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HORS SERIE

décembre 2011

www.respectmag.com

HORS SERIE

Minorités

Aimer sans risque sexe et plaisir sans effets secondaires En partenariat avec

Support gratuit / ne pas jeter sur la voie publique

Prévention  à la carte Témoignages

La première fois Internet

La capote, tout sauf virtuel Dépistage

C'est in-dis-pen-sable

Support gratuit Ne pas jeter sur la voie publique

ÉDITO

Éditeur : Gilles Dumoulin, gd@groupe-sos.org Fondateur : Marc Cheb Sun, marc.chebsun0@gmail.com Rédactrices en chef du hors série : Louise Bartlett, Bénédicte Mathieu Secrétariat de rédaction : Bernadette d'Ovidio, Magali Jourdan, redaction@presscode.fr Ont participé  : Olivier Bonnin, Laetitia Darmon, Christelle Destombes, Olivier Donnars, Bénédicte Mathieu, Thomas Roure, Dorothée Thiénot, Dominique Thiéry, Emilie Wood Direction artistique : François Bégnez francois.begnez@presscode.fr Maquette : Martin Laloy, Blandine Ollivier, Sara Cruz Ferna´ndez Photographe permanent : Darnel Lindor darnel.lindor@respectmag.com Illustrateur : El Diablo Iconographie : Thinkstock Pôle média Groupe SOS : Guillaume Guitton guillaume.guitton@groupe-sos.org - 01 56 63 94 50 Régie publicitaire : Mediathic Fayçal Boulkout, f.boulkout@groupe-sos.org 06 37 15 34 07 ou 01 56 63 94 58 Lionel Bonneval, lionel.bonneval@groupe-sos.org­ 01 56 63 94 59 Sara Caramel, sara.caramel@groupe-sos.org 01 56 63 94 56 Partenariats et diffusion : Sandra Grain sandra.grain@groupe-sos.org - 01 56 63 94 54

N'en retenir que le plaisir

L

e safe sex, ou comment prendre son pied sans se gâcher le plaisir. A l’occasion de ce 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le VIH, Respect mag propose un nouveau hors série dédié au plaisir sans prise de risques. Entre adultes consentants tout est possible… et à chaque combinaison sa protection. Dans le vertige d’une rencontre, ou rendu insouciant sous influence, on oublie parfois (trop souvent) de se protéger. Parce que l'on n'ose pas parler IST (infections sexuellement transmissibles) à son ou sa partenaire, parce que l'on pense que le VIH ne nous concerne pas, ne nous atteindra pas, et que de toute façon on n’en meurt plus... Seulement voilà, les IST existent, le sida a 30 ans et le vaccin n'est pas encore pour demain. « Le sida concerne tout le monde », rappelle Yamina Benguigui, adjointe au maire de Paris, chargée des droits de l'homme et de la lutte contre les discriminations. Il faut donc veiller à ce que tout le monde se sache concerné et soit informé sans préjugés. Majoritaires ou minoritaires, de toutes origines et orientations sexuelles… Sillonnez ces pages, de Toulouse à Bruxelles, de Paris à Sydney, pour trouver des informations, des contacts utiles et réponses aux questions qu’on n’ose pas toujours poser. Pour ne pas oublier que se protéger est essentiel, ni céder à la banalisation d'une maladie qui reste inguérissable. Après tout, l'amour, le plaisir, le sexe, ça n'a rien de banal.

Relations presse : redaction@respectmag.com

Louise Bartlett, Bénédicte Mathieu

Abonnements : Philippe Morlhon, France Hennique abonnements@respectmag.com - 04 96 11 05 89 Commission paritaire : 0711 G 844 88. ISSN : 1763-5829. Dépôt légal à parution. Imprimé en France par Centre Impression, 11, rue Marthe-Dutheil, 87220 Feytiat. Tous droits de reproduction réservés. Les articles publiés n’engagent que leurs auteurs.

Délégation générale Groupe SOS  102, rue Amelot, 75011 Paris Tél. : 01 58 30 55 55 - Fax : 01 58 30 55 79 www.groupe-sos.org Le Groupe SOS est un groupe d’entrepreneuriat social qui développe des solutions conjuguant utilité sociale et efficacité économique. Créé il y a 27 ans, il compte aujourd’hui près de 4 000 salariés au sein de 220 établissements et services présents en France métropolitaine, en Guyane et à Mayotte. Ses 37 entreprises sociales (associations, sociétés commerciales, coopératives) sont investies dans les secteurs de la santé, du social, de l’éducation, de l’insertion, de la presse, de la solidarité internationale, du développement durable et de la finance solidaire.

Respect, le mag urbain, social et métissé

Chaque trimestre, depuis huit ans. Journalistes, étudiants, artistes, entrepreneurs, historiens, enseignants… Une équipe issue de tous les milieux, de toutes les origines, fédérée par un projet et des valeurs communes : échapper aux clichés, décloisonner, donner corps au vivre-ensemble. Regard ouvert, ton percutant. Cultures, emploi, citoyenneté, politique, religions… Respect mag aborde l’actu sous le prisme de la diversité. Et porte la voix d’une jeunesse actrice de sa propre vie, d’une histoire collective, d’un monde en mouvement. Résolument urbain, social et métissé ! En kiosque et sur abonnement www.respectmag.com

Hors série Respect mag, novembre 2011 en partenariat avec :

Le Journal du sida

Avec le soutien de :

Remerciements particuliers à Bariza Khiari, sénatrice de Paris et à Yamina Benguigui, adjointe au maire de Paris, chargée des Droits de l'Homme et de la Lutte contre les discriminations.

Professionnels du secteur médical et social, chercheurs, sociologues, personnes atteintes et leurs proches… Depuis 23 ans, Le Journal du sida aborde les multiples aspects et enjeux du VIH/sida et des hépatites : scientifiques, humains, politiques, juridiques, commerciaux, associatifs, internationaux… Un trimestriel d’information, de débat et d’analyse fondé par l’association Arcat, soutenu par la Direction générale de la santé, considéré comme un outil de référence. Sur abonnement www.journaldusida.net

D.R.

Directeur de publication : Jean-Marc Borello, jmb@groupe-sos.org

homard payette

Respect mag est une publication trimestrielle éditée par Presscode pour l’association SOS Insertion et Alternatives.

Impression réalisée sur papier PEFC

Respect magazine 80/84 rue de Paris - 93100 Montreuil Courriel : redac@respectmag.com Internet : www.respectmag.com

Sommaire #HORS SERIE aimer sans risque

Paroles de jeunes p.6

Associations étudiantes p.10

48 heures pour réagir p.13

06 Quelles nouvelles de l’amour ?

Parler du sida p.14

Fêtes protégées p.18

La mode s'engage p.21

Information et prévention p.23

06 07

Comment inviter le préservatif à ses relations amoureuses ? Témoignages Le carré d’as de la prévention

08

LE SIDA / LES IST

08 09

Le sida de A à Z Infections sexuellement transmissibles : la fin des maladies « honteuses » ?

10

ça se passe à la fac

10 11

Associations étudiantes : expliquer, éduquer, accompagner sur les IST et le VIH Sur le Net : la capote, c'est tout sauf virtuel

12

dépistage

12 13 13

Savoir : pourquoi se faire dépister est in-dis-pen-sable 48 heures pour réagir : le traitement post-exposition (TPE) Vrai ou faux : testez vos connaissances

14

minorités

14

Associations : prévention à la carte

16

S'informer

16 16 16 17 17

Planning familial : c'est pas une affaire de grand-mère Marche des salopes : touche pas à ma minijupe Histoire : nos ancètres les manchons Exposition : Sex in The City à Paris Clito, mode d'emploi

18

ALCOOL & DROGUEs

18

La fête, sans les risques

20

ici et ailleurs

20 21 21

La prévention autour du monde La mode s'engage Le sexe en plusieurs langues

22

prévention dans les médias

22 23

Les slogans dans l'Histoire Cybercrips : 10 ans et toutes ses capotes

24

égalité

24 24

Interview de Yamina Benguigui, adjointe au maire de Paris Tag le mouton : une asso pour les ados séropos

25

QUIZ

26

Contacts utiles

de l’amour ? QUELLEs nouvelles

témoignages

Quelles nouvelles de l’amour ?

Florent, 26 ans, ingénieur en bâtiment La première fois que j’ai embrassé une fille, j’avais 17 ans, cela faisait deux ans que j’étais amoureux. Au début, on est un peu gauche, on n’ose pas trop ou on tombe amoureux de ses amies parce que ça a l’air plus simple. Quand on est ado, j’ai l’impression qu’on a des idées fausses, comme si on oubliait les choses basiques qui font l’amour : les émotions, le flirt. La prévention, on en parlait dans ma famille, je suis de la génération capote, c’est pour moi un geste « inné ». Je ne considère pas difficile de la mettre, même s’il y a un côté qui casse un peu l’érotisme, mais on peut s’amuser de tout, y compris d’une capote au moment de passer à l’acte amoureux !

Marine 21 ans, étudiante J’ai d’abord eu des relations sexuelles avec des garçons avant de me rendre compte que j’étais homo. Il y a quelque temps, j’ai retrouvé des lettres qui le montraient clairement, bien avant que j’en ai conscience ! Je suis tombée amoureuse à 18 ans, ça a été une grande révélation. Je pense que c’est ma plus belle histoire d’amour parce que c’était la première, le début d’une vie. Aujourd’hui, je suis célibataire. Je me souviens du premier baiser. Nous étions timides. A 18 ans, nous

Comment inviter le préservatif à ses relations amoureuses ? La démarche qui posait problème il y a 25 ans est-elle devenue machinale pour la génération d’après la découverte du virus ? Paroles de jeunes sentimentaux.

darnel lindor

David, 24 ans, journaliste La première fois que l’on sort avec une fille, ce n’est pas si évident que ça. J’avais des connaissances théoriques sur le sujet, mais ce n’est pas facile de se retrouver nu. J’ai fait le test à 16 ans, c’était un gage d’amour. J’ai été en couple plusieurs fois mais en ce moment, je suis célibataire. Je ne me protège pas car j’ai tendance à me dire que je ne risque pas grand-chose parce que je sors avec des gens que je connais. Je sais qu’il y a le VIH, d’autres maladies, et je sais que je n’ai pas un comportement très responsable. C’est moins un principe qu’une légèreté, je n’ai pas envie de réfléchir aux conséquences. J’ai fait le test

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D.R.

deux ou trois fois. Parmi mes amis masculins, mon comportement n’est pas du tout isolé.

