographie, nous cherchions les éléments pour faire des exposés. Internet nous fournissait aussi les traductions de nos versions latines… Avez-vous l’impression d’avoir progressé, cette année-là, dans la maîtrise de l’ordinateur ? LP : Oui ! Le fait de disposer des portables nous a permis de commencer à apprendre par nous-mêmes : à la fin de l’année, nous avions l’impression de vraiment maîtriser l’outil… même si je me rends compte maintenant que nous étions encore loin d’en avoir exploré toutes les possibilités ! Les ordinateurs ont mis de l’ambiance, c’est sûr! On pouvait tout faire, avec…, ils n’étaient pas bridés. Je garde de cette époque plusieurs CD remplis de tout ce que vous voulez, sauf des cours! À partir du moment où nous avons trouvé comment communiquer entre nous en utilisant les adresses IP, c’était terrible ! Quelques profs essayaient bien de gérer plus ou moins tout ça, mais nous avions pigé bien avant eux! C’était “l’année test”, quoi ! Et l’informaticien [l’aide-éducateur, ndlr], c’était notre copain… Maintenant, je ne crois pas que tout ça soit encore possible. Et puis, il y a eu la découverte d’internet… et des jeux. À partir de cette année-là, j’ai commencé à écouter de la musique avec des fichiers MP3, à imprimer des images pour les coller sur les murs de ma chambre. Bref, on a eu accès à beaucoup de choses. Nous nous sommes familiarisés avec l’outil informatique, en tant que tel et dans toutes ses dimensions! Et, comme c’était un portable, je l’emportais partout avec moi… même en vacances ! TM: Ces machines étaient vraiment les nôtres; nous voulions tous les customiser: notre premier travail, c’était de changer le fond d’écran. Je me souviens de nos échanges: tout le monde “bidouillait” plus ou moins, et comme nous avions tous les mêmes ordinateurs, on s’entraidait. Dès que nous étions en étude, hop! on allumait nos portables, et on se mettait en réseau pour faire nos petits trucs entre nous… Nous apprenions ensemble. Le grand jeu, c’était d’essayer de trouver comment passer au travers du système pour parvenir à télécharger des musiques… C’était interdit par le règlement du collège, bien sûr ! Je me souviens avoir farfouillé dans mon ordinateur: j’allais au fin fond du machin, pour voir. C’était génial! C’est là que j’ai vraiment appris la configuration de l’ordinateur, son maniement, etc. Des effets négatifs sur la qualité de votre travail en classe? LP : Bien entendu, nous parvenions de temps en temps à “bluffer” certains profs et à communiquer entre nous pendant leurs cours. Je sais aussi que certains faisaient le choix de jouer à Pacman au lieu d’écouter le cours d’histoire, mais tout ça restait quand même relativement marginal… En ce qui me concerne, je pense avoir largement profité de cet ordinateur, sans pour autant en avoir été pénalisée par la suite. TM : Les effets sur notre travail ? Je ne sais pas… D’un côté, je dois dire que plusieurs d’entre nous passaient leur temps à jouer pendant les cours, surtout à la fin de l’année…, mais d’un autre côté, les ordinateurs rendaient notre travail plus attractif.

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Finalement, l’ordinateur ne m’a pas empêché d’avoir le brevet à la fin de l’année, ni de poursuivre mes études plus tard ! À l’époque, que pensaient vos parents ? LP : Je ne pense pas qu’ils aient été trop inquiets. Mais j’ai entendu bien des fois: “Lâche-le, cet ordi !” Normal, bien sûr : il faut reconnaître que c’est assez prenant! TM : Pendant une certaine période, ça ne leur plaisait pas trop de voir que je préférais jouer en réseau avec mes copains plutôt que d’aller me baigner! Mais je n’ai jamais été vraiment accro… Que s’est-il passé par la suite ? LP: Nous avions de bons ordinateurs, alors forcément, quand je me suis retrouvée avec mon vieux “tracteur” d’avant, le portable m’a quand même manqué… Mais, au lycée, tout change : on a de nouveaux professeurs, une nouvelle manière de faire, on pense à autre chose. TM : Pendant un moment, le bruit a couru que nous aurions la possibilité de racheter nos ordinateurs à la fin de l’année. Finalement, nous avons dû les rendre… J’ai continué à utiliser l’ordinateur de la maison pendant mes années de lycée. Et, depuis que je suis à la fac, j’ai un ordinateur portable: c’est devenu indispensable. Passez-vous encore beaucoup de temps sur l’ordinateur? LP : J’allume systématiquement l’ordinateur le soir, quand je rentre chez moi. Il fait partie de ma vie, bien au-delà des loisirs. Par exemple, quand j’ai voulu choisir une orientation à la fin de mes deux années de fac, et savoir quelle formation, dans quelle ville, et dans quelles conditions, puis trouver la description des entreprises avec lesquelles je pouvais envisager un stage…, j’ai tout fait sur l’ordinateur, de A jusqu’à Z, jusqu’au dossier d’inscription. Mais passer un après-midi enfermée devant mon écran alors que j’aurais la possibilité de faire autre chose, ce n’est pas du tout mon genre! TM : Pendant mon année de troisième, j’ai passé une bonne partie de mes soirées sur l’ordinateur. À la sortie du collège, nous étions contents de nous retrouver tous, pour tchatter. C’est un peu pareil aujourd’hui : mon portable est très souvent allumé ! C’est un moyen de communiquer. Je m’en sers tous les jours pour donner rendez-vous à mes amis… pour aller faire du sport, par exemple! Quelque chose à ajouter ? LP : De mon point de vue, tout ça a été très positif, pour moi et pour tous mes camarades de classe. Mais si, aujourd’hui, on bride les ordinateurs au motif que ce sont uniquement des outils de travail, pourquoi ne pas faire des salles d’informatique comme nous en avons à l’université, avec des ordinateurs fixes, un écran sous le plan de travail, et tout ce qu’il faut pour s’en servir? Si finalement l’ordinateur n’est plus qu’un simple outil de travail, quel est l’intérêt que chaque collégien dispose de son portable? Quand je vais chercher mon frère au collège, je vois certains de ses camarades qui se promènent avec leur ordinateur en vrac… Je me rappelle que moi, je n’avais pas du tout envie que mon ordinateur tombe en panne, ni que mon disque dur flambe – avec tous les documents personnels qu’il contenait! Et je n’étais pas la seule dans ce cas. Maintenant, ça doit leur être bien égal de perdre le manuel de latin! Saint-Paul-lès-Dax, mai-juin 2007

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Regarder voir… Quand un ordinateur est ouvert devant chaque élève, l’organisation, le fonctionnement et l’ambiance de la classe changent. Forcément… Quelle que soit la matière enseignée, les gestes, les comportements, les habitudes de travail – et même la manière dont le professeur se positionne et se déplace – ne sont plus tout à fait les mêmes. Pourtant, au fil des reportages dans tel ou tel collège, reviennent les mêmes images, les mêmes situations. Nouvelles et déjà récurrentes… Allumer les ordinateurs, s’absorber devant les écrans, collaborer, écrire au clavier… Regarder voir. Voici quelques images de la vie au collège, “avec ordinateurs portables”, aujourd’hui dans le département des Landes.

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« Vous pouvez allumer vos ordinateurs…» C’est une évidence: ils aiment ! Pour faire chic, on parle d’appétence. De toute façon, elle crève les yeux, cette inclination particulière des collégiens à se servir de leurs ordinateurs. À preuve, le moment d’excitation très particulière qui saisit une classe dès que le professeur prononce la formule rituelle : « Vous pouvez allumer vos ordinateurs! » Instantanément, on s’ébroue. On plonge sous la table pour récupérer l’objet, on farfouille à la recherche d’une borne pour brancher le câble d’alimentation et se connecter au réseau… Parfois, un «glong!» impérieux s’échappe d’une machine, désignant l’élève distrait qui a oublié d’en couper le son. Brouhaha, certes, mais plutôt tonique : l’action libère les énergies. Bien entendu, le professeur veille: ces quelques instants volés aux temps ordinaires sont toujours surveillés, mais les habitués vous le diront : « ils n’exagèrent pas… » Et d’ailleurs, dans cette effervescence active, le souci d’efficacité est très présent. Non, ce n’est pas le grand bazar redouté, c’est un avant-goût, une attente. Une joie.

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Concentration Les yeux sont fixes. Le regard plonge très loin dans la profondeur de l’écran. Non, ils ne jouent pas: ils travaillent ! Impossible de les distraire de cette tâche qui focalise toute leur attention. Réflexion, interrogation, hésitation, doute… On lit sans peine, sur leurs visages, toute une variété d’émotions qui se succèdent en vagues, comme des nuages dans le ciel. Indiscutablement, il se passe des choses ! Dans ces momentslà, hormis quelques exclamations de dépit (ou de jubilation) échappées ici ou là, on pourrait entendre (s’il y en avait) les mouches voler… « Un des intérêts des ordinateurs personnels, c’est que les élèves ne subissent pas: ils participent vraiment…», disait un enseignant. Participer : prendre part à l’action. Ou plus exactement, dans ce cas précis, à l’interaction entre ce que l’on fait et ce que l’on voit à l’écran. Mais ces instants d’intense concentration ont un temps : dans quelques minutes viendra celui, collectif, de la “mise en commun”, nourri de l’expérience singulière et solitaire de chacun.

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Collaborations Moi, je sais faire, toi non… Mais dès l’instant que les ordinateurs sont en jeu, pas question de laisser mon voisin patauger, et si tu tournes ta machine vers moi pour me demander de l’aide, je n’hésiterai pas à intervenir sur ton clavier. Spontanément, la collaboration s’organise : nous voilà deux à regarder ensemble le même écran, ce qui se passe là nous amène à parler. On conjecture ensemble, on agit ensemble, on apprend l’un par l’autre. L’ambiance de la classe, dans ce genre de situation, devient vite celle d’un atelier, parfois un peu animé… Pourtant les enseignants apprécient, et même encouragent ce genre d’échanges “de pair à pair”, en proposant régulièrement à leurs élèves de travailler en autonomie, ou en petits groupes: « Les élèves qui s’en sortent bien sont des aides précieuses pour moi; ils rayonnent autour d’eux », remarque par exemple ce professeur d’histoire et de géographie.

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Toujours volontaires! Plus de la moitié de la classe qui lève le doigt pour aller au tableau, quelle que soit la discipline, le niveau, le sujet, ou même la difficulté de la question posée… Non, ce n’est pas un rêve de prof, c’est l’effet, bien réel, du “tableau numérique interactif”, qui renvoie le classique tableau blanc à sa plate inertie d’objet inanimé. Le tableau interactif, c’est un écran tactile grand format, relié à l’ordinateur du professeur. Il tire son nom de son étonnante faculté à interagir avec n’importe quel utilisateur – et notamment l’élève désigné pour le piloter – dans une sorte de dialogue homme machine très particulier. Écrire, cliquer, pointer, naviguer… Tout ce qu’il est possible de faire du bout des doigts avec un clavier et une souris l’est aussi sur ce tableau. La différence est une question d’échelle: là, debout dans la lumière et sous le regard de tous, le corps entier est engagé, et la moindre action devient une petite performance dont certains se tirent avec panache. Maladresse ? Gaucherie ? Manque d’expérience? Les copains sont toujours là pour vous tirer d’affaire. « Tout nouveau, tout beau, ne manqueront pas de dire certains Cassandre : ce changement de comportement, qui fabrique autant de volontaires pour aller au tableau n’aura qu’un temps… » Il semblerait pourtant que ce soit bien le contraire qui se produise, et les enseignants qui ont adopté cette version numérique du tableau noir depuis plusieurs années attestent que l’appétit de leurs élèves ne faiblit pas…

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Scénographies Que se passe-t-il, dans une classe, quand tous les élèves travaillent chacun devant son ordinateur? « L’écran fait écran », disent certains. Le bon mot est commode, tant il fait surgir l’idée d’une coupure de la communication, d’un repli individuel, voire d’une perte d’attention. À y regarder de plus près, on comprend vite que c’est tout autre chose qui se passe: dès que le professeur cesse d’être au centre de l’action, il quitte son bureau pour aller vers ses élèves. Alors s’engage une série de petites consultations particulières. Quelqu’un lève le doigt ou se signale pour demander de l’aide. La question est toujours urgente; elle porte ici sur un détail, là sur un problème de fond. Quelque chose de spécifique doit être résolu ou expliqué, ici et maintenant. Dépanner, donc, mais aussi encourager, orienter, aiguiller… Toutes les nuances de la psychologie et de la pédagogie trouvent ici matière à s’exprimer. Dialogues sans face-à-face – c’est l’écran qui focalise l’attention – mais situations intenses, souvent. Avec le changement d’orientation des regards, c’est la scénographie de la classe qui a radicalement basculé.

