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Afro Design & Contemporary Arts

N째 3

VISIBILITY

1

Couverture: “A girl child”, Ulundi, KwaZulu Natal, 2012 Zanele Muholi (Courtesy of the artist and Stevenson, Cape Town and Johannesburg). Merci à tous ceux qui ont contribué à ce numero: Jay One Ramier, Zanele Muholi, Kabelo Malatsie, Laura Norton, Virgin Trains, Mostapha Romli, Maroc Premium, Lucas Catherine, Mirtho Linguet, Espace Canopy, Ousmane Mbaye, Alexis Peskine, Françoise Akinosho, Musée Royal de l’Afrique Centrale - Tervuren, Antoine Tempé, Cheikh Ndiaye, Laurent Gaillardon, Marie-Line Tassius, Edouard Duval-Carrié, David Gumbs, Jean Tsimangas, Michèle Desmottes, Landry Wilfrid Miampika, Oumelezze, Cheikh Fita, Africalia, Damfe Diallo, Olivia Anani. Directrice de publication Carole Diop Rédactrice en Chef Pascale Obolo Rédactrice en chef adjointe Shari Hammond Direction Artistique antistatiq™ Graphisme antistatiq™ Comité de rédaction Sylvie Arnaud Frieda Ekotto Malick Ndiaye Kemi Bassene Gladys Okatakyie Anne Wetsy Mpoma Djenaba Kane Photographe Afrikadaa Jean-Michel Quionquion (makrovision.carbonmade.com) Tous Droits de reproduction réservés. Contact: info@afrikadaa.com Octobre 2012 www.afrikadaa.com www.facebook.com/Afrikadaapage www.twitter.com/afrikadaa

2

EDITO  : Débattre de la visibilité des invisibles c’est comme ré-invoquer la naissance d’Afrikadaa. Nous sommes une revue indépendante destinée à la critique artistique, sociale, culturelle et politique. Elle est née du constat d’invisi­ bilité relative à la promotion et la diffusion de la scène artistique non-occidentale. Dans La condition noire. Essai sur une minorité française (Folio/Actuel, 2009) l’historien Pape Ndiaye affirme : « Nous voulons être invisibles du point de vue de notre vie sociale, et par conséquent que les torts et les méfaits qui nous affectent en tant que Noirs soient efficacement réduits. Mais nous voulons êtres visibles du point de vue de nos identités culturelles noires, de nos apports précieux et uniques à la société et à la culture françaises... » Les notions du visible et de l’invisible seront confrontées, tout au long de ce numéro. Les auteurs réunis ici, chacun en ce qui le concerne, laisse l’invi­sible apparaître, résonner, interroger, créer, témoigner, subir, jouer. Le visible se décline au pluriel des invisibilités qu’habite la rumeur des paroles tues, atten­dues et non prononcées. Le visible est un espace géographique où peut retentir la voix  des silencieux : le partage y opère malgré le refus de les voir ou de les en­tendre. L’invisible lutte pour se faire connaître par-delà les frontières, il lutte pour ne pas sombrer dans l’oubli total.  Il m’était impossible d’aborder la thématique de visibility sans me référer à Homme invisible, pour qui chantes tu ? du Noir américain Ralph Ellison (Grasset & Fasquelles, 2002). Il n’est pas facile de parler de ce roman. C’est une œuvre forte et intemporelle ; les questions identitaires y sont centrales. L’identité individuelle, telle qu’il la traite, disparaît derrière l’identité sociale. Ainsi c’est le stéréotype qu’on voit et non pas la personne. Construit comme une autobiographie, il constitue le récit des expériences qui amènent le narrateur à la conclusion qu’il est socialement invi­sible. Plus qu’un simple roman, c’est  une véritable réflexion sociologique et artistique. Le narrateur affirme : « Je suis un homme qu’on ne voit pas. Non, rien de commun avec ces fantômes qui hantaient Edgar Poe ; rien à voir, non plus, avec les ectoplasmes de vos productions hollywoodiennes. Je suis un homme réel, de chair et d’os, de fibres et de liquides — on pourrait même dire que je possède un esprit. Je suis invisible, comprenez bien, simplement parce que les gens refusent de me voir. Comme les têtes sans corps que l’on voit parfois dans les exhibitions foraines, j’ai l’air d’avoir été entouré de miroirs en gros verre déformant. Quand ils s’approchent de moi, les gens ne voient que mon environnement, eux-mêmes, ou des fantasmes de leur imagination — en fait, tout et n’importe quoi, sauf moi. » (Prologue) L’art cherche à rendre visible l’invisible pour nous épargner des réponses toutes faites. Tel est aussi l’idéal poursuivi par notre revue : contribuer à éclairer autant que faire se peut sur la période de grande incertitude intellectuelle et politique que nous traversons actuellement. L’espoir culturel est l’alter­native que nous offrons à notre présent. Une revue com­me la nôtre doit y aider. Un nouveau vocabulaire de la critique est à ré- inventer pour nos imaginaires fragmentés. Pascale Obolo

3

AFRIKADAA VISIBILITY ART Art Talk 

06

Invisible Man de Ralph Ellison et La femme invisible de Pascale Obolo : deux œuvres analogiques qui questionnent la visibilité de l’individu noir et sa place dans les sociétés occidentales / par Frieda Ekotto

10

Des revues et des hommes/ Par Malick Ndiaye

14

Miroir de femmes et fragments de mémoire / Par Kemi Bassene

16

Fragments de trajectoires : ou la condition de l’art caribéen / Par Sylvie Arnaud

18

L’Afrique et la Chine : Qu’en est-il de la culture ?/ Par Frieda Ekotto

22

Concept  Portraits au féminin / Par Sylvie Arnaud

Portfolio 

24

Mirto Linguet : Capturer l’invisible pour le rendre visible / Par Gladys Okatakyie

Places 

30

L’espace Canopy, canopée d’arts et de cultures / Par Shari Hammond

32

Regard neuf sur le Musée Royal de l’Afrique Centrale – Tervuren / Par Sylvie Arnaud

DESIGN 36

4

Ousmane M’baye : un designer orfèvre en sa matière / Par Djenaba Kane

FOCUS 40

Zanele Muholi : turning art into activism / By Gladys Okatakyie, Shari Hammond and Pascale Obolo

ARCHITECTURE 48 52

Françoise Akinosho : Une architecte à la conquête de sa terre natale / Par Carole Diop Cine Blues : Que reste t’il des salles obscures dakaroise ? / Par Carole Diop

CARNET DE BORD 56

Des zoo humains à Matongue / Par Anne W. Mpoma

58

Promenade au Congo / Par Sylvie Arnaud

EXHIBITION REVIEW 64

Casablanca se dote de sa première Biennale / par Pascale Obolo We face forward / by Gladys Okatakye Ancestral Figures / par Carole Diop

74 AFRIKADAA’S LIBRARY 78 AGENDA

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ART TALK

Invisible Man de Ralph Ellison et La femme invisible de Pascale Obolo Par Frieda Ekotto, professeur de littérature comparée, d’études afro-américaines et africaines à University of Michigan Ann Arbor. Images extraites du film la Femme invisible © Pascale Obolo

deux œuvres analogiques qui questionnent la visibilité de l’individu noir et sa place dans les sociétés occidentales Je suis un homme qu’on ne voit pas. […]

se plaignent d’une vie qui les condamnent à l’effacement. Ils écoutent

Je suis invisible, comprenez bien, simplement parce que les gens

des chansons tristes, ils s’enferment dans une poétique mélancolique.

refusent de me voir.

Face à l’indif­f érence, ils crient la haine qui les broie. Black and Blue, nous

Ralph Ellison

rappelle Louis Armstrong dans ses chansons. Le noir n’est pas une couleur, c’est une modalité de la condition humaine : un destin. Ce sont les

La visibilité vient d’abord de soi, mais en est-on si sûr ? L’affichage,

créateurs qui en témoignent le mieux. Tous sans exception, ils prônent

parce qu’il procède toujours des codes d’une société, est aussi ce qu’elle

la sortie de l’in­visibilité. Ils prônent l’avènement d’une vie sans entraves.

refuse de voir, ne serait-ce que par ostracisme. L’invisibilité des Noirs est

La créativité sauvegarde l’éner­gie africaine et celle de sa diaspora. Peu à

lamentation. Elle expose sur la place le racisme qui affecte leur vie au

peu, sa production prend de l’ampleur dans le monde – quoique margi-

quotidien. Leur humanité est bafouée, ils sont isolés dans un monde qui

nale, en fin de compte.

les rejette. Les Africains et leurs diasporas assument les conséquences de

Ralph Ellison, dans Invisible Man, nous plonge dans la teneur de l’in-

la traite négrière transatlantique, de la colo­nisation et de l’apar­theid. Ils

visible. Que signifie ce vocable ? Les œuvres des Noirs seraient-elles frap-

6

pées elles aussi d’invisibilité ? Ces questions ap-

Ellison et le film de Pascale Obolo (2009). Lire

pellent des analyses complexes. Certes, des ar-

ce roman si dense, si long en regard du film de

chives témoignent abondamment de la produc-

six minutes est une expérience captivante. El-

tion des Noirs, mais il leur revient de la rendre

lison réussit à nous faire comprendre l’intério-

davantage visible.

rité du personnage. On le suit au détail près de

« What Did I Do to Be So Black and Blue? »

sa quête identitaire. Il est dans le vide, dans un

est l’une des chansons de Louis Armstrong qui

gouffre (la cave où il vit comme un rat), recher-

hante le narrateur d’Invisible Man. Publié à

chant en vain son image dans la société amé-

New York en 1952, cet unique roman de l’Afro-

ricaine. Son rêve d’exister devient un cauche-

américain Ralph Ellison est un véritable coup

mar qui le fait plonger. La lecture nous enferme

de tonnerre médiatique. Son narrateur se la-

comme le personnage dans son trou sans lu-

mente sans cesse, tout comme la narratrice

mière. A contrario, le personnage de La femme

de La Femme invisible (2009) de Pascale Obo-

invisible est visible dans les rues de Paris même

lo, cinéaste franco-camerou­naise. Son court mé-

si les autres ne la voient pas. Se fait jour un

trage fait entendre une chanson d’une tristesse

contraste de lumière dans les deux œuvres  :

indicible. Ses auteurs sont Vicky et Boyibanda.

on passe de l’invisible à la visibilité, du noir au

Ellison, lui, met en évidence les disparités fla-

blanc, de l’ombre à la lumière. Ces œuvres ex-

grantes entre la vie des Noirs et le mythe du

posent la même problématique : la cartographie

rêve américain.

de l’invisibilité identitaire de l’homme et de la

Presque 47 ans séparent le roman de Ralph

femme noire dans les sociétés occidentales. Ils vivent dans le racisme issu de l’esclavage ou de la colonisation. Ellison a peint l’efface-

Comme le souligne Robert Merle dans la

ment de l’hom­me noir dans

préface de la traduction française de l’Homme

le sud des États-Unis dans les

invisible :

années 50. Cela lui a valu le

Dans Dusk of Dawn, Du Bois évoque un

titre d’éminent écrivain afro-

monde de fantasmes semblable à celui du

américain du XX siècle. Il a

mythe platonicien de la caverne. Richard Wright

accouché d’une œuvre de gé-

emploie l’image du souterrain dans The Man

nie qui en appelle à la frater-

Who lived Underground, ou des ombres, dans

nité la plus uni­verselle pour

The Man Who Killed A Shadow, pour montrer l’ir-

l’Amérique.

réalité du Noir et l’ir­réalité pour lui du monde

e

7

Le narrateur ne se voit en

qui l’entoure. Ralph Ellison fait de cette trans-

effet que comme un membre

parence le sujet même de Invisble Man. James

de la race noire. Les Noirs et

Baldwin insiste sur l’anony­mat et intitule un re-

les Blancs sont liés par une

cueil d’essais Nobody Knows My Name. (10-11).

même histoire de haine. Une

Le thème de l’invisibilité traverse tous les

horde d’écrivains afro-amé­

textes cités ci-dessus. Leurs auteurs y analysent

ricains partagent ce point de

le langage du racisme ancré dans l’in­conscient

vue.

américain. C’est un geste hautement politique.

Ellison, pour sa part, renverse cette symbo-

ses richesses culturelles… » Il vaut mieux res-

lique : il investit le noir d’un contenu positif, il

ter invisible pour faire des films visibles dans

en appelle à une nouvelle lecture du signifiant.

un continent absent des décisions internatio-

Dans le prologue de l’Homme invisible, il revient

nales. La seule voie de sortie viendra de l’His-

sur sa prise de conscience de sa non-existence

toire, c’est-à-dire des politiques africains. Nulles

dans sa culture :

anciennes puissances colonisatrices n’écriront

Sans lumière, je suis non seulement invi-

notre destin.

sible, mais informe, également  ; être incons-

Le roman de Ralph Ellison est toujours d’ac-

cient de sa forme, c’est vivre une mort. Per-

tualité. Il ne prédit rien, il constate. À la fin, le

sonnellement, après une existence de quelque

narrateur d’Invisible Man saisit l’essentiel : « La

vingt ans, je ne me suis éveillé à la vie que le

vérité est la lumière et la lumière est la véri-

jour où j’ai découvert mon invisibilité (39).

té » (39). Cette lumière resplendit dans le film

La cinéaste Pascale Obolo reprend la même

de Pascale Obolo. Sa narratrice y prédit qu’en

thématique, en l’ap­pliquant au contexte euro-

2055 les Français de seconde zone seront peut-

péen et français où la femme noire n’apparaît

être visibles au cinéma, au théâtre et dans tous

presque nulle part dans les médias. La femme

les médias possibles et imaginables. Ces deux

invisible, c’est l’in­visibilité de l’Afrique et des

conclusions sont matières à réflexion pour les

Africains dans le cinéma et la société. Elle sou-

Noirs de toutes les diasporas.

tient que sa réflexion est «  un essai philosophique visuel  », qui discute de la double oppression (pa­triarcale et coloniale) que subit la femme issue des minorités visibles. La voix-off nous renseigne sur le fait que, enfant, elle rêvait – comme l’hom­me invisible de la série télévisée américaine – de se transformer en n’im­porte quel être humain. Devenue adulte, son rêve a viré au cauchemar : « Je n’existe tout simplement plus, ni dans la réalité, ni au cinéma  », constate-t-elle, amère. La nécessité de se convaincre de son existence, de s’insurger face au vide identitaire auquel l’invisibilité nous condam­ne, est ce qui motive les va-et-vient de La femme invisible dans les rues de Paris. Ne trouvant pas son double (des images qui lui parlent, des signifiants auxquels s’identifier), cette femme est condamnée à l’errance : le mutisme du discours officiel français y contribue grandement. À son invisibilité s’ajou­te une dimension continentale, que souligne la voix off : « Au cinéma d’exilés, parmi les exils, au cinéma invisible parmi les masques visibles, se cache l’histoire d’un continent avec

8

9

ART TALK

DES REVUES ET DES HOMMES

Par Malick Ndiaye, postdoctorant LABEX CAP (création, art, patrimoine). Centre de recherche sur les arts et le langage. (CRAL EHESS)

De 1928, date de l’arrivée de Léopold Sédar

difficulté du contexte dans lequel un génie lit-

dont le Negro et Black Pierrot paraissent dans

Senghor à Paris à 1959, second congrès des écri-

téraire et artistique se développe chez ces étu-

le numéro cinq du 15 juillet 1924. Dans le numé-

vains et artistes noirs, Paris vit au rythme d’une

diants, futurs poètes et hommes politiques.

ro du 1er septembre de la même année, Alain

négrophilie qui a commencé au début du XXe

En 1931, Senghor rencontre Césaire qui l’in-

Locke présente The dance of Love de Cuntee

siècle avec la rencontre de l’art nègre et du Cu-

troduit dans la communauté antillaise de Paris

Cullen, poème composé (après lecture et) sur

bisme. Joséphine Baker est aux Folies Bergères,

où il fait la connaissance des sœurs Nardal, Jane,

Batouala de René Maran. C’est d’ailleurs dans

le Jazz américain déferle sur la ville et les Noirs

Paulette et Andrée et leurs cousins, les Achille.

les pages de cette revue que René Maran noue

américains trouvent Paris libérateur. Dans cette

C’est en fréquentant les Achille que Senghor

une riche correspondance avec Alain Locke.

ambiance qui se résume au titre du roman pos-

rencontre René Maran, premier écrivain noir

Dans le troisième numéro de la première année,

thume d’Ernest Hemingway Paris est une fête,

ayant reçu le prix Goncourt pour son Batoua-

René Maran signe une « lettre ouverte au pro-

les étudiants noirs originaires des colonies fran-

la (1921) . Son roman est loué par la presse afri-

fesseur Alain-Leroy Locke de l’université d’Ho-

çaises sont présents à Paris, mais invisibles. Ar-

caine-américaine. Des critiques positives l’ac-

ward (Etats-Unis) ». Dans cette lettre, l’écrivain

rêtons nous un peu sur quelques fragments1

cueillent dans la revue de Marcus Garvey le

revient sur quelques réalités faisant obstacle à

de leur histoire dont l’intrigue fut le combat

Negro-World, comme dans Crisis (journal de la

la cause commune des Noirs à améliorer leur

qu’ils vont mener pour la décolonisation, l’éga-

NAACP ) crée par William Edward Burghardt Du

condition :

lité et le respect. Ce combat pour le sens pas-

Bois. René Maran contribue assidument à la re-

« Européens, Asiatiques et Nègres, la main

sera en grande partie par le support des revues

vue Les Continents fondée par le philosophe et

dans la main, nous sommes plusieurs à travail-

qui naissent ou ressuscitent à un rythme fré-

avocat dahoméen Marc Kojo Tovalou Houénou.

ler silencieusement à la même cause (…) Les uns

nétique. Dans cette lutte pour la visibilité, jeux

Cette revue, qui paraitra seulement de Mai à Dé-

et les autres seront sans doute prochainement

d’influence et stratégies diverses nous infor-

cembre 1924 publie des poèmes des écrivains de

étalés à la tribune de la Chambre, par des dépu-

ment sur la contradiction intime de leurs points

Harlem renaissance comme Langston Hugues,

tés blancs acquis à notre cause. (…) Vous avez

de vue, sur la complexité de cette époque et la

2

bien lu, n’est ce pas ? J’ai écris : députés blancs.

1

Ce court texte est aussi une histoire qui discrimine plusieurs événements. Car le rapport complexe parfois conflictuel entre ces hommes et la foisonnante histoire de leurs relations avec les revues dépasse largement le cadre d’un article.

10

2

3

René Maran était (à l’instar de l’élite martiniquaise de l’époque) fonctionnaire de l’administration coloniale en Oubangui-Chari, actuelle République centrafricaine. 3 National Association for the Advancement of Colored People

Il n’y a, en effet, que sur eux que nous puissions compter. Quand à leurs collègues nègres, les uns, clairs de teint, n’hésitent pas à renier leur mère,-ou leur père- afin de pouvoir en tous

lieux déclarer qu’ils sont de lignée aryenne. Des

connu sous le nom d’Ho Chi Minh. Lamine Sen-

questions de la race et des problèmes rencon-

autres, au moins un, parvenu à une haute situa-

ghor quittera le parti pour fonder le Comité de

trés par les Noirs, principalement dans les trois

tion, n’apporte ses soins et son intelligence, qu’à

Défense de la Race Nègre (CDRN). Ce groupe

continents, théâtres du commerce triangulaire.

discréditer auprès des Blancs ceux de ses congé-

crée un organe de presse mensuel La Voix des

Ses membres veulent «  donner à l’élite intel-

nères de personnalité trop marquée4».

Nègres qui publie seulement deux numéros en

lectuelle de la Race noire et aux amis des Noirs

La dernière phrase du plaidoyer de René Ma-

Janvier et Mars 1927. Car une scission s’opère

un organe où publier leurs œuvres artistiques,

ran semble indexer le député sénégalais Blaise

très vite dans le groupe entre Lamine Senghor

littéraires et scientifiques (…) et ainsi, les deux

Diagne, sans le nommer. Toutefois, Les Conti-

qui incarne son aile radicale et le Guadeloupéen

cent millions de membres que compte la Race

nents qui paraissait le 1er et le 15 de chaque

Maurice Satineau qui fonde de son côté La Dé-

Noire, quoique partagés entre diverses Nations,

mois, est forcée de cesser sa publication quand

pêche Africaine l’hiver suivant. Senghor et Thie-

formeront, au-dessus de celles-ci, une grande

la revue est poursuivie en justice pour diffama-

mokho Garan Kouyaté fondent à leur tour un

Démocratie, prélude de la Démocratie univer-

tion par Blaise Diagne. Car, plus tard, dans un

nouveau groupe La Ligue de Défense de la Race

selle7».

article non signé, - mais que Brent Hayes Ed-

Nègre, avec comme périodique La Race Nègre

Selon Janet Vaillant, c’est par ses publica-

wards5 pense être probablement écrit par René

(journal publié jusqu’en 1936). Après avoir as-

tions que Senghor découvre les poètes noirs

Maran - Blaise Diagne est accusé d’être l’admi-

sisté à la rencontre de la Ligue Contre l’Impé-

américains comme Claude McKay et Langston

nistrateur qui vend ses frères à l’empire et qu’il

rialisme et l’Oppression Coloniale, organisée

Hugues et qu’il lit les articles de Du Bois parus

aurait touché une somme d’argent sur chaque

en 1927 à Bruxelles par le marxiste allemand

dans The Crisis. C’est aussi à cette période que

tirailleur recruté en Afrique occidentale pour les

Willi Munzenberg, Lamine Senghor est arrêté

Senghor découvre le livre d’Alain Locke The New

besoins de la première Guerre Mondiale. Le mot

à Cannes et emprisonné à Draguignan au prin-

Negro qui compilait les textes de nombreux au-

tirailleur sénégalais qui vient d’apparaitre pour

temps. Ses blessures occasionnées au cours de

teurs de la Harlem Renaissance. L’idée du New

la première fois dans le vocabulaire public en-

sa participation à la première Guerre Mondiale

Negro n’est sans doute pas étrangère au projet

ferme une immense rage qu’un jeune intellec-

s’aggravent lors de son internement. Il meurt

de Senghor de publier plus tard (en 1948) son

tuel sénégalais a portée pour l’avoir été, il s’ap-

au mois de novembre 1927, à son domicile de

anthologie des écrivains noirs francophones 8.

pelle Lamine Senghor (1889-1927).

