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L’Expert-Marchand N°3 - 2014

Journal de la C.N.E. - Paris - France

Délais de prescription des actions en responsabilité des experts : l'avis de la présidente du Conseil des Ventes Volontaires par Jean-Gabriel Peyre En tant que président de la CNE, j’ai fait un article dans notre journal L’Expert-Marchand - n°2 sur la prescription. (La loi du 17/06/2008 donne pour l’expert officiant en vente publique une prescription de 5 ans fixes au moment de la tombée de marteau du commissaire priseur habilité alors que pour l’expert hors vente publique pour une pièce identique vendue les délais de prescription sont en responsabilité civile avec un « délai butoir de 20 ans »). Je l’avais intitulé La prescription revue mais pas corrigée pour la simple raison que le législateur n’avait pas donné d’une manière précise le délai butoir de 20 ans. Le Conseil des Ventes Volontaires m’a demandé d’intervenir le 23/10/2013 sur les délais de prescription des actions en responsabilité des experts en vente publique et hors vente publique. La présidente Catherine Chadelat a été la seule à aller dans mon sens. Je lui ai demandé de me faire une lettre officielle pour marquer ses arguments correspondant aux miens. Je tenais donc à communiquer sa lettre dans ce journal . (transcription ci-dessus) « L’expert qui assiste un opérateur de ventes volontaires pour la description, la présentation ou l’estimation d’un bien à l’occasion d’une vente ou d’une prisée peut voir sa responsabilité engagée au terme d’une action en responsabilité qui se prescrit par cinq ans à compter de la vente ou de la prisée conformément aux dispositions de l’article L. 321-17 du code de commerce qui dispose en son dernier alinéa Les actions en responsabilité civile engagées à l’occasion des prisées et des ventes volontaires et judiciaires de meuble aux enchères publiques se prescrivent par 5 ans à compter de l’adjudication ou de la prisée... Ce délai de prescription est dérogatoire : il ne concerne que les ventes aux enchères publiques volontaires. Dans tous les autres cas, le droit commun trouvera à s’appliquer. La prescription de l’action en responsabilité de l’expert se prescrit alors par 5 ans à compter de la découverte de la faute de l’expert, conformément aux dispositions de l’article 2224 du code civil qui dispose Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par 5 ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. En tout état de cause, ce délai ne saurait excéder vingt ans, ainsi qu’il ressort des dispositions de l’article 2232 du code civil qui dispose : Le report du point de départ, la suspension ou l’interruption de la prescription ne peut avoir pour effet de porter le délai de la prescription extinctive au-delà de 20 ans à compter du jour de la naissance du droit ».

Jean-Luc Méchiche

Eric Delalande

ADMINISTRATEUR

ADMINISTRATEUR

Geneviève Saffroy

François Laffanour

ADMINISTRATEUR

ADMINISTRATEUR

G. Philippe Vallois ADMINISTRATEUR

Olivier Lorquin

Catherine Hirsch

ADMINISTRATEUR

TRESORIER

Martine Thomas VICE-PRESIDENT

Frédéric Castaing SECRETAIRE GENERAL

Marc Perpitch ADMINISTRATEUR

Jean-Gabriel Peyre PRESIDENT

Un jour au Ritz par Frédéric Castaing, expert en autographes

L’expert marchand est recherché parce qu'il authentifie une pièce grâce à son expérience de plus de dix ans et à son savoir

Stephan Zweig, grand collectionneur de manuscrits, avait coutume de dire… Il n’y a pas de grands ou de petits autographes… Souvent je suis pris sous le charme de documents apparemment secondaires… Il y a de cela quelques années, un homme âgé entre dans ma galerie, un livre de poche défraîchi, Pour qui sonne le glas, à la main… - Je m’occupe d’autographes, je regrette ce n’est pas pour moi… - Attendez monsieur ! Il ouvre le livre et me montre une dédicace d’Hemingway - Racontez-moi - Il y a longtemps, j’étais portier au Ritz et je voyais passer M. Hemingway tous les matins. Un jour, je me suis dit, c’est trop bête, je suis allé acheter ce livre et lui ai fait dédicacer. - Je le prends. A la libération, Hemingway était entré dans Paris avec les troupes américaines… les mauvaises langues ajoutèrent qu’il avait surtout libéré le bar du Ritz…

