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A magazine focusing on art & fashion

THE MINIMALIST ISSUE

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ALBAPRAT BARTHOLOT BRENDANGEORGEKO CEDRICJACQUEMYN DANIELEDELNERO GWENVANDEN EIJNDE IRISVANHERPEN JENNYHART KATEMCCGWIRE KIMIKOYOSHIDA SUSANNAMAJURI XHXIX

#03 - THE MINIMALIST ISSUE Rédacteurs en chef : Guillaume Ferrand guillaumeferrand@veinemagazine.fr

Rédactrice mode : Katarina Jansdottir katarinaj@veinemagazine.fr Contributeur : Julien Magalhaes julienm@veinemagazine.fr

Anne Wiss annewiss@veinemagazine.fr

En couverture : Anna P. pour KLRP Studio Paris Photographiée par Fahd El Jaoudi et Alex Silberstein Pour toutes informations ou pour devenir annonceur, contactez - nous à : postmaster@veinemagazine.fr Pour tout le reste, retrouvez - nous sur notre site : www.veinemagazine.fr

p. 5 : Editorial p. 7 : Iris Van Herpen p. 13 : Brendan George Ko p. 21 : Alba Prat p. 29 : Bartholot p. 37 : Kimiko Yoshida p. 43 : Xhxix p. 47 : Death Before Dishonor p. 52 : Revues des collections printemps / été 2012 p. 63 : Cédric Jacquemyn p. 73 : Susanna Majuri p. 79 : Kate MccGwire p. 87 : Gwen Van de Eijnde p. 97 : Jenny Hart p. 103 : Daniele Del Nero

EDITO Bonjour et bienvenue dans ce nouveau numéro de Veine, intitulé « The Minimalist Issue ».

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Ce nom n’est évidemment pas anodin puisqu’il représente un changement dans la présentation du magazine. Un nouveau logo, une nouvelle mise en page, plus épurée, plus simple, bref, minimale. Nous sommes donc heureux de vous offrir aujourd’hui un magazine que nous considérons plus mature, et espérons que c’est ainsi que vous le ressentirez. Les changements sont en fait partout. D’abord, vous pourrez découvrir notre première série photo exclusive, « Death Before Dishonor », réalisée par Fahd El Jahoudi et Alex Silberstein, mais aussi des interviews inattendues, telles que celles de Iris Van Herpen, Bartholot ou Kate MccGwire, pour n’en citer que quelques unes. De plus, l’équipe s’agrandit définitivement, cette évolution esthétique était donc aussi un moyen d’illustrer ces changements. Enfin, nous possédons maintenant un véritable site internet, sur lequel vous pourrez retrouver différentes sections, comme les Highlights of the week ou les Reviews, grâce auxquels nous mettons en avant nos coups de coeurs et nos découvertes. Bonne lecture donc, en espérant que le vide vous emplisse ! Guillaume Ferrand & Anne Wiss, Rédacteurs en chef

ORIAL

VEINE MAGAZINE

Hi and welcome in this new Veine’s issue called « The Minimalist Issue ». This name is obviously not hasardous since it represents a change in the whole magazine’s aspect. A new logo, a new layout, purer, simpler, in brief, minimalistic. We are finally happy to bring you today a magazine that we consider as more mature, and hope that you’ll feel the same. In fact, changes are everywhere. First, you’ll discover our first exclusive photo shoot, « Death Before Dishonor », realized by Fahd El Jahoudi and Alex Silberstein, but also some unexpected interviews, such as Iris Van Herpen, Bartholot or Kate MccGwire, to quote just a few. Moreover, the team is definitely rising up, so this aesthetic evoltuion was also a way to illustrate those changes. Finally, we now have a real website, on which you’ll be able to find different sections, like the Highlights of the week or the Reviews, used to present our new crushes and discovers. Well, have a good reading, and let’s hope that the void can fill your head ! Guillaume Ferrand & Anne Wiss, Editors in chief

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IRIS VAN HERPEN

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VEINE MAGAZINE

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Iris. Une introduction rapide, qui es-tu, où es-tu, que fais-tu… ? IRIS VAN HERPEN/ Je suis Iris, 27 ans, née dans un petit village des Pays-Bas nommé Wamel, j’y ai grandi, puis ai pas mal voyagé avant d’entrer à l’Académie d’Art en section mode à ARTEZ, Arnhem. J’y suis toujours basée. J’ai fait des stages chez Alexander McQueen et Claudy Jongstra, puis ai lancé ma propre marque après mes études, en 2007. Au travers de mes créations, je cherche un équilibre entre techniques traditionnelles et innovation par l’utilisation de nouvelles techniques et matériaux. J’aime collaborer et intégrer différentes disciplines et personnalités dans mon travail, tel que des artistes, des danseurs, des architectes, des techniciens, etc. Ils m’apportent l’inspiration, la connaissance et parfois une nouvelle façon d’aborder la création et le monde. V/ Ok, avant tout, je souhaite te remercier pour cette interview. Ici, toute l’équipe est vraiment fan de ton travail. Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ? IVP/ Je ne me souviens pas exactement à quel moment mon intérêt pour la mode s’est manifesté, mais j’ai étudié la mode à l’Académie d’Art, et c’est à partir de là que c’est devenu une partie de moi, puis j’ai fait mes stages chez McQueen et Jongstra. À l’Académie, j’ai appris les basiques, la connaissance des matières, la couture, la création de motifs, etc, mais pas vraiment le design actuel, ou la mode telle qu’elle est aujourd’hui. C’est quelque chose que j’ai la sensation d’apprendre maintenant au travers de ma marque. Mes premiers pas après l’école ont d’abord été de trouver une compagnie de Relations Publiques avec laquelle travailler puis de présenter mon travail à la Fashion Week d’Amsterdam, puis vendre, faire plus de collaborations, puis être visible internationalement, développer des chaussures, et ainsi de suite. V/Quoi et/ou qui sont tes inspirations ? IVP/ Je trouve principalement mes inspirations dans les choses de tous les jours, mais qui ne sont pas nécessairement visibles et plutôt intrigantes. Par exemple, ma collection « Synesthesia » s’inspire de nos sens assemblés entre eux, « Radiation » parle des radiations que l’on ne voit pas (téléphone, internet, télé etc.), qui nous entoure et traversent nos corps et nos cerveaux ; à quoi ressemblerait le monde si nous pouvions apercevoir tous les rayonnements autour de nous ? Enfin, « Escapism » traite des nouveaux moyens d’échapper à nos réalités personnelles et plus particulièrement à nos addictions. Il y a un monde numérique évoluant autour de nous, et les

gens se créent même deux identités : une dans la vraie vie, une en ligne. V/Si tu devais avoir un top 3 de designers, qui seraient-ils ? IVP/ Alexander McQueen, Riccardo Tisci, Nicholas Ghesquière. V/Tes créations sont très complexes. La relation entre l’artisanat et les nouvelles techniques apportent un résultat très fort. Peux-tu nous expliquer un peu ton processus de création ? IVP/ J’ai toujours été intéressée par les matières, elles sont toujours le point de départ pour moi. J’ai été assez vite fatiguée de travailler seulement avec du tissu, le résultat final est toujours trop prévisible, je sais avant même de créer ce que je peux ou ne peux pas faire. Si j’utilise des matériaux inconnus que je n’ai pas encore expérimenté, c’est un vrai challenge et je ne peux pas savoir si ça marchera ou pas. Je vais d’avant en arrière, jusqu’au moment où j’obtiens un résultat auquel je n’aurais pu m’attendre. Ça me satisfait. Au-delà des matériaux, j’ai également besoin de ce challenge avec la technologie. Collaborer avec des gens et travailler ensemble, comme avec un architecte par exemple, m’apporte à la fois un procédé inattendu, et me pousse au-delà de mes propres connaissances. Mais les nouvelles technologies sont seulement intéressantes si l’humain peut y être impliqué. Sans cet équilibre, le design est mort. Pour moi, le travail manuel doit nécessairement être associé aux nouvelles inventions et matériaux. V/ Quel est le niveau de relation entre la mode et l’art dans ton travail ? Peut-on dire que certaines de tes créations peuvent être quasiment considérées comme des sculptures ? IVP/ Je vois la mode avant tout comme une expression artistique. Pour moi, c’est bien plus qu’un outil fonctionnel ou un produit commercial et sans sens. Dans mon travail je cherche le sens profond de la mode et essaie de la faire avancer, comme le monde autour de nous, qui bouge et se développe également. Une robe obtient sa forme finale lorsqu’elle interagit avec le corps qui la porte. Je regarde ce qui arrive au vêtement lorsque le corps commence à bouger, et à l’inverse, comment le corps réagit par rapport au vêtement. Une robe augmente et modifie un corps. Cependant mon point de départ n’a pas grand chose à voir avec le fonctionnel, mais plus avec la forme et l’émotion. On peut dire qu’avec moi, le fonctionnel suit la forme, plus que l’inverse. Même si le vêtement

est créé en « consultant » le corps, il peut parfaitement se suffire à lui-même. Il est capable d’avoir du sens seul, parce que pour moi les vêtements ne jouent pas le rôle de subordonnés du corps. Mais au final, c’est toujours un vêtement, pas une sculpture portable.

FR

Iris Van Herpen. Ce seul nom parlera déjà à grand nombre d’entre vous. Une créatrice géniale qui a su s’imposer sur la scène internationale en moins de 3 saisons. Son sens du spectaculaire nous a toujours parlé, et ses « sculptures à porter » avaient bien évidemment leur place dans un magazine tel que Veine. Nous somme honorés d’avoir pu interviewer cette créatrice, sur laquelle il faudra clairement compter dans le futur.

V/ Que considérerais-tu comme limites à une relation parfaite entre art et mode ? IVP/ Je me demande si il y a bien une limite à cette relation. Je la vois plus comme une recherche constante d’une balance entre les deux, comme la signification du fait que la mode et l’art sont en changement constant. As-tu déjà quelques idées pour la prochaine collection ? IVP/ Je travaille en ce moment sur le concept et fais des recherches de matériaux et de techniques, mais je n’ai pris encore aucune décision sur la direction que je souhaite prendre. V/ Une carte blanche pour le magazine. Tu peux dire tout ce qu’il te passe par l’esprit. IVP/ J’ai découvert quelques artistes très intéressants grâce à Veine, donc j’attends de voir la suite ! Retrouvez Iris sur internet via : www.irisvanherpen.com

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EN

INTERVIEW

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VEINE MAGAZINE/ Hi Iris. A quick casual introduction, who are you, where are you, what do you do… ? IRIS VAN HERPEN/ I am Iris, 27 years, born in a little village in the netherlands called Wamel, grew up there, did quite a lot of traveling and then went to the art academy for fashion at ARTEZ, Arnhem. In that city I am still based, in the Netherlands. I did internships at Alexander MQueen, and Claudy Jongstra, after graduating I started my own label in 2007. Whitin my designs I search for a balance between craftsmanship and innovation in new techniques and materials. I like doing collaborations and intergrate different diciplines and people into my work like artist, dansers, architects, technologists etc. They give me inspiration, knowledge and sometimes a new way of looking to design and to the world. V/ Ok, first of all, I want to thank you for that interview. Here in the team we’re all very impressed by your work. Can you tell us a little bit more about your cursus ? your evolution. Studies, first internships, first steps in the fashion world. IVP/ I do not remember when my interest for fashion exactly started, but I studied fashion on the art academy, that is for me the moment fashion started to live with me, and then I did my internships at McQueen and Jongstra. At the academy I learned the practical basics, fabric knowledge, stitching, pattern making, etc, but not so much about the actual designing or about fashion. That is something I feel I am learning now through actually having my label. My first little steps after the academy were first having a PR company to work with and then showing at the Amsterdam fashion week, then doing some sale, starting on more collaborations, after that showing internationally, developing shoes, and so on. V/ What and/or who are your inspirations ? IVP/ I mostly find my inspiration from daily things in life around me, but that are not so visible and therefore even more intriguing. Examples are ‘Synesthesia’ which is the sensitivity of our senses that get mixed up, ’Radiation’ is about all the invisible radiation (telephone, internet, tv etc) around us that is going through our bodies, our brains ; how would the world look like if we could see all the radiation around us ? ‘Escapism’ is about modern ways of escaping our personal reality and all addictions that therefore arise. There is a digital world growing around us, and people even create themselves two identities : one in real life, another online. Those subjects on our world today, the changes and especially all the things we don’t know (I think we don’t have a clue on how little we know) I find fascinating to translate into material ; a collection. Artist that inspire me are Kris Kuksi, Michael

Hansmeyer, Steve Gschmeissner and many others. V/ If you had to quote 3 top designers, who would they be ? IVP/ Alexander McQueen, Riccardo Tisci, Nicholas Ghesquière. V/ Your creations are very complex. The relation between craftsmanship and new technics brings a very strong result. Can you develop a little bit about your creation process ? IVP/ I have always been interested in materials, they are always the starting point for me. I got bored quite soon from working with only fabrics, as it is so predictable in what is happening, I know before hand what I can and can’t do. If I work with unknown materials that I did not work with before it is a real challenge and I have no clue if it will work or not, I go back and forth and in the end I find a result that I could have not predict before. That makes me satisfied. Apart from the materials I also need that challenge in technology. To collaborate with people and to work together, with an architect for example, gives me also an unpredictable process and brings me beyond my own knowledge and ability in the design process. But new techniques are only interesting if there is still a human aspect in it. Without that balance, the design is dead. Craftsmanship/ handwork mixed with new inventions and materials is necessary for me. V/ What is the level of relation between fashion and art in your work ? Can we say some of your creations can be almost considered as sculptures ? IVP/ Fashion for me is a form of art. I try to find a balance between both of them. You can see my dresses as sculptures but also as a dress to wear. I see fashion first of all as an artistic expression. Fashion for me is more than just a functional tool or a commercial and meaningless product. With my work I search for the meaning of fashion and try to move fashion forward like the world around us, that is moving and developing as well. A dress gets its final form by interacting with the body that wears it. I look at what happens to the garment as the body starts to move and, on the other side, how the body reacts to the garment. A dress ekes out and changes a body. Therefore my starting point does not have much to do with functionality but with form and emotion. You could say that with me, the function follows the form, more than the contrary. Although the garment is created in « consultation » with the body, it can also perfectly stand on its own. It can get a meaning on its own, because for me clothes do not have a subordinate role to the body. But all in all it’s still a garment, not a wearable sculpture. V/ What would you consider as the limits of a perfect relation between art and fashion ? IVP/ I wonder if there is a limit to that relationship. I see it more as a constant research of a balance

between them, as the meaning of the fact that both fashion and art are constantly shifting. Je me demande si il y a bien une limite à cette relation. Je le vois plus comme une recherche constante d’une balance entre les deux, comme la signification du fait que la mode et l’art sont en changement constant. V/ Do you already have ideas for the next collection ? IVP/ I am working on my concept at the moment and doing research into materials and techniques, but I did not make any decisions yet in what direction I will choose. V/ A « carte blanche » for the mag. You can say anything that comes to your mind. IVP/ I came across some very interesting artists through Veine, so I look forward to see what is coming up ! You can find Iris on the Internet via : www.irisvanherpen.com

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Crédit Photos : Michel Zoeter

Images extraites de la collection Capriole saison Automne/Hiver 2011-2012

VEINE MAGAZINE

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INTERVIEW

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BRENDAN GEORGE KO Brendan George Ko est un personnage intrigant. Un photographe à la sensibilité palpable, dont les questionnement et les hésitations ressortent par le biais de ses images. Un artiste avec qui on aimerait discuter pendant des heures. Pour cette interview, il nous fait l'honneur d'aborder des sujets dont il n'a pas l'habitude de parler, de nous raconter des histoires et de nous éclairer un peu plus sur sa démarche. VEINE MAGAZINE/ Bonjour Brendan, avant tout, peux-tu te présenter ? Qui es-tu, où es-tu, que fais-tu ? BRENDAN GEORGES KO/ Bonjour, je m’appelle Brendan George Ko, je vis actuellement à Toronto au Canada, la ville où j’ai reçu mon BFA en Photographie. C’est également là que je suis représenté. Je suis partagé entre l’envie de déménager aux États-Unis ou repartir à l’école pour mes masters de journalisme et d’arts visuels.

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V/ Quelles sont tes sources d’inspiration ? B.G.K/ Ces deux dernières années mon travail s’est focalisé sur l’Atmosphère, et plus précisément sur les atmosphères surnaturelles. Mes travaux vont du portrait à la nature morte, en passant par des paysages d’intérieur. Je m’inspire de mon enfance passée dans le désert enchanté du Nouveau Mexique, et du cinéma (en particulier du cinéma des années 70-80 de Spielberg et Ridley, avec une pointe de Kubrick). En plus de ça, un des personnages récurrent dans mon travail est mon oncle Jorge, qui a disparu de sa maison pendant l’été 99. Plus personne n’a entendu parlé de lui, sa maison était exactement comme il l’avait laissé et a été vendu par sa mère. La seule chose dont je me souviens est son coté mystérieux et son lettre d’adieu particulière. V/ Que cherches-tu à évoquer dans ton travail ? B.G.K./ Je veux mystifier les gens, les emmener dans un monde limité par le cadre d’une photographie et les faire disparaître à l’intérieur, provoquer leur mémoire et leur imagination vers quelque chose d’invraisemblable. Quelques fois j’aimerais être le spectateur de mes images, être perdu à l’intérieur ou avoir une sensation stimulant plus d’un souvenir à la fois. Je pense qu’en fin de compte, à partir du moment où je cherche à poser une sensation sur un souvenir, c’est déjà perdu, puisque l’image est remplacée par le travail de celle-ci, quelque chose disparaît pendant la création. V/ Il y a un contraste dans tes images entre le calme et une certaine violence, en es-tu conscient ? B.G.K./ La violence n’est pas quelque chose dont j’étais conscient, j’ai tendance à mélanger les opposés, créer quelque chose de beau et de sinistre à la fois, quelque chose de lumineux et de sombre en même temps. Mes images sont toutes des hybrides à des niveaux différents. J’essaie de penser à ce qui pourrait s’apparenter à de la violence, peut-être le halo de lumière sur les visages dans la série « The Black Hole », ou le trou brûlé dans « Barking Wall », la façon dont ils déchirent la chair d’un objet d’une réalité à une autre, l’action elle-même est violente, passant à travers, brûlant son chemin à travers le monde, l’envahissant. V/ Le rapport au passé est très présent dans ton travail, peux-tu nous en dire un peu plus ? B.G.K./ Mon sens de la mémoire est primordial dans chacune des images que je fais. Je suis passé du dessin à la photographie simplement parce que photographier les gens et les endroits m’aide à étendre ma capacité de mémorisation. J’ai une mauvaise mémoire, j’oublie beaucoup de choses et j’ai du mal à me souvenir de mes rêves. Ayant déménagé beaucoup dans mon enfance, ça a beaucoup secoué mes souvenirs parce que chaque endroit a son propre sens de la réalité. À chaque fois que je déménageais, ma notion de la réalité était remplacée par une autre, et comme un rêve après le réveil, ton esprit l’oublie doucement et la réalité soudaine renvoie le souvenir du rêve au plus profond de l’esprit, là où c’est dissimulé et sombre. Je confondais les souvenir vécus avec des rêves et les poussais automatiquement dans cet endroit de mon esprit, et quand quelque chose remplace ce souvenir, les racines des rêves le tirent avec elle.