Fréjus.

Le choix de Senghor du terme nègre au lieu

C’est durant l’été 1924, quand René Maran

C’est en 1928, un an après la mort de Lamine

de noir, dans sa poésie et ses articles, marque

signe cette lettre ouverte à Alain Locke que La-

Senghor, que le jeune étudiant Léopold Sédar

sans doute une influence de la littérature amé-

mine Senghor rejoint l’Union Intercoloniale,

Senghor arrive pour la première fois à Paris,

ricaine. « Que les Noirs américains aient fait une

branche du parti marxiste français soupçon-

sous un climat brumeux. C’est également dans

déclaration aussi courageuse et commencé à

née de fomenter des rebellions dans les colo-

ce contexte de questionnement existentiel que

agir en harmonie en écrivant de la poésie, de

nies françaises. Il y fait la connaissance d’ac-

les trois sœurs Nardal créent en 1931 avec l’Haï-

la littérature et de l’histoire l’autorisait à pen-

tivistes de divers horizons, tels l’Antillais Max

tien Léo Sajous, la revue bilingue (français-an-

ser que les Noirs de langue française pouvaient

Clainville Bloncourt, l’Haïtien Camille Saint-

glais) Revue du Monde Noir. La revue aura six

en faire autant9».

Jacques, le Malgache Samuel Stéphany, le Réu-

publications et paraîtra de novembre 1931 à

nionnais Jacques Barquisseau, l’Algérien Hadji

avril 1932. Sous la plume de grands noms amé-

Ali Abdelkader, et un jeune intellectuel indo-

ricains, martiniquais, français 6, elle traite des

chinois du nom de Nguyen Ai Quoc, plus tard

6

(leaders de la Négro Renaissance) ; on y rencontre aussi quelques Français comme les docteurs A. Marie et Zaborowski, ou JeanLouis Finot ». Lilyan Kesteloot, Histoire de la littérature négro-africaine. Paris. Karthala. AUF. 2001., p. 61. 7 La Revue du monde noir. N° 1 (1931, nov.)-n° 6 (1932, avr.) Paris. Éditions de la Revue mondiale. 1931-1932. 8 Léopold Sédar Senghor, Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française. Paris. Presses Universitaires de France. 1992. 9 Janet G. Vaillant, Vie de

4

René Maran, « lettre ouverte au professeur Alain-Leroy Locke de l’université d’Howard (Etats-Unis) » in Les Continents. Première anné. N°3. 15 juin 1924. 5 cf. Brent Hayes Edwards, The practice of diaspora. Literature, translation, and the rise of Black internationalism. Cambridge. Harvard university press, 2003.

11

« On y rencontre des noms aujourd’hui notoires : des Haïtiens comme le poète Toby Marcellin et les docteurs Léo Sajous et Price-Mars, des Guyanais comme Felix Eboué et René Maran, les Antillais G. Gratiant, Lionel Auttuly, Louis T. Achille, et déjà René Ménil, Etienne Léro et Jules Monnerot (têtes de file de Légitime Défense), des Américains comme Langston Hugues, Claude Mackay, Clara Shepard et Alain Locke

Dans l’ensemble, les thèmes soulevés plus

de la Revue du Monde Noir expliquera en partie

En 1941, Césaire qui a participé à la création

tard par la Négritude sont quelque peu abor-

la naissance de la Revue Légitime Défense au ton

de L’Etudiant Noir fonde la revue Tropiques.

dés par les différents articles des six numéros

direct et violent. Légitime Défense est créée par

René Ménil, cofondateur de Légitime Défense

de la Revue du Monde Noir. Ainsi, ce n’est donc

trois Martiniquais qui avaient déjà contribué à

y apporte sa contribution. La revue s’annonce

pas gratuit si Jacques Louis Hymans10 (qui, se-

la revue des sœurs Nardal : René Ménil, Etienne

comme apolitique, se présentant comme tra-

lon Souleymane Bachir Diagne11, a réalisé la bio-

Léro et Jules-Marcel Monnerot13. Interdite par

vail sur le folklore. Mais très vite, elle reçoit la

graphie intellectuelle la plus fouillée de Sen-

le pouvoir colonial, cette revue ne connaitra

contribution de plumes africaines américaines

ghor), commence par camper dans son livre

qu’un seul et unique numéro celui de juin 1932.

tout en adoptant un ton anti colonial. En 1943,

le contexte historique de la Revue des sœurs

La hiérarchie des valeurs que le groupe souhaite

la revue Tropiques est à son tour interdite par

Nardal. La revue a joué un rôle majeur dans le

renverser crée un scandale au sein de la bour-

les autorités, bien qu’elle ait eu encore quelques

rapprochement des deux consciences intellec-

geoisie martiniquaise à laquelle appartient la

numéros clandestins en 1944. La durée de vie de

tuelles, d’une part le mouvement de la Harlem

plupart des signataires du manifeste, mais cet

la revue coïncide donc avec la seconde Guerre

Renaissance et d’autre part les étudiants franco-

appel a des répercussions au niveau des étu-

Mondiale. Au début de cette guerre, Léopold Sé-

phones qui allaient former le corps de la Négri-

diants noirs parmi lesquels Césaire, Damas et

dar Senghor est mobilisé comme soldat de se-

tude. Cependant, concernant les critiques adres-

Senghor. C’est bien qu’encouragés par l’appel de

conde classe dans le régiment d’infanterie co-

sées à la Revue du Monde Noir, il faut considérer

Légitime Défense, qu’ils créent en 1934 la revue

loniale. En 1940, il est fait prisonnier puis libéré

celle qui insiste sur le fait qu’elle était un tant

L’Etudiant Noir, anciennement l’Etudiant mar-

en 1942. Il faut attendre 1947, avec la naissance

soit peu élitiste et totalement muette sur la si-

tiniquais. La revue met fin au « tribalisme » des

de la revue Présence Africaine, pour que l’acti-

tuation sociale et raciale aux Antilles. De même

étudiants martiniquais, africains ou guyanais.

vité de critique d’art de Senghor atteigne son

qu’elle était aveugle sur la colonisation que ses

Elle apparaît aussi comme une continuité de la

plein essor. La revue Présence Africaine, fondée

membres, étrangement, n’ont jamais remis en

revue des sœurs Nardal et à l’occasion accueille

en 1947 par Alioune Diop tourne ses préoccu-

question d’autant plus que le lancement de son

quelques plumes qui avaient participé à la Re-

pations vers l’Afrique noire ; d’ailleurs son pre-

premier numéro a lieu dans la foulée de l’ex-

vue du Monde Noir comme Paulette Nardal, Fé-

mier numéro (Novembre-Décembre 1947) pa-

position coloniale de 1931. « Mlle Nardal et M

lix Eboué ou l’écrivain antillais Gilbert Gratiant.

rait simultanément à Paris et à Dakar. L’article

Emile Sicard furent du reste invités d’honneur

C’est également dans la revue L’Etudiant Noir

d’Alioune Diop « Niam N’Goura ou les raisons

à une rencontre à l’expo, organisée par le dépu-

qui n’aura qu’un seul numéro que Léopold Sédar

d’être de Présence Africaine15» fixe l’orientation

té de Paris et président de la commission des

Senghor14 publie son premier article.

colonies ; ils en revinrent forts contents si l’on

13

est président des étudiants martiniquais. L’association de Senghor s’occupait des conditions de vie des étudiants des colonies à Paris et évitait de se mêler avec les étudiants les plus radicaux, étroitement surveillés par la police française. Notons que dans ce contexte, les revues créées par les étudiants des colonies qui poursuivaient leur étude en métropole étaient étroitement surveillées par la police. Cette dernière veillait à ce que ces publications ne soulèvent aucune observation qui puisse encourager une quelconque légitimité des peuples colonisés à réclamer leur droit à la liberté et remettre en question la colonisation. De nombreuses revues auront une courte vie, interdites par l’administration coloniale, ou par les autorités métropolitaines, soumises aux rigueurs budgétaires, ou par une simple prudence de leurs éditeurs dont les bourses dépendaient de l’administration. 15 Niam n’goura vient d’un proverbe toucouleur « niam n’goura vana niam m’paya » qui veut dire « Mange pour que

en juge par le compte rendu de Sicard dans la revue12 ». Le côté quelque peu apolitique et salonnard

Léopold Sédar Senghor. Noir, Français et Africain. Préface d’Abdou Diouf ; postface de Souleymane Bachir Diagne ; traduit de l’anglais américain par Roger Meunier. Paris. Karthala. Amsterdam. SEPHIS. 2006, p. 127. 10 Jacques Louis Hymans, Léopold Sédar Senghor. An intellectual biography. Edinburgh, Edinburgh university presscop. 1971. 11 Souleymane Bachir Diagne, Léopold Sédar Senghor, l’art africain comme philosophie. Editions Riveneuves, 2007 12 Lilyan Kesteloot, Histoire de la littérature négro-africaine. Paris. Karthala. AUF. 2001, p. 62.

12

Dans un article introductif signé par ces trois noms et par Thélus Léro, Michel Pilotin, Maurice-Sabas Quitman, Auguste Thésée, Pierre Yoyotte, le ton se veut révolutionnaire et dépourvu de la neutralité confortable dont s’était contentée la revue des sœurs Nardal. « Nous prenons le train d’enfer de la sincérité [déclament les auteurs]. Nous voulons voir clair dans nos rêves et nous écoutons leurs voix. Et nos rêves nous permettent de voir clair dans cette vie qu’on prétend nous imposer encore longtemps. Parmi les immondes conventions bourgeoises nous abominons très particulièrement l’hypocrisie humanitaire, cette émanation puante de la pourriture chrétienne. Nous haïssons la pitié. Nous nous foutons des sentiments. » Légitime défense. Vol. 1 (1932)-1932, p. 1. 14 A l’époque Senghor est président de l’association des étudiants ouest africains crée en 1933, tandis que Césaire

de la revue. Présence Africaine est « patronnée »

La revue sera dés sa création le lieu du dé-

pressions culturelles, de la lutte contre les dis-

par de grands noms tels Jean-Paul Sartre, Em-

bat culturel et esthétique. Les recherches s’y

criminations, de la promotion du dialogue in-

manuel Mounier, André Gide, Albert Camus et

élaborent au fil des textes publiés par Cheikh

ter culturel et de la solidarité entre intellec-

des ethnologues comme Paul Rivet, Théodore

Anta Diop, Harris Memel-Foté, Georges Niango-

tuels africains et de la diaspora. La teneur de son

Monod, Michel Leiris et Georges Balandier. On

ran-Bouah, Engelbert Mveng et Alassane Ndaw.

combat est passée en grande partie à travers les

trouve aussi dans ce comité les noms de Césaire,

Les divers articles sur les arts dépassent la cou-

revues littéraires et artistiques, notamment Pré-

Richard Wright et Senghor. C’est que pour la

leur ethnologique pour traiter de la dimension

sence Africaine dans laquelle s’est écrite une his-

revue Présence Africaine, contrairement à ses

esthétique à laquelle est consacrée le troisième

toire partielle de la visibilité et de l’ambivalence.

aînées, les vrais combats pour le sens devaient

numéro (1948) sur l’art africain. La revue accom-

En France, l’écho de cette lutte et de cette ambi-

dépasser les antagonismes et se consacrer au

pagne les colloques qui se tiennent sur la ques-

valence est encore audible dans le débat public

champ culturel. Alioune Diop avait compris que

tion. Ainsi du colloque sur l’Art Nègre en 1966 au

et dans des postures créatives des artistes origi-

c’est par la culture que la crise des Africains

colloque sur Négritude et art nègre traditionnel

naires des anciennes colonies. Sans doute parce

pouvait être surmontée. Cela ne veut pas dire

en 1971, tous les débats font objet de publication

qu’au moment où se dessine les nouvelles fron-

que la revue ne posera pas un ton accusateur

dans la revue. Présence Africaine est à l’initia-

tières de la société française, la création semble

sur le système colonial. Le ton va en effet vite

tive du Premier Congrès des Ecrivains et Artistes

être l’unique activité à mettre des mots sur la

changer, puisqu’en définitive, comme le souli-

Noirs qui se tient à Paris du 19 au 22 septembre

nature réelle des changements, parfois plus que

gnera Alioune Diop plus tard : « les plus graves

195618. Plusieurs intellectuels et artistes y parti-

les sciences sociales.

problèmes politiques ne deviennent nôtres et

cipent, parmi lesquels Frantz Fanon et l’un des

ne tiennent leur ampleur que de leur fonde-

pères de la modernité artistique nigériane, le

ment culturel, c’est-à-dire de leur résonance

peintre et sculpteur Ben Enwonwu. Dans l’en-

sur nos situations, notre conscience historique,

semble, le congrès fédère et fortifie les liens

notre sensibilité, notre psychologie individuelle

qui existent entre les différents acteurs dont la

ou sociale  ».

moitié est connue par des publications dans les

tu vives » explication donnée par Amady Aly Dieng, «  Regard sur l’itinéraire de Présence Africaine. » in 50ème anniversaire de Présence Africaine. Colloque de Dakar 25-27 novembre 1997. Paris, Présence Africaine, 1999, p. 291. 16 Mais la grande rupture que cette revue va opérer par rapport aux précédentes, c’est, outre la concentration sur l’Afrique, la nature des plumes qui y collaborent ainsi que l’angle artistique et culturel par lequel elle interpelle les problèmes. On peut entre autre citer parmi ses contributeurs, Hugues Panassié, le spécialiste français du jazz, le collectionneur Daniel Henri Kahnweiler, le peintre Picasso, qui fera l’affiche des deux congrès que la revue allait organiser plus tard, René Bastide, spécialiste des religions du Brésil, Paulin Vieyra, le spécialiste du cinéma africain, William Fagg et Jean Laude, spécialistes de l’art africain. Mais la revue va aussi s’ouvrir à l’Amérique noire et l’Afrique anglaise. Outre Richard Wright qui fait partie du comité de patronage, les premiers numéros accordent un espace à Peter Abrahams et Mercer Cook qui sera par la suite ambassadeur des Etats-Unis à Dakar. 17 Alioune Diop, «  Culture et

revues précédentes. Fort de ce succès, une se-

16

17

13

conde rencontre a lieu à Rome du 26 mars au 1er avril 1959. Cependant, suite au premier congrès, c’est sous la houlette de Présence Africaine et particulièrement grâce au charisme d’Alioune Diop qu’est fondée la Société Africaine de Culture19 qui sera à l’initiative de l’organisation du Premier Festival Mondial des Arts Nègres et de son colloque. Les idéaux portés par cette organisation tournent autour de la valorisation des ex-

politique. Culture et économie » in Economie et Culture. Editions Présence Africaine. 1965, p. 13. 18 Il se tient dans l’Amphithéâtre Descartes de la Sorbonne où avait eu lieu la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948. 19 Aujourd’hui connue sous le nom de Communauté Africaine de Culture, elle a fêté en 2006 le cinquantenaire du Premier Congrès des Ecrivains et Artistes Noirs à Paris.

Miroir de femmes et fragments de mémoire Par Kemi Bassene Illustration: “Even the rainbow is enough” © Damfe Diallo

14

ART TALK Regard de femme : le cinema de Julie Dash Avec Daughters of The Dust (1991), Julie Dash transcende les générations pour reconsidérer la lignée matriarcale de la culture Gullah, population noire de la Caroline du Sud et la magnifier à travers le récit narratif d’un enfant à naître; un fruit du viol mais symbole de la voix des ancêtres et espoir annonceur d’un futur meilleur. Le travail esthétique de Dash est dans la rencontre l’Afrique de l’Ouest et le sud-Est noir de l’Amérique, à travers une connexion spirituelle des deux mondes. Ce syncrétisme artistique réunit les fragments de plusieurs danses et relations avec l’invisible, pour offrir une créolité de mouvements corporels et de discours d’espoir; une danse médicale pour réconcilier l’enveloppe et son contenu; une transe médicale pour retrouver et ramener une âme vagabonde, quand celleci s’est enfuie pour échapper aux sévices appliqués au corps. La vision de Dash contraste avec le jeu d’inversion qui prévalait dans les carnavals noirs et autres processions culturelles aux Etats Unis et dans les Caraïbes au 19é siècle, ou les dominés mimaient les dominants, ou le masque (invisible) ne tombait finalement que lorsque l’on était autorisé à le mettre (carnaval). Les réminiscences corporelles étaient certes altérées par le voile de la pensée coloniale, mais l’esthétique rurale africaine devait de bourdonner dans les quelques canaux de communication que la liberté pouvait encore emprunter. Dash nous montre qu’aucun groupe social de peut cacher l’entonnoir du savoir d’un autre groupe. Les rapports invisibles qui peuvent exister entre différentes cultures trouvent avec Dash, au delà d’un simple écho, une voix forte qui combine à la fois esthétique et pertinence sociale. Des combats de femmes, une politique du silence, l’accession à la respectabilité La “politique de respectabilité » menée par les femmes au 19é siècle, Aux Etats Unis pour défendre la reconstruction spirituelle des populations noires travers l’église baptiste et que Evelyn Brooks Higginbotham, historienne américaine rappelle dans son oeuvre Righteous Discontent ( le mécontentement justifié). Le premier combat des africains américains pour constituer un groupe social uni. Higginbotham y dépeint une société avec des femmes accomplies, résistantes et luttant dès leurs premières

15

heures de liberté contre le sexisme et les abus, tout en protégeant le groupe. C’est la même politique de respectabilité qui anime les personnages féminins des romancières ghanéennes Ama Ata Aidoo et Amma Darko dans leurs écrits. Amma Darko Amma Darko (née en 1956) réverbère l’injustice, les relations entre les discriminations faites aux femmes et leurs répercussions sur la jeunesse urbaine, et surtout, les combats menés par les femmes sans pour autant jamais écarter de leur futur l’homme qui les discrimine. Darko décolonise l’espace culturel et l’architecture à travers son roman Beyond The Horizon. Elle expose les mythes de comportement social de l’homme blanc et de l’homme noir, pour mieux les confronter aux réalités contemporaines. Ama Ata Aidoo La sexualité entre femmes échappe elle aussi, l’instant d’un roman (Our Sister Killjoy) de Aidoo, à la politique du silence qui l’a toujours bordée en Afrique. Cependant Aidoo ne fait pas une datation romancée du lesbianisme chez la femme africaine. Il n’est pas question de débattre sur ses débuts ou combien de temps il est resté caché dans les sociétés africaines. L’invisibilité des rapports entre femmes lors des rites initiatiques dans certaines sociétés africaines aurait-elle une mémoire? Ces rites étaient réservés aux femmes comprises entre la préadolescence et leur vingtième plus ou moins, une période d’insouciance et de construction sexuelle, mais aussi d’abus et de révolte. Les femmes de Darko et de Aidoo donnent une impression d’approcher les contours du romanticisme de leur propre vie, tant leur besoin de s’émanciper est grand. Darko retrace l’historique d’une prostitution transnationale, depuis le monde rural jusqu’aux grandes villes qui les attirent. (Elle portrait ?) des sociétés ou la visibilité des frontières, notamment celles de l’exclusion sociale sont exposées, ou la verticalité des barreaux de cette geôle est fruit du sexisme et de tous les “oublis” vécus par les femmes. “Because society does not give an inch, women have to struggle for it” Ama Ata Aidoo

Quelle visibilité sociale reste à la femme illégale par son immigration ou par son statut marital ? Quelle visibilité pour celle presque illégale dans son propre pays car ne montrant pas un certain patriotisme culturel et n’ayant par conséquent pas une carte “d’identité culturelle nationale” ? Les grandes agglomérations africaines Les littératures africaines et créoles africaines avec un renouveau de l’édition rattraperaient-elles les errances de la muséologie analogique qui expose le patrimoine culturel de leurs sociétés? Une muséologie qui ne réfléchit pas non plus à rendre visibles les travaux des jeunes artistes, surtout ceux qui ne possèdent pas une image promotionnelle, parce que non représentés dans le marché par des galeries. La technologie moderne permet de réunir simultanément le passé et le présent, confronter l’urbain au plus profond rural, relier la mémoire et l’objet pour des réponses contemporaines. L’artiste contemporain responsable aura la tache de mettre en relation les peines invisibles et d’aider à redéfinir une nouvelle approche muséale apte à capter l’esthétique éphémère urbaine. Car toute la dimension constructive, et de fondement de l’éphémère se mesure en fragments de cultures dans le monde urbain invisible pour le marché ou les autorités locales; éphémère parce qu’irrégulièrement produits et échappant à toute échelle de valeur marchande ; éphémère parce que nécessairement renouvelés au rythme des contextes sociaux, économiques et politiques. Des cultures abritées par une architecture laissée pour morte mais non autopsiée, comme les ruines d’une cité bombardée, comme une ville fantôme, invisible pour certains, et qui pourtant abrite la créativité qui participera à la construction des sociétés de demain. Les groupes sociaux qui, au bout de décennies de silence ont gardé dans leurs mémoires un grand nombre d’histoires à raconter doivent pouvoir accéder aux outils esthétiques qui permettent de les raconter. La médecine artificielle que représente l’artiste pour une société en quête de diagnostics ou de solutions face à ses problèmes, ainsi que la médiation esthétique qu’il incarne pour magnifier l’espoir quand celui-ci défie la peur et le cloisonnement social, sont cruciales pour toute société.

