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ÉDITO Avec le retour du soleil et des beaux jours, les plaies infligées par la tempête du 24 janvier dernier à notre département pourraient sembler moins vives… Pourtant, même si beaucoup a été fait – et il n’est qu’à voir, à cet égard, les colossales piles de bois qui s’alignent le long de nos routes –, la tâche qui nous attend reste immense… Les dégâts sont là, et, sur ce sujet comme sur d’autres, les collèges ne sont pas coupés du monde. Comme vous allez le constater dans ce numéro d’EnConnexion, certains établissements ont souffert et ceux qui les fréquentent, les plus jeunes notamment, ont été marqués par cette soudaine violence de la nature. Il y a fort heureusement des raisons d’espérer… Et les trois collèges qui nous ouvrent leurs portes pour cette nouvelle livraison du journal de l’opération « un collégien, un ordinateur portable», en font une belle démonstration. Regardez, par exemple, cette classe d’UPI du collège René Soubaigné, à Mugron : en 2001, nous avions décidé, en accord avec l’Éducation nationale, de confier à ces enfants, souvent en grande difficulté, le même ordinateur portable qu’à leurs camarades. Or, que nous dit-on aujourd’hui? Tout simplement que ces élèves sont parmi les utilisateurs les plus assidus, et les plus attentifs au formidable potentiel des technologies numériques. Mais ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres : les collèges Serge Barranx, à Montfort-en-Chalosse, et Jean Rostand, à Mont-de-Marsan, témoignent eux aussi, et chacun à sa manière, des innovations pédagogiques mises en œuvre par des enseignants particulièrement motivés, et convaincus de l’impérieuse nécessité de se confronter aux réalités de notre époque. Henri Emmanuelli Président du Conseil général des Landes ----ENVIE DE RÉAGIR OU D’APPORTER UN TÉMOIGNAGE ? Édité par le Conseil général des Landes, En Connexion est un journal entièrement dédié à l’opération « un collégien, un ordinateur portable». Enseignants, parents, personnels des collèges, élèves ou anciens élèves, nos colonnes vous sont bien entendu ouvertes… N’hésitez pas à nous faire part de vos avis, commentaires et expériences, ou si vous préférez être interrogés, communiquez-nous vos coordonnées. enconnexion@cg40.fr ----En Connexion est disponible, sous forme numérique, sur http://issuu.com/1collegien1ordinateurportable/docs/ec16 Les photos réalisées pour la couverture sont sur http://www.flickr.com/photos/cg40/sets

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UNE JOURNÉE AU COLLÈGE RENÉ SOUBAIGNÉ, À MUGRON Mugron. Chef-lieu de canton, 1 385 hab. Altitude de 14 à 111 m, belvédère de la Haute-Chalosse, ancienne place fortifiée, haut lieu de la course landaise. Le collège René Soubaigné accueille cette année 210 élèves. « C’est un petit collège rural, en Chalosse, nous explique Françoise Louison, la principale. Nous obtenons de bons résultats : ces deux dernières années, par exemple, nous n’avons eu qu’un seul élève de recalé au diplôme national du brevet. Je suis en poste ici depuis neuf ans, et je peux vous dire que l’arrivée des ordinateurs portables a contribué à changer bien des choses. Elle nous a apporté un dynamisme nouveau et a permis de développer le travail en équipe : dans la salle des professeurs, on sent beaucoup de solidarité et d’entraide… Des relations nouvelles se sont également créées avec les élèves : parfois, ce sont eux qui montrent au professeur comment se dépanner. Les rapports sont alors forcément différents. Tout cela produit une belle émulation, et le collège propose aujourd’hui de nombreuses activités : théâtre, court-métrage, jardin potager, arbitrage, brevet de secourisme, concours bio, concours Kangourou2, Big challenge, etc. Mon rôle, en tant que chef

d’établissement, c’est naturellement de soutenir les initiatives des uns et des autres… Un petit bémol cependant, il me semble que les choses sont en train de changer. Au début, l’ordinateur portable avait un côté un peu magique : on y faisait très attention. Maintenant, c’est devenu un outil comme les autres, les élèves sont malheureusement un peu moins soigneux… UPI. Nous sommes le premier établissement landais à avoir ouvert une classe d’UPI1. En 2001, nous avons décidé, avec le Conseil général, de confier également un ordinateur portable à ces élèves. Au bilan, c’est un très bon facteur d’intégration et de réussite : "On est comme les autres !" C’est aussi un outil qui aide à gérer l’hétérogénéité de la classe d’UPI. Il permet aux élèves d’être créatifs, d’autant plus qu’ils ne sont pas soumis aux impératifs des examens. » ----René Soubaigné (1894-1951), ancien directeur de l'école des garçons dans les années 1930. Résistant, il fut élu maire de Mugron à la Libération, puis conseiller général des Landes. 1 L’UPI (Unité pédagogique d’intégration) accueille des élèves en difficulté, de différents niveaux, qui suivent ponctuellement certains cours avec leurs camarades du collège. 2 www.mathkang.org


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10 h 30, cours d’histoire de Nelly Liarescq-Labourdette, avec une classe de 3e

COMME À LA RADIO… « Tout ce que vous avez à faire est dans ce document », dit le professeur, en profitant du temps de mise en route des ordinateurs pour en distribuer un exemplaire aux élèves. Une économie de paroles qui donne bien le ton de ce qui va suivre : chacun s’absorbe devant son écran, et le silence qui s’installe dans la salle de classe ne sera rompu, jusqu’à la fin de l’heure, que par quelques bribes de son échappée, par inadvertance, du haut-parleur d’un ordinateur… La guerre des ondes. Pour comprendre ce qui se passe, pas d’autre moyen que de suivre ce qui s’affiche sur l’écran de l’ordinateur de Laura, ma voisine : elle vient d’ouvrir l’encyclopédie Encarta, à l’article "Radio, histoire de la": «Dans la zone libre, le gouvernement de Vichy fait peser la censure sur les radios publiques et privées… » Nous voici donc au cœur de la seconde guerre mondiale : la

8 h 25, dans la classe d’UPI avec Caroline Pierré, professeur des écoles et Caroline Pierre, auxiliaire de vie scolaire (AVS)

JE SAIS TOUT FAIRE ! Les élèves de la classe d’UPI nous attendent, assez impatients de montrer tout ce qu’ils savent faire avec leurs ordinateurs portables. Les machines, prêtes à fonctionner, sont soigneusement alignées sur une longue table, devant l’un des murs de la classe. Réflexion. Pour préparer notre venue, Caroline Pierré a demandé à chacun de répondre à un petit questionnaire sur ce qu’il sait faire avec son ordinateur portable : « Vous copiez votre document sur le réseau. Tout le monde y arrive ? – Oui, dit Michaël…» Le professeur pianote sur son ordinateur, et voilà bien vite les réponses affichées et organisées sur le tableau. Avec cet exercice bien connu de la "mise en commun", c’est la construction d’un savoir collectif qui va alors s’organiser sous nos yeux : ainsi "affichée", chaque idée complète, précise et enrichit la réflexion commune. Une page entière de texte s’est progressivement élaborée sur le tableau interactif. François s’applique à lire à haute voix la réponse à la question Que savez-vous faire avec l’ordinateur ? : « Je sais tout faire : taper un texte sur l’ordi (traitement de texte), me servir de MovieMaker, écrire un message dans Courrier électronique, enregistrer des chansons, télécharger, utiliser le réseau, faire des copier-coller… Tout ! » La fierté de voir affichée cette production

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collective est manifeste: «En réfléchissant tous ensemble, conclut la maîtresse, vous avez déjà trouvé pas mal de choses… Je vais corriger les fautes, puis vous pourrez récupérer ce document sur le réseau. – Madame, on a tout dit, c’est top ! » Caroline Pierré développera plus tard l’intérêt pédagogique du tableau interactif dans ce genre de situation : « C’est un très bon moyen de présenter son propre texte, de le faire connaître aux autres, de le relire, de l’améliorer. Les élèves ne ressentent aucune honte à ce que leur texte soit projeté, bien au contraire: l’erreur est dédramatisée, c’est une valorisation de leur écrit, alors qu’ils savent très bien que c’est là leur principale difficulté. » Action! «Maintenant, reprend le professeur, vous allez montrer comment vous utilisez les ordinateurs… » On convient vite que les travaux sont tellement variés qu’il est indispensable de s’organiser à l’avance, et Caroline Pierré distribue un rôle à chacun : Guillaume est chargé de montrer sa recherche sur les plantes ; Alexandre va continuer à travailler sur sa lettre au directeur de l’IMP de Mimizan ; Flora nous montrera le logiciel Lecthème ; Laura nous expliquera le fonctionnement de la messagerie. Brian écope de la révision des tables de multiplication sur Quizztop; Michaël va nous

faire les honneurs du "Goûter de Noël", l’un de ses projets personnels, sur MovieMaker; Aurélien dévoilera un coin de ses talents de graphiste, sur le logiciel Paint, avant de nous montrer une vidéo où on le voit présenter le métier de céréalier, en compagnie de Laura. Dylan nous fera partager sa quête, sur Google Images, d’une illusion d’optique. François n’a encore rien décidé. Antony nous organise une visite guidée de sa bibliothèque musicale, et de ses multiples montages audiovisuels. Quant à Bilal, il est autorisé à faire une démonstration de téléchargement. « Madame, on y va ? » Force est de constater, en passant de l’un à l’autre, que les ordinateurs mobilisent l’attention, canalisent les énergies et développent un vrai désir. Et la créativité est souvent au rendez-vous ! « Les ordinateurs ont vraiment changé ma pédagogie, nous confiera Caroline Pierré, à tel point que j’aurais, aujourd’hui, bien du mal à m’en passer. Ici, ils sont toujours près de nous. Bien entendu, nous ne faisons pas que cela, mais nous alternons systématiquement travail sur papier et sur informatique. »