VEINE MAGAZINE

V/ Pourquoi ce choix de formats carrés ? B.G.K./ Le carré est à la fois un choix technique et de composition. Pendant ma thèse, j’ai laissé tomber mon appareil de reportage 4x5 pour un Hasselblad dans le but d’avoir un résultat qui serait entre ce que j’avais en tête et le hasard, quelque chose qui pourrait apparaître entre les cadres. Il y a une différence entre la « lenteur » d’un reflex de moyenne qualité et un appareil qui représente exactement ce que je compose, d’un coup. De plus, le carré est très neutre, c’est ni étiré comme un format paysage, ni monumental comme un format portrait, ça s’étend d’une manière égale sur tous les cotés. De plus, je photographie tout comme « une pyramide dans un carré », c’est une sorte de nom donné pour cette position centrale que je donne à mes composition, et d’habitude ils ont tous une base haute qui s’élargit vers les angles du bas. V/ Quel est le lien entre tes images et tes installations ? B.G.K./ Mon travail d’installation et mes photos fonctionnent de la même manière, les deux cherchent à préserver quelque chose, comme la série de sculptures « Before I Die », toutes les boîtes que j’ai fait ont la fonction de préserver un message. C’est la même chose pour mes photographies, elles conservent un moment, un sentiment, un message. Pendant que je travaillais sur « The Barking Wall », j’ai commencé à prendre confiance en mes idées, qui étaient plus élaborées et qui requerraient des sculptures. Mon travail s’est tourné vers la sculpture et les décors, qui sont pris en photos avec des effets cinématographiques. Une fois que la photo est faite, ces installations sont habituellement détruites, jusqu’à récemment, puisque je construis maintenant des sculptures qui servent à la fois pour mes photographies et pour l’installation. V/ Si tu ne faisais pas ce que tu fais, qui aurais-tu voulu être ? B.G.K./J’écrirais, je considère l’écriture comme la chose la plus honnête que je puisse faire en tant qu’humain, c’est simple et direct, permettant d’affirmer les choses le plus franchement possible. J’ai commencé un blog il y a 3 ans avec seulement des images, se concentrant sur l’art, mais il s’est transformé en un projet où j’écris de petites histoires et autres sur des sujets qui occupent mes pensées quotidiennes. Il sert de purgatoire, sans ça je serais probablement devenu « loco ». V/ Et en conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets en cours ? B.G.K./ En ce moment je me mets aux miniatures, c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire et il y a quelque chose dans la création de paysages et la mise en place des conditions de lumière qui me ramènent au dessin et à la peinture, comme si on était le Dieu de sa propre création. A coté de ça, « The Barking Wall » prend du volume, une nouvelle série se prépare, se focalisant sur une atmosphère apocalyptique, et un livre texte / images de mes meilleures histoires et photos. Retrouvez Brendan sur internet via : www.brendangeorgeko.com

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The End Of The World

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VEINE MAGAZINE

Wondergist

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INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Hello Brendan, first of all, could you introduce yourself ? Who are, where are you based, what is your career pathway ? BRENDAN GEORGES KO/ Hi, My name is Brendan George Ko, currently I live in Toronto, Canada, the same city I received my BFA in Photography as well where I am represented. I’m somewhere between wanting to move back to the States ; going back to school for my masters ; focusing either on Journalism or Visual Arts. V/ What are your inspirations ? B.G.K/ For the past two years my work has focused on atmosphere, specifically supernatural atmospheres, and has ranged from landscape to portraits/still-life/domestic landscapes. The source of my inspiration stems from my childhood spent in the enchanted desert of New Mexico and cinema (specifically 70s-80s Spielberg and Ridley, with some Kubrick somewhere in there). In addition, a common figure in my work is my uncle, Jorge, who disappeared from his house in the summer of 99’. No one has heard from him, his house was left completely untouched the day he disappeared and was sold by his mother, and the only thing that remains is his mystery and a note saying goodbye in his own unique way.

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V/ What do you want to convey through your work ? B.G.K./ I want to mystify people, bring them to a world enclosed with the frame of a photograph and have them disappear within it, provoking their memory and imagination in something fantastic. Sometimes I wished I was an outsider to my images, to be able to be lost in them, or have a certain feeling that stimulates not just one memory but many at the same time. I think ultimately, seeing the memory and provoking that feeling within me is lost on me, since the image is replaced by the labor of it, it losing something in the process. V/ There is a contrast in your images between calm and a certain violence, are you conscious of it ? B.G.K./ Violence was never something I was conscious of, I tend to mix opposites, making something beautiful at the same time as sinister, something light at the same time as dark. They’re all hybrids on one level or another. I’m trying to think of what would come off as violence, perhaps the light flares growing out of people’s faces in The Black Hole images, or the burnt hole of Barking Wall, how they are ripping through the flesh of one object in one reality into another, and the action itself is violent, breaking through, burning its way into our world, invading it. V/ The connection with the past is very present in your work, could you tell us more about it ? B.G.K./ My sense of memory is my primarily reason for every photograph I take. I moved from drawing to photography simply because photographing people and places helped extend my ability of remembering. I have an odd memory, I forget a lot of things, and I mistaken a lot of memories for dreams. Moving around a lot as a kid displaced many of my memories because each place had a sense of reality of its own, every time I moved that notion of reality was replaced by another, and like a dream upon awakening your mind stops believing in the illusion of the dream, and the immediate reality pushes the memory of the dream far back into your mind where it is hidden and obscured. Lived memories were being mistaken for dreams and pushed into this vault, and when something cued that memory roots of dreams would pulled along with it.

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V/ Why the choice of square sizes ? B.G.K./ The choice of square is both for technical reasons and composition. During my thesis I put down my 4x5 field camera for a Hasselblad in order to get an image that would be between what I had in my mind and chance, something that would appear between frames. There’s a difference in « slowness » from a medium format slr to a field camera that very much deplicts how I compose, and accomplish a shot. In addition, square is very neutral, it is neither expansive like a landscape orientation, nor monumental as a vertical oriented photograph, it expands equally on all sides. In addition, I shoot almost everything as « a pyramid in a square », it is a sort of name given for that central position I compose my subjects, and usually they all have a point on their top which grows larger towards their bottom. V/ What is the link between your photographs and your installations ? B.G.K./ My installation work and my photographs function the same, both serve to preserve something, such as the sculpture series, Before I Die, all the boxes I made function to preserve a message. My photographes’ function is the same, it preserves a moment, a feeling, a message. Half-way through working with The Barking Wall, I started to gain the confidence to take on ideas that were more elaborate and required building objects. My work has become building sculptures and sets that are photographed with cinematic special effects, and once the photograph is done, the sculptures are usually destroyed, up until lately, where I’m building sculptures for both photographs and installation. V/ If you weren’t doing what you do, who would you be ? B.G.K./I would be writing, I consider it the most honest thing I can do as a human, it is simple, and simply talking, stating something as straightforward as possible. I started a blog over three years ago which started off as images and art related but it turned into project where I write short stories and rambles on subjects that are occupying my thoughts most of the day. It serves as a cathartic output that without I’d probably go loco. V/ And as a conclusion, can you tell us a little bit about your current projects ? B.G.K./ Currently I’m getting into miniatures, it is something I’ve always wanted to do, and there is something about creating a landscape, then creating the lighting conditions that brings me back to drawing and painting, where one was sort of a God of his or her creation. Alongside with that, The Barking Wall grows in volume, and a new series is being made that focuses on an Apocalyptic atmosphere, and a image/text book of my best stories and photographs.

You can find Brendan on the Internet via : www.brendangeorgeko.com

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White Noise

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Amongst The Crystal Fields

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ALBA PRAT

INTERVIEW

Alba Prat est un pari sur l’avenir. Il suffit pour cela d’observer la présence soudaine de sa collection de fin d’étude partout sur internet. Représentative de cette génération de designers 2.0, cette jeune femme fraîchement sortie de l’école livre une collection minimaliste, efficace et très mature. Rencontre.

FR

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Alba, commençons avec une présentation rapide. Qui es-tu, où es-tu, que fais-tu… ? ALBA PRAT/ Je suis en dernière année de mes études de mode à la Berlin University of the Arts. Actuellement je suis en stage chez Christopher Kane pour 4 mois. Après ça, je rentre à Berlin pour créer ma nouvellecollection. V/ Tu es dans le monde de la mode depuis très peu de temps, peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours ? AP/ Avant d’étudier la mode à Berlin, je vivais à Barcelone, où j’ai obtenu un diplôme en Science Environnementale et ai même travaillé un temps très court comme technicienne environnemental.

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V/ Comment c’est Berlin ? Tu apprécies la vie là-bas ? AP/ J’aime Berlin. En réalité j’ai déménagé là-bas pour la musique électro, dont je suis une grande fan, il y en a partout ici, comme les bonnes fêtes d’ailleurs. Après Barcelone, Berlin était un nouveau départ idéal pour moi. V/ Peux-tu nous expliquer ton processus de création ? Comment tu commences, comment ça évolue ? AP/ Mon processus de création dure 3 - 4 mois, le temps d’un semestre à mon université. En fait toutes les collections que j’ai faites jusqu’à présent sont le résultat d’un projet universitaire. L’inspiration est toujours le point de départ. C’est la phase de recherche qui va m’aider à créer le « moodboard » et les expérimentations avec les matériaux. La plupart du temps mes créations finales n’ont pas grand chose à voir avec ce que j’ai dessiné au d��part. En même temps je commence à coudre le prototype dans du calicot ou n’importe quel autre tissu de test. Quand j’ai finalement décidé des matériaux et du processus de création pour chaque vêtement, je couds les panoplies finales. Dans mes créations je combine toujours ma passion de l’expérimentation autour des surfaces et des matières, ma façon personnelle d’utiliser les couleurs et les formes et mon intérêt pour les nouvelles technologies. V/ Quelles sont tes inspirations ? AP/ L’architecture, les films, la nature, les souvenirs, la musique, les livres, les magazines, internet… Absolument tout ! V/ Ton top 3 de designers ? AP/ Jil Sander et Balenciaga. J’ai seulement un top 2.

V/ Es-tu également inspirée par l’art ? Essaie-tu d’établir une relation entre l’art et ton travail ? AP/ Bien sûr, voir des expositions, par exemple, m’inspire toujours énormément, autant que certains artistes (Ryoji Ikeda…), certains mouvements artistique (le Futurisme…), les écoles (le Bauhaus), les époques (les années 60…). J’aime voir mes créations comme des pièces d’art uniques, plus ou moins portables. La personne les portant deviendrait une sculpture. V/ Quelques indices sur tes projets à venir ? AP/ Pas vraiment… Retrouvez Alba sur internet via www.alblaprat.com

VEINE MAGAZINE

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INTERVIEW

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VEINE MAGAZINE/ Hi Alba, let’s start with a quick presentation. Who are you, where are you, what do you do… ? ALBA PRAT/ I´m in the last year of my fashion design studies at the Berlin University of the Arts. Right now I´m doing an internship at Cristopher Kane for 4 months and after that I´m going back to Berlin to make the final collection.

V/ Any clues about your next projects ? AP/ Not really…

EN

VEINE MAGAZINE

You can find Alba on internet via www.alblaprat.com

V/ So you’re very new in the fashion world, can you tell us a little bit about your cursus ? AP/ Before studying fashion design in Berlin, I was living in Barcelona, where I finished a degree in Environmental Science and even work shortly as an environmental technician. V/ How is Berlin ? Do you enjoy being there ? AP/ I love Berlin. Actually I moved there because of the electronic music, I´m a huge fan, you can find it everywhere, like good parties. After Barcelona, Berlin was the perfect fresh new start for me. V/ Can you explain us your creation process ? How does it start, how does it evolve ? AP/ My creation process lasts 3-4 months, the time of a semester at my university. Actually each collection I´ve made so far is the result of a project at uni. I always start with the inspiration. It is the research phase that is going to help me creating a moodboard and the story I want to tell with my designs. After that I start with the drawing process and the experiments with materials. Very often my end designs have not a lot to do with what I draw at first. In the same time I start sewing the prototypes in calico or other test fabrics. Finally when I´ve decided which fabrics and experiments I´ll use for which garments, I sew the collection with the original materials. In my designs I always combine my passion for experimentation with surfaces and fabrics, my individual way of implementing compositions of colors and shapes as well as my interest for the latest technologies. V/ What are your inspirations ? AP/ Architecture, movies, nature, memories, music, books, magazines, internet… Everything ! V/ Your designers top 3 ? AP/ Jil Sander and Balenciaga. I have a top 2. V/ Are you inspired by art as well ? Is there a relation you try to establish between art and your work ? AP/ Of course, going to exhibitions, for example, always inspires me a lot, as well as some artists (Ryoji Ikeda…), art movements (Futurism…), schools (Bauhaus…), eras (Sixties…)… I like to think about my designs as unique artworks, more or less wearable. The person wearing them becomes a sculpture.

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Crédit Photos : Jonas Lindström

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ROBERT G. BARTHOLOT Bienvenue dans l’univers de Robert G. Bartholot. Couleurs vives, êtres étranges, v et géométrie, voici ce que l’on pourrait qualifier de composantes de son travail. Alors qu’il marche très fort, il nous accord une rapide interview pour nous parler un peu de ses photographies.

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Skin

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INTERVIEW

FR

Atlantis

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VEINE MAGAZINE/ Bonjour Robert, tout d’abord, pourrais-tu te présenter ? Où tu habites, quel est ton parcours professionnel ? ROBERT G. BARTHOLOT/ Je m’appelle Robert G. Bartholot, j’ai grandi dans le sud de l’Allemagne. Après avoir étudié l’histoire de l’art, j’ai décidé d’apprendre le graphisme et vivre à San Francisco, Zurich et Madrid avant de déménager à Berlin. Je me suis mis à la photo en Espagne, en travaillant en tant qu’assistant pour le photographe Alvaro Villarrubia. V/ Le top 5 de tes influences/inspirations ? RGB/ Jean-Paul Goude, Serge Lutens, la Renaissance, les papeteries, la vie. V/ Bartholot, photographe de mode ou artiste ? RGB/ Eh bien, je ne sais pas trop. Je pense que c’est un peu des deux. Je photographie aussi bien des portraits que des natures mortes.

V/ Le choix des couleurs est-il aussi important que la composition ? RGB/ Oh oui, ils sont tous les deux très importants. Cependant le choix des couleurs vient plus inconsciemment. V/ Pourrais-tu faire des photos en noir et blanc ? RGB/ Je pourrais, mais ça ne m’intéresse pas du tout. V/ Es-tu intéressé par d’autres médiums ? La vidéo, la peinture ? RGB/ Je suis un affamé d’art, j’adore aller voir des expositions de toutes sortes. Mais pour le moment, je garde mon appareil photo. V/ Une erreur que tu te promets de ne jamais refaire ? RGB/ Partir pour un shooting sans la carte mémoire.

V/ Une particularité dont tu es fier ? RGB/ Mon sens des couleurs. V/ Des projets à venir ? RGB/ En ce moment je prépare un article mode pour le magazine WAD. Je travaille aussi sur un livre avec Serial Cut de Madrid. Retrouvez Robert sur internet via www.bartholot.net

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VEINE MAGAZINE/ Hi Robert, first of all, could you introduce yourself ? Where do you live, what is your career pathway ? ROBERT G. BARTHOLOT/ My name is Robert G. Bartholot, I grew up in southern germany. After studying art history I switched to graphic design and made my way living in San Francisco, Zurich and Madrid before I moved to berlin. I came in touch with photography in spain working for photographer Alvaro Villarrubia as an assistant. V/ A top 5 of your influences/inspirations ? RGB/ Jean-Paul Goude, Serge Lutens, renaissance, art & craft shops, life V/Bartholot, fashion or art photography ? RGB/ Well, I don’t really know. I think it’s a little bit of both. however, I am also shooting stills and portraits.

V/Is the choice of colors as important as the composition ? RGB/ Oh yes, they are both very important. However, the colours mostly come up unconsciously. V/ Could you make black and white photographs ? RGB/ I could, but I’m not interested at all. V/ Are you interested by other mediums ? Video, painting ? RGB/ I’m an art consumer, I love to go to exhibitions of all kinds. However, for the moment i stick to my photocamera. V/ A mistake you sworn to yourself to never repeat ? RGB/ Leaving the house for a shoot without a memory card.