Anthony, 25 ans, musicien-animateur J’ai entendu parler de prévention pour la première fois à la télévision, j’avais 10 ou 12 ans. Nous, nous sommes nés avec la capote ! C’est notre génération. Ils vont finir par nous la greffer ! Dans mes relations amoureuses, je suis un sentimental. J’ai besoin de me sentir bien avec une fille, c’est une question de respect, ça fait monter le désir de prendre son temps, ça chauffe. Coucher dès le premier soir, ça réduit à un acte de consommation, ce n’est pas mon truc. Je me protège. Avec mon ex, nous étions allés faire le test. Mettre une capote, c’est contraignant, mais il faut le faire.

ne comprenions pas tout. Au lieu de lui dire au revoir, je lui ai sauté dessus ! La prévention ? J’y ai veillé quand j’avais des copains. Je savais ce qu’il fallait faire, j’y pensais, mais quand j’ai découvert mon homosexualité, plus du tout. Je sais, c’est mal. Je veillais à l’hygiène mais pas plus, puis j’ai compris qu’il fallait tenir compte du VIH mais aussi des IST (infections sexuellement transmissibles, NDLR), alors je fais attention. Sylvain, 25 ans, ingénieur en travaux publics La première fois, j’avais 19 ans. Ça s’est bien passé. C’est plus étonnant qu’impressionnant. Je me suis rendu compte qu’il y avait plein de façons de faire l’amour entre garçons. J’utilise le préservatif s’il y a sodomie, la question ne se pose même pas, mais pas dans les rapports bucco-génitaux, on m’a dit que le risque était faible. Je suis célibataire, je n’ai jamais vécu avec quelqu’un mais j’en

ai très envie : j’ai l’image de la famille, de la maison, du jardin, c’est un cliché ! L’amour pour moi, c’est la cerise sur le gâteau. Ce n’est pas l’alpha et l’omega du bonheur mais quelque chose qui y contribue. Clémence, 22 ans, étudiante Je sors d’une période de célibat, c’est bizarre de se remettre en couple, de se réhabituer à la vie à deux ! Ça m’est clairement tombé dessus. On s’est rencontrées lors d’une soirée à la rentrée, nous nous sommes embrassées le lendemain. Nous nous sommes vraiment trouvées. La prévention, on en parle tout le temps. Bon, je suis dans une association étudiante, le West Up, à Brest, donc je suis très au courant de ça. Nous avons utilisé des Fémidon (préservatifs féminins, NDLR), des digues dentaires et nous allons faire le test de dépistage. Nous savons que nous sommes séronégatives mais nous ne savons pas pour

LGBTI LGBT, c’est l’acronyme de lesbiennes, gays, bisexuels et trans. Lesbiennes : femmes affectivement et/ou sexuellement attirées par des femmes. Gays : hommes affectivement et/ou sexuellement attirés par des hommes. Bisexuel(le)s : personnes affectivement attirées par des hommes et des femmes. Trans' : personnes qui ont le sentiment de ne pas être nées dans le bon corps, par exemple dans un corps masculin alors qu’elles se sentent femme. Depuis quelques années, le sigle LGBT est de plus en plus suivi d'un I pour intersexe ou intersexué.

les autres IST… Et puis, c’est bien d’aller faire cette visite pour s’informer aussi.

Pierrick, 25 ans, ingénieur agronome Je suis amoureux depuis deux semaines : chaque fois que je la vois, c’est du pur bonheur. J’ai été en couple pendant deux ans et demi et auparavant, j’avais vraiment des problèmes d’estime personnelle. Difficile de me regarder dans le miroir le matin. J’avais vraiment beaucoup de mal avec les filles. Quand j’étais amoureux, ça me stressait puisque je ne savais pas comment faire comprendre mes sentiments et bilan, je ne faisais rien. Je continuais en mode ami. Ça me désolait, mais j’avais trop peur de me prendre un râteau. Puis, j’ai gagné en assurance. Sans me trouver beau, je me plais, et maintenant je n’hésite plus à aborder des nanas. Mais j’aime que les choses prennent leur temps, c’est le charme du flirt. Pour mettre le préservatif, je ne fais rien de spécial : j’ouvre le paquet et faisant attention de ne pas le déchirer, et je le mets sur le sexe en érection juste avant l’acte. C’est pas original, mais c’est efficace. Et j’utilise du gel à base d’eau au cas où. J’ai déjà fait le test de dépistage VIH et celui des hépatites (je suis tatoué) lors de mon histoire précédente. Je le fais quand la relation devient sérieuse et que, moi comme ma partenaire, nous n’avons plus envie de mettre un préservatif. Propos recueillis par Bénédicte Mathieu

Le carrE d’as de la prEvention Le préservatif Un emballage généralement carré recèle la capote qu’il faut

délicatement dérouler le moment venu pour une pénétration ou une fellation. Le plus souvent en latex, le préservatif existe dans d’autres matières pour les allergiques. C’est comme un vêtement : il y en a de tailles, de formes et de longueurs différentes, de toutes les couleurs, à plusieurs parfums, pour toutes les occasions ou toutes les humeurs. Il peut être masculin ou féminin – on l’appelle alors le Fémidon. Le préservatif peut aussi protéger un sextoy. On recommande d’utiliser uniquement des produits aux normes européennes, siglés de la marque CE ou EN 600.

Le gel Parce que l’humidité vaginale ne suffit pas toujours, pour éviter les frottements et en cas de pénétration anale, le gel et le préservatif, c’est le duo gagnant. Pas n’importe quel gel. Il doit être à base d’eau. À défaut, il ne faut pas utiliser n’importe quoi (le beurre dans le réfrigérateur par exemple…), les lubrifiants « sauvages » fragilisent le préservatif.

La digue dentaire Cette bande de latex est utilisée pour le cunnilingus ou l’anulingus. En clair, les rapports bouche/sexe ou bouche/anus. Le gant Dans certains jeux sexuels, il est là pour protéger entièrement la main. On ne prend pas les gants dans le placard sous le lavabo, plutôt des gants médicaux en latex ou autres matières. Il convient de les acheter à la taille de sa main. RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011 7

LE SIDA / LES IST

lexique

le sida de a a z Aids (ou sida en français) Acquired Immune Deficiency Syndrome en anglais. En français, syndrome de l’immunodéficience acquise. Le sida est l’ensemble des pathologies qui surviennent lorsque le corps ne peut plus se défendre contre les attaques du virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Le VIH détruit des cellules du système immunitaire, qui défendent le corps. Sans protection, le corps est très vulnérable aux maladies dites opportunistes comme la pneumonie, la tuberculose ou des cancers. Ce sont elles qui entraînent la maladie, voire le décès. Associations Depuis le début de l’épidémie, de nombreuses associations ont vu le jour pour promouvoir la prévention et aider les personnes infectées ou leurs proches. En France il y a parmi elles, Arcat, Aides, Act up, le Sidaction, Dessine-moi un mouton, Solidarité sida, Sida info service et de nombreuses associations en régions. Antirétroviraux Ces médicaments font baisser la charge virale dans l’organisme et permettent de limiter la progression du VIH. Ils ne guérissent pas du sida. Epidémie D’abord considérée comme une épidémie, la propagation du sida a très vite été appelée pandémie : elle touche aujourd’hui la planète entière. Prix Nobel En 2008, le prix Nobel de médecine récompense Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier

pour leur découverte du VIH en 1983. Ils l’ont partagé avec un chercheur allemand, Harald zur Hausen, pour sa découverte du papillomavirus humain. Séropositif Personne dont la sérologie est positive au VIH, ce qui signifie la présence d’anticorps au VIH dans le sang. On peut être séropositif sans le savoir. Pour éviter de transmettre le virus à son tour et commencer au plus tôt un traitement, il faut se faire dépister. Trithérapie Combinaison de trois molécules qui permettent de ralentir la progression du virus dans l’organisme. Les traitements anti-rétroviraux (ARV) ont évolué et en fonction des cas, on peut également être traité par bithérapie (deux molécules). VIH Virus de l’immunodéficience humaine. Transmis par le sang, le sperme, les sécrétions vaginales ou le lait maternel, ce virus est à l’origine du sida. On en compte en fait deux : le VIH 1 et le VIH 2, qui sont très difficiles à contrôler car ils se modifient en permanence. Entre partenaires sexuels séropositifs, il faut également protéger ses rapports car l’un pourrait être contaminé par le VIH de l’autre, plus agressif, et surtout risquer une co-infection avec une autre IST (majoritairement hépatite C, papillomavirus et syphilis). Zéro Qui est le premier à avoir transmis le VIH ? En médecine, cela s’appelle le patient zéro et son identification permet de dater et localiser l’origine d’un virus. Mais les chercheurs ne sont pas d’accord sur celui-ci. L’épidémie du sida, elle, a été repérée à la fin des années 1970, début 1980, avec l’observation aux États-Unis d’homosexuels malades affaiblis par un système immunitaire véritablement démoli. Le sida a d’ailleurs été appelé cancer gay, avant que l’on se rende compte qu’il touchait toutes les populations.

8 RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011

L’origine du ruban rouge C’est le symbole de la lutte contre le sida. Le ruban rouge a été créé en 1991 par Franck Moore. L’artiste voulait célébrer la mémoire des dizaines de milliers de victimes du sida mais imaginait aussi un signe de solidarité dans la lutte contre le VIH. Aux États-Unis, la tradition du ruban provient d’une chanson : She wore a yellow ribbon. Le jaune est arboré par des familles de soldats partis à la guerre. Le rose symbolise la mobilisation contre le cancer du sein.

Le vaccin n'est pas pour demain Les progrès contre le VIH à ce jour sont notables. « L’infection peut être maîtrisée, on peut éviter la transmission du VIH de la mère à son enfant et il existe des combinaisons de traitements moins contraignantes pour les personnes contaminées par le VIH », cite par exemple Christophe Martet, ancien président d’Act up-Paris, cofondateur du site d’information yagg.com. Mais il n’existe pas encore de vaccin. Codécouvreuse du VIH et Prix Nobel, Françoise Barré-Sinoussi souligne qu’il y a eu ces deux dernières années, « des résultats prometteurs en recherche vaccinale, comme la découverte d’anticorps protecteurs qui empêcheraient l’acquisition du virus chez des sujets exposés, ou encore l’identification de mécanismes de protection contre la propagation de l’infection dans l’organisme », mais « la bonne piste n’a pas été encore trouvée », explique Christophe Martet. Et « les séropositifs restent séropositifs. C’est une perte de liberté avec un traitement à vie ou pour voyager, par exemple (lire page 20). Par plein d’aspects, petits et grands, être séropositif est contraignant, très compliqué ».

sous le coude, il faut penser à se faire dépister. Les IST, longtemps considérées comme des « maladies honteuses », portent encore ce fardeau : « Ce ne sont pas les maladies qui sont honteuses, c’est le sexe qui reste honteux dans nos sociétés, précise le docteur Ohayon. La présence d’une IST engendre le doute sur la fidélité du partenaire, alors qu’elle n’est pas forcément en jeu. En fait, c’est comme si nous attribuions un sens moral à des bactéries ou à des virus. C’est leur reconnaître un caractère qu’ils n’ont pas ». Bénédicte Mathieu  Plus d'infos : www.le190.fr

IST

Chiffres

La fin des maladies « honteuses » ?

Dans le monde

33,3 millions de personnes vivent avec le VIH, dont 820 000 en Europe.

À cause de la gravité du VIH, on a tendance à les négliger. Pourtant, les autres IST peuvent entraîner une fragilisation de l’organisme face au sida. Le bon réflexe ? Consulter un médecin. Toujours.