« guerre des ondes » bat son plein. Laura prend le temps de décortiquer le texte pour y dénicher les éléments de réponses aux questions qui lui sont posées. Son document de travail est clairement partagé en deux colonnes : à droite "Radio Paris", à gauche "Radio Londres". La recherche active dans laquelle les élèves sont engagés focalise entièrement leur attention : on lit, on se concentre… On se laisse prendre au jeu de cette véritable petite enquête sur pièces (textes, images, documents sonores ou filmés). « L’archive sonore "met en chair", commentera Nelly Liarescq-Labourdette. C’est la grande puissance d’évocation de la voix à la radio. » Comme à la radio. Laura vient de brancher des écouteurs sur son ordinateur portable: «Je souhaite la victoire de l’Allemagne parce que, sans elle, le bolchevisme s’installerait partout… » C’est la voix de Pierre Laval, sur Radio Paris, en 1942. Un peu plus tard, le son, crachouillant, de Radio Londres, obligera à tendre l’oreille pour capter le fameux "Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand", aussitôt suivi du non moins célèbre "Les Français parlent aux Français", annonçant une étonnante poésie de messages codés : "Pierrot ressemble à son grand-père. Le facteur s’est endormi. L’éléphant s’est cassé une défense. Il est temps de cueillir des tomates." L’émotion est au rendezvous… Mais quel est donc ce mot, qui permet de reconnaître à coup sûr Radio Paris, dans cet extrait des actualités qui relate un attentat contre Hitler ? Butant sur cette nouvelle énigme, ma voisine est à deux doigts de renoncer. Elle se ravise… écoute une seconde fois, finit par entendre le speaker dénoncer "un acte criminel…" C’est l’indice recherché ! Dans la classe, les ordinateurs affichent maintenant des extraits de films d’archives : on reconnaît le maréchal Pétain, des antennes radio et – étrange concordance des temps – un écouteur de bakélite sur l’oreille d’un auditeur anonyme. Se taire. Nelly Liarescq-Labourdette, qui arrive cette année dans les Landes après avoir enseigné dans le Pas-de-Calais, nous confie en être à ses premiers pas dans la découverte des outils numériques : « L’idée de cette séance m’est venue alors qu’Israël envoyait des obus vers Gaza : sur internet, la version israélienne des faits côtoyait celle des Palestiniens, et cette guerre de l’information, très moderne, m’a fait penser à ce qui se passait pendant la seconde guerre mondiale…» Et comme nous nous étonnons de l’ambiance particulièrement studieuse et de la parcimonie des paroles échangées pendant l’heure que nous venons de vivre : « Il faut parfois savoir se taire, nous expliquera-t-elle. Ce temps de travail individuel, qui n’oblige personne à s’exposer à tous les regards, c’est bien pour les élèves… »


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9 h 20, cours d'anglais de Sue Galand, avec une classe de 3e

IN THE SHOW ! Sue Galand profite du brouhaha qui occupe les premières minutes du cours pour décrypter à notre intention les gestes de ses élèves: «Je me suis bien vite rendu compte que l’écran de l’ordinateur "fait écran" !Voilà pourquoi je leur demande de se connecter tout de suite au réseau, avant de déposer soigneusement leurs machines sur le sol. Plus tard, quand viendra le moment de s’en servir, tout ira très vite. » Communiquer. L’opération ne prend que quelques instants, et les tables sont dégagées quand Marie s’avance vers le bureau du professeur : sans jamais lire la moindre note – à peine jette-t-elle de temps en temps un regard sur la feuille posée devant elle –, la jeune fille va s’exprimer devant ses camarades pendant plusieurs minutes. Une vraie petite conférence – en anglais, of course – ap-

puyée sur des images dont elle gère ellemême la vidéoprojection au tableau, depuis l’ordinateur du professeur : après celle des lettres monumentales qui forment le mot "Hollywood", voilà maintenant Sean Connery occupé à immortaliser l’empreinte de ses pieds… et voilà la dernière cérémonie des Oscars. Dans la classe, une grande attention soutient la prestation de Marie. C’est terminé… Applaudissements. Des commentaires ? Les doigts se lèvent : « That was very good ! The conversation was very interesting. She was in the show, she improvises… – She spokes very clearly », complète le professeur. Bravo ! « Cet exercice leur est très familier, commentera plus tard Sue Galand, à notre intention. Ils en connaissent parfaitement les règles, mais ne croyez pas que tout cela s’obtienne sans effort ! Je souhaite vraiment leur donner le goût de la communication, et les images sont, pour cela, un formidable soutien à la parole: cellesci provenaient du manuel numérique, en illustration d’un texte que nous avons étudié la semaine dernière. Mais pas question de régurgiter des phrases

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toutes faites; ils doivent regarder les personnes à qui ils s’adressent, et je veux qu’ils s’affranchissent de la hantise de la faute de grammaire. Bien entendu, il faut être rigoureux : on ne peut pas dire n’importe quoi, mais on a tous le droit de se tromper ! » Next ! « I am going to show you… » [Je vais maintenant vous montrer une image], annonce le professeur. Nous voilà devant un paysage urbain, assez banal. Click ! Elle fait apparaître une flèche qui pointe vers l’un des éléments de l’image : il s’agit de le nommer. Un nouveau click, et le mot recherché apparaît dans la marge. Nous passons ainsi en revue un feu rouge [red light], une antenne satellite [satellite dish], un panneau publicitaire [billboard], un panneau de stationnement interdit [no parking sign], et même un magnifique graffiti… [graffiti]. «Voilà un bon moyen de mettre en place un vocabulaire précis, nous dira Sue Galand. Je veille à ce que les élèves puissent entendre et répéter chaque mot nouveau avant de le voir écrit, et jamais l’inverse. » Le professeur diffuse maintenant dans la classe un court enregistrement sonore. Il s’agit de repérer, dans un flot de paroles, l’auxiliaire être, dans ses différents états : [were, has been, must be, can be, will be, is being, and so on…] «Les élèves ont l’habitude d’entendre ma voix. Il est bon qu’ils s’habituent aussi à d’autres accents, d’autres débits… Cet exercice me sert de transition pour aborder un aspect grammatical de la langue – la forme passive –, et j’ai choisi de le faire sous une forme très courte : nous y reviendrons la prochaine fois. » « Now, you can take your computers ! » En un éclair, les ordinateurs sont sur les tables, et le premier exercice s’affiche sur les écrans. Il s’agit, pour chaque phrase proposée, de trouver la forme verbale correcte. Attention, grammaire! Une succession de micro-cours particuliers va alors s’improviser sous nos yeux. À peine quelques secondes suffisent au professeur, qui circule entre les tables, pour encourager, d’un « Good ! » approbateur, cet élève qui est sur la bonne voie ; il lui faut s’attarder un peu plus avec cet autre, qui s’embourbe un peu, reprenant avec lui le fil du raisonnement pour l’amener à trouver la bonne réponse… Les ordinateurs portables ? « Je n’étais pas du tout versée dans l’informatique, et ce n’est pas quelque chose qui m’est venu "naturellement" ! Au début de l’opération, j’ai même considéré cette machine comme un défi! Mais, quand j’ai compris tout ce que l’on peut en tirer, je me suis enthousiasmée : vous avez pu constater que les exercices sur ordinateur permettent à certains, plus timides, ou plus à l’aise à l’écrit, de s’exprimer autrement. Et quand un élève parvient à résoudre sa difficulté, nous sommes fiers tous les deux ! »

