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UNICEF Mali Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

Samba Keita, agé de huit mois, est à la maison avec sa maman. Il mange un aliment thérapeutique prêt-à-utiliser fournie par l’UNICEF. Juste une semaine avant, Samba sortait de l’hôpital du district sanitaire de Kangaba, au Mali, où il a suivi un traitement contre la malnutrition aiguë sévère avec des complications. © UNICEF/2012/Harandane Dicko Texte : Elizabeth Kiem Histoires vécues : Elizabeth Kiem, Julia Spry-Leverton et Rachel Warden Photos : Aboubacar Traouré, Harandane Dicko, Frank Kashando, Rachel Warden et Tanya Bindra Conception : Kerstin Vogdes Diehn

Sommaire AVANT-PROPOS DE LA REPRESENTANTE

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Vue d’ensemble : conséquences de la crise sur les femmes et les enfants

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Engagement et actions de l’UNICEF pour les femmes et les enfants

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Survie des enfants, une approche intégrée

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Nutrition Santé Eau, assainissement et hygiène (WASH)

15 18 21

Éducation

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i.

ii.

ii. Protection de l’enfant Distribution des intrants et matériel vitaux

28

Suivi des progrès en faveur des femmes et des enfants

36

Partenariats stratégiques en faveur des femmes et des enfants

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44

Préparer 2013

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UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire | 1

 La Représentante de l’UNICEF au Mali,

Françoise Ackermans, célèbre le 23e anniversaire de la Convention relative aux Droits de l’Enfant avec les enfants. Bamako le 20 Novembre, 2012.

AVANT-PROPOS DE FRANÇOISE ACKERMANS, REPRÉSENTANTE DE L’UNICEF AU MALI  La vie au Mali a toujours été difficile pour les familles. L’accès aux services sociaux de base n’est ni suffisant ni équitable. La malnutrition est un problème chronique, tout comme l’insécurité alimentaire récurrente. Le taux élevé de fécondité au Mali ne fait qu’aggraver la situation : chaque jour, un nombre inacceptable d’enfants meurt de causes qui sont pourtant évitables. L’UNICEF Mali contribue à l’amélioration progressive de la mortalité infantile depuis un demi-siècle, même si l’année dernière a marqué un tournant. En 2012, l’instabilité politique dans la capitale et le conflit armé dans le Nord du pays ont fait basculer la situation : d’une longue « urgence silencieuse » pour les enfants maliens, elle s’est transformée en une crise d’envergure internationale. Cette situation d’urgence complexe menace les enfants du pays entier à de nombreux égards : santé, nutrition, éducation et protection contre différentes formes de violence. En 2012, première année de la situation d’urgence, l’UNICEF a travaillé d’arrache-pied avec le Gouvernement et d’autres partenaires pour assurer la survie des enfants, tant dans les régions de nord que dans le sud, où vit 85 % de la population. La situation reste urgente : il est impératif de poursuivre une action humanitaire renforcée. À elle seule, la malnutrition devrait menacer 660 000 enfants en 2013 et ne pourra pas être traitée efficacement sans les initiatives communautaires durables rendues possibles par l’UNICEF et ses partenaires. L’UNICEF doit continuer à tenir ses Principaux engagements pour les enfants dans l’action humanitaire en rendant les communautés plus résistantes aux chocs externes et en aidant les familles à retrouver les mécanismes d’adaptation efficaces compromis par la crise. 2 | UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

Prenons l’exemple des mères vivant à Kidal, ville située dans le désert au nord du pays : qui mieux qu’elles sont à même de protéger leurs enfants ? Pendant des générations, elles nous ont montré comment trouver de l’eau, éviter la malnutrition et protéger leurs enfants des conditions difficiles. Mais aujourd’hui, la violence a fait partir des centaines de milliers de ces mères de chez elles. Leur exode a presque été entièrement absorbé par des familles d’accueil au Mali et dans les pays voisins. Des dizaines de milliers de familles, y compris celles de notre personnel, nourrissent et accueillent jusqu’à vingt personnes supplémentaires chez elles, sacrifice qui n’est pas passé inaperçu auprès d’Anthony Lake, Directeur exécutif de l’UNICEF, lors de sa visite à Bamako en décembre. Nous savons que les maliens s’adaptent à ces difficultés, mais trop souvent à l’aide de mécanismes à court terme dont les répercussions à long terme peuvent s’avérer néfastes : retrait des enfants de l’école, consommation d’eau issue de sources non potables qui transmettent des maladies comme le choléra, ou limitation du nombre de repas. Notre mission est de soutenir les familles pendant ces moments difficiles et de contribuer à renforcer les structures Gouvernementales qui doivent protéger les enfants pendant cette crise et celles à venir… car d’autres viendront. En prévision d’une intensification du conflit dans le nord, l’UNICEF travaille avec les autorités afin d’éduquer les femmes et les enfants innocents et d’assurer leur protection de façon adaptée. L’UNICEF tient également compte des imprévus liés à une crise économique marquée qui pourrait compromettre le versement des salaires des professionnels de santé et des enseignants, scénario qui s’avérerait dévastateur pour les enfants. L’UNICEF intervient au Mali depuis 1961. Nous y jouons un rôle fondamental de coordination en dirigeant les stratégies coordonnées d’un réseau grandissant de partenaires locaux, internationaux et Gouvernementaux dans des secteurs aussi essentiels que la nutrition, l’eau et l’assainissement, l’éducation et enfin la protection. Pour toutes ces interventions, nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires Gouvernementaux ainsi qu’avec des ONG et agences des Nations Unies. En 2013, nous améliorerons notre réponse à l’échelle sous régionale afin que les réfugiés maliens de toute l’Afrique de l’Ouest bénéficient d’interventions intégrées. Notre engagement se manifeste dans le flux de ressources humaines et de financement que nous apportons à une réponse dynamique. Cette augmentation des capacités serait impossible sans le financement de qualité assuré en continu par nos donateurs : un financement qui confère à l’UNICEF la souplesse indispensable pour orienter les ressources et les interventions là où elles sont nécessaires et renforcer les capacités de préparation et de résistance. Ce soutien aide l’UNICEF à tenir ses principaux engagements pour les enfants et à faire en sorte que les interventions humanitaires se transforment en un relèvement rapide et des progrès durables pour les enfants. Au Mali, nous ne courons pas un simple sprint mais un marathon. Il est important de garder un sentiment d’urgence à l’esprit, tout en œuvrant dans une optique durable. Nous devons renforcer le tissu social et le rendre plus résistant aux crises politiques et aux catastrophes naturelles. C’est ce qu’il y a de mieux à offrir aux enfants du Mali.

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Vue d’ensemble :

Conséquences d’une crise complexe sur les femmes et les enfants 4 | UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

Une femme déplacée, originaire de Tessit (Nord du Mali), cueille des gombos qu’elle vendra au marché à Bamako.

Leçons de vie dans les régions du nord En 2012, des milliers de jeunes maliens ont beaucoup appris à leurs dépens en matière de conflits, de politique et de géographie, en vivant les conflits territoriaux, l’instabilité géopolitique, la persécution culturelle et l’exil forcé. Leurs difficultés ont commencé en janvier, lorsque des groupes armés ont affronté l’armée Gouvernementale pour s’emparer des principales villes de la vaste région désertique au nord du pays. En l’espace de quelques mois, le Gouvernement a été chassé des deux tiers du pays, laissant les familles aux prises avec un choix difficile : quitter leur maison ou vivre sous une occupation sévère. « Nous ne sommes pas ici par plaisir », explique un père de cinq enfants, qui a quitté Tombouctou avec sa famille après avoir reçu l’ordre de démissionner de son poste d’enseignant. « J’ai pris cette décision non pas à cause du chômage, mais pour l’avenir de mes enfants. » >>

 Des enfants déplacés de Gao regardent Aujourd’hui, de nombreuses écoles dans le nord du pays sont fermées aux filles, voire à tous les enfants. L’instauration de la charia par les forces armées islamiques prive les filles et les femmes de leurs droits fondamentaux et les expose à une violence physique et psychologique. Les jeunes garçons sont tout aussi vulnérables, car ils sont la cible d’un enrôlement forcé ou subissent des pressions pour devenir martyrs d’une cause en laquelle ils ne croient pas. Les centres de santé sont fermés ou fonctionnent au ralenti tandis que leur matériel et leurs produits sont pillés et leur personnel dispersé. Même dans les principales villes du Nord du pays, les parents ne peuvent profiter de leurs économies et doivent faire face à l’inflation du marché. Ils peinent à nourrir leurs enfants. Plus de 340 000 personnes ont quitté le Nord. La moitié d’entre elles sont des enfants dont la vie s’en trouve bouleversée. « Nous n’avons rien emporté, explique Bintou, 14 ans, qui comme de nombreux Maliens, a été déplacée au sein de son propre pays et vit avec des parents dans le Sud. Et ici, il n’y a ni électricité ni eau potable. En arrivant, la première chose que nous avons faite a été d’acheter deux casseroles et un poêle à charbon. » « Je me suis fait des amis ici. Mais je ne parle pas bien leur langue » , explique un garçon de 5 ans à propos de sa nouvelle école, où les petites classes sont enseignées en bambara. Les effets du traumatisme qu’ont subi ces enfants déplacés perdurera longtemps ; peut-être toute leur vie. Aishata, 16 ans, a quitté Tombouctou avec son frère. Même une fois en sécurité dans le Sud, Aishata n’est pas parvenue à s’alimenter correctement pendant des semaines.

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la télé dans leur nouveau logement qu’ils partagent avec 28 proches à Bamako.

« J’ai vu des hommes armés entrer en ville, raconte-t-elle. J’ai eu peur de devenir l’une de leurs victimes innocentes. »

Instabilité politique et crise alimentaire dans les régions du sud La grande majorité de la population malienne vit dans le Sud, hors de la zone touchée par le conflit. L’UNICEF peut y mener ses programmes habituels à long terme en comblant les lacunes structurelles qui affaiblissent la résistance des communautés. Mais si la situation des enfants est plus sûre dans le Sud, elle est loin d’être sécuritaire. En mars, une faction de l’armée malienne a renversé le Gouvernement à Bamako. En décembre, l’armée a de nouveau agi en renversant le Premier MinistreGouvernement de transition, en place depuis huit mois. L’instabilité a contraint les principaux donateurs à suspendre tout l’aide au développement au Gouvernement de transition suivant, ce qui n’a pas été sans conséquence sur les dépenses so-

Moussa Touré Moussa Touré, 43 ans, est chauffeur pour l’UNICEF Mali. Originaire de Tombouctou, Moussa Touré retourne tous les ans dans sa ville pour rendre visite à sa famille, vérifier que tout va bien dans sa maison et participer aux célèbres festivals de musique près de Tombouctou. Mais en 2012, c’est sa famille qui est venue, fuyant l’instabilité et la violence du Nord. Il nous décrit sa vie. « J’ai trois enfants, mais désormais j’en ai vingt de plus sous ma responsabilité. Huit sont à l’école primaire, 14 dans l’enseignement secondaire. Je parviens à payer leur scolarité, même si seuls ma femme et moi avons des revenus. Je souffre, mais mes enfants sont ravis d’avoir autant de cousins. Au total, il y a 27 personnes chez moi. La maison est tellement pleine que quatre de mes sœurs, qui ont attendu pour venir à Bamako et aimeraient désormais réellement partir, sont coincées à Tombouctou. Il n’y a tout simplement plus de place sous mon toit. Leurs maris ont perdu leur emploi. Ils n’ont nul part où aller. L’un de mes frères part la semaine prochaine. Il est venu à Bamako pour suivre un traitement médical, mais maintenant qu’il va mieux, il veut retourner à Gao. Il est enseignant. Il dit que les enfants ont besoin de lui, là-bas. Avant la crise, de nombreux enseignants travaillant dans le Nord étaient originaires du Sud. Ils y avaient été envoyés par le Ministère de l’Éducation pour renforcer le personnel pédagogique. La plupart sont partis dès le début des troubles, mais mon frère, lui, veut y retourner. Parmi les membres de la famille de ma femme, il y a les épouses et les fils de l’imam de la grande mosquée de Djingarabar. Les islamistes ne veulent pas le laisser partir. Ils veulent son aide pour diffuser la charia. Les parents de ma femme aussi vivent avec nous, et c’est gênant. Je peux nourrir, loger et habiller toute

Moussa Touré, chauffeur de l’UNICEF Mali, héberge actuellement à Bamako 28 proches ayant fui les groupes armés à Tombouctou.

la famille, mais vivre avec mes beaux-parents représente un réel problème. Ce n’est pas dans notre culture de cohabiter avec sa belle-famille. Je prends soin de ne pas gêner leur intimité. Lorsque Tony Lake, Directeur exécutif de l’UNICEF, s’est rendu au Mali, la première chose qu’il a faite a été de nous rencontrer, nous qui hébergeons nos familles venues du Nord. Il a déclaré être conscient des sacrifices que nous faisons et est impressionné par notre endurance. Nous avons apprécié sa démarche ».