L’expert-marchand ne doit avoir qu’une ou deux spécialités, ainsi que l’exige la Compagnie Nationale des Experts

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L’Expert-Marchand

ANECDOTES D’EXPERTS-MARCHANDS

N°3 - 2014

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Anecdotes dans la vie de travail des experts-marchands C.N.E. Miklos : des révélations sidérantes Danuta Cichocka, expert en reliures d’art - livres illustrés (période Art Nouveau, Art Déco), spécialiste des œuvres de Gustave Miklos, seul expert désigné par les ayants-droits ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Un après-midi, dans ma librairie, travaillant sur la mise à jour de mon site Internet où je présente régulièrement une sorte d'anthologie des livres édités dans les années 1920-1940 par F.-L. Schmied, je fus brusquement interrompue par l’entrée d'une jeune femme qui s'adressa vivement à moi : «Je me demande pourquoi sur votre site, vous parlez toujours des livres de Schmied ? C'est mon arrière-grand-père Gustave Miklos qui les a faits !...». Après quoi, mon interlocutrice sortit de ses bagages quelques documents à l’appui de la troublante révélation qu’elle venait de me faire et repartit, me laissant dans un état de profond hébétement. Gustave Miklos, ce grand nom de la sculpture moderne au même titre que Jozsef Csaki et Brancusi, qu’Edouard Sandoz ou Chana Orloff ? Un peintre cubiste déjà avant 1914, élève de Metzinger, un artiste exceptionnel dont les œuvres originales peuvent atteindre des enchères millionnaires ? Et aussi un décorateur, un des membres fondateurs de l’UAM (Union des Artistes Modernes), créateur d’objets futuristes (Bolide, 1924), inventeur de formes, donc designer de meubles, émaux, tapis étoffes et bijoux qui marquent les arts décoratifs de son époque, frappant par leur modernité ? Comment Gustave Miklos aurait-il pu se trouver derrière les éditions de ce F.-L. Schmied, considéré par tous les bibliophiles comme celui qui a révolutionné l’art du livre ? Dans la conversation qui suivit, avec l’arrière-petite-fille de Miklos, j'appris que sa famille avait emporté in extremis tout ce qui restait dans la demeure des Miklos, abandonnée et ouverte à tous les vents pendant plusieurs mois après le décès de la veuve en 1986 – l'artiste ayant disparu en 1967. Cette récolte tardive était conservée dans de nombreux cartons, porte-folios, valises et enveloppes. Que du papier, les dernières sculptures, elles, s'étant envolées. Un des premiers documents émergeant des cartons fut un cahier scolaire ordinaire à petits carreaux, à couverture vieux rose, où, sur la première page, on pouvait lire : «Travaux exécutés pour François (Louis Schmied) depuis l'an 1922…». Ce cahier fut tenu scrupuleusement par Miklos, de sa belle calligraphie, de 1922 jusqu’en 1941, s’achevant à la mort de l’éditeur Schmied. Les titres des travaux exécutés (illustrations, «arrangements», dédicaces, dessins originaux, projets de reliure), «transatlantiques pour Dunand», etc., étaient inscrits aux dates précises accompagnés de leur prix et suivis des récapitulatifs d’acomptes et de règlements établis annuellement. Pièce à conviction majeure! Ses revenus réguliers venant de l'atelier Schmied -Dunand-Goulden permirent à Miklos de nourrir sa famille hongroise vivant dans la détresse, d'acquérir un terrain à Paris (3, rue Gauget, dans le 14e) et d'y faire construire en 1931, une maison-atelier. Une réussite matérielle pour celui qui avait connu la vie de bohème, et la faim aussi, en débarquant à Paris, à la Ruche, en 1909. Ce cahier prouve entre autres, que