V/ A particularity that you’re proud of ? RGB/ My sense for colours. V/Can you tell us about your upcoming projects ? RGB/ Right now i am preparing a fashion editorial for WAD Magazine. In addition, I am working on a little book together wit Serial Cut from Madrid. You can find Robert on the internet via www.bartholot.net

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Atlantis

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Milk

Mari채

KIMIKO YOSHIDA

Mao

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VEINE MAGAZINE/ Bonjour, une petite présentation d’usage, qui êtes-vous, où êtes-vous, que faites-vous ? KIMIKO YOSHIDA/ J’habite à Paris, mais je suis née à Tokyo. En 1995, j’ai fui le Japon, et suis arrivé à Arles. J’ai fait l’école nationale supérieure de la photographie, puis suis partie pour le Fresnoy. En sortant de l’école en 1999, j’ai commencé à exposer. V/ J’avoue avoir été surpris de contacter Kimiko et de recevoir une réponse de votre mari. Comment fonctionnez-vous, quel est le rôle de chacun ? KY/ À vrai dire, il n’y a pas vraiment de rôles prédéfinis. Moi, je n’écris pas assez bien, c’est le métier de mon mari. C’est un avantage, car ça me permet de travailler sur le côté images et projets. On s’écoute l’un l’autre, je lui pose surtout beaucoup de questions sur le processus de création. Il est là tout le temps, on est un duo. Pour moi, c’est l’échange de mots qui créé les oeuvres, on ne fait pas de croquis par exemple. V/Parlez-moi de vos inspirations. KY/ Quand je suis arrivée en France, je ne connaissais rien au catholicisme, au judaïsme, à l’islam… Au Japon, on est isolé de ces formes de croyance. Il y a quelques chrétiens, mais surtout beaucoup de protestants. Du coup, la rencontre avec l’art baroque est pour moi une des plus grande chose que m’ait apporté la vie. La première fois que j’ai visité une église à Venise, j’ai détesté, j’ai pleuré, et je suis sorti. C’était comme un refus. C’était trop loin de tout ce que je connaissais. Venise en elle-même me déplaisait, j’étais traumatisée d’être constamment entourée d’eau. À Tokyo par exemple, tu lèves la main, un taxi arrive. À Paris aussi. Mais à Venise, tu peux vite te retrouver perdu, au milieu de la ville, sans savoir quoi faire. C’est angoissant ! Une fois qu’on y vit, on comprend que c’est en fait assez simple. C’était donc un double choc, entre cette ville, et le baroque auquel j’étais confrontée dans cette église. C’est un art fait pour impressionner, il se compose de grandes perspectives, il donne le vertige… Ça ne me parlait pas du tout. Je n’avais jamais lu la Bible, je ne connaissais pas l’histoire de cette religion. En rentrant à Paris, j’ai acheté une Bible pour les enfants, que j’ai lu pendant 2 ans. Ensuite, on est retourné à Venise, car mon mari ne voulait pas que je reste sur un blocage, et on a revu cette église. Des rideaux en pierre qui imitent le velours, des colonnes que l’on pense en marbre et qui ne sont finalement que peintes… Et puis j’ai commencé à comprendre les peintures. J’ai pu distinguer St Laurent, Ste

Judith… Je me suis subitement senti investie par cet espace, extrêmement attirée, et j’ai commencé à faire des liens avec les notions du baroque, et le Japon. Pour moi, c’est une philosophie du plein, en opposition au Zen, qui est une philosophie du vide. C’est la saturation opposée à la soustraction, et les deux se complètent. Du coup, tout ceci a commencé à m’inspirer. Par exemple, ma première série des « Mariées » est monochromatique, et cela vient directement du Baroque. Au lieu d’ajouter des couleurs, j’en enlève. Aujourd’hui, je peux donc dire que le Baroque est bien ma principale source d’inspiration. V/ Votre travail est assez complet, j’ai été attiré par vos photos, mais je sais que vous pratiquez également la peinture. Comment abordez-vous le processus de création ? KY/ Oui, chez nous, c’est essentiellement sémiologique. Par exemple, on a créé un parfum nommé « Sakura » (« fleur de cerisier » en japonais) à l’aide d’un nez professionnel. Et bien ce n’était que de la linguistique. Pour la structure du parfum, je n’ai donné que des mots. J’ai tenté d’expliquer l’odeur du cerisier grâce au gâteau que l’on en fait, j’ai aussi amené des souvenirs du Japon. Ma baignoire était en bois de cyprès, et l’odeur de cette matière, mouillée, est magnifique. Donc beaucoup de symboliques, et pour la composition de mes images, c’est la même chose. Par exemple, pour les portraits en Mao, je portais des nattes. Le buste de Marie - Antoinette est d’origine, il date du XVIII° siècle, et je lui ai coupé la tête, afin d’y poser mon visage, lui-même surmonté d’une perruque de geisha datant de la même époque. V/ Vous travaillez uniquement autour de l’autoportrait, pourquoi ? KY/ Et bien, c’est une matière très simple, je l’ai avec moi tous les jours. Le reste n’est pas intéressant. V/Quel est le niveau de relation entre art et mode dans votre travail ? Est-ce un rapport fluide ou conflictuel ? KY/ Moi la mode, je m’en fous un peu, même si j’en utilise les éléments. Bien sûr, il y a beaucoup de vêtements dans mes sujets, j’en fabrique aussi moi-même, et dans ma dernière série de peintures par exemple, je la détourne. Donc oui, la mode existe, mais je cherche à lui donner un autre sens. Une chaussure devient le Minotaure de Picasso, un sac à main le torero. Je cherche à aller au-delà. V/ Vous impliquez-vous dans le monde de l’art ? Que pensez-vous de l’évolution de l’art contemporain ? KY/ Je refuse de critiquer l’art contemporain parce

que c’est trop facile. Je vis avec, j’y suis impliquée, donc il faut trouver un équilibre. Et puis j’aime beaucoup les travaux de certains artistes contemporains, tels que Gerhard Richter, Barnett Newman, l’art minimaliste américain… Yves Klein également, dont je connais bien la famille. Mon mari a écrit sur lui, donc j’ai eu l’occasion de découvrir son travail. Il était très influencé par la culture japonaise, qu’il a intelligemment assimilé à sa propre pratique.

FR

Nous sommes allé rencontrer Kimiko Yoshida chez elle à Paris, dans son appartement - studio de création, où mobilier ultra-moderne et oeuvres personnelles se mêlent. Autour de son travail photographique, elle nous raconte les origines de son inspiration, Venise, où elle passe la moitié de son temps, et sa façon de créer, toute particulière.

V/ Que pensez-vous des collaborations entre artistes ? KY/ J’aime le concept de la collaboration. Je suis avec mon mari, c’est déjà une collaboration à plein temps ! Beaucoup d’artistes me demandent comment je fais pour travailler en binôme, mais pour moi c’est un enrichissement. Prenez un ordinateur. Pour le rendre plus puissant, vous y ajoutez une carte mémoire, un disque dur… Collaborer, pour moi, c’est la même chose. C’est apporter des extensions à mon travail. Pour l’instant, j’ai un projet en cours avec un peintre très connu, mais ce n’est pas encore fait… V/ Un amour de jeunesse ? (un artiste que vous aimiez et que vous détestez maintenant). KY/ Quand j’étais à l’école de photo à Tokyo, j’ai rencontré beaucoup de photographes, et j’avais trouvé le travail de Diane Arbus fascinant. Aujourd’hui, je trouve ça très banal. Ce n’est pas mauvais, au contraire, mais voilà, c’est une photographie. « Ça reste là ». V/ Parlez-moi de vos futurs projets. KY/ Je commence à faire des projets géants. Mes photos sont agrandies, sur la façade d’un musée, dans la ville… Là je viens de faire 100m2 sur les rocher des Baux de Provence. C’est la première fois que j’intègre mon travail à la nature, j’aime ce rapport simple, l’image - le rocher, on passe en voiture, c’est comme un musée. Sinon, j’ai un gisant de Samouraï en cours, avec une véritable armure et mon autoportrait. Je descends d’une famille de Samouraïs, c’est donc un rapport direct avec mes origines. V/ Vous êtes bien à Paris ? KY/ En fait, ce n’est pas la ville que j’ai choisi, c’est mon mari. J’aimerais avoir un « chez moi », mais je voyage partout… Paris à l’époque, c’était l’occasion d’avoir un grand espace, c’était moins cher par rapport à Tokyo. Maintenant ça ne l’est plus du tout ! Retrouvez Kimiko Yoshida sur internet via : www.kimiko.fr

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Petit livre rouge

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VEINE MAGAZINE

Pense Mao

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EN

INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Hi, first of all, a quick presentation, who are you, where are you, what do you do ? KIMIKO YOSHIDA/ I live in Paris, but I was born in Tokyo. In 1995, I moved to Arles. I studied at the National Superior School of Photography, then leaved for the Fresnoy. When I came out from school in 1999, I started to show my work. V/ I admit I’ve been surprised to receive an answer from your husband, whereas I contacted you. How do you work, what is each one’s role ? KY/ To be honest, the roles are not precisely defined. I don’t write so well, I leave it to my husband. It’s an advantage, because it allows me to work on the images and the projects. We listen to each other, I ask him a lot of questions on the creation process. He’s here every time, we’re a duet. For me, the words said create the pieces, we don’t make any sketches for example.

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V/ Tell me about your inspirations. KY/ When I arrived in France, I didn’t know a thing about catholicism, judaism, or islam… In Japan, we’re isolated from those forms of faith. There are some christians, but most of japanese people are protestants. That’s why discovering the baroque art is, for me, one of the greatest thing life could have gave me. The first time I visited a church in Venice, I hated it, I cried, and I came out. It was like refusing it. It was too far from everything I know. Venice in itself was disturbing, I was like traumatized of being constantly surrounded by water. In Tokyo, you raise your hand, a taxi comes. In Paris too. But in Venice you can be quickly lost, in the middle of the town, without knowing what to do. It’s alarming ! Once you live there, you understand how simple it really is. So that was a double shock, between this town, and the baroque in this church I was confronted to. It’s an art made to impress, it’s made of huge perspectives, it gives vertigo… It wasn’t calling a thing to me. I never read the Bible before that, I didn’t know this religion’s history. When I came back in Paris, I bought a Bible for kids, and read it during two years. After that, we decided to go back to Venice, because my husband didn’t want me to keep a bad feeling of it, and came to the church I was impressed by. Curtains of stone imitating velvet, columns painted as they were in real marble… Then I started to understand the paintings. I saw St Laurent, St Judith… I suddenly felt involved by this space, extremely attracted, and began to see the bounderies between the baroque notions and Japan. For me, it’s a philosophy of fullness, in opposition with the Zen concept, which is a philosophy of the emptiness. It’s the saturation opposed to the soustraction, and they complete each other. All in all, it started to inspire me. My first series of the « Brides » illustrates it well, since it’s monochromatic, which comes directly from the baroque. Instead of adding colors, I take them off. Today, I can say that the Baroque is my first source of inspiration.

V/ Your work is quite solid, I’ve been attracted by your photographs, but I know you practice painting too. How do you approach the creation process ? KY/ Yes, for us, it’s principally semiological. For example, we created a perfume named « Sakura » (« cherry blossom tree » in japanese) with the help of a professional nose. Well, it was just linguistic. For the perfume structure, I just gave some words. I tried to explain the smell of the cherry tree thanks to the cake we make of it, I also brought some memories from Japan. My bathtub was made of cypress wood, and the smell of this matter, when it’s wet, is wonderful. So a lot of symbols, and for my images composition, it’s exactly the same. For example, for the portraits mimicking Mao, I have two plaits. The Marie - Antoinette bust is original, it comes from the XVIII° century, and I’d cut its head to replace it by my face, itself surrounded by a geisha wig from the same century. V/ You only work around the concept of selfportrait, why that ? KY/ Well, it’s a simple matter, I care it with me everyday. The rest is not interesting. V/ What the level of the relation between art and fashion in your work ? Is it smooth or conflictual ? KY/ I don’t care about fashion, even if I use its elements. Of course, there are a lot of clothes in my compositions, I also create some by myself, and in my last paintings series, I misuse it. So yes, fashion exists, but I try to give another sense. A shoe becomes the Picasso’s Minotaurus, a handbag the bullfighter. I try to go beyond it. V/ Are you involved in the art world ? What do you think of the contemporary art’s evolution ? KY/ I refuse to criticize contemporary art because it’s too easy. I live with it, I’m involved into it, so you have to find the right balance. Moreover, I love the works made by some contemporary artists, like Gerhard Richter, Barnett Newman, the american minimalist art… Yves Klein too, whom I know the family well. My husband wrote about him, so I had the opportunity to discover his work. He’s been very influenced by the japanese culture, that he cleverly assimilated to his own practice. V/ What do you think of artists’ collaborations ? KY/ I love the collaboration concept. I’m with my husband, it’s already a full-time collaboration ! A lot of artists ask me how I handle to work as a binomial, but for me it’s an enrichment. Take a computer. To give it more strength, you’ll add a memory card, a hard drive… To collaborate, for me, is the same thing. It’s bringing extensions to my work. For now, I have an ongoing project with a famous painter, but it’s not completely sure yet… V/ A youthful romance ? (an artist you used to admire but that you dislike now). KY/ When I was at the photography school in Tokyo,

I met a lot of photographers, and I thought Diane Arbus’ work was fascinating. Today, I think it’s very commonplace. It’s not bad, not at all, but you know, it’s a photograph. « It stays here ». V/ Tell me about your upcoming projects. KY/ I began to make some gigantic projects. My images are enlarged, on a museum’s façade, in the city… I just made a 100m2 on the rocks of the Baux de Provence (ed : a region in the south east of France). It’s the first time that I integrate my work to nature, I love this simple relation, the image - the rock, you can see it from your car, it’s like a museum. I’m also working on a recumbent statue of a Samurai, with an authentic armor and my selfportrait. I’m from a Samurais family, so it’s directly related to my origins. V/ Do you enjoy living in Paris ? KY/ In fact, I didn’t chose the town, but my husband. I’d like to have a « home », but I travel everywhere… Paris, when I moved in, was the occasion to have a big space, it was cheap compared to Tokyo. It’s not anymore ! You can find Kimiko Yoshida on the internet via : www.kimiko.fr

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Marie-Antoinette

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PETIT PLAISIR

XHXIX

Scrap

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PETIT PLAISIR

Tiger

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Crown

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PHOTOSHOOT

DEATH BEFORE DISHONOR Photo et direction artistique : Fahd El Jaoudi - Alex Silberstein /Assistante : Julie Dubos Stylisme : Tristan Lahoz / Modèle : Anna P. pour KLRP Studio Paris

Chemise blanche drapée, col officier, plastron décoré d’une marqueterie de bois.

Veste drapée café, cuir velours de Carpincho Argentin.

Robe dos nu, soie et jersey de laine bleu.

MENSWEAR

spring / summer 2012

REVIEWS

Alexander McQueen

Ann Demeulemeester

Damir Doma

La ligne Homme d’Alexander McQueen a toujours été un peu influencée par la Femme _ ce qui n’est pas étonnant compte tenu de l’incroyable spectacle que Lee McQueen a pu en faire. Une fois enlevés la plupart des éléments tangibles et visuels des panoplies, ce qui reste est une marque fièrement « British ». L’inspiration de la collection printemps/ été 2012 est d’ailleurs simplement désignée comme « English rock ». Le style des rock stars glamour des années 60, toujours cité par les musiciens actuel, est revisité à l’aide de coupes cintrées, et les blazers sont constitués de matières luxueuses telles que le velours. Même si l’aspect rock star vient peut-être du créateur de la marque, de son attitude et de son comportement, l’histoire et les personnages de ses histoires sont directement dérivés de « l’ailleurs » et des contes de fées de McQueen — tout comme ses collections. Par rapport à ce que McQueen pouvait apporter, Burton est sans doute plus terre à terre, mais pour autant tout aussi géniale que ses créations sont désirées par un grand nombre d’hommes.

Ann Demeulemeester et son amie Patti Smith partagent la même obsession pour l’immortel poète français Arthur Rimbaud. L’enfant merveilleux et le provocateur, qui est aujourd’hui un des poètes les plus influents, avait abandonné l’écriture à l’âge de 21 ans à peine. Il passa le reste de sa vie à parcourir le monde, et en particulier la pointe africaine. Comment, à cette occasion, s’habillait-il ? Demeulemeester nous offre son point de vue sur la question : une garde-robe sombre constituée de coupe amples et de légers kaftans chiffonnés. En découle un style qui fusionnerait aisément à de la poésie, ou à la figure d’un nomade du désert. Demeulemeester a une imagination fantastique et la tourne à son avantage au travers de ses collections. Le résultat nous invite au coeur de ses fantasmes, son esprit est touchant et excitant, et la technique en elle-même donne l’envie d’investir dans quelques uns de ses vêtements.

Damir Doma, créateur né en Croatie et ayant appris son art en Belgique a mis en place au fur et à mesure des collections une signature unique, reconnaissable entre mille par son utilisation du drapé. Pour le printemps/été 2012, il met en opposition matières souples et tailoring classique et plus structuré. Il est aisé de tomber dans les clichés en juxtaposant du fluide à des éléments architecturaux. Heureusement, Doma passe au-dessus de l’évidence en restant fidèle à son esthétique, celle-là même qui rencontre un succès planétaire dans le monde de la mode. C’est le vêtement du plus pointu des nomades urbains, peu importe où il puisse se trouver. L’aspect de ses créations est libéré des références culturelles simples et évidentes, les rendant désirables pour l’homme aussi bien que la femme, à n’importe quel endroit du globe. Doma crée des vêtements confortables et sans contraintes, plus faits pour être portés que mis sous verre. Ce genre de dynamique et de liberté de mouvement font aujourd’hui partie intégrante du vestiaire masculin moderne.

The menswear line of Alexander McQueen has always been overshadowed by the women’s – which is no big surprise given the incredible spectacles Lee McQueen made them. Subtracting most of the tangible and visual elements of the looks, what we have left is a brand that’s proudly British. The inspiration for the spring/summer 2012 collection was simply ‘English rock’. The glamorous edge of 1960s rock stars, still referenced by contemporary musicians, was revisited with narrow suiting and blazers in luxurious materials, such as velvet. The rock star attitude may come more from the brand’s founder’s attitude and behaviour, but then the story and the character are directly derived from McQueen’s otherworldly and fairytale_ Like his collections. Compared to McQueen’s menswear offerings, Burton is more down to earth but nonetheless equally amazing as well as highly desirable in the man’s wardrobe.

Ann Demeulemeester and close friend Patti Smith share an obsession for the immortal French poet Arthur Rimbaud. The wonder child and provocateur, and one of the most influential poets to date, gave up on writing at the age of 21. For the remains of his life he travelled around the world, in particular around the Horn of Africa. What did he dress like ? Demeulemeester offers her idea : a sombre wardrobe of loosely tailored suiting and light chiffon kaftans. It is a style of that fuses practicality with poetry ; the character of an immigrant desert nomad. Demeulemeester has a fantastic imagination and she uses it to her advantage in creating her collections. The resulting invite to her fantasies and her mind is moving and exciting, while the craftsmanship makes her clothes a desirable investment.

Croatian born and Belgian trained designer Damir Doma has established his unique signature draped style. For spring/summer 2012 he contrasted the soft drapery with more structured and classic tailoring. It’s easy to fall into clichés while juxtaposing fluid elements with architectural restraint. Luckily, Doma avoids the obvious by staying true to his aesthetic, which has proven to be an immense success in the fashion world. It is the dress for the ultimate urban nomad, wherever he may find himself. The look is free from simple and obvious cultural references, making it desirable for men, as well as women, from any corner of the world. Doma creates comfortable and unrestrained clothes that work for the wearer rather than the other way round. This type of dynamic and freedom of movement are integral to modern menswear.

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Dior Homme

Dries Van Noten

Givenchy

Kris Van Assche présente une collection pour le printemps/été 2012 dont l’élément dominant est la couleur. Commençant en blanc uni, elle dérive lentement vers un gris qui se développe ensuite en un bleu radiant, avant de terminer en noir uni. La silhouette est ample et confortable, tout en restant taillée avec rigueur. Les blazers ont quant à eux un bouton unique, placé haut, pour une impression de grande fluidité. Les chapeaux ajoutent à tout ceci une touche « gentleman » plus traditionnelle, pendant que les détails en cuir caramel apportent un contraste de matières luxueux et moderne. Comme pour la vague minimaliste que nous avions pu apercevoir chez la femme lors des dernières collections, on assiste à un bon mélange des codes du vestiaire masculin. Le tailoring aiguisé est la clef du style Dior Homme légué par Hedi Slimane. La version de van Assche n’est peut-être pas toujours aussi poignante, mais cette collection est magistrale. Chapeaux bas.

Le maître belge du vestaire masculin moderne présente une collection simplement sublime. Avec une série de vestes d’été, faites pour le climat de la ville où il vit, Anvers, on retrouve un thème nautique, mais à l’inverse de la caricature. Même avec les rayures bleues marines et rouges, il reste du bon côté de la ligne. Se démarque une efficacité moderne du vêtement porté, toujours combinée à la tradition — ce qui constitue en fait le style Van Noten. Le plus intéressant est peut-être le jeu de proportion dans les superpositions, comme ces shorts larges portés sur des pantalons, chacun coupé à la perfection. C’est la garde-robe du travailleur, qu’il travaille sur un port ou en métropole. Le choix de ces différentes disciplines se reflète dans l’honnêteté des vêtements, et c’est exactement là que se situe le génie de Van Noten.