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 Mohamed, quatre ans, avec sa chèvre

Bourem. Sa famille a quitté Tombouctou pour se réfugier dans la région de Mopti.

ciales. Avant le coup d’État, un tiers du budget national provenait intégralement du soutien des donateurs. Dans ce contexte d’incertitude politique et économique, l’« urgence silencieuse » ne fait pas la une des journaux, mais fait bien des victimes. La malnutrition, chronique au Mali, contribue au taux élevé de mortalité infantile. Un décès infantile sur trois est lié à la malnutrition. Parmi les enfants qui survivent, un tiers souffre d’un retard de croissance physique et mental. Depuis une sécheresse dévastatrice en 2011, source d’insécurité alimentaire dans tout le Sahel, le Mali connaît des taux alarmants de malnutrition infantile. Bien que la prochaine récolte s’annonce satisfaisante, elle ne suffira pas à résoudre un problème complexe lié autant aux bonnes pratiques alimentaires qu’à l’hygiène et à l’assainissement. En tenant compte des défis humanitaires actuels et à venir dans le pays, l’UNICEF doit améliorer la qualité et la quantité des traitements de la malnutrition sévère en 2013. La mission de l’UNICEF est de tenir ses Principaux engagements pour les enfants dans l’action humanitaire, dont les droits risquent d’être systématiquement bafoués. Ces droits dépassent la protection contre les conflits armés et l’enrôlement des enfants, bien que ces dangers comptent parmi les plus alarmants et les plus présents dans la presse. Plus fondamentalement, les enfants de tout le pays ont besoin d’avoir la garantie qu’ils bénéficieront de services essentiels : accès à l’eau potable et à la vaccination, en passant par une éducation et des soins de qualité.

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Tirer parti de l’urgence pour améliorer le bien-être des enfants La transition d’une action durable de développement à long terme en coopération avec un Gouvernement stable à une action d’urgence à court terme dans un environnement politique instable s’est avérée difficile. Il en découle cependant une augmentation quantifiable de l’aide et de l’expertise humanitaires dans le pays, qui permet à l’UNICEF et à ses partenaires humanitaires de répondre à tous les besoins des enfants.

Un cluster est un groupe de coordination sectorielle des acteurs humanitaires. Il rassemble des acteurs sous la direction d’un organisme ou d’une organisation désignée comme chef de file. L’objectif d’un cluster est de coordonner les actions des acteurs d’un secteur afin de répondre efficacement aux besoins.

Cette réponse complète consiste, entre autres, à acheminer des produits aux centres de santé, à former à la nutrition les agents de santé des villages, à renforcer et à soutenir les services sociaux de base Gouvernementaux et à former les responsables communautaires sur de nombreux risques encourus par les enfants (munitions non explosées qui jonchent le Nord ou pratique du mariage des enfants et de l’excision, très présentes dans le Sud). Cette approche pluridimensionnelle vise à atteindre des objectifs de développement à long terme tout en répondant à des besoins humanitaires d’urgence à court terme. Depuis mars 2002, l’UNICEF dirige la réponse coordonnée aux interventions d’urgence dans les domaines de la nutrition, de l’éducation ainsi que de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène au Mali. L’organisation dirige également le sousgroupe sectoriel sur la protection de l’enfant. Les résultats de ces programmes sont analysés en profondeur selon un nouveau système de suivi de la performance humanitaire, qui définit des objectifs à atteindre conformément à chaque Principal engagement pour les enfants. À l’heure actuelle, l’UNICEF Mali suit les résultats de 30 principaux engagements dans les domaines de la santé, de la nutrition, de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène (WASH), de l’éducation et de la protection de l’enfant, en recourant à des évaluateurs indépendants, qui garantissent la redevabilité . Par le biais de partenariats renforcés, d’interventions durables intégrées, d’une chaîne logistique forte et d’une planification à long terme, l’UNICEF Mali répond à une crise qui est loin d’être terminée. Alors que l’insécurité alimentaire s’atténue, l’insécurité politique s’aggrave. Aucune amélioration socioéconomique ne peut survenir si la population ne croit pas en une paix durable. L’année qui vient offre la possibilité aux Maliens de tirer parti de l’expertise humanitaire dans leur pays. L’intensification de la présence et de l’appui technique humanitaires nécessite la participation du Gouvernement et de la société civile afin d’assurer la protection des enfants maliens contre les bouleversements socioéconomiques et politiques. « Dans cette crise, les premiers acteurs humanitaires sont les Maliens eux-mêmes, rappelle Carole Vignaud, coordinatrice des urgences à l’UNICEF. Nous devons nous assurer que nous sommes capables de leur fournir l’assistance et la formation dont ils ont besoin, non seulement pour répondre à la situation d’urgence, mais aussi pour pérenniser des pratiques qui protègent les enfants. »

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DÉFINIR UNE CRISE COMPLEXE Chronologie Fin 2011 : sécheresse, mauvaises récoltes et insécurité alimentaire dans tout le Sahel. Le Gouvernement déclare un déficit de production alimentaire en raison de la sécheresse, des mauvaises récoltes et de l’augmentation des prix alimentaires. Janvier 2012 : début des affrontements dans le Nord entre les rebelles Touaregs (MNLA, Mouvement National de Libération de l’Azawad) et l’armée gouvernementale, vecteurs d’insécurité et de déplacements considérables de populations à l’intérieur du pays et vers l’étranger.

Septembre : des inondations dans cinq régions du Sud entravent l’action humanitaire ; les groupes islamistes assoient leur pouvoir dans le Nord et s’emparent de la ville de Douentza ; Dioncounda Traoré, Président de la République du Mali par intérim, demande une aide militaire à la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et aux Nations Unies, notamment pour appuyer une offensive du Gouvernement visant à reconquérir les régions du Nord aux mains des rebelles islamistes ; le Ministère de l’Éducation déclare que l’année scolaire 2012/2013 débutera le 24 septembre. Les écoles des régions de Tombouctou et Gao ont toutefois du mal à assurer la rentrée comme prévu.

Mars 2012 : le Gouvernement est renversé par la junte ; les Nations Unies activent un système de groupes sectoriels, clusters, pour coordonner la réponse d’urgence ; l’UNICEF dirige les clusters sur la nutrition, l’eau, l’hygiène et l’assainissement et l’éducation. La CEDEAO et le Conseil de sécurité des Nations Unies condamnent le coup d’État et les donateurs suspendent les financements destinés au Mali, à l’exception de l’aide humanitaire.

Octobre : le Conseil de sécurité des Nations Unies demande aux groupes armés de cesser leurs activités dans le Nord ; il approuve à l’unanimité la résolution 2071 (2012) qui demande un plan d’intervention militaire dans le Nord du Mali.

Avril : tirant parti du coup d’État, le MNLA s’empare des régions de Kidal, Tombouctou et Gao, dans le nord du pays, qui représentent deux tiers du territoire, et proclame leur indépendance ; c’est le début des pillages du matériel humanitaire. Un Gouvernement provisoire est mis en place à Bamako.

Décembre : la junte contraint le Premier ministre à démissionner.

Mai : le MNLA s’allie aux groupes islamistes du Nord (Ansar Dine et Al-Qaïda au Maghreb) ; la charia est instaurée dans le Nord du pays tandis que l’insécurité grandissante y empêche les interventions humanitaires ; Bamako chancelle sous une deuxième tentative de coup d’État. Juin : des groupes islamistes (MUJAO : Mouvement pour l’unité et le jihad en Afrique de l’Ouest) s’emparent de villes du Nord jusqu’alors détenues par le MNLA. Les Nations Unies lancent un processus d’appel de fonds consolidé (CAP) pour aider 5,06 millions de personnes touchées par la crise alimentaire et 2,2 millions de personnes touchées par le conflit.

Novembre : la CEDEAO annonce un plan d’intervention militaire 

Anatomie Le Comité Permanent Interorganisations (CPI) définit une « situation d’urgence complexe » comme une crise humanitaire dans un pays, une région ou une société qui engendre un effondrement total ou considérable de l’autorité suite à un conflit interne ou externe et qui nécessite une réponse internationale qui dépasse la mission ou la capacité d’une unique agence et/ou du programme de pays des Nations Unies. Les situations d’urgence complexes se caractérisent par les éléments suivants : • • • •

Juillet : épidémie de choléra à Gao. Août : apogée des difficultés avec un pic des cas de malnutrition sévère ; création du Gouvernement d’union nationale à Bamako ; vague de choléra contenue avec seulement 12 décès.

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• •

Violence considérable et nombreux décès Déplacements de populations en masse Dommages importants aux sociétés et aux économies Besoin d’une aide humanitaire hétérogène à grande échelle Entrave ou opposition aux actions humanitaires Risques de sécurité significatifs pour le personnel de secours humanitaire

On observe toutes ces caractéristiques dans les deux tiers

 Mariam Maiga, déplacée de Gao avec sa famille et son bébé de six mois dans un camp de personnes déplacées dans la ville de Mopti.

du pays divisé, dans les régions contrôlées par les groupes armés. Le Programme de pays des Nations Unies au Mali a été prolongé en 2013 avec l’accord du Gouvernementmalien. Cette décision est essentielle afin de rapprocher les actions humanitaires de la démarche de développement et de résistance du Mali à plus long terme.

Réponse Pour répondre à la crise alimentaire dans le Sud, les Nations Unies ont lancé des clusters en mars 2012. Le modèle des clusters, créé par les Nations Unies en 2006 pour renforcer les partenariats et améliorer la coordination et la responsabilisation des réponses internationales aux urgences humanitaires, clarifie la division des tâches entre agences

des Nations Unies, acteurs des ONG et ministères. L’UNICEF dirige le groupe sectoriel sur la nutrition, l’eau, l’assainissement et l’hygiène et de l’éducation ainsi que le sous-groupe sur la protection de l’enfant. La réponse d’urgence de l’UNICEF est renforcée par la mise en place des clusters, la priorité accordée à une réponse intégrée pour maximiser la couverture dans tous les secteurs, l’accent mis sur des partenariats de qualité et un renforcement des capacités ainsi que par une chaîne logistique souple et irréprochable. Depuis janvier 2012, l’UNICEF Mali a mobilisé 40 employés supplémentaires pour répondre à la crise, parmi lesquels des experts internationaux des situations d’urgence déployés par l’UNICEF, des ONG et des partenaires d’appoint soutenus par les Gouvernements canadien, suédois et norvégien.

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L’engagement de l’UNICEF pour les femmes et les enfants dans les situations d’urgence 12 | UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

Une infirmière d’AMCP/ALIMA donne des conseils d’alimentation et d’hygiène à des mamans dans un centre de santé communautaire de la région de Koulikoro.

Dans le monde entier, l’UNICEF répond à plus de 250 situations d’urgence chaque année. Bien que les contextes nationaux aient une influence sur la réponse apportée dans les pays, chaque action humanitaire est régie par les mêmes principes directeurs : agir conformément aux Principaux engagements pour les enfants dans l’action humanitaire, traiter chaque personne avec humanité, assurer une assistance impartiale et rester neutre en cas de conflit. L’UNICEF fait respecter ces principes humanitaires en tant que chef de file d’envergure mondiale dans les situations d’urgence et contribue à promouvoir ces principes directeurs au Mali auprès de ses partenaires, qui s’adaptent aux nouveaux contextes et besoins inhérents à la situation d’urgence. >>

 Aisha Cissé, déplacée, se repose avec

Survie des enfants, une approche intégrée Une pauvreté durable, une répartition inégale des ressources et des obstacles aux services sociaux de base vont empêcher le Mali d’atteindre de nombreux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), malgré des progrès considérables accomplis par le Gouvernement en faveur des indicatifs relatifs aux enfants. Le taux de mortalité infantile du Mali (191 pour 1000 naissances) compte parmi les plus élevés au monde. Ces décès peuvent être évités en ciblant les ressources et en adoptant des approches innovantes. Les programmes de renforcement des capacités nationales et locales dans le secteur de la santé, de la nutrition ainsi que de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène sont essentiels à la survie des enfants. L’UNICEF joue un rôle important dans l’ensemble de ces réponses sectorielles. La prise en charge communautaire, qui englobe les soins de santé, l’amélioration de la nutrition et de l’alimentation des nourrissons ainsi que l’accès à l’assainissement et l’eau potable, est la façon la plus abordable et efficace d’atténuer les grandes menaces qui pèsent sur la survie des enfants. Bien que des ensembles d’interventions multisectorielles soient assurés à de nombreux points d’accès (écoles, centres de santé et villages), l’UNICEF et ses partenaires améliorent de façon exponentielle l’accès à la santé, à la nutrition et à l’assainissement. Ce travail correspond à la mission de développement de l’UNICEF et rappelle notre Promesse renouvelée de mettre un terme aux décès évitables.