8 h 20, cours de SVT de Floriane Dusfour, avec une classe de 3e

BARRIÈRES NATURELLES Quand nous entrons dans la classe, les élèves sont déjà occupés à recopier la leçon projetée au tableau interactif : « Notre organisme héberge en permanence des micro-organismes, mais nos barrières naturelles (peau, muqueuses, etc.) empêchent le plus souvent leur pénétration dans le corps…» On en profite pour réviser la liste des micro-organismes et leurs caractéristiques : virus, bactéries, champignons microscopiques et protozoaires. « Certains sont pathogènes, d’autres non… » Découvrir. « Je vous montre maintenant le logiciel1 que nous allons utiliser aujourd’hui », annonce le professeur, en projetant la page d’accueil au tableau. En titre : "immunologie", et en illustration, une magnifique image, sorte de sphère hérissée d’excroissances. «C’est un virus, précise-t-elle. Comme vous le voyez, quand on observe le très petit, c’est souvent très beau ! Ce logiciel compte trois parties. Nous allons nous servir de la première : vous avez des documents, des exercices et un bilan… Vous allez commencer par visionner un petit film sur les bactéries, puis des exercices vous attendent. Au travail ! » Dans la classe, on s’organise par groupes de deux, et on se partage, au besoin, les écouteurs ! Sur les écrans, s’affiche bientôt une sorte de ballet aquatique de bac-

téries et de virus filmés au microscope électronique… Les exercices se succèdent : « Pour mesurer les micro-organismes, explique le professeur, vous disposez de plusieurs règles que vous devez déplacer… Faites attention aux unités ! » Devant moi, Guillaume et Ophélie déterminent que la bactérie mesure un micron et le virus environ un dixième… Bonne réponse ! confirme l’ordinateur… Naviguer. «Les élèves sont beaucoup plus attentifs quand ils ont un film à visionner sur leurs ordinateurs portables que si je le projette à la classe entière, par exemple sur le téléviseur, nous expliquera Floriane Dusfour à la fin du cours. La différence est même assez impressionnante! Aujourd’hui, ils devaient naviguer librement dans un ensemble de documents, pour essayer de découvrir par euxmêmes… Cette interactivité les motive. Autre intérêt, avec les ordinateurs portables, nous pouvons accéder à des images de microscopie de bien meilleure qualité que celle des documents que nous utilisions auparavant… Cliquer, zoomer, déplacer, visionner un film, c’est quand même plus intéressant que d’étudier sur une photocopie, non ? » ----1 Cédérom Immunologie collège www.jeulin.fr


<<< 14 h 30, atelier journal télévisé, de Laetitia Bernizan et Caroline Pierré, avec des élèves de 6e et 5e

LES COULISSES DU "JITÉ" En contrepoint de sa fonction d’assistante d’éducation Tice, Laetitia Bernizan a réussi à convaincre Sue Galand, professeur d’anglais, de faire vivre, avec elle, le site internet du collège: «Nous ne voulions pas un site statique, mais du son, des vidéos… de la vie quoi ! » L’idée de faire un vrai JT (journal télévisé) était née. C’est alors Caroline Pierré, professeur des écoles, chargée de la classe d’UPI, qui s’est retrouvée embarquée dans l’aventure. Silence, on tourne! Nous avions annoncé notre visite, et l’idée de nous interviewer, pour la prochaine édition du JT, sur le thème de la presse, s’est vite imposée. Nous voilà donc installés dans le bureau de Laetitia transformé pour l’occasion en plateau de télévision. La caméra est posée sur un pied, Alexandre relit ses notes: c’est lui qui va faire le journaliste, pendant que Johanna s’occupera de la

13 h 30, cours de technologie, de Jean-François Desorthes, avec une classe de 3e

C’EST MOI QUI L’AI FAIT ! «Vous allez voir, mes élèves sont assez autonomes ! », nous avait prévenus JeanFrançois Desorthes. Dès le début de la séance, en effet, la classe s’organise en trois ateliers et prend connaissance de la fiche de travail préparée par le professeur. La grande affaire, depuis le début de l’année, c’est la réalisation d’une enceinte acoustique. Dans un premier temps, chaque élève a imaginé une forme ; en se développant, le projet aborde différentes problématiques de fabrication. «Souvent, nous explique JeanFrançois Desorthes, les idées de départ sont un peu trop ambitieuses. J’essaye de laisser libre cours à la créativité de chacun, tout en limitant un peu les débordements, pour rester réaliste sur ce qu’il nous est possible de faire… » Planifier. C’est un travail de réflexion qui attend le groupe "planification de la production". L’exercice proposé consiste à déterminer l’ordre de soudage des composants électroniques. Nous entrons là dans une logique de fabrication en série: «Pour chaque action, explique le professeur, vous allez vous poser la question : "qu’est-ce qui a été fait avant?"» Ma voisine, d’un coup, vient d’avoir une illumination : « Monsieur, j’ai trop compris ! » Dessiner. Un peu plus loin, les ordinateurs portables sont posés en ligne sur deux longues tables de la salle de technologie,

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et un atelier de dessin industriel s’organise. L’objectif du jour, c’est de s’initier au logiciel de dessin 3D SolidWorks. Aucun mode d’emploi à absorber, la découverte prend un tour très pratique : il s’agit de suivre méthodiquement les étapes de construction d’une figure (ouvrir un nouveau document… dessiner un carré de 100 mm de côté, etc.). « On doit faire tout ça dans une seule séance ? » s’inquiète un élève, qui juge visiblement l’entreprise plutôt complexe. Le professeur le rassure : « Je vais vous aider, mais vous avez là toutes les explications pour y arriver seuls.» L’appétit d’apprendre est aiguisé par le plaisir d’utiliser l’ordinateur, et les collaborations vont bon train : «On s’aide!», me confirme un élève penché sur l’écran de son voisin. La satisfaction de réussir stimule les énergies. Vers la fin du cours, le dessin en trois dimensions s’affiche sur les écrans, et chacun s’amuse à faire tourner le volume obtenu, pour l’observer sous tous ses angles: magique! Reste encore à appliquer une texture sur ce tracé, pour lui donner une apparence réaliste. Faux bois ou imitation peluche ? Les possibilités sont tellement nombreuses qu’on a envie de les essayer toutes ! Assembler. Le troisième groupe d’élèves rassemble le matériel nécessaire : fer à souder, pinces, loupes… Chacun a pris

soin de se munir de "son" circuit imprimé : une plaque de résine translucide de quelques centimètres de côté, tatouée d’une fine résille de pistes métalliques, et percée de trous. Fiers, ils détaillent les étapes du procédé de gravure qui les a conduits à fabriquer le circuit. Le professeur distribue une pochette à chacun : « Vous commencez par les résistances…» Chacun fait l’inventaire du contenu de son sachet: plusieurs résistances, des transistors, un condensateur, un interrupteur, un "bornier", etc. Reste à fixer les composants sur le circuit, en suivant méticuleusement le plan d’assemblage. Comme je remarque que le maniement du fer à souder ne pose aucun problème, ni aux filles, ni aux garçons : « Normal, on a appris à le faire en 6e… » Driiing ! Avant de donner le signal de la joyeuse dispersion de la classe, le professeur s’assure que chacun a pris soin de ranger ses outils. On vient ici de se servir de sa tête, de ses mains et d’un certain nombre d’appareils numériques, électriques ou simplement mécaniques, pour réfléchir, manipuler, fabriquer… Bref, de faire de la techno !

caméra. Le comment et le pourquoi du journal EnConnexion, la raison de notre présence dans leur atelier : ils veulent tout savoir ! Nous essayons de nous prêter au mieux à cette séance de l’arroseur arrosé… L’heure du bouclage. Dans la salle informatique voisine, on s’affaire à mettre la dernière main à la prochaine édition du journal. Aux commandes de logiciels complètement inconnus de la plupart des adultes non spécialistes, ces jeunes élèves interviennent sur le son et l’image avec autant de facilité que s’ils manipulaient un simple traitement de texte ! Laetitia Bernizan et Caroline Pierré ne ménagent pas leurs efforts pour répondre aux questions, aider à réfléchir, valider les choix… On le sent bien, l’heure du bouclage qui approche fait monter la pression, dans cette salle de rédaction un peu particulière. « Il faut couper tous les sons qui ne vont pas, et tous les blancs!», explique Marion, qui peaufine une bande-son sur Audacity, avec Lucile et Marina. Un peu plus loin, Lucie, Emma et Cheryle visionnent, via Pinnacle Studio, des rushes tournés dans le gymnase: «Ce sont des élèves de 4e, en train de s’échauffer en musique… » Chloé, Clémence, Johanna et Mathieu choisissent la police du titre qui annoncera leur sujet sur la tempête: «Mon papa, qui est pompier, nous a donné des photos. Et nous sommes allés voir un agriculteur : il nous a montré des serres abîmées, des tôles décrochées, des champs dévastés. Enfin, nous avons pris des photos de la forêt… » Anaïs, Adrien, Alexandre enregistrent de la musique « pour ajouter par-dessus les images » de leur sujet sur la piscine. Présentateurs. Sandra, Nelly et Alexandre, qui présenteront la prochaine édition du JT, viennent de terminer la rédaction de leurs textes de lancement des sujets; ils sont prêts pour une répétition générale : « Aujourd’hui, nous allons vous proposer trois reportages… » Lire un texte tout en restant naturel, l’exercice n’est pas si facile qu’il y paraît ! « J’aime bien passer devant la caméra, vient de nous déclarer l’un de leurs camarades, présentateur d’une précédente édition. Quelquefois, on fait des mauvaises prises parce qu’on rigole ! » Aimer ! Voilà le mot qui revient quand on demande à nos journalistes en herbe pourquoi ils ont choisi cet atelier : « J’aime que notre travail soit visible sur le site du collège. – J’aime préparer les interviews. – J’aime faire les reportages, et aussi le montage. – J’ai aimé travailler sur le club de basket de Saint-Aubin… » Quant au mot de la fin, il revient à Alexandre : « Il nous manque encore une musique pour notre sujet sur les déchets, et le journal sera fini ! Et on pourra aller le voir sur internet… » ----http://webetab.ac-bordeaux.fr/Etablissement/ Mugron/index.htm


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15 h 15, cours de technologie de Yannick Robidou, avec une classe de 4e