Riccardo Tisci a déclaré que lorsqu’il était jeune, il souhaitait être un surfeur, et que c’est ce qui avait inspiré sa collection printemps/été. Des jupes comme des serviettes serrées autour de la taille, des sandales de plage, et des porte-clefs constituent les pièces centrales de la collection. Les motifs de fleurs d’ibiscus et de colibris également présents démontrent encore une fois le talent exceptionnel et définitif de Tisci pour les imprimés. Une touche de glamour « post-plage » est donnée grâce aux imprimés rehaussés de cristaux. Les panoplies entièrement blanches et menthe sont une surprise en elles-même en comparaison de l’esthétique si sombre imposée par Tisci chez Givenchy (le créateur lui-même a salué habillé tout en noir, à l’exception de sneakers blanches). C’est une offre rafraîchissante qui soutient la vision et la signature de Tisci, tout en la faisant clairement évoluer. Cette collection est déjà un hit, sans en devenir vraiment commerciale.

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Kris Van Assche presented a collection where colour was the main story for spring/summer 2012. It set out in all-white before slowly going down to a grey that developed into a radiating blue before turning into all-black. The silhouette is slouchy and comfortable but nonetheless cut sharply. Blazers with their single button placed high opened up with a nearly fluid feel. The hats added a traditional gentlemanly touch, while details in caramel leather gave a luxurious and modern contrast of materials. As for the minimalistic wave that we’ve seen in womenswear the last seasons, this was a good masculine match. The sharp tailoring is the key to the Dior Homme legacy established by Hedi Slimane. Van Assche’s version may not always be as poignant, but as for this collection it was masterful, so hats off.

The Belgian master of modern masculine clothes showed a simply sublime collection. With a range of summer coats, fit for the geographic location of his hometown Antwerp, there was a nautical theme, but far from the caricature. Even with the navy, red and blue stripes it kept on the right side of the line. There was a modern wearability combined with tradition_ the sign of Van Noten. What was perhaps most interesting was the play on proportion in the layering ; a pair of wide shorts worn over a pair of pants, both pieces naturally cut to perfection. It is the wardrobe of a working man, whether it is harbour work he’s doing or more metropolitan professions. The dedication to the chosen occupation shines through in the honesty of the clothes, and it’s exactly that where Van Noten’s genius lies.

Riccardo Tisci claimed that as a young boy he wanted to be a surfer and it was from there that he drew the inspiration for his spring/summer collection. Skirts resembling towels wrapped around the hips, beach sandals, and key bands were the central pieces on offer. The bird of paradise flower and hummingbird motif that was featured throughout showed Tisci’s exceptional talent with prints. A touch of afterbeach glamour came with the print embellished in crystals. All-white and mint coloured looks were a light surprise from the otherwise so dark aesthetic that Tisci has pioneered at Givenchy (the designer himself took his bow all dressed in black, safe for a pair of white sneakers). It was a refreshing offer that held Tisci’s vision and signature but more uplifting. The collection is set to be a hit without being commercial.

REVIEWS

Jil Sander

Kris Van Assche

Raf Simons

« The Generation of Today as a Generation of All Times » est l’idée que Raf Simons souhaitait faire passer dans sa collection pour Jil Sander. Le décor était quelque peu dystopique ; une salle sombre et brillante, avec une dominante de sensations noirs et futuristes. Le tout complété par les cheveux plaqués des modèles, ils semblaient tout droit sortis d’un pluie d’été anglaise ou du Los Angeles du Bladerunner de Ridley Scott. Les silhouettes classiques, tirées de différentes époques, sont associées à de plus contemporaines, donnant un résultat totalement nouveau et moderne. Les idées et concepts qu’il présente peuvent parfois être complexes et durs à saisir, mais sa façon de les traduire grâce aux vêtements semble humble et sans effort. La légitimité de Jil Sander se trouve aujourd’hui dans la fabrication des vêtements, dont la vision est celle de Raf Simons.

Kris Van Assche opte pour un style entièrement blanc pour servir sa collection éponyme. Ajoutez à ça les chapeaux et les bottines noires et la référence se fait presque trop claire : Orange Mécanique. La couleur la plus présente est cependant toujours le gris sobre et sombre. L’inspiration annoncée sont les riders de BMX de Santa Monica, ce qui fait parfaitement sens, considérant l’aspect fonctionnel et pratique des vêtements. La silhouette est cintrée sans être restreinte. Il donne de la liberté aux mouvements grâce à des coupes intelligentes. Fonctionnalité et praticité sont toujours importants dans le travail de Van Assche. On y trouve l’aspect fonctionnel du sportswear, mais dissimulé derrière une dominante classique et plus habillée appartenant à l’univers du tailoring traditionnel. Les panoplie fonctionnent autant pour le bureau que pour le plus actif des temps libres. Kris Van Assche offre aux jeunes hommes actifs conscients des tendances des costumes simples et élégants.

En retournant dans le lieu qui a reçu la collection des 15 ans de Raf Simons l’année dernière, le designer fait le choix de faire descendre les modèles sur le podium par le biais des escalators. Une de ses collections les plus touchante en date, « History of the World » de l’automne/hiver 2005-2006, contenait quelques traces de ses collections précédentes. Au contraire, ce que nous avons pu apercevoir pour le printemps/été est nouveau dans le monde de Simons. Naturellement, on retrouve l’omniprésent et impeccable tailoring, ainsi que la vision futuriste du créateur, mais les carreaux sont en eux-même déjà un nouveau territoire. Le X, en tant que forme et symbole, est un élément récurrent, apportant une autre dimension et une sensation de mouvement aux carreaux. Les détails des chaînes dorées sur les chaussures en font un accessoire incontournable. Le point important de la collection de Raf Simons est son incroyable sens du style - complètement, totalement, absolument intemporel.

« The Generation of Today as a Generation of All Times » was the idea that Raf Simons wanted to convey through his collection for Jil Sander. The scene was somewhat dystopian ; a shiny dark room, prominent use of black and a futuristic feel. Complete with the models’ hair slicked, it looked as if they just walked in from an English summer rain or the Los Angeles of Ridley Scott’s epic Bladerunner. Classic silhouettes from different eras of the past were mixed to new silhouettes, making the offering completely new, but mostly modern. The ideas and concepts he presents may sometimes be complex and hard to grasp, but the way he translates them into clothes seems so effortless and unpretentious. The Jil Sander legacy is found today in the fabrication of the clothes, the vision is Raf Simons’ own.

Kris Van Assche embraced the all-white look for his eponymous collection. Add the hats and chunky black boots and the reference is almost too clear : A Clockwork Orange. The most prominent colour still is a sober dark grey. Allegedly the inspiration was BMX riders in Santa Monica, which made perfect sense seen from the utilitarian and practicality perspectives of the clothes. The silhouette is narrowly tailored yet unrestrained. He allows freedom of movement through clever cuts. Functionality and wearability are important in Van Assche’s work. There’s the functional aspect of sportswear but hidden under the dressed up feel of classic, traditional men’s tailoring. The look works at the office as well as in the more active free time. Kris Van Assche offers simple and elegant suiting for active and fashion conscious young men.

Going back to the venue that hosted Raf Simons’ 15th anniversary collection last year, the designer chose for the models’ to descend onto the catwalk via the escalators. One of his most moving collections to date, autumn/winter 2005-2006’s ‘History of the World’, there was a trace of self-retro. In fact, what we saw on the catwalk were new in Raf’s world. Naturally, there was the ever present impeccable tailoring and futuristic vision, but the checks were quite a new territory. The X, as a shape and a symbol, was a recurring element, bringing another dimension and an element of movement to the checked looks. Shoes detailed with gold chains were a playful and clever accessory. What’s enchanting with Raf Simons’ collections is his incredible sense of style – it is completely, utterly, fantastically timeless.

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VEINE MAGAZINE

Prada

Rick Owens

Thom Browne

La garde-robe de golfe est ce que Muccia Prada utilise pour sa collection Homme printemps/été. Des couleurs pastels éclatantes et des motifs de fleurs larges constituent une remarquable collection pour une golfeur audacieux, ou un citadin intrépide. Les motifs floraux attirent l’oeil et ornent les pantalons et les chemises pendant qu’un imprimé cartoonesque de surfeur apporte une légèreté toute enfantine. Les chemises à clous, d’un style purement rodéo des États-Unis du sud, semblent raconter l’histoire d’un enfant rêvant de devenir cowboy. Il y a une sorte déshumanisation dans la façon dont les modèles sont quasiment transformés en poupées. En réalité, ce que Miuccia possède en quantité et livre dans toutes ses recettes mode, c’est bel et bien de l’humanité, dans son sens social le plus moderne, contemporain et sincère. Il ne s’agit pas de golfe — qui n’est en réalité que le thème esthétique de la collection, mais on aimerait tous que les golfeurs du monde entier ressemblent à ça.

« Cérémonieux » est l’adjectif qui vient à l’esprit lorsque l’on pose les yeux sur les créations de Rick Owens pour le printemps/été 2012. Owens a longtemps été un pionnier de la jupe pour homme, il semble donc naturel pour lui de présenter des robes, qui apparaissent totalement libérées et humbles. La coupe habille le corps masculin d’une telle façon qu’elle balaie toutes les notions appartenant usuellement au vestiaire féminin. Aussi magistralement que d’habitude, Owens prouve l’importance des proportions et de l’équilibre des différentes couches de matières. Les rayures quant à elles apportent une dimension différente. Il se cache une géométrie complexe derrière tout ça, mais elle se compose de sensations plus que de mathématiques. Les soldat d’Owens continuent d’avancer et sa suite loyale continue de s’étendre.

Un spectacle dramatique est toujours à attendre aux défilés de Thom Browne. Il prend un malin plaisir à utiliser le tailoring masculin pour habiller la femme, puis, de là, transforme le tout de nouveau pour vêtir l’homme. Le « Girls who are boys, who like boys to be girls… » de Blur semble être la chanson adéquate. La référence féminine est aisée lorsque l’on observe le décor très années 20 : le film The Flapper. En le traduisant pour l’homme, Browne nous offre des jupes à franges comme des abat-jours, également présents sur le podium. Cependant, puisque l’on parle d’une collection masculine, on retrouve tous les classiques du style preppy américain, revus avec toute la « disproportion » chère à Browne. Le mot doit être mis entre guillemets puisque les proportions, comme le designer continue de le prouver, sont toujours parfaites. Sous costumes oversize et les silhouettes uniques se cache un talent exceptionnel pour la coupe que Browne pousse jusqu’à ses limites, nous offrant un résultat extraordinaire.

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The golf wardrobe was the area that Miuccia Prada attacked for her men’s spring collection. Bright pastel colours and bold floral patterns made up a very conspicuous wardrobe for the audacious golfer, or intrepid metropolitan. The eye-catching flower prints adorned pants and shirts while a cartoonish surfer print brought a childlike playfulness. Southern US style rodeo shirts and studs seemed to tell the story of a little boy’s dream of becoming a cowboy. There’s a sense of dehumanisation in the way the models almost become dolls at Prada’s shows. In fact, what Miuccia has plenty of in her fashion recipe is humanity in its most modern, contemporary and sincere social sense. It’s not about golf – that is mostly just the aesthetic theme of the collection. But one does hope that the golfers of the world adapt this style.

« Ceremonious » is the adjective that springs to mind when laying eyes upon the dress robes created by Rick Owens for spring/summer 2012. Owens has long been a pioneer of the men’s skirt and so it seems natural for him to propose the robe. When he does it, it seems so unrestrained and not so pretentious. The cut suits the masculine body in such a way that it sweeps away all prejudicial imprinted notions of the garment being reserved only for women. As masterfully as ever, Owens showed the importance of proportion and balance when layering. An exploration of printed stripes brought a sense of dimension. There’s a complicated geometry behind it all, but it is calculated with feeling rather than pure mathematics. Owens’ warriors keep on marching and his loyal following keeps on expanding.

A dramatic spectacle is always to expect at Thom Browne’s catwalk shows. Taking masculine tailoring to suit a woman and then, from that, again transforming it to suit men. “Girls who are boys, who like boys to be girls…” seems to be the fitting tune. The feminine reference was easy, given the 1920s setting ; the flapper. Translating it to men, Browne gave us fringed skirts, as seen on lampshades, and here even appeared on lampshades. But as this was a men’s collection, the usual preppy, all-American attire was present, all with Browne’s “disproportionate” take on it. The word has to be put in brackets as proportionality, as the designer continuously proves, is relevant. Between the over-the-top costumes and extreme looks is an exceptional tailoring talent and Browne pushes it to its limits, giving us extraordinary results.

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WOMENSWEAR

spring / summer 2012

VEINE MAGAZINE

Alexander McQueen

Balenciaga

Céline

« Underwater » semble être le thème de ce printemps/ été 2012, mais Sarah Burton apporte le fond de l’océan vers des hauteurs célestes pour sa collection. Sa référence est Gaia — la mère des dieux dans la mythologie de la Grèce ancienne. En encadrant ceci avec le thème de l’océan, on obtient quelque chose d’inédit et Burton associe avec grâce la religion et la théorie de l’évolution. C’est une idée incroyablement intelligente et le résultat en est évidemment époustouflant. Des robes plissées et à volants sont faites pour imiter les formes fluides des créatures sous-marines, pendant que les masques de dentelles donnent l’illusion du corail. Les différentes techniques qui forment les bases de la marque McQueen sont magnifiquement présentées. C’est une vision de l’Atlantis, mais très éloignée de celle de la dernière collection de Lee McQueen. Celle de Burton est plus douce et féminine, mais le côté plus sombre et sinistre est toujours là.

Le défilé Balenciaga commence avec un boom_ littéralement, puisque quelques bancs se sont brisés, obligeant toute l’audience à rester debout. Nicolas Ghesquière a un certain talent pour transformer l’héritage et l’identité du maître espagnol Cristobal Balenciaga en quelque chose qui est habituellement décrit comme « futuriste ». En réalité, ses créations sont égales à celle du Balenciaga du passé. Souvenons-nous qu’il fut une figure majeure de la mode en son temps. Le trajet de Ghesquière aujourd’hui est quasiment religieux, ce qui rend le fait de voir l’audience debout presque logique. Et dans tous les cas, la collection est d’un tel calibre qu’elle le mérite. La garde-robe très bord de mer donne automatiquement un aspect très « été » aux silhouettes, mais elle reste architecturale et quasiment artistique, grâce à l’utilisation d’imprimés fauvistes très colorés. Un autre « hit by Ghesquière ».

Phoebe Philo opte pour un look féminin classique pour Céline. Pour le printemps/été 2012, elle se détache des silhouettes rationnelles des saisons passées. Le style créé se place quelque part entre le minimalisme de la guerre des années 1940 et l’extravagance féminine du New Look de Christian Dior. Elle se plonge également dans les années 1920 avec une série de jupe plissées taille basse associées à de simple t-shirts. Influencée, comme beaucoup d’autres designers, par le revival couture qui survole l’ensemble de la sphère mode, on trouve des références claires à Balenciaga au travers des structures, simple et architecturales. Les vestes en cuir dotées de ceintures larges à la taille équilibre le dur et le doux. C’est une collection plus théâtrale, et Philo explore ce monde tout en restant fidèle au style minimaliste et puissant avec lequel elle a conquière le monde de la mode depuis ses débuts chez Céline.

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« Underwater » may be the big theme for spring/ summer 2012, but Sarah Burton brought the bottom of the ocean to celestial heights with her collection for Alexander McQueen. Her point of reference was Gaia – mother of the gods in ancient Greek mythology. Merging it with the oceanic theme, it was about beginnings and Burton magically married religion with the theory of evolution. It’s an incredibly clever idea and the result is astonishing. Frilled dresses and pleats were made to imitate the fluid shapes of underwater creatures, while lace masks gave the illusion of corals. The intricate craftsmanship that forms the basis of the Alexander McQueen brand was beautifully showcased. It’s a vision of an Atlantis, but a long way from that of Lee McQueen’s last collection. Burton’s is softer and feminine, but the darker, more ominous side was still there.

The Balenciaga show started with a boom – literally, as some of the benches broke, resulting in the entire audience being asked to stand. Nicolas Ghesquière has a certain talent to transform the heritage and DNA of the Spanish couture master Cristobal Balenciaga into something that is usually described as “futuristic”. In fact his creations are equivalents to those of Balenciaga’s back in the day. One must remember that at the time, he was the leading figure in fashion. Ghesquière’s following today is nearly religious which made it logic to have the audience on their feet. If not so, the collection was of that calibre that it deserved it. By-the-sea-wear, usually dubbed resort summarises the look, but it was architectural and felt nearly artistic, thanks to the use of a colourful fauvist print. Another hit for Ghesquière.

Phoebe Philo opted for a more classically feminine look at Céline. For spring/summer 2012, she moved away from the streamlined silhouettes of past seasons. The look she created can be placed between somewhere the 1940s war period minimalism and the extravagant femininity of Christian Dior’s New Look. She also dived into the 1920s with a range of low-waisted pleated skirts teamed with simple t-shirts. Influenced, like many other designers by the couture-revival wave that has swept over fashion, there were clear references to Balenciaga in the clean, architecturally structured peplums and proportions. Leather jackets with thick belts at the waist balanced the tough and soft. It was a more dramatic collection and Philo explored it while staying true to the minimalistic and strong style with which she has captured the fashion world since her debut at Céline.

REVIEWS

Hussein Chalayan

Christopher Kane

Comme Des Garçons

Hussein Chalayan a opté pour les dernières saisons pour une présentation plus petite, en comparaison de ses défilés grandeur nature. Le spectale qu’il met en place pour le printemps/été 2012 est du Chalayan dans toute sa splendeur. Le designer lui-même fait une apparition sur le podium, en tant que serveur, restant sur le côté, et servant du champagne aux modèles. Une caméra placée au fond des verres projette sur un grand écran les bouches des mannequins pendant qu’elles boivent, expliquant du même coup le nom de la collection : « Sip » (ndlr : « boire à petites lampées » en français). Habillées dans des panoplies masculines et impeccablement taillées, de couleurs neutres, elles se déplacent autour du podium. Ce n’est peut-être pas la collection la plus risquée du créateur, mais il prouve qu’il reste en lui un grand nombre d’idées et de concepts à explorer.

C’est une collection brillante et lumineuse que Christopher Kane nous livre pour sa marque éponyme. Le look est doux-sucré, mais avec les particularités du créateur ; Cela aurait put être simple fifille et mignon, mais l’ensemble est rehaussée par une touche d’humour et de jeu, mise en parallèle avec un équilibre parfait entre bon et mauvais goût… Les robes faites d’organza fin sont embellies de fleurs ressemblant aux marque-pages que l’on fait faire aux enfants. Les robes miroitantes en relation directe avec les sandales sportives en plastique sont l’élément étrange, présent dans chaque collection de Kane. D’un point de vue stylistique, c’est un élément incroyablement bien pensé, mais sortez les de leur contexte et elles deviennent bizarres. C’est exactement ce qui a poussé le monde de la mode à apprécier Kane. Son point de vue et sa philosophie est, pour plusieurs raisons, unique sur la scène londonienne.