N

os grands-parents les appelaient maladies vénériennes, on les nomme aujourd’hui IST : infections sexuellement transmissibles. Le VIH bien sûr, mais aussi les hépatites B et C, la syphilis, la blennorragie, la gonococcie, l’infection à chlamydia et l’herpès génital, dont certaines peuvent entraîner la stérilité si elles ne sont pas traitées rapidement. Le papillomavirus, s’il n’est pas détecté à temps, peut évoluer en cancer du col de l’utérus. Toutes ne provoquent pas des symptômes (lire ci-dessous), mais une IST peut fragiliser l’organisme et accroît donc le risque de contamination au VIH en cas de rapport non-protégé.

Des traitements efficaces « Le plus important est de comprendre que, si les IST existent, c’est forcément parce que

quelqu’un en a une et ne le sait pas », explique le Dr Michel Ohayon, directeur du 190, centre de santé sexuelle à Paris. Quelle stratégie adopter ? Protection, dépistage et traitement. « Celle que nous proposons au centre, est un peu “à l’ancienne” et semble assez efficace, poursuit le médecin. Il s’agit de dépister largement, de soigner tout ce qu’on trouve et, surtout, de traiter systématiquement les partenaires ». En cas de contrôle positif, « la plupart des traitements ne sont pas contraignants, indique le médecin. Une injection unique pour une gonococcie ; il en faut une à trois pour la syphilis. Une chlamydiose génitale, c’est souvent quatre comprimés en une seule prise. Évidemment, un cancer du col de l’utérus, c’est plus compliqué, mais avec un frottis régulier, ce n’est pas censé arriver. » Il existe un vaccin contre l’hépatite B et le papillomavirus mais, même avec ces armes

Ça vous chatouille ou ça vous gratouille ? Démangeaisons, écoulement au niveau du sexe, apparitions de trucs bizarres sur la peau ou les muqueuses, une IST peut se manifester de nombreuses façons : « Dès qu’on a un symptôme sexuel ou qu’on pense, à tort ou à raison, que c’est en lien avec sa sexualité, il faut voir immédiatement un médecin généraliste », indique le docteur Michel Ohayon. Il ne faut pas attendre pour voir si ça passe car beaucoup de symptômes sont fugaces et disparaissent sans qu’il y ait pour autant guérison. « Attention, rappelle le médecin, le "spécialiste" des IST, dont le généraliste peut avoir besoin dans certains cas (généralement minoritaires), c’est le dermatologue ». Et comme certaines affections ne provoquent aucun symptôme, il convient de se protéger et de faire régulièrement un bilan comprenant le dépistage des IST.

2,6 millions de nouveaux cas sont relevés chaque année dont 370 000 enfants de moins de 15 ans.* 25 millions de personnes sont mortes du sida en 30 ans. 41 % de ces nouveaux cas d’infection chez les personnes de plus de 15 ans concernent des jeunes de 15 ans à 24 ans en 2009, selon le rapport Opportunity in Crisis*. Environ 5 millions de jeunes dans cette tranche d’âge vivaient avec le VIH en 2009. Environ 2 millions d’adolescents, entre 10 et 19 ans vivent avec le VIH. La majorité d’entre eux vit en Afrique subsaharienne. Le rapport indique qu’il s’agit surtout de femmes dont la plupart ne savent pas qu’elles sont porteuses du VIH. A l’échelle mondiale, les jeunes femmes représentent plus de 60 % des jeunes vivant avec le VIH. 25 millions de personnes sont mortes du sida en 30 ans. En France

152 000 personnes vivent avec le VIH dont environ 50 000 ne connaissent pas leur infection. 6 700 cas de séropositivité par an, soit un peu plus de 18 par jour depuis le début de l’épidémie. 46 000 décès dus au sida depuis le début de la pandémie. 60 % des personnes ont été contaminées lors de rapports hétérosexuels, 37 % lors de rapports homosexuels. Chiffres 2009. Sources : * unaids.org ; sida-infoservice.org ; ** Opportunity in Crisis, rapport publié par publié par l’Unicef, l'Onusida, l’Unesco, l'UNFPA, l’OIT, l’OMS et la Banque mondiale.

RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011 9

ça se passe à la fac

Prévention

Retour A l’essentiel La Fédération des associations générales étudiantes s’appuie sur des messages simples pour remotiver les étudiants afin qu'ils utilisent des préservatifs. Déjà entendu l’expression « La vie c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber » ? La Fage (Fédération des associations générales étudiantes) l’a adaptée pour le VIH et les IST avec l’affiche (ci-dessous) « Un rapport sexuel non protégé,

c’est comme une boîte de chocolats… » « C’est un slogan qui parle, explique Pènda Bourrié, coordinatrice des projets. Nous avons tous le souvenir d’un chocolat pris au hasard et dont le contenu surprend dans le mauvais ou le bon sens ». Née en 2008, cette campa-

gne est plus que jamais d’actualité : « Il faut rester ludique, aller pas à pas. Nous avons constaté que les IST reviennent en force chez les jeunes et que VIH et sida font moins peur, poursuit Pènda Bourrié. Nous entendons trop souvent que le préservatif coupe les effets, et des étudiants qui se disent allergiques au latex. Aujourd’hui, nous sommes obligés de revenir à des messages plus simples, plus terre à terre, pour rendre la capote plus séduisante et ramener les étudiants à la réalité. Il faut rappeler qu’être séropositif, c’est prendre des médicaments pour rester en vie. Il y a aussi des IST graves. Nous parlons de maladies qui peuvent durer toute la vie. » L’idée de base consiste à responsabiliser. La Fage forme ainsi des étudiants qui iront parler à leurs pairs dans les facs : « Les messages sont souvent mieux acceptés quand ils sont transmis par les étudiants eux-mêmes », indique la coordinatrice. La fédération s’est dotée d’un nouvel outil pour la prévention : une variation sur la boîte de chocolats, reproduite sur une bâche de 2 m x 2. On peut jouer à deux, jusqu’à douze, en répondant à des questions fermées ou ouvertes pour susciter le débat. Ici encore, la parole est essentielle. Bénédicte Mathieu

Ci-dessous : Cette campagne est l’une des nombreuses campagnes de la fédération qui travaille beaucoup sur la prévention avec l’aide des mutuelles étudiantes, de l’Inpes et des nombreuses associations étudiantes dans toute la France.

Toulouse

Futurs médecins en action sur les campus, les étudiants proposent « Questions pour une capote » à la mode Questions pour un champion… avec un vrai buzzer et en cadeau, des préservatifs, des cartes pour aller dans un centre de dépistage. L’association organise aussi un jeu de l’oie géant autour du VIH. « Les étudiants sont curieux, ils ressortent en disant qu’ils ont appris des choses, poursuit Justine Géraud. Nous pensions que les préjugés avaient disparu, par exemple que la pilule protège du VIH. Ce n’est pas encore le cas. » B.M. FAGE

Des années à bûcher sur le corps humain et comment le soigner, cela doit sensibiliser à la prévention. L’Association corporative des étudiants en médecine de Toulouse (Acemt) est sur le terrain toute l’année pour expliquer, éduquer, accompagner sur l’alcool, la prévention routière, les IST et le VIH… Après la Journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre, il y a « une piqûre de rappel à la Saint-Valentin », explique Justine Géraud, vice-présidente chargée de la santé publique à l’Acemt. Le 14 février,

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Sur le Net

La capote

c’est tout sauf virtuel

Fans de messages décalés, geeks inavoués, vous êtes la cible privilégiée des tentatives parfois ratées, souvent osées, des sites interactifs et pleins d’astuces pour vous convertir à la sainte capote. Enfin… surtout si vous êtes gay. Fun

Marie-Françoise, résidant à Condom dans le Gers, initie son bichon de fils à l’usage du préservatif. Snob à souhait, très 3e degré, elle se met en scène dans des vidéos interactives, où les jeunes peuvent tester leurs connaissances sur le préso. Le « Fun vidéo quiz », au ton résolument ludique, était dévoilé le 24 octobre dernier. www.gayvox.fr/dossiers/4581/funvideo-quiz-le-preservatif-et-modesde-transmission.html

Version belge

La plateforme belge Prévention sida a lancé cet été une campagne : « Le préservatif. Parlezen comme vous voulez, mais parlez-en », pour banaliser l’usage du capuchon en latex. Après avoir répondu à un quiz sur la relation au caoutchouc, chacun peut créer son propre message préventif, autour de lapins très hot. www.capote.preventionsida.org

Prends-moi !

Prends-moi explore la variété de la sexualité gay. L’ambition est de « répondre à des questions et en poser d’autres sur le sexe et l’amour entre hommes, interroger les mécanismes sociaux et psychologiques des sexualités gays, et surtout aider à se protéger contre le VIH et les IST. » C’est beau, un artiste étant convié à la maquette, et c’est sérieux : experts, journalistes, auteurs issus de la communauté y collaborent. Bonus : des jeux, des vidéos, un calendrier du dépistage en version application Smartphone. www.prends-moi.fr

Jeunes beurs

Le Sneg (Syndicat national des entreprises gay) a développé avec le site de rencontres gay Citébeur une série de vidéos abordant la négociation du préservatif, la difficulté de parler de la séropositivité, la relation au porno, au sperme, etc. Les aventures de Boris et Nadir comptent aujourd’hui neuf épisodes, bruts de décoffrage. www.borisetnadir.com/fr/index.php

Girls

Pour la première fois en 2010, une campagne de prévention des IST ciblait les filles. « Comment ça va les filles ? » réalisée par Yagg en partenariat avec l’Inpes, propose des vidéos mêlant humour et expertise, des articles, offre la possibilité de réagir sur les forums, de participer à des chats. Sans oublier un tas de liens pertinents. Quant à la campagne « Sexe, prévention et vidéos » lancée à l’occasion du 1er décembre 2010, elle est toujours en ligne : un ton résolument humoristique pour aborder les sextoys, la protection dans le couple et des pratiques sexuelles… explicites. www.commentcavalesfilles.yagg.com http://tv.yagg.com/category/sante/ sexe-prevention-et-videos

Classique

Act up, le Sneg, le Kiosque info sida et Sida info service ont planché pour offrir en un seul endroit une foule d’informations sur la santé sexuelle des gays. Prévention, pratiques sexuelles, dépistage et traitement post-exposition (TPE) sont présentés de façon quasi clinique. www.gay-sex-prev.fr

Digital Death L’idée est venue d’Alicia Keys avec sa fondation Keep A Child Alive. Le 1er décembre 2010, Journée mondiale de lutte contre le sida, la chanteuse s’est proclamée « virtuellement morte », stoppant toute communication sur Internet : plus de tweets mais aussi silence total sur les autres réseaux sociaux. Avec elle, Justin Timberlake, Lady Gaga, Usher ou encore Serena Williams ont annoncé leur mort dans une vidéo punchy et humoristique. Comment les faire revenir ? Racheter leurs vies pour un million de dollars destiné à la lutte contre le sida en Afrique et en Inde. En quelques jours, les fans ont donné 500 000 dollars, un milliardaire américain a apporté l’autre moitié. Alicia et ses amis ont gazouillé à nouveau. www.buylife.org

B.M.