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Clavier C’est leur ordi, et ils l’ont bien en main. Alors, quand ils posent leurs doigts sur le clavier, c’est l’infinie variété des personnalités qui s’exprime. L’un place ses poignets bien à plat sur le rebord de la table, l’autre préfère laisser ses mains flotter au-dessus des touches, tandis que le troisième semble aborder son clavier en douce, comme par en dessous, poignets et avant-bras enfouis sous le bureau… Mais, par-delà les singularités, le fait générationnel qui unit tous ces adolescents, c’est leur dextérité. Rapidité, souplesse des doigts qui connaissent l’emplacement de chaque lettre, chacun maîtrisant une portion du territoire ; des doigts qui se plient, reculent ou se tendent, sans hésiter, toujours en alerte, prêts à intervenir, en rafale, à la moindre sollicitation. Le pouce se réserve souvent le toucher – frôler, caresser, glisser… – du trackpad, mais pas systématiquement. Bien loin de la pratique enseignée autrefois dans les écoles de secrétariat, où l’on apprenait “le bon usage” du clavier, cette multiplicité de gestes traduit un vrai rapport charnel, nourri d’une authentique cohabitation avec la machine. Et une si évidente familiarité, que tout semble parfaitement naturel.

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Personnalisation En début d’année scolaire, tous les ordinateurs sont identiques: même marque, même modèle protégé par la même housse… Mais cette banalisation ne va pas durer. C’est mon ordi ! Il est unique, et cela doit se voir. La tâche la plus urgente – pour le reconnaître, et pour s’y reconnaître –, c’est évidemment d’installer son fond d’écran. L’affaire est d’importance, car un fond d’écran, c’est une petite vitrine ambulante: on en est fier, on le montre aux copains. Quand les ordinateurs démarrent, voilà toute une exposition d’images qui se déploie, un instant, dans la classe : images miroirs, où chacun affiche son univers personnel, expose ses passions, ses idoles, ses amis, ses rêves, quelquefois son portrait… Le fond d’écran, c’est le look de l’ordinateur. C’est aussi celui d’une génération et d’une époque. Curieuses correspondances entre graphisme et mode : on s’habille comme son fond d’écran (et inversement).

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#5. DOCUMENTS.

École et ordinateur La relation entre école et ordinateur n’est pas nouvelle: les premières expériences ont lieu aux États-Unis dès 1959, et en France, le “plan calcul” (1967) ambitionne déjà de “promouvoir l’enseignement de l’informatique”. Depuis, chaque gouvernement – ou presque – va y aller de son plan, avec des bonheurs divers: opération des “58 lycées” (1972), plan pour l’Éducation, dit des “10000 micro-ordinateurs” (1976), plan “Informatique pour tous” (1985)… jusqu’au dernier en date, le “programme du développement du numérique dans les écoles rurales”. Mais, au fil des ans, la terminologie évolue, comme le rôle supposé de l’informatique à l’école : au tout début, dans les années 1960, on s’interrogeait sur les potentialités de l’ordinateur comme machine à calculer, classer, organiser, écrire et… enseigner. On parle alors d’Enseignement assisté par ordinateur. Vient ensuite, dans les années 1970, le temps de l’Informatique que l’école se propose, un temps, d’enseigner comme une discipline à part entière. Avec l’arrivée de l’ordinateur multimédia – qui permet de manipuler le texte, l’image, le son, la vidéo, etc. –, apparaît, à la fin des années 1980, l’expression de Technologies de l’information, bientôt remplacée – avec le développement d’internet – par Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Aujourd’hui, une seule machine, l’ordinateur, répond à nombre de besoins que l’école a définis depuis longtemps : c’est un outil pour écrire, classer, organiser ; c’est un moyen simple pour exploiter toutes les ressources du multimédia ; c’est également une source “infinie” de documentation, et un instrument pour communiquer et échanger toutes sortes de données. Pourtant, en France, l’Éducation nationale s’interroge encore sur sa place à l’école…, et ce sont des conseils généraux qui conduisent les actions les plus significatives : l’opération “un collégien, un ordinateur portable” démarre dans les Landes en 2001, bientôt suivie par “Ordina13” dans les Bouches-du-Rhône (2003), “Ordi35” en Ille-et-Vilaine (2005), “Ordi60” dans l’Oise et “Ordicollège19” en Corrèze (2009)…

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REPÈRES HISTORIQUES 1946 > États-Unis : premier calculateur électronique L’Eniac (Electronic Numerical Integrator Analyser and Computer) est conçu par le laboratoire de recherche de l’armée américaine : il se compose de 17 468 tubes à vide, 7 200 diodes, 1 500 relais, 70 000 résistances, 10000 condensateurs et environ 5 millions de soudures faites à la main. Il pèse 30 tonnes et occupe une surface de 160 m2 ; sa consommation électrique est de 150 kWh. ----1955 > France : ordinateur C’est le professeur de philologie Jacques Perret qui propose le terme “ordinateur”, en réponse à une demande d’IBM France, dont les dirigeants estimaient le mot “calculateur” (traduction littérale de computer) bien trop restrictif en regard des possibilités de ces machines: «Cher Monsieur, Que diriezvous d’“ordinateur”? C’est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant “Dieu qui met de l’ordre dans le monde”. Un mot de ce genre a l’avantage de donner aisément un verbe “ordiner” et un nom d’action “ordination”…» Jacques Perret, le 16 avril 1955 ----1959 > États-Unis : premiers enseignements assistés par ordinateur dans une école publique Un système développé par IBM pour ses propres besoins de formation est expérimenté dans des écoles de l’État de New York, pour l’enseignement de la mathématique binaire. Les élèves travaillent à partir de terminaux (télétypes) branchés par lignes téléphoniques sur un ordinateur (Teaching Machines Project du Watson Research Center d’IBM). ----1962 > France : informatique Le terme informatique, forgé à partir des mots “information” et “automatique”, est utilisé pour la première fois en France en mars 1962, par Philippe Dreyfus, dans la désignation de l’entreprise SIA (Société d’informatique appliquée). L’usage officiel du mot est consacré par le président Charles de Gaulle qui tranche, en conseil des ministres, entre “informatique” et “ordinatique”. Le mot est choisi par l’Académie française en 1966 : « L’informatique est la science du traitement rationnel, notamment par des moyens automatiques, de l’information considérée comme le support des connaissances humaines et des communications dans le domaine technique, économique et social. » ----1963 > États-Unis : invention de la souris Imaginée en 1963 par Douglas Engelbart, au Stanford Research Institute, en Californie, la souris est présentée officiellement lors de la conférence des sociétés d’informatique, en 1968. Elle porte alors le nom d’“indicateur de position X-Y pour système d’affichage”. C’est un boîtier en bois contenant deux

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disques perpendiculaires, relié à un ordinateur par une paire de fils torsadés. Cette invention permettra de développer de nouvelles interfaces homme-machine, notamment le fameux Desktop – la métaphore d’un bureau – imaginé par Tim Mott, au Palo Alto Research Center de la société Xerox. C’est Apple qui commercialisera, en 1983, le premier ordinateur grand public disposant d’une souris : le Lisa. ----1967 > France : “plan calcul” L’informatique française se développe réellement à partir du “plan calcul”dont les objectifs sont “de développer une industrie informatique française, d’organiser les équipements informatiques publics et semi-publics, et de promouvoir l’enseignement et la formation”. Les premières expériences pédagogiques se mettent alors en place… Des cours d’informatique générale du CNAM sont télévisés, les exercices étant corrigés par le Centre de calcul de l’ENS de Saint-Cloud. À Paris VII-Jussieu, un “ordinateur pour étudiant” est testé comme répétiteur en sciences physiques. ----1969 > États-Unis : création d’Arpanet Considéré comme l’ancêtre d’internet, le réseau Arpanet fonctionne selon la théorie de la transmission de données par paquets, les messages étant découpés, envoyés par morceaux passant par des voies différentes, et rassemblés par le récepteur final. Le premier Arpanet est un réseau de quatre ordinateurs installés à l’université de Columbia, auquel se raccorderont les universités de Californie, de l’Utah et l’institut de recherche de Stanford. ----1970 > États-Unis : première application éducative de l’hypertexte À la Brown University, Andries van Dam propose à ses étudiants d’étudier la poésie anglaise à l’aide de l’ordinateur. Pour cela, il utilise un système d’hypertexte qui comprend des informations biographiques sur les poètes étudiés et des données sur leur style, le tout mis en relation avec des commentaires du professeur auxquels peuvent se greffer ceux des élèves. ----1970 > Suisse (OCDE): introduction de l’informatique dans l’enseignement C’est le titre du séminaire organisé par le Centre d’études et de recherches pour l’innovation dans l’enseignement de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) : « Une des caractéristiques de l’informatique est de créer chez les élèves une attitude algorithmique, opérationnelle, organisatrice, laquelle est souhaitable pour bien des disciplines.» Les conclusions du séminaire soulignent l’apport de l’informatique à l’enseignement général et incitent les pays membres de l’OCDE à s’engager dans cette direction. -----

----1970 > France : formation des enseignants à l’informatique. Circulaire ministérielle 70-232 du 21 mai 1970: «L’informatique est un phénomène qui est en train de bouleverser profondément les pays industrialisés… [Ses applications] en font un outil scientifique, technique et intellectuel unique. L’enseignement secondaire tout entier ne peut rester à l’écart de cette révolution. Il doit préparer au monde de demain dans lequel ceux qui ignoreront tout de l’informatique seront infirmes. Il doit apprendre la portée de cet outil pour éviter les enthousiasmes excessifs et les scepticismes étroits. Il doit profiter de la valeur formatrice de l’enseignement de l’informatique, de la rigueur et de la logique qu’elle impose. […] Enfin, il doit préparer les consciences à affronter les responsabilités nouvelles créées par sa généralisation. » ----1970 > États-Unis : langage Logo Langage de programmation réflexif et fonctionnel développé par Seymour Papert et Marvin Minski, au laboratoire d’intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology (MIT), pour un usage pédagogique mettant l’accent sur la construction par l’élève de son propre savoir. Des expérimentations seront menées en France avec des enfants d’écoles maternelles, d’écoles élémentaires et d’établissements du second degré jusqu’au début des années 1980. ----1971 > États-Unis : création du premier microprocesseur La société américaine Intel réussit à placer tous les transistors qui constituent un processeur sur un seul circuit intégré, donnant ainsi naissance au microprocesseur. Cette miniaturisation permet d’augmenter la vitesse de fonctionnement des processeurs, de réduire les coûts, d’augmenter la fiabilité, et surtout de créer des ordinateurs bien plus petits : les micro-ordinateurs. ----1972 > États-Unis : premier courrier électronique Le premier courrier électronique est envoyé par un ingénieur de la société BBN, Ray Tomlinson. Pour définir l’adresse, il opte pour l’arobase comme séparateur entre le nom et la “résidence” du destinataire – ce signe possède le double avantage d’être inutilisé et de se prononcer “at” en anglais, ce qui dans ce contexte équivaut en français à “chez”. ----1972 > États-Unis : Pong Sorte de jeu de tennis noir et blanc, Pong est considéré comme le premier grand jeu vidéo, marquant le lancement d’une nouvelle industrie du divertissement. D’abord conçu comme une “borne d’arcade”, Pong sera adapté pour être joué sur un écran de télévision classique.

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----1972 > France : opération dite des “58 lycées” 58 établissements sont équipés d’un ordinateur; 500 enseignants reçoivent une formation dans les universités ou chez certains fabricants. C’est la première expérimentation d’envergure, si l’on songe qu’à l’époque, l’administration française dispose en tout et pour tout de 483 ordinateurs « dont 90 % ont une mémoire centrale inférieure à 256 Ko » (in Les chiffres-clés de l’informatisation, La Documentation française, 1980). ----1972 > France : création de l’EPI (Enseignement public et informatique) «L’association Enseignement public et informatique […] veut faire de l’informatique, et des technologies de l’information et de la communication en général, un facteur de progrès et un instrument de démocratisation. Depuis sa création, elle demande que priorité absolue soit accordée à la formation des maîtres, inséparable des indispensables recherches pédagogiques et des moyens en matériels et en logiciels. » ----1973 > France : le Micral Le premier micro-ordinateur est français: il est développé par R2E, jeune société française dirigée par André Truong et Paul Magneron pour répondre à une commande de l’INRA, dans le but de réaliser un système de mesure et de calcul de l’évapotranspiration des sols. Il ne possède ni clavier, ni écran: les entrées de données sont assurées par des commutateur et l’affichage s’effectue sur des voyants. ----1979 > France : plan pour l’Éducation, dit des “dix mille micro-ordinateurs” « L’ordinateur est porteur d’une culture nouvelle. Il peut devenir un véritable outil pédagogique, et l’apprentissage de son langage est aussi l’apprentissage de la démocratie… » Christian Beullac, ministre de l’Éducation. En cinq ans, tous les lycées doivent être équipés d’une “configuration standard à huit postes de travail”, avec une “formation intense des personnels pour l’utilisation de l’informatique comme outil dans les disciplines”. Pour les collèges, ce plan prévoit une expérimentation visant à la réduction des inégalités (rattrapage, aplanissement des handicaps, options à composante informatique, etc.) ; et, pour les écoles, des activités d’éveil pour familiariser les élèves avec l’environnement informatique et télématique. ----1980 > France : minitel En 1978, le gouvernement décide de lancer un vaste réseau vidéotex (service de télécommunications permettant l’envoi de pages composées de textes et de graphismes simples), accessible par un terminal peu onéreux : le minitel. La phase d’expérimentation se réalise à partir de 1980 à Saint-Malo et en

