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colmar L

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redaction-CO@lalsace.fr

Tout quitter pour le Grand Nord

Photo Marie-Louise Stein

Katzenthal

Composteur collectif Un composteur collectif, le 4e du secteur, a été mis en service au cours du mois de novembre à Katzenthal. Inauguré hier, il est très apprécié par les habitants, qui peuvent tous en bénéficier même sans jardin. Page 32

Beaux élans d’À travers chant L’atypique troupe de choristes à travers chant a présenté cette semaine son nouveau spectacle à la Comédie de l’Est à Colmar, intitulé « De bas en haut ». Au programme : des mélodies célèbres, des chorégraphies, des images et de l’émotion. Photos Olivia Schreck

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Associations Archimène plaide pour les emplois partagés L’association Adéquation permet à d’autres sociétés du HautRhin d’utiliser des emplois partagés. Rebaptisée Archimène, cette structure vient de fêter ses 20 ans. Page 26

Vallée de Munster Les stations de ski restent optimistes La neige arrivée tôt laissait augurer une belle saison hivernale. Hélas, la pluie est arrivée en janvier. Pourtant l’optimisme des stations vosgiennes est revenu en force avec les neiges des derniers jours. Page 29

Mots croisés Grille géante pour un championnat

Jean-Marc et Christiane Champeval ont revendu leurs affaires à Colmar, pour bâtir ce « lodge » au pays des aurores boréales, un spectacle grandeur nature… Photo Jean-Marc Champeval

L’histoire est croustillante : un boulanger allergique à la farine qui tombe amoureux de sa pharmacienne de quartier, à Colmar ; ensemble, ils décident de tout revendre et tout quitter pour construire un « lodge » dans le Grand Nord canadien, un territoire grand comme la France mais peuplé de 32 000 âmes, aux confins de l’Alaska…

grizzlys déjà aperçus aux abords de leur ferme, ils tentent de faire vivre leur « lodge » confortable en accueillant des touristes du monde entier. Et pourquoi pas des Colmariens désireux de tout quitter, le temps d’approcher la nature sauvage ou de se rendre sur les traces des Frères Jacquot, fondateurs de la capitale du Yukon originaires de Rombach-le-Franc…

Entre les nuits glaciales à moins 50 °C, leurs chiens de traîneaux et les

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Clin d’œil

Alain Brunet, de Mertzwiller, a conçu une grille de près de 3 700 mots. Photo Jean-Marc Loos

Le premier « championnat du monde francophone » de mots croisés a débuté le 15 décembre. 228 cruciverbistes y participent. Ils ont jusqu’au 16 avril pour remplir une grille géante comportant 117 cases sur 117 et quelque 3 700 mots. Le verbicruciste à l’origine de ce jeu inédit est un habitant de Mertzwiller, près de Haguenau, Alain Brunet. Un passionné depuis l’adolescence des mots croisés qui a créé l’association Crucial défi pour organiser ce premier championnat. La seconde édition est déjà sur les rails. Page 38

Qu’observent ces deux fillettes d’un regard oblique ? Sûrement des « grands », qui n’ont qu’à bien se tenir. COL01

Photo Vanessa Meyer Wirckel

Colmar dossier

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Du froid polaire à la saison des aurores boréales, jusqu’à l’ambiance western des grands espaces en été, le Yukon est une terre à la mesure des rêves d’aventure.

Vues d’ailleurs De Colmar aux confins de l’Alaska, tout quitter et bâtir un « lodge » Un boulanger colmarien allergique à la farine, qui tombe amoureux de sa pharmacienne : pour le moins croustillante, l’histoire va les mener très loin… « À Colmar, certains n’en reviennent toujours pas ! » Trois ans que Jean-Marc et Christiane Champeval ont tout revendu et tout quitté pour le Yukon, ce territoire canadien aux confins de l’Alaska, presque aussi vaste que la France et peuplé de 32 000 âmes… À peine deux fois moins qu’à Colmar, où se sont rencontrés le boulanger et sa pharmacienne de quartier (alors propriétaire associée de l’officine « des Trois Épis », rue de la Bagatelle), dans