Ensemble, c'est mieux Incontournable

Parce que la sexualité est un domaine sensible et que chacun a sa manière de l’envisager et de la vivre, l’Inpes a créé « On s'exprime » dédié aux jeunes avec « beaucoup de bonnes questions, mais pas de réponses uniques ». Ce site apporte des réponses, propose une Web TV bien fournie, un espace de jeu et quiz. Il permet également à chacun de témoigner sur sa première fois et ses relations. www.onsexprime.fr

Les réseaux sociaux sont aussi au tempo de la pandémie. Parmi les récentes initiatives, celle de l’Onusida qui a lancé en octobre 2011, le site crowdoutaids.org. Le principe ? Aller là où se trouvent de nombreux jeunes dans le monde, sur twitter ou sur Facebook. Partage d’informations, récits du quotidien autour de la prévention, du VIH. L’objectif ? Concrétiser les discussions en actions collectives. Accessible en français, anglais, espagnol, russe et chinois. www.crowdoutaids.org

Christelle Destombes

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dépistage

savoir

se faire DEpister c'est in-dis-pen-sable ! En France, 50 000 personnes vivent avec le virus du sida sans le savoir. Et vous ? Pour être fixé, faites un dépistage au plus tôt. Le meilleur moyen d’être soigné efficacement et de protéger les autres. Une inquiétude après un rapport sexuel à risque ? Une incertitude sur ta sérologie ? Pas d’hésitation ! Autant être fixé et faire le test pour le VIH. « Se faire dépister tôt, c’est être pris en charge rapidement s’il y a eu contamination, souligne Coraline Delebarre, coordinatriceformatrice au Kiosque info sida toxicomanie à Paris. Aujourd’hui, grâce aux traitements, on peut stopper rapidement la progression du virus et le rendre indétectable dans le sang. Cela veut dire moins de risque de développer la maladie et moins de risque de contaminer l’autre. Le dépistage est donc une composante essentielle de la prévention. » Tous les progrès en matière de traitement et de prévention ne servent donc à rien, si on ne se fait pas dépister. Les autorités de santé l’ont bien compris et depuis un an, elles souhaitent généraliser le dépistage à toute la population française âgée de 15 à 70 ans. Mais sans obligation. Il s’agit surtout de rattraper un retard de dépistage. Un tiers des personnes nouvellement contaminées ignore qu’elles le sont. Notamment les jeunes. Les précédentes campagnes d’incitation au dépistage s’adressaient essentiellement à des communautés ou publics spécifiques, comme les gays, les migrants et les usagers de drogues injectables. « Du coup, les jeunes ne faisant pas partie de ces populations ne se sentaient pas concernés par le dé-

pistage, déplore Coraline Delebarre. Or, même si la plupart savent qu’on peut s’infecter dès le premier rapport non protégé, certains continuent d’avoir des conduites à risques en se disant que ça ne peut pas leur arriver. » Et puis, certains flippent de le savoir. Alors,

Le test, mode d’emploi Comment ? Le test s’effectue par prélèvement sanguin. Sans ordonnance dans un Centre de dépistage anonyme et gratuit (CDAG, voir site page infos pratiques) ou dans un centre d’information, de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles (Ciddist). Avec ordonnance dans un laboratoire d’analyses médicales. Quand ? Dès le 15e jour après une prise de risque. Si le résultat est négatif, il faudra recommencer six semaines après le rapport car un mois et demi, c’est le laps de temps parfois nécessaire pour que le virus soit détectable dans le sang. Les résultats sont disponibles environ une semaine après. Dans l'attente du résultat, protéger tous les rapports. Il est également possible de réaliser un dépistage rapide du VIH, et obtenir le résultat dans la demi-heure

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ils n’osent pas faire le test. « Il faut désacraliser le dépistage, insiste Coraline. Et faire admettre que se faire dépister, c’est comme aller chez son docteur ou son/sa gynéco. C’est important pour prendre soin de soi et des autres. »  Olivier Donnars

qui suit le prélèvement. Attention : pour être fiable, ce test rapide doit être effectué trois mois après la prise de risque. Pas la peine d'être à jeun pour faire le test.

Où ? À Paris, les hommes majeurs ayant

eu des relations avec des hommes peuvent s’adresser à deux points de dépistage du VIH. Le centre médico-social du Figuier, dans le 4e arrondissement, propose un test rapide d’orientation diagnostique (Trod) sur rendez-vous téléphonique, gratuit et confidentiel (on peut donner un pseudo). Non loin de là, le Kiosque info sida a son Checkpoint, dispositif de dépistage rapide gratuit et confidentiel, encadré par une équipe de médecins et de psychologues à l’écoute qui pourront ensuite conseiller et orienter selon les besoins. Il faudra ensuite attendre trois mois pour obtenir un test fiable.

wwww.sida-info-service.org ou 0800 840 800

traitement post-exposition

48 heures pour reagir

Après l’extase, la crise d’angoisse… La capote s’est déchirée ! Ou, dans l’excitation, j’ai oublié d’en mettre avec un(e) partenaire que je connais à peine ou qui est séropositif(ve) ! Vite, le temps presse !

Vrai ou faux ? Je l’ai embrassé(e), j’ai mis la langue, je peux attraper le sida. FAUX. Il n’y a pas de risque d’être contaminé par le VIH par un baiser, avec ou sans la langue. On n’attrape pas non plus le VIH en buvant dans le verre, en serrant la main ou en utilisant les mêmes toilettes qu’un séropositif. Ni s’il tousse ou éternue. Il n’y a aucune chance d’attraper le VIH avec une fellation ou un cunnilingus. FAUX. Le virus pénètre dans l’organisme par le biais d’une muqueuse (bouche, vagin, vulve, anus, gland) lors des rapports non protégés si ces zones sont exposées. Avec ou sans éjaculation, les rapports bouche/sexe comportent un risque. Les gels et les spermicides protègent du VIH. FAUX. Le gel permet un meilleur confort lors de la pénétration et donc un contact moins rugueux (abrasif), le spermicide empêche de tomber enceinte, mais aucun des deux n’est une barrière anti-VIH ou IST (infections sexuellement transmissibles).

On peut réduire les dégâts en se précipitant aux urgences ou dans le service des maladies infectieuses d’un hôpital pour prendre un traitement gratuit. Au mieux, y aller dans les quatre heures, mais pas au-delà de deux jours. Car plus on prendra ce traitement post-exposition (TPE) rapidement, plus vite on empêchera le VIH de se multiplier et de nous contaminer. Mais attention aux croyances et aux fantasmes ! « Ce n’est ni un vaccin, ni une pilule du lendemain, ni même une pilule miracle, précise-t-on auKiosque info sida toxicomanie à Paris. Car si le TPE réduit le risque de contamination, il ne l’élimine pas complètement. » Mineurs, l’accord de vos parents n’est pas nécessaire. Le médecin à l’hosto évaluera le risque pris et si cela justifie la prise d’antiré-

troviraux pendant un mois. Quinze jours puis un mois plus tard, nouveaux rendez-vous pour faire un bilan et parler effets secondaires, parfois pas anodins : grande fatigue, vomissements, diarrhées… Puis dépistage, pour s’assurer de son statut sérologique et surveiller que le traitement a bien marché. Ne pas louper le dernier rendez-vous du 2e dépistage deux à trois mois plus tard pour confirmer le résultat négatif. Mais attention ! Ça ne protège pas d’un nouveau risque de contamination. « Le TPE, c’est efficace, ça réduit le risque, mais ça ne remplace pas la capote, prévient Coraline Delebarre. Surtout pour éviter d’autres infections sexuellement transmissibles. »

Une femme séropositive peut transmettre le VIH à son enfant. VRAI. Le virus se transmet par le sang et aussi par le lait maternel. Toutefois, les risques de transmission se réduisent drastiquement si la femme enceinte est sous traitement anti-VIH. La circoncision est une barrière contre le VIH. FAUX. La circoncision peut diminuer les risques mais elle n’est pas une garantie totale contre le VIH. La meilleure protection reste la capote. Il faut protéger ses sex toys avec un préservatif. VRAI. Il faut aussi les nettoyer après utilisation. Un lavement ne suffit pas à se garantir contre le VIH. VRAI. Le lavement n’est qu’un lavement et ne suffit en rien à protéger contre le VIH et les IST.

O.D.

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rités prévention et mino

associations

PrEvention A la carte Comment parler du sida aux jeunes issus des minorités ethniques ? Des militants ont compris l’urgence de mener une prévention plurielle dans des communautés où la sexualité peut être taboue. Enquête. préservatifs comme contraceptif, considérés peu fiables, à une exception : pour prévenir la transmission d’une maladie mortelle en vertu

de l’obligation de protéger la vie. Depuis 25 ans, le Service d’action juive pour l’éducation à la santé (Sajes) propose dans les écoles commu-

Témoignage

« La meilleure prévention est celle qui responsabilise » Les minorités, Ludovic Zahed (à gauche sur la photo près de son compagnon) connaît. Marseillais d’origine algérienne, musulman, homosexuel, il a appris sa séropositivité à 19 ans. « C’était ma toute première relation avec un garçon… Un beau cadeau pour commencer sa vie amoureuse ! Pour certaines mosquées, c’est la punition divine. » Dans certaines familles, l’homosexualité reste une honte. Malgré des déboires avec des proches, Ludovic a voulu assumer ses différences au risque d’une « mort sociale » dit-il. Pour lutter contre l’homophobie et la sérophobie, Ludovic fonde JHS + en 2005. Ressentant un vide spirituel, il renoue avec l’islam et fonde en 2008 le collectif Homosexuels musulmans de France (HM2F) pour agir de l’intérieur. « La religion est importante pour un jeune musulman, mais elle ne parle jamais de sexualité ou de préservatif. Comme la prévention homo ou hétéro, on doit agir sur les représentations, le tout capote ne suffit pas. » Reconnu dans ses combats, Ludovic dérange, mais a su créer de nouvelles passerelles. D. T.

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Dominique Thiéry

En France, 10 % des nouvelles contaminations touchent les 18/25 ans. Une jeunesse multiethnique moins concernée par des messages anti-sida mal adaptés à la diversité culturelle. Depuis 13 ans, Te-Wei Lin est chargée de prévention à l’association Arcat auprès de la diaspora chinoise, très présente à Paris. Elle a appris à éviter les mots qui gênent : « Pour les Chinois, le préservatif, c’est la contraception, pas le VIH. Le sida, on n’en parle pas, c’est la honte. » Te-Wei ne se dégonfle pas. Sur Internet ou à l’association franco-chinoise Pierre Ducerf, elle procède par étapes. « D’abord, je donne des infos sur la couverture médicale, puis sur les moyens contraceptifs, les IST et j’englobe le VIH. » Les réactions sont surprenantes. « Les jeunes rient quand je parle de préservatif, mais ils repartent avec ! L’info commence à passer. » Difficile de s’affranchir d’une éducation qui pousse à trouver un amour pour la vie. « Dans un jeune couple, si l’un parle de protection, ça sous-entend d’autres partenaires et crée un malaise. » La pratique est la loi du silence. Si la loi religieuse juive n’autorise pas davantage la recherche du plaisir sexuel hors mariage, elle désapprouve l’utilisation des

Outre-mer

En Guyane, mosaïque de communautEs La Guyane, au nord du Brésil, est le département le plus touché de France par le sida. Et la région la plus jeune : 45 % des habitants ont moins de 20 ans ! Aucun lien de cause à effet : on constate « un vieillissement des files actives de patients infectés, explique le professeur Mathieu Nacher, président de Corevih à Cayenne. Un tiers des patients a plus de 50 ans. Et tandis qu’en métropole, les hommes sont infectés en majorité, ici ce sont autant les hommes que les femmes. » Avec des communautés et des langues très variées, il est difficile d’émettre un message préventif qui touche l’ensemble de la population. « Portugais, anglais, bushinengué, créole… Les établissements scolaires adaptent le langage selon les élèves », explique Geneviève Euzet, infirmière et conseillère technique auprès du rectorat de Guyane. L’éducation à la santé et la prévention commencent dès le primaire, avec des actions fortes et collectives, notamment le 1er décembre. « C’est LE projet en ce moment : s’adapter à la réalité antilloguyanaise, et répondre à l’hétérogénéité sociale, poursuit Mathieu Nacher. Les

nautaires une « formation à la vie » qui inclut le sida, mais on sépare filles et garçons.