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son nouveau-né dans la maison qu’elle partage avec d’autres membres de la famille à Ségou.

Nutrition Situation : La malnutrition est un problème chronique au Mali. En 2011, une sécheresse dévastatrice et de mauvaises récoltes généralisées ont augmenté l’insécurité alimentaire chez quatre millions et demi de personnes au Sahel. L’insécurité alimentaire, qui contribue à la crise de la malnutrition, est responsable de malnutrition sévère chez plus d’un million d’enfants de moins de 5 ans. Au Mali, la malnutrition a touché 10 pour cent des moins de 5 ans. Dans de nombreuses régions, ce taux a grimpé jusqu’à 15 pour cent. La malnutrition aiguë sévère était à des niveaux encore plus alarmants. La première situation d’urgence au Mali en 2012 s’est résumée à une urgence alimentaire et nutritionnelle et l’UNICEF a coordonné la transition programmatique d’une planification à long terme à une réponse d’urgence. La malnutrition ne se résume pas à l’accès des produits alimentaires au marché. Au Mali, les mauvaises habitudes alimentaires, les apports alimentaires limités et la pauvreté en ont fait un problème endémique. Les retards de croissance, la malnutrition, voire dans les cas extrêmes, la dénutrition mortelle des enfants sont la norme depuis longtemps. La nouveauté tient à la réponse systématique que l’UNICEF et ses partenaires ont mise en œuvre pour résoudre le problème. « Nous avons abordé la question de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition fin 2011, explique Frédéric Sizaret, Représentant Adjoint. Nous partions presque de zéro et les défis étaient immenses. »

Une approche intégrée de la nutrition On ne le dirait pas, mais Bintou Traoré a 18 mois. Elle est minuscule pour son âge car son petit corps n’a pas eu assez de nutriments pour grandir normalement. Lorsque la grand-mère de Bintou l’a emmenée à l’hôpital de Mopti, elle était si frêle qu’elle pouvait à peine lever la tête. Bintou était trop Bintou est traitée pour malnutrition faible pour manger : on aiguë sévère avec des complications lui a diagnostiqué une à l’hôpital de Mopti. malnutrition aiguë sévère, affection qui peut s’avérer mortelle. Elle a immédiatement été admise dans un programme de l’UNICEF, grâce auquel elle a reçu du lait thérapeutique huit fois par jour. Les enfants sont particulièrement vulnérables à la malnutrition, car ils sont moins capables de faire face au manque de nourriture. Un enfant qui souffre de malnutrition a beaucoup

plus de risques de contracter d’autres maladies, qui affaibliront davantage son corps. Ce cercle vicieux débouche trop souvent sur une issue dramatique. La malnutrition a également des conséquences dévastatrices sur le développement cognitif de l’enfant. Il est essentiel que pendant les mille premiers jours de l’enfant, celui-ci reçoive une nutrition adaptée, sous peine de conséquences durables sur la croissance, le développement cérébral, les performances scolaires et en définitive sur la productivité, les revenus et la santé à l’âge adulte. La malnutrition contribue donc largement au cycle de la pauvreté et de l’inégalité. Les programmes de l’UNICEF visent à prendre l’enfant en charge dans sa globalité en associant des traitements nutritionnels et une thérapie cognitive et du développement, et en concluant des partenariats essentiels pour sensibiliser à la malnutrition. Les aires de jeux de l’UNICEF sont de plus en plus fréquentes dans les centres de nutrition où les enfants vulnérables de moins de 5 ans guérissent de la malnutrition aiguë sévère. Ces aires stimulent les jeunes esprits en développement. Elles servent également de lieu de rassemblement pour les mères qui bénéficient des ateliers de l’UNICEF sur la nutrition, l’hygiène et d’autres aspects fondamentaux de la survie de l’enfant.

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 Des mamans attendent que leurs enfants soient dépistés de la malnutrition. Les enfants

souffrant de malnutrition aiguë sévère sans complication reçoivent du Plumpy’Nut que leur mère peuvent emporter pour poursuivre le traitement à domicile.

Action : Les efforts de l’UNICEF ne s’arrêtent pas à l’acheminement de la prodigieuse pâte Plumpy’Nut, aliment thérapeutique prêt à l’emploi (ATPE) qui peut remettre sur pied un enfant mourant en l’espace de quelques jours. Un sachet de Plumpy’Nut n’est que le premier pas d’un programme complet pour sauver la vie des enfants atteints de malnutrition aiguë sévère. Un suivi sanitaire adapté, l’accès aux traitements médicaux en cas de complications et l’éducation sur le régime alimentaire et la nutrition sont également essentiels, au même titre que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. En collaboration avec des ONG nationales et internationales, l’UNICEF a pu fournir des programmes complets de dépistage, d’orientation et de traitement de la malnutrition dans 476 centres de santé, soit environ 41 pour cent des établissements du pays. Par ailleurs, l’UNICEF a contribué à la formation de près de 3 000 travailleurs de santé à la gestion communautaire de la malnutrition aiguë et à la promotion de bonnes pratiques alimentaires. Cette formation comprenait les paramètres définis par le protocole révisé de gestion communautaire de la malnutrition aiguë et de l’alimentation des jeunes enfants et nourrissons, qui élargit la définition des enfants à risque et met en avant le traitement de la malnutrition comme une maladie. « L’année dernière, nous avions des partenaires pour la nutrition, mais pas assez. Nous sommes désormais arrivés à une masse critique, explique Denis Garnier, Responsable de la Nutrition pour l’UNICEF Mali. Notre Gouvernement de transition est soutenu par le Programme alimentaire mondial et l’UNICEF. Les ONG assurent une assistance quotidienne au niveau des communes et l’UNICEF se charge de la formation technique et de l’approvisionnement en ATPE : un véritable tiercé gagnant. »

Résultats: L’UNICEF vise à assurer une gestion efficace de la malnutrition aiguë chez les enfants de moins de 5 ans, avec pour objectif un taux de guérison supérieur à 75 pour cent. À l’heure actuelle, 60 000 enfants ont été identifiés par les professionnels de santé de l’État et des ONG et suivent un traitement de quatre semaines par le biais de programmes soutenus par l’UNICEF. L’UNICEF continue de renforcer la capacité du secteur alimentaire national grâce à un appui technique et à l’élaboration de stratégies et met à disposition du Gouvernement des centres de nutrition en mesure d’administrer des micronutriments et d’autres produits thérapeutiques comme du lait enrichi. Pourtant, il reste encore beaucoup à faire, comme l’indique l’édition 2012 de l’enquête nutritionnelle SMART soutenue par l’UNICEF, qui montre que les taux de malnutrition se sont stabilisés sans pour autant décroître. On estime que 660 000 enfants sont menacés de malnutrition en 2013, et alors que l’accès aux services médicaux recule dans le Nord, le taux de malnutrition a probablement augmenté dans ces régions. Sans évolution des comportements en ce qui concerne l’alimentation, l’amélioration structurelle du dépistage et de la surveillance et le financement à

L’AMCP et ALIMA combattent la malnutrition

Djarcarida, deux ans, souffre de malnutrition aiguë sévère, aggravée par le paludisme ayant entrainé une anémie. Il a besoin d’une transfusion sanguine d’urgence.

Un médecin de l’AMCP réalise un test de dépistage du paludisme dans le village de Manadougou, dans la région d’Ouélessébougou.

Dans les villages de la commune d’Ouélessébougou, dans la région de Koulikoro, des milliers d’enfants sont touchés chaque semaine par le paludisme, maladie particulièrement fatale chez les enfants déjà atteints de malnutrition. Jusqu’à cette année, bon nombre de ces enfants mouraient, généralement chez eux, loin du traitement qui aurait pu les sauver. Mais un programme dynamique soutenu par ECHO et l’UNICEF augmente les chances de survie de ces enfants.

davantage d’enfants, la survie des enfants a connu une véritable amélioration à Ouélessébougou, qui ressemble désormais à un hôpital débordant d’activité.

« Je ne peux même pas vous dire combien de vies ils ont sauvées », déclare Salif Samaké du village de Bladier. Il parle des services de l’AMCP (Alliance Médicale Contre le Paludisme) et d’ALIMA, équipe de 25 médecins, infirmières, agents de terrain et coordonnateurs qui, en tout juste huit mois, ont fait considérablement progresser la survie des enfants dans la commune. Deux fois par mois, l’AMCP vient au village, armée de balances, de rubans millimétrés pour le torse, de thermomètres, d’aliments thérapeutiques, de médicaments antipaludiques et de conseils pour les parents. Les membres de l’équipe dépistent chaque enfant de moins de cinq ans à la recherche de malnutrition et de paludisme. Ils administrent des aliments thérapeutiques, des comprimés antipaludiques et donnent des consignes sur la façon d’administrer ces médicaments. Ils orientent les cas avec complications au centre de santé voisin, où les enfants reçoivent des soins gratuits et où les mères qui doivent les accompagner sont nourries et conseillées pendant toute la durée du séjour de leur enfant. Paradoxalement, alors que le diagnostic de malnutrition affecte

« Avant le programme, l’hôpital recevait peu d’enfants, beaucoup interrompaient leur traitement et beaucoup mouraient », explique le Dr N’Dji Boubacar Diarra, directeur de l’hôpital central. Mais depuis le début du programme ECHO/UNICEF, le Dr Diarra est en mesure la gratuité des frais hospitaliers, tandis que l’équipe d’AMCP suit même les cas ambulatoires grâce à des équipes mobiles de médecins. Dans le village de Bladier, Salif Samake convoque une jeune femme qui vient de rentrer de l’hôpital central avec son enfant de trois ans. « La fillette était gravement touchée par le paludisme, explique-t-il, si atteinte que je croyais qu’elle en mourrait ». Sans l’hospitalisation gratuite offerte par le programme AMCP/ALIMA, cela aurait probablement été le cas. Dix jours et une transfusion sanguine plus tard, mère et fille sont de retour, et l’enfant est hors de danger. Souleymane Ba, 34 ans, coordonne les opérations de terrain de l’équipe de l’AMCP dans la commune. Il compte parmi les fondateurs du premier programme d’AMCP/ALIMA à Kangaba, une ville voisine, qui a connu un tel succès qu’il a été étendu à Ouélessébougou et dans une autre commune. « Voilà la recette du succès, déclare-t-il. Un suivi continu, des connaissances du terrain et l’assurance qu’au sein de l’établissement de santé, les patients seront bien traités et gratuitement. »

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Profil d’un agent de santé communautaire Fatoumata Bagayogo, mère célibataire de 29 ans, est agent de santé communautaire dans un village de la commune d’Ouélessébougou, dans la région de Koulikoro. Elle a quitté sa maison au Nord de Bamako pour occuper ce poste. Le vendredi, elle parcourt les 20 kilomètres qui séparent Ouélessébougou de l’établissement de santé local pour suivre les patients qui ont besoin de soins. « Avant de devenir agent de santé, je faisais tout ce que je pouvais pour aider, parce que j’adore les bébés. Lorsque je trouvais un enfant malade dans le village, je prenais sa température et je lui donnais un bain frais.

rendre visite à mon oncle et ma tante, et que j’ai entendu qu’un centre de santé recrutait dans un village voisin, j’ai tenté ma chance. Et maintenant, j’ai le travail que je voulais. C’est exactement ce que je voulais. Les gens du village sont très reconnaissants, car ils ont perdu énormément d’enfants ces dernières années. Je pense que j’ai contribué à faire changer les choses. Les parents reçoivent les soins dont ils ont besoin. Je n’ai pas de diplôme du secondaire, mais je suis vraiment curieuse. J’aime apprendre tout ce que je peux sur la santé des enfants. Je veux lire autant que possible sur le sujet. »

À l’époque, j’étais enseignante. Mais lorsque je suis allée

long terme, la malnutrition persistera et les traitements soutenus par l’UNICEF se poursuivront à ces niveaux d’urgence. Point tout aussi essentiel, le Gouvernement malien doit parvenir à un engagement concerté afin d’améliorer le dépistage et le traitement de la malnutrition. « Nous devons absolument rester dans un fonctionnement d’urgence pendant les deux ou trois prochaines années », déclare Frédéric Sizaret, qui s’attend à une amélioration considérable de la couverture et du traitement de la malnutrition en 2013, grâce à l’amélioration des actions d’urgence de l’UNICEF et de ses partenaires.