Ille-et-Vilaine. Les premiers minitels sont distribués fin 1982 : ils permettent d’accéder à des services en ligne dont les plus populaires seront l’annuaire téléphonique, la vente par correspondance (de billets de train par exemple) et les sites de rencontres. En 1985, on dépasse le million de minitels en service, ainsi que le million d’heures de communications mensuelles. Le nombre de terminaux continue de progresser jusqu’à 6,5 millions d’unités en 1994, puis amorce un lent déclin. Pourtant, selon le groupe France Telecom, le réseau minitel enregistre encore chaque mois, en 2009, 10 millions de connexions sur 4 000 codes de services Vidéotex, dont plus d’un million sur le 3611 (annuaire électronique). ----1981 > Grande-Bretagne : Microelectronics Education Programme La quasi-totalité des écoles primaires publiques du pays est équipée d’au moins un ordinateur (27500 établissements), avec pour objectifs de « promouvoir, dans les programmes scolaires, l’étude de l’informatique et de ses effets, et d’encourager l’utilisation de la technologie comme une aide à l’enseignement et l’apprentissage ». ----1982 > internet Le protocole TCP/IP (Transmission Control Protocol/Internet Protocol) est adopté comme standard permettant de transmettre des données entre deux ordinateurs. Le protocole de transport TCP prend à sa charge l’ouverture et le contrôle de la liaison entre les ordinateurs. Le protocole d’adressage IP assure le routage des paquets de données. TCP/IP est une sorte de langage universel permettant à deux machines de communiquer entre elles, quel que soit leur système d’exploitation. Le terme “internet” est employé ici pour la première fois: il sert alors à désigner un “ensemble de réseaux utilisant les protocoles d’échanges TCP/IP”. ----1983 > États-Unis : Apple Lisa C’est le premier ordinateur personnel à posséder une souris et une interface graphique (icônes) permettant à l’utilisateur de communiquer aisément avec la machine. Malgré son caractère novateur, le Lisa sera un échec commercial, essentiellement en raison de son prix. Annoncé un an plus tard, le premier Macintosh sera proposé pour un quart de son prix (2 500 $ tout de même !), mais avec des fonctionnalités plus faibles. ----1983 > États-Unis : projet GNU Richard Stallman, chercheur au laboratoire d’intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology, crée le projet GNU avec l’objectif de construire un système d’exploitation compatible avec Unix, et dont la totalité des logiciels serait librement partageable (logiciels libres). Ce projet relevant de l’éthique et de la philosophie politique vise à «ne

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pas laisser l’homme devenir ni l’esclave de la machine et de ceux qui auraient l’exclusivité de sa programmation, ni de cartels monopolisant des connaissances en fonction de leurs seuls intérêts». En 1991, l’étudiant finlandais Linus Torvalds écrit le chaînon manquant, que l’on appellera plus tard “noyau Linux”, qui permet d’obtenir un système complet: le système libre GNU/Linux. ----1983-1984 > France : plan d’équipement en microordinateurs “grand public” (TO-7) Annoncé par le président de la République, François Mitterrand, en janvier 1983, le plan d’équipement en micro-ordinateurs “grand public” permet la fourniture, en 1983 et 1984, de 6000 ordinateurs TO-7 de Thomson, aux écoles, collèges et lycées d’enseignement professionnel de 16 départements (Alpes de Haute-Provence, Hautes-Alpes, Ardennes, Ariège, Drôme, Isère, Landes, Loire-Atlantique, Moselle, Nièvre, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Puy-deDôme, Seine-Saint-Denis, Haute-Vienne). «L’informatique n’est pas une innovation comme n’importe laquelle, car pour la première fois nous avons la possibilité de faire entrer dans l’éducation de base, dans notre capital culturel, un progrès du savoir aux conséquences universelles…» François Mitterrand, colloque Informatique et enseignement, nov. 1983. ----1981-1986 > France : Centre mondial informatique et ressource humaine «Tout commence à l’école. Et si l’informatique vient d’y faire son entrée, elle ne doit pas se trouver à côté de la lecture, de l’écriture et du calcul, un domaine supplémentaire d’enseignement. Elle transforme la manière même d’acquérir ces moyens de la connaissance. Et, tout au long de la formation initiale jusqu’à l’université, elle doit garder cette dimension. Bien utilisée, elle permettra de maîtriser, comme jamais auparavant – vous entendez, jamais auparavant – l’apprentissage de chaque savoir particulier. » François Mitterrand Le Centre mondial informatique et ressource humaine (CMI) sera présidé par Jean-Jacques ServanSchreiber et dirigé par Nicholas Negroponte, informaticien américain, professeur et chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology). C’est un centre de recherche, avec une vitrine grand public : dans le hall d’entrée, les enfants sont invités à venir apprendre la programmation. Le centre est particulièrement en avance sur son temps: il a notamment pour projet de servir de base aux programmes pilotes dans les pays en voie de développement, et de mettre au point un nouvel ordinateur individuel (idée que l’on retrouvera en 2005 dans le projet OLPC). Le CMI a également fait émerger l’idée d’espaces publics numériques, et a imaginé, en partenariat avec la société Apple, un projet de “réseau national de 50 000 ateliers équipés de micro-ordinateurs professionnels” : « Le gou-

vernement français entend faire la démonstration que l’informatique personnalisée peut créer une nouvelle croissance, par la qualification des hommes. Il est alors décisif que l’informatique et ses moyens aillent au-delà des grandes industries pour pénétrer les petites et moyennes entreprises, et jusqu’à l’univers individuel, aussi bien des étudiants que des professionnels. » (document du CMI, novembre 1984) Le centre sera fermé après les élections de mars 1986. ----1985 > URSS : Tetris Tetris est un jeu de puzzle conçu par Alexei Pajitnov, chercheur en reconnaissance vocale à l’Académie des sciences de Moscou. Alliant simplicité, intelligence et adresse, il est l’un des jeux vidéo les plus populaires au monde. Ce jeu remarquable de simplicité par son concept et de difficulté dans la pratique est un passe-temps indémodable et particulièrement addictif. Un temps livré avec Windows, il sera disponible sur tous les PC du monde et adapté sur tous les supports possibles, et tout récemment sur l’iPod. ----1985 > Japon : Super Mario Bros Tandis que les premiers jeux vidéo avaient pour seul but de battre un score, Super Mario Bros propose au joueur de vivre une vraie aventure et d’évoluer dans une histoire, celle d’un plombier moustachu qui doit délivrer une princesse… Vendu à plus de 40 millions d’exemplaires, Super Mario Bros demeure le jeu le plus acheté dans le monde. ----1985 > France : plan “Informatique pour tous” Annoncé par Laurent Fabius, Premier ministre, le 25 janvier 1985: « Par l’équipement de tous les établissements publics d’enseignement, ce plan a pour objectif d’initier tous les élèves et les étudiants à l’informatique. […] Ces équipements seront accessibles à tous les citoyens. 120 000 micro-ordinateurs seront installés, 11000 ateliers seront créés dans 8 000 écoles, 2 300 collèges, 350 lycées et 400 universités. 110 000 enseignants recevront une formation informatique. […] L’informatique va devenir de plus en plus une véritable seconde langue. L’objectif du président de la République, le nôtre, est de faire de cette génération la mieux formée de notre histoire. Grâce à ce plan, la France va être, dès cette année, un des premiers pays du monde, probablement le premier, dans l’enseignement de l’informatique pour tous. » Le plan “Informatique pour tous” constitue un pari exceptionnel : en moins d’un an, c’est six fois plus d’ordinateurs, six fois plus d’enseignants concernés et vingt fois plus d’établissements équipés que dans le plan précédent. À la fin de l’année, grâce à 120 000 machines ajoutées aux 40 000 déjà installées, un enseignant sur quatre devra avoir reçu une initiation. Ce premier projet d’envergure ne connut pas le succès escompté, notamment en raison du choix, par souci protectionniste, d’un matériel in-

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adapté (Thomson MO5 et TO7). Le plan “Informatique pour tous” sera interrompu après les élections de mars 1986. ----1985 > États-Unis : Project Headlight Nicholas Negroponte fonde le Media Lab du MIT (Massachusetts Institute of Technology), avec le projet de créer un environnement de recherche pluridisciplinaire, établissant des ponts entre arts, design et sciences de l’informatique. Seymour Papert y développe une théorie basée sur le constructivisme de Jean Piaget, le “constructionisme”, qui part du principe que l’élève est un acteur de son apprentissage et qu’il augmente ses connaissances non pas en recevant un enseignement mais en utilisant des outils et en construisant objets et concepts par lui-même (”learning by making”). Selon lui, l’ordinateur serait l’outil adapté à cette pédagogie qui sera mise en œuvre à l’école Hennigan, une école primaire publique à Boston, composée d’élèves principalement issus de minorités (Project Headlight), avec un ratio élève-ordinateur particulièrement élevé. ----1985-1998 > États-Unis : Apple Classrooms of Tomorrow Le programme Apple Classrooms of Tomorrow (ACOT) est une collaboration de recherche et de développement entre des écoles primaires et secondaires, des universités, des laboratoires de recherche et la firme Apple Computer Inc., avec pour objectif d’évaluer dans quelle mesure l’usage régulier des Tice peut influencer l’enseignement et l’apprentissage. De 1985 à 1995, les élèves et les enseignants des classes ACOT furent équipés de deux ordinateurs par personne: un pour l’école et un pour la maison. Les enseignants formés à l’usage des technologies communiquèrent régulièrement les résultats de leur expérience à l’équipe de recherche. ----1989 > Genève : World Wide Web (www) Un physicien du CERN (Conseil européen pour la recherche nucléaire), Tim Berners-Lee, imagine un système permettant de transférer facilement des données sur internet, d’un simple clic, grâce à l’hypertexte. En mai 1990, ce système est baptisé World Wide Web – la toile mondiale. Info.cern.ch sera l’adresse du tout premier site hébergé par un ordinateur du CERN, et http://info.cern.ch/hypertext/www/TheProject.html, la première adresse web : on y trouve des informations sur l’hypertexte, la technique permettant de créer sa propre page web, et même la recherche d’informations sur la Toile. L’adresse est toujours active… ----1993 > États-Unis : Myst Images précalculées en 3D, 256 couleurs, décors et bande-son magnifiques… Myst est un jeu vidéo à la première personne, c’est-à-dire que le joueur a la même vision de l’univers exploré que le person-

nage qu’il incarne. Il n’y a ici ni ennemi, ni menace de mort, ni game over, uniquement des énigmes plus ou moins difficiles à résoudre. ----1997 > France: plan pour les nouvelles technologies dans l’enseignement Plan présenté par Claude Allègre, ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie, et Ségolène Royal, ministre déléguée à l’Enseignement scolaire : « Le ministère de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie jette aujourd’hui les bases d’une nouvelle démarche éducative s’appuyant sur les ressources du multimédia. L’impulsion donnée à ce plan, prioritaire en matière d’éducation, prend en compte les atouts immenses offerts par les nouvelles technologies de l’information et de la communication pour assurer l’entrée de la société française dans le 21e siècle et gagner “la bataille de l’intelligence”, comme le Premier ministre Lionel Jospin l’avait souligné à Hourtin, le 25 août dernier. Sans négliger les expériences existantes en ce domaine, le ministère a décidé de mettre en place un vaste dispositif déconcentré et fédérateur d’énergies, favorisant tous les usages pédagogiques innovants, le partage des expériences et la mise en réseau des initiatives enseignantes à tous les niveaux, de la maternelle à l’université, la production et la diffusion de multimédias éducatifs. Avec une idée-force : œuvrer à la synthèse féconde entre deux modes de pensée – la culture de l’écrit et la civilisation de l’image –, porteuse d’autres manières d’échanger, d’apprendre et d’appréhender le monde. » ----1997 > France : introduction d’internet dans l’enseignement Publication dans le BO du 24 avril d’une note titrée Enseignement scolaire et développement des technologies de l’information et de la communication: « Les enjeux invitent à passer à une phase plus marquée de généralisation des TIC. L’effort prioritaire sera porté sur trois points: ¶ Développer les usages liés aux technologies d’information et de communication en portant un effort particulier sur le développement des réseaux numériques. ¶ Informer et former le plus grand nombre de responsables, d’enseignants et de personnels administratifs, en intégrant les potentialités offertes par les technologies d’information et de communication ellesmêmes, et ce afin que chacun puisse trouver le moyen d’améliorer son action quotidienne. ¶ Aider à la production de ressources pédagogiques de qualité, quels que soient les supports, en s’appuyant sur les communautés disciplinaires et les opérateurs techniques publics et privés… » ----1998 > États-Unis : création de Google Larry Page et Sergey Brin imaginent un logiciel qui analyserait les relations entre les sites web, dans le but «d’organiser l’information à l’échelle mondiale

