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Dossier de presse

Bertrand Betsch Le Temps qu’il faut


Dossier de presse BIOGRAPHIE ................................................................................................................................................................  3   NEXT-­‐LIBERATION  ....................................................................................................................................................  4   IDOLESMAG.COM  .......................................................................................................................................................  4   FRANCOFANS  ...............................................................................................................................................................  5   LA  DEPECHE  DU  MIDI  ...............................................................................................................................................  5   BUB  LE  SOUS-­‐SOL  MEDIATIQUE  (CRITIQUE)  ....................................................................................................  6   FRANCE  INTER,    ENCORE  UN  MATIN  ...................................................................................................................  6   BUB  LE  SOUS-­‐SOL  MEDIATIQUE  (INTERVIEW)  ................................................................................................  7   PAPERBLOG  ..............................................................................................................................................................  11   OUT  SIDERS  ..............................................................................................................................................................  12   LE  FIGARO  .................................................................................................................................................................  13   TELERAMA  N°  3224  ...............................................................................................................................................  13   BIBA  ............................................................................................................................................................................  13   LES  INROCKS  ............................................................................................................................................................  15   MAGIC  .........................................................................................................................................................................  15   POPNEWS  ..................................................................................................................................................................  15   FROGGY  DELIGHT’S  (INTERVIEW)  ....................................................................................................................  16   FROGGY  DELIGHT’S  (CRITIQUES)  .....................................................................................................................  27   PARTENAIRES  ..........................................................................................................................................................  32   CONCERTS  .................................................................................................................................................................  32  

Management : Baptiste Lusson : lusson.diffusion@gmail.com

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Biographie Bertrand Betsch naît le 12 septembre 1970 à Draveil (91). 1985. Apprend les rudiments de la musique en l’espace de quelques mois et commence à jouer dans divers groupes (au chant, aux claviers, à la guitare et à la basse). 1990. Lassé par les processus laborieux de groupes, il fait l’acquisition d’un magnétophone 4 pistes et commence à enregistrer seul dans sa chambre. 1994. Obtient une Maîtrise de Lettres Modernes à l’université Paris III Sorbonne-Nouvelle. 1995. Envoie une cassette démo au label Lithium. Vincent Chauvier, directeur du label, le rappelle dans la foulée. 1996. Signe son premier contrat discographique. Enregistre son premier album. 1997. Parution de son premier album, « La Soupe à la grimace ». Son univers est d’ors et déjà bien affirmé. Ecriture lettrée finement ciselée, sourde mélancolie et mélodies entêtantes. Bien reçu par la critique et un public amateur de chanson à texte, cet album jamais réédité deviendra au fil du temps l’objet d’un culte grandissant. S’ensuit une tournée au long cours (France, Belgique, Suisse, Espagne).

2001. Parution d’un deuxième album, toujours chez Lithium, intitulé « BB Sides ». Composé de reprises, d’instrumentaux, de poèmes mis en musique et de chansons originales, cet opus très rugueux et personnel dénote dans le paysage de la chanson française. Certains n’hésiteront pas à le qualifier d’ « OMNI » (objet musical non identifié). Tournée en France, Belgique et Espagne. 2004. Signe chez Labels/Virgin/EMI. Sortie de l’album « Pas de bras pas de chocolat ». Vivement salué par la critique, c’est l’album d’une forme, sinon de consécration, du moins d’une reconnaissance certaine. La palette musicale s’élargit en insufflant des accents cajun, reggae, folk, pop, jazz, heavy aux chansons. Le single « Pas de bras pas de chocolat » devient un mini-tube. Tournée en France et en Belgique qui passera notamment par les Nuits du Botanique et les Francofolies de La Rochelle. 2005. Bertrand Betsch participe au Prix Constantin présidé cette année-là par Alain Bashung. 2006. Quitte Labels pour signer chez PIAS France. 2007. Sortie de son quatrième album, « La Chaleur humaine » qui privilégie le thème de l’amour et de l’amitié sur des compositions qui privilégient l’émotion. « Les vents contraires » (deuxième single) devient une sorte d’hymne pour une fraction de personnes qui se battent pour exister en tant qu’artistes et diffuseurs de musique en France dans ces temps troublés par la crise économique et morale. Sortie d’un premier livre, « La Tristesse durera toujours » aux éditions de La machine à cailloux, traitant du processus de création et des arcanes du métier d’auteur-compositeur-interprète. 2007-2008. Tournée en France. 2008. Publication d’un roman aux éditions Mic-Mac, intitulé « Elle dit ». Quitte PIAS suite à des différents artistiques. 2009. S’enferme dans son laboratoire pour composer en compagnie de sa compagne du moment, Nathalie Guilmot, des dizaines de chansons. 2010. Fait la rencontre de Baptiste Lusson qui devient son manager et avec lequel il crée un label : 3H50. Site officiel : www.bertrandbetsch.fr Facebook : www.facebook.com/home.php?#!/bbetsch Myspace : www.myspace.com/bbetsch

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Next-­‐Libération Françoise Marie Santucci 8 février 2011 Ce type est fichtrement doué, irrémédiablement pas d’accord, tête de bois et âge plus si tendre : souvent défendu par ici, Bertrand Betsch arrive à une époque où faire des chansons d’auteur sans complaire aux bobos ni tomber dans la facilité, pour survivre, est devenu compliqué. Le voilà avec un nouveau et bel album, Je vais au silence, à télécharger (et payer, merci pour lui, du montant qu’on veut) sur son site (I.bertrandbetsch.fr), et sur iTunes. Il va sans dire que l’animal n’a plus de maison de disques depuis longtemps, après avoir fait partie de la mythique écurie Lithium. Mais c’était un autre siècle. Entre Manset et Dutronc, Betsch au souffle frêle réinscrit ses initiales BB.

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Idolesmag.com 28 septembre 2011

Bertrand Betsch, Le temps qu’il faut Le cinquième album de Bertrand Betsch, « Le temps qu’il faut », sera dans les bacs le 10 octobre prochain. Parcours atypique, artiste authentique et mélancolique, Bertrand Betsch a tout pour nous plaire. C’est à la fin des années 90 (en 1997) qu’il sort son premier album, « La soupe à la grimace ». L’album reçoit un bel accueil, Bertrand entame une longue tournée à l’issue de laquelle il perd sa voix. Il revient sur le devant de la scène en 2001 là où on ne l’attendait pas : « BBsides » est un album audacieux mêlant reprises, instrumentaux et titres originaux. Son troisième album, « Pas de bras, pas de chocolat » sort en 2004 est à nouveau salué par la critique. La chanson titre reçoit un bel accueil en radio. Bertrand repart sur les routes et participe en 2005 au prix Constantin (présidé par Bashung). L’année d’après, il enregistre son quatrième album, « la Chaleur Humaine », qui sortira en 2007. La même année, il sort son premier essai, « La Tristesse durera toujours » aux éditions La machine à cailloux, dans lequel il analyse son parcours et son processus créatif. 2008, il publie son premier roman, « Elle dit » aux éditions MiC MaC. 2009 marque un tournant dans sa carrière, il décide d’arrêter sa carrière. Il reprend alors un job d’intérim dans la grande distribution du livre. Et puis, en 2010, il rencontre Baptiste Lusson, qui deviendra rapidement son manager. Ensemble, ils montent le label 03h50 sur lequel il sortira deux albums, en digital uniquement, composés d’inédits enregistrés entre 2003 et 2010 pour le premier (« Je vais au silence »), et pendant l’été 96 pour le second (« Inédits de la Soupe à la Grimace »). Bertrand reprend le chemin de la scène et retrouve le goût de l’écriture et de la composition (l’avait-il seulement perdu ?), il pense à son prochain album, « Le Temps qu’il faut »… 2011. « Le Temps qu’il faut » est là. Un album de 14 titres à fleur de peau qu’il a enregistré avec la complicité de Nathalie Guilmot. La thématique du temps qui passe, de celui qui nous est compté est présente tout au long de celui-ci. Il est également question de souvenirs (« Se souvenir des belles choses ») et d’avenir (« L’Avenir est devant »). Il faut aussi garder l’espoir (« Comme le monde va »). C’est « Le soir », en forme de requiem, qui clôt cet opus mélancolique et nostalgique, mais profondément vivant. La voix délicate de Bertrand et son phrasé très personnel y sont pour beaucoup. Bertrand Betsch incarne la mélancolie mieux que quiconque, il le sait, il en joue, il en chante. Il nous propose ici un très bel album qui ne fera certainement pas danser sur les places de villages, vous l’aurez compris, mais qui restera dans les mémoires, comme le temps qui passe, qui laisse des traces. Magnifique ! Bertrand Betsch jouera avec ses sentiments (et les nôtres) sur la scène du théâtre de la Reine Blanche (Paris 18) le 26 octobre prochain, à Liège (BE) le 27, à Bruxelles (BE) du 28 au 30 octobre et à Toulouse (31) le 8 décembre. Notez qu’il participe à la très belle initiative des concerts en appartement. Plus d’infos sur son site (http://www.bertrandbetsch.fr)

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Francofans Franck Dufil octobre-novembre 2011

Bertrand Betsch Le Temps qu’il faut Après une pause littéraire avec l’écriture de deux romans, Bertrand Betsch revient à la musique pour nous parler du temps. Non pas de la météo mais du temps qui se compte et qui parfois nous manque. Les textes et le chant sont partagés avec Nathalie Guilmot, fidèle complice de Bertrand que ce soit sur scène ou en studio. A eux deux ils racontent le temps qui avance et les inquiétudes qui grandissent. Ils nous font part de leurs préoccupations sur la tournure inquiétante que prend le monde. Les mots sont simples et le ton et mélancolique. Comme un bilan sur la vie, ils nous montrent un côté sombre et laissent «glisser le drap noir», cherchant seulement à «se souvenir des belles choses et jeter le reste». L’avenir est devant et tout n’est pas perdu. Avec Le Temps qu’il faut Bertrand Betsch signe un album sensible et émouvant.

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La Dépêche  du  midi   Yves Gabey 8 octobre 2011

Bertrand Betsch, un Toulousain rare et précieux Bertrand Betsch est l'un des chanteurs les plus talentueux et attachants de la scène française. Son nouveau disque « Le temps qu'il faut », qui sort lundi, est un nouveau sommet d'émotion et de pudeur retenues. Bertrand Betsch sera ce soir en concert. Etes-vous du genre « doux-amer » ? Autant j'aime rigoler dans la vie, autant en musique, et plus généralement dans l'expression artistique, j'aime la mélancolie. J'aborde les sujets fondamentaux : la vie, la mort, l'amour, la naissance, les enjeux de l'existence… Je suis athée et n'ai donc pas d'illusion sur l'existence. Comme la vie n'a pas de sens, il faut donner un sens à sa vie. Faire des chansons, c'est pour moi donner du sens à quelque chose qui n'en a pas. L'album traite du temps, de l'enfance… Chaque chanson aborde sous un angle différent le thème du temps, un concept philosophique qui me fascine. Je suis au mitan de ma vie, une horloge tourne, un sablier coule, et il y a chez moi une telle envie aiguë de bâtir une œuvre, de laisser quelque chose. Vous vivez depuis un an à Toulouse… Oui, j'y suis très bien. Quand tu viens de Bruxelles, le climat est plus confortable ! Je trouve la campagne magnifique, le Lauragais. Il y a une douceur et une qualité de vie que je n'avais jamais connues. J'ai vécu à Paris ou Bruxelles mais l'harmonie, c'est ici que je l'ai trouvée.

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BUB le  sous-­‐sol  médiatique  (critique)   Billy 7 octobre 2011

Bertrand Betsch / le temps qu’il faut + Zola Jesus / conatus Il semblerait que Le Temps qu’il Faut à Bertrand Betsch est celui qui a cruellement manqué à Nika Roza Danilova aka Zola Jesus dans la réalisation de son Conatus. Car quand le dernier album du français respire la contemplation, la sagesse, celui de la Russo-américaine sent l’empressement. On n’ose pas dire la précipitation… Le temps qu’il faut, pour Bertrand Betsch, ce sont ces six ans de silence après La Chaleur Humaine (2006), des années à se demander s’il allait arrêter de faire de la musique, des années passées à « se souvenir des belles choses », à observer « les figurants » que nous sommes, à écouter « la voix du vent ». Le Temps qu’il Faut, c’est le refus en musique de toujours aller plus vite, recevoir plus vite, réussir plus vite. Comme une ode à la dilatation des minutes, celles qu’on ne prend plus parce qu’elles sont de plus en plus comptées, compressées, contraintes. Paradoxalement, les mélodies de Bertrand Betsch sont, elles, toujours aussi immédiates, et ses textes prennent toujours le chemin le plus court. Une guitare acoustique, quelques notes de piano, un orgue de chambre, quelques discrètes percussions, c’est tout. Des phrases simples, deux voix sensuelles (Bertrand Betsch est accompagné de Nathalie Guilmot) à la limite de la justesse mais toujours dans la sincérité, c’est tout. Mais c’est ainsi que la puissance du message apparaît au grand jour, aussi direct qu’un uppercut. Il réveille une évidence qui s’était endormie : on ne prend plus le temps. C’est suffisant pour nous convaincre que Bertrand Betsch a réussi un gros coup. Ce minimalisme betschien, Nika Roza Danilova semblait le porter en elle lorsqu’elle accouchait il y a tout juste un an de Stridulum II, disque aux synthétiseurs glaciaux, aux rythmes martiaux. Un autre style donc, une autre voix (la jeune Danilova chante comme une diva décomplexée) mais, semblait-il une même recherche de la simplicité. Douze petits mois et la voilà qui revient déjà, parce que, elle, contrairement à Betsch, a tout à prouver. Douze petits mois et déjà métamorphosée, comme si cette année de gestation accélérée avait compté pour dix. Etonnamment, Conatus ressemble plus à un disque de vieux briscard qui cherche à (se) montrer qu’il est capable de se renouveler, plutôt qu’à un nouvel élan. Danilova s’est enfermée dans une complexification inutile, avec des structures de chansons qui ressemblent souvent à des labyrinthes sonores dans lesquels on se perd rapidement… sans volonté de trouver la sortie. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Ainsi les boîtes à rythmes primitives et jouissives ont laissé la place à des beats chichiteux, surproduits, le chant puissant et chaud s’est éteint, dispersé, la conviction a disparu. Les mélodies, avant frontales, contournent désormais l’essentiel. Et voilà que les chansons, sans être forcément très longues, s’étirent, s’étirent, et que l’album devient interminable. On ne change pas en un an. On a beau avoir la fougue, l’envie débordante de la petite vingtaine, il faut prendre le temps. Le temps de composer, de se retourner sur ce que l’on a fait. « Le temps de bâtir, puis de démolir, tout reconstruire et à nouveau détruire ». C’est Bertrand Betsch qui le dit, et on le croit !

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France Inter,    Encore  un  matin   Didier Varrod 12 octobre 2011 Le nouveau disque de Bertrand Betsch s’intitule « Le temps qu’il faut ». C’est le quatrième album d’un artiste qui revient de loin, puisqu’après ce qu’il convient de nommer un vrai « succès d’estime », cet auteurcompositeur-interprète a failli raccrocher lorsque la quarantaine a sonné.

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Bertrand Betsch avec sa voix de guingois boit désormais le lait de la tendresse humaine. C’est donc une renaissance pour cet artiste doué qui n’a pas cessé d’alterner les disques avec les aides sociales, le RMI, une petite SACEM et le retour dans le monde du travail en 2010 où Bertrand Betsch, pense alors arrêter sa carrière, découragé de ne pas rencontrer son public. Il effectue un an d’intérim dans un entrepôt de la grande distribution du livre en tant qu’ouvrier non qualifié. Ce retour dans le monde du travail lui a donné semble t’il le ressort nécessaire pour retrouver le gout d’écrire et de chanter avec son amoureuse Nathalie Guilmot. Extrait de « L’avenir est devant » Bertrand Betsch est un garçon qui a beaucoup souffert de sa réputation de looser magnifique. Son pessimisme pathologique, cette définition personnelle de « mauvais vivant » ne l’ont pas épargné. Mais Betsch est semble t’il revenu à son petit Sartre illustré. L’existence précède l’essence. Il est donc maitre de sa vie et responsable de son bonheur comme de son malheur. Alors Bertrand Betsch écrit des livres, des romans, nourrit son blog, reprend le chemin des studios pour sortir du silence, lui qui pour se remettre en selle avait offert un album de 12titres inédits intitulé « je vais au silence ». Désormais Bertrand Betsch se retrouve parce qu’il assume enfin sa mémoire d’enfance et les souvenirs qu’il ramasse à la pelle. Extrait de « Les sables mouvants » Chant qui traine, lancinant, entre Souchon et Marchet, souvent fragile, on ne peut pas oublier que Bertrand Betsch a failli perdre sa voix. Il est un chanteur surtout porteur d’une écriture précise, ciselée, plutôt féminine, débarrassé de tous les oripeaux de la puissance virile. L’homme fragile regarde à la fenêtre le temps qu’il passe et semble serein. Extrait de « Avance encore » Bertand Betsch chantait dans une de ses premières chansons «Je suis peut-être un raté, mais ce ratage est réussi.» A l’écoute de ce disque on peut dire que c’est toujours vrai.