Parler santé plus que sexualité « Pour déjouer les préjugés de certains Maghrébins, il faut d’abord leur parler de souci de santé, dans un climat de confiance, puis aborder la sexualité », note Amina Shabou, de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR). Chaque été, elle lance une campagne d’information sur le VIH destinée aux jeunes partant en vacances dans le pays d’origine de la famille. Histoire de pallier le manque de prévention et de conseils sur la sexualité observés dans la plupart des sociétés musulmanes. Face à ce constat, à la mosquée Adda’wa, porte de la Villette à Paris, le recteur Larbi Kechat soutient chaque année depuis 1994 la prévention des IST, l’accompagnement de personnes séropositives et en 2010, a même organisé un séminaire sur le dépistage sida. Une initiative rare pourtant conforme à la religion musulmane. « L’islam prône la fidélité au couple et le devoir de prévention des maladies car on est comptable, dans l’au-delà, de l’usage qu’on a fait de son corps ici-bas », indique le recteur de la Mos-

recettes de prévention venues de métropole ne sont pas forcément adaptées ici. » Ici, où tout le monde connaît la maladie. En bruit de fond, le 1er décembre, le Sidaction, la journée caribéenne de dépistage, en juin… Marches, théâtre, expositions et activités scolaires… La prévention fonctionne à plein régime. Mais qu’en est-il des pratiques ? Auprès des jeunes, on ne sait que peu de choses. Une grande étude est donc lancée, avec le concours du rectorat, afin d’obtenir une sorte de photographie des connaissances, des attitudes et des pratiques des collégiens et lycéens. Elle paraîtra en 2012. « On pourra discuter, sur du concret, avec les jeunes, des fausses croyances, des comportements à risque, conclut le professeur. Mais en termes de prévention, il faut être humble : on n’est pas dans le même registre, entre l’information rationnelle et le samedi soir chaud bouillant, les deux cerveaux ne se rejoignent pas forcément ! » Entre la connaissance que l’on a du virus et l’usage systématique d’un moyen de protection… d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, il y a parfois un gouffre.

Dorothée Thiénot

quée de Paris. Chez les chrétiens, même son de cloche, ou presque. Deux fois par mois, l’association Alliance contre le sida rencontre des migrants africains dans des foyers de jeunes travailleurs. On encourage fidélité ou abstinence et le préservatif, uniquement si l’envie sexuelle est trop pressante… « Le message est plus dur à faire passer : beaucoup sont analphabètes, sans papiers et ils ont peur de parler du sida, explique Bernard Bassama, le directeur de l’association. Nous leur montrons les dangers du virus avec des brochures aux dessins explicites. Pour ne pas être tenté, il ne faut pas regarder de films pornos. Succomber à ses pulsions peut avoir de graves conséquences. Je suis séropositif depuis dix ans. Mon exemple leur met une réalité sous les yeux. » Mais difficile pour l’arrivant de résister à la tentation d’une prostituée postée près du foyer lorsque sa femme est restée au pays… Pour être efficace, la prévention se veut multiforme. Bernard, également membre de Chrétiens et sida, intervient dans des lycées de banlieue. « On ne doit pas juste être un distributeur de capotes. Il faut discuter, écouter et parler d’amour ! » Le discours préventif doit respecter les croyances individuelles s’il veut

influer dessus. « Le pape a enfin dit que le préservatif était un moindre mal. Je trouve criminel que des associations disent à des jeunes qui ne se protègent pas assez qu’un séropositif est moins contaminant avec une charge virale indétectable. Il reste 4 % de risques », rappelle Bernard Bassama. Pour tous, oublier le sida, c’est courir le risque de rejoindre les 50 000 personnes qui s’ignorent séropositives dans notre pays. Dominique Thiéry

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s'informer planning familial

c’est pas une affaire de grand-mEre Depuis sa création, l’ex « Maternité heureuse » accueille toujours les jeunes en s’adaptant à l’évolution des mentalités. Institution militante et féministe, le Planning familial est né il y a plus de cinquante ans pour revendiquer le droit à l’avortement et l’accès aux moyens de contraception. Aujourd’hui, les femmes peuvent choisir d’avoir ou non des enfants et de vivre une sexualité épanouie, mais le combat n’est pas fini pour autant, car toutes ne s’en saisissent pas. « Les jeunes femmes que nous recevons pour une interruption volontaire de grossesse (IVG) sont mieux informées qu’avant, mais elles sont dans une culpabilité très

contraception et d’avortement, faire un test de grossesse, se mettre à jour sur les infections sexuellement transmissibles et le VIH/ sida, trouver une écoute si l’on est ou a été victime de violences. Le tout, seul à seul avec un professionnel ou avec d’autres jeunes lors de groupes de parole. La prise en charge est gratuite jusqu’à 18 ans, avec des dérogations possibles jusqu’à 20 ans. Au-delà, les consultations sont remboursées par la sécu.

forte. Nous vivons un retour à l’ordre moral et cela nous désole », relate Viviane Devitry, accueillante au Planning du boulevard Masséna, à Paris. Elle et ses collègues répètent inlassablement qu’une IVG peut faire partie des événements de la vie d’une femme, que personne n’est à l’abri d’un oubli de pilule. Ici, pas de jugement ni de solution toute faite : juste l’exigence que chacun, garçons et filles, fasse les choix qui lui conviennent intimement. On peut y venir pour parler désir et vécu amoureux, s’informer sur les moyens de

Laetitia Darmon

Plus d’infos : www.planning-familial.org

Histoire

© Emilie Wood / Collectif Essenci'Elles

Nos ancEtres les manchons

marche des salopes

touche pas A ma minijupe ! Ce n’est pas parce qu’on porte une minijupe que l’on doit se prendre une main aux fesses ou être agressée sexuellement. Voilà le message que veulent faire passer les organisatrices de la première SlutWalk (« Marche des salopes ») en avril 2011, à Toronto. Ce mouvement de protestation a fait suite à des propos d’un policier de la ville. Celui-ci avait déclaré que pour leur sécurité, les femmes ne devaient pas s’habiller comme des sluts. Trois mois plus tard, quelques milliers de femmes ont manifesté à Toronto, certaines arborant des décolletés ou des minijupes. L’idée est d’alerter sur les agressions sexuelles contre les femmes (viols, tentatives de viol) qui restent encore souvent un sujet tabou. Depuis, de nombreuses SlutWalks ont eu lieu à travers le monde à Londres, Paris, Chicago ou Bruxelles. B.M. http://slutwalkfrance.tumblr.com

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10 000 ans, 6 000 ans, 3 000 ans avant notre ère ? La date de l’origine du premier préservatif n’est pas très précise. On sait seulement que son invention remonte à très très longtemps. On en trouve des traces sur des statues de l’Égypte ancienne. Moyen de contraception, protection contre les infections sexuellement transmissibles (IST), le préservatif a, de tout temps, été long, mais avec une variante au Japon ou en Chine : la « capote à gland ». Pour les matières, les inventeurs ont rivalisé d’imagination. Cela donne, dans le désordre : des écailles de tortue, de la soie huilée, du lin, du coton, un morceau d’intestin de mouton ou autres animaux, du cuir… À la fin du xvie siècle, on attribue au médecin italien Gabriele Fallope le premier écrit sur l’avantage du préservatif à protéger contre la syphilis. Au xviiie siècle, la capote aurait fait la joie des libertins comme Casanova. En 1840, le préservatif prend un véritable essor avec l’utilisation d’un caoutchouc vulcanisé, c’est-àdire transformé pour être plus souple. Celui-ci est alors nettoyable et réutilisable, mais attention à la taille choisie car il rétrécit au lavage. Le latex apparaît à la fin du xixe siècle ; au début des années 1960 apparaît le préservatif lubrifié. Aujourd’hui, les capotes (en latex ou non pour les allergiques) en voient de toutes les couleurs et de tous les goûts : aromatisées chocolat, vanille ou fraise, elles sont lisses ou nervurées. Il en existe même des chauffantes et des phosphorescentes ! Bénédicte Mathieu

Exposition

Sex in The City

de Solidays a la Bastille Présente depuis 2004 au festival Solidays, l’exposition Sex in The City s’est installée quelques semaines à Paris. Explications avec Mélanie Hubault, responsable des programmes France à Solidarité sida.

Que présente Sex in The City ? Une exposition sur le plaisir, la sensualité, le sexe et au travers de tous ces thèmes, l’information sur la prévention, le « safe sex ».

Racontez-nous la promenade…

©Lam Le Thanh-DR Solidarité Sida

Toute la première partie traite de sujets en lien avec le sexe : plaisir, masturbation, éjaculation précoce, aphrodisiaques… On passe ensuite dans le Palais des plaisirs qui évoque, entre autres, la diversité des pratiques sexuelles et dans lequel on peut découvrir un bar coquin où sont exposés des sextoys, consulter une madame Irma qui vous tire le tarot Kamasutra, etc. Puis on entre dans la panic room où sont évoquées toutes les « bonnes » raisons de ne pas utiliser de préservatifs et les conséquences que cela entraîne. Enfin l’espace safe sex permet de faire le point sur ses prises de risques et de faire tourner un manège enchanté, celui du Crips (Centre régional d’information et de prévention du sida), avec des pénis de toutes les couleurs sur lesquels on peut enfiler des

À qui vous adressez-vous ?

Aux grands adolescents, aux jeunes adultes. Mais il y a aussi des plus de 30 ans qui viennent chercher des réponses. L’exposition est déconseillée aux moins de 16 ans car elle n’est pas vraiment adaptée aux plus jeunes. Nous abordons les choses sans tabou. Le concept, c’est de déclencher la parole, casser les idées reçues, dialoguer sans jugement, sans moralisation, de la recherche du plaisir. Se sentir valorisé dans ses choix à condition qu’ils respectent l’autre. Le temps moyen de visite est de 45 minutes, c’est beaucoup. Cela veut dire que les gens viennent avec des questions et prennent le temps d’écouter les réponses. Il y a beaucoup de parole dans cette exposition.

Le message de la prévention a-t-il changé depuis 2004 ?

