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N EN UM VE ÉR NT EDO D EU OU XS B n° 2711-2712 • du 23 décembre mbre 2012 au 5 janvier 2013 EM LE AIN ES

PRINTEMPS ARABE, AN III par Béchir BenYahmed

HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL INDÉPENDANT • 53e année

jeuneafrique.com

On en reparlera en

Maroc M6-Benkirane : acte II Gabon Les 50 qui comptent Chine Nababs rouges Best Of Dix personnalités pleines d'avenir RD Congo Qui a tué Lumumba ? Dossier Les aventuriers de l’or noir

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Ce que je crois BÉCHIR BEN YAHMED • bby@jeuneafrique.com

SAMEDI 22 DÉCEMBRE

2013 : ça se clarifie…

J

OURS DE TRANSITION D’UNE ANNÉE À L’AUTRE, jours de fête, de réflexion et de résolutions que nous prenons avec l’espoir de les voir se réaliser. Je consacrerai donc ce dernier Ce que je crois de l’année 2012 à quelques réflexions inspirées par ce passage imminent à l’année 2013. ■

L’hebdomadaire américain Time décerne chaque année, à la fin de décembre, le titre de Personnalité de l’année à l’homme (ou la femme) qui aura marqué celle qui s’achève par ce qu’il a fait ou ce qui lui est arrivé. Ce choix annuel, que notre confrère fait depuis plusieurs décennies avec discernement, a fini par s’imposer. On l’attend et, dès qu’il est rendu public, il est cité dans le monde entier, où il est reconnu à l’égal (ou presque) du Nobel de la paix. Notre confrère justifie son choix par des attendus dont chaque mot est pesé et qui, le plus souvent, emportent l’adhésion. Pour Time, la personnalité de l’année 2012 est… Barack Obama. De prime abord, je me suis dit, et vous aussi sans doute, que Time n’est pas allé chercher bien loin et qu’il a pu, pour une fois, céder à la facilité. N’avait-il pas, déjà choisi Obama comme l’homme de l’année 2008 ? Mais en lisant les arguments de ce confrère, j’en suis arrivé à conclure qu’il a fait, cette fois encore, le bon choix. Time nous dit qu’il a fait de Barack Obama la personnalité de l’année 2012 « parce qu’il a su tirer parti d’un renouvellement démographique et culturel des États-Unis d’Amérique et qu’il est devenu le symbole de cette mutation… « Il s’est fait réélire en dépit d’un taux de chômage inégalé depuis soixante-dix ans et qui aurait dû empêcher sa réélection ; et, de surcroît, il est le seul démocrate depuis la guerre de 1939-1945 et la mort de Franklin Delano Roosevelt à obtenir plus de 50 % des voix deux fois de suite. » C’est là, en effet, convenons-en, un exploit qui légitime son couronnement comme personnalité de l’année 2012. ■

Mais c’est l’année 2013 qui frappe à la porte. Elle sera, comme nous l’avons déjà écrit ici même, l’an III du Printemps arabe : les JEUNE AFRIQUE

révolutions nées de son éclosion vont entrer dans une nouvelle phase de leur évolution. Syrie : on sent déjà, à la fin de 2012, les sinistres craquements du régime de Bachar al-Assad. Mis sur la défensive depuis quelques semaines, il ne devrait pas tarder à se disloquer. Nous assisterons alors, très probablement au premier semestre de 2013, à une fin sanglante, à côté de laquelle celle de la Jamahiriya libyenne, aussi horrible fut-elle, paraîtra « civilisée ». Quant à l’homme qui le personnifie plus qu’il n’en est le chef, Bachar al-Assad, ou il s’enfuira, ou il sera tué, lui et ses proches. Le pays risque d’être le théâtre d’abominables règlements de comptes, et l’onde de choc n’épargnera pas les voisins. ■

Tunisie, Égypte, Libye : les ressources procurées par le pétrole, l’absence d’armée et de structures étatiques élaborées donnent à ce dernier pays, paradoxalement, une latitude que n’ont pas les deux autres. La Tunisie ? Elle fonctionne mal, voit son économie tourner au ralenti et l’investissement, qu’il soit intérieur ou extérieur, se tarir. Mais il est vraisemblable que, sauf coup de théâtre, le régime de transition qui s’y est établi tiendra le coup. L’Égypte. Les finances du pays sont à sec et son budget s’épuise à subventionner, à coups de milliards de dollars, les produits de première nécessité qui seraient inaccessibles à la grande majorité des citoyens sans cette compensation. Gardiens de l’orthodoxie financière, le FMI et la Banque mondiale diront qu’ils ne peuvent intervenir ; il faut à ce pays – l’équivalent d’une Grèce pauvre de 85 millions d’habitants – tellement de milliards de dollars par mois que les riches États arabes pétroliers eux-mêmes ne pourront le sauver de la quasi-faillite. Les États-Unis continueront à financer l’armée. Mais, pour l’Égypte et les islamistes qui en ont pris le gouvernail, l’année 2013 sera une annus horribilis. Les pays du Printemps arabe vont souffrir en 2013. Mais, en tout état de cause, les peuples de la région accrocheront à leur tableau de chasse un cinquième dictateur : le syrien.

! BARACK OBAMA RÉCIDIVE : il était déjà la personnalité de 2008.

2013 sera aussi, nous l’avons déjà annoncé dans ces colonnes, l’année du Mali et de l’Iran. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Ce que je crois Le Mali: la situation de ce pays continue d’évoluer. Il me semble qu’elle s’améliore lentement et, surtout, se clarifie. Même s’il a été rendu possible par un second putsch de ceux-là mêmes qui, en mars dernier, ont renversé le président Amadou Toumani Touré, le remplacement de l’ancien Premier ministre est une bonne chose: le nouveau gouvernement et son chef paraissent mieux acceptés et, surtout, plus réalistes. La Cedeao et le facilitateur, Blaise Compaoré, ont rectifié les erreurs qu’ils avaient commises dans les semaines qui ont suivi le renversement du président Touré. L’ONU et l’Union africaine ont nommé de bons représentants et se sont rapprochés des autres protagonistes de cette affaire. Semble se dégager, fin 2012, entre tous ces acteurs, un consensus autour d’une position médiane : un gouvernement constitutionnel et plus acceptable à Bamako ; une transition plus courte couvrant tout ou partie de 2013 mais pas au-delà; la libération du Nord-Mali par la négociation et/ou la guerre ; des élections pour tout le pays dès que les villes du Nord auront été reconquises, voire avant. Inch Allah ! ■

L’Iran : ce grand pays chiite est gouverné depuis près de trente-cinq ans par une oligarchie religieuse qui en a fait une République islamique. Il aspire à un rôle régional que lui contestent ses voisins

arabes à majorité sunnite, que lui dénient les États-Unis et Israël. Avec ces derniers, il est en guerre tiède depuis une génération, exacerbée encore, depuis le début de ce siècle, par l’ambition qu’ils lui prêtent de se doter de l’arme nucléaire. Dans un mois, les États-Unis et Israël introniseront respectivement le même Barack Obama comme président et, sans doute, le même Benyamin Netanyahou en tant que Premier ministre. Cinq mois plus tard, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, fera élire un nouveau président de la République islamique qui sera son Premier ministre de fait. Les pièces maîtresses de l’échiquier seront alors en place et le problème qu’ils auront à résoudre, par la négociation ou par la guerre, se sera, lui aussi, simplifié et clarifié. L’Iran sait ce qu’on attend de lui ; les États-Unis et leurs alliés connaissent les assurances qu’ils doivent donner au régime iranien. ■

Il suffira, à mon avis, qu’Obama et Khamenei fassent montre d’une dose raisonnable de courage, que chacun d’eux tienne compte des impératifs de l’autre, pour qu’une guerre entre leurs pays, désastreuse pour toute la région, soit évitée. 2013 est partie, décidément, pour être l’année de la clarification. ●

À vous qui lisez Jeune Afrique et, dans Jeune Afrique, cette chronique, je souhaite pour vous-même, pour les vôtres et pour votre pays une très bonne année 2013. BÉCHIR BEN YAHMED

Humour, saillies et sagesse Pour vous faire sourire, grincer des dents – ou réfléchir –, ici, chaque semaine, une sélection subjective, la mienne, de ce qui a été dit ou écrit au cours des siècles par des hommes et des femmes qui avaient des choses intéressantes ou drôles à nous dire. B.B.Y. Ì Bonheur : faire ce que l’on veut et vouloir ce que l’on fait. Françoise Giroud Ì Ma plus grande chance fut de m’entendre bien avec moi-même… Par bonheur, je me plaisais en ma compagnie. François de Closets Ì Vous savez que vous avez de l’influence quand les gens commencent à remarquer votre absence plus que la présence des autres. Nassim Nicholas Taleb Ì Les hommes aiment les gros seins et les gros compliments. Françoise Chandernagor N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Ì Dire que l’homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d’aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n’est pas lui faire son procès, c’est le définir. Denis Diderot Ì Nul n’a jamais bien su où était le siège de la conscience. Ce qui est certain, c’est qu’on peut s’asseoir dessus. Hervé Bazin

Ì Dans un village sans chien, on va à la chasse avec les chats. Proverbe africain Ì Ceux qui savent ne parlent pas, ceux qui parlent ne savent pas. Le sage enseigne par ses actes, non par ses paroles. Lao-tseu

Ì L’Amérique latine, on parle pas plus latin qu’ici… Les Nouvelles Brèves de comptoir

Ì - Et la mort, vous croyez qu’il y a quelque chose, après ? - Ben, qu’est-ce que vous voulez qu’il y ait ? Vous croyez quand même pas qu’ils nous attendent avec du mousseux et des biscuits ? Les Vamps

Ì Il est plus ordinaire de voir un amour extrême qu’une parfaite amitié. Jean de La Bruyère

Ì L’Afrique est de loin le continent le plus riche en pauvreté et en dictature. Ahmadou Kourouma JEUNE AFRIQUE

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Éditorial François Soudan

L’année de tous les miracles

2013

et les ravages du vin de palme, présidée par… leurs épouses FUT POUR L’AFRIQUE UNE respectives. Abasourdis devant ce tour de génie, les petits ANNÉE DE GRÂCE DIVINE. juges ont lâché prise. En juin, c’est dans la ville de Lodja, Cela commença en janvier par la réouverture tant espérée de la dans le Kasaï-Oriental, à exact mi-chemin entre Kinshasa frontière entre le Maroc et l’Algérie, obstinément close depuis et Kigali, que Joseph Kabila et Paul Kagamé choisirent de plus de dix-huit ans. Bouteflika et Mohammed VI partagèrent disputer une partie de tennis à haute teneur symbolique. le lait et les dattes au poste de Zouj Bghal, avant de procéder Lodja n’ayant pas de court de tennis, les Chinois en établirent au démantèlement symbolique des barrières rouillées. Il y un en une nuit et le match se solda par un miraculeux 6-6, eut des larmes, des youyous et des embrassades. Un mois 6-6, 6-6. À l’issue duquel fut signé un accord de paix et de plus tard éclatait à Tombouctou, Gao, Kidal et dans toutes coopération d’une durée indéterminée. les localités du Nord-Mali l’intifada surprise à laquelle nul ne s’attendait. Lasses d’espérer une hypothétique libération Il y eut, au cours de cette année bénie, bien d’autres nouvenue du Sud, les populations se soulevèrent et chassèrent les velles surprenantes. On apprit ainsi que TGV et Ravalomanana, jihadistes à coups de pierres et de cocktails Molotov. Traqués, les frères ennemis de Madagascar, avaient passé leurs vacances Mokhtar Belmokhtar et ses affidés se réfugièrent dans la ensemble et en famille aux îles Fidji. Ils y conclurent le traité forêt de Wagadou, où ils rasèrent leurs barbes pour mieux dit de Suva, aux termes duquel ils s’engagèrent à recouvrer passer inaperçus. Quant au capitaine Sanogo, il dut remileur emploi d’avant le pouvoir : disc-jockey pour l’un, fabriser au placard sa vareuse de De Gaulle cant de yaourts pour l’autre. Au Bénin, malien, décidément trop grande pour le président Boni Yayi et son présumé lui, et se reconvertir dans le civil. Il est empoisonneur, Patrice Talon, partagèrent Traqués, Mokhtar prof d’anglais en sixième au lycée Askia devant les caméras la même coupe de Belmokhtar et Mohamed de Bamako. En Côte d’Ivoire, champagne, préalablement goûtée par ses affidés se Charles Blé Goudé fut nommé, en mars, un médiateur venu de Sant’Egidio. Ce réfugièrent dans ministre de la Jeunesse et des Sports, et dernier n’eut que quelques dizaines de la forêt de Wagadou, Simone Gbagbo, libérée sous condition, kilomètres à parcourir pour se rendre où ils rasèrent leurs s’est aussitôt enfermée dans un temple ensuite à Lomé afin d’applaudir à l’accobarbes pour mieux du Réveil où elle officie jour et nuit en lade fraternelle entre Faure et Kpatcha habits de prêtresse. Quant à Laurent, il Gnassingbé, enfin réconciliés, puis deux passer inaperçus. a bénéficié d’un accord entre la CPI et heures de vol pour assister, à Conakry, Alassane Ouattara pour effectuer dans à la cérémonie d’inauguration d’un son village de Mama des travaux d’intérêt général. « Seplou » centre panafricain pour la protection des femmes abusées, y enseigne l’histoire aux enfants, avec interdiction formelle entièrement financé par Nafissatou Diallo sur ses indemde dépasser l’année 1960. nités, en présence d’Alpha Condé et de son vice-président, Cellou Dalein. Épuisé, il renonça à se rendre à Nouakchott, En Afrique centrale, où un Paul Biya requinqué après où le spectacle d’Ould Abdelaziz et de son prédécesseur, un séjour dans une clinique suisse de rajeunissement s’est Vall, buvant à la même calebasse de lait de chamelle valait mis à présider deux Conseils des ministres par semaine, pourtant le détour. les chefs d’État, excédés par la chasse aux pseudos « biens À Qunu enfin, petit village du pays Xhosa où il a fêté le mal acquis », ont frappé un grand coup. De concert, ils ont 18 juillet 2013 ses 95 ans, Nelson Mandela, notre trésor liquidé toutes leurs propriétés en France et celles de leurs continental, s’apprête à entrer dans l’année nouvelle… Parmi proches, avant d’offrir le produit de la vente à une fondation tous les vœux, irréalistes j’en conviens, de la fiction que vous de lutte contre la malaria, le sida, la mauvaise gouvernance venez de lire, puisse celui-là au moins s’accomplir. ● JEUNE AFRIQUE

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GRAND ANGLE

PHOTOS DE COUVERTURES : ABDELJALIL BOUNHAR/AP/SIPA ; DÉSIREY MINKOH POUR J.A. ; LUO YUNFEI/IMAGINECHINA ; WIEBE KIESTRA ; DOMINIQUE BERRETTY/RAPHO ; CURRAHEE SHUTTER/FOTOLIA ; ABDELHAK SENNA/AFP PHOTO ; MAP

les qui font le Gabon

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BEST OF L’AVENIR LEUR APPARTIENT Elles vont peut-être gagner un championnat ou un Oscar, dynamiser l’économie, faire bouger les lignes de la diplomatie ou de la justice. Bref, faire parler d’elles en 2013. Voici le top 10 des personnalités « coups de cœur » de la rédaction.

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RD CONGO QUI A TUÉ LUMUMBA ? Le 17 janvier 1961, l’ancien Premier ministre était assassiné. Une mort tragique orchestrée depuis Léopoldville, Bruxelles et Washington. Et sur laquelle la justice belge a décidé d’enquêter.

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Ce que je crois Par Béchir Ben Yahmed Éditorial 2013, l’année de tous les miracles Confidentiel

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LA S EM AI NE DE JE UNE AFR IQ UE

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Best of L’avenir leur appartient Cyril Ramaphosa La fringale du pouvoir Driss Lachgar Socialiste de choc Algérie-France Sans heurts et sans reproches Égypte Sous les bandelettes de Ramsès III Francophonie Place aux Jeux Religions Croyez et multipliez… Twitter Gazouillis égyptiens Tour du monde

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G RAN D ANGLE

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Les 50 qui font le Gabon

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AFRI QU E S UB SAHAR IE NNE

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RD Congo Qui a tué Lumumba ?

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SYRIE LE CHOIX DES ARMES Peu désireuses d’intervenir elles-mêmes, les puissances occidentales pourraient décider de livrer du matériel militaire à la rébellion…

Côte d’Ivoire C’est le rouge qu’ils préfèrent Tribune Homophobie = racisme Ouganda Kony court toujours Burkina Faso Diendéré, la discrétion assurée

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MAGHREB & MOY EN -ORIEN T

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Syrie Le choix des armes Tribune Relançons l’initiative de paix arabe Maroc Interview d’Abdellah Tourabi, spécialiste de l’islam politique Israël-Palestine La colonie de trop Tunisie Promotion chômage

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EUROPE, AMÉRIQUES, ASIE

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Chine Sur la trace des nababs rouges Japon Le retour du faucon France Valérie Trierweiler, première dame normale Argentine Clarín défie Kirchner Parcours Booba, ego, argot, cash-flow États-Unis Tim Scott, Black Senator En vérité Ces drones qui échappent à tout contrôle JEUNE AFRIQUE

Dans Jeune Afrique et nulle part ailleurs

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Décideurs politiques et économiques, leaders de la société civile, figures du monde de la culture… Jeune Afrique présente les acteurs les plus influents d’un pays en mouvement.

INTERVIEW YANN ARTHUS-BERTRAND Le photographe et réalisateur français présente à Dakar « 7 Milliards d’autres », une exposition hors norme.

TUNISIE PROMOTION CHÔMAGE Un an après son arrivée aux affaires, la troïka au pouvoir peine à trouver des réponses adéquates au problème de l’emploi des jeunes.

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LE PLUS DE JEU N E A FR I Q U E

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Maroc L’alternance à pas feutrés

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CHINE SUR LA TRACE DES NABABS ROUGES La République populaire compte plus de 1 million de millionnaires en dollars. Les plus avisés se cachent. Les plus téméraires, ou les plus bling-bling, s’exhibent.

ÉCON OMIE Spécial start-up En attendant la success-story Tunisie Et au milieu tourne Aerolia Télécoms Djezzy maintient sa domination Santé Fédérer pour mieux soigner Droit des affaires Daouda Ba rentre à Bamako Interview Paul Fokam, président d’Afriland First Bank Baromètre DOSSIER Hydrocarbures

CULTURE & M É D I AS Interview Yann Arthus-Bertrand, photographe et réalisateur français Arts plastiques De si talentueux recalés Bethléem À la croisée des chemins

JEUNE AFRIQUE

DOSSIER HYDROCARBURES: QUAND LES JUNIORS TAQUINENT LES MAJORS Depuis une dizaine d’années, les sociétés indépendantes sont à l’origine de la plupart des découvertes de pétrole en Afrique.

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MAROC L’ALTERNANCE À PAS FEUTRÉS • L’apprentissage du pouvoir • Benkirane-Chabat, un duo singulier • Mariage de raison avec le Golfe

Spécial 20 pages La semaine culturelle de Jeune Afrique Adieu Mélomé Clément, fondateur et saxophoniste du Poly-Rythmo de Cotonou VOUS & NOUS Le courrier des lecteurs Diagnostic Le sport : jusqu’à quel âge ? Post-scriptum

Toute l’équipe de Jeune Afrique vous souhaite d’excellentes fêtes de fin d’année et vous présente ses meilleurs vœux pour l’année 2013

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Centrafrique Le vent du boulet

ÉTATS-UNIS DES COMMANDOS POUR L’AFRICOM

L’Africom, le commandement unifié de l’armée américaine pour l’Afrique, dont le siège est en Allemagne, dispose enfin de sa propre force d’intervention rapide antiterroriste. Jusqu’ici,c’estlaCommander’s in-Extremis Force (CIF) du commandementpourl’Europe (Eucom) qui dépannait pour les opérations d’urgence. Reste à savoir où seront stationnés ces commandos : aux ÉtatsUnis,enEuropeouenAfrique? LecampLemonnieràDjibouti, qui abrite la seule base militaire américaine officielle sur le continent,etqui,aprèstravaux, pourra bientôt accueillir une quarantaine d’aéronefs et plus de 2000 hommes, pourrait être leur point de chute. TUNISIE DÉSACCORDS AU SOMMET

Rached Ghannouchi, le président du parti islamiste Ennahdha, et Hamadi Jebali,

le chef du gouvernement tunisien, sont en froid. Si le premier ne fait pas mystère de son désir d’évincer le second au profit d’un de ses proches, le très radical Abdellatif Mekki, actuel ministre de la Santé, le principal point de désaccord concerne la feuille de route de la transition. Ghannouchi voudrait que les élections aient lieu début 2014, pour se laisser le temps de prendre le contrôle de l’administration. Jebali souhaite s’en tenir à la date du 23 juin 2013. Celle-ci a été annoncée aux Tunisiens mais doit encore être validée par la future Instance supérieure LE CHIFFRE

indépendante des élections (Isie). Si le délai était finalement jugé trop court, Jebali ne verrait pas d’inconvénient à ce que la consultation ait lieu au mois de septembre suivant. MATERI, L’INSAISISSABLE

Gendre de l’ancien président Ben Ali, Sakhr el-Materi a décidément la baraka. Et des amis influents. Alors que le ministre tunisien de la Justice avait, le 14 décembre, maladroitement annoncé son arrestation aux Seychelles et sa prochaine extradition vers la Tunisie, où il est accusé de corruption et de détournement de fonds

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Le nombre de rhinocéros abattus par des braconniers en Afrique du Sud, pour l’essentiel dans le parc national Kruger, depuis le 1er janvier 2012. On n’en avait recensé que 448 en 2011 et 13 en 2007. Selon les autorités, les braconniers viendraient du Mozambique voisin. Les cornes seraient destinées à la médecine traditionnelle asiatique.

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VINCENT FOURNIER/J.A.

À

la tête de la coalition rebelle Séléka, qui, entre le 10 et le 20 décembre, s’est emparée de plusieurs localités de l’est et du nord de la Centrafrique au point de menacer directement la capitale, Michel Am Nondokro Djotodia (63 ans) est un récidiviste. Civil, ex-fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères et ex-consul à Nyala, au Soudan, cet originaire de la Vakaya avait déjà participé à une rébellion à la fin de 2006 avant de se réfugier à Cotonou, au Bénin. Incarcéré, puis libéré quelques mois plus tard, il avait évincé Abakar Sabone et Zakaria Damane de la direction du mouvement avant de réapparaître, début 2012, à la frontière soudano-centrafricaine. L’offensive brutale de Séléka, dont on s’accorde à dire qu’elle aurait pu déboucher sur la prise rapide de Bangui si les troupes tchadiennes ne s’étaient pas interposées, a contraint le président Bozizé à endosser de nouveau son uniforme. Après avoir écarté le chef d’état-major, le général Guillaume Lapo – dont les relations avec son fils, le ministre de la Défense Francis Bozizé, étaient notoirement mauvaises –, il est lui-même monté au front par la route, les 18 et 19 décembre, pour regrouper ses troupes en débandade au lendemain de la perte de Bria, consciencieusement pillée par les rebelles. Avant de s’envoler pour le sommet régional de N’Djamena consacré à la crise centrafricaine, le 20 décembre au soir, François Bozizé a confié les clés de la défense de la capitale à son fils Francis et aux trois ex-officiers français qui encadrent désormais la garde présidentielle. Ces derniers ont été mis en place récemment par le général Jean-Pierre Pérez, ancien conseiller à la présidence et désormais à la tête d’une société privée de sécurité militaire. ●

! LE PRÉSIDENT FRANÇOIS BOZIZÉ dans les couloirs de l’Assemblée nationale, en juillet 2010.

publics, l’ex-tycoon a encore réussi à passer entre les mailles du filet, grâce à l’intervention des autorités saoudiennes, qui ont obtenu des autorités seychelloises qu’il soit relâché et puisse gagner Djeddah à bord de son jet privé. En fait, il n’avait été arrêté que parce que son passeport diplomatique, emporté avec lui lors de sa fuite avant la chute de Ben Ali, n’était plus valable. Encore raté, donc, pour Tunis, qui avait déjà réclamé en vain son extradition au Qatar, où Materi s’était réfugié après la révolution. Mais, après le Four Seasons de Doha et les plages seychelloises, pas sûr qu’il goûte très longtemps l’hospitalité saoudienne… MALI ISLAMISME ETHNIQUE Ansar Eddine, pour les Touaregs… Ansar al-Charia, pour les Maures et les Bérabiches… Bientôt un groupe armé composé de Songhaïs et de Peuls… Dans JEUNE AFRIQUE

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Politique, économie, culture & société le Nord-Mali, islamistes et jihadistes se réorganisent sur des bases clairement ethniques. Une source sécuritaire malienne ne doute pas un instant que le Touareg Iyad Ag Ghali, chef d’Ansar Eddine, soit à la manœuvre : « Maintenir l’unité d’un groupe comprenant des Maures, des Bérabiches et des Touaregs était trop compliqué. Il a préféré les séparer et rester le chef qui coordonne les actions sur le terrain. » Mais, pour lui, c’est aussi une façon d’accroître son poids à la table des négociations amorcées à Ouagadougou avec les autorités maliennes et d’affaiblir Al-Qaïda au Maghreb islamique. « S’ils n’ont plus d’appuis locaux, ils seront obligés de songer à des solutions de rechange », ajoute notre source. La fuite, peut-être ?

CAMEROUN LE PALAIS D’ETOUDI SANS EAU COURANTE

L’Agence française de développement (AFD) et la Banque européenne d’investissements (BEI) ont suspendu au mois d’octobre leurs décaissements enfaveurdelaCameroonWater Utilities Corp. (Camwater), la société à capitaux publics chargée de construire les infrastructures nécessaires à

JEUNE AFRIQUE

Mefou-Messa, une station de traitement censée améliorer la production d’eau potable dans la capitale camerounaise. La situation est d’autant plus gravequelespénuriesfrappent désormais le palais d’Etoudi, siège de la présidence. Basile Atangana Kouna, le ministre chargé de l’Eau, s’est précipité à Paris début décembre pour tenter de renouer les fils de la coopération.

FRANÇOIS HOLLANDE À ALGER La Syrie à la trappe ENTRE LE TEXTE DU DISCOURS distribué à la presse française et l’allocution prononcée le 20 décembre, le passage sur la Syrie est passé à la trappe. Hollande avait prévu de rappeler que l’Algérie et la France « ont participé à la réunion récente des Amis du peuple syrien » (le 12 décembre à Marrakech) et que les deux pays devaient aider « les Syriens à trouver la voie de la liberté ». Côté algérien, on ne souhaitait pas faire de publicité à la rencontre marocaine, ni cautionner la position française. « Comment la France peut-elle soutenir et armer des groupes islamistes en Syrie et nous demander de tout faire pour les éradiquer au Sahel ? » s’interroge un diplomate. ●

De Rabat à Addis

AVANT LE MAROC, probablement en mars prochain, le président français se rendra à Abou Dhabi le 14 janvier, puis participera au sommet Europe-Amérique latine et Caraïbes les 26 et 27 janvier à Santiago, avant de s’envoler pour l’Inde, en février. Il envisage par ailleurs de faire une visite d’État en Tunisie dans le courant de l’année. Quant à Laurent Fabius, il se rendra en Afrique de l’Ouest au début de l’année, puis participera à la célébration du cinquantième anniversaire de l’Union africaine, à Addis-Abeba, en avril. ●

FRANCOPHONIE SADA S’EN VA

! L’ÉCRIVAIN ALGÉRIEN

KATEB YACINE vers 1965.

RENAUD/LEEMAGE

Fini les médiations sans fin en Guinée et à Madagascar, où il vient d’être élevé au rang de commandeur de l’Ordre national… Après dix années aux côtés d’Abdou Diouf, le Français Hugo Sada, 60 ans, qui fut dans une vie antérieure journaliste à Jeune Afrique, quitte l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), dont il était le délégué à la paix, aux droits de l’homme et à la démocratie, pour prendre sa retraite. Mais l’ex-membre des cabinets des ministres français Jean-Pierre Cot (1981-1982) et Charles Josselin (2000-2002) ne restera pas inactif et prépare un essai-témoignage sur l’Afrique. Publication prévue au second semestre 2013. Qui lui succédera à l’OIF ? Un comité de sélection présidé par Jean Ping se réunira début janvier.

la production d’eau potable à Yaoundé (montant total du prêt : 100 millions d’euros). Les incompréhensions entre Jean Williams Solo, le nouveau directeur de l’entreprise, et Brahim Ramdane, le patron marocain de la Camerounaise des eaux, l’entreprise chargée de la distribution, ont incité l’AFD à la prudence. L’arrêt des décaissements compromet la livraison du complexe

Senghor ou Kateb? « L’ALGÉRIE CHÉRIT LA LANGUE ARABE mais elle a su aussi se nourrir du français, se l’approprier, comme disait Senghor, comme un butin de guerre », a expliqué François Hollande devant les deux chambres du Parlement algérien, le 20 décembre. Sauf que la paternité du « butin de guerre » en question ne revient pas à l’ancien président sénégalais mais à l’écrivain algérien Kateb Yacine, qui se justifiait ainsi d’écrire dans la langue de Molière. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

La semaine de Jeune Afrique

L’avenir leur appartient BEST OF

Elles vont peut-être gagner un championnat, dynamiser l’économie, faire bouger les lignes de la diplomatie ou de la justice… Bref, faire parler d’elles en 2013. Voici le top 10 des personnalités « coups de cœur » de la rédaction.

FRANÇOIS SOUDAN

T

radition n’est pas raison. Pour le dernier J.A. de l’année, nous avions pris l’habitude de vous présenter les grands rendez-vous politiques, économiques et culturels des douze mois à venir, vus à travers le prisme des femmes et des hommes au cœur de ces événements. Il y aura certes, en 2013, quelques élections passionnantes en Afrique et au Moyen-Orient, certaines à hauts risques, d’autres de moindres enjeux, mais qui toutes seront suivies dans ces colonnes avec l’attention qu’elles méritent. Présidentielle en Tunisie, au Kenya,

en Iran, au Zimbabwe et sans doute à Madagascar. Législatives ayant valeur de présidentielle en Israël et de tests cruciaux en Guinée, au Cameroun, au Togo et en Mauritanie. Élections générales, tout au moins peut-on l’espérer, au Mali… La liste n’est pas exhaustive et, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas sur cet agenda que nous nous sommes fondés pour établir le petit catalogue parfaitement subjectif des dix personnalités « coups de cœur » qui suivent. Y figurent celles et ceux dont on reparlera ailleurs et autrement que dans les urnes. Parce que, comme le dit la pub, elles le valent bien… ●

Quvenzhané Wallis Cheveux en pétard pour un Oscar

C

! À 9 ANS, cette AfricaineAméricaine est la star du film Les Bêtes du Sud sauvage. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

GERALD HERBERT/AP/SIPA

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e n’est que le 10 janvier 2013 que l’on connaîtra la liste des prétendants aux Oscars, mais le monde du cinéma bruisse déjà d’une insistante rumeur: et si la petiteAfricaineAméricaine Quvenzhané Wallis était sur la liste des nominés? Saluer une performance d’acteur chez un enfant a toujours été sujet à polémique. Joue-t-il? Est-il lui-même? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, l’adorable bouille de cette fillette de 9 ans, originaire de Houma, en Louisiane, restera dans les mémoires pour le rôle de Hushpuppy, dans Les Bêtes du Sud sauvage, le film onirico-anarchiste de Benh Zeitlin. À la fois forte, fragile et déterminée, la gamine aux cheveux en pétard porte littéralement ce long-métrage, Caméra d’or au Festival de Cannes 2012, pour lequel elle a déjà reçu plusieurs prix aux États-Unis. Nul ne peut dire aujourd’hui si elle fera carrière. Mais c’est possible : elle sera notamment à l’affiche du prochain film de Steve McQueen, Twelve Years a Slave, aux côtés de Brad Pitt, Michael Fassbender et Sarah Paulson. Rien de moins. ● NICOLAS MICHEL JEUNE AFRIQUE

EMMANUEL DAOU BAKARY

! CETTE ÉLUE du Nord du Mali se bat pour que son pays retrouve la paix.

Oumou Sall Seck Maire courage

F

ille d’un Peul et d’une Ifogha, parlant le songhaï, Oumou Sall Seck, 44 ans, se dit « déchirée » par les divisions qui se font jour au Mali. Maire de Goundam (région de Tombouctou) depuis 2004, elle a dû fuir sa ville le 13 avril dernier, poussée par ses administrés : le lendemain à l’aube, la ville tombait aux mains des rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), puis des islamistes touaregs d’Ansar Eddine. « Ils ont tout cassé, tout pillé. Il n’y a plus ni

JEUNE AFRIQUE

état civil, ni écoles, ni centres de santé… Et ils se sont installés dans notre centre multifonctionnel », s’énerve-t-elle. Sa grande fierté : un lieu où les anciennes exciseuses, reconverties en commerçantes, fabriquaient savons, fromages et aliments pour bétail, et où les jeunes femmes pouvaient apprendre à lire. TISSU SOCIAL. Depuis, Sall Seck multi-

plie les tournées dans la sous-région et en Europe pour attirer l’attention sur la

situation des femmes, violées et battues par les occupants de sa ville. Membre du Collectif des maires du Nord, elle milite aussi pour une intervention militaire rapide. « Sinon, ce sont les milices qui vont s’en mêler. Et ce sera la guerre civile. » Oumou Sall Seck saura-t-elle aider à réparer le tissu social ? « Ce sera dur, mais je n’ai pas le choix : en tant qu’élue, ma douleur ne compte pas. Ce qui compte, c’est le Mali. » ● MALIKA GROGA-BADA N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

La semaine de J.A. L’événement

I

l est l’homme qui pourrait réconcilier les frères ennemis palestiniens du Hamas et du Fatah, dont il est un membre éminent. Celui qui aurait assez de fermeté mais aussi d’intelligence politique pour relancer les négociations de paix avec Israël sur des bases viables. Il était considéré comme le probable successeur de Yasser Arafat et, selon les sondages les plus récents, reste la personnalité politique

préférée des Palestiniens. Mais, depuis 2002, Marwane Barghouti milite depuis sa geôle israélienne : il a été cinq fois condamné à la réclusion à perpétuité pour meurtre, bien qu’il ait régulièrement désapprouvé les attentats contre des civils en Israël. En janvier 2012, il avait profité de l’une de ses comparutions devant un tribunal pour appeler « le peuple palestinien à l’unité, à la

cohésion, à l’établissement d’un gouvernement d’union nationale mais aussi à suivre la voie d’une résistance populaire et pacifique pour mettre fin à l’occupation ». En Israël, des intellectuels, des députés, des ministres ont réclamé sa libération. Sans convaincre jusque-là l’exécutif, qui refuse de relâcher le militant, quitte à en faire demain un Mandela arabe. ● LAURENT DE SAINT PÉRIER

MARCO LONGARI/AFP

Marwane Barghouti Un Mandela arabe

" LA PAIX entre Palestiniens et Israéliens passe par sa libération.

Fatou Bensouda Out of Africa

S

" CETTE ÉCONOMISTE éthiopienne crée des Bourses de matières premières.

Eleni Gabre-Madhin La reine du triple A

À

peine a-t-elle quitté la direction générale del’EthiopiaCommodityExchange(ECX), une Bourse des matières premières agricoles qu’elleacrééeen2008,qu’EleniGabre-Madhin s’attaque à un ambitieux projet. En janvier, lors du World Economic Forum de Davos, cette économiste éthiopienne lancera sa nouvelle société. Baptisée Eleni et basée à Nairobi, au Kenya, elle se fixe pour objectif de créer et financer des Bourses de matières premières, agricoles ou minières, sur le continent. Le succès de l’ECX a fait des émules. En quatre ans, cette Place a contribué à revaloriser les revenus des paysans éthiopiens. Pas moins de dix-huit représentants de gouvernements et deux chefs d’État, le Nigérian Goodluck Jonathan et le Tanzanien Jakaya Kikwete, l’ont visitéepours’eninspirer.Endiscussionavancée sur une douzaine de projets, Eleni va créer ses premières Bourses début 2013. ●

ous le feu de la critique, la Cour pénale internationale (CPI) et Fatou Bensouda, sa procureure, jouent gros en 2013. Cette énergique juriste gambienne de 51 ans devra passer à la vitesse supérieure car, en dix ans, la CPI n’a prononcé qu’une seule condamnation, à l’encontre de Thomas Lubanga, l’ex-chef de guerre congolais. On attend notamment le jugement définitif dans le procès de Jean-Pierre Bemba, l’ancien vice-président de la RD Congo, accusé d’avoir laissé ses hommes perpétrer des exactions en Centrafrique, ainsi que ceux de Mathieu Ngudjolo Chui et de Germain Katanga, pour des crimes commis en RD Congo. Bensouda pourrait aussi gérer le très sensible procès Gbagbo si les charges contre l’ancien dirigeant ivoirien étaient confirmées en février prochain. Son bureau mène actuellement sept enquêtes dans sept pays, tous africains, et procède à huit examens préliminaires, dont certains touchent d’autres continents (Afghanistan, Colombie, Corée du Sud, Géorgie, Honduras). Diligenter des poursuites hors d’Afrique permettrait de redorer le blason d’une institution accusée d’être à la solde des Blancs et de promouvoir une justice des vainqueurs. Bensouda devra convaincre les responsables africains d’exécuter les mandats d’arrêt de la CPI. Ce qui est de moins en moins le cas. Nkosazana Dlamini-Zuma, la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), a déjà indiqué qu’une arrestation d’Omar el-Béchir, le président soudanais, serait malvenue car elle compromettrait le processus de paix engagé dans son pays. Jerry Rawlings, l’ancien président du Ghana, et Paul Kagamé, le chef de l’État rwandais, vont plus loin. Selon eux, la CPI incarne « le colonialisme, la servitude et l’impérialisme ». ● PASCAL AIRAULT ! OBJECTIF DE LA PROCUREURE

de la Cour pénale internationale : convaincre les Africains que son institution n’est pas « à la solde des Blancs ».

MAMADOU TOURE BEHAN/AFP

SIMONE D. MCCOURTIE/WORLD BANK

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STÉPHANE BALLONG N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

JEUNE AFRIQUE

MULUGETA AYENE/AFP

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! MALI, RD CONGO, MADAGASCAR… La présidente de la Commission de l’Union africaine devra gérer des dossiers très chauds.

Nkosazana Dlamini-Zuma Une puncheuse à l’épreuve

L

a bataille qui l’a opposée à Jean Ping pour la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA) a été dure. Très dure. À deux reprises, en janvier puis en juillet 2012, Nkosazana Dlamini-Zuma est allée au charbon, manquant à chaque fois de tout perdre avant de s’imposer face à son rival gabonais. Mais à 63 ans, l’ancienne ministre sud-africaine (de la Santé, des Affaires étrangères puis de

l’Intérieur), autrefois mariée à Jacob Zuma, a connu pire. Elle sait encaisser les coups. À Pretoria, elle a su faire le ménage dans des administrations réputées pour leur lenteur et leur corruption. Elle s’est accommodée de cette image d’« éléphant dans un magasin de porcelaine » que lui a collée l’opposition. Surtout, elle sait que 2013 s’annonce difficile et que ses détracteurs l’attendent au

tournant. N’avait-elle pas promis de faire entendre à nouveau la voix de l’Afrique ? La crise dans le Nord-Mali sera son premier test – mais pas le seul, puisque l’UA aura également fort à faire dans l’est de la RD Congo et à Madagascar. Il lui faudra aussi réconcilier les blocs régionaux qui se sont affrontés pour les départager, Ping et elle. ● ANNE KAPPÈS-GRANGÉ

Hamma Hammami & Radhia Nasraoui L’union fait leur force our Hamma Hammami, secrétaire général du Parti des travailleurs (ex-PCOT) et porte-parole du Front populaire, il y aura toujours un avant- et un après-14 janvier 2011. La crinière prématurément blanchie sous le poids d’années de militantisme et de torture, cet activiste d’extrême gauche, qui, trois jours avant sa chute, demandait le départ de Ben Ali, s’est mué, à 60 ans, en homme politique. Avec Béji Caïd Essebsi, l’ancien Premier ministre, et Moncef Marzouki, le président de la République, ce fils d’agriculteurs du Nord-Ouest fait partie des personnalités les plus populaires du pays. De fait, le directeur du journal Al-Badil en impose. Tirant les leçons de l’échec de son parti aux élections de 2011, il s’est détaché de sa réputation d’exalté. Son franc-parler et sa vision claire et rationnelle de l’avenir du pays ont séduit les Tunisiens, et surtout les Tunisiennes. À des persifleurs islamistes, qui lui donnaient du « Monsieur Nasraoui », l’affublant ironiquement du patronyme de l’avocate Radhia Nasraoui, son épouse, il a rétorqué que ce sobriquet était un honneur. Reconnue sur la scène internationale pour sa défense des droits de l’homme et sa lutte contre la torture, Radhia continue de pourfendre les dérives du système judiciaire et carcéral. Et pour Hamma, elle reste à tout jamais cette compagne courageuse qui, le 14 janvier 2011, a toqué à la porte du ministère de l’Intérieur pour exiger sa libération. ● FRIDA DAHMANI, à Tunis JEUNE AFRIQUE

! UN COUPLE TRÈS POPULAIRE EN TUNISIE, soudé par le militantisme et la défense des droits de l’homme. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

HICHEM

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La semaine de J.A. L’événement

Ali Ibn Fetais al-Marri Justicier des peuples spoliés e procureur général du Qatar sera-t-il le Robin des Bois des « biens mal acquis arabes »? Fin août, les Nations unies ont fait d’Ali Ibn Fetais al-Marri leur mandataire régional spécial pour le recouvrement des avoirs volés. Mission: mettre la main sur les milliards détournés par les autocrates et leurs proches chassés du pouvoir au Yémen, en Égypte, en Libye et en Tunisie, puis les restituer aux États spoliés. Le 11 septembre dernier, présidant le Forum arabe pour la restitution des avoirs volés organisé dans la capitale qatarie, Marri appelait à la mise en procès des pillards. Mais la veille, sur décision de justice, le Qatar expulsait Sakhr el-Materi, homme d’affaires et gendre du Tunisien Ben Ali, qu’il avait accueilli pendant des mois. Pourquoi ne pas l’avoir extradé? La stratégie du mandataire reposerait en réalité davantage sur le marchandage que sur la coercition: restitution des biens contre levée des poursuites. L’adoubement par l’ONU du procureur général du Qatar conforte la position de ce micro-État, qui depuis 2009 se pose en champion de la lutte anticorruption. Une disposition régulièrement contredite par sa très appréciée « diplomatie du chéquier »… ● L.S.P.

AMMAR ABD RABBO/ABACAPRESS.COM

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" LE PROCUREUR GÉNÉRAL du Qatar a été chargé par l’ONU de récupérer les « biens mal acquis arabes ».

Phiona Mutesi Échec à la misère

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es médias américains se l’arrachent. Depuis son arrivée début décembre aux États-Unis à la rencontre de jeunes joueurs d’échecs, Phiona Mutesi fait le tour des plateaux de télévision et de radio. Tout lemondeveutcomprendrecommentcette Ougandaise de 16 ans qui vivait dans un taudisetdontlepèreestmortdusidaquand elle avait 3 ans est devenue la plus jeune gagnantedeschampionnatsd’Afrique.Son parcours atypique émerveille.

En 2005, alors qu’elle est en quête de son pain quotidien dans les rues de Katwe, un bidonville de Kampala, Phiona, alors âgée de 9 ans, suit son frère dans un centre caritatif qui permet aux plus démunis de pratiquer différents sports et activités. Elle espère y trouver à manger, mais découvre les échecs. Le jeu l’intrigue. Encouragée par Robert Katende, l’entraîneur, la fillette apprend les règles de base. Deux ans plus tard,

elle remporte le championnat national junior, avant de représenter l’Ouganda dans plusieurs tournois internationaux, dont l’Olympiade des échecs à Istanbul, en août dernier. Un parcours hors norme que Disney voudrait adapter au grand écran, après avoir racheté tous les droits sur The Queen of Katwe, le livre qui retrace la vie de celle qui vise aujourd’hui un titre de grand maître international. ● TRÉSOR KIBANGULA

STEPHANIE SINCLAIR/VII

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! LA VIE DE CETTE PRODIGE ougandaise de 16 ans a fait l’objet d’un livre, que Disney envisage d’adapter au cinéma. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

JEUNE AFRIQUE

La semaine de J.A. Les gens

Cyril Ramaphosa La fringale du pouvoir En retrait de la scène politique sud-africaine depuis quinze ans, l’ancien leader syndical devenu un richissime businessman a été élu vice-président de l’ANC. Et vise déjà beaucoup, beaucoup plus haut.

N

elson Mandela vivrat-il assez longtemps pour assister à l’élection de son poulain à la tête de l’État sud-africain ? La santé fragile du père de la nation permet malheureusement d’en douter, mais Madiba aura au moins eu la satisfaction de voir, depuis son lit d’hôpital, Cyril Ramaphosa franchir une étape décisive. Le 18 décembre, lors de la conférence du Congrès national africain (ANC), l’homme d’affaires multimillionnaire a été élu vice-président du parti, avec 75 % des voix. Ce qui lui ouvre de belles perspectives : la vice-présidence du pays en 2014, puis, pourquoi pas, la magistrature suprême. PARADOXES. Figure de la lutte

contre l’apartheid et acteur essentiel de la transition démocratique, Cyril Ramaphosa avait officiellement disparu de la scène politique ! LE TYCOON au Congrès de Bloemfontein, depuis qu’il s’était lancé dans les le 17 décembre. affaires, il y a quinze ans. Bien que son retour ait été régulièrement annoncé dans la presse, il a toujours même s’il fait partie d’une riche élite, est nié nourrir cette ambition… jusqu’à la resté populaire. Les Sud-Africains aiment campagne pour la vice-présidence du cet homme dont le parcours épouse tous parti, quand il a acquis la certitude que les contours et paradoxes de la nation son heure était arrivée. Selon ses amis, il Arc-en-Ciel : pauvre et riche, socialiste et ne se lance jamais dans un combat dont libérale, tenant miraculeusement debout la victoire n’est pas assurée. malgré les faux pas. Épargné par les guerres fratricides et Né dans le bidonville de Soweto en les scandales de corruption qui ébranlent 1952, Ramaphosa obtient un diplôme l’ANC depuis plusieurs années, adoubé d’avocat et s’engage dans le syndicalisme. par le Parti communiste, les syndicats et En 1987, il met 300 000 ouvriers dans la Jacob Zuma lui-même (qui a été reconrue, fait trembler le régime de l’apartheid duit à la tête du parti le même jour), et se forge une réputation de négociaRamaphosa offre au chef de l’État l’occateur hors pair. La route est tracée pour sion de redorer son blason. Car « Cyril », celui qui fera partie du très sélect comité

d’accueil de Nelson Mandela à sa sortie de prison, en 1990. L’année suivante, à 38 ans, il est élu secrétaire général de l’ANC et mène les négociations avec le régime. Il devient président de l’Assemblée constituante, mais, une fois la Constitution adoptée en 1996, le tribun quitte l’arène. Il a été désavoué par les caciques de l’ANC, qui lui préfèrent Thabo Mbeki pour succéder à Mandela. La politique le lâche ? Soit. Il reste, dans ce pays qui renaît, une page à écrire dans le business. Un succès fulgurant attend Ramaphosa. En 1997, il est l’un des premiers à profiter de la politique de discrimination positive et possède, une dizaine d’années plus tard, une fortune de 675 millions de dollars (521 millions d’euros), selon le magazine américain Forbes. Shanduka, son fonds d’investissement, est présent dans les mines, l’immobilier, les médias, les télécoms, les boissons… À plusieurs reprises, son insolente prospérité le met en porte-à-faux avec son image de pourfendeur des inégalités. En août dernier, quand le pays s’indigne de la mort de 34 mineurs grévistes, tués par la police, Ramaphosa est du mauvais côté de la barrière. Il est l’un des administrateurs de Lonmin, à qui appartient le site de Marikana, et dénonce les actions des mineurs. Il s’en excusera publiquement. Un mea-culpa qui semble avoir satisfait les délégués de l’ANC. L’amateur de bons vins et de voitures de course possède, malgré tout, de solides atouts pour faire rêver les Sud-Africains. Pour le tycoon, l’heure de la revanche a sonné. ● STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

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ÉLISE COLETTE

NOMINATIONS

ELYES FAKHFAKH TUNISIE L’actuel ministre duTourisme a été nommé ministre des Finances, poste vacant depuis juillet 2012. Il cumule temporairement ces deux portefeuilles. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

MANGA DEMBÉLÉ MALI Le conseiller à la communication à l’ambassade du Mali à Paris a été nommé ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, le 15 décembre. JEUNE AFRIQUE

EN HAUSSE

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HAIFAA AL-MANSOUR

Driss Lachgar Socialiste de choc

La première femme cinéaste d’Arabie saoudite a reçu, le 16 décembre, le prix du meilleur long-métrage arabe au festival de Dubaï, pour Wadjda, l’histoire d’une fillette rebelle dans un pays où les femmes sont privées de droits.

L’ancien ministre marocain des Relations avec le Parlement prend les rênes d’une USFP affaiblie. Sa recette pour guérir ? Une cure d’opposition.

MOHAMED SHAHID NAZIR

À

Révélé par une vidéo sur YouTube, ce Pakistanais qui chantait pour vanter la qualité de ses poissons sur un marché londonien devient une star de la pop. Sa chanson One Pound Fish est l’un des dix titres les plus vendus en Grande-Bretagne. YAYA TOURÉ

DR

SNCF Le procès pour discrimination intenté à la compagnie ferroviaire française s’est ouvert à Paris. Elle est poursuivie par 58 salariés, marocains ou d’origine marocaine, dont la plupart n’ont jamais obtenu le statut de cheminot.

JEUNE AFRIQUE

AUDREY PULVAR En raison de relations tendues avec Matthieu Pigasse, le propriétaire des Inrockuptibles, la directrice générale de l’hebdomadaire français, qui s’est séparée récemment d’Arnaud Montebourg, a démissionné, cinq mois après sa nomination. SALAH GASMI, DIT MOHAMED ABOU SALAH

DR

YOUSSEF AÏT AKDIM

Lors d’une cérémonie organisée à Accra le 20 décembre, le milieu de terrain ivoirien de Manchester City s’est vu décerner par la Confédération africaine de football le trophée du meilleur joueur africain de l’année pour la deuxième fois consécutive. EN BAISSE

ALEXANDRE DUPEYRON/J.A.

58 ans, Driss Lachgar a été élu, le 16 décembre, premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), principale formation de la gauche marocaine, au terme d’un duel de second tour avec Ahmed Zaïdi, le chef du groupe parlementaire à la Chambre des représentants. Celui-ci a eu beau dénoncer des « pressions » et des « fraudes », la victoire de Lachgar n’a surpris personne. Pas même les déçus du scrutin qui ont annoncé aussitôt leur démission : Ali Bouabid, fils d’Abderrahim Bouabid, l’un des fondateurs du parti, Mohamed Lahbabi, compagnon de route de ce dernier, ou Montassir Sakhi, chef de file des ittihadis (membres de l’USFP) du Mouvement du 20-Février. Il n’empêche : Lachgar est un militant apprécié par la base. Au lendemain de la nomination d’Abdelilah Benkirane au poste de chef du gouvernement, fin 2011, c’est lui qui a annoncé, en direct à la télévision, que l’USFP rejoignait l’opposition, brûlant la politesse au Conseil national, qui devait statuer sur la question. L’opposition : un âge d’or pour les socialistes, qui constatent que leur participation au gouvernement d’alternance, après 1998, s’est accompagnée d’une baisse de popularité continue. ! LORS DU CONGRÈS de Bouznika, Lachgar avait déjà le 16 décembre. défendu cette ligne lors du congrès de 2008 – en vain –, avant de menacer de s’allier aux islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) contre le Parti Authenticité et Modernité (PAM). Cet activisme à tous crins lui avait valu un portefeuille ministériel en janvier 2010. Ministre chargé des Relations avec le Parlement, il s’était attelé à la tâche en songeant à l’époque où il était chef du groupe socialiste à la Chambre. Époque, aussi, où il croisait le fer avec El Mostafa Ramid, son alter ego du PJD, au sujet de la législation antiterroriste. Depuis l’arrivée des islamistes au gouvernement, Lachgar ne jure plus que par l’opposition frontale, avec, comme allié objectif, Hamid Chabat, le secrétaire général de l’Istiqlal (lire pp. 96-97).●

Les forces de sécurité algériennes ont arrêté, le 16 décembre, le numéro deux et responsable de la communication d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dans la région de Bouira. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

La semaine de J.A. Décryptage

SAMIR SID

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€ ABDELAZIZ BOUTEFLIKA et son homologue français, à Alger, le 19 décembre.

Algérie-France Sans heurts et sans reproches Pour sa première visite d’État, François Hollande a séduit ses hôtes et su trouver le ton juste. Le début d’une nouvelle ère pour les relations bilatérales ?

L

e 19 décembre, le jour de l’arrivée de François Hollande, les Algérois ont craint le pire. Au moment où le président français foule le tarmac de l’aéroport, la Grande Poste, célèbre monument de la capitale, est ravagée par un incendie. Le protocole ayant prévu un accueil populaire autour de cet édifice néomauresque, construit par la puissance coloniale en 1910, la panique est à son comble. « Mauvais présage », répètent les Algérois qui se sont déplacés pour saluer le cortège officiel. « Décidément, rien n’est simple dans les relations entre les deux pays, soupire Nadia, étudiante à l’École supérieure de commerce. Leur avenir est otage du passé

Pour la première fois depuis l’indépendance, un président français a reconnu les souffrances endurées par le peuple algérien du fait de la colonisation. Mieux : si Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy avaient déjà dénoncé le caractère profondément injuste de l’occupation, Hollande est le premier à avoir évoqué la torture. Éminent représentant de « la famille révolutionnaire » – les organisations et partis opposés à toute normalisation avec la France –, Mohamed Cherif Abbas, ministre des Moudjahidine (anciens combattants) a dû reconnaître « le courage de M. Hollande ». Pouvoir et opposition sont tombés sous le charme du « président normal », dont le discours a été souvent interrompu par des salves d’applaudissements. Retransmise en direct à la télévision et à la radio, son allocution a séduit une opinion qui semble croire à un nouvel âge des relations avec l’ancienne métropole. « D’ÉGAL À ÉGAL ». Quelques heures plus tard, le président français s’est envolé pour Tlemcen, où il avait choisi de s’adresser à la jeunesse algérienne. « C’est la première fois qu’un chef d’État étranger a une pensée pour notre enfance brisée », souligne Nadir, étudiant à la faculté de médecine, faisant allusion aux années de braise, celles de la décennie 1990 et de la barbarie de l’insurrection islamiste. Concrètement et au-delà des discours, des accords économiques ont été signés,

et voilà que le sort s’acharne… » Mais ces appréhensions sont vite balayées. Avec l’arrivée du cortège, la liesse reprend le dessus. Très chaleureux à l’égard de leur visiteur, les Algérois ont aussi fêté Abdelaziz Bouteflika, dont les sorties sont de plus en « C’est la première fois qu’un chef plus rares. Entre deux disd’État étranger évoque notre cours et quelques escaenfance brisée », note un étudiant. pades dans les rues de la capitale et dans celles de la ville impériale de Tlemcen, François et des projets de « coproduction indusHollande a mis les Algériens dans sa trielle » lancés. Après les partenariats poche, réussissant à donner des regrets « gagnant-gagnant », voici le temps des à la dizaine de députés islamistes (sur partenariats « d’égal à égal ». De quoi 462 élus nationaux) qui avaient boycotté satisfaire l’ego des Algériens. ● son discours au Parlement. CHERIF OUAZANI, envoyé spécial à Alger

À SUIVRE LA SEMAINE PROCHAINE

1ER

JANVIER Le Rwanda sera pour deux ans membre non permanent du Conseil de sécurité. Il y rejoint neuf pays (dont le Maroc et le Togo), la présidence étant assurée par le Pakistan.

1ER

JANVIER Lancement par l’ONU de l’Année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau (sur les plans économique, diplomatique, juridique, scientifique, culturel…).

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

7

JANVIER Le Ballon d’Or 2012 sera décerné à Zurich, h, en Suisse. Les finalistes sont l’Argentin Lionel Messi, l’Espagnol Andrés Iniesta et le Portugais Cristiano Ronaldo. JEUNE AFRIQUE

ILS ONT DIT

Égypte Sous les bandelettes de Ramsès III XIXe siècle – n’avait rien révélé de plus. C’est en enlevant les fines bandelettes entourant son cou et grâce à des scanners à rayons X que les scientifiques ont, cette fois, identifié une entaille juste en dessous du larynx. Elle aurait été faite par un couteau bien aiguisé et a dû entraînerunemortimmédiate. Le complot a donc eu raison du pharaon, même si l’on sait par les documents officiels qu’il échoua. Une momie trouvée au côté de celle du souverain et enveloppée de peaux de chèvre – une matière « rituellement impure » – pourrait être celle du fils rebelle, contraint de se suicider et ainsi privé de vie après la mort. ●

« Nous avons eu raison de chasser les généraux de l’OAS. Pas Cheikh Raymond, ni Montesquieu, ni Victor Hugo. » IDIR Chanteur algérien

« Je préfère le boucan de la presse au silence des dictatures. » DILMA ROUSSEFF Présidente du Brésil

« Le dopage [de ses concurrentes] m’a volé le titre d’athlète la plus rapide du monde et tout ce qui va avec : les primes, les contrats de sponsoring. »

BERNARD BISSON/JDD

MARIE VILLACÈQUE

Francophonie Place aux Jeux PASSIONNÉDESPORT,lui-mêmeancienpilotedemoto,Christian Estrosi, député-maire de Nice, ne cache pas son enthousiasme. Avec volubilité, l’ancien ministre français chargé de l’Industrie explique comment sa ville s’apprête à accueillir, du 6 au 15 septembre 2013, les septièmes Jeux de la Francophonie. Justement, le 10 décembre, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a fait le point sur les préparatifs de la manifestation, la seule à associer compétitions sportives et culturelles (arts plastiques, chanson, danse, littérature, photo…), comme cela se faisait dans l’Antiquité grecque. Clément Duhaime, l’administrateur de l’OIF, compte sur une soixantaine de pays participants, ce qui constituera un record. Aux disciplines sportives traditionnelles (athlétisme, basketball, football, judo, lutte libre et africaine, tennis de table, athlétisme handisport) viendra s’ajouter une épreuve de cyclisme sur route. Détail important, les coureurs disposeront tous de l’équipement le plus perfectionné, qu’ils pourront garder à l’issue de la compétition. Nice déclinera son célèbre carnaval et autres temps forts de 2013 (y compris le Tour de France cycliste, qui y fera étape) sur le thème de la langue française en partage. Plusieurs médias tels que TV5 Monde, Africable, RFI – J.A. est également partenaire – déploieront un dispositif exceptionnel pour les Jeux. Autre originalité de cette manifestation : c’est le seul grand événement organisé en alternance dans un pays du Nord et un pays du Sud. Après le Maroc (1989), la France (1994), Madagascar (1997), le Canada (2001), le Niger (2005), le Liban (2009) et de nouveau la France en 2013, deux pays africains sont déjà candidats pour 2017 : le Tchad et la Côte d’Ivoire. ● DOMINIQUE MATAILLET JEUNE AFRIQUE

CHRISTINE ARRON Sprinteuse française, recordwoman d’Europe du 100 m (qui, à 39 ans, met fin à sa carrière)

« Je ne suis pas de la haute, je suis juste un arriviste ! » BORIS JOHNSON Maire de Londres

« Aubry et Royal se sont fait doubler par un petit gros en 2012, il pourrait bien arriver la même chose à Copé et Fillon à la prochaine présidentielle ! » XAVIER BERTRAND Ancien ministre français (qui a déclaré sa candidature à la primaire UMP de 2016) N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

MINISTERE TRAVAIL/DICOM/PRM/SIPA

C’EST UN CRIME VIEUX de plus de 3 000 ans qui vient d’être élucidé. Selon des chercheurs européens et égyptiens, le pharaon Ramsès III a eu la gorge tranchée lors de la « conspiration du harem » en 1 155 avant J.-C. Cette tentative de coup d’État avait été fomentée par la reine Tiyi pour placer son fils Pentaour sur le trône, alors que l’héritier légitime était le fils d’Isis, première épouse de Ramsès III. Le complot était connu notamment grâce à un papyrus conservé à Turin, mais qui ne précisait pas si le pharaon, alors âgé de 65 ans, avait survécu. Dans les années 1960, une radiographie de sa momie – découverte à la fin du

21

La semaine de J.A. Décryptage

Religions Croyez et multipliez… vivent à 99 % en dehors du Moyen-Orient, qui est pourtant leur berceau. La majorité des musulmans (62 %) sont asiatiques, alors que 20 % vivent au Moyen-Orient et au Maghreb. En raison du poids de la Chine, 76 % des personnes qui ne se réclament d’aucune religion se trouvent en Asie, contre 12 % en Europe. Beaucoup d’entre elles (30 % en France) disent toutefois croire

Le Pew Research Center publie une étude très complète sur les quelque 5,8 milliards de croyants de la planète.

À

l’approche de Noël, le Pew Research Center a publié, le 18 décembre, un « panorama des religions dans le monde »*. L’institut américain y établit le nombre, l’âge médian et la répartition géographique des adeptes des différentes religions. D’après le centre de recherche, qui a compilé quelque 2 500 rapports, la planète comptait 5,8 milliards de croyants en 2010, soit 84 % de la population mondiale, contre 16 % d’agnostiques, athées et autres « non affiliés ». Avec 2,2 milliards de fidèles, le christianisme reste le premier groupe religieux du monde, devant l’islam (1,6 milliard), l’hindouisme (1 milliard), le bouddhisme (500 millions) et les religions traditionnelles (400 millions). DISPERSION. La répartition géographique

variebeaucoupd’ungroupeàl’autre.Ainsi, les chrétiens sont les plus dispersés à travers le monde (26 % en Europe, 24 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, 24 % en Afrique subsaharienne), même s’ils LE DESSIN DE LA SEMAINE

Répartition des groupes religieux dans la population mondiale Chrétiens

23,2%

31,5%

Musulmans

TOTAL

6,9

milliards

Juifs 0,2% Autres 0,8%

16,3%

5,9 %

Religions traditionnelles Bouddhistes

SOURCE : PEW RESEARCH CENTER

22

7,1 %

15 %

Sans religion

Hindouistes

Âge médian des groupes religieux en 2010 0 10 20 30 40 Juifs Bouddhistes

en une « puissance supérieure ». Enfin, le dynamisme démographique de l’islam se confirme : avec un âge médian de 23 ans, les croyants musulmans sont plus jeunes que les chrétiens (30 ans) et que les juifs (36 ans). Sans surprise, l’islam est la religion dominante au Maghreb et au MoyenOrient, avec 93 % d’adeptes, pour seulement 3,7 % de chrétiens. Quatre des dix pays qui comptent le plus de musulmans sont africains : le Nigeria (à la 5e place), l’Égypte (6e), l’Algérie (9e) et le Maroc (10e), ces deux derniers abritant chacun 2 % des musulmans du monde. FIDÈLES. En revanche, le christianisme est majoritaire en Afrique subsaharienne, où ses fidèles représentent 62,9 % de la population, les musulmans 30,2 % et les adeptes des religions traditionnelles 3,3 %. Avec 63,2 millions de catholiques et de protestants, la RD Congo abrite la huitième population chrétienne du monde. Les religions traditionnelles comptent encore 26,9 millions de pratiquants au sud du Sahara, dont 32,9 % de la population au Soudan du Sud et 15,4 % au Burkina. Sur tout le continent africain, les personnes qui déclarent n’être liées à aucune religion sont encore très minoritaires : elles ne seraient que 3,2 % au sud du Sahara et 0,6 % au Maghreb et au Moyen-Orient. ● CHRISTOPHE LE BEC

Chrétiens Hindouistes Musulmans

* « The Global Religious Landscape », disponible sur http://www.pewforum.org/globalreligious-landscape-exec.aspx Chappatte • Le Temps • Suisse ITALIE COUCOU, C’EST MOI !

REVIENDRA, REVIENDRA PAS ? Malgré toutes ses frasques, Silvio Berlusconi n’a nulle intention de se faire oublier. Tantôt l’ancien président du Conseil annonce son retour sur la scène politique, tantôt il fait machine arrière, avant de resurgir comme un diable de sa boîte… Une situation fluctuante que l’acteur et humoriste italien Roberto Benigni résume à sa façon : « Seigneur, aidez-nous ! Il n’a rien à perdre, il a déjà tout fait : orgies, avocats, mineures… C’est comme dans un film d’horreur : quand tout semble calme arrive le requin, la momie, Godzilla ! » N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

JEUNE AFRIQUE

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Twitter Gazouillis égyptiens

JEUNEAFRIQUE.COM

VIDÉO

C

par Julius Malema (21e, avec 253521 abonnés). Après avoir suspendu son activité en février, l’ex-enfant terrible de l’ANC, exclu dupartiaupouvoirenavril,arecommencé à « gazouiller » (la signification du verbe to tweet). Et même le célèbre athlète Oscar Pistorius (24e, avec 219626 abonnés) ne parvient pas à le rattraper.

onséquence du Printemps arabe, Twitter poursuit son essor en Afrique du Nord. En six mois, Mohamed Morsi a vu le nombre de ses abonnés sur le réseau social plus que décupler, passant de 74 232 fin juin 2012 à plus de 797 000 au 20décembre.Unscorequireste insuffisant pour régner sur la twittosphère africaine. Leprésidentégyptienesteneffetdevancé par trois de ses compatriotes: Mohamed el-Baradei, avec 1,13 million d’abonnés, est l’homme le plus suivi du continent, talonné par le téléprédicateur Amr Khaled (1,07 million d’abonnés) et le cyberdissident Wael Ghonim (807862 abonnés). Les Égyptiens sont omniprésents dans le classement des Africains les plus influents sur le site de microblogging. Ils sont 21 dans le top 25 et il faut descendre à la douzième place pour voir se faufiler un ressortissant d’un autre pays: le chanteur nigérian D’Banj (498020 abonnés). Mais Mohamed Morsi devance de loin ses pairs. Avec 187855 followers, le deuxième chef d’État le plus suivi, Jacob Zuma, est dernier du top 25 continental. Le présidentsud-africainestnotammentprécédé

INFLUENTS. Désormais distancé, Paul

Kagamé (92 971 abonnés) perd sa troisième place au classement des dirigeants africains les plus suivis sur Twitter. Le président rwandais est dépassé par son homologue tunisien, Moncef Marzouki (100 260 abonnés), et par Babatunde Fashola, le gouverneur de l’État de Lagos, qui réunit plus de 99 000 followers. De quoi encourager les présidents des États voisins du Rwanda, longtemps restés à la traîne sur les réseaux sociaux. L’Ougandais Yoweri Museveni et le Tanzanien Jakaya Kikwete ont presque doublé leur audience de juin 2012 : le premier compte désormais 10 694 abonnés et le second plus de 43 000. Pas encore suffisant pour inquiéter l’homme fort de Kigali. ●

M. Morsi

Égypte

J. Zuma M. Marzouki P. Kagamé

Afrique du Sud

187 855

Tunisie

100 260

Rwanda

92 971 48 497*

J. Kikwete

Tanzanie

Y. Museveni

Ouganda

10 694

Ghana

6 943

Sénégal

6 655

Côte d'Ivoire

5 834

A. Ouattara

2012

797 204

Nigeria

M. Sall

43 126

* Il existe deux adresses, non authentifiées, pour Goodluck Jonathan. Sur les deux, le dernier tweet date de mars 2011. L'autre adresse compte 10 091 abonnés. JEUNE AFRIQUE

RD Congo : qui sont les chefs du Mouvement du 23-Mars ? Plongée au cœur du mouvement rebelle du Nord-Kivu.

> RÉTROSPECTIVE

Nombre d’abonnés (au 20.12.2012)

G. Jonathan

J. D. Mahama

WHO’S WHO

APANEWS

Pays

Alain Mabanckou, écrivain congolais : « Étonnants Voyageurs amènera de grands écrivains à Brazzaville »

TRÉSOR KIBANGULA

Top 10 des chefs d’État africains sur Twitter Président

VINCENT FOURNIER/JA

Mohamed Morsi est le chef d’État du continent qui compte le plus d’abonnés sur le réseau social. Logique : ses compatriotes dominent le top 25 des Africains les plus suivis.

Retour en images sur les événements qui ont marqué l’Afrique et le Moyen-Orient

À LIRE AUSSI : Franck Biya dans la tourmente N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

La semaine de J.A. Tour du monde CORÉE DU SUD

17 décembre, en dépit du meurtre la semaine précédente de deux de leurs collègues.Autotal,157enseignantsont été assassinés depuis dix-huit mois. Ils sont considérés comme des cibles faciles par les séparatistes malais de confession musulmane, résolus à chasser les Thaïs bouddhistes de la région. Depuis 2004, le conflit a fait plus de 5 000 victimes.

Avec la « dame de glace », fini de rire!

S

ES MODÈLES SONT Margaret Thatcher et Angela Merkel. D’ailleurs, on la surnomme la « dame de fer ». Ou « de glace », au choix. Élue le 19 décembre avec 51,6 % des suffrages, la conservatrice Park Geun-hye (60 ans) deviendra le 25 février 2013 la première femme président de la Corée du Sud, pays où la parité hommes/femmes reste trop souvent un vœu pieux. Elle connaît bien la Maison Bleue, siège de la présidence, puisqu’elle est la fille de Park Chung-hee, artisan adulé du miracle économique et, accessoirement, dictateur d’une grande brutalité (1961-1979). La nouvelle présidente devra se montrer à la hauteur de l’héritage paternel si elle ne veut pas décevoir son électorat, âgé, conservateur et nostalgique, qui l’attend sur plusieurs dossiers: l’économie (en berne), le chômage des jeunes (en hausse), les inégalités sociales (croissantes), et, bien sûr, la Corée du Nord, toujours aussi belliqueuse. Sur ce dernier point, elle a promis de se montrer ferme, mais, contrairement à Lee Myungbak, son prédécesseur, elle a insisté sur l’importance du dialogue. ●

CUBA

Fidel et Raúl reprennent la route! IL S’EST RETIRÉ de la vie politique ? La presse annonçait il y a peu sa fin prochaine ? Qu’importe ! Fidel Castro, 86 ans, chef historique de la révolution cubaine, sera candidat aux élections législatives du 3 février à Santiago de Cuba. Raúl, son jeune (demi-)frère – il n’a que 81 ans ! –, n’est pas en reste. Présider le Conseil de l’État ne lui suffit plus, il lui faut aussi briguer un mandat de député à Segundo Frente. Est-ce bien raisonnable ? LE CHIFFRE

JUNG YEON-JE/AP/SIPA

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! PARK GEUN-HYE après l’annonce de sa victoire, le 19 décembre à Séoul.