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BUB le  sous-­‐sol  médiatique  (Interview)   Billy 12 octobre 2011 A l’occasion de la sortie du très beau Le Temps qu’il Faut paru le 10 octobre 2011 sur 3H50, Bertrand Betsch a bien voulu répondre à nos questions. 1.

Cinq ans depuis La Chaleur Humaine, c’est long non ? Qu’est-ce que vous avez fait pendant tout ce temps ?

La chaleur humaine est sorti en 2007. Cela fait donc quatre ans. Est-ce que c’est long ? Oui. Interminable. Cela étant dit je commence à avoir l’habitude. Sortir chacun de mes albums a toujours été un chemin de croix. Par exemple il s’est passé sept ans entre le moment où j’ai commencé à enregistrer l’album Pas de Bras pas de Chocolat (2004) et sa sortie chez EMI. Début 2008 j’ai présenté à PIAS (chez qui j’étais pour La Chaleur Humaine) le projet terminé de l’album Le temps qu’il faut. Le projet n’a pas eu l’heur de leur plaire et ils m’ont rendu mon contrat qui courait sur quatre albums. Le patron de PIAS France qui m’a viré (sans bien sûr me le dire en face) a été remercié par la suite. Comme quoi il y a parfois une justice. Je me suis donc retrouvé sans label. Mon éditeur de l’époque (Stricly Confidential) a fait le tour des maisons de disques et toutes nous ont opposé une fin de non-recevoir. L’année 2008 a été pour moi une annus horribilis. Je me sentais lâché de toute part. Plein de gens m’on tourné le dos. J’ai plongé dans la déprime et n’ai plus touché un instrument pendant des mois. Je vivais alors à Bruxelles, ville anxiogène au possible au sein de laquelle je ne connaissais quasiment personne. En janvier 2009 je me suis remis au travail et ai écrit et enregistré des dizaines de chansons (certaines en collaboration avec

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Nathalie Guilmot), lesquelles paraîtront j’espère dans les années à venir. En octobre 2009 je me suis retrouvé sans un sou. Je suis donc rentré chez mes parents en banlieue parisienne, me suis inscrit dans une boîte d’intérim. Le lendemain je commençais une « mission » dans une entreprise de la grande distribution du livre sans savoir que celle-ci allait durer un an. Au delà de la pénibilité du travail, j’ai côtoyé « la France d’en bas », ces gens qui vivent avec le SMIC, ces gens dont l’humilité, le courage et la belle camaraderie ont remis sérieusement en question ma misanthropie. A l’été 2010 un certain Baptiste Lusson me contacte pour me dire qu’il aimerait travailler avec moi. Il commence par me faire un site tout beau tout neuf (bertrandbetsch.fr). Puis il se propose de devenir mon manager. Enfin, en septembre, nous prenons la décision de fonder notre propre label (3H50) dont nous serons co-actionnaires et dont Baptiste assurera la gérance. Baptiste ne tarde pas à me demander des inédits pour alimenter le site. Je lui envoie douze morceaux qui traînaient dans mes stocks. Il en fait illico presto un album intitulé Je Vais au Silence (2010), lequel sera la première référence du label et ne sera disponible que sur le net. A noter que l’album ressort ces jours-ci, masterisé et avec une nouvelle pochette signée Stéphane Merveille. Puis je remets la main par hasard sur des inédits issus des séances d’enregistrement de La Soupe à la Grimace (1997) et nous les publions à nouveau sur le site (cette fois-ci en téléchargement gratuit) avec une pochette signée aussi Stéphane Merveille, photographe au talent immense et avec lequel je développe une collaboration au long cours. Ensuite nous repartons sur le projet Le Temps qu’il Faut. Benoit Destriau (mon fidèle ingé son scène) finalise les mix puis nous masterisons l’album. Enfin Baptiste décroche un contrat de distribution avec MVS Anticraft et la date du 10 octobre 2011 est posée pour la sortie de l’album. Baptiste Lusson est clairement à l’origine de ma renaissance. C’est lui qui m’a remis en selle. Je lui suis infiniment redevable. 2.

Etes-vous nostalgique de cette époque où le succès vous ouvrait les bras, avec l’album Pas de Bras, pas de Chocolat ou vous vous sentez-vous mieux dans cette petite structure ?

C’était chouette au sens où j’avais une vraie visibilité médiatique grâce à EMI. L’accueil fut très bon. J’ai été sélectionné pour le prix Constantin, j’ai fait les Franco de La Rochelle, Les nuits du Botanique et d’autres choses plus ou moins prestigieuses. J’avais le sentiment d’exister enfin dans le milieu. Tout le monde me disait que j’allais exploser mais finalement, malgré le mini-tube « Pas de Bras, pas de Chocolat », l’album n’a pas très bien marché. Aujourd’hui j’ai la chance de sortir ce que je veux et à peu près quand je veux. Il y a cependant le revers de la médaille. N’étant pas sur une grosse structure et ne pouvant financer de la promotion et se payer un gros attaché de presse, nous nous trouvons confronté à l’indifférence des médias traditionnels et un silence assez assourdissant provenant y compris de gens et de médias qui m’ont jusqu’alors toujours soutenu. 3.

3H50 aura-t-il vertu de découvrir de nouveaux talents ou est-ce réservé à Bertrand Betsch ?

La priorité du label est de publier mon travail. Mais nous avons aussi envie de développer la structure et d’accueillir d’autres artistes. Je travaille en ce moment avec un artiste (Jérémie Kiefer) que je produis et dont nous sortirons sans doute l’album l’année prochaine. Pour être honnête le rôle de DA (directeur artistique, NdlA) me plaît beaucoup et j’aimerais avoir les moyens de travailler avec plus d’artistes. Beaucoup de projets non signés m’intéressent. Mais il y a d’un côté nos envies et de l’autre le principe de réalité, à savoir que les caisses du label sont vides. Le but reste de développer au maximum la structure, laquelle comporte à présent un pôle production, un pôle management et un pôle édition. 4.

Parlons maintenant du contenu de votre nouvel album, Le Temps qu’il Faut. Est-ce qu’on peut parler de concept album sur le temps et l’usage que l’on en fait ?

Oui tout à fait. Le thème du temps est le fil rouge qui relie les chansons entre elles. Le temps qui passe, le temps d’aimer, de vivre, de mourir. Le temps qui nous reste, le temps perdu, le temps advenu puis révolu. Le concept philosophique du temps me fascine et me questionne. Le passé, à mes yeux, n’existe pas. Il est insaisissable, immatériel, évanescent. Comme dirait Manset : « Rien ne reste, rien ne demeure ». Le passé sème le doute. Est-on sûr que ce qui s’est passé a réellement eu lieu ? Ne fantasmons-nous pas le passé ? N’est-il pas une fabrique ? Un lieu du cerveau dans lequel nous disposons comme bon nous semble le fruit de nos expériences. Que reste-t-il du passé ? Rien. Tout ce que l’on portait en nous est réinvesti dans le présent. Il en va ainsi par exemple des prétendues amours mortes. Ma vision des choses est que l’amour ne meurt pas. Seul l’objet d’amour change. On aime qu’une fois, toute sa vie. L’être aimé n’est pas « l’amour ». Il est le réceptacle de notre amour. Quant au présent, c’est une chose particulièrement friable et

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fragile. Il est insaisissable. Il est un point mouvant. Chaque minute, chaque seconde meure pour laisser place à la suivante. Le présent court à toute allure le long d’une ligne sur laquelle nous nous tenons dans un équilibre précaire. Je dis une chose, je fais une chose, je dis cela, je pose cet acte, je fais ce geste, et déjà, ce mot, cette chose, ce geste, cet acte appartient au passé. Le temps est une fuite en avant perpétuelle. Pour ce qui est du futur, n’étant pas advenu, il est totalement fictif. Il n’existe pas non plus. Il n’est que chimère. Lui aussi est purement fantasmatique et parfaitement insaisissable. Plus l’on creuse le concept du temps, plus il s’avère que celui-ci n’est pas accessible par la pensée et la parole… Dès lors, pour moi, faire des disques n’est rien d’autre qu’une façon de fabriquer des choses destinées à matérialiser le temps. L’art c’est l’effet trace. Produire quelque chose qui peut-être nous survivra et qui donnera une réalité à notre passage sur terre. C’est faire en sorte de conjurer le caractère évanescent du temps en lui opposant quelque chose de durable. C’est semer des petits cailloux pour dire « voilà je suis passé par là, qui m’aime me suive … » 5.

Aujourd’hui les gens vivent souvent à cent à l’heure, font trois choses en même temps, regardent la télévision pendant qu’ils mangent et répondent à leurs emails, vont sur des sites de rencontre plutôt que d’attendre la rencontre… Tout semble destiné à optimiser le temps. On a l’impression que Le Temps qu’il Faut est une vive réaction à cet état de fait. Vous confirmez ?

Oui, on peut dire ça. Ecrire ou écouter une chanson est un acte contemplatif. C’est créer une durée, poser un jalon. C’est prendre le temps de vivre. Personnellement j’ai besoin de faire quelque chose de concret chaque jour de ma vie. Ecrire, composer, jouer, chanter, enregistrer, créer. Pour autant je ne suis pas dans cette sorte de fébrilité insupportable que l’on rencontre dans les grandes villes. J’ai vécu longtemps dans des capitales (Paris, Bruxelles). Aujourd’hui je vis à la campagne dans le sud-ouest, au rythme des saisons, et l’expression « qualité de vie » a enfin un sens pour moi. Je prends mon temps sans avoir le sentiment de le perdre. Bref, je me sens exister. 6.

Comment composez-vous ? Les paroles viennent-elles avant la musique ou est-ce l’inverse ? Ou alors réunissez-vous des éléments qui ont été créés à part ?

De temps en temps une phrase se met à trotter dans ma tête. Je l’y laisse faire son chemin et un jour je prends mon cahier et je laisse venir la suite. Je crois beaucoup en l’inspiration et très peu dans le labeur. Pour ce qui est de la musique cela vient tout seul. Je peux composer sur commande. Ensuite a lieu la rencontre entre la musique et le texte. C’est l’étape que je préfère car c’est quelque chose d’un peu magique. Je ne développerai pas plus car je me suis largement expliqué là-dessus dans mon livre La tristesse durera toujours, paru aux éditions La machine à cailloux. 7.

Nathalie Guilmot, que l’on entendait déjà sur La Chaleur Humaine (2007), est ici encore plus présente. Vous pouvez nous en dire plus sur votre association ? Quel rôle joue-t-elle dans la composition ?

Nathalie a toujours voulu chanter. Me rencontrer lui a permis de développer ses ambitions. On s’est mis naturellement à écrire des textes ensemble suivant la méthode ping-pong. Puis des idées mélodiques lui sont venues. C’est ainsi que « Avance encore » est née. Elle m’a chanté le refrain. J’ai pris ma guitare. J’ai plaqué des accords dessus. Puis nous avons écrit des couplets et j’ai finalisé le tout. 8.

Je me trompe ou en entend un riff de métal sur « Un Peu de Bruit » ? Vos influences vont-elles jusquelà ?

Je n’ai pas d’influences particulières. Tout m’intéresse dans la musique. Et même si je n’écoute quasiment pas de rock car c’est un genre que je trouve trop balisé, il m’arrive d’emprunter des éléments propres au rock comme les guitares saturées. D’une manière générale je ne m’interdis rien. En quinze ans de carrière je suis d’ailleurs allé un peu dans toutes les directions (avec notamment une parenthèse hardcore il y a dix ans). Mais ne publiant pas le quart de ce que je fais, il y a forcément des pans entiers de mon travail qui restent encore dans l’ombre. 9.

Justement, tant dans le timbre de la voix que dans l’instrumentation, la façon d’écrire ou les mélodies, vous me paraissez unique dans le paysage de la chanson française. Serait-ce indiscret de vous demander quelles sont vos influences ou serait-ce déterrer un pot-aux-roses ?

C’est la question qui revient le plus souvent dans les interviews et c’est la plus difficile. Je ne me reconnais pas d’influences directes. Pour être honnête j’ai toujours du mal à faire le lien entre ce que j’écoute et ce que je fais. J’ai la prétention d’avoir mon style (lequel évolue au fil du temps). Après on aime ou on n’aime pas, c’est une autre histoire.

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Je sais juste que personne d’autre que moi ne peut faire ce que je fais, quelle qu’en soit la valeur. Cela étant dit il y a quelques figures de la chanson que je considère comme des maîtres tels que Gérard Manset ou Leonard Cohen.

10. Il y a quinze ans vous faisiez partie de la « nouvelle scène française ». Que pensez-vous de l’actuelle ? Il y a quinze ans il n’y avait pas vraiment de nouvelle scène française. Il y avait Miossec et Dominique A et c’est à peu près tout. Le terrain était pour ainsi dire en friche. (Rendons grâce d’ailleurs à ces deux-là pour avoir ouvert la brèche à des tas d’artistes.) Les années 2000 ont en revanche vu naître un vivier de nouveaux talents tel que la France n’en a encore jamais connu. J’ai vraiment le sentiment que nous vivons l’âge d’or de la chanson française. Difficile de citer tous les artistes que je trouve remarquables : Florent Marchet, Arman Mélies, Bertrand Belin, Cyrz, Mansfield Tya, La maison Tellier, Biolay, j’en passe et des meilleurs, sans parler de tous les artistes non-signés tels que Thomas Aussenac ou Trois Minutes sur Mer. Je me souviens que dans les années 90, Vincent de Lithium avait un mal fou à dégotter des artistes prometteurs. Aujourd’hui il y a énormément de talents mais plus de structures pour les accueillir. C’est une situation paradoxale et qui m’attriste beaucoup. 11. BUB parle de musique mais aussi de cinéma. Or deux de vos nouveaux titres, « Se Souvenir des Belles Choses » et « Tout est Pardonné » sont aussi des films français*. Est-ce un hasard, ou les avez-vous vus (et aimés) ? Y-a-t-il une connexion entre ces films et vos chansons ? Les titres de films, de disques et de livres sont une de mes grandes sources d’inspiration. J’ai écrit « Se Souvenir des Belles Choses » en 2007. Je trouve cette locution magnifique et inspirante. Mais ce n’est que très récemment que j’ai vu le film de Breitman (beau petit film humaniste sans grande prétention). « Tout est Pardonné » est aussi un titre magique. Le film l’est beaucoup moins. C’est même l’un des films d’auteur les plus médiocres qu’il m’ait été donné de voir. Il n’y a jamais de connexion entre mes chansons et les œuvres évoquées par leurs titres. C’est juste une forme de sampling narratif. 12. Vous pourriez nous donner deux films récents qui vous ont marqué ? La Guerre est Déclarée de Valérie Donzelli, Two days in Paris de Julie Delpy et Présumé coupable sur l’affaire d’Outreau. 13. Quel regard portez-vous sur l’industrie musicale qui se casse la gueule ? Il est temps d’en rire ou d’en pleurer ? L’industrie musicale vit sans doute sa dernière décennie. Pas la peine de tirer sur l’ambulance. Ayant été éjecté sans façons de ladite industrie je me vois mal la soutenir. S’il n’y a plus de place pour des artistes fragiles comme moi et bien d’autres, alors elle n’a plus raison d’être. Moi je crois de plus en plus au système D ou B et au Do it yourself. Des réseaux parallèles indépendants se développent via le net. Des gens viennent vers moi spontanément. La marque de vêtements Grand Travers me sponsorise à son échelle. Un site comme Plemi qui organise des concerts dans des petits lieux travaille avec nous. Et puis il y a tous les amateurs de musique qui font des pieds et des mains pour vous organiser des concerts bénévolement dans un geste de pure générosité et de volonté de partage. Aujourd’hui, grâce à la MAO (musique assistée par ordinateur, NdlA) et beaucoup de bonne volonté, on peut faire un disque pour rien. Après se pose la question de la diffusion et de la rémunération des artistes (lesquels se paupérisent à vitesse grand V) et là les solutions restent à trouver. 14. Que pensez-vous d’Hadopi, est-ce la bonne solution ? Que diriez-vous à des gens qui téléchargent votre nouvel album ? Hadopi est morte avant d’avoir existé. A présent la mode est au streaming. Il y a toujours moyen de contourner la loi. Par ailleurs les politiques se contrefoutent de la culture, donc on n’est pas sorti de l’auberge. Si des gens téléchargent mon album illégalement et qu’ils l’apprécient alors ils sont dans une situation paradoxale puisque ce faisant ils me privent des gains qui me permettront d’en publier un autre et donc ils se punissent eux-mêmes. 15. Vous-même, est-ce que vous téléchargez et/ou achetez des disques ?