Jean-Marc et Christiane Champeval dans leur région d’adoption, un territoire grand comme la France pour 32 000 habitants…

des circonstances dont il sourit encore : « J’étais allergique à la farine, un comble ! Je le gérais plutôt bien, notamment grâce à un médicament. Après quatre ans d’ordon-

FÀ la carte

nances, on a sympathisé un peu plus que la normale… » L’histoire est loin de s’arrêter là : ils eurent une enfant et décidèrent de vivre leurs rêves, quitte à franchement bousculer leur confort…

Plusieurs vies

Baignade dans des sources d’eau chaude, pêche sous la glace, raquettes, chiens de traîneaux (avec notamment l’ambiance de la mythique Yukon Quest, qui a lieu dans quelques semaines) ou, l’été, canoë, randonnées à cheval, observation de la nature sauvage… Toutes les activités (sous-traitées) sont possibles, à la carte ou en forfait six jours « le plein d’aventures » (1990 dollars canadiens soit environ 1500 € comprenant l’hébergement, les repas…). Il faut néanmoins ajouter le coût du billet d’avion pour Whitehorse : à titre indicatif, il existe deux vols directs (durée 9 h 30) par semaine entre mai et septembre, depuis Francfort avec la compagnie Condor (800 à 1000 €) et depuis Zurich avec Edelweiss (1400 €). Le tarif des chambres les plus cosy est de 185 $ (canadiens) par nuit pour deux personnes avec le petit-déjeuner. Détails sur le site takhiniriverlodge.com

Il faut dire que le parcours de Jean-Marc est aussi sinueux que le fleuve Yukon : le natif de SaintMihiel (Meuse), voilà 45 ans, commence par décrocher une maîtrise en gestion des activités sportives, réalise que son « rêve d’enfance » ne lui correspond pas, s’oriente vers un DESS en gestion d’entreprise, travaille dans le sponsoring pour l’équipe de foot de Nancy, devient responsable administratif à Paris, puis travaille dans le commerce en

Belgique… et enfin à Colmar, chez « Disport ». C’est alors qu’un article sur l’école Banette (quatre mois de formation) le précipite dans la boulange, et le propulse chef d’entreprise : il rachète la boulangerie de la rue Saint-Joseph avec trois employés en 1994, et la revend en 2006 avec 15 salariés, deux laboratoires de production et deux points de vente (rue du Logelbach et rue Turenne), avec en passant la médaille du meilleur Kougelhopf d’Alsace…

Prospection au pays de la Ruée vers l’or « Lors d’une petite baisse de moral en 2005, Christiane m’a offert un voyage en Laponie : un vrai coup de

La solitude, au milieu de nulle part ? « Au contraire, si c’est la beauté des paysages qui nous a séduits, ce sont les gens qui nous donnent envie de rester. S’ils vivent ici, c’est qu’ils l’ont vraiment choisi pour la plupart, et la solidarité est quasi naturelle. De plus, notre clientèle est composée de gens qui ont souvent beaucoup voyagé. Comme dernièrement la « star » japonaise des coiffu-

Sur la piste de la mythique course « Yukon Quest », ici lors d’une sortie avec leurs propres chiens de traîneaux : une atmosphère à la Jack London, si l’on excepte la table de pique-nique…

res de geisha. Passer une demi-heure à répéter notre nom de famille à des Japonais, parce qu’ils désirent le prononcer exactement, ce sont de super moments ! » Au quotidien, leur petite Eugénie (7 ans) va à l’école du coin, le fils de Jean-Marc (Vincent, 17 ans) les a rejoints et a trouvé un travail

dans le supermarché de Whitehorse, et à ses heures de loisirs la famille se promène (non sans sa « bombe à ours » au poivre de Cayenne), vient de participer à sa première course avec ses propres chiens de traîneaux, Jean-Marc a suivi une première formation de trappeur… Lorsqu’ils ne profitent