VENEZUELA

Chávez malade, mais renforcé LES ÉLECTIONS RÉGIONALES du 16 décembre ont abouti à un raz-demarée en faveur du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) au pouvoir, qui remporte 20 États sur 23, alors qu’il n’en détenait que 17. Même si Henrique Capriles, son leader et candidat malheureux à la présidentielle d’octobre, a été réélu gouverneur de l’État de Miranda, l’opposition sort affaiblie du scrutin. Pendant ce temps, N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

à Cuba, le président Hugo Chávez a subi une nouvelle opération liée à son cancer. Son investiture est prévue le 10 janvier, mais pourrait être repoussée. THAÏLANDE

Instituteur, un métier à risques LA TERREUR RÈGNE à Pattani, région méridionale de la Thaïlande proche de la frontière avec la Malaisie. C’est sous escorte militaire que les instituteurs ont tenté de reprendre les cours, le

100

C’est, selon le décompte de l’écrivaine dissidente Tsering Woeser, le nombre de jeunes Tibétains qui se sont immolés par le feu à la date du 11 décembre pour protester contre la répression menée par les autorités chinoises. Celles-ci ont répliqué à leur manière sans fioriture. Désormais, toute incitation à l’immolation sera assimilée à un homicide volontaire. ROUMANIE

Ils se sont tant haïs

TRAIAN BASESCU et Victor Ponta ne s’aiment pas, mais alors pas du tout. Premier ministre sortant, le second, qui est de sensibilité socialelibérale, avait tenté au cours de l’été de déloger le premier, beaucoup plus conservateur, de la présidence de la République. En vain. Rancunier, le premier avait juré que plus jamais il ne JEUNE AFRIQUE

ARRÊT SUR IMAGE

Manu Fernandez • AP/SIPA

ESPAGNE

Déprime à Barcelone « JE SUIS RENTABLE », PROCLAME CET EMPLOYÉ de Telefónica, le géant espagnol de la téléphonie, dans une rue de Barcelone, le 18 décembre. Les manifestants protestaient contre les coupes budgétaires, symbolisées sur la cagoule par une paire de ciseaux, et la privatisation partielle des services de santé. L’avez-vous remarqué ? Les images en provenance d’Espagne ne sont, ces temps-ci, pas très gaies.

nommerait le second, ce « mythomane », à la tête du gouvernement. Mais le second a remporté les législatives du 9 décembre avec près de 60 % des suffrages exprimés. Alors le premier a hésité, puis il s’est souvenu qu’un accord de crédit avec le FMI arrivait à expiration l’an prochain… Et c’est ainsi que, le 17 décembre, Victor Ponta a conservé son poste de chef du gouvernement roumain. PAKISTAN

Des vaccins et des balles CINQ FEMMES et un homme qui procédaient à des vaccinations antipolio sous le parrainage de l’OMS et de l’Unicef ont été abattus les 17 et 18 décembre, les uns à Karachi (Sud), les autres dans la banlieue de Peshawar (Nord), par des hommes à motos qui étaient sans doute des talibans. Ces derniers croient en effet discerner dans ces JEUNE AFRIQUE

campagnes de vaccination un « complot occidental antimusulman ». Un médecin avait déjà été assassiné le 17 octobre à Quetta, au Baloutchistan. Avec le Nigeria et l’Afghanistan, le Pakistan est l’un des pays où la poliomyélite progresse. ARGENTINE

Le « Libertad » libéré LA FRÉGATE LIBERTAD a enfin pu quitterleportdeTema,prèsd’Accra,le 19décembre,etdevraitarriverenArgentine vers le 9 janvier. À la suite de la décision d’un juge ghanéen, ce navire-école de l’armée était immobilisé depuis deux mois àlademandedufondsspéculatifNML,qui réclame le paiement d’un arriéré de dette de 370 millions de dollars (279 millions d’euros). Le gouvernement argentin avait saisi le Tribunal international du droit de la mer, qui a fini par lui donner raison le 15 décembre.

ÉTATS-UNIS

Les armes d’assaut interdites? APRÈS LA TRAGÉDIE de l’école Sandy Hook à Newtown, Connecticut (26 personnes, dont 20 enfants, abattues par un jeune déséquilibré), Dianne Feinstein, sénatrice démocrate de Californie, déposera au Congrès le 3 janvier un projet de loi interdisant la vente, le transfert, la fabrication et l’importation d’une centaine de modèles d’armes d’assaut. Barack Obama s’est déclaré favorable à ce projet. Dans les jours qui ont suivi le massacre, la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes à feu, a choisi de faire profil bas, mais cette discrétion ne durera pas. Un sondage CBS publié le 17 décembre révèle que 57 % des Américains sont favorables à un renforcement de la législation. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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JEUNE AFRIQUE

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N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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JEUNE AFRIQUE

Décideurs politiques et économiques, leaders de la société civile, figures du monde de la culture… Jeune Afrique présente les acteurs les plus influents d’un pays en mouvement.

MARWANE BEN YAHMED

D

epuis la mort d’Omar Bongo Ondimba et, surtout, l’investiture de son fils Ali en octobre 2009, le Gabon change. Trop au goût de certains recalés du système, jadis riches et puissants et aujourd’hui chagrins, pas assez aux yeux d’un chef d’État peu réputé pour sa patience et conscient des attentes et donc des besoins d’une population lasse des querelles politiciennes, véritable sport national, et toujours plus soucieuse de toucher du doigt les fruits de l’émergence, slogan avec lequel « Tsunali » a mené campagne en août 2009. Exiger des Gabonais qu’ils se retroussent les manches et fassent preuve de dynamisme, de sens des responsabilités et de modernité, alors qu’ils ont été nourris pendant plusieurs décennies aux mamelles de l’État providence et bercés par les comptines d’un « Papa Omar » tout à la fois chef de l’État, de la famille et du village, n’est évidemment pas chose aisée. Après le temps de la marche forcée imposée par « Ali » dès ses premiers pas au Palais du bord de mer, qui en a surpris plus d’un, voici venu celui, trois ans après, de la quête d’un second souffle. Parce que les forces d’inertie ont retrouvé de la vigueur, parce que ce type de politique ambitieuse nécessite des ressources humaines dont le Gabon ne regorge pas. Et parce que, surtout, on ne transforme pas en un tournemain un canasson usé en

fringant pur-sang par la seule volonté, fût-elle présidentielle. Ainsi va le Gabon, sorti d’un trop long coma, secoué, giflé parfois, mais encore engourdi. Pourtant, malgré l’impatience, celle des « makayas » comme celle de tous ceux, Gabonais ou non, qui aiment ce pays, il avance, évolue, se tourne vers de nouveaux horizons. Quand on se souvient de la décennie 2000-2010, c’est déjà beaucoup… Nous avons donc décidé de nous pencher sur les figures, nouveaux venus comme champions de l’adaptation, qui incarnent ce Gabon en mutation. Ils sont hommes ou femmes politiques, militaires, entrepreneurs, intellectuels, artistes ou sportifs. Ils penchent côté pouvoir ou côté opposition (ici, la neutralité est rare…). Et sont puissants, riches, talentueux, ou tout simplement influents. Les 50 personnalités que la rédaction de Jeune Afrique a choisi de vous présenter, une liste non exhaustive et forcément subjective – que les absents nous pardonnent –, sont les principaux acteurs de ce pays qui a vécu en si peu de temps de profonds bouleversements. Dernière précision : nous avons délibérément choisi d’exclure Ali Bongo Ondimba de notre sélection, comme nous l’avons fait lors de nos précédentes enquêtes consacrées aux 50 personnalités d’autres pays du continent, tant son influence et son rôle sont évidents. ● Dossier réalisé avec STÉPHANE BALLONG, GEORGES DOUGUELI, TSHITENGE LUBABU M.K. et PHILIPPE PERDRIX N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Grand angle

Les

qui font le Gabon

Politique

Raymond Ndong Sima, 57 ans

Guy Nzouba Ndama, 66 ans

Premier ministre

AFRIKIMAGES

Attention, Premier ministre atypique. La nomination de Ndong Sima à la primature le 27 février 2012 a créé la surprise, car ce natif d’Oyem, dans le Woleu-Ntem, n’est pas issu du vivier classique des chefs de gouvernement, un poste traditionnellement réservé aux caciques du Parti démocratique gabonais (PDG) originaires de la province de l’Estuaire. Plus économiste que politicien, il évoluait dans le secteur privé avant d’entrer au gouvernement en 2009 comme ministre de l’Agriculture. Des différences qui ont fait craindre une erreur de casting. Il lui a fallu trouver ses marques face aux collaborateurs du président, montrer sa popularité face aux rivaux de son ethnie et imposer peu à peu son style à la tête de la turbulente administration gabonaise pour faire avancer les projets présidentiels.

Président de l’Assemblée nationale

Faustin Boukoubi, 58 ans

Secrétaire général du Parti démocratique gabonais

Disputé lors du congrès de septembre 2008, le poste de secrétaire général du Parti démocratique gabonais (PDG) était promis à Paulette Missambo, une ancienne ministre originaire, comme lui, de l’Ogooué-Lolo. Mais, au bout d’une grande bataille de réseau, l’habile et pugnace Boukoubi a ravi le prestigieux fauteuil. En 2009, à la suite du décès d’Omar Bongo Ondimba, fondateur du PDG, le natif de Dolisie (Congo) se surpasse et soutient, avec succès, Ali Bongo. Dans le même temps, il travaille à empêcher l’éclatement du parti. Ce politicien à l’échine souple a appris la résilience pendant ses études de management des entreprises à l’université de Kobe, au Japon. Ministre de la Santé publique (1997-2004) et ministre de l’Agriculture (2004-2008), il est aujourd’hui l’un des personnages les plus influents de la majorité.

STEVE JORDAN/AFP

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N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Il règne sur la Chambre basse depuis quinze ans et a rempilé après les législatives du 17 décembre 2011 pour un autre mandat. Mais si cet Eshira né à Koulamoutou (OgoouéLolo) est redouté, c’est surtout parce qu’il a l’oreille du président. Leader incontesté de sa province d’origine – qui constitue avec le HautOgooué la colonne vertébrale du régime –, Nzouba a lancé la carrière de nombreux cadres, qui lui restent fidèles. Avec sa connaissance pointilleuse des équilibres ethniques du pays, il est de ceux qui ont construit la ligne politique du Parti démocratique gabonais (PDG). Ali Bongo Ondimba lui sait gré d’avoir mis ses réseaux « PDGistes » en ordre de bataille pendant la présidentielle de 2009. Néanmoins, l’influence de Nzouba est fortement contestée par certains membres de l’entourage du chef de l’État. Le président de l’Assemblée doit aussi se battre pour endiguer la réduction des pouvoirs du Parlement, qui a très peu de moyens pour contrôler les agences directement rattachées à la présidence. JEUNE AFRIQUE

La garde rapprochée I

ls sont peu nombreux, parmi les collaborateurs du président Ali Bongo Ondimba, à pouvoir se targuer de figurer au sein de sa garde rapprochée. Premier de cordée et proche parmi les proches, Maixent Accrombessi Nkani (47 ans, voir photo), son directeur de cabinet. Il a un œil sur tout, contrôle tout et jouit de la confiance quasi aveugle d’Ali. Ce titulaire d’un DEA en économie appliquée et d’un DESS en développement économique et social est le véritable gardien du Palais du bord de mer. Une position éminente qui lui vaut d’être craint et respecté, mais aussi détesté par les adversaires du président – au premier rang desquels André Mba Obame, qui dit avoir présenté Maixent à Ali –, lesquels en font leur punching-ball favori. À ses côtés, le jeune Liban Soleman (28 ans), chef de cabinet tout-terrain, diplômé en finance, management et marketing, disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, revenu auprès d’Ali – il vivait entre Libreville et les États-Unis – pendant la campagne présidentielle de 2009. Ensuite, l’imperturbable général Alioune Ibaba (63 ans), directeur général du protocole d’État et conseiller en matière de défense et

de sécurité, lui aussi aux côtés d’Ali depuis le ministère de la Défense. Tout comme le chef d’état-major des armées depuis 2008, le général Jean-Claude Ella-Ekogha, saintcyrien de formation. Si elle n’est pas à proprement parler une proche du chef de l’État, comment ne pas citer LaureOlgaGondjout (58 ans), ex-ministre de la Communication devenue secrétaire générale de la présidence ? Elle connaît tous les arcanes du pouvoir pour avoir servi fidèlement le père. Mais certains dirigeants africains ne veulent plus avoir affaire à cette femme de réseaux, et ses relations parfois tendues avec le cabinet du président laissent à penser qu’elle pourrait quitter prochainement la présidence. Last but not least, Park Sang-chul celui que tout le monde appelle monsieur Park. Ce Sud-Coréen, champion de taekwondo et véritable star dans son pays, où son patron l’a recruté lors d’un déplacement professionnel, dirige la sécurité personnelle d’Ali depuis des lustres. Et veille avec affection et discrétion sur le palais comme sur la résidence. M.B.Y.

DESIREY MINKOH/PRESSE PRÉSIDENTIELLE GABON

Ils ne sont pas beaucoup plus nombreux que les doigts dune main… Mais ils sont essentiels.

Grand angle

Les

qui font le Gabon

Rose Francine Rogombé 70 ans, présidente du Sénat

L’Histoire retiendra que, en tant que présidente par intérim entre juin et octobre 2009, elle a conduit la périlleuse transition consécutive au décès d’Omar Bongo Ondimba. On se souvient du pas hésitant de cette Galoa métisse née à Lambaréné (Moyen-Ogooué) lors de sa prestation de serment. On lui a confié les clés du Palais du bord de mer alors que les prétendants au fauteuil présidentiel s’apprêtaient à se confronter. Bombardée arbitre de cette compétition électorale, elle savait qu’aucun faux pas ne lui serait pardonné. Elle n’en a pas fait. Mieux, la colombe tombée dans un nid de faucons s’en est tirée avec les honneurs. Il faut dire qu’elle bénéficiait des conseils de deux proches fins connaisseurs de la vie politique gabonaise : son époux Jacques, un franc-maçon influent, et son cousin Albert Chavillot, poids lourd politique du Moyen-Ogooué. En octobre 2009, la parenthèse s’est refermée, madame la présidente est revenue au Sénat, auréolée de son succès.

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N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Étienne Massard Makaga Conseiller spécial du chef de l’État

Il est le grand manitou de l’environnement. Celui qui inspire et dessine les contours de la politique d’Ali Bongo Ondimba dans le domaine. Depuis 2010, il la met également en œuvre, en tout cas pour ce qui correspond aux missions de l’Agence gabonaise d’études et d’observation spatiales (Ageos), dont il a pris la tête dès sa création en 2010. Sa nouvelle passion? La surveillance environnementale assistée par satellite. Il s’intéresse à une vingtaine de pays du continent, avec une attention particulière portée à la forêt du bassin du Congo. Cet ancien directeur de l’environnement, qui parle avec un didactisme professoral, est aussi le président du comité de gestion de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN).

La famille

Le président aime s’appuier sur les siens. Enfin, pas tous…

C

omme son père, Omar, le chef de l’État cultive l’esprit de famille. La sienne, s’entend, parce qu’il n’entretient pas forcément d’excellents rapports avec tous les membres d’un clan pléthorique… Son épouse, Sylvia (voir photo – son nom musulman est Nedjma), 49 ans, fille de l’assureur Édouard Valentin, est une première dame discrète mais influente. Elle a rencontré son époux en 1988. Ils ont quatre enfants : Malika (née d’un premier mariage du président), Noureddine, Jalil et Bilal, un orphelin adopté au Maroc en 2003. Nous avons demandé à son président de mari quel était précisément le rôle de Sylvia à ses côtés. « C’est une première dame engagée, c’est le moins que l’on puisse dire, a-t-il répondu. Sa sensibilité de femme et de mère de famille fait en sorte que, de temps en temps, elle nous rappelle que les beaux discours, c’est bien, mais que la priorité, c’est le concret… » De fait, elle a créé en 2011 la Fondation Sylvia-Bongo-Ondimba. Parmi les principales missions de cette dernière, l’amélioration du secteur de la santé, les droits des femmes, la jeunesse ou l’insertion des personnes handicapées. Elle a, par exemple, obtenu l’instauration de la Journée internationale des veuves, après une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2010.

DR

MENTOR. Alex Bongo Ondimba,

43 ans, directeur général de l’Agence nationale des infrastructuresnumériquesetdesfréquences (Aninf),n’estjamaistrèsloindeson frère. Discret lui aussi, il préfère l’ombre à la lumière, à l’exception de celle des « frères », puisqu’il a égalementlachargedel’animation des réseaux francs-maçons. Autre frère du président, le commandant FrédéricBongo,lui,veilleaugrain. Ce saint-cyrien de 33 ans, qui a également obtenu une maîtrise en sociologie, occupe le poste

stratégique de directeur général des services spéciaux (renseignements, sécurité nationale). C’est lui, entre autres, qui a supervisé le bon déroulement sécuritaire de la Coupe d’Afrique des nations 2012 surleterritoiregabonais.Adeptede sports de combat, dont le free fight, il appartient au corps de la garde républicaine, dirigée par Grégoire Kouna,cousingermaind’AliBongo Ondimba. Plus éloigné en termes de liens de parenté, mais tout aussi proche, Patrick-Hervé Opiangah, 41 ans, est un cousin d’Aubierge LafitteMouvagha,premièreépouse d’Ali. Il a été recueilli par ce dernier à l’âge de 16 ans et considère celui quil’aprissoussonailecommeson mentor. Il a créé son parti, l’Union pour la démocratie et l’intégration sociale (Udis), au milieu des années2000,attaquant,commeles « rénovateurs » du Parti démocratique gabonais (PDG) avant lui, la génération de Zacharie Myboto et IdrissNgari.Résultat:accuséd’avoir voulu fomenter un coup d’État, il a fait quinze mois et vingt-six jours de prison en 2004. Aujourd’hui, c’estunvraiconfidentduprésident et un chef d’entreprise prospère (bois, transport, sécurité, etc.). Il a également lancé un centre de formation de football qui accueille prèsde300jeunes,leCFMounana, champion 2012 du Gabon. FORTUNE. Enfin, la sœur aînée,

Pascaline Bongo, 56 ans, exdirectrice de cabinet du père, administre la fortune de ce dernier, dont elle est la seule à connaître l’étendue exacte. Son statut actuel de haute représentante personnelle du chef de l’État masque mal le fossé qui les sépare. Elle n’a jamais réellement soutenu Ali, lorgnait d’ailleurs le fauteuil présidentiel sur lequel elle aurait bien assis son actuel mari, Paul Toungui, ou son excompagnon, Jean Ping. Certains l’accusent même de soutenir (financièrement) en coulisses l’actuelle opposition… M.B.Y.

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Grand angle

Les

qui font le Gabon

Guy Rossatanga-Rignault 49 ans, professeur de droit public à l’université de Libreville et conseiller spécial du président

« Depuis deux décennies de démocratisation, la réalisation de l’alternance du pouvoir est entendue sous les cieux africains comme le meilleur gage de démocratie, car, dans cet univers de dogmes et de tabous, l’opposition ou celui qui se présente comme telle est par définition plus démocrate que celui qui exerce le pouvoir et qui, naturellement, ne peut qu’être battu. » Propos tirés de son livre Qui t’a fait roi? Éditions Raponda-Walker et Sépia

Jean-François Ntoutoume Emane 73 ans, maire de Libreville

Il a démarré sa carrière il y a quarante ans comme secrétaire général du Conseil gabonais des chargeurs. Conseiller du président, ministre, député, Premier ministre de 1999 à 2006, Ntoutoume Emane a mené une riche carrière de commis de l’État et d’homme politique. On croyait ce notable indéboulonnable usé après son départ de la primature, mais non. Le vieux dragon crache encore du feu, au point de réussir à se faire élire maire de la capitale en 2007. Docteur en sciences politiques de l’université Paris-IPanthéon-Sorbonne, ce féru de lecture, qui aime faire étalage de sa culture, va encore agacer pour longtemps ses détracteurs avec ses formules étincelantes.

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René Ndémezo’o Obiang 65 ans, député

Il se voyait Premier ministre, mais René Ndémezo’o a purement et simplement été débarqué du gouvernement lors du remaniement de février 2012, après douze années de présence dans les différentes équipes. Déçu, il a rejoint les rangs des élus du parti au pouvoir à l’Assemblée nationale. Quand il n’est pas au Parlement, l’ancien ministre des Sports, qui se félicite d’avoir réussi à organiser la Coupe d’Afrique des nations 2012 alors qu’on lui prédisait un échec (même s’il a fallu le suppléer), traîne son spleen dans son Bitam natal sans renoncer pour autant à la primature. Attention, le leadership de cet homme à poigne dans le département du Ntem est incontestable.

Les deux conseillers

Ils sont de proches collaborateurs du président. Michel Essonghé, 71 ans, et Jean-Pierre Lemboumba Lepandou, 72 ans, conseillaient déjà son père.

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ls ont longtemps travaillé avec Bongo père ; Ali Bongo Ondimba les a conservés auprès de lui. Deux poids lourds de la politique, discrets, influents et riches… Le premier, Essonghé (voir photo ci-dessus), un Orungu de Port-Gentil, rédigeait les discours du président disparu, l’accompagnait dans ses voyages et le conseillait. Le second, Lemboumba, Obamba du HautOgooué, est un ancien journaliste devenu ministre de l’Économie et des Finances (1980-1990)… « Patron » politique du parti au pouvoir dans l’Ogooué-Maritime, Essonghé, qui a étudié les lettres à l’université de Strasbourg, est aussi un homme d’affaires prospère. Il siège au sein de nombreux conseils d’administration, possède plusieurs entreprises, dont une enseigne de distribution. Lemboumba quant à lui est l’homme de réseaux qui a joué les messagers entre l’Élysée et le candidat Ali Bongo lors de la présidentielle de 2009. Il a aussi la « bosse » des affaires, détenant des participations dans des sociétés d’assurance et des compagnies spécialisées dans l’agroalimentaire, notamment. Pour le président, garder les deux « Vieux » est non seulement utile mais signifiant. C’est une façon d’entretenir la mémoire de son prédécesseur.

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JEUNE AFRIQUE

Les opposants I

VINCENT FOURNIER/J.A.

Ex-barons du régime Bongo père, anciens rivaux ou éternels concurrents… La contestation s’exprime de façon confuse.

ls étaient rivaux et se sont affrontés au sein du parti au pouvoir du vivant d’Omar Bongo Ondimba. Leur mentor disparu (en 2009), ils ont créé l’Union nationale (UN) en 2010, un parti certes dissous par les autorités en 2011, mais qui reste la principale force d’opposition du pays. Anciens du Parti démocratique gabonais (PDG), ses leaders ont occupé l’espace laissé par l’ex-opposant historique, Pierre Mamboundou, décédé en octobre 2011. Le parti s’est structuré autour d’André Mba Obame (AMO, voir photo), ancien ministre de l’Intérieur, 55 ans, qui a réussi l’incroyable pari de devenir la figure la plus représentative de l’opposition gabonaise, même si depuis plusieurs mois des ennuis de santé le tiennent éloigné de la scène politique. Quoi qu’il en soit, nul pour l’instant ne conteste le leadership de celui qui fut classé 3e au scrutin présidentiel de 2009. Ainsi, dans le parti, la distribution des rôles est-elle bien définie. AMO se préparait pour la présidentielle de 2017 avec l’aide de Zacharie Myboto, 74 ans, son ancien ennemi intronisé président de l’UN. Ça tombe bien : le « Vieux » a renoncé à toute ambition présidentielle pour laisser la place aux « jeunes ». Ce n’est pas le cas des autrespoidslourds,toujoursenembuscade. Relégué au second plan, Jean Eyéghé Ndong, ancien Premier ministre âgé de 66 ans, n’a pas dit son dernier mot, lui dont la popularité est sans égale dans son fief de Nkembo à Libreville… Dans l’hypothèse d’une indisponibilité d’AMO, Eyéghé se verrait bien porter les couleurs de l’UN. À moins que son concurrent de la province de l’Estuaire, Casimir Oyé Mba, 70 ans et toujours fringant, ne lui barre le chemin… Ce qui les unit – la défiance à l’égard d’Ali Bongo Ondimba – est plus fort que leurs querelles d’ego. Riches, revanchards et bénéficiant de relais à l’étranger, ils parviennent à faire fonctionner leur parti en dépit de sa dissolution, confirmée par les tribunaux. Seulement, certains voient dans cet activisme débordant un reniement de leurs engagements passés au sein du PDG. Bruno Ben Moubamba, opposant de 45 ans qui a participé à la fondation de l’UN avant de le quitter, conteste leur légitimité à incarner une alternance crédible. En 2012, ce candidat malheureux à la dernière présidentielle, qui vivait en France, est rentré au Gabon pour militer au sein de l’Union du peuple gabonais (UPG), caressant secrètement le rêve de succéder à Pierre Mamboundou, son fondateur décédé.

Grand angle

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Les

qui font le Gabon

Économie Gagan Gupta

Directeur général d’Olam Gabon

40 ans, ministre de la Promotion des investissements, des Transports, des Travaux publics, de l’Habitat, du Tourisme et de l’Aménagement du territoire

Le très discret Magloire Ngambia, ancien directeur central adjoint de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), connaît une fulgurante ascension depuis son entrée au gouvernement en 2009, au lendemain de l’élection d’Ali Bongo Ondimba. Après avoir été chargé du portefeuille de l’Économie et des Finances, le voilà propulsé début 2012 à la tête du superministère de la Promotion des investissements, des Transports, des Travaux publics, de l’Habitat, du Tourisme et de l’Aménagement du territoire. Sous sa responsabilité, deux ministres délégués: l’un aux Transports et l’autre à l’Habitat. Parfait inconnu dans son propre pays cinq ans auparavant, ce Batéké (SudEst) fait partie du premier cercle du chef de l’État gabonais.

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Il passe facilement pour un étudiant en école de commerce. Mais ne vous y trompez pas, Gagan Gupta, directeur général de la filiale gabonaise du groupe singapourien Olam depuis près de trois ans, est un manageur chevronné. Il a occupé des postes de direction chez l’équipementier britannique Reebok ou encore chez Reckitt Benckiser, un autre britannique spécialisé dans les produits pharmaceutiques et d’entretien. Expert-comptable de formation, il a été l’un des artisans du projet de la zone économique spéciale de Nkok, qui a déjà attiré plus de 2,5 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) d’investissements, dont 408 millions du seul Olam, présent dans l’hévéa, le palmier à huile, le bois… Gagan Gupta dirige actuellement près de 3000 personnes au Gabon.

Magloire Ngambia

Christian Kerangall 64 ans, président-directeur général de la Compagnie du Komo

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ALEXIS C. GLENN/UPI/MAXPPP

C’est l’un des hommes d’affaires les plus influents au Gabon. Le plus discret aussi. Feu Omar Bongo Ondimba lui faisait confiance. Son fils aussi. Pour la dernière Coupe d’Afrique des nations, qui s’est tenue au Gabon, c’est à lui qu’Ali Bongo Ondimba a fait appel lorsqu’il a fallu trouver rapidement un nouveau président pour le comité local d’organisation. Christian Kerangall est incontournable dans le milieu des affaires gabonais. PDG de la Compagnie du Komo, il est à la tête du plus grand holding industriel du pays, dont les activités s’étendent de l’importation et la distribution de véhicules et d’équipements à la construction navale et industrielle. Il détient également des participations dans des groupes comme BGFI Bank, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (Seeg), la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC), ou encore Setrag, la Société d’exploitation du transgabonais, une compagnie de chemin de fer. JEUNE AFRIQUE

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Jim Dutton

58 ans, directeur général de l’Agence nationale des grands travaux (ANGT)

Henri-Claude Oyima

56 ans, président-directeur général de BGFI Holding Corporation SA

BRUNO LEVY POUR J.A.

On ne prête qu’aux riches ! Certains le croyaient en perte de vitesse depuis l’arrivée au pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. D’autres assurent au contraire qu’il est toujours le « boss » de l’économie gabonaise et « l’argentier » de la famille présidentielle. Avec l’assurance de celui qui en a vu d’autres et qui sait parfaitement ce que l’on attend de lui, il répond par des chiffres, une nouvelle nomination… et, accessoirement, une déclaration dans les colonnes de Jeune Afrique. Sa banque se porte à merveille avec une croissance de 64 % en 2011. Depuis août, il est le PDG de BFGI Holding Corporation SA. De quoi pouvoir dire : « C’est toujours ceux qui ne savent pas qui parlent. Mes relations avec le chef de l’État sont excellentes : il me consulte, prend mon avis… » Autant que son père ? Ceux qui savent ont la réponse : c’est oui. JEUNE AFRIQUE

L’ancien officier supérieur de la Marine britannique est désormais le « Monsieur Infrastructures » du Gabon. Il a pris, en novembre 2012, les rênes de l’Agence nationale des grands travaux (ANGT), directement rattachée à la présidence et chargée de piloter le plan directeur national d’infrastructures – qui regroupe notamment 21 grands projets pour un investissement total de 18 milliards d’euros d’ici à 2016. Jusque-là, Jim Dutton était directeur de programme de Bechtel, géant américain du BTP avec lequel le gouvernement gabonais a conclu, en 2010, un contrat d’assistance technique.

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Serge Thierry Mickoto 40 ans, directeur général du Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS)

BRUNO LEVY POUR J.A.

Il est au cœur de la stratégie de diversification de l’économie gabonaise, chère à Ali Bongo. Le fonds qu’il dirige depuis début 2012 a une double mission : gérer les participations de l’État dans les entreprises, mais aussi et surtout rentabiliser une partie de la manne pétrolière (environ 10 %) grâce au développement de nouvelles filières. L’objectif étant de créer des sources de revenus autres que l’exploitation de l’or noir. Habile négociateur et bon gestionnaire, selon ses collaborateurs, Serge Mickoto, expert-comptable à l’origine, est un ancien cadre de BGFI Bank, le premier groupe financier d’Afrique centrale. Il est surtout connu comme le redresseur de la filiale équato-guinéenne du groupe.

Les

qui font le Gabon

Honorine Dossou Naki

JeanBaptiste Bikalou

66 ans, haute représentante du président chargée de la zone franche de l’île Mandji

VINCENT FOURNIER/J.A.

Dans la famille Dossou, c’est elle qui capte la lumière depuis 1982, lorsqu’elle est nommée ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères à seulement 37 ans. En 1994, cette Myénée de Port-Gentil devient la première femme ambassadeur du Gabon à Paris, prestigieuse fonction qu’elle occupe pendant sept ans. Puis, entre 2002 et 2007, elle est ministre de la Justice. Tandis qu’elle siège au gouvernement, son époux, Samuel Dossou-Aworet, richissime patron de Petrolin Group et ex-conseiller spécial d’Omar Bongo Ondimba, préfère la discrétion. Leur fils Steve a épousé en 2010 Malika, fille du président Ali Bongo Ondimba. La famille Dossou demeure donc proche des Bongo, et donc du pouvoir…

55 ans, directeur général de Pétro Gabon et président de la Chambre de commerce, d’agriculture, d’industrie et des mines

Claude Ayo-Iguendha 68 ans, administrateur-directeur général de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie

Claude Ayo-Iguendha est incontestablement l’un des patrons les plus expérimentés du microcosme économique gabonais. Ce qui lui a sans doute valu de se voir confier, fin 2011, la présidence du Fonds souverain de la République gabonaise (FSRG), l’ancien Fonds souverain pour les générations futures. Du haut de ses 68 ans, il a dirigé plusieurs entreprises publiques : de la défunte compagnie nationale Air Gabon à la Banque gabonaise de développement, en passant par la Société nationale d’acconage et de transit. Administrateurdirecteur général de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Gabon (BNP Paribas) depuis 2002, il devait faire valoir ses droits à la retraite en 2010. Mais celui qui a été décoré, en mai 2011, de l’insigne de chevalier de la Légion d’honneur par l’ambassadeur de France au Gabon, est maintenu à son poste en attendant la nomination de son successeur.

Ancien de l’Institut d’administration des entreprises de Paris, passé par Shell, il est le patron – proche du pouvoir – de Pétro Gabon, entreprise de distribution de produits pétroliers créée en 2001. Homme de réseaux, il devait succéder à Antoine Embinga comme grand maître de la Grande Loge symbolique du Gabon (liée au Grand Orient de France). Mais il a été recalé en septembre dernier au profit de Brice Adandé, directeur des douanes de l’Estuaire. Paradoxalement, il a été victime de sa proximité avec Ali Bongo, ce dernier étant le grand maître de la Grande Loge du Gabon, la rivale d’obédience régulière.

Michel et Jean-Baptiste Tomi

Chefs d’entreprise

C’est l’histoire d’une dynastie familiale aux origines corses qui a posé ses valises au Gabon. Michel, le père, s’est d’abord lancé dans les jeux et le divertissement dans les années 1970-1980 : machines à sous, casinos, loteries nationales. Puis, avec son « compatriote » Robert Feliciaggi – assassiné à Ajaccio en 2006 –, c’est le business des paris hippiques. Et là, jackpot ! De quoi tisser sa toile sur le continent, financer une diversification… Non sans avoir à rendre des comptes à la justice française dans l’affaire du casino d’Annemasse et du financement politique du Français Charles Pasqua pendant les années 1990. Aujourd’hui, Tomi père et fils (Jean-Baptiste, 55 ans), c’est un empire avec le groupe Kabi (casino, boîtes de nuit, PMU, immobilier…) et la compagnie aérienne Afrijet. Un empire qui prospère loin des caméras et des micros – à quand un site internet avec quelques chiffres clés ? – et toujours à l’ombre du Palais du bord de mer. JEUNE AFRIQUE

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Les

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Société

Lin Joël Ndembet

Anthony Obame

50 ans, administrateur-directeur général du quotidien gouvernemental L’Union

24 ans, champion de taekwondo

Il ne sera jamais épinglé par « Makaya », le fameux billet quotidien publié en une du plus gros tirage du pays, établi à 25000 exemplaires. Nommé à la tête de L’Union en mai 2011, ce franc-maçon proche de Laure Gondjout, la secrétaire générale de la présidence, connaît bien l’entreprise: il a travaillé au service politique pendant près de deux décennies, avant de prendre en 2009 la tête de l’Agence gabonaise de presse (AGP). Deux ans plus tard, le journaliste formé au Maroc revient par le haut.

Il a offert au Gabon la toute première médaille olympique de son histoire. Vice-champion à Londres en 2012, il est le premier et unique Gabonais à être monté sur le podium aux J.O. Étudiant en management du sport en France, ce natif de Libreville s’entraîne à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) depuis deux ans grâce au programme de la Solidarité olympique, du Comité international olympique.

David Ella Mintsa 42 ans, directeur général de la Radiodiffusion-télévision gabonaise (RTG1)

ALBERTO PIZZOLI/AFP

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Nommé en 2007 à la tête de la première chaîne de télévision gabonaise, David Ella Mintsa est un patron de presse qui marche sur des œufs. Mis sous pression, d’une part par ceux qui attendent de cette chaîne à capitaux publics qu’elle soutienne le gouvernement en toute circonstance, et d’autre part par ceux qui dénoncent, parfois un peu vite, l’organe de propagande du régime, il dispose d’une marge de manœuvre très mince. Mais, grâce à ses années d’apprentissage comme directeur général adjoint, ce journaliste formé à l’Institut français de presse (IFP) a appris à avoir le dos large.

Jean-Elvis Ebang Ondo 51 ans, président de l’Association de lutte contre les crimes rituels Son fils, Éric, a été victime à l’âge de 12 ans d’un sacrifice humain le 3 mars 2005.

« Les enfants et les femmes sont les plus vulnérables, surtout en période d’activités politiques, durant lesquelles on assiste à une recrudescence des crimes rituels. Des gens disparaissent, et on les retrouve dépecés. Ma mission est pédagogique: il faut interpeller les autorités contre l’impunité et sensibiliser la population. L’État doit protéger ses citoyens. » N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Les trublions

Ils sont les empêcheurs de gouverner en rond…

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ARCHIVES CIRIC

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Mgr Basile Mvé Engone 71 ans, archevêque de Libreville

VINCENT FOURNIER/J.A.

ls n’en font qu’à leur tête. Même le gouvernement semble avoir renoncé à les contrôler. Ainsi, rien ne semble pouvoir arrêter Marc Ona Essangui (voir photo), le patron de l’ONG Brainforest. Ni la polio mal soignée qui l’a cloué dans un fauteuil roulant dès l’âge de 6 ans ni un certain André Mba Obame, qui lui a retiré son passeport en 2009 (il lui a été restitué plus tard par Ali Bongo Ondimba) afin de l’empêcher de se rendre aux États-Unis pour recevoir le prix Goldman… Sa notoriété, qui dépasse largement les frontières du pays, l’a rendu intouchable. Populaire depuis qu’il a torpillé le projet d’exploitation du fer de Belinga, il pourrait, à 50 ans, basculer en politique. Mais non : il aime le rôle d’aiguillon, notamment à travers le mouvement Ça suffit comme ça, lancé en 2011 avec Paulette Oyane Ondo. Cette avocate de 46 ans s’est endurcie à force d’expériences. Elle a été ministre déléguée auprès duministredel’AgriculturesousBongopèreavant d’occuper les bancs de l’Assemblée nationale en tant que députée du Parti démocratique gabonais (PDG). Elle finit par faire bande à part en refusant de voter une révision constitutionnelle. Depuis, cette défenseur des droits de l’homme, devenue proche de l’opposition, manie la plainte comme un glaive: elle attaque le groupe français Eramet pour l’obliger à réparer les dégâts de l’exploitation du manganèse dans le Haut-Ogooué, l’État gabonais pour avoir démoli des habitations précaires sans reloger les déguerpis … Une forte tête. À 56 ans, Yvette Ngwevilo Rekangalt n’a pas la fougue d’Oyane Ondo. Candidate à la présidentielle de 2009, la chef du mouvement Dynamique pour une alternance politique a refusé de se désister en dépit des pressions. Elle a fini 11e sur 18, avec 0,11 % des suffrages. Assez pour satisfaire cette femme d’affaires opiniâtre et têtue, ancienne cadre de Total, qui préside plusieurs associations dont SOS Mwana, consacrée aux enfants. Têtu, Gregory Ngbwa Mintsa l’est aussi. À 55 ans, il a reçu le prix Transparency International pour « son courage et sa détermination dans l’affaire des “biens mal acquis” » en 2010. Il faut dire que cet ancien animateur de la station panafricaine Africa n° 1 est le fameux citoyen gabonais qui s’est porté partie civile dans une plainte pour « recel de détournement de fonds publics » déposée devant la justice française le 2 décembre 2008 par les associations Transparency International France et Sherpa contre plusieurs chefs d’État d’Afrique centrale.

Père, confesseur, juge de paix, monseigneur est tout cela à la fois. Le dimanche, dans sa cathédrale, il communie avec ministres et opposants dans une bienveillante cordialité. Cela ne plaît pas toujours dans ce pays, où les politiques transposent leurs clivages même au sein des cultes. Les amitiés de ce prêtre ordonné en 1973, autant que ses homélies, peuvent susciter des doutes sur sa neutralité. Il assume crânement. Le charisme de cet ecclésiastique né dans le Woleu-Ntem (Nord) lui a valu, en 1990, d’être choisi pour présider la conférence nationale, avec la lourde mission de réconcilier les différentes sensibilités gabonaises.

Grand angle

Les

qui font le Gabon

Pahé 41 ans, dessinateur et caricaturiste

Son dernier album, Best of Pahé, réunit six années de dessins de presse.

« Je ne dessine plus dans les journaux politiques, car les rédacteurs en chef ont parfois du mal à comprendre mon travail. Je préfère donc me consacrer à la BD et à mes albums, dans lesquels je peux me lâcher. »

DAVID IGNASZEWSK

Son prochain opus (février 2013): Le changement, c’est maintenant

Pierre-Emerick Aubameyang 23 ans, footballeur professionnel à l’AS Saint-Étienne

L’attaquant gabonais de l’AS Saint-Étienne est le fils de Pierre Aubameyang, un ancien footballeur international qui fut capitaine de la sélection nationale du Gabon, et d’une mère française. Ses statistiques en font le meilleur footballeur gabonais en activité et l’une des fines gâchettes de la Ligue 1. Lors de la saison 2011-2012 en club, il a inscrit 16 buts, offert 6 passes décisives et a fini comeilleur buteur de la Coupe d’Afrique des nations 2012, avec 3 réalisations.

Désiré Ename 48 ans, directeur de l’hebdomadaire privé Échos du Nord

ÉDITIONS PAQUET

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Cela fait sept ans que ce quadra de caractère ferraille pour faire vivre son journal, premier tirage de la presse privée, avec 10 000 exemplaires. Régulièrement, ce poil à gratter du pouvoir est suspendu par le Conseil national de la communication (CNC). JEUNE AFRIQUE

Gloria Mika Ndzila 32 ans, ancien mannequin, militante

PIERRE-OLIVIER/FEDEPHOTO POUR J.A.

Sa silhouette gracile (1,88 m pour 60 kg) a enchanté les podiums pour Ungaro, Diesel, Alphadi et d’autres maisons de haute couture. L’Oréal aussi est tombé sous le charme de la belle métisse, fille d’un aviateur téké et d’une mère grecque. Elle aurait pu se vautrer dans cet univers frivole et luxueux qu’est la mode. Mais non. En 2009, elle monte au créneau pour exiger la transparence électorale lors de la présidentielle gabonaise et crée une association, Les Anges gardiens du Gabon, pour surveiller la régularité du scrutin. La « rebelle tékée » soigne ses liens avec des activistes de la société civile, mais ne veut pas pour autant s’engager en politique, même si les jeunes apprécient sa forte personnalité et sa liberté de parole. Entre autres…

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Les

qui font le Gabon

Culture

Pierre Akendengue 69 ans, chanteur et poète

Sa voix aiguë semble avoir vécu mille vies sans prendre une seule ride. À Libreville, ce monument de la chanson africaine coule des jours tranquilles, loin du tumulte de la jeune génération. L’ancien réfugié politique malvoyant, qui s’était engagé dans les mouvements africains d’émancipation des années 1960 avant d’embrasser une carrière de chanteur, s’est rangé. En quarante ans de carrière, sa discographie compte une vingtaine d’albums, dont le tout dernier, Ngonzeh, est sorti en 2011. Il ne se lasse pas en revanche d’éclairer les consciences, lui qui clame que « l’art doit être d’abord un instrument de libération. Et [que] l’artiste ne doit pas parler pour ne rien dire, ou mentir au sujet des choses qu’il sait »…

Patience Dabany 68 ans, chanteuse

Fin d’année faste pour la mère du président gabonais Ali Bongo. Le 2 novembre 2012, elle a rempli le Zénith de Paris. Une belle revanche pour celle qui fut, dans une autre vie (entre 1967 et 1986), la première dame du Gabon. Sa reconversion est réussie, le pays applaudit. Dans ses chansons, elle mêle les rythmes tékés, les chœurs pygmées, les guitares de la rumba… « On prépare un album. Mon fils a composé toutes les chansons et je vais les interpréter. On est en train de l’enregistrer, il devrait sortir fin 2013 », affirme celle que les Gabonais surnomment affectueusement la Mama dans les colonnes d’Afrique Magazine.

SIA KAMBOU/AFP

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JEUNE AFRIQUE

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Annie-Flore Batchiellilys

FRÉDÉRIQUE JOUVAL/PICTURETANK POUR J.A.

45 ans, chanteuse

Sa carrière s’est quelque peu essoufflée, mais « Annie-Flore » a mis la barre si haut qu’elle reste parmi les meilleurs. La « petite » chanteuse punue née à Tchibanga (Nyanga) s’est d’abord illustrée dans les concours de chant à la télévision avant d’être remarquée par Pierre Akendengue. Elle enchaîne ensuite les albums et les succès avant la consécration en 2008, à l’Olympia, en France, pour la sortie de son album Le chant, c’est mon champ. Ambassadrice de l’Unicef, elle a aussi initié un festival, Les Nuits atypiques de Mighoma, un village du Sud gabonais.

Grégoire Biyogo 53 ans, philosophe et égyptologue

Lord Ekomy Ndong et Yvon-Martial Moussodou-Mam

Sandrine Bessora

35 ans, rappeurs

43 ans, romancière

Le duo de rappeurs du groupe Mauvaizhaleine, le plus populaire du pays, domine la scène hip-hop – non sans un écho politique. Leur « rap conscient » surfe sur les thèmes fédérateurs de la jeunesse tels que le panafricanisme et la réhabilitation de l’histoire noire… La critique des politiciens gabonais leur a inspiré le tube Engogole (« pitié »).

« “C’est quoi, le Gabon ?” Je demande à mon père, alors que petite fille je découvre cette terre inconnue. Nan Nguema me répond : “Tu verras, Aya.” Le Gabon est donc une promesse. Un rêve, meilleur que le pétrole, l’ignorance, la misère. Mais le rêve vire au mirage, au cauchemar. Mon père est mort, en novembre. Que son rêve pour le Gabon s’accomplisse. »

JEUNE AFRIQUE

DAVID IGNASZEWSKI-KOBOY

Directeur de l’Institut Cheikh Anta Diop (Icad), enseignant à l’université de Libreville… Grégoire Biyogo a plus d’une casquette. Auteur prolifique, il a écrit une trentaine d’ouvrages traitant de sujets divers et variés, dont Encyclopédie du Mvett, publiée en 2002 aux éditions Menaibuc, ou Adieu à Jacques Derrida, paru en 2005 chez L’Harmattan.

DJIBOUTI

LE SYSTÈME DE SANTÉ DJIBOUTIEN

PARTICIPATION ACTIVE DU PRÉSIDENT DJIBOUTIEN ISMAIL OMAR GUELLEH LORS D’UNE CAMPAGNE DE VACCINATION ET DE SENSIBILISATION.

Entre acquis et défis Rationaliser l’offre et la demande

BIENTÔT UNE AUTO-SUFFISANCE EN RESSOURCES HUMAINES DE QUALITÉ GRÂCE À L’ÉCOLE DE MÉDECINE ET À L’INSTITUT NATIONAL.

INTERVENTION CHIRURGICALE À L’HÔPITAL DE BALBALA.

PUBLI-INFORMATION

C’est incontestable, en matière de santé publique en république de Djibouti, il y a un avant et un après 1999, date de l’accession au pouvoir de l’actuel Président du Pays, Monsieur Ismaïl Omar Guelleh. Les avancées réalisées dans ce secteur, à coup de réformes, d’innovation et de modernisation ont permis de mettre en place un système de santé fonctionnel et performant. En l’espace d’une décennie, le paysage sanitaire du pays s’est structuré autour d’une volonté politique qui a érigé l’objectif de santé pour tous. Victime collatérale des effets cumulés de la crise économique et de la politique

d’ajustement structurel imposée au pays par le FMI dans les années 90, le système de santé de la jeune république manquait jusque là de vision, de stratégie et de moyens. Il fut alors établi très rapidement un diagnostic sans concession et en profondeur qui permit au gouvernement de lancer un plan stratégique national, décliné en deux plans quinquennaux. Une décennie plus tard, les acquis sont là. Tout d’abord, la mise en place d’une structure pyramidale en trois niveaux facilite l’accès aux soins des usagers et rationalise l’offre et la demande : au niveau I les centre de santé communautaires et les postes de santé, au niveau II les centres médicaux hospitaliers dans les chefs-lieux des régions de l’intérieur et au niveau III les hôpitaux et les structures spécialisées.

Parallèlement à cette réforme d’envergure, une centrale d’achat, par le biais d’antennes communautaires, facilite l’accès aux médicaments grâce à des tarifs sociaux, respectant en cela le principe de cogestion issu de « l’initiative de Bamako ». Les programmes de vaccination ou encore de santé reproductive (voir encadré) attestent du succès enregistré. Signe tangible de cette volonté d’impulsion, le budget de la santé a quadruplé en un laps de temps record passant de 4 % en 2005 à 17 %. Ces résultats se déclinent par un accroissement en ressources humaines, en renforcement des capacités, mais également en équipement et en modernisation des infrastructures (voir encadré). Tout ceci dans le cadre de décentralisation

politique et d’initiative nationale pour le développement social qui ont fait de la politique de santé publique un indicateur fiable de l’efficacité de la lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité des populations. Aujourd’hui le secteur de la santé est confronté à d’autres défis, comme celui de sa diversification, notamment avec l’émergence d’un secteur privé qui se structure peu à peu. Mais également celui de son financement car même si la santé n’a pas de prix, elle a un coût que l’État seul ne peut assumer. D’ou la réflexion actuelle pour la mise en place d’une assurance maladie (voir encadré qui à terme pourrait déboucher sur une sécurité sociale made in Djibouti. Un objectif que le gouvernement s’est fixé pour atteindre un système de santé pour tous.

LE SERVICE MOBILE D’URGENCE ET DE RÉANIMATION « SMUR » EN ACTION.

Évolution des consultations prénatales

Taux de CPN

(toutes CPN confondues)

Évolution du taux de couverture vaccinale

Ministère de la Santé

2006

2007

2008

2009

◆ 2006 : 63,60 % 2010 2011

◆ 2007 : 67,90 % ◆ 2008 : 76 %

Taux de couverture en BCG des nouveaux nés

88 %

90,07 % 91,20 % 92,23 % 94,08 % 95,16 %

Couverture vaccinale DTC3

72 %

79,43 % 83,27 % 84,62 % 86,19 % 88,48 %

◆ 2010 : 82,75 %

63,12 % 72,86 % 75,83 % 84,03 % 85,03 % 87,75 %

◆ 2011 : 87,27 %

vaccinale VAR

L’enjeu de la sécurité sociale Avec la mise en place d’une assurance maladie universelle, le gouvernement entend franchir une nouvelle étape dans la couverture sanitaire. Cet ambitieux projet émane directement d’une volonté politique, assumée au plus haut niveau, de concevoir un modèle de sécurité sociale adapté au contexte socio-économique du pays. Basée sur une approche solidaire et un système de péréquation, la nouvelle assurance maladie comportera un spectre large d’offres de soins pour toutes les catégories socioéconomique du pays. Fonctionnaires, conventionnés, salariés du secteur privé mais aussi étudiants et chômeurs seront bénéficiaires de droit de cette prestation qui se veut inclusive. Cette mutualisation des coûts de la santé aura plusieurs vertus. Elle permettra non seulement de rationaliser et de pérenniser le financement du secteur mais elle sera également facteur de cohésion sociale, tout en concrétisant l’objectif politique de santé pour tous.

◆ 2009 : 78,50 %

Le défi de la souveraineté médicale Une des causes majeures sur laquelle reposait le déficit de santé publique était sans conteste la faiblesse du secteur en ressources humaines. Un déficit que la coopération Sud Sud essaie de pallier, notamment par le recrutement des médecins. Le gouvernement, conscient de ce défi, a planifié à terme les moyens de « sa souveraineté médicale » indispensable pour atteindre l’objectif de santé pour tous. En effet, l’effectif du ministère de la santé, notamment des médecins nationaux formés à l’extérieur ainsi que des personnels paramédicaux formés par l’institut national, est en perpétuelle augmentation. Ces efforts, conjugués avec la mise en place d’une école de médecine, dont la première promotion est prévue pour 2017 vise à doter le secteur en ressources humaines compétentes et performantes.

LE SYSTÈME DE SANTÉ DJIBOUTIEN

ENTRETIEN AVEC : Ali Yacoub Mahamoud

Ministre de la santé Monsieur le Ministre, le Président de la République a été élu sur un programme de santé pour tous. Après plus d’une décennie quel est l’état des lieux ? Il s’agit d’un objectif fondamental qui se décline au quotidien et qui a commencé dès le début avec l’adoption de la loi cadre d’orientation de la santé et du cadre stratégique de développement sanitaire 20012011. Ce fut une période décisive de réformes majeures pour restructurer un secteur touché de plein fouet par le marasme économique de la décennie précédente. Aujourd’hui ; plusieurs paliers ont été franchis. Il en résulte une nette amélioration du système de santé qui a récupéré une bonne partie de ses moyens et de ses performances. L’enjeu est de capitaliser sur ces acquis toute en gardant le cap, à travers la modernisation et l’innovation.

Évolution des structures sanitaires

Évolution du personnel médical et paramédical diplômés

ANNÉES

2 353 3

2 000

1 798

1 500

Ministère de la Santé

1 000

0

PROJECTIONS

Infrastructures 1999 2009 2011 2012 2013-2017 sanitaires

2 500

500

Dans les territoires, comment se décline concrètement cette politique ? Le système national de santé poursuit sa transformation en se déployant sur l’ensemble du territoire. La pyramide sanitaire est redynamisée et harmonisée, avec trois fois plus de centres de santé et de ressources humaines plus motivées et mieux formées. L’offre de soins est mieux structurée et de meilleure qualité sur l’ensemble du pays, grâce à la politique de décentralisation et de déconcentration. Le nouveau dispositif tire sa performance des stratégies complémentaires de soins hospitaliers, de soins communautaires ainsi que de prévention contre les infections mais également d’immunisation gratuite d’enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes.

509

1999

912

2005

2009

2012

Poste de santé

18

27

28

32

44

Centre de santé communautaire

8

11

11

12

15

Centre Médico -hospitalier

4

5

5

5

2

Centre Spécialisé é 2

4

4

4

6

Hôpital régional

0

0

0

1

3

Hôpital de référence

2

2

2

2

2

Les projections en matière d’infrastructures sanitaires dépendent des objectifs en termes de rayon moyen de parcours et de population desservie.

PUBLI-INFORMATION

Dans le cadre de l’élaboration du nouveau PNDS 2013-2017, quels sont les objectifs à atteindre ? L’ o b j e c t i f g é n é ra l e t l e s a xe s stratégiques restent les mêmes. Nos priorités restent toujours le développement des infrastructures, le renforcement du plateau technique, l ’ a m é l i o ra t i o n d e s re s s o u rc e s humaines, la gestion rationnelle des médicaments. La priorité du moment porte sur le développement des hôpitaux régionaux comme l’hôpital de la région d’Atra inauguré le mois passé grâce à la coopération chinoise. Deux autres hôpitaux sont prévus pour 2013 dans les régions d’ALI SABLIEH et de TADJOURAH. Parallèlement nous avons aussi l’ambition de devenir une destination de tourisme médical. Nous sommes en discussion avancée avec plusieurs investisseurs dont de grandes corporations arabes et asiatiques.

DJIBOUTI

Monsieur le Ministre le temps de l’État providence est révolu : comment se dessine la nouvelle configuration du système de santé ? Il est vrai que le système de l’État providence a montré ses limites comme un peu partout dans le monde. D’autant plus que nous sommes confrontés à une pression migratoire continue. Je fais bien sûr allusion à ces réfugiés de la sous région, victimes de conflits ou de sécheresses. Je fais aussi allusion à ces hommes et à ces femmes, ils sont plusieurs milliers, qui traversent clandestinement, et souvent au péril de leur vie, notre pays dans l’espoir d’un eldorado en péninsule arabique. Notre politique consiste à garantir le droit à l’accès aux soins pour tous avec des infrastructures de qualité. C’est pourquoi la carte sanitaire prévoit des zones de gratuité pour les populations les plus démunies. Mais le socle de cette nouvelle politique est évidemment l’Initiative de Bamako fondée sur l’approche participative et l’implication des communautés à la gestion de systèmes de santé.

Un système fonctionnel

et performant à la fois

DANS LA RÉGION D’ATRA, LE PRÉSIDENT DJIBOUTIEN ISMAIL OMAR GUELLEH INAUGURE UN HÔPITAL FINANCÉ PAR LA COOPÉRATION CHINOISE. DIFCOM/CC - PHOTOS : ABOU

En une décennie les infrastructures de la santé ont enregistré un bond en avant aussi bien quantitatif que qualitatif. Décentralisé, donc dans une logique de proximité par rapport aux usagers, l’offre des soins se déploie sur l’ensemble du territoire. Le cas échéant, le ministère de la santé organise même « des caravanes de la santé » pour atteindre des zones les plus reculés.Les résultats sont plus que probants, en particulier dans le domaine de prise en charge pour la santé de la mère et de l’enfant. Avec des campagnes de vaccination et de sensibilisation qui ont réellement amélioré le santé reproductive. L’effort porte également ses fruits dans le domaine des maladies transmissibles. À titre d’exemple la prévalence VIH/SIDA stagne à 2,9 % depuis 2003. Par ailleurs le succès remporté dans le traitement du paludisme permet d’envisager à court terme l’éradication totale de cette maladie sur l’ensemble du territoire national. Le système de santé du pays tient débout sur ses deux pieds. Grace à une médecine curative mais aussi préventive !

Afrique subsaharienne

RD CONGO

Qui a tué

Le 17 janvier 1961, l’ancien Premier ministre était assassiné. Une mort tragique orchestrée depuis Léopoldville, Bruxelles et Washington. Et sur laquelle la justice belge a décidé d’enquêter.

CHRISTOPHE BOISBOUVIER

I

l y a de la barbarie dans l’exécution de Patrice Lumumba, sur laquelle la justice belge a décidé, le 12 décembre, d’ouvrir une enquête. Le 2 décembre 1960, quand l’ancien Premier ministre est exhibé à l’aéroport de Léopoldville (Kinshasa), après sa capture sur la route de Stanleyville (Kisangani) par Joseph-Désiré Mobutu, le chef d’état-major de l’armée congolaise, il n’est déjà plus traité comme un homme. Le soldat qui le saisit par les cheveux et lui relève la tête pour le montrer aux caméras… L’image reste dans toutes les mémoires. Le vainqueur des élections de mai 1960 n’est plus qu’un trophée de chasse. Le dernier jour de sa vie, le 17 janvier 1961, ses bourreaux sont d’une cruauté indicible. Dans le DC-4 qui l’emmène de Moanda à Élisabethville (Lubumbashi), ses gardes congolais sont imbibés de whisky. Ils le frappent si fort, à coups de pied, à coups de crosse, que le commandant de bord belge leur fait remarquer que des mouvements aussi brusques menacent la sécurité ! PATRICE LUMUMBA de l’avion. À l’atterrissage, avec ses (à dr.) après son deuxcompagnonsdesupplice(Joseph arrestation en Okito et Maurice Mpolo), il est encore décembre 1960. roué de coups. Un sous-officier belge À son côté, participe au lynchage. Joseph Okito, ancien viceDans la villa où ils sont gardés avant président leur assassinat, plusieurs ministres du du Sénat. gouvernement katangais s’y mettent à leur tour. « Le costume de Moïse Tshombe [président autoproclamé du Katanga, NDLR] était tâché de sang », dira le lendemain son chef de cabinet. À 23 heures, c’est l’exécution. Dans une clairière, un capitaine belge commande le peloton, composé de quatre Congolais. Tshombe est là, avec ses ministres. Et, comme si cela ne suffisait pas, quelques jours après la rafale mortelle, les corps des trois suppliciés sont découpés et dissous dans un fût d’acide sulfurique par deux policiers belges. Le degré zéro de l’humanité. À l’origine de cette cruauté, la peur qui s’est emparée des Blancs du Congo. Pourquoi ce sous-officier belge frappe-t-il Lumumba, ce 17 janvier 1961 ? Parce qu’il veut « venger » les femmes blanches violées six mois plus ● ● ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

AFP IMAGEFORUM

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Afrique subsaharienne

Lumumba?

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Afrique subsaharienne tôt à Thysville (aujourd’hui Mbanza-Ngungu), à 150 km au sud-ouest de Léopoldville. Dans le Congo de l’époque vivent plusieurs dizaines de milliers d’Européens, des Belges pour la plupart. Comme l’Algérie, comme l’Afrique du Sud, le Congo est une colonie de peuplement. La presse anglo-saxonne compare volontiers ce pays au régime d’apartheid d’Afrique du Sud. Chez les ultras belges du Katanga, le colonel Massu, le chef des parachutistes français d’Alger, est un héros. « Ce que fut le Congo belge est devenu un chaos », a lancé Baudouin, le roi des Belges, trois semaines après l’indépendance, le 21 juillet 1960. Et pour lui, l’homme du chaos, c’est Lumumba. En septembre, le Parlement belge a voté des fonds secrets pour financer le camp anti-Lumumba. À la tête de l’Opération des Nations unies au Congo (Onuc), l’Américain Andrew Cordier a confié à l’un de ses proches : « Nkrumah est le Mussolini d’Afrique, et Lumumba son petit Hitler. » Et le numéro un des services secrets belges à Léopoldville, le colonel Marlière, qui appelle Lumumba Satan dans ses messages codés, a affirmé : « Cet homme doit être supprimé, c’est une œuvre de salubrité publique. » ●●●

RACISME. La peur, donc, mais aussi une bonne

dose de racisme ordinaire. En 2001, une commission parlementaire belge dira pudiquement qu’« en 1960, la mentalité de certains Belges demeurait imprégnée de colonialisme. » Dans les années 1950, l’évêque du Katanga, Mgr de Hemptinne, déclarait encore que « la race noire (n’avait) rien derrière elle. Peuple sans écriture, peuple sans Histoire, sans philosophie, sans consistance aucune… » L’autre ressort de cette cruauté, c’est l’anticommunisme. En juillet 1960, Lumumba a commis la maladressededemanderl’aidedesSoviétiquespour transporter ses troupes jusqu’au front katangais. Le 18 août, à Washington, le président Eisenhower a présidé une réunion du Conseil de sécurité nationale. Le directeur de la CIA, Allen Dulles, a plaidé pour l’élimination physique de Lumumba. « Il y eut un silence de quinze secondes, puis le meeting se poursuivit », racontera un témoin. D’où la fameuse tentative d’empoisonnement avec un dentifrice spécial. « Si Lumumba se brosse les dents avec, il

DR

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! Dans la résidence de l’ambassadeur américain, Mac Godley, en 1966. Celui-ci (en maillot de bain) est placé entre LE PRÉSIDENT MOBUTU et LARRY DEVLIN, le chef d’antenne de la CIA à Léopoldville.

Qui sont les huit Belges encore en vie mis en cause par la justice ? La famille Lumumba, à l’origine de la procédure, refuse de dévoiler leurs noms. Selon l’agence Belga, il pourrait notamment s’agir de Jacques Brassinne, un diplomate qui était, sous la présidence Tshombe, membre du « Bureau conseil », le gouvernement parallèle des Belges à Élisabethville. Étienne Davignon serait également dans le viseur: ancien vice-président de la Commission européenne, père de la compagnie Brussels Airlines, il était à l’époque diplomate. Quant à Charles Huyghé, il était le chef de cabinet du ministre katangais de la Défense. Vu leur jeune âge au moment des faits, tous trois n’étaient sans doute que des seconds couteaux. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

attrapera une poliomyélite foudroyante. Ni vu ni connu », avait alors confié un tueur professionnel à Larry Devlin, le chef de la CIA au Congo… DIABOLIQUE. Un jour, Lumumba a dit : « Si je meurs demain, ce sera parce qu’un Blanc aura armé un Noir. » C’est après la pénible scène de son arrestation, en décembre 1960, que les Belges et les Américains conçoivent ce plan diabolique: faire éliminer Lumumba par ses frères congolais. À Léopoldville? Non. Mobutu lui-même est réticent. Il a été très proche du leader du Mouvement national congolais(MNC).IlconnaîtsoncharismeauCongoet surtoutlecontinent–en1958,lorsd’uneconférence àAccra,LumumbaafraterniséavecNasser,Nkrumah et Sékou Touré. Rusé, Mobutu sait que, s’il porte la responsabilité directe de la mort de Lumumba, il le paiera un jour. Par ailleurs, le 24 novembre, les Nations unies ont reconnu le gouvernement de Kasa-Vubu aux dépens de celui de Lumumba (53 voix contre 24). Pour les Occidentaux, ce n’est pas le moment de mettre un assassinat politique sur le dos de leur ami Kasa-Vubu. Son régime est trop fragile. Reste la solution katangaise. En juillet 1960, la province cuprifère du sud du Congo a proclamé son indépendance. Moïse Tshombe préside, mais les Belges gouvernent. Tshombe a toutes les raisons de vouloir éliminer Lumumba, mais, comme Mobutu, il devine que le prix à payer sera très lourd. D’abord pour sa chère province. Fini l’espoir de la reconnaissance internationale d’un Katanga indépendant. Ensuite pour lui-même. Et il n’a pas tort: dès que le Front de libération nationale (FLN) prendra le pouvoir à Alger, il poursuivra Tshombe JEUNE AFRIQUE

COLL-DEVANEY/SUPERSTOCK/SIPA

Afrique subsaharienne

LES HOMMES CLÉS DE L’AFFAIRE

KEYSTONE/GAMMA-RAPHO

• Gaston Eyskens (1905-1988),

Premier ministre belge de juin 1958 à avril 1961, il est habile et coriace. Les coalitions changent, mais lui, l’ancien professeur à l’université catholique de Louvain, reste aux affaires. La preuve: en août 1960, il résiste à une offensive du roi Baudouin, qui le trouve trop modéré sur le dossier congolais et veut le débarquer.

AFP

• Le comte Harold d’Aspremont Lynden (1914-1967), ministre des

de sa haine vengeresse, lui qu’il tient en partie pour responsable de la mort de Lumumba. En juin 1967, le président Boumédiène fera détourner son avion au-dessus des Baléares, et l’enfermera dans un cachot où il mourra deux ans plus tard, officiellement d’une « crise cardiaque ». En 1960, Tshombe pressent-il tout cela ? Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à la mi-janvier 1961, ses tuteurs belges d’Élisabethville et lui-même ont fait savoir à Bruxelles qu’ils ne voulaient pas recevoir le « cadeau empoisonné » Lumumba. Le 13 janvier 1961, tout s’emballe. Une mutinerie éclate au camp militaire de Thysville, où Lumumba est enfermé depuis six semaines. Du fond de son cachot,letribunnationalistearetournéunepartiede sesgeôliers.PaniquechezlesBlancsdeLéopoldville. Mobutu et Victor Nendaka, le directeur de la Sûreté, undur,réquisitionnentKasa-Vubuets’envolentpour Thysville, où ils rétablissent la situation in extremis, avec des liasses de billets. Mais le chef du camp, le colonel Bobozo, un Ngbandi comme Mobutu, dit à celui-ci: « Si une nouvelle mutinerie éclate, je ne pourrai plus garder Lumumba en prison. » Aussitôt, le scénario katangais est enclenché. Le 16 janvier au matin, un télex de Bruxelles intime l’ordre à Élisabethville de recevoir le prisonnier. Vu les propos publics des ministres de Tshombe (« S’il vientcheznous,nousletuerons»),aucundouten’est permissurlesortquiattendLumumba.Cejour-là,le Premier ministre belge, Gaston Eyskens, et Mobutu décident de sang-froid la mort de Lumumba, avec la bénédiction de Dwight Eisenhower. Un crime d’État et, pour les Congolais, le premier pas d’une longue descente aux enfers. ● JEUNE AFRIQUE

! De haut en bas : le président américain DWIGHT EISENHOWER ; le Premier ministre belge de l’époque, GASTON EYSKENS ; et HAROLD D’ASPREMONT LYNDEN, le Foccart de Bruxelles.

Affaires africaines de septembre 1960 à avril 1961. Aspremont, c’est le Foccart de Bruxelles. Ancien résistant, il est au cabinet du Premier ministre quand le Katanga fait sécession. Aussitôt, Eyskens l’y envoie comme proconsul, puis lui confie les commandes du Congo à Bruxelles. Le mot d’ordre du 6 octobre: « L’objectif principal est évidemment l’élimination définitive de Lumumba », c’est lui. Le télex du 16 janvier à Élisabethville, c’est encore lui.

• Joseph Kasa-Vubu (1915-1969),

premier président de la République du Congo à partir du 30 juin 1960.

• Le colonel Joseph-Désiré Mobutu

« Si je meurs demain, ce sera parce qu’un Blanc aura armé un Noir », avait un jour dit Lumumba.

(1930-1997), chef d’état-major de l’armée congolaise à partir du 5 juillet 1960. Le 14 septembre, il « neutralise » Kasa-Vubu et Lumumba et prend le pouvoir une première fois.

• Victor Nendaka (1923-2002),

directeur de la Sûreté congolaise à partir de septembre 1960.Très brillant, il est d’abord le bras droit de Lumumba, puis celui de Mobutu.

• Le colonel Louis Marlière (mort en mai 2000), chef des services belges à Léopoldville et conseiller de Mobutu à partir de juillet 1960.

Pour en savoir plus, lire L’Assassinat de Lumumba, de Ludo De Witte, aux Éditions Karthala (2000).

• Larry Devlin (1922-2008), chef

de la CIA au Congo de 1960 à 1967.

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Afrique subsaharienne Certains l’aiment blanc, d’autres rosé ou mousseux… Mais en Côte d’Ivoire, et à Abidjan en particulier, c’est le rouge que l’on préfère. « Beaucoup de mes clients ne boivent que ça, affirme Odélia. Sans doute parce que ce sont des hommes et qu’ils l’aiment plus charpenté. En plus, notre cuisine est puissante. On utilise beaucoup d’épices et de produits braisés. Cela passe beaucoup mieux avec le rouge. »

CÔTE D’IVOIRE

C’est le rouge qu’ils préfèrent Le vin, au bord de la lagune Ébrié, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, ce sont les caves à vin, de plus en plus nombreuses à Abidjan. On y boit de tout, et pas toujours des grands crus…

LYOPHILISÉ. La consommation de vin

OLIVIER POUR J.A.

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! KARIM RAJAN, PATRON DE L’ŒNOPHILE, à Abidjan : « Aujourd’hui, les gens veulent affiner leur palais. »

I

l est 21 heures à Angré, un quartier de la commune de Cocody, à Abidjan. Debout dans sa boutique, Odélia tripote nerveusement un tire-bouchon tout en dévisageant les clients qui s’installent sur sa terrasse. Vêtue d’un tailleur beige, élégamment coiffée, elle tient à ce que son établissement garde un certain standing : Chez Odélia n’est pas un maquis traditionnel, mais une cave à vin – comprendre : un lieu de dégustation et d’achat de vin – comme on en trouve de plus en plus dans la capitale économique ivoirienne. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

« J’ai ouvert il y a six mois et ça ne désemplit pas », se réjouit la patronne des lieux. Au-dessus de sa caisse, un grand portrait de la Vierge Marie et, partout, des bouteilles, présentées debout ou couchées, rangées dans de vastes casiers en bois ou empilées les unes sur les autres : des côtes-du-rhône, des bordeaux, des merlots, des vins de pays d’Oc… Les vins d’Odélia ne sont pas tous très connus, ce sont rarement des grands crus, et ils viennent, dans leur quasi-totalité, de France. Leur prix ? Entre 3 000 F CFA (4,60 euros) et 20 000 F CFA la bouteille.