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J’achète encore des disques physiques et ma femme en télécharge d’autres légalement. 16. Avez-vous gardé contact avec vos anciens collègues de Lithium**, Dominique A et Mendelson ? Que pensez-vous de leurs carrières respectives ? Non je n’ai pas gardé de contacts avec les artistes de Lithium. J’ai croisé Michel Cloup à Toulouse récemment. Je trouve son album solo très beau. J’aime beaucoup la chanson « Barabara » de Pascal (Pascal Bouaziz aka Mendelson, NdlA). Quant à Dominique A, c’est un immense performer et j’ai toujours plaisir à le voir sur scène. Mon groupe préféré de Lithium reste Programme. * Se Souvenir des Belles Choses est un film de Zabou Breitman, Tout est Pardonné est un film de Mia Hansen-Love ** ancienne maison de disques de Dominique A, Mendelson, Programme et Bertrand Betsch

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Paperblog Pinkfrenetic 13 octobre 2011 Avec Jeanne Cherhal, Bertrand Betsch fait partie des premiers artistes qui m’ont permis d’écouter et de découvrir la musique autrement : non plus en écoutant les tubes que les radios et TV passent en boucle. Avec eux, j’ai appris à être curieux, à m’intéresser à leur famille musicale, et notamment aux labels indépendants. J’en ai déjà parlé, je connais Bertrand Betsch depuis près de 7 ans, avec la sortie de l’album Pas de bras, pas de chocolat. Il m’a fallu peu de temps pour découvrir son majestueux premier album : La soupe à la grimace. Un des meilleurs albums de chanson française. Depuis La chaleur humaine, Bertrand Betsch était ré-apparu sur le net, et a publié un EP d’inédits extraits de La soupe à la grimace, ainsi qu’un autre album d’inédits, Je vais au silence. Nous sommes en 2011, l’automne est déjà là, et Bertrand Betsch vient de sortir son cinquième album studio, Le temps qu’il faut, sous son propre label 3h50. Bertrand Betsch ne jouit pas d’une grande médiatisation, malheureusement. La consécration est arrivée avec l’album Pas de bras, pas de chocolat, en 2005, et la nomination au Prix Constantin. Depuis, il trace son chemin loin des projecteurs. Son nouvel album, Le temps qu’il faut, contient des titres déjà publiés sur internet précédemment, notamment Pour une chance et Les figurants. La plupart du temps, il est accompagné par la voix de Nathalie Guilmot, déjà présente sur La chaleur humaine, puisqu’elle y chantait en duo sur Les vents contraires et Ô les beaux jours. Son nom apparait d’ailleurs sur la pochette en tant que featuring… Des chansons rythmées, comme Pour une chance, aux chansons plus douces à l’instar de La voix du vent, Bertrand Betsch s’intéresse au temps qui passe. Les mélodies sont toujours efficaces, bien que seulement créées à partir d’une guitare acoustique, un orgue de chambre (que j’aime particulièrement chez lui), un piano et quelques percussions. Les voix ne sont pas toujours justes, celle de Bertrand Betsch à tendance à tirer vers le haut sur certains titres (Des journées dans les arbres) mais l’émotion est là, intacte, et c’est tout ce qui compte. Sa voix agit comme une madeleine de Proust pour ma part, et me renvoit avant mes 20 ans, à l’époque où je l’avais vu gratuitement dans un bar de Tours un soir d’hiver. Avance encore est le tube de l’album. Rythmé, dynamique, ce titre possède un refrain qui devient vite entrainant. Avance, avance, même s’il n’y a rien à voir Avance, avance, avance encore

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Avance, avance, même s’il est trop tard Avance, avance, avance, avance encore L’avenir est devant est beaucoup plus doux, tout comme Se souvenir des belles choses, où l’orchestration minime laisse place à l’émotion de la voix de Bertrand Betsch. Peut-être que l’orchestration de La soupe à la grimace me manque un peu, là chaque chanson apportait son lot de surprise niveau arrangement. Le piano tragique d’A l’ouverture des miroirs, la folie de La complainte du psychokiller ou la simplicité Des rendez-vous manqués font que son premier album est un de mes préférés. Le Temps qu’il faut est un album un peu plus acoustique, avec beaucoup de sincérité, et Bertrand Betsch a su le temps d’un album, arrêté le temps qui passe. Pour les curieux, Bertrand a donné une longue interview au site Bubzine. Il y évoque ses traversées du désert, la difficulté à se faire produire, le cinéma, la musique, etc. Très intéressant. Je lui souhaite de sortir des disques pendant encore longtemps.

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Out Siders   Valerio Modica 15 octobre 2011 In Francia si sa, les mots nella musica hanno una rilevanza notevole, la chanson d‘author francaises ce lo insegna, ma l’artista di cui vi parlerò oggi va oltre, lui oltre che a essere un autore e compositore molto in gamba è anche uno scrittore (risale al 2008 il suo primo romanzo Elle dit ). Stiamo parlando di Bertrand Betsch, cantante francese nato nel 1970, divenuto abbastanza celebre alla fine degli anni 90′ con l ‘album La soupe à la grimace; peccato che dopo la sua prima tournée in Francia, Belgio, Svizzera e Spagna questo talentuoso paroliere perde la voce e sarà costretto a rimanere ai box fino al 2001, anno in cui esce Bbsides. Il suo lavoro più conosciuto e meglio accolto dalla critica è sicuramente Pas de bras, pas de chocolat. Sfortunatamente però, il povero Bertrand se la deve vedere nuovamente con i soliti problemi alle corde vocali i quali lo tormentano da tempo e ora rischiano seriamente di compromettergli la carriera; infatti nei suoi primi tre lavori le atmosfere sono opache e venate di una malinconia incurabile. Al suo ritorno alla musica nel 2007 con Le chaleur Humain, Betsch compie una svolta artistica ed emotiva, le sue canzoni sono più gioiose e leggere, i sui testi più romantici inneggiano alla vita. Veniamo dunque ai giorni nostri, dove il talentuoso artista transalpino è finalmente uscito con il suo nuovo disco, Le temps qu’ il faut , il 10 di ottobre (anche se l’ album lo si può scaricare gratuitamente dal suo sito). La prima track dell’ album “Pour une chance” dovrebbe essere il singolo che si presta di più a essere passato per le radio francesi: quattro accordi molto comuni, una melodia azzeccata e un buon ingresso di chitarra a metà pezzo, invogliano l’ ascoltatore a scoprire le mille sfaccettature del mondo musicale di Betsch. Altri pezzi molto interessanti sono “Avance encore”, “Des jeurnes dan les arbres” e “ Je n’ ai pas eu le temps”. Le melodie di questo album sono dolci e sincere e i testi contengono un messaggio immediato: Il tempo che passa. Una chitarra acustica, poche note di pianoforte, un po’ di organo da camera, delle discrete percussioni e due voci sensuali (Betsch è accompagnato da Nathalie Guilmot), questa la ricetta di Le temps qu’ il faut.

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Le Figaro   Pierre de Boishue 24 octobre 2011 Bertrand Betsch, injustement méconnu du grand public, livre depuis 1997 des albums d'une charmante poésie. Ce n'est pas un hasard si ce jeune quadragénaire, qui compose de subtils morceaux mélancoliques, se révèle également adroit dans l'exercice du roman. Le musicien vient de publier un nouvel album, Le Temps qu'il faut.

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Télérama n°  3224     Valérie Lehoux 29 octobre 2011

Ecoute à l'aveugle... Tiens, un nouveau disque de Florent Marchet ! Eh bien non : c'est Bertrand Betsch qui chante - et la voix féminine qui lui donne la réplique, et qui ressemble à celle de Françoiz Breut, appartient en fait à Nathalie Guilmot, plasticienne de son état et petite amie du chanteur. Betsch, donc. Apparu à la fin des années 1990 dans le sillage de Dominique A et de Katerine, très vite étiqueté « minimaliste », auteur de quatre albums plus ou moins remarqués et disparu des radars discographiques depuis cinq ans. S'il revient aujourd'hui, c'est porteur d'une mélancolie tenace, mais aussi habité par une sorte de force, d'instinct de survie, qui le pousse à avancer et à chanter des pop songs mieux ficelées que jamais, parfaitement tenues. Moins sombres que par le passé, et souvent même assez entraînantes. Si le cousinage avec Marchet saute d'emblée aux oreilles, on entend aussi chez Betsch plus de rudesse et moins de contrôle. Ce qui fait tout son charme.

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BIBA 8 décembre 2012 Sur ce lumineux « Le Temps qu’il faut » Bertrand Betsch le plus mélancolique de nos chanteurs, paraît goûter un certain bonheur de vivre. Sans que sa profondeur ne soit entamé pour autant.

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Š StÊphane Merveille

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Les Inrocks   Christian Larrède 30 novembre 2011 Enregistrées en couple des chansons inconfortables et solitaires De ses initiales BB, qui peuvent vouloir dire mélancolie et considération amoureuse, Betsch signe son sixième album, en compagnie de Nathalie Guilmot (chanteuse, plasticienne, auteur et ex-compagne). Sous intitulé revendicatif, de modestes flonflons encadrent des remontés d’enfance en sables émouvants, et une voix de tête égrène quelques faux souvenirs de cinéma. La nui tombe sur une fête foraine, d’où ne perce plus que ce chant fragile et caustique, qui nous rappelle que nous sommes tous des figurants de la vie.

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Magic Lyonal Sysso Novembre – décembre 2011 Disque de l’intime et de l’écho, écho de celle que l’on aime, de la vie et de l’absence, Le Temps qu’il faut est un recueil d’impressions, de constats doux-amers. Il y a une éternité, grâce au feu label Lithium, on découvrait des œuvres précises ou indécises – celles de Mendelson et Bertrand Betsch. Une époque intense… Betsch dialogue avec l’ineffable (le souvenir) ou l’impact délicat des jours (le quotidien). Il propose un langage, singulier, du rapport amoureux comme dans Je n’ai pas eu le temps. Sensuelle traversée de l’intime, brute et gorgée de candeur à la fois. la voix du chanteur mue également comme les saisons. Dans des journées dans les arbres, par exemple, elle semble étrange, comme une revenante – essentiellement là pour chanter ce conte. La Voix du vent est un duo (avec Nathalie Guilmot) enlacé, aérien, fusionnel et distant. Une merveille. Sous la coupe de l’ordinaire, durant tout l’album, le merveilleux et le fantastique s’infiltrent lentement comme l’eau dans la pierre poreuse. Tout est pardonné, petit sentier qui parcourt les souvenirs, les renaissances ou les désillusions donne, au final, la phrase qui raconte le mieux Le Temps qu’il faut : « La nuit éclaire le jour qui suit ». Un disque beau et étrange comme un marbre illuminé.

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Popnews Benoit Grevits Décembre 2011

Bertrand Betsch Le Temps qu’il faut Le monde selon BB, ce sont des ritournelles déjà entendues, un minimalisme toujours efficace, parfois enfantin, des névroses toujours bien présentes, un peu rassurantes même, des jouissances parcimonieuses. Le monde selon BB, ce sont des thèmes maintes fois chantés, sans réponse, des sillons plus que creusés, boueux, tortueux, pas carrossables, recouverts par endroit d’un souffle de fertilité pour le printemps prochain. Des ficelles mélodiques maintes fois jouées qui n’ont rien perdu de leur éclat : au diable la technique, au point mort, depuis des lustres, vive le do/la mineur. Les excentricités d’antan, mélodica, percussions samplées sont toujours présentes et viennent définitivement estampiller la BB Touch pour faire passer, comme un viatique, une écriture aux abois, en souffrance, assumée et toujours assez convaincante même si parfois, on a comme une envie de lui faire violence, de le bousculer un peu, de lui dire qu’il est inutile de chanter que "l’avenir est devant" (clin d'oeil à Mendelson ?) avec un entrain de rigueur économique à faire pâlir le triple A.

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Sur "Le Temps qu’il faut", Nathalie Guilmot éclaire la face grisée de BB, fait rayonner les refrains de son timbre mouillé, soutient notre homme, donne un peu de légèreté à l’ensemble. C’est toujours moins triste à deux. Le disque aurait été tout autre sans elle. Qui peut nous offrir aujourd’hui ces petits duos fragiles, brinquebalants, nous rappelant bien sûr les grandes heures de Superflu, Elie & Jacno, ou Sinatra / Hazlewood dans un genre beaucoup plus viril. Allez, allez, cherchez un peu. Nous vieillirons ensemble, BB, avec ou sans moustache.

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Froggy Delight’s  (interview)   Nicolas Brulebois Janvier 2012 Après des années de silence forcé, l’excellent Bertrand Betsch revient ces jours-ci à une activité intense : un nouvel album (Le Temps Qu’il Faut, enregistré il y a trois ans), un disque d’inédits téléchargeable (Je Vais Au Silence), une flopée de bonus (trésors laissés de côté à l’époque du premier opus), un single électro-pop, la souscription pour son prochain projet, etc. Paradoxalement, alors que sa précédente maison de disque l’a viré sans ménagement, il n’est jamais paru si combatif, retrouvant dans l’optique "Do It Yourself" une certaine liberté, malgré (ou grâce à) la crise du disque. Nous publions, en apéritif, le début de la longue interview qu’il nous a accordée. Les questions concernent essentiellement Je Vais Au Silence et les inédits de la Soupe A La Grimace. Nous reparlerons de son véritable dernier album, Le Temps Qu’il Faut, un peu plus tard… Que s’est-il passé depuis 2007 ? A l’époque, vous sembliez très content de votre contrat chez PIAS. Aujourd’hui, vous avez lancé votre propre structure, parlant d’un "différend artistique" avec l’ancienne maison de disque, qui a retardé la sortie de votre nouvel album, prêt depuis plusieurs années. Quel a été le problème ? Bertrand Betsch : J’avais signé pour quatre albums avec PIAS. Je leur ai proposé un nouvel enregistrement (Le temps qu’il faut, paru il y a trois mois) début 2008. La Chaleur Humaine n’avait marché que modestement mais Yves Lecarpentier (chef de projet qui m’avait signé) était partant pour un second album. Malheureusement mon projet a déplu au patron de PIAS France, Isidore Brobst, lequel a déclaré à mon ancien éditeur : "Je ne veux plus jamais entendre parler de Bertrand Betsch". J’ai donc été viré sans ménagement et sans véritable explication. Quant au patron de PIAS France, il a été dégagé lui aussi un an ou deux plus tard (comme quoi il y a une justice). Je n’ai de toute façon pas de regrets au sens où PIAS, en tant que structure, n’était pas adaptée au "développement d’artiste". Leur véritable créneau, c’est la distribution, job dont ils s’acquittent d’ailleurs très bien. Je suis resté en bons termes avec Yves Lecarpentier qui est un très bon gars que je vois encore de temps en temps avec plaisir. Votre musique nous arrive toujours avec un décalage : Le Temps Qu’il Faut a été enregistré il y a 3 ans et sort à peine aujourd’hui, Je Vais Au Silence contient des titres échelonnés de 1997 à 2010, etc. Est-ce que le fait d’avoir monté votre propre label va vous permettre de rattraper le temps perdu, et devenir plus prolifique ? Bertrand Betsch : Tous mes albums ont mis des années à sortir et, étant donné que je produis en moyenne l’équivalent d’un album par an, il existe donc bien un décalage énorme entre mon activité de musicien et les quelques disques qui finissent par sortir au gré du temps. La cause principale de cette situation délicate est le manque de succès qu’ont rencontré mes albums. Je nourris par rapport à cela une frustration assez terrible qui entretient chez moi une blessure narcissique très profonde. Ma vie est combat permanent, pour défendre mon travail et le voir publié. Aujourd’hui effectivement, j’espère que le fait d’avoir ma propre structure va permettre de rattraper le temps perdu. Avec Baptiste Lusson, co-fondateur et gérant du label 3H50, nous essayerons de publier un album par an, soit uniquement en numérique comme Je Vais Au Silence, soit en physique comme Le Temps Qu’il Faut. Malgré le manque de moyens, êtes-vous désormais plus libre de vos mouvements qu’avec une grosse structure ? Y a-t-il, comme disent certains cinéastes, une "liberté dans la pauvreté", qui incite à être plus imaginatif pour combler le manque d’argent ? Bertrand Betsch : Plus libre je suis, c’est certain. J’en veux pour preuve ce double single ("Au top" / "Les indignés (ça va péter)") que je viens de sortir en téléchargement libre quelques semaines seulement après avoir composé ces chansons. La seule contrainte que nous ayons encore pour la sortie en physique, c’est le distributeur. Mais on peut aussi