CHARLYROBOT C’est une règle en matière plastique transparente, graduée et percée de huit trous de forme circulaire et de différentes tailles. Marina la garde dans sa trousse. C’est un objet qu’elle a fabriqué en cours de technologie, il y a déjà deux semaines, quand elle était dans le groupe "fabrication". Aujourd’hui, elle doit dessiner, sur son ordinateur portable, l’épure cotée de cet objet en suivant, pas à pas, les indications de la fiche de travail que le professeur lui a remise en début de cours. Marina fait partie, avec quelquesuns de ses camarades, de l’un des six ateliers organisés simultanément dans le cours de technologie. Bzoooingggg ! Un moteur électrique vient de se mettre en marche à l’autre bout de la salle : c’est Romain qui a programmé "Charlyrobot", la fraiseuse numérique, pour réaliser la fabrication de sa règle graduée. « C’était un peu difficile, mais le prof m’a bien aidé!» Derrière son capot transparent, la machine-outil perce, grave et découpe la plaque de PVC : Romain ne perd pas une miette du spectacle ! Ce sont maintenant les mots "Réunion 974"qui se révèlent sous la fraiseuse: « Ma famille vient de la Réunion, et 974, c’est le numéro du département…» Élise prend, à son tour, place aux commandes

de l’ordinateur qui pilote la fraiseuse. Elle doit d’abord saisir au clavier le texte qu’elle souhaite graver pour personnaliser sa règle : "Élan Chalossais" : « C’est le nom de mon club de basket… » Sur l’écran, les lettres apparaissent à l’envers: «Il doit en être ainsi pour pouvoir graver à l’endroit », explique le professeur. Élise doit encore paramétrer la machine en suivant toutes les étapes de la fiche de description : "outil à fraiser", "fraise de deux", "profondeur d’usinage", "contour extérieur", etc. Le professeur vient vérifier… «C’est bon!», décrète-t-il, avant de lancer la machine… Dans la classe, les différents ateliers poursuivent leur travail : calcul de coordonnées, recherche d’informations sur la contrefaçon, utilisation d’un tableur, d’un logiciel de CAO ou de dessin technique, etc. Les ordinateurs portables sont largement mis à contribution… Le professeur passe des uns aux autres, encourage, conseille… «J’arrive cette année dans les Landes, en provenance de Gironde, nous expliquera Yannick Robidou. Je découvre l’utilisation des ordinateurs portables en cours, mais je suis un peu déçu par l’attitude de certains élèves que je ne trouve pas très matures… »

UNE JOURNÉE AU COLLÈGE SERGE BARRANX, THE BOONDOCKS À MONTFORT-EN-CHALOSSE

10h30, cours d’anglais de Laurent Carty, avec une classe de 3e

Montfort-en-Chalosse. Chef-lieu de canton, 1 159 hab. Alt. de 26 à 108 m. Bastide du 13e siècle (plan régulier, ses rues rectilignes se croisant à angle droit délimitent une douzaine d’îlots d’égales dimensions). Patrie des frères Boniface, anciens internationaux de rugby à XV. Le collège Serge Barranx accueille cette année environ 500 élèves. « L’effectif fluctue un peu, notamment du fait du centre médical infantile de Montpribat, qui nous envoie des élèves, parfois pour des séjours très courts, nous explique Françoise Dingemans, la principale. Ce sont des enfants atteints de différentes pathologies nécessitant une surveillance médicale et une prise en charge thérapeutique adaptée. […] Nous avons énormément souffert du passage de la tempête Klaus: plus de la moitié des toitures de deux bâtiments a été soufflée. Et dans les deux jours qui ont suivi : pluie ! L’établissement est resté fermé pendant une semaine. Le Conseil général est intervenu très rapidement pour faire déblayer et installer deux préfabriqués ; nous avons tout nettoyé, avec les agents du collège, des bénévoles et les professeurs… Nous avons réquisitionné le CDI, la salle de réunion, et nous avons réussi à rouvrir rapidement, même si c’était dans des condi-

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tions difficiles. Les enfants et tous les personnels qui travaillent au collège ont été perturbés. Des familles sont restées isolées sans électricité, le pays est très marqué, et nous avons tous ressenti cela douloureusement. Heureusement, en quatre semaines, le plus gros des travaux était fait. […] Je suis arrivée en septembre, venant de la région parisienne. Alors, l’utilisation des différents outils numériques fournis par le Conseil général, c’est un peu nouveau pour moi : un ordinateur portable pour chaque élève, en 4e et en 3e, c’est extraordinaire ! J’ai encore du mal à avoir une vision globale des usages dans l’établissement : je sais que certains enseignants maîtrisent cela très bien, et que d’autres sont plus en retrait… Ce qui est certain, c’est qu’après la tempête, quand nous n’avions plus ni le serveur, ni le réseau, ni les vidéoprojecteurs, cela manquait énormément aux professeurs. » ----Serge Barranx (1867-1959), éducateur, journaliste et romancier landais. Il a écrit des romans qui, pour la plupart, ont pour cadre le département des Landes et, plus particulièrement, la Chalosse et la Grande Lande. Son roman La Nore a été couronné par l’Académie Française.

Petit rituel. C’est Cédrine qui lance le cours : elle vient au tableau pour dire, in english, la date du jour, le temps qu’il fait ; nous apprenons ainsi qu’elle a le projet d’aller au cinéma pour voir Les cavaliers de l’Apocalypse [film de Jonas Akerlund, 2009]. Le son. Le professeur connecte maintenant son ordinateur portable sur le site de la BBC1 et lance l’écoute en "live" : c’est un peu de la rumeur du monde qui envahit tout à coup la classe. Ça va très vite, mais on attrape quelques mots au vol… «Qu’avez-vous compris?» Where? Who ? What ? When ? On établit qu’en Malaisie, le Premier ministre [Abdullah Badawi] a démissionné aujourd’hui. L’image. « What can you see on this picture ? » Le professeur vient de projeter une image au tableau: ce sont les personnages de la bande dessinée The Boondocks2. Petit exercice de décodage et de vocabulaire dans un dialogue entre le professeur et ses élèves. «Now, open your computer ! » Il s’agit de télécharger, sur le réseau, un document sonore et de l’écouter : il est encore question des Boondocks. «Attention, précise le professeur, l’ordre du récit ne tient pas compte de la chronologie réelle : à vous de la rétablir. » Dans la classe, par groupes de deux, on écoute et on partage ses trouvailles. «Stop! Close the computers.» On

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établit que la publication sur internet est postérieure à l’édition papier, et nous entrons ainsi tout naturellement dans la leçon du jour : le pluperfect, temps utilisé pour parler, dans un récit au passé, d’une action antérieure. Tous en chœur. On réécoute la séquence, en classe entière, et on s’entraîne à la répéter, à haute voix et tous ensemble : By the time, McGruder turned 29 in 2003… « C’est un exercice que nous faisons régulièrement, nous expliquera Laurent Carty. Cela permet de travailler la phonologie (c’est-à-dire la phonétique et la prononciation des mots), l’accentuation et le rythme de la phrase. » Le son et l’image. « Pour la prochaine fois, conclut le professeur, voici le lien, sur YouTube, d’une vidéo des Boondocks que vous devrez résumer par écrit. Pour ceux qui n’ont pas d’accès internet à la maison, le fichier sera disponible sur le serveur du collège… » Devant notre étonnement par rapport à cette consigne un peu inattendue, Laurent Carty nous explique: «C’est extraordinaire de disposer de ces ordinateurs qui permettent d’accéder à des documents authentiques. Le fait d’aller sur un de leurs sites préférés, c’est, pour les élèves, une manière d’inscrire l’apprentissage de l’anglais dans la vie de tous les jours. »

----1 http://news.bbc.co.uk 2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Boondocks


16 h 15, cours d’occitan de Patric Guilhemjoan, avec un groupe d’élèves de 4e

A HUM DE CALHAU1 "E son alucats los ordinators ?" [Vous avez allumé vos ordinateurs ?]. Pour nous qui « comprenons sans parler », cette collusion entre la langue entendue dans l’enfance et ces machines dernier cri résonne comme un anachronisme un peu étrange, et délicieux. Elle ne surprend pas les élèves qui s’acquittent en un clin d’œil de l’opération. Après une très courte révision de vocabulaire à l’oral, on va s’employer à commenter l’image affichée maintenant sur chaque écran : scène de genre, au rayon chapeaux d’un grand magasin. "Que’m vatz díser çò que vedetz…" [Vous allez me dire ce que vous voyez]. La conversation se met en place entre un professeur qui s’emploie à obtenir le maximum de ses élèves et de jeunes locuteurs qui s’enhardissent bien vite à former des phrases complètes: "Que vei un gran capèth…" [je vois un grand chapeau]. Sur les écrans, maintenant un texte : nous sommes toujours dans le magasin en présence de "Mirelha e Joana, las dròllas qui’s crompan un capèth" [les jeunes filles qui achètent un chapeau]. En marge du texte, un lexique. Écrits, les mots que l’on vient d’entendre prennent une nouvelle consistance.