ART TALK

FRAGMENTS DE TRAJECTOIRES: OU LA CONDITION DE L’ART CARIBÉEN par Sylvie Arnaud

Dans leur démarche artistique, les artistes caribéens explorent le déplacement, le multiple, l’impermanence et perpétuent un tracé d’histoire mémorielle. Baignés par les héritages croisés de tous les continents, ils sont les descendants directs d’histoires, de conquêtes et de colonisations souvent percutées par les silences à la mesure des phrasés et manifestes

grandiloquents ayant eu à participer aux constructions d’Empires d’antan.

pour le peuple créole constitue l’origine est le fait d’être métissé, mélangé, du tout-monde. Le créole est celui né sur les L’expression caribéenne «Créolisation» terres de la créolisation caribéenne. est la Créolité forcée. Elle est le résultat de liaisons imposées et d’appartenances La dimension d’appartenance au toutaux cultures du monde multiple, dans une monde reste la caractéristique première zone géographique précise, les Caraïbes, du caribéen qui ne cesse de naviguer qui transpire à tous points de vue dans le dans les marges ou les limbes, qui parle la vecteur identitaire langue créole, soit à l’origine, des strates de cette partie du de langues... le patois polyglotte, finalemonde. La créolité ment constitué en une langue à divers acserait plutôt carac- cents, suivant aujourd’hui l’influence antérisée par la façon glaise, portugaise, française... aux Antilles. dont les individus Une langue qui décrit plutôt en détours de diverses ori- et métaphores, qui favorise le double du gines ont élaboré mot ou l’imaginaire. Le caribéen s’identiun vécu en com- fie à une multiplicité de traverses quand mun, compte tenu il questionne son essence, jusque dans de la violence des son expression artistique qui ne cesse de opérations de mise retranscrire son parcours : somme de fragen commun. Ce qui ments de trajectoires. L’errance reportée

“Untitled”, acrylic on paper, 36x47cm, Paris 2006, David Gumb

16

Ci-dessus : « Les paysages argentés » : Mixed Media on Aluminium, 96cm X 144cm, Edouard Duval-Carrié. A droite : “ Untitled”, pen on paper, 21x26cm, Martinique 2012, David Gumbs

dans l’oeuvre est l’une des plus marquante de son réseau de résonance. Les notions de déplacement, désorientation, mémoire, centre, perte et périphérie sont présentes autant que les notions de race, genre, classe, ainsi que les fréquentes références aux mythes et figures mythiques, à l’esclavage, l’oubli, l’invisibilité, la violence, et puis le préjugé de violence. Glissant parle de processus de la Relation pour dire le fait de la rencontre, l’interférence entre cultures. Et La trace , c’est ce que le « migrant nu » a pu emporter dans le « gouffre matrice » du bateau négrier : un chant, une danse, une cadence incorporée, qui vont ensuite se moduler au gré des expériences et des influences. Jamais l’artiste caribéen ne se défait de cette trace, c’est son marquage identitaire et sa résistance devant le gouffre du néant. Pour l’artiste caribéen la souffrance liée à la perte du lieu originel, à l’immigration et au déracinement a favorisé la

17

cristallisation de l ’ é t a t d ’ e r ra n c e comme état matrice référent. La mouvance mutante produite par le flottement général de l’être sera traduite dans l’oeuvre au travers des formes, des matières, objets et sujets représentés. Ils confèrent à l’oeuvre une dimension onirique propre au contexte de l’entre-deux, et produisent des factures fragiles et ambivalentes qui peuvent vriller vers la perte, l’invisibilité, le trouble, le fracas et la mélancolie, car rarement l’oeuvre est apaisée. Sont délivrés des lignes labyrinthiques hagardes, des paysages aussi luxuriants qu’inquiétants, des figures calmes ou ravagées, des têtes héroïques ou des hybrides, réminiscences d’un avant et des masques de carnaval.

L’expression artistique caribéenne génère des formes impures, profondes et volatiles s’inscrivant dans le stable éphémère et des figures héroïques fortifiant le vivant; elle témoigne de résidus historiques épars et douloureux habitant des mémoires demi amnésiques vagabondant perpétuellement. Là, se loge toute l’ambiguïté du sentiment d’appartenance entre terres et mers qu’est cette posture Caraïbe.

ART TALK

L’AFRIQUE ET LA CHINE QU’EN EST-IL DE LA CULTURE ?

Par Frieda Ekotto, professeur de littérature comparée, d’études afroaméricaines et africaines à University of Michigan Ann Arbor.

Comment transformer la nature des échanges entre l’Afrique

Le 14 juin 1995, je me rendais en Chine pour la première

fois. Je quittais l’Europe pour découvrir l’Asie et ce jour-là rendait l’âme le grand écrivain congolais Sony Labou Tansi. Cet événement me marquera à jamais, mais, sur le coup, je ne l’ai pas réalisé. J’écoute rarement la radio dans les taxis. Je m’y sens à mon

et la Chine  ? En général, lorsqu’on en parle prédominent les

aise dans la solitude de la course vers l’aé­roport. J’éprouve alors

chiffres : des aides par ci, des infrastructures par là. L’économie

la sensation d’aller vers un but précis. Certains chauffeurs de taxi

prévaut. Et les Chinois plastronnent pour l’aubaine qui fait d’eux

sont de vrais personnages. Ils sont rompus aux réflexions sur la

les nouveaux maîtres du continent. Si la culture, en tout hypo-

vie et une certaine vision du monde. Ils savent tout sur tout  :

thèse, est tout ce qui reste aux Africains, l’embarras apparaît aus-

leur métier les met au contact des catégories sociales diverses et

sitôt. Car l’histoire occidentale le montre, qui est notre parangon

variées. Ce matin-là, dans mon taxi, la radio était allumée, je n’ai

à tous. Le développement – quel qu’il soit et d’où qu’il vienne –

pas demandé qu’on l’éteigne et j’écoute en silence. Alors tombe

commence d’abord par l’essor des arts et lettres. Chez les Grecs,

l’annonce de la mort de l’écrivain. J’en ai le cœur arraché. J’éclate

la géométrie, les mathématiques, la médecine et la physique

en sanglots, le chauffeur s’en alar­me, qui me demande avec gen-

étaient l’affaire des philosophes et des poètes. Il a fallu plus de

tillesse : « Madame, vous voulez que je vous ramène chez vous ?

trois mille ans pour que ces différents domaines se constituent

— Non, Monsieur », lui répondis-je dans une voix étouffée par

en sciences autonomes. Si nous aimons tant la formation clas-

les larmes. Je ne pus lui en dire davantage, je continuais de pleu-

sique et humaniste, c’est qu’elle a pour souci d’éduquer les gens

rer cet écrivain que je ne connaissais pas personnellement mais

à embrasser le monde. Elle accorde aux choses leur généralité,

dont le style m’importait au plus haut point. Avec le recul, je me

qui est aussi le souci des perspectives. Sans être spécialiste de

rends comp­te que ma réaction était liée à d’autres aspects de ma

rien, un être cultivé discute d’à peu près tout sans erreurs ni faute

vie intime et intellectuelle.

de goût. Les Mandarins dans la Chine ancienne poursuivaient

Le développement – quel qu’il soit et d’où qu’il vienne – commence d’abord par l’essor des arts et lettres.

de buts analogues. La Révolution Française1 démocratisera cette culture réservée jadis aux clercs, aux nobles et aux seigneurs. En Occident, cet idéal a tenu deux siècles avant de péricliter là, sous nos yeux. Plus personne ne soutient de nos jours une conversation sur la médecine et l’astro­nomie, les belles-lettres et la physique. De telles aptitudes sont pourtant indispensables à la sur-

Jeune enseignante à l’université du Michigan à Ann Arbor, l’une

vie de chacun. Elles le sont davantage encore pour la démocratie.

de mes fonctions était d’enseigner la littérature africaine fran-

1

cophone, même si je ne l’ai pas étudiée sur les bancs de la fac.

. Elle est aussi l’une des sources de la Révolution maoïste, avec le marxisme-léninisme.

18

De lecture en lecture, j’ai découvert l’écri-

Dans les années quatre vingt-dix, il était

permanente du musée d’art moderne de

ture de Sony Labou Tansi, notamment son

impossible de suivre un programme de 3e

Beijing.

théâtre. Je voulais absolument enseigner

cycle aux États-Unis en s’appuyant sur une

ses textes et transmettre aux étudiants ce

seule forme de pensée. Le trait d’union que

touriste en août 2002. J’ai encore pensé à

que j’avais ressenti. Il était important de

j’étais travaillait dans le système et en de-

Sony Labou Tansi. La Chine s’était consi-

faire connaître ces auteurs de la diaspora

hors du système. Une fois par semaine, je

dérablement transformée. Beijing compte

au reste du monde.

m’asseyais dans un énorme amphithéâtre

parmi les métropoles les plus modernes du

Thierry Lévy, mon ami avocat,

avec une interprète dont la voix me sciait

monde. Certes, il y a la ville secrète, Taman

m’avait offert des romans écrits par les

le tympan. Je donnais des séminaires sur la

square et quelques autres sites incontour-

Français sur la Chine. Je les ai dévorés es-

déconstruction à la Derrida, j’expliquais les

nables pour les touristes. Le musée d’art

pérant y trouver quelques pistes pour la

questions de pouvoir selon Foucault, etc.

moderne est un bijou. On y trouve des

compréhension de la Chine. Ce premier

Jamais j’y ai glissé une réflexion sur Frantz

merveilles artistiques d’Orient et d’Occi­

voyage était ma réponse à une invitation

Fanon, par exemple.

dent. L’art africain y est, bien sûr, margi-

du département de philosophie de l’université de Beijing. Elle me donnait l’occasion de faire des séminaires sur les philosophes continentaux les plus lus dans les départements de littérature comparée aux États-Unis dans les années 8090. J’avais dans mes valises Althusser, Barthes, Derrida, Foucault, Lyotard, Habermas et quelques autres penseurs occidentaux. Aucun livre de penseurs africains. À l’époque, ils étaient classés dans les études postcoloniales – que j’avais étudiées –, mais je ne les maîtrisais pas. Quelques-uns restent tout même incontournables  : Frantz Fanon, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Albert Memmi. L’idée ne m’est venue à aucun moment de m’en servir dans le contexte chinois. L’Afri­ que est le continent qu’on isole et oublie. À mon corps défendant, j’y ai participé. J’étais le digne produit de la pensée étriquée occidentale. Car, à Beijing, en 1995, la Chine se réveille en tâtonnant et prépare sa reconquête du monde. J’ai donc raté l’occasion de lui parler d’Afrique.

Les étudiants de 3 cycle sont d’un e

naturel curieux. Leur désir le plus cher est de lire les grands maîtres d’Occident.

19

Pendant mon séjour se tenait aussi le 5e Sommet Chine-Afrique à Beijing. Tout le long du symposium, les chefs d’États africains parlent économie et aides au développement, mais qu’en est-il de la culture dans les relations sinoafricaines ?

En dehors de mes séminaires,

je sillonne Beijing sur un vieux vélo. Les Chinois, piqués au vif, veulent me parler, mais je ne parle pas leur langue. Je visite le musée d’art moderne, qui est tellement différent de ce qu’il était. Il a été refait avec une nouvelle collection d’œu­vres d’art en majorité italiennes. L’argent fait des miracles. La Chine expose aujourd’hui une collection permanente d’œuvres jamais exposées dans les pays d’origine (Italie) et le reste de l’Europe. La Chine s’est procurée les œuvres d’art que certains pays n’avaient pas le moyen de restaurer. Elles font désormais partie de la collection

Je suis retournée en Chine comme

nalisée. « Ils ont l’intention d’y remédier », me confie le curateur du musée d’art moderne de Chengdu.

Le 1 er juillet 2012 me voilà nou-

veau en Chine, cette fois à Chengdu, invitée par l’université de Sichuan dans le cadre de Lion Education  : un programme d’été où les étudiants chinois étudiant aux États-Unis suivent des cours pour parfaire leur éducation. Pendant mon séjour se tenait aussi le 5e Sommet Chine-Afrique à Beijing. Tout le long du symposium, les chefs d’États africains parlent économie et aides au développement, mais qu’en estil de la culture dans les relations sino-africaines ? En ce qui me concerne, j’ai enfin eu le courage d’enseigner les auteurs qui me tenaient à cœur mais qui ne figuraient nulle part dans le curriculum. Mes étudiants à Chengdu ont eu à lire Audre Lorde, James Baldwin et Frantz Fanon. J’ai osé cela en dépit du travail que cela me demandait. Sony Labou Tansi était dans mes pensées. Je n’ai pas éprouvé de la tristesse, mais u ne grande force. Je devais donner des séminaires sur les notions de race et de diversité comme je le faisais à l’uni­versité du Michigan aux États-Unis. Mes étudiants

n’ont jamais rédigé de travaux critiques de leur vie. La pensée ne

chinois et les artistes dont on parle en Chine, et vice-versa. Petit

fait pas partie de leur formation. Tous étudient les maths et les

à petit, la culture Africanize se fait connaître en Chine : en 2004,

disciplines scientifiques – aucun en sciences humaines. Me voilà

le musée national de Chine à Beijing parraine une exposition

con­frontée à la tâche de les faire réfléchir à la question de race

intitulée « Congo Kingdom Art: From Ritual to Cutting Edge.  » Il

voire la diversité. J’ai commencé mes séminaires par l’histoire de

y a aussi eu une exposition sud-africaine avec quelques artistes

l’esclavage : la traite négrière est l’une des sources de la diver-

contemporains. «  Regard sur la culture africaine 2012  » est le

sité aux États-Unis. Toute pensée implique un processus de len-

thème utilisé dans quelques expositions et manifestations cultu-

teur. J’ai pris le temps d’expliquer et j’ai attendu un retour. Nous

relles qui ont eu lieu en juin dernier à Beijing, Tianjin, Nanjing,

avons parlé de la population des Amériques, des Hispaniques,

Hangzhou, Changchun et dans d’autres grandes villes chinoises.

des Asiatiques mais aussi des Africains. La confusion fut énorme,

Selon le ministère chinois de la Culture,
ce programme met en

ne serait-ce que pour distinguer les Afro-américains (qui sont là

application le plan d’action conclu lors de la 4e Réunion ministé-

depuis l’es­clavage) des Africains (qui ne sont là que depuis ces

rielle du Forum sur la coopération sino-africaine qui s’est tenue à

dernières années, avec l’im­migration). « Quelle est la différence

Charm el-Cheikh en Égypte en 2009. Ce projet vise à améliorer la

entre les deux ? », me demande un étudiant. Je dois réexpliquer.

compréhension et l’ami­tié et à contribuer à un partenariat stra-

Après des semaines de travail, ils ont réussi à produire quelques

tégique complet, équilibré et durable entre la Chine et l’Afrique.

idées – à tout le moins, une graine.

Les relations sino-africaines se sont développées depuis

Mes étudiants n’ont jamais entendu parler de la Conférence

la Conférence de Bandung en 1955. Elles se sont intensifiées de-

de Bandung, ni même de la coopération sino-africaine.

puis ces dernières années parce que la Chine est le 3e partenaire

Heureusement, une des étudiantes dont le père est médecin au

commercial du continent, avec des implications politiques im-

Bénin en ce moment, a pu expliquer à ses camarades les raisons

portantes. Or ce qui m’intéresse, ce sont les projets culturels

de sa présence là-bas. Tout le séminaire fut jalonné de pas en

que la Chine entreprend en Afrique. Quels sont-ils  ? La Chine

avant et de pas en arrière.

donne des bourses aux étudiants africains pour étudier la méde-

Ray Chow – professeure, critique littéraire et spécialiste

cine chinoise. C’est un domaine qu’elle a toujours développé et

des questions sino culturelles de l’université de Duke – a consa-

continue de s’y investir avec vigueur. Moi, j’aimerais enseigner la

cré une partie de ses travaux aux questions de culture et de lit-

littérature africaine contemporaine en anglais et en français en

térature en Chine. Elle met à nu les mécanismes qui rendent les

Chine. Les échanges économiques doivent aussi s’ac­compa­gner

jeunes illettrés : absence de lecture et d’intérêt pour la réflexion.

de vrais échanges culturels. Il est souvent question d’ami­tié entre

Résultat : on se retrouve avec des gens pour qui la pensée est

la Chine et l’Afrique : qui bénéficie vraiment de cette amitié ?

laissée pour solde de tout compte. La culture et les arts, hélas !

À quel moment parle-t-on de culture – au sens large

Rey Chow explique que la Chine sera un pays de plusieurs cen-

– dans les rapports Afrique-Chine ? Pourquoi l’art africain reste-

taines de millions d’illettrés, qui savent compter, manipuler la

t-il invisible en Chine ? Ces questions seront peut-être discutées

technologie mais qui seront de plus en plus incapables de lire et

un de ces jours quand on aura compris qu’il y a aussi de l’argent

de produire quelque forme de pensée autonome que ce soit. Cet

à gagner dans la production artistique africaine. En attendant,

été j’ai touché du doigt l’illettrisme chinois. Les étudiants, depuis

il faut trouver la force et le courage de parler de la culture afri-

les années 70 ne lisent plus de littérature, on les a démotivés.

caine où qu’on soit. Nous produisons de la littérature, du cinéma,

La culture en Chine se cherche  ; aussi se vend-elle sur

de l’art plastique, de l’art traditionnel, de la danse, etc. Faisons

le marché africain à prix dérisoires. Grâce aux Chinois, nombre

le premier pas car il nous appartient d’initier l’échange culturel

d’Africains ont accès aux outils de base  : une simple boîte en

que j’appelle de mes vœux.

plastique pour ranger le reste de nourriture, du sopalin, du papier aluminium, etc. C’est fort louable, mais quel usage fait-on de l’esprit ? Quand j’invoque la culture, je pense aux arts. Il serait intéressant d’enquêter sur les auteurs africains traduits en

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CONCEPT

PORTRAITS AU FEMININ Par Sylvie Arnaud En illustration : « untitled », 2010, © Alexis Peskine

AIDA

tête très vite, et pouvait rester pétrifier des minutes sans bouger en pleine rue ; et tout ça en improvisation. SURPRISE ! Elle Aïda était assez solide pour supporter regards, insultes et s’amusait beaucoup, elle était tordue de rire. crachats au sol pour elle dans les rues parisiennes au quotiParfois, elle répondait pile dans la langue d’où venait dien. A force, elle ne les voyait plus, ne les entendait plus, seu- l’agression verbale, et du tac au tac, en français, en wolement le brouhaha du flux compact de la densité monde lof, en arabe, en anglais et voyait les visages se fondre dans gravitant autour d’elle. Elle le savait, ce n’était pas après elle leur jus. Il était des jours où elle était d’humeur. Quand ils qu’ils en avaient, (elle Aïda, oie savamment blanche, particu- la croyaient, ils, les passants d’un jour, engluée dans l’avant lièrement sympa, était aimée et protégée des uns des autres) moyen âge de leur ère, elle les stupéfiait par sa modernité, la mais à l’identification qu’ils s’étaient fait de son monde, à leur aussi. partir de leur code, et sans concertation. Oui, on pourrait dire Son théâtre était la rue. Chaque jour, s’y déroulaient des que dans la rue anonyme, c’est comme si elle était devenue évènements majeurs, liés à l’acceptation ou non, de l’appadrapeau dans sa tenue camouflage, aussi vite que le crapaud rence d’elle même vis-à-vis de l’autre ; une histoire dans l’Hisredevient prince, l’effet de transformation est de cet ordre là. toire, des choses improbables, des caricatures, les mêmes, des Elle, rendue proie de cette projection sur elle. associations débiles, des effets boules de neige, des angoisses Aïda, musulmane comme tant de sœurs, avait coutume profondes, du venin jeté dans la figure, des peurs jamais déde dire : « Le voile ne fait pas la musulmane, et la barbe ne mêlées, et qui reviennent. fait pas le musulman ». Songez. Des « Belfedor is come back ! », « Retourne dans ton pays, Approchée maladroitement par tout un chacun, assez qu’est ce que tu fais ici? », souvent avec curiosité, trop souvent avec brutalité ; « le voile « Kholal Ibadou bi. » 1- « Vous n’avez pas honte, espèce de agresse ou blesse en retour ?... » vendue !… » … Son histoire pourtant. Se défendre de tous côtés, agir, laisser faire? Aïda agissait toujours, par son moyen de défense non violent. Usait de sourires, de douceurs, parfois dansait la danse du cobra, faisait des mouvements de manches saccadés en vitesse, et refaisait les mêmes au ralenti, se cabrait, oscillait, bougeait la

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Tout cela, à cause d’un joli foulard gris anthracite... couleur tendance, en plus! ------------------------------

Campée dans son tissu exprimant un signe extérieur religieux, et plus encore, Aïda, parisienne, plein d’humour, reste à l’endroit où on ne l’attend pas. Fait fi des idées reçues, a développé pour se défendre la réplique si à propos, dans tous les réflexes de ses langues. Est très bien placée pour prétendre que l’habit défait le moine, même s’il le fabrique pourtant ; Comprend parfaitement le langage vestimentaire de la compromission. « Faites cas de moi, et laissez-moi tranquille » dit Aïda au printemps 2008, place de la République . Elle rajoute : « je m’appelle tout le monde ».