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passer outre et vendre nos CD’s sur notre page web, ou en jumelage avec un site comme CD1D (ce que nous faisons déjà pour Le Temps Qu’il Faut en complément de la distrib’ en magasin gérée par MVS/Anticraft). Michel Cloup a vendu mille exemplaires de son album rien que sur son site avant d’être contacté par un distributeur. Le but est d’aller vers toujours moins d’intermédiaires. Aujourd’hui, quand je vends un CD à la fin d’un concert, les dix euros vont dans ma poche. J’ai été sur un petit label indépendant (Lithium), sur une major (Labels/Virgin/EMI) puis chez un gros indépendant (PIAS) et jamais je n’ai touché un sou de royalties. Là je vends moins mais tout est transparent. Je sais où va l’argent investi et où va celui récolté. Alors oui je dirais qu’il y a une "liberté dans la pauvreté" (voire le dénuement total en l’occurrence). Maintenant, le fait d’être indépendant ne change pas grand-chose sur un plan purement artistique. A ceci près que je vais enfin pouvoir accéder à cette envie que j’ai depuis toujours : publier un double album. Le fait est que tous mes albums sont au départ des doubles dans lesquels on a retranché pas mal de morceaux (et souvent pas les plus anodins : j’en veux pour preuve les inédits de la Soupe A La Grimace, qui sont quand même pas dégueus…). Est-ce que vous vous permettrez plus de choses, sur le plan de l’écriture, maintenant qu’aucun directeur artistique ne peut venir "rectifier le tir" ? Bertrand Betsch : En ce qui concerne le rapport aux directeurs artistiques, mon expérience est maigre puisque PIAS et Labels n’en avaient pas. Pour ce qui est de la période Lithium, là il y avait un vrai DA (le seul que j’aie jamais rencontré) : Vincent Chauvier. Nos rapports étaient passionnels. Un mélange de rapports de force et de très grand respect mutuel. Beaucoup d’échanges, tantôt stériles, tantôt féconds. Ce serait encore toute une histoire à raconter tant ce personnage était hors norme : un véritable passionné, un jusqu’au-boutiste, un homme entêté jusqu’à la perdition. C’est à ma connaissance le seul DA digne de ce nom que le monde musical français ait connu lors de ces vingt dernières années. Maintenant mon opinion est qu’un DA ne sert strictement à rien. Aujourd’hui les artistes ont tous une idée très aboutie de ce qu’ils veulent faire et en savent beaucoup plus long sur la musique que l’ensemble des DA de la place de Paris. Quelques mois avant le nouvel album Le Temps Qu’il Faut, vous avez donc "préparé le terrain" en publiant un recueil de chansons inédites : Je Vais Au Silence. Pouvez-vous nous parler de la façon dont vous avez agencé cet album de transition ? Même si ces inédits courent de 1997 à 2010, je trouve le disque remarquablement cohérent, comme s’il avait été enregistré d’une traite. Il sonne moins comme une compilation échelonnée sur 14 ans que comme un album à part entière, avec un son qui lui est propre. Avez-vous dû réenregistrer des parties pour que cela "colle" ainsi ensemble ? Y a-t-il eu un autre travail que la simple compilation de morceaux pré-existants ? Et vous reste-il encore beaucoup d’inédits de cette qualité ? Bertrand Betsch : Baptiste Lusson (qui en plus d’être mon manager et le gérant du label, est aussi mon webmaster) m’a demandé de lui envoyer des inédits pour alimenter mon site. J’ai choisi 12 chansons que j’avais en réserve un peu au hasard et nous avons publié ça tel quel. Les morceaux ont été écrits et enregistrés à des périodes différentes, c’est vrai. L’unité vient du dépouillement des chansons. Souvent des piano/voix ou des guitare/voix. Donc des morceaux vraiment proches de l’os. Il s’agit d’un disque totalement improvisé et c’est un petit miracle s’il sonne comme un album à part entière. Sinon, oui, j’ai beaucoup de morceaux en stock. Le souci est qu’ils sont pour la plupart enregistrés de façon sommaire avec du matériel un peu cheap. Tout n’est donc pas publiable en l’état. Je prépare en ce moment un autre album de cet acabit avec des morceaux disparates, mais cette fois-ci plus produit. L’extinction suggérée dans Je Vais Au Silence et, au-delà, le côté "taiseux" évoqué dans "Ne Sachant Pas", est une thématique récurrente chez vous. Cela fait-il référence à votre véritable extinction de voix (consécutive à votre première tournée), ou à l’impression d’être muselé par le système ? Bertrand Betsch : Non, je suis juste d’un naturel taiseux. Je ne vois pas la nécessité de verbaliser tout ce que l’on pense. Cela a parfois pesé dans les couples que j’ai formés, la gente féminine étant naturellement expansive. Je m’exprime essentiellement au travers de mon art. C’est pourquoi je ne ressens pas forcément le besoin de m’épancher au quotidien. Les gens silencieux, on les croit soit suprêmement intelligents, soit secrets, soit timides, soit simples d’esprit. Dans mon cas cela correspond juste au fait que je repose la plupart du temps dans une sorte de neutralité de sentiment. Contrairement à certaines personnes, je ne suis pas traversé par des centaines de pensées à la seconde. Je revendique le repos de l’esprit voire une certain état de "vacance". Il se trouve que souvent je ne pense à rien, que mon esprit est comme flottant. Ce n’est que lorsque je travaille que mon esprit s’anime, un peu comme s’il couvait quelque chose

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depuis longtemps et que cela sortait d’un coup d’un seul. Je suppose que des choses s’accumulent en moi au fil du temps, et que le moment venu elles se cristallisent. Après "Ce Ventre-là" (sur La Chaleur Humaine), vous fantasmez à nouveau la paternité, sur un mode très noir : "Berceuse Pour Un Bébé Mort" et "Philippe" évoquent la mort d’un enfant, de façon cynique dans l’une, à fleur de peau dans l’autre. Pouvez-vous nous donner la clé de ces chansons, et nous dire d’où vient cette morbidité liée à l’image du bébé ? Est-ce une obsession récurrente, ou juste un jeu de mot grinçant (bébé = BB ) ? Bertrand Betsch : "Berceuse Pour Un Bébé Mort" est une très vieille chanson, sans doute écrite dans le même esprit que "La Complainte Du Psycho-Killer" (1997), c’est-à-dire d’une part avec l’envie de choquer (j’ai toujours eu un petit côté provocateur – cela est constitutif de ma personnalité) et d’autre part le parti pris de se mettre à la place d’un personnage impliqué dans un fait-divers sordide. Il y a là une curiosité (malsaine ?) de ma part qui consiste à se demander ce que ressent ce type de personnage. J’ai toujours été attiré par les faits-divers. Je considère que c’est une source d’inspiration inépuisable. Ils tiennent parfois en quelques lignes dans les journaux et sont pourtant riches d’une matière fictionnelle infinie (Cf. l’œuvre littéraire de Régis Jauffret – un de mes écrivains préférés). Cela me paraît intéressant de faire de l’art avec du sordide et d’ainsi sublimer les pires travers de l’humanité. Pour ce qui est de "Philippe", c’est un peu plus personnel. Je me suis un temps intéressé à la psychologie transgénérationnelle, laquelle consiste à mettre en évidence ce qui se transmet (notamment certains traumatismes) à travers les générations. Je me suis ainsi intéressé à ma généalogie et ai appris que ma grand-mère avait perdu un enfant en bas âge (de la maladie bleue) nommé Philippe. Cet enfant perdu, elle l’a traîné toute son existence comme un poids mort, parlant de lui jusqu’à la fin de sa vie comme si, d’une certaine façon, il était toujours en vie. Portant moi-même un poids mort depuis toujours mais non-identifié, j’ai fait le lien avec cet enfant mort et l’ai intégré dans mon histoire le temps d’une chanson. J’ai écrit cette chanson en pensant qu’elle me libèrerait de ce fardeau. Cela n’a malheureusement pas été le cas. D’une manière générale, je ne pense pas que le fait de formuler verbalement les choses vous aide en quoi que ce soit. En ce sens je suis assez sceptique par rapport à la psychanalyse et toutes les thérapies qui en découlent. Quant à l’homophonie bébé-B/B/, dont j’ai parfois usé, c’est plus une plaisanterie lacanienne qu’autre chose. Peut-être peut-on l’interpréter comme la marque d’une forme d’immaturité chez moi et d’une volonté de ne pas grandir, de rester un éternel enfant. Ce n’est en effet qu’avec l’arrivée de la quarantaine que j’ai eu le sentiment de devenir enfin adulte et de renoncer à me comporter comme un enfant. Vous parliez de Régis Jauffret… Vos chansons mettent les textes très en avant, et j’ai lu que vous aviez fait des études de Lettres à la Sorbonne. Quels sont vos auteurs de chevet ? Vos préférences ? Est-ce que ce que certains livres (ou poèmes) ont une incidence sur votre manière d’écrire des chansons ? Par extension : quels sont les poètes que vous aimeriez aujourd’hui mettre en musique, si vous en aviez l’occasion ? Bertrand Betsch : Il y a pas mal d’auteurs dont j’ai beaucoup arpenté l’œuvre : Beckett, Kafka, Régis Jauffret, Henri Michaux, Duras, Houellebecq, etc. Plus d’autres auteurs que je suis depuis longtemps comme Arnaud Cathrine, Olivier Adam, Thomas Gunzig, Eugène Savitzkaya, Yôko Ogawa, Philippe Forest, Michael Connelly, Martin Winkler, Virginie Despentes, etc. La Nausée de Sartre est une œuvre majeure que je relis souvent. Mettre en musique des poètes est extrêmement délicat, peu de poèmes se prêtent à cet exercice. La poésie et la chanson sont deux régimes d’écriture différents qui ne peuvent s’apparenter et cela même si, somme toute, la chanson est une forme de poésie. Cependant, je reconnais que la lecture de certains poètes est parfois stimulante. Je pense notamment à Eluard, Aragon, Bernard Noël, Lionel Ray, Houellebecq encore et toujours… Vous évoquiez un peu plus tôt votre période Lithium… J’ai été bluffé par la qualité des inédits datant des séances de votre premier album, que vous avez publiés sur votre site. Il y en a plusieurs, dans le lot, que je trouve magnifiques, parfois meilleurs que les chansons du disque originel. Pourquoi les avoir écartés à l’époque ? Les trouviez-vous moins bons, ou était-ce juste pour ne pas surcharger le disque – déjà très riche ? A la réécoute, regrettez-vous d’avoir laissé ces chansons sur le bord de la route ? Bertrand Betsch : Je trouve également que ces titres inédits auraient mérité de figurer sur La Soupe A La Grimace. Pourquoi ont-ils été écartés ? Je n’en sais rien. Voilà comment ça s’est passé : en août 1996, j’ai passé trois semaines dans un studio rennais avec Christian Quermalet. J’y ai enregistré les titres suivants : "Colère", "Quand on se frôle", "Les rendez-vous manqués", "Un mot de trop", une première version de "Pour un seul moment d’absence", une version de "Aparté", "La soupe à la grimace", "L’appel de la forêt", "Les jours sans", "Un homme de peu", "Paroles d’apôtres"

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et "Les extérieurs". Je suis sorti de ces sessions totalement épuisé et insatisfait de tout ce que j’avais fait. Je n’avais à l’époque aucune confiance en moi et en mon travail. Pour un peu j’aurais tout jeté. Dans une réaction d’orgueil, j’ai écrit de nouvelles chansons que nous avons enregistrées en décembre au Studio de la Seine à Paris. A savoir : "A l’ouverture des miroirs", "Passer sous le métro", "Un mauvais vivant", "La complainte du psycho-killer", "Le grand embarras" et une nouvelle version de "Pour un seul moment d’absence". Nous y avons aussi mixé des titres enregistrés sur mon 4 pistes : "L’ensilencement", "La revanche du manchot", "Le lâche" et "Pagaille". Bien sûr, je n’étais toujours pas satisfait du résultat. Alors j’ai décidé d’arrêter les frais et de laisser Vincent Chauvier (patron de Lithium) trancher à ma place. Il a fait son choix et s’est chargé du tracklisting. J’ai donc lâché prise en me disant que je ferai mieux la prochaine fois. L’album est paru en mai/juin 1997 et les retours ont été plutôt bons, sans plus. Bien plus tard, j’ai rencontré des gens que cet album avait bouleversés durablement. Bref : quand La Soupe est sortie, on m’a dit que c’était prometteur… et dix ans plus tard, on m’a dit que c’était un chef-d’œuvre, et beaucoup de gens pensent que je ne ferai jamais mieux. Il y a quelques années, j’ai appris à aimer ce disque et à en être fier. Il ne ressemble à rien, il est très mélodique, à la fois léger et grave, gracieusement juvénile. Plus tard, en faisant un travail d’archivage, Vincent a en vain cherché les bandes originales des enregistrements rennais. Elles ont disparu. Sans doute pour toujours. Tout ce qu’on a retrouvé sont des K7 Adat sur lesquelles ont avait tourné en stéréo les mixes de l’époque. Je les ai amenés à mon ami ingé son Benoit Destriau. Là nous avons fait des copies sur cd mais les K7 Adat avaient été endommagées par le temps. C’est ainsi que les enregistrements de "Aparté" (dont j’ai refait une version des années plus tard, sur Je Vais Au Silence) et "Les extérieurs" (magnifique morceau avec une batterie velvetienne signée Christian Quermalet) sont perdus à jamais. Entre ces vieux titres et vos nouveaux, il y a une sorte de luxuriance mélodique qui a disparu : j’ai l’impression que vous tendez aujourd’hui à plus de simplicité, de dépouillement. Est-ce de l’épure ou de l’appauvrissement ? Regrettez-vous cette richesse de vos débuts ? Bertrand Betsch : Oui je reconnais que j’ai perdu cette "luxuriance mélodique" comme tu le dis très bien. Je vais être très vaniteux mais je dirais que non seulement je l’ai perdue mais qu’elle n’a jamais été égalée depuis, du moins en France. Il faut prendre en compte le fait que j’ai mis 26 ans à composer mon premier album et seulement quelques mois ou années à enfanter les suivants. Je pense cependant que le prochain double-album (titre envisagé : La Nuit Nous Appartient), par sa richesse au niveau des arrangements et de la production, fera jeu égal avec La Soupe A La Grimace, la fraîcheur en moins mais la profondeur des textes en plus. Pour finir, je dirais que chaque chanson appelle un traitement spécial et que peut-être mes premières chansons demandaient cette vélocité mélodique… alors que les chansons de Je Vais Au Silence induisaient une certaine épure. C’est une hypothèse. Mais non, je ne regrette rien. Au sens où ce que j’ai perdu en richesse mélodique… je l’ai peut-être gagné dans l’amplitude poétique de mes nouvelles chansons. Votre dernier album, Le Temps Qu’il Faut, a été enregistré il y a plusieurs années, mais était resté bloqué à cause d’un différend avec votre maison de disque (PIAS). Cela avait déjà été le cas pour Pas de Bras Pas De Chocolat, qui avait mis beaucoup de temps à sortir. Est-ce que vous profitez de ces années de "vacance" forcée pour peaufiner vos enregistrements ? Pourquoi votre musique nous parvient-elle toujours en différé ? Bertrand Betsch : Chaque album a son histoire qui pourrait faire l’objet de tout un roman. Pour ce qui est du Temps Qu’il Faut, l’album est resté en l’état depuis début 2008. Du moins en ce qui concerne les enregistrements. Mais il faut considérer qu’il y a eu un travail de mixage assez long et important réalisé par mon ingénieur du son scène, Benoît Destriau. Benoît est un ami proche avec lequel je travaille régulièrement depuis une demi-douzaine d’années. Il s’est beaucoup investi dans le projet et m’a toujours offert un soutien sans faille. C’est le seul à y avoir cru depuis le départ jusqu’à l’arrivée. Je ne peux pas en dire autant de mes autres partenaires au sein du milieu musical… C’est d’ailleurs un des rares amis parisiens que j’ai gardés depuis ma migration vers le Sud-Ouest. L’album aurait donc pu s’intituler "Le Temps qu’il Faut pour sortir un disque…". Ma vie est combat permanent. Pour défendre mon travail et le voir publié. Jadis, vous disiez vouloir faire chaque fois un album "contre le précédent". En quoi Le Temps Qu’il Faut prendil le contre-pied de La Chaleur Humaine, selon vous ? Dans l’interview Froggy’s Delight de 2007, vous parliez d’un disque "très écrit, plus ambitieux sur le plan des thèmes et de l’écriture". Avec le recul, Le Temps Qu’il Faut vous paraît-il répondre à ce programme ?