Miklos a conçu, dessiné, orné, peint près de 50 livres devenus des chefs-d’œuvre de mise en page et d’illustration, créant également près de 200 projets de reliures aussi novatrices que ses livres, tout cela en marge de son œuvre de sculpteur, de peintre et de créateur d’objets décoratifs. Ses créations, facilement reconnaissables par leur style et leurs constructions particulières, ont été diffusées à travers les productions de F.-L. Schmied mais aussi de J. Dunand et de J. Goulden. Et, à l'examen plus approfondi de toutes les œuvres de Gustave Miklos, d'une extrême diversité, il m'apparut que ses contributions et son influence furent largement partagées par plusieurs artistes contemporains: il féconda ainsi toute la période de l’Art Déco ! Et personne ne l'avait remarqué jusqu'à ce jour. La découverte du fameux «cahier» fut aussi magique que bouleversante. Un choc étourdissant qui me fit perdre le sommeil à l'automne 2007, où je restais seule, face aux vestiges de la vraie vie et de l’œuvre impressionnante de Gustave Miklos. Et devant une imposture énorme. Les preuves étaient là, que la paternité affichée des livres et reliures de Schmied était une usurpation. Et que les créations les plus modernistes de l'atelier Dunand-Goulden étaient aussi de Miklos. Difficile à croire ou plutôt à digérer. Mon bouleversement se doubla d'inquiétude : comment prouver, faire émerger cette réalité, après bientôt un siècle de légende mercantile ? Comment reconnaître et annoncer que nous nous avions été abusés et que nous nous étions tous trompés ? L'entreprise de démystification me semblait énorme, les éditeurs ne se bousculaient pas, mais l’excitation suscitée par la découverte de ce grand secret de l'Art Déco, m'a donné l’élan nécessaire pour m’y atteler, d’autant que je ne me rendais pas encore compte de la dimension éditoriale et des implications juridiques qu’il faudrait affronter. À côté du cahier des «Travaux pour François…», la présence de si nombreuses études préparatoires, d’esquisses et de maquettes, venait conforter la révélation que Miklos était aussi l'auteur-créateur souvent anonyme de nombreux décors parmi les plus étonnants de l'époque. Il paraît que lorsque l’on va au fond des choses, on peut trouver un trésor insoupçonnable… Après

avoir exploré dans leurs moindres détails les productions de Schmied-Dunand-Goulden, je restais insatisfaite. Et voici qu’enfin apparaît en double-fond, la réponse.Au fil du temps, devenant spécialiste de la période Art Déco, j'ai attiré l'attention des collectionneurs les plus pointus, d’amis et d’héritiers possédant divers documents concernant ce domaine. Mais tout cela ne répondait pas à certaines de mes interrogations qui affleuraient sur la mystérieuse genèse de ce style et de ces livres, dont la beauté et le langage graphique touchaient à l'universel, constituant un événement éditorial unique dans le monde occidental, fort estimé par une cohorte d’indéfectibles amateurs sur plusieurs continents. Des connaisseurs, de générations précédentes, fort avertis, m'avaient discrètement avisée que le Tout-Paris des amateurs d'art de l’Entre-Deux guerres flairait que Schmied et Dunand avaient utilisé un nègre pour dessiner une grande partie de leur production. L’assurance de leurs propos et la confiance que je leur accordais semaient chez moi un trouble sérieux. Car les publications relatives à Schmied- Dunand-Goulden, récemment parues ne m'apportaient que davantage de confusion. Nous savions d’après plusieurs sources historiques que, dès 1922, Miklos après avoir participé aux nombreux expos et Salons, avait abandonné la peinture, sans raison déclarée. Pourquoi ce renoncement ? Apparemment, sa décision restait empreinte de mystère. Mais elle devient compréhensible à la lumière de la découverte de son fameux cahier des «Travaux pour François depuis l'an 1922…», qui débute ainsi : «Reçu environ 8 000 f (8 719 € de 2014) pour les premiers travaux de 1922...» Année 1922, exactement ! La peinture, c’est désormais dans les livres signés par Schmied, que Miklos l’exercera. Son cahier se remplit de commandes de plus en plus nombreuses ; apparaissent aussi les sommes dues par Schmied de plus en plus importantes, leurs versements mensualisés, pas toujours honorés, en acomptes, notés avec des retards et rectificatifs. Et, dans une ultime inscription, Miklos note : «1940-41 plus de mensualités, paiements irréguliers. À sa mort, il reste dû 60 000 frs (23 867 € de 2014) qui n'ont jamais été payés.»