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et de la rendre universellement accessible et utile», ce service étant financé par de la publicité ciblée en fonction des mots-clés. ----2001 > États-Unis : Maine Learning Technology Initiative Angus King, gouverneur de l’État du Maine, propose de confier des ordinateurs portables aux 37 000 élèves de l’équivalent de nos classes de 5e, puis de 4e, de toutes les écoles publiques. Ce programme, baptisé Maine Learning Technology Initiative, s’inscrit dans une démarche de développement économique et social: le Maine étant un État très rural, le gouverneur est persuadé que les TIC pourraient jouer un rôle déterminant dans l’économie future et que cette opération spectaculaire aurait un écho national susceptible d’attirer des entreprises innovantes. Le second objectif, c’est de transformer l’éducation pour mieux préparer les élèves à un monde en mutation rapide. Inspiré par Seymour Papert, le choix d’un ordinateur portable pour chaque élève découle logiquement d’une orientation “constructiviste” de la pédagogie, faisant de l’élève l’acteur central de son apprentissage. Quant au troisième objectif, il vise à réduire la fracture numérique. Huit ans plus tard, en 2009, ce sont les élèves de la 3e à la terminale qui vont être également dotés, ce qui porte à 100000 le nombre d’ordinateurs portables déployés dans le cadre du programme. ----2001 > Wikipédia Wikipédia est un vaste projet d’encyclopédie collective établie sur internet, universelle, multilingue. Celle-ci a pour objectif d’offrir un contenu libre, neutre et vérifiable que chacun peut éditer et améliorer. Le nom Wikipédia est un mot-valise formé à partir de wiki, terme désignant un type de site web dont les pages peuvent être modifiées facilement à l’aide d’un navigateur web, et encyclopedia, mot anglais pour encyclopédie. Wikipédia est non seulement disponible gratuitement sur internet, mais elle peut aussi être copiée et utilisée librement avec la seule mention de la source et des auteurs (licence de documentation libre GNU). En 2009, le nombre total d’articles de l’ensemble des éditions de Wikipédia dépasse les 13 millions. ----2003 > États-Unis, Indiana : One2One Le département de l’éducation de l’Indiana met en œuvre le programme inAccess (Affordable Classroom Computers for Every Secondary Student), rebaptisé One2One (pour One to One). L’objectif du projet n’est pas que chaque élève possède un ordinateur personnel, mais qu’il y ait autant d’ordinateurs disponibles dans chaque classe qu’il y a d’élèves. Le choix se porte donc sur des ordinateurs fixes, dont les écrans sont encastrés, à l’horizontale, dans chaque bureau. Le programme concerne aujourd’hui 200 000 élèves (de la seconde à la terminale), donc

----2001 > France, Landes : “un collégien, un ordinateur portable”

Le Conseil général des Landes s’engage dans une opération de grande ampleur de modernisation de l’équipement informatique de ses collèges. Avec l’accompagnement de l’Éducation nationale sur le plan pédagogique, il décide de doter chaque collégien de 3e et chaque enseignant du département d’un ordinateur personnel portable, de câbler les collèges et de les équiper des outils permettant d’intégrer l’utilisation de l’informatique dans la pédagogie. L’opération “un collégien, un ordinateur portable” poursuit quatre objectifs complémentaires : relever les défis de l’égalité en assurant l’égal accès des élèves à ces nouveaux outils dont la maîtrise leur sera indispensable dans leurs études et leur vie professionnelle et citoyenne ; favoriser de nouvelles pratiques pédagogiques; diffuser la culture des nouvelles techniques dans tous les foyers landais ; développer l’attractivité des Landes afin d’attirer les opérateurs de télécommunications dans un département rural où la seule logique économique ne les conduirait pas. L’opération représente un coût de 10 millions d’euros par an pour les deux premières années de mise en place et d’investissements. Elle débute en septembre 2001, dans trois collègestests : 550 ordinateurs portables équipés de nombreux logiciels et ressources pédagogiques, sont distribués aux élèves et enseignants des classes de 3e. En février 2002, l’Assemblée départementale vote à l’unanimité la généralisation de l’opération aux 32 collèges publics du département : 4 200 ordinateurs portables seront ainsi distribués à la rentrée suivante. L’opération sera généralisée en 2005 à toutes les classes de 4e, à tous les enseignants et personnels des collèges, soit 8 500 ordinateurs portables. Mais elle ne se limite pas à la fourniture d’ordinateurs portables : elle comprend aussi le câblage intégral des collèges, une dotation pour l’achat de ressources pédagogiques, le financement d’un poste d’assistant d’éducation Tice dans chaque établissement et l’installation de matériels collectifs (serveurs, imprimantes, vidéoprojecteurs, tableaux interactifs, visualiseurs, etc.). Depuis la rentrée 2009, toutes les salles de cours de tous les collèges publics des Landes sont désormais équipées, en fixe, d’un tableau blanc interactif, d’un vidéoprojecteur et d’un visualiseur numérique. 200 000 ordinateurs. L’État de l’Indiana compte seulement 6,5 millions d’habitants et il est considéré comme l’un des plus pauvres des États-Unis. ----2003 > Magog (Québec) : première initiative d’envergure au Canada La Commission scolaire Eastern Townships met en œuvre un programme baptisé Stratégie d’apprentissage amélioré, grâce auquel les 5 600 élèves de son réseau d’établissements – de la 3e année du primaire à la 5e du secondaire – reçoivent un ordinateur portable. ----2004 > États-Unis : World of warcraft World of Warcraft est sans doute le plus connu des MMORPG (jeu de rôle sur internet massivement multijoueur). Il permet à des milliers de joueurs de se rencontrer en ligne et de s’allier contre l’univers du jeu ou de combattre entre eux. Les joueurs en provenance du monde entier peuvent ainsi s’évader dans un monde épique et se lancer dans de grandes quêtes et des exploits héroïques aux confins d’une terre d’aventures fantastiques.

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----2005 > États-Unis : One laptop per child [un ordinateur portable par enfant] En janvier 2005, Nicholas Negroponte, informaticien américain d’origine grecque, professeur et chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology), annonce la construction d’un ordinateur portable à 100 dollars, destiné aux enfants des pays en voie de développement, opération dénommée OLPC pour One Laptop Per Child. Fin 2009, ces portables dénommés XO devraient être diffusés à près d’un million d’exemplaires. « Le projet One Laptop Per Child (OLPC) a pour objectif de fournir des ordinateurs comme outil éducatif aux enfants des pays en voie de développement. Pourquoi un ordinateur pour un enfant d’un pays en voie de développement ? Si vous remplacez “ordinateur” par “éducation”, la réponse devient claire. L’accès à l’éducation doit être réalisé en même temps que le reste car c’est une partie importante de la solution aux autres problèmes. Le XO a été conçu spécifiquement pour les enfants. D’où qu’ils soient et quel que soit l’endroit où ils se trouvent, cet ordinateur a les ca-

----2003 > France, Bouches-du-Rhône : Ordina 13

Sur le modèle de l’opération initiée dans les Landes, le Conseil général des Bouches-du-Rhône lance, à la rentrée scolaire 2003-2004, l’opération “Ordina 13” : chaque élève des classes de 4e, puis de 3e l’année suivante, va disposer, dans le cadre d’un prêt, d’un ordinateur portable personnel utilisable en classe avec les professeurs, ainsi qu’à domicile. Trois objectifs : réduire la fracture numérique, initier les jeunes à l’informatique et fournir un nouvel outil pédagogique aux enseignants. L’opération représente un parc de 60000 ordinateurs connectés à internet haut débit par des technologies sans fil. Les enseignants des classes de 4e et 3e, les principaux de collèges, les gestionnaires et conseillers principaux d’éducation sont également dotés. Des logiciels communs à tous les portables (suite bureautique, encyclopédie et logiciels libres de droits) sont installés sur tous les ordinateurs. Une contribution financière est apportée par le Conseil général pour l’achat de logiciels choisis par les enseignants. Des équipements périphériques complètent la dotation : imprimantes, vidéoprojecteurs, etc. Des postes d’accompagnateurs techniques informatiques (ATI) sont créés dans les collèges publics, nouveau métier dans les établissements, interface entre les services d’assistance technique et les utilisateurs. À la rentrée scolaire 2006, après trois années de fonctionnement, le prêt se transforme en don : les ordinateurs portables restent désormais au domicile, et l’élève en devient propriétaire à la fin de ses études au collège. « Ordina13 s’inscrit dans une réflexion et dans un ensemble d’actions menées dans le département depuis 1991. Ce programme est le fruit d’une concertation avec le rectorat, l’académie, les enseignants et parents d’élèves. […] Jusqu’à présent, les ordinateurs portables étaient prêtés. Le premier problème que nous avons rencontré, c’est que les opérations de prêt – c’est-à-dire de distribution, de récupération en fin d’année et de stockage – étaient longues, forcément. Du coup, le temps d’utilisation pédagogique était finalement très court. […] Second problème : les enseignants nous disaient, parfois pour justifier le fait qu’ils n’utilisaient pas l’ordinateur portable en classe, que les enfants l’avaient oublié, ou qu’il était en panne, donc que tous les élèves n’avaient pas leur machine en bon état de marche, et qu’il était impossible de faire le cours dans de bonnes conditions. […] Nous avons tenu compte de ces remarques : les établissements sont désormais dotés de classes mobiles permettant une utilisation très souple de l’informatique en classe, et les ordinateurs portables sont donnés chaque année à tous les élèves de 4e et aux élèves nouvellement inscrits en 3e, avec une clef USB pour stocker et transporter facilement les données entre le collège et le domicile. […] Aujourd’hui, Ordina13, c’est un ordinateur fixe pour cinq élèves, avec des bornes Wi-Fi dans au moins 15 emplacements choisis par les équipes enseignantes. C’est également, dans les collèges publics, 150 assistants techniques informatiques qui permettent la maintenance au quotidien des ordinateurs. Et c’est bien sûr les 60000 ordinateurs portables des élèves et des équipes pédagogiques… » Jeanine Écochard, conseillère générale des Bouches-du-Rhône, chargée de l’éducation, des collèges et de l’accompagnement à l’éducation, lors du colloque Ordinateurs portables, enseignement et Tice, organisé par le Conseil général des Landes en octobre 2006. ractéristiques et les logiciels pour que les enfants adorent apprendre avec lui.» -----2006 > France : Plan en faveur des technologies de l’information appliquées à l’éducation “Faire en sorte que tous nos enfants apprennent mieux et plus vite, […] donner aux élèves les moyens les plus efficaces de progresser.” Ce plan s’appuie sur trois mesures : le développement des espaces numériques de travail ; l’utilisation des Tice pour l’accompagnement scolaire; la

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mise à disposition, pour chaque professeur qui sort de l’IUFM, d’une clé USB comprenant l’essentiel des ressources pédagogiques disponibles. ----2007 > France : C2i2e Le C2i2e (certificat informatique et internet niveau 2 “enseignant”) vise à attester des compétences professionnelles communes et nécessaires à tous les enseignants pour l’exercice de leur métier dans ses dimensions pédagogique, éducative et citoyenne à travers les champs suivants : les problématiques et les

----2005 > France, Ille-et-Vilaine : Ordi 35

Après les Landes et les Bouches-du-Rhône, le Conseil général d’Ille-et-Vilaine décide, à son tour, de doter les collégiens des classes de 3e d’un ordinateur portable qu’ils peuvent emporter chez eux. Cette opération, baptisée “Ordi 35”, concerne les 11500 élèves des 104 collèges publics et privés du département. L’objectif, c’est d’abord de réduire la “fracture numérique”, en permettant l’accès de tous aux technologies de l’information et de la communication; ce qui explique pourquoi les ordinateurs portables sont, à l’origine, réservés aux seuls collégiens. «Dans un premier temps, nous avions décidé de ne pas doter les enseignants. Dans notre esprit, Ordi 35 s’adresse d’abord aux jeunes – c’était d’ailleurs le terme utilisé –, l’ordinateur portable devant leur permettre de découvrir puis de maîtriser, en famille, l’informatique… Pourtant, même si l’innovation pédagogique n’était pas notre premier objectif, nous pensions bien que ce pourrait être un moyen de lutter contre la démotivation scolaire et faciliter le lien entre le collège et la maison. Notre idée était que des élèves un peu “en désamour” avec les apprentissages et la chose scolaire pourraient peut-être se retrouver motivés par la maîtrise de l’outil. Nous avons donc souhaité associer les enseignants à notre démarche pour voir comment ils pourraient tirer profit de cette mise à disposition de matériels. Et nous avons eu rapidement une première critique: “Comment demander à nos élèves d’utiliser leur ordinateur, si nous ne disposons pas nous-même de machines semblables?” Nous avons alors décidé de prêter – sur projet – des ordinateurs portables aux équipes qui nous en feraient la demande. Puis nous avons opté, depuis la rentrée 2008-2009, pour le prêt forfaitaire d’un lot de quatre à six ordinateurs directement à chaque collège, sous la responsabilité du chef d’établissement; à charge pour lui de les mettre à disposition des équipes pédagogiques. Pour faciliter le travail collectif, tous les ordinateurs ont la même configuration et sont équipés de logiciels identiques: traitement de texte, tableur, encyclopédie, atlas, plusieurs dictionnaires, un antivirus et des logiciels choisis en accord avec l’Éducation nationale. Des bornes Wi-Fi ont également été installées dans chaque collège pour les connexions à internet sans fil.» Mireille Massot, Première vice-présidente du Conseil général d’Ille-et-Vilaine chargée de l’enseignement, de l’éducation, des collèges et du Conseil départemental des Jeunes, lors du colloque Ordinateurs portables, enseignement et Tice, organisé par le Conseil général des Landes en octobre 2006. Autre particularité d’Ordi 35, l’attention particulière portée à l’accompagnement des usages: le Conseil général emploie 47 animateurs pour mettre en œuvre l’opération et en assurer le suivi (à raison d’un pour deux ou trois collèges), avec à la fois un rôle technique et un rôle d’éducateurs. Les animateurs Ordi 35 proposent également des initiations à l’informatique aux parents qui le souhaitent ; ils peuvent aussi accompagner les enseignants dans l’utilisation de l’ordinateur portable en cours. Des opérations d’accompagnement à la parentalité sont également organisées chaque année à l’échelle départementale. Un centre d’assistance téléphonique est mis à disposition des familles en début d’année scolaire, en soirée, les samedis et pendant les vacances. Chaque ordinateur est équipé d’un dispositif qui sécurise l’accès à internet et empêche les connexions illégales. Toutes les connexions, aussi bien depuis le collège qu’à la maison, transitent en effet par une plate-forme d’accès sécurisé mise en place par le Conseil général. Cette architecture centralisée supporte également un antivirus et la gestion des plages horaires d’utilisation. En septembre 2009, les élus ont adopté un nouveau schéma Ordi 35, prévoyant de privilégier l'équipement des collèges: à partir de la rentrée 2010, 8000 ordinateurs portables seront mis à la disposition des établissements, où ils remplaceront et enrichiront l’actuel parc informatique. Le prêt d'ordinateurs personnels (3000) est cependant maintenu pour les familles des collégiens boursiers.