1- “ expression wolof, traduite littéralement : regarde cette fille voilée (ibadou est une dénomination plutôt neutre entrée dans le langage courant et utilisée par les sénégalais pour désigner les femmes qui se voilent d’une certaine manière, mais aussi pour désigner les fidèles qui prient les bras croisés et ne serrent pas les mains des personnes de sexe opposé).

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PORTFOLIO

MIRTHO LINGUET CAPTURER L’INVISIBLE POUR LE RENDRE VISIBLE Le

thème de la visibilité ne pouvait

être abordé sans s’intéresser aux travaux de Mirtho Linguet, dit « Mirto ». L’ Artiste né en Guyane française en 1968 et y réside. L’exercice de son art et de son médium l’a mené vers une réflexion qui s’intéresse à la nature humaine et son environnement. En 1992, Mirto abandonne une formation universitaire pour embrasser une carrière de photographe « par souci de vouloir conserver la trace de l’émerveillement de ce médium ». Pour cela, il quitte la Guyane direction la France après l’obtention d’une bourse. Passage de 3 ans dans l’école de

des Journées internationales de la photo-

ronnement, sans pour autant se justifier

graphie à Arles en 1996 et par une partici-

de ses choix artistiques. Il aborde une nou-

pation aux Rencontres internationales de

velle approche.

photographie et de la mode à Hyères l’année d’après.

Parler de la visbilité avec l’artiste fait surgir une question qui est pour lui d’actualité, «Qu’est-ce qui nous rend visibles et, comment se rendre visible ?»

photographie MI21 à Montreuil puis dé-

Pourtant, il aspire à une vision plus per-

part pour Zurich en 1998. Il travaille plu-

sonnelle dans son exercice de la photogra-

sieurs années dans la photographie d’illus-

phie. La volonté de marquer une empreinte

tration pour des magazines et des agences

plus forte sur son œuvre, d’aborder les pro-

de publicité. Mirto est motivé par la ma-

blématiques qui le touchent. En tant qu’ar-

gie de l’objectif et sa capacité à reproduire.

tiste mais également en tant qu’humain

Son travail est récompensé par le 1er prix

avec une perception réaliste de son envi-

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Par Gladys Okatakyie Photos : © Photo Mirto - mirto.fr

En 2009, son travail prend une tournure différente, cristallisé dans son projet Alchimie dont il tire une série de photos bouleversantes qui saisit l’humain et le regard d’une manière brute. « Souci du détail, refus de faire appel à la manipulation, sincérité et aspérités, approche directe », voilà comment Mirto définit son Alchimie. Son passé dans la publicité transparaît dans ce projet qu’il voit comme « un hymne photographique » mais également comme une critique de l’image publicitaire en calquant sur le format de ce dernier. Ce projet marquant a été exposé à plusieurs occasions : sur la place Saint-Sulpice lors du Festival des Outremers en 2011 et à l’Aéroport Félix Eboué lors des Rencontres Photographiques de Guyane en 2012 notamment.

Portrait de Mirto, © Photo Mirto

A partir d’Alchimie, l’artiste guyanais

toire d’hommes et de femmes différents.

l’on attend de certains artistes africains et

met un point d’honneur à nous confron-

Quand on demande à Mirto d’où il tire

afro-descendants.

ter à la singularité de ses modèles, à ce

son inspiration actuelle, la réponse est

L’artiste vivant maintenant en Guyane,

que nous refusons parfois de regarder. Par

simple et évidente à la fois : son « Réel »,

région manquant de reconnaissance dans

commodité, par confort. Nous laisse-t-il le

moyen pour lui de chercher une réponse

le domaine de la photographie, n’échappe

choix ? Assurément non, comme on peut le

aux différents questionnements auxquels

pas à ce regard de l’autre, qu’il estime par-

voir dans d’autres séries tels que Poupées

il fait face, par rapport à lui, à l’environne-

fois biaisé et condescendant. Pourtant, son

Noires et Flora 2012 qu’il a effectué et qui

ment qui l’entoure. La photographie, une

choix est fait. Il assume son histoire hu-

en sont les exemples parlants.

aide dans sa quête indubitablement.

maine.

Mirto est à la recherche de la beauté

Parler de la visibilité avec l’artiste fait

Mirto continue donc de produire : il

de l’âme, l’humain prime avant tout. Avec

surgir une question qui est pour lui d’ac-

planche actuellement sur un nouveau

son histoire, ses fêlures, ses envies. « Le réel

tualité, «Qu’est-ce qui nous rend visibles et,

projet qui lie la question du stéréotype au

sans fards, ni artifices ». Au final, il rend vi-

comment se rendre visible ? ». Le photo-

corps. Projet qui serait dans la suite logique

sible ce qui est invisible au premier abord

graphe aborde la question du contenu ar-

du projet Alchimie et a été approché pour

et il le fait merveilleusement bien car il est

tistique qui peut être dicté par l’autre donc

participer au Global Carribean de Miami

impossible de ne pas voir cette femme en

l’idée de s’ « effacer pour exister en fonc-

qui se tiendra en décembre 2012.

fauteuil roulant, les formes généreuses

tion du regard de l’autre ». Constat cinglant

d’une autre et ces regards chargés d’his-

à nos yeux qu’il illustre par l’exotisme que

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In situ, Projet Alchimie Place Saint Sulpice, 2011 Š Photo Mirto

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Série Poupées noires, Untitled , 2008, © Photo Mirto

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SÊrie Flora, Untitled , 2012, Š Photo Mirto

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SÊrie savane, 2010, Š Photo Mirto

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PLACES

L’ESPACE CANOPY CANOPÉE D’ARTS ET DE CULTURES 

Par Shari Hammond Photos : Jean-Michel Quionquion

L’espace Canopy est à l’origine une association créée en décembre 2005 par deux femmes aux expertises et expériences distinctes mais aux passions communes pour la création et les cultures : Charlotte Ferron professionnelle dans la communication et Marie-Line Tassius avocate au Barreau de Paris. Toutes les deux vivent et sont engagées dans les activités du quartier de la Chapelle. Créer cet espace a été pour elles une réelle volonté d’investir et de donner un lieu de recollection, illustration de la richesse multiculturelle de la Chapelle, quartier déserté par les professionnels de l’art.

l’Espace Canopy par son prénom invite à la découverte, un voyage

indique l’idée directrice de « donner une vitrine à des créateurs

dans l’inconnu : il se veut incarner la canopée étage supérieur

qui nous touchent sans sélection par l’origine ethnique ou géo-

dense et peu parcouru d’une forêt. Dans notre cas, cet espace nous

graphique (paris -province) ou du parcours académique »

1

révèle une faune exceptionnelle d’artistes talentueux, d’énergies nouvelles et de convergences d’esprits.

Ce lieu d’art accueille et porte sept expositions par an et agit en

L’espace Canopy est une vitrine des créateurs qui ont touché ces

dehors de son espace en participant à des festivals internationaux

femmes et vivant plus ou moins près d’elles. Les deux créatrices

depuis son inauguration le 26 mars 2006. Quant à la programma-

de l’Espace expliquent que « l’art est une sphère de la vie sociale

tion, elle se fait au fil de leurs rencontres directes avec les artistes

créant de la discrimination. L’ouvrir, donner les clés de lecture et

et l’on peut trouver une sélection sur dossier ouverte à tous sur

la possibilité à chacun de former son jugement est essentiel à

leur site internet. Elles proposent aussi des visites d’atelier et de

notre action »

créateurs sur plusieurs années parfois avant même la première

L’espace Canopy : un vase communicant de cultures

exposition ! L’espace s’engage dans une politique d’intégration et d’accès à la culture dans des quartiers dits « périphériques » de Paris, quar-

Les arts visuels, écrits, le slam, conférences et débats s’abritent

tiers qui eux aussi peuvent accueillir artistes, créateurs et pen-

dans les branches de cette forêt et plus de 1000 personnes s’y pré-

seurs éminents. C’est dans cette initiative que les artistes expo-

sentent chaque année.

sants rencontrent à chaque occasion possible le public et où les

La richesse de l’espace Canopy réside en son éclectisme et son in-

habitants de ce quartier populaire du 18e peuvent s’évader.

terdisciplinarité ; en cette  volonté de décloisonner les catégories

Les curieux et amateurs de slam pourront s’y retrouver tous les

d’art pour donner un lieu d’expression de différentes sources qui

troisièmes vendredi du mois pour la scène ouverte à tous du Slam

s’enrichiront chacune les unes, les autres. Marie-Line Tassius nous

dirait bien (IMAGES). Moment de créativité, partage lyrique, poé-

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En juin 2012 Zanele Muholi été exposée dans l’espace Canopy

tique, engagé ou léger selon les slameurs. Lieu d’expression artistique il est aussi un lieu d’expression, travail intellectuel avec des conférences trimestrielles où lectures philosophiques et conférences sur des thèmes intergénérationnels ont toute leur place. L’apport pédagogique de cet espace est primordial et indéniable comme le soulignent les concepteurs de Canopy qui veulent « permettre au plus grand nombre de comprendre et donc de mieux juger le monde qui l’entoure » Et que serait-ce un lieu de rencontre sans musique ? Canopy a une programmation de concert et soutien divers musiciens bril-

si symbolique : « bienvenue ».

lant dans des registres aussi variés que le jazz, le classique, le rock

Vous êtes donc tous les bienvenus dans cet espace qui se veut

ou le lyrique.

sans frontières et ni limites dans le partage de l’art.

Espace de médiation et de pédagogie culturelle :

L’année 2012 est une année de repos pour les projets personnels de l’espace mais il a récemment accueilli les œuvres de la photographe sud-africaine Zanele Muholi et son collectif de footbal-

L’originalité de cet espace est sa volonté d’inclure toute la so-

leuses les Dégommeuses en Juin 2012.

ciété et cela par Escap Art Senior et Junior adressé aux jeunes et

Pour plus d’informations : www.labelette.info

moins jeunes. Cet espace s’ouvre à tous par son emplacement au cœur d’un

1 : La canopée est l’étage supérieur de la forêt, directement in-

quartier dit « populaire » et défavorisé de Paris, étant donc le pre-

fluencée par le rayonnement solaire. Elle est parfois considérée

mier et seul lieu d’exposition du quartier Marx Dormoy/ La Cha-

comme un habitat ou un écosystème en tant que tel, notamment

pelle. Et comme les directrices déclarent, c’est sur ce terreau d’ori-

en forêt tropicale où elle est particulièrement riche de biodiver-

gines plus variées les unes que les autres que l’Espace Canopy bâ-

sité et de productivité biologique.

tit son projet en interagissant avec les différentes associations du quartier pour désenclaver le quartier. On ressent cette ouverture au monde et aux différentes cultures dans la structure même de l’espace et sa vitrine avec l’inscription en huit langues de ce terme

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PLACES

REGARD NEUF SUR LE MUSÉE ROYAL DE L’AFRIQUE CENTRALE

TERVUREN

Par : Sylvie Arnaud Photos : © Musée Royal de l’Afrique Centrale - Tervuren, © Jean Tsimangas

Le Musée Royal de l’Afrique Centrale -

de réflexion sur l’Afrique contemporaine et

du climat, c’est de fait plus complexe et

Tervuren, fondé en 1897 pour l’exposition

ses problématiques avec les diasporas afri-

plus riche que de rester sur un seul plan

universelle de Bruxelles est à l’initiative

caines... Devenir une fenêtre de l’Afrique

de lecture figé. De même, selon un musico-

du Roi Leopold II. Il s’agit d’un Musée co-

contemporaine.

logue du musée il est capital de présenter

lonial qui devint très rapidement le Palais

La vocation du futur musée est de faire

l’objet, support visuel, classé instrument

des Colonies avec une vocation allouée :

refléter le terrain de recherche qui s’ap-

de musique, lié à un contexte, doté d’une

mission scientifique dirigée vers l’Afrique

plique à tout le continent africain et aus-

fonction, en lui rendant sa propre place

Centrale.

si de chercher à retranscrire les évolutions

dans l’univers sonore grâce à une scéno-

Tervuren est aujourd’hui un établis-

de la société et remplir de fait un contrat

graphie adaptée ; faire référence à la mu-

sement scientifique fédéral dédié à la re-

social, culturel et scientifique avec les ac-

sique traditionnelle, (compte tenu du pa-

cherche et détendeur d’un patrimoine de

teurs d’aujourd’hui.

trimoine énorme d’enregistrements musi-

collections et d’archives exceptionnel no-

caux d’époques anciennes) autant qu’aux

tamment en géologie. 99% des collec-

Ce n’est pas un commissaire désigné,

musiques africaines urbaines contempo-

tions se trouvent dans les réserves, 1% du

mais une équipe de collaborateurs entou-

raines, est aujourd’hui nécessaire, la mu-

Patrimoine muséal est exposé. L’exposi-

rée de scientifiques chercheurs, de diverses

sique étant en perpétuelle évolution.

tion d’origine a été revisitée mais depuis

disciplines, qui vont catalyser les angles

Il est important de faire figurer le

1957, le musée et sa scénographie ont à

d’approches, puis réfléchir ensemble à une

contexte colonial dans l’espace d’exposi-

peine changé. Au sein du musée, une salle

nouvelle stratégie de mise en espace d’ob-

tion... Un musée dans un musée, comme

d’Histoire récente (reste de prolongation

jets collectés, en tenant expressément

une vitrine de trophées, soit une façon de

de l’exposition La mémoire du Congo. Le

compte de cette question de regards de-

ne refouler ni d’anéantir ce passif colonial,

temps colonial, 2005) dont la portée fut re-

vant l’objet rapporté. Il s’agira par exemple

mais au contraire de l’interroger en pro-

tentissante pour les belges, propose un re-

de se servir toujours des dioramas, présen-

fondeur par le biais de présentations sub-

gard critique et constructif du passé colo-

tant des maquettes de nature idéalisée,

tiles et claires. Ou, comment présenter une

nial, mais selon Guido Gryseels, directeur

support de représentation coloniale par ex-

même histoire suivant différents points de

du Musée, une refonte totale du concept

cellence, donc caduque, en les recontextua-

vue et poser définitivement les façons de

muséal et une restauration majeure du

lisant avec, par exemple, un paysage d’ur-

regards pluriels. L’idée maitresse est de

bâtiment s’imposent pour développer des

banisme contemporain. Montrer le regard

voir et penser l’objet dans la perspective

plans stratégiques de première priorité.

muséal de l’occidental sur la nature exo-

d’aujourd’hui avec les politiques actuelles.

Le projet de reconstruction est en place et

tique en 1910 et traiter parallèlement ce

Par exemple la future zone Ressources : mi-

verra le jour d’ici 2016. Il sera question de

même paysage dans un processus de chan-

néraux, bois, ivoire sera abordée sur le plan

mettre en exergue un lieu de rencontre et

gement devant l’influence de l’homme et

passé et contemporain avec les questions

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Vue extérieure du musée © Jean Tsimangas

Vues intérieure du musée © Jean Tsimangas

33

Vue de l’entrée du musée

Lorsque les Royaumes d’Afrique Centrale ont été découvert au 17 et 18° siècle, il était crucial pour l’explorateur de rapporter sur le sol belge des objets pompeux dans la forme exotique

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cruciales d’exploitations des richesses, les

mettre en place : traçabilité, logique d’ac-

boration scientifique et que des scènes de

faits et les conséquences. La zone Homme

quisition de l’objet, étude et décortication

collègues scientifiques ruandais filmés ou

et sociétés questionnera les dynamiques

d’une musique, métrique, hauteur, pulsa-

photographiés dans une position d’ensei-

sociales du continent, les complexités so-

tion ; mise en contexte de l’objet, fonction,

gnants ont fort probablement eu lieu, elles

ciales d’aujourd’hui, les combinaisons ur-

danse, public... ou comment vulgariser un

n’ont pas été sélectionnées lors des expo-

banisme / oralité, les dynamiques de pou-

tel patrimoine en considérant aussi le ca-

sitions récentes . Si certaines répétitions

voir interne avant, maintenant...

ractère éphémère du produit sonore ?

de représentations contre lesquelles il faut

Souffler dans les instruments de mu-

La nouvelle perspective muséale sera

lutter sont retordes à repérer, même pour

sique est important pour savoir comment

non pas d’inverser les regards, mais de les

des chercheurs avérés, c’est dire la profon-

l’objet a été joué et aussi s’il s’agit bien

confronter, les juxtaposer. Des documents

deur du marquage des imaginaires . Et celle

d’un instrument de musique.

photos, vidéos... présenteront les diffé-

de la racialisation du monde, l’ordre social

Lorsque les Royaumes d’Afrique Cen-

rentes visions des africains sur le milieu

fondé sur une hiérarchie raciale construite

trale ont été découvert au 17 et 18° siècle,

occidental et vice versa. Cette dimension

par les européens dès le 16° siècle, n’est pas

il était crucial pour l’explorateur de rap-

de travail aller/retour est capitale devant

des moindres à anéantir, justement dans

porter sur le sol belge des objets pompeux

la question radicale du regard de l’autre,

les représentations et les imaginaires col-

dans la forme exotique. Des objets pré-

premier composant avant les fabrica-

lectifs contemporains.

tendument classés Instruments de mu-

tions de côtes : classifications par la race,

Raconter l’histoire du continent africain

sique peuvent en réalité ne pas faire par-

dites scientifiques, imposées dans un seul

en revisitant la période coloniale mais sans

tie de cette catégorie. Le regard de curio-

sens, des siècles durant. Le point de vue de

lui accorder une place majeure, en inté-

sité a fait détourner l’objet de sa vocation

l’Autre n’ayant été guère entendu.

grant un cadre principal à l’Afrique contem-

principale, ainsi certains objets ont été fabriqués dans le seul but de répondre à une image stylisée bien codée : Objets souve-

poraine... Construire un musée contempoAinsi, le Musée Tervuren est à l’heure du changement et de la visibilité.

nirs. C’est ce principe même de curiosi-

rain, et une exposition de Référence dans un ancien bâtiment colonial n’est pas du tout chose aisée . Il s’agit d’un véritable défi

té qui a fait construire sur commande des

Travailler cette question du regard et

sur lequel les organisateurs réfléchissent

objets de productions touristiques : instru-

de fait changer les discours, les terminolo-

en commun suivant une démarche mul-

ments d’imitation. D’autres instruments de

gies, les cartels et les codes de représen-

tidisciplinaire où le géologue, le musico-

musique faux-semblants, dotés d’ une in-

tation qui faussèrent la figure de l’altérité,

logue, l’ ethnomusicologue, le biologiste,

fluence occidentale européenne furent à

en restant conscient devant toutes les ma-

l’artiste, l’ensemble des chercheurs... et

l’initiative des africains et peuvent avoir

noeuvres pouvant faire glisser à nouveau

surtout les comités de représentation des

été présentés et (ou) « vendus » comme

dans le registre du paternalisme post co-

diasporas africaines ont autant leur place

instruments de musique, puis répertoriés

lonial, relève d’une grande maîtrise de ges-

et leur voix à apporter.

comme tels.

tion et d’autocritique. La chose est en effet

Cela représente un grand challenge

C’est ainsi, que des tous premiers ob-

périlleuse tant la pensée programmée, pro-

pour l’équipe muséale, qui a priori, semble

jets de collecte, résultats des balbutie-

duit de l’erreur disqualifiée, s’est immis-

en excellente voie. Cette dimension d’invi-

ments des premières rencontres, le re-

cée dans le dire et le faire ou le savoir faire

sibilité de l’objet collecté sera par consé-

gard a échappé. L’objet de décoration a

occidental. Le faux pas guette à chaque ins-

quent levée.

une place belle dans les collections du

tant. Aussi, la faute a été de montrer il y a

musée Tervuren ; l’erreur d’attribution

peu, non pas une fois, mais systématique-

d’avant fait place à un devoir d’expertise

ment, encore des vidéos de formateurs

aujourd’hui et procède de la lecture juste

Blancs faisant le cours à des groupes de

et justifiée. C’est aussi une part du travail à

Noirs ; même s’il s’agissait bien d’une colla-

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DESIGN

OUSMANE MBAYE UN DESIGNER ORFEVRE EN SA MATIERE

Par Djenaba Kane Photos : Ousmane Mbaye

Ousmane Mbaye est un artisan-designer autodidacte qui, après une scolarité classique légèrement écourtée, s’est formé aux métiers manuels par un long apprentissage auprès de son père avant de changer de voie. Perfectionniste, il accorde beaucoup d’importance à l ‘esthétique des choses. Son matériau de prédilection, le métal, matière brute récupérée à partir d’objets désuets, qui entre ses mains se mû en un métal précieux. Aujourd’hui reconnu au Sénégal et à l’international, Ousmane Mbaye figure d’exception parmi les designer africain de sa génération. Nous sommes allé à la rencontre de cet artisant hors normes...