Nous constatons aujourd’hui une banalisation du VIH et des IST. Nous essayons de faire passer un message que chacun puisse s’approprier afin d’imaginer sa propre stratégie de prévention. Nous sommes ambitieux car nous avons des objectifs difficiles. Recueilli par Bénédicte Mathieu

Jusqu’au 4 décembre, place de la Bastille à Paris. Mercredi, samedi et dimanche entre 13h et 20h. Jeudi et vendredi entre 15h et 20h. Entrée gratuite. Du 22 au 24 juin 2012, au festival Solidays.

©Olivier Samyde-DR Solidarité Sida

interview

© Alix Marnat / solidarité sida

préservatifs. Un condensé des attentes sur la sexualité… et la prévention.

Clito

mode d’emploi De l’excitation à l’orgasme, de la géographie d’un sexe féminin aux mots mêlés de Clitorina Vaginovskaïa, voici un manuel pour les lesbiennes, bi « et autres curieuses », annonce la couverture de Tomber la culotte. Le projet, porté par le Kiosque Info Sida et Sida Info Service avec la collaboration de nombreuses associations (SOS Homophobie, Solidarité Sida, l’Association des médecins gays, ou encore le Collectif lesbien lyonnais…) et le soutien de l’Inpes (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé), est un « coup de pouce pour s’affirmer, s’amuser et prendre soin de soi ». Et quel coup de pouce ! Il y a là des explications, des témoignages, de l’humour, on passe de l’éjaculation féminine à une petite histoire des lesbiennes et aux différentes sexualités entre femmes, du bon usage des sex toys à la santé : « Les femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes ne sont pas forcément présentes dans les campagnes de prévention généralistes, constate les équipes du Kiosque info sida et de Sida info service. Elles sont souvent considérées comme ayant une sexualité passive, sans pénétration. » L'objectif de la brochure est de montrer que ce n’est pas forcément le cas, qu’il existe des risques d’IST. Dans cette boîte à outils, on trouve des conseils sur la prévention et de nombreuses informations sur la santé, comment réussir sa consultation chez le généraliste ou le gynécologue, à partir de quel âge et à quel rythme faut-il penser au frottis ou la mammographie. Un carnet de santé permet à chacune de faire le point sur ses rendez-vous. « En concevant cette brochure, précise Coraline Delebarre, nous voulions que les femmes aient une bonne estime d’elles-mêmes, qu’elles prennent soin d’elles et de leurs partenaires ». B.M. Tomber la culotte est disponible en pdf sur www.sida-info-service.org et www.lekiosque.org

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ALCOOL & DROGUEs

Association

Organiser une fete sans risques Vous préparez une soirée ? Une fois sélectionnés la salle, les barmen et les DJ, vous pouvez aussi songer à éviter les accidents, de voiture ou… de prévention. Un site Internet donne des conseils clé en main aux organisateurs : monte tasoiree.com. Douze étapes y sont proposées « pour une fête plus responsable ». Le site indique même des contacts en île-de-France pour pouvoir mener une action de prévention sous les spots – le Crips et le Kiosque, par exemple, peuvent vous aider à agir contre le sida, et même à distribuer des préservatifs gratuits !

Des adresses similaires à travers toute la France devraient bientôt être mises en ligne. L’association Avenir santé, qui a monté le site, peut aussi s’inviter directement dans votre soirée. Elle propose une « prévention par les jeunes, pour les jeunes », grâce à ses 550 bénévoles. Mobilisés dans sept régions*, les volontaires ont tous été formés par des professionnels, et peuvent aider les fêtards à limiter les prises de risques. Y compris face au sida ! Olivier Bonnin * détails sur avenir-sante.com

Risqué

a  votre sante ! Alcool, drogue, mélange des deux… Aux dangers connus du grand public, la communauté scientifique ajoute le risque accru de contamination dû à la consommation de ces substances.

L

e cocktail alcool-ecstasy ? Ivan a déjà essayé, à 23 ans, dans une discothèque : « Je me suis retrouvé dans un coin avec un inconnu, et nous avons eu une relation sans capote. Je ne fais pas ça sans préservatif, normalement ! J’ai trouvé que je m’étais manqué de respect. Et pendant plusieurs mois, j’ai eu très peur de devenir séropo. » Ivan n’a pas été contaminé. D’autres n’ont pas eu cette chance… Les amateurs de boissons le savent, l’alcool fait parfois prendre de gros risques ! Bien sûr, en soirée, à force d’enchaîner les bières et les vodkas, la drague peut sembler plus facile. Mais il reste alors à conserver ses bons réflexes face au sida et autres IST. Des chercheurs ont fait ce calcul : le seul fait de boire avant, ou pendant

un rapport sexuel, fait augmenter de 87 % le risque d’être contaminé par le VIH ! L’alcool a le pouvoir de désinhiber, expliquent les scientifiques. Mais s’il facilite les rencontres, il peut faire ignorer les dangers du sexe non protégé. Et puis, en titubant, poser correctement un préservatif devient compliqué… Enfin, l’abus d’alcool fragilise nos défenses immunitaires : en cas de prise de risque, notre organisme se retrouve plus vulnérable face au VIH*. La boisson n’est d’ailleurs pas la seule drogue en cause. MDMA et ecstasy, par exemple, ont également ce pouvoir de désinhiber, et de faire oublier les protections contre les virus. Quant au GHB, certains l’utilisent comme une « drogue du viol » : ils en glissent discrètement dans le verre de leur victime, qui se retrouvera

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Drogues

Des virus à ne pas partager Cocaïne, kétamine, ou héroïne (rabla) peuvent tourner dans votre entourage. Ces produits interdits peuvent rapidement vous accrocher. Si vous en consommez, voici quelques conseils pour, au moins, éviter de transmettre ou d’être contaminé par le VIH ou d’autres virus. D’abord, ne pas accepter la paille de son voisin : sans même le savoir, il peut être contaminé par le virus de l’hépatite C. Or, le fond du nez saigne facilement. En faisant tourner une paille, même sans trace de sang apparente, on risque donc de partager ce virus. Et l’hépatite C peut tuer ! Le partage d’une seringue présente encore plus de dangers. Cette fois, c’est non seulement le virus de l’hépatite C mais aussi le VIH qui peuvent être transmis. La contamination peut provenir aussi bien d’une cuillère ou d’un coton déjà utilisés que de la seringue. En cas d'injection, chacun son un matériel neuf. O.B. Plus de conseils : sur www.asud.org www.technoplus.org www.drogues-info-service.fr

bientôt sans défense… Mieux vaut surveiller sa boisson dans les fêtes et en discothèque ! Pour ne garder que des bons souvenirs de ses soirées, il reste donc à s’équiper. Par exemple en ayant systématiquement des préservatifs sur soi et s’en servir le moment venu… Cet été, l’Institut national de prévention et d’éducation à la santé (Inpes) a aussi rappelé ces conseils aux amateurs d’alcool : éviter les mélanges, ne boire qu’après avoir mangé, faire des pauses au cours de la soirée… De quoi s’amuser tout en esquivant les accidents et les maladies. O.B. * Cet article, en anglais, peut être consulté sur Internet : Causal considerations on alcohol and HIV/AIDS : a systematic review, Shuper PA, Neuman M, Kanteres F et coll., Alcohol and alcoholism, 2010, 45, 2, 159-66.

Plus de conseils sur www.drogues-infoservice.fr/?Boire-trop

ici et ailleurs

prevention autour du          Décalé. La Suisse s'attaque à la question

des IST avec quatre spots décalés proposés par l'Office fédéral de la santé publique, la Fondation Planes et l'Aide suisse contre le sida. Un livreur de pizza se soulage de démangeaisons contre une rampe, un machiniste oublie de lever sa grue tellement ça le gratte, une prof de sciences utilise les mains du squelette en plein examen et heureusement que la dernière pratique le yoga pour pouvoir se gratter dans toutes les positions. Le slogan ? « Ça gratte ? Parlez-en à votre médecin ».

Terrifiantes, réalistes ou humoristiques, les campagnes de prévention collent au style du pays.

www.check-your-lovelife.ch/fr/campagne

Timbré. Pour marquer les 30 ans

Restrictions frontalières pour les séropositifs 48 pays imposent des restrictions à l'entrée sur leur territoire aux séropositifs. Parmi eux, l'Australie, la Russie, Israël, la Nouvelle-Zélande, Cuba, l'Egypte, le Nicaragua ou Chypre. Fidji a levé les restrictions en 2011. En 2010, c'était les Etats-Unis, la Chine, et la Namibie. Les discriminations vont de l'interdiction de travailler ou d'étudier, à la mention du statut VIH sur les documents d'immigration. Chiffres de l’Onusida, programme commun des Nations unies sur le sida. www.unaids.org

de « l’anniversaire », la poste ukrainienne a organisé un concours du meilleur timbre sur le thème du VIH. Émission prévue pour la Journée mondiale du sida, le 1er décembre. Ce concours fait partie d’une large opération lancée par l’Onusida. Une vingtaine de pays y participent.

www.upu.int • www.unaids.org

Rouge. À Bruxelles, pour la Journée mondiale de lutte contre le sida, l’association Sida’sos proposait aux habitants de décorer leurs fenêtres ou autres avec des rubans rouges, petits ou grands, un geste de solidarité pour les malades. Le Manneken Pis a été paré d’un préservatif et d’un ruban rouge. Sida’sos est une association de jeunes pour les jeunes. Elle intervient dans les lycées et les campus.

Footballistique. Un champion du monde 2002 et Ballon d’or 2005 pour sensibiliser les jeunes ? Ronaldinho vient d’accepter l’invitation de l’Onusida, le programme commun des Nations unies sur le VIH/sida, et du ministère de la Santé du Brésil. Le footballeur brésilien, 31 ans, a annoncé qu’il remplirait sa mission en faisant ce qu’il savait faire de mieux : « Jouer au football ».

www.rubansrouges.be - www.sidasos.be

Lipstick. Deux égéries de la musique, Lady Gaga et Cyndi Lauper, icône pop des années 1980, portent avec d’autres célébrités les couleurs Viva Glam pour Mac, une marque de rouge à lèvres pas comme les autres. Tous les bénéfices des ventes sont reversés pour la lutte contre le sida, 150 millions de dollars depuis 1994. Militantes déclarées pour de nombreuses causes, les deux chanteuses ont expliqué qu’elles souhaitaient surtout faire prendre conscience aux femmes de la gravité du VIH et qu’il fallait qu’elles prennent soin d’elles, qu’elles pratiquent le safe sex. Avant elles, Christina Aguilera, Elton John, RuPaul ou Missy Elliott avaient prêté leur nom à la marque.