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----2009 > France, Oise : Ordi 60

Le département de l’Oise décide à son tour de mettre des ordinateurs portables à la disposition de tous les collégiens, de la 6e à la 3e. Comme dans les Bouches-du-Rhône, ces ordinateurs sont destinés à un usage à domicile. La dotation se fera en trois phases, pour un budget de l’ordre de 28 millions d’euros sur les trois premières années : en 2009, 24 500 élèves de 5e et de 4e des 81 collèges de l’Oise (publics et privés) reçoivent les premiers ordinateurs. En 2010, ce sera le tour de leurs camarades de 6e et de 5e. Le parc total sera alors de l’ordre de 50 000 ordinateurs portables. L’opération se poursuivra ensuite, chaque année, avec les élèves entrant au collège. Les ordinateurs sont équipés de 60 logiciels éducatifs choisis en concertation avec le rectorat d’Amiens et l’inspection académique de l’Oise. Les collégiens conserveront le même ordinateur durant toute leur scolarité au collège, celui-ci devenant leur propriété au bout de six ans. « En dotant chaque collégien d’un ordinateur portable à domicile, le Conseil général se donne les moyens de lutter efficacement contre la fracture numérique et de favoriser l’égalité des chances. En entrant dans deux tiers des familles isariennes, l’ordinateur bénéficiera à environ 200 000 personnes. » Yves Rome, président du Conseil général de l’Oise. Ordi 60 fait suite à un plan d’équipement des collèges (câblage, fibre optique ou couverture Wi-Fi). Chaque établissement a reçu un tableau blanc interactif, six vidéoprojecteurs et six ordinateurs portables, et 22 d’entre eux sont dotés d’une classe mobile informatique d’une capacité de 24 élèves. Des postes d’assistants techniques ont été créés pour les 66 collèges publics. enjeux liés aux TIC en général et dans l’éducation en particulier; les gestes pédagogiques liés aux TIC; la recherche et l’utilisation de ressources; le travail en équipe et en réseau ; les espaces numériques de travail; l’évaluation et la validation des compétences TIC dans le cadre des référentiels inscrits dans les programmes d’enseignement. Ce certificat atteste que le professeur stagiaire, au sortir de sa formation initiale, possède les compétences requises pour la maîtrise des TIC. ----2008 > France : Plan de développement de l’économie numérique Éric Besson, secrétaire d’État chargé de la prospective, de l’évaluation des politiques publiques et du développement de l’économie numérique, propose d’encourager l’équipement en ordinateurs des écoles primaires notamment grâce au plan Ordi 2.0 de recyclage de vieux ordinateurs. Des épreuves utilisant les Tice seront mises en place dans les disciplines technologiques et scientifiques. Le plan promet un nouveau développement des ENT (environnements numériques de travail) et la création d’une plate-forme de présentation des ressources, des usages et des bonnes pratiques. ----2008 > Portugal: 500000 ordinateurs portables pour les écoliers de 6 à 11 ans Dans le cadre d’un projet baptisé Magellan, les 500 000 écoliers portugais reçoivent, à la rentrée 2008, un ordinateur portable bénéficiant d’un accès à internet et d’outils pédagogiques. L’ordinateur

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est gratuit pour les écoliers les plus démunis; il coûte 20 € pour les autres boursiers, tandis que l’ensemble des élèves du primaire peut l’acheter pour 50 €. «Nous voulons que l’ordinateur fasse partie du matériel scolaire de toutes les écoles. C’est un ordinateur doté de technologies de dernière génération, spécialement conçu pour les enfants.» (José Socrates, Premier ministre portugais) L’ordinateur Magellan – Computador Magalhães – est fabriqué près de Porto, par l’entreprise portugaise JP Sá Couto : c’est une évolution du Classmate PC d’Intel. ----2009 > France : 29 millions d’internautes Selon l’Observatoire des usages d’internet de Médiamétrie, le nombre d’internautes a été multiplié par dix en dix ans, passant de 3 millions en 1999 à 29 millions en 2009. L’usage du courrier électronique a connu un développement équivalent. La plus forte progression concerne l’achat en ligne: les acheteurs, qui n’étaient guère que 200000 il y a dix ans, sont actuellement 20 millions. ----2009 > France : programme de développement du numérique dans les écoles rurales Ce programme, doté d’un budget de 50 millions d’euros, prévoit l’équipement de 5000 écoles situées dans les communes rurales de moins de 2 000 habitants. […] Une école numérique interactive comprendra nécessairement des ordinateurs en nombre suffisant (classe mobile de plusieurs ordinateurs), un tableau blanc interactif, un accès internet de haut débit, une mise en réseau des équipements, une sé-

----2009 > France, Corrèze : Ordicollège19

Le Conseil général de la Corrèze, en collaboration avec l’Éducation nationale, distribue 750 ordinateurs aux professeurs des collèges corréziens, puis 2300 machines identiques aux élèves des classes de 5e, dans le public comme dans le privé. Le coût de l’investissement pour 2009 est de 1,52 million d’euros. L’opération sera renouvelée de manière à ce qu’au bout de trois ans, tous les collégiens de la 5e à la 3e soient dotés d’ordinateurs portables. Les ordinateurs seront donnés aux élèves à l’issue de leurs études au collège. Pour les professeurs, le renouvellement du matériel se fera tous les trois ans. «L’ordinateur est un outil indispensable pour l’avenir des enfants. […] Cette dotation constitue un atout pour les jeunes de notre département. En effet, l’usage de l’ordinateur est devenu une nécessité dans le monde d’aujourd’hui. C’est une porte d’entrée vers le savoir et vers l’emploi. […] Grâce à Ordicollège19, les enfants des familles modestes auront ainsi accès à ces outils qui favorisent l’ouverture vers le monde, la réussite scolaire, ainsi que l’intégration sociale et la formation professionnelle.» François Hollande, le président du Conseil général, Corrèze magazine #66. La première singularité de l’opération corrézienne, c’est d’être pilotée par deux chefs de projet : Bernard Roussely travaille au Conseil général, et Pierre Mathieu au CRDP du Limousin. Cette conduite à quatre mains illustre bien la nécessité d’un partenariat entre l’Éducation nationale et le Conseil général, dans le cadre de la répartition des compétences héritées des lois de décentralisation de 1982: la collectivité territoriale étant responsable de l’équipement des collèges, et l’Éducation nationale en charge de la pédagogie. «Nous avons commencé par étudier ce qui s’était fait ailleurs, notamment dans les Landes, expliquent les chefs de projet. Nous avons également fait le constat qu’en matière d’équipement des ménages et de connexion à internet, les choses évoluent rapidement, mais il y a une grande différence entre équipement familial et équipement individuel: nous faisons partie de ceux qui pensent qu’une utilisation pédagogique de l’informatique suppose que chaque élève dispose d’un ordinateur personnel et qu’il est fondamental de doter tous les enseignants avec le même type de matériel, de les former et d’impliquer l’Éducation nationale, à tous les niveaux.» Seconde singularité de l’opération corrézienne, le choix d’un ordinateur ultra-mobile doté d’un écran de 12 pouces, et particulièrement léger (1,2 kg), avec un lecteur-graveur CD-DVD externe que les élèves n’ont pas besoin d’apporter au collège. «Nous souhaitions une machine compacte, légère, et qui ne prenne pas trop de place sur les tables, mais avec un écran permettant de travailler confortablement. Nous avons donc consulté le chef du service ophtalmologie du CHU de Limoges, qui nous a conseillé un écran 12 pouces comme étant le meilleur compromis ergonomique. » Troisième particularité de l’opération corrézienne: c’est la première, et pour l’instant la seule, à faire le choix d’un environnement logiciel “libre”, à commencer par le système d’exploitation Ubuntu [ancien mot africain qui signifie “Humanité”], basé sur GNU-Linux. «Nous n’avons pas opté pour la facilité, et certains nous l’ont vite fait comprendre: “Comment ? Il n’y a ni Windows, ni Word, ni Excel ? Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire avec ces machines ?” Par contre, en choisissant Ubuntu, nous disposons d’une interface très simple et très accessible, et surtout d’une stabilité exceptionnelle, et nous nous épargnons bien des problèmes, de virus, par exemple. L’intérêt pour la suite, c’est que les communautés du “libre”, qui avaient jusqu’à présent un peu de mal avec l’éducation, commencent à se mobiliser : d’ici trois ans, nous aurons amené 9 000 à 10 000 utilisateurs du “libre” en Corrèze, ce qui n’est pas rien pour un département comme le nôtre…»

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curisation des accès internet, des ressources numériques reconnues de qualité pédagogique. ----2009 > Danemark : les lycéens autorisés à accéder à internet pendant leurs examens Le Danemark décide d’autoriser, à titre expérimental, les lycéens à accéder à internet pendant leurs examens ; une mesure qui pourrait être généralisée en 2011. « La collecte des informations étant désormais, en grande partie, confiée aux ordinateurs, pourquoi demander aux élèves de mémoriser par cœur des données que l’on peut relativement facilement retrouver sur l’internet? En autorisant les élèves à aller sur internet pendant leurs examens, le Danemark parie sur leur capacité d’analyse et de synthèse, et donc sur leur intelligence, plutôt que de continuer à faire reposer l’évaluation sur leurs capacités à régurgiter, ou “copier/coller” de mémoire, ce qu’ils ont appris par cœur. Certes, l’un n’empêche pas l’autre, et le pari est osé, mais il a le mérite de s’adapter à la réalité quotidienne des élèves, plutôt que de continuer à faire comme s’ils vivaient encore au temps où l’accès à l’information était une ressource rare.» ----2009 > Angleterre : les nouveaux programmes du primaire s’ouvrent à Twitter Les nouveaux programmes de l’école primaire précisent que les enfants doivent quitter l’école familiarisés avec les blogs, les podcasts, Wikipedia et Twitter comme sources d’information et outils de communication. Ils doivent savoir écrire aussi bien avec un clavier qu’à la main. Ils doivent, dès le primaire, être capables d’utiliser un correcteur orthographique dans un traitement de texte. Pour l’auteur du programme, il s’agit d’atteindre le niveau de compétences Tice demandé actuellement dans le secondaire. Il faut dire que les enseignants anglais se déclarent déjà utilisateurs “fréquents et intensifs” des Tice : 96 % d’entre eux utilisent l’ordinateur en classe, et un enseignant sur quatre le ferait dans la majorité de ses cours (contre 3 % en France). ----2009 > France : internet est une composante de la liberté d’expression Suite au recours formé par les députés socialistes, verts et communistes, contre le projet de loi Création et Internet, dite loi Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet), le juge constitutionnel reconnaît indirectement que l’accès à internet est une liberté fondamentale : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme; […] eu égard au développement généralisé des services de communication au public en ligne ainsi qu’à l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions, ce droit implique