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Portrait de ousmane Mbaye par Antoine Tempé

- Vous êtes aujourd’hui un designer reconnu au Sénégal et à

définition même du Design, je ne sais pas ce que c’est.

l’international. Pouvez-vous nous raconter votre parcours ? 

Je considère que le Design a toujours existé en afrique et qu’il est présent dans notre quotidien.

A 30 ans j’ai décidé de changer de carrière, transformer tout le savoir faire acquis après 15 ans passés à travailler dans l’atelier de mon père et renouer avec mon enfance, parce que depuis tout petit j’ai toujours aimé fabriquer, créer des objets, j’ai donc crée une ligne de mobilier. A l’occasion de la 4ème édition de Regards sur Cours (à Gorée en 2008), j’ai pu exposer mon travail pour la première fois et le succès fût au rendez vous. Remarqué à l’occasion de la biennale Dak’Art la même année, je suis invité en Belgique pour exposer et je participe à la Biennale du Design de St Etienne, à partir de là les choses se sont enchainés. - De par vos créations, vous avez trouvé le moyen d’être «ecofriendly»: vous concevez vos objets à partir d’éléments de ré-

- Votre avis sur la terminologie « design africain » Pour moi on n’en est plus à ce stade, chacun créé pour son plaisir, le Design c’est Universel. Il faut sortir du cliché du designer « africain », chacun fait comme il peut ou comme il veut. - Quels sont les moyens de se former au métier de designer au Sénégal?  Je répondrais de trois façons : 1 - Si on parle d’école de Design, comme on peut les imaginer dans les pays Occidentaux, il n’y en a pas. Tout est à faire et ce serait

cupération.Pourquoi avoir opter pour ce type de matériau?

un début de solution…

C’est ce que j’avais sous la main. Et avec le recul je me rends compte

en côtoyant les artisans, en apprenant sur le tas un métier, voir

qu’être copain avec la nature (eco-friendly) c’est ce qu’on peut faire

2 – Si on parle de Mon Ecole du Design, de celle que j’ai faite, c’est des métiers.

de mieux. Tout matériau est « Noble », recyclé ou neuf, tout dépend de ce qu’on en fait. -  De quel manière travaillez vous, quels sont les étapes de la conception jusqu’à la réalisation de vos objets ? Tout commence pour moi le plus simplement possible, j’y pense et je le conçois dans ma tête vu que je ne dessine pas, une fois que l’objet est matérialisé dans mon esprit, je vais à mon atelier et je le sors « tel quel » pour en faire un prototype, en sachant chez moi le prototype est définitif. - D’après vous comment le métier de designer est-il perçu par les sénégalais, et les africains en règle générale? Pour répondre à cette question il faudrait refaire l’histoire. « Design » c’est un mot Occidental, ce n’est pas un mot de chez nous. Pourquoi je joue sur le mot « nous », parce que tout ce que les Africains avaient créé à l’époque, l’Occident n’appelait pas ça du Design mais des objets d’art africains. On a été éduqué avec ce concept mais pour moi ce n’était pas que de l’Art, c’était des objets usuels, des objets du quotidien que les gens avaient créés dans un but précis, sans parler de leur aspect esthétique qui en plus leur donnaient du sens. Si ce n’est pas la Rangement 9 porte - Mosaic.

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3 – Je pense qu’il y a des choses qui ne s’ap-

EXPO :

prennent pas, on l’a ou on l’a pas…

AU MUSEE DAPPER - PARIS

- Vous avez dernièrement réalisé une collection en collaboration avec David Guyot créateur de la marque Iroko.  Quels sont vos projets de création à venir? Continuer à faire vivre la collection D.O.G.M. que nous avons créé David et moi à l’occasion de l’exposition « Amitiés Sincère » qui a eu lieu à la Galerie Le Manège, à Dakar, D.O.G.M. c’est David Ousmane Guyot et Mbaye, c’est une collection capsule. Des pièces pensées, créées et réalisées à 4 mains, qui mélangent nos matériaux de prédilection respectifs : le bois et le métal, pour notre plus grand plaisir et pour celui des autres ! - Enfin, pouvez-vous partager avec nous votre coup de coeur africain du moment (artiste, ou évènement)? 

A gauche : Rangement cuisine A droite : Chaise écolier

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DESIGN EN AFRIQUE S’asseoir, se coucher et rêver. Du 10 octobre 2012 au 14 juillet 2013 Une exposition où je présente quelques pièces. MUSIQUE : Le dernier album de Sandra Nkaké

Pour Plus d’informations :

«  Nothing for granted  » Une artiste que

www.ousmanembayedesign.com 

j’apprécie beaucoup. Autant sa voix, sa mu-

www.coroflot.com/ousmane

sique que la personne. http://www.dapper.fr/exposition-prochaine.php www.sandrankake.com

A gauche : Chaise Tonton - K A droite : Chaise de bar - Patrimoine

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ZANELE MUHOLI By Gladys Okatakyie, Shari Hammond & Pascale Obolo

Zanele Muholi, Vredehoek. Cape Town (2012). Photo credit: Lindeka Qampi

TURNING ART INTO ACTIVISM 40

Its the end of June, Zanele Muholi is in Paris for a few days with Thokozani Football Club, a women’s soccer team

she co-founded in 2008 in Durban. They are in the country invited by les Degommeuses (http://footforlove.yagg.

com/category/les-degommeuses-2/). Muholi also had exhibition of her photographs titled Being held at l’Espace Canopy. Impatiently waiting by a Church of the Third district of Paris, we are finally welcomed by two of members of the footballer team.  They lead us nonchalantly to the foyer where the rest of the team and Muholi are waiting. A foyer where lesbians and women who feel in danger can find refuge. Muholi hosts us in one of the rooms, seated

on a bed, leaning against the wall. Intimacy just like in her photographs is here in this room. We can sense from her first words that she not only has one story to tell but hundreds of stories and people are counting on her to tell those stories to the world.

Muholi is a visual activist born in Umlazi, Durban and currently lives in Cape Town.  Muholi has spent the last 10

years documenting and archiving the lives, the loves and the deaths of  LGBTI people using art to challenge the lack of visibility of the queer community. In 2002, she co- founded the Forum for the Empowerment of Women (FEW,www.

few.org.za), a black lesbian organization based in Gauteng, dedicated to providing a safe space for women loving

women to meet and organize.  Her photographic work has particularly focused on black lesbians and trans persons. For the past years Muholi has been researching and documenting hate crimes in order to bring the realities of

‘curative rape’, assault, HIV and brutal murders of black lesbians to public attention.  In 2009 founded Inkanyiso, an organization that deals with Visual Arts/ Activism, Media & Advocacy

Afrikadaa - How do you react to the

healthy, functional relationships. There is

en artists may face. Many factors come

public’s reactions and recognition for

of course the dark reality gripping South

into play when one is: black - woman -

your first day of exhibition? Did you

Africa right now that may go undocu-

artist. For example, one’s work could get

find it excessive?

mented if we as visual activists do not

censored especially when dealing with the

bring it forth. That reality is the violence

volatile subject of ‘queer’ politics. Race

Zanele muholi - Well I am a visual ac-

against black lesbians. Between June and

and gender also factor in sometimes. One

tivist and so I do what I do so that the

September of 2012, there have been five

must immerse oneself and jibe with the

public can consume the reality that I cap-

(5) known cases of black lesbians who

status quo which sometimes, is not your

ture. Therefore, I never get the sense that

have been murdered. If anything, most of

immediate reality. Gendered spaces are

the public’s reaction is excessive. It’s an

the time after an exhibition, I am left with

so difficult in that one cannot go where

exciting period for me because people get

a curiosity of how individuals would re-

they might otherwise want to explore. I,

a rare opportunity to see black South Afri-

spond to my work and what it represents,

as a Zulu woman for example, cannot go

can lesbians as loving couples. Black les-

if given a chance to respond honestly.

to a Xhosa circumcision sphere and take

bians were not part of the apartheid cannon. Our visual narratives and images were undocumented due to our race. And

pictures and hope to share them with the A- Do you think women are neglected in the art field?

as we all know, history is a marker of our

world. I am bound by customs that forbid me to be even part of such rituals and venue. I would have difficulty entering my

present; we continue to witness rampant

Z.M - While I cannot speak for anyone

work and generally, it’s something I would

hate crimes that blur the unity and love

or even everyone, what I will say is there

find risky to contest. You know as a black

of our same gender love. I want to bridge

are a lot of artists – especially in Africa -

lesbian, multiple identifies work against

that gap. I want to show that black les-

who don’t have access to resources and

you. You are always trying to prove that

bians exist and that though we may face

platforms to showcase their work. I want

you can do what the next person can do.

challenges like everyone else, we too have

to speak more on the barriers that wom-

What I am saying is, if you want to work in

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FOCUS

LiTer I, 2012 , © Zanele Muholi

Zinzi and Tozama III, Mowbray, Cape town, 2010, © Zanele Muholi

a warzone, for example, one must be physically and mentally fit and be able to run

tion from the mainstream public. Z.M - First off it is important to acknowledge my experiences first before I

A- Could you explain your situation

So yeah, I would not be able to speak

can speak on those that have felt stuck,

in South Africa being a Black woman,

for everyone but what I can say is women

I would like to speak to my experience.

lesbian and artist. How are you consid-

may or may not be neglected. If you are

I have been working for the past 10

ered in your society?

willing to work for it and bear the hard-

years and it hasn’t been by any means

ships that come with being a black wom-

an easy task. What I do comes from

Z.M - As you know, the situation dif-

an (lesbian) artist, then one should avoid

sheer passion first and foremost. I pro-

fers and depends on who and where

being neglected.

duce my work and then I worry about it

you are. I cannot talk of South Africa as

being picked. I live within the commu-

a homogenous place because we deal

nity of individuals of which I showcase.

with a lot of dynamics. There is a rural

I see them thrive and I see them suffer.

South Africa, a cosmopolitan South Af-

I see them embraced and then shunned.

rica, different traditions, cultures, lan-

As an insider I am a friend and there-

guages and of cause different author-

fore I am them. I can never feel stuck

ities. Everyone looks at life and them-

because as long as I keep coming back,

selves differently and so how I am

beckoning the world open their eyes

viewed will always be a matter of who

and see – someone will always be will-

is doing the perceiving. I was born in

with the best and get the best shots.

Many factors come into play when one is: black - woman artist. For example, one’s work could get censored especially when dealing with the volatile subject of ‘queer’ politics.

ing to give me a platform. South Afri-

in Durban, a space for Zulu King-

ca is very interesting. It is progressive,

dom. At the helm of the monarchy are

but also schizophrenic. If one is not pas-

the King and his Queens. We have men

sionate about what they do, they can

who practice polygamy as it is legal in

be chewed up and spit out in no time.

South Africa. And also have LGBTI indi-

There is the issue of lack of resources,

viduals who co-exist within those spac-

harassment and lack of belief in what

es. Thus in a patriarchal polygamous so-

A- Have you met female artists who

we do. That can demoralize anyone on

ciety, I as a black lesbian learnt to adapt

were stuck, who could not express their

a good day. One has to keep pushing

to my surroundings. I grew up in Dur-

art in South Africa?

until you gain that respect and recogni-

ban, moves to Johannesburg as a teen

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Being, Hillbrow. Johannesburg, from Triptych, 2007, Š Zanele Muholi

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LiTer IV, 2012, Cape Town, © Zanele Muholi

and currently live in Cape Town. With

na who was scheduled to speak at the

these crimes. Most of the women know

each move came the need be aware of

women exhibition sponsored by her de-

their attackers and most are raped by

how I think and interact with others. I

partment, called my work ‘immoral and

either friends or neighbours. Although

can best explain it by saying it is like

against nation building’ and then pro-

there are cases in which strangers are

moving to three different countries. It

ceeded to walk out. Others who em-

involved in those crimes. I am not say-

changes your mental states and you

brace what I do commend me for my

ing that cases do not exist of other rac-

feel you are not just one being. With all

work and others want to learn from me.

es participating in ‘corrective rapes’

the violence being inflicted on black les-

I continue to teach women basic pho-

but I am speaking on what is current-

bians, it makes you question your mor-

tography as part of my social responsi-

ly documented. It really is a sad perpet-

tality. More so, it makes you hyper sen-

bility, because it is the very communi-

uation of the idea that being gay is a

sitive of your surroundings. People in

ty that contributes a great deal in my

Western norm and not African. This al-

South Africa, just like anywhere else

projects.

lows society and the powers that be to

have mixed emotions about my work. Others embrace it and others are appalled by it. An interesting example is

turn a blind eye to the urgent lawlessA- Is it only Black males raping or do White men commit those rapes too?

an incident that happened when I was

ness currently sweeping the black lesbian community. As I mentioned above, a government minister walked out of

showing my work at Constitution Hill,

Z.M- Well, according to reports and

my exhibition because she deemed it

Johannesburg in 2009. Former Minis-

victim statements it would suggest

not good for the children. If those that

ter of Arts and Culture, Lulu Xingwa-

that black men are the perpetrators of

are supposed to be the law, show dis-

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regard for that then those that can take matters into their own hands will. Whichever way you choose to look at it, ‘corrective rapes’ are similar to vigilante justice. Order can be restored if hate crimes actually became crimes in South Africa! It’s sad and frustrating all at once!! A- In the apartheid period, White men were the ones raping Black women, how do you explain some Black males destroying their own people? I won’t like to elaborate on this because it is such a sensitive issue. As a survivor, I still fear for my life and those who are closest to me. A- How do you deal with all this violence? I deal with the violence by immersing myself in my work. Some of my photographs document realities of hate crimes. I make time and opportunity also find it necessary to join forces with other activists who are working towards a similar cause. I currently volunteer with an organization in Cape Town called Freegender (http://freegender.wordpress.com). It is a black lesbian organization that works hard to combat any forms of violent hate crimes. I also make time to teach young women about the importance of documenting our movements as we continue to be witnesses of hate crimes in our communities. My recent exhibition, Mo(u)rning was my own way of expressing my angst and frustration of losing friends and love ones.

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LiZa I, Amsterdam. 2009, © Zanele Muholi

FOCUS

Thobe and Phila I, Pietermaritzburg. KwaZulu Natal, 2012, © Zanele Muholi

INDIVIDUALS IN ZANELE’S WORK HAVE THEIR OWN LIVES AND VOICES. THE LIFE STORY BELOW IS THAT OF PHILA MBANJWA I Phila Mbanjwa, am one of the craziest people I know! I am a

nal Assistant and learning the ropes at a Non-Governmental Or-

young black lesbian woman and pride myself in knowing whom I

ganisation (NGO). I am university drop out. I was studying Public

love and who I want to share my life, soul and body with. Yes I love

Relations and I got bored.  The course didn’t challenge me the way

women and they love me. I believe I have a voice to speak for the

I wanted it to. I’m now thinking of doing Electrical Engineering or I

coming generation. I’m here to make my mark and believe me I

will maybe become a doctor.

will. I want people to know me as this person who conquered and

I love writing poetry, compiling scripts, short stories, reading,

carried on conquering. I love to believe that I got spunk, a lot of it.

going out and window shopping… not just clothes window shop-

I capture people’s hearts, eyes, and smiles. I’m a very humble and

ping! I am talking about window shopping for women...(laughs). I

understanding person but when push comes to shove I lose control

love women. I especially love mature women, women who know

but I cover that with that mischievous grin and humble smile that

what they want in life, love and relationships.

has become my facade.

I’m a female - that’s my gender, I’m a lesbian - that’s my sexua-

I was born in Dambuza, an informal settlement just outside Pie-

lity, the fact that I’m a lesbian does not make me less of a woman

termaritzburg, and I was born at home, early hours of the 15th of

or trying to be male. Yes, I am a lesbian but I am not my sexuality.

July in 1990, yes I am a freedom baby.  I live in Edendale, a few ki-

Every time I introduce myself to someone I don’t have to say “Hi

lometres from Dambuza with my 4 sisters, 8 cousins, and 1 brother.

I’m Phila I’m a lesbian”. No! that does not define me. Ja ngistabane

My father passed away in 1997 and ten years laterIlost my mother.

(yes I am gay) I love women but at the end of the day I’m a woman.

It was a devastating decade for my family, but we carried on living.

I’m a femme lesbian that does not make me bisexual, I love butch,

I’m currently working as my informal adoptive father’s Perso-

trans, and femme lesbians with a butch personality. I usually take

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the female part of the relationships, I don’t mind, I love being pam-

When I finally got her arrested, all the people I thought were

pered and I’m very sensitive and most females I go out with I call

my friends took her side, but I did not care it was time I stood up

them amadoda ami (my lesbian men), then people get confused. I

for myself even if it meant standing alone. Even though people say

leave them like that because they wouldn’t understand I always say

what doesn’t kill you makes you stronger, it doesn’t. It first kills you,

for one to understand homosexuality, they first need to understand

then you rise from the ashes and be human again. It takes time.

sexuality and a whole before categorising it to these different as-

Although I am a victim of domestic violence, I have never ex-

pects then one can understand sexuality as a whole, just as I don’t

perienced any homophobic attacks or name calling, but SA statis-

understand the whole thing when it comes to straight people. And

tics are crazy!  ‘Correctional rape’ and homophobic attacks, angers

just as lesbian relationships freak them out, I’m also freaked out by

me a lot and the justice system is screwing us over. Why would a

theirs. It’s 50/50, understand me, I will understand you too. 

person rape someone while thinking they correcting something??

My family knows about my sexual orientation, I first came out

F**k them!! How many lesbians have to be raped and killed so the

to myself in 1998. I was 8 then and it was rather confusing. I didn’t

government can see that the justice system needs intervention?

identify my self as a female at that time though. My family has

This is one of the main reasons I hate about living in South Africa.

been very understanding towards my sexual orientation and they

Even though I have never faced any problems in my township about

supported me as I changed from butch to femme. I don’t think,

being a lesbian, I’m always cautious to whom I hang out with, you

however, that they will support me when I start talking about mar-

might never know what people are plotting behind your back. Even

riage and kids, but will cross that bridge when I get to it.

though I come from a respected and feared home in Edendale, being

“ I’m a female - that’s my gender, I’m a lesbian - that’s my sexuality, the fact that I’m a lesbian does not make me less of a woman» I’m currently single and loving it. I’m not really ready for a relationship. Commitment and I are two distant things at the moment. I’ve been through hell and back in my previous relationship so I’m definitely not ready for one now, let alone marriage. I was in an abusive relationship for two years, and it took me two years to get out of that relationship. I got a scar just under my left eye, which was my Christmas present. I believed she would change but she didn’t, instead it got worse. I was told toleave her but I couldn’t, I love her even now, but I would never date her again. She was a monster one minute, and the sweetest angel the next. I received counselling, advice from people but I did not want to leave.  I had expected to see her grow and mature. I was willing to put my success on hold for her, that is how much I loved her. She alienated me from my family and friends, but when we were living together she started cheating, and the beatings got worse. Her family knew but they turned a blind eye.

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a lesbian does not mean I’m not a target. Given a chance to be a one day leader I would promote sexuality education in schools, churches, prisons and our communities, because if we understand the root of sexuality we can understand the other branches of sexuality such as, asexuality, heterosexuality, bisexuality and homosexuality. I would also focus on tightening the laws against murder and rape, because it does not only start with ‘corrective rape’ or murder of lesbians but its starts with just rape and murders.  I will stand for my people even if I have to stand alone in parliament. I would challenge them until I get the constitution and justice system intervened. So far, in living my life with the mistakes I have made and all the challenges I am facing, I wouldn’t change anything. I have lived and loved and I’m still young, everything happens for a reason and it tests us and makes us stronger. Here in South Africa the only time you see a lesbian in a magazine or front-page of a newspaper, is when they are raped, killed/ murdered. Why should newspapers and magazines portray homosexuality with misery, violence and brutality? I want to see a lesbian on the cover of True Love magazine talking about love sex and relationships in a same sex relationship, portrayed with beauty, serenity and glamour. If not me, then someone else. Is that too much to ask for from our society?.

ARCHITECTURE

FRANÇOISE AKINOSHO UNE ARCHITECTE A LA CONQUETE Carole DiopPar Carole Diop DE SA TERRE NATALE Par Images : ©© Françoise Akinosho

En tant qu’architecte Françoise Akinosho s’est très souvent demandée comment faire et concevoir autrement. C’est cette réflexion qui a été à l’origine de ses déplacements et de ses expériences. Aujourd’hui cela reste pour elle une façon de penser, et doit aussi devenir une façon de faire. Apres avoir étudié à l’école d’architecture de Marne la Vallée, elle acquiert une très large vision du métier d’architecte suite à des années très productives dans des agences à New-york et à Paris où elle a entamé sa pratique personnelle de l’architecture. Ces années d’agences lui ont permis d’apprendre le métier mais surtout de réaliser qu’elle ne faisait pas ce qui l’intéressait vraiment : construire en Afrique. La Jeune femme à accepté pour notre plus grand plaisir de répondre à quelques questions. Comment jugez-vous la place des femmes architectes dans un corps de métier dominé par des hommes ? en 2012 cette place a t’elle évolué ? Il est vrai que l’architecture mais plus la construction sont considérés comme des domaines réservés à la gente masculine. Mais une fois que l’on montre que l’on sait de quoi on parle la période de tension/test passe assez vite. A vrai dire, entre passionnés la question du genre importe peu… Les femmes sont présentes et le seront de plus en plus. Il semblerait qu’il y ait plus d’inscrites que d’inscrits dans les écoles d’architecture.