Chiffrée. Des femmes enceintes, et sur leur ventre, des questions : « À qui ressemblera-t-elle ? Aura-t-il mon nez ? Aura-t-elle mes yeux ? Aura-t-elle le VIH ? ». « 1 000 enfants naissent chaque jour avec le VIH et un sur deux en meurt avant son deuxième anniversaire, poursuit la voix off. Nous pouvons éviter cela. Il existe aujourd’hui le traitement pour limiter la transmission du VIH de la mère à l’enfant. Objectif : parvenir à zéro naissance avec le VIH en 2015. » Cofondée par Bono (U2), One (organisation de plaidoyer sans parti à l’origine de cette campagne) lutte contre l’extrême pauvreté et les « maladies évitables », particulièrement en Afrique.

www.vivaglam.com • www.macaidsfund.org

www.one.org

20 RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011

         monde

Mode

Terrible. Elle n’est pas toute récente (1987), mais elle fait partie de ces campagnes dont les concepteurs ont pris très vite la mesure de ce qui attendait la planète. Elle est australienne, met en scène la Mort avec sa faux qui joue au bowling. À la place des quilles, des êtres humains, hommes, femmes de tous âges, des bébés, des enfants. La mort rejoue si l’une des « quilles » n’est pas tombée. Une voix off annonce que le VIH tue. Le plan s’élargit. Toutes les pistes du bowling sont occupées par des figures de la Mort qui jouent. À consulter sur youtube : Grim Reaper 1987.

Rugbystique. Un événement mondial,

ça attire forcément. La Nouvelle-Zélande, qui attendait près d’une centaine de milliers de touristes pour la Coupe du monde de rugby à l’automne 2011, a basé une campagne sur la règle de l’entrée en… mêlée. Le crouch, touch, pause, engage (flexion, touchez, stop, entrez) est remplacé par un consent, crouch, touch, condom, engage. Bénédicte Mathieu

Un combat a coups de ciseaux La mode se mobilise depuis toujours contre le VIH/sida. En France, Arcat a lancé le mouvement avec sa braderie du cœur.

E

n 1993, Pierre Bergé, cofondateur de la maison Yves Saint-Laurent, alors président d’Arcat-sida, imagine de mettre en vente des milliers de créations venues de la mode, de la beauté ou de la décoration. Depuis, les fonds récoltés permettent à Arcat d’améliorer les services d’accompagnement pour les personnes séropositives. En 2008, une partie des fruits de la vente de la collection d’art de Pierre Bergé et d’Yves Saint-Laurent est reversée à la lutte contre le sida. En mai 2010, Penelope Cruz est la rédactrice en chef de Vogue France. Parmi les choix de l’actrice, le combat de Red : l’ONG recueille de l’argent pour le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Pour Red, des marques proposent un produit rouge, de la chaussure au tee-shirt, jusqu’à l’ordinateur, et reversent un pourcentage à l’organisation. Designers Against Aids, ONG créée en 2004, s’attache à informer les jeunes sur la prévention VIH (se protéger, se dépister) et pour aller

vers eux, elle a choisi l’univers des créateurs de mode, du design ou de la musique. Une partie des fonds provient de Fashion Against Aids (la mode contre le sida) lancée par H & M. L’idée ? Une collection spéciale dédiée à la lutte contre le sida soutenue, en 2011, par les Scissors Sisters, la comédienne Nikki Reed ou le chanteur Akon. Le slogan est simple : I wear, I care. En 2011, H & M a voulu une collection unisexe, pour bien faire passer le message : le VIH concerne tout le monde. B.M. www.joinred.com/red www.theglobalfund.org/fr www.designersagainstaids.com

Le sexe en plusieurs les langues Français

Anglais

Espagnol

Italien

Allemand

• capote

• condom

• condón

• preservativo

• condom

• digue

• dental

• dique

• diga

• kofferdam

• gel

• gant

dentaire

• séropositif

• gel

• glove • HIV

dam

positive • séronégatif • HIV negative • chez toi ou chez moi ? • my place or yours ? • pas question sans • no way without capote a condom • faire l'amour • to make love • je t'aime • I love you

• gel

/ profilactico

dental • guante • seropositivo • seronegativo • ¿ Tu casa o mi casa ? • ¡ sin condón, ni hablar ! • hacer el amor • te quiero

• gel

dentale • guanto in lattice • sieropositivo • sieronegativo • da me o da te? • mai senze preservativo • fare l'amore • ti amo

• gleitmittel,

gleitgel ou gleitcreme

• gummihandschuhe • seropositiv

(en caoutchouc)

• seronegativ • zu

mir oder zu dir? Kondom, keine Frage ou Sex ohne Kondom? Keine Frage! • mit jemandem schlafen (coucher avec quelqu'un) • ich liebe dich • ohne

RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011 21

s médias prévention dans le campagnes

Les slogans dans l’histoire 1987 Le sida, il ne passera pas par moi

Il court il court le sida, sur l’air de la comptine Il court il court le furet : dans ce clip réalisé en 1987 par Jean-Jacques Beneix, des hommes et des femmes – façon de montrer que tout le monde est concerné – expliquent que le sida est une épidémie, mais une maladie que l’on peut éviter pour briser la courbe qui grimpe dangereusement vers le haut de l’écran. Le sida, il ne passera pas par moi est l’un des premiers slogans imaginés pour une campagne du Comité français d’éducation pour la santé (aujourd’hui remplacé par l’Inpes).

2006 C’est le sida qu’il faut exclure, pas les séropositifs

Campagne de Aides en 2006 avec Sébastien Cauet, Claire Chazal, Didier Drogba, Jean-Pierre Foucault, Johnny Hallyday, Muriel Robin et Laurent Ruquier. Un an plus tard, François Bayrou, Ségolène Royal, candidats à l’élection présidentielle, ou Thierry Dusautoir, capitaine du Quinze de France, prennent la pose.

D’autres slogans emblématiques Les préservatifs préservent de tout. De tout, sauf de l’amour

(1989, Comité français d’éducation pour la santé)

Aimez-vous comme vous voulez, utilisez un préservatif. Protégez-vous du sida. Protégez les autres

(1996, Comité français d’éducation pour la santé)

Sida. Aujourd’hui on peut faire beaucoup. Mais rien sans vous

(1998-1999, Comité français d’éducation pour la santé)

Le sida, on en meurt encore

(2000, Comité français d’éducation pour la santé)

Paris protège l’amour (2004, Ville de Paris) Et vous, où en êtes-vous avec le préservatif ? (2009, Inpes) En France, 50 000 personnes vivent avec le virus du sida sans le savoir (2010, Inpes)

2009 La capote protège du sida

Ce concours d’affiches lancé par le magazine Têtu en 2009 est gagné par Louloumother. Du jeune Kevin, qui a utilisé son premier préservatif à Odette, une joyeuse grand-mère qui a déjà 13 874 capotes au compteur, tout le monde doit se protéger. Le lauréat, directeur artistique, explique alors qu’il a voulu créer quelque chose de « frais, funky, léger ». Bénédicte Mathieu

22 RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011

Cybercrips

10 ans et toutes ses capotes !

CAPOTE

P

ied de la Tour Montparnasse, près de la gare, quelques marches à avaler, voici le Cybercrips. Tout en longueur, ce lieu de prévention ressemble à un refuge. Dans l’entrée, une petite voiture a été transformée en salle de projection. On y trouve, en toute intimité, des informations sur la vie affective et l’éducation sexuelle, la prévention des consommations de drogue ou encore la lutte contre les discriminations (sexisme, homophobie, sérophobie) et pour l’égalité des sexes. Après l’accueil, des affiches colorées, des jeux, des bocaux pleins de préservatifs masculins, féminins, de gels, mais surtout des professionnels formés au counselling. « Le Cyber est une vitrine du Crips », explique Jean-Luc Romero, président de l’association.

Pourquoi cyber ?

Parce qu’orienté vers les nouvelles technologies. Par exemple, la borne sexualité. Interactive et tactile, elle fourmille d’informations : « On ne peut pas passer à côté de ce qu’utilisent les jeunes aujourd’hui », poursuit Jean-Luc Romero, qui évoque la possibilité d’une application sur les smartphones. Mais l’idée, c’est « d’ajouter de

l’humain à ces nouvelles technologies », insistet-il. Au Cybercrips, des professionnels sont là pour écouter et conseiller. Ils sillonnent aussi l’Île-de-France. Chaque année, 130 000 futurs collégiens sont ainsi informés sur la prévention, la lutte contre l’alcoolisme ou contre les discriminations. Pour ses 10 ans, le Cybercrips a organisé un concours d’illustration pour des pochettes de capotes en partenariat avec un fabricant de préservatifs. Énormément de créativité, beaucoup de sourires… La gagnante s’est inspiré des aventures d’Harry Potter. Il y a aussi de la magie dans la prévention. B.M.

1 Choisis le modèle en fonction de ta pratique (fellation, pénétration vaginale ou anale). 2 Adapte-toi à ton anatomie. Il existe des préservatifs de tailles et de finesse différentes. 3 Fie-toi systématiquement à la norme CE ou EN 600, la norme européenne. 4 Vérifie la date limite d’utilisation et l’état de l’emballage. 5 Ouvre délicatement l’emballage. N’utilise jamais les dents ou les ongles, même en cas d’urgence. Cela peut abîmer la capote. Pierre Terrasson

Le Centre régional d’information et de prévention du sida (Crips) d’Ile-de-France est devenu « cyber » en 2001. Depuis, 144 000 personnes y ont trouvé des réponses. Bilan d’anniversaire.

Darnel Lindor

LES 11 COMMANDEMENTS

6 Pince le bout du préservatif entre le pouce et l’index afin de chasser l’air. Si tu n’es pas circoncis, repousse d’abord la peau du bout du pénis puis déroule le préservatif jusqu’à la base du sexe en érection. 7 Ne superpose pas deux capotes, cela augmente les risques de rupture. Ne cumule pas préservatif masculin et féminin. 8 Tu peux parfois ajouter un gel à base d’eau en cas d’insuffisance de lubrification naturelle du vagin (elle peut être due au stress, à certains médicaments ou au manque de préliminaires ou de désir). Ne pas forcer. Le gel facilite la chose et évite la rupture du préservatif. Il est encore plus nécessaire en cas de pénétration anale. 9 N’utilise jamais de beurre, de vaseline, de pommade, d’huile ou de crème. Au lieu de lubrifier le préservatif, ils le fragilisent.

© crips

10 Après l’éjaculation, ôte la capote. Retire-toi avant que le sexe soit mou, en tenant le bord du préservatif, sinon, il risque de rester dans le vagin ou dans l’anus. Assure-toi que le sperme reste à l’intérieur. Fais un nœud à la capote avant de la jeter à la poubelle (pas dans les toilettes). 11 Ne rejoue pas avec le même préservatif.

RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011 23

égalité tag le mouton

© Rafaël Demaret

une asso pour les ados seropos

la parole à...

Yamina Benguigui Comment contribuer à effacer les discriminations liées au VIH-sida? L'adjointe au maire de Paris chargée des droits de l'homme et de la lutte contre les discriminations, fait le point sur les dispositifs parisiens. Comment la mairie de Paris articule-t-elle la prévention VIH-IST et lutte contre les discriminations ?

L’île-de-France fait partie des régions françaises les plus touchées par le VIH-sida. Il s’agit donc d’un sujet fondamental à Paris. La direction de l’Action sociale, de l’enfance et de la santé sous l’impulsion de JeanMarie Le Guen et Olga Trostiansky, veille à l’égalité dans l’accès à la santé et au message de prévention, car la première inégalité en matière d’accès à la santé, c’est l’accès à l’information. A la mairie de Paris, nous avons une équipe mobile d’information et de prévention santé qui intervient à la demande de groupes, d’associations et de collectivités en particulier sur les risques liés au VIH. Elle est formée pour répondre de manière précise à chaque public cible. Que faire contre la sérophobie ?