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la liberté d’accéder à ces services (point 12); eu égard à la nature de la liberté garantie par l’article 11 de la Déclaration de 1789, le législateur ne pouvait […] confier les pouvoirs (de restreindre ou d’empêcher l’accès à internet) à une autorité administrative dans le but de protéger les droits des titulaires du droit d’auteur et de droits voisins… » ----2009 > Grèce : un coupon de 450 € Tous les élèves de la première année de collège de l'enseignement secondaire (correspondant à la 5e du collège français) peuvent se procurer gratuitement un ordinateur portable équipé de logiciels et ressources pédagogiques, en échange d’un coupon de 450 €, subventionné par des fonds européens. ----2009 > Uruguay : un ordinateur portable pour chaque élève du primaire L’Uruguay vient d’achever un programme de distribution d’ordinateurs portables à tous les élèves du primaire dans les écoles publiques, une opération qui aura duré deux ans et concerné 362 000 élèves et 18 000 enseignants (pour une population de 3 477 770 habitants). Le plan mis en place par l’Uruguay s’inscrit dans le cadre du programme mondial “One laptop per child”. Chaque machine livrée aux écoliers uruguayens coûte environ 175 €, en prenant en compte les frais de maintenance, la formation des enseignants et les connexions internet. Au total, les sommes consacrées représentent moins de 5 % du budget de l’Éducation nationale. ----sources http://www.epi.asso.fr http://www.a-brest.net http://www.hissabe.com http://www.tact.fse.ulaval.ca http://www.infobourg.qc.ca http://www.internetactu.net http://www.educnet.education.fr http://www.etsb.qc.ca http://www.laptop.org http ://francenumerique2012.fr http://lusitanie.fr http://fr.wikipedia.org http://mcaswiki.mcas.k12.in.us/Technology/One_to_O ne_Project http://www.landesinteractives.net http://www.ordina13.com http://www.ordi35.org http://www.oise.fr/Ordi_60.1589.0.html

un collégien, un ordinateur portable Le 17 septembre 2001, les élèves de 3e du collège Jean Moulin, à SaintPaul-lès-Dax, et leurs professeurs, reçoivent les ordinateurs portables que le Conseil général des Landes a décidé de leur confier pour toute la durée de l’année scolaire… Ils sont les premiers bénéficiaires de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”, qui va doter chaque élève de 3e (puis de 4e à partir de la rentrée 2004) d’un ordinateur personnel pour un usage au collège et à la maison. « Vous allez avoir de nouveaux moyens pour travailler, apprendre, vous informer, communiquer ou vous distraire, et votre famille pourra également utiliser cet ordinateur», déclarait alors le président du Conseil général, Henri Emmanuelli. Depuis cette journée très particulière, près de 40000 collégiens landais ont pu disposer d’un ordinateur personnel portable pendant toute la durée d’une année scolaire, voire de deux pour la majorité d’entre eux.

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HISTORIQUE DE L’OPÉRATION ----«Attaché à promouvoir l’égalité de tous et conscient du rôle de l’École dans la réalisation de cet objectif, le Conseil général des Landes s’est engagé, depuis la rentrée de septembre 2001, dans une opération de grande ampleur de modernisation de l’équipement informatique de ses collèges. Avec l’accompagnement des diverses structures de l’Éducation nationale sur le plan pédagogique, il décide: – de doter chaque collégien de 4e et de 3e, et chaque enseignant de collège, d’un ordinateur personnel portable ; – de câbler intégralement tous les collèges publics dont il a la charge ; – d’acquérir, en accord avec le rectorat, des ressources et contenus numériques (logiciels, animations, manuels scolaires, etc.), et de les intégrer aux ordinateurs portables ; – de cofinancer le poste d’un assistant d’éducation par collège, afin d’assurer le premier niveau de support technique, au plus près des utilisateurs; – d’équiper les collèges des outils permettant d’intégrer l’utilisation de l’informatique dans la pédagogie (serveurs, vidéoprojecteurs, tableaux numériques interactifs, visualiseurs, scanners, imprimantes, appareils photo, etc.). Les élèves de 4e et de 3e peuvent ainsi bénéficier gratuitement, pendant la durée de l’année scolaire, d’un ordinateur personnel portable dont la maîtrise leur sera indispensable dans leur future vie personnelle et professionnelle. Les enseignants disposent de nouvelles possibilités pour enrichir leurs pratiques pédagogiques. » www.landesinteractives.net

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C’est en 2000 que naît l’idée de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”. Le constat est alors sans appel : une réelle fracture numérique est en train de se développer, qui renforce les inégalités sociales. La pratique et l’équipement informatique des familles dépendent du niveau de revenu, de la catégorie socioprofessionnelle et de la densité de population du lieu de résidence. Après une analyse économique, c’est l’hypothèse de doter chaque collégien d’un ordinateur personnel portable qui prévaut aux yeux du président du Conseil général des Landes et des élus de la majorité départementale; des contacts sont alors pris avec l’Éducation nationale, et des réunions de travail sont mises en place, notamment à l’initiative de l’inspection académique des Landes. En février 2001, les élus du Conseil général votent à l’unanimité le principe de l’opération, et sa mise en œuvre, pour les classes de 3e, dans trois collèges “tests”, pendant une année. ----Année scolaire 2001-2002 : une année de test. En concertation permanente avec les professeurs et le personnel d’encadrement de trois collèges volontaires (Mimizan, Saint-Paul-lès-Dax et Montfort-en-Chalosse), cette année de test permet de préciser le dispositif technique et de tracer les premières pistes pédagogiques dans cette configuration, inédite en France, d’équipement en ordinateurs portables de l’ensemble des élèves et de leurs professeurs. Une convention signée entre les éditeurs de manuels scolaires et le ministère de l’Éducation nationale permet de disposer (à partir de janvier 2002) de 14 manuels numériques, pour le niveau 3e. En février 2002, le Conseil général vote, à l’unanimité, la généralisation de l’opération à l’ensemble des collèges publics du département. L’année scolaire est mise à profit pour mener un travail d’information des parents et des enseignants. Près de 800 enseignants reçoivent une formation dispensée par le centre académique aux Tice du rectorat de Bordeaux (Catice) pendant 6 jours. Le câblage de l’ensemble des collèges sera réalisé pendant les vacances scolaires. ----Année scolaire 2002-2003: généralisation à tous les collèges landais, pour le niveau 3e. La rentrée scolaire peut se dérouler, bien sûr dans la fébrilité de la nouveauté, mais avec la sérénité résultant de l’expérience partagée des trois collèges tests : plus de 4 200 ordinateurs portables sont déployés aux collégiens de 3e et à leurs enseignants. Des matériels collectifs (300 vidéoprojecteurs, 64 serveurs, 110 tableaux interactifs, 500 imprimantes, scanners-numériseurs, appareils photographiques, etc.) sont distribués dans tous les collèges afin de faciliter l’utilisation des ordinateurs en classe. L’année scolaire 2002-2003 sera celle de l’appropriation des outils en situation d’enseignement. Une

évaluation effectuée par l’inspection pédagogique régionale confirme, au printemps 2003, l’intérêt de l’opération. ----Année scolaire 2003-2004 : les usages pédagogiques se confortent. En mai 2004, à Moliets-et-Maâ, les premiers bilans sont tirés notamment par Patrick Gérard, recteur de l’académie de Bordeaux lors du premier colloque Landes interactives 2004, organisé par le Conseil général et l’inspection académique, ainsi que dans une enquête, parue en juin 2004, réalisée pour le compte du ministère de l’Éducation nationale et de l’association des éditeurs de manuels scolaires, Savoir-Livre. La satisfaction des acteurs de l’opération, en particulier enseignants et élèves, est avérée, ainsi que les apports pédagogiques d’une utilisation raisonnée de l’outil informatique. Deux autres départements se lancent dans des opérations similaires : l’Isère et les Bouches-du-Rhône. ----Année scolaire 2004-2005. L’exploration des usages pédagogiques se poursuit, notamment sous l’impulsion du Catice, selon les quatre axes prioritaires définis par le recteur Patrick Gérard au colloque de Moliets, et par Pierre Lacueille IA-IPR, conseiller pour les Tice, devant les principaux des collèges landais, en septembre 2004 : – l’enseignement des langues vivantes et en particulier la maîtrise de l’oral ; – l’usage des ressources du multimédia, notamment en sciences ; – le travail personnel de l’élève ; – l’accompagnement à la recherche documentaire. Tous les enseignants de collèges (1 200) sont dotés d’un ordinateur portable, indépendamment du fait qu’ils enseignent ou non en classe de 3e. Deux nouveaux collèges ouvrent leurs portes, à Labenne et à Linxe. Le Conseil général d’Ille-et-Vilaine décide d’équiper ses collégiens de 3e. ----Année scolaire 2005-2006: extension de l’opération aux classes de 4e. À l’occasion du renouvellement triennal des ordinateurs portables, le Conseil général des Landes décide d’étendre l’opération aux collégiens des classes de 4e : depuis lors, ce sont donc 8 500 ordinateurs portables qui équipent les ±7200 collégiens landais répartis dans ±125 classes de 3e et ±145 classes de 4e, ainsi que leurs professeurs et le personnel d’encadrement des 34 collèges publics du département. ----Année scolaire 2006-2007. Le Conseil général décide de financer un poste d’assistant d’éducation Tice dans chaque collège, charge que l’État ne pouvait plus assurer. Nouvelle dotation de 100 tableaux numériques et d’un vidéoprojecteur pour deux salles de classe.

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Édition du journal En Connexion, pour observer et relayer les utilisations pédagogiques des ordinateurs portables et des différents outils numériques, à l’intention des enseignants, des personnels de collèges et des familles. Nouveau colloque organisé en octobre 2006 par le Conseil général des Landes, afin de faire le point sur les usages pédagogiques et sur les opérations similaires conduites dans les Bouches-du-Rhône et en Ille-et Vilaine. ----Année scolaire 2007-2008: test de 50 visualiseurs numériques dans une vingtaine de collèges. L’utilisation des ordinateurs portables se banalise et de nouveaux équipements de visualisation collective – des visualiseurs numériques [sortes d’épiscopes modernes] – sont déployés dans les collèges pour être testés en situation pédagogique, notamment en cours de sciences. Plus de 600 vidéoprojecteurs sont en fonctionnement dans les collèges; ils sont renouvelés lorsqu’ils sont hors d’usage. Chaque établissement dispose d’une connexion internet en SDSL à 1,6 Mb/s. Réalisation de reportages vidéos sur les usages pédagogiques des outils numériques, sur la base du volontariat, dans huit collèges du département. ----Année scolaire 2008-2009. Second renouvellement triennal des ordinateurs portables. À cette occasion, le Conseil général décide de mener une investigation poussée auprès des différents acteurs ou observateurs de l’opération pour connaître la réalité des usages. À l’issue d’un appel d’offres, c’est l’institut TNS Sofres qui est retenu pour conduire cette enquête. Le département de l’Oise équipe ses collégiens de 5e et de 4e, et celui de la Corrèze ceux de 5e. ----Année scolaire 2009-2010: équipement, en fixe, de toutes les salles de cours d’un visualiseur, d’un vidéoprojecteur et d’un tableau interactif. L’opération “un collégien, un ordinateur portable” franchit un nouveau cap: en complément de la dotation en ordinateurs portables, toutes les salles de cours de tous les collèges publics des Landes sont désormais équipées, en fixe, d’un tableau blanc interactif, d’un vidéoprojecteur et d’un visualiseur numérique.

LES MOYENS ----Les équipements individuels – Les ordinateurs portables C’est la partie la plus visible de l’opération : elle compte aujourd’hui environ 8500 ordinateurs portables qui sont prêtés aux élèves pour la durée de l’année scolaire, et aux enseignants qui les conservent pendant trois ans, avec un petit stock “tampon” de machines disponibles en cas de changements d’effectifs, et en dépannage en cas de vol ou de casse matérielle. Tous ces ordinateurs sont achetés avec une garantie de trois années, exercée sur site, c’est-à-dire que les réparations ont lieu uniquement dans les collèges aux jours et heures d’ouvertures de ceux-ci. À l’issue des trois années d’utilisation, les ordinateurs sont revendus « aux meilleurs intérêts du département », en l’état et en un lot unique. Il n’y a pas de vente aux particuliers. ----8 420 ordinateurs portables – 3 278 élèves de 3e répartis dans 135 classes, – 3 913 élèves de 4e répartis dans 156 classes, – 50 élèves d’UPI répartis dans 5 classes, – 1 219 enseignants, – 125 administratifs, – 40 assistants d’éducation Tice. -----

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----– Les logiciels L’opération “un collégien, un ordinateur portable” ne prend tout son sens que grâce aux nombreux logiciels et ressources pédagogiques qui sont installés sur les machines. ----Windows XP système d’exploitation, TapTouch Garfield apprentissage et maîtrise du clavier, Inspiration organiseur d’idées, en schémas et en mode plan, ActivInspire logiciel pour tableau interactif Promethean, Notebook logiciel pour tableau interactif Smart, VisionAP logiciel pour visualiseur numérique Avermedia, SynchronEyes surveillance des ordinateurs des élèves, prise de contrôle et blocage, HotPotatoes élaboration de Quizz, QCM, mots croisés, textes à trous OpenOffice suite bureautique : traitement de texte, tableur, préAO, dessin vectoriel, mathématiques, base de données, MS Word traitement de texte, MS PowerPoint visionneuse pour lire les fichiers Microsoft powerpoint, MS Excel Visionneuse pour lire les fichiers Microsoft Excel, MS Publisher logiciel de mise en pages (modèles déterminés), Scribus logiciel de mise en pages, Sunbird agenda et calendrier, Post-it sticker création et gestion de notes, ALZip compresseur/décompresseur de fichiers, MS Document Scanning numérisation de documents et reconnaissance de caractères, Foxit Reader lecteur de fichier pdf, PDFcreator imprimante virtuelle pour la création de pdf, Trend officescan antivirus, Internet Explorer Mozilla Firefox navigateurs Internet, AM-DeadLink vérificateur de favoris et bookmarks,