Une vision blanche et théâtrale, ou « White Drama » comme elle l’appelle, est ce que Rei Kawakubo nous offre pour ce printemps/été. L’idée générale semble être la représentation de la vie d’une femme, et en particulier le mariage et la mort, connectés entre eux. Le premier modèle arrive sur le podium vêtu d’une robe en satin blanc très inspiré par le Balenciaga des années 60. L’accessoire de tête ressemble aux coiffures nuageuses du XVIIIe siècle, une pièce de dentelle blanche couvrant ses yeux et un large noeud de dentelle attachant ses mains ensemble. Les jupes sont rendues volumineuses par l’utilisation de la crinoline, visible et parfois même entourant totalement le modèle comme une cage symbolique et menaçante. La mort est représentée par un costume enfantin, tout droit sorti de l’univers d’Halloween, et représentant un fantôme fait de draps et couvert de fleurs ; un mort-vivant portant la Terre et ses fleurs comme vêtements.

Hussein Chalayan has for the last seasons opted for smaller presentation instead of full-scale catwalk shows. The spectacle he put up for spring/summer 2012 was a true Chalayan showing. The designer himself made an appearance on the catwalk as a waiter, constantly at the side of the podium, serving champagne to the models. There was a camera placed in the bottom of the glass, displaying on a big screen the models’ mouths as they sipped from their glasses, giving the show its name : ‘Sip’. Dressed in masculine, impeccably tailored looks in neutral colours they lounged around the catwalk. Perhaps it wasn’t the designer’s most challenging collection, clothing wise, to date, but he showed that there are plenty of ideas and concepts in his mind left to explore. It was good to get fashion’s foremost artist back.

It was a bright and seemingly light collection that Christopher Kane delivered for his eponymous brand. The look was sugary sweet but in the designer’s own way ; it could have been simply girlish and cute, but there was a subtle touch of humour and playfulness. Along with his ability to perfectly balance good and bad taste… Dresses made of thin organza were embellished with flowers that resembled the bookmarks traded between children. Matching the shimmering dresses with flat plastic sport sandals was the odd element that’s always present in Kane’s collections. Styling wise it was an incredibly clever element, but take them out of the context and they were plainly odd. That is what has made the fashion world appreciate Kane. His point of view and philosophy is in many ways unique for London’s fashion scene.

A dramatic white vision, or as she called it “White drama”, was Rei Kawakubo’s offering for spring. The idea seemed to be a representation of a woman’s life – in particular marriage and death, a connection made between the two. The first model took to the catwalk wearing a white satin dress with a voluminous 1960’s Balenciaga feel to it. Her headwear resembled a foamy 18th century coiffure, a piece of white lace covering her eyes and a big lace bow tying her hands together, enslaving her. Skirts made voluminous by crinoline, which was made visible and even at one point entirely embracing the model like a menacingly symbolic cage. Death was represented as the childlike Halloween-costumes of a ghost from bed sheets and covered in flowers ; a walking dead wearing the earth and its flowers as clothes.

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VEINE MAGAZINE

Dries Van Noten

Givenchy

Haider Ackermann

Lorsqu’il s’agit de motifs et de matières, Dries Van Noten est un des hommes les plus influents de la mode. Il opte pour cette saison pour des imprimés de photos plutôt que des motifs graphiques. Des dessins de livres de biologie du XVIIe siècle sont juxtaposés à la série des « Nightscapes » de James Reeves sur certaines panoplies. C’est un minimalisme différent de d’habitude que Van Noten nous offre cette saison. Si Raf Simons, dans sa collection de l’été dernier pour Jil Sander, avait présenté au monde de la mode l’extrême maximum du minimaliste, Van Noten fait l’exact opposé : il fait ressortir le minimalisme du maximum. Les formes et les silhouettes empruntées à Cristobal Balenciaga sont simplifiées et assombries. Malgré les références au passé, la version de Van Noten n’est vieille en aucun point. C’est ce sens d’une modernité sans effort qui rend ses collections à chaque fois incroyable et en dehors des tendances, et du carrousel de la mode.

Le sombre que Ricardo Tisci a apporté à Givenchy depuis le début de son règne prend un tournant plus lumineux. Sa palette de couleurs part de tons pastels et doux pour se diriger vers du blanc avant d’effectuer un demi-tour total vers le noir. L’inspiration annoncée est celle des surfeurs (qui est également celle derrière sa collection pour hommes) et des sirènes. Des coupes classiques et puissantes et des pantalons skinny sont associés à des coupes plus amples qui semblent presque flotter autour du corps. Les sequins apportent la brillance naturelle des trésors sous-marins, tel que des coquillages ou des perles, associés à des plis imitant la forme naturelle des mollusques et des vagues. A ceci s’ajoute une image de la force apportée par le détail de grandes dents de requin en collier. Bien que Tisci ait été le premier créateur pressenti pour le poste vaquant chez Christian Dior, il a prouvé ces derniers mois que Givenchy est sa maison, et que c’est là qu’il doit être.

Avec le stylisme de sa collection Femme, Haider Ackermann cherche définitivement à toucher directement le coeur de la presse mode. Une garçonne moderne et décidée portant les vêtements de son fiancé fait lentement et majestueusement son entrée sur le podium, calme et forte en son hypocentre. Ce personnage est important chez Ackermann. Les vêtements en eux-même semblent secondaires, intelligemment intégrés à l’image de ce dernier. Il choisit une palette de couleurs plus vibrantes en contraste avec ses habituelles gammes de sombres. L’orange et le burgundy, le turquoise et le vert, et les imprimés sont tous inspirés d’un voyage en Inde. Haider Ackermann travaille en dehors des tendances restant toujours fidèle à ses croyances et à son esthétique. Il crée cette propre voie et invite tout le monde à le suivre. C’est cette consistance qui donne du sens à son travail.

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When it comes to patterns and fabrics, Dries Van Noten is one of the leading men in fashion. This season he opted for photographic prints rather than graphic patterns. 17th century drawings from biology books juxtaposed with James Reeves’ series Nightscapes were found worked into looks. It was a different kind of minimalism that Van Noten brought this time around. If Raf Simons in his Jil Sander collection last summer introduced fashion to maximalism of minimalism, Dries this season did the opposite : minimalism out of maximalism. Shapes and silhouettes borrowed from Cristobal Balenciaga were simplified and toned down. Despite referencing the past, Van Noten’s version of them isn’t old at all. It’s this sense of effortless modernity that makes his collections continually incredible and outside the laws of trends and the fast spinning fashion carousel.

The darkness that Riccardo Tisci has brought to Givenchy during his reign took a lighter turn. His colour palette started in soft, rosy tones and delved into white before taking a full round turn back to black. The inspiration was allegedly surfers (which was the idea behind his men’s collection also) and mermaids. Strong streamlined tailoring and skin-tight pants or slouchy layering that almost floated off the body. Glimmering sequins gave the shine of natural underwater treasures such as shells and pearls, with ruffles mimicking the natural shapes of molluscs and waves. Adding a detail of the toughness were big shark teeth as necklaces. Tisci was the first designer rumoured to take over the vacant spot at Christian Dior, but in the last few months he has proved that Givenchy is his home, and it’s where he should stay.

Through the styling of his women and his presentation Haider Ackermann manages to shoot straight into the heart of the fashion press. A modern, roughed up Garconne in her lover’s clothes slowly and majestically made her way down the catwalk, calm and strong in the hypocenter. This image and character is what’s important at Ackermann. The actual clothes seem secondary, cleverly integrated into the image. He opted for a more vibrant colour palette in contrast to his usual sombre scale. Orange and burgundy along with turquoise and green, and printed fabrics were inspired by a trip to India. Haider Ackermann works outside the laws of trends, having always stayed true to his beliefs and aesthetic. He creates his own way and invites everyone to come along with him. It’s that type of honest consistency that makes his work believable.

REVIEWS

Jil Sander

Jonathan Saunders

Miu Miu

Raf Simons est la personne à créditer pour la vague retro-couture qui a dominé l’ensemble de cette saison. Pour le printemps/été de 2012 il déclare que la collection pourrait être la dernière de sa « trilogie couture », le point de départ de celle-ci étant la pierre d’angle de la marque : la chemise blanche. Les robes et les costumes d’un blanc immaculé portent avec elles une simplicité clinique. L’élément inattendu est celui des imprimés cachemire, immédiatement devenus la tendance officielle pour la saison à venir. Les pulls tricotés présentant des dessins de Picasso amusent, mais le point fort de la collection est une série de robes de mariée. Après le défilé, Suzy Menkes a suggéré que Simons pourrait être un candidat pour prendre la tête de la maison Saint Laurent. Même si certains n’y croient pas, les faits demeurent, Raf Simons est le créteur actuel le plus proche de la philosophie Saint Laurent.

Les ménagères floridiennes sont l’inspiration du designer londonien Jonathan Saunders. Les couleurs douces et pastels de bonbons relèvent directement d’un idéal de banlieue des années 1950. Saunders donne une signification différente aux couleurs, qu’il décrit sur Style.com comme « les couleurs des pilules ». Nous sommes bien de nouveau notifiés de son talent pour les imprimés. Les motifs cachemire kaléidoscopiques présents sur les robes d’été et les robes lumineuses et gracieuses semblent incroyablement modernes et sans efforts. Le tout est si bien assemblé qu’il semble être la chose la plus simple au monde. Son talent et son sens des couleurs est vraiment remarquable et ce qu’il présente est portable, et plus important encore, désirable, pour les femmes d’un certain âge et d’un certain style. Quand les vêtements arriveront dans les rayons, on risque de voir un grand nombre de personnes pour les acheter. C’est simple et humble, bref, totalement moderne.

Il y a toujours une sorte de lien naturel entre les collections pour Prada et celles que Miuccia crée pour Miu Miu. Le lien se situe dans le goût du total look, mais surtout dans l’idée. Pour le prochain printemps/ été, on se concentre plus sur le look, ce qui est dû au fait que Miuccia dessine et crée la collection pendant les deux semaines qui séparent les deux défilés. Nous pouvons observer les jupes tailles hautes et les hauts de bikini laisser apparaître les filles aux ventres nus que nous avions pu apercevoir plus tôt à Milan. En tant que petite soeur de Prada, le point de vue est plus celui d’une petite fille ; une collection de poupées vivantes et d’idéaux que cette « innocence �� enfantine impose. Les silhouettes présentées sont plus que difficiles à définir. Prada a le chic pour nous apporter à chaque saison ce à quoi nous n’aurions jamais pensé mais que nous avons toujours voulu.

Raf Simons is the one to credit for the retro-couture wave that has dominated the season. For spring/ summer 2012 he declared that the collection would be the last in his “couture trilogy”. The starting point was the Jil Sander brand’s cornerstone ; the white shirt. Dresses and suits in immaculate white had a clinical cleanness to them. An unexpected element was paisley prints, cementing them as an official trend for the season to come. Knitted sweaters with Picasso sketches were fun, but the highlight was a line of wedding dresses. After the show Suzy Menkes suggested that Simons would be a candidate for taking over the house of Yves Saint Laurent. A game of viral Chinese whispers took it for a fact, but the fact remains ; Raf Simons is the contemporary designer who’s closest to Saint Laurent’s philosophy.

Housewives in Florida were the inspiration for London-based designer Jonathan Saunders. The soft candy colours and pastels were taken straight from an ideal 1950s suburbia. Saunders gave a different input on the colours, describing them to Style.com as ‘the colours of pills’. We were once again reminded of his talent for prints. Kaleidoscopic paisley prints for sundresses and light, flowing gowns were incredibly effortless and modern. It’s so well put together that it looks like the simplest thing in the world. His talent and sense of colours is truly remarkable and what he presents is suitable, and most of all desirable, for women of a wide range of age and style. When the clothes hit the racks come spring there will be plenty for everyone to get. It is simple and unpretentious without fuss, completely modern.

There is always a sort of natural link between the main Prada collection and the one that Miuccia creates for Miu Miu. The link is found in the all together look, but mostly in the idea. For next spring, it was actually more in the look, which may be due to Miuccia designing and creating it in the two weeks between the two shows. We saw the high waisted skirts and bikini tops showing off a bare midriff that she earlier displayed in Milan. As Prada’s younger sister, the angle was more that of a little girl ; a collection of living dolls and the ideals that this “innocent” child’s game imposes. The actual look she showed is far more difficult to pin down. Prada fantastically brings us each season what we never thought about but what we always wanted.

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VEINE MAGAZINE

Prada

Proenza Schouler

Thom Browne

Une femme vue comme une voiture au travers des yeux d’un homme est un concept récemment exploré par des designers tels que Anne Sofie Back et Phoebe Philo pour Céline. Pour ce printemps/été 2012, Miuccia Prada en offre sa vision. Son interprétation du sujet se base dans l’Amérique des années 1950, et les imprimés de flammes sont un élément kitsch de choix. Selon la créatrice elle-même, le thème est « la douceur », et on le retrouve grâce aux imprimés cartoonesque (vus précédemment dans sa collection Homme) d’une fille un peu naïve et douce, justement, ainsi qu’aux motifs floraux et aux plissés. Ses femmes ne sont pas « objetisées » à la manière d’autre designers. Les italiens aiment et respectent leurs femmes. Miuccia fusionne le traditionnel tailoring italien et le sportswear américain, pour un résultat simplement irrésistible.

Les innovations techniques concernant les matières et les coupes sont définitivement la signature de Jack McCollough et Lazaro Hernandez. Bien sûr, un style qui attire la femme américaine moderne est l’ingrédient principal qui leur a apporté le succès. Pour le printemps/été 2012 ils continuent leur voyage dans l’histoire de la culture moderne américaine. Les dessins animés des années 1960 de Hanna Barbera sont la référence, et plus particulièrement les Pierrafeux et les Jetson_ ce qui est évidemment intéressant car en opposition totale avec l’époque. La Préhistoire est donc projetée dans un lointain futur. La matière inattendue de cette collection est la peau de murène, utilisée sur des robes et des jupes brillantes et à rayures. Ce que Hernandez et McCollough réussissent à créer n’est rien de moins qu’une introspection dans leur Amérique natale. Aucun doute qu’ils sont la jeune force de la scène mode new-yorkaise, et plus spécialement d’un point de vue international.

Dans la mode masculine, Thom Browne aime tourne les idées de bien et de mal, tout comme les vieilles règles du vestiaire masculin, dans tous les sens.Lors de la dernière saison, il présentait sa première collection Femme. Son printemps/été 2012 commence comme une fête des années 1920, nous rappelant irrémédiablement Le Grand Gatsby. Les bases de Browne dans la mode Homme sont visibles dans les silhouettes où il transforme sans effort un costume d’homme à rayures en une robe pour femmes_ une garçonne des temps modernes. Comparée à sa première collection, celle-ci semble intellectuellement plus complète. Tout est donné à voir, des costumes aux pièces les plus portable, visant comme publique la femme de la Côte Est américaine. Portable ou non, la ligne Femme de Thom Browne est irrésistible et un ajout plus que bienvenu à la scène mode féminine de New-York.

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A woman seen through the eyes of men like a car is a concept that has recently been explored by Swedish designer Ann Sofie Back and Phoebe Philo at Céline. For spring/summer 2012, Miuccia Prada has come along to offer her view. Her interpretation of the subject takes its place in 1950s America. Flame prints were the kitsch-element of choice, found as a print. According to the designer herself the theme was “sweetness”, and there was a naïve, girly sweetness in the cartoonish prints (earlier seen in her menswear collection) and flower printed, pleated garments. Her women aren’t being objectified in the same way as in other designers’ interpretations of the theme. The Italians love and respect their women above that. Miuccia’s fusion of Italian tailoring tradition and American sportswear is simply irresistible.

Technical innovation of fabric and cut is what Jack McCollough and Lazaro Hernandez have made their name for. Of course, a style that appeals to the young modern American woman is the main ingredient that’s brought them their success. For spring/ summer 2012 they continued their journey through modern American cultural history. 1960s Hanna Barbera cartoons were referenced, in particular the Flintstones and the Jetsons seemed to be the inspiration – which of course is interesting in the total opposition of eras. The Stone Age propelled into the far future. The surprise material of the collection was eel skin, made into shiny striped dresses and skirts. What Hernandez and McCollough manage have is an amazing insight into their native America. There is no doubt that they are the strongest young force on New York’s fashion scene, especially from an international perspective.

In men’s fashion, Thom Browne likes to turn ideas of right and wrong, as well as old rules of men’s dressing, upside-down. Last season he showed his first womenswear collection. His spring/summer 2012 offering had its starting point at a 20s party, inevitably drawing the mind to The Great Gatsby. Browne’s foundation in men’s fashion is most visible in looks where he reconstructs a classic striped suit to effortlessly dress a woman’s body – a modern day Garconne. Compared to his premier collection this felt more complete intellectually. We saw everything from costume and show pieces to completely wearable pieces for the East Coast American woman. Wearable or not, Thom Browne’s womenswear vision is irresistible and a very welcome addition to New York’s women’s fashion scene.

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CÉDRIC JACQUEMYN Les créations de Cédric Jacquemyn sont en parfait accord avec le thème minimaliste de ce numéro. Une mode cinématographique, en relation intense avec la nature, et plus particulièrement l’Islande, pour laquelle le créateur belge voue une véritable admiration. Ce génial touche à tout pratique également la peinture, et a accepté de nous parler de son processus de création. Pour notre plus grand plaisir.

From The last glacier, PT II by Yves De Brabanda

VEINE MAGAZINE

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INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Salut Cédric, dis m’en un peu plus sur toi. CÉDRIC JACQUEMYN/ J’ai obtenu mon diplôme à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers en 2010. Après avoir créé une petite collection pour Weekday, j’ai décidé de faire la mienne. RA m’a aidé à être présent à Paris pour les deux saisons passées. V/ Comment t’es-tu intéressé à la mode ? CJ/ Je n’ai pas toujours su que c’est là-dedans que je finirais, je m’en suis rendu compte en école d’art, je voulais vraiment faire des choses qui changeraient la façon de se sentir, qui pourrait modifier l’environnement. Le fait que nous nous baladons vêtus du produit de l’imagination de quelqu’un, je pense que c’est le mystère et la poésie autour de ça qui me fascinent.