Santé Situation La résolution de la crise alimentaire au Mali par le renforcement du système de transfert depuis les villages jusqu’aux établissements de santé passe par une collaboration étroite avec le système national de santé. Le renforcement de ces capacités aidera le Mali à progresser de nouveau vers les Objectifs du Millénaire pour le Développement sur la santé, impossibles à atteindre à l’horizon 2015. Le taux de mortalité infantile au Mali peut être attribué à la prévalence de trois maladies infantiles fréquentes : le paludisme, la pneumonie et la diarrhée, qui représentent deux tiers des décès annuels chez les moins de 5 ans. La plupart de ces enfants meurent hors des établissements de santé. Des obstacles géographiques, financiers et culturels les empêchent de bénéficier d’une prise en charge médicale qui peut être vitale. Au moins 40 pour cent de la population malienne vit à plus de 5 kilomètres d’un établissement de santé, tandis que les ressources et les services médicaux ne sont pas répartis équitablement en province. Certaines communautés nomades du Nord du pays n’ont aucun accès à des soins de santé, et la rupture récente entre Nord et Sud laisse de nombreux habitants du Nord sans services institutionnels. À quelques exceptions près, les services médicaux au Mali sont payants. L’UNICEF et ses partenaires assurent des traitements gratuits, notamment contre la malnutrition, dans le cadre de la réponse d’urgence, mais les programmes de remboursement des frais sont limités à quelques régions et dépendent de financements externes limités.

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À l’hôpital communal d’Ouélessébougou, les médecins soignent des enfants souffrant de paludisme et de malnutrition aiguë sévère. De nombreux enfants atteints de paludisme sont anémiés, comme Djacarida Sama, et ont donc besoin de transfusions sanguines.

De fait, les aides étrangères représentent un tiers du budget de santé de l’État, soit 9 % du budget national, ce qui est insuffisant. La crise actuelle a exacerbé ces difficultés, car les donateurs bilatéraux ont interrompu la majorité de leur soutien financier au Gouvernement.

Action L’UNICEF comble les lacunes actuelles que connaît le financement du secteur de la santé en soutenant le programme national des agents de santé communautaire, créé en 2009. Ces agents de santé interviennent dans les communautés qui se trouvent à plus de 5 kilomètres d’un centre de santé afin de traiter la malnutrition, le paludisme et les maladies diarrhéiques et d’assurer des soins néonataux et de planification familiale. Pour surmonter les obstacles financiers, l’UNICEF, par le biais de l’alliance GAVI et du Fonds Mondial, permet actuellement les remboursements de frais pour toutes les vaccinations infantiles, les césariennes, les médicaments antirétroviraux, les moustiquaires et les traitements antipaludiques. Mais cette avancée n’est pas encore durable. Le financement actuel du programme s’arrêtera en juin 2013. Par conséquent, la plupart des familles maliennes doivent toujours assumer des coûts pour recevoir des soins de santé. « Les agents de santé communautaire permettent uniquement de s’affranchir des contraintes géographiques, déclare George Ameh, responsable de la Santé pour l’UNICEF Mali. Mais les utilisateurs ont toujours des frais à leur charge. Le Gouvernement de transition doit relever des défis et les ONG s’efforcent de mettre en place des actions complémentaires à celles du Gouvernement. » En 2012, l’UNICEF comptait parmi les principaux fournisseurs de vaccins infantiles dans le pays. Dans le Nord, qui ne dépend plus du Ministère de la Santé, l’UNICEF Mali a pris une mesure sans précédent : acheminer directement l’équivalent de 400 000 dollars US en vaccins au lieu de passer par le dispositif mondial d’approvisionnement de l’UNICEF. L’UNICEF achemine également l’équivalent de 5 millions de dollars US en vaccins pour le compte du Gouvernement canadien pour pallier la suspension du soutien financier au secteur de la santé.

Résultats Grâce à 1 700 agents de santé communautaire soutenus par l’UNICEF et ses partenaires intervenant actuellement dans 4 500 communautés rurales au Mali, on estime que les maladies infantiles ont reculé de 20 pour cent au cours de l’année passée. En 2012, ces agents de santé ont dépisté jusqu’à 40 000 cas de paludisme, qui seraient sinon restés inaperçus et non traités. L’UNICEF espère former un total de 3 000 agents de santé communautaire dans un avenir proche.

Dans certaines régions, des communautés depuis longtemps isolées bénéficient de programmes dynamiques menés par des ONG et financés par l’UNICEF. Dans la région de Koulikoro, par exemple, trois communes bénéficient d’un programme de l’AMCP/ALIMA, qui envoie des équipes mobiles dans des centaines de villages toutes les deux semaines pour y procéder à des tests gratuits et rapides du paludisme ainsi qu’à des dépistages et des traitements de la malnutrition. Ce modèle doit être reproduit à grande échelle dans les années à venir, mais il nécessite un financement supplémentaire durable pour compléter le financement de l’UNICEF, l’USAID et l’ACDI. Dans le Nord, où les conflits armés et le retrait du Gouvernement ont laissé plus de 275 000 enfants sans vaccination régulière, l’UNICEF et ses partenaires ont surmonté d’immenses défis opérationnels pour parvenir à une couverture de 95 pour cent des enfants ciblés par la vaccination contre la polio et la rougeole, ainsi qu’à fournir une supplémentation en vitamine A et des traitements vermifuges. Des vaccins ont également été fournis à plus de 17 000 enfants déplacés depuis le Nord du pays. Les autres interventions menées dans le Nord comprennent la redynamisation de 38 établissements de santé pillés et abandonnés grâce à l’apport de médicaments, d’infrastructures et de professionnels de santé, afin de redonner un accès aux soins primaires à un tiers de la population du Nord. Les principaux produits de santé envoyés dans le Nord comprennent des comprimés antipaludiques, des pastilles purifiantes pour l’eau et des équipements médicaux. Conformément aux principes de l’UNICEF, qui encourage fortement une approche multisectorielle, les programmes communautaires qui associent des interventions de santé, de nutrition et en faveur de l’eau, l’assainissement et l’hygiène, servent de modèles et permettent de reproduire ces actions.

Campagne contre la polio à Ségou À Ségou, le dernier cas de polio remontait à 2005. Mais en 2012, l’arrivée de milliers de familles fuyant le conflit dans le Nord du pays a fait planer la menace de la polio sur cette région où la maladie avait disparu. Pour éviter que la population ne soit contaminée par la polio, les autorités sanitaires locales, soutenues par l’UNICEF, ont mené une campagne de vaccination extraordinaire qui concernait tous les enfants de moins de 5 ans. « Le Mali est sur le point d’éradiquer la polio, explique Ben Zakours Issa, Médecin Chef au Centre de Santé de Reference de Ségou. Nous devons donc rester vigilants quant aux cas de polio à nos frontières. » Faisant du porte-à-porte, rendant parfois plusieurs visites aux foyers pour assurer une couverture complète, les agents sanitaires ont vacciné près de 620 000 enfants.

À Ségou, un agent de santé communautaire administre des gouttes de vaccin contre la polio à Aichata, âgée de quatre ans et déplacée de Gao.

« Ce matin, je suis allé voir une famille pour la quatrième fois, raconte Ben Zakours Issa. J’ai amené le maire avec moi pour faire comprendre aux parents qu’il est important de vacciner leur enfant. Nous ferons tout ce qu’il faut pour parvenir à nos fins. »

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Ramata Tessougué, 13 ans, Fatoumata Djibo, 12 ans, et Djeneba Djibo, 12 ans, montrent des fiches lors d’une séance de sensibilisation aux pratiques d’hygiène dans la région de Mopti.

Eau, assainissement et hygiène (WASH) Situation : Les avantages inhérents à l’amélioration des soins de santé et du traitement de la malnutrition infantile ne peuvent être pérennisés sans action durable visant à renforcer les pratiques d’hygiène et d’assainissement et à permettre à l’ensemble de la population d’accéder à l’eau potable. Seule la moitié de la population ciblée par l’UNICEF vit dans un environnement dépourvu de pratiques de défécation à l’air libre. Cinquante pour cent de la population reste donc exposée à un risque élevé de maladies transmises par l’eau, notamment le choléra dans certaines régions. Nombre de ces communautés vivent le long du fleuve Niger, dont elles utilisent l’eau pour tous les usages, y compris l’assainissement. Les maladies transmises par l’eau sont particulièrement néfastes pour les enfants atteints de malnutrition, car la diarrhée diminue la capacité du corps à absorber les nutriments. Améliorer la couverture de l’assainissement et de l’hygiène est donc essentiel pour mettre un terme à la crise alimentaire. Jusqu’à 2,8 millions de personnes dans le Nord ont désormais un accès restreint à l’eau potable suite au conflit armé. L’UNICEF et ses partenaires rénovent activement les points d’eau existants, sans pour autant être en mesure de creuser de nouveaux puits, ni même de prévoir réellement quels points d’eau doivent être entretenus en raison du caractère instable des déplacements de populations vers et depuis les zones de conflit.

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 Au Mali, les activités WASH vont de la réparation des points d’eau dans les villages à l’enseignement des bonnes pratiques d’hygiène, comme le lavage des mains au savon.

« On constate un sentiment d’appropriation des points d’eau dans le Nord du pays, explique Julie Gauthier, Spécialiste de l’eau, l’hygiène et l’assainissement dans les urgences à l’UNICEF. Alors que les groupes changent, ce sont les dynamiques qui évoluent. Nous ne souhaitons pas créer de tensions : nous limitons notre travail à la rénovation des points existants. Nous nous contentons de creuser des puits dans les écoles ou les établissements de santé, tant au Nord qu’au Sud. »

Action Les pratiques d’hygiène et d’assainissement sont capitales pour la survie des enfants : parmi les interventions de l’UNICEF, ce sont celles sur l’eau, l’hygiène et l’assainissement qui profitent au plus grand nombre. Plus de 492 000 personnes ont bénéficié de fournitures d’hygiène et d’assainissement : savon, bouilloires pour se laver les mains et encourager l’hygiène, bidons et produits de purification de l’eau. Les ONG partenaires de l’UNICEF augmentent rapidement leur capacité afin de distribuer davantage de kits d’hygiène par le biais de nombreux programmes intégrés dans les établissements scolaires et les centres de nutrition. Elles interviennent tant dans le Sud, où les bénéficiaires sont notamment des familles déplacées et des familles d’accueil, que dans le Nord, où les ONG internationales arrivées récemment dans la région ont mis en place un réseau de distribution viable. L’UNICEF a lancé des actions de prévention contre le choléra trois semaines avant le début de la maladie en juillet. En ciblant les régions à risque, c’est-à-dire les plus touchées par les épidémies au cours des dix dernières années, l’UNICEF et ses partenaires ont acheminé des produits de purification de l’eau tout en dispensant des informations sur la prévention à toutes les collectivités le long du fleuve Niger, de Ségou à Mopti. Globalement, l’UNICEF a distribué plus de 50 tonnes de matériel de prévention contre le choléra. Dans le nord, l’UNICEF a contribué à la sensibilisation au choléra en diffusant des messages à la radio malgré la suspension des programmes et la censure imposées par les groupes islamistes. Cette stratégie a donné d’excellents résultats : l’épidémie a été contenue, avec 219 personnes effectivement touchées et seulement 19 décès. Ce bilan humain est bien plus léger que celui de toute autre épidémie de choléra en Afrique de l’Ouest et des précédentes épidémies qui ont frappé le Mali. Cette stratégie réussie, qui alliait réponse rapide et prévision de l’urgence, s’est appuyée autant sur les partenaires internationaux que sur les services de l’État.

Résultats Dans le nord, l’UNICEF a créé ou rénové des points d’eau qui ont bénéficié à plus de 58 000 personnes et a fourni l’équivalent de 2,6 millions de dollars US en matériel d’assainissement. Dans le Sud, la répartition du matériel est plus uniforme et répandue, afin de mieux répondre aux besoins des populations et d’empêcher les familles déplacées de retourner chez elles, en dépit du danger, à cause d’un accès insuffisant à l’eau potable et à l’assainissement. Cinquante centres de santé et de nutrition ont bénéficié d’interventions portant sur l’eau, l’assainissement et l’hygiène.