Outlook Express messagerie électronique, Windows Live Messenger messagerie instantanée, KompoZer Dreamweaver création de site Internet, Paint.net Gimp traitement d’image et retouche photo, PhotoFiltre application de filtres graphiques sur des images, MS Photorécit Lanterne magique création de diaporamas, insertion de fond sonore, Picasa consultation, organisation, retouche et mise en ligne de photos et images, XnView visualisation et conversion des formats graphiques, ArtRage ArtWaever peinture et création graphique bitmap, Inkscape dessin vectoriel, Dia création de diagrammes et schémas vectoriels, Paint dessin bitmap, Disc Creator création et gravure de CD audio, et de CD/DVD de données, CDBurnerXP création et gravure de CD audio, CD/DVD de données, image ISO, copie de disque, etc., Free Easy Burner création et gravure de CD audio, CD/DVD de données, ripe les CD en MP3, etc. iTunes gestion de fichiers audio MP3, AAC et vidéo, Free Video to DVD création de DVD vidéo, InterVideo WinDVD lecteur de DVD, MediaPlayerClassic VLC Media Player lecteur de fichiers vidéo, audio, multimédias, SWD Opener lecteur de fichiers au format Flash, Quicktime Player Windows Media Player lecteur vidéo, Real alternative codec vidéo, Audacity créer, enregistrer, convertir des sons, Magnétophone enregistrer sa voix,

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Magix Music Maker table de montage audio, Magix Music Studio plateforme d’enregistrement audio multipistes, arrangement et édition, Free MP3 WMA converter convertisseur audio dans plusieurs formats, Free CD Ripper “ripper” les pistes son des CD-audio pour les copier sur le disque dur, Windows Movie Maker montage vidéo, Magix Video Deluxe table de montage audio/vidéo, synchroniser, mixer, ajouter des sous-titres…, Magix TV Videorecorder capture vidéo Free Videos to DVD convertir et graver des vidéos vers le format DVD FLV Player lecteur pour des fichiers en Flash vidéo, Free FLV Converter convertisseur de vidéos en flash pour diffusion en streaming, Free Video Converter Codeur Windows Media encodeur vidéo pour différents types de supports téléphone, internet, télévision, etc., Windows Media Encoder enregistrer une vidéo, la convertir en WMA. ----Le Petit Robert dictionnaire de français, MS Encarta Encyclopædia Universalis encyclopédies multimédias, Google Earth photographies satellite, photos au sol, Atlas Magnard Collège-Lycée atlas historique et géographique, IRCAM Musique Lab 1 construction rythmique, échelle et mode, polycyles, montage, nuages, hauteur et intensité, musicologie, IRCAM Musique Lab Maquette musicologie, OPI Spring 4e (Hachette), OPI Spring 3e (Hachette), New Step In 4e (Hatier) New Step In 3e (Hatier) manuels numériques d’anglais, Le Site.tv de France 5 vidéos pour sept disciplines, FreeLang dictionnaire bilingue anglais-français, Juntos 4e (Nathan) Juntos 3e (Nathan) manuels numériques d’espagnol.

MaxiPlus Le Robert & Collins dictionnaire bilingue espagnol-français, El conjudador conjugueur de verbes en espagnol, Lexibar caractères spéciaux employés en espagnol, Objectif Français méthodologie en français, Grammaire numérique Magnard Bréviaire d’orthographe française, aide-mémoire sur l’orthographe, Le Conjugueur conjugaison des verbes en français, J’ai vécu au 18e siècle documents lexicaux, littéraires et historiques, Cartes et croquis création de cartes et chorèmes en géographie, Jalons pour l’histoire du temps présent vidéos de l’INA, pour le programme d’histoire contemporaine de 3e, Objectif Landes instruction civique autour des missions du Conseil général des Landes, Cabri II plus logiciel de géométrie en 2D, Cabri 3D logiciel de géométrie en 3D, Edumedia en mathématiques animations pédagogiques multimédias, Manuel de mathématiques de Sesamath en 4e Manuel de mathématiques de Sesamath en 3e MathEnPoche 6e, 5e, 4e, 3e exerciseurs en mathématiques, Ebep’s anales du brevet des collèges, et corrigés, Sine Qua Non traceur de courbes, logiciel de mathématiques, CalculatricePlus calculatrice scientifique et convertisseur d’unité de mesure, 123Maths exerciceurs en mathématiques de la 6e à la terminale, EduMedia en sciences physiques animations pédagogiques multimédias, Stellarium logiciel d’astronomie, Sismolog Junior logiciel de géologie, vulcanologie, tectonique des plaques, Edumedia en SVT animations pédagogiques multimédias en flash, Transmission de la vie de Carré Multimédia Sciences animées de Carré Multimédia animations pédagogiques multimédias en SVT, Apprendre le surf logiciel d’apprentissage de ce sport, ASSR, éducation à la sécurité routière.

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----Les matériels collectifs Depuis septembre 2009, toutes les salles de cours de tous les collèges publics des Landes sont désormais équipées, en fixe, d’un tableau blanc interactif, d’un vidéoprojecteur, et d’un visualiseur numérique. Cet équipement contribue à alléger le poids des cartables en dispensant les élèves d’apporter les manuels scolaires en cours, quel que soit le niveau d’enseignement. – Les vidéoprojecteurs Ils permettent de projeter une source vidéo (dite vidéogramme) ou informatique, sur un écran ou sur une surface murale blanche. – Les tableaux numériques interactifs Ce sont des dispositifs alliant les avantages d’un écran tactile et de la vidéoprojection: un écran blanc tactile est relié à un ordinateur via un câble (généralement USB); il lui transmet, par simple toucher, diverses informations, comme la position du pointeur de la souris. Un vidéoprojecteur se charge d’afficher l’écran de l’ordinateur sur ce tableau: il est donc possible d’effectuer à la main (ou à l’aide d’un stylet selon le modèle) et sur un format d’écran assez important (jusqu’à plus de 2 m de diagonale), tout ce qu’il est possible de réaliser à l’aide d’une souris. Le tableau interactif est fourni avec un logiciel dédié, qui permet de tirer parti des possibilités nouvelles de cette technologie. – Les visualiseurs numériques Également connu sous les noms de rétroprojecteur numérique, épiscope, visualisateur, visionneuse ou encore banc-titre, le visualiseur est un peu la version numérique du rétroprojecteur. Il s’agit d’une caméra montée sur un bras articulé, avec pour fonctions de capturer des images de textes, d’objets, d’images, de lamelles de microscope, de radiographies, d’objets en mouvement, etc. Les images sont ensuite affichées par le biais d’un vidéoprojecteur. ----876 vidéoprojecteurs, 795 tableaux interactifs, 798 visualiseurs numériques, 347 imprimantes laser noir et blanc, 134 scanners-numériseurs, 121 graveurs de CD-DVD, 95 imprimantes laser couleur, 66 appareils photo numériques, 35 disques durs USB… -----

----Les réseaux des collèges – Le câblage Avant de distribuer les ordinateurs portables, tous les collèges ont été câblés, c’est-à-dire que toutes les tables de toutes les salles de classe de tous les collèges publics des Landes (soit environ 22 000 points, avec une moyenne de 620 par collège) sont reliées aux réseaux électrique et informatique de l’établissement. Le Conseil général a choisi d’installer un réseau filaire plutôt qu’un réseau Wi-Fi sans fil, pour des raisons de coûts et pour une qualité de service plus performante (un réseau filaire à 100 Mb/s est 10 fois plus rapide qu’un réseau Wi-Fi). Le débat sur la nocivité supposée des “micro-ondes” a également joué un rôle dans cette décision. Ce réseau informatique, interne à chaque établissement, dessert donc toutes les salles de classe, y compris les salles de permanence, le CDI et la salle des professeurs. C’est sur ce réseau que sont connectés tous les matériels informatiques (ordinateurs portables des enseignants et des élèves, vidéoprojecteurs, imprimantes, etc.). – Les serveurs et leurs logiciels Toutes ces connexions convergent vers deux serveurs installés dans chaque collège: le premier est un serveur de messagerie (utilisé pour stocker et transmettre du courrier électronique) ; le second est un serveur d’applications pédagogiques et de stockage, sur lequel élèves et professeurs peuvent déposer et échanger leurs documents de travail. Ces deux serveurs sont équipés de leurs logiciels: système d’exploitation, logiciel de messagerie, serveur web, logiciel antivirus, etc. – Le serveur internet sécurisé Son rôle est d’empêcher les accès non autorisés au réseau du collège (firewall/proxy), de supprimer les virus contenus dans les messages provenant d’internet, d’interdire l’accès aux sites sensibles (filtrage d’URL). ----300 kilomètres de câble électrique et de fibre optique, 35 concentrateurs centraux (un par collège), 620 répartiteurs (un par classe), 35 serveurs pédagogiques d’établissement, 35 plateformes de sécurité, 68 onduleurs. -----

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----Les moyens humains – Les assistants d’éducation Tice Ils sont là pour veiller au bon déroulement technique de l’opération, pour aider les utilisateurs enseignants ou élèves, et pour gérer les matériels, les réparations et les pièces détachées. Suite au remplacement des “emplois jeunes” ou des “aides éducateurs”, financés par l’État par des contrats moins adaptés à un suivi de qualité, le Conseil général a décidé, en novembre 2006, de financer l’emploi d’un assistant d’éducation dans les établissements dont les contrats “aides éducateurs” arrivent à échéance. En septembre 2007, 23 collèges ont d’ores et déjà bénéficié de ce mode de recrutement. Comme prévu dans la convention de mise à disposition, le Département donne aux chefs d’établissements les mêmes garanties que l’État quand il finance ces contrats. Il assure leur formation. Enfin, il peut également les conseiller pour un choix de recrutement si les principaux le souhaitent. – Les professeurs-ressources Dans chaque collège, au moins un professeurressource est dédommagé à hauteur de deux heures hebdomadaires. Ce sont des pédagogues expérimentés dans leur matière et dans l’usage des Tice. Ils sont là pour apporter conseils, soutien et recommandations aux enseignants de la même matière. Motivé par les aspects pédagogiques de l’informatique et par la communication avec ses collègues, le professeur-ressource sert de lien entre les enseignants de son collège et le Catice, diffusant ou faisant remonter les informations. Mais son rôle est surtout d’inciter ses collègues à utiliser les outils informatiques.

LA LOGISTIQUE ----Trois services du Conseil général travaillent à l’opération “un collégien, un ordinateur portable”. – Le service des TIC (technologies de l’information et de la communication) s’occupe de tout ce qui est lié à l’informatique des réseaux à l’extérieur des murs du Conseil général. C’est le service référent de toute l’opération “un collégien, un ordinateur portable”, depuis la rédaction et la gestion des marchés publics, et le choix des prestataires, en passant par la sélection des ressources logicielles et la logistique (stockage, conditionnement, livraison et installation dans les collèges), jusqu’à la gestion du parc machines tout au long de l’année. Et cela, tant pour les ordinateurs portables que pour les imprimantes, les vidéoprojecteurs, les tableaux interactifs, les scanners, etc. installés dans les collèges. L’équipe est constituée de six techniciens de très bon niveau qui interviennent rapidement dans les collèges pour des pannes de serveur, de réseaux ou des problèmes de sécurité, par exemple. C’est également cette équipe qui assure la gestion du parc informatique (gestion de stock, gestion d’incident, etc.) qui demande beaucoup d’organisation et de rigueur. Une application informatique est d’ailleurs spécifiquement dédiée à cette gestion ; elle est centralisée, mais chaque collège peut aussi avoir accès aux informations qui le concernent. Le service des TIC s’occupe également de la logistique des ateliers multiservices informatiques (AMI) mis en place dans différentes communautés de communes du département. Il suit également le déploiement de l’ADSL, de la téléphonie mobile, et maintenant la mise en œuvre du WiMax. – La direction de l’Éducation, de la Jeunesse et des Sports suit et accompagne les collèges tout au long de l’année. Ce service traite des actions du Conseil général dans le cadre de la compétence que lui confèrent les lois de décentralisation en matière d’éducation: les collèges (fonctionnement et contrôle des actes administratifs et budgétaires) à l’exclusion de la réalisation des travaux en régie directe sur les bâtiments des collèges et de l’organisation des services de transport scolaire confiés à la direction de l’Aménagement. Ce service qui comprend quinze agents regroupe également toutes les actions volontaristes du Département pour l’aide aux familles en matière d’éducation et de loisirs, l’aide aux communes dans leurs efforts de modernisation de l’accueil des élèves en école primaire, l’action éducative des associations ainsi que le développement du sport, principalement auprès des jeunes.