(souvent de piètre qualité) est ancienne en Côte d’Ivoire. « Elle remonte à l’époque des Français, explique Françoise, une journaliste ivoirienne. Mais longtemps, ce que l’on a bu, c’était du vin lyophilisé, du vin en poudre que l’on diluait dans de l’eau ! On en consommait beaucoup chez les Baoulés, par exemple. » Ce qui est nouveau, ce sont les caves à vin, qui ont ouvert un peu partout à Abidjan. « C’est un phénomène bien réel, note Francis Akindès, professeur de sociologie à l’université de Bouaké. D’ailleurs, on vend aussi de plus en plus de minicaves à vin qui permettent aux gens de mieux conserver leurs bouteilles chez eux. Maintenant, dans les dîners en ville, chacun parle de sa réserve ! » La Côte d’Ivoire est aujourd’hui le deuxième pays importateur d’Afrique subsaharienne derrière le Nigeria. Selon les statistiques des ports ivoiriens, 33 000 tonnes de vins ont été importées en 2011, essentiellement en provenance d’Espagne (+ 60 % de parts de marché en 2010) et de France (surtout pour les vins haut de gamme), même si les vins estampillés « du monde », notamment ceux du Chili, d’Argentine ou même d’Afrique du Sud, connaissent un certain essor. « Les amateurs de vin sont de plus en plus nombreux en Côte d’Ivoire, assure Isabelle Vermorel, coordinatrice commerciale de Val d’Orbieu, un groupe viticole basé à Narbonne, dans le sud de la France, et implantéen Côted’Ivoiredepuis 2010.Nos ventes ont progressé de 138 % en un an. » Abidjan a même accueilli, en octobre dernier, son tout premier Salon du vin. Un succès selon Karim Rajan, directeur de la chaîne L’Œnophile (groupe Prosuma), à l’origine du concept. « Les gens viennent vers le vin. Ils veulent approfondir leurs connaissances, affiner leur palais et comprendre ce qu’ils aiment ou pas », explique-t-il. Le salon et sa trentaine de stands, tenus par des producteurs venus JEUNE AFRIQUE

Afrique subsaharienne du monde entier, ont rassemblé plus de 2 000 visiteurs. « Malgré toutes les crises que la Côte d’Ivoire a connues, le marché est en pleine croissance, poursuit Karim Rajan. Entre 2010 et 2011, nos ventes ont progressé de 20 %. Nous vendons entre 200 000 et 250 000 bouteilles par an. » Créée en 1996, sa chaîne compte six points de vente en Côte d’Ivoire, dont trois ont été ouverts en 2012. Comment expliquer ces bons résultats? « En Côte d’Ivoire, plus encore que dans les grandes villes des autres pays francophones de la sous-région, les classes moyennes sont en pleine expansion, analyse Francis Akindès. La consommation de vin est un phénomène caractéristique de ces classes moyennes: le vin est dans ce cas précis l’expression d’une distinction sociale. » Pour Karim Rajan, de L’Œnophile, « les Ivoiriens ont, de plus en plus souvent, un profil international. Ils voyagent en Europe, mais aussi au Maghreb, en Afrique du Sud ou à Dubaï, des pays où la consommation de vin se développe ».

Résultat, en Côte d’Ivoire, le vin se vend de mieux en mieux. Les supermarchés en proposent, et les distributeurs ont mis sur pied des campagnes de communication très ciblées, allant jusqu’à

décrit comme un « opérateur culturel ». « Aujourd’hui, en boîte de nuit, le vin se vend plus que le whisky, pourtant très consommé. Si tu commandes un Muscador [un mousseux plutôt bon marché, NDLR] en boîte, tu es le roi ! » Pourtant, continue-t-il, Une boisson qui se vend bien le vin « n’est pas dans la culture auprès des classes moyennes, ivoirienne ». Autour de lui, ses amis acquiescent, et Magiste mais n’a pas détrôné la bière ! se lance dans une explication savoureuse et animée du succès des organiser des sessions de dégustation, des cours d’œnologie, des « soirées beaucaves à vin. « Vous voulez la vérité ? Ce jolais nouveau »… sont des lieux réservés aux gens qui ont un fort pouvoir d’achat, et ils ne sont pas PRODADA. Mais cela convainc-t-il tout si nombreux. Leur vin bas de gamme est en moyenne à 5 000 F CFA. Dans un le monde dans un pays où la bière a maquis, on peut boire 5 bières pour le longtemps été reine ? Pas sûr. Rendezmême prix ! » Magiste s’emballe : « Les vous à l’autre bout de Cocody, dans le caves à vin, c’est juste une mode. C’est ce quartier de la Riviera 2. Il est 23 heures, et Magiste Boulard de qu’on appelle ici “faire sa prodada”, faire Nerval passe sa soirée au Loup Blanc, le malin. » Et concède, plus bas : « Mais le nouveau lieu branché du moment. c’est vrai que le vin bouché [servi dans des bouteilles fermées par des bouchons Ambiance feutrée, moquette, canapés rouges, musique… et bières! Fin connaisen liège], ça fait plus chic. » ● seur de la nuit abidjanaise, Magiste se HABY NIAKATE, envoyée spéciale

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Afrique subsaharienne

TRIBUNE

Opinions & éditorriaux

ROBERT BADINTER Ancien président du Conseil constitutionnel français, ancien garde des Sceaux et ministre de la Justice

* La cour d’appel deYaoundé a confirmé, le 17 décembre, la condamnation de Roger Mbédé à trois ans de prison ferme « pour homosexualité ». Ses défenseurs se sont dits choqués par la décision des juges et ont annoncé que leur client allait se pourvoir en cassation.

Homophobie = racisme

M

I-DÉCEMBRE AU CAMEROUN, une entre adultes consentants du droit fondamental cour a confirmé une peine de prison de chacun à disposer de son corps. L’homophobie n’est rien d’autre qu’un racisme sexuel fondé prononcée contre un jeune homme en raison de son orientation sexuelle, comme tous les racismes sur l’ignorance, le préjugé de son homosexualité*. Il y a trente ans, en France, et la violence. Nous devons combattre l’homoen tant que ministre de la Justice, j’ai obtenu du phobie comme toutes les autres formes de racisme. Parlement que soient abrogées du code pénal les C’est à cette cause que travaillent de nombreux dispositions discriminatoires qui pénalisaient alors défenseurs des droits humains partout en Afrique. les homosexuels. Aujourd’hui comme hier, ma Leur tâche est très rude, compte tenu du rejet conviction est tout aussi forte : chaque adulte doit moral particulièrement vif qui pèse encore sur les pouvoir disposer librement de son corps, et la sexualité entre adultes consentants doit relever de la sphère privée, de la vie intime, et non du code pénal. Trop de pays, dont beaucoup en Afrique, continuent d’incriminer les relations homosexuelles entre adultes consentants, légitimant ainsi des discriminations, voire des persécutions, contre des hommes et des femmes dont le seul tort est d’avoir une orientation sexuelle différente et moralement condamnée par la majorité de leurs concitoyens. Il est temps que cela cesse et que le droit à disposer librement de son corps soit reconnu et protégé partout dans le monde. Car il ne s’agit pas ici d’un « caprice » ou « diktat » du monde occidental, comme je l’entends parfois, mais de la défense d’un droit individuel universel auquel chaque adulte doit avoir accès, quelles que soient sa nationalité, sa culture. ! Le 19 novembre, à Yaoundé. ROGER MBÉDÉ et ses avocates : L’Europe ou l’Occident en général SASKIA DITISHEIM et ALICE NKOM (à dr.). Cette dernière est très n’ont d’ailleurs aucune leçon à engagée dans la lutte contre la pénalisation de l’homosexualité. donner sur ce sujet, car les homosexuels y ont subi pendant des siècles répression, persécutions et rejet, avant que homosexuels. Je tiens à leur rendre hommage, la cause de l’égalité ne finisse par y triompher, au eux qui mènent courageusement, et dans un climat terme d’une prise de conscience collective et grâce parfois très hostile, ce combat pour la tolérance à l’action résolue de nombreux militants. et le respect de la dignité humaine. Parce que leur Il est moralement inacceptable qu’au nom de combat est juste, ils finiront par convaincre l’opinion préjugés homophobes, en eux-mêmes condampublique et les gouvernements, comme il est nables, soient punis de prison et parfois même advenu peu à peu sur d’autres continents, au nom de mort des êtres humains qui n’ont fait qu’user de l’universalité des droits humains. ●

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DR

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JEUNE AFRIQUE

Coulisses

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OUGANDA

Kony court toujours

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n mai 2012, Caesar Acellam a été capturé lors d’une embuscade tendue par l’armée ougandaise au bord de la rivière Mbou, en Centrafrique. Ce lieutenant de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) disposait d’un AK-47 et de… huit balles dans son chargeur. À la tête de quelques centaines de combattants errant entre la RD Congo, la Centrafrique et le Soudan, le prophète autoproclamé Joseph Kony, lui, court toujours. Pourtant, rarement tête mise à prix aura suscité autant de clics ! La campagne médiatique lancée contre lui par l’ONG Invisible Children au début de 2012 restera un modèle du genre. Réalisé par Jason Russell, le film de trente minutes Kony 2012 a été vu plus de 100 millions de fois si l’on cumule les audiences des sites YouTube et Vimeo. TRAQUE. Partial, partiel et simpliste, Kony

2012 a eu le mérite de faire d’un rebelle sanguinaire une star planétaire. Les suites données à la campagne (Kony 2012 : Part II – Beyond Famous et Move) n’ont pas connu le même succès, handicapées peut-être par l’éphémère arrestation de Jason Russell à San Diego, en mars, alors qu’il se tortillait nu dans la rue en hurlant des propos incohérents… Mais, au-delà des critiques dont la vidéo virale a fait l’objet, il faut reconnaître que l’action d’Invisible Children a suscité une réaction du Sénat américain, accéléré l’envoi de troupes de l’Union africaine et extirpé de l’indifférence l’un des pires conflits du continent. Quoique très critiquée, l’ONG continue son combat à distance, soulignant que « l’engagement politique timoré des gouvernements régionaux, l’indifférence manifestée par l’Organisation des Nations unies et le sous-financement de la mission de l’Union africaine » sont les causes principales de l’échec d’une traque qui dure depuis plus de vingt ans. À suivre, donc, en 2013. ● NICOLAS MICHEL JEUNE AFRIQUE

REBECCA BLACKWELL/AP/SIPA

La mobilisation avait été sans précédent et 2012 devait sonner la fin du chef rebelle… C’est raté!

! L’ANCIEN PRÉSIDENT TCHADIEN à Dakar, le 15 novembre 2005.

SÉNÉGAL L’ÉTAU SE RESSERRE AUTOUR DE HABRÉ Vingt et un ans qu’il coule des jours tranquilles à Dakar, et jamais la justice n’a paru aussi proche d’engager des poursuites contre Hissène Habré. Le 19 décembre, l’Assemblée nationale sénégalaise a voté une loi qui autorise la création de quatre chambres spéciales composées de magistrats africains au sein de l’appareil judiciaire sénégalais. Un texte qui ouvre la voie à un éventuel procès de l’ancien président tchadien, accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. « En huit mois, le gouvernement de Macky Sall a fait plus […] que le Sénégal n’avait fait en plus de deux décennies », s’est réjoui Reed Brody, conseiller juridique de l’ONG Human Rights Watch. La création de ces chambres fait suite à un accord signé en août entre le Sénégal et l’Union africaine (UA). Quant à la question du financement du procès, elle a été réglée début décembre. Après plusieurs mois de négociations, Dakar, l’UA et les bailleurs de fonds se sont mis d’accord sur un budget de 7,4 millions d’euros. ●

RD CONGO FAUTE DE PREUVES Parce qu’elle n’a pas pu prouver que c’est bien lui qui avait dirigé l’attaque contre un village de l’est de la RD Congo qui avait fait 200 morts en 2003, la Cour pénale internationale (CPI) a acquitté, le 18 décembre, Mathieu Ngudjolo. Celui-ci est un ex-milicien, un Lendu, qui était accusé d’avoir voulu « effacer » le village hema de Bogoro, en Ituri. C’est le premier acquittement prononcé par la CPI. FOOT LES GOÛTS ET LES COULEURS… Non non, ils ne sont pas racistes les supporteurs ultras du Zénith Saint-Pétersbourg. Mais si « leur » club pouvait se séparer de ses footballeurs noirs et s’engager à ne plus en recruter, ce serait bien. « L’absence de joueurs noirs au

Zénith est une tradition importante », ont-ils écrit dans une lettre ouverte aux dirigeants du club, le 18 décembre. D’ailleurs, si ceux-ci pouvaient aussi renoncer aux joueurs sud-américains et gays, ce serait encore mieux, ont-ils ajouté, en précisant qu’ils n’étaient pas racistes. Mais bien sûr… RWANDA BIENTÔT LA FIN LeTribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a rendu, le 20 décembre, son dernier jugement en première instance. Augustin Ngirabatware a été condamné à trente-cinq ans de prison pour son rôle dans le génocide. Ex-ministre du Plan, il est aussi le gendre de Félicien Kabuga, le plus célèbre des accusés duTPIR toujours en fuite. La cour doit encore juger des dossiers en appel avant de cesser ses activités fin 2014. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Afrique subsaharienne

BURKINA FASO

Diendéré, la discrétion assurée

C’est lui le chef d’état-major particulier du président Compaoré. La mémoire du régime, l’homme de l’ombre depuis plus d’un quart de siècle… Enquête sur un soldat qui sait tout, mais ne dira rien. RÉMI CARAYOL,

envoyé spécial

O

n lui donnerait le bon Dieu sans confession à ce grand gaillard. Il doit faire près de 1,95 m et chausser du 50 mais, dans le treillis qu’il semble ne jamais quitter, il ressemble à un enfant qui se cache derrière les jambes de sa mère quand on lui présente un inconnu. S’il tend une main ferme pour saluer, c’est par un « bonjour » presque gêné qu’il répond. Quand il parle, il faut tendre l’oreille. L’habitude des messes basses, peut-être… On a peine à le croire, mais il s’agit bien du général Gilbert Diendéré, le chef d’état-major particulier du président, l’homme le plus puissant du Burkina Faso après Blaise Compaoré lui-même. En août 1983, quand Thomas Sankara a proclamé la révolution, ils étaient trois officiers à ses côtés: Blaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo. Diendéré était le cinquième homme. En retrait certes, mais déjà au cœur du système. C’est lui qui dirige depuis trente ans les soldats d’élite du Burkina, le Régiment de la sécurité présidentielle (RSP). Mille hommes que le reste des troupes jalousent tant ils sont choyés ; cinq groupes de commandos formés aux situations les plus extrêmes dans le fameux Centre national d’entraînement N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Sous ses ordres, mille hommes très bien armés et que le reste de la troupe jalouse tant ils sont choyés.

commando (CNEC) de Pô. « Le RSP, c’est une armée parallèle, glisse un ministre aux compétences régaliennes. À eux seuls, les hommes de Diendéré pourraient mater le reste des troupes. Ils sont bien formés et très bien armés. » À 53 ans, Diendéré est aussi le big boss des renseignements généraux. « L’homme le mieux informé du pays », souffle un journaliste. Peut-être même de la région. En mars, il admettait avoir été mis au courant qu’un putsch était en préparation en Guinée-Bissau (il sera mis à exécution le 12 avril). En avril, au retour d’une énième mission dans le nord du Mali, et avant même que la victoire des milices islamistes sur les combattants du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) ne se dessine, il nous annonçait la débâcle des rebelles touaregs. Rien ne lui échappe, et ils ne sont pas nombreux à pouvoir en dire autant. Les RG étant éclatés en quatre services distincts (gendarmerie, police, douanes et armée), seule la cellule de coordination qu’il dirige depuis la présidence dispose de l’ensemble des données. Sans oublier les précieuses informations que lui transmettent les Américains et les Français. C’est ici, à Ouaga, que des troupes d’élites françaises se préparent à intervenir à tout moment. Ces commandos

! GILBERT DIENDÉRÉ, en mai 2010. Il est aujourd’hui l’homme le plus puissant du pays après le chef de l’État.

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s’entraînent d’ailleurs régulièrement avec ceux du RSP. Diendéré lui-même ne dit pas non à un petit exercice de temps en temps. Il y a quelques mois, il a sauté en parachute avec l’ambassadeur français en poste à Ouaga, le général Emmanuel Beth. À cause d’un orage, le saut a mal tourné. Beth a fini à l’hôpital, Diendéré s’en est sorti avec quelques contusions.

U.S. AIR FORCE/RELEASED

RÉSEAU D’INFORMATEURS. Cette

étroite collaboration qu’il s’évertue à garder secrète ne l’empêche pas de porter un regard critique sur ses amis occidentaux. Prenez la Libye:quandKaddafiesttombé,des colonnes de pick-up transportant des Touaregs surarmés ont fui vers le Mali. Et pourtant, les Français et les Américains n’y ont vu que du feu. « Il y a des satellites partout, mais il n’y a plus personne sur le terrain », déplore-t-il. Lui compte encore sur la matière humaine pour s’informer. À Ouahigouya, une ville stratégique située près de la frontière avec le Mali, il a mis en place un réseau efficace d’informateurs volontaires. Et ce bien avant que le MNLA, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) ne prennent le Nord. Il sait tout, et c’est bien ce qui le rend « intouchable » – le terme est d’un proche collaborateur de Compaoré – même si (ou peut-être parce que) il n’a aucun poids politique. En 2011, après les violentes mutineries qui ont enflammé la quasi-totalité des casernes du pays, l’ensemble de la chaîne de commandement de l’armée a été renouvelé. À une exception près : le général Diendéré. Le RSP s’était pourtant rebellé lui aussi, à l’intérieur même du palais présidentiel. «N’importequelautreofficieraurait été viré », croit savoir un officier de réserve. Tous ceux qui se sont attaqués à lui se sont brûlé les ailes. Le général Lougué, alors chef d’état-major, a tenté de réduire son poids en 2000: il est aujourd’hui dans un placard à la primature. Même Hyacinthe Kafando, protégé de Compaoré

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Afrique subsaharienne Enquête depuis la rectification (la période qui a suivi la révolution, de 1987 à 1992), a échoué. Accusé d’avoir fomenté un coup d’État en 1996, il a disparu pendant cinq ans pour échapperàunearrestationcertaine, avant de réapparaître en 2001. Il avait eu le malheur de comploter contre Diendéré.

révolution burkinabè, EPO, 1989). Diendéré y déclare ceci : « [Nous avons été prévenus] que Compaoré, Lingani et Zongo seraient arrêtés ce soir. [...] Notre réaction a été qu’il fallait arrêter Sankara avant que l’irréparable ne se produise. [...] Sankara tenait comme toujours son arme, un pistolet automatique, à la

Mais Diendéré, c’est aussi la mémoire du régime. À chacune des étapes qui ont marqué l’histoire récente du Burkina, « Gilbert » était là. C’est le cas en 1987. Le 15 octobre, Diendéré « supervise » l’arrestation de Sankara, qui tourne au bain de sang. Vingt-cinq ans après, on ne sait pas encore ce qu’il s’est réellement passé, ce jour-là, au siège du Conseil national de la révolution. Diendéré dirigeait déjà les commandos de Pô chargés d’assurer la garde de Sankara. On l’aurait entendu dire à ses hommes qu’il fallait « neutraliser à tout prix le PF », le président du Faso. Était-il présent sur les lieux ? Les rares témoins encore en vie disent l’avoir vu arriver après la tuerie. Boukary Kaboré, un fidèle de Sankara qui dirigeait à l’époque une autre unité d’élite basée à Koudougou, pense qu’il a été « surpris » par la tournure des événements. Pour entendre la version du général, et parce que, depuis, il se tait, il faut relire l’ouvrage de Ludo Martens (Sankara, Compaoré et la

main. Il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. À ce moment, tous les hommes se sont déchaînés. »

AFP

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! JEUNES

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PAS TRÈS CAUSANT. Au moment

des faits, Diendéré est déjà le fidèle bras droit de Compaoré. En 1981, quand Compaoré a hérité du commandement du CNEC, à Pô, il a fait de ce jeune sous-officier son adjoint. Quand se sont-ils rencontrés? Mystère. Mais le lien entre les deux hommes, c’est peut-être le commandant Lingani, le n° 3 sous la révolution, qui l’a fait. Lingani était le parrain de Diendéré au Prytanée militaire de Kadiogo (PMK). Il l’appréciait. À l’époque déjà, Diendéré n’est pas très causant. « Il souriait, mais ne disait pas un mot, se rappelle Philippe Ouédraogo, ministre dans lepremiergouvernementdelarévolution. C’était impossible de deviner ce qu’il pensait. » Aujourd’hui, un de ses proches collaborateurs dit de lui qu’il est « extrêmement discret et très discipliné » et qu’on « ne peut jamais savoir quelle est sa position ».

RECRUES DU

RÉGIMENT DE LA SÉCURITÉ PRÉSIDENTIELLE

(RSP), le corps d’élite qu’il dirige depuis trente ans (ici en juin 2008).

Originaire de la région de Yako, dans la province du Passoré, comme Sankara, le jeune Gilbert s’est installé à Ouagadougou avec sa famille dans les années 1970. Ils sont pauvres. Son père, militaire mossi, ne dépassera jamais le grade de caporal. Gilbert, lui, aime le foot et les filles. Comme beaucoup de fils de militaires, il intègre le Prytanée. On le retrouve en 1981 sous les ordres de Compaoré. Le 4 août 1983, il joue un rôle majeur dans la prise du pouvoir par les révolutionnaires en menant ses troupes jusqu’à Ouagadougou. C’est lui qui annonce à la radio le coup d’État. Il est 22 heures. « Peuple de HauteVolta, le capitaine Thomas Sankara vous parle… » Il est de tous les coups « et tire à chaque fois son épingle du jeu », note Philippe Ouédraogo. Est-il « l’homme des basses besognes », comme ses détracteurs aiment à le qualifier ? « Il est très fin, estime un ami d’enfance, un opposant à Blaise Compaoré. Jamais il ne se promènerait un colt à la main dans la rue. Il a peut-être échafaudé des plans, mais je ne crois pas qu’il les ait exécutés lui-même. » Le 18 septembre 1989, il déjoue une tentative de coup d’État qui – selon la version officielle – aurait été fomentée par Lingani et Zongo, ses deux vieux compagnons d’armes. Lingani lui aurait fait part de leur plan et Diendéré en aurait informé Compaoré avant de procéder aux arrestations des présumés putschistes. Ils seront passés par les armes dans la nuit. Quelques jours plus tard, Diendéré est nommé secrétaire général du comité exécutif du Front populaire – autrement dit numéro deux du régime. Le voilà chargé de la défense et de la sécurité. Il n’a que 30 ans. Vingt ans plus tard, Diendéré est resté fidèle à Compaoré. Il a été son homme de confiance sur bien des dossiers. Quand le Libérien Charles Taylor reprenait des forces à Ouaga avant de repartir en guerre, c’est lui qui s’en occupait. Idem pour l’Ivoirien Guillaume Soro au début des années 2000, avant sa fulgurante ascension. Même JEUNE AFRIQUE

Diendéré, la discrétion assurée chose pour le Guinéen Moussa Dadis Camara depuis deux ans. C’est lui aussi qui, selon des témoins cités dans un rapport de l’ONU, a géré le transit à Ouaga d’armes ukrainiennes destinées à la Sierra Leone à la fin des années 1990. Lui qui, selon les principaux intéressés, s’occupait d’envoyer au Liberia en guerre des mercenaires burkinabè. Lui qui s’est rendu au Tchad, le 1er décembre 1990, le jour même où Hissène Habré fuyait N’Djamena. Lui, enfin, qui fut au cœur de l’affaire David Ouédraogo, ce chauffeur accusé par la femme de François Compaoré, le frère et conseiller de « Blaise », de leur avoir dérobé de l’argent. Ce sont les hommes de Diendéré qui ont arrêté David Ouédraogo et ont

tenté de lui extorquer des aveux, avant qu’il ne soit donné pour mort en janvier 1998. Un an plus tard, le journaliste Norbert Zongo, qui a révélé l’affaire, mourra dans l’incendie criminel de sa voiture.

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années 1990, certains l’ont soupçonné de fomenter un sale coup. Sa femme, Fatou, l’y aurait poussé. « Fatou », députée et membre du bureau exécutif du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, au pouvoir), c’est l’exact contraire de Diendéré. Elle pétille, parle fort, aime la politique et ne cache pas ses ambitions. « Si Blaise est là, pourquoi pas mon mari ? » auraitelle lâché, un jour, en société. Si elle ne refuse pas la lumière, lui la fuit comme la peste. Hormis quelques apparitions dans la presse et de rares décorations, il est invisible. « On ne le voit pas en ville », indique un journaliste. Et lorsqu’on lui parle de faire son portrait, il se braque. « Je ne veux pas. » Pourquoi réveiller les vieux démons ? ●

Le pouvoir ne l’intéresse pas, et c’est là sans doute la clé de sa longévité. SALE COUP. Aujourd’hui, Diendéré suit de près le dossier malien. Il s’est transformé en libérateur d’otages (lire encadré), la nouvelle spécialité du Burkina. Diendéré, c’est un homme de l’ombre, un vrai. « Le pouvoir ne l’intéresse pas », assure un proche. Il y a bien eu des bruits le concernant. Dans les

AHMED OUOBA/AFP

! AVEC LA SUISSE BÉATRICE STOCKLY, à son arrivée à Ouagadougou, le 24 avril dernier. Elle avait été enlevée neuf jours plus tôt à Tombouctou, dans le Nord-Mali.

SA SPÉCIALITÉ ? FAIRE LIBÉRER LES OTAGES DEPUIS QUELQUE TEMPS, Gilbert Diendéré, d’habitude si discret, prend la lumière. En l’espace de deux semaines, en avril, c’est lui qui, devant les caméras, est apparu aux côtés JEUNE AFRIQUE

d’otages occidentaux libérés des griffes d’AlQaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Ce fut d’abord une Italienne, puis une Suisse. À chaque fois, Diendéré a pris les airs pour aller les chercher

dans le Sahel malien. En 2010 déjà, pour la libération d’autres otages européens, le chef d’état-major particulier du président était du voyage, mais c’est le Mauritanien Moustapha Chafi, un

conseiller de Compaoré également très proche de Diendéré, que l’on avait vu aux avant-postes. Pourquoi une telle exposition ? « Parce qu’il faut bien que quelqu’un le R.C. fasse », répond-il. ●

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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République centrafricaine

C’EST À BOUAR, À 450 KM DE LA CAPITALE, QU’A ÉTÉ CÉLÉBRÉ, LE 1ER DÉCEMBRE 2012, LE 54ÈME ANNIVERSAIRE DE LA PROCLAMATION DE L’INDÉPENDANCE.

LE PRÉSIDENT CENTRAFRICAIN FRANÇOIS BOZIZÉ.

Tirer les leçons du passé Une commémoration sous le signe de la confiance C’est dans la ville de Bouar, à 450 km à l’ouest de Bangui, la capitale centrafricaine, que le président François Bozizé a célébré, le 1er décembre 2012, le 54 ème anniversaire de la proclamation de l’indépendance de son pays. Pour la première fois dans l’histoire de la République centrafricaine, l’événement, habituellement fêté à Bangui, était donc délocalisé. Dans la capitale, en ce 1 e décembre 2012, l’ambiance généralement festive de la commémoration a naturellement souffert du changement : en lieu et place de la marée humaine qui envahit, d’habitude, l’avenue des Martyrs, la place Omar Bongo et les rives du fleuve Oubangui, où se déroule une traditionnelle course de pirogues, Bangui n’a guère connu que les longues files d’attente des Banguissois devant les guichets des banques commerciales de la place : ils allaient encaisser avec une semaine d’avance, par décision des autorités, leur salaire

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du mois. Si, dans les huit arrondissements de cette capitale de 700 000 habitants, l’atmosphère n’était pas vraiment à la fête, il en allait autrement à Bouar, première ville du pays à bénéficier d’une délocalisation présentée par le gouvernement comme une manifestation de sa politique de décentralisation et de régionalisation soutenue par l’Union européenne. Le chef de l’État, pour sa part, entendait faire de l’événement une occasion de délivrer à ses compatriotes quelques vérités toujours bonnes à dire, même si elles ne sont pas toujours agréables à entendre, assorties d’un message de confiance et d’espoir. « En jetant un regard rétrospectif, s’est-il ainsi écrié à Bouar, nous sommes appelés à tirer les leçons du passé et des erreurs qui ont jalonné notre parcours et retardé la marche de notre pays vers la paix, le progrès et la prospérité… Je mesure l’impatience de mes compatriotes et leur soif de voir leurs conditions de vie s’améliorer le plus rapidement possible. Je vous demande de faire confiance à notre gouvernement, car notre pays sort d’une longue période d’instabilité… La vie d’un pays n’est pas un fleuve tranquille. Malgré les soubresauts que notre pays a connus, nous devrions avoir plus confiance en l’avenir ».

République centrafricaine

Combler un « déficit de communication » Après bientôt dix années de gestion d’un va s t e c h a n t i e r o u v e r t l e 1 5 m a r s 2 0 0 3 , le président s’est rendu à l’évidence : une faille s’est ouverte entre la portée réelle de l’action gouvernementale et la perception qu’en ont la grande majorité des Centrafricains. D’où son appel renouvelé à la confiance de ses concitoyens. D’où, également, le reproche qu’il adresse à ses ministres d’un « déficit de communication » : « Le gouvernement, a-t-il dit, a engrangé des succès significatifs qui, me semble-t-il, ne sont pas bien perçus par nos populations, voire même peu connus de certains de nos partenaires. C’est pourquoi j’engage le gouvernement à faire connaître régulièrement au peuple et à tous nos partenaires les progrès enregistrés dans les différents domaines ». Enfonçant le clou, il a précisé à l’attention des responsables : « Ce déficit de communication est préjudiciable à l’atteinte des objectifs que le gouvernement s’est fixés et ouvre la voie aux marchands d’illusions, dont les objectifs recherchés sont de nuire à la République centrafricaine. » Sur le plan de la politique intérieure, notamment, le chef de l’État s’étonne que ses efforts en vue de l’ouverture d’un véritable dialogue entre le pouvoir et l’opposition soient à ce point méconnus. Après avoir affirmé sa conviction que « seuls le dialogue et la concertation doivent guider les acteurs politiques de notre pays aux fins de créer un climat favorable à l’apaisement et au développement », il a poursuivi : « Beaucoup de mes compatriotes continuent de s’interroger sur le sens de mon appel à la concertation politique depuis le 15 mai 2012. Je tiens à réaffirmer à mes compatriotes, qu’ils soient de la majorité ou de l’opposition, ma ferme volonté de maintenir le dialogue sur les grands sujets engageant la vie de la nation, car c’est ensemble, au-delà de nos clivages, que nous construirons un pays prospère et où il fait bon vivre ». Une réponse sans équivoque aux leaders de l’opposition, qui réclament un dialogue en forme de pourparlers entre partis politiques, comme ce fut le cas en décembre 2008, lors du Dialogue politique inclusif (DPI) institué par le chef de l’État. Or, le schéma que celui-ci privilégie aujourd’hui est plutôt celui d’un débat direct entre le pouvoir et l’opposition sur tous les « grands sujets engageant la vie de la nation », à l’image de la concertation qui avait regroupé, en septembre 2012, toutes les forces vives de la nation et avait débattu de la révision du code électoral et de la mise en place consensuelle de l’Autorité nationale des élections (ANE).

« SEULS LE DIALOGUE ET LA CONCERTATION DOIVENT GUIDER LES ACTEURS POLITIQUES DE NOTRE PAYS AUX FINS DE CRÉER UN CLIMAT FAVORABLE À L’APAISEMENT ET AU DÉVELOPPEMENT. »

Un bilan sécuritaire appréciable À Bouar, ce 1er décembre, le chef de l’État a également mis l’accent sur le bilan appréciable des différentes actions menées par le gouvernement pour rétablir, sur toute l’étendue du territoire, la paix et la sécurité, dont il a rappelé qu’elles étaient « une exigence nécessaire pour asseoir les véritables bases du développement de (son) pays ». Il faut en effet se souvenir qu’en 2006, lorsqu’ont éclaté les premières rébellions armées en République centrafricaine, on ne comptait pas moins de cinq groupes politico-militaires actifs dans le pays. Le processus a été long et complexe mais, en fin de compte, des accords de cessez-le-feu et un accord global ont pu être signés avec eux. Une sixième rébellion, née après la promulgation de la loi d’amnistie, a pu, à son tour, se joindre au processus. Il en est résulté, avec l’appui de la communauté internationale, la mise en œuvre d’un programme de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR), qui se poursuit actuellement et a

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République centrafricaine

AVEC LE RETOUR DE LA SÉCURITÉ, BANGUI A RETROUVÉ SON CALME ET SON CHARME HABITUELS.

« JE VEUX QUE CHAQUE CENTRAFRICAIN SE LIBÈRE DE LA FATALITÉ… NOUS DEVONS FAIRE ENSEMBLE DE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE UN PAYS ÉMERGENT À L’HORIZON 2025. »

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déjà permis le retour à la vie civile de plusieurs centaines d’ex-combattants. Le chef rebelle tchadien Baba Laddé, dont les quelques 1 000 hommes du Front populaire pour le redressement (FPR) sévissaient dans le Nord du pays, a été mis hors d’état de nuire à la suite de l’offensive conjointe menée par les forces centrafricaines et tchadiennes contre leurs bases de Ouandago et de Gondava, le 25 janvier 2011. Pour l’autre chef rebelle étranger, l’Ougandais Joseph Kony de la Lord Resistance Army (LRA), le compte à rebours a également commencé depuis qu’une unité des Forces spéciales américaines, un contingent de troupes ougandaises et un autre de l’Union africaine appuient les Forces armées centrafricaines (FACA) dans la traque de ce criminel recherché par la Cour pénale internationale (CPI). Dans le nord-est, dans la zone dite des Trois frontières, un verrou sécuritaire a été mis en place avec des soldats tchadiens, soudanais et congolais, qui concourent, eux aussi, à la pacification et à la sécurisation du territoire centrafricain. Il n’en subsiste pas moins, ici ou là, des poches résiduelles d’insécurité, ce qui a conduit le chef de l’État à lancer, depuis Bouar, un appel à ses « compatriotes égarés », ainsi qu’il les a lui-même appelés : « C’est pour moi, a-t-il dit, l’occasion, une fois de plus, de (leur) tendre une main fraternelle… afin qu’ils puissent revenir sur le droit chemin ».

Accéder au statut de pays émergent à l’horizon 2025 Dans le domaine économique, si les Centrafricains estiment à juste titre, selon les déclarations du président Bozizé que les résultats tardent à améliorer leur vie quotidienne, il n’en est pas moins vrai que la communauté internationale apprécie à leur juste valeur les efforts déployés par Bangui depuis le retour à la légalité constitutionnelle, en 2005. Le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP) élaboré par le gouvernement centrafricain a été approuvé le 17 juin 2011 à Bruxelles, lors de la table ronde des bailleurs de fonds de la RCA. Et la conclusion, le 25 juin 2012, d’un accord triennal avec le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) apparaît comme un couronnement de ces efforts. L’identification des réserves de croissance dans les secteurs de l’agriculture, des mines et de la forêt a ouvert d’immenses possibilités

République centrafricaine

DES PROGRÈS SIGNIFICATIFS DANS LES DOMAINES DE L’ÉNERGIE ET DE L’EAU Grâce au renforcement et à la sécurisation des infrastructures de production d’énergie, la puissance électrique disponible à l’échelle nationale sera portée de 40 MW, à la fin 2013, à 70 MW en 2016. Les investissements mobilisés par le gouvernement pour la période 2011 – 2017 s’élèvent à environ 70 milliards de F CFA, et permettront, à moyen terme, une nette amélioration de l’accès à l’électricité, aussi bien en milieu rural que dans les agglomérations. Il en va de même dans les secteurs de l’eau potable et de l’assainissement : dans le cadre des actions d’urgence déjà planifiées, plus de 53 milliards de F CFA ont été mobilisés, qui contribueront à l’amélioration de la vie quotidienne de plus de 2,6 millions de personnes à travers tout le pays. Il est prévu qu’à l’horizon 2015 l’ensemble de la population centrafricaine ait accès à l’eau potable. Un programme national d’investissement en eau potable et en assainissement, qui doit être mis en œuvre en 2025, sera soumis, dès le premier trimestre de 2013, à l’appréciation des partenaires au développement.

REPÈRES Superficie : 622 980 km2 Population : 4,4 millions d’hab. Croissance démographique : 1,9 % Densité de population : 7 hab./km2 Principales villes : Bangui (capitale), Bambari, Berberati, Bouar, Carnot. Population urbaine : 38,9 % Espérance de vie : 47,4 ans Alphabétisation : 55 % Langues : français (officielle), sango, zandé… Peuplement : Gbayas, Bandas, Yakomas, Sangos… Religions : catholiques, protestants, musulmans.

DIFCOM/DF - PHOTOS : VINCENT FOURNIER/JA SAUF MENTION.

de développement. Sur financements extérieurs en provenance des partenaires du pays, de grands chantiers d’infrastructures ont été lancés dans les domaines des transports, de l’énergie et des télécommunications. Dans celui de l’agriculture, érigé en priorité des priorités, un Programme national d’investissement et de sécurité alimentaires (PNIASA) a été initié par le gouvernement avec l’appui de la Food and Agriculture Organization (FAO), de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), du Nouveau partenariat pour l’Afrique (NEPAD), de l’Union africaine (UA) et de la Banque mondiale (BM). Confronté au désenchantement manifesté par ses concitoyens, mais fort de toutes ces opportunités de décollage économique, le président a lancé un appel au rassemblement, à la mobilisation de toutes les sensibilités du pays, et au travail : « Pourquoi, s’est-il exclamé le 1er décembre, nous laisser aller au désespoir dans un pays qui regorge d’énormes potentialités ? Pourquoi ne voulons-nous pas affronter les difficultés par le travail en créant de la richesse ? Pourquoi nous apitoyons-nous sur nos sorts alors que nous pouvons tirer des enseignements de nos frères étrangers, qui travaillent avec acharnement ? » Avant de conclure : « Je veux que chaque Centrafricain se libère de la fatalité… Nous devons faire ensemble de la République centrafricaine un pays émergent à l’horizon 2025 ».

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Maghreb & Moyen-Orient

Le choix SYRIE

des armes Peu désireuses d’intervenir elles-mêmes, les puissances occidentales pourraient décider de livrer du matériel militaire à la rébellion. Mais elles prendraient alors le risque de rendre impossible une solution négociée.

Maghreb Moyen-Orient PATRICK SEALE

FRANCISCO LEONG/AFP

L

es puissances occidentales seraientde son prédécesseur, Kofi Annan. En soutenant elles en train de commettre une du bout des lèvres l’objectif d’un cessez-le-feu erreur en Syrie ? Nombre d’entre et d’une transition négociée tout en armant les rebelles, ces puissances cautionnent la poursuite elles, comme la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis ont, avec des combats. Le 29 novembre, Brahimi a déclaré au Conseil la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, reconnu la Coalition nationale syrienne, de sécurité de l’ONU détenir des éléments d’un constituée le 11 novembre à Doha, comme plan de sortie de crise. Selon des sources diplole représentant légitime du peuple syrien. Ils matiques arabes, ils incluraient la formation sont maintenant sous pression pour fournir aux d’un gouvernement d’unité nationale qui rasrebelles du matériel militaire « défensif » plus semblerait des personnalités de l’opposition et lourd et plus sophistiqué, comme des armes des loyalistes et qui serait chargé d’organiser antiaériennes et antichars. On en débat en ce des élections libres et équitables sous supermoment dans plusieurs capitales. Mais ces armes vision internationale. Toujours selon les mêmes plus performantes suffiront-elles à faire tomber sources, Brahimi laisserait ouverte la question très litigieuse du sort d’Assad. L’opposition refuse le président Bachar al-Assad ? La plupart des experts militaires en doutent. Les rebelles, malgré d’envisager des pourparlers tant qu’il sera au pouquelques avancées significatives, sont encore loin voir, mais pour les partisans du régime, en Syrie de pouvoir porter le coup de grâce. et à l’étranger, Assad doit participer Inquiets de la montée en puisau processus de transition. Brahimi, L’envoyé de sance des groupes de combattants comme Kofi Annan, semble estimer que ce processus doit être « mené jihadistes, les États-Unis ont longl’ONU aurait temps hésité à reconnaître la noupar les Syriens », ce qui implique la élaboré un velle coalition. Une illustration du participation du président. plan de sortie dilemme auquel sont confrontées les puissances occidentales. de crise. JUSQU’AU-BOUTISME. La tâche de Si les rebelles obtiennent un meilBrahimi est pratiquement impossible. leur armement, ce qui est probable, le régime Ni le régime ni ses ennemis ne semblent prêts à Assad ripostera en engageant ses armes les plus un compromis. La plupart des factions de l’oppoperformantes dans la bataille, comme ses Migsition, en particulier les groupes combattants, 29, ses chars de combat les plus lourds et son déclarent qu’elles poursuivront la lutte jusqu’à artillerie à longue portée, restés jusqu’à présent la chute d’Assad. Ce dernier, de son côté, veut dans les hangars. Il aurait déjà commencé début les écraser. Bref, aucun des deux camps ne pense décembre à recourir à ses missiles Scud. Loin que l’heure d’un règlement politique est venue. de conduire à l’amorce d’un dialogue, une telle Chacun cherche à faire pencher le rapport de escalade militaire promet des effusions de sang force militaire en sa faveur avant d’envisager des de plus en plus abondantes. négociations. Mais tant de sang a déjà été versé et tant de haine suscitée qu’il ne reste guère d’espace AVEC OU SANS ASSAD ? L’opposition veut plus pour la pensée rationnelle ou pour le compromis. d’armes. Mais elle espère avant tout une intervenLa formation de la nouvelle coalition constitue cependant un net progrès par rapport au Conseil tion armée de l’Occident sur le modèle libyen. Une telle opération semble peu probable : les Russes national syrien (CNS), basé en Turquie, qu’elle imposeront leur veto à toute résolution de l’ONU a assimilé et remplacé. Elle est plus représentative des diverses factions de l’opposition. Son qui autoriserait le recours à la force. De toute façon, aucune puissance occidentale ne veut être président, Moaz al-Khatib, jouit d’une position entraînée dans le conflit syrien. Et toutes sont bien favorable : damascène (à l’instar de Riad Seif, l’un aises de pouvoir se cacher derrière le veto russe. de ses deux vice-présidents), c’est un musulman Mais, en armant les rebelles, les puissances modéré, acceptable pour beaucoup de chrétiens occidentales et leurs alliés risquent de miner les et une bonne partie de la majorité silencieuse. Des efforts déployés par Lakhdar Brahimi, l’envoyé loyalistes pourraient être prêts à se rallier à lui. de l’ONU et de la Ligue arabe, pour faire cesser Surtout, il a vécu et travaillé toute sa vie en Syrie le bain de sang et préparer le terrain pour des et connaît bien les différentes communautés qui négociations, comme elles avaient sapé les efforts constituent la mosaïque syrienne. Contrairement à certains membres du CNS en exil depuis des décennies, il n’a quitté son pays natal que récem! Des combattants rebelles rassemblés sur ment. Mais Khatib n’est pas un politique ; c’est un LA CARCASSE D’UN AVION DE CHASSE DE L’ARMÉE LOYALISTE intellectuel et un universitaire, et il se pourrait abattu le 28 novembre à Daret Ezza, qu’on ait un peu trop présumé de ses forces. ● ● ● dans la province d’Alep.

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MUHAMMED MUHEISEN/AP/SIPA

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La coalition qu’il dirige souffre de multiples défauts. Elle ne représente pas les nombreuses minorités du pays. Aucun groupe kurde n’a souhaité la rejoindre. Les Alaouites en sont bien sûr absents. En outre, cette assemblée de civils en exil aura du mal à s’imposer face aux combattants, qui la rejettent comme une création étrangère. Les groupes jihadistes en particulier, qui ne cessent de monter en puissance et dont certains sont liés à Al-Qaïda, détestent l’opposition civile de l’extérieur. Ils n’ont pas de temps à perdre avec ceux qui ne se réclament pas du jihad. Leur objectif : créer un État islamique par la force des armes. L’embryon d’un tel État existe déjà dans la partie ●●●

! DES RÉFUGIÉS D’IDLIB (Nord-Ouest) s’apprêtant à gagner la Turquie, le 20 décembre.

L’OMBRE D’AL-QAÏDA LE 11 DÉCEMBRE, Washington reconnaissait la Coalition nationale syrienne comme « représentant légitime du peuple syrien » tout en décidant d’inscrire sur sa liste des organisations terroristes la Jabhat al-Nusra. Constituée autour d’un noyau de jihadistes syriens aguerris en Irak, elle serait liée à Al-Qaïda, n’obéit pas à l’Armée syrienne libre (ASL) et n’hésite pas à recourir aux attentats, faisant de nombreuses victimes civiles. Mieux armés et financés que la plupart des brigades rebelles, ses membres impressionnent par leur détermination et leur N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

indifférence à la mort : nombreux sont les rebelles, islamistes ou non, qui rejoignent ses rangs, où l’on compte aussi une minorité de combattants étrangers. La prise de la base militaire Cheikh Souleimane, près d’Alep, le 10 décembre, a été son dernier grand fait d’armes. Et son but ultime est d’instaurer un État islamique. En Syrie, l’inscription du groupe sur la liste noire du département d’État a été mal ressentie par les opposants, dont le mot d’ordre, le 14 décembre, était « Bachar, seul terroriste ». ● LAURENT DE SAINT PÉRIER

d’Alep passée sous le contrôle des rebelles. Khatib est aussi confronté aux dissonances entre les pays qui ont reconnu sa coalition. Chacun semble soutenir des groupes différents, aux agendas divergents. La Syrie est ainsi devenue le champ de bataille de puissances étrangères. FIN D’UNE ÉPOQUE. L’issue de la politique occidentale ne fait guère de doute. Elle conduira tout droit à l’escalade militaire, à davantage de victimes dans les deux camps, à l’amplification des dissensions et des haines confessionnelles, chaque communauté prenant les armes pour se défendre. Pis, l’escalade militaire provoquera une fragmentation encore plus profonde du pays. Chaque camp luttera pour défendre les territoires qu’il contrôle : les combats, ces prochains mois, promettent d’être particulièrement sanglants. Enfin, un des dommages majeurs de ce conflit est la fin de l’influence régionale de Damas. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la Syrie a joué un rôle de pivot sur la scène politique arabe, associée, selon les époques, à l’Irak, à l’Arabie saoudite, à l’Iran et plus récemment à la Turquie. On avait l’habitude de dire qu’il ne pouvait y avoir de guerre sans l’Égypte, ni de paix sans la Syrie. Cette dernière a été le fer de lance de la lutte contre Israël, rôle qu’elle a continué de jouer ces dernières décennies en tant que membre de l’« axe de la résistance » avec l’Iran et le Hezbollah libanais. Son effondrement annonce une nouvelle configuration régionale où les islamistes de tout poil seront vraisemblablement destinés à jouer un rôle plus déterminant. Comme me l’a assuré une importante personnalité arabe récemment, « la Syrie telle que nous la connaissions n’existe plus » ! ● JEUNE AFRIQUE

Maghreb Moyen-Orient

TRIBUNE

BRUNO LÉVY POUR J.A.

Opinions & éditoriaux

OFER BRONCHTEIN Président du Forum international pour la paix

Relançons l’initiative de paix arabe

À

CE JOUR, une seule initiative a apporté des éléments de réponse pour servir de cadre à une paix globale et durable au Proche-Orient: l’initiative de paix de la Ligue arabe, présentée à Beyrouth en 2002. Elle seule permettrait la fin d’un conflit qui n’a que trop duré entre les pays arabes et Israël. Ce plan d’inspiration saoudienne propose à l’État hébreu la normalisation des relations avec les vingt-deux États membres de la Ligue arabe en échange d’un retour aux frontières de 1967. Les pays arabes demandent l’application des résolutions 242 (de novembre 1967 sur les territoires occupés) et 338 (d’octobre 1973 sur l’application de la résolution 242 et l’ouverture de négociations) du Conseil de sécurité de l’ONU, ainsi que la création d’un État palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale et une solution négociée au problème des réfugiés palestiniens. D’Ariel Sharon à Benyamin Netanyahou en passant par Ehoud Olmert etTzipi Livni, les Israéliens n’ont exprimé aucun intérêt pour cette initiative historique. Les citoyens de l’État hébreu ne la connaissent pas. Aucun débat public sérieux n’a été engagé dans le pays. De leur côté, les pays arabes ne se bousculent pas pour promouvoir leur propre initiative. À l’heure où l’écrasante majorité des pays membres de l’ONU a reconnu la Palestine en lui donnant le statut d’État non membre et où toutes les grandes puissances dénoncent la poursuite de

Le conflit israélo-palestinien ne doit plus être l’otage des extrémistes. la colonisation, tout en soutenant Israël dans son aspiration à la sécurité et à la reconnaissance par ses voisins, le moment est venu de passer à l’action. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a réaffirmé son attachement à la paix. La grande majorité des Israéliens et de leurs leaders politiques reconnaît le droit des Palestiniens à la dignité, à la liberté et à l’indépendance. Car l’évidence gagne du terrain: seule la paix peut apporter la prospérité, la sécurité, la croissance et le développement aux pays de la région. Il est temps que les acteurs de ce conflit fassent preuve de courage et d’audace politiques, comme le fit, en son temps, le président égyptien Anouar al-Sadate quand il effectua sa visite historique à JEUNE AFRIQUE

Jérusalem pour affirmer sa volonté de paix et de normalisation des relations avec l’État hébreu. En s’adressant directement à l’opinion publique israélienne, il a créé une dynamique, convaincu les plus sceptiques, inspiré et ouvert la voie vers la réconciliation. La normalisation des relations des pays arabes avec Israël ouvrirait une nouvelle ère pour la région, permettrait des échanges économiques, culturels, environnementaux et scientifiques sans précédent. Les Palestiniens en seraient les premiers bénéficiaires. Davantage de sécurité et de prospérité économique, mais aussi un meilleur système d’éducation et de santé alimenteraient le désir d’une paix durable. Le conflit israélo-palestinien ne serait plus l’otage ni le prétexte des extrémistes de tous bords. Le Printemps arabe, bien qu’engagé dans un processus de transition semé d’embûches, traduit une volonté de changement, de progrès, de démocratie et de liberté. Le mouvement des Indignés en Israël, de son côté, est l’expression d’une volonté de changement des priorités nationales. Les Israéliens aussi demandent plus de justice sociale et aspirent à la paix. L’Union européenne vient de recevoir à Oslo le prix Nobel de la paix pour avoir définitivement aboli la guerre et créé un espace d’échanges, de liberté, de démocratie, et pour avoir rendu libre la circulation des biens et des personnes. L’Europe, renaissant de ses cendres après le pire massacre organisé de son histoire – la Shoah –, a créé une Union de vingt-sept pays rassemblant 500 millions de personnes vivant aujourd’hui en bonne intelligence. L’Europe peut nous inspirer. Elle le doit! Cette même promesse de paix est contenue dans l’initiative de la Ligue arabe. Ne l’enterrons pas ! Retrouvons les valeurs de générosité et de solidarité inhérentes aux peuples arabes et aux pays du pourtour méditerranéen. Forces vives des révolutions arabes ou du mouvement des Indignés israéliens, des milliers d’hommes et de femmes de tous âges et de toutes conditions sont descendus dans la rue pour réclamer plus de démocratie, de prospérité, un partage plus équitable du pouvoir et des richesses. Seule la paix peut – comme en Europe – leur redonner l’espoir et délivrer définitivement la région de ses démons. C’est pourquoi mon vœu pour 2013 est que la Ligue arabe reçoive le prochain prix Nobel de la paix. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Maghreb Moyen-Orient MAROC

Abdellah Tourabi « La partie d’échecs entre Al Adl et l’État ne fait que commencer » Selon ce spécialiste de l’islam politique, l’après-Yassine restera marqué par l’héritage intransigeant du cheikh. Mais il n’est pas exclu que la relève assouplisse un jour la ligne d’Al Adl wal Ihsane.

C

eux qui ont assisté aux funérailles d’Abdessalam Yassine, le 14 décembre, à Rabat, ont pu constater l’impressionnante force de mobilisation d’Al Adl wal Ihsane. Depuis les années 1970, le mouvement a réussi à s’ancrer dans la société marocaine, au point d’offrir un concentré du « pays profond ». La foule disciplinée et silencieuse qui accompagnait, ce jour-là, le cheikh au cimetière des Chouhada est un instantané du royaume. Vieillards en djellaba et turban, jeunes au look branché, ingénieurs et citoyens lambda, adeptes et sympathisants étaient nombreux. Combien ? La direction du mouvement a refusé la guerre des chiffres, et d’ailleurs la police n’en donne pas. « Rabat », comme on dit pour nommer l’État, a tout simplement fait comme si de rien n’était. Même la presse francophone (celle de l’élite) était frappée, ce matinlà, d’une soudaine myopie, omettant de revenir sur la mort, la veille, de Yassine, étalée à la une de tous les quotidiens arabophones. Mais de loin, alors que le cortège soulignait le potentiel d’un mouvement éminemment contestataire, un observateur lâchait dans un souffle : « Si le Parti de la justice et du développement [PJD, qui dirige aujourd’hui la coalition gouvernementale, NDLR] est l’opposition islamiste de Sa Majesté, l’opposition à Sa Majesté est là. » Glaçant. JEUNE AFRIQUE : Que change la mort du cheikh Yassine dans le paysage politique marocain ? ABDELLAH TOURABI: Le décès d’Abdes-

salam Yassine marque d’abord la disparition de l’un des derniers opposants historiques à la monarchie au Maroc, fondateur et chef spirituel d’une organisation islamiste populaire et influente. À court terme, cette fin biologique ne changera pas grand-chose à la configuration N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

politique actuelle. Al Adl place en effet son activité en dehors des institutions officielles et préfère investir d’autres secteurs, plus porteurs en termes de contestation et d’opposition à l’État. On l’a vu l’année dernière dans le cadre du Mouvement du 20-Février, où l’organisation du cheikh Yassine a été fortement présente. Il est probable donc qu’Al Adl, même après la disparition de son chef, continue d’adopter cette stratégie contestataire visant à affaiblir et à déstabiliser le pouvoir. C’est à une longue et patiente partie d’échecs que se préparent les deux adversaires. Y a-t-il une crise de succession possible à l’intérieur d’Al Adl ?

Je ne le crois pas. Il est évident que le décès du cheikh Yassine est une grande perte pour le mouvement. Pour dif-

spirituel, un chef politique et un modèle de vie. Dans une pure tradition soufie, le cheikh Yassine représentait pour ses disciples un pôle de sainteté, entouré de grâce et de baraka, dont la proximité et le compagnonnage sont source de salut spirituel. Il était aussi un chef politique en raison de son opposition à la monarchie et de ses idées, qui constituent un programme politique et une ligne de conduite pour le mouvement qu’il a fondé. Enfin, ses partisans lui vouaient une admiration sans limite et continueront de voir en lui un modèle de courage, de rectitude morale et de résistance. En somme, Al Adl est-il une confrérie, un mouvement contestataire ou un parti en devenir ?

Al Adl est tout cela à la fois. À l’image des confréries, Al Adl place au cœur de sa formation et de son programme les questions de l’éducation spirituelle, du compagnonnage d’un cheikh et du lien indéfectible de « fraternité » entre les

Le mouvement refuse de participer à des élections et a pour seul horizon le califat. férentes raisons, c’est un personnage irremplaçable pour ses adeptes, mais Al Adl se préparait déjà à cette éventualité, notamment après la détérioration de la santé du cheikh depuis quelques années. La Jamaa dispose de règles strictes, élaborées par Yassine lui-même, pour fixer la question du choix des instances dirigeantes, y compris celui du « guide général », le chef spirituel et politique du mouvement. D’ailleurs, depuis plus de six ans, à cause de l’âge avancé du cheikh et de sa santé fragile, Al Adl était géré en réalité d’une façon collégiale par le conseil de la guidance, la plus haute instance du mouvement.

membres de la communauté. C’est pour cette raison qu’Al Adl est accusé d’être une secte dirigée par un chef spirituel aveuglément suivi par ses adeptes. Par ailleurs, la nature contestataire du mouvement est liée à un positionnement politique: Yassine et ses disciples considèrent que la monarchie est illégitime et non conforme à l’idéal islamique d’un régime juste et vertueux. Quant à la question du parti, Al Adl dispose déjà d’une structure nommée Cercle politique, qui se charge de gérer les activités politiques du mouvement. Ce dernier est donc susceptible de se transformer, au gré de l’évolution des rapports avec l’État, en parti.

Justement, que représentait le cheikh Yassine pour ses adeptes ?

Faut-il lire l’indifférence des officiels à l’annonce de la mort de Yassine comme le signe d’une réconciliation impossible?

Pour ses adeptes, il était un guide

JEUNE AFRIQUE

Maghreb Moyen-Orient

HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

! Abdellah Tourabi, 18 DÉCEMBRE, À CASABLANCA. LE

Cette indifférence traduit le poids du conflit qui oppose l’État marocain au mouvement et les dissensions profondes qui les séparent. Il ne faut pas oublier qu’en 2011, quand le Printemps arabe battait son plein, Al Adl était à la pointe de la mobilisation contestataire et qu’il a fourni au Mouvement du 20-Février l’essentiel de ses moyens humains et logistiques. Le flou autour des raisons de sa participation au sein de ce mouvement de protestation politique et sociale cachait à peine son souhait et but ultime: affaiblir la monarchie et la renverser si possible. Forcément, cela a laissé des traces chez les officiels marocains. Pourquoi le mouvement refuse-t-il de participer aux élections? Pour qui votent ses disciples ?

On l’a dit, Al Adl refuse de reconnaître le caractère religieux de la monarchie et conteste au roi le statut de Commandeur des croyants. Or cette reconnaissance est un prérequis, notamment pour les partis islamistes, afin d’accéder à la vie politique officielle et aux institutions représentatives du pays. Tous les partis islamistes marocains, à l’image du PJD, sont passés par là pour être autorisés et intégrés. Selon une vision eschatologique, le mouvement du

JEUNE AFRIQUE

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cheikh Yassine considère également que la monarchie héréditaire, en vigueur au Maroc, s’oppose au califat, qui doit constituer l’horizon politique et religieux des musulmans. Les membres de la Jamaa préfèrent donc ne pas participer à des élections, dépourvues d’enjeux selon eux, et la direction du mouvement ne donne aucune consigne de vote, pas même au profit des formations islamistes existantes. À quoi joue le PJD dans sa relation avec Al Adl ?

Il y a beaucoup de respect et une proximité idéologique évidente entre le PJD et Al Adl en raison de leur appartenance à la même famille islamiste. Mais ça s’arrête là. Les choix politiques et les démarches prônés par les deux organisations sont diamétralement opposés et empêchent toute collaboration ou alliance entre elles. Al Adl juge inutile et illusoire la stratégie, adoptée par le PJD, qui consiste à accepter les règles du jeu politique marocain. Pour Yassine et ses adeptes, ce choix d’un certain gradualisme ne permet pas de transformer la nature despotique de l’État. Inversement, le parti de Benkirane considère l’intransigeance et la radicalité prônées par le cheikh Yassine comme une posture stérile et irréaliste. On est donc

en présence de deux visions différentes et opposées : réformiste chez le PJD et révolutionnaire pour Al Adl. Peut-on identifier un courant « participationniste » et un autre plus intransigeant ?

À court terme, il serait très difficile d’identifier ce genre de courants, car la pensée et la ligne tracée par le cheikh Yassine seront encore présentes et dominantes, et continueront de cimenter le mouvement. Néanmoins, il faut observer une évolution sociologique et démographique au sein d’Al Adl qui pourrait contribuer, dans l’avenir, à un réajustement des positions du mouvement à l’égard de la question de la participation politique. Ainsi, ses cadres, aujourd’hui quadragénaires et quinquagénaires, pourraient être tentés par la « notabilisation » et la sortie d’un militantisme intransigeant dont le coût est très élevé en termes de carrière professionnelle et de stabilité sociale (prison, procès, intimidations policières). Cette situation pourrait pousser de larges pans du mouvement à interpréter autrement la pensée du cheikh Yassine pour l’adapter à une nouvelle ligne plus souple et participationniste. ● Propos recueillis à Rabat par YOUSSEF AÏT AKDIM N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

SEBASTIAN SCHEINER/AP/SIPA

Maghreb Moyen-Orient

! L’IMPLANTATION DE MAALE ADUMIM vue depuis la zone E-1, où doivent être construits 3 000 logements.

ISRAËL-PALESTINE

La colonie de trop

En représailles à l’admission de la Palestine à l’ONU comme État observateur non membre, Tel-Aviv lance un projet qui rendra impossible le rattachement de Jérusalem-Est au futur État palestinien.

N 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013 o

de la Cisjordanie à Jérusalem-Est, où résident quelque 270 000 Palestiniens. Les réactions ont été immédiates, sauf que, cette fois, la communauté internationale, outrée, ne s’est pas contentée La Cisjordanie presque coupée en deux

Tel-Aviv

Givat Zeev

SYRIE

GOLAN

CISJORDANIE Jérusalem

GAZA

JORDANIE

Municipalité de Jérusalem

EST OUEST

ISRAËL

Mer Morte

ISRAËL

40 km

de condamnations de principe. À Paris, Londres et Stockholm, les ambassadeurs israéliens ont été sommés de s’expliquer sur-le-champ.Malgrélesdémentisofficiels, la France aurait sérieusement envisagé le

Ramallah

LIBAN Mer Méditerranée

EGYPTE

C

e n’est pas un retour de bâton, mais presque. La coalition d’ultradroite de Benyamin Netanyahou,dontlesjourssont potentiellement comptés – les législatives israéliennes se dérouleront le 22 janvier – exaspère de plus en plus la communauté internationale. Au lendemain du vote accordant à la Palestine le statut d’État observateur non membre à l’ONU, les responsables israéliens ont voulu signifier à leur voisin qu’en matière d’action unilatérale eux non plus ne manquaient pas de ressources. Le 30 novembre, le bureau du Premier ministre a donné son feu vert à la construction de 3 000 logements dans la « zone E-1 » (E pour Est), une bande de terre de 12 km2 qui s’étend de l’est de Jérusalem à la colonie de Maale Adumim. Avec ses 40 000 habitants, c’est l’implantation juive la plus importante de Cisjordanie, au point qu’elle dispose du statut de ville depuis 1992. À terme, 15000 Israéliens pourraient s’installer à E-1. Untelprojet,s’ilétaitmenéàbien,réduirait considérablement la viabilité du futur État palestinien. La Cisjordanie se retrouverait presque privée de continuité territoriale,coupéeendeuxentresespartiesNord et Sud. Pis, il empêcherait le rattachement

SOURCE : LE FIGARO

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Jérusalem

ZONE E1 MaaleAdoumim

Gilo Goush Etzion

Bethléem

Constructions en projet 5 km

Ligne verte (frontière de 1967) Mur de séparation (construit ou en construction) Colonies et territoires annexés par Israël JEUNE AFRIQUE

Coulisses

RECOURS EN JUSTICE. Rien n’indique

que cet avertissement sans frais ait été pris au sérieux par le chef de file du Likoud. L’administration civile israélienne vient en effet d’approuver les plans de travaux dans le secteur E-1. Techniquement, cette procédure donne deux mois aux Palestiniens pour lancer un recours en justice susceptible de repousser de plusieurs années toute construction. Reste que, du point de vue israélien, ce territoire s’apparente à une zone stratégique non négociable. Pour les autorités de Tel-Aviv, la politique de construction d’implantations entre dans le cadre de la défense des intérêts du pays. Il y aurait même un consensus national sur Jérusalem, Maale Adumim et le Goush Etzion, des grands blocs de colonies que l’État hébreu pourrait conserver dans le cadre d’un accord avec les Palestiniens. Véritable poison du processus de paix depuis l’époque où Itzhak Rabin l’a pris en charge, le dossier E-1 promet d’autres surprises. Le président palestinien Mahmoud Abbas, qui en fait une « ligne rouge », se dit prêt à saisir la Cour internationale de justice (CIJ). ● MAXIME PEREZ, à Jérusalem JEUNE AFRIQUE

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MAURITANIE MORT D’UN COLONEL Le colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck, premier président militaire de la Mauritanie, est décédé à Paris dans la nuit du 18 au 19 décembre, à l’âge de 76 ans. Transféré en France au début du mois, il avait été admis à l’hôpital Avicenne, à Bobigny – où il avait reçu la visite du chef de l’État, Mohamed Ould Abdelaziz, le 12 décembre –, puis en soins intensifs à l’hôpital du Val-de-Grâce. À la tête du Comité militaire de redressement national, Ould Mohamed Saleck était arrivé au pouvoir le 10 juillet 1978 après avoir renversé le « père de la nation », Moktar Ould Daddah. Il avait alors signé un cessez-le-feu avec le Front Polisario, en guerre avec la Mauritanie depuis trois ans. Contraint de démissionner en 1979 (Mohamed Mahmoud Ould Ahmed Louly lui avait succédé), il sera emprisonné pendant un an sous Mohamed Khouna Ould Haidalla (1980-1984). Il se présentera ensuite deux fois à l’élection présidentielle, en 1992 et en 1997, sans succès. ●

MARCEL BINH/AFP

rappel de son ambassadeur à Tel-Aviv, tandis que la Grande-Bretagne aurait évoqué une rupture de ses relations commerciales avec l’État hébreu. « Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’enthousiasme au sein de l’Union européenne à l’idée d’adopter des sanctions économiques en Europe contre Israël»,atoutefoistempéréWilliamHague, secrétaire britannique au Foreign Office. À l’Élysée, François Hollande a confirmé cette tendance, affirmant même ne pas vouloir entrer dans une « logique de sanctions ». Mais le sursis dont bénéficie le gouvernement israélien dépendra surtout de son attitude à venir. « S’il y a un passage à l’acte, si des bulldozers sont envoyés à E-1, alors nous réagirons. Des mesures sont à l’étude », indique une source diplomatique européenne de haut rang, à Jérusalem. L’État hébreu a d’autant plus raison de craindre cette épée de Damoclès que ses alliés traditionnels, à l’instar des États-Unis, paraissent de moins en moins enclins à la retenir. Même l’Allemagne se désolidarise ouvertement de la politique de colonisation israélienne. « Nous sommes d’accord pour dire que nous ne sommes pas d’accord », a résumé Angela Merkel, à l’issue de sa rencontre avec Benyamin Netanyahou, le 6 décembre, à Berlin.

Maghreb & Moyen-Orient

! SUR LE PERRON DE L’ÉLYSÉE lors d’une visite à Paris, le 8 novembre 1978.

LIBYE INSÉCURITÉ PUBLIQUE Les pratiques musclées du Comité suprême de sécurité (CSS) inquiètent les Libyens. Dernier incident en date, l’enlèvement du père de l’influent blogueur Ismael@ChangeInLibya. Deux hommes armés ont fait irruption dans le salon VIP de l’aéroport deTripoli et emmené cet ancien employé de la compagnie Libyan Airlines pour un interrogatoire dans la ville de Zawiya (45 km à l’ouest deTripoli). Le CSS a été mis en place à la fin du soulèvement armé comme une force de sécurité d’élite mais a récemment été impliqué dans de nombreux cas d’abus. ÉGYPTE DÉHANCHÉ MILITANT Visionné plus de 600000 fois en six jours, Oh Morsi!, le tube égyptien de fin d’année sorti le 15 décembre, n’est pas disponible chez les

disquaires, et les télés nationales refusent de le diffuser. Et pour cause: sur fond de drapeau national, la danseuse du ventre Sama al-Masri y raille férocement les derniers coups de force du président égyptien, comme le décret lui accordant tous les pouvoirs et son projet de Constitution. La danseuse orientale, qui avait déjà fustigé les mensonges de Morsi en novembre, promet de nouvelles œuvres.

RECTIFICATIF La présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFM), Ahlem Belhaj, n’a pas commencé son activité syndicale au sein de l’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE), comme nous l’avons écrit par erreur (voir J.A. no 2709), mais avec l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget). Toutes nos excuses pour cette confusion.

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Maghreb Moyen-Orient

TUNISIE

Promotion

chômage

ont été retenues. Ce qui n’a pas manqué de soulever une vague de colère. Paradoxalement, l’une des régions les plus riches du pays affiche un taux de chômage des plus élevés (40 %, voire plus à Gafsa Sud), selon le ministère du (INS), le nombre de chômeurs Développement régional et de la était de 691 700 en juin 2012, Planification. contre 491 800 à la fin de 2010. À Sidi Bouzid, la colère gronde Dans une déclaration citée par depuis octobre. Malgré les prol’agence TAP, Jalel Eddine Ben messes, la situation socioRejeb, directeur de l’INS, précise économique n’a guère changé que le gouvernorat de Tataouine depuis plus de un an. Joint par (Sud-Est) détient le record de téléphone, Jasser Amami, présans-emplois : 51,5 %, pour une sident de l’Association Citoyenneté moyenne nationale de 17,6 %. Un et culture numérique (Accun), sit-in est organisé devant le goubasée dans la délégation de vernorat. Les jeunes chômeurs Menzel Bouzayane, évoque un demandent leur intégration « ras-le-bol » général dans la région. « La situation socioécodans les sociétés pétrolières de la région. Le 21 septembre, de guerre nomique est catastrophique. Il lasse, les habitants de Tataouine faut comprendre que si les gens se mettent en grève générale, protestent aujourd’hui c’est parce soutenus par l’Union générale que la situation n’a vraiment pas tunisienne du travail (UGTT). Le changé. À Menzel Bouzayane, le 16 octobre, El-Ksar, à l’ouest de taux de chômage est de 42 % ! » Gafsa, en fait autant. Ses habitants s’indigne-t-il. Le 19 octobre, Gabès réclament des créations d’emplois rejoint le mouvement. Une grève pour les jeunes et exigent qu’une générale est observée dans la localité du Chatt Essalem pour propart des revenus des phosÉvolution tester contre les résultats du phates revienne à la région. du Ici, le principal employeur concours de recrutement nombre de s’appelle la Compagnie du Groupe chimique diplômés-chômeurs des phosphates de tunisien (GCT). Gafsa (CPG). Sur L es diplômés en 2005 les 50 151 candidade l’enseignement en mai 2010 tures déposées lors supérieur sont les du dernier concours premiers à souffrir en juin 2012 de recrutement, du chômage, comme (sur un total de 700 000 réservé aux quatre localil’a souligné l’ONG amésans-emplois) tés du bassin minier (Oum ricaine International Crisis Laarayes, Metlaoui, Redeyef Group (ICG) dans son rapet Mdhilla), 2 589 seulement port sur l’Afrique du Nord et le

Un an après son arrivée aux affaires, la troïka au pouvoir peine à trouver des réponses adéquates au problème de l’emploi des jeunes. Dans les régions de l’intérieur, l’exaspération est à son comble.