WASH - UPS livre du matériel contre le choléra

Livraison des fournitures d’urgence par UPS à l’UNICEF Mali.

Des hommes déchargent 20 tonnes de matériel du programme eau, hygiène et assainissement.

Le 16 août, United Parcel Service (UPS) a effectué sa première livraison gratuite à l’UNICEF Mali. La Fondation UPS, partenaire de l’UNICEF au niveau mondial, s’est engagée sur plusieurs années à mettre à disposition son expertise en matière de chaîne logistique, et à proposer un appui technique et des formations à la Division des approvisionnements de l’UNICEF.

Les 20 tonnes de matériel spécifique lié à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène venaient de l’entrepôt de l’UNICEF à Copenhague, au Danemark. Il aurait fallu 6 à 8 semaines pour que cette cargaison parvienne au Mali par la route et par la mer, tandis que le transport aérien a permis de l’acheminer en l’espace de quelques heures afin de lutter contre une de choléra dans le Nord du pays.

400 trousses de base pour l’approvisionnement domestique en eau, contenant des seaux, des récipients souples, du savon et des comprimés de purification de l’eau, permettant aux enfants et à leur famille de boire de l’eau salubre, de se laver et d’éviter les maladies. 400 cartons de sels de réhydratation orale pour la prévention et le traitement de la déshydratation, qui seront distribués à 416 800 familles. Des fournitures supplémentaires pour quatre trousses sanitaires d’urgence inter-organisations, contenant des médicaments essentiels et du matériel médical, dont bénéficieront 40 000 personnes.

Du matériel destiné à d’autres organismes d’aide faisait également partie de cet envoi, renforçant ainsi l’effort conjoint en faveur du Mali.

Le matériel livré par UPS comprenait :

Dans les communes exposées au choléra, 2 500 latrines ont été créées et contribueront à l’amélioration durable de l’assainissement à Mopti, Gao,Tombouctou et Kidal. Les stratégies en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène représentent un aspect transversal indispensable à l’amélioration de la santé et des résultats scolaires des enfants vulnérables. Les approches intégrées relatives à l’eau, l’hygiène et l’assainissement ont été adoptées dans de nombreux établissements scolaires et de nombreuses communes. Les programmes les plus avancés allient ces interventions à la nutrition, l’éducation et la protection des enfants. La réponse d’urgence de l’UNICEF en ce qui concerne l’eau, l’hygiène et l’assainissement est pensée pour avoir des retombées durables en termes de relèvement rapide, tout en renforçant les capacités nationales. À cet effet, le rôle joué par l’UNICEF en tant que codirigeant de la réponse inter-agences coordonnée, en partenariat avec les ministères chargés de l’approvisionnement en eau, de la santé, de la protection civile et de l’assainissement, représente une occasion de transmettre son expertise des situations d’urgence à vingt homologues Gouvernementaux.

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La crise prolongée des déplacements de population affecte la capacité de résistance de toutes les communautés. Elle augmente également les difficultés en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement dans les agglomérations surpeuplées. L’UNICEF et ses partenaires poursuivent la mise en place d’une réponse dans ces domaines, sans pour autant perdre de vue la préparation aux catastrophes, le changement climatique et les plans d’urgence. « L’urgence peut être l’occasion d’augmenter le nombre de partenaires, de zones d’interventions et de partager des méthodes, explique Gauthier, mais il n’est pas facile de mettre en place une démarche d’assainissement pilotée par la communauté et de faire évoluer les comportements dans les zones urbaines. Si tout le monde se met à construire des latrines trop près des points d’eau, comme c’est le cas à Bamako, la situation ne fera qu’empirer. »

Programme WASH dans les écoles Ses yeux gris clair sont grand ouverts. Malgré son apparence rêveuse, sa voix est étonnement assurée et convaincante lorsqu’elle parle de son portefeuille : « J’ai été nommée ministre de l’Assainissement et j’ai pour mission de veiller à ce que tous les élèves soient en bonne santé et de m’assurer qu’ils boivent de l’eau salubre, qu’ils viennent à l’école propres et que les latrines et les cours d’école sont entretenues. » La Ministre est âgée de 12 ans et s’appelle Nematou Malle. Elle est fière d’appartenir au Gouvernement des enfants récemment constitué à l’école de N’tjibougou, dans le Sud du Mali. Outre la représentation des élèves, on attend des Ministres de ce Gouvernement qu’ils assument un rôle moteur pragmatique dans la mise en œuvre des nouvelles responsabilités exigées par le programme WASH dans les écoles. Ils doivent ainsi encourager les autres enfants à maintenir un bon niveau d’hygiène à l’école. La Ministre Nematou prouve son engagement en empoignant un balai et en se dirigeant vers le local des latrines, suivie de six ou sept garçons et filles. « Allons-y ! » lance-t-elle pour démarrer l’opération nettoyage. Les latrines de l’établissement – trois pour les filles et trois pour les garçons – sont neuves, ce qui représente une autre grande nouveauté pour les élèves. Avant, avec un nombre de 70 élèves par WC disponible, ils choisissaient la brousse environnante pour pratiquer la défécation à l’air libre ou couraient chez eux, au village, et manquaient les cours. Au village, les latrines traditionnelles d’une famille au sens large peuvent être partagées par 30 personnes : ce choix était donc souvent peu pratique. Le bon usage des nouvelles latrines et le maintien d’un niveau d’entretien adéquat constituent un volet du programme WASH dans les écoles susceptible de contribuer à une évolution plus rapide des comportements au sein de la population. Dans le contexte actuel, l’accès insuffisant à l’eau salubre et à des

(HAUT) Gouvernement des enfants de l’école de N’tjibougou, dans le Sud du Mali. (FOND) Nematou Malle, ministre du Gouvernement des enfants.

installations sanitaires appropriées dissuade les enfants, en particulier les filles, de se rendre à l’école. L’UNICEF met l’accent sur la nécessité d’assurer l’accès à l’eau et à l’assainissement pour faciliter la scolarisation des enfants.

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Une fille pratique la lecture et l’écriture dans une école à Ségou.

Éducation Situation : On estime que 800 000 enfants d’âge scolaire ne sont pas scolarisés au Mali, en raison de difficultés financières, de maladies ou d’obstacles géographiques. L’égalité d’accès à l’éducation pour les filles reste en outre l’un des principaux défis à relever. La crise actuelle n’a fait qu’accentuer la situation en créant une population mobile d’élèves déplacés, qui fréquentent des classes surpeuplées et sous-équipées. Cette marée de personnes déplacées s’ajoute aux dégâts causés dans les écoles, à l’augmentation des prix de l’alimentation, qui compromet le paiement des frais de scolarité, et à la perspective de crise économique à laquelle le Gouvernement est confronté. Selon les estimations du PNUD, 85 % de l’aide budgétaire extérieure a été suspendue par les donateurs, ce qui a des répercussions considérables sur le secteur de l’éducation. « Le Gouvernement de transition du Mali a clairement déclaré sa volonté d’accorder la priorité à l’éducation en consacrant plus de 30 % du budget au secteur de l’éducation, » indique Euphrates Gobina, responsable de l’Éducation à l’UNICEF Mali. « Cependant, en l’absence de soutien financier au secteur de la part des donateurs, toutes les dépenses d’équipement sont suspendues. » L’UNICEF a un rôle essentiel à jouer pour combler ce déficit financier et aider le ministère de l’Éducation à répondre aux besoins des élèves. Malgré les efforts réalisés par le secteur éducatif pour accroître l’accès à l’éducation, le taux de scolarisation et d’achèvement des études ne progresse pas. Près d’un quart de tous les enfants scolarisés en première année de l’enseignement primaire abandonnent leurs études avant la sixième année. Dans le Nord, quelque 560 000 enfants d’âge scolaire n’ont pas pu être scolarisés en 2012. Les enfants déplacés avec leur famille ont dû être inscrits dans de nouvelles UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire | 25

Loin de chez eux explique-t-il, revivant le moment. « Nous avons vite empaqueté quelques affaires et sommes partis chez un parent, en ville. Il n’y avait rien à manger. C’était très dur. » Lorsque les parents d’Abdoulaye ont retrouvé leurs enfants à Gao, la vie n’était plus la même. Les écoles, hôpitaux et magasins saccagés étaient fermés. Des coups de feu résonnaient tout près.

Abdoulaye Diakité, 18 ans, déplacé du Nord Mali avec sa famille.

Abdoulaye Diakité est loin de chez lui. Il a dû entreprendre un voyage imprévu et précipité en mars 2012, lorsque les forces rebelles ont pris le contrôle des vastes régions désertiques du Nord. Avant, Abdoulaye était un adolescent comme les autres, qui préparait ses examens dans une école proche de la ville de Gao, dans le Nord, où son père était en poste avec l’armée malienne. Il vivait dans un camp militaire réservé aux familles de soldats. Le jour où les combats se sont intensifiés, les parents d’Abdoulaye n’étaient pas au village. « Les rebelles sont arrivés et ont pris le contrôle du camp, »

Avant la crise, quelque 300 000 enfants étaient scolarisés dans le Nord et leur éducation est maintenant en suspens. Seule une poignée d’écoles ont réussi à rouvrir leurs portes pour que les élèves puissent passer leurs examens importants de fin d’année. À l’issue de la neuvième année de l’éducation de base, cet examen unique permet à ceux qui réussissent, d’obtenir un précieux diplôme. Les élèves qui échouent à l’examen ne peuvent donc poursuivre leur éducation. Abdoulaye s’est précisément retrouvé dans cette situation lorsque sa famille a fui vers le Sud. Les partenariats de longue date entre l’UNICEF, le Gouvernement et les organisations communautaires locales sont essentiels dans les situations d’urgence comme celle-ci, où l’éducation est compromise. Depuis le soutien administratif pour identifier et inscrire les nouveaux élèves jusqu’à la fourniture rapide et efficace de matériel scolaire, l’UNICEF et ses partenaires ont apporté un appui décisif aux quelque 6 000 enfants déplacés à travers le Mali pour leur permettre de poursuivre leur éducation. Pour soulager la charge pesant sur les élèves déplacés et leur famille à Ségou, l’UNICEF a fourni de l’aide sous forme de manuels, de matériel pédagogique pour les professeurs, de cahiers et de stylos. Trois repas par jour ont également été servis aux élèves déplacés par les autorités éducatives régionales et des partenaires locaux. Cela a permis à Abdoulaye et à ses camarades de se présenter à l’examen crucial de fin d’année.

écoles au Mali et dans les pays voisins. Bon nombre d’entre eux ont manqué des cours essentiels juste avant les examens d’accès à l’enseignement secondaire. Les problèmes de sécurité sont l’un des principaux obstacles à surmonter pour scolariser les enfants qui demeurent dans le Nord du pays. L’UNICEF est conscient que l’accès à l’éducation est un droit fondamental de tout enfant, mais que la première obligation humanitaire réside dans le principe de « ne pas nuire. » Dans le Nord, rassembler des groupes d’enfants nombreux risque de les exposer à la violence, au recrutement forcé ou à d’autres formes d’exploitation.

Action L’un des engagements fondamentaux de l’UNICEF est d’assurer la continuité de la scolarité de tous les enfants, y compris d’âge préscolaire. Dans cette optique, l’UNICEF est parvenu à convaincre l’armée malienne déployée à Mopti de retirer les soldats des écoles, permettant ainsi à 4 000 élèves de réintégrer les bâtiments scolaires.

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L’UNICEF contribue à améliorer l’accès à l’éducation, particulièrement difficile pour les filles  au Mali.