<<< 12h30, visite du jardin du club "Planète verte", avec des élèves de 6e

AU JARDIN… Un délicieux petit jardin jouxte la cour du collège. Il était à l’abandon jusqu’à ce que Caroline Dufau, professeur de SVT, décide d’en faire quelque chose avec des élèves de 6e. Aujourd’hui, dans le cadre de la Semaine du développement durable, le jardin est ouvert à la visite, et par petits groupes, on vient découvrir le travail de ses camarades. C’est Luciana qui nous guide en compagnie de Sarah, Vladimir, Océane et Julien : « Nous avons commencé par mettre du purin d’ortie pour que la terre soit plus riche… Ensuite, nous avons fait les semis : il y a le basilic, les radis, les fèves, les primevères, la ciboulette, le persil, et ici les petits pois, les orties pour faire le purin, le compost, les carottes, la menthe, les fraisiers, la roquette, le cresson, les pommes de terre, les oignons, et derrière, les poireaux… Là, c’est plutôt le coin des fleurs : le lis, les capucines, les marguerites. Pour le faire, nous venons, à sept ou huit avec notre prof, tous les jeudis… »

Enseigner les langues vivantes. Patric Guilhemjoan, qui enseigne aussi l’anglais, nous fera part de son expérience comparée dans l’une et l’autre langue: «Anglais, espagnol, occitan : toutes les langues vivantes sont enseignées de la même façon ! J’apprécie l’ordinateur personnel pour ses fonctions de laboratoire de langues, avec les deux vrais atouts que sont la prise de parole en continu – puisqu’on peut s’enregistrer – et la compréhension orale – puisqu’on peut écouter et réécouter. En cours d’occitan, c’est pleinement satisfaisant parce que nous sommes en petit groupe. Mais avec une classe de vingt-huit ou trente élèves, c’est très difficile à gérer ! Par contre, comme nous ne disposons pas, pour l’occitan, de beaucoup de ressources en ligne comme c’est le cas en anglais, il faut bien faire l’effort de les fabriquer!» C’est la raison pour laquelle Patric Guilhemjoan, qui est aussi responsable d’une maison d’édition, a contribué à la création d’un site d’enseignement de l’occitan2, sur lequel on peut trouver des exercices interactifs, des vidéos, des sons, etc. Dijaus lo 9 d'abriu [jeudi 9 avril]. C’est la date du jour que les élèves notent sur leur fichier de cours. La leçon de grammaire qui va suivre est l’occasion d’un joli détour dans les subtilités de cette langue, qui "diminue" ou "augmente" toute sorte de mots – noms, adjectifs, adverbes –, leur tricotant du même coup une mitaine qui embellit ou dévalorise. «Certains diminutifs ajoutent une connotation négative au sens d’origine… » explique le professeur. Reste encore à garder trace de ce que l’on vient d’apprendre. Chacun s’applique à recopier, sur son ordinateur, la leçon que le professeur écrit, en occitan, sur le tableau. On soigne la typographie, on met les titres en couleur: visiblement, la satisfaction de voir sa page joliment composée ajoute un agrément au travail un peu mécanique de copie, et un rapide coup d’œil par-dessus l’épaule de l’un ou l’autre suffit à nous renseigner: les fichiers de cours sont bien tenus ! « Allez sur le site www.pernoste.fr », indique maintenant le professeur. « Monsieur, on a besoin des écouteurs ? – Oui, vous aurez un fichier son à écouter… – Ah, ce sont encore les papy et mamy qui parlent ? » La remarque attire un sourire sur le visage de Patric Guilhemjoan… "Que cau har l'exercici orau adara…" [il faut maintenant passer à l’exercice oral], prévient-il. Sur les écrans, la photo d’un magnifique paysage de montagne. Nous sommes dans les Pyrénées, bien sûr ! Romain préfère écouter entièrement le document sonore avant de commencer à choisir les bonnes réponses parmi celles qui lui sont proposées. « Monsieur, annoncent fièrement Pauline et Anaïs, on a eu 20 / 20 ! Mais pas du premier coup…» (Elles ont écouté deux fois le document.) ----1 à toute vitesse 2 http : //www.pernoste.com

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11 h 20, cours d’histoire de Monique Marrocq, avec une classe de 3e

LE SOUFFLE DE L’HISTOIRE « Qui vient piloter l’ordinateur à ma place ? » Aujourd’hui, ce sera Jean-Baptiste. «Eh bien, tu seras le grand chef: assieds-toi, et ouvre le premier document… » Un texte apparaît sur le tableau. C’est une description de la situation de la France de l’après-guerre : pénurie de charbon, de produits industriels, alimentaires… « Qui peut me dire ce qu’est une pénurie ? » On débusque les mots importants, et Agnès vient les surligner sur le tableau interactif. Le professeur, qui a délégué toutes les tâches de manipulation à ses deux jeunes assistants, anime le débat depuis le fond de la classe. «L’un des avantages des outils numériques, nous dira-t-elle plus tard, c’est de me libérer du tableau ou de la carte pour me permettre d’être au milieu de mes élèves, de sorte que rien de ce qui se passe dans la classe ne m’échappe. Quant aux élèves, ils sont plutôt fiers de "squatter" ainsi le territoire du professeur, et c’est aussi pour eux une occasion de bouger un peu ! » Notre démarche. On projette maintenant un schéma, encore à l’état d’ébauche, qui reprend et organise les éléments contenus dans le texte. Pour le compléter, le professeur sollicite la participation active de tous ses élèves : on aide, depuis sa place, les camarades qui se succèdent au tableau interactif. Ainsi représentées sous une forme différente, les idées développées dans le premier texte s’articulent logiquement en causes et conséquences du fait historique étudié. «Vous pourrez récupérer toute notre démarche à la fin du cours, rappelle le professeur à ses élèves… Jusqu’à présent, tient-elle à préciser à notre intention, on ne pouvait pas emporter le tableau chez soi, pour se remémorer tout le contenu du cours; eh bien, vous le voyez, aujourd’hui, c’est possible ! » Écrire. « Je vais vous demander de résumer en une phrase ou deux, sur votre cahier de brouillon ce que nous venons de voir…» Grande application dans la classe. Le professeur circule d’un élève à l’autre. «Écrire, c’est un exercice fondamental qui apprend à organiser ses idées, à être précis dans l’expression de la pensée, à introduire du vocabulaire et à mettre en place une syntaxe correcte », nous expliquera encore Monique Marrocq. Pour boucler cette phase de travail, Marina viendra noter, toujours depuis l’ordinateur du professeur, la synthèse que l’on élabore en commun. Émotion. Un nouveau texte s’affiche au tableau: c’est un discours. Qui parle? Robert Schuman, le ministre des Affaires étrangères. Une photo de deux personnes apparaît maintenant : « Vous le voyez ici, le 9 mai 1950, en compagnie de Jean Monet, haut fonctionnaire, dans le salon de l’Horloge, au ministère des Affaires étrangères. Comme vous pouvez le remarquer, ce n’est pas un jeune premier, ce Monsieur Schuman ! Nous allons en-

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tendre sa voix… » Silence. La qualité de l’écoute qui accueille cette archive est impressionnante. Chacun suit des yeux, "en temps réel", le texte du discours affiché sur le tableau : « Le gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité commune dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe…» La gravité contenue dans ces phrases n’échappe à personne. « Ce que nous venons d’entendre, ce sont les bases de la construction de l’Europe! Savez-vous quelle va être la réponse de l’Allemagne à cette proposition? – Ya!», s’exclame un élève du fond de la classe – ce qui déclenche l’hilarité générale, et amène un sourire sur le visage du professeur. Comme nous ferons remarquer plus tard à Monique Marrocq qu’il nous a semblé, en écoutant ces quelques phrases, sentir le souffle de l’Histoire dans la classe : « Voilà encore un domaine dans lequel les outils numériques nous sont précieux, nous expliquera-t-elle : entendre cette voix, c’est sentir la présence d’un homme qui a du charisme. Un homme qui donne de l’espoir, parce qu’il croit dans les hommes, dans la paix, dans la possibilité de progresser; et qui porte un projet à long terme… »

Entretien avec Monique Marrocq, professeur d’histoire et de géographie, et Jean-Marc Darrigan, professeur de SVT (sciences de la Vie de la Terre)