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oncef Marzouki est conscient de la gravité de la situation. « Que vaut une démocratie qui ne nourrit pas les ventres affamés? » déclarait le chef de l’État tunisien lors de la célébration de la fête de la République, le 25 juillet dernier. Depuis, manifestations et débrayages se sont multipliés. Le 16 octobre, Thala, dans le gouvernorat de Kasserine (Centre-Ouest), est paralysé par une grève générale. La deuxième en deux semaines après celle du 7 octobre. En colère, les habitants se disent « oubliés » et « marginalisés ». Leurs revendications sociales sont restées lettre morte. Fin novembre, c’est au tour de Siliana, à 127 km au sud-ouest de Tunis, de s’embraser. Parmi les principales revendications de la population, le limogeage du gouverneur, « pas à la hauteur », et la mise en place d’« un vrai programme de développement économique pour les chômeurs de la région ». Dans ce gouvernorat de 235000 personnes, le taux de chômage dépasse 20 %. « Nous n’avons pas qu’une seule Siliana », s’inquiète ouvertement le président Marzouki au bout de cinq jours d’émeutes. Selon le dernier bulletin trimestriel publié en septembre par l’Institut national de la statistique

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à Tunis

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SARAH BEN HAMADI,

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ZOUBEIR SOUISSI/REUTERS

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! L’UNION

Moyen-Orient publié en juin 2012. Elle y indique que « trois ratés économiques majeurs ont précipité la chute du régime de Ben Ali : la corruption, les inégalités régionales de développement liées à la répartition inéquitable des fruits de la croissance et le chômage massif des diplômés dû à la faillite du rôle employeur de l’État ». LOURD HÉRITAGE. Salem Ayari est

au chômage depuis 2004, date à laquelle il a obtenu sa maîtrise en langue arabe. Aujourd’hui, il est le coordinateur national de l’Union des diplômés-chômeurs (UDC), une association qui compte 10 000 adhérents depuis sa légalisation en JEUNE AFRIQUE

2011, contre 70 l’année de sa création, en 2006. « Nous avons créé vingt-quatre bureaux régionaux, un par gouvernorat », explique Salem Ayari. Le 29 septembre, l’UDC a organisé une grande marche à Tunis. « Travail, liberté, dignité ! » scandaient les manifestants, rappelant les premiers slogans de la révolution, en décembre 2010. Chaque année, ils sont quelque 75 000 à quitter l’université diplôme en poche. En cinq ans, le nombre de diplômés-chômeurs a connu une augmentation de 150 %, passant de 55800 en 2005 à 139000 en mai 2010, puis à 175 000 en juin 2012 (chiffres INS). C’est la catégorie la plus touchée par le

DES DIPLÔMÉSCHÔMEURS

compte 10 000 adhérents. « Où est notre droit au travail ? » peut-on lire sur la pancarte brandie par une jeune femme.

chômage. Des chiffres inquiétants, mais qui seraient en réalité bien pires. Dans un article publié par le quotidien La Presse (6 février 2011), Brahim Oueslati, directeur général de l’Observatoire national de la jeunesse, affirme que le taux réel des diplômés-chômeurs s’élèverait à 44,9 %, contre un chiffre officiel de 22,5 % en 2009. LENTEUR. À la tête du ministère

de l’Emploi et de la Formation professionnelle du 27 janvier au 24 décembre 2011, Saïd Aïdi reconnaît l’existence d’« inégalités flagrantes entre les régions » dès la sortie de l’université : « 20 % des diplômés de l’université de N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Maghreb Moyen-Orient Tunisie Tunis Al-Manar et de l’université de Carthage restent au chômage dix-huit mois en moyenne après la fin de leurs études. Le taux est de 50 % pour les universités de Gafsa, Gabès et Jendouba. Il est de 40 % dans presque toutes les autres universités. » Dans son ouvrage La Prochaine Guerre en Tunisie, la victoire en 5 batailles (Éd. Cérès, juin 2011), Cyril Grislain Karray, ancien associé chez McKinsey & Company, qualifie la lutte contre le chômage de « guerre » à laquelle il faut se préparer. À la parution de son livre, il a fait une tournée dans les universités pour expliquer aux étudiants qu’« un diplôme, c’est bien, mais un emploi c’est mieux ! » Un an et demi plus tard, la situation l’inquiète toujours. « Pour la structure actuelle de la demande, on manque de maind’œuvre qualifiée et on a trop de

diplômés. Il faut créer des mécanismes de “carotte et bâton” pour faire basculer les diplômés dans des métiers moins prestigieux », estime-t-il. Une enquête présentée le 5 octobre par le Centre tunisien

Le ministère de l’Emploi évoque un « problème de la culture du travail ». Colère des intéressés ! de veille et d’intelligence économique (CTVIE) montre que sept entreprises sur dix ont des difficultés pour trouver des employés qualifiés. Le chômage en Tunisie est un problème structurel mais aussi conjoncturel. « Quand j’ai pris mes fonctions de ministre à la fin de janvier 2011, nous avions déjà 520 000 sans-emplois, rappelle Saïd Aïdi. À cela s’est ajouté ! Institut supérieur des études technologiques (Iset), à Sfax. Chaque année, QUELQUE 75 000 DIPLÔMÉS arrivent sur le marché de l’emploi.

NICOLAS FAUQUÉ/IMAGESDETUNISIE.COM

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un nombre considérable de personnes qui venaient de perdre leur emploi, notamment dans le tourisme et la distribution, secteurs directement touchés par la révolution. Et puis il y a eu un retour massif des Tunisiens travaillant en Libye. À la fin de mai 2011, ils étaient 700 000 chômeurs, dont 170 000 diplômés du supérieur. » Durant son exercice, Saïd Aïdi a « accompagné » la création de quelque 30 000 emplois dans le secteur privé et 24 000 dans la fonction publique (outre les 11000 personnes recrutées directement par le ministère de l’Intérieur). Son plan d’urgence, qui devait tenir compte des réalités structurelles et conjoncturelles, se déclinait en quatre axes principaux : stimuler l’emploi dans les secteurs d’avenir, comme le projet de reconstitution et de numérisation du patrimoine de la Bibliothèque nationale, qui visait à créer des emplois dans des spécialités à employabilité difficile (lettres, patrimoine, etc.), préserver les emplois dans le secteur touristique, stimuler l’esprit entrepreneurial en encourageant les initiatives et opérer des actions de reconversion vers des filières qui augmentent l’employabilité. Autre mesure qui a marqué son mandat: la bourse Amal (« espoir »), un programme d’aide à la recherche d’emploi destiné aux diplômés du supérieur. Il s’agit d’une allocation de 200 dinars (97 euros) en plus de la couverture médicale à titre d’indemnité pour la recherche active d’emploi pendant une année au maximum. Ce programme a été révisé par le gouvernement de Hamadi Jebali et remplacé, à partir du 21 août 2012, par un programme « d’encouragement à l’emploi » qui supprime l’allocation financière. Étant donné la gravité de la situation, les deux plans sont loin d’être suffisants, mais l’ancien ministre rappelle que son mandat était « très limité » dans le temps et qu’il n’avait pas la légitimité nécessaire pour engager une réforme de fond : « Nous avions une première échéance d’un mois un demi avant le 15 mars, date de la fin du mandat du président JEUNE AFRIQUE

Promotion chômage

OPACITÉ. Malgré l’urgence du

dossier, le gouvernement « élu » aura attendu sept mois avant d’organiser, en juin 2012, un Congrès national pour l’emploi et d’appeler à l’élaboration d’« un

véritable programme d’urgence Au ministère de l’Emploi, on pour l’emploi et d’une stratégie pointe du doigt les chômeurs. nationale en la matière », dixit « Plusieurs secteurs manquent Abdelwahab Maatar. Durant ce de main-d’œuvre au point qu’ils même mois de juin, nous demandent de la troïka au pouvoir leur fournir des travailpropose un projet de leurs étrangers. Il s’agit Taux de chômage des diplômés du supérieur loi relatif à un recruted’entreprises évoluant par gouvernorat ment exceptionnel dans dans le bâtiment, le sanila fonction publique taire, la menuiserie, la BIZERTE BEN AROUS prévoyant, outre le mécanique, le soudage ARIANA JENDOUBA NABEUL p r o g r a m m e d ’e m et l’agriculture », peutBÉJA TUNIS bauche dans la foncon lire dans le dernier ZAGHOUAN LE KEF SILIANA rapport du ministère de tion publique par voie SOUSSE l’Emploi. Les besoins de concours externes, KAIROUAN MONASTIR de ces entreprises se le recrutement direct MAHDIA KASSERINE chiffrent à 100 000 d’une personne par SIDI BOU SFAX ZID employés, selon le famille de blessés ou GAFSA de martyrs de la révoluministère, qui évoque TOZEUR tion et de bénéficiaires « une réticence et un proGABÈS de l’amnistie générale. blème de la culture du KEBILI MÉDENINE Un arrêté est signé le travail en Tunisie ». Ce 28 septembre par le n’est pas l’avis de Salem chef du gouvernement Ayari, qui se dit « prêt à portant nomination des accepter n’importe quel TATAOUINE 16 % membres d’une composte dans n’importe 24 % mission mixte chargée quel secteur du moment 32 % LIBYE 40 % qu’il est dignement de l’examen des dospayé ». Entre-temps, et siers de recrutement après une rumeur qui de ces catégories de a circulé à l’Union tunisienne de personne. Dans un rapport publié en l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica, patronat) faioctobre, le ministère de l’Emploi sant état de 50 000 ouvriers égypsignale un recul du chômage de 1,3 % entre le premier et le deutiens mobilisés pour la cueillette d’olives, le ministre de l’Emploi xième trimestre 2012 (de 18,9 % à 17,6 %), et affirme que ce chiffre de propose aux diplômés-chômeurs 61000 emplois créés n’englobe pas de participer à cette cueillette pour les recrutements dans la fonction avoir une priorité d’emploi dans le secteur privé. Tollé à l’UDC, publique annoncés récemment. qui qualifie cette proposition de Mais ces embauches sont loin de « mascarade ». satisfaire les revendications de Presque deux ans après le départ l’UDC. « Le gouvernement précédent n’a pas résolu le problème de Ben Ali, les régions de l’intémais au moins était-il transparieur et les diplômés-chômeurs rent dans les recrutements ; tout bouillonnent encore. Loin des était public et les critères étaient débats et querelles idéologiques dont les médias font leurs choux clairs. Aujourd’hui, nous constatons une grande opacité dans les gras, l’emploi reste, un an après embauches », déplore le coordil’arrivée au pouvoir de la troïka, le problème numéro un du pays. ● nateur national de l’association. SOURCE INS 2010

ALGÉRIE

intérimaire, Fouad Mebazaa, une deuxième échéance de quatre mois quand les élections ont été fixées au 24 juillet et encore quatre mois quand celles-ci ont été reportées au 23 octobre. Nous avions une légitimité fonctionnelle mais pas une légitimité élective. La seule chose que nous pouvions faire était de créer les conditions pour des réformes et non de réformer. » Le gouvernement qui lui a succédé disposait de cette légitimité électorale, mais, un an plus tard, il se retrouve sous le feu des critiques. « Le problème de l’emploi est aujourd’hui le dernier dossier qui importe au gouvernement, alors que c’est crucial », s’insurge Salem Ayari. Pourtant, les créations d’emplois étaient un engagement électoral important. « On a fait beaucoup de promesses d’autant plus dangereuses qu’on est en période révolutionnaire », regrette Saïd Aïdi. Ennahdha s’était ainsi engagée à créer 590000 emplois sur cinq ans. Une fois la troïka – Ennahdha et deux partis de gauche, Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR) – installée au pouvoir, Abdelwahab Maatar, ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, déclare au journal Al-Chourouk qu’il ambitionne de créer 225000 emplois en 2012. Au mois de septembre, le même ministre revoit ce chiffre à la baisse et indique un objectif de 100 000 emplois pour l’année. Au début d’octobre, dressant un bilan partiel de son action, il annonce la création de 61 000 emplois durant le premier semestre.

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Europe, Amériques, Asie

CHINE

Sur la trace des

La République populaire compte plus de 1 million de millionnaires en dollars. Les plus avisés se cachent. Les plus téméraires, ou les plus bling-bling, s’exhibent.

! SUR L’ÎLE DE HAINAN, le Saint-Tropez chinois, dans l’extrême sud du pays.

SÉBASTIEN LE BELZIC, à Pékin

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unettes de soleil italiennes sur le nez, caleçon de bain à motifs floraux, grosse chevalière et cheveux impeccablement teints, Wang dirige dans le civil une importante entreprise de négoce de matières premières. Mais pour l’instant, il est en vacances à Hainan, dans l’extrême sud de la Chine, à des années-lumière de l’atmosphère hyperpolluée de Shanghai ou de Pékin. Cette île tropicale plus vaste que la Belgique était au VIIIe siècle, sous la dynastie Tang, surnommée la porte de l’enfer. Elle fut tour à tour la capitale de la noix de bétel, puis le repère de la nomenklatura communiste. Elle est aujourd’hui le Saint-Tropez chinois: c’est ici que les milliardaires rouges passent leurs vacances de fin d’année. Dans la marina, c’est un concours de montres en or. Sur les ponts des yachts, des filles en bikini se languissent en attendant le retour de propriétaires souvent plus à l’aise sur les greens de golf qu’en haute mer. Pour un peu, on se croirait à Miami. Avant la crise économique, bien sûr. Chaque année, Hainan organise une grande foire au luxe, où plus de deux mille personnes se pressent dans les stands Rolex ou Ferrari. « Le tourisme chinois se développe à toute allure, commente la Française Delphine Lignières, à l’origine de l’événement, mais il manquait jusqu’ici un côté glamour, une vitrine de ce nouvel art de vivre auquel la nouvelle classe aisée rêve d’accéder. » « BIG MONEY ». À en croire la dernière recension

du magazine Hurun (sorte de Forbes local), la République populaire compte aujourd’hui 1,02 million de bienheureux disposant d’au moins 10 millions de yuans renminbis (1,6 million de dollars) – + 6 % par rapport à 2011. Et mille Crésus à la tête d’au moins 150 millions de dollars. Dans cette course au big money, il est vivement conseillé de rester discret. Pour vivre riches et heureux, vivons cachés ! Un journaliste de Hurun avoueavoirdésormaisleplusgrandmalàrencontrer ces privilégiés de la fortune. Et pour cause : figurer N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

LUO YUNFEI/IMAGINECHINA

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Europe, AmĂŠriques, Asie

nababs rouges

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LUO YUNFEI/IMAGINECHINA

Europe, Amériques, Asie

! EXPOSITION DE

dans le palmarès du magazine est parfois un cadeau empoisonné. « Beaucoup refusent de s’exposer. Ils craignent les jalousies, les foudres du Parti, ou simplement un contrôle fiscal. Surtout cette année, avec le changement de présidence. Comment Xi Jinping va-t-il traiter les milliardaires rouges ? » Les scandales politico-financiers n’ont pas manqué en 2012, de la chute de Bo Xilai, le patron du Parti communiste chinois (PCC) à Chongqing (qui sera bientôt jugé pour corruption) à la révélation de la fortune cachée de Wen Jiabao, le Premier ministre sortant, en passant par le mystérieux accident de Ferrari dont a été victime le fils du bras droit du président Hu Jintao. Argent et politique ? Ici comme ailleurs, l’association est dangereuse.

BERLINES DE LUXE

pendant le Hainan Rendez-vous, en avril dernier.

Fiche d’identité du milliardaire rouge

85 %

OUKASES. Dans Mr China. Comment perdre

450 millions de dollars à Pékin après avoir fait fortune à Wall Street, Tim Clissold, ancien patron d’Asimco, l’un des principaux fonds d’investissement du pays, refroidit l’enthousiasme de ceux qui croient encore au mythe de l’argent facile en Chine et raconte avec force détails souvent cocasses ses déboires dans le monde des affaires local. « Là-bas, écrit-il, le marché est le royaume des oukases, des fausses lettres de crédit, des juges qui ne comprennent rien à un dossier mais rendent quandmêmeunjugement,etdesagentsanticorruption qui, avant d’accepter une enquête, réclament une voiture ou une valise d’argent liquide. Si vous respectez les règles, vous êtes foutu ! » « La règle, reprend en écho un entrepreneur, c’est qu’il n’y a pas de règle. Ou plutôt, les règles sont ici tellement nombreuses, complexes et mouvantes que l’objectif est d’abord de s’en affranchir. C’est le seul moyen de gagner de l’argent, et ça, les Chinois le savent bien. » Dans ces conditions, on comprend que le fait de gagner de l’argent soit a priori suspect. Corruption, petits arrangements avec le fisc, coups bas… Les riches chinois sont dans le collimateur des autorités. Résultat, plus de la moitié d’entre eux envisagent de s’expatrier ou de planquer une partie de leur fortune à l’étranger. Le consulat canadien à Pékin croule ainsi sous les demandes de visa, tandis N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

d’entre eux souhaitent envoyer leur enfant étudier à l’étranger

70 %

collectionnent montres de luxe et peintures classiques chinoises

10 %

de leurs revenus sont consacrés à des cadeaux, le plus souvent (80 %) dans le cadre de leurs affaires

73 %

font leur shopping à Hong Kong SOURCE : HURUN

78

13 %

envisagent d’acquérir un avion privé

que les liquidités qui affluent du continent font flamber les prix de l’immobilier à Hong Kong. « Les plus fortunés – ou les plus avisés – doivent à la fois cultiver de bonnes relations avec les cadres du Parti – quand ils n’en sont pas membres euxmêmes – et investir à l’étranger. Comme ça, en cas de coup dur, ils pourront toujours envoyer femme et enfants au Canada ou en Australie », raconte un banquier privé. Car les privilèges s’octroient et se retirentaussi vitequelesfortunessefontetsedéfont. La nouvelle nomenklatura se retrouve dans les clubs privés qui pullulent à Pékin et où l’on n’entre pas à moins de 1 million de dollars. Michael Yue, un trentenaire élevé en Suisse et parfaitement francophone, dirige l’un d’eux. Fauteuils clubs en cuir vieilli, épaisses moquettes et lustres en cristal… L’établissement cultive une atmosphère surannée très british. « Tous les mois, confie l’heureux propriétaire, j’organise un dîner avec un grand chef français. Nous dégustons quelques bouteilles de grands crus. Nos membres aiment se retrouver entre eux et cultiver leurs relations. Ils échangent leurs cartes de visite et savent qu’il n’y aura ni fuite ni petits curieux jaloux de leur succès. » Le club ne désemplit pas. Le coût de l’inscription? « Le chiffre est confidentiel, lance Michael dans un sourire. Mais c’est cher, très cher. » Devenir riche est ici un exercice délicat qui relève de l’art de l’esquive. Ces entrepreneurs sont dans l’ensemble relativement jeunes. Leurs empires, ils les ont presque toujours construits dans les années 1980, à l’époque du grand boom économique. Ils ont réussi grâce à leur fortune, souvent; à la chance, parfois ; à leurs relations, toujours. Le portrait-robot du milliardaire rouge dressé par Hurun? Un patron d’entreprise privée ou un promoteur immobilier âgé de 39 ans et habitant Pékinouunegrandevilledel’estdelaChine.Tousne sont d’ailleurs pas recensés par le magazine, tant ils se montrent discrets. « Leur nombre est sans doute deux fois plus important que celui auquel nous somme arrivés », estime Ruper Hoogewerf, l’éditeur de Hurun. On l’aura compris: dans la République populaire, la fortune reste un sujet tabou. ● JEUNE AFRIQUE

Europe, Amériques, Asie

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Zhang Xin, la diva de l’immobilier

À

la télévision ou dans les magazines people, impossible de la rater. Vêtements branchés, allure moderne et cool, Zhang Xin aime prendre la pose. Dans un pays qui, traditionnellement, aime la discrétion, le parcours météorique de cet ovni étonne et détonne. À 14 ans, la jeune Xin habitait encore dans un bidonville de Hong Kong et assemblait des jouets bon marché dans des usines du delta de la rivière des Perles. Trente ans plus tard, en 2008, elle a fait son entrée dans le palmarès Forbes des cent femmes les plus influentes du monde. Bref, à 47 ans, Zhang Xin a tout réussi et se trouve aujourd’hui à la tête de l’un des groupes immobiliers les plus puissants de Chine. Les immeubles Soho, acronyme de Small Office, Home Office, sont désormais l’un des symboles de la capitale. Elle descend d’une longue lignée d’immigrants chinois. Parents divorcés alors qu’elle n’a que 5 ans… Enfance ballottée au gré des boulots décrochés par sa mère… En 1972, elle est à Pékin, huit ans plus tard à Hong Kong, où elle travaille au côté de sa mère dans les ateliers de l’ancienne colonie britannique. En 1984, c’est le déclic. Un de ses amis d’enfance lui rend visite et, racontet-elle dans sa biographie, « chamboule sa vie ». Le jeune homme parle anglais et a étudié à l’étranger. « Ta vie ici est vraiment terrible, lui dit-il, tu devrais partir aux États-Unis. »

de mer », celles qui finissent toujours par retourner à l’océan. Pan, son mari, est une tu bie, une « tortue de terre », prudente et avisée. Il connaît admirablement les rouages du pays et les mauvaises langues attribuent volontiers la réussite de madame aux contacts de monsieur. En réalité, c’est le mariage de ces deux tortues qui a fait le succès du groupe Soho. Aujourd’hui, l’incroyable réussite du couple (qui, au passage, témoigne de l’importance croissante des femmes dans

la société chinoise) s’affiche partout. À Pékin, Jianwai Soho, le premier complexe construit par le groupe, est une forêt de gratte-ciel blancs près du troisième périphérique. Coût estimé : 1,5 milliard de dollars. Il y a aussi ces douze luxueuses villas, toutes différentes, construites par les plus grands architectes de la planète à un jet de pierre de la Grande Muraille (1 million de dollars l’unité). Partout dans la capitale, les immeubles Soho sortent de terre. La crise ? Quelle crise ? ● S.L.B.

pas en Amérique, au Royaume-Uni, où, au prix de longues nuits passées à apprendre l’anglais, elle obtient une bourse d’études. À Cambridge, elle soutient une thèse sur « les privatisations en Chine continentale » et décroche un master en économie. En 1994, lors d’un voyage d’affaires en Chine, cette yuppie de Wall Street – elle travaille alors pour Goldman Sachs – rencontre celui qui va devenir son mari. Ce dernier laisse tomber son entreprise et en crée une autre avec sa nouvelle femme : « J’étais comme Yoko Ono (l’épouse de feu John Lennon), tous ses anciens associés me détestaient », raconte la jeune femme. Pour décrire ce couple star, les Chinois utilisent souvent l’image des deux tortues. Ici, ceux qui, comme Zhang, ont passé une partie de leur vie en Occident sont appelés hai gui, c’est-à-dire les « tortues JEUNE AFRIQUE

MARK LEONG/REDUX-REA

YUPPIE. Elle va faire le grand saut. Mais

! LA PATRONNE DU GROUPE SOHO a grandi dans un bidonville de Hong Kong. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Europe, Amériques, Asie

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Zong Qinghou, le Picsou de Hangzhou ! MAGNAT DES BOISSONS GAZEUSES ET DES JUS DE FRUITS, l’homme le plus riche de Chine pèse environ 20 milliards de dollars. Mais il mène une vie ascétique.

de la voie ferrée. Les plus anciens de ses employés gardent de lui le souvenir d’un homme pour qui, depuis toujours, chaque dollar compte. « L’une des clés de son succès, c’est son habileté à maintenir des coûts bas, à s’assurer que chaque dollar dépensé en rapportera davantage », explique Shaun Rein, un analyste qui suit le groupe depuis ses débuts.

Levé à 7 heures, il ne boit que de l’eau et mange à la cantine de l’entreprise.

AP/SIPA

PAS LE TEMPS. Autre raison de ce suc-

M

agnat des boissons gazeuses et des jus de fruits, Zong Qinghou, 67 ans, est à la tête d’une fortune estimée à 20 milliards de dollars. Mais l’homme le plus riche de Chine jure ne pas dépenser pour luimême plus de 20 dollars par jour. Il se lève à 7 heures, se couche à 23 heures, ne boit que de l’eau et mange à la cantine de son entreprise. C’est l’anti-bling-bling N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

absolu. Son seul luxe : le lit qu’il a fait installer dans son bureau. Cette frugalité, Zong l’applique jusque dans son QG de Hangzhou. C’est ici, dans cette ville symbole du miracle chinois située tout près de Shanghai, qu’il a patiemment construit son entreprise. Wahaha, qui signifie « enfant content » en mandarin, est né il y a vingt ans dans un immeuble gris de six étages, le long

cès : Zong est parvenu à tirer le meilleur des deux mondes, à opérer la synthèse du capitalisme et du communisme. « Il n’affiche pas son argent et suit scrupuleusement la ligne du Parti », ajoute Shaun Rein. C’est ainsi : l’homme le plus riche de Chine est un communiste convaincu, délégué à l’Assemblée populaire nationale. Il n’a pas son pareil pour manœuvrer parmi les dinosaures du PCC. Sa stratégie paraît tout droit sortie du Petit Livre rouge de Mao Zedong : « Encercler les villes, en contrôlant les campagnes. » Pékin, Shanghai ou Canton étant déjà la cible des géants de la grande distribution, il préfère s’attaquer en priorité aux villes moyennes. Mais Zong Qinghou n’a pas pour autant la folie des grandeurs et ne perd pas de vue ce qui a fait le succès de son entreprise. « Je dépense moins que la plupart de mes employés, tout simplement parce que je n’ai pas le temps », s’amuse-t-il. Il y a quelques mois, il a balayé d’un revers de main les appels à la philanthropie lancés par Bill Gates et Warren Buffett. « Quand on donne de l’argent aux bonnes œuvres, on ne sait pas où il atterrit, s’est-il justifié. Si nous distribuons cet argent, si on l’éparpille, c’est du gâchis, on ne peut plus l’investir et le faire prospérer. Ce que l’on devrait faire, c’est aider les pauvres à devenir riches. Leur apprendre à pêcher plutôt que leur donner du poisson. » ● S.L.B. JEUNE AFRIQUE

Europe, Amériques, Asie JAPON

Le retour du faucon

TARO KONISHI/AP/SIPA

Leader du Parti libéral-démocrate, grand vainqueur des législatives du 16 décembre, Shinzo Abe est un nationaliste pur et dur. Il aura bien du mal avec les Chinois et les Nord-Coréens.

! SHINZO ABE (à dr.) ET SHIGERU ISHIBA, président et secrétaire général du PLD, au siège de leur parti, à Tokyo.

T

rois ans après avoir été chassé du pouvoir par les urnes, le Parti libéral-démocrate (PLD), emmené par le nationaliste conservateur Shinzo Abe, y revient à l’issue d’élections législatives aux allures de plébiscite. Le 16 décembre, il a en effet, avec le Nouveau Komeito (bouddhiste), son allié centriste, remporté les deux tiers des sièges de la chambre basse du Parlement. Le Parti démocrate du Japon (PDJ), la formation de centre gauche du Premier ministre sortant, Yoshihiko Noda, n’est parvenu à sauver que 57 sièges. Ce bouleversement radical du paysage politique n’a qu’un seul précédent, quand, lors des législatives de 2009, l’électorat avide d’alternance avait mis fin au règne, sans partage depuis 1950, du PLD. C’est donc le grand retour de Shinzo Abe, l’ancien bras droit de Junichiro Koizumi, auquel il avait succédé en 2006, devenant du même coup le plus jeune Premier ministre japonais de JEUNE AFRIQUE

l’après-guerre. Le premier, aussi, à être né après la fin du conflit mondial. Il avait été contraint de démissionner l’année suivante en raison de problèmes de santé et de divers scandales politiques. Son cuisant échec électoral de 2009 avait suspendu pour un temps son ascension. INTRANSIGEANCE. Dans un pays trau-

de télévision chinoise, n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler au lendemain de son élection qu’Abe n’est autre que le petitfils de Nobusuke Kishi, l’ancien Premier ministre (1957-1960), qui, en 1948, fut soupçonné d’être un criminel de guerre de classe A mais ne fut jamais jugé. Quoi qu’il en soit, son élection intervient dans un climat sino-japonais très tendu. Les deux pays s’opposent en effet à propos des îles Senkaku, qu’ils revendiquent l’un et l’autre. Or Abe est très loin de jouer l’apaisement. « La Chine conteste le fait que ces îles soient partie intégrante du territoire japonais, estimet-il. Notre objectif est de mettre un terme à ses revendications injustifiées. » Cet homme-là est l’intransigeance même. Et le régime de Pyongyang risque d’en faire rapidement l’expérience. Le 13 décembre dernier, le Japon, incapable de déterminer à quel moment précis une fusée nord-coréenne avait survolé son territoire, s’est ridiculisé. Or, en 2006, dans des circonstances similaires, Shinzo Abe avait surpris la communauté internationale en étudiant très sérieusement l’éventualité d’une attaque contre la Corée du Nord… DÉFLATION. Mais d’autres dossiers vont

rapidement monopoliser l’attention du nouveau Premier ministre : le nucléaire, dont il est un ardent défenseur, et surtout l’économie. En dépit d’un endettement colossal équivalent à 236 % du PIB, Abe s’est engagé à remettre la troisième puissance mondiale sur les rails de la croissance. L’un de ses premiers objectifs, a-t-il promis, sera d’affaiblir le yen afin

matisé par la catastrophe de Fukushima et dont l’éconoEn 2006, il envisage sérieusement mieestenberne,ShinzoAbe l’hypothèse d’une opération veut aujourd’hui incarner l’espoir d’une nation « forte militaire contre Pyongyang. et prospère », dans laquelle les gens se sentent « heureux d’être japode mieux combattre ce fléau national que nais ». Farouchement nationaliste, il est constitue la déflation. C’est sur ce point obsédé par la Seconde Guerre mondiale que les Japonais le jugeront. « Depuis six et rêve de réhabiliter l’image du Japon, ans, nous avons un nouveau Premier quitte à se mettre à dos la Chine et les ministre chaque année. Si la tendance deux Corées par des déclarations fracasperdure, Abe devra lui aussi bientôt céder santes, notamment au sujet des femmes la place », entend-on déjà dans les rues de Tokyo. Ce qui ne témoigne pas d’un de réconfort, ces Coréennes (et autres grand optimisme. ● Asiatiques) contraintes à la prostitution JULIETTE MORILLOT par l’armée impériale. CCTV, la chaîne N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Europe, Amériques, Asie FRANCE

Valérie Trierweiler,

première dame normale

Après des débuts orageux, la compagne de François Hollande prend peu à peu la mesure de son nouveau rôle. Qu’elle s’efforce, non sans difficulté, de concilier avec sa carrière de journaliste.

«

J

e ne serai pas une potiche, avait proclamé Valérie Trierweilerdanslescolonnes duquotidienbritanniqueThe Times, le 9 mai, au lendemain de l’élection de François Hollande à la présidence de la République. Je veux bien représenter l’image de la France, faire les sourires nécessaires, mais il faudra que ça s’arrête là. » Sept mois plus tard, le 13 décembre, sous le regard de Patrice Biancone, un ancien journaliste de RFI qui veille sur sa communication, la compagne du chef de l’État confie à deux confrères du Monde qu’elle « ne rechigne pas à préparer les dîners [de l’Élysée, NDLR] avec les services du protocole et à choisir la couleur des nappes ». De la rebelle attitude à la « normalitude », l’atterrissage a été brutal. « Le 6 mai, je n’avais rien mesuré du tout. C’est un peu comme si on m’avait fait sauter en parachute sans parachute », poursuit celle qui, dans l’euphorie de la victoire, avait asséné: « Ce sera plus facile pour moi que pour Carla Bruni, car moi, je connais les codes»,allusionàsaparfaiteconnaissance du Landerneau politico-médiatique. Cela fait en effet plus de vingt ans que Valérie Trierweiler exerce la profession de journaliste. Plus de vingt ans que cette beauté froide hante l’Assemblée nationale juchée sur ses talons aiguilles et passe, le brushingaltier,devantdéputésetministres éblouis. Après avoir couvert pour Paris Match l’actualité du Parti socialiste, Valérie Trierweiler s’est orientée vers les pages culturelles de l’hebdomadaire lorsque sa liaison avec François Hollande, alors premier secrétaire dudit parti et compagnon de Ségolène Royal, est devenue publique. Depuis 2005, elle a aussi animé sur la chaîne Direct 8 (aujourd’hui D8) des émissions politiques, puis culturelles. Un changement de genre qui lui aurait été demandé par sa hiérarchie au nom de l’éthique et auquel elle a mis du temps à se plier, revendiquant le droit d’exercer son métier comme elle l’entend. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

« Tiens donc, une First Lady journaliste n’est pas une nouveauté. Évidemment, il faut regarder de l’autre côté de l’Atlantique pour ne pas hurler au scandale », a-t-elle ironisé en chroniquant une biographie d’Eleanor Roosevelt. Influente femme de tête, reporter et féministe militante, cette First Lady des années 1930 incarneraitelle l’idéal de celle qui n’a pas hésité à se proclamer « première journaliste de France » ? Sûrement plus, en tout cas, que les discrètes Yvonne de Gaulle ou Anne-Aymone Giscard d’Estaing, à qui elle préfère Danielle Mitterrand et son légendaire franc-parler. Un franc-parler dont elle ne s’est pas privée, en début de mandat. Nul n’a oublié le tweet de @valtrier, qui, lors des législatives de juin, avait envoyé un message de soutien à un adversaire de Ségolène Royal afin de torpiller son éternelle rivale. Après cette sortie, indélicate pour les quatre enfants de l’ex-couple Hollande-Royal, dévastatrice pour l’autorité présidentielle et pour sa propre image, Trierweiler a d’abord juré de « tourner sept fois le pouce » avant de rédiger un nouveau tweet. Mieux: la désormais sage ambassadrice de la Fondation France Libertés (créée par Danielle Mitterrand) a misensourdinesoncompteTwitteret,sauf exception, n’accorde plus d’interviews.

! LORS D’UNE CÉRÉMONIE

À L’ÉLYSÉE,

au mois de novembre.

TÉTANISÉ. À l’instar de l’une de ses amies

intimes qui, contactée par J.A., refuse de dire un seul mot, son entourage semble tétanisé. Tout juste l’ex-rebelle, qui avoue n’accepter que depuis peu de « devenir une personne publique », a-t-elle annoncé qu’elle serait le témoin de mariage d’un couplehomosexuel(poursoutenirleprojet de loi socialiste controversé), reçu des opposants à la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sans que l’on comprenne vraiment le sens de sa démarche, et promis de s’occuper des enfants des rues, sans plus de précision. Au fond, on ne sait que peu de chose de Valérie Trierweiler. Née il y a 47 ans JEUNE AFRIQUE

Europe, Amériques, Asie à Angers dans une famille désargentée, elle-même ignorait jusqu’à récemment l’histoire de son grand-père, un banquier localdontlesaffairesontpériclité.Lereste? Un père handicapé (à 12 ans, il sauta sur une mine de la Seconde Guerre mondiale et fut amputé d’une jambe), taiseux et taciturne, épaulé par une femme belle et courageuse, caissière à la patinoire de la ville. Une fratrie de six, soudée. Une enfance passée dans un quartier sensible de la banlieue d’Angers. Un premier mariage avec un fils de famille. Des études à la Sorbonne, où Valérie obtint un DESS de communication politique et sociale, des débuts à la revue Profession politique, un beau recrutement à Paris Match, où elle rencontra son second mari. Puis une complicité avec François Hollande, qui au fil du temps se transforma en amour « sérieux », au point que, après des années passées dans l’ombre à ferrailler contre Ségolène, Valérie en aurait conçu une féroce jalousie. « Oui, l’homme que j’aime a eu une femme avant moi. Et il se trouve qu’elle a été candidate à l’élection présidentielle. Je fais avec », peste-t-elle dans un livre de photos consacré à la campagne présidentielle dont elle a légendé toutes les images… GOURMANDE. Jalouse, colérique, hys-

térique, égocentrique ? « Elle manque surtout de confiance en elle, raconte l’une de ses anciennes collègues. Elle a eu très peur que François retourne auprès de Ségolène après la présidentielle de 2007. » Ses anciens collaborateurs à la télévision, eux, ne tarissent pas d’éloges sur cette femme rigolote, gourmande et assumant

ses rondeurs, qui téléphone sans cesse à ses enfants et forme avec Hollande un couple très uni. Tous confirment qu’elle prépare seule ses émissions, « sans doute parce que cette perfectionniste ne fait pas confiance aux autres ». De l’avis général, il faut du temps pour briser la glace. « Elle n’adresse la parole qu’aux personnes avec lesquelles elle travaille. Raison pour laquelle elle en impose… ou passe pour une bêcheuse », confie un journaliste de Direct 8, pour qui « c’est une vraie pro ». « Son indépendance est réelle : elle n’a pas hésité à montrer Manuel Valls dans une brocante à Évry demandant “qu’on rajoute quelques Blancs, quelques blancos”, ou Jean-Luc Mélenchon badinant avec Marine Le Pen. En dehors des plateaux, elle ne s’attardait pas avec ses invités, et surtout pas avec Laurent Fabius, qu’elle déteste. » Ce qui n’a pas empêché celui-ci d’être nommé ministre des Affaires étrangères. « L’influence politique de Valérie est quasi nulle », estime, en off, un membre du gouvernement. Soucieuse de ne pas ressembler à sa caricature des Guignols de l’info, qui la peignent sous les traits d’une mégère tyrannique, la première dame a pris soin de préciser qu’elle n’est entrée que trois fois dans le bureau présidentiel. Celle qui, consciente de son impopularité, se compare avec humour à Marie-Antoinette rappelle ainsi que c’est François qui commande. Un homme à la présidence, une femme discrète et aimante à ses côtés… Combien de temps l’impulsive Valérie résistera-t-elle à cette morne normalité ? Les paris sont ouverts. ● JOSÉPHINE DEDET

GUIBBAUD-POOL/SIPA

JUSTICE SOUS PRESSION ?

JEUNE AFRIQUE

EN PRÊTANT À LA PREMIÈRE DAME une idylle passée avec Patrick Devedjian, ancien ministre et député UMP des Hauts-de-Seine, Alix Bouilhaguet et Christophe Jakubyszyn, les auteurs de La Frondeuse (éd. du Moment), se sont attiré l’ire des intéressés, qui les poursuivent en justice pour « diffamation et atteinte à la vie privée ». Leur ouvrage a aussi suscité une série de réactions épistolaires. François Hollande et Manuel Valls, son ministre de l’Intérieur, ont tous deux écrit au tribunal. Le premier pour « dénoncer comme pure affabulation » des passages de ce livre évoquant une « prétendue lettre » de ralliement à la droite qu’il aurait adressée en 1995 à Devedjian afin que celui-ci lui organise un rendez-vous avec Édouard Balladur. Le second pour contester les propos qui lui sont prêtés. Enfin, Beatrix Marzouki, l’épouse du président tunisien, a envoyé une lettre à Valérie Trierweiler pour l’assurer de son soutien en tant que « femme, épouse de chef d’État et citoyenne française » face à ces « intrusions de médias sans foi ni loi » dans la vie privée. ● J.D. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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EZEQUIEL PONTORIERO/AP/SIPA

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! LA RÉDACTION DU QUOTIDIEN, à Buenos Aires.

ARGENTINE

Clarín défie Kirchner

Le plus grand groupe de presse du pays refusant de se mettre en conformité avec la nouvelle loi sur les médias, le gouvernement a entrepris de le démanteler. Depuis, la bataille judiciaire fait rage.

S

a popularité est en chute libre (34 %, contre 60 % l’année dernière) et les manifestations contre la politique de son gouvernement se multiplient. C’est pourtant le moment choisi par la présidente Cristina Kirchner pour déclarer la guerre à Clarín, le plus gros groupe de presse du pays, qui refuse de se mettre en conformité avec la loi sur les médias adoptée en 2009, à une large majorité, par le Congrès. Le nouveau texte limite en effet le nombre de stations de radio, de chaînes de télévision et d’abonnés au câble que peut détenir un même groupe. À lui seul, le géant Clarín contrôle 70 % du marché des médias argentins et possède quelque 500 sociétés: le quotidien du même nom, bien sûr, mais aussi 10 stations de radio, 4 chaînes de télévision, 240 canaux de télévision par câble et de multiples fournisseurs d’accès à internet. Son chiffre d’affaires a culminé en 2011 à 1,6 milliard d’euros. Soit une progression de 27,8 % par rapport à l’année précédente. Le démantèlement partiel du groupe, de plus en plus critique au fil des années à l’égard de la politique du gouvernement, devait intervenir le 7 décembre, date butoir pour l’application de la loi. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

L’exécutif envisageait d’ailleurs de lancer à cette occasion plusieurs appels d’offres en vue de la reprise d’une partie des actifs du groupe. Mais la veille, un juge a suspendu l’application de l’article qui oblige l’entreprise à céder la plupart de ses moyens de communication. Il souhaitait s’assurer au préalable de la constitutionnalité dudit article. La réaction des autorités a été d’une extrême violence, le chef de cabinet de la présidence allant jusqu’à dénoncer un « tribunal de merde ». « QUÉ TE PASA ? » En abrogeant la loi de radiodiffusion de 1980, héritage de la dictature militaire, Kirchner et ses amis souhaitent officiellement accroître la diversité des médias, ce qui se conçoit parfaitement. Mais l’opposition les accuse de chercher du même coup à neutraliser Clarín, leur principal ennemi. Les relations entre les deux parties n’ont pourtant pas toujours été aussi tumultueuses… Au temps de l’ancien président Néstor Kirchner (2003-2007), elles étaient même idylliques. Le défunt mari de Cristina avait en effet autorisé la fusion des deux plus grandes compagnies de télévision par câble, dont Clarín, à l’époque l’un de ses principaux soutiens, était devenu

propriétaire. Tout a commencé à se gâter en 2008, un an après l’élection de Cristina, quand le groupe a pris la défense des agriculteurs qui protestaient contre la hausse des taxes à l’exportation. « Qué te pasa Clarín ? » (Que t’arrive-t-il Clarín ?) s’était interrogé Néstor. Depuis, les tensions n’ont jamais cessé. Elles se sont même accrues au mois de novembre dernier, après que les filiales du groupe eurent largement contribué au succès des manifestations contre la politique économique du gouvernement. « Cristina Kirchner a le chic pour provoquer des situations conflictuelles qui tournent souvent en sa défaveur en raison des erreurs qu’elle commet », explique l’analyste politique Julián Hermida. Mais cette fois, la partie semble bien engagée pour elle. Le 14 décembre, à la surprise générale, le juge constitutionnel a déclaré la loi sur les médias conforme à la Carta Magna (la « Grande Charte »), autrement dit à la Constitution. Trois jours plus tard, Martín Sabbatella, le responsable de l’Autorité fédérale des services de communication audiovisuelle (Afsca), a annoncé face à des dizaines de caméras rassemblées devant le siège du groupe la mise en vente de licences de radio-télévision appartenant à Clarín. Fou de rage, celui-ci dénonce l’illégalité du processus et compte bien faire appel de la décision. À suivre. ● MARIE VILLACÈQUE JEUNE AFRIQUE

« Concert - Magic System, Zénith de Nantes »

« Julie et Roméo »

« Namibie, l’Afrique hors du temps »

« Les naufragés de Carthage »

« Les Seychelles, paradis de l’océan indien »

« Le Marrakech du Rire 2012 »

« Superflics »

« Le Tour du Faso »

« Tendance A »

© Aminata Diallo Glez - Ampersand - Abdelkader Belhadi - Brigitte Baudesson Ça vous play productions - Les Films du Dromadaire - Mario Epanya - Zycopolis

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PARCOURS | D’ici et d’ailleurs

Booba Ego, argot, cash-flow Poids lourd du rap hexagonal, le chanteur d’origine sénégalaise a su se diversifier…

J

«

’AI MENÉ UNE GUERRE pour être où je suis. » Attablé dans un café de Boulogne, sa ville natale, Booba se prête pourtant volontiers aux questions à l’occasion de la sortie de Futur, son sixième album solo. On est loin de l’image qu’il s’est construite de rappeur sulfureux, montagne de muscles tatoués, amateur de grosses voitures et de belles femmes. Imposant physiquement, le Duc de Boulogne l’est aussi dans le paysage moribond de la musique urbaine en France, où il fait figure de poids lourd. À 36 ans, il tient toujours la dragée haute à la concurrence, collectionnant les records de ventes. « On ne m’a jamais aidé, bien au contraire, tient-il à rappeler. J’ai dû casser des portes et m’imposer. J’ai été le premier à avoir un label indépendant et à être disque d’or sans passer en radio. » Sa success-story, entamée dans les années 1990 avec le duo culte Lunatic, Élie Yaffa la doit avant tout à sa plume – argotique, ciselée, mal élevée et arrogante – et à son flow nonchalant servi par une voix rocailleuse. « Je suis le bitume avec une plume », chantait-il il y a quelques années.

S’il a ses détracteurs, qui voient en lui un apôtre de la violence et du matérialisme, il peut aussi compter sur des amis du milieu comme Oxmo Puccino. « C’est énorme qu’après tout ce temps il soit encore tant attendu. Avant de lui reprocher ses textes, avec lesquels il remplit Bercy, on devrait se poser des questions sur son impact. C’est un phénomène social à part entière, un personnage complexe », commente l’artiste. Des soutiens, Booba en trouve aussi chez des écrivains commeThomas Ravier, qui, en 2003, lui a consacré un article dans La Nouvelle Revue française. Il y analyse la prose du rappeur à la lumière de Céline et de Genet, évacuant les critiques trop faciles pour se concentrer sur la richesse de la narration. « […] Qui est Booba? écrit-il. Musicien, chanteur, N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

! « SE MÉLANGER ? COMME SI, À NEUILLY, ils voulaient avoir une famille de Maliens sur leur palier. C’est de l’hypocrisie ! »

rappeur, poète, gangster, troubadour, sociologue, pamphlétaire, imprécateur, chroniqueur, journaliste ? Quel est le genre? Mais celui qui les regroupe tous, écrivain bien sûr. » Booba, qui confie sans complexe ni fierté ne pas lire et ne pas avoir fait d’études – il est titulaire d’un brevet d’études professionnelles (BEP) en vente –, ne boude pas ce succès d’estime, mais le commente peu. « Au quotidien,

j’amasse les punchlines [rimes percutantes, NDLR], et lorsque l’inspiration me vient, j’écris pendant de longues heures. Je pose les briques une à une. » Sur sa famille, Booba ne confie rien. En revanche une porte s’ouvre lorsqu’on évoque l’Afrique, qui se dessine en creux dans ses textes. S’il arbore fièrement ses origines sénégalaises – l’un de ses nouveaux titres s’intitule « Macki Sall Music » –, il y a chez lui une colère JEUNE AFRIQUE

Europe, Amériques, Asie

À cela s’ajoute le choc du racisme, en France. Il se souvient amèrement des questions sibyllines posées par les passants à sa mère, divorcée, sur les origines de son père. En échange linguistique dans une famille africaineaméricaine de Détroit, aux États-Unis, il a étudié l’histoire de la lutte pour les droits civiques. « Le jour où le film Malcolm X est sorti, toute l’école est allée au cinéma. Là tu sens enfin que tu existes en tant que Noir! En France, le communautarisme nous protégerait, on obligerait les gens à prendre l’histoire au sérieux. Se mélanger? Comme si, à Neuilly, ils voulaient avoir une famille de Maliens sur leur palier. C’est de l’hypocrisie! » Booba vit désormais entre Paris, où il emploie 50 personnes pour sa marque de vêtements Ünkut, et Miami, « ce morceau de monde où il y a tout le monde, Blancs, Noirs, Haïtiens, Russes… ». Mais ce qui pourrait être assimilé à un combat pour l’égalité, le businessman, qui ne recrute pas « selon les diplômes », l’a transposé sur le terrain du néolibéralisme, au risque d’en faire oublier ses talents artistiques. « Aux USA, on s’en fout que tu sois noir ou blanc pour louer un appartement, du moment que tu paies. Ici, tu ne peux même pas virer un mec qui ne paie pas son loyer! » Mais il a prévenu : « La politique ? Jamais, ça n’est pas mon métier. » ● JEAN-SÉBASTIEN JOSSET Photo : DAVID BENOLIEL/AZ/UNIVERSAL

Booba sera en concert le 12 avril 2013 au Zénith de Paris. JEUNE AFRIQUE

ÉTATS-UNIS

Black Senator

Aucun Noir originaire d’un État du Sud n’avait siégé dans l’auguste assemblée depuis… 1881. Grâce à l’ultraconservateur Tim Scott, cette lacune est désormais réparée.

RAINIER EHRHARDT/AP/SIPA

profonde. « Chevaux noirs dans moteur allemand / Ma rage est coloniale », lâche-t-il dans un autre titre. Cette colère remonte à son premier voyage au Sénégal, quand il avait 10 ans. « Quand ma mère m’a emmené visiter la Maison des esclaves sur l’île de Gorée, ça a été un vrai traumatisme. D’autant que ma mère, que j’aime, est blanche. La cruauté de l’esclavage, en tant que métis, tu l’acceptes encore moins, tu te dis que c’est possible d’aimer de la même manière Blancs et Noirs. Alors quand tu découvres l’histoire et la pauvreté du pays quatre cents ans après, tu te demandes : “Pourquoi ?” Ils nous ont bien niqués! »

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! TIM SCOTT (47 ANS) : un ex-adolescent à problèmes fâché avec l’école.

R

etenez bien son nom. Le 3 janvier, le républicain Tim Scott fera son entrée au Sénat américain, où il représentera la Caroline du Sud. C’est la première fois qu’un Noir natif d’un État du sud des États-Unis devient sénateur depuis… la fin du XIXe siècle et un certain Blanche Bruce, élu du Mississippi de 1875 à 1881. Proche du Tea Party, Scott, 47 ans, qui siégeait jusqu’ici à la Chambre des représentants de ce même État, n’a pas été élu, mais nommé par la gouverneure Nikki Haley, elle-même issue d’une minorité, indienne en l’occurrence. La raison ? La démission soudaine du sénateur Jim DeMint, un républicain parmi les plus réactionnaires parti diriger la Heritage Foundation, un think-tank ultraconservateur, à Washington, où ses émoluments sont sans nul doute nettement supérieurs. Comme Haley, DeMint a reconnu dans Scott l’un des siens. « Je m’en vais en sachant que mon remplaçant portera haut et fort la voix du conservatisme à travers tout le pays », a-t-il annoncé à la Chambre des représentants de Columbia, capitale de la Caroline du Sud. Élevé par une mère célibataire, Scott se décrit lui-même comme un ex-adolescent à problèmes, fâché avec l’école

et qui ne dut son salut qu’à la rencontre du propriétaire d’une chaîne de fast-food très populaire dans le Sud. Celui-ci lui inculqua les valeurs conservatrices que Scott s’est aujourd’hui juré de défendre au Sénat. Que ce soit en ce qui concerne le contrôle des armes, le budget, l’avortement ou le mariage gay. TEA PARTY. Premier sénateur noir de toute l’histoire de la Caroline du Sud – État qui fut le premier à faire sécession après l’élection d’Abraham Lincoln, en 1860 –, Scott gagna ses premiers galons en politique en 1996, quand il dirigea la dernière campagne du sénateur Strom Thurmond, un ancien champion de la ségrégation ! En 2010, Scott entra à la Chambre des représentants de la Caroline du Sud en battant le propre fils de Thurmond, Paul, et en surfant sur la vague, alors à son apogée, du Tea Party. Si cette nomination est historique, elle permet aussi au Parti républicain d’améliorer un peu son image – qui, certes, en a bien besoin – au sein des minorités, puisque Scott sera le seul sénateur noir. Au moins jusqu’en 2014, date à laquelle il devra remettre son siège en jeu et, cette fois, remporter les suffrages des électeurs. ● JEAN-ÉRIC BOULIN, à New York N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Europe, Amériques, Asie

EN VÉRITÉ

Opinions & éditoriaux

Ces drones qui échappent à tout contrôle

Q GIDEON RACHMAN Éditorialiste au Financial Times

U’EST-CE QUI EST PIRE ? Maintenir quelqu’un en détention pendant plusieurs années en attendant d’être en mesure d’établir la preuve qu’il est un terroriste ? Ou bien tuer quelqu’un dont vous ne connaissez même pas le nom, parce que son comportement suggère qu’il pourrait être un terroriste ? La première stratégie se traduit par l’incarcération sans jugement de suspects sur la base de Guantánamo. C’est le symbole de l’ère Bush, et elle suscite une condamnation unanime. La seconde aboutit à des frappes de drones contre des terroristes présumés. C’est devenu la marque de fabrique de l’administration Obama, et personne ne s’en soucie vraiment. Tout se passe comme si on pardonnait à Barack Obama l’extrême brutalité de sa politique antiterroriste pour la simple raison qu’il jouit d’une image positive. N’a-t-il pas obtenu le prix Nobel de la paix ? Cette complaisance est peut-être en train de prendre fin.

Le développement de ce programme secret finit par provoquer, à juste titre, interrogations et critiques. Ancien ambassadeur de Bush auprès de l’Otan, KurtVolker posait récemment de bonnes questions dans le Washington Post : « Quelle nation voulons-nous être ? Un pays tenant à jour en permanence une liste de gens à abattre ? Un pays qui, dans des centres d’opérations high-tech, forme des techniciens à tuer des êtres humains à l’autre bout de la planète parce qu’une agence de renseignements a décrété qu’ils étaient des terroristes ? »Tout cela reflète le malaise moral ressenti par beaucoup face à cette guerre qui ressemble un peu trop à un jeu vidéo. Certes, tuer quelqu’un à l’aide d’un drone peut paraître exagérément facile, presque tentant, mais la dénonciation du caractère irréel et abstrait de la méthode n’est pas très convaincante. Après tout, la plupart des pays seraient ravis de disposer d’un tel moyen de réduire les pertes dans les rangs de leurs forces armées. Et puis, il est tout à fait possible de faire des victimes civiles et de perpétrer des massacres de masse par des moyens plus conventionnels ! Non, l’objection la plus sérieuse qu’on puisse faire à l’usage des drones, c’est qu’il estompe la frontière entre guerre et assassinat. Un homme

soupçonné de préparer un attentat terroriste sur le sol américain peut être arrêté et traduit devant un tribunal. Mais s’il se trouve dans les zones tribales du Pakistan, on peut estimer qu’il n’existe pas d’autre moyen de le neutraliser que de le réduire en miettes. La majorité des frappes a lieu dans des théâtres d’opérations comme l’Afghanistan ou l’Irak. Mais la CIA a également mis en place un important programme secret d’attaques de drone au Pakistan, au Yémen ou en Somalie. Certaines frappes visent des terroristes reconnus, comme Anwar al-Awlaki, un islamiste radical disposant d’un passeport américain abattu auYémen. D’autres prennent pour cible des inconnus dont le comportement est apparu suspect – on parle alors d’« attaques signatures ». Les Américains soutiennent que ces dernières sont en réalité ciblées avec précision, et qu’elles ne font qu’un nombre limité de victimes civiles. Mais, à en croire une étude universitaire récente, entre 474 et 881 civils, parmi lesquels 200 enfants, ont été tués par des drones au Pakistan. L’administration Obama justifie ces frappes par les nécessités de la « guerre contre le terrorisme », mais c’est jouer sur les mots. Car, que

Pour se justifier, les États-Unis invoquent les nécessités de la « guerre contre le terrorisme ». Sont-ils en guerre avec le Pakistan ?

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l’on sache, les États-Unis ne sont pas en guerre contre le Pakistan ! D’ailleurs, le programme de frappes est secret. Il est conduit par une agence de renseignements, non par l’armée régulière. La base légale de ces attaques est encore plus ténue quand celles-ci ont lieu dans des pays comme la Somalie, à des milliers de kilomètres des champs de bataille afghans. De nombreux pays – de laTurquie à la Chine, en passant par la Russie – affirment leur intention de se lancer à leur tour dans une guerre contre le terrorisme. Que se passera-t-il s’ils décident de suivre l’exemple américain et d’éliminer leurs ennemis à l’étranger à l’aide de drones ? Après tout, le coût financier de tels programmes n’est pas démesuré… Et la technologie requise pas si difficile à maîtriser… ● © FINANCIAL TIMES et JEUNE AFRIQUE 2012. Tous droits réservés. JEUNE AFRIQUE

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de Jeune Afrique

PANORAMA L’apprentissage du pouvoir

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POLITIQUE Benkirane-Chabat, un duo bien singulier ÉCONOMIE Vivement demain INTERNATIONAL Mariage de raison avec le Golfe

! Dans les couloirs de LA PRIMATURE, à Rabat.

MAROC

à pas feutrés Un an après la nomination du gouvernement Benkirane, le premier à partager l’exécutif depuis la révision de la Constitution, où en sont les réformes politiques, économiques et sociales ?

JEUNE AFRIQUE

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VINCENT FOURNIER/J.A.

L’alternance

L’A B U S D ’A L C O O L E S T D A N G E R E U X P O U R L A S A N T É . À C O N S O M M E R AV E C M O D É R AT I O N

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PANORAMA L’apprentissage du pouvoir

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POLITIQUE Benkirane-Chabat, un duo bien singulier ÉCONOMIE Vivement demain INTERNATIONAL Mariage de raison avec le Golfe

Prélude François SOUDAN

MAROC

S

IL EST UN DOSSIER sur lequel de cannabis le « marché » maghrébin. l’exercice du pouvoir gouverneComment ne pas voir en effet que le trafic mental par les islamistes d’Abdede drogue profite beaucoup plus de l’ablilah Benkirane n’a produit aucun sence d’accès réglementaires et contrôeffet, c’est bien celui-là. En 2013, la frontière lés aux frontières que de son contraire ? entre le Maroc et son voisin algérien entrera Et attachons-nous à l’essentiel : à court terme, il est vraisemblable que le Maroc, dans sa dix-neuvième année de fermeture, dont l’économie et la main-d’œuvre sont ces deux pays partageant avec les deux plus compétitives et diversifiées que celles Corées le triste privilège d’être les seuls au de l’Algérie, tirerait de la réouverture des monde à se tourner obstinément le dos. À peine entré en fonction, le chef du gouverfrontières des dividendes supérieurs à ceux nement marocain avait pourtant dépêché à de son voisin. C’est, pour une large part, ce Alger son ministre des Affaires étrangères, sentiment de faire au Maroc un cadeau sans avec l’accord du roi, bien entendu. Voyage contrepartie qui explique que le président symbolique, destiné à démontrer aux frères Bouteflika n’ait jamais répondu aux appels à orientaux que le chapitre d’une absurde la réouverture réitérés ces dernières années cohabitation conflictuelle pouvait enfin se par Mohammed VI. clore, pourvu que chacun y mette du sien. Mais voyage inutile: rien n’a changé depuis. Forte de ses impressionnantes réserves Certes, dira-t-on, cette absurdité n’est pas en devises, l’Algérie ne souhaite pas rensans fondements puisqu’un contentieux flouer les caisses de son voisin. Reste que ce raisonnement, qui relève du nationalisme non résolu, celui du Sahara occidental, divise ces deux États. Mais, outre le fait que d’État, ne tient ni à moyen terme ni à long l’Algérie n’est pas officiellement « partie en terme. Un « Maghreb central » où la libre conflit » dans cette affaire, la frontière commune entre ce En 2013, la frontière avec l’Algérie dernier pays et l’ex-colonie entrera dans sa dix-neuvième année espagnole, sur laquelle il se de fermeture. Une aberration. refuse à reconnaître la souveraineté marocaine, n’est longue que de… 42 km ; 42 km contestés circulation serait la règle et le marché du sur 1 601 au total, un point de détail à la travail ouvert ferait gagner aux trois pays démesure du gâchis politique, économique qui le composent deux points de croissance et humain que représente cet interminable par an. Et le PIB réel par habitant, si l’on en divorce. Sur un demi-siècle d’indépendance croit la Banque mondiale, augmenterait plus commune, Marocains et Algériens n’ont été vite en Algérie qu’au Maroc. libres de se voir, d’échanger et de fraterniÀ ce coût du non-Maghreb s’ajoute celui, pour les deux voisins, de dépenses miliser que pendant vingt ans à peine. Autant dire qu’ils ne se connaissent presque plus. taires toujours plus lourdes, nécessitées par le maintien d’un rapport des forces Le Sahara mis entre parenthèses, hypobudgétivore : 5 milliards de dollars pour le Maroc en 2012 (le double pour l’Algérie), thèse d’autant plus accessible qu’aucun des deux pays n’en fait plus un préalable, seuls qui pèsent d’autant plus sur les finances du des intérêts nationaux divergents peuvent royaume que les devises dont dispose ce expliquer la persistance de cette aberration. dernier sont étroitement liées non pas à la Faisons un sort à ce qui constitue le pain production passive d’hydrocarbures, mais quotidien des récriminations de certains à ses propres performances économiques. médias algériens à l’encontre du royaume, Jusqu’à quand le Maghreb continuera-t-il accusé de vouloir inonder de sa production de marcher sur la tête ? ● JEUNE AFRIQUE

PANORAMA L’apprentissage du pouvoir

VINCENT FOURNIER/J.A.

à pas feutrés

p. 92

POLITIQUE Benkirane-Chabat, un duo bien singulier p. 96 DÉCRYPTAGE La bonne santé diplomatique de Rabat par Talal Salahdine, du think-tank Amadeus p. 98 PORTRAITS Femmes de parole et d’image

p. 100

ÉCONOMIE Vivement demain

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INTERNATIONAL

ABDELHAK SENNA/AFP

On ne choisit pas son voisin

L’alternance

Mariage de raison avec le Golfe

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ÉNERGIE Objectif soleil

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TRIBUNE Investissons dans l’homme, par Aadel Essaadani

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IMMOBILIER Ces paradis artificiels qui cachent la forêt p. 116

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GOUVERNEMENT

L’apprentissage du

pouvoir

Elle a hérité d’une conjoncture difficile, essuyé les plâtres de la nouvelle Constitution et les critiques virulentes de l’opposition. Un an après sa nomination, l’équipe de Benkirane peine à tenir ses promesses.

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JEUNE AFRIQUE

L’alternance à pas feutrés

ABDELHAK SENNA/AFP

3 % cette année), le maintien du déficit budgétaire dans la limite de 3 % du PIB (il s’est creusé à 7,85 %) et un doublement de l’investissement public, tout de même en hausse de 12,8 %, à 188 milliards de dirhams (DH, 16,8 milliards d’euros). Sans oublier la promesse de réduire de moitié la pauvreté, qui touche encore plus de 8 % des Marocains, tout particulièrement en milieu rural (où près de 24 % de la population vit en dessous du seuil national de pauvreté, seuil estimé par le HCP à 9,8 DH par personne et par jour). À sa décharge, le gouvernement de Benkirane, nommé le 3 janvier 2012, a hérité d’une situation économique difficile (lire pp. 104-106), avec une récession en Europe, des déficits publics et commerciaux en pleine expansion, un taux de chômage des jeunes de 15 ans à 24 ans supérieur à 15 % (et à plus de 30 % en milieu urbain). « Cette année, on a réussi à préserver les équilibres macroéconomiques, indique le ministre de la Communication, qui défend le bilan gouvernemental. Ce qui ne nous a pas empêché de débloquer des fonds pour les plus défavorisés: 2,5 milliards de DH pour la couverture médicale au profit de 2 millions de personnes, 1 milliard pour garantir le seuil minimum des pensions de retraite, 620 millions pour la scolarisation des enfants des familles démunis, 160 millions au profit de 40000 femmes divorcées dans le cadre du fonds pour la solidarité sociale, 2 milliards pour lutter contre les effets de la sécheresse, etc. » En 2013, le gouvernement va poursuivre le ciblage des couches les plus pauvres de la population, lancer de grands chantiers (réforme de la fiscalité, des retraites et de la caisse de compensation) et compte ramener le déficit budgétaire aux alentours de 5 %.

PASCAL AIRAULT, envoyé spécial

N

«

ous sommes condamnés à réussir », veut (se) convaincre Mustapha Khalfi, le ministre de la Communication. À 39 ans, le cadet de l’équipe du Parti de la justice et du développement (PJD,àréférentielislamiste),égalementporte-parole du gouvernement, est un adepte de la méthode Coué. Ses propos sont aussi un aveu implicite de la difficulté de la tâche. Un an après les élections législatives du 25 novembre 2011, qui les ont portés au pouvoir, les islamistes sont pour le moment encore loin de tenir leurs promesses, à savoir une croissance de 7 % (elle n’atteindra même pas les JEUNE AFRIQUE

! ABDELILAH BENKIRANE ouvrait (le 14 juillet, à Rabat) le 7e congrès du Parti de la justice et du développement, dont il a été réélu haut la main secrétaire général.

À PETITES DOSES. Du côté des chefs d’entreprise, dont certains ont pris fait et cause en 2011 pour le « parti de la lanterne » plus par ras-le-bol de la corruption et de l’affairisme que par conviction, les critiques se font de plus en plus vives. « On ne doute pas de la bonne foi de leurs intentions, indique un patron de Casablanca. Mais ils font preuve d’inexpérience et d’incompétence dans la conduite des politiques publiques. » Et de citer le projet de loi de finances qui prévoit d’imposer toutes les sociétés qui font plus de 200 000 DH de bénéfices. « Cela touche des PME qui sont en phase d’investissement, ajoute l’entrepreneur. Il existe d’autres moyens de ponctionner les riches, comme les taxes sur les résidences secondaires ou les grosses cylindrées… » Même son de cloche concernant la taxe de solidarité de 3 % pour les salaires supérieurs à 25 000 DH. Cela touche la classe moyenne citadine, qui, une fois le loyer, les frais de santé et de scolarité payés, ne roule pas forcément sur l’or. Sans réelles idées neuves, les islamistes collent à la vision de développement socioéconomique du cabinet royal en essayant d’amadouer un libéralisme qui creuse les inégalités. D’où leur projet N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Le Plus de J.A. Maroc de redistribution des richesses et leur volonté d’injecter une petite dose de protectionnisme. Mais, pour nombre d’experts, ces politiques sont difficilement applicables dans une économie de marché. Au niveau de l’administration, la gouvernance du PJD crée aussi des tensions. Certains hauts fonctionnaires sont frustrés de la remise en question systématique des politiques passées. « Rabat est à l’arrêt, justifie l’un d’eux. On se demande quelle est l’orientation de fond, la capacité de programmation et de préparation des dossiers du gouvernement. » Contrairement à leurs prédécesseurs, les ministres du PJD ne font pas ou très peu appel aux cabinets de consulting et de stratégie. Un problème de confiance avec ce qui vient de l’extérieur et la volonté de faire par eux-mêmes. Le processus de décision semble également assez long. Sur les vingt lois organiques prévues dans le cadre de la nouvelle Constitution, la plupart n’ont pas encore été soumises au Parlement – et seules trois ont été adoptées.

Le changement en quatre temps 1er juillet 2011 Adoption par référendum de la nouvelle Constitution 25 novembre 2011 Législatives. Le PJD remporte 107 sièges sur 395 à la Chambre des représentants 29 novembre 2011 Abdelilah Benkirane, leader du PJD, est nommé chef du gouvernement par Mohammed VI 3 janvier 2012 Formation du gouvernement

l’engagement de la réforme de la Caisse de compensation, l’aide visant à améliorer la compétitivité des entreprises, le soutien à l’exportation, la formation professionnelle, etc. Mais l’opposition spécule déjà, elle, sur la durée de vie du gouvernement. Théoriquement, selon la nouvelle Constitution, le roi ne peut renvoyer le chef du gouvernement. Si Benkirane doit tomber, ce sont ses partenaires qui devront le faire choir. Et en l’occurrence Hamid Chabat, son principal allié (lire pp. 96-97), ne lui facilite pas la tâche. Depuis son élection à la tête de l’Istiqlal, il ne cesse de faire pression pour un remaniement ministériel et rivalise dans le discours réformateur et populiste. Il a même préparé un mémorandum pour corriger la gestion gouvernementale, dont il compte discuter avec les autres composantes de la majorité. PEUPLE CONTRE BOURGEOISIE. Pour l’instant,

Benkirane reste inflexible et mise sur sa popularité, encore forte. Ses interventions télévisées sont largement suivies, même si le leader a tendance à en abuser. Il exige que ses discours passent PRESSIONS. Chez leurs adversaires politiques, dans leur intégralité, et peu importe s’ils sont les critiques sont bien plus vives. « Cette équipe beaucoup plus longs que ceux du roi. Attaqué n’arrive pas à délivrer ses projets et joue de démarécemment par ses adversaires au Parlement, gogie », indique Salaheddine Mezouar, président il n’a pas hésité à rappeler le rapport des forces. « S’il y a un doute, sortez avec moi dans la rue ! » du Rassemblement national des indépendants a-t-il proposé aux députés de (RNI). D’autres dénoncent les déclarations du chef du gouvernement évoquant « les démons et l’opposition. Ses conseillers lui « Cette équipe n’arrive les crocodiles » qui entravent la bonne marche de suggèrent pourtant une posture pas à délivrer ses projets son action. « Avec leurs propos, les islamistes se plus consensuelle s’il ne veut et joue de démagogie. » mettent à dos les syndicats. Ils utilisent aussi la perdre, à terme, de son crédit. Il continue aussi de jouer, dans religion pour restreindre les libertés », se plaint, SALAHEDDINE MEZOUAR, président pour sa part, un ancien ministre socialiste. ses discours, le peuple contre du Rassemblement national des indépendants (RNI) Pour le PJD, toutes ces critiques n’ont pas lieu la bourgeoisie. « La réalité d’être. Les cadres du parti soulignent les progrès de la société marocaine, ce n’est pas l’avenue Mohammed-V, rappelle l’un de ses proches. C’est accomplis sur le chemin de la transparence et établir des contacts avec la population. » Dans la de la bonne gouvernance avec, notamment, la publication des agréments, la facilitation du trapratique, il prône de plus en plus la concertation avec les corps intermédiaires de la société. vail de la Cour des comptes, dont les dossiers sont directement transmis à la justice, ou encore Du côté du Palais, on ne critique pas officiellement la gouvernance du PJD. Les islamistes renouvellent régulièrement les gestes d’allégeance et veulent mettre leur parti au service du roi. On a UN « NOUVEAU » ROI POPULAIRE aussi tout intérêt à ce que le gouvernement réussisse UN PETIT DOUAR de la région université polytechnique qui à faire passer les mesures impopulaires comme de Benguerir, mi-novembre. accueillera 12000 étudiants la réforme de la Caisse de compensation ou celle Brahim reçoit sa famille de et 1000 chercheurs. « Sous des retraites – deux bombes sociales –, mais on Casablanca. La discussion Hassan II, le Maroc s’arrêtait conserve la main sur les questions de sécurité, tourne vite autour de la visite à Settat [la ville de de diplomatie, et sur les grands projets de l’État. royale dans la région, que les l’ex-tout-puissant ministre de Début octobre, la tournée du roi, à la tête d’une paysans du village n’ont pas l’Intérieur, Driss Basri, NDLR], imposante délégation de 300 personnes, dans voulu rater. Mohammed VI a indique l’hôte. Aujourd’hui, les pays du Golfe (lire pp. 109-110) a relégué les inauguré récemment plusieurs le “nouveau” roi promeut ministres au rôle de figurants. Et quand le gouprojets de la Ville verte à le développement partout. vernement cherche à passer en force pour revoir Benguerir. Ce pôle urbain de C’est lui qui a fait installer le cahier des charges des télévisions publiques, 1700 ha va se doter de l’électricité dans les villages les conseillers royaux imposent les recadrages nouvelles infrastructures des alentours en 2003. » ● nécessaires. Benkirane serait-il en gouvernance socioéconomiques, dont une surveillée ? ● P.A. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Le Plus de J.A. Maroc POLITIQUE

Un duo bien singulier

Entre Abdelilah Benkirane et Hamid Chabat, la guerre des ego est déclarée. Tout alliés soient-ils au sein de la coalition au pouvoir, le patron du PJD et celui de l’Istiqlal ne semblent pas près de se rabibocher. Bien au contraire.