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L’Expert-Marchand

ANECDOTES D’EXPERTS-MARCHANDS

N°3 - 2014

Heureux hasard : rencontre d’une faïence de Moustiers et d’une porcelaine de Chine Jean-Gabriel Peyre, expert spécialisé en céramique ancienne

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Me promenant dans le Carré Rive Gauche, pas très loin de ma galerie, il y a maintenant un peu plus de huit ans, je découvris dans la vitrine d’une boutique d’un spécialiste d’art chinois, un ensemble de pièces à décor de fleurs de solanacées en camaïeu ocre sur fond blanc de la Compagnie des Indes, toutes avec armoiries. J’ entrai dans le magasin, mon collègue me dit que ces pièces ont été commandées en Chine par le propriétaire d’une malouinière en Bretagne. Sa phrase me conforta en quelques secondes. Je lui demandai d’avoir l’amabilité de me vendre seulement une coupe, ce qu’il accepta pour me faire plaisir. De retour à ma galerie je posai la coupe de Chine à côté d’une autre coupe, elle, en faïence polychrome de Moustiers, avec le même décor de fleurs de solanacées en bordure, elle aussi ornée d’ armoiries au centre du bassin, différentes bien sûr. Je pouvais au même moment me dire grâce à cette trouvaille que le commanditaire du service en porcelaine de

Chine avait eu dans les mains une pièce sœur de ma coupe en Moustiers qu’il avait fait envoyer en Chine pour qu’on lui exécutât un service à l’identique de ce motif, mais frappé à ses armes. Nous savons, experts en céramiques, que, Français, Hollandais, Portugais ont commandé des services en porcelaine de Chine à leurs armes, services qui passaient par des comptoirs importants - transportés par bateaux jusqu’aux ports européens. J’avais donc la preuve que la Chine avait copié dans les années 1750/1760 ce décor, posé sur la faïence de Moustiers, sorti des ateliers Clérissy dans les années 1740/1745. J’ai transmis ma découverte à un collectionneur, grand donateur français – Pierre Jourdan-Barry – qui a compris l’intérêt de ces deux pièces qu’il m’a d’ailleurs achetées pour les donner au musée de Moustiers Sainte-Marie. Ces deux céramiques seront visibles dès la fin juin 2014 dans la nouvelle présentation et la nouvelle muséographie du musée mis en forme par Nadine Gomez, conservatrice en chef du musée.

Une galerie de rendez-vous

Coupe en porcelaine de Chine

et ce jour-là, je vis arriver un homme de haute stature, à l’allure et au mode vestimentaire très stricts, qui ne se présenta pas. Ratna et lui s’isolèrent. Une heure plus tard, ce monsieur s’en alla. Il y eut un deuxième, puis un troisième rendez-vous, organisé de la même manière. A l’issue de ce dernier, je demandai quand même à ma voisine quel était le nom de son mystérieux visiteur. Elle me répondit : C’est mon ancien mari. Nous avons beaucoup voyagé ensemble. Il s’appelle Henri Cartier-Bresson. Quelque temps plus tard, Ratna, désirant se séparer de ses biens matériels comme la bouddhiste qu’elle était, proposa de me vendre sa collection d’albums de voyages, de photos anciennes du Japon, pour la plupart coloriées par Felice Beato, célèbre coloriste vénitien ; ce qui me permit de réaliser une sublime exposition, unique en son genre, grâce aux voyages de Henri Cartier-Bresson et de son épouse, ma mystérieuse voisine.