HUIT ANS APRÈS… Vous faites partie des enseignants qui ont été volontaires pour tester l’utilisation des ordinateurs portables, en 2001, avant la généralisation de l’opération dans tous les collèges… Jean-Marc Darrigan (J-MD): Quand les ordinateurs personnels sont apparus, dans le milieu des années 1980, nous avons été plusieurs collègues à penser qu’il fallait chercher comment les utiliser, notamment pour ce que nous appelions l’Exao (expérimentation assistée par ordinateur). Plusieurs de nos expériences de ce type ont même été primées ! Quand le projet du Conseil général s’est dessiné, une première équipe d’enseignants du collège s’est aussitôt portée volontaire : nous pensions que ces outils permettraient des choses en pédagogie – ce qui s’est d’ailleurs révélé exact –, et Montfort a été retenu parmi les trois établissements "tests". Vous étiez donc des pionniers ? Monique Marrocq (MM) : Pionniers ? C’est un mot qui me convient ! Mon premier ordinateur, c’était à peine un an avant… Je ne savais même pas taper à la machine, et à l’époque, on ne parlait pas encore d’internet ! Nous ne savions pas du tout vers quoi nous allions : à l’aube d’une technique nouvelle, on ignore souvent ce qu’elle va provoquer… Nous avions des rêves! Nous pensions que l’on pourrait gérer un cours sans avoir tous

les élèves autour de soi… Si la réalité est aujourd’hui un peu différente de ce que nous avions imaginé, elle est tout aussi intéressante. Le bilan est donc positif ? J-MD : Globalement, ça se passe bien. En SVT, par exemple, l’ordinateur permet l’accès à l’actualité scientifique : aujourd’hui vous trouvez facilement, sur internet, les données du dernier tremblement de terre. Je vois mes élèves réaliser des supports de présentation (diaporamas, site web, etc.) de grande qualité. Aujourd’hui, ils maîtrisent parfaitement la logique du travail en réseau : ils vont chercher sans problème des documents sur le serveur du collège… Si je compare avec ce que j’ai vécu depuis huit ans, je peux dire qu’au début, les élèves n’étaient pas très à l’aise (et d’ailleurs, personne ne l’était vraiment), alors qu’aujourd’hui, ils le sont presque trop! Ce qui explique que d’autres problèmes sont apparus… MM: Si elles ont, pour beaucoup d’entre nous, changé notre manière d’enseigner, les techniques numériques génèrent aussi de grandes inquiétudes. Elles multiplient nos responsabilités, elles nous bousculent, elles montrent nos limites, celles de l’école, et peut-être aussi celles de la société. Le paradoxe, c’est qu’aujourd’hui, les frontières sont devenues complètement perméables, alors qu’il n’y a jamais

eu autant de barrières. En ce qui concerne l’informatique à l’école, c’est du même ordre: tout est théoriquement possible, mais en même temps, on est obligé d’ériger des filtres et des interdictions pour éviter les dérives… Les adolescents – comme sans doute pas mal d’adultes – ne sont pas capables de distinguer ce qui est de l’ordre du privé de ce qui relève du scolaire. Et dans leur ordinateur, ils ne séparent pas ces deux registres: c’est l’un des problèmes les plus cruciaux que nous rencontrons actuellement. Et c’est aussi un problème dans notre société : il y a irruption de la vie privée dans la sphère collective, et confusion entre les deux… Le positif, c’est que nous sommes dans le siècle : nous utilisons tous les outils dont on dispose dans le monde d’aujourd’hui, et c’est une chose dont l’école ne devait pas faire l’économie. Il y a aussi des avantages pédagogiques, et notamment un accès facilité au travail collectif : pouvoir compléter sa réponse par celle d’un camarade, pouvoir projeter au tableau la production d’un élève et la corriger en commun, récupérer individuellement un document produit à plusieurs, etc. Les outils numériques me permettent aussi de varier mes sources, d’être plus libre dans la classe et plus proche des élèves. Enfin, les ordinateurs enrichissent la mémorisation des cours : l’élève peut aller voir et revoir, s’il n’a pas tout compris, ce que nous avons fait ensemble, et qui est enregistré sur son ordinateur. C’est une mémoire vivante et complète…


<<< 14 h 30, atelier informatique de Fabienne Nauze, professeur d'arts plastiques, avec des élèves de 5e

ATELIER INFORMATIQUE Dans le cadre de l’accompagnement éducatif mis en place, cette année, par le ministère de l’Éducation nationale, les élèves qui le souhaitent peuvent participer à cette activité à raison d’une heure par semaine. « Cette année, nous dit-elle, nous avons choisi de retravailler le site internet du collège1. Nous avons commencé par faire un bilan critique de l’existant ; ce qui a permis, par exemple, d’établir que certaines informations étaient inutiles ou périmées, alors que d’autres faisaient défaut… Comme nous n’avons pas de webmestre pour s’occuper des mises à jour, nous avons décidé d’organiser le nouveau site comme un portail qui donne accès à trois domaines: les infos, les matières et les liens recensés par ma collègue documentaliste [voir ci-dessous]. En ce moment, nous travaillons l’harmonisation graphique des différentes pages. » Aujourd’hui, c’est Mme la principale qui accueille le petit groupe d’élèves en salle informatique: «J’ai reçu ce matin un appel téléphonique d’une famille arrivant à Mont-de-Marsan, qui a choisi d’inscrire ses enfants dans notre collège après avoir visité le nouveau site. Je tenais donc à vous féliciter pour la qualité de votre travail…» Après cette entrée en matière particulièrement stimulante, chacun s’ins-

UNE JOURNÉE AU COLLÈGE JEAN ROSTAND, À MONT-DE-MARSAN Mont-de-Marsan. Préf. des Landes, cheflieu de canton, 30 700 hab. Alt. de 23 à 97 m, "ville aux trois rivières" établie au confluent de la Douze et du Midou, qui se rejoignent pour former la Midouze – affluent de l’Adour. Musée de sculpture, maisons romanes, arènes. Le collège Jean Rostand accueille cette année environ 500 élèves. «C’est un collège de centre-ville, nous explique Mme Allinne, la principale, avec une mixité sociale assez représentative de celle de la population française d’aujourd’hui. Et comme il est situé tout près de la gare, nos élèves les plus éloignés – ceux de Saint-Martind’Oney – viennent en train. Ils arrivent le matin, comme des grands, par la place des arènes, avec un sentiment de liberté, d’autant plus que tous ces espaces sont piétonniers. […] Concernant les outils numériques, je suis très réservée par rapport aux ordinateurs portables des élèves. J’étais très enthousiaste à mon arrivée ici, il y a quatre ans. Je pensais que c’était un outil très performant, mais à l’usage, je trouve qu’il y a plus d’inconvénients que d’avantages à l’utiliser : les tables étant petites, les élèves n’ont pas suffisamment de place pour travailler ; le professeur ne peut pas voir ce qui se passe derrière les écrans ; il y a beau-

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coup de perte de temps pour la mise en route… Les parents nous signalent des problèmes de transport, de jeux, etc. Il demeure également la question de la formation des enseignants : c’est un écueil sur lequel nous butons encore. Nous avons, par exemple, un peu de mal à associer l’ensemble des professeurs aux procédures de validation du B2i : plus de la moitié nous dit ne pas se sentir compétents pour le faire… Mais tout n’est, bien sûr, pas négatif pour autant : l’ordinateur est intéressant comme petit laboratoire pour l’apprentissage des langues vivantes, ou pour des recherches documentaires en SVT, en histoire et géographie, etc. L’opération a aussi beaucoup apporté aux enseignants. Ils ont été obligés de se confronter à cet outil dont certains ne voulaient pas trop entendre parler… Elle leur a permis de résoudre leur propre fracture numérique! Il y avait des résistances à lever, et elles sont en train de l’être. » Jean Rostand, né à Paris le 30 octobre 1894 et mort à Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine) le 4 septembre 1977, est un écrivain, biologiste et historien des sciences français. Avec conviction et enthousiasme, il s’est efforcé de vulgariser la biologie et d’alerter l’opinion sur la gravité des problèmes humains qu’elle pose.

talle devant un ordinateur et se connecte au site du collège… « Que pouvonsnous améliorer?» demande le professeur. On remarque que la page d’accueil compte quatre nuances de bleus différents : « Est-ce vraiment utile ? » Lætitia, qui a composé cette page, propose de reprendre son travail. On fait ensuite le point sur l’état d’avancement de la rubrique "matières" : une mosaïque d’images – que l’on appelle ici des "logos animés" – donne accès aux différentes disciplines enseignées au collège… Certaines sont terminées, d’autres encore en chantier, et il reste quelques matières à illustrer: Aurélie va se charger des mathématiques, Isabeau de la technologie et des IDD (itinéraires de découverte), et Lucas de l’éducation musicale et du français. Le professeur fait un petit rappel du fonctionnement du logiciel utilisé (The Gimp2) : « N’oubliez pas que chaque élément de l’animation doit être positionné sur un calque séparé… Et quand vous avez terminé, vous exportez votre document au format GIF3… » 1 http://webetab.ac-bordeaux.fr/Etablissement /CJRostandMtDeMarsan 2 http://www.gimpfr.org/news.php 3 Le format GIF permet le stockage de plusieurs images dans un même fichier, de manière à créer des animations (GIF animés).