L

e premier, leader du Parti de la justice et du développement (PJD), dirige le gouvernement depuis un an. Le second, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM), a, il y a trois mois, arraché de haute lutte la direction de l’Istiqlal, principale composante de la coalition gouvernementale. Abdelilah Benkirane et Hamid Chabat sont donc des alliés. Mais leurs querelles ont tendance à dominer la scène politique. En principe, trois partis forment l’opposition, le Parti Authenticité et Modernité (PAM), l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Rassemblement national des indépendants (RNI), mais ne mènent aucune action concertée contre le gouvernement. En réalité, l’opposition, c’est Hamid Chabat qui l’incarne et l’entretient chaque jour. Dès son ascension spectaculaire au sommet de l’Istiqlal, le 23 septembre, il a réclamé à cor et à cri un remaniement du gouvernement, souhaitant que son parti y ait une meilleure place et, accessoirement, pour en écarter certains de ses représentants, dont Nizar Baraka, le ministre des Finances, qui avait mal voté dans la bataille pour la direction. Benkirane a tenu bon. Lors d’une rencontre, il a lancé à son incommode partenaire qu’il pouvait toujours se retirer de la coalition : « La terre de Dieu est vaste. » La polémique s’est atténuée un moment. Mais ce n’est que partie remise. Tôt ou tard, les chamailleries vont reprendre. COÉPOUSES. Taoufiq Bouachrine, dans le

quotidienAkhbarAlYoum,compareleduo « à deux coépouses sous le même toit ». Bien vu. À coup sûr, la guerre des ego est allumée et elle n’est pas près de s’éteindre. Profils croisés des deux belligérants. Abdelilah Benkirane et Hamid Chabat ont des itinéraires contrastés, mais aussi des traits communs qui exacerbent leur antagonisme plutôt qu’ils ne l’atténuent. Le premier est né à Rabat, en avril 1954, dans une famille de modestes commerçants. Le second a vu le jour en août 1953 à Taza, non loin de Fès. À l’âge de 16 ans, N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

il gagne la capitale spirituelle pour fréquenter une école professionnelle qui le destine au métier de tourneur. De son côté, Benkirane passe le bac et poursuit des études de physique. C’est à l’usine, la Société des industries mécaniques et électriques de Fès (Simef), dans un âpre et périlleux combat, que Chabat a gagné ses galons et réussit à fonder une section de l’UGTM avant de s’élever, de proche en proche, jusqu’au secrétariat général. Benkirane, lui, a fait ses classes politiques dans les rangs de la Chabiba Ittihadia (Jeunesse USFP) avec Driss Lachgar, député socialiste de Rabat, élu le 16 décembre dernier à la tête de l’USFP). C’est parce qu’il n’a pas supporté, paraît-il, que ses camarades « déjeûneurs » prennent des libertés avec la religion pendant le ramadan qu’il a troqué la Chabiba Ittihadia contre la Chabiba Islamiya. S’agissant de la confrontation avec le pouvoir et du recours à la violence, l’islamiste et le syndicaliste n’ont pas été épargnés par la répression et ont finalement fait des choix concordants. Benkirane s’est vite rendu compte qu’il faisait fausse route, surtout lorsque la Chabiba Islamiya, dominée par AbdelkrimMotie,acommanditél’assassinat du leader socialiste Omar Benjelloun, en décembre 1975. Il optemalgréluipourlelégalismeà tous crins et se démène pour faire accepter son parti sur l’échiquier politique. Chabat s’est aussi retrouvé plus d’une fois au cœur de la tourmente, en particulier en décembre 1990, lorsque la grève générale a tourné à l’émeute. Accusé d’avoir provoqué « l’incendie de Fès », il a dû passer à la clandestinité en attendant des jours meilleurs. Au cours des dernières années de son règne, Hassan II prend une option sérieusesurladémocratie.C’estauprèsdu suffrage universel que nos deux hommes, chacun de son côté, cherchent audience et légitimité. La même année, en 1997, ils font leur entrée au Parlement. Député

de Salé, Benkirane sera réélu régulièrement. Chabat siège d’abord à la Chambre des conseillers, avant d’être élu député (en 2002) et maire de Fès (en 2003). Ils sont loin cependant de mener leurs campagnes électorales respectives de la même manière.

JEUNE AFRIQUE

L’alternance à pas feutrés COUSINS, COUSINES. L’islamiste s’appuie très classiquement sur les groupes de base et organisations annexes (jeunesse, femmes, professions libérales, etc.). Ses meetings sont dûment enregistrés sur vidéo et aussitôt diffusés sur le site du PJD. Le syndicaliste, lui, outre les moyens du parti, table sur des réseaux qui ne dépendent que de lui. Ainsi, à Fès, qui souffre de l’absence de parkings, les rues affectées au stationnement sont exploitées par des hommes choisis par la mairie, qui sont autant d’agents électoraux. Autre originalité du leader istiqlalien : son épouse – et cousine –, Fatima Tarik, joue un rôle majeur dans son ascension.

Au cours des heures sombres, elle était à il aspire à conquérir le gouvernement. ses côtés, n’hésitant pas à tenir tête à la Pour le moment, il n’est pas question police. Lors des élections, elle n’a pas son que son vénérable parti serve, dans la pareil pour rameuter les familles, y comcoalition dirigée par le PJD, de force pris pour son propre compte puisqu’elled’appoint. Il veut obtenir un réaménamême siège, depuis 2002, au Parlement. gement du gouvernement pour y placer Benkirane a également épousé une des hommes (et des femmes) à sa main cousine, qui, assurent ses proches, joue et, demain, à l’occasion d’élections (de un rôle essentiel auprès de son mari. Un rôle qui, par la L’islamiste s’évertue à se maintenir force des choses islamistes, au pouvoir. Le syndicaliste se pose se doit de rester discret. Après sa nomination à la tête en challengeur pressé. du gouvernement, l’hebdomadaire Al Ayam avait consacré un préférence anticipées), modifier le rapreportage glamour à la famille Benkirane. port des forces avec le PJD. Les Marocains avaient apprécié. Pas les Dans cette guerre déclarée, Benkirane islamistes. À la même époque, on a pu voir dispose d’un atout : sa popularité, Mme Benkirane sur une chaîne arabe, une demeurée intacte. Les Marocains le créinitiative restée sans lendemain. ditent de bonne volonté. Ce sont « les autres » (« les démons et les crocodiles », TALENT PARTAGÉ. Une dernière comme il dit) qui lui mettent des bâtons touche pour évoquer une quadans les roues. À l’adresse de l’opposilité que Benkirane et Chabat tion, qui dénonçait la modicité de ses ont en partage : tous deux réalisations, il s’est écrié : « Ce n’est pas en un an que nous pouvons accomplir sont d’excellents orales réformes nécessaires. J’agis à mon teurs. Ils savent tenir rythme, je réussirai ou j’échouerai à une salle, gagner sa mon rythme ! » sympathie, provoquer son indignation ou son C’est compter sans Hamid Chabat, adhésion et, surtout, la qui a son idée sur le rythme et le temps. faire rire aux dépens de Et a visiblement décidé de bousculer le leur adversaire. Leurs chef du gouvernement. Il a même lancé prestations sont de une offensive en forme d’opération de véritables shows. déstabilisation. Après avoir longtemps Parlant devant les anciens d’une presprêché dans les mosquées, tigieuse grande école française réunis fin Benkirane est devenu un novembre dans un palace de Casablanca, tribun exceptionnel. S’il il a accusé le gouvernement de « n’avoir n’a pas la science islapas pris la mesure des prérogatives que mique, Chabat n’est pas lui donne la nouvelle Constitution » et en reste. L’ancien tourde « ne pas être à la hauteur des défis neur n’est pas inculte qui attendent le pays ». Puis d’égrener comme on le dit. Il les griefs : « confrontation dangereuse s’exprime dans un avec le patronat », « gel du dialogue arabe précis et effisocial », « marginalisation des femmes » cace, truffant ses proet, surtout, « incompétence ». Le leader istiqlalien était flanqué de pos de versets et hadiths. Ce talent partagé ne leur plusieurs grosses têtes du parti : Adil sera pas de trop pour atteindre Douiri, Karim Ghellab, Yasmina Baddou, leurs objectifs opposés. Taoufiq Hejira… « Une dream team, en L’islamiste fait tout embuscade », prête à prendre la relève, pour se maintenir à la comme l’écrit Fahd Yata dans l’hebdotête du gouvernement. madaire La Nouvelle Tribune. Que va-t-il Le syndicaliste se pose se passer maintenant ? Chabat a appelé en challengeur pressé. de ses vœux la chute du gouvernement. Ayant conquis l’Istiqlal, Il peut lui mener la vie dure, mais il ne peut pas l’abattre. La décision est entre les mains du roi. Heureusement ? ● ! LES TRIBUNS DE LA PLÈBE,

JEUNE AFRIQUE

version 2012.

HAMID BARRADA, envoyé spécial N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

97

98

Le Plus de J.A. Maroc

TRIBUNE

Opinions & éditoriaaux

La bonne santé diplomatique de Rabat

A TALAL SALAHDINE Directeur stratégie et communication au sein du think-tank marocain Institut Amadeus

vant de rejoindre le cabinet royal, il y a près de un an,Taïeb Fassi Fihri, ministre des Affaires étrangères du royaume, laissait à son successeur, Saadeddine El Othmani, un précieux legs en guise de cadeau de bienvenue: un mandat de deux ans (2012-2014) en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Un siège remporté haut la main puisque le Maroc avait été élu dès le premier tour avec une majorité écrasante de 153 voix à l’issue du vote des 193 États membres, soit bien plus que les deux tiers requis.

L’Union africaine (dont le Maroc, par ailleurs membre fondateur de l’OUA, ne fait plus partie depuis qu’y a été admise, en 1984, la République arabe sahraouie démocratique, RASD) avait avalisé les candidatures duTogo et de la Mauritanie… sans réel impact au final puisque nombre de pays africains n’ont pas hésité à voter pour le Maroc. Une belle victoire, sachant que, dans l’esprit de tous, la question du Sahara occidental, priorité absolue au Maroc, reste avant tout une affaire africaine. Et un

le Maroc, au contraire de certains autres pays arabes, a toujours privilégié un règlement politique du conflit. En accueillant à Marrakech la dernière réunion du groupe, la diplomatie marocaine a ainsi voulu œuvrer pour renforcer la légitimité de la nouvelle coalition nationale et faire de cette alliance élargie, formée à la suite de la conférence de Doha de novembre, un interlocuteur crédible et véritable représentant légitime du peuple syrien. Sur le Sahel, les enjeux sont tout aussi cruciaux. Si le Maroc ne fait pas partie à proprement parler des pays dits « du champ », il se trouve néanmoins au premier rang des pays concernés par la crise malienne. Au sein de l’Institut Amadeus, nous avions bien en amont (essentiellement via les précédentes éditions du forum MEDays) alerté l’opinion internationale face aux risques d’embrasement dans une région caractérisée par les trafics d’armes et de drogues, des frontières poreuses et un sédentarisme inquiétant de groupes terroristes, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en tête. Là encore, la diplomatie marocaine opte pour le dialogue et la voie difficile de la négociation, en se positionnant très rapidement comme l’un des soutiens solides aux initiatives entreprises par la Cedeao ainsi qu’à la médiation menée par le Burkina Faso entre les autorités maliennes, le MNLA et les groupes islamistes armés du Nord, certains sous l’emprise d’Aqmi. Très sensible à la question de l’intégrité territoriale, Rabat se montre très naturellement intransigeant quant à l’unité du Mali.

Très sensible à la question de l’intégrité territoriale, Rabat se montre naturellement intransigeant quant à l’unité du Mali. retour au premier plan pour la diplomatie marocaine, désormais pleinement engagée, sous l’égide de l’actuel ministre, sur deux crises majeures: la Syrie et le Sahel. Membre de la première heure du groupe des Amis de la Syrie, lors de la réunion de février 2012 à Tunis, Rabat a, dès les premières semaines de son mandat onusien, présenté une résolution en quatre points jugés essentiels sur le dossier syrien: obtenir l’arrêt immédiat de toutes les violences, aider à une transition pacifique répondant aux aspirations du peuple syrien, maintenir la souveraineté de la Syrie et de son intégrité territoriale et, surtout, exclure toute intervention militaire extérieure. Une dernière option qui paraît désormais inévitable au regard de l’escalade de la violence, au grand dam des officiels marocains. En effet, acteur majeur de la mission arabe d’observation en Syrie, puis de celle des Nations unies, N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Au Conseil de sécurité, le Maroc est aussi actif sur d’autres fronts : Gaza (perpétuant ainsi la longue tradition du royaume chérifien à apporter un soutien indéfectible à la cause palestinienne), mais aussi la RD Congo. Opération séduction, donc, pour la diplomatie marocaine à NewYork. Avec, sans aucun doute, l’ambition à peine voilée, à la suite de ce mandat, de faire davantage pencher l’entité onusienne vers la proposition d’autonomie des provinces du Sud présentée par Rabat dans le cadre d’un règlement définitif du conflit du Sahara. ● JEUNE AFRIQUE

L’ÉVASION C’EST MAINTENANT

Le Plus de J.A. Maroc PORTRAITS

De parole et d’image

Politiciennes aguerries, businesswoman débutante et artiste engagée… Zoom sur quatre battantes, qui ne sont pas toujours là où on les attend.

ABDELHAK SENNA/AFP

100

Bassima Hakkaoui Ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social

Seule et fière de l’être

D

epuis janvier 2012, l’unique femme du gouvernement de Benkirane prend beaucoup de coups. Du temps où elle était simple députée du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste), elle en rendait beaucoup. Un goût de la castagne acquis au sein de la Jamaa Islamiya, ancêtre du PJD, lorsqu’elle était étudiante à l’université Mohammed-V N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

de Rabat. Élue en 2002, réélue en 2007 et en 2011, Bassima Hakkaoui, 52 ans, s’est distinguée au Parlement par son sérieux. Elle a aussi beaucoup croisé le fer avec les féministes au moment du « plan d’action pour la femme », première tentative de réformer le code de la famille sous le gouvernement d’Abderrahmane Youssoufi, avant de se plier, comme tous

ses frères islamistes, à l’arbitrage royal, en 2004. Son foulard très strict et sa djellaba – « à 400 dirhams » (35 euros), persiflent ses détracteurs – lui ont valu bien des railleries le jour de sa nomination au gouvernement. Mais l’enseignante, diplômée en psychologie sociale, s’en moque. Elle cultive sa fibre populaire. ● YOUSSEF AÏT AKDIM JEUNE AFRIQUE

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Le Plus de J.A. Maroc

102

Nabila Mounib Secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU)

Gauche dure et gants de velours

C

HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

omme un pied de nez à la présence minimale de la gent féminine au gouvernement, Nabila Mounib a été élue à la tête du Parti socialiste unifié (PSU) en janvier 2012. Une première pour cette formation héritière du mouvement marxiste-léniniste et refuge des déçus de la gauche de gouvernement. Professeur de biologie à l’université Hassan-II de Casablanca et militante du Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESup), Mounib défend les positions radicales du PSU, dont le boycott du référendum constitutionnel, puis celui des législatives, en 2011. En jeans et baskets ou en version glam à la une des magazines féminins, elle s’impose logiquement comme l’égérie de cette « nouvelle gauche » marocaine. Celle qui dit non. Au risque de ne pas être entendue quand elle défend la monarchie parlementaire ou la laïcité. ● Y.A.A.

Kenza Bennis Fondatrice de Fronesis et Blooming Box

Sois belle et lance-toi

A

SAMY EL MEKKAOUI POUR J.A.

près avoir touché à la diplomatie lors d’un stage à l’ONU en 2006, titulaire d’un master en finance de l’EMLyon BusinessSchool,enFrance,etd’unMBAde l’universitéJiaotongdeShanghai,enChine – où elle aura le déclic –, Kenza Bennis (27 ans) rumine son idée de start-up tout en travaillant pour une banque d’investissement marocaine. En octobre 2011, elle crée sa société, Fronesis, pour lancer Blooming Box, la première boutique en ligne marocaine spécialisée dans les produits cosmétiques et basée sur les souscriptions. En mars 2012, pour la Journée de la femme, des coffrets beauté sont envoyés en avant-première à 200 VIP. Le concept fait mouche. Les abonnements aux box découverte mensuelles suivent. Pour compléter le dispositif, la boutique en ligne a ouvert en novembre, avec déjà douze marques haut de gamme. Et l’envie, pour Kenza, de faire fleurir d’autres e-projets. Elle sait que la pente de l’entrepreneuriat est ardue, mais pressent que l’autoroute de l’internet est droite et prometteuse. ● Y.A.A.

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

JEUNE AFRIQUE

Fatym Layachi Actrice

À son corps défendant

E

lle s’élève contre toutes les entraves à la création. À commencer par l’autocensure. Révélée au cinéma en 2005 dans Marock, de Laïla Marrakchi, une bluette qui fit grand bruit dans le royaume pour avoir été la cible des islamistes de tout poil, Fatym Layachi, 29 ans, semble abonnée aux créations iconoclastes. L’an dernier, dans Un film, une production à petit budget de Mohamed Achaour, elle campe l’épouse d’un réalisateur paumé. Une mise en abyme dont le langage et certaines scènes ont valu au film un retrait des salles quatre jours après sa sortie. Membre du collectif Culture libre, créé en février, et en réaction à « l’art propre » prôné par les islamistes du PJD, la comédienne a posé en mai pour une photo choc, allongée dans une décharge publique de Casablanca. Depuis sa sortie fin novembre dans les salles marocaines, le film de Lahcen Zinoun, Femme écrite, une invitation à explorer la symbolique du corps tatoué en pays amazigh, où elle incarne le premier rôle féminin, vaut encore une fois à Fatym Layachi bien des critiques. Et des milliers de coups de chapeau. ●

HASSAN OUAZZANI POUR J.A.

Y.A.A.

JEUNE AFRIQUE

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Le Plus de J.A. Maroc ÉCONOMIE

Vivement demain

Hausse de l’inflation, creusement de la dette, déficit de la balance extérieure… L’état des finances publiques n’est guère réjouissant.

L

économie marocaine va-t-elle sortir de la zone de turbulences ? Les avis sont partagés. En octobre, l’agence de notation Standard & Poor’s a révisé à la baisse les perspectives du royaume. La croissance pour cette année 2012 n’atteindra vraisemblablement pas 3 %, en raison notamment des prix élevés du pétrole. La hausse des cours a alimenté le déficit du compte courant à plus de 7 % du PIB, et les réserves de change sont passées de 7,1 mois d’importation en 2009 à seulement 4,1 mois aujourd’hui. Mais ce n’est pas la seule raison. La récession dans la zone euro s’est traduite par une baisse des commandes industrielles, une stagnation des recettes touristiques et un ralentissement de la croissance des transferts d’argent de la diaspora, qui devrait s’établir à quelque 4 % en 2012 et en 2013, contre 7,3 % en 2011. Sans compter la mauvaise saison agricole due à la sécheresse, qui a fait reculer la production céréalière de 42,8 %. BARAKA. Personne ne remet en question ces résultats. Pourtant, l’agence de notation internationale Fitch Ratings préfère

! Les grands groupes continuent d’attirer des sous-traitants dans leur sillage, comme SUR L’AÉROPÔLE DE NOUACEUR (près de Casablanca).

se projeter vers l’avenir pour évaluer les perspectives de l’économie du royaume. Et, selon Fitch, la baraka pourrait bien être de retour assez rapidement. En octobre et en novembre, les pluies se sont abattues sur le royaume, au grand

retenues dans le projet de loi de finances 2013, la valeur ajoutée agricole devrait progresser de 5 % en 2013, après une baisse de 5,8 % en 2012. Toutes les filières, des céréales à l’élevage, en passant par les cultures maraîchères et l’arboriculture, devraient en profiter. Outre l’agriculture, la Avec des charges sociales et un relance de la croissance coût du travail élevés pour un pays du PIB marocain en 2013 émergent, difficile d’être attractif. – attendue à 4,5 % selon les prévisions du ministère de bonheur des producteurs. « La nouvelle l’Économie et à 5,5 % selon celles du Fonds campagne agricole démarre dans des monétaire international (FMI) – devrait conditions climatiques favorables », a être tirée par un début de reprise dans expliqué le ministre de l’Agriculture, la zone euro, par les grands chantiers Aziz Akhannouch, devant la Chambre d’infrastructures et par une progression des représentants. D’après les hypothèses de 15 % des flux entrants d’investissements

Déséquilibres persistants, mais relance amorcée

PETITE AMÉLIORATION

POINTS NOIRS l’inflation (en % du PIB) 0,9% 2011

2,2% 2012

2,5% 2013

la dette nette de l’État (en % du PIB) 57,67%

58,51%

2012

2013

53,93% 2011

la balance des échanges extérieurs (en % du PIB) -14,1% 2011

CROISSANCE REDYNAMISÉE

du déficit budgétaire courant -5,39% -8,04% 2011

-7,85% 2012

2013

du taux de chômage (en % de la pop. active) 8,9% 2011

8,8% 2012

8,7% 2013

-16,3%

34,63%

2012

2013

2011

+5%

+4,9%

+4,4% 2011

2012

de la demande mondiale +5,8% 2011

+2% 2012

2013

+4% 2013

de la consommation des ménages

de l’investissement (en % du PIB)

-16,3%

des activités secondaires et tertiaires

35,02%

35,10%

2012

2013

+7,4% 2011

+2,3% 2012

+4,5% 2013

Prévisions pour 2012 - Estimations pour 2013 N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

JEUNE AFRIQUE

SOURCES : FMI - MINEFI - HAUT-COMMISSARIAT AU PLAN (HCP)

104

L’alternance à pas feutrés

105

Le pays tire son épingle du jeu au sein de l’Union du Maghreb arabe PIB

INVEST. DIRECTS ÉTRANGERS (IDE)

En milliards de dollars, en 2012

Flux entrants, en millions de dollars, en 2011

206,5

Maroc

97,2

Libye

Libye NC

4,1

CLIMAT DES AFFAIRES

Rang sur 185 pays classés, en 2012

En % du PIB, en 2012

Libye

LUDOVIC/REA

directs étrangers (IDE) – qui avaient déjà enregistré une poussée de croissance de 60 % en 2011. Fitch Ratings prévoit par ailleurs une reprise des exportations et une amélioration progressive du déficit

1 143

Mauritanie 45

CROISSANCE

Maroc

2 519

Tunisie

44,7

121,9

Mauritanie

2 571

Maroc

85,1

Tunisie Mauritanie

Algérie

5,3

2,9

Tunisie

2,7

Algérie

2,6

du compte courant, principalement en raison des prix plus modérés du pétrole (estimés à 100 dollars [76,50 euros] le baril en 2013 et en 2014, contre 110 en 2012). Et si le gouvernement parvient à

Tunisie Maroc Algérie Mauritanie

50

97 152 167

Libye NC

faire avancer la réforme de la Caisse de compensation, le déficit budgétaire devrait se réduire à terme. Pour faire face à un éventuel retournement de conjoncture, les autorités marocaines ont obtenu une ● ● ●

SOURCES : FMI - BANQUE MONDIALE-CNUCED

Algérie

106

Le Plus de J.A. Maroc ● ● ● ligne de crédit du FMI d’une valeur de 6,2 milliards de dollars sur deux ans, qu’elles ne comptent utiliser qu’en cas de dépréciation extrême de l’économie.

L’OUVERTURE. Le Maroc est historique-

ment très lié à l’économie européenne. La crise actuelle montre la nécessité de poursuivre, parallèlement à la diversification sectorielle, l’expansion des activités de sesentreprisesenAfriqueetl’ouvertureaux capitaux – et aux marchés – du Golfe (lire pp.109-110).L’objectifestd’attirerdegrands groupes comme Safran, EADS et, désormais, Bombardier, qui créent dans leur sillage une multitude d’opportunités pour des sous-traitants comme l’équipementier français Ratier-Figeac (racheté en 1998 par le conglomérat United Technologies Corporation), qui a inauguré sa première filiale à l’étranger fin septembre sur l’aéropôle de Nouaceur, près de Casablanca. Mais pour être vraiment attractif, le royaume doit gagner en compétitivité. Le coût du travail et les charges sociales sont élevéspourunpaysémergent,l’acquisition

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Retour à la hausse PIB

(En milliards de dollars, en prix courants)

CROISSANCE

(Variation du PIB, en %, en prix constants)

90,9

90,8

99,3

97,2

103,3 5,5

4,9

4,9

3,7 2,9 2009

2010

2011

2012

2013

Prévisions pour 2012 - Estimations pour 2013

de foncier complexe et onéreuse. Dans beaucoup de domaines, des réformes sont engagées, qui nécessiteront un consensus national des acteurs politiques, des syndicats et de la société civile. Il faudra notamment accélérer la modernisation agricole, avec la mise en place de pôles

agro-industriels, et mettre en œuvre la difficile réforme des retraites, dont l’architecture est presque bouclée. Celle-ci prévoit un régime de base par annuité et un régime complémentaire, leur part variant selon le statut du salarié (public, privé ou indépendant). BIEN-ÊTRE. L’avenir n’est donc pas si

sombre, à condition d’engager des politiques volontaristes tout en redonnant confiance aux populations. Pour l’instant, la perception par les Marocains de leur bien-être ne cesse de s’éroder. Selon la dernière note de conjoncture du HautCommissariat au plan (HCP), l’indicateur de confiance des ménages est en baisse de neuf points depuis un an. Ces derniers sont pessimistes concernant l’emploi, l’endettement, le niveau de vie. Ils doutent de leur capacité à pouvoir épargner dans le court terme. Les perspectives d’embellie n’ont visiblement pas encore été prises en compte par le commun des Marocains. ● PASCAL AIRAULT

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ABDELHAK SENNA/AFP

L’alternance à pas feutrés

! MOHAMMED VI ET HAMAD IBN KHALIFA AL THANI, l’émir du Qatar.

INTERNATIONAL

Un mariage de raison

Le royaume chérifien est en train de sceller une union d’intérêt avec les monarchies du Golfe. Pour les uns comme pour les autres, c’est aussi une question de stabilité.

«

C

e sont eux qui sont venus nous faire la cour, rappelle un diplomate marocain. Onaacceptél’union,mais à condition de signer un partenariat stratégique. » C’est dans le contexte des révolutions arabes, au début de 2011, que les six États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG, Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Oman, Qatar) ont proposé au Maroc et à la Jordanie d’intégrer leur organisation. À l’époque, inquiets de la propagation du Printemps arabe, les émirats pétroliers souhaitaient renforcer la solidarité entre monarchies arabes. Ils cherchaient aussi à avoir accès

au savoir-faire du royaume marocain en matière de coopération politique et militaire, un allié moins compromettant médiatiquement que les États-Unis. Dix-huit mois plus tard, le souffle printanier retombé, la proposition d’adhésion faite aux royaumes du Maroc et de Jordanie, objet de divergences entre les membres du Conseil, a finalement été retirée, les pays du CCG préférant d’abord renforcer la coopération et le partenariat stratégique avec les deux pays par la création d’un fonds du Golfe pour le développement. Au Maroc, ce cadre prévoit notamment un fonds de soutien de 5 milliards de dollars (plus

de 3,8 milliards d’euros) sur cinq ans, sous forme de dons. Une manne plus que bienvenue en temps de crise. « BANKABLE ». Du 15 au 24 octobre 2012, Mohammed VI a effectué une tournée afin de présenter aux dirigeants saoudiens, émiratis, koweïtiens et qataris vingt-cinq grands projets en matière d’infrastructures, d’agriculture, de transport, de logement, de santé et d’éducation. Mais le souverain marocain cherche aussi des relais de croissance pour compenser les effets de la récession en Europe, premier partenaire du royaume. Avec quelque 45 millions de consommateurs, le marché du Golfe représente des débouchés pour les agro-industries nationales et de nouvelles sources d’investissement. Pour l’instant, en raison de ses achats en hydrocarbures, la balance commerciale entre le royaume chérifien et les pays du CCG est fortement déficitaire pour ● ● ●

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Le Plus de J.A. Maroc recherchent un retour sur investissement pris une part majoritaire dans le capital le Maroc – 29 milliards de dirhams de l’Union marocaine des banques, et la et négocient leurs avantages fiscaux. (DH, 2,6 milliards d’euros) d’importaQatar International Islamic Bank prévoit « C’est fini le temps où les tions, contre seulement 1 milliard d’implanter deux banques islamiques au de DH d’exportations –, mais le pays du Golfe jetaient Les Maroc, dès que les premières autorisal’argent par les fenêtres pays compte bien inverser la l’ar investissements et venaient profiter des tions seront accordées – a priori, à partir tendance. directs en provenance douceursduroyaume, de l’automne 2013, selon le ministre de La délégation marodes pays du Golfe ont explique Brahim Finances. caine qui accompagnait augmenté de Fassi Fihri, préMohammed VI lors de sident du think-tank MAIN-FORTE. L’autre retour sur investissa tournée dans le Golfe, Institut Amadeus. Ils sements attendu, voire privilégié, par les composée de conseillers en 2011 pour atteindre sont très soucieux de pays du Golfe, est celui de la coopération royaux et de membres du 7 milliards de DH gouvernement, a fait valoir leurs placements et sécuritaire. « Ce qui les intéresse, c’est le (628 millions d’euros) l’attractivité de l’économie des bénéfices qu’ils leur l’armée marocaine », explique un officier ie de marocaine dans les nouprocurent. » du royaume, rappelant qu’en son temps, procur dont velles technologies, les à la fin des années 1970, Hassan II avait Les Émirats arabes unis 4,5 milliards de sont les premiers investisdépêché auprès du cheikh Zayed l’un de énergiesrenouvelables, DH des Émirats ats ses plus fidèles collaborateurs, le général seurs arabes au Maroc, l’industrie (agroalise arabes uniss et Laanigri, pour veiller personnellement à mentaire, chimique, notamment via le Fonds (+ 71 %) 1,6 milliard aéronautique, automod’Abou Dhabi pour le l’organisation de son service de sécurité et d’Arabie bile, pharmaceutique…), développement, qui au renforcement de ses unités militaires. saoudite la banque et la finance. contribue au financeLe Printemps arabe a remis sur le devant (+ 200 %) ment d’une trentaine de de la scène cette utilité du royaume. En Si les investissements des pétromonarchies ont forteeprojets, dont la construccas de crise grave dans un des pays du pr Dans le ment augmenté ces dertion du Train à grande vitesse ti Golfe, les militaires du royaume pourmême temps, les raient discrètement prêter main-forte nières années, ils restent (TGV)Tanger-Casablanca,le IDE en provenance de au maintien des régimes en place. « On encore essentiellement développement du port de France, premier cantonnés à l’immoTanger-Med et la construccoopère déjà beaucoup en matière de investisseur, ont chuté de bilier et au tourisme, tion de la rocade autorousécurité et de renseignement », avoue notammentaveclesémitière méditerranéenne. Ils un ministre marocain, soulignant que à 8,5 milliards de DH Mohamed Yassine Mansouri, le patron ratis Al Qudra Holding, sont suivis par Riyad, qui de la Direction générale des études et de Emaar, Dubai Holding vient de marquer un très beau vi ng point en remportant le contrat de la documentation (DGED, renseigne(avec ses filiales Sama Dubai bai ments), participait d’ailleurs activement et Dubai International Properties), construction et d’exploitation de la le qatari Diar Real Estate Investment première centrale solaire de Ouarzazate, à la tournée du roi. Autre avantage, et non des moindres : Company, le fonds bahreïni Gulf Finance attribué fin septembre au consortium House (GFH), le groupe koweïtien Aref mené par le groupe saoudien Acwa Power le royaume a réussi sa transition démoInvestment ou encore le jordanien Yabous International (lire p. 112). Bien évidemcratique en contenant le Mouvement du International. Les projets réalisés, en cours ment, le Qatar avance aussi ses pions. 20-Février. « Si ces pays veulent dépousou à l’étude dans le pays, par ces groupes Après les accords signés fin 2011 entre siérer un peu leur Constitution, on pourra Rabat et Doha pour la coopération dans et fonds du Golfe représentent quelque les aider », ajoute le ministre, en parlant, 20 milliards de dollars. les secteurs touristique et minier, et pour terme très à la mode, de « partenariat gagnant-gagnant ». ● « Les fonds souverains des pays du Golfe la création d’une société d’investissement dans le monde totalisent actuellement maroco-qatarie, la Qatar National Bank a PASCAL AIRAULT 2 000 milliards de dollars et en géreront deux fois plus à l’horizon 2020, explique UN VIEUX FONDS ENCORE BIEN VIGOUREUX Salaheddine Mezouar, ancien ministre de l’Économie et des Finances. À nous de LA PLUS ANCIENNE 225 millions de tourisme, où il a de leur proposer une démarche cohérente SOCIÉTÉ dirhams (DH, nombreuses filiales et régionale, un partenariat public-privé d’investissement 20 millions d’euros). et participations. de qualité et des projets rentables. » Le du Golfe au Maroc, Depuis, les actionnaires On lui doit notamment royaume cherche donc à se montrer plus le Consortium koweïtiens ont des ensembles « bankable » que jamais, et à mettre en maroco-koweïtien augmenté leur résidentiels à avant son potentiel de plateforme pour de développement participation de 50 % à Casablanca, El-Jadida, les investissements à destination de (CMKD), est née en 99,9 %, pour un capital Tanger, Marrakech, l’étranger – au carrefour de l’Europe, des 1976 d’un accord s’élevant aujourd’hui le développement Amériques, du Maghreb et de l’Afrique bilatéral entre l’État du à 829 millions de DH. de projets touristiques subsaharienne, où il dispose d’accords de Koweït et le royaume CMKD investit dans les à Ifrane (Moyen-Atlas) libre-échange. De leur côté, gérés par des du Maroc, avec un secteurs de la finance, et la rénovation experts de la finance, les fonds souverains capital de départ de de l’immobilier et du des hôtels Farah. ● P.A. ●●●

51 %

58,5 %,

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JEUNE AFRIQUE

ABDELHAK SENNA/AFP

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ÉNERGIE

Objectif soleil

! Peaufinant son image de pionnier de l’économie verte, le pays s’est associé à SOLAR IMPULSE. LE PREMIER AVION SOLAIRE EXPÉRIMENTAL, piloté par le Suisse Bertrand Piccard, a décollé de Rabat le 21 juin pour Ouarzazate.

Le plan marocain prend corps. Techniciens et bailleurs de fonds sont au rendez-vous, et le chantier de la première centrale solaire commence à Ouarzazate. Mise en service programmée en 2015.

L

e départ de Mustapha Bakkoury de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), en juin 2009, fut une surprise. Sa nomination par Mohammed VI, le 30 décembre suivant, à la tête de la naissante Agence marocaine pourl’énergiesolaire(Masen)futtoutaussi inattendue. « Tout ce que je connais du soleil, c’est qu’il fait chaud! » confiait alors l’ancien banquier au ministre de l’Intérieur de l’époque, Chakib Benmoussa. Lequel lui répondit : « Cela doit être largement suffisant pour faire l’affaire. » Sa mission : entreprendre les études techniques et financières pour la mise sur les rails et la conduite d’un programme solaire, sur lequel le très ensoleillé royaume lui-même avait peu d’expertise. GADGET ONÉREUX. Ses détracteurs y voyaient un gadget onéreux, ses promoteurs un pari audacieux. Trois ans plus tard exactement, alors que la demande en électricité du pays progresse d’environ 7 % chaque année, le plan solaire marocain est en tout cas devenu un pilier de la politique énergétique du royaume, un vecteur majeur de son image « verte » à l’international et un générateur d’investissements de plusieurs milliards de dollars. Outre les préoccupations de production d’énergie d’origine solaire, l’agence doit également intervenir sur l’intégration industrielle et régionale, sur les volets de recherche et développement (R&D) et de formation, ainsi que sur la recherche de financements extérieurs pour limiter l’impact économique sur les ménages. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

PREMIER CONTRAT. Fin septembre,

la Masen a attribué au consortium composé du saoudien Acwa Power International (95 %) et des espagnols Aries Ingeniería y Systemas et TSK Electronica y Electricidad (5 %) le contrat pour la conception, le financement, la construction, l’exploitation et la maintenance de la centrale de Ouarzazate, qui constitue aussi le premier contrat de production indépendante d’électricité (pour vingt-cinq ans) du plan solaire marocain. Première tranche du complexe de Ouarzazate, qui aura à terme une puissance de 500 MW, cette centrale solaire à concentration est dotée d’une capacité de stockage d’énergie de trois heures

En 2020 le royaume tirera 42 % de sa capacité électrique de sources renouvelables, répartie par tiers entre l’hydraulique, l’éolien et le solaire

(pour couvrir la pointe de consommation entre 19 heures et 22 heures) et d’une puissance de 160 MW, qui correspond aux besoins en électricité d’une

agglomération de 1 million d’habitants, comme celle de Marrakech. Les travaux commencent, pour une mise en service prévue début 2015, avec un prix du kWh en heure de pointe remis par le consortium à 1,62 dirham (DH, 15 centimes d’euro). Les 7 milliards de DH du projet sont cofinancés par le groupe allemand KfW, la Banque européenne d’investissement et la Banque africaine de développement, rejointes en novembre par l’Agence française de développement, à hauteur de 100 millions chacune, ainsi que par le Clean Technology Fund (150millions),laCommissioneuropéenne (30 millions) et le ministère allemand de l’Environnement (15 millions). La Banque mondiale (153 millions) financera le différentiel entre le prix d’achat par la Masen et son prix de revente à l’Office national d’électricité (ONE). Des centrales du même type doivent être réalisées sur les quatre autres sites retenus: Aïn Beni Mathar (400 MW), dans l’Oriental, qui accueille déjà une première centrale hybride solaire-gaz, Foum elOued (500 MW), Boujdour (100 MW) et Sebkha Tah (500 MW) dans le sud du pays. À partir de 2020, date d’entrée en service de tous ces complexes (qui couvriront une superficie de 10 000 ha), le Maroc devrait disposer d’une puissance installée en énergie solaire de 2 000 MW (soit une production annuelle de 4 500 GWh, qui équivaudra à 14 % de sa capacité électrique). De quoi économiser environ 1 million de tonnes équivalent pétrole et 3,7 millions de tonnes de CO2. ● PASCAL AIRAULT JEUNE AFRIQUE

Cuvée Rosé. Inimitable.

L’ABUS D’ALCOOL EST DANGEREUX POUR LA SANTÉ. À CONSOMMER AVEC MODÉRATION.

L’alternance à pas feutrés

TRIBUNE

DR

Opinions & éd ditoriaux

AADEL ESSAADANI Président du Collectif de la Fabrique culturelle des anciens abattoirs de Casablanca

Investissons dans l’homme

L

Afrique cherche, depuis toujours, un moyen pour raccrocher son wagon au train mondial du développement. Mais elle « s’obstine » à demeurer un concentré de pauvreté et d’inégalités, rendant les bilans d’étapes globalement insatisfaisants. Bien que les niveaux de développement de ses 55 pays soient inégaux, le constat global demeure celui d’un continent qui continue d’exporter ses ressources naturelles sans investir dans les moyens de les transformer à travers l’éducation, la recherche et des politiques publiques favorisant la créativité en tant qu’élément moteur de l’économie. L’Afrique reste un marché pour les créations des autres. Elle consomme et fournit au reste du monde la matière première de ce qu’elle (r)achète au prix fort. En attendant des politiques publiques volontaristes qui traiteraient des problèmes structurels de l’Afrique et des Africains, la société civile et quelques intellectuels, artistes et politiques se penchent sur l’expérimentation de solutions pérennes permettant au continent de trouver sa place dans le concert mondial en proposant la culture comme l’un des éléments de réponse au sous-développement. Rêvent-ils ? À l’évidence, oui, ils rêvent encore. La culture ne constitue toujours pas une priorité des gouvernants. « Les Africains ont davantage besoin de routes, d’habitat, d’hôpitaux, d’électricité, de réseaux d’eau potable, d’eaux usées… » répètent les décideurs.

pour survivre dans un monde où l’économie est globalisée. Comme à l’accoutumée, l’exemple vient de la société civile et des artistes. À Nairobi, le GoDown Arts Centre est une usine à industries créatives rassemblant des artistes et des opérateurs culturels où les plus grands stylistes du monde viennent acheter leurs accessoires et de l’inspiration. À Casablanca, quelques irréductibles gnaouis se sont mis à vouloir transformer la friche industrielle des anciens abattoirs en Fabrique culturelle, répondant ainsi au besoin d’espaces de création, au déficit des politiques culturelles et au désintérêt des publics jeunes et défavorisés notamment, mais pas seulement, pour la culture. Ce collectif pose également la question de la prise en compte de la culture dans les politiques publiques du développement de la ville. À Dakar, début décembre, lors du sommet Africités 2012, le réseau panafricain Arterial Network a proposé la mise en place, chaque

La culture est un aliment pour la conscience de l’individu, un ciment pour les peuples et une opportunité économique pour l’Afrique.

Ces « utopistes » ont pourtant des arguments, étayés par des organismes internationaux comme l’Unesco. De plus en plus d’études et d’exemples, hors du continent, démontrent en quoi la culture est un moyen pour les développements humain, social et économique. Et qu’elle constitue un aliment pour la conscience de l’individu, un ciment pour les peuples et une opportunité économique pour l’Afrique. La recherche pragmatique des solutions nous dirige naturellement vers les industries créatives en faisant valoir le patrimoine de l’Afrique et l’intelligence des Africains. Le continent, après avoir raté sa révolution industrielle, pourrait avoir la possibilité (et le devoir) de se raccrocher à la « révolution de l’intelligence ». Il ne s’agit pas que d’un rêve, mais de la nécessité d’innover JEUNE AFRIQUE

année, d’une Capitale africaine de la culture, afin que les villes élaborent des politiques culturelles et les intègrent en tant qu’éléments structurels de leur développement. Pour que la culture suscite le tourisme intra-africain, crée des emplois directs (artistes) et indirects (hôtels, restaurants, etc.), valorise les artistes et l’image des villes africaines. L’Afrique est ronde de son âme et de son intelligence. Elle a également besoin d’être carrée pour être compétitive dans la mondialisation, de savoir façonner sa matière première et de l’universaliser. Sinon, elle continuera de consommer la valeur ajoutée des autres et, forcément, de se dénaturer. Car quand elle ne se renouvelle pas, l’identité se perd. Un sursaut de fierté poussera peut-être nos gouvernants à vouloir « universaliser » les valeurs africaines. C’est du structurel qu’il faut à l’Afrique. Investissons dans l’homme et dans son intelligence. Il ne s’agit pas là de poésie, mais de paix sociale et de prospérité économique. C’est à ce prix que l’Afrique sauvera ses enfants. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Le Plus de J.A. Maroc

ALEXANDRE DUPEYRON POUR J.A.

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IMMOBILIER

! La très CHIC CITÉ BALNÉAIRE DE BOUZNIKA, entre Rabat et Casablanca.

Ces paradis artificiels qui cachent la forêt Les programmes résidentiels ont éclos un peu partout ces dernières années. Malgré le retard et, parfois, l’absence d’acquéreurs, l’état des lieux n’est pas si sinistre qu’on le croit.

B

ouznika, petite cité balnéaire à mi-chemin entre Rabat et Casablanca. C’est ici que nombre de nantis marocains prennent leurs quartiers pendant la saison estivale. Les maisons en front de mer, denrée rare, ont trouvé acquéreurs depuis parfois plusieurs décennies. Mais, il y a quelques années, boom immobilier aidant, de nouveaux promoteurs ont voulu investir le filon. C’est ainsi qu’est né le projet Eden Island : 22 hectares de résidences haut de gamme, d’installations sportives et de loisirs aquatiques au milieu d’un lac artificiel, le tout avec vue imprenable sur l’Atlantique. Eden Island porte décidément bien son nom; un petit coin de paradis en plein cœur du Maroc qui bouge, sur l’axe Rabat-Casa. Pourtant, les allées de cet éden semblent bien peu peuplées. À l’heure où le soleil plonge dans l’océan, rares sont les maisons et les appartements qui s’illuminent, et si N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

les rues proprettes s’éclairent à la tombée de la nuit, c’est parce que le personnel, nombreux, veille sur des habitants encore trop rares.

à Dar Bouazza (dans la banlieue sud de la capitale économique), qu’il comptait mettre en location. « Je voulais devenir propriétaire tout en ayant des rentrées d’argent supplémentaires, mais je dois RETOUR SUR TERRE. Ici, loin de l’euphocomplètement revoir mes plans. Cela rie des années 2000, on est redescendu fait presque six mois que je cherche un sur terre. Les appartements de grand locataire et je n’en trouve pas, même pour standing qui, hier, étaient mis en vente à les 16 000 DH [1 435 euros, NDLR] que j’en demande maintenant, soit à peine plus cher que le Le marché n’est pas en crise. loyer de mon appartement Il revient à une normalité bien de quatre pièces en plein plus saine économiquement. centre de Casablanca. » Comme l’explique Mehdi 5 millions de dirhams (DH, 450000 euros) Jennane, directeur de projet à Carré Éden, sont aujourd’hui proposés à moitié moins, un projet urbain intégré de haut standing avant négociation. Bienvenue dans le à Marrakech, « c’est en effet le secteur du marché réel. résidentiel secondaire, à la périphérie Youssef fait les frais de cette bulle en des grandes villes ou en province, qui train de retomber. Locataire d’un petit subit le plus les effets de la crise due à appartement à Casablanca, le jeune une surabondance de l’offre, qui plus est quand la qualité ou la pertinence ● ● ● patron d’entreprise a acheté une villa JEUNE AFRIQUE

Somagec GE, bâtir l’avenir

Aménagement du port et du paséo de Malabo Construction du port et de l’aéroport d’Annobon

Maîtriser la mer Extension du réseau routier

Façonner la terre

Apprivoiser le ciel Réalisation de l’aéroport et du tarmac de Corisco

Construire, agrandir, moderniser les infrastructures essentielles que sont les routes, les ports et les aéroports pour encourager le développement économique, mieux relier les hommes et favoriser leurs échanges, voilà les défis que Somagec GE est fière de relever pour contribuer à bâtir l’Afrique du futur. Son engagement en Guinée Equatoriale traduit cette volonté de favoriser le développement humain, le bien-être et la prospérité des citoyens.

Innovation - Confiance - Sécurité - Rentabilité Edificio Ureca, Calle Parque de Africa - BP 405 Malabo - Guinea Ecuatorial Tel: +240 333 09 92 75/76/77 Fax : +240 333 09 92 71/74/79 www.somagecge.com - contact@somagecge.net

Créateur de développement

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Le Plus de J.A. Maroc optimiste. « La crise immobilière dont parlent certains est celle des projets lancés dans l’euphorie il y a quelques années et qui, à l’époque, trouvaient preneurs. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre de lancer des projets immobiliers sans les avoir structurés rationnellement, explique le promoteur. Ce qui conduit à une professionnalisation du secteur. » Sur le terrain, le ralentissement de l’activité, visible en ce qui concerne le haut standing, n’est pas perceptible de la même manière pour le milieu de gamme et le logement social. Les principaux acteurs de ces marchés, tels qu’Addoha, CGI ou les Espaces Saada, continuent de bien travailler, tout autant, avec des marges qui se sont néanmoins contractées en raiCLASSE ÉCO. Dans les envison de l’augmentation des coûts 0,7% Bureaux rons immédiats de Casablanca, de revient. L’autre petit bémol 1,2% Villas ce sont les ambitieux projets à apporter à cette bonne santé en construction à Bouskoura affichée du marché de l’immobilier économique est que, si le qui suscitent le plus d’intersecteur connaît encore peu de rogations. Lancés par les leaders du secteur (Addoha, CGI, méventes, c’est également au prix SOURCES : BANK AL-MAGHRIB - AGENCE NATIONALE DE LA CONSERVATION FONCIÈRE, Palmeraie Développement, etc.), d’un soutien massif de l’État, qui DU CADASTRE ET DE LA CARTOGRAPHIE (ANCFCC) ils accusent pour la plupart un en a fait une priorité nationale. lourd retard de livraison. À tel point que une destination privilégiée de vacances les futurs heureux propriétaires de ces pour les Marocains. Par ailleurs, selon NORMALITÉ. Mais n’oublions pas que, complexes résidentiels à la Desperate Mehdi Jennane, la demande européenne, comme souvent au Maroc, la météo a Housewives – qui ont tous acheté sur plan notamment française, ne faiblit pas aussi son mot à dire. « Les récentes prédans l’euphorie du boom immobilier, – « beaucoup de nos clients sont de jeunes cipitations ne manqueront pas d’avoir souvent par crainte d’une hypothétique séniors français qui cherchent à investir un impact sur l’activité du secteur hausse des prix –, ne sont plus tout à à Marrakech pour y établir leur résidence immobilier, veut croire un promoteur fait rassurés. Organisés en associations, semi-principale, voire principale ». casablancais. Quand il pleut, les ruraux ils entendent faire pression sur les proÀ Casablanca, Amine Guennoun, direcsont plus optimistes, consomment plus, moteurs pour que ceux-ci tiennent les teur général des Espaces Saada, spécialiste investissent plus, et cela se répercute engagements (non écrits) qu’ils ont pris. du logement social, est lui aussi plutôt en particulier sur le logement social », argumente-t-il. « Au Maroc, gouverner, c’est pleuvoir », disait déjà Lyautey… Y AURA-T-IL TROP DE BUREAUX À CASA ? Selon les professionnels, les perspecUNE ÉTUDE RÉALISÉE entreprises qui City, 120000 m2 à Casa tives pour l’immobilier résidentiel en par le leader national, prospèrent recrutent Marina, 60000 à général, et sur le segment économique Lazrak Immobilier, davantage et cherchent Casanearshore. À ce en particulier, ne semblent donc pas aussi souligne qu’entre 2013 des espaces en rythme, la capitale mauvaises qu’ils pouvaient le craindre. et 2016 le parc de Même si certains doutes planent encore adéquation avec leur économique a toutes bureaux à Casablanca développement. A les chances de produire sur l’immobilier professionnel (lire enca– qui, avec Rabat, contrario, [celles] en plus du double de la dré), le marché marocain n’est donc pas fournit 80 % de l’offre difficulté se tournent demande actuelle en à proprement parler en crise. Tout du nationale – devrait naturellement vers la bureaux. Ce qui, dans moins pas encore. Les nuages sont certes augmenter de 60 %. réduction de coûts, à quatre ans, pourrait nombreux, mais la plupart des acteurs Or « l’industrie des commencer par ceux porter l’offre veulent encore croire aux lendemains immeubles de bureaux immobiliers. » qui chantent puisque, après la folle envoexcédentaire à est un miroir de Pourtant, 650000 m2 500000 m2, soit le quart lée des prix des années 2000, le marché l’activité économique », de bureaux seront du parc prévu. Un peu semble enfin revenir à une normalité bien rappellent les auteurs commercialisés d’ici à de prudence serait plus saine économiquement. ●

« Le trop-plein de l’offre immobilière ● ● ● des concepts ne sont pas au rendezdans le haut standing commence déjà à vous ». À Marrakech par exemple, on se résorber et l’on constate que les prone compte plus les grands projets sinisjets de qualité trouvent toujours pretrés, les resorts à l’arrêt et les chantiers neurs, même si les rythmes de vente ont fantômes. nettement ralenti », rassure cependant À Casablanca et à Rabat, toujours Mehdi Jennane. Deux raisons principales dans le logement haut de gamme, la motivent cet optimisme: Marrakech reste situation est à peine meilleure. La plupart des observateurs notent un tassement des transactions. Transactions immobilières « Il y a encore quelques mois, par catégorie (au 3 trimestre 2012) la plupart de mes confrères Appartements passaient une grande partie de Maisons leur temps à gérer les questions 63 % 5,4% Locaux de recouvrement ; aujourd’hui, 6% commerciaux c’est le niveau des commandes qui diminue dangereusement », 23,7% Terrains confie l’un des principaux prourbains moteurs immobiliers de la capitale économique. e

de l’étude: « Les

2016 à Casa Finance

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donc de mise. ●

S.B.

SOULEÏMAN BENCHEIKH, à Casablanca JEUNE AFRIQUE

Somagec GE, leader du génie civil en Afrique Expert de l’aménagement portuaire

©TMSA

Depuis sa création en 2005, Somagec GE a mené de front plusieurs chantiers portuaires. L’extension du port de Malabo a permis de faire face à la forte croissance du trafic, d’améliorer la qualité des services, et de réduire les coûts de passage et de fret maritime. Devenu un port international de transbordement aux standards internationaux, le port de Malabo sert d’étape sur la route maritime vers l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique australe. Contribuant au désenclavement de la Guinée Equatoriale et à son développement économique, Somagec GE a également construit ou assuré l’extension des ports de Bata, de Kogo, de Corisco et d’Annobon...

Port de Malabo

Leader du génie civil en Afrique, Somagec GE s’appuie sur l’expérience de Somagec Maroc, acteur majeur des grands chantiers du royaume. Depuis plus de cinquante ans, Somagec Maroc est associé à tous les projets phares, du port de Tanger Med, au renforcement des fondations de la mosquée Hassan II, en passant par le réaménagement de la vallée du Bouregreg, la Marina de Casablanca, le parc éolien de Tanger ou encore la station balnéaire Mazagan. Port de Tanger Med

Engagement social et environnemental Entreprise de droit équato-guinéen, Somagec GE place la responsabilité sociale au cœur de sa stratégie, à travers le transfert technologique et de savoir-faire, la formation continue de ses 4 200 employés, la mise en service de laboratoires de contrôle, la préservation et la sauvegarde de l’environnement. En construisant les infrastructures de demain, Somagec GE met toute son expertise pour participer à la prospérité, et poursuivre le développement économique et humain de l’Afrique, le continent émergent du XXI e siècle.

Somagec GE a doté Bata d’un système d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement des eaux usées, pour desservir 300 000 personnes et améliorer leur cadre de vie.

Innovation - Confiance - Sécurité - Rentabilité

Créateur de développement

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Économie SPÉCIAL START-UP

TUNISIE

Et au milieu tourne Aerolia

En attendant la Avec la généralisation des nouvelles technologies, les conditions semblent réunies pour voir émerger des champions de l’innovation en Afrique francophone. Les initiatives ne manquent pas, mais États et grands groupes doivent s’impliquer davantage.

NICOLAS TEISSERENC

Â

gé d’à peine 40 ans, Moustapha Kane fait partie des vétérans de la communauté high-tech sénégalaise. Cet entrepreneur de la première génération, installé au sein de l’incubateur CTIC, à Dakar, vient de lancer sa deuxième entreprise, Amarante, après avoir réussi à revendre la première, People Input, lancée en 2002. Opérationnel depuis sept mois, Amarante permet d’acheter, d’échanger ou de vendre du crédit téléphonique des trois opérateurs de téléphonie mobile présents dans le pays. « Nous voulons que le airtime [temps de communication, NDLR] devienne une véritable monnaie d’échange », explique Moustapha Kane. Partout en Afrique, les jeunes diplômés, souvent issus de la diaspora, sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure entrepreneuriale. Le mouvement a commencé en Afrique anglophone : Nairobi est ainsi devenu La Mecque de l’innovation technologique en Afrique, aux côtés d’Accra, de Lagos et, bien sûr, de Johannesburg. Preuve de ce boom, la Toile africaine bouillonne de projets innovants jusqu’en Afrique francophone, qui, malgré un léger retard, suit désormais la route tracée par les anglophones. Le marocain Greendizer est ainsi l’une des toutes premières entreprises au monde à ● ● ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

TÉLÉCOMS

Djezzy maintient sa domination

DÉCIDEURS

INTERVIEW

PDG de GE Healthcare Africa

Président d’Afriland First Bank

Farid Fezoua

Paul Fokam

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success-story Omar Balafrej

Directeur général du Technopark de Casablanca

« Il n’y a pas de solution miracle »

JEUNE AFRIQUE : Quels sont les freins au développement des start-up en Afrique ? OMAR BALAFREJ : Je vois trois limites principales au développement de ce type d’entreprises en Afrique. D’abord, l’accès au foncier urbain approprié est rare et onéreux. Ensuite, l’accès au financement reste problématique, avec des banques frileuses et une quasi-absence de fonds de capital-risque destinés aux start-up.

Mais je crois que le frein le plus important est le marché en lui-même. Les donneurs d’ordre publics et privés sont encore réticents à faire appel aux services des nouveaux entrants. À ce titre, l’association des entreprises du Technopark défend la mise en place d’un small business act sur le modèle américain, de façon à réserver une partie des marchés publics aux petites structures. Comment suscite-t-on l’innovation ? Il n’y a pas de solution miracle, mais l’éducation est fondamentale. Et puis il faut accepter l’idée d’expérimenter des politiques publiques et, surtout, prévoir leur évaluation. D’autre part, il faut s’inspirer de ce qui a fonctionné dans des contrées comparables, en Amérique du Sud par exemple. Il faut aussi combattre l’idée qu’une start-up est nécessairement basée sur une idée révolutionnaire. Les meilleures sont souvent celles qui songent à

résoudre des problèmes locaux avec des idées originales. Au Technopark, nous explorons de nouvelles idées pour stimuler l’innovation, par exemple dans les liens potentiels entre culture et nouvelles technologies. L’association EAC-L’Boulvart a ainsi installé dans les sous-sols des studios de répétition musicale. La moyenne d’âge au Technopark est de 30 ans, et la culture est aussi une manière de multiplier les rencontres entre entrepreneurs. Le modèle du Technopark est-il exportable ailleurs en Afrique ? Bien sûr. Nous recevons d’ailleurs beaucoup de représentants de pays africains qui sont intéressés par notre modèle. Quand on compare ce que cela coûte et le nombre d’entreprises et d’emplois créés, il est normal que cela intéresse. Nous sommes prêts à conseiller tout gouvernement qui souhaiterait s’inspirer de notre modèle ! ● Propos recueillis par N.T.

ALEXANDRE DUPEYRON POUR J.A.

E

n Afrique, il est presque une exception. Depuis plus d’une décennie, et malgré quelques années d’absence, Omar Balafrej porte le Technopark de Casablanca. Dans l’ancien bâtiment des douanes de Casablanca, ce pôle technologique a vu passer plus de 600 entreprises et en héberge près de 200 en permanence. Alors qu’il déploie ce modèle dans tout le royaume, le directeur général nous livre sa vision de l’innovation en Afrique.

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Entreprises marchés

SPÉCIAL START-UP

● ● ● proposer la dématérialisation de factures grâce à une plateforme logicielle en ligne. Le Sénégalais Serigne Massamba Ndour a créé Marodi.tv, un site de télévision à la demande, après quatre ans chez IBM, en France. En Tunisie, Hafedh Haddad est en train de monter B2G Life Sciences, une entreprise de services à l’industrie des biotechnologies, après dix ans dans la recherche chez plusieurs laboratoires français. Enfin, au Cameroun, Njorku – qui signifie « éléphant » dans la langue natale de son fondateur, Churchill Nanje Mambe – propose une plateforme de recrutement en ligne. Manque

désormais aux pays francophones leur grande success-story, comme celle que l’Afrique du Sud a connue avec le réseau social Mxit. ÉCOSYSTÈME. L’un des facteurs clés du succès ? L’existence et la structuration de pépinières, incubateurs et autres tech hubs. Pionnière dans ce domaine, la Tunisie a pris de l’avance et a ouvert dès les années 1990 une dizaine de parcs technologiques. Telnet, une société de services en ingénierie informatique de premier plan (lire p. 124), en est issue. Le Maroc a lancé le Technopark

Douze pionniers de l’innovation Le trio gagnant GREENDIZER Maroc

AMARANTE Sénégal

Création : juillet 2010.

Activité : lancé par quatre entrepreneurs camerounais, Djoss.tv est une plateforme qui permet d’échanger en direct sur les programmes TV visionnés.

Le témoin: Omar Cissé, directeur du CTIC de Dakar: « Amarante veut résoudre des problèmes concrets qui concernent la base de la pyramide. Et comme son modèle repose sur des utilisateurs multiples et récurrents, il est attractif pour les financiers. »

Le témoin : Joël Nlepe, fondateur du blog Africa2point0 : « Ce promoteur de la télévision en ligne en Afrique se positionne sur un marché difficile, mais propose une véritable innovation dans les usages. »

MY DEAL Maroc

NJORKU Cameroun

PIAMM Togo

MARODI.TV Sénégal

SAPHON Tunisie

VMK Congo

B2G LIFE SCIENCES Tunisie

CARDIOPAD Cameroun

WONTANARA Guinée

Activité : Greendizer permet aux entreprises de gérer leurs factures à partir d’une plateforme en ligne sécurisée, dans une logique zéro papier. Création : septembre 2010. Le témoin : Omar Balafrej, DG du Technopark de Casablanca : « Greendizer est l’un des premiers au monde à proposer ce service, une véritable technologie de rupture. »

Activité : à travers sa plateforme, Amarante permet d’acheter et de partager du crédit téléphonique quel que soit l’opérateur mobile au Sénégal.

DJOSS.TV Cameroun

Création : octobre 2011.

Et aussi…

Premier site marocain d’achats groupés, la start-up a levé 175 000 euros auprès de Maroc Numeric Fund. C’est le seul projet sélectionné dirigé par une femme.

Ce site de télévision à la demande, fondé par un Sénégalais diplômé de Télécom ParisTech, se positionne déjà parmi les plus consultés du pays.

Lancée par un médecin ayant travaillé dix ans dans la recherche, cette start-up propose ses services de conseil aux industries pharmaceutiques multinationales et locales. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Njorku est une plateforme qui recense des offres d’emploi dans plusieurs pays d’Afrique. Son développement est limité par le manque de financements.

Ce projet d’éolienne sans hélice, couronné par le prix de l’Innovation KPMG 2012, promet de diviser la facture de l’énergie éolienne par deux.

Créé par un ingénieur camerounais de 24 ans, le Cardiopad remplit les fonctions d’électrocardiographe, de radioscope et de tensiomètre numérique et permet de réaliser des diagnostics à distance.

Récompensé par l’African Business Club en 2011, Piamm a notamment développé Fineta, une application de génération d’états financiers conformes à l’Ohada.

L’entrepreneur congolais Vérone Mankou s’est fait un nom en créant la première tablette africaine. Il a récemment lancé un smartphone sur le même modèle.

Cette start-up propose un service de transfert de fonds innovant qui permet aux migrants d’acheter directement des produits alimentaires auprès d’une liste de commerçants locaux. JEUNE AFRIQUE

Entreprises marchés

ESSAIMAGE. Enfin, nombreux sont les chefs

d’entreprise qui se plaignent du comportement des grands groupes. Ces derniers sont peu nombreux à faire appel aux start-up pour développer des programmes innovants, quand ils ne cherchent pas tout simplement à les étouffer. Dans tous les pays du monde, pourtant, la pratique dite de l’essaimage (soutien apporté par un groupe à ses salariés pour la création d’une autre entreprise) est au cœur de l’innovation. Reste que, malgré ce manque de soutien, le mouvement semble inexorable, grâce notamment au succès fulgurant de la téléphonie mobile. La deuxième révolution technologique en Afrique – celle du déploiement ultrarapide des smartphones à bas prix – devrait, en apportant internet partout sur le continent, provoquer le boom de l’innovation technologique dont les pays francophones ont plus que besoin. Des événements dévolus à cette cause existent : Maghreb Start-up Initiative, Algerian Start-up Initiative et autres « start-up week-ends » organisés partout à travers le monde, notamment à Dakar et à Abidjan. Et les acteurs du secteur s’organisent : des initiatives 100 % privées, comme JokkoLabs et Synapse Center à Dakar, Akendewa à Abidjan ou ActivSpaces à Buea, au Cameroun, permettent aux jeunes entrepreneurs de se rencontrer et de travailler ensemble. Grâce à ces tech hubs, ils ont désormais une communauté au sein de laquelle échanger, souligne Moustapha Kane, qui ajoute : « C’était loin d’être le cas quand j’ai monté ma première entreprise ! » ● JEUNE AFRIQUE

TUTEURS

Jeunes pousses cherchent financiers Les start-up ont encore du mal à trouver des investisseurs susceptibles de leur apporter un capital d’amorçage.

I

une quinzaine en Afrique francol y a bientôt un an, Njorku, une plateforme camerounaise phone. Si bien que, pour beaude recherche d’emploi sur coup d’entrepreneurs, la meilleure internet et sur mobile, a été solution reste de faire appel à la générosité des proches. retenue parmi les vingt start-up les plus prometteuses d’Afrique ÉQUILIBRE. En Afrique du Nord, par le magazine Forbes. Grâce à ce n’est pas la phase d’amorçage cette publicité, la jeune pousse a qui pose problème. Une start-up retenu l’attention d’AfricAngels, peut désormais sans trop de difun réseau de business angels basé ficultés lever quelques centaines en France, qui lui a apporté un de milliers d’euros pour démarrer capital d’amorçage. Mais elle ne parvient toujours pas à se déployer ses activités. Des fonds comme aussi vite qu’elle le souhaiterait. Maroc Numeric Fund ou Dayam De fait, par manque de capital sont actifs et commencent à savoir pour couvrir leurs coûts opéramaîtriser les risques associés à tionnels en phase de lancement, l’investissement dans des jeunes beaucoup de projets végètent. Impossible de s’appuyer sur les banques ou les institutions de microcrédit, « elles ne comprennent pas le modèle de la création de valeur dans les nouvelles technologies », assène un entrepreneur. Plusieurs réseaux de business angels se sont montés en Europe et en Afrique pour pallier ! NJORKU, une plateforme camerounaise cette pénurie de finande recherche d’emploi, peine à se déployer. cements. Mais ils peinent à décoller. D’après le président pousses. « Parce que le taux de d’AfricAngels, Aldo Fotso, sur les casse est très élevé, il faut une masse critique de dossiers pour cinquante membres de son réseau, une dizaine seulement ont réalisé survivre, explique Ali Bassit, des investissements de l’ordre de patron de Maroc Numeric Fund. 10 000 euros en deux ans. Il faut Sur trente entreprises financées, dire que les structures en quête ce sera le succès de quatre ou cinq d’entre elles qui permettra de financement sont bien souvent hors radar, malgré l’apparition d’atteindre l’équilibre. » Mais de réseaux de mise en relation ensuite, tout devient plus compliqué : aucune structure en Afrique entre entrepreneurs et investisseurs, comme Venture Capital for du Nord n’est en effet aujourd’hui Africa. Cette plateforme en ligne capable de miser quelques milrépertorie plus de 400 start-up lions d’euros pour amener les sur le continent, mais seulement jeunes pousses à maturité. ● N.T. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

DR

de Casablanca en 2001. À Dakar, le CTIC, conçu lui aussi sur un modèle d’actionnariat mixte, a ouvert ses portes en 2011. Pour Omar Cissé, son directeur, l’écosystème local se structure peu à peu: « Le pays bénéficie de bonnes infrastructures de télécommunications, d’une stabilité politique et d’un statut de hub sous-régional pour la formation dans les nouvelles technologies », estime-t-il. L’autre élément clé, c’est l’implication de l’État. « Il faut d’une part supprimer l’impôt sur les trois premières années, d’autre part établir des incitations fiscales pour canaliser l’épargne vers les jeunes entreprises. Si elles réussissent, elles deviendront rapidement de gros contributeurs au budget de l’État. Mais il ne faut pas les étouffer dans l’œuf ! » insiste Khalil Azzouzi, directeur général du marocain Dayam, l’un des rares fonds de capital-risque en Afrique. L’État doit aussi faire davantage pour limiter les tracasseries administratives. « En Algérie, pour être inscrit au registre du commerce, il est obligatoire d’avoir un local pour lequel il faut payer un an de loyer à l’avance. À l’heure où il suffit d’un PC pour lancer une entreprise, c’est absurde ! » se lamente Krimo Salem, un entrepreneur algérien basé dans la Silicon Valley, le temple des nouvelles technologies, en Californie (États-Unis).

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Entreprises marchés

SPÉCIAL START-UP

NICOLAS FAUQUÉ/WWW.IMAGESDETUNISIE.COM

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! « UNE FOIS QU’ON A LA CONVICTION ET LA DÉTERMINATION, IL FAUT ALLER TRÈS VITE », estime l’homme d’affaires. PORTRAIT

Mohamed Frikha montre l’exemple

L’entrepreneur tunisien, fondateur du concepteur de logiciels Telnet, revient sur les raisons de son succès.