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– La direction de l’Aménagement, cellule “bâtiments”, prend notamment à son compte la construction des nouveaux collèges, les études et travaux de câblage, ainsi que leur maintenance dans des conditions particulières puisqu’elle ne peut intervenir que lorsque les cours sont terminés, ou pendant les vacances scolaires. C’est également elle qui se charge de l’achat des mobiliers et notamment des casiers pour entreposer, dans la journée, les ordinateurs portables. Doté d’un parc immobilier de 300 000 m² de plancher, le Département construit, rénove et entretient de nombreux équipements publics : collèges, bâtiments administratifs, gendarmeries, équipements sanitaires, sociaux et culturels, patrimoine historique. La cellule “bâtiments” qui assure ces missions compte neuf agents, dont les tâches recouvrent la préparation des programmes d’interventions, l’élaboration des programmes d’opérations, la conduite générale des opérations en liaison avec les architectes, la préparation et le suivi des marchés, la maîtrise d’œuvre de l’entretien courant. ----LE COMITÉ DE PILOTAGE ----Depuis les débuts de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”, un comité de pilotage, instance paritaire comprenant des représentants de l’Éducation nationale et du Conseil général des Landes, se réunit régulièrement pour aborder toutes les questions pratiques liées à sa mise en œuvre. Ce comité est constitué des conseillers généraux chargés de l’Éducation et des Tice, des représentants des principaux de collèges et des enseignants, de l’inspection académique des Landes, du délégué académique des Tice du rectorat de Bordeaux, ainsi que des membres des services “ad hoc” du Conseil général. ----LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ----De septembre 2006 à décembre 2009, dix-sept numéros d’En Connexion, – le journal dédié à l’opération “un collégien, un ordinateur portable” – ont été édités par le Conseil général des Landes : l’occasion de visiter chacun des collèges publics du département, et d’y observer, en situation pédagogique, l’utilisation des différents outils numériques mis à la disposition des enseignants et des élèves.

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LE JOURNAL DE L’OPÉRATION UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / AVRIL 2007 SPÉCIAL ”MATIÈRES LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUE, ET EPS”

#4

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / MARS 2007 SPÉCIAL ”MULTIMÉDIA EN SCIENCES”

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / JANVIER 2007 SPÉCIAL ”LANGUES VIVANTES”

Année scolaire 2007-2008

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / MAI-JUIN 2007 SPÉCIAL ”DU CÔTÉ DES FAMILLES”

#5

#3

#2

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / SEPTEMBRE 2006

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / SEPTEMBRE 2006

#1

Année scolaire 2006-2007

#7

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / NOVEMBRE 2007

VILLENEUVE-DE-MARSAN, GEAUNE, HAGETMAU.

#8

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / JANVIER 2008

AMOU, DAX, ST-VINCENT-DE-TYROSSE

Année scolaire 2008-2009

#9

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / MARS 2008

BISCARROSSE, MORCENX, GABARRET

#10

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / AVRIL 2008

LABENNE, MONT-DE-MARSAN, TARTAS

#11

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / JUIN 2008

PEYREHORADE, GRENADE-SUR-L’ADOUR, DAX

#12 LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / NOVEMBRE 2008

SOUSTONS, RION-DES-LANDES, LOGISTIQUE

#13

#17

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / JANVIER 2009

LE JOURNAL DE L’OPÉRATION ”UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE” CONSEIL GÉNÉRAL DES LANDES / DÉCEMBRE 2009

CAPBRETON, SAINT-MARTIN-DE-SEIGNANX, LINXE

----Tous les numéros du journal En Connexion sont disponibles, sous forme numérique, sur http://issuu.com/1collegien1ordinateurportable

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LIENS SUR INTERNET ET BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE ----Le site de l’opération “un collégien, un ordinateur portable” : http://www.landesinteractives.net ----En Connexion, le journal de l’opération, est disponible, sous forme numérique, sur http://issuu.com/1collegien1ordinateurportable ----Les photos réalisées par Vincent Monthiers pour les couvertures sont sur http://www.flickr.com/photos/cg40/sets ----Certains cours ont été filmés à la demande du Conseil général en 2008 et 2009. On peut les visionner sur http://www.dailymotion.com/cg40/1 ----Le CRDP Aquitaine a également réalisé deux reportages sous la direction de Pierre Lacueille IA IPR de physique : http://crdp.ac-bordeaux.fr/sciences/reforme/physique/investigation.asp http://crdp.ac-bordeaux.fr/sciences/reforme/tice/tice02.asp ----Les dossiers de l’ingénierie éducative ont publié, en décembre 2007, une série d’articles sur des opérations menées dans les départements français avec des ordinateurs portables. L'article concernant l'opération landaise a été rédigé par Pierre Lacueille, conseiller TICE du recteur de l’académie de Bordeaux. On peut le consulter sur http://www.sceren.fr/dossiersie/60/ptidos60.asp Les dossiers de l’ingénierie éducative ont également publié, en juillet 2009, une série d’articles, dont l’un d’eux fait un bilan sur l’utilisation, dans les Landes, des manuels numériques en langues vivantes. On peut le consulter sur http://www.sceren.fr/dossiersie/66/ptidos66.asp ----L’enquête réalisée par l’institut TNS Sofres en 2009 est téléchargeable_ sur http://www.landesinteractives.net ----Mario Asselin a commenté cette enquête sur son blog : http://carnets.opossum.ca/mario/archives/2009/07/enquete_un_collegien_un_portable _landes_tns-sofres.html De même que Bruno Devauchelle : http://www.brunodevauchelle.com/blog/?p=378 http://www.brunodevauchelle.com/blog/?page_id = 387 http://www.brunodevauchelle.com/blog/?page_id = 382 -----

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Lyonel Kaufmann a fait de même sur le sien : http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2009/07/26/landes-les-ordinateurs-en-classe-toujours-surestimes-et-sous-utilises/ http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2009/08/27/links-for-2009-08-26/ ----Caroline Jouneau-Sion a également son analyse : http://pedagotice.blogspot.com/2009_08_01_archive.html ----L’équipe du Café pédagogique suit l’opération landaise depuis ses débuts; elle a relayé les colloques organisés en 2004 et 2006 ; elle a également commenté l’enquête : http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2009/07/15072009Accueil.aspx http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/landes06_index.aspx http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/landes04_index.aspx ----Anne Svirmickas a publié un article en janvier 2007 dans le n° 3 de Mathématice que l’on peut retrouver http://www.revue.sesamath.net/spip.php?article48 ----Mehdi Khaneboubi a publié, en 2007, une thèse de doctorat en sciences de l’éducation, à l’université Victor Ségalen Bordeaux-II, sous la direction du professeur Pierre Clanché : Usages de l’informatique au collège et habitus professionnels des enseignants : exemple de l’opération “un collégien, un ordinateur portable” dans le département des Landes. Mehdi Khaneboubi s’est exprimé, en 2008, dans le troisième colloque DidaPro. Le compte rendu de son intervention est disponible sur http://edutice.archivesouvertes.fr/docs/00/35/90/25/HTML/a0806e.htm ----Hervé Daguet, Alain Jaillet et Xavier D’Aleo, Un collégien, un ordinateur portable, ULP multimédia/laboratoire des sciences de l’éducation, université Louis Pasteur de Strasbourg, 2002. ----Hervé Daguet et Alain Jaillet, Quels modèles pédagogiques pour un cartable numérique ?, VIe biennale de l’éducation et de la formation, Paris, 2002. Hervé Daguet a publié un article en février 2007 dans L’Actualité éducative n° 450 disponible sur http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article = 2882 Alain Jaillet, L’école à l’ère numérique, des espaces numériques pour l’éducation à l’enseignement à distance, éd. de L’Harmattan, collection Savoir et formation, 2004. -----

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REMERCIEMENTS AUX COLLÉGIENS, ANCIENS COLLÉGIENS, PARENTS D’ÉLÈVES ENSEIGNANTS, PERSONNELS D’ENCADREMENT ET DE VIE SCOLAIRE DES 34 COLLÈGES PUBLICS DES LANDES COLLÈGE GASTON CRAMPE, À AIRE-SUR-ADOUR COLLÈGE DU PAYS DES LUYS, À AMOU COLLÈGE JEAN MERMOZ, À BISCARROSSE COLLÈGE DE BISCARROSSE 2 COLLÈGE JEAN ROSTAND, À CAPBRETON COLLÈGE D’ALBRET, À DAX COLLÈGE LÉON-DES-LANDES, À DAX COLLÈGE JULES FERRY, À GABARRET COLLÈGE PIERRE DE CASTELNAU, À GEAUNE COLLÈGE VAL D’ADOUR, À GRENADE-SUR-L’ADOUR COLLÈGE JEAN-MARIE LONNÉ, À HAGETMAU COLLÈGE DE LABENNE COLLÈGE FÉLIX ARNAUDIN, À LABOUHEYRE COLLÈGE DE LINXE COLLÈGE JACQUES PRÉVERT, À MIMIZAN COLLÈGE CEL LE GAUCHER, À MONT-DE-MARSAN COLLÈGE JEAN ROSTAND, À MONT-DE-MARSAN COLLÈGE VICTOR DURUY, À MONT-DE-MARSAN COLLÈGE SERGE BARRANX, À MONTFORT-EN-CHALOSSE COLLÈGE HENRI SCOGNAMIGLIO, À MORCENX COLLÈGE RENÉ SOUBAIGNÉ, À MUGRON COLLÈGE SAINT-EXUPÉRY, À PARENTIS-EN BORN COLLÈGE DU PAYS D’ORTHE, À PEYREHORADE COLLÈGE DE POUILLON COLLÈGE MARIE CURIE, À RION-DES-LANDES COLLÈGE GEORGE SAND, À ROQUEFORT COLLÈGE FRANÇOIS TRUFFAUT, À SAINT-MARTIN-DE-SEIGNANX COLLÈGE JEAN MOULIN, À SAINT-PAUL-LÈS-DAX COLLÈGE LUBET BARBON, À SAINT-PIERRE-DU-MONT COLLÈGE CAP DE GASCOGNE, À SAINT-SEVER COLLÈGE DE SAINT-VINCENT-DE-TYROSSE COLLÈGE FRANÇOIS MITTERRAND, À SOUSTONS COLLÈGE LANGEVIN WALLON, À TARNOS COLLÈGE JEAN ROSTAND, À TARTAS COLLÈGE PIERRE BLANQUIE, À VILLENEUVE-DE-MARSAN

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REMERCIEMENTS PARTICULIERS AUX INSPECTEURS D’ACADÉMIE, INSPECTEURS PÉDAGOGIQUES RÉGIONAUX, POUR LE TEMPS QU’ILS NOUS ONT CONSACRÉ, À MARIO ASSELIN, BRUNO DEVAUCHELLE, PIERRE LACUEILLE, CÉLINE METTON-GAYON, ET SEYMOUR PAPERT, POUR LEUR CONTRIBUTION À CET OUVRAGE, ET À TOUS LES ENSEIGNANTS QUI ONT BIEN VOULU NOUS ACCEPTER DANS LEURS COURS. QUE TOUS CEUX DONT NOUS N’AVONS PAS PU PUBLIER LE TÉMOIGNAGE VEUILLENT BIEN NOUS EN EXCUSER.

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Conseil général des Landes Hôtel du département 23, rue Victor Hugo 40025 Mont-de-Marsan Cedex tél. : 05 58 05 40 40 www.landes.org www.landesinteractives.net Service des technologies de l’information et de la communication Pierre-Louis Ghavam ----conception éditoriale, textes, conduites d’entretiens, reportages dans les collèges, photographies (sauf mentions contraires), design graphique : Marie Bruneau et Bertrand Genier www.pressepapier.fr photographies de couverture, et pp. 87, 131, 133, 134, 135, 190, 303 à 307: Vincent Monthiers relecture : Sylvie Barras, Hélène Baron

---Ouvrage composé en Frutiger, Helvetica et Centenial, dans leurs différents dessins Achevé d’imprimer le 20 décembre 2009 sur les presses de l’imprimerie BM – F-33610 ZI Canéjan Ce document est imprimé dans une imprimerie Imprim’vert avec des encres végétales sur du papier recyclé à partir de fibres issues de la collecte sélective et blanchi sans utilisation de chlore. Dépôt légal : 4e trimestre 2009

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Depuis 2001, avec l’accompagnement de l’Éducation nationale sur le plan pédagogique, le Conseil général des Landes confie un ordinateur personnel portable à chaque collégien de 4e et de 3e, et à chaque enseignant des 34 collèges publics du département. Cette opération – nommée “un collégien, un ordinateur portable” –, est historiquement la première de ce type à avoir été conduite en France. Retour sur huit années d’innovations. ----L’opération ne se résume pas au prêt de 8 500 ordinateurs portables ; le Conseil général des Landes met également en œuvre tous les moyens permettant d’intégrer l’informatique dans la pédagogie : câblage intégral des collèges, dotation pour l’achat de ressources pédagogiques, financement d’un poste d’assistant d’éducation dédié à l’opération dans chaque établissement, installation de matériels collectifs (serveurs, imprimantes, vidéoprojecteurs, tableaux interactifs, visualiseurs, etc.).


Livre - janvier 2010 - 324 pages