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femmes. Ce sont les femmes du groupement qui fabriquent la Quel sont les femmes architectes qui vous ont influencé ?

maison de la jeune mariée pour sa future vie de couple. C’est là toute une organisation où chaque personne en fonction de son

Zaha Hadid, pour son apparente complexité. Sejima, pour son apparente simplicité.

âge et de son expérience possède une tache qui lui est réservée. Est né de cette rencontre un documentaire, récemment diffusé au Musée du Quai Branly. C’était ma première approche de

En 2003 vous êtes allée à la rencontre de femmes bâtis-

l’analyse architecturale en milieu rural en Afrique.

seuses au Niger pouvez vous nous en dire plus sur cette expérience?

Après avoir travaillé sur de nombreux projets à l’international vous êtes depuis peu installée dans votre pays d’ori-

Cette rencontre s’est faite avec « Bâtir et Développer » une association qui s’était donné comme mission la promotion du savoir-faire en Afrique dans le milieu de la construction.

gine le Nigeria. D’où vient cette volonté de travailler en Afrique ? Justement depuis l’expérience du Niger, j’ai commencé à ré-

Au Niger, parmi le peuple Songhai, nous voulions être témoin

fléchir à la question urbaine et de l’habitat à Lagos. La vague

de la transmission des techniques constructives de femmes à

« Rem Koolhaas » ayant aidé à familiariser mes professeurs avec

Vue extérieur du collège (Port Harcourt)

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le continent, j’ai décidé de faire mon sujet de diplôme sur ce su-

à un architecte pour réfléchir à leur espace de vie.

jet : comment trouver un logement du 21eme siècle mais qui gar-

Il y a en général une volonté de mieux faire, changer les habi-

derait ses caractéristiques africaines ? Comment répondre au

tudes, améliorer le système et la place de l’architecte et son sa-

lieu, au climat, au rapport à l’espace tout en employant des tech-

voir faire sont essentiels à la reforme des conceptions architectu-

-niques contemporaines. Disons que j’ai commencé par le Nigeria

rales du milieu africain.

sous un aspect théorique, j’ai eu une pratique à l’international et aujourd’hui je l’étends à Lagos, au Nigeria. Il y a un an, je me suis sentie prête à venir et le pays semblait l’être aussi…

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes confrères qui souhaitent retourner exercer en Afrique ? Ce que je me dis encore aujourd’hui. Il y a beaucoup de choses

Que pensez-vous de la scène architecturale contemporaine en Afrique et plus particulièrement au Nigéria où vous êtes aujourd’hui installée ?

à faire ! C’est un peu frustrant mais il faut être patient. Il faut surtout prendre en considération le milieu africain, sa manière de penser et les habitudes locales. La frustration viendra

Depuis les années 50-60 avec les productions architecturales

de la volonté d’appliquer des théories ou conceptions dévelop-

des modernistes africains et européens, je constate qu’il n’y a

pées hors du contexte africain et qui n’ont pas de résonances ici

pas eu d’autres mouvements ou de continuité de réflexion sur la

ou qui doivent être adaptées. La patience doit être le mot d’ordre

question de l’architecture en milieu tropical. Cette lacune a été

car il va falloir se donner le temps de se comprendre soi-même

très vite comblée par des promoteurs immobiliers en tous genres

pour mieux comprendre les autres.

qui construisent dans le « style internationale ». Ils sont solidement installés aujourd’hui. L’architecte a quasiment disparu de la circulation. Si bien qu’aujourd’hui, se présenter sur un chantier en se disant architecte, suscite une incompréhension de la part du chef de chantier. Pour clarification il demande «vous êtes ingénieur ? ». Les particuliers se lancent eux-mêmes dans la construction de leur maison, non sans regrets à la fin. Il n y a pas de scène architecturale, ou d’espace de débats,

j’ai eu une pratique à l’international et aujourd’hui je l’étends à Lagos, au Nigeria. Il y a un an, je me suis sentie prête à venir et le pays semblait l’être aussi…

mais il y a de grands rêves. De faire de Lagos le prochain Dubai…

Quels sont vos projets en cours ?

peut-être une bonne occasion ?

Un collège a Port Harcourt, (en association avec une entre-

Quel avenir pour l’architecture en Afrique ? L’architecte a la possibilité de trouver sa place dans un système en plein développement. Dans le secteur public ou les PPP (partenariats publics prives) se multiplient, il pourrait être le parfait médiateur entre les partenaires. Ensuite dans le milieu éducatif, l’architecte en pratique se doit d’intervenir pour aider à relever le niveau dans les écoles d’architecture qui est très faible. Le constat a été fait. Les changements et améliorations seront longs à mettre en place… Parmi les particuliers, le changement peut aussi être amplifie grâce aux africains qui ont vécu plusieurs années à l’étranger et qui ont accepté comme pratique courante de faire appel Vue intérieure de la galerie

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prise de construction) Ce projet très intéressant est destiné à des enfants qui doivent évoluer dans une architecture qui leur parle du contexte tropical. Nous tirons parti de la limite de budget pour mettre en pratique les principes de construction en milieu tropical  : Ventilation naturelle, principe de double paroi pour abaisser la température des murs exposés Est et Ouest, végétation environnante, etc. Un immeuble de bureaux à portée commerciale. C’est un projet qui intègre sur une même parcelle 250 bureaux sur 4 niveaux et facilites. Dû aux contraintes du programme (bureautique, informatique) le projet ne peut se faire en comptant exclusivement sur la ventilation naturelle. Rénovation et conversion d’une villa en

Vue extérieure de l’immeuble de bureaux

galerie d’art (en association avec Théophile Lawson architect) Un particulier cherche à mettre en valeur sa collection d’art dans un espace galerie et réception. Le lieu est sa résidence secondaire abandonnée. C’est un travail de rénovation et d’extension pour la réorganisation de cet espace. Si on vous dit Visibility …? Ce n’est pas parce qu’on n’est pas vu qu’on ne fait rien. La récompense réside dans la satisfaction d’avoir accompli une chose d’abord, ensuite elle finira par se savoir par ceux qui en ont besoin ou qui sont intéressés. On n’a pas besoin d’être visible pour agir. D’ailleurs, c’est l’action qui force la «  visibilité  ». l’exemple asiatique en est une bonne illustration.

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Vue intérieure de l’immeuble de bureaux

ARCHITECTURE

Par Carole Diop Photos et illutrations : © Cheikh Ndiaye et Laurent Gaillardon

CINEBLUES 

el mansour © laurent gaillardon. image extraite du film “toute sortie est définitive”, 2001

QUE SUBSITE T-IL DE L’AGE D’OR DES SALLES OBSCURES DAKAROISES?  Il y a quarante ans, l’industrie cinématographique sénégalaise

« Titanic» en 1997 au cinéma le Paris, les après-midi passés, après

était l’une des plus importantes du continent africain. En 1974, il

les cours, dans ces grandes salles sombres pouvant accueillir

y avait 35 salles de cinéma à Dakar, mais dans les années 90 les

jusqu’à 800 personnes. Des souvenirs c’est tout ce qui reste aux

salles ferment les unes après les autres en raison des politiques

cinéphiles sénégalais obligés de se rabattre sur le satellite, les DVD

d’ajustement de l’époque.

(pirates ou pas), le téléchargement ou le streaming après le « nau-

On ne compte aujourd’hui qu’une dizaine de salles dans la ca-

frage » de l’industrie cinématographique dans le pays.

pitale, mais ces dernières ne disposent ni du confort ni des caractéristiques architecturales propres à une salle de cinéma digne de ce nom.

Lorsqu’elles n’ont pas été démolies comme Le Paris en 2006, ces anciennes salles obscures ont été au mieux  transformées en

Le Paris, Le Plaza El Malick, El Hadj, Liberté, El Mansour… Ces

centre commerciaux  et parfois même en églises. Mais dans la

noms disparaissent peu à peu de la mémoire des dakarois. Pour-

plupart  des cas elles ont été laissées à l’abandon et servent au-

tant ces salles furent les symboles des beaux jours du cinéma dans

jourd’hui d’habitat précaire.  Peu à peu, les riverains se sont appro-

la capitale sénégalaise, une époque où l’on pouvaient voir les der-

prié ces lieux tombés en désuétude et la vie se réorganise autour

niers succès du box-office à l’affiche et où les cinémas étaient les

de ces friches à l’architecture si particulière, caractéristique des

lieux de rendez-vous privilégiés des ados et des sorties en familles.

années post-coloniales en Afrique de l’ouest. L’entrée et les rési-

Je me souviens de l’effervescence provoquée par la sortie du

dus d’affiches sur les vieux panneaux d’affichage sont les seules

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Š Cheikh Ndiaye cinema El mansour dakar technique mixte

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Le liberté © laurent gaillardon. image extraite du film “toute sortie est définitive”, 2001

traces qui permettent de se rendre compte que ces mastodontes

Le documentaire vidéo, réalisé par Laurent Gaillardon, fait  dé-

de béton aux façades ajourées accueillaient autrefois des milliers

couvrir aux spectateurs une petite salle sans prétention du quar-

de personnes.

tier de la Médina, le Bada Ciné. La salle de quarante places résiste

L’institut français de Dakar, qui figure parmi l’un des rares lieux

tant bien que mal dans un quartier où les cinémas ont tous dis-

où on peut encore regarder des films sur grand écran dans la ca-

paru. Ce petit cinéma indépendant cherche à redonner à ses rive-

pitale sénégalaise, présentait en Juillet dernier « Cinema Melan-

rains le goût des salles obscures. 

cholia » une exposition autour de deux artistes : Laurent Gaillar-

Autour de l’écran qui diffuse le documentaire, d’une dizaine

don, un jeune réalisateur français installé au Sénégal depuis deux

de minutes, deux œuvres impressionnantes de Cheikh Ndiaye, is-

ans et Cheikh Ndiaye, plasticien sénégalais.  « Cinema Melancho-

sues d’une série sur la réintégration des anciennes salles de ciné-

lia » sonne comme un hommage à ces salles, vestiges d’un temps

ma dans leur environnement urbain.

révolu, mais démontre également que  les projectionnistes dakarois n’ont pas tous rendu les armes.

L’architecture est pour lui un lieu de vie, un chantier dont il se sert comme d’une lentille à travers laquelle il peut observer la société contemporaine.

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Š Cheikh Ndiaye cinema liberte dakar technique mixte

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CARNET DE BORD

DES ZOOS HUMAINS À MATONGUE

Par Anne W. Mpoma

Sur les traces de la visibilité de l’art contemporain africain en Belgique, Afrikadaa a décidé de vous emmener à Matonge, le quartier multiculturel et panafricain de la capitale bruxelloise. Matonge n’est pas un choix anodin, de notre point de vue, c’est le

l’Afrique se retrouvaient de façon conviviale dans des bars, où

quartier qui a été choisi pour accueillir et abriter des œuvres d’ar-

les Congolais puis toutes les autres communautés africaines qui

tistes contemporains africains. Et du point de vue des comman-

vinrent s’installer en Belgique, pouvaient se fournir en nourriture

ditaires qui ont choisi de faire appel à des artistes africains pour

locale, en pagnes ou tout simplement, se faire coiffer ; dès la fin

communiquer avec la population, visiteurs et résidents du quar-

des années 1990, le quartier a vu sa configuration changer et des

tier, Matonge est le quartier qui symbolise la présence des Afri-

bandes de jeunes délinquants en faire le théâtre de scènes vio-

cains et plus particulièrement des Congolais, en Belgique.

lentes.

En effet, après avoir longtemps été un lieu où les amoureux de

C’est dans ce contexte qu’en 2001 Guy Forbach initia un projet en vue de sa revalorisation. Projet qui fut mis en œuvre par la CEC (coopération éducation culture) et soutenu par les autorités communales en collaboration avec les commerçants, associations de jeunes et le CCAEB (Conseil des communautés africaines en Europe et en Belgique). Le projet était le suivant : exposer l’œuvre d’un artiste congolais à Matonge. C’est ainsi que la toile monumentale de Cheri Samba Porte de Namur, porte de l’amour?, fut commandée et exposée dans la capitale. L’initiateur du projet était parvenu à

détail Porte de Namur, porte de l’amour? Ce détail illustre la présence des très nombreux salons de coiffure spécialisés à Matonge. © Cheikh Fita

56

convaincre le magasin, propriétaire de

aussi le seul quartier où, jusqu’à il y a peu, on pouvait venir envoyer des colis vers l’Afrique. C’est aussi là que les femmes congolaises vendent et se fournissent en pagnes, ou en alimentation exotique. Certes, l’œuvre reproduit bien ces couleurs et l’ambiance qui y règne. Je crains simplement la stigmatisation de certains traits de caractère et d’activités qu’on a volontiers attribués aux Africains durant la période coloniale. On arrive à une situation où certains Africains de Belgique ne « porte de Namur, Porte de l’amour ? » par Cheri Samba une œuvre qui fait aujourd’hui partie intégrante du paysage bruxellois. © Cheikh Fita

l’immeuble sur lequel l’accrochage eut

Le talent de l’artiste Cheri Samba est indé-

lieu, de temporairement prêter sa façade

niable. Son style est souvent apparenté à

de la chaussée d’Ixelles, pour y accrocher la

de la bande dessinée, à cause des textes

bâche monumentale de 12 m sur 15 repro-

humoristiques ou satiriques qui accom-

duisant l’œuvre originale réalisée sur une

pagnent les images de la vie quotidienne

toile de plus petite dimension. Cette expo-

qu’il peint, ainsi que de la précision de ses

sition fut un vif succès la reproduction de la

toiles.

toile fut inaugurée en 2002 et en grandes

Le Kinois est un des rares artistes congo-

pompes. Les touristes se déplaçaient spé-

lais à être exposé dans des musées comme

cialement pour admirer l’œuvre et la dite

le Centre Pompidou à Paris ou le MoMA à

« fresque » faisait partie intégrante du pay-

New York. Son œuvre Porte de Namur, Porte

sage bruxellois.

de l’amour, m’a souvent mise mal à l’aise.

Après quatre années d’engouement, la

Matonge est certes tout ce qu’il y montre :

toile fut enlevée. Ce qui eut pour consé-

des scènes se déroulant dans la galerie

quence de provoquer émoi et indignation

d’Ixelles, où sa-

auprès du public et une pétition fut lan-

lons de coiffure,

cée. La chaîne de magasins de vêtements

magasins

propriétaire de l’immeuble récupéra sa fa-

disques, bars,

çade pour y faire des travaux et on trouva

prostituées et

un autre emplacement à l’égérie du quar-

parfois même

tier. Aujourd’hui, et depuis 2010, c’est à

revendeurs

quelques immeubles de son premier em-

de drogue cô-

placement que vous pouvez admirer une

toient des pas-

autre reproduction de la toile, plus pe-

sants qui font

tite, moins lumineuse et moins bien pla-

leurs

cée, mais plus résistante aux intempéries.

ou se baladent

Il aura quand même fallu quatre années

simplement.

pour lui trouver son nouvel emplacement !

Matonge, c’est

57

se reconnaissent pas dans l’image qui leur en est donnée sur cette toile. Et pourtant, pour beaucoup d’individus, cette toile et ce quartier représentent la population africaine en Belgique. Cette question de l’image est à mon avis le problème crucial sur lequel les différentes populations africaines en Belgique doivent travailler. Le dernier incident en date, illustre bien le problème. Le parc animalier Pairi Daiza, élu le meilleur parc zoologique de Belgique a provoqué les foudres des Noirs en exposant dans leur parc un village africain. Dans ce village Tamberna, ils avaient reproduit des cases et dans l’une d’elles, exposé des photographies

de

achats

détail Porte de Namur, porte de l’amour? avec un autoportrait de l’artiste qui dialogue avec un habitué de Matonge. © Cheikh Fita

œuvre troublante et criante d’expressivité, tout comme d’autres du même artiste exposées à Kinshasa, ne reçut pas un accueil très enthousiaste de la part d’une partie de la communauté congolaise. Ses détracteurs accusant l’artiste de ramener le conflit sanglant qui agite l’Est du Congo et qu’ils ont fui dans la ville et près d’eux. D’autres n’étant tout simplement pas réceptif à cette forme d’art, contemporaine et considérée comme telle comme occidentale. Ainsi, comme vous pouvez le constaphotos d’un rituel d’initiatique exposées au parc animalier Pairi Daiza puis retirées suite aux nombreuses réactions.

d’un rituel de circoncision togolais. La plu-

bénéficié en 2007 d’un emplacement dé-

part des Belges interrogés sur la question

finitif sur le coin de la chaussée de Wavre

prétendent ne pas comprendre le malaise.

et de la rue Ernest Solvay. Elle fut achetée

D’autant plus que cette exposition fut

par l’association Africalia, une association

inaugurée en présence de l’ambassadeur

incontournable dans le paysage associatif

du Togo.

belge, principalement financée par la Coo-

Pourtant la question est simple : Pourquoi

pération au Développement belge pour

expose-t-on les photographies d’un rituel

promouvoir les cultures contemporaines

humain dans un parc animalier ? De plus,

en Afrique. Au-delà de l’espoir fut égale-

qui peut vraiment authentifier ces images ?

ment exposée afin de valoriser le quartier

Les spécialistes actuels admettent volon-

africain bruxellois.

tiers que par le passé, les premiers anthropologues, fruits de leur époque ont quel-

La statue se trouve actuellement dans un

quefois pour ne pas dire souvent réalisé

atelier de restauration et sera bientôt à

des mises en scène de rituels. Au lieu de

nouveau visible sur la voie publique. Cette

prendre des photos de ceux-ci sans intera-

femme qui semble s’écrier: “STOP!”. Stop

gir avec les participants.

aux violences faites aux femmes et aux enfants, stop à la guerre intestinale pour

La seconde œuvre d’un artiste contempo-

le contrôle des ressources minières dans

rain africain à avoir été exposée sur la voie

mon pays, stop!”, est fragile. D’une part ses

publique belge est celle de Freddy Tsimba,

matériaux métalliques ne supportent pas

Au-delà de l’espoir. Il s’agit d’une statue

bien le climat et la pollution du pays. Fred-

monumentale représentant une femme

dy Tsimba s’étant rendu célèbre pour réali-

portant son enfant sous un bras et levant

ser des statues composées de douilles mé-

l’autre dans un geste de protection mêlé

talliques provenant des terrains de com-

d’indignation. Celle-ci a immédiatement

bats à l’Est du Congo. Et d’autre part, cette

58

ter, la question de la visibilité d’artistes contemporains africains en Belgique est complexe. Pour le moment, et nous aurons encore de nombreuses occasions d’en reparler, cette visibilité est souvent justifiée par le fait qu’on cherche avant tout à mettre en avant l’africanité de l’artiste. Cette africanité étant une notion vague, souvent apparentée à une certaine spontanéité, à un art brut, sauvage ou naïf, en opposition à l’art occidental considéré comme plus intellectuel et sophistiqué. L’artiste contemporain africain qui aura du succès et donc des commandes répondra donc, bien souvent, à ces critères ; les œuvres exposées dans l’espace public belge faisant encore pour le moment, systématiquement partie de projets nord-sud, financés en tout ou en partie par la Coopération. J’insiste sur le fait que ce constat n’enlève absolument aucun mérite au talent de leurs créateurs. Ceux-ci ont simplement la chance d’être rendu visibles aux yeux d’un plus large public et occidental, parce qu’ils répondent aux critères de sélection de ce public.

Et bien que l’artiste kenyane Wangechi

ticiens autour d’un thème, peu importe

ouvert à toutes les cultures, et si l’histo-

Mutu, élue artiste de l’année 2010 par la

les origines des uns et des autres ou de

rien Pap Ndiaye envisage déjà de l’exoti-

Deutsche Bank, semble avoir été sélec-

projets déjà plus ambitieux et plus abou-

sation des cultures de façon multilatérale:

tionnée pour son talent uniquement et

tis comme la galerie Fine Art Studio, di-

« Demain, les Chinois reconstitueront des

pas son « africanité », cela reste à vérifier.

rigée par Sandra Delvaux Agbessi et qui

villages français dans leurs musées. », les

Son expositon My dirty little heaven fut

accueille l’œuvre d’artistes contempo-

artistes contemporains africains et leurs

accueillie au centre d’art contemporain

rains, peu importe leur origine. Ce que ces

collectionneurs continueront à s’intéres-

Wiels à Bruxelles. Par rapport aux critères

Belges d’origine étrangère apporte est la

ser à tout.

habituels, son art n’a a priori rien d’afri-

diversité. On y retrouve des Européens et

cain, rien à part la nationalité de l’artiste.

aussi des Africains et d’autres origines

Et je me souviens des remarques des vi-

non européennes, contrairement aux

siteurs de l’exposition qui exprimaient

autres galeries d’art contemporain clas-

ouvertement leur surprise devant le peu

siques, qui sont elles, dans la plupart des

d’africanité des œuvres. Pourtant, 2010

cas, eurocentrées.