Marc Perpitch, expert en objets d’art du XVIe et XVIIe

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Il y a trente-cinq ans, quand la Galerie Liova était située au 194 boulevard Saint-Germain, une de mes voisines très proches me demande un service. Elle était attirée par notre galerie, car j’avais développé une passion pour l’Art Japonais dont j’avais apprécié l’esthétique particulière à travers des films historiques de ce pays. Ratna, ma voisine indonésienne, ancienne danseuse du corps de ballet national, me demanda la permission de donner rendez-vous dans la galerie à l’un de ses amis. La disposition de cet endroit s’y prêtait car on pouvait isoler la dernière pièce. Le rendez-vous eût donc lieu,

FIAC 96, la galerie Dina Vierny expose un jeune artiste Olivier Lorquin, expert de Robert Couturier et Aristide Maillol

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En 1996, notre galerie participait encore à la FIAC, nous nous sommes fait virer en 2002. Cette année, nous présentions au salon une exposition consacrée au sculpteur Robert Couturier. Né en 1905 à Angoulême, Couturier était alors un jeune sculpteur de 89 ans.Avec Robert, les foires d’art moderne étaient magiques, les amateurs répondaient à l’appel, les œuvres s’envolaient. La foire fut glorieuse. Nous avions vendu une sculpture monumentale, un grand nombre de dessins, épuisé une édition de statuettes… Le dernier jour, arrivé dès l’ouverture du salon, un couple

Coupe en faïence de Moustiers

de collectionneurs découvre le travail de Robert Couturier et s’intéresse tout particulièrement à l’une de ses sculptures, Dos d’une blonde. Il me demande de le leur réserver. Ils reviennent sur mon stand juste avant la fermeture follement amoureux du Dos d’une blonde. Ils l’achètent et veulent l’emporter avec eux. Pendant que je l’emballe, ils me demandent l’âge de l’artiste. Les 89 ans de Robert Couturier les perturbent. «mais c’est un vieux monsieur !» s’exclament-ils visiblement effrayés par son âge. Ils annulent leur achat et quittent mon stand en courant.

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L’Expert-Marchand

EXPERTISES

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Cas pratiques : expertises des derniers membres admis à la Braun, Georg and Hogenberg, Franz Civitates orbis terrarum Ashley Barnes, expert en cartes anciennes et histoire naturelle, fait à Paris le 2 décembre 2013

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Cologne 1572-1588, in Folio. 4 volumes relié en 2 avec 4 pages de titre gravées et 236 planches gravées en pages doubles montrant des vues d’ensemble et de détail de villes et cités avec un texte en latin sur toutes les pages y compris sur les pages de garde et les planches. Les planches sont coloriées à la gouache et à la main par des artistes contemporains à l’ édition selon les instruction de l’éditeur, certaines planches comportant des annotations en anglais d’une main savante. La reliure de veau tachetée régulièrement avec un dos et la tranche richement dorés avec des motifs de losange, de larges arabesques dorées sur les bordures des pages de garde, pages non coupées, un exemplaire de choix. Il s’agit de l’atlas des villes le plus connu sous le titre du premier volume Civitates Orbis Terrarum, « quel plus grand plaisir existe-t-il à présent que de feuilleter ces livres de villes, publiés par Braunus et Hogenbergius ? » (Robert Burton, Anatomy of Melancholy, 1621); « Le plus original et magnifique des atlas de villes » (Skelton, p. VII). Ses planches montrent des plans, des vues, des vues à vol d’oiseau etc… de villes à travers le monde dans lesquels on voit des personnages en costume local et régional. On peut y voir entre autres Cracovie, Trieste, Vérone, deux cartes de la Rome antique et de Jérusalem et les fameux plans de Moscou, Londres, Vienne, Prague, Venise et presque toutes les autres villes importantes de l’époque. Pour bien des villes, il s’agit des toutes premières représentations publiées.