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Bertrand Betsch : En fait il ne s’agit pas de faire un album "contre le précédent". Il se trouve juste que ma manière de faire des chansons évolue très naturellement au fil du temps. Cela a à voir avec l’état dans lequel je me sens, les expériences traversées et mes envies en tant qu’auteur, musicien et arrangeur. A cela s’ajoutent les conditions techniques. Le premier album était écrit dans une langue un peu précieuse (je sortais de mes études de Lettres modernes) ; les chansons étaient très fraîches et très riches mélodiquement ; le choix se portait sur une centaine de chansons en magasin. L’album a été enregistré en plusieurs fois en studio et à la maison. D’où son aspect très varié. Le deuxième album était un album où j’avais carte blanche. Je l’ai fait dans l’urgence. Je traversais des choses très douloureuses sur un plan intime. D’où le caractère très "barré", brut, extrême et sans concession du disque. Je l’ai enregistré sur un petit magnétophone 8 pistes à la maison, je l’ai mixé moi-même, j’ai eu l’idée de la pochette, j’ai joué tous les instruments. La seule chose que je n’ai pas faite, c’est le mastering et c’est la seule chose ratée de l’album. C’est l’album qui me ressemble le plus (ce qui est paradoxal car il y a pas mal de reprises), celui dont je suis le plus fier et que je réécoute le plus souvent. C’est l’album que j’ai toujours rêvé d’entendre, un album très radical et remuant. Je le considère comme un chef-d’œuvre, en toute immodestie. Le troisième album (Pas de bras pas de chocolat), à l’inverse, est un projet pluriel. Je l’ai réalisé en duo avec Hervé Le Dorlot. Nous avons commencé à y travailler en décembre 1997 sur l’île de Berder dans le golfe du Morbihan dans un village vacances désert. Ce fut un projet au long cours. Très ambitieux. Nous y avons travaillé pendant 7 ans (avec de multiples pauses pour laisser reposer les morceaux ou par lassitude). En tout, une cinquantaine de morceaux ont été envisagés. Chaque morceau retenu sur la version finale a fait l’objet de cinq ou six versions différentes. Pas mal de musiciens et d’ingé sons/producteurs ont travaillé dessus. Ce fut donc un travail d’équipe mais surtout un travail de dingue qui m’a laissé complètement exsangue. Je me suis juré de ne plus jamais travailler comme ça et d’aller vers beaucoup plus de spontanéité. La Chaleur Humaine s’est fait au contraire dans la douceur et la facilité. Je voulais des chansons brèves, des textes concis dans une langue très directe. Tout a été enregistré à la maison puis mixé par Gilles Martin dans la joie et la bonne humeur. Pour la première fois, Nathalie Guilmot chantait sur quelques titres ce qui apportait un peu de fraîcheur à l’ensemble. C’est aussi un album qui à la réécoute me touche énormément. Les textes sont à fleur de peau et je m’y dévoile tel que je suis : vulnérable. L’album Je Vais Au Silence n’a quant à lui pas d’histoire. Il s’agit d’un recueil de chansons enregistrées à différentes époques et qui n’avaient encore trouvé leur place sur aucun album. Ce sont des enregistrements "maison", presque des maquettes. Il n’y pas de travail d’arrangement, de production, ni de mixage. C’est du "brut". Pour autant ce ne sont pas des rogatons. Je n’ai pas jeté une seule chanson depuis au moins quinze ans et toutes ont pour moi une valeur égale. Pour ce qui est du Temps Qu’il Faut, je voulais un album thématique. Le temps dans toutes ses déclinaisons s’est très vite imposé. Le temps qui passe, le temps passé, le temps de vivre, le temps de mourir, l’avenir, ce qui reste, ce qui disparaît à jamais, ce qui reste à accomplir, ce qui se passe ici et maintenant. Le retour à une langue plus ciselée et plus poétique s’est fait naturellement. Après avoir écrit Au Cinéma (sans doute ce que je pouvais faire de plus concis et de plus minimal), il était temps de revenir aux métaphores et à la poésie. Je suis particulièrement satisfait de "Tout est pardonné", un texte écrit à l’aveugle, en écriture spontanée, et à l’arrivée très riche, plein de possibles et avec une forte valeur poétique ajoutée. J’ai enregistré cet album tout seul à la maison sur un seize pistes, à l’exception de trois ou quatre titres enregistrés sur Pro Tools. Musicalement c’est assez minimal. Pas forcément par volonté mais parce que les morceaux en eux-mêmes appelaient ce genre de traitement. Leur charge poétique fait qu’il n’était pas la peine d’en faire des tonnes derrière. Depuis cet album je me suis beaucoup investi dans les arrangements, la production et les moyens qu’offrent la MAO. Le mixage d’un prochain double album intitulé La Nuit Nous Appartient a débuté. C’est Marc Denis, mon nouveau guitariste et ingénieur du son rencontré à Toulouse qui s’en charge. Là, c’en est fini du minimalisme. Beaucoup de titres seront très rythmés, il y aura des tonnes de samples rythmiques et de guitares saturées ; des mélodies enlevées et un côté électro-pop, avec toutefois quelques respirations sous forme de ballades mélancoliques. Parmi les chansons du Temps Qu’il Faut, "Le Soir" figurait déjà dans vos concerts en 2005, et je me souviens avoir entendu une première mouture de "La Voix du Vent" à la radio en 2007… Y a-t-il des titres encore plus anciens ? Quel est le morceau qui, un jour, a donné le "la" de l’album ? Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept temporel qui sous-tend les chansons du disque ?

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Bertrand Betsch : Le titre le plus ancien est "Le soir", composé en 1997 mais dans une version très différente de l’album. "Un Peu de Bruit" doit dater d’il y a une dizaine d’années (l’enregistrement n’a pas été retouché). Les autres titres datent de fin 2006-début 2008. Les derniers titres composés sont "Avance Encore" et "Tout est pardonné". Je me souviens avoir acheté un ukulélé à Bruxelles un matin de janvier, être rentré à l’appartement et avoir écrit, composé, arrangé et enregistré "Tout est pardonné" dans l’après-midi… C’est le titre "Le Temps qu’il faut" qui donne le "la" à l’album. Y figure cette phrase qui est, à mon sens, programmatique : "Le temps qu’il faut pour faire un homme / Puis l’effacer d’un coup de gomme". Un homme se fabrique au fil du temps. Il n’est jamais fini. C’est comme un gigantesque puzzle qui fait partie de l’humanité et ne sera jamais achevé. On met du temps à trouver son identité, si tant est qu’on la trouve. Nous sommes toujours en cours, jamais fini, chaque jour on s’enrichit de quelque chose, chaque jour on perd une part de soi, comme des peaux mortes. La vie n’est qu’un flux dans lequel on se fraie un chemin, cahin-caha. Nous participons de… mais sommes-nous seulement autre chose qu’une partie d’un grand tout ? Le temps fixe les bornes de l’existence. On sait qu’il y a un début et une fin. Entre la naissance et la mort nous franchissons des étapes. Nous avançons sur un fil ténu. Un pas de côté et nous versons dans les limbes. La mort n’est pas un "après". Elle est un "pendant". La vie et la mort sont contiguës. Ce sont deux lignes parallèles. Chaque moment de vie et aussi un moment de mort. Chaque minute qui passe chasse derrière elle les minutes qui l’ont précédées. Chaque seconde est une molécule qui vient remplacer une autre molécule. Le temps doit s’envisager essentiellement comme une sorte de délitement continu et comme une chose totalement inaccessible. Ce qui est passé est passé et nous ne pouvons y accéder. Le présent nous file entre les doigts continuellement. A peine advenu, il appartient déjà au passé. Quant au futur, n’étant pas encore advenu, il n’existe pas en tant que tel, il n’est qu’une projection mentale, bref, un phantasme, une chimère… Nous avons les mesures du temps mais le temps en lui-même n’est qu’un concept. Le temps est relatif. Il ne se suffit pas à lui-même. Nous sommes présentement dépassé par les événements d’un avenir hypothétique… Je trouve les chansons du dernier album très "généralisantes", avec des textes plus axés sur les grands sentiments humains que sur la singularité (le "je" y est moins fréquent que d’habitude), plus ouvert sur le monde (le "tu" est souvent employé). La quotidienneté y est moins présente et vous chantez des choses plus universelles, me semble-t-il. Êtes-vous d’accord avec ce sentiment ? Etait-ce voulu ? Ou était-ce fait sans préméditation ? Bertrand Betsch : Cette remarque est juste. Je pense qu’en prenant de la bouteille on a un regard plus détaché sur le monde et sur sa propre histoire. Ou peut-être inscrivons-nous plus facilement ce que l’on vit dans le cours de l’histoire de l’humanité ? Le but est bien sûr d’écrire des choses qui parlent au plus grand nombre sans pour autant renoncer à sa singularité. Dans vos nouvelles chansons, la mélancolie est encore présente, mais elle dépasse la neurasthénie pour chercher la beauté au-delà de la peine. Cette "positive attitude" me semble nouvelle chez vous. Est-ce que vous êtes plus apaisé qu’auparavant ? Et pour pousser un peu le bouchon : êtes-vous apaisé, ou juste résigné à l’état du monde ? Bertrand Betsch : Je ne suis ni apaisé ni résigné. Il y a une faille en moi qui ne se comblera jamais. Cela conjugué à une perception du monde plus aiguisée et plus compassionnelle en regard de ce que les autres peuvent vivre de douloureux. D’une certaine façon il y a un point de jonction entre ma propre vulnérabilité et l’état de délabrement de la société dans laquelle nous vivons. Je pense qu’une des fonctions de l’artiste est de pointer le doigt sur ce qui fait mal sur le plan à la fois de l’intime et du général. Une de ses autres fonctions est de sublimer la laideur du monde et des sentiments qu’il nous inspire. Faire du beau avec du laid en quelque sorte. Avec cet album, plus particulièrement, j’ai voulu créer quelque chose de doux et de calme. Peut-être parce que j’ai besoin de ça : de douceur, de tendresse, d’harmonie… Il y est donc question du monde qui va mal ("Comme Le Monde Va", "Les Figurants") mais aussi des quelques moyens que nous avons de nous protéger des agressions de l’extérieur, à savoir l’amour des siens et de son prochain. Il y a à la fois l’évocation de la finitude ("Le temps qui passe et qui repasse / Nous raccourcit quoi que l’on fasse") et cette soif d’amour qui nous prolonge malgré tout ("On s’empiffrera de baisers / Même si le temps nous est compté"). Oui la vie est rude mais les sentiments qui nous lient sont plus forts que tout. Chanter est pour moi une façon de se donner du courage malgré l’adversité : "Avance, avance, même s’il n’y a rien à

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voir, avance, avance, même s’il est trop tard, avance, avance, avance encore…". Paradoxalement, si le thème global de cet album est assez ambitieux, je trouve que votre écriture va toujours vers plus de simplicité, devenant de plus en plus évidente : vous travaillez sur des lieux communs pour les rendre universels, comme dans "Se souvenir des belles choses", qui atteint une plénitude rare. Comment conciliez-vous ambition de fond et simplicité de forme ? Est-ce que vous élaguez énormément, ou est-ce que c’est votre propre écriture qui s’est auto-restreinte sans efforts ? Bertrand Betsch : Cette simplicité est une pente naturelle chez moi. Il y a toujours eu une forme de classicisme dans ma façon de faire. La plupart des auteurs-compositeurs sont à la recherche de la chanson qui restera, qui fera date, qui deviendra un standard. Et je fais partie de ceux-là bien que cette "aspiration" ne soit pas non plus mon but premier. Je fais bien souvent les choses de façon inconsciente. Je crois beaucoup en l’inspiration et peu au travail. Si c’est laborieux alors cela ne m’intéresse pas. Tout doit couler de source : la musique comme le texte. D’où une forme de dépouillement dans mes chansons. Rien de sinueux. Une ligne claire, une ligne droite. "Se souvenir des belles choses" illustre assez bien ce processus. Trois accords répétés à l’infini accompagnés d’une rythmique lancinante, le recours à l’anaphore, une mélodie de chant simple, un thème universel… Bref une chanson qui va à l’essentiel pour parler de l’essentiel : le rejet de ce qui nous entrave et la célébration de ce qu’il y a de beau dans l’humain… Pour cette chanson j’ai d’abord posé la musique et les mots sont venus s’y glisser comme une sorte d’évidence. C’est comme si ce thème musical appelait ces mots-là. La jonction fut naturelle, fluide, évidente. Il suffisait de partir de cette locution ("se souvenir des belles choses") pour que le texte en découle, comme un oiseau déploie ses ailes. Il est plusieurs fois question de l’enfance dans cet album, sans les aspects cyniques ou cruels ("Petits Mammifères", "Berceuse Pour Un Bébé Mort") des albums précédents, mais chaque fois liée à une grande douceur, une vision inquiète mais tendre sur l’avenir. Je crois savoir que vous n’avez pas d’enfant vous-même, donc : quel genre d’enfant étiez-vous ? Est-ce que vous considérez l’enfance comme un paradis perdu, pour l’évoquer avec tant de beauté ? Y a-t-il quelque chose, pendant votre enfance, qui a décidé de votre vocation ? Bertrand Betsch : L’enfance est l’état relativement insouciant qui précède l’âge adulte auquel correspond l’état anxieux. En cela il est précieux. J’étais un enfant extrêmement rêveur. Je vivais dans une sorte de bulle que je m’étais créée et à l’intérieur de laquelle personne ne pouvait pénétrer. J’avais une faculté à évoluer dans un monde parallèle assez incroyable. Je ne laissais au principe de réalité que très peu de place. Je me tenais toujours à distance du monde extérieur. Je n’avais aucune capacité à me concentrer et à prendre part à quelque chose de collectif. D’où de grandes difficultés scolaires. L’école a toujours été source d’angoisse pour moi. J’y étais totalement réfractaire. Si j’y étais présent physiquement, mon esprit en revanche faisait l’école buissonnière. Appartenant à un milieu social favorisé je n’ai redoublé que deux classes, mais au prix d’un suivi permanent extrascolaire. L’expression "être dans la lune" n’est pas assez forte pour évoquer mon état psychique d’alors. Je vivais de façon totalement autarcique dans mon imaginaire, lequel était vaste comme une planète. La nuit je rentrais en moi comme on rentre au couvent, avec foi et abandon. La journée je laissais flotter mon esprit par dessus bord. Au moment de l’adolescence la réalité a fini par me rattraper. Elle a fait effraction en moi de manière de plus en plus violente. Le monde était là qui frappait à ma porte et j’avais beau m’arc-bouter, il m’imposait sa présence. C’est précisément à ce moment-là, c’est-à-dire à l’âge de douze ans que ma vocation m’est apparue : "je serai musicien, chanteur et écrivain". Et depuis jamais ma ligne n’a dévié. J’ai tout fait pour devenir cela, un artiste, avec un entêtement et une persévérance sans faille. Pourquoi cet entêtement ? Parce que ma vie en dépend. Parce que les choses de la vie, si elles ne sont pas transfigurées et sublimées par l’art, me sont insupportables. Pour en finir avec l’enfance, je citerais le titre d’un livre de Régis Jauffret qui résume l’approche que j’en ai : "L’enfance est un rêve d’enfant". La conséquence de cet apaisement dont je parlais, c’est que je ne retrouve pas dans ce disque l’un de ces "gestes radicaux" dont vous parsemiez les précédents, et qui leur apportaient un côté parfois spectaculaire… Vous n’avez plus besoin, désormais, de ce genre de chanson-monstre ("Psycho-killer", "Romance", "Tout Vu") ? Etesvous encore capable d’en écrire et, si oui, pourquoi vous être abstenu pour ce disque-ci ? Bertrand Betsch : J’ai toujours écrit des chansons-monstres et j’en ai des dizaines en réserve. J’en publierai sans doute encore mais toujours avec parcimonie. Il y a chez moi le souci de ne pas assommer l’auditeur, de ne pas