Le suivi actuel des mouvements des élèves déplacés à travers les communautés et les écoles qui les accueillent est crucial pour fournir de l’aide de manière stratégique et efficace. « Ils sont dispersés dans six régions, » explique Euphrates Gobina. « Certaines écoles ont à peine accueilli cinq enfants déplacés, d’autres dix ou vingt. Cela complique les choses. » L’UNICEF s’est joint à plusieurs partenaires pour fournir du matériel scolaire, notamment des cahiers, des stylos, du matériel à usage récréatif et des trousses d’hygiène, à 10 537 élèves déplacés du Nord. L’UNICEF a également soutenu le programme scolaire de quelque 4 600 élèves maliens au Niger et en Mauritanie en faisant parvenir des manuels scolaires aux camps de réfugiés situés dans ces pays. Dans le cadre d’une vaste campagne menée pour permettre aux enfants touchés par la crise de passer leurs examens de fin d’année, l’UNICEF a aidé à organiser des cours de soutien dans les régions de Mopti et Ségou, ainsi qu’à Bamako. Au total, 7 718 élèves en fin d’enseignement primaire ont ainsi pu suivre des cours de rattrapage pour obtenir un soutien dans les matières principales et passer les examens requis pour accéder à l’enseignement secondaire. Dans le Nord, le principal objectif de l’UNICEF est de collaborer avec des spécialistes de la protection de l’enfance pour veiller à ce que les écoles ne servent pas de cibles dans les conflits armés ou de centres d’enrôlement militaire avant l’âge légal.

Résultats L’UNICEF s’affirme comme un partenaire majeur du Gouvernement de transition malien grâce aux efforts qu’elle fournit pour que tous les enfants maliens puissent achever leurs études d’enseignement primaire d’ici 2020. C’est un objectif ambitieux, rendu encore plus difficile par la crise actuelle. L’UNICEF poursuit son activité intensive de plaidoyer pour l’accès équitable à l’éducation de base et pour l’égalité des sexes à l’école, parallèlement aux mesures d’urgence adoptées pour répondre aux besoins des élèves touchés par le conflit actuel. L’intégration de l’éducation de base dans la prise en charge de la malnutrition aiguë est un outil précieux pour répondre aux besoins de tous les enfants des communautés vulnérables. L’UNICEF et ses partenaires mettent en œuvre une stratégie psychosociale et cognitive dans 35 centres nutritionnels de tout le pays pour aider les jeunes enfants à s’épanouir, tant sur le plan psychique que physique. En répondant aux besoins de plus de 400 écoles accueillant des élèves déplacés, l’UNICEF joue un rôle essentiel dans le maintien des normes de respect de l’enfance. Les carences éducatives du Mali s’avérant encore plus urgentes à résoudre dans le contexte de cette crise, l’UNICEF a plaidé pour que les fonds de développement alloués dans le cadre de l’Initiative pour l’accélération de l’éducation soient réaffectés au financement d’urgence, ce qui a permis de débloquer 32 millions de dollars US pour la construction d’écoles.

Protection de l’enfance Situation : La situation des enfants maliens est critique en termes de sécurité. Ils sont exposés à de réels dangers de blessures physiques, d’exploitation et de souffrances psychologiques, en particulier dans le Nord, où l’on sait que les factions armées au pouvoir, se prévalant de la charia, infligent à la population de cruelles mesures punitives. L’instabilité politique règne dans tout le pays depuis le coup d’État militaire de mars 2012. Parmi les exactions signalées à l’UNICEF par des membres des communautés locales et par les civils qui ont fui les zones occupées, citons des passages à tabac, des lapidations, des amputations et même des exécutions. Les enfants sont également sous la menace. Les filles et les femmes qui ne couvrent pas entièrement leur tête et leur corps font l’objet de représailles, bien que ce type de tenue n’ait jamais été habituel dans la population musulmane autochtone, plutôt modérée. Les accusations d’enlèvement et de viol sont courantes et l’UNICEF soutient les services d’assistance psychosociale et de prise en charge médicale des victimes de viol, ainsi que pour les femmes et les enfants déplacés ayant subi des traumatismes émotionnels. L’un des principaux défis pour l’UNICEF est de pouvoir accéder aux sources de suivi et de vérification de la situation dans le Nord. Les « comités de crise » composés de dirigeants et de représentants des communautés, de personnel des organisations de la société civile et d’ONG nationales et internationales ont constitué une source d’information essentielle sur les graves violations des droits de l’enfant et les atteintes à la protection de l’enfance. Ces comités ont été constitués lors des premières prises de contrôle des groupes armés et sont actuellement opérationnels dans les régions de Kidal, Gao,Tombouctou et Mopti. Des membres de ces comités, s’exposant personnellement à de gros risques, parviennent à communiquer avec l’UNICEF et à lui transmettre des informations sur les exactions commises dans le Nord. Bien que les groupes armés au pouvoir aient autorisé des membres des communautés à participer aux séances de sensibilisation, ces personnes ont rarement l’autorisation de parler de certains aspects critiques comme l’enrôlement des enfants. Les mines terrestres et les engins non explosées ne font pas de distinction entre leurs victimes. Cela les rend particulièrement dangereuses pour les enfants, qui ignorent la menace de ces restes de guerre. Le conflit qui sévit actuellement dans le Nord du Mali ne fait qu’aggraver les dangers et la présence de ces explosifs

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Un garçon déplacé regarde un dépliant sur la sensibilisation contre les mines et des engins explosifs dans un camp pour déplacés à Sévaré, dans la région de Mopti.

SINI SANUMAN L’un des principaux engagements des acteurs humanitaires en matière de protection de l’enfance est de lutter contre la violence et les abus à l’encontre des femmes et des enfants et de fournir un soutien médical, juridique et psychosocial aux victimes de violence basée sur le genre (CCC5). L’UNICEF a apporté cette assistance à 250 femmes et filles depuis le mois d’avril . Plus de 90 d’entre elles ont été victimes de viols au cours du conflit armé dans le Nord et vivent actuellement à Bamako, où l’ONG malienne SINI SANUMAN (« un avenir meilleur ») leur fournit des services d’assistance sociale et de prise en charge médicale avec l’aide de l’UNICEF. Miriam Traoré est conseillère à SINI SANUMAN et vit dans le quartier où F*, mère de trois enfants, 40 ans, originaire de Tombouctou, s’est installée dans un logement partagé avec cinq autres familles déplacées.

Une des nombreuses victimes de violences sexuelles et de viols ayant fui le conflit dans le Nord du Mali.

Mme Traoré lui rend visite chaque semaine. Elle place deux chaises dans un coin tranquille de la cour, blottit son bébé contre sa poitrine et encourage F* à raconter de nouveau son histoire. « Les rebelles sont arrivés le 13, à 22 h, » commence-t-elle, tirant son foulard sur son visage. Vient ensuite l’histoire poignante d’une femme gravement traumatisée après avoir été agressée et violée par deux hommes. À la suite de ce viol, F* affirme avoir sombré dans la « folie » pendant quelque temps. Pendant les jours suivants, elle a arpenté les rues en détresse, à demi nue, tenant des propos incohérents. « Je ne sais pas qui sont les gens qui m’ont aidé à m’enfuir, » explique-t-elle. Son mari, ajoute-t-elle, ne s’est pas encore remis du choc. Depuis l’agression, il est incapable de parler, de se laver ou de manger. Le fait de le voir sombrer provoque maintenant le désarroi de F*. « Il n’a pas pu me protéger et maintenant je ne peux pas l’aider, il est brisé. C’était une bonne personne. » Les larmes coulent sur son visage. Mme Traoré lui parle doucement. Elle ne touche pas son aînée, mais ne détache à aucun moment son regard de son visage. F* hoche la tête. Elle a déjà entendu le message.

« Chaque fois que Miriam vient, elle me dit qu’une femme est capable de surmonter toutes les difficultés. Elle a raison. J’ai retrouvé mes forces depuis que mon traitement est fini et l’aide de cette femme m’a sauvé la vie » explique-t-elle avec un signe de tête vers Mme Traoré. « Je voulais me tuer et c’est son soutien qui m’a permis de rester en vie. » Sa voix se fait plus ferme en prononçant ces paroles. Le viol étant très stigmatisant au Mali, F* n’a parlé à personne de l’agression. Seule Mme Traoré en connaît les détails, qu’elle consigne dans un dossier confidentiel. « Il a fallu beaucoup d’insistance pour aller aussi loin » affirme-telle, expliquant que la souffrance de cette femme l’a contrainte à rester sur la réserve pendant plusieurs semaines. « Mais j’espère qu’avec le temps, nous pourrons commencer une thérapie de groupe. Il y a beaucoup de victimes dans ce quartier et beaucoup d’entre elles n’ont pas encore parlé de leur cas en raison de la stigmatisation que cela représente. » Elle regarde Dicko retourner auprès de son mari désemparé. Bien qu’ayant mentalement et physiquement surmonté cette dure épreuve, elle n’est pas encore totalement libérée. « Toutes les femmes sont violées au Mali, » conclut Mme Traoré. « Violées par les pratiques traditionnelles et les jugements culturels, » ajoute-t-elle.

mortels. De fait, on estime que 100 000 enfants et adultes sont exposés à la menace des mines et des engins non explosées dans les régions du Nord du Mali. Pour faire face à ce problème, l’UNICEF et ses partenaires ont lancé un programme de sensibilisation aux risques des mines en avril 2012, qui a permis de former 1 611 personnes aux mesures vitales à prendre contre les risques des mines et des engins non explosées.

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Entretien avec Frank Kashando conflit n’éclate. Au Soudan ou en RDC, cette sensibilisation a dû être effectuée durant le conflit, alors que les pratiques étaient déjà bien enracinées. Les Maliens n’ont pas d’expérience de cette question hautement sensible. Ils n’en sont encore qu’au niveau théorique et sans ces informations, ils essaieront simplement de soutirer des informations aux enfants associés aux forces et groupes armés ou se contenteront de les mettre sous les verrous. Ils ne savent tout simplement pas qu’il existe de meilleures solutions et des normes à observer en la matière.

En décembre, l’UNICEF a organisé un atelier avec l’UNIFEM et l’ONG malienne Avenir Enfance Sahel (AV.E.S) pour préparer 35 officiers supérieurs de l’armée aux situations réelles dans lesquelles leur intervention peut condamner ou sauver des enfants innocents. L’un des animateurs était Frank Kashando, Spécialiste en protection de l’enfant dans les urgences à l’UNICEF, qui a travaillé au Soudan, en Ouganda, en RDC et aujourd’hui au Mali pour lutter contre l’enrôlement des enfants dans les forces et groupes armés. Q : Pourquoi ces séances de formation sont-elles nécessaires pour l’armée ? R : L’UNICEF vise à empêcher tout enrôlement d’enfant dans les forces armées. Nous avons mis en place des séances de formation auprès de l’armée nationale du Mali. Nous savons que les groupes armés du Nord enrôlent un certain nombre d’enfants. Lors d’une intervention militaire, il est probable que l’armée se retrouve face à des enfants associés aux forces et groupes armés. Il est donc important de bien faire comprendre aux militaires les protections spécifiques auxquelles les enfants ont droit, notamment leur nonparticipation à l’armée nationale. Les soldats ne sont pas informés sur la conduite à adopter dans ces situations. Je leur ai soumis des scénarios types : « Que feriez-vous au front face à un enfant associé aux forces et groupes armés qui pointe son fusil sur vous ? Votre réaction instinctive serait de vous défendre, mais vous devez aussi essayer de désarmer l’enfant. Et si vous voyiez un dirigeant de l’armée ennemie entouré d’enfants, que feriez-vous ? Comment prendre en charge les enfants perdus ou séparés de leur famille ? Et les enfants ayant assisté à un crime ou contraints d’y participer ? » Ces scénarios ont suscité un débat animé au sein du groupe. Il était important de leur faire clairement comprendre qu’il est très probable que ce genre de situation se présente. Q : Pensez-vous que ces bonnes pratiques seront adoptées dans les rangs de l’armée ? R : Les 35 cadres formés reproduiront cette formation dans les 35 garnisons, auprès de 1 500 officiers. Nous avons la chance d’avoir pu leur transmettre ces informations avant que le

Q : La représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés a qualifié la situation au Mali de « préoccupante ». Le Gouvernement malien partage-t-il cette inquiétude ? R : Prenons l’exemple de la campagne nationale lancée en novembre pour sensibiliser la population au problème de l’enrôlement des enfants, dont nous avons soutenu et facilité la mise en œuvre. Au départ, cette campagne visait juste à élaborer une série de messages, sans plus. Mais à l’UNICEF, nous avons refusé qu’elle en reste là, il y avait beaucoup plus à faire. Il ne suffit pas de s’abstenir de violer les droits, il faut aussi prendre part activement à la prévention. De fait, il existe des mécanismes de prévention et d’intervention. L’UNICEF a prôné une approche conjointe des ministères de la Défense et du Développement social, ce qui a conduit à mettre en place une campagne interministérielle. Q : Qu’en est-il de la responsabilisation ? Mettre en place une campagne est louable, mais comment garantir l’observation des règles ? R : Tout à fait. Il est nécessaire d’établir un protocole d’action officiel, un document juridique signé et approuvé par le Gouvernement de transition, et que quelqu’un soit responsable de sa mise en œuvre. C’est une mesure urgente car si les accords conclus à Ouagadougou {lors des pourparlers de paix} sont entérinés, les autorités de protection de l’enfance pourront très bientôt prendre contact avec les enfants qui se trouvent dans cette situation. Le Gouvernement peut être amené prochainement à arrêter des enfants associés aux forces et groupes armés ennemis et devra rendre compte de leur prise en charge.