Composition rouge, verte et bleue

Thaddée Poliakoff, spécialiste de l’œuvre de Serge Poliakoff, expert en estampes modernes et contemporaines du XXe, fait à Paris le 7 février 2014

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Lithographie originale de Serge Poliakoff en cinq couleurs, signée par l’artiste lui-même, Composition rouge, verte et bleue. Elle est limitée à 80 exemplaires, imprimés sur papier BKF Rives, signée à la main et numérotée 26/80. Les dimensions de la planche sont de 106 x 75 cm et les dimensions de l’image sont de 87,5 x 64 cm. L’œuvre a été réalisée en 1969. La lithographie a été imprimée par Erker-Press (St. Gallen) et éditée par la Galerie Im Erker (St. Glanne). L’œuvre est référencée sous le numéro n°76 dans le catalogue raisonné des estampes à la page 184 et 185.

La plupart des villes se situent en Europe (les plus nombreuses étant en Allemagne et aux Pays bas) mais il y a également des vues et des plans d’iles méditerranéennes, de villes du Moyen Orient et d’autres régions du monde. Braun (1541-1622), un religieux originaire de Cologne, fut le principal éditeur mais fut grandement aidé par Abraham Ortelius dont leTheatrum OrbisTerrarum de 1570 était le premier véritable atlas comprenant une collection de cartes dans un style uniforme. Le Civitates était destiné visiblement à être un compagnon au Theatrum, non seulement de par son titre très semblable mais à cause de plusieurs références d’époque qui mentionnent la complimentarité des deux œuvres. Cependant, le Civilitates était destiné à un public plus large, sans doute à cause de la nouveauté de cette collection de plans et de cartes de villes et le fait que les vues représentaient un risque commercial moindre qu’un atlas mondial dont il y avait par ailleurs plusieurs précédents. Franz Hogenberg (1535-1590),le fils d’un graveur munichois qui s’était établi à Malines, avait gravé la plupart des planches pour le Theatrum d’Ortelius

Une commode en marqueterie de bois exotiques

Anne-Marie Monin, expert en Mobilier et objets d'art du XVIIIe siècle français, fait à Paris le 6 juin 2012

et également la plupart des planches du Civitates et fut peut-être même l’instigateur du projet. Plus de cent graveurs et cartographes dont le plus important fut l’artiste anversois Georg (Joris) Hoefnagel (1542-1600), gravèrent les plaques en cuivre d’après des dessins. Hoefnagel contribua à non seulement toutes les planches d’Italie et d’Espagne mais corrigea et modifia les planches de certains autres collaborateurs. Après sa mort, son fils Jakob poursuivit le travail de son père. Un grand nombre de plans de ville certains non publiés, par Jacob van Deventer (1505-1575) aussi connu sous le nom de Roelofzof, furent copiés, comme le furent les gravures sur bois de Stumpf provenant du Schweitzer Chronik de 1548 ainsi que les vues d’Allemagne de 1570 et 1572 de la Cosmographia de Munster. Une autre source importante de cartes géographiques fut le cartographe danois Heinrich van Rantzau (1526-1599), plus connu sous son nom latin de Rantzovius qui s’occupa des villes du nord en particulier en Scandinavie. Le Civitates donna un aperçu complet et unique de la vie urbaine au début du 16è siècle. Braun y ajouta des personnages en costume local comme l’avait préfiguré Hans Lautensack dans sa vue à l’eau-forte de Nuremberg de 1552 qui montrait des personnages au premier plan rural qui ajoutaient une touche d’authenticité à la vue très précise et topographique de ce qui était en fait la capitale culturelle d’Allemagne de l’époque. Braun, lui,avait d’autres raisons de les ajouter comme il l’explique dans son introduction du livre 1, en pensant peut-être, avec optimisme, que ses plans ne seraient pas examinés de trop près pour secrets militaires par les Turcs pour lesquels la représentation humaine était interdite. La planche représentant Alger est répétée dans le premier et le troisième volume. L’éditeur fournit des exemplaires coloriés et monochromes mais cet exemplaire est particulièrement magnifiquement colorié. Koeman, B & H 5-6, 13-16; Skelton, introduction to the facsimile ed., pp. xxvI-xxvII.