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systématiquement le mettre mal à l’aise. Pour cet album, je voulais quelque chose de doux et de caressant. Je porte en moi une grande violence mais aussi une soif d’harmonie, de calme, d’apaisement. L’intranquillité est le régime psychique qui me caractérise le mieux. Cependant j’aspire à plus de sérénité, d’où la tonalité relativement soft de l’album. Alors oui ce disque est le premier qui ne comprend pas de "geste radical", mais comme on dit : méfiez-vous de l’eau qui dort. Je dois aussi reconnaître que je suis quelqu’un d’assez clivé. D’un côté j’ai toujours rêvé de faire de la variété, d’avoir la carrière d’un Souchon, Balavoine, Yves Simon, voire Michel Berger (qui sont tous des artistes que j’admire). D’un autre côté j’ai toujours été quelqu’un de très tourmenté, de "désolé", de mélancolique et d’agité. Avec l’arrivée de la quarantaine certaines choses se sont décantées et je peux goûter à présent de vrais moments de calme. Je suis moins dans l’autodestruction et cela malgré toutes sortes d’addictions. Avant je marchais sur un fil. J’aurais pu me foutre en l’air à n’importe quel moment. Aujourd’hui je sais que quoi que je fasse, je ne me départirai jamais de cette mélancolie qui est comme une seconde peau. Mais j’ai appris bon an mal an à faire de ma vie quelque chose de constructif. Cela ne s’est pas fait tout seul. Je me suis construit dans la relation à l’autre. Le couple que je formais avec Nathalie Guilmot, bien que bancal, m’a apporté une forme de confiance en ce que je faisais. Le couple que je forme aujourd’hui avec ma femme Audrey m’équilibre et me donne confiance en moi. Beaucoup d’artistes vouent un culte à l’accident créatif, qui confère une touche d’immédiateté à une chanson : je pense à Christophe faisant de son morceau quasi-improvisé "Elle Dit Elle Dit" un classique… ou à vous, revendiquant l’inspiration-minute pour "Au Cinéma". Y a-t-il un morceau purement spontané sur ce dernier album, aussitôt créé aussitôt enregistré et pas retouché ? Avez-vous le culte de la première prise (celle où l’émotion est censée être la plus nue, pas encore retravaillée) ou aimez-vous au contraire peaufiner inlassablement ? Bertrand Betsch : Les morceaux de cet album ont été dans l’ensemble enregistrés assez vite et peu ou pas retouchés. "L’inspiration-minute" est très rare. Il s’agit plutôt d’une inspiration qui court sur une journée ou deux. En revanche "l’accident créatif" est toujours présent. Chaque chanson est en fait un accident. La rencontre fortuite entre une mélodie, des mots et un accompagnement. Mon travail n’est pas une recherche mais plutôt une forme d’accomplissement. Je ne fais pas des chansons comme on va à la mine. Je traverse des périodes où je flotte dans une sorte de laisser-vivre et puis tout d’un coup il y a une ampoule qui s’allume dans mon cerveau et je me sens traversé par quelque chose qui me dépasse. Et c’est là que survient l’accident créatif. Après se pose la question de la mise en forme et là chaque chanson a sa propre histoire. Pour "Un peu de bruit", il y a ce sample et cette guitare saturée qui s’enlacent dans une première étreinte et ces quelques vers qui s’en mêlent très rapidement, puis ce pont bruitiste qui vient casser le morceau en deux. Là c’est vite plié. "Pour une chance", "Avance" et "Comme le monde va", c’est une écriture à deux sous forme de ping-pong lexical, la musique venant après comme on habille une jolie fille. "Le Soir" est une chanson éclair datant des années 90 et re-liftée 10 ans après par Hervé Le Dorlot. Il n’y a pas de recettes. Les choses se font, ont leur propre vie et un jour se figent pour toujours au moment du mastering. Paradoxalement, c’est en se figeant que les chansons accèdent à une sorte de seconde vie à travers leur réception par l’auditeur qui les anime à sa façon. Une chanson a donc deux vies. Celle qui correspond à sa conception et celle qui correspond à son appropriation par le public. En ce qui concerne l’enregistrement propre il n’y a pas de règle. Tout dépend du niveau de difficulté technique de ce qui est enregistré. Tout peut se faire en une prise ou deux (comme pour la voix de "Un peu de bruit") comme en cent (les arpèges de "Je n’ai pas eu le temps"). Cependant, d’une manière générale, c’est dans les dix premières prises que tout se joue. Après l’intention s’émousse et le jeu ou l’interprétation deviennent mécaniques. Sur ce disque, comment s’est passée la collaboration avec les deux ou trois autres instrumentistes présents ? Sont-ils arrivés à la toute fin pour peaufiner, ou y a-t-il des arrangements que vous avez pensés ensemble ? Bertrand Betsch : Dans le cas de "Pour une chance", j’ai fait un enregistrement comportant les éléments de base. Hervé Le Dorlot a travaillé sur cette version originale et a rajouté les ukulélés, les motifs rythmiques et certains motifs mélodiques. Pour "Le soir", j’avais enregistré une première version sur un 4 pistes en 1996 d’une durée d’une minute trente. En 2007 Hervé s’est emparé du morceau et, tout en gardant la ligne mélodique et mes trois accords, l’a complètement réinventé en y mettant sa patte. Le côté très atmosphérique de la version finale vient entièrement de lui. En ce qui concerne "La voix du vent", j’ai enregistré la guitare acoustique et les voix puis Luc Spencer est passé un après-midi chez moi et a improvisé les arrangements, enregistrant tous les claviers en deux heures. Qu’il s’agisse d’Hervé qui fut mon guitariste sur scène de 1997 à 2008, ou Luc qui fut mon claviériste sur scène de 2004 à 2008, je leur ai laissé toute liberté, les deux loustics étant des musiciens et arrangeurs hors pair.

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Comment avez-vous écrit avec Nathalie Guilmot ? Quand on est un auteur-compositeur-interprète, est-ce qu’on laisse facilement la place à l’autre pour s’exprimer dans le cadre étroit d’une chanson ? Qu’est-ce que sa sensibilité, différente de la vôtre, a apporté à vos nouvelles chansons, selon vous ? Est-ce que cette "positive attitude" dont je parlais plus haut est liée à sa présence ? Bertrand Betsch : Ecrire à deux est pour moi très difficile. C’est une violence que je me fais. Car j’aime être entièrement maître du navire. Cependant force m’est de reconnaître que cette collaboration a donné de très beaux fruits. Nathalie m’a apporté sa fraîcheur, une simplicité, une sorte de poésie enfantine qui a beaucoup de charme. Le processus d’écriture à deux s’est à chaque fois déroulé de la même façon, à savoir selon une méthode du type "ping-pong". L’un lance un vers, l’autre l’attrape au vol et en renvoie un autre. De sorte qu’à la fin on ne sait plus trop bien qui a fait quoi. Le tout donne souvent quelque chose de très carré. C’est toujours plus facile de se fixer un cadre prosodique lorsqu’on écrit à deux. Par exemple : des vers octosyllabiques, trois couplets et trois refrains sur "Pour une chance". C’est cette structure qui donne la cohérence à la chanson, qui sans cela pourrait sembler peu homogène et indigeste. D’où le côté très classique des chansons co-écrites. A l’inverse, lorsque j’écris seul je me permets plus de liberté : les pieds varient, les structures aussi, le geste est plus rapide et plus spontané. Le mélange de ces deux formes d’écriture donne une forme d’équilibre à l’album que je trouve assez réussi. Paradoxalement, alors que le disque semble plutôt apaisé, il a été suivi par une double rupture : avec votre maison de disque, mais aussi avec Nathalie Guilmot (l’album a été enregistré en couple, mais ce n’est plus le cas)… Allez-vous retravailler avec Nathalie Guilmot ? Que deviennent les chansons enregistrées pour son projet solo (j’en ai entendu deux, "Insomnie" et "Le Manteau Rose", très réussies). Votre label a-t-il vocation à soutenir aussi d’autres artistes qui vous sont proches ? Bertrand Betsch : La rupture avec Nathalie s’est faite en douceur. L’amitié a remplacé l’amour. Notre relation devenait vers la fin très lacanienne : demander à l’autre ce qu’il n’a pas… Je ne sais pas si l’on retravaillera ensemble étant donné la distance géographique qui nous sépare (un millier de kilomètres) et le fait que Nathalie s’est désengagée de la musique pour poursuivre sa voie dans les arts plastiques. Cela étant dit, le double-album La Nuit Nous Appartient, dont le mixage vient de commencer, comportera de nombreux duos que nous avons composés et enregistrés ensemble en 2009, soit un an avant notre rupture. Son projet solo restera sans doute lettre morte. Les maquettes n’étaient que des essais assez inaboutis. Même s’il y avait dans le lot deux ou trois très belles chansons. Au-delà, notre label a effectivement pour ambition de développer d’autres artistes, pas forcément proches mais en tous cas talentueux. Je suis depuis quelques mois le travail de Jérémie Kiefer. J’ai arrangé certains des morceaux de son premier album solo et je fais ce que je peux pour l’aider à faire aboutir son projet. Les moyens malheureusement nous manquent mais il y a une multitude d’artistes que j’aimerais signer sur le label. Je me souviens que dans les années 90 lorsque j’étais chez Lithium, Vincent Chauvier me soutenait qu’il ne croyait pas à l’idée qu’un artiste de talent puisse passer entre les mailles des filets des maisons de disques. Il avait sans doute raison. Il faut dire que le niveau en France à l’époque était calamiteux. Aujourd’hui il y a pléthore d’artistes extrêmement doués qui sont dans la nature, sans label, sans personne pour les accompagner, les soutenir, les produire et cela m’est insupportable. "Les Indignés" est une chanson politique, un commentaire sur la société actuelle. Quels sont les chanteurs que vous trouvez exemplaires en la matière ? Beaucoup d’artistes vomissent ou ironisent sur la chanson engagée. Avez-vous des références en la matière ? Jusqu’où peut-on écrire sur des sujets pareils, aussi triviaux, sans tomber dans le travers simplificateur – une tendance Café du Commerce ? Bertrand Betsch : Ecrire une chanson "politique" est un exercice à haut risque, j’en conviens. Peu d’artistes y sont parvenus sans sombrer dans le ridicule. "Hexagone" de Renaud me paraît assez réussie. "Et si en plus il n’y a personne" de Souchon est pour moi exemplaire. Faire un tube d’une chanson sur le fait religieux et ses dérives est assez culotté. Souchon est de toute façon un grand modèle pour moi. Il peut faire passer à peu près n’importe quoi dans ses chansons sans jamais être lourdingue. "Le Patriote" de Raphaël est, je trouve, bien envoyé. Mais les plus forts en ce domaine restent Noir Désir et surtout Saez et son album J’accuse, que je trouve extrêmement jouissif tant au niveau des textes que musicalement. Pour ma part, j’ai opté dans "Les Indignés" pour quelque chose d’assez complexe puisque je mélange l’ironie (poussée à l’extrême sur le premier couplet), l’humour, l’émotion (sur les refrains), le constat politique et la colère (en fin de morceau). Pendant longtemps je me suis désintéressé de la chose politique car jugeant cela trop trivial, voire futile (cf les petites joutes verbales auxquelles se livrent les politiques depuis toujours dans le seul but de se faire remarquer tout en prétendant servir la France). Ce n’est qu’assez récemment que je me suis rendu compte à quel point le fait politique

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pouvait impacter de manière extrêmement violente et tangible notre quotidien et les mœurs de notre pays. Quand par exemple le racisme ordinaire est relayé par le pouvoir en place donnant lieu à des expulsions massives de personnes démunies. Quand quelques oligarques manipulent les leviers de la finance comme on joue aux osselets plongeant ainsi toute l’Europe dans une crise très profonde. Quand trouver un job, un logement, faire sa vie devient un parcours d’obstacles. Quand survivre plutôt que vivre est pour certains le lot quotidien. Quand l’extrémisme est légitimé par l’Etat. Quand on ne sait plus vraiment qui exerce véritablement le pouvoir. Quand les valeurs boursières se substituent aux valeurs morales, alors là oui, je pense qu’il y a péril en la demeure et que les artistes et intellectuels – en tant qu’âme et conscience d’une société – se doivent de se mobiliser. Vous prévoyez un double-album pour 2012, et avez lancé une souscription pour financer sa distribution. Quelle sera la direction musicale de ce prochain disque ? Plus rentre-dedans, à l’image du dernier single ? Bertrand Betsch : J’ai enregistré 22 titres début 2009, seul ou en compagnie de Nathalie Guilmot, ce qui a donné lieu à ce projet de double-album intitulé La Nuit Nous Appartient. D’autres titres enregistrés en 2011 sont venus se greffer à ce projet. Je dois donc maintenant faire un choix de morceaux, pour éviter de me retrouver avec un triple album. Ces choix sont difficiles à faire. Sortir un double album a un coût important, or les ventes du Temps Qu’il Faut n’ont pas généré de profits. A court d’argent nous avons donc trouvé cette solution qui consiste à faire appel à la solidarité participative de mes "fans" via le site de financement de projets KissKissBankBank. L’objectif des 5000 euros a été atteint. Cela va nous permettre de terminer l’album (notamment le financement du mixage) et de fabriquer un objet luxueux en tirage limité (sans doute un millier) à un prix je l’espère raisonnable. Toutes les personnes qui ont versé de l’argent pour le projet se verront gratifiés de contreparties plus ou moins importantes selon la hauteur de leurs dons. Cela va du nom du donateur sur le livret à un concert privé en passant l’acquisition d’un manuscrit, l’écriture d’un texte mis en musique par mes soins, le double album en avant-première, un album d’inédits offert, etc., les contreparties étant cumulatives. Comme je l’ai dit plus haut, le double album sera très rythmé, assez pop-rock, voire électro-pop, avec de temps en temps des ballades guitare/voix mélancoliques. Il y aura peu de plages dépouillées ou minimales mais au contraire beaucoup de morceaux très arrangés et entraînants. Les textes correspondent au versant le plus poétique de mon travail. Donc pas de rapport avec le single "Au Top". L’ensemble sera très mélodique. Vous parlez souvent de Gérard Manset (notamment dans "Les Indignés") : est-ce que vous oseriez écrire des chansons aussi "littéraires" que les siennes, dans le genre "grande chevauchée avec texte interminable"? Et par extension : que vous inspire le slam ? Pourriez-vous, un jour, faire primer le texte scandé sur la mélodie? Ou estce que la forme couplet-refrain et nombre de pieds régulier est une contrainte qui vous épanouit ? Bertrand Betsch : Je ne me sens pas assujetti à la forme couplet/refrain et aux règles de la prosodie (et cela même si j'aime bien évoluer dans un cadre classique). J'ai d'ailleurs mis en musique des extraits d'un texte littéraire que j'avais publié l'année dernière sur mon blog (Chroniques Terriennes). Le résultat était probant dans un style parlé/chanté dans la lignée de Diabologum et consorts. Je pensais mettre ce morceau de 28 minutes en ligne cette année. Malheureusement le disque dur de mon ordinateur a crashé et je n'ai pu récupérer le fichier sur mon disque dur externe. Certaines boîtes sont spécialisées dans l'extraction de fichiers dans des disques durs crashés mais elles sont assez onéreuses. Du coup le projet est reporté sine die. Pour ce qui est de Manset, son influence commence à se faire sentir sur mon travail. J'écris de plus en plus de textes longs donnant lieu à des morceaux hors format. Certains figureront sur les albums à venir. D'une manière générale je ne m'interdis rien. La musique offre un champ de possibles quasiment infini. En 2007, vous avez sorti un livre intitulé La Tristesse durera Toujours. Je me souviens que dans A Nos Amours, le personnage incarné par Maurice Pialat disait à sa famille : "je pense qu’on n’a pas compris ce que voulait dire Van Gogh avec ça". On avait cru que Van Gogh parlait de sa tristesse, alors que selon Pialat, il voulait parler de celle des gens autour… Pour vous, qu’est-ce que ça signifie, cette citation ? Maintenant que votre musique est plus apaisée (Le Temps Qu’il Faut) ou plus combative ("Au Top", "Les Indignés"), regrettez-vous d’avoir tant mis en avant l’idée de souffrance ? Bertrand Betsch : Le titre "La Tristesse Durera Toujours" est effectivement une phrase empruntée au film de Pialat. Cette phrase attribuée à Van Gogh (sans doute à tort d’après ce que je sais), je me la suis appropriée non pour faire l’éloge de la souffrance mais plutôt pour traduire un état mélancolique qui depuis toujours m’accompagne. Non pas que je sois toujours malheureux (il m’arrive même d’être joyeux) mais il me semble, comme on dit, que le bonheur est sans paroles et que ce qui alimente l’œuvre d’un artiste sont essentiellement ses plaies et bosses, ses fêlures, ses déchirures, ses failles, ses faiblesses, ses blessures… Je maintiens qu’une des attributions principales de l’exercice de l’art consiste