En ce début d’année 2013, l’intervention militaire de forces internationales et de l’armée malienne dans le Nord est une réalité. L’UNICEF est pleinement conscient de la vulnérabilité des enfants, qui courent le risque d’être touchés durant les combats, d’être recrutés comme soldats ou d’être victimes de mines terrestres et de munitions. La division du pays, le conflit armé, l’instabilité intérieure et l’intervention internationale se conjuguent pour produire une situation précaire, sans précédent au Mali. Dans ce contexte, l’UNICEF joue un rôle important en matière de coordination des

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actions humanitaires visant à protéger les enfants et de soutien aux organismes nationaux de protection sociale qui pénètrent en terrain inconnu. Le Bureau régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (BRAOC) a lancé une initiative infrarégionale visant à coordonner la protection de l’enfance au Mali, en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso. Cette coordination englobe l’amélioration des activités de suivi et des actions pertinentes, l’identification, la documentation, la recherche et le regroupement (IDTR) des enfants non accompagnés et séparés et le renforcement des capacités des agents infrarégionaux de protection de l’enfance. Les stratégies de mise en œuvre de l’initiative sont les suivantes :

Les principales réalisations Intervention psychosociale – formation de 15 représentants de la société civile

88 membres d’organisations partenaires formés aux premiers secours psychologiques et au soutien psychologique de base pour les enfants en situation d’urgence 114 membres d’organisations partenaires formés pour dispenser un soutien psychosocial aux victimes de violences basées sur le genre 93 personnes formées pour fournir une assistance médicale 10 000 personnes ont bénéficié de la sensibilisation aux munitions non éclatées 1 700 enfants sensibilisés 200 adultes présents aux séances 6 radios ont diffusé des messages sur les munitions non éclatées

1. Établissement d’un réseau inter-organisations transfrontalier infrarégional pour la Protection des enfants dans les situations d’urgence (PESU) 2. Soutien au suivi de la protection de l’enfance et actions pertinentes 3. Facilitation d’une approche cohérente de l’IDTR 4. Renforcement des capacités

Action : Immédiatement après le retrait du Gouvernement dans le Nord au début de l’année, l’UNICEF a contacté les ONG internationales partenaires ayant du personnel sur le terrain pour renforcer la communication et assurer la réception ponctuelle d’informations fiables en provenance de la région. L’UNICEF collabore par ailleurs étroitement avec les acteurs humanitaires et les responsables communautaires locaux pour rassembler des informations sur les viols et autres exactions. Dans la perspective d’une recrudescence du conflit dans le Nord, l’UNICEF souhaite réduire les risques d’atteintes physiques pour les enfants en formant les officiers de l’armée malienne aux procédures opérationnelles requises vis-à-vis des non-combattants et des enfants associés aux forces et groupes armés présents sur le front. Dans l’optique d’une sensibilisation plus large à la gravité du problème, le Gouvernement de transition a lancé une campagne nationale de prévention de l’enrôlement d’enfants dans les groupes armés, d’une durée de trois mois. Elle a démarré en novembre, date anniversaire de la Convention relative aux droits de l’enfant, traité international dont le Mali est signataire. Des dizaines de milliers de jeunes gens de moins de 18 ans peuvent être considérés comme de futures cibles de l’enrôlement en cas de prolongation du conflit. La population déplacée en provenance du Nord reste très instable, ne cessant de se déplacer à travers les frontières. Il est donc essentiel d’améliorer le mécanisme inter-organisations de recherche transfrontalière d’enfants pour pouvoir suivre ces migrations. Les déplacements incontrôlés – y compris des combattants – entre le Nord et le Sud et au-delà des frontières des pays voisins facilitent les agissements des réseaux de crime organisé et de trafic d’enfants. L’UNICEF prendra les devants en renforçant son action régionale d’identification, de localisation et de regroupement des enfants séparés. On estime à 3 000 le nombre d’enfants qui auront besoin de cette assistance et de ce soutien en 2013. Enfin, pour affronter les risques croissants liés aux mines et aux engins non explosées, l’UNICEF et ses partenaires – Handicap International, BNCE, ENDA et les Directions Régionales et Nationale de la Protection Civile – ont animé des séances de sensibilisation auprès d’enfants dans l’ensemble du pays. À l’aide de dépliants contenant des images de mines et de engins non explosées et de blessures causées par celles-ci, les animateurs des organisations partenaires ont transmis aux enfants des messages essentiels pour leur survie. Du fait de l’intervention militaire, il sera crucial de multiplier ces activités de sensibilisation en 2013.

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Distribution des intrants et de matĂŠriel vitaux aux femmes et aux enfants touchĂŠs par la crise 32 | UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

Un travailleur charge une pirogue à Ségou avec des intrants et matériel WASH destinés pour les régions du nord du Mali.

Approvisionnement et logistique La réussite d’une intervention d’urgence comme celle menée actuellement au Mali est subordonnée à l’efficacité de la chaîne logistique permettant d’acheminer de l’aide vitale jusqu’aux femmes et aux enfants qui en ont le plus besoin. Dans ce sens, les réalisations de l’UNICEF sont remarquables. Plus de 557 000 Maliens ont bénéficié d’aliments thérapeutiques, de fournitures d’hygiène, de matériel de purification d’eau, de vaccins, de médicaments, de lots de matériel scolaire et de moustiquaires. Avant la crise politique qui a divisé le pays, l’UNICEF approvisionnait les centres de santé communautaires en produits de nutrition et de santé par le biais du Gouvernement national. >>

Les carences en termes de couverture de la population étaient comblées par des interventions nutritionnelles dans le cadre des programmes d’eau et d’assainissement menés en milieu scolaire. Depuis le mois de mars, l’UNICEF a renforcé la chaîne logistique en assurant une partie de la distribution via des ONG internationales et locales, parvenant ainsi à maintenir des flux d’approvisionnement critique et même à accroître le nombre de bénéficiaires. Par ailleurs, une partie du matériel distribué a été acheté sur place. Des milliers de familles maliennes ont ainsi eu la surprise de trouver dans les colis de secours distribués par l’UNICEF et ses partenaires des produits très familiers, comme bouilloires pour le lavage des mains et des couvertures disponibles sur les marchés locaux. En 2012, l’UNICEF a fourni 1 800 tonnes de matériel dans le Nord comme dans le Sud du Mali. Plusieurs obstacles ont dû être surmontés pour planifier la distribution avec l’aide d’organismes partenaires. Avec plus de 20 organisations différentes à approvisionner, l’équipe logistique de l’UNICEF a consacré de longues heures aux livraisons. « C’était comme la liste des courses, » explique Julie Gauthier, Spécialiste en eau, assainissement et hygiène dans les urgences à l’UNICEF, au sujet des premières demandes de matériel d’hygiène. « Certains voulaient distribuer des colis avec 20 savonnettes et deux jerrycans. D’autres souhaitaient que les moustiquaires soient séparées du matériel de lavage de mains ». Pour compliquer le tout, il fallait personnaliser certains colis selon que les destinataires étaient des familles d’accueil ou les familles déplacées en provenance du Nord, des enfants exposés aux risques de choléra ou de malnutrition ou encore des mères ayant besoin d’aliments thérapeutiques ou d’abris temporaires. « Cela a été assez compliqué, » explique Fred Urlep, Spécialiste en logistique dans les urgences a l’UNICEF. « Mais nous y sommes finalement parvenus. » Dans le Nord, où l’accès aux services essentiels a été gravement compromis par l’occupation, l’aide humanitaire s’avère particulièrement vitale. L’UNICEF Mali répond rapidement aux besoins de ses partenaires dans la région tout en s’efforçant de minimiser son empreinte. Il évite ainsi les grands espaces de stockage qui pourraient être pillés et réduit au minimum le personnel, les équipements et les sites de distribution afin de ne pas prendre de risques inutiles. L’UNICEF a envoyé par camion un premier lot de fournitures médicales à Tombouctou début avril, sans être certain qu’il allait parvenir au partenaire destinataire, ALIMA. « Les gens mouraient parce que tous les hôpitaux avaient été pillés, » explique le Représentant Adjoint, Frédéric Sizaret. « Nous avons envoyé le premier camion et il est arrivé. Nous avons ensuite envoyé le deuxième, puis le troisième, et maintenant nous avons arrêté de compter. » En continuant d’envoyer régulièrement de petites quantités de matériel, l’UNICEF a pu livrer en sécurité plus de 589 tonnes de fournitures dans le Nord.

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Le contenu d’un kit NFI.

Plans de contingences Dans une crise si complexe, caractérisée par des événements inhabituels sur le plan politique, logistique et programmatique, les experts en logistique de l’UNICEF Mali tiennent compte de nombreux facteurs afin de parer à toute situation d’urgence imprévue. L’UNICEF doit prendre en considération les besoins et les capacités d’un total de 20 partenaires pour organiser la distribution et la livraison de l’aide. En outre, l’intervention armée et le fonctionnement d’un Gouvernement national en 2013 conditionnent la planification. L’intervention de l’armée malienne dans le Nord, avec le soutien de forces internationales, pourrait provoquer de nouvelles vagues de personnes déplacées et déstabiliser encore davantage la situation politique. Il convient d’envisager tous les scénarios. L’UNICEF discute actuellement avec ses partenaires de l’alignement des plans d’urgence dans l’optique d’une coopération à long terme. Ces partenariats officiels à plus longue échéance amélioreront la rapidité de l’évaluation et de l’intervention, la diffusion des principes humanitaires et le renforcement des capacités des structures locales et institutionnelles. L’UNICEF maintient un stock d’une valeur de 4,2 millions de dollars US de matériel de base lié à la santé, la nutrition, l’éducation et la protection, et a commandé un nouveau stock d’urgence d’une valeur de 1,1 million de dollars US. Cette réserve permet de répondre aux besoins de 485 360 personnes pendant deux mois. Les responsables de la logistique étudient par ailleurs plusieurs sites potentiels hors de Bamako en vue du prépositionnement de matériel le long du fleuve Niger, qui peut servir de voie de distribution stratégique si les principales routes deviennent inutilisables ou risquées. Les accords actuels avec six capitaines de navires de Mopti seront officialisés en 2013 et le transport pourra ainsi être assuré tout le long du fleuve à partir de Ségou, dans le Sud. Le prépositionnement dans des villes du Nord est également une solution utile pour atténuer les risques de détournement. Les chaînes logistiques régionales sont renforcées par le biais d’une collaboration avec le bureau pays du Niger.

Statistiques La grande majorité des intrants et matériel d’urgence distribuées par l’UNICEF est destinée au traitement de la malnutrition, à hauteur de 5.7 millions de dollars US. Les dépenses d’approvisionnement par secteur sont détaillées ci-dessous. Ces coûts d’approvisionnement représentent 42 pour cent du budget de l’intervention d’urgence.

Tonnes de matériel transporté par secteur au Mali (Nord et Sud) 1%

Coût d’approvisionnement en 2012 Protection de l’enfant Éducation

79%

20%

Santé

Nutrition

WASH

$7,609 $274,744 $1,584,186 $4,606,926

WASH Santé

Nutrition

$5,738,969

UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire | 35

Suivi des progrès en faveur des femmes et des enfants 36 | UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

Des jumelles déplacées, Hawa et Fatoumata, dix ans, se sont réfugiées avec leurs parents à Sévaré, dans la région de Mopti.

