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112 — A/R magazine voyageur / BAZAR

L’ART & LA MANIÈRES Secrets des maîtres, magie des gestes

LE KÔ-DÔ La voie de l’encens

Du nez au zen. Développé au XVe siècle dans les cours raffinées du Japon impérial, le kô-dô consiste à identifier par leurs odeurs des mélanges de bois aromatiques qui se consument, et à les associer à des symboles. Souhitsu Hachiya, le maître de l’école Shino voyage à travers le monde pour faire connaître cette tradition qui se rattache à l’esthétique et à la spiritualité du Zen. Rencontre à Paris. Texte & images: Christophe Migeon 01

Fin d’après-midi au dernier étage de la Maison de la culture du Japon. Les tatamis fleurent une douce odeur de paille de riz. Tout irait pour le mieux si ce n’était cette terrible position à genoux qui en quelques minutes vous fait regretter de ne pas être cul-de-jatte.

Au bois de mon cœur

Le maître de cérémonie Souhitsu Hachiya, 21ième de la lignée des Hachiya depuis le XVe siècle, pénètre dans la salle avec la solennité d’un acteur de kabuki, et prononce la phrase que chacun attendait : « S’il vous plaît, mettez-vous à l’aise ! » Mille mercis, M. Hachiya. Une douzaine de paires de rotules ankylosées retrouvent la vie. Le jeune maître explique avec un fin sourire le principe du kumikô qu’il vient de concevoir spécialement pour son public français. Les kumikô sont des jeux de kô-dô, issus de la littérature classique japonaise et qui visent à exprimer des parfums à l’aide d’expressions littéraires. Pour honorer les belles-lettres françaises, il a construit un jeu d’encens autour du Petit Prince de Saint-Exupéry. Trois papiers de couleur contiennent chacun un bois aromatique différent, figurant respectivement le renard, la

VOUS M’AVEZ ÉCOUTÉ. ALORS MAINTENANT ÉCOUTEZ CE QUE LE BOIS A À VOUS DIRE ! rose et le serpent. Les participants vont devoir les sentir dans l’ordre, mémoriser leur parfum puis les reconnaître lorsqu’ils passeront entre leurs mains dans un ordre différent et que le maître pour corser l’affaire, aura rajouté un quatrième, le Petit Prince. « Le résultat n’a pas vraiment d’importance, l’objectif est que vous fassiez le vide dans votre esprit et que vous retrouviez une part de vous même à travers les parfums. Chaque bois a sa propre personnalité, tout comme un être humain. Vous m’avez écouté. Alors maintenant écoutez ce que le bois a à vous dire ! »

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Signaux de fumée

Avec des gestes qui tombent aussi justes qu’un fil à plomb, M. Hachiya dépose une miette de bois sur la petite plaque de mica du premier brûle-parfum. Le fragment est minuscule. Il faudrait plus exactement parler de résine, secrétée 03

juillet — août 2010/ N°01


A/R Magazine Juillet/Aout