La sérophobie est une discrimination et la discrimination sur l’état de santé est illégale, donc punie par la loi. C’est pourquoi la mairie organise des ateliers à destination des collégiens de 3e afin de les sensibiliser

aux discriminations les plus pernicieuses. On leur rappelle la loi. Il faut lutter contre ces discriminations, et contre les préjugés car ils détruisent l’estime de soi, qui engendrent la honte et le mutisme, bloquent l’accès aux soins, la protection de soi et d’autrui. L’essentiel, c’est de dire que ce qui augmente le risque de contracter le virus, c’est avant tout les rapports sexuels non protégés. Faut-il organiser des campagnes ciblées ?

Le VIH touche tout le monde. Pour cela, il faut organiser des campagnes qui montrent la société dans sa diversité sociale, culturelle, raciale. C’est ce qu’a fait la Ville de Paris avec sa dernière campagne sur le dépistage. Différents types de couples étaient représentés, hétérosexuels et homosexuels, afin d’éveiller les consciences et de détruire les préjugés qui tendent à stigmatiser telle ou telle catégorie de la population. Il est parfois nécessaire d’organiser des campagnes à l’attention d’un public qui n’a pas toujours la formation ou les moyens d’être sensibilisé.  Propos recueillis par Bénédicte Mathieu

24 RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011

« Comment me construire, me projeter dans l’avenir, avec le VIH ? Comment être moi-même quand j’ai l’impression de toujours devoir mentir et me cacher, pour que mes copains ne se doutent de rien ? Est-ce qu’on pourra m’aimer pour ce que je suis ? » Pour les jeunes séropos (14-25 ans), contaminés à la naissance ou plus tardivement, qui se sentent seuls face à leurs peines ou questions, il existe à Paris une association : Tag le Mouton. Beaucoup apprennent leur contamination en pleine puberté et ça bouleverse leur adolescence, leur entrée dans l’âge adulte. « Ils portent une histoire souvent pleine de non-dits qui les empêchent de faire des projets, de construire une vie amoureuse et professionnelle », explique Cyrille Moulin, éducateur à l’association. À Tag le mouton, toute une équipe de professionnels est là pour écouter et accompagner ces ados ou jeunes adultes séropositifs, les aider à mettre des mots sur leur histoire, à sortir du silence qui règne souvent dans leur famille, à oser poser des questions à leurs médecins et à donner du sens aux prises de médicaments. L’association propose un suivi individuel, mais aussi des temps collectifs : groupes de parole, sorties cinéma, activités sportives, ateliers théâtre, bienêtre ou musique. Des temps pour échanger, pour oublier et se dépasser dans des projets créatifs. « Les jeunes nous disent qu’ici, ils sont chez eux, relate Cyrille Moulin, et qu’ils peuvent être eux-mêmes, sans avoir à se cacher ». Laetitia Darmon

www.dessinemoiunmouton.org

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, n i a b UR

quiz

l stomcEitia ssE e

2/Que veut dire IST ? □ Ils S’aiment Tranquillement □ Infection Sexuellement Transmissible □ Il S’est Tiré avant que je l’aborde 3/Une digue dentaire, c’est : □ pour éviter de baver sur le dentiste □ pour lutter contre les marées aux Pays-Bas □ une protection efficace pour les cunnilingus/anulingus 4/Où se trouve le Checkpoint ? □ Il n’existe plus depuis que le mur de Berlin est tombé en 1989 □ A New York □ Dans le centre de Paris. 5/Un préservatif peut être utilisé plusieurs fois ? □ Non □ Jamais de la vie □ Non, non et non 6/En France, certains vivent avec le virus du sida sans le savoir, à combien les estime-t-on ? □ 50 000 □ 100 000 □ 150 000 7/Laquelle n’est pas une IST ? □ La chlamydiose □ Le staphysagria □ La blennorragie

8/Quel est le nombre de pays dans le monde qui ont des restrictions frontalières à l’égard des séropositifs ? □ 48 □ Aucun □5 9/Que trouve-t-on dans la brochure "Tomber la culotte" éditée par le Kiosque infos sida et Sida info service ? □ Un plan de Paris □ Un élastique □ Une anatomie du sexe féminin 10/Le fémidon c’est quoi ? □ Un préservatif féminin □ Un composant de l’amidon □ Le nom d’une marraine de la Belle au bois dormant Votre score :

10

bonnes réponses : amour, romance, sexe, plaisir, tu es prêt(e) pour la grande aventure ou pas, mais tu sais que tu dois te protéger et comment te protéger contre le sida et les IST.

9

bonnes réponses : bon, on accepte une réponse différente sur Berlin. Le Checkpoint Charlie, poste frontière à Berlin, est aujourd’hui un monument historique.

0à8

bonnes réponses : relis bien le magazine, interro écrite la semaine prochaine ! Réponses :

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R/HSVIH 2011

1/Pour un plus grand confort de glisse, je peux utiliser : □ de la vaseline □ un gel à base d’eau □ de l’huile de foie de morue

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Raison sociale Mme/Mlle/M. Adresse Gardons le contact  ! Tél. e-mail à propos de vous… Âge Profession *Offre valable uniquement en retournant ce coupon accompagné du règlement par chèque : Service abonnement Respect mag PRESSCODE > 27, rue Vacon - 13001 Marseille

1/Le gel à base d’eau est le seul lubrifiant possible. 2/Infection sexuellement transmissible. 3/La protection pour le cunnilingus. 4/Dans le centre de Paris. 5/Bonne réponse ! 6/50 000 d’où l’importance du dépistage. 7/Delphinium Staphysagria, grande plante herbacée à fleurs bleues des champs et garrigues du Bassin méditerranéen. 8/48. 9/Qui a dit un élastique ou un plan de Paris ? 10/Traditionnellement, les marraines de Rose Aurore n’ont pas de nom.

CONTACTS UTILES

En parler Sida info service : 0 800 840 800

Écoute, soutien et infos sur le VIH et questions connexes. Modes de transmission, centres de dépistage, traitement d’urgence, associations… 7 jours sur 7, 24 h sur 24. Appel anonyme et confidentiel, gratuit depuis un poste fixe. Possibilité de laisser un message sur le site pour être appelé. www.sida-info-service.org

Le Kiosque infos sida : 01 44 78 00 00

Réponses aux questions sur le VIH, les IST et les addictions. À contacter également si vous souhaitez organiser une action dans votre fac ou votre école. Du lundi au vendredi de 10 h à 19 h, le samedi de 11 h à 19 h. www.lekiosque.org

Fil santé jeunes : 32 34 ou 01 44 93 30 74 (portable)

Écoute, information et orientation sur les questions de santé, amour, grossesse, contraception. 7 jours sur 7, de 8 h à minuit. Appel anonyme et confidentiel, gratuit depuis un poste fixe. Possibilité d’appeler gratuitement via Skype. www.filsantejeunes.com

Ligne azur : 0 810 20 30 40

Écoute, soutien et information pour ceux qui s’interrogent sur leur orientation ou leur identité sexuelle, ainsi que leurs proches. Lundi, mercredi et vendredi de 14 h à 19 h. Mardi et jeudi de 17 h à 22 h. Appel anonyme. Prix d’une communication locale. www.ligneazur.org

En savoir plus Arcat : www.arcat-sante.org

Association pour la recherche et la communication pour l'accès aux traitements. Informations sur les essais de médicaments, le sida, les hépatites, accès aux publications.

Journal du sida : www.journaldusida.net

Trimestriel d’information, d’analyse et de débat, pour professionnels de la santé et du social, et personnes concernées par le VIH.

Crips : www.lecrips.net et  www.cybercrips.net

Centres régionaux d'information et de prévention du sida. Info et orientation des jeunes sur le VIH, les IST, la sexualité, l’usage de drogue, le mal-être, l’alimentation et les conduites à risques. Revue de presse, actualités, vidéos…

VIH.org : www.vih.org

Portail d’information, de services, de débats et d’échanges dans le cadre de la lutte contre le sida, au Nord et au Sud.

Mouvement français pour le planning familial : www.planning-familial.org

250 points d’information dont 40 centres de consultation, partout en France. Contraception, interruption volontaire de grossesse, questions de couple et de sexualité.

26 RESPECT MAG / Hors série aimer sans risque / décembre 2011

Écoute sexualité / contraception / avortement : 0 800 803 803 (nord de la France) ou 0 800 105 105 (sud de la France) Du lundi au vendredi de 9 h 30 à 19 h 30, samedi de 9 h 30 à 12 h 30. Appel anonyme et confidentiel, gratuit depuis un poste fixe.

Hépatites info service : 0 800 845 800

Réponses aux questions liées aux hépatites et à leurs risques. 7 jours sur 7, de 9 h à 23 h. Appel anonyme et confidentiel, gratuit depuis un poste fixe. Possibilité de laisser un message sur le site pour être appelé. www.hepatites-info-service.org

Drogues info service : 0 800 23 13 13

Aide et conseil aux usagers de drogues et à leur entourage sur les produits, les soins, les structures... 7 jours sur 7, de 8 h à 2 h. Appel anonyme, confidentiel et gratuit à partir d’un poste fixe. Et aussi : Écoute Alcool au 0 811 91 30 30 / Écoute Cannabis au 0 811 91 20 20. www.drogues-info-service.org

Jeunes violences écoute : 0 800 20 22 23 ou 01 44 93 30 75 (portable)

Information et écoute en cas de violences sexuelles, racket, injures… pour les jeunes et leurs proches. De 8 h à 23 h, tous les jours (sauf fériés). Appel anonyme et confidentiel, gratuit depuis un poste fixe. www.jeunesviolencesecoute.fr

Sida info droit : 0 810 636 636

Réponses aux questions juridiques et sociales ayant un lien direct avec le VIH/sida. www.sida-info-droit.org

Le Défenseur des droits :

Cette autorité, qui veille au respect des droits et libertés, a notamment repris en mars 2011 les compétences de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde). Elle est donc chargée de lutter contre les discriminations. www.defenseurdesdroits.fr

INPES : www.inpes.sante.fr Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. Documentation, études, adresses

World aids day : www.worldaidsday.org

Site officiel de la journée mondiale contre le sida (1er décembre). Actualité du VIH dans le monde, dernières campagnes publicitaires, dons, actions de soutien…

Unals : www.unals.org

Union nationale des associations de lutte contre le sida. Fédération et représentation devant les pouvoirs publics d’organisations impliquées dans la prévention et le soutien aux personnes touchées par le VIH.

Aides : www.aides.org

Association historique d’aide aux personnes atteintes par le VIH. Infos sur le virus, la prévention, les traitements, les dispositifs sociaux et juridiques.

Act up : www.actupparis.org

Association historique de lutte contre le sida. Actualités, communiqués, informations sur les traitements, guide des droits des séropositifs.

Reactup : www.reactup.fr

Vulgarisation de travaux de recherche internationaux, pour relancer la prévention via une meilleure maîtrise des connaissances.

Onusida :

Site du programme commun des Nations unies sur le VIH-sida. www.unaids.org/fr


Aimer sans risque - Respect Mag Jeunes et VIH ed2011