V

ous ne trouverez pas de baisse de régime dans la carrière de Mohamed Frikha. À peine diplômé de Polytechnique et de l’École nationale supérieure des télécommunications (Paris), en 1988, il est embauché chez Alcatel, l’équipementier télécoms français, où il passe un an à suivre un programme réservé aux futurs dirigeants. Puis, à 27 ans, il est chargé de la mise en place d’un centre de développement de logiciels à Tunis. « Un gros challenge, reconnaît-il. Cette expérience m’a montré qu’il était possible de travailler dans les technologies depuis la Tunisie. Je dois beaucoup à la confiance qu’on m’a accordée chez Alcatel. » Et plus encore à l’influence de son père. Chef d’entreprise, c’est ce dernier qui le convainc de monter sa propre affaire. En 1994, Alcatel est obligé de réduire la voilure en Tunisie pour des raisons politiques. Mohamed Frikha ne laisse pas N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

passer l’occasion. Il crée Telnet, une société de services qu’il décrit comme un « relais de transfert des nouvelles technologies entre l’Occident et le Maghreb ». Forte de sept ingénieurs, l’entreprise commence avec la mise au point d’un logiciel embarqué, avant de se diversifier dans les télécoms, puis l’avionique, l’automobile, les cartes à puce… « FLAIR ». Moins de vingt ans plus

tard, après une introduction en Bourse réussie, Telnet a réalisé un chiffre d’affaires de 33,9 millions de dinars tunisiens en 2011 (17,4 millions d’euros) et emploie 600 ingénieurs. Il compte parmi ses clients des sociétés comme Safran, Valeo, Thomson ou encore Ingenico. Un développement entièrement autofinancé, « pour ne pas devenir otage », explique Mohamed Frikha.

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Parmi les facteurs qui expliquent sa réussite, le patron insiste particulièrement sur les principes et l’éthique. Avant de rappeler que le « flair » et le sens du risque y sont pour beaucoup : « Une fois qu’on a la conviction et la détermination, il faut aller très vite. » Mais celui qui a même créé une compagnie aérienne, Syphax Airlines, prévient que ce qu’il a fait dans les années 1990 dans les nouvelles technologies ne serait plus possible aujourd’hui : « À l’époque, il y avait une fenêtre d’opportunité à saisir avantquelaconcurrenceinternationale ne devienne ultracompétitive. Maintenant, il faut créer des grands projetsauseind’unpaysavantd’être compétitif à l’international, et c’est là que nous avons besoin de l’État. Carlestechnologies,c’estaussil’avenir de notre jeunesse, surdiplômée et sous-employée. » ● N.T.

Lisez la tribune de Mariéme Jamme, blogueuse et cofondatrice de Apps4Africa, sur economie.jeuneafrique.com JEUNE AFRIQUE

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Entreprises marchés

! Chez MECAHERS AEROSPACE, fournisseur de pièces élémentaires.

TUNISIE

Et au milieu tourne Aerolia

Entourée de ses fournisseurs, la filiale d’EADS fabrique une partie du fuselage des Airbus A320 à El-Mghira, au sud de Tunis. Reportage sur un parc aéronautique qui fonctionne en vase clos.

L

e site de production est entouré d’une clôture. Vu de l’extérieur, il a un air de camp retranché lorsque à la pause les ouvriers passent les mains au travers des grilles pour acheter sandwichs et provisions. Depuis trois ans, c’est dans ce lieu entièrement sous douane, au sud de Tunis, qu’Aerolia, filiale du numéro deux mondial de l’aéronautique et de la défense, EADS, fait fabriquer une partie du fuselage des Airbus A320. Tout le monde ou presque l’ignore, mais c’est ici, dans le gouvernorat de Ben Arous, que la Tunisie trouve jour après jour une nouvelle vitrine pour son savoir-faire. Sur 20 ha, le parc aéronautique d’El-Mghira réunit dans N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

El-Mghira en chiffres

120 millions d’euros d’investissement

20 ha

de zone industrielle

1000emplois créés

une même zone industrielle tous les fournisseurs directs d’Aerolia, propriété à 100 % d’EADS. Au total, environ 120 millions d’euros ont été investis pour sa construction, dont 52 millions directement supportés par la filiale du groupe européen. Une délocalisation qui ne dit pas son nom? « Pas du tout, assure Alphonse San Emeterio, directeur administratif et financier d’Aerolia Tunisie. Depuis l’annonce de notre arrivée, le groupe a recruté 800 personnes en France et y a investi 380 millions d’euros pour répondre à l’augmentation de sa charge de travail. » La maison mère ne manque pas de perspectives : le carnet de commande d’Airbus, filiale d’EADS, est plein pour les sept prochaines années.

Dans un grand hangar, une trentaine d’ouvriers découpent, façonnent, trempent puis ajustent de petites pièces d’aluminium qui serviront notamment à renforcer les grandes plaques utilisées en bout de course par Aerolia. Nous sommes chez Mecahers Aerospace, l’une des six PME françaises implantées à El-Mghira. Le site accueille aussi Figeac Aéro (pièces dites élémentaires), Mecaprotec (traitements de surfaces), Mecanyvois (mécanique générale et outillages aéronautiques), Corses Composites aéronautiques (matériaux composites) et SFTL, une coentreprise entre le français Blondel et le tunisien Socotu, qui assure le transport des productions, le stockage des pièces, la gestion du transit douanier et, in fine, la préparation de l’expédition vers la France des morceaux de fuselage à partir du port de Radès. Prochaine étape, l’implantation de l’allemand ThyssenKrupp, qui fabriquera sur place les tôles et feuilles d’aluminium nécessaires à Aerolia. JEUNE AFRIQUE

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ONS ABID POUR J.A.

Entreprises marchés

Toutes ces entreprises sont installées de part et d’autre d’une voie privée d’environ 300 m montant vers l’usine principale. « Le fait d’être implanté au même endroit facilite la communication et la logistique », souligne Alain Robert, responsable de Mecahers Aerospace.«Noussommespresque en totale autonomie. C’est le gage d’une bonne réactivité », confirme Ouassim Berraies, directeur général d’Aerolia Tunisie. Un impératif pour EADS, qui doit livrer chaque mois 44 Airbus à ses clients. PRÉCISION. Dans l’usine d’Ae-

rolia, construite sur 10 000 m 2, 120 salariés se relaient en permanence pour ajuster les parties inférieures du fuselage allant du cockpit jusqu’aux réacteurs. Quasiment toutes les tâches sont exécutées manuellement, contrairement aux chaînes de montage de l’industrie automobile. En dépit de la taille imposante de certains éléments, la précision des opérations est inférieure au millimètre. Et c’est grâce à un pont roulant JEUNE AFRIQUE

! Dans l’usine d’Aerolia, 120 SALARIÉS SE RELAIENT EN PERMANENCE

pour assembler les pièces de la « barque » (à gauche et ci-dessus une fois achevée) et procéder aux ultimes contrôles.

capable de soulever 3,5 tonnes que la barque (partie inférieure du fuselage) équipée de son plancher sort finalement du hangar. Auparavant, un technicien aura procédé aux ultimes contrôles pour vérifier rivets, soudures et joints d’étanchéité. Essentiel pour des pièces qui, en vol, doivent assurer la pressurisation de la cabine et encaisser une amplitude thermique de 80 °C entre l’intérieur et l’extérieur de l’appareil. Cette qualité de travail est garantie par le passage des salariés de l’usine par le centre de formation mis en place par l’État tunisien. Recrutés à des niveaux allant du CAP au BTS, tous effectuent un cycle de six mois intégrant, entre autres, une phase d’alternance puis une période d’immersion en entreprise. Un système qu’il a néanmoins fallu réviser en profondeur pour répondre aux exigences de l’industriel européen. « Le niveau s’améliore, mais nous sommes conscients que nous devons continuer d’y veiller », reconnaît Ouassim Berraies. Le président

tunisien, Moncef Marzouki, a été directement informé de ces difficultés lors de sa visite à El-Mghira, en mars. Les questions liées au personnel demeurent au centre des préoccupations de la filiale d’EADS et de ses partenaires. Pour preuve, c’est le seul dossier qui fasse l’objet d’une gestion globale impliquant toutes les entreprises du parc, sur lequel 1 000 emplois ont déjà été créés et où 500 nouvelles embauches sont prévues avant la mi-2014. Le sujet est tellement sensible que Jeune Afrique n’a pas été autorisé à interroger directement les ouvriers d’Aerolia sur leurs conditions de travail. Deux ans après la révolution, un bras de fer avec les représentants syndicaux fait figure d’épouvantail. Pour désamorcer tout risque de conflit social, Ouassim Berraies a d’ailleurs créé un comité consultatif réunissant employés et membres de la direction de l’usine d’Aerolia. Pour l’heure, l’ambiance est officiellement au beau fixe. ● JULIEN CLÉMENÇOT, envoyé spécial N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Entreprises marchés TÉLÉCOMS

Djezzy maintient sa domination L’opérateur algérien, qui vient de fêter ses 10 ans, a vu sa part de marché légèrement reculer en 2012, mais pas ses ventes. La 3G pourrait lui permettre de consolider un peu plus son leadership.

LOUIZA AMMI

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A

près dix ans d’existence et trois ans de tensions récurrentes, notamment avec le gouvernement algérien, Djezzy veut tourner la page. « Nous n’avons pas pu faire d’investissements en raison de la situation de blocage avec les autorités, mais nos clients sont restés fidèles, rassure Vincenzo Nesci. Nous sommes fiers de nos 18 millions de clients [abonnés et cartes, NDLR]. » Le PDG du numéro un des télécoms dans le pays, qui nous a reçu au siège de la société situé dans la banlieue sud-est d’Alger, peut même se réjouir d’avoir conquis en neuf mois 2,7 millions de nouveaux clients. COMPÉTITION. Certes, sur un mar-

ché de plus en plus concurrentiel, Djezzy a vu sa domination entamée, avec une légère érosion de sa part de marché, passée de 57,7 % à 56,3 % en un an, selon l’opérateur (environ 46 % selon le ministère des Postes et des TIC). Toutefois, N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

« malgré les difficultés auxquelles Djezzy a dû faire face, les chiffres de parc et de part de marché semblent montrer qu’il a plutôt bien résisté et qu’il conserve une position solide », tempère Mohssen Toumi, directeur au sein du cabinet de conseil Booz & Company. Car la compétition se fait de plus en plus vive en Algérie, où le taux

! L’opérateur compte 18 MILLIONS DE CLIENTS.

de pénétration du mobile dépassait déjà 90,3 % fin 2011. Fort de 11 millions d’abonnés, le numéro deux du secteur, Mobilis, filiale du groupe public Algérie Télécom, veut faire passer sa part de marché – comprise entre 25 % et 28 % aujourd’hui, selon les différentes sources – à 45 % dans les années à venir. EtNedjma,letroisièmeopérateur (entre 20 % et 25 % de part de marché), affiche une insolente santé. Son chiffre d’affaires a progressé de 17,6 % sur les neuf premiers mois de l’année, à 545 millions d’euros, tandis que ses profits ont bondi de 41 %, à 44 millions d’euros. L’active politique de sponsoring de la filiale de Qatar Telecom (Qtel) dans le foot, ainsi que des offres commerciales agressives, expliquent en grande partie cette percée. INNOVER. Avec un chiffre d’af-

faires en légère hausse de 4,4 %, à 106,3 milliards de dinars (environ 1 milliard d’euros), Djezzy a fait mieux que résister. Mais comme nombre d’opérateurs leaders en Afrique, il est désormais confronté à deux défis de taille : d’une part, gérer le ralentissement de la croissance alors que la guerre des prix est lancée ; d’autre part, innover pour garder la concurrence à distance.

AU REVOIR ORASCOM, BONJOUR OPTIMUM POUR D’UNE PART respecter la loi algérienne qui limite les investissements étrangers à 49 % du capital des entreprises, et d’autre part se conformer à l’interdiction d’utiliser la marque Orascom, la société exploitante de Djezzy, Orascom Télécom Algérie (OTA), doit recomposer

son actionnariat et changer de nom dans un avenir proche. C’est pour cette raison que, le 2 décembre, Optimum Télécom Algérie a été créé. « Optimum est une nouvelle société dont la création a été autorisée par le Conseil national de l’investissement et qui va évoluer dans le cadre du développement de nos activités », affirme le PDG de Djezzy,

Vincenzo Nesci, sans pouvoir en dire plus. D’après des sources proches du dossier, Optimum remplacerait OTA en juin prochain et serait détenu à 51 % par sept actionnaires algériens dont l’identité reste encore inconnue. Vimpelcom redescendrait à 49 %, alors qu’il détient aujourd’hui 57,1 % R.B. des parts d’OTA. ● JEUNE AFRIQUE

Coulisses

Entreprises & marchés

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EXPÉRIENCE. Vincenzo Nesci

entend ainsi jouer sur l’expérience de Vimpelcom dans la 3G et la 4G pour déployer cette technologie et proposer les offres adaptées aux Algériens. Le groupe, actionnaire majoritaire de Djezzy, a déjà lancé la 3G dans plusieurs pays dont le sien, la Russie. « En étant dans le giron d’un groupe mondial, Djezzy aurait quelques avantages, tels que le pouvoir de négociation et le savoir-faire de Vimpelcom », confirme Mohssen Toumi. Reste à espérer que les délais annoncés par le ministre soient respectés. Le développement de la 3G a déjà accusé de nombreux retards, causés notamment par les frictions entre le gouvernement et… Djezzy. ● RYADH BENLAHRECH, envoyé spécial à Alger JEUNE AFRIQUE

AUTOMOBILE ALGER AURA SON USINE RENAULT À l’occasion de la visite du président français, François Hollande, en Algérie les 19 et 20 décembre, le groupe Renault a finalisé son projet d’implantation industrielle dans le pays. Dans le cadre d’une coentreprise avec la Société nationale des véhicules industriels (SNVI) et le Fonds national d’investissement (FNI), qui détiendront 51 % des parts, une usine sera construite à Oued Tlelat, au sud-est d’Oran. Au début, 25 000 véhicules seront montés chaque année, avant d’atteindre le cap des 75 000. La production (dans un premier temps de la nouvelle Symbol) sera destinée au marché local, sur lequel Renault est déjà numéro un, et marginalement à l’export hors Union européenne. L’objectif de l’Algérie est de développer une véritable filière industrielle, en faisant naître un tissu de sous-traitants. Au moment où nous mettions sous presse, le montant de l’investissement nécessaire à la construction de l’usine n’était pas connu. Une quarantaine de grands patrons accompagnaient François Hollande à Alger, dont les dirigeants de France Télécom, Lafarge et CMA CGM. Des accords commerciaux ont été signés par Sanofi-Aventis (terrain pour une usine de produits pharmaceutiques) et par plusieurs PME françaises dans les domaines de l’agro-industrie, des systèmes d’information et du matériel médical. ● ALLARD-POOL/SIPA

Sur le premier point, la multiplication des offres d’abonnement avec appels illimités a fait chuter le prix moyen d’une minute de communication à 2 dinars, voire moins. Pour les formules prépayées, le prix de la minute est d’environ 8 dinars, contre 10 dinars il y a deux ans et 18 dinars en 2004. Le manque à gagner, s’il se confirme, pourrait dès l’année prochaine affecter les généreux résultats de Djezzy, qui, avec une marge Ebitda (revenu avant intérêts, impôts, taxes, dotations et provisions) de 58,3 %, figure toujours parmi les opérateurs les plus profitables d’Afrique. Pour maintenir cette rentabilité, la société, qui emploie 4 000 personnes et génère 100 000 emplois indirects en incluant les réseaux de distribution, veut miser sur la téléphonie mobile de troisième génération (3G). L’arrivée de cette technologie est prévue pour le premier trimestre 2013, comme l’a confirmé le 10 décembre Moussa Benhamadi, ministre des Postes et des TIC. Pour Mohssen Toumi, « la 3G pourrait être un relais de croissance pour les opérateurs en Algérie, en permettant d’offrir de nouveaux services et des revenus data et d’enrichir le discours des acteurs du secteur au-delà des simples promotions ».

S

M

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• AUTO Les groupes Bouchamaoui et Chabchoub se sont adjugé 66,6 % de City Cars, concessionnaire de Kia en Tunisie, pour 55 M€ • PÉTROLE Moyennant 1 300 M€, l’américain ConocoPhillips va céder sa filiale algérienne à la société d’État indonésienne PT Pertamina • HÔTELLERIE The Rezidor Hotel Group ouvrira son 1er hôtel Park Inn by Radisson à Dakar au dernier trimestre 2014 • BANQUE Le français BNP Paribas a cédé sa filiale égyptienne à Emirates NBD pour un peu moins de 378 M€

AGRO-INDUSTRIE ADVENS INVESTIT DANS LA FARINE Advens fait son entrée au capital des Grands Moulins de Strasbourg (GMS) et dispose d’une option pour s’offrir la majorité du capital du troisième groupe meunier français (144,9 millions d’euros de revenus au premier semestre). Huilier avec Suneor et cotonnier avec Geocoton, l’ex-négociant basé à Paris fait ainsi un pas de plus dans sa stratégie de mutation en un véritable groupe agro-industriel. Advens et GMS collaboreront notamment en Afrique. ● PORT LA CÔTE D’IVOIRE RENÉGOCIE AVEC BOLLORÉ L’État ivoirien est parvenu à aménager avec Bolloré le contrat de concession pour le premier terminal à conteneurs

du port d’Abidjan. À la clé, une baisse de 20 % des tarifs pratiqués par le groupe français. La révision des termes du contrat de concession avec Bolloré permettra à l’État d’engranger environ 150 millions d’euros sur les sept années de concession restantes. ● CIMENT PPC S’INSTALLE AU RWANDA Le cimentier sud-africain PPC, leader du secteur en Afrique australe, s’est offert 51 % de son homologue rwandais Cimerwa pour un montant de 53 millions d’euros. Doté d’unités de production en Afrique du Sud, au Zimbabwe et au Botswana, PPC s’est lancé dans une véritable politique de développement en Afrique de l’Est et en Afrique centrale. En attendant, à plus long terme, de s’attaquer au golfe de Guinée. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Décideurs contre le cancer », poursuit-il. Au sud du Sahara, alors que dominent toujours les maladies infectieuses, l’urgence porte sur l’accès primaire aux soins en zone rurale. « Il faut travailler avec des opérateurs publics et privés pour mettre en place des solutions technologiques spécifiques et durables, qui permettent de diagnostiquer très tôt », affirme Farid Fezoua. Le Vscan en est une illustration. Cet échographe « a toutes les fonctionnalités classiques d’un scanner mais tient dans la paume d’une main, avec neuf heures d’autonomie ».

SANTÉ

Fédérer pour mieux soigner

Farid Fezoua est le nouveau patron Afrique de GE Healthcare. Le leader mondial de l’imagerie médicale veut mobiliser les investisseurs pour équiper notamment le sud du Sahara.

À

ceuxquis’étonneraient de son passage du secteur financier à celui de l’équipement en matériel médical, sa réponse est nette. « Mon expertise financière, dans le cadre du financement de projets d’infrastructures au sein de GE [General Electric, NDLR], me permet d’apporter des solutions à fort impact social dans des zones de la planète qui en sont cruellement dépourvues », souligne Farid Fezoua. En Afrique, il s’agit de « pouvoir identifier les problèmes et travailler à travers des partenariats développés avec des grands groupes hospitaliers ou des opérateurs médicaux et des investisseurs financiers privés ou multilatéraux tels que la Banque mondiale et la SFI [Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale] », expliquet-il, fort de relations bancaires et institutionnelles nouées au Moyen-Orient et en Afrique ces vingt dernières années. Installé à Johannesburg avec sa famille depuis six mois – après plusieurs années à Dubaï –, ce quadragénaire quadrilingue (français, anglais, arabe et russe) est désormais responsable de la stratégie et de la croissance commerciale de GE Healthcare en Afrique. Son objectif ? Fédérer. « Il ne s’agit pas seulement de déployer des solutions technologiques, mais aussi de rassembler des partenaires afin de proposer un début de solution durable pour l’Afrique. C’est comme ça que j’envisage mon rôle », explique ce Français N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

PLATEFORMES. GE Healthcare,

DR

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Profil • Né à Corbeil-Essonnes (France) en 1966 • Diplômé des hautes études internationales de l’Inalco en 1990 • Treize ans de carrière dans le secteur bancaire (BCEN-Eurobank, Banque arabe et internationale d’investissement, Arab Banking Corporation) • Rejoint General Electric en 2003 • Nommé PDG de GE Healthcare Africa le 15 juin 2012 d’origine algérienne. « Par chance, depuis près de trois ans, nous assistons à un engouement des investisseurs vis-à-vis de l’Afrique », ajoute-t-il. Au Maghreb, sur fond d’explosion des maladies chroniques, sa priorité est de « continuer à équiper les hôpitaux publics et privés et les centres de diagnostic en équipements technologiques de pointe ». « Nous devons apporter notre expertise en matière d’oncologie aux pays d’Afrique du Nord qui nous le demandent, pour les aider à concevoir leur plan de lutte

dont le chiffre d’affaires mondial s’élève à plus de 12 milliards d’euros, est l’une des activités phares de GE et compte désormais quatre implantations sur le continent : en Afrique du Sud (depuis la fin des années 1980), en Égypte, en Algérie et au Nigeria. Outre ces quatre plateformes, l’activité de la branche est assurée à travers un réseau de distributeurs locaux dans 35 pays d’Afrique. Aujourd’hui, le groupe américain affiche sa volonté de se développer davantage sur le continent, où il compte plus de 2 500 employés toutes activités confondues. « Au fil des ans, il y a eu une implantation plus importante en Afrique du Nord, mais, depuis environ trois ans, nous avons fait le choix d’augmenter nos investissements en Afrique subsaharienne », explique Farid Fezoua. Côté résultats, le patron préfère ne pas communiquer. « GE ne donne pas de chiffres pour ses entités », dit-il, se contentant d’indiquer que le groupe a déployé plus de 25 000 produits dans des centres médicaux et qu’il a connu une croissance à deux chiffres en Afrique ces trois dernières années. Reste qu’il prévoit d’accroître sa présence au Nigeria et de s’implanter en Angola et en Libye, du fait de l’importance de leurs ressources naturelles, de leur retard en termes d’infrastructures sanitaires et de leur volonté d’investir dans leur système de santé. ● FANNY REY JEUNE AFRIQUE

Décideurs DROIT DES AFFAIRES

Daouda Ba rentre à Bamako

L’avocat malien, associé de Vaughan depuis 2006, pilote la première installation du cabinet parisien en Afrique. Avec pour objectif de développer ses activités dans toute la sous-région.

É

À 40 ans, ce fils d’un fonctionnaire de Ségou (la deuxième ville du pays) a fait une grande partie de ses études à Bamako. Après l’École nationale d’administration, il obtient un diplôme supérieur d’université en droit du travail et de la sécurité sociale en 2001. Il poursuit son cursus à Paris, où il obtient un DEA de droit social en 2002 et un doctorat de droit privé en 2004 à l’université PanthéonAssas. Il conclut son cycle en 2005, avec un certificat d’aptitude à la profession d’avocat, et s’inscrit aux barreaux de Paris (2006) et de Bamako (2011).

! Il est notamment SPÉCIALISTE du droit du travail et du droit bancaire.

CIBLES. « J’ai toujours eu pour

ELMERICH

tabli à Paris en 2005, le cabinet d’avocats d’affaires Vaughan (dix associés) se lance à l’international en ouvrant son premier bureau à Bamako. Arrivé de France le 15 octobre, le Malien Daouda Ba, lui-même associé depuis 2006, pilotera le démarrage des activités. « Nous démarrerons avec deux autres collaborateurs locaux et une assistante », précise-t-il. Si les premiers voyages ont été effectués en novembre 2011 afin de prospecter les clients potentiels du pays, la crise dans le Nord a légèrement retardé une implantation initialement prévue en mars 2012. « Je suis revenu en juin, puis un peu plus tard avec l’un des deux associés fondateurs, Alexis Moisand, raconte Daouda Ba. Entre-temps, nous avions gagné un client. » Initialement spécialisé dans le droit social, le cabinet Vaughan s’est diversifié dans l’immobilier, la fiscalité, la concurrence et les fusions-acquisitions. Ses clients sont des industriels, des éditeurs de logiciels, des logisticiens ou des transporteurs. À Bamako, le premier client est un groupe malien « spécialisé dans l’ingénierie et le

conseil qui souhaite se transformer en holding », précise Daouda Ba. « Nous visons les secteurs des banques, des télécoms, de l’ingénierie et des mines, mais aussi l’État », ajoute-t-il.

projet de rentrer à Bamako. Avec le potentiel d’affaires du pays et de sa région, c’est une des raisons pour lesquelles Vaughan a décidé de s’implanter ici », indique-t-il. La Guinée, le Niger, le Sénégal, le Burkina Faso ou encore la Côte d’Ivoire sont les futures cibles du cabinet. Marié et père d’un petit garçon, Daouda Ba entend s’installer avec toute sa famille si les activités du bureau décollent. À lui de concrétiser. ● MICHAEL PAURON

DR

ON EN PARLE

GILBERT MBESHERUBUSA BAD L’ingénieur burundais est le nouveau vice-président chargé des infrastructures, du secteur privé et de l’intégration régionale de la Banque africaine de développement, où il travaille depuis trente ans. JEUNE AFRIQUE

AHMED KHALIL DELL Cet ancien d’IBM (il y a passé seize ans) a été nommé Co-Site General Manager de Dell Casablanca et directeur régional des ventes pour l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest.

PIETER VERKADE MTN Le directeur général de MTN Chypre deviendra directeur commercial du groupe sud-africain de télécoms en février. Il sera chargé de la direction stratégique de l’innovation, des produits et services et du marketing. N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Finance BANQUE

Paul Fokam

P RÉSIDENT D ’A FRILAND F IRST B ANK

BRUNO LEVY THE AFRICA CEO FORUM

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« Notre rôle est de promouvoir l’esprit d’entreprise » Le banquier camerounais souhaite participer activement au développement des pays dans lesquels son groupe s’implante. Dans son viseur : la Côte d’Ivoire et le Togo, entre autres. Et peu importent les critiques qui pointent la fragilité d’Afriland…

P

aul Fokam est un homme discret, qui ne goûte guère les entretiens avec les médias. Pourtant, Afriland First Bank, le groupe bancaire qu’il a fondé en 1987 au Cameroun, a depuis rayonné, avec une présence dans neuf pays africains, de la Zambie à la Guinée en passant par le Soudan du Sud et la Guinée équatoriale, son principal actif désormais. Le banquier camerounais, en pleine tourmente depuis que la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) l’a mis en cause en début d’année (lire p. 134), livre à Jeune Afrique N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

sa stratégie de développement et sa vision d’une banque au service des entrepreneurs. JEUNE AFRIQUE : Afriland a été un des premiers groupes bancaires africains à ouvrir des filiales dans d’autres pays du continent. Mais depuis, d’autres sont allés plus vite que vous. Pourquoi ? PAUL FOKAM : Les stratégies de

développement dépendent essentiellement de la vision de chaque groupe. Dans notre cas, nous avons deux façons de voir le développement de l’Afrique. D’abord sous l’aspect de la promotion de l’entreprise

et de l’entrepreneur. Les entreprises africaines sont en grande majorité des PME et des PMI. Les capitaux internationaux n’étaient pas prêts à investir dans ces entreprises sous prétexte que le risque était important, nous avons adopté un rythme de développement rapporté à nos propres moyens. Le deuxième aspect est celui de la création de richesse dans les milieux pauvres. Nousnevoulonspasêtreseulement une banque qui fait des profits, mais une banque citoyenne qui pense aux populations exclues. Parce que c’est de ces populations que viendront les clients de demain. JEUNE AFRIQUE

Finance Venez-vous de reprendre Access Bank Côte d’Ivoire ?

Nous sommes en négociation exclusive pour une période donnée. Nous discutons avec au moins trois banques en Afrique de l’Ouest, dont BIA Togo. Nous comptons nous implanter dans l’UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine, NDLR] en 2013. Cela peut être en Côte d’Ivoire ou ailleurs. Le Gabon vous intéresse-t-il ?

Nous voulons participer activement au développement des pays dans lesquels nous nous implantons, et nous ne sommes pas toujours très pressés d’entrer dans des économies relativement développées. Dans quels pays allez-vous vous implanter prochainement ?

Nous avons parlé de la Côte d’Ivoire. Nous sommes déjà au

Soudan du Sud. La Tanzanie, le Mozambique, l’Ouganda et le Tchad sont tous des pays dont les économies peuvent avoir immédiatement besoin de nos services. Nous avons aussi travaillé sur un projet au Zimbabwe, mais nous y

Nous voulons être une banque citoyenne qui pense aux populations exclues. avons renoncé pour deux raisons : la loi d’indigénisation et le minimum de capital de 100 millions de dollars [75 millions d’euros], qui, à notre avis, ne se justifie pas. Aux États-Unis, il faut 10 millions de dollars, 7 millions d’euros en Europe. Difficile de comprendre qu’on nous demande 100 millions dans une économie qui a un potentiel bien trop faible, pour ne pas

dire insignifiant, par rapport aux pays précités. C’est aussi le capital désormais requis en Zambie, où vous comptez une filiale…

Nous n’avons pas de solution à court terme, mais nous pensons qu’il est possible d’expliquer aux dirigeants du pays le bien-fondé d’une politique davantage axée sur le développement économique et sur la nécessité d’avoir des banques innovantes capables d’apporter des solutions idoines aux besoins de l’économie.

Il y a quelques années vous avez créé un holding, Afriland First Group, qui regroupe toutes les filiales bancaires et qui est basé en Suisse. Pourquoi ce choix ?

Nous avions besoin d’une politique générale identique dans toutes nos banques, avec les mêmes manières d’opérer. La ● ● ●

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Finance ● ● ● Suisse est l’une des meilleures places financières au monde, avec les moyens de communication les plus appropriés, susceptibles de toucher toutes nos unités en temps réel. Être sur cette place nous permet aussi de mobiliser plus rapidement les fonds nécessaires à notre développement, avec une meilleure visibilité.

exemple, sont placées en Afrique pour des raisons de commodité.

Afriland est présent dans 9 pays africains

Que vous ont inspiré les difficultés de Commercial Bank, l’autre grand groupe bancaire camerounais ?

Nous ne sommes pas un grand groupebancairecamerounais, nous sommes un groupe bancaire africain. Je suis certes de natioQui sont les actionnalité camerounaires de ce holding? naise, mais nous Le FMO [l’agence avons d’autres Guinée de développement actionnaires qui Cameroun Soudan du Sud ne sont pas camenéerlandaise], le Liberia Guinée équatoriale rounais. Je n’ai DEG [son homoCongo São Tomé pas de commenlogue allemande] RD Congo e Príncipe taires ou d’anaet un groupe d’Africains dirigé par moilyse particulière Zambie même. Le capital est sur les difficultés de plus de 300 millions de Commercial d’euros. Les fonctions Bank. On peut aussi organisationnelles et de parler des difficultés coordination, à savoir les resdes banques nigérianes, sources humaines, la direction par exemple. Notons que quand générale, la direction du risque, Citi aux États-Unis ou Fortis en la direction du contrôle des Europe ont connu des difficultés, engagements et la direction du les autorités ont tout fait pour les marketing, sont basées à Genève. sauver. En Afrique, on a l’impresD’autres fonctions très opérasion que certains sont contents qu’une banque disparaisse. tionnelles, telles que l’audit par

Ceux-là semblent ignorer que la faillite d’une seule banque a sans doute un impact désastreux sur l’ensemble du système bancaire et, partant, sur l’économie. Un rapport récent de la Cobac attaque lourdement votre groupe et sa gestion. Contestez-vous les éléments contenus dans ce document ?

Je ne suis pas habitué à commenter les rapports de la Commission bancaire dans la presse, malgré le fait que ce rapport se trouve aujourd’hui sur la place publique alors qu’il est supposé être confidentiel. Le principe d’un tel rapport, c’est la contradiction. Il y a eu un problème d’interprétation des textes. Nous avons fait connaître nos observations. Le dossier a été remis à une tierce partie, en l’occurrence les commissaires aux comptes. Nous attendons leurs conclusions. Le rapport de la Cobac parle de fonds propres négatifs. Pouvezvous rassurer vos clients ?

Vous les avez rassurés vousmême dans une édition antérieure

QUAND LA COBAC S’EN MÊLE

D

epuis avril, Afriland First Bank a la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) contre lui. Cette dernière a en effet enclenché une procédure disciplinaire à l’encontre de la filiale camerounaise de la banque et de ses dirigeants, dont Paul Fokam. Dans une charge brutale, l’institution de surveillance reproche notamment les conditions dans lesquelles les participations de la banque dans les autres filiales du groupe ont été cédées à Afriland First Group, le holding basé en Suisse ; mais aussi une gouvernance insuffisante. « Le président du conseil d’administration s’ingère

souvent dans la gestion courante, reléguant la direction générale au second rang », note ainsi le rapport de la Cobac, qui estime que le contrôle interne et la lutte contre le blanchiment sont insuffisants. Interrogé sur le sujet, Paul Fokam précise que les règles de bonne gouvernance sont appliquées au sein de son groupe. Le rapport estime également que « près de 40 % des engagements sont improductifs », avec « une sinistralité importante en grande partie imputable aux engagements portés sur les entreprises du groupe que la banque […] finance de manière inconsidérée

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

depuis plusieurs années, directement ou à travers ses filiales CenaInvest et Sapa ». Paul Fokam commente : « Je ne possède pas d’entreprises en tant que telles, j’ai une université privée qui n’emprunte pas d’argent à la banque.Tout ce qu’on peut vous dire d’autre est faux. » Le banquier camerounais ajoute : « Si vous lisez bien le rapport, vous comprendrez que l’essentiel de ce qui s’y trouve est faux. La banque a créé un fonds d’investissement [CenaInvest, NDLR], qui prend des parts minoritaires dans des entreprises – dont je ne connais même pas certains promoteurs – dans toute l’Afrique centrale. En

quoi suis-je concerné ? Il y a une ignorance de certains, qui font des interprétations malveillantes. » L’épée de Damoclès reste toutefois au-dessus de la filiale camerounaise : outre la procédure disciplinaire enclenchée, la Cobac évalue à 57,4 milliards de F CFA « au moins » (87,5 millions d’euros) les fonds propres supplémentaires nécessaires pour couvrir les provisions qu’elle recommande. Paul Fokam dément, ajoutant que l’actionnariat de son groupe, composé de deux institutions financières européennes de renom (FMO et DEG), est suffisamment solide. ● F.M. JEUNE AFRIQUE

Baromètre de votre journal. Les performances d’Afriland First Bank, sa rentabilité, la distribution de dividendes tous les ans, sa liquidité, ses positions dans tous les pays et la qualité de ses services sont là pour mettre en évidence la solidité du groupe. Et même s’il était prouvé qu’une de nos banques était en difficulté, la solidité de son actionnariat permettrait de résoudre le problème. Pensez-vous que l’Afrique soit un terrain de plus en plus favorable à la création d’entreprise ?

Contrairement à ce que laisse entendre une certaine opinion, l’Afrique est un terrain favorable à la création d’entreprise et donc à la création de richesse. Les sociétés qui mesurent le risque en Afrique exagèrent et multiplient celui-ci par deux ou trois. Le continent est une importante réserve d’hommes et de consommateurs. Que dire de l’entrepreneuriat en Afrique ?

De façon globale, il y a un manque de maturité entrepreneuriale. Le rôle des banques, c’est d’inciter, de promouvoir le concept même de l’entreprise. Beaucoup d’entrepreneurs considèrent ainsi l’entreprise comme quelque chose à laquelle ils doivent être attachés à vie et pensent que posséder seuls des actions dans une entreprise leur garantit quelque chose. Cela ne leur garantit rien du tout, si ce n’est l’échec. Quel regard portez-vous sur la croissance économique soutenue en Afrique au cours de ces dernières années ?

Ce n’est que de la poudre aux yeux. Pour une raison toute simple. L’Afrique enregistre un taux de croissance économique de 5 %, mais son taux de croissance démographique moyen, qui est de 2,8 %, ainsi que son taux d’inflation moyen, qui est de 3 % obèrent cette performance. L’Afrique se doit de réaliser une croissance minimum de 10 % pour espérer changer la donne. ● Propos recueillis par STÉPHANE BALLONG

Finance

Carton plein pour les brasseurs VALEUR

Nigerian Breweries EABL Solibra SAB Miller Delta Corporation SFBT Zambian Breweries Namibia Breweries Brasseries du Maroc Guinness Nigeria

BOURSE

COURS au 19 décembre (en euros)

ÉVOLUTION depuis le début de l’année (en %)

LAGOS

0,75

+ 68,28

NAIROBI

2,31 350,63 3 508,29 0,95 6,34 0,41 113,79 197,72 1,23

+ 52,39 + 41,10 + 39,04 + 35,71 + 14,75 + 12,00 + 5,33 + 4,91 + 1,60

ABIDJAN JOHANNESBURG HARARE TUNIS LUSAKA WINDHOEK CASABLANCA LAGOS

LES BRASSEURS AFRICAINS se portent bien. Les dix premières capitalisations du secteur finissent toutes l’année sur une note positive. Face à des évolutions économiques souvent incertaines, les brasseries et sociétés de boissons jouent à plein leur rôle de valeurs défensives. East African Breweries (EABL), qui a annoncé des bénéfices 2011-2012 en hausse de 44,6 %,

a vu son cours s’envoler au second semestre.Tout comme Nigerian Breweries, qui continue d’afficher des taux de croissance de ses ventes à deux chiffres. Même Guinness Nigeria, qui souffre (lire ci-dessous), ou Brasseries du Maroc, dont la situation n’est plus si florissante, résistent. Réduction du pouvoir d’achat oblige, rien n’indique que 2013 soit aussi porteur. ●

Valeur en vue GUINNESS NIGERIA Un positionnement affaibli NOTRE RÉCENTE VISITE AU NIGERIA nous amène à revoir à la baisse nos estimations sur Guinness Nigeria, en raison de son positionnement plus faible qu’anticipé. En effet, la part de marché du deuxième brasseur nigérian (en volumes) dans les segments stout et malt apparaît bien en deçà de nos prévisions antérieures, mais aussi des 30 % mentionnés par Diageo, sa maison mère, en 2011. De notre point de vue, la pénétration des produits souffre des pressions exercées sur le revenu par habitant, de problèmes de Andy Gboka Analyste chez Exotix distribution et de la volonté de Nigerian Breweries de pousser ses marques. Au cours du troisième trimestre 2012, l’activité est restée stable, un élément inquiétant lorsqu’on le rapporte à la capacité supplémentaire installée par la société (environ 1 million d’hectolitres sur les douze derniers mois, selon nos estimations). D’une part, il est peu probable que le reste de l’année 2012-2013 soit plus encourageant. D’autre part, la visibilité sur la croissance des bénéfices à long terme reste floue. Enfin, nous continuons de penser que la faible part de marché dans la bière blonde empêche la société de bénéficier pleinement du potentiel de croissance de l’industrie. » ● BOURSE

CA 2011-2012

COURS 19.12.2012

OBJECTIF

Lagos

616 millions d’euros (+ 3 %)

254 nairas

191 nairas

et FRÉDÉRIC MAURY JEUNE AFRIQUE

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Dossier Hydrocarbures

INTERVIEW

Jean-François Hénin PDG de Maurel & Prom

CONCURRENCE

Quand les juniors taquinent

les majors

PROSPECTION

FORMATION

Poker menteur au Maroc

Le Gabon à bonne école

STRATÉGIE

Rien n’arrête Sinopec

PORTRAITS

Entrepreneurs par essence

INGÉNIERIE

Technip parie sur les abysses

Depuis une dizaine d’années, les sociétés indépendantes sont à l’origine de la plupart des découvertes de pétrole en Afrique. Poussant parfois les multinationales bien installées à se remettre en question. MICHAEL PAURON

! Le britannique TULLOW OIL a mis au jour de nombreux gisements, notamment sur le lac Albert, en Ouganda.

HO/REUTERS

D

Reste que les grandes découvertes se font plus rares du côté des majors. Il y a bien l’Angola, avec les champs Girasol, Dalia ou Pazflor du français Total, ou encore les réserves de gaz considérables découvertes au large du Mozambique par l’italien Eni depuis 2011 (lire p. 151). Mais, pour la plupart, les majors sont arrivées après la bataille et l’ont payé cher : 1,1 milliard d’euros pour Eni pour acquérir M’Boundi, 2,1 milliards d’euros pour Total et le chinois Cnooc pour s’octroyer deux tiers des blocs en Ouganda… « Cela nous coûte évidemment plus cher d’entrer sur un permis déjà exploré que de le faire nous-mêmes », avoue un cadre d’une grande société du secteur.

ifficile d’admettre ouvertement s’être fait bousculer par plus petit que soi. C’est pourtant un peu le sentiment des supermajors pétrolières à l’évocation du succès, depuis une dizaine d’années et particulièrement en Afrique, des compagnies indépendantes – ou juniors. Tullow Oil, Afren, Maurel & Prom (lire pp. 140-141), Kosmos Energy, African Petroleum… Elles seraient plus de 700 à s’activer dans les contrées inexplorées du continent. « L’arrivée massive des indépendants a été un facteur important pour le développement du secCOURSE. Ces coups de boutoir ont-ils suffi à teur pétrolier en Afrique », explique Duncan Clarke, bousculer la stratégie du moindre risque adoptée consultant et écrivain spécialiste des questions depuis plusieurs années par les majors? « Certaines pétrolières en Afrique. « Ils ont ouvert supermajors ont remarqué l’accroisde nouvelles frontières, augmenté le sement rapide des actifs des juniors et Les grands flux d’affaires et sont devenus les parteleur ont emboîté le pas pour devenir groupes naires des grands groupes pétroliers et plus actives dans les zones frontapétroliers des entreprises d’État. Leur empreinte lières », remarque Duncan Clarke. a augmenté au cours de la décennie Total a ainsi décidé de tenter sa chance sont arrivés et continuera d’augmenter dans les en Côte d’Ivoire sur le prolongement après la dix années à venir », poursuit-il. Un de Jubilee. Eni, dont la stratégie, dans bataille… phénomène pas uniquement africain: la foulée de Jubilee, fut de frapper en Guyane française, le britannique partout, a finalement rencontré le et l’ont Tullow Oil est ainsi à l’origine d’une succès au Mozambique. « Les superpayé cher. majors se rendent compte qu’elles ne mise au jour qui devrait dépasser les 500 millions de barils de réserve. doivent pas seulement se regarder, mais aussi entrer dans la course avec les petites. SENSATION. Parmi les succès africains de ces On a pu également remarquer une augmentation dernières années, le champ Jubilee, découvert au des partenariats entre supermajors et petites large du Ghana en 2007 par Tullow Oil et l’américain entreprises », relève encore Duncan Clarke. Kosmos Energy, est resté dans toutes les mémoires Dans l’organisation même des majors, la avec ses 1,5 milliard de barils de réserve. Aidan transformation est palpable. Alors que Tullow Heavey, directeur exécutif de Tullow Oil, marquera Oil a récemment mis la main sur un géologue une fois de plus les esprits, en 2010, avec l’annonce d’ExxonMobil, il devenait urgent pour les lead’une nouvelle découverte de taille, en Ouganda, ders de se moderniser. Les services exploration sur le lac Albert, avec son compatriote Heritage ont repris leur place d’antan, au cœur de leur Oil. Au final, ce sont 2,5 milliards de barils qui ont stratégie. « Dans les juniors, les géologues sont été mis au jour sur le lac. En 2001, déjà, le franintéressés aux résultats, raconte un cadre de çais Maurel & Prom avait fait sensation, avec les l’industrie pétrolière. On leur fait confiance, ils 250 millions de barils de brut découverts au Congo ont la possibilité d’explorer de nouveaux horisur le permis de M’Boundi, alors que la société zons… C’est beaucoup plus excitant et, si ça cotée à Paris démarrait tout juste ses activités marche, très gratifiant. » Chez les indépendants, dans le secteur de l’exploration-production. Des le recours à d’anciens géologues qui connaissent succès significatifs, bien qu’ils restent rares. « Les bien le terrain est monnaie courante, alors que les risques pris ne sont pas toujours payants », tempère majors ont tendance à trop déplacer leur matière Jean-François Hénin, patron de Maurel & Prom. grise. Certaines régions africaines (l’Afrique de

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Dossier Hydrocarbures l’Est notamment), aujourd’hui en plein MAROC - 2012 boom, avaient d’ailleurs été explorées Mazagan NC il y a une trentaine d’années par Pura Vida Energy les grandes… MAURITANIE - 2006 Dans le discours aussi, Chinguetti on évolue. Christophe de 34 millions de barils Woodside Margerie, PDG de Total, OUGANDA - 2006 aime ainsi dire et redire 2,5 milliards de barils NC SIERRA LEONE - 2009 Lac Albert depuis deux ou trois Anadarko Tullow Oil, NC ans que « Total va de Heritage Oil LIBERIA - 2012 NC nouveau prendre African Petroleum KENYA - 2012 des risques », tout en Ngamia CÔTE D’IVOIRE - 2001 Tullow Oil, avouant à mots couGHANA 2007 Baobab Africa Oil verts qu’il « préfère Jubilee 200 millions de barils 1,5 milliard de barils un forage positif à un Canadian Natural Tullow Oil, Resources forage sec ». Prendre Kosmos Energy des risques, mais pas MOZAMBIQUE - 2011 23 milliards de barils CONGO - 2001 trop… « Il y aura d’autres Gaz équivalent pétrole M’Boundi Jubilee ! » prédisait déjà Anadarko, Eni 250 millions de barils Paolo Scaroni, le patron Maurel & Prom d’Eni, avant d’être à l’oriPAYS - Date de la découverte gine du succès mozambicain. Lieu ou gisement « Nous avons changé la vision Réserves estimées Société exploratrice des majors sur l’exploration pétrolière, nous en sommes sûrs », estime pour sa part George Cazenove, le porteÀ l’exception du Mozambique, les principales parole de Tullow Oil.

découvertes sont le fait de juniors

LONG TERME. Y a-t-il pour autant une recette ? « La réussite n’est possible que grâce à une stratégie de long terme », poursuit George Cazenove, rappelant que Tullow Oil, coté à Londres, travaille depuis vingt-sept ans d’arrache-pied : « Il est important de connaître la géologie des pays : au Kenya [où de premières découvertes ont été réalisées, NDLR], nous avions remarqué des thèmes géologiques similaires à ceux du lac Albert, en Ouganda. Nous nous appuyons aussi beaucoup sur les sociétés locales et les populations. » Pour d’autres habitués des dossiers pétroliers africains, la réalité est parfois plus abrupte : « Dans certains pays, comme en Guinée, au Liberia ou en Sierra Leone, les juniors peuvent avoir accès plus facilement au domaine minier que les majors, qui les rejoignent ensuite par acquisition de licence », affirme un spécialiste, évoquant des soupçons de corruption. Mais la réponse se trouve aussi du côté de « l’imagination », selon Jean-François Hénin. Les juniors, qui ciblent principalement de petits gisements, tombent parfois sur de grosses découvertes, mettant en évidence des pièges stratigraphiques inexplorés jusqu’alors. Exemple avec Kosmos, au Ghana : les dirigeants étaient d’anciens cadres de Triton Energy, une société à l’origine de la découverte, en 1999, du champ de Ceiba, en Guinée équatoriale. Lorsqu’ils sont tombés sur Jubilee, ils cherchaient le même thème géologique… Reste que peu s’aventurent dans la production : souvent meilleurs explorateurs que développeurs, N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Typologie des pétroliers  SIX SUPERMAJORS: ExxonMobil, Shell, BP, Total, ChevronTexaco, ConocoPhillips  LES MAJORS, dont le nombre peut varier, sont aussi connues sous le nom International Oil Companies (IOC) : Eni, Gazprom, Cnooc…  LES ENTREPRISES PUBLIQUES: Aramco, Sonatrach, NNPC…  Les autres sont définis, selon leur taille, comme JUNIORS ou SUPERJUNIORS

les indépendants préfèrent généralement vendre leurs actifs aux plus offrants (Heritage Oil en Ouganda, Cove Energy au Mozambique…). Les quelques tentatives d’exploitation ont d’ailleurs été assez décevantes, comme en Mauritanie, où le champ de Chinguetti (découvert par l’australien Woodside) n’aura jamais tenu ses promesses en termes de volume de production. Au Ghana aussi, l’objectif de 120 000 barils par jour se fait toujours attendre. « Nous allons régler le problème, c’est évident », assure le porte-parole de Tullow Oil. Sur la question de leur dépendance technique et financière par rapport aux majors, George Cazenove est catégorique : « Nous n’avons pas besoin des majors pour développer nos champs. Mais, dans certains cas, comme en Ouganda, où il faudra une raffinerie et un pipeline de plusieurs milliers de kilomètres, leur expertise est nécessaire. » Ainsi que leurs fonds… Les exemples de juniors devenues « super-indépendantes » comme Tullow Oil – qui ne supporte plus d’être qualifiée de junior – sont rares. « Il y en a d’autres, comme Afren [cotée à Londres]. Mais seules quelques-unes suivront le mouvement dans les années à venir », précise Duncan Clarke. Beaucoup, au contraire, disparaissent, et d’autres encore disparaîtront. Enfin, elles seront de plus en plus locales : quelque 120 juniors africaines, déjà actives sur le continent, pourraient bien à terme bousculer leurs grandes sœurs. ● JEUNE AFRIQUE

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Le Groupe

Dossier Hydrocarbures

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Jean-François Hénin

PDG

DE

M AUREL & P ROM

HAMILTON/REA

INTERVIEW

« Soit nous sommes rachetés, soit nous fusionnons » Le patron de Maurel & Prom détaille sa stratégie en Afrique et dévoile ses ambitions pour l’avenir. L’occasion, aussi, de répondre aux rumeurs de vente du groupe français.

A

vec un chiffre d’affaires de 374 millions d’euros en 2011 (et 322 millions sur les neuf premiers mois de 2012) et des réserves de 250 millions de barils équivalent pétrole dans onze pays, dont six africains (Congo, Gabon, Namibie, Nigeria, Mozambique et Tanzanie), Maurel & Prom (M&P) est une compagnie indépendante atypique. D’une société maritime spécialisée sur l’Afrique de l’Ouest créée en 1813, le groupe, coté à Paris et à Lagos, s’est progressivement transformé, pour démarrer la N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

production de pétrole au Congo en 2000 avec quelque 188 barils par jour. Sa production quotidienne a dépassé les 22 000 barils en décembre. JEUNE AFRIQUE : Quelles sont les perspectives financières et de production de M&P pour 2012 et 2013 ? JEAN-FRANÇOIS HÉNIN : Nous

espérons principalement augmenter notre production l’année prochaine au Gabon, grâce à l’utilisation d’un produit pour détruire la gangue qui se forme autour des

puits et nous empêche d’atteindre nos prévisions. Le produit, élaboré avec Rhodia, sera testé début janvier 2013. Un autre produit devrait nous permettre de mieux contrôler l’injection d’eau [utilisée pour mettre le puits sous pression, NDLR]. Si tout fonctionne, nous espérons atteindre 33 000 barils par jour. Début 2013, au Congo, nous allons faire deux ou trois puits sur une zone identifiée par une entreprise qui recherchait de la potasse, et nous allons voir si le pétrole mis au jour est commercialisable. Enfin, en Namibie, nous avons quatre blocs avec Petroleum Geo-Services. Il devrait y avoir une bonne surprise de ce côté-là aussi. Financièrement, il n’y aura pas de révolution, car l’effondrement d’une plateforme au début de l’année a pesé sur nos volumes de production, mais l’exercice 2012 devrait néanmoins être meilleur que celui de 2011. JEUNE AFRIQUE

Dossier Vous êtes présents en Tanzanie et au Mozambique, zone hyperactive depuis les découvertes gigantesques de gaz par Anadarko et Eni… Quelle y est votre position ?

Notre objectif est de jouer un rôle sur les marchés locaux. Nous avons mis au jour 800 millions de pieds cubes de gaz [22,6 millions de m3], mais nous pensons multiplier par trois ces réserves dans les années à venir. Nous aurions ainsi de quoi satisfaire la demande locale pour plusieurs années. Depuis plusieurs mois, le doute persiste sur une éventuelle vente de M&P. Où en êtes-vous ?

Nous avons dit publiquement que M&P, qui prend des risques élevés au niveau technique en particulier, n’est pas assez grand pour être autonome financièrement. De plus, nous avons subi la crise financière. Il y a deux options aujourd’hui : soit nous sommes rachetés par des sociétés nationales, qui feront de nous leur fer de lance à l’étranger car elles manquent d’expérience, soit nous grandirons par fusions successives. Le nom de Sinopec a été avancé comme futur repreneur…

Sinopec est à l’affût de toutes les opportunités… Nous n’avons pas d’autres commentaires sur le sujet. Il se dit aussi que vous souhaitez vous diversifier dans les biocarburants. Qu’en est-il exactement?

C’est un domaine qui m’intéresse. J’ai investi à titre personnel

ses activités pétrolières en 2000 avec 30 millions d’euros de fonds propres. Puis nous avons découvert en 2001 le champ de M’Boundi, au Congo, qui recelait 250 millions de barils [il a été revendu en 2007 à Eni pour 1,1 milliard d’euros]. Même chose au Gabon… Depuis notre démarrage, notre valorisation a été multipliée par cent.

dans une société française qui pourrait avoir trouvé le moyen de transformer la paille, le bois et l’herbe sèche en carburants et en produits pour l’industrie chimique. Nous sommes, j’en suis convaincu, à la veille d’une révolution dans ce domaine. J’attends néanmoins des résultats indus-

Maurel & Prom n’est pas assez grand pour être autonome financièrement. triels concrets et la preuve de la rentabilité d’une telle technique pour proposer le projet au conseil d’administration de M&P. L’une des conditions de réussite est que le prix du baril reste élevé. Depuis une dizaine d’années, un certain nombre de juniors du secteur pétrolier marquent des points en Afrique. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Il existe aujourd’hui deux business models chez les indépendants. Il y a ceux qui reprennent en main de vieux gisements qui n’intéressent plus les majors, car leurs coûts de fonctionnement sont supérieurs à la rentabilité du champ. C’est un modèle éprouvé, qui fonctionne bien. L’autre option consiste à rechercher de nouveaux thèmes géologiques et à espérer tomber sur le bon gisement afin d’améliorer la valorisation de la société. M&P a ainsi démarré

46% C’est le taux de découverte sur la centaine de puits d’explorationappréciation forés en dix ans par M&P

Les indépendants sont régulièrement attaqués pour leurs pratiques douteuses, leur manque de transparence et de responsabilité environnementale. Des accusations dont vous avez vous-mêmes fait l’objet…

Des gens nous ont effectivement accusés, au Congo, de ne pas avoir respecté les règles de bonne gouvernance. Mais nos meilleurs avocats, au final, étaient des ONG de terrain. Nous ne savons pas qui est à l’origine de ces attaques. Pour les autres sociétés, je ne peux pas parler à leur place. Mais les indépendants sont souvent dirigés par des anciens cadres du secteur, et leurs préoccupations écologiques sont importantes. Il y a forcément des bandits, et c’est vrai qu’il y a une vingtaine d’années des gens ont fait n’importe quoi. Mais vous le savez, désormais, une minifuite devient une affaire d’État… Projetez-vous de vous développer dans d’autres pays ?

Oui. Nous espérons annoncer prochainement notre entrée dans au moins deux nouveaux pays, dont un en Afrique. ● Propos recueillis par MICHAEL PAURON

141

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Dossier Hydrocarbures PROSPECTION

Poker menteur au Maroc

Bénéficiant d’hypothétiques ressources en pétrole et en gaz, le royaume tente d’attirer les sociétés d’exploration à coups de contrats avantageux. Espérant décrocher le gros lot, les juniors jouent le jeu.

L

e Maroc intégrera-t-il un jour le cercle fermé des pays producteurs d’hydrocarbures ? Ce vieux serpent de mer défraie périodiquement la chronique, comme ce fut le cas en mai. À l’origine de l’agitation médiatique, cette annonce : le champ offshore de Mazagan, au large d’Essaouira, recèlerait 3,2 milliards de barils de brut. Cette estimation – réévaluée à 7 milliards de barils en septembre – émane de l’australien Pura Vida Energy. Spécialisée dans l’exploration de gisements pétroliers, la société bénéficie d’une licence décernée par l’Office national des hydrocarbures et des mines (Onhym). Un mois auparavant, le britannique Longreach Oil & Gas faisait état de possibles ressources, estimées à 2,1 milliards de barils de pétrole et 28 milliards de mètres cubes de gaz naturel, dans les blocs offshore de Foum Draa et Sidi Moussa.

Des annonces spectaculaires

Océan Atlantique RABAT Casablanca

Mazagan

7 milliards de barils*

Marrakech Essaouira

Agadir

Foum Draa et Sidi Moussa 2,1 milliards de barils*

ALGÉRIE

Laayoune

MAURITANIE

MALI 400 km

* Réserves potentielles de pétrole

Benkhadra. Ainsi déclarait-elle en avril, dans les pages de l’hebdomadaire L’Observateur du Maroc, que l’annonce de Longreach Oil & Gas ne concernait que des « ressources potentielles » résultant des « premières phases d’exploration ». De là à dire que le Maroc est un miroir aux alouettes, il y a un pas. Pour attirer les entreprises pétrolières,l’Onhymproposedescontrats très avantageux : Pura Vida Energy

EMBALLEMENT. Info ou intox ? « Ces chiffres, qui correspondent à ce qu’on appelle des estimations de “ressources prospectives”, sont classiques dans l’industrie pétrolière. Mais ils ne sont en aucun cas des estimations de réserves », clarifie Francis Perrin, directeur de la rédaction de Pétrole et Gaz arabes. L’Onhym prend d’ailleurs soin de tempérer tout emballement, par la voix de sa directrice, Amina

détient ainsi 75 % de participation sur la licence de Mazagan. Les majors ne jugeant pas le Maroc prioritaire – du moins sur le secteur des hydrocarbures conventionnels –, les juniors spécialisées dans l’exploration ont les coudées franches pour répondre à l’appel. « Leur modèle économique n’est pas tant de produire le pétrole que de découvrir des gisements en limitant le risque, observe Christian Besson, analyste de l’Agence internationaledel’énergie.N’ayantgénéralement pas de cash pour assurer la production, elles ont donc intérêt à faire “monter la sauce” [en communiquant sur des ressources prospectives prometteuses, NDLR] afin de vendre au mieux tout ou partie de leur licence à une compagnie productrice. » PATIENCE. Beaucoup d’indépendants auraient prospéré de la sorte, mais seuls des forages concrétiseront ces espoirs. L’Onhym s’arme de patience, sa directrice n’évoquant la possibilité de premiers forages sur le champ offshore de Mazagan qu’à l’horizon 2014, sous réserve que la phase d’exploration s’avère concluante. Pendant ce temps, l’office continue de conclure de nouveaux contrats de partenariat avec des entreprises de l’amont (90 licences étaient attribuées fin octobre, dont 59 offshore). Selon l’Onhym,letotaldesinvestissements

En 2011, les investissements des compagnies d’exploration ont dépassé 100 millions d’euros. descompagniesd’explorationpétrolière a atteint l’an dernier près de 1,2milliarddedirhams(108millions d’euros). ● IDIR ZEBBOUDJ

LE PRÉCÉDENT BRÉSILIEN POUR NOURRIR leurs espoirs, les compagnies pétrolières prospectant au large du Maroc ont le regard tourné vers l’ouest. « Leur argument est que la géologie présente au large des côtes du Brésil se

retrouve au large de celles d’Afrique [lire aussi p. 158, NDLR] », explique Christian Besson, de l’Agence internationale de l’énergie. Par ailleurs, ces couches géologiques renfermant de possibles gisements

N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

d’hydrocarbures au large de l’Afrique échappaient jusqu’ici aux techniques d’investigation sismique, car recouvertes d’amas de sel. Un biais surmonté depuis une dizaine d’années par la mise au

point de nouvelles techniques d’imagerie 3D, reposant sur l’étude de la réflexion d’ondes acoustiques envoyées dans les couches géologiques. ● I.Z. JEUNE AFRIQUE

Dossier RD CONGO

Les dessous d’un gâchis

Malgré un potentiel indéniable, la prospection reste marginale, et le secteur tarde à se réformer. Qu’est-ce qui ne va pas à Kinshasa ?

A

vec les 25 000 barils extraits chaque jour par le franco-britannique Perenco dans la province du Bas-Congo, la RD Congo est loin de jouer dans la cour des grands. Ce n’est pourtant pas faute d’un potentiel important, en particulier dans les zones frontalières de l’Ouganda et de l’Angola. Si, dès 2005, la prospection a été engagée dans le bassin côtier (six blocs octroyés) et dans le graben Albertine (quatre blocs octroyés sur les cinq délimités), elle reste insignifiante dans la Cuvette centrale, une vaste zone découpée en une vingtaine de blocs, ainsi que

Dans l’Est, les gisements sont convoités par des groupes armés.

dans le graben Tanganyika et le lac Upemba où, respectivement, dix et trois blocs ont été ouverts depuis 2010, aucun n’ayant encore été attribué. LENTEUR. Longtemps marginalisé

dans la politique économique du pays, le secteur pétrolier pâtit d’un manque de stratégie et de gouvernance qui explique en partie la lenteur des réformes. Ainsi, bien que prévue dans l’accord triennal signé le 11 décembre 2009 avec le Fonds monétaire international (FMI), la promulgation du code des hydrocarbures traîne. Seule laréglementation fiscale a été actualisée.

Au chapitre des entraves : la corruption, le déficit d’informations sur les contrats signés, le montant variable des bonus et le manque de respect des engagements pris. Les blocs 1 et 2 du graben Albertine ont ainsi été attribués à Tullow Oil et Heritage Oil, puis aux sud-africains Divine Inspiration Group et PetroSA, avant de revenir en 2010 aux sociétés Caprikat et Foxwhelp, immatriculées dans les îles Vierges britanniques. À ceci s’ajoutent des différends frontaliers : sur le bassin côtier, la RD Congo et l’Angola sont en conflit sur la délimitation des espaces maritimes ; sur le lac Albert, les tensions avec l’Ouganda sont toujours d’actualité, tandis que les groupes armés présents dans l’Est ne demandent qu’à prendre le contrôle des gisements. Enfin, l’activité pose des questions environnementales, notamment dans le Bas-Congo et dans le parc national des Virunga. ● MURIEL DEVEY

Bénéficier du bon éclairage ouvre de nouvelles perspectives Deloitte, ce n’est pas seulement un leader des services professionnels fortement implanté en Afrique francophone et sur le reste du continent depuis plus de trente ans. C’est aussi une offre de services reconnue dans le secteur de l’énergie. Combinant la qualité des ressources locales et l’apport de compétences d’un réseau international, les experts Deloitte apportent aux sociétés innovantes des réponses sur-mesure de haut niveau face aux enjeux majeurs de leur développement.

© 2012 Deloitte SA - Deloitte Touche Tohmatsu Limited

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Société camerounaise des dépôts pétroliers TOUJOURS PLUS PERFORMANTE POUR VOUS SERVIR

Depuis 1979, la Société camerounaise des dépôts pétroliers met à disposition des Camerounais les produits pétroliers nécessaires à l’exercice de leurs activités. Elle continue d’améliorer ses capacités et ses services à travers un ambitieux plan d’investissement.

L

a Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) a été créée le 1er juillet 1979 pour faire face aux problèmes alors fréquents d’approvisionnement en hydrocarbures au Cameroun. Sa principale mission est de satisfaire les consommateurs camerounais en mettant à leur disposition, sans ruptures, des produits pétroliers en quantité et qualité suffisante à travers ses treize dépôts. Son montage orignal, qui en fait une société anonyme à participation publique et privée (51 % État, 49 % partenaires étrangers), lui permet de d��gager les moyens nécessaires à sa constante modernisation à travers des règles managériales modernes. La SCDP exécute actuellement un plan d’augmentation de ses capacités de stockage à l’horizon 2016.

Un ambitieux plan d’investissement à l’horizon 2016 • Réhabilitation de bacs L’augmentation des capacités de stockage à la SCDP passe d’abord par la réhabilitation de ses bacs placés hors service pour travaux. Ces travaux de réhabilitation concernent principalement le dépôt de Bessengué, à Douala.

• Construction de nouveaux bacs Elle passe aussi par la construction de nouveaux bacs pour produits blancs - gazole, super et DPK (Dual Purpose Kerosene) - dans cinq dépôts, à Yaoundé (deux dépôts), Bélabo, Ngaoundéré et Bafoussam. Il est également la construction à Bonabéri et à Yaoundé de deux sphères de stockage de GPL.

• Le terminal hydrocarbures de Kribi La construction du terminal hydrocarbures au port en eaux profondes de Kribi comprend : - un appontement pétrolier pouvant recevoir deux tankers en même temps ; - un dépôt terminal d’une capacité

nominale de 300 000 m3 de produits pétroliers ; - un réseau de pipeline reliant l’appontement pétrolier au dépôt terminal et aux différents quais du port.

• Dépôt de Nsam Suite à la catastrophe mortelle survenue le 14 février 1998, à Nsam, la SCDP et le gouvernement camerounais se sont engagés dans un programme de modernisation et de sécurisation des treize dépôts nationaux. À Nsam a été construite en 2010 l’une des plus grandes platesformes de stockage et de distribution de la SCDP, ainsi qu’une stèle à la mémoire des disparus.

• Augmentation des capacités des dépôts existants Depuis 2010, la SCDP a lancé un programme d’augmentation de ses capacités de stockage à l’intérieur des dépôts existants. À l’horizon 2014, près de 52 000 m3 d’espace supplémentaire de produits blancs et environ 2 700 tonnes de stockage en GPL seront construits.

DIFCOM/DF - PHOTOS : RENAUD VAN DER MEEREN/ÉDITIONS DU JAGUAR

Société camerounaise des dépôts pétroliers

BP 2271 - Douala, Cameroun - Tél. : +237 342 87 54 / 342 86 94 - www.scdp.cm

< PLATE-FORME PÉTROLIÈRE AU LARGE DE LIMBÉ.

<

<

TRAVAUX DU PORT DE KRIBI.

TRAVAUX DU PORT DE KRIBI.

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FORMATION

Le Gabon à bonne école

A

u Gabon, en matière de pétrole, les ressources abondent, pas les compétences locales. C’est pour tordre le cou à ce constat qu’a été créé, début 2010, l’Institut du pétrole et du gaz (IPG) de PortGentil. Pour le gouvernement gabonais, il s’agit de faire de la capitale pétrolière un pôle d’excellence en matière de formation. La vocation de l’institut : dispenser un enseignement supérieur, technique et professionnel pour tous les métiers de l’industrie pétrolière, de l’exploration à la commercialisation des hydrocarbures. Doté d’un budget de 9 millions d’euros, l’IPG est le fruit d’un partenariat public-privé entre Libreville et les sociétés pétrolières présentes dans le pays, au premier rang desquelles Total, Addax Petroleum, Eni, Perenco et Shell. « Nous nous adressons à la fois à des personnes en provenance de sociétés pétrolières et à des jeunes en formation initiale », résume

TOTAL

Ouvert en 2010, l’Institut du pétrole et du gaz de Port-Gentil a vocation à former des techniciens et ingénieurs opérant à tous les niveaux de l’industrie pétrolière. Marc-Antoine Igondjo, directeur de l’établissement. En attendant que les locaux de l’IPG soient livrés à Port-Gentil, fin 2013, l’offre de formation initiale se limite à la certification d’opérateur de production. Elle est ouverte aux Gabonais bacheliers, sur dossier. Concrètement, il s’agit d’alterner théorie et travaux dirigés pendant quatorze mois. « Les cours ont provisoirement lieu dans les locaux de Total pour la partie théorique, et, pour la pratique, sur l’ensemble des sites des sociétés pétrolières productrices au Gabon », précise Marc-Antoine Igondjo. À cela s’ajoutent une quinzaine de sessions annuelles de formation continue destinées aux techniciens et ingénieurs des entreprises pétrolières et parapétrolières. SPÉCIALISTES. Les cours sont dis-

pensés par des spécialistes issus des grands organismes de formation spécialisés (IFP Training en tête), des universités, des grandes

SOLUTIONNEUR

LOGISTIQUE DE BASES VIE

! LES COURS PRATIQUES

ont lieu sur les sites des sociétés pétrolières partenaires (ici Total).

écoles et des entreprises de l’industrie pétrolière et gazière ayant signé une convention avec l’IPG. À terme, l’institut accueillera chaque année une soixantaine d’étudiants – formations initiale et continue mélangées –, originaires du Gabon mais aussi d’autres pays francophones d’Afrique centrale. L’offre est en outre appelée à s’étoffer : l’IPG proposera dès 2014 des cursus professionnalisants – comprendre « de spécialisation » – pour ingénieurs. Exploitation, géosciences, forage, logistique, maintenance industrielle, économie, finance et gestion figureront parmi les thématiques proposées. Deux promotions sont déjà sorties de l’institut, composées chacune d’une quinzaine d’étudiants retenus sur près de 200 candidats annuels. Leur taux d’insertion ? « Il est supérieur à 95 % », se félicite Marc-Antoine Igondjo. Pour l’essentiel chez Total, premier investisseur du pays. ● FANNY REY

CÔTE D’IVOIRE GHANA GABON CONGO

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Société Nationale d’Opérations Pétrolières de la Côte d’Ivoire

Produire l’énergie d’une nation forte de prestigieuses compagnies internationales à l’instar de Tullow Oil, CNR, TOTAL, LUKOIL, ANADARKO etc. LES ACTIVITÉS DE PETROCI ✔ Exploration et Production d’hydrocarbures ✔ Industrie du Gaz ✔ Pétrochimie et produits pétroliers ✔ Distribution de produits pétroliers ✔ Importante participation dans l’industrie de raffinage (SIR) – Distribution – Stockage

Pour réaliser son objectif de « PRODUIRE L’ÉNERGIE D’UNE NATION FORTE » La Société Nationale d’Opérations Pétrolières, Pétroci, s’est dotée d’une technologie de pointe, d’installations ultra modernes, d’équipements de dernière génération et s’est entourée d’ingénieurs spécialisés et de techniciens hautement qualifiés. À PETROCI nous cultivons la tradition de l’EXCELLENCE depuis plus de 35 ans avec le même souci de DYNAMISME, d’INNOVATION et de RECHERCHE dans le domaine du PÉTROLE et de ses dérivés.

Fer de lance de la politique énergétique ivoirienne, Pétroci assure, depuis octobre 1975, l’exploration et l’exploitation des gisements de pétrole et de gaz de Côte d’Ivoire, en partenariat avec

LES VALEURS DE PETROCI Excellence ● Solidarité ● Respect ● Professionnalisme ● Responsabilité ● Intégrité, rythment le quotidien des équipes Petroci. L’ENGAGEMENT DE PÉTROCI Pétroci, est assurément l’une des 1ères entreprises de Côte d’ivoire par son chiffre d’affaires, sa présence dans tous les maillons de l’économie ivoirienne, sa contribution au développement économique de la Côte d’Ivoire. Grâce aux efforts conjugués des agents de l’entreprise, du Gouvernement et des Ivoiriens, Pétroci a gravi d’importantes marches dans l’accomplissement de sa mission.