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à sublimer la part de souffrance qui nous habite. Après, l’humour et l’ironie peuvent être aussi des chemins pour apprivoiser la douleur. Vous communiquez beaucoup sur le web – mais paradoxalement, vous regrettez qu’on ait "plein d’amis… seul face à l’ordi" ("Les Indignés"). Jadis, vous disiez aussi que le public allait au live comme au bordel, qu’il payait pour voir l’artiste faire sa pute… Est-ce que les concerts intimistes de ces derniers temps ont changé quelque chose à cette vision ? Sentez-vous désormais la "chaleur humaine" des gens qui vous suivent et viennent vous applaudir ? Bertrand Betsch : "On a plein d’amis / Seuls face à l’ordi" résume bien le phénomène Facebook. On est connecté avec des centaines de personnes que pour la plupart on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, seul face à l’écran, ce qui est pour le moins paradoxal. Cependant, chacun y trouve son compte car même si c’est une forme de communication un peu sommaire, il n’en reste pas moins que l’on y partage certaines choses, qu’il s’agisse de goûts artistiques ou d’opinions. Sans compter que parfois ces relations virtuelles se transforment parfois en relations réelles et pérennes. Après tout la plupart des gens avec lesquels je travaille, voire qui partagent ma vie, je les ai d’abord croisés sur le net. Ma vision du public a changé. Le déclic s’est fait avec les concerts en appartement. Là j’ai pu rencontrer mon public, échanger, sympathiser, partager. Avant, lors de tournées traditionnelles, il m’arrivait de donner des concerts sans jamais croiser les gens en dehors de la scène, ce qui impliquait une certaine distanciation et une certaine froideur. Il m’arrive à présent de jouer de plus en plus souvent dans une très grande proximité avec le public, et de ressentir effectivement "la chaleur humaine". Après "Au Cinéma" en 2007, vous avez sorti récemment des chansons intitulées "Se Souvenir Des Belles Choses" (titre d’un film de Zabou Breitmann) ou "Tout Est Pardonné" (titre d’un film de Mia Hansen-Love), et sur Je Vais Au Silence, vous chantiez dans un couplet "De battre mon cœur s’est arrêté…". Quelle part d’inspiration vous apporte le cinéma ? Quels sont vos films de chevet, ceux qui vous ont éventuellement inspiré un vers, une chanson ? Bertrand Betsch : Le cinéma n’est pas particulièrement une source d’inspiration pour moi. En revanche je me sers souvent de titres de films (que parfois je n’ai même jamais vus) ou de livres comme point de départ d’un texte qui n’aura rien à voir avec l’œuvre à laquelle il emprunte le titre. Il s’agit en quelque sorte de samples lexicaux. Ce sont juste des titres que je trouve beaux en soi, détachés de l’œuvre, et qui agissent comme des déclencheurs de mes propres fictions. Mes films de chevet sont les suivants : Mauvais Sang de Leos Carax, Paris Texas de Wim Wenders, La Maman et La Putain de Jean Eustache, Jeanne Dielman de Chantal Ackerman, l’œuvre de M. Night Shyamalan, celle de Pierre Salvadori, A History of violence de David Cronenberg, In the Mood For Love de Wong Kar Waï, Les Idiots de Lars von Trier, l’œuvre d’Atom Egoyan, Zabriskie Point d’Antonionini, Flandres de Bruno Dumont ou encore Gerry de Gus van Sant… Toujours à propos de cinéma… J’ai lu que vous aviez un projet de court ou moyen métrage ? Pouvez-vous nous en dire plus ? Bertrand Betsch : J’ai écrit un moyen métrage à la demande d’un producteur. Malheureusement ce scénario qui me tenait beaucoup à cœur a été recalé par tous les organismes de financement car jugé trop "littéraire". Il faut dire que j’en ai un peu marre du courant naturaliste qui, depuis Pialat, est devenu le tout venant (voire le dogme) du cinéma français. Moi je rêve de choses plus poétiques à la Leos Carax. Carax est certainement le cinéaste français le plus ambitieux, c’est pourquoi sans doute on ne lui accorde plus la liberté de réaliser des films. C’est bien triste. Dans La Tristesse…, vous disiez que vous ne voulez surtout pas créer un "style Bertrand Betsch". Et dans Je Vais Au Silence, vous chantiez "J’ai tant voulu la transparence". Est-ce que ce n’est pas paradoxal, de la part d’un artiste ? Est-ce que l’idée d’être singulier vous effraie ? Ou est-ce simplement que vous craignez d’être identifiés à des tics (d’écriture, de production) comme d’autres chanteurs n’ayant pas su se renouveler ? Bertrand Betsch : Je dois bien me résoudre à admettre qu’il y a un style Bertrand Betsch, ou du moins une démarche qui m’est propre. A en juger par la façon dont mes disques sont reçus par la critique et le public, c’est-à-dire un peu comme des Objets Musicaux Non Identifiés. Je me trouve devant une forme d’évidence, à savoir que ce que je fais ne ressemble qu’à moi et est donc difficilement étiquetable et repérable. J’ai toujours pensé que ce que je faisais était destiné au plus

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grand nombre. Je me voyais déjà en une sorte de nouveau Souchon… Ce que je fais me paraît limpide et évident. Mais je dois être le seul à le penser puisque dans la réalité des faits, je vends moins de disques qu’un groupe de post-rock expérimental. A bien y penser cet état de fait n’est qu’à moitié étonnant. En effet, dans la mesure où j’ai toujours été considéré par les gens comme quelqu’un d’un peu différent et décalé, il n’est pas anormal que ma musique puisse paraître aussi singulière, étrange aux gens qui l’écoutent. Quand je fais une nouvelle chanson, c’est toujours avec l’idée que c’est un tube. Et au final cela ne l’est jamais. Va savoir pourquoi… De la même façon que l’on ne sent pas ses propres odeurs corporelles, on est bien incapable de savoir quelle image nous renvoyons et comment est perçu ce que l’on fait. Alors oui, il y a sans doute chez moi et dans mon travail quelque chose de très singulier. Je suppose que l’on peut dire de ma musique qu’elle est une sorte de variété indé. Après tout c’est une étiquette qui en vaut bien d’autres…

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Froggy Delight’s  (critiques)   Nicolas Brulebois Janvier 2012

Le temps qu’il faut A force de publier ses albums après de longues périodes de silence, la discographie de Bertrand Betsch paraît assez variée, même si les fondamentaux de son écriture n’ont pas changé. Ayant eu le temps de digérer et oublier les prédécesseurs, chaque nouvel opus nous a paru singulier par sa production et sa ligne directrice. Au petit jeu des classifications, on pourrait dire que La Soupe A La Grimace (1997) est son album le plus riche en mélodies et arrangements chatoyants, BB Sides (2001) le plus lo-fi, Pas De Bras Pas De Chocolat (2004) celui qui contient les styles les plus diversifiés… Quant à La Chaleur Humaine (2007), il apparaît avec le recul comme le disque le plus équilibré de son auteur : moins riche que le premier (tellement bon qu’il en devenait écoeurant), moins dur que le second (tellement intègre qu’il paraissait autiste), moins hétéroclite que le troisième… Si l’on ne peut parler d’album "synthèse" ou d’œuvre "de la maturité" (termes journalistiques qui nous font toujours rire), on peut quand même dire qu’il est le plus classique dans sa forme – ce qui implique sans doute qu’il vieillira mieux que les autres… Nouvel album "physique" (après la compilation d’inédits Je Vais Au Silence, uniquement numérique), Le Temps Qu’il Faut est sorti il y a quatre mois. Une fois encore, cela n’a pas été sans peine : conçu immédiatement après La Chaleur Humaine, le projet a été proposé à sa maison de disque vers 2008, et refusé : il a donc végété dans un tiroir pendant trois ans, avant de nous parvenir. L’album doit donc être replacé dans sa temporalité réelle : même s’il sort cinq ans après son prédécesseur, on ne peut pas dire qu’il s’en différencie beaucoup par la forme et l’option musicale choisie. C’est plutôt une continuation, et la confirmation de ce qui pointait déjà dans La Chaleur Humaine : l’apaisement progressif du chanteur, moins écorché qu’à ses débuts. Lui qui avait jusque-là décliné tous les registres de la souffrance – au point d’intituler son livre La Tristesse durera Toujours – paraît ici échapper à sa neurasthénie coutumière. Sans forcément devenir gai luron, son désespoir s’est changé en une douce mélancolie, qui nourrit sa création autrement. Beaucoup de titres de ce nouvel opus affichent donc une couleur optimiste : "Avance Encore", "L’avenir est devant", "Se souvenir des Belles choses", "Tout Est Pardonné" parlent d’eux-mêmes. Hormis "Les Figurants" (paroles négatives et orchestration glaciale) qui jure un peu par rapport au reste, l’artiste distille une note d’espoir au milieu du désastre et annonce d’entrée de jeu : "même si nos vies sont minuscules… il y a encore ta lumière qui me sert de point de repère". Donnant le ton de l’album, "Pour Une Chance" est un single évident, ritournelle pop qui fait plaisir à entendre et se grave en mémoire instantanément. Cette voix douce qui ouvre le bal (avant d’être rejointe par B/B/ sur fond d’accordéon sans flonflon) est celle de Nathalie Guilmot – qui officiait déjà sur La Chaleur Humaine. Elle réapparaît à plusieurs reprises et semble mettre du baume sur les plaies mal fermées de son (ex) compagnon. Sur "Avance Encore",

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écrite à deux mains, l’alliage est optimal : portée par un rythme allègre, la chanson incite à se bouger les fesses, "même s’il est trop tard, même s’il n’y a plus d’espoir", transformant le négatif en positif (thème récurrent de l’album). Sur la même opposition, "Comme Le Monde Va" commence en reggae light (réminiscence de "Temps Beau", sur Pas de Bras Pas De Chocolat…) et pointe du doigt les multiples avanies d’une société à la dérive. Le refrain, à l’unisson, effectue ensuite un virage à 180° : même si le propos est grave ("que devra-t-on dire à l’enfant qui viendra ?"), la tendresse partagée atténue la noirceur, et l’on en sort revigoré plutôt que déprimé. Sur ce même mode "berceuse malgré la catastrophe", Nathalie Guilmot entonne à la fin du disque une comptine (cachée après la piste 14) sur les beautés de l’hiver, qui tempère la désillusion du "Soir" chanté juste avant par Bertrand… En somme, la voix de Nathalie Guilmot est utile lorsqu’elle contraste avec celle, toujours un peu plaintive, de Bertrand Betsch. Mais sur certains titres languissants chantés de façon plus univoque, le mélange fonctionne moins bien : "La Voix du Vent", que l’on avait découverte en 2008 lors d’un live acoustique sur Aligre FM, pêche par excès de sucre. Malgré la mélodie superbe, les voix à l’unisson deviennent doucereuses et le carillon rend l’ensemble un peu mièvre, avec un côté boy-scout. Il y manque ce petit contraste qui faisait le sel des morceaux pré-cités. Idem pour "L’Avenir Est Devant" : Bertrand chante les couplets en solo d’une voix presque éteinte – et quand Nathalie le rejoint au refrain, c’est la catastrophe : la douceur redoublée devient redondante, la beauté se mue en joliesse, la tendresse en mollesse… On a subitement envie de les secouer, pour les sortir de leur cocooning vocal engourdissant ! Dieu merci, tout le disque n’est pas de cet acabit et des morceaux plus pop rehaussent l’ambiance : "Avance Encore", dont on a déjà parlé, est excellent ; "Je N’ai Pas Eu le Temps" sublime la déception amoureuse – une relation trop brève – avec guitare électrique limpide et batterie qui donne envie de danser. Ses breaks plus calmes permettent à l’auteur d’immiscer de petites touches sensuelles – "le dessin de tes lèvres qui faisait monter la fièvre… ton ventre qui bâillait, les portes qui claquaient" – à sa joyeuse complainte. Le temps (ses aléas, ses avanies) est le thème général autour duquel s’organise le disque. Cela induit des chansons plus ouvertement poétiques, moins directes que celles écrites par le passé. Ainsi, le tu et le nous est-il préféré au je, ce qui donne aux textes une tournure plus globalisante. Mais on peut aussi très bien écouter l’album sans tenir compte de cet aspect "conceptuel" ; on y entendra juste des chansons sur de grands thèmes universels… Toujours pop mais un poil plus acide (avec break joliment distordu), "Juste Un Peu de Bruit" repose sur un motif guitaristique simple qui, répété en boucle avec une boîte à rythme et un mélodica, est si "catchy" qu’on aimerait qu’il ne finisse jamais. A propos du mélodica, il faut noter que c’est lui qui donne sa couleur particulière aux arrangements de l’album. Dans son excellent livre La Tristesse Durera Toujours, Betsch liait cet instrument à l’idée d’enfance (de l’art), trouvant sa simplicité en accord avec le statut d’ "éternel débutant" qu’il revendique. La forme rejoint le fond : ces mélodies attachantes bercées d’instruments jouets portent des textes évoquant les paradis perdus. Dans le genre, "Les sables mouvants" est exemplaire : cette plage paisible déroule des clichés d’enfance enfuie (sur la plage, justement) sans niaiserie ni nostalgie vieux con. Le synthé joue un thème d’orgue de barbarie, un petit accordéon complète le tableau : la force de la mélodie dépasse le lieu commun de l’orchestration typiquement "chanson réaliste" et, par les réminiscences qu’elle provoque, nous confronte à notre propre mémoire. On le voit, Betsch a délaissé les arrangements luxuriants de ses débuts pour s’orienter vers une simplicité de bon aloi, un assèchement "pauvre mais beau" (pour reprendre un titre de Dino Risi), allant à l’essentiel. Il ose des structures répétitives qui, à force de ressasser certains clichés, les fait accéder à la poésie par la grâce d’une mélodie inspirée. C’est le cas avec le splendide "Se Souvenir Des Belles Choses" : sur un motif tournoyant de synthés très doux, il déroule la litanie des petits plaisirs dont il faut se souvenir pour survivre "quand le monde a la peste". Les premiers vers sonnent un peu creux ; puis la répétition du motif nous les impose en douceur ; et lorsqu’il conclut en évoquant "le lait de la tendresse humaine", on est conquis : la chanson a pris de l’ampleur (à mesure que l’orchestration allait crescendo), le cliché est devenu une évidence. Dans le même genre répétitif qui commence à agacer mais finit par émouvoir, citons aussi "Des Journées Dans Les Arbres" : la voix du chanteur n’avait jamais paru si forcée, si haut perchée (évidemment, puisqu’elle est dans les arbres…). Poussée à ce point, sa fragilité semble un peu exhibitionniste, et l’on ressent un petit malaise. Puis, à mesure que les mots répètent leur credo, la mélancolie entame son travail de sape et cette nudité des cordes vocales finit par toucher la corde sensible. Au final, retournement de perspective : on tient là un de nos morceaux préférés du disque (ce qui n’était pas gagné d’avance). Après "Les Figurants" et "Comme Le Monde Va", belles chansons inquiètes dont on a déjà parlé, et le morceau très dépouillé qui donne son nom au disque, l’album se conclut en beauté : "Tout Est Pardonné" (encore un titre emprunté au cinéma) est digne de figurer parmi les plus belles chansons de son auteur. Là encore, il emploie les mots les plus simples et "bateaux" pour écrire l’évidence (la magnanimité qui sauve la vie). On frôlerait le lieu commun s’il n’y avait