était bien l’année pendant laquelle 17 pays africains célébraient leurs 50 ans d’indé-

Je suis convaincue, comme d’autres l’ont

pendance. Le fait que ce prix revienne à

déjà affirmé que : « L’avenir de l’Afrique

une artiste africaine cette même année

passe par sa diaspora. ». C’est en ouvrant

ne saurait être dû au seul hasard et à son

des galeries, en organisant des

seul talent… !

expositions et en achetant des œuvres de qualité que les Afri-

Ceci étant dit, 2010 année de dépendance,

cains ouvriront le marché de

comme le chante le rappeur burkinabé

l’art contemporain aux Afri-

Smockey ; fut une année riche en initia-

cains. C’est ainsi qu’on leur

tives et projets mettant l’Afrique à l’hon-

permettra de sortir de la spi-

neur, justement afin de pallier le manque

rale des subsides et des cri-

de visibilité qu’il était force de constater

tères d’authenticité, qui res-

dans la société belge. Ainsi, le projet Visio-

semblent plus à des critères de

nary Africa qui succédait au projet Yam-

« sauvageté », si vous me per-

bi ayant eu lieu en 2007 et l’ouverture du

mettez l’expression, imposés

musée de Tervuren à une résidence d’ar-

par des collectionneurs et bail-

tistes contemporains figurent parmi les

leurs de fonds occidentaux,

projets intéressants en termes de prises

qu’à autre chose. La tâche est

de conscience et de découvertes 2010.

ardue et le chemin encore

Aujourd’hui, de plus en plus d’initiatives

long, car aujourd’hui, la plu-

de petite envergure mais émanant réel-

part des Noirs eux-mêmes ont

lement de jeunes artistes et entrepre-

assimilé et reproduisent les

neurs Belges d’origine africaine voient le

stéréotypes et les canons d’au-

jour. Qu’il s’agisse d’expositions indépen-

thenticité qui leur ont été at-

dantes comme Inside the skull, organisée

tribués par d’autres. Ceci étant

par un collectif de jeunes artistes plas-

dit, il est important de rester

59 Sculpture “au dela de l’espoir” par Freddy Tsimba © Africalia

CARNET DE BORD

PROMENADE AU CONGO A TRAVERS LA VILLE DE BRUXELLES

Propos recueillis de M. Lucas Catherine, d’après son ouvrage Promenade au Congo – Petit guide anticolonial de Belgique, Editions Aden, 2010

Par Sylvie Arnaud Photos : © Editions Aden Lucas Catherine, historien et militant bruxellois , nous propose un parcours guidé de certains quartiers de la ville de Bruxelles en rapport avec le passé colonial instauré par le Roi Leopold II qui sut faire pros-

pérer sa fortune personnelle et celle de la monarchie belge en son temps. Le Congo belge a été La Colonie de Leopold II, sa résidence personnelle, son bien propre. Grand explorateur pourtant, il n’y posa jamais les pieds.

Avant l’indépendance, le Congo Belge, son symbole, ses bêtes sauvages, ses armoiries, ses nègres à la figure chocolat étaient représentés partout en Belgique et inscrits au programme d’enseignement, martelés de visuels éloquents. Après l’indépendance, le choc de la Belgique fut tel que le Congo désormais libre devint brutalement couvert par l’amnésie collective générale... Silence radio sur le Congo. Du désarroi devant la perte d’une mine d’or, une expression est née : Cela ne nous rendra pas le Congo. Sur le sol belge, la vision du Congo passa alors d’un état de visibilité omnipotent à une totale invisibilité. Il est aujourd’hui un fait avéré pour l’ensemble du corpus de chercheurs, historiens, psychiatres... que la colonisation est synonyme d’oppression et de barbarie et non de civilisation. Au jour d’aujourd’hui, quantité d’élèves ou de jeunes adultes belges restent ignorants devant l’Histoire nationale belge, ne savent pas que la Belgique a colonisé le Congo soixante-dix ans environ. De même, dans le subconscient belge, Lumumba est discrédité, le discours politique l’ayant diaVue sur la rue Brédérode

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bolisé. Le programme de Patrice Lumumba

résidait dans l’affirmation de la souveraineté politique et écono-

banque, soit le bienfaiteur de Leopold II. La banque a non seule-

mique du Congo, donc la mise en péril des intérêts économiques

ment financé la Belgique au moment de sa création sous Leopold

belges... Il représentait par conséquent un danger.

I, mais aussi les premières expéditions au Congo par son succes-

Explorer l’histoire mémorielle par le biais du Patrimoine public

seur Léopold II. Le lien indélébile du pouvoir royal et du milieu

permet de comprendre que Bruxelles, capitale européenne, et que

d’affaires coloniales symbolise officiellement cette statue autant

chacune des villes de Belgique en 2012 abrite de la matière érigée

que son emplacement.

en monuments fustigeant les victimes du drame colonial. Ces bâtiments, statues, stèles, rues, délivrent des indications judicieuses

La rue Brédérode vers 1900 représentait le centre de décision du

en la matière. Ils sont les prestiges des villes, les garants de figures

pouvoir colonial. C’était aussi l’emplacement du pouvoir politique

du pouvoir démontrant un point de vue du passé. Ils célèbrent à ce

qui se déplaça ensuite autour du Parc Royal.

jour, et commémorent en toute phrase, de façon positive, la colo-

C’est aussi dans cette rue à l’arrière du Palais Royal que s’instal-

nisation et exaltent le mythe de son action civilisatrice. Nous nous

la le premier quartier général du Congo Indépendant, successive-

attarderons sur une petite partie de bâtiments, stèles et rues de Bruxelles inscrits au parcours guidé de Lucas Catherine. Le quartier des deux marchés aux grains évoque la période coloniale. Les noms de rue sont des noms de quais : quai au sel, au foin, aux briques, au bois à brûler. Ce fut l’emplacement des importateurs de fruits tropicaux, notamment la banane. Les bateaux arrivaient au coeur de la ville, par le canal, jusque dans les docs. Le marché de la banane y était florissant. En 1927, La Compagnie Gérard De Coninck Frères, importateurs de bananes du Congo, construisit un immeuble d’appartements avec au niveau supérieur une fresque de banane en pierre de sable émaillé. Toujours au marché aux grains, on y trouve le chocolat. Le cacao arrivait à ce marché où vivaient un certain nombre de coloniaux. C’est là que s’installa Leonidas Kestekides pour la vente de ses pralines en comptoir donnant directement sur rue. Les premiers plans de cacaotiers sont arrivés en 1883 au Congo en passant par la Côte d’Or (Ghana) devenue la marque du chocolat belge la plus connue. A la place du trône se trouve la statue équestre de Leopold II, érigée après sa mort, sous le règne d’Albert Ier, son successeur. Elle fait face au siège de la banque Lambert (aujourd’hui ING), section de la famille Rothschild. C’est le baron Lambert, beau-fils des Rothschild qui finança le Comité d’Etudes du Haut Congo, fondé en 1878, celui qui permis l’exploration au Congo de Stanley. Le baron Lambert fut aussi co-organisateur de l’exposition coloniale de 1910 de Tervuren. Au dos de la statue, sur une plaque de métal on peut y lire ceci : « Le cuivre et l’étain de cette statue proviennent du Congo Belge. Ils ont été fournis gracieusement par l’Union minière du Haut Katanga. » La face de la statue se dresse vers la Détail du monument pour le Congo

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ment dans plusieurs maisons. Brédérode, coeur battant du Congo Leoplodien, lieu symbolique par excellence, centre de pouvoir géographiquement marqué. Dans le parc du Cinquantenaire, se trouve une statue, tête de profil d’Albert Thys. Au sommet de la statue deux femmes sont représentées, une noire et une blanche. Thys est considéré comme le premier capitaliste ayant accumulé au Congo une fortune considérable. Il fonde la Compagnie congolaise pour le commerce et l’industrie puis la Société anonyme belge pour le commerce du

Le monument pour le Congo dans le parc du cinquantenaire

Haut Congo qui s’occupera de la récolte d’ivoire, puis la Compagnie du chemin de fer. A l’entrée du parc, sa statue fait référence à ses richesses accumulées tout au long de sa vie ; à son sommet, elle raconte les profits générés au Congo symbolisés par une femme noire tenant en mains la corne d’abondance. Une roue ailée symbolise les compagnies ferroviaires d’Albert Thys. A Bruxelles, une rue porte son nom. Toujours dans ce même parc, sur le monument pour le Congo élevé aux premiers pionniers belges en 1921 par Albert Ier, se trouve plusieurs inscriptions: « Le soldat belge risque sa vie pour son officier blessé à mort. » Référence à deux soldats : Joseph Lippens et Arthur De Bruyne. Aussi, dans les deux langues : « L’ héroïsme militaire belge anéantit l’arabe esclavagiste. » qui provoqua le courroux de plusieurs communautés notamment, de l’imam et des ambassadeurs jordanien et saoudien. Les mots arabe et arabische furent par la suite effacés. Sur le haut du monument se trouve gravé ceci : « J’ai entrepris l’oeuvre du Congo dans l’intérêt de la civilisation et pour le bien de la Belgique – Leopold II ». Le travail de Lucas Catherine sur les traces des reliques mémorielles consiste à apporter des éléments de compréhension du contexte historique belge, de faire découvrir l’autre histoire tapie de la Belgique qui s’est construite sur l’exploitation absolue de l’humain et le pillage des richesses du Congo : ivoire, bois tropical, caoutchouc, uranium... Il insiste sur le fait que les rues de Bruxelles sont dédiées aux grands pionniers belges qui ont fait la fortune de la Monarchie. Il oeuvre par le biais du Collectif Mémoires Coloniales pour une mémoire revisitée et réparée.

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Quelques dates: 1885 - 1908 : Etat Indépendant du Congo: Epoque Léopoldienne 1886 : Le premier ivoire congolais arrive en Belgique 1891 : La production du caoutchouc démarre. 1896 : Scandale des mains coupées 1908 : Léopold II cède le Congo à la Belgique 30 juin 1960 : Indépendance du Congo 17 janvier 1961 : Assassinat de Patrice Lumumba 5 février 2002 : Le gouvernement belge s’excuse auprès de la famille Lumumba et le peuple congolais pour le meurtre de Patrice Lumumba. 2004 : Action de la main coupée sur la statue de Leopold II à Ostende, début d’une vague de contestations ( par des anarchistes, socialistes, communistes…) contre les monuments coloniaux. 


L’appartement de la Compagnie Gérard De Coninck Frères, avec au niveau supérieur une fresque de banane

Statue équestre de Léopold II

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Vue sur lun pavillon dans les jardins du palais

EXHIBITION REVIEW

CASABLANCA SE DOTE DE SA BIENNALE D’ART CONTEMPORAIN.

texte et photos Pascale Obolo

Casablanca, l’une des principales métropoles africaines se devait d’avoir son grand rendez-vous artistique et ce

fut chose faite avec cette première Biennale internationale de Casablanca (BIC). L’évènement dura du 15 au 30 juin 2012.

L’inauguration eut lieu le 15 juin dans le nouvel hôtel Sofitel avec de nombreux invités prestigieux qui ont pu découvrir plus de 250 artistes venant du monde entier et notamment d’ Afrique. Les œuvres étaient présentées dans différents lieux de la ville tel que : le nouvel hôtel Sofitel, les anciens abattoirs, la cathédrale désacralisée,l école des Beaux- arts, la fondation Attijariwaffa et aussi des galeries : David Bloch,Nadar, Amber , Marsam, Saga d’art et Galerie 38. La BIC fut aussi un moment de découverte et d’échange culturels intenses avec des débats, conférences, des visites guidées, des ateliers didactiques qui ont permis de faire un état des lieux de l’art contemporain marocain. Cette programmation riche mais trop ambitieuse pour une première édition nous a permis de découvrir le dynamisme de la ville de Casablanca.

À l’origine de cet événement :  Suite à plusieurs résidences d’artistes à Ifitry initiées par le directeur artistique Mostaffa Romli président de la biennale de Casablanca et le groupe Premium, le projet d’une biennale à Casablanca s’impose. Au programme une organisation enthousiaste mais com-

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plexe dûe à la dure réalité du pays. Les or-

internationale, Jean-François Clément

souhaité mettre un pays à l’honneur. Il

ganisateurs accouchent de cette première

et  Landry Wilfrid Miampika, deux ensei-

s’agit d’abord et avant tout de connecter

biennale dans la douleur à cause de par-

gnants chercheurs, le premier à Paris et le

la scène plastique marocaine aux circuits

tenaires qui leur font faux-bond à la der-

second à Madrid, Mikaêl Faure, directeur de

internationaux, de confronter, de créer un

nière minute malgré la bonne volonté des

l’Alliance franco-marocaine d’Essaouira et

dialogue fort entre la production artistique

artistes et acteurs de cet événement.

enfin Sabiha Hadzimuratovic, commissaire

marocaine et la production artistique ac-

Pour Michèle Desmottes, directrice de

d’exposition opérant en Afrique, en Europe,

tuelle de tous les continents”, explique

Maroc Premium, organisatrice de l’événe-

également fondatrice des Centres Cultu-

Mustapha Romli, président de la Biennale.

ment : “Cette initiative permet d’installer à

rels et de Tolérance de Sarajevo.

Au cours de la BIC, les organisateurs ont

Casablanca une dynamique autour de l’industrie de l’art et de mettre en avant les ar-

voulu aussi mettre l’accent sur la promo-

Le dialogue :

tion de l’industrie culturelle en tant que

tistes marocains c’est-à-dire connecter du-

La thématique retenue pour cette pre-

rablement la vie artistique marocaine dans

mière édition de la Biennale Internatio-

ces temps de crise.

son ensemble: de la production d’oeuvres à

nale de Casablanca (BIC) est “le dialogue”

À la rencontre des artistes pour un dia-

la réception, jusqu’à la diffusion.” 

: le dialogue entre les générations et les

logue interculturel.

Les œuvres exposées à l’occasion de cette

cultures de tous les continents. Ce premier

Pour cette première biennale d’art

rendez-vous fut un espace

contemporain, les artistes invités ont to-

d’échanges, de dialogues,

talement fait confiance à l’équipe de la BIC

mais également de dé-

et joué le jeu malgré des contraintes de

couvertes de nouveaux ta-

réalisations difficiles.

lents avec des expositions

Aux abattoirs, lieu spectaculaire par son

de peinture, photographie,

architecture, ouvert à tous vents mais dif-

gravure, sculpture, instal-

ficile à apprivoiser pour les artistes inves-

lation, Des performances,

tis dans ce lieu, l’artiste peintre Abder-

projections

vidéo,qui

rahmane Ouardane a exécuté une perfor-

furent proposées à tous

mance à travers laquelle il souhaitait lan-

dans plusieurs espaces

cer un cri d’alarme sur la pollution à Casa-

emblématiques de la ville,

blanca.

Alexis Peskine et Michèle Demottes

vecteur économique, particulièrement en

transformés en lieux d’ex-

Le commissaire d’ exposition Landry Wilfrid Miampika devant les oeuvres de Alexis Peskine

position pour l’occasion.

Imposante par sa taille et son style art-dé-

Une manière de mettre en

co, la cathédrale blanche désacralisée fut

relief la richesse du patri-

aussi un espace d’exposition très difficile à

moine architectural de Ca-

habiter pour les artistes. Certains artistes

sablanca. Durant deux se-

tel qu’Ingrid Mwangi Robert Hutter, Anne

maines, le public marocain

Gregory ou l’ artiste Pélagie Gbaguidi ont

a pu découvrir et échanger

réussi à travers leurs installations présen-

avec les artistes présents

tées, à transmettre de l’émotion au public

de cette biennale.

marocain venu en famille voir l’exposition .

Démarche inédite.

À l’hôtel Sofitel, dans un espace contem-

première édition ont été sélectionnées par

Il n’ y a pas de pays vedette ni d’hom-

porain plus neutre, nous avons été touchés

une équipe curatoriale internationale. Pour

mage à des artistes en particulier . “Pour

par les derniers travaux de Rachid Koraïchi

cette édition, on avait Brita Prinz, galeriste

cette première édition, nous n’avons pas

et Alexis Peskine .

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Vernissage à l’hôtel Sofitel

Vernissage à la fondation Attijariwaffa. A gauche l’installation vidéo de Michèle Magema, “the type of power”. A droite : un oeuvre de Lalla Essaydi

A la fondation de la banque Attijariwaffa

nous voulons enfin entrer dans l’ âge du dia-

à cette bonne initiative et rendez-vous en

partenaire de la BIC, nous avons été agréa-

logue et naître au dialogue, le dialogue doit

2014 pour une édition encore plus grande.

blement surpris par la sélection des 23 ar-

être d’abord avec nous même et à ce dia-

tistes effectuée par le commissaire d’ex-

logue fondamental nul ne peut mieux nous

position Landry Wilfrid Miampika comme

préparer que l’Afrique mère ».

la talentueuse artiste Michèle Magema,

Cette première édition de la Biennale In-

Saïdou Dicko, Massamba Gastineau, Ab-

ternationale de Casablanca inscrite sur le

doulaye Konaté,, Roger Yapi, Mouna Jemal

thème du dialogue, de l’universalité et de

,Guy Wouete….

l’ouverture face à la mondialisation a plei-

Lors de la conférence de presse, Wilfrid

nement rempli ses objectifs avec plus de 23

Miampika a démarré sa présentation par

000 visiteurs. Pour cette première édition

un poème d’Aimé Césaire: « aujourd’hui si

en cours de rodage, on souhaite longue vie

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Vues extérieures des Abattoirs

Performance d’Abderrahmane Ouardane

Vue intérieures de la Fabrique Culturelle (les anciens Abattoirs).

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Installation “d’un rêve à l’autre Ahmed Hajoubi

L’artiste Fatima Mazmouz devant sont installation

EXHIBITION REVIEW

«ANCESTRAL FIGURES» LE MASQUE AFRICAIN FIGURE ICONIQUE OU OBJET DE FANTASME

« Ancestral figures » tire son nom d’une photographie de Wal-

Par carole diop Photo : © Roe Ethridge Courtesy Gagosian Gallery

de regards y était flagrante.

ker Evans  parmi la centaine que comprend le vaste portfolio éducatif qui lui  avait  été commandé par Alfred H. Barr Jr dans le

Si « Reconfiguring an African Icon » confrontait deux visions, deux

cadre «African Negro Art» en 1935. Cette exposition au nom lourd

regards et invitait au dialogue, les pièces exposées dans le cadre

de sens a contribué à vulgariser et à populariser l’« Art Africain »

« Ancestral Figures », imposent au contraire une vision préten-

auquel on attribue aujourd’hui des qualificatifs élogieux ; il n’est

dument moderne mais en réalité plutôt passéiste et paternaliste

plus « grossier, brut ou indécent » mais puissant, authentique, raf-

d’artistes occidentaux sur « l’art africain » en général. Avec les Ma-

finé. Son esthétique est devenue universelle.

konde Body Masks, des sculptures  en bronze  représentants  des

 

torses de femmes enceintes, inspirées  des masques corporels des-

Au deuxième étage de la Gagosian Galery étaient exposées les

tinés à un usage rituel,  Sherrie Levine  veut faire  disparaitre la

œuvres de Ethridge Grotjahn et Sherrie Levine ainsi que des pho-

fonction sociale du masque. Ethridge avec ses sculptures et ses

tographies de Walker Evans. La découverte de ces  sculptures et

photos et Grotjahn avec  ses sculptures,  sont dans la même lo-

ces photographies installées dans deux pièces d’un blanc imma-

gique, on sent dans les œuvres des trois artistes une volonté de

culé, froides, presque aseptisées,a provoqué en moi tour à tour

se défaire de l’aspect culturel et social du masque pour en faire

perplexité, gène et dubitation quant aux intentions des artistes.

un objet « purement esthétique », seulement les objets produits

 

sont, dépourvus d’essence, sans substance, dérangeants... Que

Ce n’est pas là première fois que des artistes contemporains

faire pour qu’enfin l’art produit sur le continent , par des africains,

travaillent sur  « le masque africain » dans sa forme iconique et

ou par des afro-descendants échappe à cette vision occidentale

tente de le  repenser, de le détourner, voir même de le “désacra-

biaisée et oh combien condescendante ?

liser”. Des artistes comme Romuald Azoumé, Calixte Dakpogan en on fait leur figure de prédilection. D’ailleurs en Août 2011,  le

Un constat s’impose à la fin de la visite, l’art africain reste une

MET (Metropolitan Museum of Art) de New -York présentait « Re-

référence forte vers laquelle les artistes occidentaux retournent

configuring an African Icon ».  Les travaux des deux artistes bé-

en temps de crise de révolution et de questionnement des valeurs

ninois y étaient exposés parmi une vingtaine d’oeuvres compre-

et ce qui pourrait passer pour un hommage peut vite tourner à

nant des travaux d’artistes contemporains américains qui propo-

la « mascarade ».

saient leur propre réinterprétation de l’objet rituel, la différence

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69

EXHIBITION REVIEW

WE FACE FORWARD: ENOUGH OF THE CLICHES, FIND THE REAL AFRICA* Manchester has a troubled history with West Africa. The city, involved in slave trade in the 18th century by its need of cot-

Par Gladys Okatakyie

at the Gallery of Costume with Nigerian fashion designer Duro Olowu’s dresses.

ton, was later the place where the 5th Pan-African Congress was held. The title of the exhibition We face forward is inspired by a

After the first room dedicated to the textile collection at the

strong statement Dr Kwame Nkrumah, who was part of this fa-

Withworth Art Gallery, the tremendous installation the World

mous congress, made: “We face neither East, nor West, We face

Falls Apart by the established Cameroonian artist Pascale Mar-

forward”. Decades later, We Face Forward is the result of a reflec-

thine Tayou appeals to the imagery of sacred forests in Africa and

tion on the relationship between West Africa and the city but

will lead one to a magical world where trade is brutally reminded

also questions the place of tradition in contemporary art.

by the presence of steel diamonds and African sculptures for tourists. Throughout this gallery is a fantastic dialogue between the

The whole city is at the rhythm of the exhibition: flags of En-

artworks and the audience, a didactic approach symbolized by

semble, Meschac Gaba’s artwork, symbol of unity and solidarity

the outpost of the Raw Material Company: an interesting space

chosen to be the exhibition emblem, the Lagos Soundscapes pro-

devoted to informal talks with artists and curators where you can

ject heard across the city by sound artist Emeka Ogboh, the tou-

also find publications and books about West African art.

ring art bus inspired by West African buses, etc. The exhibition itself showcases contemporary artworks of 33 artists, a mosaic of

The Manchester Art Gallery particularly mesmerizes by the

well-known and emerging artists from 9 different countries in

strength of some artworks displayed. Visitors are blown away by

West Africa across 3 main galleries in the city: the Withworth Art

the powerful Under the Bridge, a one-minute film by Séraphin

Gallery, the Manchester Art Gallery and the Gallery of Costume.