Lorsqu'ils trouvent un acheteur pour les deux boulangeries, fin 2006 les choses s’accélèrent, comme les rapides d’une cité qui lui ont donné son nom (« Whitehorse », comme la crinière d’un « cheval blanc »). En quinze jours la vente est conclue, puis JeanMarc part prospecter dans la capitale du Yukon ; au pays de la mythique Ruée vers l’or, les

Photos Jean-Marc Champeval

opportunités ne sont pas rares de nos jours, contrairement aux terrains, beaucoup appartenant aux « populations premières » amérindiennes : « Dans le cadre d’un plan d’affaires pour devenir entrepreneurs, nous avons obtenu un permis de travail de deux ans. Nous avons acheté une maison à Whitehorse, que nous avons revendue quelques mois après notre arrivée, quand nous avons trouvé une ferme à 40 km au nord-ouest de la capitale, la dernière reliée à l’électricité au bout d’une piste… » 40 hectares perdus dans une immensité : un cadre à la mesure de leurs envies, qu’il ne restait plus qu’à faire vivre ; Jean-Marc et Christiane n’en sont toujours pas revenus… Textes Jean-Frédéric Surdey

L’Alsace au cœur du Yukon

Leur vie par moins 50 °C « On a vécu quelques nuits blanches, mais aujourd’hui l’affaire commence à être rentable, du moins pour Christiane », expose JeanMarc, qui s’occupe du marketing et de la communication, même s’il a conservé un emploi de responsable financier pour le gouvernement. L’idée a fait son chemin : « À côté de notre maison, construire un lodge Bed & breakfast, tout en bois mais d’un standing supérieur à ce qu’on trouve ici, élégant et douillet. Une niche : on propose des séjours et des activités pouvant être très courts, tout le monde n’a pas envie de passer une semaine à faire du canoë. »

foudre pour le Grand Nord. Nous avons ensuite exploré cette région pour ouvrir une boulangerie, mais n’avons pas rencontré d’enthousiasme pour notre projet, même pas de la part de la chambre de commerce suédoise. Nous avons encore réfléchi à ce que nous voulions, et à un moment ou à un autre, un Français qui veut émigrer pense au Canada. »

pas des aurores boréales, si certaines nuits sont blanches… « On peut dire que si l’on n’en voit pas au moins une en cinq jours, ce n’est vraiment pas de bol. On peut les observer bien au chaud depuis le lodge. Même si ce soir, il fait doux : moins 15 °C. On a connu moins 50 °C… » COL03

« On nous a parfois pris pour des fous ! Quitter des affaires qui tournent bien, le confort… Mais on a eu envie de changer de vie, de prendre un risque même s’il était relatif. » Quand Jean-Marc et Christiane évoquent le Yukon, la plupart de leurs connaissances en Alsace « ne connaissent pas vraiment, sauf quand on précise que c’est vers l’Alaska, ou que Le dernier trappeur de Nicolas Vanier a été tourné ici ». Et l’Alsace vue du Yukon ? « La plupart connaissent, de manière générale les Canadiens voyagent beaucoup, et ont un grand appétit de culture française. Pas mal sont déjà allés à Strasbourg, mais Colmar est nettement moins connue. » Les Champeval ne se privent pas de mettre en avant la France et l’Alsace en particulier, notamment via la cuisine de Christiane, ou la visite de leur ami cuisinier Philippe Kientzler, d’Eguisheim. « Sur les 3 000 francophones du Yukon, on connaît au moins deux Alsaciens. » Dans le Yukon, le nord du Haut-Rhin est connu comme la terre d’origine des frères Louis et Eugène Jacquot, arrivés à la fin du XIXe siècle. Chercheurs d’or près du lac Klua-

Sur les traces des frères Jacquot (ici Eugène avec ses enfants), fondateurs de la capitale du Yukon et originaires de Rombach-le-Franc.

ne (non loin du lodge des Champeval), ils ont contribué à fonder les villes de Whitehorse et Burwash Landing, ont pris la défense des Amérindiens, ont créé des comptoirs prospères puis sont devenus des guides appréciés des touristes… « Une délégation du gouvernement se rend une année sur deux à Rombach-leFranc, et vice-versa », ajoute JeanMarc.


L'alsace 30-01-2011 p23-25