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V/ Parle moi un peu de ta relation avec l’Islande. Tu as utilisé à maintes reprise la nature de ce pays comme inspiration et référence dans ta collection. CJ/ L’islande est comme un rêve, c’est un endroit d’une beauté infinie, une nature brute, c’est une inspiration totale. La première fois que je me suis retrouvé en Islande il y a trois ans, je me suis senti envahi comme jamais, par la nature, je me suis senti très petit, un simple point au milieu de l’univers, ça m’a rendu humble, les paysages me forçaient au respect. À chaque fois que je vais là-bas, je découvre quelque chose de nouveau ou de changé. Par exemple, il y avait cet endroit où nous avons réalisé le shoot pour la première collection, c’est une piscine art déco en plein air abandonnée au milieu de nulle part, et la dernière fois que nous y étions nous avons décidé de rouler jusqu’à la piscine pour nager, mais comme nous sommes arrivé, elle était recouverte d’une montagne de cendres noires, la nature l’avait reprise. C’est un pays dirigé par la nature, les gens doivent s’y adapter, et pas l’inverse. V/ As-tu d’autres sources d’inspiration ? CJ/ Les choses qui m’inspirent sont souvent des objets, des endroits, qui ont une influence émotionnelle directe sur moi, il y a par exemple cette peinture de Pollock faite de deux types de noirs sur une toile en lin brut au Centre Pompidou, je pense que la plupart des gens passeraient simplement devant. Pour moi le contraste entre la peinture brillante, la peinture mate et la texture sur la toile sont extrêmement poétiques, c’était comme si la peinture était vivante et séchait devant mes yeux. Je dois admettre que ça m’a fait pleurer. V/ As-tu des héros (fictionnels ou réels) qui t’inspirent ? CJ/ Ceux que je considère comme des héros sont les gens autour de moi, dont je sais qu’ils ont travaillé dur pour être là où ils sont. C’est tellement inspirant de vivre à Anvers en ce moment parce qu’il y a beaucoup de nouveaux créateurs et d’artistes qui essaient de faire leur propre truc, c’est cool de faire

partie de cette génération et je pense que nous somme tous les héros des autres, on se suit les uns les autres, c’est ce qui nous pousse à aller plus loin. V/ Si tu n’étais pas dans la mode, qu’aurais-tu aimé faire ? CJ/ Je serais probablement peintre, c’est quelque chose que j’aime toujours autant faire, afin de me vider la tête, trouver l’inspiration, c’est juste quelque chose que j’ai besoin de faire pour rester concentré. V/ Quelle est ton occupation favorite ? CJ/ Cela dépend des saisons, en hiver j’apprécie me ballader en ville, les rues à l’abandon ont quelque chose de poétique, j’aime le calme d’Anvers. En été j’adore aller au Friday Market (meubles vintages) à la recherche de trésors cachés, aller au nord où l’industrie rencontre la ville, il y a ce petit parc à cet endroit là, c’est un endroit un peu secret et dissimulé, j’aime y aller pour m’asseoir au soleil, pour lire et dessiner. V/ Anvers est réputée pour sa place au sein du monde de la mode. Comment cela t’a-t-il influencé ? CJ/ La chose la plus importante que tu apprends à l’Académie, c’est de grandir vite, de coordonner tes actions, ce n’est pas un endroit où tu peux faire n’importe quoi. Ce qui en fait un endroit qui change ta vie. Ce que j’y ai appris, c’est d’être critique envers moi-même, de me poser des questions avant que quiconque ne le fasse. L’expérience à tirer de l’Académie c’est de se trouver, dans la mode et en général. Visuellement, l’esthétique des créateurs d’Anvers est bien sûr unique, je pense que c’est le résultat de leur indépendance, de leur vision non-compromise, je pense vraiment que c’est quelque chose à quoi aspirer. V/ Pour l’instant tu ne fais que de l’Homme, penses-tu ajouter de la Femme à ta marque ? CJ/ Dans un sens, la plupart de mes vêtements ne sont pas spécifiquement masculins, mais pour l’instant mon coeur appartient à l’Homme, c’est plus marrant de créer dans un monde fait de quelques limites avec lesquelles jouer. V/ Sur quoi travailles-tu actuellement ? CJ/ En ce moment, je suis sur la collection Automne/ Hiver 2012/2013… Retrouvez Cédric sur internet via www.cedricjacquemyn.be

From The Last gGacier by Luigi Y Luca

VEINE MAGAZINE

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EN

INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Hi Cédric, Tell me a little bit about yourself. CÉDRIC JACQUEMYN/ I graduated from The Royal Academy of Fine Arts in Antwerp in 2010. After designing a small collection for WEEKDAY, I decided to start my own collection. RA gave me the change to show it in Paris for the last two seasons. (feel free to add something from the bio on the website) V/ How did you get interested in fashion ? CJ/ It’s not something I always knew I would end up doing, the realisation came in art school, I really wanted to make things that would change the way you feel, that could alter an environment. The fact that we all walk around in a product of people’s imagination, I think it’s just the mystery and poetry around it that fascinate me.

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V/ Tell me a bit about your relation to Iceland. You have repeatedly used the country’s nature as an inspiration and reference point in your collection. CJ/ Iceland is like the dreams you have, it’s a place of infinite beauty, raw nature, pure inspiration. Being the first time in Iceland tree years ago was so overwhelming to me because it was the first time in my life I’ve felt so overwhelmed by nature, it made me feel very small, just a little dot in the universe, it made me feel humble, the landscapes forced me to respect them. Every time I go there I discover something new, something has changed, for example there was this location were we did a photoshoot for the first collection, it was abandoned art deco open air swimming pool in the middle of nowhere, last time we were there we decided to drive up there to go for a swim when we arrived the pool was covered by a mountain of black ash, the pool suddenly looked like a little pound, nature took it back. I’s a country ruled by nature, where people have to adapt. V/ Do you have any other sources of inspiration ? CJ/ Things that inspire me are often objects, places that have a direct emotional influence on me, for example there is this painting of Pollock made of two types of black on a raw linen canvas in Centre Pompidou, I think most people would walk past it. To me the contrast between the reflecting paint and the mat paint and the texture on the canvas are extremely poetic, it felt like the painting was alive and drying in front of my eyes. I have to admit it made me cry. It’s the same with Iceland, it’s not only the country in itself that inspires me it’s the way it changes that I can be a part of it, see it change. In all my collections I try to find an answer to the question, what would garments look like if : we would live in a world we destroyed ourselves, how can I go back to the most simple form of garment, that’s the reason you’ll often see a lot of ethnical references,

because to me the hold the clue to go back. V/ Do you have any heroes (fictional or real) that inspire you ? CJ/ People I see as heroes are the people around me, who I know they worked hard to be where they are, it’s so inspiring to live in Antwerp right now because there are a lot of new designers and artists trying to do there own thing, It’s fun to be a part of it and I think we’re all each others heroes, we look up to each other that’s what makes us trying to get further. V/ If you weren’t in fashion, what would you have liked to do ? CJ/ I would probably be a painter, it’s still something I really love to do, as a way of clearing my head, finding inspiration, it’s just something that I need to do to stay focused. V/ What’s your favourite occupation ? CJ/ Depends on the season, in winter I love to be outside in the city, the abandoned streets really have something poetic, I love the quietness in Antwerp. In summer I love to go for to the Friday Market (second hand vintage furniture) looking for hidden treasures, going to the north where the industry meets the city, there is this little park there, it’s a bit a secret hidden place, I love to go there to sit in the sun and read or draw a bit. V/ Antwerp has quite a reputation for its fashion. How has it affected you, being based there ? CJ/ The most important thing you learn in the academy, is to grow up fast, to get your act together, it’s not a place to fool around. Which makes it a life changing place. The most important thing I learned there is to be self critical, to ask yourself questions before anybody else asks you. The whole experience at the academy is about finding yourself, in fashion and in general. Meeting e few of the Antwerp six, the most important thing I learned is to stay true to yourself, stay independent. Visually the ecstatic of the Antwerp designers is ofcourse unique, I believe it is the result of their independence, their uncompromised vision, I really fell this is something to aspire to. V/ Currently you’re designing menswear only, are you considering adding womenswear to your brand ? CJ/ In a way most of the clothes aren’t really menswear specific, but for now my hart is in menswear it’s more fun to create in a world where there are some boundaries to play with. V/ What are you currently working on ? CJ/ At the moment I’m working on AW 12/13…

You can find Cédric on the internet via : www.cedricjacquemyn.be

From SS 2012 The Waste Land movie by Yves De Brabander

VEINE MAGAZINE

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Yank by CĂŠdric Jacquemyn

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Josh by Cédric Jacquemyn

VEINE MAGAZINE

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From The Last Glacier Pt. II by Yves De La Brabanda

INTERVIEW

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SUSANA MAJURI Chez Veine, nous aimons révéler les artistes émergents tels que Susanna Majuri, jeune photographe finlandaise à l’avenir prometteur. Elle nous parle de ses différentes pratiques, de la photo à la danse contemporaine, de ses inspirations, et de son actualité. Une sensibilité toute simple et un travail très poétique qui nous touche, tout simplement. VEINE MAGAZINE/ Bonjour Susanna. Avant tout, qui es-tu, où es-tu, que fais-tu ? SUSANA MAJURI/ Je suis photographe d’art. Je vis à Helsinki, en Finlande. Je possède aussi un petit husky nommé Lumi, ce qui signifie neige en finlandais. V/ Quel est ton parcours ? SM/ Ça se passe bien pour l’instant. J’aime mon travail et j’expose beaucoup. Je gagne ma vie grâce à mon art. V/ Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton processus de création ? SM/ Avant tout j’ai besoin d’être touchée par une chanson, une couleur, une fille, ou une mise en scène. Ensuite je photographie. V/ Y a-t-il une symbolique particulière dans ton travail ? Il y a cette omniprésence des corps sous l’eau, est-ce juste un thème ou… ? SM/L’eau me donne la possibilité de créer une fiction. Mes intérêts principaux sont les couleurs et les émotions.

V/ Par quoi et qui es-tu inspirée ? SM/Quand j’étais plus jeune, j’étais inspirée par Björk. À travers elle j’ai découvert les travaux de Michel Gondry et les écrits de Vigdis Grimsdottir Puis je suis allé en Islande plusieurs fois. La musique et les livres m’inspirent. Je suis influencée par les poèmes, les romans et les chansons. Récemment, j’ai découvert Agnes Obel. Elle chante : « Je peux voir dans tes yeux, que tu n’as jamais approché la rive ». Ça a inspiré le thème de mon image nommée « Frosty ». V/ Es-tu intéressée par d’autres formes d’art ? Par l’idée de pratiquer autre chose ? SM/Je pratique la danse contemporaine, et en ce moment je photographie les danseuses Katja-Maria Taavitsainen et Elina Puukka. On peut les apercevoir dans les images suivantes : Gravity, Joutsen, Mesikämmen, Raven, Flood, Falling, et Frosty. V/ Puisque ce magazine explore l’art et la mode, te sens-tu reliée à la mode d’une quelconque façon ? Au travers de ton travail, de ta création, de tes inspirations… ? SM/On peut trouver des similarités dans mon

travail, mais je n’aime pas la mauvaise image du corps que la mode renvoie. V/ Un amour de jeunesse ? (Un artiste que tu aimais et que tu détestes maintenant) SM/Je n’en ai pas. J’aimais Nan Goldin, et c’est toujours le cas. Et le premier livre de photos que je possédais était celui de Juergen Teller. V/ En conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? SM/J’ai une exposition personnelle au Sogn og Fjordane Museum of Fine Art en Norvège du 17 novembre 2011 au 10 janvier 2012, et je fais partie d’une exposition collective à Vienne nommée « Female View », du 27 octobre 2011 au 10 janvier 2012. Enfin, j’ai été représentée par la Galerie Taik au Paris Photo, du 10 au 13 novembre 2011. Je travaille également en ce momentavec Elina Brotherus et Kira Gluschkof. Nous nous photographions les uns les autres pour une nouvelle série photo. Retrouvez Susana sur internet via : www.helsinkischool.fi/helsinkischool/ artist.php ? id=9029

Frosty. Page précédente : Waterwall Raven

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Frosty

Mesik채mmen

Treasure

INTERVIEW

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VEINE MAGAZINE/ Who are you, where are you, what do you do ? SUSANA MAJURI/I am a Fine Art Photographer. I live in Helsinki, Finland. I also have a miniature husky called Lumi, which means Snow in Finnish. V/ What is your cursus ? SM/ I have a good direction at the moment. I enjoy my work and I’m well exhibited. I also earn my living from my art.

Through her I saw works of Michel Gondry and writings of Vigdis Grimsdottir. Later I spent time in Iceland several times. Music and books inspire me. I take influences from poems, novels and songs. Recently I’ve been listening to Agnes Obel. She sings : « I can tell from your eyes, you’ve never been by the rive side ». That inspired my image « Frosty ».

V/ Can you explain what your creation process consists in ? SM/ First I have to be thrilled by a song, a color, a girl, a scenery. Then I will photograph.

V/ Are you interested by other forms of art ? By practicing anything else ? SM/ I practise contemporary dance, and I’m photographing dancers Katja-Maria Taavitsainen and Elina Puukka at the moment. You can see them in my images called : Gravity, Joutsen, Mesikämmen, Raven, Flood, Falling, and Frosty.

V/ Is there a particular symbolic in your work ? There’s the omnipresence of bodies under water, is that just a theme or… ? SM/ The water gives me the possibility to picture fiction. It gives me the painterhood. My main interests are colors and emotions.

V/ Since this magazine explores art and fashion, do you feel related in any way to fashion ? Through your work, your creation, your inspiration… ? SM/You can see similarities in my work, but I don´t like the unhealthy body image that the fashion shows.

V/ What and who are you inspired by ? SM/When I was young, I was inspired by Björk.

V/ A youthful romance ? (An artist you used to love and that you hate now.)

SM/ This I don’t have. I used to like Nan Goldin, and I still do. And the first photography book that I had was made by Juergen Teller.

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VEINE MAGAZINE

V/ As a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? SM/ I will have a solo exhibition in Sogn og Fjordane Museum of Fine Art in Norway from the 17th of November 2011 to the 22nd of January 2012, and I’m currently a part of a group exhibition in Vienna called « Female View » from the 27th of October 2011 to the 10th of January 2012. Finally, I’ve been represented by the Gallery Taik at Paris Photo, from the 10th to the 13th of November 2011. I am also currently working with Elina Brotherus and Kira Gluschkof. We photograph each others for a new body of works. You can find Susana on internet via : www.helsinkischool.fi/helsinkischool/ artist.php ? id=9029

Mirror

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VEINE MAGAZINE

KATE MCCGWIRE

C’est à l’aide de plumes que Kate MccGwire nous transporte. À bord de sa péniche sur la Tamise, elle créée des oeuvres uniques, entre sculptures et anamorphoses, art et mode, cabinet de curiosité et galerie d’Art. Ses pièces envoûtantes nous charment et nous transportent. Elle nous en parle dans son interview.

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INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Kate, avant tout, peux-tu te présenter ? Qui es-tu, où es-tu basée, quel est ton parcours ? KATE MCCGWIRE/ Je m’appelle Kate McGwire et je suis une sculpteure basée à Londres. Je travaille sur un studio - péniche amarré sur une île de la Tamise à moitié à l’abandon. Avant mon travail en tant qu’artiste, je travaillais dans le domaine de l’architecture, puis ai abandonné pour passer mon diplôme des Beaux-Arts, suivi d’une maîtrise en sculpture au Royal College Of Art en 2004. V/ Quelles sont tes principales inspirations ? KMG/La nature et la rivière sont des sources d’inspiration inépuisables pour moi. Travailler sur la rivière est formidable, la faune n’est plus réduite à des images fixes entièrement maîtrisé, c’est en mouvement, en action, et c’est magnifique, mais il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Un peu comme ce à quoi ressemble l’eau quand la rivière est turbulente, il y a une sorte de bouillonnement de fond, inhérent à la nature. C’est cet aspect plus dérangeant et plus sombre de la vie quotidienne que j’aime explorer dans mon travail, les étranges nuances sous la surface. V/ Ton Top 3 d’artistes ? KMG/ Doris Salcedo, Mona Hatoum et Louise Bourgeois.

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V/ Comment fais-tu pour avoir autant de plumes ? KMG/ C’est un procédé qui prend du temps mais j’apprécie le fait que le matériel que j’utilise ne peut être acheté comme n’importe quel médium artistique traditionnel, dans un sens elles tiennent du miracle, éphémères et brèves. Pour rassembler le volume nécessaire pour une seule pièce, il faut un certain niveau de persuasion, je dois convaincre les gens autour de moi de ma vision. La plupart de mon stock vient de racing clubs de pigeons et d’amateurs, qui ont été d’un support inestimable par rapport à mon travail. Vu que les plumes sont uniquement amassées de façon naturelle entre avril et octobre, la quantité nécessaire pour ce travail doit être collectée sur plusieurs années. V/ Comment en-es tu venue à l’idée de créer ce type de sculptures ? KMG/ Je conçois et créé pendant le processus donc le travail est principalement le résultat d’expérimentations avec la matière. L’intégration de plumes dans mon travail cherche à imiter une aile d’oiseau, les plumes se placent elles-mêmes en couches, il y a une sorte de langage avec lequel on peut jouer, une référence visuelle admise que l’on peut s’approprier. Je me pose continuellement la question du « comment faire », « pourquoi ça prend cette forme », et, « je reconnais ça mais pas ça »… C’est un combat continu jusqu’à ce que je trouve une forme qui me convienne.

V/ Il semble évident que tu es fascinée par les oiseaux. Pourquoi ? KMG/ Ma fascination des oiseaux est vraiment la résultante de l’emplacement de mon studio, sur la Tamise, quand on vit si près de la nature c’est impossible de ne pas la trouver intéressante. Il y a aussi le charme des plumes en elles-mêmes, elles ont un sens incroyable de l’altérité, avec leurs tiges décharnées, elles sont si différentes quand elles ne sont pas sur l’animal. V/ Comment définirais-tu le sens de ton travail ? KMG/ J’essaye de créer des oeuvres qui sont corporelles, qui ont quelque chose de viscéral, qui génèrent une sensation immédiate. C’est une référence à la notion d’étrange, le tout relié au corps organique, aux extraterrestres et à l’étrange. Les pièces qui sont dans ce cas sont piégées, elles n’ont pas de tête, et elles sont à la fois dérangeantes et belles, on distingue des froissements et des crevasses, elles nous ramènent à nous-mêmes mais sont d’un autre monde. J’essaie constamment de construire cette ligne fine entre attraction et inquiétude, utilisant une rythmique esthétique et jouant avec les notions de réel. V/ Comment te places-tu par rapport au monde de l’art ? KMG/ Je vois mon travail comme de l’art contemporain, comme ça je peux le placer dans différents domaines, de l’histoire naturelle à la mode. Mon travail joue avec le quotidien, le sublime, et ces concepts que je ressens sont universels. V/ Aimes-tu vivre à Londres ? KMG/ Oui, j’adore le calme du studio comparé à la vitalité de la ville. Pour moi, la capitale a tout ce qu’un artiste pourrait rêver et la scène artistique est fantastique. V/ Es-tu consciente de la relation entre la mode et ton travail ? L’acceptes-tu ? KMG/ Je suis consciente du lien entre mon travail et la mode et cette association me plaît. C’est fantastique d’être capable d’influencer des gens d’un univers différent du sien, et c’est toujours intéressant d’entendre ce que les autres perçoivent de ton travail. Ceci dit, je pense que c’est important de ne pas devenir une victime des vices de la mode. La mode peut être totalement éphémère donc ma seule inquiétude est que ça réduise l’intemporalité de mon travail. Pour moi c’est important d’avoir mon travail bien ancré dans l’histoire de l’art autant que sur le mood board d’une icône de mode. V/ Une anecdote amusante ? KMG/ Je n’ai pas d’histoire amusante concernant mon travail mais j’ai une anecdote récente sur quelque chose qui est arrivé l’autre jour et qui est liée à cette idée de nature à la fois belle et sombre.