Nous bâtissons une économie

De l’Exploration à la Production en passant par les activités connexes telles que le transport des hydrocarbures, une véritable économie pétrolière intégrée se met progressivement en place, concourant ainsi au développement de la Côte d’Ivoire. Pétroci peut véritablement aujourd’hui ambitionner de « produire l’énergie

d’une nation forte ». Une nation forte de ses performances et progrès économiques. Une telle position ne peut s’obtenir sans une participation accrue dans diverses activités sociales traduisant à la fois sa vocation d’entreprise citoyenne contribuant de manière significative à l’amélioration du quotidien de nos populations.

C’est à cet effet et avec pour objectif d’amplifier le rôle sociétal de notre entreprise, et ce dans le but de faire profiter les retombées du pétrole à chaque Ivoirien que Petroci a créé une Fondation qui se veut le creuset où toutes les ressources possibles seront mobilisées pour contribuer efficacement au développement humain de notre pays. ■

PORTAIT DE DANIEL GNANGNI Nommé à la tête de la Direction Générale de Petroci le 17 décembre 2010, M. Daniel Gnangni a été installé le 22 avril 2011 par le Ministre Adama Toungara (premier Directeur Général de Petroci). M. Gnangni est ingénieur diplômé en Génie géologique de l’Ecole polytechnique de Montréal (Canada). Il fût successivement Chef du Service Géologie, Chef de projet chargé de la promotion des Blocs pétroliers, Directeur de l’Exploitation, Conseiller Technique chargé de l’Exploitation et de la promotion des Blocs pétroliers et Consultant à Petroci. Ce parcours professionnel s’est également enrichi

de plusieurs stages chez : ● Schlumberg France et Gabon (1978 -1980) ● Phillips Petroleum Company aux États Unis (1982-1984) ● École Nationale d’Administration publique du Québec au Canada (1988). ● Il a également occupé les fonctions de Directeur de Cabinet du Ministre des Mines et de l’Énergie (1987 -1993) Né en 1950 à Grand-Lahou, M. Daniel Gnangni est marié et père de 4 enfants. Outre ses nombreuses affiliations dans plusieurs associations scientifiques ivoiriennes et interna-

tionales, le nouveau Directeur Général de Petroci a été successivement élévé au grade de Commandeur de l’Ordre du Mérite des Mines en 1989 et grade du Commandeur de l’Ordre du Mérite des Postes et Télécommunications (1992).

pétrolière FORTE, INTÉGRÉE et DIVERSIFIÉE www.petroci.ci

COMMUNIQUÉ - DIFCOM C.C.

Nous vous transmettons le meilleur depuis toujours.

Dossier Hydrocarbures l’offshore en Asie, nous confie un ingénieur du groupe. Mais depuis une dizaine d’années, nous investissons également dans l’exploration et l’exploitation de nouveaux gisements. Le Brésil est l’une de nos priorités pour 2012 et, bien sûr, il y a l’Afrique, qui offre beaucoup d’opportunités. Les contrats sont négociés au sommet de l’État. Il ne faut jamais oublier que Sinopec est une entreprise publique éminemment stratégique. »

STRATÉGIE

Rien n’arrête Sinopec

Le géant chinois pousse ses pions en Afrique, qui représente 20 % des importations de pétrole de Pékin. Il vient ainsi de racheter les parts du français Total dans le gisement d’Usan, au large du Nigeria.

LE PRIX FORT. De fait, Sinopec

D

errière les murs gris du siège de Sinopec, à Pékin, on cultive le mystère. Un secret quasi militaire règne dans les rangs de son million d’employés. Le plus grand groupe d’Asie – et cinquième du monde – est un peu le pipeline de la Chine. Ses actifs atteignent 280 milliards de dollars (217 milliards d’euros), dont 35 milliards à l’étranger. « L’Afrique représente 20 % des importations de pétrole en Chine, explique Michael Wang, analyste chez HSBC. Le pays consomme 10 millions de barils par jour et doit en importer plus de 4 millions. Ses besoins sont donc très importants, et c’est la raison pour laquelle on retrouve Sinopec, Cnooc ou PetroChina sur tous les fronts, notamment en Afrique. » MANŒUVRES. Dernière acquisi-

tion en date de Sinopec : les parts du français Total dans le gisement d’Usan, au large du Nigeria, pour 2,5 milliards de dollars, en novembre. Ce rachat accorde aux Chinois l’équivalent de 10 % de la production pétrolière du pays. Les grandes manœuvres de la major au Nigeria ont commencé en juin 2009, avec l’acquisition d’Addax Petroleum pour 7,2 milliards de dollars. Très actif dans ce pays, le pétrolier suisse a ouvert les portes des gisements aux Chinois. « Cela a été une avancée importante pour Sinopec, assure un diplomate américain à Pékin sous le couvert de l’anonymat. Addax a N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

TONG JIANG/IMAGINECHINA

148

! Le groupe est notamment présent au SOUDAN DU SUD (photo), au Gabon, en Éthiopie…

apporté à Sinopec une expérience très importante dans la gestion des problèmes de sécurité, des différentes communautés du Nigeria et des questions complexes de régulation. C’est pourquoi Sinopec a été immédiatement actif et efficace dans les États du Delta, de Rivers et de Bayelsa. » Rien n’arrête Sinopec, qui, après le Nigeria, pourrait investir 2 milliards de dollars au Gabon. « À l’origine, nous devions nous concentrer sur le raffinage et

affiche une approche bien différente de celle des Occidentaux. Pas de volonté hégémonique : la stratégie du groupe – et de l’État – est purement liée aux affaires, selon cette logique simple : « Dites-nous ce dont vous avez besoin, nous construirons des routes ou des ponts s’il le faut. » En échange, Sinopec a un accès facilité au pétrole en Afrique. Ainsi Pékin a-t-il accordé, en septembre, 1,1 milliard de dollars au Nigeria pour construire des routes et des aéroports, via un prêt préférentiel sur vingt ans avec un taux d’intérêt plancher de 2,5 %. Un « cadeau », pour certains, qui expliquerait le bon accueil fait par Abuja aux investissements chinois. Il faut dire que l’empire du Milieu est prêt à payer le prix fort. Au Nigeria, Pékin devra en effet débourser près de 22 dollars pour chaque baril de pétrole d’Usan, soit deux fois plus que le prix payé par les autres pétroliers ces cinq dernières années. Mais sur le long terme, l’investissement est vital. La panne sèche serait en effet catastrophique pour l’avenir de l’usine du monde. ● SÉBASTIEN LE BELZIC, à Pékin

RETOUR DANS LE DROIT CHEMIN LORSQUE FU CHENGYU prend les rênes de Sinopec, en 2011, l’entreprise sort d’une série de scandales qui a culminé en 2006 avec l’arrestation de son président. Intercepté à l’aéroport de Pékin, ChenTonghai s’apprêtait à fuir à l’étranger avec 30 millions de dollars (23 millions d’euros à l’époque). Il a été condamné à mort avec sursis. Depuis, Pékin a placé le groupe sous surveillance et chargé Fu Chengyu de le remettre sur les rails. En un an, le nouveau PDG a apuré les comptes de Sinopec et lancé une grande offensive internationale. En novembre, à Londres, il a été élu « dirigeant de l’année dans le secteur pétrolier » par le cabinet d’études Energy Intelligence. ● S.L.B. JEUNE AFRIQUE

www.africanpetroleum.com.au Mauritania

Opérateur de 31,908 km2

Senegal

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Mali The Gambia

A1 A4 Offshore Sud Profond

Guinea Bissau

Burkina Faso Guinea

Sierra Leone Ghana

SL -0

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Narina-1

LB -

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CI-513

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African Petroleum Corp Ltd

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Apilis-1

CI-509

Af African Petroleum Corporation Ltd est le plus grand détenteur de domaine minier dans le Crétacé Supérieur en Afrique de l’ouest et poursuit son mi acquisition de nouveaux permis d’exploration pour optimiser la valeur ac po les pays hôtes, ses investisseurs et ses actionnaires pour

La puissance où que vous soyez... dès que nécessaire. que vous ayez un besoin temporaire d’énergie pour alimenter une plateforme ou une unité de production, de palier l’indisponibilité d’unités en maintenances prévues ou inopinées, de bancs de charges pour tester vos groupes, aggreko a la solution. nos équipes installent, exploitent et entretiennent nos équipements, groupes électrogènes, bancs de charges, transformateurs et cuves à combustible, vous proposant ainsi un service clé en main. avec plus de 50 années d’expérience dans la prestation de services aux industries pétrolières et gazières, vous pouvez compter sur aggreko. Aggreko Africa Locations Paris Tel: +33 1 6973 2334

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Port Elizabeth Tel: +27 41 101 0250

Walvis Bay +264 64 227 450

Dossier Hydrocarbures

! Un navire de STATOIL au large de la Tanzanie. AFRIQUE DE L’EST

Dans les starting-blocks

et d’approvisionnements en gaz. De son côté, Shell attend depuis 2002 de pouvoir commencer l’exploration dans quatre blocs offsLes découvertes de gaz se multiplient au large du Mozambique et de hore au large de Zanzibar, à cause la Tanzanie. Des groupes comme Shell et Petrobras sont prêts à exploiter d’un différend opposant l’île et la cette manne, mais les États tergiversent sur la stratégie à adopter. partie continentale à propos de la répartition des revenus pétroliers. Au Mozambique, le gouvernene sont pas prêts à temps, cela ampleur des découpourrait avoir un effet dissuasif ment s’est penché sur le schéma vertes gazières au large directeur début septembre. Une pour les investissements », préde l’Afrique de l’Est étude a fait apparaître que le pays vient Nicolas Bonnefoy, associé – proche des marchés asiatiquesgourmandsengaz–attise pourrait gagner 5,2 milliards de au cabinet Ashurst, spécialiste de Pour lesconvoitises.Dernièreactualitéen dollars par an (3,9 milliards d’eula politique gazière. l’heure, date: la mise au jour par l’italien Eni ros) grâce au gaz d’ici à 2026 et que de 170 milliards de m3 de plus sur le CONFUSION. En Tanzanie, la majors et les réserves du pays permettraient bassin de Rovuma (Mozambique). d’alimenter dix usines de GNL. confusion règne à propos d’un services Mais alors que Shell, BG Group et Les découvertes de gaz s’avèrent quatrième round d’attribution de publics Petrobras envisagent d’acquérir des déjà lucratives, le gouvernement licences pour neuf blocs offshore parts dans les champs gaziers, les ayant annoncé avoir perçu 175 milqui devaient entrer en producseraient gouvernements demeurent indécis lions de dollars en appliquant une tion en septembre. Le ministre plutôt en quant aux politiques commerciales taxe de 12,8 % sur la vente de Cove de l’Énergie a demandé à la mauvais à mettre en œuvre. Pour les projets Tanzania Petroleum Development Energy au thaïlandais PTTEP. les plus avancés – telle l’usine de gaz Corporation (entreprise d’État) En l’absence de mastodontes termes. naturel liquéfié (GNL) de l’améride l’annuler en attendant qu’une gaziers publics comme moteurs cain Anadarko au Mozambique –, du développement du secteur, la nouvelle politique gazière soit ratiles investissements sont attendus fiée. Marné Beukes, analyste chez coordination sera décisive dans pour 2013, mais les clivages poliIHS Global Insight, estime que la les politiques commerciales en tiques peuvent les faire échouer à Tanzanie « est vouée à accroître Afrique de l’Est. Mais les gouvertout moment. ses redevances pétrolières » et à nements vont-ils inciter les compaétablir des bonus de production Au Mozambique et en Tanzanie, gnies à faire équipe ou à construire les estimations les plus optimistes pour les futurs contrats. des pipelines? D’autres inconnues tablent sur un démarrage de la Mais pour l’heure, sociétés demeurent, telles que l’évolution Réserves production en 2018. Selon Annepétrolières productrices et du prix du gaz à l’international de gaz estimées Sophie Corbeau, spécialiste du gaz services publics seraient et la remise en cause du débouché sud-africain à l’Agence internationale de l’énerplutôtenmauvaistermes. MOZAMBIQUE pour les exportations, gie, les décisions d’investissement Orca Exploration, la 3 3600 milliards de m ne seront pas finalisées « sans des première compagnie à à la suite de la levée du garanties de contrats de long terme, moratoire sur l’attribution réaliser une opération de TANZANIE couvrant au moins la moitié ou transformation de gaz en élecde licences d’exploitation des 800 milliards les deux tiers de la production ». tricité depuis les champs gaziers réserves de gaz de schiste, en de m3 Or, jusqu’à présent, il n’en existe de Songo Songo, est en conflit avec septembre. ● aucun. « Si les gouvernements le gouvernement au sujet d’arriérés GEMMA WARE et PIETRO MUSILLI

L

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JEUNE AFRIQUE

HEINE MELLKEVIK/STATOIL

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Dossier Hydrocarbures

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PORTRAITS

Entrepreneurs par essence

L’un a quitté une multinationale pour créer sa société, l’autre a pris les rênes d’une entreprise publique. Mais pour les deux, un même objectif : devenir un distributeur régional incontournable.

Mathieu Kadio-Morokro

Président de Pétro Ivoire

Seul contre les majors

OLIVIER POUR J.A.

L

a routine et l’ennui. C’est ce qui a poussé Mathieu KadioMorokro à quitter, après vingt-trois années de carrière, son poste de directeur des opérations de Shell en Côte d’Ivoire pour créer sa propre société, Pétro Ivoire. À 70 ans, il a conservé intact son esprit d’entreprise. Si l’ingénieur chimiste formé en Belgique a confié les rênes de sa société à son fils Sébastien en mai 2010, il en reste le président. « Les gens me prenaient pour un fou de me lancer, seul, contre les multinationales », se souvient-il. Sa première station-service a ouvert à Abidjan en 1994. Dix-huit ans plus tard, ce sont 31 stations-service (bientôt 34) qui sont réparties sur le territoire. Après avoir fait ses preuves dans le carburant, Morokro a décidé de se lancer dans la distribution de gaz. « Nous avons beaucoup investi », souligne-t-il. En 2007, l’entreprise a acquis une usine de remplissage de gaz et, en 2009, la Société africaine d’entreposage de produits pétroliers (Saepp) a pu voir le jour. « Nous sommes déjà le troisième distributeur de gaz du pays! » se

réjouit celui qui préside également le Groupement professionnel de l’industrie du pétrole. Pour supporter ces investissements et anticiper l’avenir, Pétro Ivoire a fait son entrée sur le marché libre NYSE Euronext, à Paris, en 2011. Avec 150 salariés et un chiffre d’affaires qui devrait dépasser les 100 millions d’euros en 2012, Pétro Ivoire peut se permettre de lorgner les marchés voisins. La Guinée serait une cible privilégiée. ● BRICE TAHOUK

Jean Perrial Nyodog

Directeur général de Tradex

Croissance exponentielle

I

TRADEX

l fallait un homme d’expérience pour diriger Tradex. Le choix s’est très vite porté sur Jean Perrial Nyodog. Diplômé de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé, de l’Institut français du pétrole et du College of Petroleum Studies d’Oxford (Royaume-Uni), le directeur général de Tradex a fait toute sa carrière au sein de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) du Cameroun. Jusqu’à sa nomination, en 2000, à la tête de la nouvelle filiale de l’entreprise d’État. « Il fallait alimenter en produits pétroliers le Tchad, la Centrafrique et le nord du Congo », témoigne ce quinquagénaire. Créée en 1999 pour le négoce à l’import et à l’export, Tradex est devenu beaucoup plus que cela. Dès 2006, la

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société se lance dans la distribution de carburant. « Nous avons alors décidé d’en faire notre cœur de métier », indique Jean Perrial Nyodog. Produits pétroliers diversifiés, création d’une ligne de lubrifiants, commercialisation de GPL… L’entreprise possède désormais 35 stations-service au Cameroun (50 d’ici à la fin de 2013) et une vingtaine en Centrafrique. En 2000, Tradex réalisait 8 millions d’euros de chiffre d’affaires… En 2012, ce montant devrait s’élever à près de 290 millions d’euros (après 195 millions en 2011) ! « Nous sommes aujourd’hui ouverts à toutes les opportunités de croissance externe », affirme le directeur général. Les multinationales n’ont qu’à bien se tenir. ● B.T. JEUNE AFRIQUE

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Dossier CAPITAL-INVESTISSEMENT

Mouvements de fonds vers l’aval

Helios Investment Partners, Phoenix Capital Management, Emerging Capital Partners… Depuis deux ans, les investisseurs témoignent d’un intérêt croissant pour la distribution de pétrole et de gaz.

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a transaction a tourné court fin mai. Trois mois plus tôt, le fonds d’investissement Emerging Capital Partners (ECP) était entré en négociation exclusive avec Addax & Oryx Group pour racheter ses activités de stockage et de distribution de pétrole et de gaz dans 21 pays africains. Les discussions auraient achoppé sur le prix (plusieurs centaines de millions d’euros), mais ce deal manqué reste emblématique lématique de l’intérêt croissant des fonds d’investissement pour les activités ctivités aval du secteur pétrolier et gazier africain. Et réciproquement, puisque ECP avait été préféré à deux ux concurrents sérieux, les traders Puma uma Energy et Vitol. Contrairement nt à ces spécialistes du secteur, le fonds pouvait faire valoir son besoin n de reprendre la totalité des salariés. s. En mars, un autree deal – de moindre envergure – s’inscrivait déjà dans cette tendance. Le fonds West Africa Emerging Markets ts Growth Fund (WAEMGF), MGF), lancé par la société té financière ivoirienne Phoenix Capital enix Capit ital al Management (PCM), M), se portait acquéreur de 14 % du capital du u distributeur de carburant rburant Pétro o

Ivoire. « Les rendements tournent autour de 22 % dans l’industrie. Dans le secteur du pétrole et du gaz,onpeutdépasser 45 %, explique Wilfrid Korsaga, responsable des placements chez PCM. La distribution pétrolière, ce n’est pas sorcier. Les rendements s’accroissent avec les volumes. Plus on couvre le territoire, plus le nombre de stations-service est important, plus on fait de marketing et plus l’activité

L’AMONT PLUS DIFFICILE D’ACCÈS SI LES MAJORS se concentrent sur l’amont – exploration et production –, c’est parce que les perspectives de retour sur investissement y sont bien meilleures. Et si les fonds d’investissement y sont absents, c’est que le ticket d’entrée s’avère rédhibitoire pour eux. « Il faut des moyens

colossaux », résume Wilfrid Korsaga, de Phoenix Capital Management. Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là. Les compétences techniques nécessaires pour réduire au minimum les risques – eux-mêmes autrement plus importants – sont bien plus complexes que dans la gestion de l’aval.

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Contre-exemples notables : le fonds Blackstone, soutien de Kosmos Energy (qui a notamment découvert le gigantesque gisement Jubilee, au Ghana), et Helios Investment Partners, détenteur de 29,4 % du capital d’Eland Oil & Gas, bien positionné dans le delta du Niger. ● S.D.

est rentable. Le nerf de la guerre, c’est le financement. » Le WAEMGF, très intéressé par les perspectives de diversification de Pétro Ivoire dans la distribution de butane, est d’ailleurs en phase d’évaluation de deux autres prospects au Ghana et au Burkina Faso. SILLAGE. Ces deux événements seraient peut-être passés inaperçus s’ils ne s’inscrivaient dans le d’une opération majeure. sillage d’ En février 2011, Shell s’est délesté de 80 % de ses opérations aval dans une quinza quinzaine de pays africains, au profit de Vi Vivo Energy, compagnie née de l’alliance l’a du trader Vitol et du fonds d’investissement Helios Investment Partners. Dans la Invest balance, 1 milliard de dollars balanc (environ 725 millions d’euros à l’époque), plus de 1 000 stationsservice à travers le continent servic plus de 2 000 employés. et p « C’est un secteur qui nous intéresse énormément, au moment où on assiste à l’émergence d’une classe moyenne et à d’un l’explosion de la consommal’expl tion », rrésume Dabney Tonelli, partenaire chez Helios, qui parten compare les dynamiques de ce compar investissement à celles de nouvel inv ses opérat opérations précédentes dans la de détail ou les télécoms. banque d « Ces opérations interviennent alors que les majors se désengagent de l’aval pour se concentrer sur la prospection et la production, plus rentables », explique Alan Gelder, responsable du secteur pétrolier au sein du cabinet de recherche et de conseil Wood Mackenzie. « Les fonds d’investissement ont déjà largement investi dans ces actifs en Europe, ajoute-t-il. Maintenant que le risque politique en Afrique a diminué, le même mouvement peut y avoir lieu. » ● SÉBASTIEN DUMOULIN JEUNE AFRIQUE

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Dossier Hydrocarbures

TECHNIP

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INGÉNIERIE

! Sur le champ Jubilee, au large du Ghana, le navire APACHE II installe les infrastructures nécessaires au projet.

Technip parie sur les abysses Spécialiste des gisements en eau très profonde, le groupe français compte tirer profit de la difficulté d’accès des réserves africaines. L’Angola et le Ghana figurent parmi ses terrains de prédilection.

P

lus le pétrole est inaccessible, plus Technip a le vent en poupe. « L’Afrique de l’Ouest recèle des gisements en eau très profonde, sous une épaisse couche de sel, pour lesquels des études sont en cours, principalement en Angola », s’enthousiasme Adriano Novitsky, responsable du développement commercialdesprojetssous-marins en Afrique. Ce segment, appelé subsea, a représenté l’an dernier 43,6 % du chiffre d’affaires du groupe français (plus de 6,8 milliards d’euros). En clair, ce sont les conduites qui relient les puits aux plateformes, les ombilicaux (tuyaux et câbles transportant les messages électriques ou électroniques) ou encore les navires spécialisés dans l’installation de ces infrastructures. « Au Brésil, nous accompagnons Petrobras depuis trente ans sur des projets subsea, et plus récemment sur le développement des premiers champs du pre-salt brésilien [gisements antésalifères, NDLR], semblables à ceux qui devraient émerger au large de l’Angola et de N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

pays ouest-africains. Les nouvelles découvertes de gaz sur la côte est, principalement au Mozambique, apportent aussi beaucoup d’espoir pour l’avenir », indique Adriano Novitsky. Pour Technip, les projets abyssaux vont connaître la croissance la plus rapide au sein du marché subsea : de l’ordre de 15 % pour les conduites intrachamps (qui relient des puits ou des équipements au sein d’un même champ d’hydrocarbures) d’ici à 2017, par exemple.

« La complexité des réservoirs en eau profonde requiert des investissements technologiques considérables, afin de fournir des solutions adaptées aux fortes pressions, aux hautes températures et aux hydrocarbures hautement corrosifs », explique le responsable. En octobre, Technip s’est allié avec le néerlandais Heerema afin de compléter son portefeuille de compétences dans le subsea. « Nous espérons participer activement au nombre croissant de nouveauxgrandsprojetsEPCI[ingénierie, fourniture des équipements, construction et installation] faisant actuellementl’objetd’appelsd’offres et dont les phases d’installation en mer sont prévues à partir de 2015 », avait alors déclaré Thierry Pilenko, PDG de Technip. O M B I L I C AU X . Aujourd’hui,

l’Afrique représente 15,6 % de l’activité du groupe, et les projets sont nombreux. En partenariat avec Sonangol, Technip a créé la société Technip Angola Engenharia. Bien implanté dans le pays, le groupe y exploite une usine d’ombilicaux et vient de remporter auprès de Total Angola le contrat EPCI de la seconde phase du projet Girassol Resources Initiatives. Technip a aussi récemment inauguré une société d’ingénierie au Ghana et y a décroché deux contrats pour la deuxième phase du projet Jubilee. Sur un an, le groupe a déjà livré trois projets subsea en Afrique. En 2012, le chiffre d’affaires de ce segment devrait progresser de 18 %, à 3,5 milliards d’euros. ● BRICE TAHOUK

LES DÉFIS AFRICAINS DE SCHLUMBERGER L’HORIZON AFRICAIN de Schlumberger est dégagé. En 2011, les résultats de la zone Europe-Afrique ont progressé de 22 %, pour atteindre 7,6 milliards d’euros (sur un chiffre d’affaires total de 30,5 milliards d’euros). La société francoaméricaine de services pétroliers travaille dans la

plupart des pays africains avec les multinationales pétrolières, mais aussi, et de plus en plus, avec les compagnies nationales. Joël Nana Kontchou, directeur général pour l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, explique que Schlumberger a développé des partenariats pour

accompagner les compagnies nationales dans la gestion de leurs projets, la formation de leurs cadres ou l’adoption et la maîtrise des nouvelles technologies. « L’Afrique du pétrole est en plein développement, notamment dans les projets en eau très profonde », B.T. confie-t-il. ● JEUNE AFRIQUE

Dossier Hydrocarbures

TRIBUNE

Opinionss & éditoriauxx

Raffinage: des projets illusoires sans engagement de l’État

C OIL&GAS

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DAVID BLEASDALE Directeur exécutif de Citac Africa

OMMENT MENER À BIEN les projets de raffinerie? En Afrique, où la demande de produits pétroliers est croissante mais où les quantités produites sont de plus en plus insuffisantes, une centaine de projets ont été annoncés depuis 2000. Mais seuls deux grands projets (Khartoum au Soudan, Alexandrie en Égypte) et trois plus petits (Zinder au Niger, N’Djamena auTchad et Adrar en Algérie) ont été réalisés depuis. Parmi les divers facteurs qui entravent la construction de raffineries, le risque commercial est le principal: d’importants capitaux sont nécessaires sur de longues périodes, mais la rentabilité d’une raffinerie demeure incertaine. Les capacités mondiales excédentaires de raffinage et les faibles taux de fret permettent aux produits pétroliers de circuler facilement entre les régions. Aussi toute nouvelle raffinerie doit-elle tenter d’être plus compétitive que les autres au niveau de la marge sur coûts variables. Or généralement ce n’est pas le cas des raffineries africaines, qui sont anciennes, de petite taille et peu aptes à transformer les produits dits lourds en produits « légers », comme l’essence – contrairement aux raffineries américaines et à celles récemment construites au Moyen-Orient.

affectés par les désaccords des actionnaires et les problèmes d’exploitation, les projets chinois ont rencontré des difficultés ces derniers temps. Même l’enthousiasme de CNPC risque, à l’avenir, de retomber. Les gouvernements constituent un second facteur clé. En plus d’être le plus souvent les principaux actionnaires, leur rôle est déterminant dans la création d’un environnement favorable. Les politiques susceptibles d’encourager les investisseurs impliquent l’adoption des prix du marché international pour le brut et les produits pétroliers, des politiques clairement définies au niveau du calendrier, de l’investissement et de la tarification en matière de carburants propres, des garanties de versement rapide des subventions et l’absence de comportements imprévisibles. Les gouvernements doivent également accepter l’idée que posséder une raffinerie vaut mieux

Plus de cent projets de raffinerie ont été annoncés depuis 2000 en Afrique. Mais seuls cinq d’entre eux ont été réalisés.

Les projets de raffinerie sont en concurrence avec d’autres projets d’infrastructures, qui ne manquent pas sur le continent.Télécoms, énergie, adduction d’eau, transport, écoles et structures de soins se disputent les fonds publics et privés. Ce que veulent les banques est très simple: des plans d’affaires sérieux, impliquant des manageurs compétents; des conditions économiques clairement définies, assorties d’un certain nombre de scénarios de risque ; une forte implication des actionnaires (jusqu’à 30 %) et des sources de financement bien définies. Dans l’industrie du raffinage, de telles conditions sont rares. Sur les cinq nouvelles raffineries qui ont vu le jour depuis 2000, quatre impliquent China National Petroleum Corporation (CNPC). Vu l’intérêt à long terme manifesté par le gouvernement chinois pour l’acquisition de concessions pétrolières et minières, il semble que CNPC se soit montré moins strict que d’autres investisseurs dans son évaluation économique. Mais, N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

que d’importer des produits – ce qui n’est pas toujours un choix facile. Un tel engagement sera souvent porté par une amélioration de la sécurité de l’approvisionnement régional, une qualité régulière des produits, un approvisionnement efficace et économique, une amélioration des infrastructures industrielles, un meilleur recouvrement des taxes, de meilleures synergies pétrochimiques et la création d’emplois primaires et secondaires. Les raffineries permettent également d’éviter les frais supplémentaires liés à l’importation des produits et les doubles frais encourus par certains pays qui exportent leur brut tout en réimportant les produits pétroliers. Les marges du raffinage sont faibles à l’échelle mondiale et vont probablement le rester, malgré une légère embellie en 2012. De nouvelles raffineries construites en d’autres points du globe ainsi qu’un faible coût d’affrètement maintiendront la pression. Pour que les investissements dans les raffineries africaines soient couronnés de succès, les gouvernements doivent faire du raffinage une priorité stratégique. ● JEUNE AFRIQUE

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Culture & médias

YANN ARTHUS-BERTRAND

« Le Paris-Dakar

une manne pour N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

JEUNE AFRIQUE

Culture médias Le photographe et réalisateur français présente dans la capitale sénégalaise « 7 Milliards d’autres », une exposition organisée autour d’une fresque documentaire hors norme. Propos recueillis à Dakar par

MEHDI BA

O

ERICK AHOUNOU POUR J.A.

«

était l’Afrique »

! L’AUTEUR DE LA TERRE VUE DU CIEL, à Dakar, le 7 décembre.

JEUNE AFRIQUE

n peut éteindre la clim, s’il vous plaît ? Ce n’est pas bon pour l’écologie ! » À la Maison de la culture Douta-Seck, Yann Arthus-Bertrand s’emporte tout en souriant contre la « maladie de la clim ». Nommé en 2009 ambassadeur de bonne volonté du Programme des Nations unies pour l’environnement, le photographe et réalisateur français était spécialement descendu du ciel pour l’inauguration dakaroise de l’exposition « 7 Milliards d’autres ». Un événement construit autour d’une quarantaine de films qui s’efforcent d’atteindre à l’universel en dessinant « un portrait de l’humanité ». À travers 84 pays (dont 18 africains), en quechua, khmer, wolof, tswana, lingala ou dans une quarantaine d’autres langues, 6000 anonymes répondent aux mêmes questions : « Qu’avez-vous appris de vos parents? Quelles épreuves avez-vous traversées ? Quel était votre rêve d’enfant ?… » Évoquant tour à tour l’amour, la guerre, l’exil ou le rapport à Dieu, leurs propos s’entremêlent à l’infini. Régulièrement critiqué par les puristes de l’écologie, Yann Arthus-Bertrand assume sereinement cette approche de « Bisounours ». Il entend d’ailleurs la prolonger dans son prochain film, Human : « Le cynisme, le scepticisme, je déteste. On ne peut pas être écolo sans aimer les gens. » Pour la première fois, « 7 Milliards d’autres » est présenté en Afrique, une contrée familière au photographe. Du parc du Massaï Mara au rallye Paris-Dakar, en passant par les gorilles de montagne du Rwanda, le parcours de Yann Arthus-Bertrand est jalonné depuis toujours d’étapes africaines. C’est d’ailleurs sur la terre aride du Mali que ce projet tentaculaire a germé, un jour où le photographe aérien s’était planté à hauteur d’homme. JEUNE AFRIQUE: Le projet « 7 Milliards d’autres » est né sur ce continent. Dans quelles conditions précisément ? YANN ARTHUS-BERTRAND : À la fin des années

1990, je réalisais des photos aériennes pour ce qui allait devenir La Terre vue du ciel. Notre hélicoptère est tombé en panne près d’un petit village malien, où les gens n’ont presque rien mais vous offrent tout. L’homme qui m’a accueilli a tué une chèvre en mon honneur. Il a partagé avec moi le peu qu’il avait et m’a raconté sa vie. J’ai joué avec ses N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Culture médias enfants, je leur ai dessiné ma maison, on a rigolé et chanté… Quand cet homme m’a raconté son quotidien, rythmé par l’agriculture de subsistance, focalisé sur la nécessité de nourrir sa famille, je me suis senti moins con. Ce fut un déclic. À l’époque déjà, la parole de l’autre me manquait. Je me suis promis qu’après La Terre vue du ciel je me consacrerais à recueillir cette parole. Le succès du livre [plus de 3 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, NDLR] fut tel que la donne a changé. J’ai créé une fondation, GoodPlanet, puis je me suis tourné vers des sponsors. Quand j’ai présenté le projet « 7 Milliards d’autres » au groupe BNP-Paribas, on m’a dit oui en cinq minutes. Cette aventure, évolutive, se poursuit depuis neuf ans maintenant.

s’y retrouvait économiquement. Aujourd’hui, ils en parlent avec nostalgie.

L’exposition a déjà tourné en Europe, en Asie et en Amérique du Sud. C’est son premier passage en Afrique…

Pour « 7 Milliards d’autres », plus de 6 000 personnes ont été interviewées à travers le monde. Parmi elles, une femme sénégalaise semble vous avoir particulièrement marqué.

Nous verrons si ça marche ou pas. Jusque-là, ce qui m’a frappé, c’est l’intérêt manifesté par le public. À Paris, les gens passent en moyenne 1 h 05 dans une exposition. Quand « 7 Milliards d’autres » a été présenté au Grand Palais, cette moyenne a grimpé à 3 h 45 ! Certains m’ont dit : « On aime plus les gens en ressortant qu’en entrant. » Le projet nous a dépassés. C’est une joie pour moi de le présenter aujourd’hui au Sénégal. Quand j’étais jeune photographe, j’ai plusieurs fois couvert le Paris-Dakar. Pour mon film Home, que j’étais venu présenter lors du 50e anniversaire du Centre culturel français de Dakar, j’ai tourné des séquences avec les pêcheurs de Kayar, près de Thiès. J’ai aussi présenté ici l’une de mes émissions Vu du ciel, avec Haïdar El Ali, qui est un très bon copain. Je ne sais pas comment il s’en sort en tant que ministre de l’Environnement [du président Macky Sall], lui qui est avant tout un militant et un homme d’action ! Comment passe-t-on du rallye Paris-Dakar à la préservation de l’environnement ?

Au Kenya, dans ma jeunesse, j’avais eu l’occasion de photographier le Safari Rallye. Quand je suis rentré en France, je cherchais du travail et on m’a proposé de suivre le Dakar. Je l’ai fait pendant dix ans. On me le reproche parfois mais j’adorais ça. On partait le matin à l’aube, on avait des contacts avec les villageois, on rentrait le soir à minuit, on envoyait nos films et on repartait le lendemain. J’y ai beaucoup appris. À l’époque, le Paris-Dakar était un événement sportif de première importance. C’était aussi une expérience dangereuse, où j’ai perdu pas mal d’amis. Bien sûr, on peut critiquer ses effets nocifs: le CO2, les routes abîmées… Mais pour les régions traversées, c’était une manne. Quand j’ai tourné Home, je suis retourné à Tichit, une ville mauritanienne où passait le Dakar. À la grande époque, quand ils voyaient deux mille personnes débarquer, chacun N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Vous dites que votre cœur est « un petit peu en Afrique »…

Il s’agit d’une relation ancienne. Dans ma jeunesse, pendant trois ans, j’ai fait une étude sur les lions dans le parc du Massaï Mara, au Kenya. C’est comme ça que je suis devenu photographe. C’est là aussi que j’ai découvert la photo aérienne : pour gagner ma vie, je promenais les touristes en montgolfière. Je survolais le parc, dont je connaissais par cœur la faune et la flore. J’allais pêcher avec les Massaïs. Peut-être y a-t-il en Afrique une manière de profiter de l’instant présent qu’en Europe nous avons un peu perdue.

Après la Maison de la culture Douta-Seck début décembre, les projections de

« 7 Milliards d’autres »

se poursuivent à l’Institut français de Dakar (jusqu’en janvier 2013) et au musée de l’Ifan (janvier et février 2013). L’ensemble des films du projet peut être visionné en ligne à l’adresse : 7milliardsdautres.org

Je l’adore ! Voilà une femme qui vit dans une décharge [celle de Mbeubeuss, dans la banlieue de Dakar]. Toute la journée, elle a les mains plongées dans les détritus. Son mari l’a quittée, mais il n’est pas question pour elle de se prostituer pour nourrir ses enfants. Elle préfère aller trier les déchets, elle est même heureuse de le faire. Elle dit qu’il faut travailler pour rester honnête et intègre, elle parle de morale et d’éthique. Je crois qu’il y a plus de morale et d’éthique chez les gens démunis que chez les nantis.

Au-delà des questionnements métaphysiques, les films s’attardent aussi sur des enjeux politiques contemporains : le génocide au Rwanda, Melilla, le Darfour…

Le Rwanda, c’était pour moi une interrogation fondamentale, comme au Cambodge ou en exYougoslavie. Comment l’être humain en vient-il à participer à un projet d’extermination ? C’est un film en miroir, qui interroge chacun d’entre nous. Pour Melilla, je voulais poser la question de ces gens capables de quitter leur famille, de traverser l’océan ou le désert pour subvenir aux besoins de leurs proches. Je ne comprends pas qu’on puisse les renvoyer vers leur pays d’origine après ce qu’ils ont vécu et les risques qu’ils ont pris. Votre prochain film, Human, se présente comme une synthèse entre La Terre vue du ciel et « 7 Milliards d’autres »…

Je veux montrer la beauté du monde derrière les paroles de ses habitants. J’aime les projets ronds, où quelqu’un passe dix ans à explorer toutes les facettes d’un sujet. On vit dans un monde où l’on a trop tendance à rester en surface. Un photographe partira deux jours ici, trois jours là, sans avoir le temps de creuser en profondeur. Je me sens attiré par des projets essentiels. ● JEUNE AFRIQUE

Pour les fêtes... Sportive, élégante et racée, cette montre chronographe conjugue l’exigence de fiabilité de l’homme d’aujourd’hui avec l’efficacité et la précision que recherche l’amateur de sensations sportives intenses.

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Culture médias

ARTS PLASTIQUES

Contre le diktat des institutions occidentales, James Brett, le fondateur du Museum of Everything, sillonne le monde à la recherche d’artistes autodidactes. NICOLAS MICHEL

I

l est une forme de domination rarement évoquée: celle que l’histoire de l’art occidentale impose quand il s’agit de déterminer ce qui relève de l’art ou pas. Bien sûr, comme tant d’habiles politiciens, les mandarins de cette discrète dictature savent récupérer les opposants, les non-conformistes, les laissés-pour-compte… Et peut-être que demain les artistes présentés à Paris par le Museum of Everything dans le cadre de la Chalet Society (une structure mobile d’exposition imaginée par MarcOlivier Wahler, ancien directeur du Palais de Tokyo de Paris) compteront parmi les nouveaux Jean-Michel Basquiat ou Frédéric Bruly Bouabré… Mais pour l’heure, les autodidactes sélectionnés par James Brett ne sont guère reconnus par le monde de l’art. « Aujourd’hui, nous acceptons tel quel le mot “art”, nous le contemplons dans les musées, nous l’achetons dans les galeries et lors des ventes aux enchères, soutient Brett. Mais la vraie question est: que regardons-nous et qu’achetons-nous en réalité? » Lui évite sciemment d’utiliser des termes comme « art primitif », « art naïf », « art brut », qui « encouragent non seulement une discrimination linguistique mais aussi une philosophie autorisant les principaux musées à rejeter ces artistes ou à les confiner dans de rares expositions ségrégationnistes ». Sans surprise, les Africains-Américains ignorés par les institutions de l’art sont nombreux. « La ségrégation vient des choix politiques des principaux musées américains, comme le Whitney Museum of American Art, qui ont tendance à ne pas exposer les artistes africains-américains parce que peu ont été formés dans le circuit académique, du moins jusqu’à très récemment, affirme Brett. C’est pourquoi ces artistes ont la plupart du temps été relégués dans des petits musées, des établissements consacrés au folklore ou des institutions consacrées à l’expérience africaine-américaine. » Seul le premier directeur du Museum of Modern Art (MoMa) de New York, Alfred Barr, est connu pour avoir célébré les artistes autodidactes originaires d’Afrique. James Brett insiste pourtant sur la qualité de leur travail et la nécessité de les exposer. « Ils ont décidé ce qu’ils voulaient faire et comment ils voulaient le faire. C’est pourquoi nous les exposons. » AFRIQUE. À bord de son musée ambulant, sans se limiter à aucune « catégorie », Brett sillonne le monde à la recherche des talentueux recalés de l’histoire de l’art. « Dans les prochaines années, nous espérons lancer une enquête à travers l’Afrique pour découvrir des artistes contemporains autodidactes, non intentionnels – voire des artistes présentant des troubles de l’apprentissage, vivant dans un environnement inhabituel, des artistes médiumniques, religieux, visionnaires, bref tous ceux qui créent pour euxmêmes et non pour le monde de l’art. Cependant, comme chacun sait, l’Afrique est un grand continent, et si l’un de vos lecteurs connaît un artiste appartenant à ce genre, vivant en Afrique ou ailleurs, il devrait prendre contact avec nous. Notre mail est me@musevery.com. » En attendant de nouvelles découvertes, voici quelques noms qui méritent d’être retenus. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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The Museum of Everything 14, boulevard Raspail à Paris, jusqu’au 24 février 2013

Kwame Akoto est né à Kumasi, au Ghana, en 1950. Comme beaucoup de jeunes peintres, il s’est d’abord fait remarquer en réalisant des pancartes et en décorant des taxis. Formé par deux artistes locaux, il a établi son atelier dans sa ville de naissance, au milieu des années 1970. Habité par une foi fervente, il change de nom pour devenirAlmightyGodetintègreune Églisepentecôtiste,laHouseofFaith Ministries. Pasteur et guérisseur, il peint d’étranges panneaux barrés de citations religieuses. Exposé à l’Alliance française d’Accra en 2006, il est l’auteur d’un tableau le représentant en train d’observer l’affiche de ses propres funérailles à l’âge de 120 ans ou, récemment, de portraits d’Obama exposés par l’université Lehigh (« African Visions of Barack Obama »), aux États-Unis. JEUNE AFRIQUE

VINCENT FOURNIER POUR J.A.

Culture médias

William Hawkins Originaire du Kentucky, où il est né en 1895, William Hawkins a passé la majeure partie de sa vie dans l’Ohio, où il s’est installé en 1916 pour fuir un mariage précipité à la suite d’une grossesse imprévue… Dompteur de chevaux, conducteur de camion, ferrailleur et maquereau, il a commencé à peindre dans les années 1930 en utilisant des restes de peinture industrielle étalée avec une simple brosse sur du contreplaqué ou de la Masonite. Avec des couleurs vives, il peignait à larges touches des bâtiments, des animaux, des sujets religieux inspirés de magazines ou de photos. Découvert vers 1979 par l’artiste Lee Garrett, Hawkins laisse à sa mort, en 1990, quelque 500 œuvres. On les retrouve aujourd’hui chez des collectionneurs qui considèrent JEUNE AFRIQUE

qu’il fut l’un des plus importants artistes africains-américains autodidactes du XXe siècle.

Bill Traylor Né esclave en Alabama en 1854, ce n’est que vers 1928 que Bill Traylor commença à dessiner. Sans domicile fixe, il venait de s’installer à Montgomery,et,touslesjours,dans l’ombre d’un auvent de salle de billard, les passants pouvaient voir ce vieil homme à barbe blanche courbé sur ses morceaux de carton. Et les passants du quartier africain-américain de Dark Town, c’était tout ce qui intéressait Traylor. Minimaliste et dynamique, son dessin saisissait la vie de la rue, quecesoitunebagarredechiensou une dispute conjugale. À sa mort, en 1949, Traylor laissa plus de 1200 dessins qui furent récupérés par un amateur d’art, Charles Shannon.

Lequel fit tout pour que l’artiste soit reconnu. Bizarrement, nombre de musées refusaient de l’exposer tout en proposant des sommes dérisoires pour acheter ses œuvres… Mort pauvre, Traylor n’a pas fini dans les poubelles de l’histoire de l’art : un dessin de lui peut valoir aujourd’hui plus de 200 000 dollars.

William Dawson Des statuettes africaines? Non, des totemssculptésparWilliamDawson à partir de bouts de bois, de pièces de mobilier et d’os récupérés dans la rue… Né en 1901 à Huntsville, dans l’Alabama, l’homme a travaillé N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Culture médias pendant trente-huit ans à Chicago, gravissant les échelons d’une entreprise de distribution de fruits et légumes. Ce n’est qu’à l’âge de la retraite qu’il commença à sculpter chez lui, s’attirant les foudres de sa femme Osceola quand il répandait des copeaux et de la sciure à travers toutes les pièces. Rétif à toute forme d’enseignement – il quitta très vite les cours pour séniors qu’il avait commencé à suivre –, il se fait remarquer dans les années 1970, quand ses statuettes aux grands yeux sont achetées pour 3 000 dollars. Comme Sam Doyle, il connaît un certain succès en 1982 avec l’exposition « Black Folk Art in America, 1930-1980 » à la Corcoran Gallery of Art. Une grande rétrospective de la Chicago Public Library saluera son travail en 1990, peu avant sa mort.

Sam Doyle Sam Doyle (1906-1985) appartient à la communauté Gullah, ces Africains-Américains des plaines côtières de Géorgie et de Caroline du Sud qui ont conservé intactes nombre de leurs traditions africaines. Élève de la Penn School – créée en 1862 pour former les esclaves nouvellement libérés –, montrant tôt des aptitudes pour le dessin, il ne put saisir l’opportunité deparfairesatechniqueàNewYork: sa famille était trop pauvre. Ainsi travailla-t-il longtemps à Beaufort tandis que sa femme et ses trois enfants vivaient par-delà le pont, sur l’île de Sainte-Hélène. Ce n’est que bien après son divorce et le départ de ses enfants qu’il se consacra entièrement à la peinture, dans les années1960.Utilisantdespanneaux de bois ou de métal qu’il trouvait sur l’île, il peignait surtout les membres de sa communauté qu’il exposait ensuite chez lui. Mais il s’intéressait aussi à des figures historiques comme Abraham Lincoln, Martin Luther King, Ray Charles ou Elvis Presley… Il connut une gloire tardive lors de l’exposition « Black Folk Art in America, 1930-1980 » à la CorcoranGalleryofArten1982…où il serra la main de la première dame d’alors, Nancy Reagan. La légende raconte que le jeune Jean-Michel N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Basquiat aurait échangé plusieurs de ses œuvres contre quelquesunes de Doyle… Une chose est sûre: l’artiste contemporain Ed Ruscha lui a dédié une œuvre : Where Are You Going, Man ? (For Sam Doyle) à sa mort en 1985.

Sister Gertrude Morgan L’histoire n’est pas commune : née en 1900 à Lafayette, Gertrude Williams s’est très tôt intéressée au dessin, même si elle ne disposait d’aucun matériel pour s’y adonner et devait se contenter de pratiquer son art à même le sol, à l’aide de bouts de bois. Mariée à Will Morgan, installée en Géorgie, elle reçoit la révélation en 1937. Désormais, elle va se consacrer à la parole de Dieu, qu’elle diffuse par le prêche, le chant et la peinture. En 1939, elle crée un orphelinat à la Nouvelle-Orléans et une église dans sa maison, The Everlasting Gospel Mission. Prosélyte, elle réalise ses peintures sur tout ce qui passe à portée de sa main : carton, polystyrène, abat-jour, morceau de bois, étui de guitare… Pasteur chantant se baladant avec un tambourin dans les rues toute de blanc vêtue, sœur Gertrude Morgan reçoit un nouvel appel de Dieu en 1957 : il lui demande de devenir l’épouse de Jésus… C’est pourquoi dans les nombreusesœuvrescoloréesqu’elle a laissées on la voit souvent représentée en mariée au côté du Christ!

William Scott Né en 1964 à San Francisco, cet autodidacte se surnomme luimême The Peace Maker. Sculpteur, dessinateur, peintre habité d’un fort optimisme, il a entrepris de recréer dans tous ses détails la ville de son enfance, rebaptisée Praise Frisco, comme une « cité de l’espoir ». Il est aussi l’auteur de portraits et d’autoportraits particulièrement expressifs, habités du même optimisme enthousiaste. Il fait partie du Creative Growth Art Center, un centre non lucratif destiné aux adultes souffrant de handicap physique, mental ou émotionnel. JEUNE AFRIQUE

Culture médias

Hawkins Bolden La vie de Hawkins Bolden a commencé en 1914, à Memphis (Tennessee). Son histoire est dure: souffrant d’épilepsie, il perd la vue à l’âge de 8 ans lors d’un match de baseball, sport qu’il aime plus que tout. Pauvre, sans éducation, il reste confiné dans une famille où certains le croient habité par le démon, mais il sera soutenu tout au long de sa vie par son frère jumeau et sa sœur. Malgré son handicap, il répare des radios pour pouvoir suivre les matchs de baseball et s’occupe de son jardin. Et dans les rues de Memphis, il ramasse des objets de rebut avec lesquels il fabrique des « épouvantails » pour « faire fuir les oiseaux ». Souvent, ce sont des pièces de métal (casseroles, pelles, récipients divers…), trouées pour figurer les yeux et dotées d’une longue langue… De plus en plus complexes, liés avec du fil de fer, ses épouvantails envahissaient littéralement son jardin. En 2005, Bolden ne s’est pas réveillé de sa sieste.

VINCENT FOURNIER POUR JA

Ike Morgan

JEUNE AFRIQUE

Originaire de Rockdale (Texas) où il est né en 1958, Ike Morgan a surtout vécu à Austin, où sa grand-mère et lui se sont installés en 1968. S’il a un peu travaillé pour la ville – il peignait des bouches d’incendie – c’est surtout à l’hôpital d’État qu’il a vécu. En 1977, il est en effet arrêté pour le meurtre de sa grand-mère puis, diagnostiqué schizophrène et jugé irresponsable, il va passer plus de trente ans au sein de l’institution médicale. C’est là qu’il se met à peindre des toiles patiemment couvertes de plusieurs couches de couleur, s’intéressant à des figures célèbres (voir détail ci-contre) comme George Washington ou Monna Lisa. Coloriste hors pair, il entasse ses œuvres sous son lit. C’est un artiste intervenant au sein de l’hôpital, Jim Pirtle, qui le « découvre » en 1983. Enfin sorti de l’hôpital, Ike Morgan se consacrera tout entier à son art. Ceux qui l’ont rencontré racontent qu’il est encore imprégné de la culture des années 1970 – l’époque à laquelle il a été

interné – et que, quand on l’interroge sur sa peinture, il répond : « Vous savez, peindre vous fait du bien, et quand les autres se sentent bien aussi, ça c’est quelque chose! »

Royal Robertson « Interdit aux prostituées divorcées » clame un panneau peint par Royal Robertson (1936-1997). Marié pendant dix-neuf ans, père de 11 enfants, le peintre n’a visiblement pas bien supporté le départ de sa femme. Vivant reclus en Louisiane, souffrant de schizophrénie, il s’est réfugié dans une folie créatrice stupéfiante. L’homme qui racontait avoir vu Dieu aux commandes d’un vaisseau spatial à l’âge de 14 ans créait des œuvres violemment colorées mélangeant citations de la Bible, images de l’espace sorties de bandes dessinées, textes personnels violemment misogynes parfois signés « le prophète ». Sa maison fut détruite en 1992 par l’ouragan Andrew, mais deux collectionneurs l’aidèrent à obtenir une aide du gouvernement. À l’époque, sa renommée dépassait déjà les limites de sa propriété. Certaines de ses œuvres sont conservées au Smithsonian American Art Museum.

Freddie Brice Des animaux noirs sur fond blanc, simples et expressifs. Un ours, un chat, un oiseau, un serpent… Mais aussi des tables, des chaises, des horloges, et la signature en lettres grasses : « F.B. ». L’homme est né en Caroline du Sud en 1920, a déménagé à Harlem pendant la grande crise, a vécu de petits boulots – notamment comme peintre de bateaux au Brooklyn Navy Yard – et connu plusieurs incarcérations et séjours en hôpitaux psychiatriques… Il a commencé à peindre au début des années 1980, réduisant objets et animaux à leur essence graphique tout en leur donnant une palpitante présence. Il est mort en 1998, alors que ses œuvres entraient dans les collections de musées comme le Philadelphia Museum of Art. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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OLIVIER FITOUSSI POUR J.A.

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! SUR LE TOIT DE LA BASILIQUE DE LA NATIVITÉ.

BETHLÉEM

À la croisée des chemins Les peuples des quatre coins du monde se rendent chaque année en pèlerinage là où, selon la tradition, Jésus vit le jour. Reportage.

U

n à un, l’aurore allume les clochers et les crucifix qui se dressent comme autant de cierges sur la basilique de la Nativité, à Bethléem. Il est 6 heures du matin en Palestine, et devant le sanctuaire, la place de la Mangeoire, transformée en vaste parking passé 9 heures, est déserte. Lesmarchandsdutemplen’ontpasencore ouvert leurs boutiques. Quelques fidèles se pressent à pas feutrés vers la porte minuscule qui force à une humble courbette pour pénétrer dans l’église. Une grande nef vide dont le chœur est occupé par une chapelle orthodoxe qui flamboie d’or et de cuivres, de lustres d’argent, d’icônes et de bois sculptés. Le marbre jaune des colonnes, poli comme un miroir jusqu’à hauteur d’homme par les mains de millions de pèlerins, devient noir de suie jusqu’aux chapiteaux. Les grelots d’un encensoir tintent, et l’air se brouille d’un mélange enivrant de benjoin, de myrrhe et de santal. Un fidèle disparaît derrière les stalles, descend une volée de marches vers une arche de pierre qui ouvre sur une toute petite pièce : la grotte de la Nativité où, narre l’évangéliste Luc, « Marie mit au N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

monde son fils premier-né, l’enveloppa de lange et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux à l’hôtellerie ». Deux millénaires plus tard, ils auraient bien du mal à reconnaître la modeste étable. À la grande basilique actuelle, érigée par l’empereur Justinien en 531, se sont adjoints cloîtres, couvents et églises pour les différentes chapelles de la chrétienté qui s’y disputent, parfois à coups de candélabres, le moindre espace et les grâces du Ciel. Mais c’est le symbole de paix et de coexistence que l’Unesco a reconnu en juin 2011 en en faisant le premier site

palestinien classé sur la liste du Patrimoine mondial : « Bethléem est sainte pour les chrétiens et pour les musulmans. C’est un symbole fort pour plus de 2 milliards de croyants dans le monde. » Prêtre copte égyptien rattaché à l’ordre franciscain, le père Ibrahim remarque que « ce n’est pas seulement l’église qui a été classée, mais toute la ville, peuplée de musulmans et de chrétiens. C’est une grande fierté pour tous les Palestiniens ». Aux termes de la résolution 181 sur le partage de la Terre sainte entre Israël et la Palestine adoptée par les Nations unies en 1947, Bethléem aurait dû être, comme Jérusalem, sous administration internationale. Mais elle se situe aujourd’hui en zone autonome palestinienne, et, non loin de la ville, les sommets des collines

LA NATIVITÉ EN PÉRIL ADMISE le 29 novembre comme État observateur non membre aux Nations unies, la Palestine avait déjà fait un premier pas vers sa reconnaissance pleine et entière en devenant, le 31 octobre 2011, État membre de l’Unesco. En juin 2012, le « lieu de

naissance de Jésus: l’église de la Nativité, la route de pèlerinage, Bethléem » devenait le premier site palestinien classé sur la liste du patrimoine de l’humanité. Point noir: il était également inscrit sur celle du patrimoine en péril, en raison du

délabrement de l’édifice et des fuites d’eau qui continuent de le dégrader. Une mesure rejetée par Israël qui craint de se voir un jour accuser de le mettre en danger. En 2011, Bethléem a accueilli 2 millions de touristes. ● L.S.P. JEUNE AFRIQUE

Culture médias

chaque année à Bethléem assister à la messe de Noël. Sauf en 2001 et en 2002, quand l’armée israélienne réoccupe les zones soulevées par la seconde Intifada. Sa présence y fut alors symboliquement représentée par un keffieh noir et blanc posé sur une chaise vide. En 2002, l’église redevint forteresse, assiégée du 1er avril au 10 mai par les soldats de l’État hébreu: plus de 200 civils et 150 policiers palestiniens y avaient trouvé asile auprès d’une quarantaine de religieux. Les Israéliens ne violeront pas le sanctuaire. « Je vis ici depuis vingt-trois ans, raconte le père Ibrahim. Il s’y produit quelque chose de nouveau chaque jour et j’en ai tant vu passer. J’ai vu la deuxième Intifada et le siège de l’église. Inch Allah cela ne se reproduira pas… » Dehors, le soleil de midi brûle les couleursetlesombres,laplacedelaMangeoire est devenue une aire de stationnement bruyante. Des pèlerins venus du Kenya y arrivent par la route du pèlerinage qui part de Jérusalem. L’un d’eux, Maurice, voyage pour la première fois. Pourtant, le dépaysementluiimportepeu,c’estleChrist qu’il est venu trouver en Terre sainte. « Je n’aiaucuneidéedesquestionsdepolitique locale, concède-t-il. La beauté du site? Je ne suis pas venu pour ça. C’est notre foi qui nous guide et nous a amenés à venir nous recueillir ici, où le Seigneur est né. » Sous la tonnelle d’un café qui borde la place, trois pasteurs évangéliques coréens se perdent en exégèses bibliques. Un groupe de Sri-Lankais s’agglutine devant la porte minuscule qui régule, comme un goulet, l’entrée dans le sanctuaire. Les bras fourrés dans les larges manches de sa robe de bure, un franciscain d’Afrique traverse la place. Ce dimanche de décembre, les peuples des quatre coins du monde semblent s’être donné rendez-vous au berceau de la chrétienté, patrimoine matériel et spirituel de l’humanité, symbole d’une Palestine en paix. ● LAURENT DE SAINT PERIER, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE

1 La Marocaine Choumicha anime sur la chaîne 2M une émission de : a • Bricolage b • Décoration c • Cuisine

2 L’intrigue de la série télé L’Agence no 1 des dames détectives se tient : a • Au Botswana b • Au Zimbabwe c • En Afrique du Sud

3 Mamane, chroniqueur de La République très très démocratique du Gondwana, tous les matins sur RFI, est d’origine: a • Congolaise b • Nigériane c • Nigérienne

4 Martial Ayela, chef d’orchestre et

animateur vedette de Radio Alger, est décédé le 26 janvier 2011 à : a • Oran b • Nîmes c • Alger

5 Dans la série ivoirienne Ma famille,

le mari de Clémentine est interprété par : a • Abedi Pelé b • Djimon Hounsou c • Michel Gohou

6 Africa 24 est une chaîne : a • De variété b • D’information c • Généraliste

7 L’intrigue de la série culte Bab al-Hara se situe : a • Dans un quartier de Damas, alors que la Syrie est sous domination anglaise b • Dans un quartier de Damas, sous la colonisation française c • À Alep, à l’époque où la Syrie était une province de l’empire Ottoman

8 Boncana Maïga, animateur

de Stars Parade sur TV5 Afrique, est : a • Musicien b • Mécanicien c • Avocat

9 Dans la série burkinabè Super Flics, l’héroïne Malika est interprétée par : a • Kadi Jolie b • Mouna N’Diaye c • Akissi Delta

10 La série Deuxième Bureau est

écrite par : a • L’écrivain béninois Florent Couao-Zotti b • La romancière sénégalaise Ken Bugul c • L’auteur franco-congolais Alain Mabanckou

! L’HUMORISTE Mamane.

AURÉLIEN CHAUVEAU POUR J.A.

KEFFIEH. Depuis ce jour, le leader venait

QUIZ | Médias

Réponses: 1. c La chaîne marocaine 2M diffuse l’émission La Cuisine de Choumicha depuis 2000; 2. a Né au Zimbabwe, l’écrivain d’origine écossaise Alexander McCall Smith situe les enquêtes de Mma Ramotswe au Botswana; 3. c; 4. b Né à Alger, Martial Ayela a fait ses débuts au Coq d’or, à Oran, avant de devenir le chef d’orchestre d’Enrico Macias pendant treize ans; 5. c Avec Dr Boris, Ma famille est l’un des soap-opéras ivoiriens les plus populaires; 6. b; 7. b Bab al-Hara est l’une des séries à succès diffusées pendant le mois de ramadan sur les chaînes arabes du câble; 8. a Formé à Cuba, l’artiste malien a créé le groupe de salsa Africando avec le Sénégalais Ibrahim Sylla; 9. b Kadi Jolie (de son vrai nom Aminata Diallo Glez) est l’héroïne du feuilleton éponyme; quant à Akissi Delta, elle est l’une des actrices de la série Ma famille, qu’elle a produite; 10. a.

sont couverts de colonies israéliennes, quartiers neufs ou camps de mobile homes, prémices de futurs lotissements. En décembre 1995, quand Yasser Arafat mit la main sur quelques bribes de territoire, son premier geste politique fut de se rendre sur la place de la Nativité, où il déclara : « Je suis venu saluer le premier Palestinien, Jésus-Christ, le Messie par qui le message de paix se concrétisera. »

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Culture médias En vue

■ ■ ■ Décevant

■ ■ ■ Pourquoi pas

■ ■ ■ Réussi

■ ■ ■ Excellent

BEAU LIVRE

Derrière le « dhow »

Claire et Reno Marca invitent à voyager dans le sillage des navires voguant sur la mer d’Arabie.

L

art du carnet de voyage est sans doute, aujourd’hui, l’un des plus difficiles à maîtriser. Si les éditeurs sont nombreux à faire leur miel de cette mode popularisée (en France) par le dessinateur et navigateur Titouan Lamazou, rares sont les ouvrages à s’imposer comme le fit, en son temps, L’Usage du monde, de Nicolas Bouvier. Peut-être parce que voyager est devenu facile (pour ceux qui en ont les moyens) et rapide, le survol touristique l’emporte souvent sur l’acuité du regard…

Avec Journal de la mer d’Arabie, Claire et Reno Marca racontent leur périple à la recherche d’un arbre – le Dracaena cinnabari, ou arbre de sang-dragon – puis leur expédition dans le sillage des boutres (dhows en anglais), ces navires massifs voguant de l’Inde au Yémen sur la mer d’Arabie. Comme beaucoup de diaristes globe-trotteurs, ils ont choisi de multiplier les angles d’attaque pour évoquer leurs « aventures » : dessins, photos, textes. Si les premières étapes envoûtent, notamment l’escale au Yémen et celle, plus originale, sur l’île de Socotra, à

quelques encablures de la côte somalienne, les dernières, de Dubaï à l’Inde, sont moins inspirées. Dans le genre bande dessinée classique, les dessins efficaces saisissent humains et paysages avec dynamisme. Les photos, elles, souffrent d’une certaine esthétique de carte postale. Quant au texte, il évite la plupart du temps l’écueil du cliché – mais pas toujours. Au final ? Une jolie balade en compagnie de sympathiques globecroqueurs qui se feuillette sans ennui… et donne envie d’embarquer pour un ailleurs d’embruns et de sel. ● NICOLAS MICHEL

Journal de la mer d’Arabie. DuYémen à l’Inde dans le sillage des dhows, de Claire et Reno Marca, La Martinière, 216 pages, 39 euros

Ce mois-ci, zoom sur la télévision…

ÉCRAN TOTAL congolaise* (RD Congo)

MUSIQUE

Best of burkinabè Vous vous demandez à quoi ressemble la chanson burkinabè ? Cet album est donc pour vous. Après un premier volume réussi, le second volume de la compilation Sons et Images du Burkina Faso rassemble tous les styles musicaux en vogue au pays des Hommes intègres. Rythmes traditionnels mossis ou mandingues, guitare bissa et grands succès tradi-modernes y sont présentés. Le résultat peut sembler hétérogène, mais il donne un excellent aperçu de ce qui se fait au Burkina. Le CD 16 titres est accompagné d’un DVD qui propose les clips vidéo correspondants. À collectionner. ● ABDEL PITROIPA

Sons et Images du Burkina Faso, vol. 2 (Productions Maremadou) N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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2h56

le temps moyen passé chaque jour devant le petit écran

LE PAYSAGE AUDIOVISUEL : Rien qu’à Kinshasa, on dénombre une trentaine de chaînes de télévision, dont la plupart appartiennent à des hommes politiques LE LEADER : Molière TV arrive en tête (progressant de neuf places par rapport à 2011) devant Mirador TV, Antenne A et la chaîne publique RTNC1

LES PROGRAMMES QUI PLAISENT : le JT de 20 heures de la RTNC1, les divertissements, notamment les séries *Étude TNS Sofres - Africascope 2012 réalisée auprès d’un échantillon de 1 018 individus de 15 ans ou plus résidant à Kinshasa.

■■■ JEUNE AFRIQUE

Culture médias

Le kinois sans peine Le lingala est l’une des quatre langues nationales de la RD Congo. Utilisé par les chanteurs, il reste la langue de la capitale, bien qu’il ait conquis tout le pays. Chaque jour, grâce à l’inventivité des Kinois, le lingala s’enrichit de façon inattendue à travers des mots et expressions d’une saveur exquise. Des mots qui lui appartiennent ou sont empruntés à d’autres langues, mais avec, toujours, un sens détourné, nouveau. Rafraîchissant ! ●

ADIEU | Mélomé Clément

Saxophoniste tout-puissant Le fondateur du Poly-Rythmo de Cotonou s’est éteint le 17 décembre à l’âge de 68 ans.

YOURI LENQUETTE

DICTIONNAIRE

TSHITENGE LUBABU M.K.

Le Parler kinois, petit lexique du langage de Kinshasa, de Roger Mazanza, éditions Le Cri/Buku, 194 pages, 15 euros ■■■

POÉSIE

Hymne à la liberté PRÉCIEUX COMME DE LA SOIE et rugueux comme la laine des vêtements soufis,lacinquantainedepoèmes,enarabe et en français, de Tahar Bekri sont une musique initiatique née d’un questionnement sur le monde, le pouvoir et la société. Inspiré par un voyage en Turquie sur les traces du poète de l’amour, Yunus Emre (1238-1320), l’ouvrage, quête intime de l’essence de la liberté, est aussi celui de l’apaisement nécessaire. L’épure et la distance autorisent ce délicat vibrato d’un engagement universel. Les poètes disent l’essentiel, puissent-ils être plus lus. ● FRIDA DAHMANI

Au souvenir de Yunus Emre, deTahar Bekri, Éditions Elyzad, 120 pages, 13,90 euros/12 DT JEUNE AFRIQUE

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! L’UN DES « PAPYS LES PLUS FUNKY DU CONTINENT » en mars 2010.

I

L S’EST ÉTEINT SUR LE CHEMIN de l’hôpital, le 17 décembre au soir. Mélomé Clément, chef d’orchestre du Tout-Puissant Orchestre PolyRythmo, groupe mythique du Bénin des années de la révolution, n’avait que 68 ans. Pas si vieux quand on sait que lui et ses camarades ont été surnommés les « papys les plus funky du continent ». Accordéoniste et saxophoniste, Mélomé n’était pas seulement l’un des principaux compositeurs du Poly-Rythmo. C’était aussi le créateur et l’âme du groupe. Lorsque, en 1968, avec Eskill Lohento (décédé en 2006) et quelques amis, il monte cet orchestre, personne n’y croit vraiment. À l’époque, ce ne sont pas les formations qui manquent. Pourtant, dix ans plus tard, le PolyRythmo est l’orchestre qui accompagne les plus grandes stars de la musique africaine, parmi lesquelles la Togolaise Bella Bellow, les CongolaisesTshala Muana et Mbilia Bel, la Sud-Africaine Miriam Makeba… Mais si l’orchestre est reconnu par les professionnels, ce sont ses propres créations qui lui donneront le succès populaire. Angélina et Gbeti

Madjro, deux chansons composées par Mélomé, rendront célèbre le groupe. Tombé dans l’oubli au début des années 1990, il aura fallu quarante ans au Poly-Rythmo et à Mélomé Clément pour réaliser un rêve : jouer ailleurs qu’en Afrique. La rencontre avec Élodie Maillot, journaliste à France Culture, va changer la vie du musicien. Fini les prestations chichement payées lors de mariages ou de funérailles. À partir de 2010, leToutPuissant Poly-Rythmo sillonne le monde entier: Paris, Rio, Amsterdam, NewYork, Chicago… De festivals en concerts, le groupe attire des foules séduites par ses sons originaux. Et même si les pas étaient moins lestes et que le corps avait perdu de sa finesse, sur scène, Mélomé Clément donnait tout avec un plaisir évident. Après les décès de deux autres piliers du groupe, Bernard Zoundégnon (1982) et Eskill Lohento (2006), leToutPuissant Orchestre Poly-Rythmo se remettra-t-il de la perte de son fondateur? Un défi de taille pour Vincent, Bentho, Pierre et Fifi, les aînés du MALIKA GROGA-BADA groupe. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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ANNONCES CLASSÉES

Concernant cette rubrique, adressez-vous à Fabienne Lefebvre -Tél. : 01 44 30 18 76 - Fax : 01 44 30 18 77 - Email. : f.lefebvre@jeuneafrique.com DIFCOM Régie publicitaire centrale du Groupe Jeune Afrique - 57 bis, rue d’Auteuil 75016 Paris - France

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DES RESSOURCES HYDRAULIQUES ET ÉLECTRICITÉ SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉLECTRICITÉ (SNEL) COORDINATION DE PROJETS DE LA SNEL (CDP/SNEL)

APPEL À LA MANIFESTATION D’INTÉRÊT

RECRUTEMENT D’UN EXPERT INTERNATIONAL EN GESTION FINANCIÈRE ET COMPTABLE POUR LA COORDINATION DES PROJETS DE LA SNEL (CDP)

Immobilier - Manifestation d’intérêt

N° AVIS : AMI/401/PMEDE/BCECO/DPM/HMS/2012/SC SOURCE DE FINANCEMENT : DON IDA H 296 – DRC NOM DU PROJET : PROJET DE DÉVELOPPEMENT DES MARCHÉS D’ELECTRICITÉ POUR LA CONSOMMATION DOMESTIQUE ET À L’EXPORT (PMEDE) DATE DE PUBLICATION : DIMANCHE, LE 23 DÉCEMBRE 2012 DATE DE CLÔTURE : LUNDI, LE 21 JANVIER 2013

1. CONTEXTE Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) a obtenu un don de l’Association internationale de développement (IDA) en vue de financer le Projet de développement des marchés d’électricité pour la consommation domestique et à l’export (PMEDE), et a l’intention d’utiliser une partie de ce financement pour effectuer les paiements autorisés au titre des contrats relatifs aux services d’un Expert international en Gestion Financière et Comptable chargé d’assister et d’appuyer techniquement à l’ensemble des activités de gestion financière et comptable conformément aux directives et procédures des bailleurs des fonds IDA (Banque mondiale), BAD (Banque Africaine de Développement), BEI (Banque Européenne d’Investissement), etc., ainsi qu’au manuel de gestion des projets SAPMP et PMEDE. 2. MISSION DU CONSULTANT Sous l’autorité directe du Coordonnateur de la Coordination des Projets (CDP) et dans le cadre de gestion des projets SAPMP (Southern African Power Market) et PMEDE, la mission de l’Expert international en gestion financière et comptable consiste à assister et appuyer la CDP/SNEL, notamment dans l’ensemble des activités de gestion financière et comptable de la Coordination des Projets (CDP) conformément aux directives et procédures des bailleurs des fonds IDA, BEI et BAD ainsi qu’au manuel de gestion des projets SAPMP et PMEDE. Il devra entre autres veiller au renforcement des capacités de la Supervision Administrative et Financière (SAF) de la CDP à la maîtrise du système informatisé de la gestion financière et comptable. La mission se déroulera principalement à Kinshasa. Sa durée est d’une année renouvelable. 3. QUALIFICATIONS REQUISES Le Consultant à recruter doit : • Etre détenteur d’un DESCF, MSTCF ou d’un master en comptabilité et finance délivré par une université reconnue ou équivalent ; • Justifier d’un bagage en gestion des projets de développement ; • Justifier d’une solide expérience d’au moins 10 ans dans la gestion financière et comptable des projets d’infrastructures des systèmes électriques similaires à ceux de la SNEL Sarl comprenant, notamment des centrales hydroélectriques, des lignes électriques de transport de courant et des réseaux électriques de distribution ; • Justifier d’une expérience minimum de cinq (5) ans dans la gestion des projets suivant les techniques modernes de gestion financière est une obligation (connaissance et maîtrise du logiciel comptable et financier « TOMPRO ») ; • Avoir une expérience en matière de transfert de compétences et de connaissance ;

N° 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

• Avoir des compétences en analyse financière, en communication et en rédaction des rapports ; • Avoir une parfaite maîtrise du français et de l’anglais, écrit et parlé, et de l’outil informatique (Word, Excel, Power point, etc.) ; • Savoir travailler en équipe dans un environnement multiculturel. La Coordination des Projets de la SNEL (CDP/SNEL) invite les candidats admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les dossiers de candidature devront comprendre : (i) un curriculum vitae (CV) à jour et concis sur support papier ou électronique (Word ou PDF) ; (ii) une lettre (de deux pages au maximum) démontrant la compréhension du poste et justifiant l’expérience pertinente ou compétences pour l’assumer. Le Consultant sera sélectionné en accord avec les procédures définies dans les Directives « Sélection et Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque mondiale dans le cadre des Prêts de la BIRD et des Crédits et Dons de l’AID » (Edition janvier 2011). Les candidats (individus) intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence à l’adresse ci-dessous, de lundi à vendredi aux heures suivantes : de 9h00 à 16h00 (heures locales). Les dossiers de candidature rédigés en langue française doivent parvenir, par courrier ou par E-mail, à l’adresse ci-dessous au plus tard le lundi 21 janvier 2013 et porter clairement la mention « AMI/401/PMEDE/BCECO/DPM/HMS/2012/SC – Recrutement d’un Expert International en Gestion financière et comptable pour la Coordination des projets (CDP) de la SNEL ». Il ne sera pas adressé une réponse aux candidatures ne répondant pas strictement aux critères requis. Société Nationale d’Electricité (SNEL) Coordination de Projets (CDP/SNEL) A l’attention de Monsieur MASOSO BUMBA, Coordonnateur des Projets 06, Avenue le Marinel, Immeuble le Marinel 2ème bâtiment Quartier LEMERA Commune de la GOMBE/Kinshasa Référence : Immeuble SOFIDE E-mail : cdp.snel@yahoo.fr, masbumba@yahoo.fr Tél : (243) 81 700 54 28 – (243) 81 004 0030 MASOSO BUMBA Coordonnateur des Projets

JEUNE AFRIQUE

PREMIER MINISTÈRE

FINANCEMENT : Projet d'Infrastructure de Transport pour l'Aéroport de Donsin (PITAD)

SECRÉTARIAT GÉNÉRAL

AVIS A MANIFESTATION D'INTERET N° 2012-004/PM/SG/MOAD/PRM du 05/11/2012

MAÎTRISE D'OUVRAGE DE L'AÉROPORT DE DONSIN

pour le Recrutement d’un Consultant pour un Appui à la mise en concession de l’exploitation de l’aéroport international de Ouagadougou-Donsin.