Entretien avec Christelle Truf, professeur documentaliste

LE CDI HORS LES MURS Ici, le CDI (centre de documentation et d’information) n’est plus enfermé "entre les murs" du collège : il accompagne aussi élèves et professeurs dans leurs recherches sur la grande toile. Rencontre avec un professeur documentaliste qui a créé un outil adapté aux besoins spécifiques de son "public". « À mon arrivée dans le collège, il y a trois ans, j’ai ressenti la nécessité de faire circuler l’information au-delà du CDI; ma première tentative a été d’éditer un bulletin "papier" : beaucoup de travail, un prix de revient assez conséquent en photocopies… Plus tard, j’ai décidé de créer un blog sur le site du web pédagogique1 : j'y tiens une revue de presse, je signale les nouveaux livres que nous recevons, les émissions de télé intéressantes pour les élèves, les expositions du CDI, etc. L’an dernier, j’avais aussi commencé à faire quelques liens sur internet, notamment vers des sites utiles pour préparer le diplôme national du brevet. J’ai alors entendu parler de Netvibes2 : c'est un "agrégateur", c’est-à-dire un site qui permet de créer une page de liens vers d’autres sites. C’est sur cet outil que je propose aujourd’hui une sélection – régulièrement actualisée et enrichie – de liens pertinents3, classés par disciplines ou par thèmes transversaux : une extension du CDI, un "CDI virtuel" en quelque

sorte. Mes sources d’information? Les indications de mes collègues, mais aussi les revues et sites professionnels, de documentalistes ou d’éducation… En faisant ce travail de veille adaptée aux besoins des collégiens et des professeurs, je suis tout à fait dans mon rôle de documentaliste : indiquer où trouver une information fiable et adaptée au niveau de chacun. Il y a tellement d’informations sur internet qu’une sélection de sites validés et pertinents facilite beaucoup les recherches. De la même manière que je n’achète pas tous les livres documentaires sur un même sujet, je fais le tri dans le fonds documentaire disponible sur internet. Les liens que je sélectionne y sont ciblés comme ceux du fonds "papier" du CDI. Pas question pour autant de conditionner les élèves, ni de leur imposer l’utilisation exclusive de ce portail – je donne d’ailleurs les liens vers plusieurs moteurs de recherche. » ----1 http://lewebpedagogique.com/cdirostblog 2 http://www.netvibes.com Netvibes (prononcer [nǝtvaibz]) est un service qui permet à l’utilisateur d’assembler sur une seule page l’ensemble de ses sources et services internet: sites et blogs préférés, e-mails, réseaux sociaux, etc. 3 http://www.netvibes.com/clgjrostandmdm


15 h 30, IDD "voyage en Espagne" de Vincenta Banos, professeur d’espagnol, et Frédéric Delahalle, professeur d'histoire et de géographie, avec des élèves de 4e

VOYAGE EN ESPAGNE «Avant les vacances, nous avait expliqué Vincenta Banos, nous sommes partis en voyage scolaire en Espagne, à Barcelone, avec quarante-huit élèves de 4e et quatre professeurs. Les élèves ont pris des notes, ils ont fait des photos, des vidéos… Maintenant, ils vont devoir rassembler leurs souvenirs pour réaliser un livre que nous mettrons sur le site du collège, et qu’ils pourront copier sur leurs ordinateurs pour le montrer à leurs parents. » Didapages. «Notre livre sera numérique, explique le professeur, en début de cours. Nous allons utiliser le logiciel Didapages1 que vous allez télécharger sur vos ordinateurs portables… » Pendant que chacun s’affaire, Vincenta Banos précise à notre intention : « Didapages est un logiciel très ludique ; il permet de créer simplement des livres multimédias et interactifs. Les élèves vont avoir l’impression de faire un vrai livre avec du texte et des images, mais c’est aussi de l’édition numérique avec la possibilité d’incorporer de la vidéo et du son. » Nous apprenons également que, chaque jour, pendant le voyage, deux reporters étaient désignés, avec mission de rédiger, au retour, le récit de chacune de ces journées mémorables… Dans la classe, les tandems se reforment

pour mettre en commun notes et souvenirs, tandis que l’autre moitié de la classe travaille sur les principaux centres d’intérêt du voyage : Ampurias et Tossa del Mar, Barcelone et Gaudí, "el pueblo espagnol y la ciudadella", le quartier gothique, la fondation Miró… Sans oublier la visite du Camp Nou, stade mythique de l’équipe de football du Barça, et celle du musée Dalí, à Figueres… « Chacun d’entre-vous va travailler sur une partie du livre, et la prochaine fois, nous ferons une mise en commun… » Les reporters ont sorti leurs notes… « Vers 10 heures, nous sommes allés à l’aquarium de Barcelone. C’est très grand, avec beaucoup de poissons : je me souviens des requins et des bassins qui représentaient la mer Méditerranée… » Tous parlent de la bonne ambiance du voyage. Antoine et Benoît étaient logés chez une dame un peu âgée: «Elle nous a fait goûter le pan con tomate, et aussi une tortilla de pâtes (?) et des beignets à la piperade… » Pour en savoir plus, rendezvous, dans quelques semaines, sur le site du collège2 ! ----1 http://www.fruitsdusavoir.org 2 http://webetab.ac-bordeaux.fr/Etablissement /CJRostandMtDeMarsan

15 h 30, cours de SVT de Daniel Castandet, avec une classe de 4e

SI JE VEUX, QUAND JE VEUX Dès les premières minutes du cours, chacun s’affaire à brancher son ordinateur portable: la routine… Daniel Castandet confirme : « Je suis arrivé au collège en même temps que les ordinateurs, à la rentrée 2002, et j’ai fait le pari de les utiliser systématiquement en cours. En début d’année, je montre à mes élèves comment organiser leur travail : un dossier pour chaque partie du programme, avec des sous-dossiers par chapitre. Et à l’intérieur de chaque chapitre, un dossier pour le cours, un autre pour les travaux et un troisième pour les documents. Je leur apprends à créer des liens entre les fichiers. Pour les élèves qui jouent le jeu – car c’est à eux de faire ce travail personnel –, il sera ainsi très facile de trouver le document qui correspond à ce qui est écrit. […] Mes élèves n’ont pas de livre à la maison: tous les manuels papier restent ici ! En revanche, comme je dispose d’un CD contenant les illustrations sous forme numérique, je construis la trame de mon cours avec Notebook et je la transmets à mes élèves, via le réseau. » Choisir le moment d’avoir un enfant. C’est le nom du fichier que chacun vient de télécharger sur son ordinateur. Les illustrations qui s’affichent sur les écrans sont celles du manuel, ouvert à la bonne page sur chaque table. La mission qui attend nos élèves va les conduire à explorer en détail le contenu du cours: il s’agit

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d’identifier, dans le livre, les renseignements nécessaires pour compléter les images, schémas et tableaux – muets –, du document informatique. « C’est une forme de travail qui leur est familière, nous explique Daniel Castandet. Pour chaque point à traiter, ils ont une action à faire : légender une image, remplir un tableau, etc. Ça ressemble beaucoup à ce qu’ils auraient étudié dans le livre, mais par ce détour, ils s’approprient le savoir.» Stérilet, préservatif, ou contraception d’urgence ? On compare les différentes méthodes, on en explique les fonctionnements, on évalue leur fiabilité… Ambiance de travail, calme et studieuse. La méthodologie ne semble poser de problème à personne. Le professeur passe de l’un à l’autre, encourage, répétant inlassablement ses conseils : « Réfléchis bien et respecte la consigne: qu’est-ce qu’on te demande? Lis jusqu’au bout tous les renseignements dont tu disposes dans le livre… » Quelqu’un donne sa langue au chat: «Monsieur, je ne trouve pas l’inconvénient du stérilet…» Notre professeur ne se laisse pas fléchir : « Tu veux aller trop vite: relis le texte, et sers-toi de ta tête…» Mise en commun. «Qui vient écrire les légendes de la première image ? » Voilà le tournant du cours : le centre d’intérêt va se déplacer de l’écran individuel à celui du tableau interactif, et la réflexion va devenir collective. Plusieurs doigts se lè-


10 h, cours de mathématiques de Laurence Devaux, avec une classe de 5e

PARALLÉLOGRAMME Trois générations de tableaux cohabitent dans cette salle de classe: le traditionnel tableau vert, à craie, un tableau blanc quadrillé et un tableau interactif. C’est au tableau interactif qu’Alice vient débuter l’activité du jour : « Comment s’appelle une figure géométrique qui a plusieurs côtés? – Un polygone. – Trois côtés ? – Un triangle. – Quatre côtés ? – Un quadrilatère…» Alice s’applique à tracer les deux diagonales du quadrilatère affiché au tableau, puis à repasser en rouge les deux côtés opposés. « Maintenant, annonce le professeur, nous allons étudier un quadrilatère bien particulier: le parallélogramme…» Sur le tableau vert, et à la craie, elle en écrit la définition : "le parallélogramme est un quadrilatère dont les côtés opposés sont parallèles". « Pour dessiner un parallélogramme, explique-t-elle, nous allons nous servir de cette définition : il faut donc tracer deux parallèles. De quels instruments avons-nous besoin ? – D’une équerre et d’une règle, répond Émile. » Depuis son ordinateur portable, le professeur lance une animation1 qui se déroule, en boucle, sur le tableau interactif : la figure se construit pas à pas, trace et retrace, positionne et repositionne règle et équerre… Le professeur effectue

vent… « Il n’y a qu’un seul "l" à pilule », fait-on remarquer à celui qui l’avait écrit comme "libellule"… Thomas, puis Pierric se chargent de légender une représentation schématique de l’implantation de l’embryon sur la paroi de l’utérus. Reste un tableau à compléter: le pourcentage de fiabilité du préservatif? 95 %, du stérilet ? 99 %, de la pilule ? 99 %. Dans les dernières minutes du cours, le professeur insiste sur une question de terminologie, moins innocente qu’il y paraît: «Ce que l’on appelle couramment "la pilule du lendemain" est en réalité une contraception d’urgence. Son avantage ? Elle permet de rattraper certains accidents, mais l’inconvénient, c’est qu’elle n’est fia-