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cette musique : très pure, avec ukulélé et mélodica pour la part d’enfance, qui transcende la simplicité du texte et le rend universel. On est loin des "Complaintes du Psycho-Killer" et autres morceaux hargneux d’antan. Sans tomber dans le béni-oui-ouisme, on aime qu’un artiste autrefois torturé chante enfin les plaisirs de la vie. Le vers "La nuit éclaire le jour qui suit" suggère que la mélancolie assumée peut avoir un rôle constructif… et introduit le dernier morceau : "La Nuit", justement, où le chanteur "attend le soir pour ne plus rien y voir" et échapper aux horreurs du dehors. Il s’accompagne d’une guitare électrique lancinante… avant que d’autres instruments le rejoignent, pour un final grandiose sans être tape-à-l’œil. Ensuite, la comptine dont on a déjà parlé clôt le disque sur un bel épilogue. Au final, les réserves de départ sont vite passées, et ce disque s’avère, une fois de plus, un bon cru. Sans doute moins diversifié que les précédents, il apparaît plus monochrome dans les thèmes et orchestrations, avec quelque chose de doux et lancinant (mélancolie positive) qui n’explose jamais : l’apaisement revendiqué nous prive de ces morceauxmonstres qui donnaient un côté spectaculaire aux albums de jadis. Ce que l’on perd en surprise, on le gagne en cohérence : alors que les précédents disques de B/B étaient durs à avaler d’une traite (soit parce qu’ils étaient trop riches, soit parce qu’ils s’étiolaient avant la fin – rayez la mention inutile), celui-ci s’écoute en entier, avec une douce montée en puissance. Les morceaux s’enchaînent sans heurts, tout coule de source sans que (presque) rien de dissonant trouble le plaisir. Certains y verront une faiblesse, prendront cet apaisement pour un renoncement, l’harmonie pour de la monotonie, etc. D’autres trouveront qu’à force de parler du temps qui passe et de poétiser des lieux communs, il finit par être pontifiant. C’est un risque à courir… De notre côté, on apprécie que Bertrand Betsch ait complété sa palette discographique avec cet album salutaire, qui laisse de côté la douleur et cherche l’harmonie. Le Temps Qu’il Faut nous a accompagné tout l’hiver : sa "chaleur humaine" rassure quand il fait froid et que tout va mal. On pourra juger ça mièvre. Mais en ces temps de crise et de cynisme généralisé, il est vital que quelqu’un chante la bonté sans second degré et invite à "se souvenir des belles choses". Nous, en tout cas, on se souviendra de ce disque.

Je vais au silence Que sont devenus les "chantres du murmure" qui composaient, il y a quinze ans, l’ex Nouvelle Chanson Française ? Emergée dans le sillage de Dominique A – dont La Fossette ressort opportunément ces jours-ci – cette mouvance réunissait des gens divers, qui connurent, cela va de soi, des fortunes variées. Certains ont crevé l’écran – Katerine, Miossec – d’autres plus ou moins disparu (l’excellente Natacha Tertone, le duo Perio, les Superflu dont on est sans nouvelles). La plupart restent cependant actifs et continuent à sortir des disques, luttant contre l’indifférence des médias – mais bénéficiant d’une ferveur non démentie, de la part des gens qui les découvrirent à l’époque. Evidemment, cette "nouvelle scène" n’avait rien d’homogène et n’existait que dans un fantasme journalistique, quelque part entre Inrockuptibles, Magic ou Bernard Lenoir. Cela dit, on peut quand même affirmer qu’un label comme Lithium, qui servit de rampe de lancement à plusieurs artistes importants, a été essentiel. Les disques qui survivent à cette épopée "indé" prouvent qu’au-delà de leurs singularités, ces artistes avaient en commun une certaine idée de l’intégrité, où minimalisme formel – mixant chanson et héritage new-wave – rimait avec richesse d’inspiration, sans que l’exigence nuise à l’émotion. Parmi tous les albums parus à l’époque, il en est un qui n’a jamais quitté nos platines : La Soupe à La Grimace, publié en 1997 par Bertrand Betsch. Alors que La Mémoire Neuve (LE succès public du label) a été plus ou moins renié par son auteur Dominique A – le disque, effectivement, vieillit mal – le coup d’essai de Betsch s’est bonifié, et apparaît avec le recul comme un coup de maître. La faillite du label et la non-réédition du CD lui ont valu, depuis, un petit culte : c’est typiquement le disque qu’on offre aux intimes – ceux à qui l’on veut du bien – pour leur faire partager un beau secret. Si Bertrand Betsch n’a jamais fait mieux que ce premier album… il n’a jamais fait moins bien non plus : sa discographie, malgré les difficultés et changements de labels, est resté d’une qualité égale, connaissant des évolutions à défaut de révolutions, et des succès d’estime faute de ventes importantes. Malgré un frémissement tubesque en 2004 (avec le single radio "Pas De Bras, Pas De Chocolat"), il n’a jamais touché le grand public. Sa musique n’est pourtant pas rebutante : depuis 2007 et La Chaleur Humaine, son écriture s’est adoucie, moins torturée que par le passé – simplifiant la forme sans renier le fond, pour atteindre une forme de classicisme classieux. Même si les textes gardent un ton mélancolique inaltérable, ses disques regorgent de mélodies aisées à fredonner – bien plus, par exemple, que ceux des Miossec ou Dominique A, dont les chansons moins évidentes se vendent paradoxalement mieux. Las, cette ouverture n’a pas suffi, et les disques de Bertrand Betsch demeurent donc l’apanage d’un cercle de happy few.

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L’an passé, reprenant sa carrière en main après rupture avec un label, l’artiste a sorti son premier album numérique : vendu à partir de 5€, il s’intitule Je Vais Au Silence et compile une douzaine de morceaux écrits depuis quinze ans, non utilisés sur les disques officiels. Malgré les apparences, ces titres ne sont absolument pas des rogatons : les longs intervalles entre albums ont laissé le temps à BB de peaufiner son "back catalogue", et les chansons pas encore entendues sont souvent aussi bonnes – voire meilleures ! – que celles déjà publiées. Je Vais Au Silence offre le privilège d’entendre l’artiste solo : en prise directe avec l’âme, sans les habituels intermédiaires musiciens. Même s’il s’agit d’enregistrements domestiques, il n’est pas question ici de démos au son crachotant, mais de réalisations abouties sur lesquelles Betsch joue tous les instruments. La simplicité n’exclut pas les arrangements : discrets, ceux-ci sont néanmoins diversifiés et ne se résument pas à l’éternel accompagnement guitarevoix. On l’a dit : Bertrand Betsch donne depuis quelques temps l’impression de s’être ouvert au monde. Si la gaieté n’est pas son fort, du moins sa mélancolie est-elle moins pesante que par le passé, d’autant plus facile à appréhender que ses créations deviennent toujours plus évidentes. "Ne Sachant Pas", qui ouvre le disque, pose ce paradoxe fondateur : sur un tapis de guitares moelleuses, Betsch déroule sa litanie de défauts ("je suis creux, je suis taiseux, insuffisant, je suis manquant" etc.) avant de clamer sa mue de vilain petit canard touché par la grâce : "Mais moi je porte le feu de Dieu !", finissant sur des guitares électriques carillonnantes du plus bel effet, qui emportent le morceau. Sur cette opposition aigre-douce, changeant le propos désabusé en ritournelle, on trouve aussi "La Transparence" : le narrateur regrette de n’avoir su échapper à la foule, exprime le mal-être de l’individu incapable de descendre "du train en marche vers les lieux communs"… Mais le rythme entraînant et les chorus joyeux soignent ce blues, et il finit par assumer sa position, affirmant n’être "pas chose à vendre" et ne plus vouloir "se faire avoir" par le "tribunal du regard". L’enrobage pop rend la neurasthénie souriante et permet d’aller de l’avant, d’affirmer son refus du monde sur un rythme allègre et dansant. Dans le même genre "la musique adoucit les mœurs", mais plus dérangeant : "Berceuse Pour un Bébé Mort" actualise un thème déjà abordé dans La Chaleur Humaine – plus précisément sa chanson "Ce Ventre-Là", qui brodait sur une paternité fictive entre joie (à l’idée d’avoir un enfant) et souffrance (à l’idée qu’il lui ressemble). Ici, la mort d’un môme est envisagée sur un mode ambigu, à mi-chemin entre tendresse et… fait divers ! On ne sait pas si c’est le narrateur qui a tué le bébé. On ne sait pas non plus si c’est un enfant qu’il s’agit d’endormir à coups de berceuse, ou bien lui-même (BB = bébé) regrettant son enfance morte. Malgré cette indécision potentiellement cynique, la mélodie d’une grande douceur fait passer le texte comme une lettre à la poste… si bien qu’on se sent presque coupable d’y prendre plaisir – comme jadis pour sa "Complainte du Psycho-Killer", dont la forme efficace faisait accepter le propos extrêmement noir. Ici, le grinçant est rendu supportable par la simplicité de la voix, qui n’en fait pas trop, ne sombre pas dans le Grand Guignol. Comme souvent, Betsch réussit un mélange rare entre gêne et plaisir. Il gratte là où ça fait mal pour aider à nous sentir mieux, évoque avec légèreté un thème difficile (qui, mal traité, aurait pu devenir une obscène "chanson de société" à la Linda Lemay). Creusant ce sujet, il chante également "Philippe", complainte à "toi l’enfant mort, qui bouge encore". Là, on ne moufte plus : alors que la berceuse était d’une grande douceur, cette nouvelle chanson est tendue, sur un mode hypersensible qui interdit tout ricanement. Une fois encore, on ne sait si l’auteur pleure sa propre enfance ou un vrai bébé décédé. (A titre personnel, le titre nous rappelle un livre de Camille Laurens portant le même nom, qui évoquait son enfant mort quelques heures après la naissance). Mais quelle qu’en soit l’inspiration initiale, cette chanson est salutaire : elle invite à dépasser la douleur, tourner la page et se réconcilier avec soi-même, "il faut s’en aller maintenant, rabattons le drap". Là encore, la mélodie évidente permet au morceau d’atteindre l’auditeur en plein cœur, le déranger en profondeur. Au final, c’est sans doute l’une des plus belles réussites de son auteur, toutes périodes confondues. Sur un mode plus léger, "Le Grand Chapiteau" est une petite sucrerie qui redonne le moral : ce sentiment amoureux, exprimé naïvement ("Tu m’as juste regardé et ça m’a rendu beau"), résiste au ridicule grâce à la mélodie entêtante et à la foi du chanteur, qui semble jeter son cœur dans ses mots, sans pour autant en faire des tonnes. Le texte file la métaphore du titre ("on hisse la grand voile, direction les étoiles"), avant de glisser quelques notes sexuelles qui, traitées avec délicatesse, ne ruinent pas l’édifice mais le parachèvent avec doigté. "Les Amoureux" évoque aussi ce thème du bonheur, mais vu de l’extérieur : dans une observation proche des "Bancs Publics" de Brassens (le ridicule des gens grisés d’amour), Betsch dresse la liste de promesses des amants tout nouveaux tout beaux, qu’ils ne tiendront évidemment pas, rattrapés au vol par la réalité… Mais comme Brassens qui, avant la fin, prenait le parti des tourtereaux contre la "sainte famille machin", Betsch, après avoir pointé du doigt l’illusion propre aux romances… finit par s’inclure dans le lot de "nous les amoureux".

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Dans le genre "sentiment universel porté en chanson", BB chante aussi ces moments "Quand Le Passé Remonte", où l’on hésite entre souvenir mal digéré et nostalgie à venir… La solution est donnée à la fin, légère et enlevée : "chante chante et danse danse", montrant à quel point il s’est débarrassé de ses angoisses d’antan. Plus loin, il prend le contrepied de Dominique A en affirmant "Rien ne sera plus comme avant". Mais là encore, au-delà du spleen de voir changer les choses (notamment "le sourire des petits"), il invite à jouir du temps qui passe – la douce mélancolie donnant une épaisseur supplémentaire aux plaisirs du présent, avant qu’ils ne deviennent des joies passées. L’album s’achève sur un sommet paradoxal : la chanson-titre "Je Vais au Silence" semble évoquer à la fois son extinction de voix (survenue en 1997 et ayant occasionné sa "mue" artistique) et, au sens figuré, le drame de l’artiste privé de label. Exprimé sur fond de synthé minimaliste, d’un ton détaché qui semble dénué de toute colère, son "Adieu" final a des vertus cathartiques : loin de fermer sa gueule, BB a ensuite décidé de se secouer, créant son propre label et sortant ce disque dans la foulée. Vendu 5€ sur son site, il lui a permis de financer la distribution de son cinquième album matériel, Le Temps Qu’il Faut (dont on reparlera dans quelques jours). Pour autant, Je Vais Au Silence ne doit pas être considéré comme une simple parenthèse : malgré la compilation de morceaux écrits à des périodes très diverses, il ne fait pas le yo-yo entre des esthétiques différentes. L’enregistrement solo garantit la cohésion, et l’on serait bien en peine de dire quelle chanson est la plus ancienne. C’est donc une création à part entière, qui doit être envisagée comme un véritable album – et qui rivalise en qualité avec ce qu’on aimait déjà chez lui, auparavant. Pour compléter l’achat – et graver un beau CD plein jusqu’à la gueule – on peut aussi se procurer, sur son site, un petit joyau : six inédits datant des sessions de La Soupe à la Grimace, retrouvés, remasterisés et enfin présentés au public. Là encore, on n’a pas le sentiment d’écouter des vieilleries, mais des diamants que le temps n’a pas terni, et qui tiennent admirablement la route face à leurs prédécesseurs. On se demande pourquoi Lithium a délaissé ces titres à l’époque : hormis "La Confiture", comptine entraînante mais un peu anecdotique, tout le reste est d’un niveau d’écriture et (surtout) de composition qui tutoie les cimes. "L’appel de la Forêt" ou "Les Jours Sans" sont des classiques instantanés, rivalisant sans peine avec les "Passer Sous le Métro" ou "L’Ouverture des Miroirs" d’antan. Surtout, la confrontation des inédits entre eux permet de faire un point (temporaire) sur l’évolution de Bertrand Betsch : la "littérarité" du premier album, textes remplis de chausse-trappes et formules un brin tarabiscotées, a été remplacée par une écriture qui va à l’essentiel et touche plus profondément. Musicalement, il a aussi perdu en luxuriance mélodique ce qu’il a gagné en sobriété : aux orchestrations un peu trop "yann-tierseniennes" du premier disque (sur lequel travailla Christian Quermalet, ceci explique sans doute cela), il oppose aujourd’hui des arrangements simples, baissant d’un ton le lyrisme au profit d’une émotion moins apprêtée – mais bien réelle. Quoi qu’il en soit : malgré ces variations au fil des ans, l’inspiration reste cent coudées au-dessus de la "Nouvelle Chanson Française" actuelle. Dans une récente interview à Télérama, Vincent Delerm récusait son statut de chef d’école et citait en exemple des gens plus doués mais moins reconnus comme Florent Marchet, Julien Baer… ou Bertrand Betsch, donc. Le compliment n’était pas usurpé, et on aimerait bien que l’hyper-célébré Dominique A fasse de même… En attendant que les rôles s’inversent et que les derniers deviennent les premiers (on peut toujours rêver), l’auditeur bien inspiré se consolera en suivant les aventures de B/B/ : outre un nouvel album paru il y a trois mois (Le Temps Qu’il Faut), il vient d’offrir un single en téléchargement ("Au Top"), et de lancer une souscription visant à produire un futur LP (La Nuit Nous Appartient, sur le site KissKissBankBank)… Bref, pour paraphraser ses derniers morceaux : "l’avenir est devant" et malgré les avanies, Bertrand Betsch "avance encore"… On en reparlera.

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Concerts  

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4 mars 2012 : Ciné 13 Théâtre à Paris (75) 13 avril 2012 : La Ferme des Bains douches à Lignières (81) 14 avril 2012 : La Menuiserie à Pantin (93) 28 avril 2012 : Concert en appartement à Nantes (44) 7 juin 2012 : Connexion à Toulouse (31) 14 ou 15 septembre 2012 : La Nef à Angoulêmes (16) à confirmer 30 novembre 2012 : Mediathèque à Gentilly (94)

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Dossier de presse de Bertrand Betsch

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