Dans le cadre de l’organisation d’une intervention humanitaire au quotidien – fournir un soutien vital, planifier les interruptions et les imprévus, coordonner les stratégies et soutenir les partenaires –comment l’UNICEF s’assure-t-il que son action est efficace ? Chaque kilo gagné par un enfant sévèrement malnutri, chaque journée passée à l’école, chaque savonnette utilisée et chaque sourire retrouvé sur le visage d’une mère soucieuse est une victoire en soi. Toutefois, la seule façon pour l’UNICEF de mesurer une progression réelle et durable est de comparer les résultats aux objectifs de ses Principaux engagements pour les enfants dans l’action humanitaire (CCC). >>

Suivi des progrès humanitaires  Les Principaux engagements pour les enfants dans l’action humanitaire doivent être respectés par l’UNICEF dans tous les secteurs d’intervention. Cet objectif est réalisable grâce aux cibles spécifiques à chaque programme (santé, nutrition, éducation, protection et WASH). Une composante de suivi et d’évaluation a été intégrée au plan d’intervention d’urgence 2012 au Mali, comprenant une série d’indicateurs, de valeurs de référence et de cibles précis pour l’accomplissement des CCC. Conformément à ce plan, un ensemble clé d’indicateurs est régulièrement communiqué par les partenaires dans leurs rapports. Les responsables de programme et les coordonnateurs sectoriels de l’UNICEF suivent de près les progrès réalisés en fonction de ces valeurs de référence (ex. 95 % de vaccinations complètes chez les enfants de moins de cinq ans, fourniture d’une trousse à usage récréatif à chaque centre de récupération nutritionnelle ou fonctionnement d’un centre d’obstétrique pour 100 000 personnes). En passant d’un programme de développement à une intervention d’urgence, l’UNICEF a assumé la responsabilité de veiller à la ponctualité des rapports et du suivi effectués par tous les acteurs concernés. Nombre de nos organisations partenaires ont connu des difficultés pour s’y adapter, mais l’UNICEF reçoit désormais des rapports mensuels fiables de tous ses partenaires. L’UNICEF Mali travaille avec son partenaire principal, le Gouvernement de transition du Mali, pour renforcer les systèmes nationaux de collecte de données et former les agents de santé maliens aux nouvelles directives pour l’établissement de rapports sur la malnutrition. Le progrès global est analysé et communiqué par l’UNICEF dans des rapports

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Un petit garçon souriant dans un quartier pauvre de Bamako.

d’avancement mensuels, ce qui permet d’identifier les goulets d’étranglement, les déficits de ressources et les domaines dans lesquels les activités de mobilisation doivent être renforcées. La base de données en ligne ActivityInfo, utilisée par les partenaires de l’UNICEF dans les domaines de la nutrition ainsi que de l’eau, de l’assainissement et de l’hygiène fin 2012, s’est avérée utile pour produire des tableaux, des graphiques et des cartes faciles à utiliser. Son emploi sera étendu à d’autres secteurs. Cet outil en ligne permet au personnel de l’UNICEF et à ses partenaires de saisir et d’analyser des données géoréférencées et d’élaborer rapidement des cartes, des tableaux et des graphiques.

Suivi par une tierce partie L’UNICEF a recruté et formé quatre agents de suivi sur le terrain provenant d’organisations tierces, à savoir le Centre d’Études, de Documentation, de recherche et de Formation (CEDREF) et l’Association Malienne de Malienne de Recherche Action pour le Développement (AMRAD), chargés d’émettre des rapports sur les réalisations des ONG selon un protocole de suivi standardisé dans les quatre régions du Nord, où l’UNICEF n’est pas physiquement présent. Ces agents de suivi externes ont débuté leur travail de terrain en novembre dans un échantillon de communautés, de centres de santé et d’écoles, et fournissent actuellement des rapports bimensuels. Un second projet de suivi par une tierce partie est également mis en place par la section WASH pour surveiller la fourniture d’infrastructures de qualité dans le domaine de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement dans les régions du Nord. Ce nouveau dispositif est inédit dans la région.

La mesure réelle de la réussite  Lorsque les droits de l’enfant seront garantis grâce à notre mobilisation collective et au soutien de nos partenaires ; lorsque chaque enfant, quel que soit son statut économique et social, bénéficiera d’interventions vitales ; lorsque notre action contribuera au rétablissement rapide et à la réduction des risques de catastrophes ; lorsque l’humanité, l’impartialité et la neutralité s’affirmeront comme les principes directeurs de notre intervention inter-organisations, nous aurons alors satisfait aux exigences du mandat de l’UNICEF.

Des femmes participent à une session de sensibilisation sur les mutilations génitales féminines/ l’excision à Bamako.

UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire | 39

Partenariats stratĂŠgiques en faveur des femmes et des enfants 40 | UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

Fatoumata, 14 ans, puise de l’eau traité au chlore d’un puits de la région de Mopti.

Les Principaux engagements pour les enfants dans l’action humanitaire de l’UNICEF sont mis en œuvre grâce à la collaboration étroite avec tous ses partenaires Gouvernements hôtes, organisations de la société civile, organisations non Gouvernementales (ONG) – nationales et internationales – organisations sœurs de l’ONU et donateurs, conformément aux engagements pris par l’UNICEF dans le cadre de la réforme de l’action humanitaire inter-agence, y compris les principes de partenariat. En l’absence de partenaires solides pour l’action humanitaire, l’UNICEF ne pourrait atteindre les résultats obtenus. La crise du Mali est complexe et résulte à la fois de carences structurelles et d’événements extraordinaires. Alors que l’action de développement menée par l’UNICEF avec le Gouvernement malien était axée sur les aspects structurels dans le passé, l’apparition d’une situation d’urgence humanitaire l’a conduit à renforcer son soutien dans ce domaine. >>

Une intervention coordonnée Afin de coordonner l’intervention de tous les partenaires humanitaires, l’ONU a lancé en mars 2012 le système des groupes sectoriels, clusters, qui fournit un modèle d’intervention inter-agence standard pour les situations d’urgence dans le monde entier, afin de favoriser le partage de données, la planification stratégique et la coordination logistique des partenaires. L’UNICEF dirige les clusters sur l’éducation, la nutrition, l’eau, l’assainissement et l’hygiène, ainsi que le sous-cluster sur la protection d l’enfant. Avec 20 accords de partenariat signés avec des ONG en 2012 et de nouveaux accords prévus en 2013, l’UNICEF a élargi le champ d’action de ses interventions tout en renforçant sa capacité dans tous les secteurs. Grâce à l’alliance des atouts majeurs des programmes de développement et de l’expertise en situation d’urgence, la réponse à la crise humanitaire actuelle au Mali permettra aux populations et au Gouvernement d’affronter plus efficacement les défis à venir. En 2013 et dans les prochaines années, l’accent doit être mis sur la pérennité à long terme des interventions mises en place aujourd’hui et du Gouvernement qui en héritera. « Sauver des vies, oui, mais en s’appuyant sur le tissu social ! » avertissait la Représentante d’UNICEF au Mali Françoise Ackermans dans la lettre ouvrant ce rapport. Seuls les programmes qui soutiennent la population et respectent la capacité du Gouvernement peuvent produire des changements qui permettront aux Maliens de faire face aux crises et aux perturbations futures.

42 | UNICEF Mali : Soutenir les femmes et les enfants dans une situation humanitaire

L’Ambassadeur national pour l’UNICEF au Mali Habib Koité donne du PlumpyNut à Maïmouna 2-ans au Centre de santé communautaire de Benkady Kéniégoué dans la région de Koulikoro,

Mobiliser les ressources L’UNICEF est présent au Mali depuis 1961. Cet engagement de longue date en faveur du bien-être des enfants dans ce pays conditionne la réponse humanitaire à la crise actuelle, dont l’UNICEF est conscient qu’elle doit produire des bénéfices à long terme et renforcer la résistance de la communauté. Les interventions sont conçues pour accroître la capacité des familles et des communautés à supporter les chocs et affronter les crises à venir. Les partenaires sont considérés comme des acteurs à long terme d’un relèvement rapide.

Une crise complexe exige des professionnels chevronnés. Une intervention d’urgence inter-agence multisectorielle nécessite une observation impartiale et un degré élevé de responsabilisation. Les bonnes pratiques de l’UNICEF Mali sont les suivantes : •

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Aider le personnel interne de l’UNICEF pour atteindre le niveau d’expertise requis Standardiser les indicateurs de performance Développer des outils efficaces pour l’établissement de rapports S’allier à des ONG professionnelles à l’expérience éprouvée Financer la formation nécessaire du personnel et des partenaires Faire appel au suivi par une tierce partie si nécessaire Faire appel aux responsables communautaires pour l’établissement de rapports si nécessaire Fournir des outils de coordination des groupes sectoriels

Fin 2012, l’UNICEF Mali employait 150 personnes, y compris le personnel d’appui, contre 108 employés dans quatre régions en 2011. Cette forte augmentation des effectifs permet à l’UNICEF de disposer de spécialistes de tous les secteurs, dotés d’une solide expérience dans les situations d’urgence, ainsi que de nouveaux experts d’ONG internationales. Des partenariats pour le déploiement de personnel d’appoint avec le Canada, la Suède et la Norvège ont permis à l’UNICEF de pouvoir rapidement 12 postes vacants dans son équipe d’intervention d’urgence dans les domaines de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement, de l’éducation, de la protection et du suivi et de l’évaluation. « Les partenariats pour le déploiement de personnel d’appoint ont été réellement décisifs pour renforcer rapidement notre intervention, » explique Carole Vignaud, Coordinatrice de l’urgence à l’UNICEF. « Nous disposons désormais d’effectifs compétents, expérimentés et connaissant le terrain. C’est un grand atout stratégique pour l’UNICEF et cela accroît la polyvalence de l’équipe d’intervention d’urgence. » L’UNICEF est redevable à tous les donateurs des secteurs public et privé, dont les contributions ont permis à l’organisation de prendre les rênes de cette intervention. Un financement de qualité, sous la forme de dons à long terme « non restrictifs », est crucial pour conserver la possibilité de mobiliser les ressources à l’endroit et au moment requis. Comme dans la plupart des interventions d’urgence, le financement des opérations vitales est insuffisant au Mali. Malgré les dons généreux des Gouvernements et des Comités Nationaux pour l’UNICEF, les programmes 2012 n’ont été financés qu’à hauteur de 50 % et il manquait près de 30 millions de dollars US pour parvenir aux objectifs. La flexibilité des fonds permet de combler plus facilement les carences. Le soutien des donateurs, surtout s’il est continu, prévisible et à long terme, fait la différence entre une intervention d’urgence efficace et une opération ponctuelle. Cela permet d’investir dans la population malienne afin qu’elle soit en mesure de survivre et de prospérer après la crise actuelle. À travers le Sahel, l’UNICEF a reçu des contributions matérielles et financières des donateurs suivants : Andorre, Australie, Belgique, Brésil, Canada, CERF, Commission Européenne, Danemark, Espagne, Estonie, États-Unis d’Amérique, Finlande, France, Irlande, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, République de Corée, Royaume-Uni, Suède, ainsi que des comités nationaux pour l’UNICEF de Thaïlande, du Royaume-Uni, des États-Unis et de France.

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Préparer 2013 En 2013, l’accent sera mis sur le renforcement de l’intervention conjointe de lutte contre la crise alimentaire et nutritionnelles ainsi que sur le maintien des services sociaux de base et la protection des femmes et des enfants dans un contexte d’escalade du conflit et d’accroissement des flux de déplacés internes. Pour sauver les vies des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes et allaitantes souffrant de malnutrition aiguë sévère et modérée, l’approche intégrée de la malnutrition sera renforcée. L’UNICEF poursuivra par ailleurs son action de prévention et de lutte contre le choléra et les maladies transmises par l’eau, en s’efforçant notamment d’assurer l’accès de 1,5 million de personnes à une eau salubre. Un prépositionnement de médicaments et de matériel essentiels dans les zones à haut risque sera également mis en œuvre. En collaboration avec ses partenaires, l’UNICEF apportera son soutien aux enfants touchés par le conflit et renforcera sa réponse à la violence basée sur le genre (VBG) dont souffrent les déplacés internes. La sensibilisation aux risques des mines, l’assistance aux victimes et le plaidoyer pour l’action contre les mines continueront en 2013 et cibleront 100 000 personnes supplémentaires. Les besoins totaux de financement de l’UNICEF pour l’intervention d’urgence en 2013 s’élèvent environ à 82 millions de dollars US, dont 15.2 millions de dollars US seront nécessaires au cours des trois premiers mois. Le graphique ci-dessous illustre les besoins de financement par secteur.

Besoins de l’AHE en 2013 par secteur

5% Nutrition

9%

Santé WASH

11% 44%

Protection de l’enfant Éducation Coordination des Clusters/Secteurs

23%

8%

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Sali Coulibaly, neuf ans, est une étudiante à l’école de Sirakoro dans la région de Mopti.

UNICEF MALI / Niamakoro

Route de l’Aéroport / BP 96 • Bamako, Mali Tel: (223) 20 20 13 83 / 20 20 13 85 • Fax: (223) 20 20 41 24 www.unicef.org/mali D Unicef Mali E @unicefmali


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