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ble qu’à 80 %, et que son dosage en hormones est très fort… » Difficile ? « Nous avons la chance, en SVT, de traiter du concret et de choses que l’on rencontre dans la vie de tous les jours, commente pour nous Daniel Castandet. Je demande, par exemple, à mes élèves de 4e de faire un dossier d’actualité sur les séismes et le volcanisme, qu’ils doivent alimenter par ce qui se passe entre le mois de septembre et le mois de février. Car, et c’est une chose extraordinaire, nous avons aujourd’hui la possibilité de trouver des informations en temps réel, sur des phénomènes planétaires ! Je leur indique un certain nombre de sites sur lesquels ils peuvent suivre l’actualité sismique et volcanique, et je leur montre comment lancer une alerte, qui va leur permettre de recevoir un mail dès qu’un événement se produit : ils peuvent alors trouver des vidéos, des photographies, etc., directement en prise sur la réalité la plus concrète. […] Les notions que nous abordons sont fondamentales : ces éléments de culture scientifique permettent de prendre un peu de recul par rapport à l’actualité. J’attire ainsi l’attention de mes élèves sur les approximations que l’on peut entendre, voir ou lire dans la presse. Si je veux fournir une réponse scientifique aux questions qui se posent tous les jours, je suis obligé de faire référence à des notions parfois complexes: oui, c’est difficile, mais on peut difficilement faire autrement ! »

les mêmes opérations, sur le tableau à craie, en les commentant. Dans la classe, les élèves s’appliquent à reproduire le tracé sur leur cahier. Le professeur passe de l’un à l’autre pour s’assurer que chacun a bien compris. C’est maintenant Teïva qui vient au tableau. Trace deux droites qui se coupent en un point B. Pose son équerre le long de la première droite, trace une première parallèle… ne sait plus trop où poser sa règle… et finalement ne s’en sort pas trop mal ! « Nous allons maintenant passer aux propriétés. » La leçon se poursuit, et les élèves se succèdent au tableau pour dessiner les différentes constructions… On établit ainsi que deux angles consécutifs sont supplémentaires, c’est-à-dire que leur somme est égale à 180°. Reste encore à tracer les diagonales, et à remarquer qu’elles se coupent en leur milieu ! Le professeur utilise maintenant une règle et un compas… Driiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing ! « Nous reverrons tout cela jeudi. D’ici là, vous aurez appris cette leçon et vous aurez fait les exercices n° 3, p. 212, et n° 37, p. 215. » Finalement, le tableau blanc, quadrillé, n’aura pas servi aujourd’hui… ----1 http://instrumenpoche.sesamath.net


Ressources ludo-éducatives

LUDOVIA 2009 : RÉSEAUX ET COOPÉRATIONS Du 25 au 28 août prochain, se tiendra à Ax-les-Thermes, en plein cœur des Pyrénées ariégeoises, la sixième édition de Ludovia, université d’été du multimédia ludo-éducatif et pédagogique. Initié en 2004, par Ariège Expansion, agence de développement économique de l’Ariège, et le Conseil général de l’Ariège, cet événement a pour vocation la rencontre et l’échange entre quatre mondes qui ont rarement le temps ou l’occasion de se retrouver : l’industrie, la recherche, les collectivités locales et l’enseignement. Ludovia est devenu, en cinq ans, une université d’été appréciée et reconnue au plan national sur la thématique de l’e-éducation (usage des technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement), et des applications multimédias ludiques et pédagogiques. Pour sa sixième édition, Ludovia a choisi d’inviter la Catalogne, région d’excellence économique et fortement développée en matière d’éducation à distance et d’utilisation des Tice aussi bien dans le primaire, le secondaire que dans le supérieur. Ludovia poursuit également son exploration des problématiques posées par le multimédia dans les pratiques

ludo-éducatives et / ou pédagogiques. Après avoir abordé des questions telles que l’immersion (2006), la convivialité (2007) ou le "faire soi-même" (2008), l’édition 2009 traitera, au cours d’un colloque scientifique, de la thématique: Espace(s) et mémoire(s). ----« Dans l’Antiquité, peut-on lire dans le pré-programme, les orateurs avaient coutume de mémoriser les différentes parties de leur discours en faisant appel à la "méthode des lieux". Répétant leur discours, ils visitaient et revisitaient des édifices dont ils se souvenaient, en ayant associé une partie à chaque pièce. Ainsi, l’espace et la mémoire entretiennent-ils des relations étroites dans le traitement de l’information, relations observables dans les parcours scénarisés ludiques et pédagogiques. [Aujourd’hui], le monde numérique nous confronte à de nouvelles représentations de l’espace (modélisations, simulation, virtualité) qui dématérialisent le monde physique, le réagencent et conduisent à établir de nouvelles relations au réel et à l’imaginaire… – Comment vivre et s’orienter dans ces nouveaux espaces ? –

En quoi le rapport au réel s’en trouve-til changé ? – Assiste-t-on à un déplacement des frontières virtuel / réel ? – Sur quels modèles de connaissance se construisent les espaces numériques ? – Quelle est la part de l’individuel et du collectif ? – Les rapports au temps et à l’histoire sont-ils modifiés? – Quelle est la relation entre la mise en espace et sa perception par l’utilisateur ? – En quoi cette spatialisation joue-t-elle un rôle dans le processus de mémorisation? – La mémorisation s’en trouve-t-elle renforcée ou affaiblie ? – Est-ce une aide, un support, une délégation ? – Etc. » ----Ludovia 2009 se tiendra sur quatre jours, et non trois comme les éditions précédentes. Trois jours sont consacrés aux réseaux et coopérations entre collectivités, État et éditeurs de solutions pour l’e-éducation. Chaque journée sera ponctuée en soirée de BarCamps (ateliers participatifs) organisés par les partenaires de Ludovia (les réseaux sociaux dans l’éducation, iTunes, le Podcast…) ----Renseignements et inscriptions : http://www.ludovia.org

LES MOMENTS FORTS DE LUDOVIA 2009 – Mardi 25 août: début des travaux de la 5e édition du colloque scientifique « Espace(s) et mémoire(s) » : une trentaine de communications scientifiques sont attendues. Cette première journée permettra également au groupe ENT national piloté par la Caisse des dépôts et le ministère de l’Éducation nationale, et à d’autres réseaux (CNDP, ADF…) de se retrouver pour des réunions de travail annuelles (projets en cours, perspectives et prospectives…) – Mercredi 26 août: journée inaugurale avec notamment une table ronde sur « La nature des partenariats entre l’État et les collectivités locales dans le domaine de l’éducation numérique », avec une forte participation des établissements de Midi-Pyrénées en phase de généralisation de l’ENT dans le secondaire. – Jeudi 27 août : invitation de l’inspecteur d’académie et du président du Conseil général de l’Ariège, adressée à plus de 150 directeurs d’écoles primaires, maires et conseillers municipaux en charge des affaires scolaires. – Vendredi 28 août: Ludovia mettra l’accent sur l’utilisation des jeux vidéo et des applications multimédias dans le domaine de la santé et du vieillissement.

UN COLLÉGIEN, UN ORDINATEUR PORTABLE… Si l’on en croit le diagnostic de l’Agence Aquitaine Europe Communication, les collèges landais sont les plus informatisés de la région, avec 3,2 élèves par ordinateur. C’est naturellement un des effets de l’opération “un collégien, un ordinateur portable”, menée depuis 2001 par le Conseil général, qui conduit au prêt d’un ordinateur à tous les collégiens de 3e et 4e et à tous les enseignants. En parallèle, le Conseil général a également câblé toutes les salles et développé les équipements collectifs des collèges (ordinateurs fixes, vidéoprojecteurs, tableaux interactifs, etc.). Il s’est aussi attaché à la mise à disposition des ressources éducatives (logiciels, ressources pédagogiques, manuels numériques, abonnements à des banques de vidéos France 5 et INA…), à nouer des partenariats avec les enseignants et les instances académiques afin de promouvoir la formation et l’utilisation des outils informatiques dans l’enseignement. Enfin, il assure le soutien technique dans les collèges en finançant l’embauche par les collèges de la moitié des assistants d’éducation. Près de 32 000 élèves ont bénéficié de cette opération depuis septembre 2001.

EN CONNEXION #16 une publication du Conseil général des Landes 23, rue Victor Hugo 40025 Mont-de-Marsan Cedex Tél. : 05 58 05 41 13 www.landes.org www.landesinteractives.net Contact : enconnexion@cg40.fr Directeur de publication : le président du Conseil général Rédacteur en chef : Pierre-Louis Ghavam Design éditorial, reportages, enquête visuelle : presse papier Marie Bruneau, Bertrand Genier Photographie de couverture : Vincent Monthiers Relecture : Hélène Baron Impression : BM / F-33610 ZI Canéjan Dépôt légal : 2e trimestre 2009 Ce document est imprimé dans une imprimerie Imprim’vert avec des encres végétales sur du papier Cyclus Print 100 % recyclé à partir de fibres issues de la collecte sélective (invendus, déchets d’impression, etc.) et blanchi sans utilisation de chlore, lui-même biodégradable et recyclable.

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EnConnexion#16 - mai 2009  

La revue EnConnexion#16, journal de l'operation "un collegien, un ordinateur portable", paru en mai 2009 à l'initiative du Conseil general d...

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La revue EnConnexion#16, journal de l'operation "un collegien, un ordinateur portable", paru en mai 2009 à l'initiative du Conseil general d...

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