Il y avait une chauve-souris suspendue à l’extérieur d’une fenêtre de mon studio et j’ai d’abord pensé qu’elle était morte, mais en y regardant de plus près, elle semblait bouger légèrement. Je suis sortie pour la libérer, pensant qu’elle était coincée, mais elle était bien morte… Et elle bougeait parce qu’elle était pleine de larves. Ce grouillement était plutôt génial, je trouve ça à la fois beau et dégoûtant, intéressant et intrigant tout en même temps. V/ Et en conclusion, peux-tu nous parler un peu de tes projets en cours ? KMG/ En plus de quelques commandes privées je passe actuellement la plupart de mon temps à préparer de nouveaux travaux pour mon exposition personnelle au All Visual Arts en novembre de l’année prochaine. AVA est un grand espace donc j’explore de nouveaux mediums tels que la vidéo et les projections, en plus d’une nouvelle série de travaux de plumes. Je viens également de terminer deux pièces de cabinets nommées « Quell » et « Lure », qui sont maintenant dans la collection de « Thomas Olbricht » exposée à la Maison Rouge, à Paris, jusqu’au 15 janvier 2012. Retrouvez Kate MccGwire sur internet via www.katemccgwire.com www.allvisualarts.org

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Warp

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INTERVIEW

V/ What are your principal influences ? KMG/ Nature and the river are a source of endless inspiration to me. Working on the river is amazing, wildlife is no longer reduced to perfectly controlled stills, it is in motion, in action, and it is beautiful, but all is not what it seems. Much like the patterning of the water when the river is turbulent there is a kind of seething undercurrent inherent in nature. It is this darker more disturbing aspect of the everyday that I like to explore in my work, the uncanny nuances under the surface. V/ Your artists top 3 ? KMG/ Doris Salcedo, Mona Hatoum and Louise Bourgeois. V/ How do you manage to have so much feathers ? KMG/ It’s a time consuming process but I enjoy the fact that the materials I use can’t be bought as with conventional art materials, in a way they are miraculous, transient and fleeting. To collect the volumes needed for a single piece of work there is a certain level of persuasion, I must convince others of my vision. My main supply comes from pigeon racing clubs and racing enthusiasts who have been invaluable in their support and interest in my work. As the feathers are only naturally shed around April and October the amount needed for large-scale work may need to be collected over a period of years. By letting the materials guide the work I have learnt the importance of both collection and creation, and enjoy how intertwined the processes can be. V/ How did you get the idea to create those kind of sculptures ? KMG/ I design and create through making so the work is very much a result of experimenting with the materials I have. The placement of feathers in my work aims to mimic the pattern of a bird’s wing, feathers naturally lend themselves to layering so there is a sort of language of feathers which can be toyed with, an accepted visual reference which can be appropriated. I am constantly questioning « how to make it », « but why is it that shape », and, « I recognize that but I don’t recognize that »… It’s a constant battle until I find a shape that feels right. V/ You are obviously fascinated by birds. Why that ? KMG/ My fascination with birds is really a result of

V/ How could you define the sense of your work ? KMG/ I try to create works which are bodily, that have some sort of visceral, immediate feeling about them. A reference to the notion of the uncanny, both relating to the organic body and yet alien and strange. The pieces in the cabinets for instance are trapped, they have no head to them, they are uncomfortable and beautiful at the same time, we recognize creases and crevices, they refer back to ourselves but they are otherworldly. I’m constantly trying to construct this fine line between attractive and vaguely disquieting, employing a rhythmic aesthetic and playing with notions of what is real.

and disgusting and interesting and intriguing all at the same time.

EN

my studio on the river, when you live that close to nature it’s impossible not to find it interesting. There is also the alluring quality of the feathers themselves, they have an amazing sense of otherness to them, with their fleshless stems they look so different from the bird they came from.

V/ And as a conclusion, can you tell us a little bit about your current projects ? KMG/ Along with several private commissions I am currently spending most of my time preparing new works for my solo show at All Visual Arts in November next year. AVA is a huge space so I’m exploring new mediums such as video and projections as well as creating a new series of feather works. I have also just completed two cabinet pieces called « Quell » and « Lure », which are now in the Thomas Olbricht collection on show at the Maison Rouge, Paris, until January 15th 2012. You can find Kate on the internet via www.katemccgwire.com www.allvisualarts.org

V/ Where do you place yourself compared to contemporary art ? KMG/ I see my work as contemporary art, but like that it can be placed in several different arenas, from natural history to fashion. My work plays with the everyday and the sublime and these concepts I feel are universal. V/ Do you enjoy living in London ? KMG/ Yes I love the quietness of the studio compared to the vibrancy of the city. For me the capital has everything an artist could want and the art scene is fantastic.

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V/ Are you conscious of the relation between fashion and your work ? Do you accept it ? KMG/ I am aware of the link between my work and fashion and I am pleased with the association. It is fantastic to be able to influence those in a field different from your own and always interesting to hear how other envisage your work. That said, I think it is important not to become victim to the wiles of fashion. Fashion can be notoriously transient and so my only concern would be that it would reduce the longevity of my work. For me it’s important to have my work stand its ground in the arena of art history as much as on the mood board of a fashion icon. V/ A funny anecdote ? KMG/ I don’t have a funny story about my work but I do have a recent anecdote of something that happened the other day that comes back to this idea of nature being both beautiful and grim. There was a bat hanging up on the little post outside the window of the studio and I initially thought it must be dead, but when I looked closer it seemed to be moving ever so slightly. I went out to release it as I thought it was stuck and it was definitely dead… And the reason it was moving was because it was full of maggots. That teeming was rather amazing, I find it beautiful

Page précédente : Dwell Nimbus

VEINE MAGAZINE/ Hello Kate, first of all, could you introduce yourself ? Who you are, where you’re based, what is your career pathway ? KATE MccGWIRE/ My name is Kate MccGwire and I am a sculptor based in London. I work from a studio barge moored on a semi-derelict island on the River Thames. Prior to my work as an artist I was working in the field of architecture however I left that industry to undertake my BA in Fine Art followed by a MA in Sculpture at the Royal College of Art in 2004.

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Quell

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Crédit Photos : Tessa Angus courtesy of All Visual Arts

Lure

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GWEN VAN DEN EIJNDE

Gwen Van Den Eijnde, c’est l’onirisme. Ses créations flottent entre mode et scénographie, il pourrait être de ce monde, ou d’un autre. Ses costumes se baladent, franchissent les limites, vous pensez voir un défilé, c’est une performance. Entre Varsovie et Paris, découvrez un artiste différent.

INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Gwen, avant tout, peux-tu te présenter ? Où es-tu, quel est ton parcours ? GWEN VAN DEN EIJNDE/ Je suis un créateur de double nationalités française et néerlandaise et je vis à Paris. J’ai fait des études de dessin, de cinéma d’animation, de design textile et d’arts visuels et je suis notamment diplômé de l’école des arts décoratifs de Strasbourg. J’enseigne le design de mode et le design textile, je suis créateur de costumes pour la danse et l’opéra. En parallèle je réalise des costumes expérimentaux, que je présente sur moi lors de performances et dans des photographies. Ces cinq dernières années, j’ai fait une sorte de tour d’Europe, notamment grâce à plusieurs programmes de résidences d’artistes, en Allemagne et en Pologne, ce qui m’a permis de développer mon travail de créateur et de metteur en scène du vêtement.

mesure où j’essaye d’avoir un rapport très libre de composition avec les formes de l’histoire. Surtout, j’ai grandi avec le cinéma des années 1980 de Peter Greenaway. Ses films m’ont considérablement influencé pour leur rapport à l’histoire, l’utilisation de références picturales, leur théâtralité et leur esthétisme.

V/ Peut-on dire que tu es influencé par le Bauhaus et le Baroque ? Quelles sont tes autres sources d'inspiration ? GVDE/ Oui, j’ai commencé à m’intéresser au thème du Baroque en étudiant la peinture du XVIIè siècle. La manière dont les peintres hollandais représentaient les étoffes me fascine. Par exemple, Gérard Ter Borch excellait dans la représentation des drapés en satin, il cherchait la manière dont les plis ondoyants du tissu réfléchissaient la lumière. On apprend beaucoup de choses sur l’histoire du costume en étudiant ces peintures, mais aussi sur la composition d’une image où tous les éléments peints indiquent quelque chose et participent à un récit. Mes costumes sont fabriqués à partir de différentes formes historiques pour tenter de créer des costumes abstraits. Le Bauhaus m’intéresse autant que d’autres mouvements artistiques comme le cubisme tchèque où l’École d’Amsterdam, dans la

mance. La manière dont on s’habille influe sur notre entourage. On met des vêtements pour produire un effet sur soi, ou sur les autres, ou pour justement essayer de ne pas produire d’effet. Mais cette idée d’un vêtement neutre est impossible, car quelque soit ce que l’on met sur le corps, en l’habillant on le rend visible, on émet un signal.

V/ Pourquoi est-ce important pour toi de créer des liens entre art, mode et scénographie ? GVDE/ Parce qu’il s’agit de la manière la plus juste et la plus pratique de présenter mon travail. Les costumes doivent être incarnés pour exprimer tout leur potentiel, et en les portant sur moi, je m’amuse à décliner mon identité, à devenir une sorte de personnage énigmatique, hors du temps, insaisissable. Je pense que la mode, et davantage encore le costume, est indissociable de l’idée de perfor-

de la simple documentation ? GVDE/ Oui, tout à fait. Je travaille avec différents photographes pour obtenir de très belles images. La recherche qui est mise dans la conception des costumes doit également se refléter dans la qualité des photographies. Et la plupart du temps, la photographie est ce qui reste de ce moment magique et éphémère où les costumes sont incarnés, éclairés et mis en scène dans une scénographie de performance. V/ Quelle est la chose la plus importante de ton travail selon toi ? GVDE/ Je cherche surtout à communiquer un sentiment de beauté et de créativité. Les artistes et les designers portent la responsabilité de modeler le décor qui nous entoure, de dessiner les bâtiments, les objets, les vêtements. Il s’agit donc d’inventer la réalité, puisque notre perception de celle-ci se fait par le cadre dans lequel nous évoluons.

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V/ Pourrais-tu développer tes créations pour la vente ? GVDE/ J’ai réalisé une collection de chapeaux pour enfants qui est vendue en petite série et qui remporte un certain succès. Je réalise également des pièces sur mesure pour des clients particuliers. Cela m’intéresse évidemment de développer mes créations comme un créateur de mode, mais c’est une question de rencontres et de propositions professionnelles. V/ La photographie a-t-elle une autre place que celle

C’est pourquoi je ne veux pas d’un design banal, je préfère quelque chose de drôle, de raffiné et de flamboyant. V/ Comment te places-tu par rapport à ton art ? GVDE/ Je suis un jeune artiste visuel qui réalise des costumes. L’art contemporain m’intéresse dans toutes ses formes. Je ne crois pas au cloisonnement des disciplines, au contraire. V/ Et par rapport à la mode ? GVDE/ Depuis que j’enseigne la mode à Varsovie, il y a un enthousiasme des gens de la mode pour mon travail. Je prépare en ce moment un événement, une « fashion performance » qui sera présentée à Varsovie et à Berlin. Là aussi, je ne crois pas au cloisonnement des disciplines mode et costume. Yves Saint-Laurent était très admiratif du travail de costumiers comme Léon Bakst et Christian Bérard,

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tout comme Poiret fut également influencé par les Ballets Russes. Aujourd’hui, citez- moi un créateur de mode qui s’inspire du travail d’un créateur de costumes ? C’est plutôt le phénomène inverse, car beaucoup de défilés de mode, comme ceux de Viktor & Rolf par exemple, sont entièrement basés sur le « show » spectaculaire. V/ Pourrais-tu t’intéresser à d’autres médiums ? GVDE/ Bien sûr, le film. C’est un médium idéal pour créer des ambiances irréelles. Je suis fasciné par le montage de la musique et des images animées, et comment on peut entraîner le spectateur dans une fiction fabriquée de toutes pièces.

qui se fonde sur une interprétation contemporaine de techniques traditionnelles polonaises de tissage, de crochet, et de fabrication de fleurs artificielles. Le résultat de ce projet sera notamment montré à la Fashion Week de Berlin en janvier 2012. Enfin, un projet en collaboration avec Hermès commencera l’année prochaine. Retrouvez Gwen sur internet via : www.gvde.net

V/ Une anecdote amusante sur tes performances ? GVDE/ Ce qui est amusant dans certaines de mes performances, c’est de voir à quel point le costume peut contraindre le corps dans ses mouvements.

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Lorsqu’on est chaussé de poulaines allongées de plus de 50 centimètres, on est obligé de se déplacer d’une manière particulière. Certains de mes chapeaux bougent en inclinant la tête ou obligent au contraire à se tenir très droit. Aujourd’hui nos vêtements sont pratiques avant d’être esthétiques. Quand on observe l’histoire du costume on est surpris par l’effort et/ou l’inconfort que pouvaient susciter certaines modes. V/ Quels sont tes projets à venir ? GVDE/ En ce moment, j’assiste Olivier Bériot sur les costumes de « Have you kissed, hugged and respected your Brown Venus today ? » de Robyn Orlin. C’est une pièce de danse contemporaine qui s’inspire de l’histoire de la Vénus Hottentote, pour laquelle j’ai conçu une série de chapeaux et d’accessoires. Ensuite je prépare un événement en collaboration avec les écoles de mode de Varsovie et de Berlin,

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INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Hi Gwen, first of all, could you introduce yourself ? Where you’re based, what is your career pathway ? GVDE/ I’m a half french and dutch creator and I live in Paris. I studied drawing, animation, fabric design and visual arts and I graduated from School of Decorative Arts of Strasbourg, through others. I teach fashion and fabric design, I’m a dance and opera costumes creator. Besides that, I create experimental costumes, that I present on me during performances and in photographs. The last 5 years, I had a kind of European tour, due to several programs of artists residencies, in Germany and Poland, which allowed me to develop my work as a creator and a clothes director. V/ Can we say that you’re influenced by Bauhaus and Baroque ? What are your other inspiration sources ?

the using of pictural references, their theatrality and their aesthetism. V/ Why is it important for you to create links between performance, fashion and scenography ? GVDE/ Because it’s the fairest and most practical way to present my work. Costumes must be worn to express their whole potential, and by wearing them, I have fun at declining my identity, at becoming an enigmatic character, out of time, imperceptible. I think that fashion, even more than costumes, is inseparable from the idea of performance. The way we dress has an influence on our circle. We dress to create an effect on us, or on the others, or to try to not produce any effect. But this idea of a neutral cloth is impossible, because whatever we wear, by dressing our body up we make it visible, we transmit a signal.

GVDE/ I especially try to share a feeling of beauty and creativity. Artists and creators have the responsability to shape the set around us, to draw buildings, objects, clothes. So it’s all about inventing reality, since our perception of it is structured by the frame which we evolve in. That’s why I don’t want any casual design, I prefer something funny, sophisticated and blazing. V/ Where do you place yourself compared to contemporary art ? GVDE/ I’m a young visual artist who creates costumes. I’m interested in contemporary art through all its forms. I don’t believe in any disciplines subdivision, on the contrary. V/ And compared to fashion ? GVDE/ Since I teach fashion in Warsaw, I’ve noticed an enthusiasm from fashion people for my work.

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GVDE/ Yes, I started to be interested by the Baroque by studying the XVII° century painting. The way that dutch painters represented materials fascinates me. For example, Gérard Ter Borch excelled in the representation of satin fabrics, he was trying to represent the way that rippling folds reflect light. We learn a lot about costumes history by studying those paintings, but also about the composition of an image in which all painted elements represent something and take part of the plot. My costumes are based upon different historical forms in the attempt of creating abstract costumes. I’m as interested in Bauhaus as other artistic movements like Czech cubism or the Asmterdam School, as far as I try to have a totally free composition relation with historical forms. But more than that, I grew up with 80’s and Peter Greenaway’s cinema. I’ve been considerably inluenced by his films for their relation with history,

V/ Could you develop your creations for sale ? GVDE/ I realized a hats collection for kids that is sold as a small series and is quite successfull. I also create custom pieces for special clients. I’m of course interested to develop my creations as a fashion designer, but it’s a matter of meetings and professional offers. V/ Has photography got more importance than simple documentation ? GVDE/ Yes, absolutely. I work with different photographers to have beautiful images. The research involved in the costumes’ conception must be seen in the photographs quality too. And most of the time, photographs are what remains of this magical and fleeting moment where costumes are embodied, lighten and settled in scenography of performance. V/ What is the most important thing in your work for you ?

I’m currently preparing an event, a « fashion performance » that will be presented in Warsaw and Berlin. In that case too, I refuse the disciplines’ subdivision between fashion and costumes. Yves Saint-Laurent was very admirative of the costume master’s work realized by people such as Léon Bakst and Christian Bérard, in the same way that Poiret was influenced by Russian Ballets. Nowadays, could you be able to quote a fashion designer inspired by any costume master ? It’s rather the contrary, because a lot of fashion shows, such as Victor & Rolf’s ones for example, are entirely based on the spectacular « show ».

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V/ Could you be interested by another medium ? GVDE/ Of course, video. It’s the perfect medium to create surreal atmospheres. I’m fascinated by the montage of music and animated images, and the way we’re able to take the spectator in a totally made up fiction.

You can find Gwen on the internet via : www.gvde.net

V/ A strong anecdote about your performances ? GVDE/ What is funny in my performances is the way my costumes can be able to force the body in its moves. When you wear crakows extended for more than 50 centimeters, you’re obliged to move in a special way. Some of my hats move when you tilt your head or on the contrary force you to stay absolutely straight on your feet. Nowadays, our clothes are practical before being aesthetic. When you consider the costumes’ history, you’re surprised by the effort and/or the discomfort

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that some trends could generate. V/ What are your upcoming projects ? GVDE/ I’m currently assisting Olivier Bériot on the costumes for Robyn Orlin’s « Have you kissed, hugged and respected your Brown Venus today ? ». It’s a piece of contemporary dance inspired by the Venus Hottentote’s history, which I created a series of hats and accessories for. I’m also preparing an event in collaboration with fashion schools from Warsaw and Berlin, which is based on a contemporary interpretation of Polish weaving and crochet’s traditional technics, and on the confection of artificial flowers. This project result will be presented among other events during the Berlin Fashion Week in january 2012. Finally, a collaboration project will start at the beginning of next year.

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JENNY

HART

INTERVIEW

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La broderie est aujourd’hui plus que présente dans le monde de l’art. Ghada Hamer, Sandrine Pelletier, que nous vous présentions dans le Black & White Issue, ainsi que beaucoup d’autres. Mais ceci n’a pas toujours été le cas. C’est cette époque que Jenny Hart a connu, lorsqu’elle a décidé qu’il y avait mieux à faire que des chatons et des ours en peluches. Une vision décomplexée du monde de l’art et un travail provoquant et drôle qui nous plaît beaucoup.