Zounyekpé about a family with no choice to live under a bridge, thus confronted to bad weather and disease. Different mediums

Even though We Face Forward, looking backward has been the starting point of this exhibition.

are brilliantly explored: Nyani Quarmyne, George Osodi, Nyaba Léon Ouedraogo by their photographs accurately highlight envi-

According to Bryony Bond, curator at the Withworth Art Gal-

ronmental issues Africa is facing, Abdoulaye Armin Kane by his

lery, the textile collection including early batiks from Java was

cartoon-like film half-humorously denounces power cuts and its

an inspiration. Manchester also used to be a huge manufactu-

social repercussions, Piniang by his canvas Flood in the Suburb

ring city producing wax batik, which is now recurrent in West

deals with flood issue in Senegal.

African clothing. A glance on African fashion scene can be cast

70

Nyaba Leon Ouedraogo, The Hell of Copper, 2008

71

We Face Forward is an exhibition full of artistic treasures: it’s a massive event that should not be missed. A diverse view at West Africans’ daily life, their ambiguous relationship with trade and consumerism inflicted on them or not and a deep insight into political, social and environmental issues that Africa and its inhabitants encounter that can affect your inner soul. We had the chance to get a few words from Bryony Bond, Exhibitions Curator at the Withworth Art Gallery in order to learn more about the exhibition ...

Pascale Marthine Tayou, The World Falls Apart, (Le Monde s’effondre), 2012, Whitworth Art Gallery - Photo Michael Pollard

angles and point out what they have not

about what is happening. Emeka Ogboh

Afrikadaa: What is the place of tra-

seen before.

described them as lures.

dition in contemporary art in We Face Forward? Bryony Bond: It reoccurs throughout

We noticed there was an art bus tou-

You made a point on displaying

ring in the city, the exhibition is very di-

emerging artists’ works. For those still

dactic.

in the shadows, what kind of advices would you give to them?

the exhibition particularly in terms of making. Pascal literally incorporates traditio-

That is what we wanted to do. The art

nal sculptures within his own works. Other

bus is very interesting as well because it

Good communication and being aware

artists like Abdoulaye Konaté involve that

went to supermarkets, librairies. It went to

of what is happening in your city. We had

through a process of making. We were in-

places where people who might not come

good advisers, people like Koyo Kouoh (di-

terested by the perception the audience

to galleries go. It takes elements out of the

rector of Raw Material Company, Ed) based

in Manchester might have about coming

galleries. When it goes out, there are ar-

in Dakar. We asked them about artists they

to see an exhibition of African work. We

tists, musicians in the bus and they deliver

knew and they send us information. Sim-

worked with artists that were willing to

workshops out of the gallery. We wanted

plicity: some like Victoria Udondian had

change that perception, playing with it a

to break down the walls of the gallery and

very good images of their previous pro-

little bit. Shifting expectations somewhere

spread out into the city. So that it feels

jects and she had little bit of writing to ex-

else…People like Pascale (Marthine Tayou,

that is happening across the city and not

plain her works. So that even miles away,

Ed) do that in a really interesting way.

only in the hallowed spaces of galleries.

you can have an insight. We tried to visit

The Withworth has a long history of doing

a lot of artists but we didn’t make it to Ni-

that, it’s had an educational program for a

geria. We ended up making conversations

long time. We wanted to take things out

by Skype and even that did help.

How did people react to his artwork? People have been quite amazed and

rather than only bringing them in. This is

I’ve seen people in here having pic-nic, sit-

why Emeka Ogboh did a sound work. He

ting around like it’s a real forest. People

made three sound works situated outside

have been responding, they like wande-

of the gallery. Sounds that are confusing,

ring around and see it from the different

intriguing make you want to know more

72

Our issue theme is Visibility. What does it evoke to you? It’s about how you find a way to

express yourself. Lots of websites we found that were not very good actually. A few websites were too much with not very good images, we couldn’t get the sense of what people were like. Others were able to put things together in a simple way that made the difference. The internet has got to be the biggest tool for doing this. We relied on that, on images, the exchanges with the artists by e-mail. Some of the artists have Blackberry and get emails faster.

We Face Forward: art from West Africa today 2 June – 16 September 2012 Manchester Art Gallery Mosley Street Manchester M2 3JL www.manchestergalleries.org Withworth Art Gallery

Gallery of Costume

The University of Manchester

Platt Hall - Rusholme

Oxford Road M15 6ER

Manchester M14 5LL

www.withworth.manchester.ac.uk

www.manchestergalleries.org

The internet and connectivity have shrunk the world; a lot of things are possible now. I wouldn’t underestimate this tool and the stuff you can get access to. We Face Forward ended on September 16th but another exhibition, Moving into Space: football and art in West Africa, a foretaste about football and its social implications in West Africa can be seen at the National Football Museum in Manchester until December. *This sentence is inspired by another one found while looking at Georges Adéagbo’s artwork featured at the exhibition which originally is: “Enough of the

Romuald Hazoume ARTicle 14, Debrouille-toi, toi meme, 2005, Courtesy October Gallery, London

clichés, find the real Britain”.

73 We Were Once Three Miles from the Sea 2010 - 11 Nyani Quarmyne, Pigment prints on baryta, Courtesy the artist

AFRIKADAA’S LIBRARY

« HOMME INVISIBLE POUR QUI CHANTESTU ? » DE RALPH ELLISON CHEZ GRASSET,

“DANS LA PEAU D’UN NOIR” DE J.H

PARU EN 1952 SOUS LE TITRE ORIGINAL

GRIFFIN CHEZ FOLIO, PUBLIÉ EN 1961

« INVISIBLE MAN »

SOUS LE TITRE ORIGINAL “BLACK LIKE ME”.

Homme invisible, pour qui chantes-tu ? est un roman de légende. L’homme invi-

Au début des années 60, le Journa-

sible, c’est l’homme noir dans la socié-

liste et écrivain texan John-Howard

té américaine. Leur négro, Voilà trois

Griffin se lance dans une expérience

siècles que là-bas, il vit, travaille,

hors du commun. Connu pour son en-

mange, parle, et pour l’Amérique il ar-

gagement dans la lutte antiségré-

rive même au Noir de se faire tuer...

gationniste au Etats-Unis, il sou-

En quelque sorte pour rien. Car aux yeux

haite apporter plus de profondeur à

de l’Amérique, le Noir est invisible. Ce

ses travaux en tentant de répondre à

roman fût le seul publié par

cette question: que ressent réelle-

Ralph El-

lison de son vivant, l’ouvrage fut im-

ment

médiatement reconnu comme l’un des plus

tidien, victime d’une injustice re-

grands textes de fiction de l’après-

posant essentiellement sur un fac-

guerre.

teur non maitrisable: sa couleur de

Six cent pages qui racontent

l’histoire d’un jeune Noir du Sud aux prises avec une société qui lui re-

l’individu Noir dans son quo-

peau? Une idée ne cesse de le hanter:

fuse sa place. Homme invisible, pour qui

“la seule façon possible de combler

chantes-tu ? est peut-être le plus in-

le gouffre entre nous (entre les

supportable des cris de solitude et de

Blancs et les Noirs, ndlr), me sem-

révolte qui se soient exprimés par la

blait-il, était de devenir un Noir.

littérature.

Je décidai de le faire”. L’expérience débute en octobre 1959, il coupe les ponts avec sa fa-

74

mille et ses amis et va contacter plu-

tions. Ou, nègres marrons enfuis dès

sieurs médecins qui pourront l’ai-

l’arrivée et se cachant dans la fo-

der dans cette transformation non sans

rêt avec la complicité des Indiens,

risques. C’est un médecin de la Nou-

élites éduquées de côte ouest Afri-

velle Orleans qui va accepter, avec une

caine, ou encore, noirs américains se

certaine réticence, de lui administrer

rassemblant sous la bannière pacifiste

durant cinq jours un traitement utilisé

de Martin Luther King ou celle, plus

contre certaines maladies, tel que le

offensive, des Black Panthers ; mu-

vitiligo et complété par une exposition

siciens noirs des Caraïbes, artistes

a une lampe à ultraviolets et l’appli-

noirs des Amériques et d’Afrique, com-

cation d’un colorant.

battants 

Durant six semaines, de novembre

à

décembre 1959, l’écrivain va se rendre

noirs, peuples noirs disséminés autour de la « Grande Eau »

dans le Mississippi, l’Alabama et à la Nouvelle Orléans et retranscrire son voyage, tel un journal de bord. A travers son périple, Griffin va vivre le quotidien du Noir lambda empruntant tous les moyens de locomotion, dormant dans les taudis réservés aux gens de couleur, mangeant et vivant avec eux et comme eux...

« L’OCÉAN NOIR », DE WILLIAM ADJÉTÉ WILSON 2009  CHEZ GALLIMARD LA CONDITION NOIRE Né en France d’une mère française et

ESSAI SUR UNE MINORITÉ FRANÇAISE

d’un père togolais-béninois, William

DE PAP NDIAYE

Adjété Wilson a déjà 20 ans lorsqu’il

EDITEUR:CALMANN-LÉVY PARUTION, 2008

commence à découvrir le roman de sa lignée africaine de grands commerçants du Togo du Ghana et du Bénin. 30 ans plus

Exploits des sportifs de haut ni-

tard il partage ici cette expérience

veau, émeutes en banlieue, lutte

singulière à travers ce livre et de

contre le racisme et les discrimina-

nombreuses expositions. 

tions, mouvement associatif : depuis

L’océan noir retrace l’histoire des

une dizaine d’années, les Noirs vivant

hommes et femmes noirs, qu’ils soient

en France métropolitaine sont apparus

puissants rois africains ou actifs mar-

si visiblement sur la scène publique

chands d’esclaves, captifs emmenés vers

nationale qu’on peut parler aujourd’

le continent américain et transportant

hui d’une ‘question noire’ française.

avec eux leur culture et leurs tradi-

Comment définir les Noirs de France ?

75

L’auteur démontre que la ‘condition noire’ désigne une situation sociale

venue des Etats-Unis. Les photographies de Yoshi Omori sur

qui n’est ni celle d’une classe, d’une

lesquelles figurent les artistes em-

caste ou d’une communauté, mais d’une

blématiques du hip hop français (MC

minorité, c’est-à-dire d’un groupe de

Solaar, Joey Starr...) et du graffiti

personnes ayant en partage l’expérience

(Jay One, Ash...) témoignent de cette

sociale d’être généralement considérées

glorieuse époque.

comme noires.

Les textes écrits par des personnes qui ont vécu les événements au plus près, permettent de revenir sur l’évolution du mouvement hip hop et rendent hommage à la plus importante explosion artistique qu’ait connu la France de la fin du XXème siècle.   «On pensait hip-hop, on mangeait hip-hop, on vivait hip-hop. Hip-hop, hip-hop et encore hip-hop. Sauf qu’à l’époque, on n’employait pas ce terme, on parlait plutôt de Mouvement.»

MOUVEMENT : DU TERRAIN VAGUE AU DANCE FLOOR, 1984-89. YOSHI OMORI, MARC BOUDET, JAY ONE RAMIER 19/80 ÉDITIONS A la fin des années 1980, le mouvement hip-hop s’étend des artistes de graffitis aux pistes de danses dans les clubs. Le Terrain vague situé 18 boulevard de la chapelle dans le 18ème arrondissement et le Globo rue de Strasbourg, furent les principales lieux où se propagèrent cette nouvelle culture

76

questions, passez votre chemin. Sinon, il vous faut sans plus tarder lire Babylon on a Thin Wire, le meilleur livre jamais écrit sur la Jamaïque et le reggae. Initialement publié en 1976, lorsque personne ne s’intéressait au son qui faisait vibrer Kingston, puis réédité en 1982 dans une version augmentée sous le titre Jah Revenge - Babylon Revisited alors que les médias occidentaux cherchaient en vain un successeur à Marley, cet ouvrage de référence était épuisé depuis près d’un quart de siècle. Le voici de nouveau et pour la première fois traduit en français, dans une édition bilingue révisée, augmentée d’un avant-propos de Michael Thomas et accompagnée d’une sélection de photos d’Adrian Boot enrichie de cliBABYLON ON A THIN WIRE (ONCE UPON A

chés rares ou inédits.

TIME IN JAMAICA), PAR ADRIAN BOOT (PHOTOS) & MICHAEL THOMAS (TEXTE ET AVANTPROPOS) ÉDITION BILINGUE (TEXTE ANGLAIS

ANNONCEZ VOTRE ACTUALITE SUR AFRIKADAA

ET TRADUCTION FRANÇAISE) ET ILLUSTRÉE

GALERIES, CENTRES D’EXPOSITION D’ART

(UNE CENTAINE DE PHOTOS)

CONTEMPORAIN, ARTISTES, ANNONCEZ VOTRE ACTUALITÉ DANS LA REVUE.NOTRE MAIL EST

Savez-vous pourquoi seuls des Jamaï-

À VOTRE DISPOSITION :

cains illettrés sont capables de jouer

CONTACT@AFRIKADAA.COM

convenablement une pulsation aussi ba-

ENVOYEZ-NOUS VOS COMMUNIQUÉS ET VOS

sique que le ska et pourquoi les Rol-

DOSSIERS DE PRESSE. IL EN VA DE MÊME POUR

ling Stones n’y sont jamais parvenus

LES ÉDITEURS D’OUVRAGES CONSACRÉS AUX

? Ce que signifiait le graffiti CIA-

ARTS MODERNE ET CONTEMPORAIN.A VOUS DE

ga ? Pourquoi Fidel Castro n’avait pas

D’ALIMENTER LA RUBRIQUE QUI VOUS EST OU-

l’ombre d’une chance face au bagout

VERTE ET FAIRE PART À TOUS DE VOS PARU-

d’un Big Youth ? En quoi consistait le

TIONS.

jeu de saute-tram’ et pourquoi était-ce un passe-temps extra ? Ce que répondait Bob Marley lorsqu’un impudent lui demandait comment un rasta du ghetto pouvait s’afficher au volant d’une BMW ? Si vous avez la réponse à toutes ces

77

AGENDA entretiennent souvent un dialogue original avec les cultures traditionnelles. 10/10/12 – 14/07/13 MUSEE DAPPER 35, rue Paul Valéry 75116 Paris BIENNALE BENIN 2012

www.dapper.fr

INVENTER LE MONDE : L’ARTISTE CITOYEN Le programme artistique de la Biennale Bénin 2012 « Inventer le monde : l’artiste citoyen» est inspiré par l’histoire, par les contextes béninois et africains et parles orientations de l’art et de ses enjeux actuels à l’échelle globale. L’exposition internationale rassemble un ensemble d’œuvres existantes et de nouvelles productions, dont certaines œuvres sont réalisées lors de résidences au Bénin. 8/10/12 – 13/01/13

MADE IN MALI: CHEICK DIALLO,

Dans les villes de Cotonou,

DESIGNER

Porto-Novo, Ouidah, Abomey www.newgalerie.com

Cette première grande exposition personnelle du designer Cheick Dial-

DESIGN EN AFRIQUE : S’ASSEOIR, SE COUCHER, REVER Design en Afrique, l’exposition et l’ouvrage, ne vise nullement la confrontation de l’ancien et du nouveau, mais essaie de montrer combien les besoins du quotidien stimulent depuis toujours la créativité. L’art du design, ouvert à des pratiques – telle que l’installation – réservées jusqu’alors à d’autres modes d’expressions plastiques, favorise ainsi l’émergence d’esthétiques nouvelles qui

78

lo dans un musée présente, à Riom, une rétrospective qui retrace près de 20 ans de son travail : de 1993 à 2012 plus exactement. La scénographie de l’exposition du musée Mandet conçue par Cheick Diallo offre aux visiteurs un cheminement où chaque objet raconte une histoire. 23/06/12 – 30/12/12 MUSEE MANDET 14, rue de l’Hôtel de Ville 63200 Riom www.musees-riom.com

sélection d’œuvres plus récentes de l’artiste. 13/09/12 - 24/11/12  INIVA INSTITUTE OF INTERNATIONAL VISUAL ARTS Rivington Place, London, EC2A 3BA www.iniva.org

(Georges Afedzi Hughes, « Parallel »-Courtesy of Jack Bell Gallery) MOVING INTO SPACE: FOOTBALL AND ART IN WEST AFRICA Une exposition présentant les travaux d’artistes contemporains de l’Afrique de l’Ouest qui tirent leur art du football afin d’explorer les problématiques sociales qu’il engendre. Un panel d’œuvres comprenant peintures, sculptures, installations, textiles et photographies. 05/07/12 – 31/12/12 NATIONAL FOOTBALL MUSEUM Urbis Building Cathedral Gardens, Manchester, M4 3BG www.nationalfootballmuseum.com

KIMATHI DONKOR: QUEENS OF THE UNDEAD INIVA (Institute of International Visual Arts) à Rivington Place présente une série de nouvelles oeuvres de Kimathi Donkor célébrant des héroïnes noires historiques, accompagnée d’une

79

DU SALON DE LECTURE AU SALON DE COIFFURE : RENCONTRE AUTOUR DE L’EXPOSITION CHEVEUX CHERIS DU QUAI BRANLY Plusieurs rencontres autour de la question capillaire dont une, Les Hair Barbers d’Afrique durant laquelle l’artiste Andrew Esiebo, lauréat 2011 des Rencontres de Photoquai, présente ses photographies. Originaire de Lagos, Andrew Esiebo a voyagé dans de nombreuses villes d’Afrique de l’Ouest. 20/10/12 à partir de 16h SALON DE LECTURE JACQUES KERKACHE Musée du Quai Branly 222, rue de l’Université 75343 Paris Cedex 07 www.quaibranly.fr

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Architecte DPLG Responsable de programmes à la cité de l'architecture et du patrimoine

François CODJO Architecte DPLG

www.afrikarchi.com/CONCOURS ARCHIGENIEUR AFRIQUE

en partenariat avec : info@afrikarchi.com

80

ECOLE NATIONALE SUPERIEURE D'ARCHITECTURE

DE PARIS LA VILLETTE

Ne pas jeter sur la voie publique - afrikarchi © 2012

Architecte DPLG - Urbaniste

Emmanuel AMOUGOU

L’artiste Marcellous Lovelace aborde dans son travail tout ce qui concerne la diaspora africaine. Cette exposition est l’occasion d’aller à l’encontre de la confusion générale quand il est question de conflits raciaux. 02/10/12 - 16/10/12 MARSHALL ARTS GALLERY 639 Marshall Ave, Memphis, TN 38103 U.S.A DES TIGRES ET DES PEINTRES

http://www.marcellouslovelace.com

L’exposition «textiles» en 2010 a inauguré un cycle de présentation voulu comme l’occasion de confronter les oeuvres collectées aux oeuvres de Nnena Okoré. En 2012, Hassan Musa est l’artiste invité. Il présente différentes oeuvres dont ses dernières créations, rugissantes de talent, qui dialogueront avec celles de Freddy Tsimba, Aimé Mpane, Chéri Chérin, Tamsir Dia,

GÉRARD QUENUM: DOLLS NEVER DIE

Cyprien Tokoudgaba, Franck Lundangi, Joe Ouakam, Dominique Zinkpé, Mouhamadou Dia, Abdoulaye Konaté.

Seconde exposition personnelle de l’artiste Gérard Quenum à l’October Gallery.

29/06/12 – 07/10/12 FONDATION JEAN-PAUL BLACHERE

nouvelles sculptures et une installa-

384, avenue des Argiles

tion composées d’objets recyclés dispo-

ZI Les Bourguignons 84400 Apt

sant chacun d’une histoire donnant sens

France

à la composition générale des œuvres.

MARCELLOUS LOVELACE: EXPOSED EMOTIONS IN COLOR Ne jamais accepter d’être catégorisé, ne pas se définir par rapport à la vision d’un autre, il est temps d’agir…

81

Dolls never die présente une série de

20/09/12 – 27/10/12 OCTOBER GALLERY 24, Old Gloucester Street Bloomsbery London, WC1N 3AL www.octobergallery.co.uk

82

Octobre 2012 RENSEIGNEMENTS: www.afrikadaa.com :: info@afrikadaa.com www.facebook.com/Afrikadaapage www.twitter.com/afrikadaa ©AFRIKADAA : Tous Droits de reproduction réservés.

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AFRIKADAA #3 VISIBILITY