Le Burkina Faso a demandé à l’Association International de Développement (IDA), un financement pour le Projet d’Infrastructure de Transport pour l’Aéroport de Donsin (PITAD) et a l’intention d’utiliser une partie de ses financements pour effectuer un paiement au titre du contrat : Recrutement d’un Consultant pour un Appui à la mise en concession de l’exploitation de l’aéroport international de Ouagadougou-Donsin. Dans le cadre de la mise en concession des activités aéroportuaires de la plate-forme de l’aéroport international de Ouagadougou au secteur privé, le gouvernement du Burkina Faso a entrepris l’implication du secteur privé en un Partenariat Public-Privé. Pour ce faire, un Comité Interministériel chargé de la mise en place d’une Société d’Économie Mixte gestionnaire de l’Aéroport International de Ouagadougou (CISEM-AIO) a été créé. La complexité du processus de mise en concession de la gestion des activités d’une plateforme aéronautique notamment aux plans technique, économique requière l’appui d’un consultant (bureau ou cabinet) pour un appui technique ayant une expertise confirmée en la matière. Le Consultant (bureau ou cabinet) aura pour mission d’appuyer le CISEM-AIO, représentant du Gouvernement chargé de la mise en œuvre de ce PPP. Le Consultant fournira toutes les prestations et assistance nécessaires à la définition et réussite de la sélection définitive de l’adjudicataire intéressé par ce PPP. Il devra notamment assister le CISEMAIO dans : - l’organisation et la réalisation d’une conférence pour les soumissionnaires retenus sur la liste restreinte et l’affinement du dossier d’appel d’offres ; - l’assistance au processus de sélection de l’adjudicataire provisoire ; - les négociations avec l’adjudicataire provisoire ; - la mise en place de la Société d’économie Mixte (SEM) ; - la mise en place et l’opérationnalisation de la structure chargée du contrôle et de la supervision des activités de la SEM, et

BURKINA FASO

Unité – Progrès – Justice

- le transfert opérationnel à la SEM des activités aéroportuaires concédées et clôture de l’opération. Le consultant disposera d’un délai d’environs douze (12) mois pour réaliser sa mission y compris tous les délais de validation du CISEM-AIO et ce, à compter de la date de notification de l’ordre de commencer ses prestations. A cet effet, la Personne Responsable des marchés de la Maîtrise d’Ouvrage de l’Aéroport de Donsin, invite les candidats admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations indiquant qu’ils sont qualifiés pour exécuter les services (brochures, références concernant l’exécution de contrats analogues, expérience dans des conditions semblables etc.). Un consultant sera sélectionné en accord avec les procédures définies dans les Directives : Sélection et Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque mondiale, édition 2011. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence à l’adresse ci-dessous. Les manifestations d’intérêt devront être rédigées en français, présentées en (04) quatre exemplaires dont un (1) original et trois (03) copies et être déposées à l’adresse ci-dessous au plus tard le 15/01/ 2013 au Secrétariat du Département Technique de la MOAD sis au 1090, avenue Professeur Joseph KI ZERBO, 2ème étage de l'immeuble de l'ex-premier ministère ; 03 BP 7027 OUAGADOUGOU 03 Tel: 50 32 48 16/17/18 ; Fax : 50 33 10 03 ; Courriel : moad@primature.gov.bf entre 08 heures et 12 heures UT et 15 heures et 17 heures UT. La Personne Responsable des Marchés, Président de la Commission d'attribution des marchés Wendoana Pascal KIMA

APPEL À LA MANIFESTATION D’INTÉRÊT

RECRUTEMENT D’UN EXPERT INTERNATIONAL EN PASSATION DE MARCHÉS POUR LA COORDINATION DES PROJETS DE LA SNEL (CDP) N° AVIS : AMI/400/PMEDE/BCECO/DPM/HMS/2012/SC - SOURCE DE FINANCEMENT : DON IDA H 296 – DRC NOM DU PROJET : PROJET DE DÉVELOPPEMENT DES MARCHÉS D’ELECTRICITÉ POUR LA CONSOMMATION DOMESTIQUE ET À L’EXPORT (PMEDE) DATE DE PUBLICATION : DIMANCHE, LE 23 DÉCEMBRE 2012 - DATE DE CLÔTURE : LUNDI, LE 21 JANVIER 2013 1. CONTEXTE Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC) a obtenu un don de l’Association internationale de développement (IDA) en vue de financer le Projet de développement des marchés d’électricité pour la consommation domestique et à l’export (PMEDE), et a l’intention d’utiliser une partie de ce financement pour effectuer les paiements autorisés au titre des contrats relatifs aux services d’un Expert international en Passation des marchés chargé d’assister la Coordination des projets de la Société Nationale d’Electricité (CDP/SNEL) dans la conduite des activités de passation des marchés. 2. MISSION DU CONSULTANT Sous l’autorité directe du Coordonnateur de la Coordination des Projets (CDP) et dans le cadre de gestion des projets SAPMP (Southern African Power Market) et PMEDE, la mission de l’Expert international en passation de marchés consiste à assister et appuyer techniquement la CDP/SNEL, notamment dans le maintien d’une meilleure prise en charge par celle-ci des activités de passation des marchés des projets SAPMP et PMEDE. Il devra entre autres établir et assurer des modules de formation en passation des marchés au personnel de la cellule de Passation des Marchés de la SNEL, au personnel impliqué d’une manière générale dans le traitement des dossiers de passation des marchés de la SNEL et à tout autre personnel que la hiérarchie de la SNEL ou du Ministère de tutelle aura désigné. La mission se déroulera principalement à Kinshasa. Sa durée est d’une année renouvelable. 3. QUALIFICATIONS REQUISES Le Consultant à recruter doit : • Etre détenteur d’un diplôme d’ingénieur Bac+5 délivré par une université reconnue ou équivalent ; • Justifier d’une solide expérience internationale d’au moins 10 ans en passation des marchés dans des projets d’infrastructures des systèmes électriques similaires à ceux de la SNEL Sarl comprenant notamment des centrales hydroélectriques, des lignes électriques de transport et des réseaux électriques de distribution ; • Justifier d’une expérience professionnelle minimum de cinq (5) ans dans la gestion des projets suivant les techniques modernes est une obligation ; • Avoir une parfaite maîtrise du français et de l’anglais, écrit et parlé, ainsi que de l’outil informatique

JEUNE AFRIQUE

(Word, Excel, Power point, etc.) ; • Savoir travailler en équipe dans un environnement multiculturel. La Coordination des Projets de la SNEL (CDP/SNEL) invite les candidats admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les dossiers de candidature devront comprendre : (i) un curriculum vitae (CV) à jour et concis sur support papier ou électronique (Word ou PDF) ; (ii) une lettre (de deux pages au maximum) démontrant la compréhension du poste et justifiant l’expérience pertinente ou compétences pour l’assumer. Le Consultant sera sélectionné en accord avec les procédures définies dans les Directives « Sélection et Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque mondiale dans le cadre des Prêts de la BIRD et des Crédits et Dons de l’AID» (Edition janvier 2011). Les candidats (individus) intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des documents de référence à l’adresse ci-dessous, de lundi à vendredi aux heures suivantes : de 9h00 à 16h00 (heures locales). Les dossiers de candidature rédigés en langue française doivent parvenir, par courrier ou par E-mail, à l’adresse ci-dessous au plus tard le lundi 21 janvier 2013 et porter clairement la mention « AMI/400/PMEDE/BCECO/DPM/HMS/2012/SC – Recrutement d’un Expert International en Passation de Marchés pour la Coordination des projets (CDP) de la SNEL ». Il ne sera pas adressé une réponse aux candidatures ne répondant pas strictement aux critères requis. Société Nationale d’Electricité (SNEL) Coordination de Projets (CDP/SNEL) A l’attention de Monsieur MASOSO BUMBA, Coordonnateur des Projets 06, Avenue le Marinel, Immeuble le Marinel 2ème bâtiment Quartier LEMERA - Commune de la GOMBE/Kinshasa Référence : Immeuble SOFIDE E-mail : cdp.snel@yahoo.fr, masbumba@yahoo.fr Tél : (243) 81 700 54 28 – (243) 81 004 0030 MASOSO BUMBA Coordonnateur des Projets

N° 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Manifestation d’intérêt

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DES RESSOURCES HYDRAULIQUES ET ÉLECTRICITÉ SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉLECTRICITÉ (SNEL) - COORDINATION DE PROJETS DE LA SNEL (CDP/SNEL)

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Annonces classées RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DE L’ÉNERGIE

SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉNERGIE (SNEL) SARL COORDINATION DES PROJETS

Manifestation d’intérêt

AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT N° Avis : AMI 403/SAPMP/SNEL/BCECO/DG/DPM/NNT/2012/SC Source de financement : Don IDA n° H500 - ZR Nom du Projet : Projet de Marché d’Electricité en Afrique Australe (SAPMP) Date de publication : Mardi 18 décembre 2012 (publication dans dgMarket) Date de clôture : Lundi 14 janvier 2013

Services de Consultants : Recrutement d’un Consultant (cabinet) pour l’élaboration du dossier de consultation pour la sélection d’une firme de maintenance des installations THTCC et HTCA de la SNEL

La République Démocratique du Congo a reçu un financement de l'Association Internationale de Développement (IDA) en vue de financer le coût du Projet de Marché d'Electricité en Afrique Australe (Southern African Power Market Project, « SAPMP »), et se propose d'utiliser une partie de ce financement pour effectuer des paiements autorisés au titre du présent contrat relatif aux services du Consultant pour l’élaboration du dossier de consultation pour la sélection de la firme de maintenance des installations THTCC et HTCA de la SNEL. La mission du Consultant consiste à élaborer les documents de consultation pour le recrutement d’une firme ou une entreprise exerçant dans le domaine d’électricité en particulier le transport d’énergie, ou un fabricant d’équipements spécifiques qui sera chargée de la maintenance des Installations de transport électrique reprises ci-dessous. Il s’agit d’un contrat exclusivement de maintenance qui consiste à mener toutes les actions de management techniques et administratives requises, visant au maintien en bon état et/ou à la remise en état des équipements afin de leur permettre de fonctionner correctement. La Société Nationale d'Electricité (SNEL) sarl invite les candidats admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations (brochures, descriptions de missions similaires réalisées, expérience dans les conditions semblables, disponibilité d'experts qualifiés dans les domaines de la mission, la compréhension de la mission, etc.) indiquant qu'ils sont qualifiés pour exécuter les services demandés. L’exécution des contrats similaires en RD Congo sera un atout. Un consultant sera sélectionné par la méthode fondée sur la qualité et le coût conformément aux procédures de la Banque mondiale définies dans

les Directives : « Directives Sélection et Emploi de Consultants par les Emprunteurs de la Banque mondiale dans le cadre des Prêts de la BIRD et des Crédits et Dons de l’AID (Edition mai 2004, révisées en octobre 2006 et janvier 2011) ». Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des termes de référence à l'adresse ci-dessous, tous les jours ouvrables du lundi au vendredi aux heures suivantes : de 9H00' à 16H00' (heures locales). Les manifestations d'intérêt rédigées en langue française doivent parvenir, par courrier ou par e-mail, à l'adresse ci-dessous au plus tard le lundi 14 janvier 2013 et porter clairement la mention « AMI 403/SAPMP/SNEL/BCECO /DG/DPM/NNT/2012/SC – Recrutement d’un Consultant (cabinet) pour l’élaboration du dossier de consultation pour la sélection de la firme de maintenance des installations THTCC et HTCA de la SNEL ».

RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DE L’ÉNERGIE

SOCIÉTÉ NATIONALE D’ELECTRICITÉ (SNEL) SARL Coordination des Projets (CDP) A l’attention de Monsieur Léonard MASOSO BUMBA, Coordonnateur des projets 6, avenue Le Marinel - Immeuble Le Marinel, 2ème bâtiment / Quartier LEMERA - (Référence : Immeuble SOFIDE) KINSHASA / GOMBE - RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO TEL. (+243) 81 700 54 28 – (+243) 81 004 00 30 Email : cdp.snel@yahoo.fr avec copie à bceco@bceco.cd et dpm@bceco.cd Léonard MASOSO BUMBA Coordonnateur des projets

SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉNERGIE (SNEL) SARL COORDINATION DES PROJETS

AVIS À MANIFESTATION D’INTÉRÊT N° Avis : AMI 404/SAPMP/SNEL/BCECO/DPM/NNT/2012/SC Source de financement : Crédit BEI 24 733/CG & Crédit BEI 24 732/CG Nom du Projet : Projet de Marché d’Electricité en Afrique Australe (SAPMP) Date de publication : Mardi 18 décembre 2012

Date de clôture : Lundi 14 janvier 2013 Services de Consultants : Recrutement d’un Consultant (cabinet) chargé de l’audit annuel de la maintenance des installations de la SNEL sarl

La République Démocratique du Congo a reçu un financement de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) en vue de financer une partie des activités du Projet de Marché d'Electricité en Afrique Australe (Southern African Power Market Project, « SAPMP »), et se propose d'utiliser une partie de ce financement pour effectuer des paiements autorisés au titre du présent contrat relatif aux services du Consultant chargé de l’audit annuel de la maintenance des installations de la SNEL sarl. La maintenance des installations de production, transport et distribution de la SNEL sarl fera l’objet d’un audit annuel à compter de 2012 (inclus). L’auditeur sera recruté et adjugé en 2012. L’audit annuel de maintenance aura pour objet : i. d’évaluer la maintenance réalisée pendant l’année (n) (ainsi que les statistiques correspondantes) et le respect dans ce cadre des meilleures pratiques internationales et les meilleures pratiques industrielles établies ; ii. de recommander, de façon détaillée, les acquisitions d’équipements, les travaux et les services requis dans le cas où les meilleures pratiques industrielles n’auraient pas été suivies à l’occasion de la maintenance réalisée sur l’année (n) ; iii. de valider le programme de maintenance préparé par SNEL sarl pour le prochain exercice (n+1), le montant du financement requis et le calendrier prévisionnel d’engagement et de paiement de ces coûts ; iv. de déterminer les montants devant être disponibles sur le compte de maintenance en tant que provision (tel que définie dans les contrats de financement de la BEI) ainsi que le montant devant être versés sur le compte local maintenance au cours de l’année (n+1) ; et v. le cas échéant, d’évaluer la maintenance réalisée des installations critiques pendant l’année (n) ainsi que de formuler des recommandations relatives à celles-ci ; Le coût de l’audit annuel de maintenance de l’année (n) sera inclus dans le montant de la provision pour la maintenance de l’année (n), à compter de 2014. Pour garantir au mieux l’objectivité de l’opinion, les prestations doivent être fournies par une firme ayant une expérience avérée dans la conduite, la définition des outil-

lages et l’élaboration des manuels des missions de maintenance des installations électriques de production, de transport et de distribution de l’énergie électrique. La Société Nationale d'Electricité (SNEL) invite les candidats admissibles à manifester leur intérêt à fournir les services décrits ci-dessus. Les consultants intéressés doivent fournir les informations (brochures, descriptions de missions similaires réalisées, expérience dans les conditions semblables, disponibilité d'experts qualifiés dans les domaines de la mission, la compréhension de la mission, etc.) indiquant qu'ils sont qualifiés pour exécuter les services demandés. Un consultant sera sélectionné par la méthode fondée sur la qualité et le coût conformément au Guide de passation des marchés – Edition 2004 de la Banque européenne d’investissement. Les consultants intéressés peuvent obtenir des informations supplémentaires au sujet des Termes de référence à l'adresse ci-dessous, tous les jours ouvrables du lundi au vendredi aux heures suivantes : de 9H00' à 16H00' (heure locale). Les manifestations d'intérêt rédigées en langue française doivent parvenir par courrier ou par e-mail à l'adresse ci-dessous au plus tard le lundi 14 janvier 2013 et porter clairement la mention « AMI 404/SAPMP/SNEL/BCECO/DPM/NNT/2012/SC – Recrutement du Consultant (cabinet) chargé de l’audit annuel de la maintenance des installations de la SNEL sarl». SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉLECTRICITÉ (SNEL) sarl Coordination des Projets (CDP) A l’attention de Monsieur Léonard MASOSO BUMBA, Coordonnateur des projets 6, avenue Le Marinel - Immeuble Le Marinel, 2ème bâtiment / Quartier LEMERA (Référence : Immeuble SOFIDE) KINSHASA / GOMBE - RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO TEL. (+243) 81 700 54 28 – (+243) 81 004 00 30 Email : cdp.snel@yahoo.fr avec copie à bceco@bceco.cd et dpm@bceco.cd Léonard MASOSO BUMBA Coordonnateur des projets

N° 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

JEUNE AFRIQUE

Annonces classées

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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL BUREAU CENTRAL DE COORDINATION (BCECO) PROGRAMME DE RELANCE DE LA CAMPAGNE AGRICOLE 2012 – 2013 COMPOSANTE : PRODUCTION ANIMALE

DAOI n° 381/INTER-GOUV/BCECO/DG/DPM/NNT/2012/MF Fourniture des vaccins pour les petits ruminants et les bovidés et des matériels et équipements de protection

1. Le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural a obtenu du Gouvernement congolais, dans le cadre de son budget, des fonds afin de financer le Programme de relance de la campagne agricole 2012-2013, et a l’intention d’utiliser une partie de ces fonds pour effectuer les paiements autorisés au titre du Marché de Fourniture des vaccins pour les petits ruminants et les bovidés et des matériels et équipements de protection.

3. La passation du Marché sera conduite par Appel d‘offres ouvert, tel que défini dans la Loi relative aux marchés publics, à tous les candidats éligibles. 4. Les candidats intéressés peuvent obtenir des informations auprès du Bureau Central de Coordination (BCECO) et prendre connaissance des documents d’Appel d’offres à l’adresse du BCECO mentionnée ci-dessous du lundi au vendredi de 9 heures à 16 heures. 5. Les exigences en matière de qualification sont : a) Capacité financière - Justifier d’une capacité financière à couvrir une telle offre dans le délai imparti - Fournir des preuves écrites des états financiers de trois dernières années (2009, 2010 et 2011) - Numéro d’Identification Nationale ou équivalent ; - Etre en règle avec les cotisations à l’INSS ou équivalent ; - Numéro d’immatriculation au Nouveau Registre de Commerce ou équivalent ; - Le Soumissionnaire doit fournir la preuve écrite que les Fournitures qu’il propose remplissent la(les) condition(s) d’utilisation suivante : conformité aux spécifications techniques indiquées dans la section VI et qu’il a déjà fourni des fournitures similaires qui sont opérationnelles dans des pays aux conditions climatiques semblables à celles de la RDC ; - La preuve de son existence légale (statuts, acte constitutif, un certificat par entreprise sera fourni en cas de groupement) ; JEUNE AFRIQUE

Une marge de préférence de quinze pour cent (15%) applicable aux fournitures fabriquées dans les Etats membres du COMESA sera appliquée aux candidats éligibles. 6. Les candidats intéressés peuvent obtenir un Dossier d’appel d’offres complet en formulant une demande écrite à l’adresse du Bureau Central de Coordination (BCECO) contre un paiement non remboursable de trois cents dollars américains (300 USD). La méthode de paiement sera un versement d’espèces au compte n° 0240001145502, intitulé PROJET BCECO auprès de la STANDARD BANK/Kinshasa, code SWIFT : SBICDKX. Le Document d’appel d’offres sera adressé, contre présentation de la preuve de paiement, par courrier ou par courriel électronique. 7. Les offres devront être soumises à l’adresse ci-dessus au plus tard le jeudi 17 janvier 2013 à 15h00’ (TU+1). Les offres remises en retard ne seront pas acceptées. Les dépôts électroniques ne seront pas admis. Les offres doivent comprendre une garantie bancaire d’offre d’un montant de 5 000 USD pour chaque lot respectif. Les offres devront demeurer valides pendant une durée de 90 jours à compter de la date limite de soumission. Le Marché et toute la correspondance et la documentation relatifs (catalogues) aux Marchés échangés par le Titulaire et l’Autorité contractante seront rédigés en langue française. Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumissionnaires qui décident d’assister à la séance d’ouverture qui aura lieu le jeudi 17 janvier 2013, à 15H30’ (TU+1) à l’adresse ci-dessous : Bureau Central de Coordination (BCECO) Avenue Colonel Mondjiba, n° 372, Concession Utexafrica - Kinshasa-Ngaliema (RDC) - Local 301 E-mail : bceco@bceco.cd, dpm@bceco.cd, bcecobceco@yahoo.fr, dpmbceco@yahoo.fr TEL. (+243) 81 513 67 29 – (+243) 819 999 180 Théophile MATONDO MBUNGU Directeur Général a.i. N° 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

Appel d’offres

2. Le Bureau Central de Coordination (BCECO), pour le compte du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, sollicite des offres sous pli fermé de la part des candidats éligibles et répondant aux qualifications requises pour fournir les vaccins pour les petits ruminants et les bovidés et les matériels et les équipements de protection (cfr DPAO), répartis en trois (3) lots distincts, pouvant être attribués séparément, pour cinq (5) provinces de la République Démocratique du Congo, attribuable par lot, à un seul fournisseur (personne morale) et/ou à un groupement solidaire des entreprises. Les différents lots sont répartis de la manière suivante : a) Lot 1 : Fourniture des vaccins contre la Peste des Petits Ruminants (PPR) et des équipements de protection y afférents dans les provinces du Bas-Congo et du Kasaï Occidental b) Lot 2 : Fourniture des vaccins contre la Péripneumonie Contagieuse Bovine (PPCB) et des équipements de protection y afférents dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et Orientale. c) Lot 3 : Fourniture des vaccins contre la Fièvre Aphteuse (FA) et des équipements de protection y afférents dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et Orientale.

- Le Soumissionnaire qui ne fabrique ou ne produit pas les Fournitures qu’il offre, soumettra une attestation établissant qu’il est représentant autorisé pour la commercialisation de la marque proposée ; - Une documentation (prospectus), en langue française, fournissant tous les détails nécessaires pour porter un jugement sur la qualité et la fiabilité des fournitures offertes par le Soumissionnaire. b) Capacité technique et expérience - Justifier d’une expérience d’au moins trois (3) années de Fourniture des vaccins pour les animaux et des matériels et équipements de protection. - La fourniture doit être conforme aux spécifications techniques en termes de provenance, qualité, exigence, garantie, documentation, destination et performances. - Avoir réalisé au moins trois (3) marchés de montant similaire au cours de trois dernières années.

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Annonces classées RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO PROJET DE DÉVELOPPEMENT DES MARCHÉS D’ELECTRICITÉ POUR LA CONSOMMATION DOMESTIQUE ET À L’EXPORT (PMEDE) DON IDA N° H296-DRC - PROGRAMME DE BASE - AOI N° 341/PMEDE/SNEL/BCECO/DPM/EMN/2012/MF ACQUISITION DU BATEAU ÉPANDEUR POUR LA SOCIÉTÉ NATIONALE D’ÉLECTRICITÉ (SNEL)

AVIS D’APPEL D’OFFRES 1. Le présent avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis général de passation des marchés du projet PMEDE paru le 12 avril 2007 dans Dg Market et dans la presse locale ainsi que le 14 septembre 2008 dans Jeune Afrique, dans Dg Market et dans les journaux locaux. 2. La République Démocratique du Congo a obtenu un don de l’Association Internationale de Développement (IDA) pour financer le Projet de Développement des Marchés d’Electricité pour la consommation Domestique et à l’Export (PMEDE). Elle se propose d’utiliser une partie du montant de ce don pour effectuer les paiements autorisés au titre du marché intitulé : Acquisition d’un bateau épandeur pour la Société Nationale d’Electricité (SNEL). 3. La Société Nationale d’Electricité (SNEL) invite les candidats admis à concourir à soumettre leurs offres sous pli scellé pour la fourniture d’un bateau épandeur pour la Société Nationale d’Electricité (SNEL). Les fournitures concernées par le marché constituent un seul lot. 4. La passation du Marché sera conduite par Appel d‘offres international (AOI) tel que défini dans les « Directives : Passation des marchés financés par les Prêts de la BIRD et les Crédits de l‘IDA » (Edition mai 2004, révisée en octobre 2006 et janvier 2011), et ouvert à tous les soumissionnaires de pays éligibles tels que définis dans les Directives. 5. Les soumissionnaires éligibles et intéressés par cet appel d’offres peuvent obtenir tout renseignement complémentaire auprès de la Coordination des Projets de la Société Nationale d’Electricité (CDP/SNEL), et prendre connaissance des documents d’appel d’offres à l’adresse reprise ci-dessous, de 9h à 16h (heures locales, TU+1). Les critères de qualification des candidats sont les suivants : • Le Soumissionnaire doit fournir la preuve écrite que le bateau qu’il propose est conforme aux spécifications techniques indiquées dans la section VI du dossier d’appel d’offres et qu’il a déjà fourni des bateaux similaires qui sont opérationnels dans des pays aux conditions climatiques et aux voies fluviales semblables à celles de la RDC. • Le Soumissionnaire doit indiquer la nature et la qualité du service après vente. Il devra de même garantir de fournir le service après vente pendant au moins deux années. • Le Soumissionnaire qui ne fabrique ou ne produit pas le bateau qu’il offre, soumettra une attestation établissant qu’il est représentant autorisé pour la commercialisation de la marque proposée.

• Une documentation (prospectus), en langue française, fournissant tous les détails nécessaires pour porter un jugement sur la qualité et la fiabilité du bateau offerte par le Soumissionnaire. 6. Un jeu complet du Dossier d’appel d’offres en Français peut être acheté par tout candidat intéressé sur présentation d’une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-dessous et sur paiement d’un montant non remboursable de 100 USD (cent dollars américains). Le paiement sera effectué par versement d’espèces au compte n° « 0133579 - 15 », intitulé SNEL-PROJET UGP/PMEDE auprès de la Banque Commerciale du Congo (BCDC)/ Kinshasa, code SWIFT : BCDCCDKI. Le Dossier d’appel d’offres sera envoyé aux soumissionnaires, contre présentation de la preuve de paiement, par courrier. Les frais d’envoi des dossiers aux acheteurs sont en sus et à charge de ces derniers. 7. Les offres doivent être remises à l’adresse ci-dessous au plus tard le mardi 5 février 2013 à 15H00’. Les dépôts électroniques ne seront pas admis. Les soumissions présentées hors délais seront rejetées. Toutes les offres doivent être assorties d’une garantie de l’offre de 10.000 USD (dix mille dollars américains). La garantie de soumission sera une garantie bancaire. Cette garantie de soumission demeurera valide pendant vingt-huit (28) jours au-delà de la date limite initiale de validité des offres, ou de toute nouvelle date limite de validité demandée par l'Acheteur et acceptée par le Soumissionnaire, conformément aux dispositions de la Clause 20.2 des IS. La période de validité initiale des offres est de cent-vingt (120) jours. Les offres reçues après le délai fixé seront rejetées. 8. Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumissionnaires qui décident d’assister à la séance d’ouverture qui aura lieu le mardi 5 février 2013 à 15H30’ (heure locale TU+1) à l’adresse ci-dessous. Coordination de Projets de la Société Nationale d’Electricité (CDP/SNEL) 06, Avenue Le Marinel, Immeuble Le Marinel 2ème bâtiment - Quartier LEMERA Commune de la Gombe/Kinshasa - (Référence : Immeuble SOFIDE) E-mail : cdp.snel@yahoo.fr, - masbumba@yahoo.fr Tél: (243) 81 700 54 28 – (243) 81 004 0030 MASOSO BUMBA Coordonnateur des Projets

Appel d’offres

PROJET DE DÉVELOPPEMENT DES MARCHÉS D’ÉLECTRICITÉ POUR LA CONSOMMATION DOMESTIQUE ET À L’EXPORTATION (PMEDE) PROGRAMME DE BASE - CRÉDIT IDA N° H296 – DRC AOI N° 342/PMEDE/SNEL/BCECO/DG/DPM/EMN/2012/MF MARCHÉ DE FOURNITURE – ACQUISITION DE LA PERMETHRINE

AVIS D’APPEL D’OFFRES 1. Le présent avis d’appel d’offres fait suite à l’Avis général de passation des marchés du projet PMEDE paru le 12 avril 2007 dans Dg Market et dans la presse locale ainsi que le 14 septembre 2008 dans Jeune Afrique, dans Dg Market et dans les journaux locaux. 2. La République Démocratique du Congo a obtenu un don de l’Association Internationale de Développement (IDA) pour financer le Projet de Développement des Marchés d’Electricité pour la consommation Domestique et à l’Export (PMEDE). Elle se propose d’utiliser une partie du montant de ce don pour effectuer les paiements autorisés au titre du Marché de la Permethrine. 3. La Société Nationale d’Electricité (SNEL) invite les candidats admis à concourir, entreprises ou groupements d’entreprises, à soumettre leurs offres sous pli scellé pour la fourniture du produit concerné. L’objet du présent marché vise la fourniture de la permethrine pour la lutte contre la nuisance de l’onchocercose dans le site d’Inga dans la Province de Bas-Congo, en République Démocratique du Congo. 4. L’Appel d’offres se fera selon les procédures d’Appel d’offres international (AOI) définies dans les Directives : Passation des marchés financés par les prêts de la BIRD et les crédits de l’IDA (Edition mai 2004, révisée en octobre 2006 et janvier 2011). Le DAO type de la Banque mondiale est celui de « Passation des Marchés de produits de santé ». Il est ouvert à tous les candidats/ aux entreprises admises à concourir. Les critères de qualification des candidats sont les suivants : • Capacité technique : présenter des références pour des projets similaires, au moins trois (3) attestations d’exécution des marchés d’au moins de 250 mille dollars des Etats-Unis (250.000 $US), dont une (1) en Afrique ou dans une région similaire, de genre et taille similaires dans les 5 dernières années et auxquelles le soumissionnaire a assuré la direction du Projet. • Capacité financière : le candidat doit avoir atteint au cours de cinq (5) dernières années un chiffre d’affaires annuel moyen équivalent à au moins une fois le montant de l’offre. La solidité financière est à prouver par les bilans certifiés et les attestations pour la ligne de crédit bancaire pour les trois (3) dernières années. • Conformité de la proposition technique Les candidats répondant aux critères de participation et qui le souhaitent peuvent obtenir tout

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renseignement complémentaire auprès de la Coordination des Projets (CDP) de la SNEL, et examiner les documents d’appel d’offres à l’adresse reprise ci-dessous, de 9h à 16h (heures locales, TU+1). 5. Un jeu complet du Dossier d’appel d’offres en Français peut être acheté par tout candidat intéressé sur présentation d’une demande écrite à l’adresse mentionnée ci-dessous et sur paiement d’un montant non remboursable de deux cents dollars américains (200 $US). Le paiement sera effectué par versement d’espèces au compte n° « 0133579 - 15 », intitulé SNEL-PROJET UGP/PMEDE auprès de la Banque Commerciale du Congo (BCDC) / Kinshasa, code SWIFT : BCDCCDKI. Le Dossier d’appel d’offres sera envoyé aux soumissionnaires, contre présentation de la preuve de paiement, par courrier. Les frais d’envoi des dossiers aux acheteurs sont en sus et à charge de ces derniers. 6. Les offres doivent être remises à l’adresse ci-dessous au plus tard le mardi 5 février 2013 à 15H00’. Toutes les offres doivent être assorties d’une garantie de l’offre de quarante-cinq mille dollars américains (45.000 $US). La garantie de soumission sera une garantie bancaire. Cette garantie de soumission demeurera valide pendant vingt-huit (28) jours au-delà de la date limite initiale de validité des offres, ou de toute nouvelle date limite de validité demandée par l'Acheteur et acceptée par le Soumissionnaire, conformément aux dispositions de la Clause 20.2 des IS. La période de validité initiale des offres est de cent-vingt (120) jours. Les offres reçues après le délai fixé seront rejetées. 7. Les plis seront ouverts en présence des représentants des soumissionnaires qui décident d’assister à la séance d’ouverture qui aura lieu le mardi 5 février 2013 à 15H30’ (heure locale TU+1) à l’adresse ci-dessous. Coordination de Projets de la Société Nationale d’Electricité (CDP/SNEL) 06, Avenue Le Marinel, Immeuble Le Marinel 2ème bâtiment - Quartier LEMERA Commune de la Gombe/Kinshasa - (Référence : Immeuble SOFIDE) E-mail : cdp.snel@yahoo.fr, - masbumba@yahoo.fr Tél: (243) 81 700 54 28 – (243) 81 004 0030 MASOSO BUMBA Coordonnateur des Projets

JEUNE AFRIQUE

Annonces classées MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE ET DU DÉVELOPPEMENT RURAL DIRECTION DE CABINET COORDINATION NATIONALE DU PROJET DE RELANCE AGRO-PASTORALE

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

POUR LA FOURNITURE DES MOYENS ROULANTS AU PRAP ET AGENCES D’EXÉCUTION

Unité-Dignité-Travail

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 01 PRAP/BM-RCA Numéro du Crédit 4959 -CA - Date de l’Avis : 24 Décembre 2012

1- Financement Le Gouvernement de la République Centrafricaine a obtenu un crédit auprès de la Banque Mondiale pour financer la fourniture des moyens roulants au profit de la coordination nationale, coordinations régionales et Agences d’exécution du Projet de Relance Agro-Pastorale (PRAP). 2-Participation et Eligibilité L’Appel d’offres s’adresse à toutes les entreprises des pays éligibles par la Banque Mondiale. 3-Délai d’exécution Le délai d’exécution sera proposé par le soumissionnaire. Il ne pourra excéder 90 jours à dater de la signature du contrat. 4-Administration au nom de laquelle sera conclu le marché. Projet de Relance Agro-Pastorale BP : 2381 5- Examen du Dossier d’Appel d’Offres Les soumissionnaires éligibles intéressés par le présent Avis peuvent obtenir les informations supplémentaires et examiner le Dossier d’Appel d’Offres dans les bureaux de l’Unité de Gestion Financière et de Passation des Marchés Projet de Relance Agro-Pastorale . 6- Acquisition du Dossier d’Appel d’Offres Toute entreprise éligible intéressée par le présent Avis pourra acquérir un jeu complet du Dossier d’Appel d’Offres contre paiement d’un montant de cent mille (100 000) FCFA non remboursable au près de l’Unité de Gestion Financière et de Passation des Marchés (UGFPM) à partir du 24 Décembre 2012.

7- Réception des offres Les offres rédigées en française en cinq (5) exemplaires, dont un (1) original et quatre (4) copies, devront parvenir à l’Unité de Gestion Financière et de Passation des Marchés au plus tard le 21 janvier 2013 à 10 heure, heure locale et devront porter la mention suivante : « RÉPONSE À L’APPEL D’OFFRES POUR LA FOURNITURE DES MOYENS ROULANTS À LA COORDINATION NATIONALE, AUX COORDINATIONS RÉGIONALES ET AUX AGENCES D’EXÉCUTION À N’OUVRIR QU’EN SÉANCE D’OUVERTURE PUBLIQUE DES PLIS » Toute Offre non conforme au règlement de l’Appel d’Offres inclus dans le dossier sera déclaré irrecevable. 8- Cautionnement de soumission Chaque Offre doit être accompagnée d’une caution de soumission au moins égale à 12 000 000 FCFA et faisant partie intégrante de la soumission donnée sous forme de garantie bancaire selon le modèle. 9-Durée de validité des Offres Les soumissionnaires restent tenus par leurs Offres pendant quatre vingt dix (90) jours à partir de la date limite fixée pour la réception des Offres. 10- Ouverture des Offres L’ouverture des Offres aura lieu en présence des représentants des soumissionnaires qui souhaitent y assister, le 21 janvier 2013 à 10 H 30 min, dans la salle de réunion du PRAP dans l’enceinte de FNEC sur l’axe de l’aéroport. Le Coordonnateur National du PRAP Jacky Alphonse TCHABASSIMY

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances lance l’appel d’offres international n° 01/DGHS/2013 pour l’acquisition de tenues de combat finies (veste + pantalon + casquette). Les dossiers peuvent être retirés à l’adresse suivante : « La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances sise à l’Avenue Habib Bourguiba 2010 Manouba », contre paiement de la somme de 25 dinars, par chèque certifié ou par mandat adressé au nom du régisseur des recettes du Ministère de la Défense Nationale C.C.P. n° 1700100000000616-82-24. Les offres doivent être obligatoirement envoyées sous plis fermés cachetés soit par voie postale en service recommandé soit par service rapid-poste ou déposés directement au bureau d’ordre de la Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances contre un bon de reçu. Elles doivent porter lisiblement en haut et à gauche la mention « NE PAS OUVRIR A/O INTERNATIONAL N° 01/DGH/2013 » acquisition des tenues de combat finies (veste + pantalon + casquette). » Les offres doivent parvenir au plus tard le 04 Février 2013 (Seul le cachet du bureau d’ordre fait foi). Adresse : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE DIRECTION GÉNÉRALE DE L’HABILLEMENT ET DES SUBSISTANCES AVENUE HABIB BOURGUIBA 2010 MANOUBA

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE AVIS DE REPORT DE LA DATE LIMITE DE REMISE DES OFFRES REALITIVES À L’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 12/DAT/2012 La Division Achat et Transit de l’Armée de Mer informe les fournisseurs ainsi que les représentants dûment mandatés intéressés par l’appel d’offres international N° 12/DAT/2012 pour la fourniture et l’installation d’une grue portuaire à la Base Navale Principale de Bizerte, que la date limite de réception des offres au bureau d’ordre de la DAT est reportée au 7 Février 2013, dans les mêmes conditions.

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Appel d’offres

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 01/DGHS/2013

JEUNE AFRIQUE

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Annonces classées RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 03/DGHS/2013 La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances lance l’appel d’offres international n° 03/DGHS/2013 pour l’acquisition d’habillement et équipement militaire.

Directeur Général Filiale H/F Construction - Nigéria - 130 K€ (Ref. JO-022902)

Senior Internal Control Manager H/F

Les cahiers des charges peuvent être retirés à l’adresse suivante : « La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances sise à l’Avenue Habib Bourguiba 2010 Manouba », contre paiement de la somme de 25 dinars, par chèque certifié ou par mandat adressé au nom du régisseur des recettes du Ministère de la Défense Nationale C.C.P. n° 1700100000000616-82-24.

Banque - Afrique de l’Ouest 120 K€ - (Ref. JO-023159)

Les offres doivent être obligatoirement envoyées sous plis fermés cachetés soit par voie postale en service recommandé soit par service rapid-poste ou déposés directement au bureau d’ordre de la Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances contre un bon de reçu. Elles doivent porter lisiblement en haut et à gauche la mention « NE PAS OUVRIR A/O INTERNATIONAL N° 03/DGH/2013 » acquisition d’habillement et équipement militaire. Les offres doivent parvenir au plus tard le 04 Février 2013 (Seul le cachet du bureau d’ordre fait foi).

Directeur Achats H/F

Adresse : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE DIRECTION GÉNÉRALE DE L’HABILLEMENT ET DES SUBSISTANCES AVENUE HABIB BOURGUIBA 2010 MANOUBA

Divers - Appel d’offres

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RÉPUBLIQUE TUNISIENNE MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE

AVIS D’APPEL D’OFFRES INTERNATIONAL N° 33/DGHS/2012 La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances lance l’appel d’offres international n° 33/DGHS/2012 pour l’acquisition des tentes (tentes de 20 personnes). Les cahiers des charges peuvent être retirés à l’adresse suivante : « La Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances sise à l’Avenue Habib Bourguiba 2010 Manouba », contre paiement de la somme de 25 dinars, par chèque certifié ou par mandat adressé au nom du régisseur des recettes du Ministère de la Défense Nationale C.C.P. n° 1700100000000616-82-24. Les offres doivent être obligatoirement envoyées sous plis fermés cachetés soit par voie postale en service recommandé soit par service rapid-poste ou déposés directement au bureau d’ordre de la Direction Générale de l’Habillement et des Subsistances contre un bon de reçu. Elles doivent porter lisiblement en haut et à gauche la mention « NE PAS OUVRIR A/O INTERNATIONAL N° 33/DGH/2012 » acquisition des tentes. Les offres doivent parvenir au plus tard le 04 Février 2013 (Seul le cachet du bureau d’ordre fait foi). Adresse : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE DIRECTION GÉNÉRALE DE L’HABILLEMENT ET DES SUBSISTANCES AVENUE HABIB BOURGUIBA 2010 MANOUBA JEUNE AFRIQUE

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Université Senghor Université internationale de langue française au service du développement africain Opérateur direct de la Francophonie Concours de Recrutement au « Master en Développement » (Promotion 2013-2015) L’Université Senghor lance, pour la rentrée 2013, un concours d’entrée au programme du Master en Développement dans 9 spécialités : Management de Projets ; Gouvernance & Management Public ; Gestion du Patrimoine Culturel ; Gestion des Industries Culturelles ; Communication et Médias, Gestion de l’Environnement ; Gestion des Aires Protégées, Santé Internationale et Politiques Nutritionnelles. Conditions d'admission et Dossier de candidature • Être âgé de moins de 36 ans, le 1er septembre 2013 ; • Être titulaire d’une licence ou d’un diplôme équivalent et faire état d’une expérience professionnelle pertinente d’un an au minimum ; • Réussir les 3 étapes du concours d’entrée au Master en Développement : examen du dossier de candidature rempli obligatoirement en ligne sur le site de l’Université ; épreuve écrite et entretien oral avec un représentant de l’Université. Les dossiers de candidature doivent être remplis obligatoirement en ligne sur le site Internet de l’Université Senghor : www.usenghor-francophonie.org, avant le jeudi 7 mars 2013. Modalités pratiques À l’issue du concours de recrutement, l’Université Senghor offre aux candidats définitivement admis, âgés de moins de 36 ans au 1er septembre 2013, 120 bourses couvrant les frais de vie à Alexandrie (hébergement à Alexandrie, repas du midi, assurance médicale, transport à l’Université) et les frais de stage. Les candidats boursiers de l’Université Senghor auront uniquement à s’acquitter d’un droit d’inscription de 500 €. Par ailleurs, l’Université Senghor inscrira des candidats admissibles supplémentaires n’ayant pas été classés pour l’obtention d’une bourse mais qui sont en mesure d’assumer les droits d’inscription ainsi que les frais de vie qui se montent à 2500 €, pour l’année académique 2013-2014, couvrant l’hébergement à Alexandrie, les repas du midi, une assurance médicale, les transports à l’Université. Les étudiants non-boursiers de l’Université Senghor devront en outre, assurer la totalité de leurs frais de stage. Les frais de scolarité sont gratuits pour tous les étudiants inscrits à l’Université Senghor. Pour tout renseignement, contactez : Université Senghor - Concours de Recrutement 1, Place Ahmed Orabi El Mancheya - B.P. 21111 415 Alexandrie – Égypte Téléphone : + (203) 48 43 374 - Télécopieur : + (203) 48 43 479 Courriel : concoursderecrutement@usenghor-francophonie.org www.usenghor-francophonie.org

The European Centre for Development Policy Management (ECDPM) is a think & do tank, whose main goal is to broker effective partnerships between Europe and the Global South, especially Africa. Based in Maastricht, The Netherlands, it promotes inclusive forms of development and cooperates with public and private sector organisations to better manage international relations. We are looking for three entrepreneurial professionals to contribute to the Centre’s dialogue, networking and capacity development activities, as: • Policy Officer for Development Policy (with possibilities to become deputy programme manager), with insights on what’s next on the global development agenda beyond aid effectiveness, and expertise on how non-development policies affect development. • Policy Officer for Innovative Finance for Development, with practical insights into the mechanisms for development finance and resource mobilisation, from a perspective of private sector, economic integration and sustainable development. • Policy Officer for Food Security, with expertise in food security in developing countries, rural economic development and regional integration processes in Africa. Deadline for application: 6 January 2013. For full texts of the vacancies and more, please go to www.ecdpm.org/vacancies

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Vous & nous

Le courrier des lecteurs Envoyez-nous vos réactions, vos réflexions, vos coups de gueule ou de cœur à redaction@jeuneafrique.com ou au 57 bis, rue d’Auteuil, 75016 Paris.

Armées L’efficacité en question

! J.A. N° 2709, du 9 au 15 décembre 2012.

BRAVO pour votre dossier sur les armées africaines (J.A. no 2709, du 9 au

15 décembre), que je juge particulièrement bien ficelé. Constituées en majorité d’hommes au parcours scolaire chaotique, elles utilisent les moyens dédiés à la défense de l’intégrité territoriale pour intimider, terroriser et tuer leurs compatriotes. Promus généraux puis dirigeants de nos pauvres pays, ces hommes se muent en prédateurs de fonds publics. Dans un pays que je ne citerai pas, des primes de guerre ont été payées à tous les militaires pendant de longues années parce qu’une poignée d’entre eux avait participé à des combats qui n’avaient même pas duré une semaine. Ailleurs, dans les vraies démocraties, il faut justifier

de parcours exceptionnels pour gouverner. ● JEAN-MARIE AKPWABOT, Abidjan, Côte d’Ivoire

Procès Deux poids, deux mesures AHMED KONKOBO, citoyen burkinabè vivant en France, coupable d’avoir tué un homme en le poussant contre une rame de train, mais unanimement reconnu comme schizophrène, vient d’être condamné à seize ans de prison. Pendant ce temps, des militaires français meurtriers du citoyen i v o i r i e n F i r m i n Ma h é viennent d’être sanctifiés par la « justice » française, avec un royal acquittement et de

la prison avec sursis pour les quatre accusés (l’avocat général avait requis des peines allant de six mois de prison avec sursis à cinq ans ferme). Sur une autre échelle, dans l’affaire dite de l’Arche de Zoé, les responsables d’un vaste trafic d’enfants sortent libres du tribunal ; les deux principaux responsables, qui n’ont pas daigné se présenter à l’audience, sont condamnés par contumace à trois années de prison, dont une avec sursis. Pour l’heure, ils se dorent au soleil d’Afrique du Sud. Et si tout cela n’était qu’une mise en scène de plus pour tenter de cacher une discrimination pourtant évidente ? ● PAP SARR, Paris, France

Mali La solution viendra d’Alger POUR BIEN COMPRENDRE LE PRÉSENT, il est parfois nécessaire de faire un retour sur le passé. Entre 1960 et 1962, Abdelaziz Bouteflika était le représentant du FLN auprès du gouvernement malien du président Modibo Keïta. Avec l’aide et le soutien de ce gouvernement, Bouteflika allait réceptionner à Conakry (Guinée) des armes expédiées de la Tchécoslovaquie socialiste et destinées à l’Armée de libération nationale algérienne (ALN), bras armé du Front de libération national en lutte contre la présence coloniale française en Algérie. De Conakry à Bamako, les armes étaient convoyées par la route, puis de Koulikoro (port fluvial sur le fleuve Niger distant de 50 km), le lieutenant Bouteflika les faisait transiter par Gao, avant de les acheminer ensuite par la route JEUNE AFRIQUE

jusqu’à Tamanrasset. À l’époque, Gao était surnommé Wilaya 7 ; je peux personnellement en témoigner en tant que proche parente de Bakara Diallo, alors gouverneur de Gao. Je revois encore Abdelaziz Bouteflika jouant au football avec l’équipe locale de Gao, pour se détendre. Aujourd’hui, le Mali, affublé de tous les surnoms, « Sahélistan », « Afghanistan », traverse une crise grave ; je ne comprends pas l’inertie du président Bouteflika ; les terroristes et autres bandits armés d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique) viennent pour la plupart d’Algérie et ont fait du Nord-Mali leur sanctuaire. Si l’on n’y prend garde, l’effondrement du Mali risque de déstabiliser toute la sous-région, du Sénégal au Tchad, de la Mauritanie à la Guinée, en passant par le Burkina Faso, le Niger et la Côte d’Ivoire. Aussi, j’en

appelle à la conscience de Boutef le Malien – car son pays, l’Algérie, est la solution au conflit qui sévit dans le Nord-Mali –, afin qu’avec l’appui de la Cedeao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), si les négociations échouent, il participe à l’emploi de la force pour restaurer l’intégrité territoriale du Mali et la sauvegarde de la laïcité de l’État malien. Selon les savants grecs, là où il y a le problème, il y a la solution. De la même façon, au Mali aujourd’hui, le problème est dans le Nord, la solution également. En cas d’intervention militaire, il faut tout mettre en œuvre pour protéger les innocents otages et les populations civiles ; il faut mettre hors d’état de nuire tous les terroristes et leurs affidés islamistes. Mais où les envoyer ? Reste à résoudre cette épineuse question. ● MOCTARA DIAL, Paris, France N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Vous nous

Nostalgie La belle époque du Parti unique CE FUT VRAIMENT une belle invention, le parti unique. Reposant sur un principe simple : un seul pays, un seul peuple (malgré nos nombreuses ethnies qui se faisaient souvent la guerre), donc un seul parti, et, naturellement, un seul chef. C’était le creuset dans lequel devaient se fondre toutes les forces vives de la nation pour conduire le pays au développement. Chouette, non? Bon, nous, Africains, n’en étions pas les inventeurs. Le parti unique existait déjà dans les pays d’Europe de l’Est. En Chine aussi. Mais, nous, nous avions compris qu’il ne fallait pas nécessairement être communiste pour créer un bon parti unique. Nous les avons donc acclimatés chez nous et ils fonctionnaient plutôt bien. On en était membre à sa naissance et on ne le quittait qu’à sa mort. On faisait alors l’économie de moult tracasseries. Comme avoir à choisir entre plusieurs candidats, plusieurs programmes. De plus, c’était économique, un parti unique, avec un seul bulletin lors des élections, pour le seul candidat en lice. D’ailleurs, que vous votiez ou pas, le chef était toujours élu à 99,99 %. Dans certains pays, l’élection du président entraînait automatiquement celle de l’unique

Sénégal Le train de la bonne gouvernance J’AI LU AVEC UN INTÉRÊT PARTICULIER votre dossier sur la Cour de répression de l’enrichissement illicite au Sénégal (J.A. no 2706, du 18 au 24 novembre). Les articles de J.A. sont toujours un régal pour le jeune journaliste que je suis. Vous avez contribué (indirectement) à ma formation. Pour revenir au sujet, la bonne gouvernance est une demande sociale. Une exigence du peuple. Les Sénégalais veulent être gouvernés autrement. Le président, Macky Sall, a bien ! J.A. N° 2706, compris le message du peuple souverain. du 18 au 24 novembre 2012. C’est pourquoi il a décidé de conduire luimême le train de la bonne gouvernance, dont les différents wagons sont le travail, la transparence, la solidarité et la paix. Ce train passe par les gares de l’efficacité, de la sobriété et de la rationalité pour terminer sa course à la grande cité de l’émergence économique, culturelle et sociale. Bon voyage, président Sall. ● MAKÉ DANGNOKHO, Journaliste, Dakar, Sénégal liste des députés, des maires, des conseillers régionaux… Nous, Africains, nous installâmes donc confortablement dans nos partis uniques et dirigeâmes nos pays comme nous l’entendions. Bien sûr, il y eut bien quelques rares États, en particulier anglophones, qui firent croire qu’ils pratiquaient la démocratie ! ● ALAIN PATRICK KIBONGUI LEKO, Bamako, Mali

Mali Tout-puissant Sanogo LE CAPITAINE Sanogo a incontestablement la mainmise sur le sud du Mali. Après avoir perpétré un coup d’État sans pour autant régler l’épineux problème de la prise du Nord par le Mouvement national pour la libération de l’Azawad puis par Ansar Eddine, l’intrépide militaire s’est rappelé au souvenir de ses compatriotes en obligeant

le Premier ministre Diarra à démissionner de son poste. Que veut-il au juste ? ● ARCHÉDUC THÉODORE, N’Djamena, Tchad

RD Congo L’autre Olenga DANS VOTRE ÉDITION n° 2708, datée du 2 au 8 décembre, vous consacrez un article au nouveau chef d’état-major de l’armée

LES MILITAIRES AFRICAINS N’ONT PAS QUE DES DÉFAUTS MES COMPLIMENTS pour votre article sur les armées africaines (J.A. n° 2709, du 9 au 15 décembre), que je trouve de grande qualité. Depuis 1994, au cours de cinq grandes opérations – dont « Uphold Democracy », en 1994 ; « International Police Monitors », entre 1994 et 1995 et « Séisme », Armée française en 2010 –, j’ai fait la connaissance de N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

militaires, gendarmes et policiers africains chevronnés. Malgré la sophistication du commandement, au cours de ces déploiements complexes, l’homme en uniforme portant écusson d’un pays d’Afrique se distingue toujours. À Haïti, où je vis, la « volonté politique » les ignore, ces Africains formés et dévoués. Souvent, dans les

plus grands commissariats du pays, la main courante est sélectivement disponible, suivant l’humeur du chef de poste ! Et, si Dieu vous rapproche d’un Africain, il se débrouillera élégamment pour résoudre le problème. Ce n’est qu’un aspect des choses, vu et vécu à des milliers de kilomètres. ● GILBERT MERVILUS, Port-au-Prince, Haïti JEUNE AFRIQUE

Afrique subsaharienne

SANCTIONS. Restentlescoupesdansl’aide

budgétaire au Rwanda, déjà annoncées par certains de ses bailleurs (la GrandeBretagne, les Pays-Bas, la Suède…) après les accusations de soutien au M23. Le ministredesFinances,JohnRwangombwa, a prévenu, début novembre, que ces sanctions auraient des conséquences négatives sur la croissance économique du Rwanda si elles se poursuivaient au-delà dedécembre.Lescritiques,acerbes,contre le Rwanda par l’influente presse économique anglo-saxonne (The Economist, The Financial Times…), dont le président Paul Kagamé est un lecteur attentif, n’arrangent pas les choses. Mais à Kigali, le discours, officiel et officieux, reste le même : le Rwanda n’apporte aucun soutien au M23. Cela n’empêche pas certains de s’interroger. « Je ne sais pas quoi penser de cette histoire, confie un jeune cadre. Nous avons des dirigeants intelligents, et je n’imagine pas qu’ils aient pu prendre la décision d’intervenir au Congo sans en mesurer les conséquences. La manière dont ils s’insurgent contre les accusations me fait penser qu’ils sont de bonne foi. Mais alors, je ne comprends pas pourquoi la communauté internationale tout entière nous accuse. » Le fonds de développement Agaciro (« dignité », en kinyarwanda), qui doit permettre de compenser en partie la baisse de l’aide extérieure en incitant les patriotes rwandais à donner, se porte bien, selon ses initiateurs : 20 milliards de francs rwandais (24 millions d’euros) avaient été collectés fin novembre. « Bien sûr que j’y ai contribué, assure le jeune cadre. J’ai même participé à des événements pour lever des fonds. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir des craintes sur les conséquences de cette affaire pour mon pays. Heureusement, l’entreprise pour laquelle je travaille ne vit pas que de son activité au Rwanda. » ●

Chef, oui chef! Proche du président Kabila, François Olenga est, depuis le 23 novembre, le nouveau chef d’état-major de l’armée.

D

epuis sa nomination, le 23 novembre, comme chef d’état-major de l’armée de terre, le lieutenant-général François Olenga, 64 ans, ne cesse de faire entendre sa voix. Nommé en remplacement du controversé général Amisi, il a déjà menacé de lancer une contre-offensive sur Goma, la capitale du Nord-Kivu, prise aux Forces armées de RD Congo (FARDC) par les rebelles du M23 le 20 novembre. Son retour sur le devant de la scène est interprété par de nombreux observateurs comme une volonté de redonner confiance à une armée en perte de vitesse. « Olenga a le sens de la communication en temps de guerre. C’est aussi quelqu’un qui a du caractère. Cela peut faire douter l’adversaire et regonfler le moral des troupes»,souligneunanalystecongolais. PROSPÈRE. Ce n’est pas la première fois qu’il se voit confier le commandement de la force terrestre : il s’en était déjà occupé de 2001 à 2003, lorsque Joseph Kabila, jusqu’alors chef d’état-major de cette branche de l’armée, est devenu président de la République. Les détails sur son parcours sont rares. On sait néanmoins qu’avant

l’arrivée au pouvoir de Laurent-Désiré Kabila, en 1997, il vivait à l’étranger, notamment en France et en Allemagne. C’est au cours de ses années d’exil qu’il rencontre le futur président de la RD Congo. Quand commence la guerre de 1996, soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, Olenga se retrouve dans les rangs de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL). Chargé de la logistique, il a assuré l’approvisionnement en armes des tombeurs du régime du maréchal Mobutu. Après l’assassinat de LaurentDésiré Kabila, en 2001, il est parmi ceux qui participent à toutes les discussions qui ont conduit au choix de Joseph Kabila comme chef de l’État. En 2005, il est nommé inspecteur général de l’armée et, à ce titre, supervise les achats d’armes dans les pays de l’Est. C’est un très proche de l’actuel président. Originaire du Maniema, François Olenga est aussi un homme d’affaires prospère. Il a construit à Nsele, dans la banlieue de Kinshasa, un centre de loisirs baptisé Safari Club où les Kinois ont pris l’habitude d’aller se détendre. Nul doute que sur le front de Goma ce sera une autre histoire. ● TSHITENGE LUBABU M.K.

! LE LIEUTENANT-GÉNÉRAL OLENGA succède au controversé général Amisi.

PIERRE BOISSELET, envoyé spécial JEUNE AFRIQUE

N o 2708 • DU 2 AU 8 DÉCEMBRE 2012

! J.A. N° 2708, du 2 au 8 décembre 2012.

congolaise, François Olenga. Je vous signale qu’il y avait déjà un « lieutenant-général Olenga » lors d’une rébellion à Stanleyville en 1962. J’ignore s’il s’agit d’un parent de l’actuel Olenga. J’aimerais bien savoir ce qu’il est advenu de ce « lieutenant-général » des années 1960, dont le prénom était, il me semble, Nicolas. ● VINCENT CAPRON, Bruxelles, Belgique

Réponse

Bien qu’ils soient tous les deux originaires du Sankuru dans le Kasaï oriental, les deux Olenga n’ont pas de lien de parenté. le premier, lieutenant-général de la rébellion lumumbiste, est mort en exil à Brazzaville, où il s’était réfugié après l’échec de l’insurrection sous Mobutu. ● LA RÉDACTION

Kaddafi Que sont les Amazones devenues ? L’ESCORTE FÉMININE de l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kaddafi portant uniformes, treillis et armes suscite toujours moult débats. Les révélations faites par l’une de ces « amazones », dans le livre de la journaliste Annick Cojean Les Proies : dans le Harem de Kadhafi, laissent sans voix. Le panafricain musulman auquel bien des Africains ont cru n’était pas aussi irréprochable que nous le pensions. Il apparaît désormais comme un véritable prédateur sexuel, n’hésitant pas, JEUNE AFRIQUE

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TONY KARUMBA/AFP

« En revanche, si la situation se calme, que des négociations sérieuses débutent et parviennent à stabiliser durablement le Nord-Kivu, cela pourrait être une bonne chose pour nous à long terme en facilitant les investissements dans la région », assure l’homme d’affaires. Les ressources minières de cette région (coltan, tantale, tungstène…), dont une partie est exportée illégalement via le Rwanda, selon le groupe d’experts de l’ONU, attisent les convoitises.

selon l’ouvrage, à prendre quatre ou cinq filles par jour, qu’elles soient de sa garde rapprochée ou pas. Au fait, que sontles«amazones»devenues dans cette Libye où l’insécurité s’est érigée en règle d’or ? ● DESTIN GNIMADI, Bamako, Mali

Oups ! Rahmani à l’Industrie DANS VOTRE ARTICLE intitulé « Astérix chez les Maures », concernant le ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg (J.A. no 2709, du 9 au 15 décembre), la légende de la photo indiquant « Avec Cherif Rahmani, le ministre algérien de l’Environnement, le 4 novembre » est erronée. Cherif Rahmani occupe actuellement le poste de ministre de l’Industrie, des PME et de l’Investissement. ● WALID HAMADA, Alger, Algérie

Réponse

Vous avez parfaitement raison. S’il a bien exercé les fonctions de ministre de l’Environnement, Cherif Rahmani détient, depuis le 4 septembre 2012, le portefeuille de ministre de l’Industrie, des PME et de l’Investissement. Toutes nos excuses pour cette méprise. ● LA RÉDACTION Croissance Les clés du succès POUR ATTEINDRE LE TAUX de croissance estimé pour l’année 2013, le continent doit non seulement se montrer plus innovant dans sa manière d’utiliser ses ressources, mais il doit également favoriser les investissements liés à la recherche, à l’éducation et aux technologies de l’ i n f o r mat i o n e t d e l a communication. ● MAHAMAT HAFIZ, Bangui, République centrafricaine

DIAGNOSTIC Pr Edmond BERTRAND

Le sport: jusqu’à quel âge?

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ÉCEMMENT, UN CYCLISTE FRANÇAIS de plus de 100 ans a établi le record des 100 km et une Slovène de plus de 90 ans a disputé le championnat du monde de tennis de sa catégorie (« Je suis un peu fatiguée le premier quart d’heure et ensuite tout va bien », a-t-elle déclaré). On peut donc envisager sereinement l’activité sportive (plutôt que le sport) des sujets de plus de 50 ans. Un entraînement raisonnable leur est autant bénéfique qu’aux jeunes. D’abord, il permet d’améliorer l’aptitude du cœur à l’effort, de mieux utiliser l’oxygène dans les muscles actifs et de maintenir les artères souples. Ensuite, l’activité sportive améliore la condition psychologique du sujet, dont l’anxiété se réduit et dont l’image de soi s’améliore, d’où un effet antidépressif. De plus, elle diminue les risques de maladie coronaire (angine de poitrine, infarctus), de diabète, d’hypertension et même d’accident vasculaire cérébral. Enfin, chez les plus de 50 ans, on observe un maintien de la souplesse et des fonctions articulaires, une amélioration de la force des muscles, une protection contre l’ostéoporose et un meilleur rendement de la fonction pulmonaire. Prolonge-t-on pour autant la vie ? C’est possible… Mais il est sûr qu’on accroît le plaisir de vivre et qu’on améliore son autonomie. Un contrôle médical et cardiologique est indispensable chez les plus de 50 ans pour obtenir les meilleurs résultats avec un minimum de risques, notamment chez le sujet qui reprend le sport après des années d’interruption ou chez un sédentaire qui veut « se mettre au sport » pour « ne pas vieillir ou rester en bonne santé ». En l’absence de contrôle médical, le sport peut révéler ou réveiller une maladie coronaire et peut même causer une mort subite. Celle-ci est souvent précédée de signes d’alerte dont on n’a pas tenu compte: douleur thoracique, palpitations, malaise inexpliqué. Ou le sujet a maintenu son activité malgré un temps très chaud, ou très froid, ou en altitude. Ou encore il a voulu faire du sport malgré un état de fièvre qui – quel qu’il soit – doit entraîner une exclusion sportive de dix jours au moins.Vouloir « se dépasser » dans ces cas est absurde chez les plus de 50 ans… et chez les autres. Pour les personnes âgées, l’activité sportive ne doit donc pas être une pratique intégriste, mais elle doit rester un plaisir et un art de vivre. C’est ainsi qu’elle leur sera le plus utile. ● N o 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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HEBDOMADAIRE INTERNATIONAL POLITIQUE, ÉCONOMIE, CULTURE

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Post-scriptum Fouad Laroui

DIRECTION

RÉDACTION Directeur de la rédaction : François Soudan (f.soudan@jeuneafrique.com) Directeurs exécutifs : Marwane Ben Yahmed (mby@jeuneafrique.com), Amir Ben Yahmed (aby@jeuneafrique.com)

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AI DÉCOUVERT, de la façon la plus fortuite, une conspiration dont le but infâme, inouï, scandaleux (les mots me manquent) est de décimer nos chameaux – je devrais dire, pour être exact : nos dromadaires. On en veut à nos amis bossus d’Agadir, du Sahara, de Marrakech et même aux deux bêtes mélancoliques qui végètent sur la plage de Tanger et qui amusent petits et grands.

De quoi s’agit-il ? Du réchauffement planétaire, bizarrement. Parmi les gaz responsables de l’effet de serre, il y a le méthane, le fameux CH4 de nos cours de chimie. Or le méthane est produit, entre autres, par la digestion des animaux, en particulier les vaches, les chevaux, les chameaux, etc. Le méthane s’échappe des orifices de ces bêtes placides (pas besoin de dessin ?) qui sont donc coresponsables du désastre annoncé. Ça a l’air d’une blague mais pas du tout : c’est scientifiquement prouvé. D’un autre côté, l’animal qui pollue le plus la planète, c’est l’homme. Or l’homme est doué de conscience et cela l’empêche parfois de jouir de sa propension à semer partout de l’immondice. Comment acheter un rutilant 4x4 et avaler les kilomètres sans éprouver une certaine gêne à l’idée qu’on produit des mètres cubes de fumée noire ? Comment chanter à pleins poumons « l’air est pur et la route est large » si dans le même temps on pollue ledit « air pur » ? C’est là qu’intervient une entreprise anglaise qui a eu cette idée infâme (inouïe, etc.) : vous lui versez une certaine somme d’argent, vous indiquez combien de kilomètres vous dévorez chaque année et les fines gâchettes de l’entreprise se chargent d’aller abattre des animaux inutiles un peu partout dans le monde ; l’idée étant que le total des gaz non émis à cause du trépas prématuré de l’animal compense les gaz que produira votre 4x4 pendant sa durée de vie. Ainsi, l’un dans l’autre, vous n’avez pas pollué la planète et vous pouvez regarder vos enfants dans les yeux : « C’est pas moi qui vais te refiler une planète invivable, petit mouflet à son papa. » Incroyable, non ? Vous me demandez : qu’est-ce qu’un animal inutile ? On ne parle pas ici des vaches laitières, ni des chevaux de bât, ni même du matou qui tient compagnie à la mémé esseulée. L’entreprise scélérate a dressé une liste d’animaux vraiment inutiles (dit-elle). En premier lieu, on trouve les deux millions de chameaux sauvages qui infestent le désert australien. Plus bas sur la liste, on trouve les camélidés du Maghreb qui, selon ces Rosbifs allumés, ne servent à rien car les autochtones utilisent maintenant des voitures ou des camions. Donc : sus aux dromadaires d’Afrique du Nord ! C’en est trop ! Vous me dites, indigné(e) : ne sont-ce pas les chameaux qui devraient se débarrasser des humains inutiles, et d’abord de ces Anglais intempestifs ? Merci de le dire, je n’osais pas le faire moi-même… ● N 2711-2712 • DU 23 DÉCEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013

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Touche pas à mon chameau!

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JA 2711 12 DU 23 DECEMBRE 2012 AU 5 JANVIER 2013