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VEINE MAGAZINE/ Bonjour Jenny, pour commencer, peux-tu te présenter ? Où es-tu basé, quel est ton parcours ? JENNY HART/ Jenny Hart, 38 ans, artiste, brodeuse…j’habite à Los Angeles après avoir vécue pendant 11 années au Texas. Mais, il faut expliquer que c’était à Austin, qui n’a carrément rien à voir avec le reste du Texas ! C’est plein d’artistes, musiciens… Je fabrique (je dessine aussi) des imprimés à broder, je fabrique des kits, des outils, et je donne des cours. Ce que je fais aujourd’hui est très différent d’avant. Mes schémas pour la broderie sont fait selon ma propre conception. Je ne concevais pas tout ça quand j’ai commencé la broderie en tant qu’artiste. C’est le côté commerciale de ce que je fais avec la broderie, mais il est également important car il s’agit de l’éducation, de l’inspiration, de la préparation du dessin commerciale. Je sors du simple motif de nounours, ou ce genre de choses. Ce que je fais à travers « Sublime Stitching » c’est pour les autres, ce que je fais avec mon art, c’est pour moi. Je n’accepte pas l’idée qu’un artiste ne puisse pas travailler dans le domaine commerciale. Ce que je fais commercialement parlant est subversif, et c’est aussi une expression artistique. En plus, ce serait beaucoup plus facile d’expliquer mon travail si je restais uniquement dans le domaine de l’art, si je disais « voici mon travail, mais je n’ai rien à voir avec ce qu’on brode à la maison comme un passe-temps. ». À mon avis, cela aurait été un peu lâche et paresseux. Ça ne veut pas dire qu’un artiste est obligé de faire aussi du commercial, c’est simplement que je refuse ce dédain pour la broderie ou n’importe quel autre passetemps en disant « je la considère comme de l’art, mais pas plus que ça. » Toutes les possibilités pour changer l’idée de la broderie m’intéressaient. C’est plus intéressant, à mon avis, de travailler dans les deux domaines et de discuter des différences entre eux. C’est une entreprise indépendante que j’ai lancé il y a dix ans. Je n’y crois même pas moi-même ! D’un côté, j’ai déjà fais plus que je ne pensais possible de faire, et de l’autre beaucoup moins que je n’aurais aimé. Mais, je suis loin d’avoir terminé ! Ce que je veux, c’est partager ma passion pour la broderie avec une nouvelle génération, grâce à des motifs plus contemporains, qui n’existaient pas avant. Il n’y avait aucune ressource pour apprendre, mis à part quelques livres très austères et démodés. En plus, ce n’était pas une activité « chic ». On pensait que la broderie était réservée aux les grand-mères. Et

c’est vrai que chez nous, cela n’était plus une activité que les mères enseignaient aux petites filles. L’idée de broder quelque chose, à part des ours en peluche ou des lapins, semblait complètement subversive. C’était une direction qu’une entreprise n’aurait jamais osé prendre d’elle - même. Le mouvement « DIY » commençait tout juste à faire ses premiers pas chez nous (c’était autour de 1999-2000). Etsy n’existait pas encore, mais beaucoup de gens s’intéressaient déjà aux « subversive crafts » et ont fait les premiers pas dans cette direction. Maintenant, bien sûr, il y a ce qu’on attendait : des entreprises qui, après avoir observé le succès des indépendants, font

mes pensées aller, tout ce qui m’inspire. Mais je suis principalement inspirée par les visages, c’est pourquoi la plupart de mes premières broderies n’était que des portraits. V/ Qui sont tes idoles ? JH/Mon père, ma mère, mes frères, mon amour. Ce sont les personnes qui m’ont influencés le plus dans la vie. Et puis ma professeur d’art quand j’étais ado, Sarajane, qui m’a vraiment montré ce que, selon elle, être artiste veut dire. Je ne connais personne d’autre qui lui ressemble. Enfin, je dirai Patti Smith, qui porte la force et la tendresse tout ensemble. Je l’admire beaucoup. V/ Comment en es-tu venue à la broderie ? JH/ Par curiosité. Pourquoi ça ne faisait pas partie de ma génération ? Pourquoi ne fait-on que des ours en peluche, et non pas des grands portraits, des nus… ? Je ne savais pas comment l’aborder. J’ai enfin demandé à ma mère de me montré les bases. V/ Comment définirais-tu ton travail ? JH/Avant tout, c’est une obsession. Puis une exploration. V/ Si tu ne faisais pas ça, que ferais-tu ? JH/ C’est drôle d’y penser puisque je fais le travail de mes rêves. Donc penser à faire autre chose, c’est un peu déprimant. Mais, franchement, enseigner le français aux anglophones, pour qui cela pose tant de difficultés (mais qui y portent beaucoup d’intérêt) me ferait énormément plaisir.

des fausses imitations de ce style, mais cela manque de coeur et de vision. Ce n’est pas original. Ce n’est pas né d’une passion. V/ Il y a quelque chose de burlesque dans ton travail, peux-tu nous parler de tes sources d’inspirations ? JH/ Au début, c’est l’idée de broder les femmes de façon burlesque (mais pas pornographique) qui m’intéressait beaucoup. Le Burlesque est très, très décoratif, et la broderie n’est qu’une décoration de celui-ci. Ce qui m’inspire ce sont des images ou des oeuvres d’art qui n’ont rien d’avoir avec mon travail. Des thèmes, des images qui ne sont pas nécessairement liés à la broderie. Ou bien des films, de la musique… Tout ce qui me permet de mieux laisser

V/ Quelle est la chose la plus cool que tu aies eu l’occasion de faire ? JH/Aller chez Elizabeth Taylor avec Carrie Fisher quand elle était toujours vivante, et me balader toute seule dans son salon. V/ Quelle est la chose la plus cool que tu aimerais faire ? JH/ M’installer à Paris définitivement. V/ Quelques projets à venir ? JH/ Je viens de commencer un « memento mori », je ferais partie d’une exposition collective au Smithsonian American Art Museum à l’été 2012, et mes dessins, qui sont actuellement chez Galerie LJ à Paris, feront partie du salon « Drawing Now » au Louvre ce printemps 2012. Retrouvez Jenny sur Internet via : www.jennyhart.net

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EN

INTERVIEW

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VEINE MAGAZINE/ Hi Jenny, first of all, can you present yourself a little bit ? Where are you based, what is your career pathway ? JENNY HART/ Jenny Hart, 38 years old, artist, embroiderer… I live in Los Angeles after 11 years spent in Texas. But I need to precise that it was in Austin, which has absolutely nothing to see with the rest of Texas ! It’s full of artists, musicians… I create (and draw) prints to be embroider, I design kits, tools… I give lessons. What I’m doing right now is very different from before. My embroidery schemas are following my own conception. I wasn’t conceiving this when I started embroidery as an artist. This is the commercial side of what I do, because it’s important too for its educational, inspirational and preparation aspect concerning any commercial drawing. I go beyond the simple teddy bear pattern, or this kind of thing. What I do with « Sublime Stitching » is for the other, what I do with my art is for me. I refuse the idea saying that an artist can not take part to the commercial aspect of his practice. What I do, commercially speaking, is subversive, and is also an artistic expression. Moreover, it would be much easier to explain if I was only sticking to the art world, if I was used to say « here is my work, but I have nothing in common with wat you embroider at home, as a pastime ». For me, it would have been a little bit weak and lazy. It doesn’t mean that an artist is obliged to make commercial too, it’s just that I refuse this disdain for embroidery or any other pastime that says « I consider it as an art, and nothing else ». I was interested by all the different ways to change the ideas about embroidery. For me, it’s more interesting to work on both sides and then debate about their differences. It’s an independant entreprise that I launched ten years ago. I can’t believ it myself ! On one side, I’ve already done more than expected, and on the other, less than I wanted. But I’m far from being done ! What I want is to share my passion for embroidery with a new generation, thanks to some more contemporary patterns, that has never been made before. There was nothing to learn from, except some austere and old-fashioned books. Moreover, it wasn’t a « chic » activity. People thought that embroidery was only for grandmas. And it’s true that it was not something that our mother would have teached us anymore. The idea of embroidering something, apart from teddy bears and rabbits, seemed totally subversive. It was a direction that an entreprise would have never take by itself. The « DIY » movement was just emerging in the USA (that was around 1999-2000). Etsy was not born yet, but a lot of people were already interested by the « subversive crafts » and made the first steps in that direction. Now, of course, there’s what we expected : the entreprises that, after noticing the success of independents, are now making fake imitations of this style, but they’re lacking of heart and vision. It’s not authentic. It doesn’t come from a passion. V/ There is something burlesque in your work, can

you tell us more about your inspiration sources ? JH/ At the beginning, I was interested by the idea of making embroideries of women in a burlesque way (not a pornographic way). The Burlesque is very, very decorative, and embroidery is just a decoration of this. What inspires me are images or pieces art that have nothing to do with my work. Themes, images that are not automatically related to embroidery. Or movies, music… Everything that let my thoughts fly, everything that inspires me. But I’m principally inspired by faces, that’s why most of my first embroideries were portraits only. V/ Who are your idols ? JH/ My father, my mother, my brothers, my love. They are the persons who influenced my life the most. Then, there’s my art teacher from when I was a teen, Sarajane, who really shown me what, for her, being an artist means. I don’t know anybody else like her. And finally, I would say Patti Smith, who cares strength and tenderness all together. I admire it a lot. V/ How did you come to embroidery ? JH/ By curiosity. Why was it not a part of my generation ? Why do we only make teddy bears, and not great portraits, nudes… ? I didn’t know how to approach it. At the end, I asked my mom to show me the basics. V/ How would you define your work ? JH/ First of all, this is an obsession. And then, an exploration. V/If you weren't doing this, what would you do ? JH/ It’s funny to think about that because I exactly do what I wanted. So, to think of doing something else is quite depressing. But frankly, to teach french to the english speakers, for who it’s so difficult (even if they really like it) would really please me. V/ What is the neatest thing you ever did ? JH/ To visit Elizabeth Taylor with Carrie Fisher when she was still alive, and wander alone in the living room. V/ What is the neatest thing you'd like to do ? JH/ To move in Paris for real. V/ Some new projects to come ? JH/ I just started a « memento mori », I’ll take part to a collective exhibition at the Smithsonian American Art Museum during summer 2012, and my drawings, which are currently presented at the LJ Gallery in Paris, will be at the « Drawing Now » salon at the Louvre during spring 2012. You can find Jenny on the internet via : www.jennyhart.net

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Iggy Pop

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DANIELE DEL NERO

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Des maisons en décompositions, des villes détruites, tel est l’univers de Daniele Del Nero. Sa série « After Effect » explore l’organique supposé des habitations qui nous entourent. Avec un rapport à l’architecture et à l’art, et une personnalité simple, loin des clichés de l’art contemporain, l’artiste nous livre quelques détails de plus sur sa création.

INTERVIEW

VEINE MAGAZINE/ Bonjour Daniele, peux-tu nous en dire un peu plus à propos de toi ? Qui estu, où es-tu, que fais-tu… ? DANIELE DEL NERO/ J’ai 32 ans et je vis à Milan depuis 5 ans, j’en suis heureux, car je considère cette ville comme la dernière d’Italie culturellement liée au reste du monde. J’ai grandi à Savona, une petite ville sur la côte pas très loin de Gène, où je retourne à chaque fois que j’ai besoin de voir ma famille et mes amis. Je me définirais comme une personne ordinaire, j’aime les filmes, la littérature et la musique, mais j’ai également quelques passions plus triviales, telles que le foot ou le longboard… V/ Peux-tu nous parler de ton parcours ? DDN/ Je décrirais mon parcours comme schizophrénique. J’ai pris du temps pour décider de ce que je voulais faire de ma vie, peut-être n’estce même pas encore sûr. J’ai étudié l’ingénierie de construction, puis ai obtenu un master de Création de Films à l’université Polytechnique de Milan, avant de brusquement décider de suivre un cours se concentrant sur la Direction d’art à l’Institut IED. J’ai travaillé pendant 3 ans dans une usine de maisons, et suis actuellement chez Grey Worldwide, une agence de publicité à Milan. À côté de mon travail, j’ai commencé une approche des arts visuels en 2003. V/ J’ai pu observer que tu pratiques la sculpture, l’installation, la photo, la vidéo… Est-ce important pour toi de pratiquer différents médiums ? DDN/ J’essaie toujours de mettre mon énergie à trouver des idées avant de penser à la technique. Mes premiers travaux se concentraient sur mon espace intérieur au travers de dessins intimes et plutôt autobiographiques. Ensuite j’ai essayé d’élargir les perspectives, avec une réflexion sur la société et la condition humaine. Un projet peut souvent être développé au travers de plusieurs médiums, mais je me considère essentiellement comme un artiste vidéo : j’ai beaucoup travaillé le stop motion et même si je me concentre plus maintenant sur l’installation et la photographie, je regarde toutes les images comme un cadre ou un film, comme un fragment ou quelque chose évoluant dans le temps. V/ Par qui et quoi es-tu inspiré ? DDN/ Je reste au courant de l’art contemporain, mais je ne considérerais pas ça comme point de référence. Je me sens plutôt impliqué dans la photo d’architecture, et tout particulièrement la série « Beirut » par Gabriele Basilico. Essayer de représenter l’humanité sans êtres humains est mon obsession actuelle, je suis intéressé par des endroits très particuliers tels que l’île d’Hashima, une île abandonnée au Japon, ou par la décennie durant laquelle Detroit était à l’abandon,

ainsi que toutes les grandes villes en Chine où personne ne vit. Dans mon travail j’essaie de filtrer ces différents sujets avec ma sensibilité, de recréer ce genre d’environnement, mais d’une façon différente.

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V/ Comment te places-tu par l’apport à l’art ? Te sens-tu impliqué au monde de l’art ? DDN/ L’art a été un aspect très privé de ma vie pendant des années, j’étais plutôt honteux de mes tendances artistiques, j’ai commencé à en parler petit à petit. Puis mon projet « After Effects » a réveillé l’intérêt de certains, et particulièrement de quelques blogs de communication visuelle. Je sais que mon travail est loin du courant de l’art contemporain. Je ne suis pas un artiste à plein temps, je tente d’exposer spécifiquement au travers d’un réseau d’art underground, surtout à l’étranger. V/ La relation entre art et architecture est-elle importante pour toi ? DDN/ Mon intérêt pour l’architecture vient sans aucun doute de mes précédentes études. L’architecture est un miroir de la société, cela m’apporte un bon point de vue sur les difficultés de notre monde. C’est également intéressant de noter le contraste entre la patience de créer d’une main, et de détruire de façon soudaine et violente d’une autre. V/ Est-ce difficile pour un artiste de vivre et de travailler en Italie aujourd’hui ? DDN/ Je dirais plutôt que c’est difficile pour tout le monde. V/ Et pour conclure, peux-tu nous parler un peu de tes projets à venir ? DDN/ J’aimerais parler de mon dernier projet : cet été j’ai eu la chance de travailler sur un espace public pour la ville de Zug, en Suisse, dans le cadre d’un programme d’échange culturel entre les villes de Gène et Zug. Le challenge était d’exposer « After Effects » au travers d’une perspective différente : J’ai créé une grande maison en bois, entièrement peintes en noir, avec deux trous de chaque côté. À l’intérieur se trouvait un petit village moisi, et des miroirs sur les faces internes donnant l’illusion d’un espace capable de s’étendre à l’infini. Vous pouvez retrouver Daniele sur internet via : www.danieledelnero.com

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Page précédente et ci-contre : After Effects

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After Effects

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VEINE MAGAZINE/ Hi Daniele, can you tell us a little bit about you ? Who are you, where are you, what do you do… ? DANIELE DEL NERO/ I’m 32 and I’m living for five years in Milan, I like living here, I consider it as the last city in Italy culturally linked to the rest of the world. I grow up in Savona, a small town on the coast near Genoa, where I retreat every time I want to see my family and my friends. I would define myself like an ordinary person, I love movies, literature and music, but I have also lower passions like soccer and longboard…

V/ How do you place yourself compared to art ? Do you feel involved in the art world ? DDN/ Art has been a very private aspect of my life for many years, I was quite ashamed about my artistic tendencies, I started to talk about my work little by little. Then my project “After Effects” aroused a certain interest especially in some visual communication blog. I’m aware that my work is far from the mainstream of contemporary art. I’m not a full time artist, I manage to exhibit my work especially in an underground art network, specifically abroad.

V/ Can you explain your cursus ? DDN/ I’d describe my cursus rather schizophrenic. It took me time to decide what I wanted to do in my life, maybe I haven’t decided yet. I’ve studied building engineering, and after the degree I’ve achieved a Movie Design Master at the Polytechnic university of Milan, before suddenly deciding to follow a course focused on art Direction at IED Institute. I’ve been working for three years in a commercial house factory, nowadays I’m working at Grey Worldwide, an advertising agency in Milan. Beside my job, I started to approach visual arts in 2003.

V/ Is the relation between art and architecture important for you ? DDN/ My interest for architecture is surely connected to my previous studies. Architecture is a mirror of the human society, it provides me a good point of view about the uneasiness of our world. It’s also interesting to notice the contrast between the patience in carving models by one hand, and their sudden and violent destruction by the other.

V/ I’ve seen you practice sculpture, installation, photo, video… Is that important for you to practice different mediums ? DDN/ I always try to put my energies in ideas before technic. My first works were focusing on my inner space through intimate and quite autobiographical drawings mostly. Then I tried to move to a wider perspective, with a reflection about society and human condition. One project can often be developed from a media to another, butI would consider myself most as a video artist : I worked a lot with stop motion video and even if I’m focusing now more on installation and photographs, I watched pictures like a frame of a movie, like a fragment of something which is evolving in time.

V/ And as a conclusion, can you tell us a little bit about your upcoming projects ? DDN/ I’d like to evoke my last project : this summer I had the chance to work on a public space for the city of Zug, in Switzerland, in a cultural exchange program between the cities of Genoa and Zug. The challenge was to exhibit “after effects” under a different perspective : I made a wooden big house, entirely painted by black, with two holes on both sides. Into the house there was a little moldy village, and mirrors on the inner faces gave the illusion of a space that is able to spread everywhere.

V/ What and who are your inspired by ? DDN/ I stay updated on contemporary art, but I wouldn’t consider it as my benchmark. I feel rather involved with architectural photography, Gabriele Basilico’s Beirut series overall. Trying to represent the humanity without humans is my current obsession, I’m interested by very peculiar place like Hashima island, an abandoned island in Japan, the decay of abandoned Detroit, the huge cities builded in China where nobody lives. In my work I try to filter these topics through my sensibility, to recreate this kind of environment in a different way.

V/ Is it hard for an artist to live and work in Italy today ? I would rather say that it’s hard for every one.

You can find Daniele on the internet via : www.danieledelnero.com

After Effects

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INTERVIEW

VEINE MAGAZINE

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After Stadt Zug

SEE YOU IN FEBRUARY FOR THE WAR ISSUE

BYE.


VEINE #03 - THE MINIMALIST ISSUE