Franco Albini 1905-2004

Rossella Colombari, expert en design italien XXe, fait à Milan le 9 décembre 2013 --------------------------------------------------

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Cette commode montée sur un bâti de chêne, ouvre en façade par cinq tiroirs sur trois rangs ainsi répartis : trois tiroirs en ceinture et deux tiroirs sans traverse apparente en partie basse. Elle repose sur quatre pieds cambrés et chanfreinés à cinq faces, formant vers l’extérieur une saillie galbée. La marqueterie est composée d’un placage de satiné à encadrement d’amarante et filets de bois clair à décor de frisage. L’ornementation de bronzes ciselés et dorés comprend : les entrées de serrures en tors de laurier et nœuds de ruban, chutes en enroulement de feuilles d’acanthes, tablier, lingotière soulignant la ceinture, feuillage sur l’arrête du pied et sabot figurant une patte griffue. Cette commode est coiffée d’un plateau à gorge moulurée en marbre gris Saint Anne. Ce meuble est certifié authentique, français, du XVIIIe siècle Transition des époques Louis XV - Louis XVI et porte l’estampille de Jean-Henri Riesener, J. H. Riesener reçu maître en 1768 et JME (2 fois sur les montants arrière)

Prototype du bureau Stadera, Italie 1950, exécuté en 5 exemplaires dont ce prototype pour les bureaux des bureaux INA à Parme. Piètement et plateau en marbre, pieds en tubes métalliques. Dim : L 83 cm (63 cm dans la partie la plus étroite), P 143 cm, H 80 cm Certificat d’authenticité délivré par la Fondazione Albini sous le n.10. Résumé et traduction du rapport de la Fondazione Albini concernant la provenance de ce bureau : ce bureau appartenant à Rossella Colombari, peut être daté des années cinquante et représente le premier prototype du bureau Stadera, édité en série par la société Poggi en 1961. Ce modèle en marbre est un prototype original qui provient des bureaux INA à Parme conçus par Franco Albini et Franca Helg entre 1950 et 1954. Seuls 5 prototypes ont été réalisés. Rossella Colombari en acquit trois d’entre eux. La Fondation estime que, d’après des dessins en leur possession, ce bureau a été exécuté avant 1951 et a été réalisé par des artisans marbriers qu’utilisait Albini pour créer les escaliers et l’entrée de l’immeuble INA. Le choix du matériau rappelle le marbre qui recouvre le Baptistère de Parme qui se trouve en face de l’immeuble de bureaux INA. Le piètement et le plateau de ce bureau ont été entièrement sculptés à la main sans procédés industriels. Cette intervention manuelle tient compte du grain du marbre et respecte l’épaisseur et l’équilibre de la pièce.

L’Expert-Marchand

Edité par la Compagnie Nationale des Experts Rédacteur en chef Jean-Gabriel Peyre Secrétariat Sylvie Bonnifait Rédaction 10 rue Jacob, 75006 Paris Contact : +33(0)1 40 51 00 81 / cne@wanadoo.fr www.cne-experts.com

Réalisation, impression stellarte@me.com ISSN 2260-7900

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